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La colonie retrouvée

 
Message posté : Jeu 10 Nov 2016 - 18:56 Message
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Solveig aurait pu regretter sa décision d’avoir fait du Dread Maker son conjoint l’espace de quelques jours. Pourtant, une partie d’elle n’en demeurait pas moins ravie de sa galéjade, et appréciait avec un plaisir délectable de le voir entrer dans son jeu comme s’ils participaient tout deux d’une pantomime connue d’eux-seuls. Le sourire flottant sur ses lèvres s’était mué en rictus lorsqu’il avait été fait mention de sa fille, mais ne s’était que plus élargi à l’idée que ses concitoyens puissent naître de façon si particulière. Mais n’était-ce pas ainsi qu’on les représentait souvent ? Tout juste sorti de neige ? Pourtant c’était moins cette dernière que le froid et le rapprochement des corps qui faisait que les naissances explosaient quand l’hiver venait à poindre.

« J’imagine que vous ne le saurez jamais vraiment. » Conclut-elle tandis qu’une mine satisfaite ourlait son visage. Sauf s’il menait des expériences sur de pauvres norvégiens. Cette pensée lui fit froid dans le dos.

Par chance, ils avaient rapidement changé de sujet. À dire vrai aussitôt que la jeune femme lui avait proposé de se rendre dans sur un lieu de visites organisées pour commencer leurs recherches ; Les vannes douteuse avaient laissé place à des considérations bien plus en adéquation de leurs statuts au sein de l’organisation. Anton, par ailleurs, avait approuvé sa suggestion, arguant que Roanoke – en raison de son histoire – pouvait très bien être une passerelle entre le monde des morts et celui des vivants. Ce n’était pas incohérent, loin de là, c’était même quelque chose qui s’observait très régulièrement lorsqu’il était question de massacres à grande échelle.

« Oh non, ça ne vous tuerait pas, vous êtes coriace. Mais ça pourrait être marrant à voir. En moins d’un instant, son discours changea du tout au tout : simplement ma valise, s’il vous plaît. Tout est à l’intérieur. »

La jeune femme avait pris soin de ne pas trop se charger. Et depuis que son arme avait été au contact du nécroplasme, elle avait acquis la formidable capacité de se muer en des formes beaucoup plus discrètes. Et pratiques ! Capables aussi de s’adapter à tous les environnements et à tous les styles des combats ce qui, pour la guerrière qu’elle était, devenait un atout majeur. Si sa forme privilégiée restait la hache, elle n’était tout de même pas en reste un poignard entre les mains.

Elle coula un regard à Anton, qui ne décrochait pas du dépliant et se dit que l’heure était venue pour elle de s’éclipser sous un torrent d’eau brûlante. Certes, la salle de bains n’était pas aussi luxueuse que celle qui avait été mise à sa disposition à Gallows End, mais elle demeurait tout ce qu’il y avait de plus correct pour un bouge comme celui où ils se trouvaient. Ce qui fit qu’en moins de quelques minutes, la jeune femme put se délecter du torrent d’eau chaude qui coulait sur sa peau nue, et lui laissa tout le temps de penser à la suite des événements. Ils allaient prendre part à la visite pour se rendre au mémorial. Très bien. Mais après ? Pouvaient-ils simplement disparaître de la cohorte s’ils remarquaient quelque chose d’inhabituel ? Non, leur disparition serait forcément remarquée, en particulier si la visite demandait des inscriptions et ils voulaient à tout prix éviter d’attirer l’attention sur eux. Alors il faudrait certainement qu’ils s’y rendent de nuit.

Sauf qu’ils ne pouvaient pas prendre le risque de s’éclipser toute la nuit si les couloirs de l’hôtel étaient bardés de caméras. Un soupir silencieux s’insinua d’entre ses lèvres, lorsqu’elle porta la main au robinet pour couper le flux d’eau chaude et s’extirper de la cabine de douche, décidant qu’ils aviseraient de tout ça le moment venu. Lorsqu’elle sortit finalement de la salle de bain, enroulée dans un peignoir moelleux et chaud, ce fut pour croiser le regard circonspect d’Anton.

« Je vais m’habiller rapidement et nous pourrons partir, confirma-t-elle. J’ai cru comprendre que le départ se prenait à l’office de tourisme. Si je ne m’abuse nous sommes passés devant en voiture non ? Je crois qu’il se trouve à quelques rues d’ici. »

La jeune femme avait contourné le lit, y hissant sa valise qu’elle ouvrit d’un large geste. En son sein se trouvait des vêtements tout ce qu’il y avait de plus communs, auprès de ses habits de travail. D’un double-fond la jeune femme sortit un linge blanc, qu’elle déplia pour dévoiler les lames jumelles que formait Tourment. Ce qui s’apparentait à un œil vitreux se mit à luire drôlement comme si l’arme prenait soudainement conscience de la proximité immédiate de sa maîtresse. Elle frémit.

Précautionneusement, Solveig sortit de quoi se changer – des atours discrets et pratiques – et s’éclipsa de nouveau dans la salle de bains, laissant la porte entrouverte pour mieux pouvoir communiquer avec le Lieutenant de Chair. « Si on trouve quelque chose en se rendant là-bas, le mieux ne serait-il pas d’attendre la nuit tombée pour y retourner ? » Si l’on exceptait le fait qu’ils ne pouvaient tout simplement pas disparaître de la visite, elle ne pouvait pas se permettre de sortir son arme si elle n’était pas certaine qu’elle allait en avoir besoin. Mais elle ne pouvait pas non plus prendre le risque de sortir sans elle si jamais ils étaient téléportés ailleurs, dans un autre plan où elle pourrait en avoir besoin. La question, si elle semblait triviale, était d’une extrême importance.

Lorsqu’elle le retrouva de nouveau dans la chambre, elle était fraîchement changée et prête à partir dès qu’il en donnerait le signal.
 
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Message posté : Ven 11 Nov 2016 - 22:59 Message
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Anton n’avait pas vraiment l’intention de se poser plus de questions sur la sexualité des norvégiens et leur mode si particulier de procréation. Il se trouvait déjà à son goût en train de se poser beaucoup trop de question sur les habitudes de l’utérus de Solveig. Bien sûr, il la considérait comme une patiente, une de ses extrêmement rares patientes vivantes et surtout qui se laisser ausculter de son plein gré. Ce qui ne changeait pas que le nécromancien était très au fait de ses propres obsessions macabres et de ce qu’elles lui avaient amené par le passé. Il appréciait ses discussions animées avec la lieutenante de Sang, mais il ressentait toujours la même frustration à l’idée de ne pas pouvoir la posséder, pas comme il possédait toutes ses autres créations.

Mais la subir au processus de réanimation dont il avait le secret lui offrirait son corps, mais ne tuerait-il pas son esprit ? Anton rumina ces pensées en allant chercher ses affaires et celles de sa partenaire. Il n’avait pas relevé le fait qu’il survivrait à une chute depuis les falaises de Roanoke. C’était une évidence. Son esprit était plus concentré sur l’idée qu’il se faisait de la blonde sous la douche en cet instant. Il était l’égal de Solveig dans la Moisson et l’ombre d’Abigaïl planait d’une certaine manière toujours sur le Dread Maker. Elle était sa sœur, l’extension de son âme et de son être, celle qui l’avait ramené parmi les vivants. C’était elle qui possédait Solveig, pas lui et il ne devait pas laisser ses lubies l’éloigner de sa mission. Il était le nécro-alchimiste, le Créateur, le Dread Maker, pas juste le vulgaire humain pathétique étudiant la médecine qu’il fut autrefois qu’il avait cru être après sa renaissance.

« C’est fort possible. Il y a une carte de la ville sur les flyers que j’ai récupérés à l’entrée de l’hôtel, nous devrons pouvoir trouver l’office de tourisme sans problème. »

Anton avait retrouvé tout son pragmatisme, ouvrant à son tour sa valide pour en évaluer le contenu. Tout était parfaitement bien rangé et il eut un léger sourire en coin en observant certaines des choses qu’il avait décidé d’emmener. Et il ne s’agissait pas de sa trousse de toilette ou de ses caleçons pour le week end. Sa main plongea entre les vêtements pour en ressortir une tige de métal noir. Le bâton nécro-galvanique se déploya en quelques secondes, venant même émettre des éclairs verdâtres à son extrémité. Il appréciait vraiment cette invention, qui lui permettait tout autant de motiver ses créatures à faire preuve de plus de célérité, qu’à mater les vivants récalcitrants. Là où un scientifique utilisait probablement sa pipette comme une extension de son bras, pour Anton, c’était un bâton capable de faire fondre le visage de quelqu’un avec des éclairs nécrotiques.

« Ce serait le choix le plus appréciable. Le couvert de la nuit pourrait nous être favorable. Mais il y a d’autres scénarios à prendre en compte. Le fait que les Impérissables soient déjà au courant de notre arrivée et qu’ils chercheront à nous éliminer une fois que nous serons seuls, ou bien que nous n’ayons pas la possibilité de rentrer à l’hôtel entre temps. » Il rétracta son bâton, même ainsi il était trop long pour qu’il puisse le conserver avec lui efficacement. « Mais c’est un risque que nous avons à prendre. Difficile de nous mêler aux touristes dans nos costumes habituels. » Anton toutefois n’allait pas s’en aller sans rien. S’il ne pouvait prendre son bâton tout de suite, il avait toujours sur lui quelques seringues contenant son sérum de régénération, au cas où il effectuait justement une mauvaise chute. Tant qu’on ne lui demanderait pas de se déshabiller cela passerait inaperçu.

« Vous n’avez pas un sac à main ? Ou quelque soit le nom que vous donnez à ces contenants que les femmes de cette époque emmènent partout. » Sûrement inspirées par là par un mammifère australien, il en était certain. « Si vous pouviez y dissimuler mon bâton, je vous en serais gré, quelque chose me dit qu’il passerait difficilement inaperçu dans ma poche ou contre ma poitrine. » Puis il n’avait pas vraiment envie de froisser son costume. Solveig remplirait parfaitement la fonction d’Oglor de toute façon. Elle était une guerrière après tout ?

Une fois que la question de l’équipement fut résolue, le nécromancien invita sa collègue à quitter la chambre pour se rendre jusqu’à l’office de tourisme. « Marcher sera mieux, après tout, nous sommes par le tourisme, chérie. » Son regard balaya la rue une fois qu’ils furent sortis, essayant, en vain de détecter la présence de quelques impérissables. Mais il n’y avait pas de colombe ou de chasseurs de sorcière visible pour le moment. « C’est par là. » Il avait pris soin de mémoriser le plan de la ville et mena sans mal Solveig jusqu’à l’office de tourisme et il l’invita d’un geste à s’occuper de la conversation avec la femme à l’air patibulaire qui se trouvait derrière le comptoir. Après tout c’était elle la femme de ce siècle et la plus prompte à discuter avec les vivants. Lui était un scientifique issu d’une autre époque et qui ne voyait aucune utilité à la plupart des individus qu’il croisait, si ce n’était en tant que cadavre. Et encore. Il prévoyait bien de trouver un moyen de réutiliser la matière organique humaine morte et inutile. Tout le monde ne méritait pas de devenir une abomination ou un golem de chair.

Les blondes toutefois, semblaient toujours avoir leur place sur sa table d’opération. Anton avisa un groupe de touristes qui attendaient dans un coin de l’office. Ils parlaient trop fort et il ne put réprimer un rictus dédaigneux. Oui, c’était le mieux pour être discrets, mais il n’aimait pas les foules. Probablement parce que se faire attaquer par des groupes de paysans en colère avait été un véritable problème dans sa jeunesse. « Tous est réglé ? » Demanda-t-il finalement à sa « compagne » et se préparant mentalement à un bain de foule dans une horde encore plus dégénérée que les zombies de sa sœur ou les draugrs de la norvégienne.
 
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Message posté : Dim 13 Nov 2016 - 16:32 Message
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Ils étaient prêts à partir. La jeune femme glissa le bâton nécro-galvanisant dans son sac à main sans piper mot, considérant un instant l’objet entre ses doigts avant de l’enfouir dans le renflement de tissus sans y accorder un regard de plus. Voilà qui la faisait considérer l’idée de prendre sa propre arme, sans bien qu’elle sache si c’était judicieux. Bien sûr, Tourment savait changer de forme, elle pourrait très bien passer inaperçu sous son manteau et lui permettrait ainsi de ne pas rester sans défense si les Impérissables venaient à les attaquer. Bien sûr, il y avait aussi la possibilité qu’ils n’aient pas le temps de rentrer à l’hôtel, qu’ils soient attaqués, qu’ils soient séparés,… L’idée de se retrouver à devoir faire face à des ennemis puissants, sans elle, sans l’extension de son bras, lui fit sérieusement considérer la question. Pourtant elle savait que rien n’était moins prudent que de se balader avec une telle arme, surtout s’ils effectuaient des fouilles avant le début de la visite. Le bâton nécro-galvanisant, une fois plié, passait pour être une simple tige de métal noir. Tourment restait une arme blanche, même sous sa forme la moins imposante. Néanmoins, un seul regard au linge blanc qui entourait l’arme lui fit comprendre qu’elle ne pouvait pas décemment la laisser ici. Elle sentait déjà sa déception.

Tendant une main vers le revers de coton, quelle ne fut pas sa surprise de constater que l’arme se présentait sous la forme d’un duo de dague. L’avait-elle senti ? L’avait-elle entendue ? L’avait-elle tout simplement comprise ? Le lien qui les unissait semblait s’être affermi depuis quelques temps, mais elle n’était pas certaine d’avoir apprécié à quel point. Un léger sourire aux lèvres, la jeune femme se saisit des armes qu’elle fit tournoyer quelques instants dans ses mains avant de les glisser dans le fourreau de cuir qui les accueillait d’ordinaire. Judicieusement placées sous son pull, elles seraient presque invisibles. Et elle, elle serait rassurée.

Emboîtant le pas d’Anton, le jeune « couple » quitta la chambre de d’hôtel et sortit du bâtiment. Sur son indication, ils n’eurent aucun mal à trouver l’office de tourisme, dans lequel il l’invita à entrer et à prendre la parole. Quoiqu’elle n’en fut pas gênée le moins du monde, la norvégienne commençait à se demander si son homologue ne détestait tout simplement pas le commun des mortels. Puis elle se ravisa, réalisant qu’il ne le détestait pas : il le laissait simplement profondément indifférent. S’approchant du comptoir, elle accrocha le regard d’une femme qui lui demanda silencieusement de patienter quelques instants le temps de prendre en note ce qu’un interlocuteur – de l’autre côté d’une ligne de téléphone – lui dictait. Au bout de quelques secondes, elle raccrocha et leva ses prunelles délavées vers elle, l’air interrogatif. Par chance, il restait visiblement assez de place pour qu’ils puissent en acheter deux, ce qu’elle leur expliqua, ne manquant pas d’ajouter qu’il aurait pu être judicieux de se renseigner avant de venir, ou au moins de venir en avance. Solveig jeta un regard à l’horloge qui affichait cinq heures moins le quart et laissa un sourire faussement contrit lui ourler les lèvres, tandis qu’elle réglait et récupérait les billets et les dépliants. Il fondit sitôt qu’elle se détourna du comptoir pour avancer d’un pas impérieux vers Anton. Parfois, elle comprenait son envie de charcuter le tout-venant…

« C’est fait, lui répondit-elle simplement. D’un regard froid, elle jaugea le groupe de touristes. Le départ est dans dix minutes, un car va nous amener jusqu’à la côte. Après on ira à pieds le long des falaises. Tiens… »

Sortant de son sac l’un des deux flyers, la jeune femme le lui tendit afin qu’il puisse considérer le programme chargé de leur début de soirée. Puis elle poussa la porte de l’office de tourisme, heureuse de laisser derrière elle le brouhaha de l’office de tourisme et d’apprécier la fraîcheur et l’humidité de l’air sur son visage. Si elle avait fumé, ça aurait probablement été le moment opportun pour tirer quelques bouffées avant de se lancer dans une visite des plus ennuyeuses – elle n’accordait que peu d’intérêt pour l’histoire des Etats-Unis. Mais son corps était son arme, aussi se faisait-elle fort de le préserver de toutes les intoxications possibles. Elle se contenta alors d’attendre patiemment, observant d’un œil absent le bout de la rue, les mains profondément enfoncées dans ses poches, jetant de temps à autre un regard à son téléphone.

En quelques minutes, une petite foule s’était amassée sur le trottoir près d’elle. Leur véhicule n’avait pas non plus tardé à arriver, se garant en amont de la foule pour libérer son flot de visiteurs. Lorsqu’il fut finalement vide, il leur fut permis d’embarquer.

« J’ai une sensation étrange,… Je ne sais pas si je deviens paranoïaque mais j’ai l’impression qu’on nous observe, glissa-t-elle à son compagnon, installé près d’elle. Elle coula un regard entre deux sièges, ne croisant les yeux de personne. Il ne reste plus qu’à espérer que ce soit une piste viable, sinon il faudra chercher autre chose. Tu as déjà une idée de l’endroit où on pourrait se rendre si le monument ne nous apprend rien ? »
 
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Message posté : Dim 13 Nov 2016 - 22:45 Message
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Anton ressentait de plus en plus de difficultés à cacher son dégoût et à paraître normal alors qu’il observait le groupe de touristes qui se trouvaient à leurs côtés. Certains de ces gens semblaient fascinés par le style colonial et par cette époque de leur passé. S’ils savaient les maladies, les parasites et autres monstruosités sanitaires qui existaient toujours à cette époque, avant les vaccins, les antibiotiques ou l’utilisation obligatoire de savon dans les hôpitaux. Mais non, ils se contentaient de tout idéaliser. Quoiqu’à bien regarder, Anton devinait que ces gens ne devaient pas être dénués de leurs propres monstruosités sanitaires. Qu’il s’agisse d’une sudation excessive qui venait imbiber leurs vêtements de mauvaise qualité, des boutons purulents ou encore probablement tout un tas de maladies dues à leur alimentation, ce genre de choses… Quand à leurs marmots. Anton ne savait pas si traîner ces sales mioches à une sortie pédagogique historique tenait de la merveille d’innovation en matière de torture ou d’une réelle indifférence vis-à-vis de ces capotes percées. Sûrement qu’il n’aurait jamais de réponse vis-à-vis de cela.

Heureusement l’arrivée de Solveig lui permit de se détacher de ce triste spectacle. L’un des gamins venait de faire tomber sa boule de glace sur le sol pour la récupérer à pleine main et la replacer sur son cornet. Voilà qui stimulerait son système immunitaire s’il ne mourrait pas d’ici quelques années, ce que lui souhaitait d’une certaine manière Anton. Décidément, beaucoup de vivants auraient été plus utiles sous forme de pièces détachées. Beaucoup étaient des machines bancales qu’on n’osait pas démanteler à cause d’une morale trop ancrée dans une société qui passait aux yeux d’Anton la plupart de son temps à s’humecter les parties génitales de sa langue.

« Merci. » Il se saisit du tract, l’observant d’un air distrait. « Je vois que vous… Enfin, que tu as survécu à notre camarade à l’air bovin. » Il parlait bien entendu de la réceptionniste de l’office de tourisme, qui aurait pu être merveilleuse dans un pré aux yeux du nécromancien. Il trouva toutefois fort difficile de tutoyer sa chère et tendre factice. Le rôle du médecin lui collait bien trop à la peau, même s’il y aurait probablement des intérêts à avoir une jolie blonde à son bras. Il ne s’en était jamais plaint auparavant. Peut-être que sa réanimation et son séjour en Europe avaient plus amoindris ses pulsions charnelles qu’il ne le laissait supposer. A moins que cela ne soit le fait qu’il ne vivait que de moins en moins comme un être humain.

Il lui emboîta le pas pour profiter à son tour de l’air frais d’automne, chargé de cette odeur d’iode que lui apportait la mer. Il n’avait jamais passé beaucoup de temps au bord de l’eau finalement. Il y avait bien dû y avoir quelques étés où il était descendu au bord de la manche avec Abigaïl, quand ils étaient enfants. Mais c’était si loin dans son esprit… Peut-être à cause des deux siècles qu’il avait passé en tant que Dévoreur. Il n’avait jamais pu sentir les embruns à ce moment. Le bus arriva, vomissant des touristes aussi répugnants que les autres et avalant de sa gueule métallique ceux qui avaient attendu à l’intérieur. Anton se retrouva bien sûr à côté de Solveig. Qui sentait bon après la douche qu’elle avait prise fut-il forcé de remarquer. Il était vrai que leur dernière mission s’était réalisée dans les égouts.

« Cette impression est partagée. » A moins qu’elle ne sente son regard à lui ? « Nos amis sont peut-être en train de nous observer, mais je n’ai vu aucune colombe à proximité. Le problème, c’est que n’importe lequel de nos camarades pourrait faire partie de leur joyeuse bande. Je suppose qu’il n’y a pas eu d’inscription de dernière minute après nous ? » Lui n’avait vu personne. Mais qu’est-ce qui empêcherait les Impérissables de les observer par un autre moyen ? Ils pourraient même envoyer un ange à leur rencontre s’ils leur en laissaient l’occasion ! « Le plus simple serait de suivre les traces d’Abigaïl. Nous rendre dans la reconstitution du fort colonial, chercher le passage du psychopompe. Il y a peu de chances que cela nous aide, mais peut-être que nous pourrions trouver une sorte de note psychique, une fragrance magique que nous pourrions suivre. Enfin, nous. Je pense que dans ce cas là il faudra attendre la nuit tombée pour que je puisse appeler mon chien tranquille. »

Skratch était un amour, une véritable perle de nécromancie. Mais son aspect quelque peu original l’empêchait de passer pour un chien normal. Probablement parce que des morceaux d’êtres humains et d’autres animaux avaient été utilisés dans sa confection aussi. « Vous imaginez un monde sans Archimage ? Nous aurions pu ravager ce village sans avoir à nous soucier d’attirer l’attention. Maintenant nous sommes obligés de mener cette guerre dans le secret le plus total, sans même pouvoir repérer nos ennemis. » Il eut un léger soupir. « Je n’aime pas ne pas contrôler toutes les variables, cela rend ce genre d’expériences bien trop hasardeuse. »

Le bus s’était élancé hors de la ville, se dirigeant vers les falaises. Anton se souciait peu du fait qu’on puisse l’entendre, les autres touristes étaient particulièrement bruyants. Il remarqua que l’un d’entre eux, un jeune homme dont le regard laissait transparaître une intelligence crasse, lançait des coups d’œil réguliers en direction de Solveig. Le nécromancien passa son bras autour des épaules de la Norvégienne, laissant son propre regard, glacé, plonger dans celui de l’inopportun.
 
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Message posté : Lun 21 Nov 2016 - 15:48 Message
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Le bus était bondé, plein à craquer, et résonnait des éclats de voix, des rires, et des murmures des touristes qui, comme eux, avait décidé de passer leur week-end à fêter la colonisation américaine. Tout du moins, de façon officielle. La raison de leur venue était, bien entendu, bien différente puisque ni l’un, ni l’autre ne considérait la grandeur des Etats-Unis à écraser les minorités locales comme justifiable de célébrations. Néanmoins, l’allégresse écœurante dont dégorgeait le véhicule avait au moins un bon côté : ils pouvaient parler librement sans se soucier d’être entendus. Ce qui tombait bien, puisqu’ils avaient à discuter.

« Ils n’auraient pas pris le risque d’envoyer une colombe. Un individu qui se cache en plein jour au milieu d’une foule de visages serait bien plus discret, et bien plus efficace pour nous approcher, ajouta-t-elle d’un air songeur. Mais je n’ai vu personne après nous. »

Il faudrait qu’ils puissent consulter les registres pour s’en assurer, mais quelque chose lui disait qu’ils trouveraient les Impérissables bien avant de pouvoir jeter un œil dans l’ordinateur de l’office de tourisme. Pour l’heure, ils devraient donc se contenter de soupçons, d’impressions, et bien sûr de la mission qui leur avait été confiée par la Porte-Mort et qui allait accaparer tout leur temps. Après avoir répondu à ces interrogations, Anton rebondit sur le fait qu’il serait dans tous les cas judicieux pour eux d’y retourner à la nuit tombée, et qu’ils pourraient même profiter du couvert nocturne pour faire appel à quelques-uns de leurs outils les plus… particuliers.

« Mmh… C’est vrai qu’il nous faciliterait grandement la vie. »

Skratch était une abomination, dans le sens le plus pur du terme. Mais c’était aussi – et surtout – un limier redoutablement efficace qui, s’il était repoussant, n’en était pas moine d’une fidélité absolue. Par ailleurs, quand on se faisait à son aspect, à l’odeur putride et aux orbites mortes qui vous fixent sans discontinuer, le golem pouvait très bien passer pour un chien presque normal. Il avait même quelque chose d’attachant. Néanmoins son intérêt principal résidait en sa capacité inégalable à traquer les âmes errantes.

« De toute façon, même s’il faut passer l’île au peigne fin, nous ne repartirons pas les mains vides. Les enjeux sont bien trop importants… Après un instant, la jeune femme reprit : et si effectivement nous sommes sous surveillance, il s’agit désormais d’une course contre la montre. »

Ils savaient d’ores et déjà que l’île était sous surveillance puisqu’Abigaïl et son consort y avait croisé la route d’acolytes Impérissables. Et il était tout à fait envisageable qu’ils aient cherché – et cherche encore aujourd’hui – en vain la porte d’entrée vers le lieu mystique où Lady Death avait trouvé le Livre des Morts. Qu’est-ce qui justifierait leur présence autrement ? Peut-être même qu’ils avaient besoin d’eux pour y accéder. Il fallait dire que les membres de l’organisation n’avaient pas la même affinité avec la mort que pouvait l’avoir les sujets de la Moisson. Ils respectaient la mort, la vénérait comme une puissance là où les Impérissables n’y avaient vu qu’une gêne, un frein à leur expansion. En retour la force naturelle ne se mettait pas à leur service, elle se montrait revêche. Oui, la mort était rancunière.

Ce qui n’enlèverait rien au fait qu’ils étaient actuellement une épine dans leur pied, comme pouvaient l’être de nombreux autres individus liés au monde mystique. Ce que le Lieutenant de Chair pointa si justement du doigt.

« Les temps ont changé… Mais nous aussi. Elle marqua une pause. Il faut savoir faire avec, s’adapter du nouvel environnement dans lequel l’organisation doit évoluer. Nos ennemis l’ont fait, nous devons y arriver. Un sourire ne manqua pas d’ourler sa lèvre, comme si une pensée particulièrement agréable venait de lui traverser l’esprit. Le jour où nous assoirons de nouveau notre suprématie sur ce monde, nous n’aurons plus à nous soucier de l’Archimage. Sans parler des mondes qui s’ouvrent à nous… Et pour le moment, toutes les cartes sont entre nos mains. Evitons de nous soucier plus que nécessaire, il ne faudrait pas que nous perdions de vue notre objectif premier. »

Même si elle ne comprenait que trop bien son ressenti. Solveig jeta un coup d’œil par la fenêtre tandis que le car commençait à avaler les kilomètres qui les séparaient de leur point de chute, tandis que de larges nuages commençaient à obscurcir le ciel. Elle se perdit dans la contemplation de ces amoncellements nébuleux. Si bien que lorsqu’elle sentit le bras du nécromancien entourer ses épaules, elle eut un instant de stupéfaction, où ses lèvres s’entrouvrir pour finalement ne laisser sortir aucun son. Puis elle vit son regard glacial jauger derrière elle. Avait-il repéré quelqu’un ou quelque chose ? Un coup d’œil lui suffit à remarquer qu’il ne s’agissait que d’un homme qui la couvait, elle, du regard. Force était de constater qu’il savait jouer de possessivité.

C’était amusant, songeait-elle, de le voir se prêter à leur jeu de rôle. C’est un demi-sourire aux lèvres qu’elle blottit son visage contre l’épaule du Dread Maker qui, pour un individu entre vie et mort, avait une poigne affermie et une peau délicieusement chaude.

*
* *

« Je crois que nous sommes arrivés. »

Le car commençait à décélérer, terminant sa course dans un virage au bout duquel se trouvait un parking presque vide. Là, au terme d’un coup de frein savamment mesuré, l’engin put se vider de l’ensemble de ses passagers – eux compris – ainsi que du guide touristique qu’ils avaient payé pour qu’il les accompagne. Un air froid, aux effluves salins, ne manqua pas de lui fouetter agréablement le visage sitôt qu’elle passa la porte du véhicule et posa pied à terre, aussitôt suivie de son compagnon de route. Profitant du moment de confusion qui précéda le regroupement, Solveig jeta un coup d’œil tout autour d’elle. Aucun visage qu’elle ne connaissait, aucun visage qui l’observait. Et pourtant toujours cette même impression, oppressante, obsédante. Elle décida de la balayer tandis que la cohorte se mettait doucement en marche.

« Tu n’as pas trop froid mon cœur ? » Demanda-t-elle en se faufilant tout près de lui, passant son bras en-dessous de celui d’Anton. Du bout des lèvres, et tandis qu’elle profitait de leur proximité pour s’assurer discrétion, l’infuse-fiel ne manqua pas de lui glisser quelques mots. « Faites attention, on ne sait jamais. »
 
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Message posté : Mar 22 Nov 2016 - 19:00 Message
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Solveig avait raison. Les impérissables avaient un avantage magistral sur la Moisson : leur capacité inégalée à se fondre dans la société humaine. Pendant que l’organisation mortifère avait été démantelée, les fanatiques n’avaient eu de cesse d’augmenter leur influence sur le monde, sans personne pour s’opposer à eux. Oh, ils n’étaient pas une véritable menace à l’échelle planétaire, mais ils étaient ce qui devait se faire de pire en tant que secte mystique. La Moisson tâtonnait dans ce nouveau siècle en comparaison. Abigaïl était incapable d’allier une véritable vie civile à son rôle de Lady Death. Anton se débrouillait mieux, mais son influence n’en était pas moins risible pour le moment. Qu’un agent des impérissables ne soit dans le bus en même temps qu’eux n’avait rien d’impossible et pendant un instant, Anton détailla du regard chacun des passagers, à la recherche du moindre indice.

« En effet, repartir les mains vides n’est pas une option. Même si j’ignore si les scalps de quelques uns de nos ennemis soit véritablement ce qu’attend ma chère sœur. Surtout que ces derniers ce sont révélés particulièrement difficiles à interroger, même une fois morts. »


Il y avait des sortilèges qui permettaient de protéger la dépouille pour éviter qu’elle ne soit profanée par la magie de mort. Beaucoup d’hommes pieux avaient eu recours à ces méthodes, surtout à une époque où on pensait que ceux qui ne disposaient pas d’une véritable sépulture n’iraient pas au paradis lors du Jugement Dernier. Dans le combat qui opposait l’église catholique aux morts-vivants, c’était surtout un moyen de s’assurer que les informations n’aillent pas jusqu’à l’ennemi. Sinon il suffirait à Abigaïl d’invoquer tous les Impérissables tombés au combat et elle aurait alors suffisamment de connaissances de ses adversaires pour les annihiler. Au lieu de cela, elle était obligée d’envoyer deux de ses alliés en mission de reconnaissance, à l’aveugle presque, à la recherche d’une potentielle source de pouvoir supplémentaire.

« Nous pourrions y arriver oui. Sauf que certains de nos membres ne sont pas les plus prompts à accepter le changement. Beaucoup sont très attachés à leurs coutumes d’origines… » Puis il imaginait bien le calvaire de certaines créatures d’outre-tombe. Les vampires devaient avoir une peur terrible de tomber sur un mutant capable de les incinérer en se nourrissant, les spectres d’essayer de posséder des mentalistes. D’une certaine manière, toutes les créatures ignobles de la Moisson étaient des monstres du passé, qui n’effrayaient bien des gens que dans des histoires. Pour Anton, il était le seul individu qui pourrait véritablement faire entrer la Moisson dans son nouvel âge d’or, qui pourrait leur permettre de tirer profit de ce nouveau siècle. Son usage de la science et de la technologie n’était toutefois pas des plus apprécié par tous les membres de la Cour Pâle. Pour des raisons diverses et variées… Solveig devait être l’une des plus ouvertes d’esprit. « Certes, certes. Un pragmatisme honorable. De toute façon, je pense qu’Abigaïl voudrait s’occuper de l’Archimage elle-même. » Ce qui ne l’empêcherait pas, lui, de prévoir d’autres mesures.

Le nécromancien se tendit quelque peu quand il sentit Solveig s’abandonner à son contact. Certes, elle se contentait de jouer le jeu et c’était lui qui avait passé son bras atour de ses épaules en premier. Mais il avait oublié. Il avait oublié ce que c’était que de sentir une personne vivante, chaude, contre soit. Aucune de ses créatures ne s’abandonnait d’une telle façon, même pour faire semblant, jamais. Il lui fallut un certain temps pour se détendre, mais n’en montra pas un mot. Ce qui ne l’empêcha pas d’être quelque peu soulagé lorsque le bus s’arrêta. Décidément, il avait encore beaucoup de mal avec les relations humaines, surtout quand il ne contrôlait pas tout comme cela avait pu être le cas par le passé.

***

Fidèle à lui-même, le nécromancien se tint dangereusement au bord de l’abîme. Ce qui voulait dire qu’il était les jambes contre la barrière de métal qui l’empêchait de tomber de la falaise, pour aller s’écraser en contrebas sur les rochers. L’air marin lui faisait du bien, après avoir respiré les effluves de tous ces individus amassés dans le bus, quoiqu’il avait surtout eu l’odeur de Solveig à ses côtés. Heureusement qu’elle avait pris une douche finalement. Le bus était sur un petit promontoire, sur le bas côté, un sorte de parking pour les badauds. Le reste du chemin ne pouvait se faire qu’à pied alors qu’une sorte de sentier longeait la paroi de pierre, la rambarde étant la seule chose qui les séparerait du vide.

« Je n’ai jamais froid. » Commenta-t-il, oubliant un instant qu’ils jouaient un jeu. Le fait d’être mort dans un incendie avait dû cautériser ces sensations et Anton détestait avoir chaud. Il préférait largement la fraîcheur de l’air à la moiteur du bus. Probablement aussi parce qu’il travaillait avec beaucoup de cadavres. « Vous comptez me balancer dans le vide ? » Lâcha-t-il avec un petit rire à l’oreille de la norvégienne. Leur guide faisait de grands gestes pour attirer à lui tous les touristes, les invitant à le suivre sur le sentir. « Ah, j’ai eu peur qu’il ne nous assène une énième histoire vide de sens sur ce lieu. Mais nous allons pouvoir nous mettre en route dès maintenant vers notre destination. Vous sentez quelque chose ? Une présence ? De la magie ? Moi, rien. »

Cela n’avait jamais été son fort. La magie était une discipline tellement chaotique, qu’il s’en éloignait de plus en plus, ne gardant que les principes de base de la nécromancie pour ses créations. L’absence de golem à ses côtés le faisait presque se sentir dénudé, même s’il avait une guerrière scandinave à son bras. Qui en plus avait à peu près la même allure que ses infirmières. Le vent commença à souffler un peu plus fort, seulement quelques minutes après qu’ils se soient engagés le long de la falaise. Des nuages noirs s’amoncelaient au loin. « Origine naturelle ? » C’était une très bonne question. Les orages ne rendaient pas Anton nerveux, après tout il les utilisait à une époque pour créer ses monstres, quand il n’avait pas encore de groupe électrogène. Mais il y avait une forte possibilité que celui-ci soit très différent. Et si les Impérissables tentaient une nouvelle approche pour se débarrasser d’eux ?
 
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Message posté : Mer 30 Nov 2016 - 17:25 Message
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D’un œil critique, Solveig observa les touristes s’amasser au bord de la falaise comme des moutons hélés par un pasteur trop zélé. L’homme faisait de grands signes dans leur direction, donnait de temps à autre des coups de sifflets pour prévenir ses clients que la visite allait débuter incessamment sous peu, et qu’il leur fallait absolument s’attrouper s’ils ne voulaient pas perdre le fil de la procession. Sur le sentier étroit, sinueux, un coup de vent semblait suffisant pour les faire basculer vers une issue fatale. Que ne leur souhait-elle pas cette délivrance ! Si miséricordieux en regard de la peine qui leur était infligée de participer à cette démonstration ridicule et vaine. Solveig, le bras toujours autour de celui d’Anton, commençait déjà à regretter son idée de se mêler à un groupe de visiteurs pour mieux approcher le mémorial à flanc de falaise. Ils auraient pu s’y rendre de nuit, ils avaient les moyens de s’y déplacer sans attirer l’attention si tant est qu’ils parviennent à s’éclipser hors de leur chambre d’hôtel. Et même si, malgré tout, se fondre à la populace restait le meilleur moyen de mener l’enquête sans attirer l’attention sur eux. Une précaution qui n’était pas de trop dans ces temps troublés.

Anton, comme à son habitude, se montra mordant. Ce qui ne manqua pas d’arracher un sourire à sa compagne factice, qui se pencha pour mieux lui glisser quelques mots délicieusement piquants.

« Et rester ainsi toute seule ? Vous n’êtes pas de la meilleure des compagnies, mais tout de même… Au moins vous n’êtes pas eux. »

Eux, c’était les autres. Ceux qui évoluaient dans le dédale de granite brut, s’émerveillant tantôt des brèves d’une histoire dont – pour une raison qu’elle ne parvenait pas bien à comprendre – ils tiraient fierté, tantôt des formations naturelles rocheuses et aquatiques qui dessinaient un décor à la fois juste et chaotique. Cela, elle le comprenait parfaitement. Sans y vouer une admiration sans borne, elle aimait les paysages tels que celui au sein duquel ils évoluaient. Ils n’étaient pas différent d’autres forces qui sévissaient dans cette vie, pas différent de la mort qui n’était jamais que la force parmi les forces, l’absolue vérité. Ce qui ne changeait rien au fait que les personnes qui les accompagnaient n’étaient rien à ses yeux. Tout juste des insectes. Et qu’elle plaçait Anton bien au-dessus d’eux.

Le nécromancien, visiblement, partageait son opinion sur la visite, manifestant une lassitude palpable à l’idée d’écouter les délibérations patriotiques du guide touristique, dont ils n’avaient, ni l’un, ni l’autre, que faire. Après tout, ils avaient tôt fait de se recentrer sur leur mission principale.

« Espérons. Je commence à trouver le temps long pour tout vous dire… Elle marqua une pause, comme pour sonder les environs immédiats. Pour le moment je ne sens rien, conclut-elle. Mais nous ne sommes pas encore tout prêts, alors je ne m’inquiète pas. En revanche, nous devrions y aller avant qu’il ne s’impatiente de trop. » Ajouta-t-elle, ayant jeté un regard au guide qui mirait dans leur direction d’un œil torve.

Ainsi s’étaient-ils engagés sur le sentier rocheux, bien imperméable au laïus barbant de l’homme qui animait la visite. Ils avaient d’autres choses, bien plus importantes, bien plus graves, à prendre en considération, comme la formation nébuleuse qui s’amoncelait à l’horizon. Les bavardages vains n’entraient ainsi pas en considération face au mur orageux qui avançait vers eux à la vitesse d’un cheval lancé au galop.

« Mmh… Ça y ressemble bien, répondit-elle, fronçant les sourcils au-dessus de son regard froid. Pourtant c’est étrange, ça évolue rapidement, même pour une dépression atlantique. »

Oh, elle n’était guère experte en météorologie loin de là, mais elle savait reconnaître quand quelque chose semblait anormal. Ou peut-être qu’elle se faisait des idées. Après tout, n’avait-elle pas eu la sordide impression d’être observée dès son entrée dans le car de voyageurs et même encore maintenant, alors que l’essentiel du groupe était sous ses yeux et que pas eux ne tournait la tête dans leur direction ? C’était de ces sensations qui tiraillaient, à mi-chemin entre l’instinct et la paranoïa, entêtante et désagréable.

Sans rien ajouter de plus – ce qui pouvait s’apparenter à un « nous verrons bien » – Solveig se détacha d’Anton et emboîta le pas de la visite guidée qui commençait, de façon parfaitement prévisible, par un rappel du contexte ayant précédé l’installation de la colonie perdue sur l’île de Roanoke. Elle l’écoutait, d’une oreille mi- attentive, mi- las, jetant de temps à autre des coups d’œil en direction de son compagnon d’infortune, balayant quelques fois les visages de l’attroupement pour essayer de croiser un regard, de discerner une tromperie. Malgré tout, il n’y eut jamais rien et la visite se poursuivie dans la même ambiance morne, rébarbative, où ils se trouvaient assénés de dates, de lieux, de noms que chacun aurait vite fait d’oublier.

C’est alors que l’objet de toutes leurs convoitises se dévoila, au creux d’une alcôve de pierre brute, comme protégée des tempêtes par une main de roche. La stèle était d’une simplicité surprenante, les écritures qui plongeaient comme autant de balafres dans de la chair fraîche étaient érodées, rongées par le temps et battues par la pluie. On y discernait encore quelques mots, parfois, mais la plupart étaient bien trop abîmés pour pouvoir les déchiffrer. Une statue de colons au visage parfaitement lisse surplombait le tout. Et elle avait beau côtoyé les créatures les plus immondes, traversé les territoires les plus hostiles, il n’y avait rien de plus effrayant que ce sans-visage qui vous dardait de ses prunelles absentes. Mal à l’aise, Solveig détourna les yeux pour mieux se concentrer sur les sensations de ce qui l’entourait.

Lancer de dés
Réussite : Elle parvient à ressentir quelque chose. C’est ténu, mais elle pourrait reconnaître cette empreinte entre mille : celle des âmes damnées.
Échec : Elle ne peut rien ressentir. Soit qu’il n’y ait rien, soit que l’empreinte soit trop faible pour être discernable par elle. Peut-être qu’un flair plus aiguisé pourrait arriver à distinguer quelque chose…

« Anton… » Murmura-t-elle, soufflée. Ses yeux s’étaient soudainement écarquillés. « Je sens quelque chose de très puissant ici. Une empreinte, quelque chose d’extrêmement fort doit relier ce lieu avec la colonie même si je suis incapable de discerner quoi. Ce n’est pas simplement un mémorial c’est un… Point d’ancrage, comme on l’avait dit. » Une excitation palpable semblait poindre dans sa voix. Finalement, leurs recherches ne les aura pas menées bien loin mais ce n’était pas un mal. S’ils tenaient effectivement une piste solide, c’était une chance inespérée – et ce même s’il leur faudrait des études approfondies. La découverte n’en était pas moins très prometteuse.

Restait à savoir de quoi il pouvait s’agir ? Était-ce le lieu d’un massacre ? Était-ce le lieu d’un enlèvement ? La colonie s’était-elle faite décimée ici, ou des luttes fratricides les avaient-ils conduits à un funeste destin soixante mètres en contrebas ? Tout était encore possible. Un instant, la jeune femme regretta de s’être trouvée au milieu d’une foule compacte et curieuse. Elle aurait aimé s’approcher de la stèle, sentir sous ses doigts l’accroc de la singularité mystique. Sentir sa magie frémir à son contact. Mais non, force était de constate qu’il allait leur falloir revenir.

Et avant les Impérissables.

 
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Message posté : Mer 30 Nov 2016 - 17:25 Message
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Message posté : Jeu 1 Déc 2016 - 19:20 Message
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Anton ne put s’empêcher de sourire à la remarque de Solveig. La blonde possédait définitivement le piquant qu’il manquait à ses créations pour les rendre vraiment viables. L’humanité était dépassée, vouée à disparaître, mais on ne pouvait pas les remplacer avec n’importe quoi non plus. Les infirmières du nécromancien remplissaient parfaitement leurs tâches, seulement elles manquaient de feu, tout en étant incapable de procrée et de se multiplier sans son aide. S’il appréciait d’être le père de ce qu’il voyait comme le future de l’humanité et de la non-vie, car les deux étaient impossibles à dissocier dans son esprit malade, il avait besoin de plus. Quelque chose qu’il décelait dans les répliques de Solveig, dans sa façon de toujours répondre à ses provocations, dans ce ballet verbal qu’ils jouaient constamment. Quelque chose qu’il n’avait pas encore réussi à rétablir chez ses créatures, ni à créer malheureusement.

Passer du temps avec la guerrière norvégienne allait peut-être l’aider à faire face à ce problème. Sûrement plus que les commentaires particulièrement ennuyeux de leur guide. Vraiment, cette visite n’avait rien d’instructif. C’était pour Anton une petite ville qui tentait malgré tout de s’attacher à un tourisme moribond en cherchant des merveilles là où il n’y avait et bien… Pas grand-chose du tout. Oh il avait toujours le plaisir certain de se pavaner au bras de la seule personne valable et potable qui se trouvait dans le groupe de touristes. Mais il avait toujours aimé un proverbe qui disait que quand on était l’individu le plus intelligent dans une pièce, c’était qu’on était dans la mauvaise pièce. C’était littéralement ce qu’il ressentait en ce moment même. Comme si à chaque mot de leur guide ses neurones tentaient un suicide collectif en se lançant depuis ses oreilles. L’orage, parfaitement anormal aux yeux d’Anton, formait une distraction bien venue au discours de leur guide.

« En effet. Aucun orage n’avait été annoncé, je fais attention à ce genre de choses, comme vous pouvez vous en douter. » L’énergie électrique avait eut une telle part dans ses projets. Puis ses golems étaient encore habités en partie par celle-ci, ce qui pouvait engendrer des interférences. Le nécromancien serra légèrement les poings, observant les nuages noirs qui se profilaient à l’horizon avant d’émettre un claquement de langue dédaigneux. « C’est comme un mauvais présage. Le calme avant la tempête. Les Impérissables ont peut-être décidé de pallier à leur manque de mise en scène. » Souffla-t-il à l’oreille de sa partenaire en prenant soin que les autres touristes ne l’entendent pas.

Ces derniers ne semblaient pas plus perturbés que cela par les nuages noirs. Est-ce qu’Anton cédait finalement à la paranoïa ? Il avait utilisé des cellules mortes de génies ainsi que les résidus spectraux qui s’y trouvaient pour booster son propre intellect. Il avait déjà été hors du commun de son vivant, mais il y avait trop de connaissances à rattraper pour y parvenir sans un léger coup de pouce. Son sérum avait toutefois des petits effets néfastes, comme tout ce qui touchait à une intelligence particulièrement élevée par ailleurs. Il n’y avait rien de moins heureux que quelqu’un de brillant. Non, quelque chose clochait. Quelles étaient les probabilités que ce nuage soit normal ? Qu’une tempête se forme ce jour, au moment où ils allaient sur cette falaise ? Surtout qu’ils n’avaient pas prévu de le faire initialement. Sauf si cette tempête avait un tout autre objectif. On venait à Roanoke en avion, ou par le pont. Seraient-ils toujours praticables après cela ?

Le nécromancien en avait complètement oublié l’objet de leur venue. En fait, il avait même abandonné Solveig, sortant son éternel calepin noir pour y griffonner le fil de ses pensées. Certains des touristes commençaient à lui lancer des regards curieux. Pourquoi est-ce que cet ahuri aux cheveux délavés était-il en train de prendre des notes sur un orage alors que le but de leur visite se trouvait dans son dos ? Heureusement, Anton n’avait rien à faire de ces palourdes intellectuellement paraplégiques qui constituaient ses semblables.

Ce ne fut que le gémissement de Solveig qui attira son attention, le tirant de sa rêverie. Il se tourna vers elle, prêt à lui apporter assistante. Pour que la norvégienne l’appelle ainsi, c’est que cela devait être sérieux. « Je vois… » Il ne releva pas le fait qu’elle se sentait obligée de prononcer son nom face à quelque chose de très puissant. « Seulement je pense que nous allons avoir quelques problèmes pour revenir ici à un moment un peu plus tranquille. Surtout avec la tempête qui se prépare. Nous avons trouvé un passage, que les Impérissables ont peut-être raté, ou bien qu’ils ont simplement été incapables d’activer. » Il y eut un roulement de tonnerre et tout le monde se tue.

Citation :

Jet de dé n°1 :
Double réussite : les touristes ne font pas attention à eux.
Un échec : des impérissables se cachent parmi les touristes.
Double échec : tous les touristes sont en fait des serviteurs des impérissables.

Jet de dé n°2 :
Réussite : la tempête est encore assez loin.
Echec : la tempête ne va pas tarder à s’abattre sur eux !

Une main ferme se posa sur l’épaule d’Anton, qui se retourna pour voir l’un des touristes lui adresser un sourire conciliant.

« C’est exactement cela monsieur Faust. Nous avons besoin de votre engeance pour ouvrir le passage jusqu’à la colonie perdue, puis nous nous occuperons de la détruire pour que la Moisson ne puisse pas l’utiliser. Si vous obtempérez, peut-être que nous vous offririons une fin clémente. »

Une partie des gens qui les entouraient dégainèrent des armes. Rien d’aussi dévastateur que des pistolets ou autres. Même si la tempête aurait pu permettre de cacher le bruit des coups de feu. Non, il s’agissait de longues dagues qu’ils avaient pu cacher sans mal sous leurs vêtements et qu’Anton supposait enchantées de manière à détruire les morts-vivants. Le nécromancien attrapa la main de l’homme et la retira de son épaule avant de l’épousseter légèrement.

« Je vois que nous sommes tombés tout droit dans votre piège. » Certains des touristes avaient commencé à reculer se demandant dans quoi ils étaient tombés. « Je suppose que l’île est gangrénée et que vous autres étiez partout, prêts à nous recevoir. »

« C’est à peu près cela. Aucun membre de la Moisson ne peut se mouvoir sans que nous ne le découvrions monsieur. Veuillez obtempérer maintenant, nous vous laisserons le choix d’une mort rapide, ou bien une chance de rédemption à travers la purification. Qui sait, vous et votre amie n’êtes peut-être pas au-delà de toute salvation. Le seigneur est clément. »

Le vent se faisait de plus en plus fort, venant soulever des pans du manteau du nécromancien, qui se trouvait légèrement désarmé face à cette situation. Il pouvait sentir la pointe d’une dague dans son dos. Est-ce que la magie d’Abigaïl qui le maintenait en vie était plus forte que celle des impérissables ? C’était une très bonne question.

« Et si je refuse ? »

« Et bien nous vous torturerons, vous et votre compagne, jusqu’à ce que vous nous donniez ce que nous voulons. »

« Vous entendez ça ? Ils veulent nous torturer. J’aimerais beaucoup vous entendre gémir, mais bizarrement, pas comme ça. » Un air de folie se dessina dans le regard d’Anton, son visage se déformant en un rictus macabre. Il se retourna subitement, sentant la pointe de la lame s’enfoncer entre ses chairs, plonger dans son estomac. Il posa ses mains sur le visage de l’homme, laissant la magie de mort s’écouler de ses doigts jusque dans son visage. L’impérissable hurla, abandonnant sa lame et reculant de quelques pas, son visage toujours entre les mains, des hurlements s’échappant toujours de sa gorge. Des filaments de chair semblaient se tortiller entre ses doigts. Anton observa d’un œil circonspect la dague qui sortait de son estomac. Il avait mal. « Allez ma chère, il est temps de montrer ce que vous savez faire. Ils sont plus nombreux que nous d’ailleurs. Dans le pire des cas, vous devriez avoir suffisamment d’énergie pour nous transporter à travers le passage ? » Anton extirpa la lame de son ventre en grimaçant. Il allait agoniser pendant des heures. Mais probablement pas mourir. Puis son petit tour de passe passe avait assez impressionné leurs assaillants pour qu’ils se tiennent en retrait, ne sachant pas s’ils devaient attaquer ou non. Ce qui leur offrait quelques précieuses secondes alors que les touristes innocents hurlaient de concert avec le vent et le tonnerre.

 
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Message posté : Jeu 1 Déc 2016 - 19:20 Message
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Message posté : Jeu 22 Déc 2016 - 18:22 Message
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Frénétique. Tel était Anton qui s’était soudainement écarté du groupe pour contempler la masse grouillante de l’amoncellement nuageux qui s’avançait vers eux, et griffonner compulsivement des notes sur son carnet. Sourd aux laïus de leur guide, aveugle aux regards que les curieux tournaient vers lui. Elle ne connaissait que trop bien cet état de son homologue, pour l’avoir éprouvé à de nombreuses reprises, aussi se détourna-t-elle de lui comme il s’était détourné d’elle, plongé dans une bulle de songes qui le coupait de l’extérieur. S’il avait prêté attention à son environnement, peut-être aurait-il remarqué les coups d’œil que des touristes – de tout sexe et de tout âge – s’étaient échangés tandis qu’ils palabraient de la dangerosité d’une manifestation climatologique aussi soudaine que violente. Peut-être auraient-ils vus les signes d’acquiescement et le fait que certains d’entre eux s’étaient détachés de la cohorte pour marcher d’un pas impérieux dans leur direction. Oh, elle n’y était pas non plus pour rien, ayant fait la sourde oreille lorsque tous ses sens lui intimaient la prudence. Ce ne fut que lorsque la main se posa sur son épaule, que lorsque son souffle cessa un instant et qu’elle vit des visages soudainement trop familiers se tourner vers elle, qu’elle comprit.

Elle comprit tout d’abord qu’elle n’avait pas rêvé, et qu’il y avait bien des paires d’yeux qui l’observaient depuis leur départ du centre-ville. Elle comprit également qu’il ne s’agissait pas d’une ou deux personnes, mais d’une poignée d’individus. Enfin, avec horreur, elle constata que certains d’entre eux la fixaient intensément, et pour cause. Ils étaient de ceux à qui elle avait arraché la vie lors des événements d’Annville. Ceux-là même qui gisaient dans le sang, ceux-là même qui avait servi de repas aux célébrations macabres de la Porte-Mort, ceux-là même qui n’avaient pas été touchés par la grâce de la morte-vie. Quelle vile magie pouvait être à l’œuvre pour qu’ils se trouvent sous leurs yeux, si parfaitement conservés, si parfaitement vivants ? Car Solveig était formelle, cette femme au visage poupin qui la regardait avec un sourire bienveillant – terrifiant – elle lui avait tranché la gorge. Elle avait senti son sang chaud et visqueux éclabousser son visage, imbiber sa chemise. Elle avait saisi son regard d’agonie tandis que la morsure du couteau de cuisine arrachait ses chairs. Et même maintenant, de son regard incrédule, l’infuse-fiel pouvait discerner la fine cicatrice ourler sa gorge comme un ornement funèbre !

La nécromancienne ouvrit la bouche pour interpeller son compagnon, mais la froide lame d’une dague l’en dissuada. Lèvres scellées, elle observa un homme de grande taille interpeller son compagnon, lui offrant d’un air compatissant la mort ou la rédemption. Les Impérissables semblaient définitivement plein de ressources. Les avaient-ils, encore une fois, sous-estimés ? Alors que le mordant de l’arme glissait sur la peau nue de son cou, Solveig observa en silence l’échange entre le prêtre de l’âme et Anton. Elle apprit ainsi deux choses ; Ils avaient besoin d’eux pour ouvrir le passage vers la colonie perdue et les laisseraient donc vivre – cela n’avait pas grande importance pour le Dread Maker, mais pour elle, oui – et ils étaient prêts à les combattre face à des témoins qui, de toute évidence, s’étaient retrouvés pris entre deux feux. Tant pis pour eux. Si les Impérissables étaient prêts à s’en prendre à des officiers de la Moisson ouvertement, ils n’allaient pas rester sans rien faire. Et au vu de la lame qui s’était enfoncée dans les entrailles d’Anton, les hostilités étaient ouvertes. Elle se tendit aussitôt, emplie d’une rage immense qui ne demandait qu’à exploser.

Sauf qu’ils étaient plus nombreux qu’eux, et animés de toute évidence d’une magie semblable à la leur. S’ils les combattaient maintenant, ils n’étaient pas à l’abri de perdre. Ce qui n’était pas une option envisageable, tant pour eux que pour leur organisation. La Moisson devait vaincre.

« Plus tard si vous voulez. Parce que oui, là de suite, ça ne me dit rien. » Argua-t-elle en dardant le flot sombre qui s’écoulait de la plaie béante d’Anton.

L’Impérissable qui l’avait agressé gesticulait toujours au sol en mugissant de douleur et ses cris se faisaient l’écho du craquement sourd de l’orage qui s’approchait dangereusement. À chaque roulement de tonnerre, la terre tremblait un peu plus et le vent qui fouettait leur visage ne portait plus seulement le piquant léger des embruns maritimes. Il sentait l’électricité.

« Ne blessez pas celle-là, elle peut mourir, contrairement au Jumeau. » Ordonna le maître d’œuvre à ses acolytes.

Ah, vraiment ?

La lame entailla sa chair lorsqu’elle se tourna brusquement pour asséner au mage un coup de tête, qui lui cassa le nez dans un craquement sourd. Bien sûr, cela fit réagir ses compagnons, qui se jetèrent sur Solveig dans l’espoir de la neutraliser – c’est pourquoi elle se félicita d’avoir pensé à L’amener et, pour toute réponse, Tourment frémit sous ses doigts lorsqu’elle en saisit la hampe. De sa main gauche, elle plongea la lame dans le cœur de l’un des assaillants, qui tituba puis tomba à genoux tandis qu’un gargouillis étouffé jaillissait de sa gorge. Et alors que l’arme s’abreuvait de son fluide vital, des circonvolutions écarlates coulèrent le long du bras de la nécromancienne et formèrent un bandage éthéré autour de sa gorge. En quelques instants, il ne resta plus rien de la balafre qui auparavant laissait ses tendons à vif. Quelle merveilleuse magie, et quel délice de l’avoir entre les mains !

Quelle ne fut pas sa stupéfaction, lorsqu’elle arracha la lame maudite du cœur de l’Impérissable, de voir que ce dernier agonisait toujours sans jamais mourir. Sans sourciller elle débarrassa le corps magiquement maintenu en vie de son arme en le repoussant du pied, et recula aux côtés d’Anton. Une fois en garde, elle considéra l’ensemble de leurs ennemis. Ils n’étaient pas seulement plus nombreux qu’eux, ils avaient de toute évidence découvert des procédés qui les préservaient des blessures conventionnelles. Un constat problématique.

« Mon cher, je crois que nous allons devoir fausser compagnie à nos hôtes. Mais ne vous inquiétez pas, ajouta-t-elle à l’intention des Impérissables, nous reviendrons très bientôt. »

Car c’était une perte de temps, d’énergie et un risque qu’ils ne pouvaient prendre de les combattre maintenant. S’ils parvenaient à faire tomber la colonie perdue sous leur joug, se débarrasser de la pourriture impérissable qui gangrenait l’île de Roanoke ne serait qu’une formalité. En attendant, ils devaient mettre la main sur ce pourquoi ils étaient venus.

Murmurant entre ses lèvres de graves incantations en vieux norrois, elle matérialisa en l’air les runes de l’invocation et de l’ancêtre, appelant à ses côtés les corps décharnés de ses draugrs, mais également l’âme impie de Senedj. La Liche prit forme à ses côtés, s’inclinant doucement à l’appel de sa maîtresse tandis que sa voix gutturale susurrait en égyptien ancien des phrasés séculaires. Face aux apparitions, les Impérissables reculèrent d’un pas de plus. Senedj leva l’un de ses bras émaciés en l’air, faisant naître un tombeau autour de l’un des assaillants, qui ne prit pas le temps d’échapper à la morsure de la pierre et du sable. Ce ne fut que lorsque l’étau se referma sur l’individu, le broyant dans de grands arcs rougeoyants, que tous comprirent la menace que le serviteur représentait. Et dans un concert de hurlement, et sous un déluge d’eau et de sang, les lieutenants profitèrent du chaos pour se tailler un passage dans les touristes et dans les Impérissables, sans distinction. Solveig fermait la marche.

« Il va falloir que vous me couvriez pendant que je nous ouvre un passage, vous pensez que c’est faisable ? » Lança-t-elle à son compagnon. Dans un même geste, elle vida son sac à main et le jeta de la falaise, tendant à Anton son bâton nécro-galvanique et glissant le reste dans les poches de son manteau.

De toute façon, elle n’avait pas le temps de se préoccuper de la réponse. Apposant ses mains sur la pierre humide, la jeune femme ferma les yeux et partit à la recherche du flux magique qu’elle avait senti quelques instants auparavant. Ténu, elle n’eut néanmoins aucun mal à trouver le filin et en identifier la source, et ce malgré le carnage qui s’ébattait autour d’elle, auquel elle était parfaitement hermétique. Solveig était plongée dans ses sensations. Elle plongeait le long du flux, s’y baignait, elle entraîna Anton avec elle. Nul ne fut certain du moment où ils basculèrent ; sa réalité changea, sa perception du monde se reversa et ils tombèrent longtemps, longtemps,… Ce qui était psychique devint physique, comme les sensations d’un monde froid dans lequel ils chutaient. Puis ce fut le choc, puis le rien. Où qu’ils se soient rendus, ils étaient arrivés et avaient laissé loin derrière eux le carnage et la tempête.
 
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Message posté : Ven 30 Déc 2016 - 16:20 Message
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L’idée de faire gémir Solveig lui plaisait vraiment. Sa réplique lui émoustillait bien plus les sens qu’il ne l’aurait imaginé mais il dû chasser ces pensées rapidement pour se concentrer sur la situation. Transformer l’un de ses adversaires en monstruosité de chair ne leur avait fait gagner que quelques secondes tout au plus et ils étaient en grande infériorité numérique. Puis il avait déjà fait gémir la lieutenante de sang lorsqu’il avait extrait le cancer filamenteux qui s’était développé dans ses chairs lors de leur première mission ensemble. Autant dire que cela ne figurait plus sur sa liste de choses à faire avant de mourir. D’ailleurs en parlant de mourir…

« Oh, ils veulent vous garder en vie, je suis jaloux. Ils sont décidément enclins à vous faire gémir. »

Lui-même se concentrait pour ne pas penser à la morsure ardent qui se déployait le long de son estomac, là où la plaie béante laissait se déverser des flots de sang. C’était l’un des pires endroits où se faire blesser, l’agonie pouvait se prolonger pendant des jours et les chances de survie étaient bien maigres. La médecine moderne pouvait faire des miracles, mais Anton n’avait pas vraiment de bloc opératoire sous la main, si bien qu’il devait se concentrer sur autre chose pour chasser la douleur. Si la sorcellerie était pour lui une pseudo-science imparfaite et sujette à trop de caprices et d’incertitudes, il devait admettre qu’elle trouvait parfois son utilité surtout dans ce genre de situation. Après tout, il n’avait pas vraiment anticipé qu’il se retrouve face à une telle armée d’hostiles et dû avoir recours à sa propre magie. L’incantation dévala ses lèvres, venant se répercuter ans les légères modifications nécro-alchimiques qu’il avait placé dans son corps. Des battements d’ailes retentirent autour de lui ainsi que des hurlements crissant alors que des chauves-souris aussi grosses que des vautours apparaissaient autour de lui pour venir prêter main forte au draugr. Voilà qu’il se conduisait comme n’importe quel vulgaire nécromancien de la Moisson, à invoquer des créatures ridicules au lieu de démontrer la supériorité de ses autres créations. Ces missions avec Solveig faisaient bien souvent ressortir les pires aspects de sa personnalité.

« En effet. Je n’ai pas spécialement envie de me faire tailler en petit morceaux pendant notre petit week-end en amoureux. Je ne serais plus apte à assumer mes devoirs conjugaux. »

Lâcha-t-il d’un ton acerbe. Il avait toujours mal, c’était sans dire. La douleur venait former une fièvre envoûtante et frénétique en se mêlant à sa frénésie naturelle et à son génie débridé et macabre. C’était sans oublier qu’il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours, laissant la fatigue venir ajouter son grain de sel à la décoction instable qu’était déjà son cerveau. Le nécromancien abattit son poing au milieu du visage d’un des impérissables, sentant ses phalanges craquer au passage.

« Outch. » Il secoua un instant sa main pour en chasser la douleur. Même s’il agonisait, certaines parties de son organisme étaient encore bien trop sensibles. Frapper comme un vulgaire combattant de rue ne lui allait jamais. Ses infirmières étaient bien plus douées que cela pour lui. Ce qui pourrait nuire à sa virilité s’il ne se savait pas un parfait intellectuel. « Voyons, j’adore vous recouvrir, couvrir pardon. » Le bâton nécro-galvanique émit plusieurs claquements sinistres alors qu’il se déployait entre les mains d’Anton, les électrodes apparaissant aussitôt suivies des arcs électriques verdâtres qui annonçaient leur activation. « Je vais faire de mon mieux. » Acheva-t-il sur un ton plus sérieux. Il tendit son bâton en direction d’un impérissable qui avait réussi à se dépêtrer des chauves-souris et des draugrs. L’éclair verdâtre le foudroya sur place, laissant un cadavre fumant. « C’est la parfaite saison pour les champignons. » Un nouveau sortilège monta de ses lèvres. Il avait appris peu de choses des plus anciens nécromanciens, mais il y avait quelques aspects de leur magie qu’il trouvait utile. Surtout ce qui lui permettait de soumettre certains êtres vivants à sa volonté, de créer ses propres espèces et maladies. Des champignons apparurent sur le cadavre, le recouvrant de mycélium pour le permettre de se retourner contre ses anciens alliés. Ah, il avait vraiment l’impression de se battre comme Abigaïl sans ses golems. S’il en comprenait l’attrait, cela n’était décidément pas ce qu’il préférait. Ses chauves-souris et champignons, bien qu’améliorés manquaient de la grâce de ses autres œuvres.

Anton n’eut pas le temps de lancer une nouvelle décharge qu’il se sentit happé par le couloir mystique que Solveig venait de créer. Ce type de rituel n’était pas trop différent des portes des goules d’Abigaïl, ou de son propre passage de l’effroi, mais c’était autre chose que d’y sauter à pied joint que de se faire attraper par surprise et entraîner dans un tel passage. Surtout les viscères à l’air. Il se demanda d’ailleurs un instant si ses intestins n’allaient pas se dérouler pour venir voleter aux vents. Mais il n’en fut rien. En fait, il se retrouva assis dans la boue, quelque peu désorienté, dans un lieu qui ressemblait beaucoup à Roanoke à quelques détails près.

Presque rien ne vivait autour d’eux. Les arbres étaient tous noircis et rabougris, affichant des braches dénuées de feuillage. Il n’y avait pas d’herbe, de fougères ou même de mousse, seulement des champignons, ainsi que des insectes qui venaient ramper tout autour d’eux. « Vous allez bien ? » Demanda-t-il en se relevant et en s’approchant de Solveig pour l’aider à se relever. « Je crois que vous avez réussi à nous emmener… Quelque part. » Mais où ? Il n’était pas question de revenir en arrière en tout cas, pas avec les impérissables qui les attendaient de l’autre côté et qui devaient s’assurer qu’ils ne puissent pas reparaître sur l’île sans être capturés. Des bruits de sabots retentirent entre les arbres. Anton remarqua au passage qu’il n’y avait point de soleil dans le ciel. Ce dernier était illuminé par une sorte de phosphorescence propre, mais qui ne venait d’aucun astre. « Voilà qui est étrange… »

Prêt à combattre de nouveau, le nécromancien vérifia un instant l’état de ses entrailles avant d’activer de nouveau son bâton. Un cheval décomposé venait de franchir la lisière de la forêt, s’avançant dans la clairière mortifère où ils se trouvaient. Sur son dos se dressait un colon tout aussi décharné que sa monture, avec à la main un vieux mousquet qu’il pointait dans leur direction. Derrière, les silhouettes d’autres morts-vivants en habits antiques se dessinaient.

« Des vivants… » Siffla le mort entre ses dents taillées en pointes. « Des vivants ! On va pouvoir relancer l’élevage les gars ! » Les colons venaient de les encercler, pointant dans leurs directions armes de fortune, fourches, mais aussi des fusils. « Quel comité d’accueil agréable, vous faites tout pour les attirer décidément. »
 
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Message posté : Mar 24 Jan 2017 - 14:28 Message
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La chute lui sembla une éternité. Il y avait d’abord eu cette sensation d’être happée, entraînée malgré elle par l’imminence du flux magique dont elle avait suivi le lien ténu. Comme tirant sur un fil, elle en avait détissé le maillage complexe, ouvrant ce qui s’avéra être un passage entre leur dimension et une autre, inconnue. Mais elle n’avait pas simplement puisé une ouverture dans les âmes moribondes qui valsaient autour d’eux, elle avait aussi entrouvert la porte et on les avait arrachés à cette réalité. Comme s’il s’était agi d’un maelström vorace, impérieux, Solveig y était tombé et avait entraîné le Dread Maker dans sa chute, distançant leurs adversaires. Oh, elle n’avait guère eu l’occasion de suivre le combat qui avait vu s’affronter son homologue masculins aux forces impérissables, mais elle ne doutait guère qu’il n’avait pas été à son avantage. Blessé, agonisant, dénué de ses créations les plus chères, Anton n’en demeurait pas moins un adversaire redoutable, et sa présence à ses côtés – toujours vivants – prouvait qu’il avait su tenir tête à leurs ennemis. En un sens, cela la rassurait ; Même s’il n’était pas vraiment capable de mourir, elle n’osait imaginer ce qui serait advenu d’eux s’ils avaient été capturés par la secte sacrée. Et ils l’auraient été, au vu de leur nombre, elle n’en doutait pas.

Par chance, ce n’était pas une question qu’ils avaient à se poser. La chute lui sembla une éternité depuis l’instant où elle fut aspirée par le gouffre, jusqu’à celui où son corps heurta le sol poussiéreux dans un bruit sourd. Elle ne ressentit pas de douleur, comme si elle n’était tombée que de quelques mètres, tout en sachant que c’était de bien plus loin qu’ils étaient arrivés. Et comme pour confirmer ses dires, le coup d’œil qu’elle jeta au-dessus d’elle lui montra le reflet du ciel de Roanoke d’où s’ébattaient des nuées de créatures sombres et de prédicateurs divins. En un instant, un battement de cil, tout avait disparu pour ne laisser que des cieux glauques, luminescents et parfaitement lisses. La brèche s’était refermée derrière eux, les condamnant à errer dans les terres inconnues où le pont d’âmes les avait menés jusqu’à ce qu’ils trouvent eux-mêmes un moyen d’en sortir.

Et ce monde, quel était-il ? Rien qu’elle ne connaisse, de toute évidence. Son regard se perdit aux alentours, appréciant la vue de ces terres ingrates où rien ne semblait vivre. Et quelque chose lui murmurait que c’était en effet le cas ; Arbre morts jetant leurs ombres tordues sur un sol de terre battue, falaises escarpées qui n’étaient pas sans lui rappeler celles qu’ils venaient de quitter à une exception près ; Les routes, les panneaux, les véhicules ronronnant appelant à eux tout le confort d’une vie au XXIème siècle, avaient été effacés, remplacés. Il n’y avait plus que tertres de terre noire, que forêt morte et morne, qu’eau sale et nébuleuse. Et pour enrober le paysage délabré de sa couverture sordide, il n’y avait pour lumière que ce ciel boueux qui leur jetait un éclat incertain, presque à contrecœur. Etrangement, Solveig sut aussitôt qu’ils étaient arrivés à l’endroit qu’ils recherchaient.

Cette version ternie de Roanoke. La Roanoke d’il y a quatre cent ans. La Roanoke morte.

Lorsqu’elle saisit la main que le Lieutenant de Chair lui tendait, son regard s’arrêta un instant sur la balafre béante qui ceignait son abdomen et d’où s’écoulait un flot de sang continu. Il était pâle, plus que d’habitude, ce qui la fit se questionner un instant sur son état de vie. La chaleur de sa peau dissipa néanmoins ses doutes et lui fit savoir que – pour le moment – Anton faisait toujours partie des vivants.

« Je vais bien. En tout cas, mieux que vous de toute évidence, lui répondit-elle en balayant le panorama du regard. Je ne sais pas encore bien où on se trouve, mais il y a peu de chance que le flux d’âmes que nous avons suivi soit lié à autre chose qu’à la colonie perdue. Nous devrions être au bon endroit. » Qu’ils y soient ou non, ils étaient quelque part et sans moyen apparent de retourner d’où ils venaient. Ils allaient devoir évoluer dans ces terres et espérer être arrivés au bon endroit.

Un lointain bruit de sabots avertit les Moissonneurs qu’ils n’étaient pas seuls. Si la nécromancienne, croyant faire face à des Impérissables, posa un instant sa main sur la hampe de son arme, elle se ravisa rapidement en croisant le regard vitreux de l’individu. Des individus. Des morts. En moins d’un instant, ils étaient encerclés.

« Elevage ?! » S’exclama-t-elle.

Oh, elle ne comprenait que trop bien où ils voulaient en venir. Cette partie sordide de son esprit saisissait instinctivement l’intérêt d’avoir trouvé un homme et une femme en état de procréer, pour des morts isolés dans une dimension vide. Et elle n’était pas certaine d’avoir envie de songer à ce qu’il adviendrait d’eux s’ils devaient être capturés par des êtres d’une autre époque. L’infuse-fiel entrouvrit les lèvres, cracha – cinglante – une formule en vieux norrois pour appeler à elle ses draugrs. Puis une seconde fois. Puis une troisième. Il n’y eut jamais ni draugrs, ni même le relent putride qui annonçait leur venue d’ordinaire. Alors elle voulut matérialiser les énergies nécromantiques en froid intense, et là encore. Rien. Désemparée, elle resta les bras ballants. Et ce fut comme si un poids immense s’appesantissait sur ses épaules lorsque ce qui s’avéra rapidement être le meneur de leur expédition, de leur chasse, lui retourna une claque retentissante. Étourdissante.

« Saisissez-les, nous rentrons. » Annonça-t-il simplement dans un claquement de langue.

Sonnée, elle ne résista guère lorsqu’on la saisit pour la hisser sur l’une des montures défraîchies qui servaient leurs cavaliers. Pas plus que lorsque son regard mortifié croisa celui d’Anton. Mais pire que le constat de leur cuisant échec, ou la pensée du destin qui les attendait, il y avait la frustration et le désespoir croissant. Quelles que soient ces terres, où qu’elles se trouvent, sa magie n’y fonctionnait pas. Et pire ! Pire encore que cela, il y avait le silence.

Le silence de son arme qui, elle aussi, semblait l’avoir abandonnée.
 
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Message posté : Mer 25 Jan 2017 - 22:39 Message
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Anton ne pouvait pas vraiment argumenter avec cela. Son bâton nécrogalvanique pour le moment servait plus à supporter son poids qu’à lancer des éclairs ou à ressusciter les morts. La douleur s’étalait, vibrante, depuis son estomac jusque dans chaque fibre de son corps. Sans la supériorité que son esprit gavé de magie noire et de décoctions instables avait sur son organisme et plus particulièrement sur ses nerfs, il serait probablement en train de se rouler par terre en ce moment même… Tout en se vidant de ses tripes et de son sang par la même occasion. Heureusement il avait été habitué à la douleur qu’impliquait son état de non-vie prolongé et il savait une chose : la souffrance physique valait mieux qu’une éternité en tant qu’esprit incapable de toucher aux choses. Aussi il se contentait de maintenir ses boyaux à l’intérieur de lui-même d’une main, tout en se servant de son arme la plus emblématique, si on faisait exception de ses créatures, comme d’une canne.

« Vous avez raison, nous devons effectivement nous trouver à Roanoke, enfin, à voir l’accoutrement de notre comité d’accueil. »


Celui-là même qu’il avait critiqué quelques instants auparavant. Il fallait dire que les colons morts-vivants n’étaient pas des plus sympathiques. Surtout quand on pensait à ce qu’ils venaient de dire. Oh, Anton n’avait jamais été contre une partie de jambe en l’air et l’idée de s’amuser quelque peu avec Solveig ne le dérangeait pas. Si ses organes n’étaient pas en train d’essayer de se faire la malle, cela irait mieux bien entendu et surtout il se savait peu apte à assumer toute paternité. Après tout, c’était sa sœur qui avait pris soin de ressusciter sa descendante directe, enfin, de la réanimer tout du moins.

« Elevage oui chérie… Il faut croire que nous allons être vraiment impliqués dans notre petit jeu de rôle. »
Il eut un léger grognement de douleur et il tendit la main en direction de l’intérieur de sa veste, avant de se rattraper pour ne pas laisser ses entrailles tomber sur ses chaussures. Il avait quelques fioles d’arsenic pour achever sa zombification, mais surtout son sérum de nécro-régénération qui lui redonnerait toute sa belle allure de cadavre ambulant mais bel et bien vivant. Sauf que mourir, puis revivre, lui faisait perdre l’un de ses seuls leviers.

« Mes bons gens, mes bons gens. Vous semblez avoir l’âme de fermiers, c’est très bien, mais je suis en train de mourir, difficile pour moi d’assurer des fonctions d’étalons une fois mort. »

L’un des colons s’était rapproché de lui et Anton n’était pas vraiment en état de faire quoique ce soit, surtout qu’à voir l’inactivité de Solveig, quelque chose clochait. « T’as pas besoin de vingt ans pour la mettre en cloque. » Répondit le mort-vivant.

« Certes non, mais une fois que je serais mort vous ferez comment neuf mois plus tard ? »

« Avec de la chance elle donnera naissance à un garçon. »
Lâcha le type au visage putréfié avec un sourire graveleux. Anton ne put s’empêcher de se joindre à son rire, légèrement, à l’idée d’imaginer une famille consanguine. Voilà qui devrait ne pas trop changer Solveig de sa Norvège profonde, non ? « Sauf que le temps que le petit arrive en âge de monter sa mère, cette dernière ne sera plus très fraîche. Je pense que vous surestimez grandement la primeur de la pouliche. »

« Tais-toi. »
Le visage d’Anton rencontra subitement le manche de la fourche qu’utilisait le mort-vivant comme arme de fortune. Autant dire qu’il n’en fallut pas beaucoup au nécromancien pour se retrouver à terre, en train de compter les étoiles tandis que d’autres devaient compter les trous dans son ventre. Lorsqu’il revint à lui, il avait été attaché à un cheval pourrissant, un bandage grossier maintenant son intérieur dans son intérieur et il posa les yeux sur Solveig qui se trouvait elle aussi sur une autre monture. Il ne put que hausser les épaules avant que la douleur ne revienne et qu’il ne sombre à nouveau dans l’inconscience. Tant qu’il ne mourrait pas il serait incapable de se concentrer et de lancer le moindre sortilège.

On les plaça dans ce qui devait être une étable, avec un beau petit tapis de paille flétrie et probablement rempli d’insectes comme litière, lit, canapé et probablement berceau pour leurs nouveaux bébés. « Vous allez attendre là, jusqu’à ce que monsieur le maire arrive. Si vous voulez prendre les devants, vous savez ce qu’on attend de vous. » Lança le chef des colons sur un ton glacialement sérieux. Anton n’avait pas vu tout le petit village décrépi qu’ils avaient traversé, avec des maisonnettes délabrées et surtout tous les habitants morts… Qu’il s’agisse de vieilles grand mères, de petites filles, jeunes jouvenceaux ou vieux fermiers. Tous étaient morts, sans vraiment l’être. Mais Anton aurait été éveillé, il aurait remarqué une chose sûrement, que tous avaient dû saliver en les voyant arriver ! Pourtant ni lui, ni Solveig n’étaient bien épais.

« Oh, je sens que je vais regretter le lit de l’hôtel. » Lança Anton en s’éveillant quelque peu, avant de se pencher pour vomir du sang. On l’avait débarrassé de sa veste et de ses fioles, mais aussi de son bâton bien évidemment. Il lança un coup d’œil en direction de Solveig. « Alors chérie, tes petits bonhommes puants se font désirer ? J’ai du sang dans les yeux ou t’es sacrément jolie là ? Oh, non, je sais… De la fièvre. » Ce qui n’était pas vraiment surprenant, après tout le cheval mort-vivant ne devait pas avoir été très bien désinfecté avant d’être mis en contact du nécromancien. « Ouuuuuh, ça tourne. Des idées beauté ? »
 
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