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Fire for Dummies

 
Message posté : Jeu 27 Aoû 2015 - 13:27 Message
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    Dimension fuzonique – seizième jour

    Zell était rapide. Pour une créature dotée d’un si petit corps, il volait vite. Cependant, les cendres de Vincent étaient encore plus rapides. Le pyromancien était donc devant, dans l’espèce de canyon incandescent qu’ils essayaient de traverser le plus rapidement possible pour échapper à leurs poursuivants. Mais eux aussi étaient plutôt rapides. Enfin un surtout : celui qui chevauchait une sorte de cygne incandescent. Pourtant, il était plutôt massif de taille, comme sa monture… Le cavalier portait une armure qui aurait fait pâlir les gladiateurs du Colisée de Rome, on pouvait voir ses muscles gonfler sa peau rouge et scarifiée. Quand à l’énorme lance qu’il brandissait, elle devait peser son poids. Mais tout cela ne semblait pas empêcher sa monture de filer à travers l’air enflammé afin de poursuivre les fuyards.

    Ceux-ci continuaient d’avancer le plus vite possible, mais Vincent refusait de trop s’éloigner de Zell. D’abord parce que l’Esprit connaissait ce monde, et ensuite… parce qu’il ne pouvait pas l’abandonner. Ce n’était même pas une option. Malheureusement, un malabar armé derrière eux n’était pas de cet avis. Il parvint à toucher Zell avec sa lance. L’Esprit vit son torse transpercé par l’arme et cria avant de tomber, incapable de se maintenir dans les airs à cause de la douleur. Ash avait entendu ça et il l’avait même un peu senti par une sorte d’empathie forgée à partir de sa proximité avec l’Esprit. Aussitôt, il s’arrêta et s’élança à la poursuite de l’agresseur de son ami alors que celui-ci s’en allait l’achever. Le colosse était à deux doigts de récupérer sa lance pour porter le coup fatal et achever cet être qui se retrouvé allongé sur le sol rocailleux et fuzonique. Mais un nuage de cendres en avait décidé autrement. En utilisant son élan et en décrivant une courbe dans les airs, il percuta le gladiateur de plein fouet et le fit tomber de sa monture qui hurla mais ne tenta rien pour aider son cavalier. Ce dernier ne mit pas longtemps à se remettre sur ses pieds, indifférent à sa chute. Cependant, Ash n’avait pas finit et il fonça encore sur lui, le coupant au bras, là où il n’avait pas d’armure. Les cendres encerclèrent alors leur cible qui se débattait de ses grandes mains et de sa lame courte (longue comme une batte de baseball, quand même). Mais aucune de ces attaques ne parvenait à atteindre les cendres, du moins à les blesser. Et elles attaquaient et lacéraient avec une rage à peine contenue. A force d’acharnement, Vincent parvint à faire tomber le casque qui protégeait le visage de son adversaire. Quelques secondes plus tard, celui-ci se retrouvé égorgé en trois endroits. Vincent finit en reprenant sa forme humaine acheva son ennemi à l’aide d’un coup de poing qui concentrait toute sa force et qui finit d’exploser la gorge de son ennemi.

    La victoire ne fut guère savoureuse cependant. Le jeune homme fixa le cadavre un court instant avant de retourner vers Zell, mourant.

    – Ca va aller, j’vais te sortir de là, on va…
    – Non… ils arrivent. Laisse-moi sinon ils vont te capturer. Et de toute façon, c’est trop tard.
    – Non ! T’es… t’es un esprit, c’est pas important qu’ton corps soit blessé, pas vrai ? Tu peux, j’sais pas, continuer à vivre sans corps, pas vrai ?

    Zell le regarda de ses yeux enflammés et bleutés. Ce n’était pas forcément évident pour Vincent car il était difficile de percevoir les subtilités du faciès d’un Esprit, mais Zell était ému.

    – Les choses sont compliquées, Ash… Je ne peux maintenir mon existence sans support pour ma conscience…
    – Alors prends-moi comme support !

    Le jeune homme avait dit ça spontanément, sans réfléchir, sans penser aux conséquences. Zell y pensa lui. Il pensa aussi à une des évidences de son monde enflammé : la compassion y était rare. Presque inexistante.

    – Ce serait trop dangereux… pour toi comme pour moi…
    – Parce qu’on est en sécurité là ?

    Zell sourit.

    – D’accord… enlève-moi cette lance et… ne ferme pas ton esprit.

    Fermer son esprit… Vincent se souvenait avoir essayé, fut un temps, pour échapper aux indiscrétions des mentalistes, mais il n’y était jamais vraiment arrivé. Pour sûr qu’il n’allait pas fermer son esprit.

    Le muté s’activa donc et retira l’arme du corps de son ami. Celui-ci commença à tomber en morceau, les flammes se séparaient en parties plus petites avant de former des étincelles rouges et bleutées. Bien vite, le corps de Zell ne fut plus constitué que par ces particules d’Esprit. Vincent resta là sans bouger à observer le spectacle. Il déglutit, plus par réflexe que pour avaler sa salive. Il commença à se sentir un peu nerveux, mais il était toujours déterminé. Pas question d’être seul ici. Il ne survivrait pas… il deviendrait fou.

    – Ouvre ton esprit…

    Facile à dire. Il n’avait pas de bouton ON et OFF pour son cerveau. Toutefois, Vincent fit de son mieux pour alléger son esprit et ne penser à rien. Pas facile quand on savait qu’un groupe de chasseurs pouvait leur tomber dessus à tout instant. Mais il essaya. Les étincelles de Zell commencèrent alors à s’approcher de lui. Vince ouvrit les yeux et vit qu’elles s’y dirigeaient. Le jeune homme fit de son mieux pour ne pas fermer les paupières. De toute façon, il ne sentit pas leur contact, du moins pas sur ses yeux. Aussitôt, il eut l’impression qu’on essayait d’enfoncer un truc dans son cerveau. Son premier réflexe fut de prendre sa tête dans les mains et de lutter contre cette soudaine migraine, mais il comprit que c’était peut-être ce que Zell voulait dire par « ouvrir son esprit ». Il ne fit rien donc. Il resta debout, le plus immobile possible. Son visage exprimait toutefois des rictus de douleurs, mais le corps spirituel de Zell finit de s’introduire en lui. Lorsque ce fut le cas, Vincent céda à la douleur et se laissa tomber. Cette fois, il ne luttait plus contre sa migraine, contre l’intrusion, il luttait contre lui pour ne pas lutter justement. Mais la douleur était tellement oppressante… Il hurla, il fut pris par des spasmes de douleurs… et finit par perdre connaissance.

    Et tandis que Zell survivait dans son esprit, leurs poursuivants retrouvèrent Vincent.


    … … …


    Aujourd’hui, quand Zell s’imposa pour lutter contre le bras fuzonique

    L’Esprit faisait de son mieux pour lutter, pour repousser les flammes matérielles qui formaient cette griffe affamée, désireuse de les récupérer tous les deux et de les ramener à Fuzon. Dans le même temps, un esprit accédait à sa conscience : celui de Dante. Ils firent un peu connaissance. Vincent ne pouvait rien voir, il n’était pas habitué à percevoir les corps spirituels ni à communiquer et interagir de cette façon. C’était aussi pour cette raison qu’il ne vit pas que le Seigneur du Feu qui les attaquait n’envoyait pas que des flammes physiques ; l’attaque se passait aussi sur un plan psychique… et elle se solda par une défaite de Zell.

    Depuis lors, son corps spirituel qui subsistait dans le corps de Vincent luttait contre un virus ardent qui tentait de le consumer. C’était inéluctable. Zell ne pouvait rien faire contre ça, il ne pouvait que repousser l’échéance. Ce Dante le comprit certainement. Il comprit qu’il fallait les séparer, Vincent et lui, sans quoi, les deux mourraient. Mais pour l’Esprit, le sort en était déjà jeté.


    … … …


    Présent – Salle du rituel

    A la demande de Dante, Vincent alluma les bougies. Il lui suffit d’un regard. C’était une capacité qu’il avait développée tout seul dans cette zone industrielle déserte qui lui servait de terrain d’entraînement. Comme tous ses autres pouvoirs, il s’était nettement développé sur le plan élémentaire du feu. Si bien qu’il n’avait presque pas besoin de se concentrer pour provoquer une combustion à distance. Enfin si, ici il dût se concentrer… à cause de sa migraine. Il se sentait un peu faible d’ailleurs et il se tenait encore debout principalement par la simple force de sa volonté. La fièvre l’envahissait. Et cette fois-ci, elle était désagréable. Vincent avait très envie de la chasser, en utilisant ses flammes pour l’extérioriser. Finalement, l’idée du rituel était sûrement la bonne. Cela lui permettrait de concentrer sa chaleur ailleurs.

    Prêts ?

    Il hocha la tête.

    Puis vint l’autorisation, celle de s’enflammer. Il aurait pu prendre la peine de retirer ses habits avant ça, mais la douleur et l’empressement à lutter contre sa fièvre l’en empêchèrent. Ses vêtements brûlèrent donc ainsi que l’air qui caressait sa peau. Le jeune homme se retrouva nu dans un cocon de feu qui ne laissait voir que ses yeux encore plus incandescents que les flammes.

    Un foyer apparut.

    Zell commença à s’activer de son côté. Il devait séparer son corps spirituel de sa conscience… dans des termes plus vulgaires, cela revenait à se couper la tête.

    Torgnole jeta le premier ingrédient.

    L’Esprit senti les flammes changer, prendre de la consistance et lui permettre de s’extirper de l’esprit de Vincent pour apparaître dans ce monde.

    Le deuxième foyer apparut.
    Vincent ne sentait plus la migraine. Plus depuis que Torgole avait mis le premier ingrédient. Ou depuis que Dante avait prononcé ses premières incantations ? Difficile à dire. Tout ce qu’il s’avait, c’était que son esprit à lui était focalisé sur les flammes qui l’entouraient.

    Torgnole jeta le deuxième ingrédient.

    Vincent senti quelque chose d’étrange se passer. Comme si une partie de son âme était en train de remuer, de s’étirer pour essayer de se séparer du reste. Il voulut l’empêcher au début, mais il comprit que c’était Zell, que c’était le but du rituel alors il laissa faire.
    Le troisième foyer apparut.

    Zell puisait dans ses réserves, dans les puissances que la magie de Dante invoquait, dans les flammes de Vincent. Partout où il le pouvait, il cherchait de ;’énergie afin de faire ce qu’il avait à faire. Lui avait deux rituels à gérer. Celui de Dante pour extraire de Vince son corps malade. Et celui de la symbiose de protection, l’ultime sacrifice des Esprits de feu. Ordinairement destiné à augmenter la puissance d’un autre Esprit ou d’un Seigneur de Feu contre sa vie.

    Torgnole jeta le troisième ingrédient.

    Zell n’était pas triste. A dire vrai, il était plutôt heureux. L’ultime sacrifice était la fin naturelle de tous les Esprits de feu qui avaient réussi à ne pas se faire tuer par un tiers. C’était l’équivalent d’une mort de vieillesse. Il était même fier de le faire pour Vincent. Les humains ne venaient jamais sur Fuzon. Pour des raisons pratiques, déjà, mais aussi parce que leur nature était bien différente de celle de ses habitants. Zell comprenait en quoi. Il avait appris à avoir confiance, la compassion, l’espoir, l’amour. Une partie de lui se sentait encore ridicule de s’être laissé « corrompre » comme diraient ses frères fuzoniques. Une autre, qui avait la majorité, était fière.

    Les yeux de Vincent se mirent soudain à briller d’une lumière bleue qui n’avait rien à voir avec ses propres pouvoirs. C’était Zell. Le pyromancien leva la tête, submergé par une puissance qui venait de lui pour… sortir… que faisait-elle ? Il ne comprenait pas…

    *Au revoir, Vincent… Merci*


    … … …


    Dimension fuzonique – deuxième jour


    – Ils ne t’ont pas raté…

    Allongé sur le ventre dans une cellule en pierres, Vincent se réveilla douloureusement. Sa tête le lancinait. Et pour cause, on l’avait frappée à l’aide d’une masse. Il n’avait survécu que grâce à ses capacités de régénération, mais la guérison n’était pas encore terminée. Il se redressa douloureusement.

    – Doucement, sinon tu vas encore t’évanouir et tu ne pourras pas me dire ce que tu es.

    Le jeune homme leva la tête. La voix provenait d’une pièce à côté. Une petite ouverture servait de fenêtre sur la pièce, ou cellule voisine, il y vit un petit être de feu aux contours un peu bleus.

    – Ou est-ce que je suis ?
    – Bienvenue dans les cellules de l’Arène. Alors, qu’est-ce que tu es ?

    Vincent le regarda sans vraiment comprendre la question. Puis il se rappela qu’il était loin, très loin de chez lui.

    – Je suis un humain… je viens de la Terre.
    – Alors ça, c’est pas commun !
    – Et vous, vous êtes là pourquoi ?
    – Pour combattre dans l’Arène, comme vous.
    – Oui mais pourquoi ?

    Vincent voulait savoir pourquoi il avait été capturé ? Pour sa part, il avait une petite idée. Un humain, venait d’un endroit que ces êtres essayaient apparemment d’envahir, c’était équivalent à un intrus. Les intrus, ça se capturait. Mais il ne comprenait pas pourquoi ils enfermaient leurs semblables. Zell lui, ne comprenait pas pourquoi ils ne l’auraient pas enfermé. Ce fut donc avec une ignorance ingénu qu’il répondit :

    – Je ne comprends pas la question…


    … … …


    Présent – Salle du rituel

    Vincent se réveilla moins péniblement qu’il ne l’aurait cru. Il se sentait étrangement léger. L’absence de mal de crâne aidait beaucoup. Il avait un peu froid, mais ça, il avait l’habitude depuis son retour.

    Il était allongé sur le sol, au milieu du cercle d’incantation, en position fœtale, nu. Lentement, il se redressa et leva les yeux vers Dante. Il n’avait rien oublié de ce qui s’était passé, de ce qu’ils avaient fait, ni du pourquoi. Ce qu’il ne comprenait pas, c’était le résultat… ainsi que ce vide qui occupait son esprit. Un vide aux contours familiers. Vincent sentait encore la présence de Zell, mais celle-ci ressemblait à un écho… ou à un simple reflet. Ce n’était pas l’originale. Le regard de Vincent parcourut le cercle pour chercher une explication et la trouva : dans une des dessertes utilisées se trouvait des cendres noires, encore tièdes mais inanimées : c’était le corps spirituel mort de Zell. La confusion se déploya dans l’esprit du pyromancien. Il ne comprenait pas. Zell ne pouvait pas être mort car il le sentait dans son esprit… mais en même temps ce n’était plus pareil, il ne l’entendait plus parler ou murmurer, ni même ressentir.

    Ignorant que ce qu’il ressentait était simplement l’ultime don que l’Esprit lui avait fait : sa puissance spirituelle qui protégerait désormais son esprit des intrusions psychiques, le jeune homme demanda :

    – Qu’est-ce qui s’est passé ?

    Mais au fond de lui, il avait déjà la réponse car une grande tristesse l’envahit et ses yeux devinrent humides.

 
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Message posté : Mar 1 Sep 2015 - 22:30 Message
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Dante peinait à y croire. Il devait pourtant annoncer la triste nouvelle à ce jeune homme qui le couvait d'un regard terrible d'humidité. Il le dit donc le plus sobrement et le plus véritablement possible : « Zell est mort. » Comment le formuler d'une autre façon ? Vincent n'aurait sans doute pas compris les réserves du magicien, ou ses circonlocutions courtoises. Le jeune homme était trop pénétré de la vérité de l'événement pour tolérer, sans doute, autre chose que la réalité crue. Dante se sentit quelque peu désemparé. Il venait d'annoncer ni plus ni moins à Vincent que cet être qui avait été, peut-être, son seul ami dans la Dimension fuzonique, au cours d'un long séjour initiatique et traumatisant, venait de disparaître. Zell n'était pas reparti dans son plan d'origine. Il était, plus simplement, mort. Évanoui dans les interstices magiques qui lient le plan du feu et le plan présent, celui que tous deux foulaient, impuissants à avoir rien pu empêcher. Dante n'aurait d'ailleurs pu prévoir semblable issue à ce rituel.

Il n'était pas certain d'identifier précisément les causes de ce revirement. Il n'était pas sûr de comprendre ce qui avait conduit à la disparition de Zell, mais il se fit la promesse de relire les plus obscurs passages de l'Ego Flammae, comme de relire certains autres bouquins où peut-être il dénicherait les réponses aux questions que soulevaient l'événement. Il n'avait guère le temps toutefois et devait déjà éclairer Vincent de quelques précisions au débotté, comme s'il n'avait d'autre choix, parce que la sensibilité du jeune homme lui ôterait sûrement la sagesse et le recul nécessaire à l'appréhension de la distance qu'exigerait en temps normal pareil... accident. L'alchimie, science exacte entre toutes les sciences, s'offrait parfois le luxe d'une surprise terrible, qu'il revenait à chaque magicien pratiquant d'étudier, d'analyser et de comprendre. Le temps de la recherche viendrait. L'heure était moins à l'ergotisme savant qu'à la plus simple des compassions. « Le rituel a été parasité par... je ne saurais dire. L'altération est de nature mystique, cela ne fait aucun doute. Un sortilège semble avoir puisé dans mon rituel la force de se manifester et de propager nos objectifs à d'autres desseins. En d'autres termes, quelqu'un s'est servi de nous pour parvenir à ses fins, c'est ce qui a tué Zell et qui me perturbe beaucoup. » Dante avait toujours le livre entre les mains.

Si cet ouvrage n'avait pas compté parmi les plus précieux et les plus rares de tous les bouquins du continent, il l'aurait volontiers jeté au sol, de rage, de colère et de désolation. En matière de magie et surtout d'Alchimie, Dante détestait ne pas avoir le dernier mot. Il haïssait l'impuissance qu'il se découvrait à donner des explications concrètes et réfléchies au malheureux Cendrelin, et cette fureur qui sourdait en lui comme l'orage en loin ne s'apaisait que de la certitude orgueilleuse qu'il avait de savoir que d'ici quelques heures, peut-être quelques jours, son savoir serait assez étendu pour couvrir l'événement d'un regard scrutateur et sûr. Il saurait le fin mot de cette histoire. D'un geste vif, il ferma le livre et le remit entre les mains de Torgnole qui disparut quelques secondes avant de reparaître, les mains vides. Mais Dante avait déjà repris la parole, l'air songeur, tandis que ses pieds le conduisaient à faire la ronde dans la pièce, indifférent aux cercles tracés au sol, aux reliquats de brûlures et de cendres que Torgnole, déjà, se proposait de nettoyer. « Ce qui me perturbe le plus, c'est que Zell n'ait pas lutté. Or s'il était bien conscient comme moi de ce qui arrivait, comme je le crois, cela me porte à croire qu'il a choisi de se soumettre à l'événement. Comment l'expliquer ? »

C'était incompréhensible, sauf à supposer que Zell eût donc choisi ce chemin qui devait le conduire inexorablement à la mort. C'était incompréhensible, sauf à supposer que le souvenir pensant que Vincent avait ramené de la dimension fuzonique eût donc choisi de se sacrifier pour baigner Vincent de cette nouvelle aura de puissance phlogistique que Dante percevait en lui et tout autour de lui. Dante remarqua la nudité du jeune homme, s'approcha d'un placard, en tira une blouse et vint en couvrir les épaules de Vincent. « Je crois néanmoins que Zell, en se sacrifiant, t'a laissé un peu de lui-même. Sa présence devrait nous être aveugle désormais, et pourtant je le perçois encore, comme s'il était parmi nous. Muet, disparu. Il vit en toi. » Et voilà que Dante parlait comme le vieux singe Rafiki. Quel bouleversement et coup de théâtre ! En vérité, tout ce qu'il déployait de propos obscurs n'étaient ni feinte ni subterfuge. Il hésitait, il entrevoyait la solution mais se refusait à de trop hâtives conclusions. « Avez-vous fusionné ? Peut-être. S'est-il volatilisé en te laissant une part de lui-même ? Peut-être. Est-il l'origine de l'altération du rituel, ou le complice d'une autre force ? Je ne sais. Mais je le saurai. Je vais chercher. Je... Attends... » Dante fut saisi d'un vertige qui l'obligea à s'appuyer sur un bureau où il manqua de se cogner. Ses yeux rayonnèrent dangereusement. Il se reprit néanmoins. Torgnole avait accouru vers lui.

« Pardon... c'est la fatigue, et je... je crois que ce rituel a... enfin, qu'il a pris sa dîme... » Une expression bien connu du jargon magique. « …c'est une question de temps. Je vais trouver et je pourrai t'expliquer... mais bizarrement, quelque chose me dit que tu le découvriras par toi-même, peut-être même avant moi... » Il riait désormais. Il était lui-même fatigué, éprouvé, des oreilles aux gencives, des fesses au museau, son corps réclamait du repos. Vincent lui-même semblait très affecté, y compris physiquement. « Assez de magie pour aujourd'hui, si tu permets... on devrait prendre le temps de se reposer et se revoir pour en parler... » Il eut soudain une intuition géniale, une fulgurance terrible et son regard se fit plus sérieux et plus dur. « Oui, nous aurons beaucoup à nous dire. »
 
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Message posté : Mer 2 Sep 2015 - 18:59 Message
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    Il était encore là… un peu… Vincent sentait encore la présence de Zell dans son esprit. Le jeune homme essayait de se concentrer afin de la ressentir plus pleinement. Peut-être tout simplement voulait-il essayer d’amoindrir le vide qu’il ressentait depuis son réveil. Les explications de Dante parvinrent tout de même à ses oreilles… de loin. Le pyromancien les comprit… un peu. Il hocha la tête. Il comprit d’ailleurs que Dante n’y voyait pas si clair que ça, que ces évènements l’intriguaient grandement et que des questions hantaient son esprit. Le muté ne parvint pas à voir jusqu’à quel point cela pouvait affecter l’homme dragon, mais il tenta tout de même de lui répondre, pour essayer de désépaissir le mystère. Autant essayer de chasser le brouillard avec un petit éventail.

    – Je ne sais pas… il était clair qu’il n’était pas capable d’expliquer ce qui pouvait frustrer un esprit d’expert comme celui de Dante Mais je le sens encore… un peu. C’est comme si… s’il avait laissé son odeur.

    Vincent baissa les yeux, gêné par son incapacité à trouver une meilleure comparaison. Pourtant, celle-ci était particulièrement appropriée. Parfois, il était possible de deviner la présence de quelqu’un juste par son parfum. Ainsi, il pouvait de temps en temps dire si Camille s’était trouvé dans le salon avant lui, ou même Jace. Bien sûr, le jeune homme était incapable de sentir une odeur juste avec son esprit… enfin il ne pensait pas en être capable…Finalement cette comparaison compliquait encore les choses. Mais Vince savait que Dante pourrait comprendre, après tout, ils partageaient tout deux une affinité élémentaire.

    – J’sais pas trop comment décrire ça… Physiquement, j’crois qu’il n’y a rien de différent, c’est juste… quand je pense ou que je réfléchis, j’crois qu’il est là… que sa présence baigne mes pensées. C’est comme si son feu était encore présent dans ma tête.

    Voilà un discours que les médecins de l’hôpital de Providence devraient saluer d’un port de camisole gratuit.

    – Désolé c’est… confus…

    C’était le cas de le dire. Physiquement, Vincent se sentait surtout vidé, mais cette sensation n’était pas complètement inédite car elle renvoyait à celle que ses pouvoirs lui offraient lorsqu’il les utilisait trop. Le jeune homme se releva, un peu tremblant et pas certain de pouvoir courir un marathon dans les prochaines minutes. Il posa la main sur la blouse que Dante lui avait passée et qu’il avait enfilée. Se reposer, oui… il n’était pas contre. Le muté hocha la tête et suivi un gobelin.

    … … …

    On avait conduit Vincent dans une salle de bain dans laquelle il pouvait se rafraichir. Il en avait profité pour boire et pour s’asperger le visage. On lui apporta aussi des vêtements. Etaient-ce ceux que Louis lui avait prêtés lors de leur première rencontre ? Difficile à dire, et surtout, ce n’était pas une question prioritaire dans l’esprit du jeune pyromancien. Il les enfila sans se poser d’avantage de question. Son esprit était encore en décalage. Il avait l’impression de ne pas réellement être dans la salle de bain. Son attention était partagée entre les souvenirs qu’il partageait avec Zell, le rituel, les sensations qu’il ressentait. Tel au zombie, il revint dans le salon, ou plutôt dans un des salons et s’installa sur un élégant canapé en regardant dans le vide. Il plongea ensuite dans ses pensées pendant un long moment, fixant une tasse qui était peut-être vide, peut-être pleine, mais qui le laissait indifférent. Le jeune homme essayait encore d’appeler Zell, de murmurer son nom par la pensée. Il devait être là, quelque part, caché. Non… ce n’était qu’un simple réflexe. Mais le Super ne pouvait pas s’en débarrasser facilement. Sans son Esprit, il avait l’impression d’être perdu, de ne plus savoir comment penser. Pourtant, la présence de Zell avait nécessité plusieurs jours pour s’y habitué. Vince avait cru qu’il allait devenir fou avec toutes ces voix, la sienne, celle de Zell, celles de ses souvenirs. Et maintenant, c’était le silence qui l’oppressait. Un mouvement finit par le faire sortir de se réflexions attristées : Dante. Est-ce qu’il venait juste d’arriver ou bien est-ce qu’il était là depuis un moment à l’observer, Vincent l’ignorait. Il vit cependant que quelqu’un, sûrement Châtaigne, avait apporté un plateau avec de la nourriture et l’avait posé sur la table basse. Le regard du pyromancien se leva vers celui du magicien.

    – Désolé, j’étais… ailleurs… Est-ce que ça va mieux, toi ? demanda-t-il avec sa sollicitude habituelle, quoiqu’un peu déformée par son chagrin. Encore merci pour les vêtements. Promis, je te les ramènerai plus vite cette fois. affirma-t-il avec un faible sourire.

    Il ne songea même pas à ce qui était arrivé entre eux la dernière fois que Vincent était venu ramener les habits du magicien. Pas seulement à cause de son état émotionnel mais surtout parce que les deux hommes ne se voyaient plus comme ça… Du moins, Vincent ne pensait plus à Dante de cette façon. Certes, le changement d’enveloppe charnelle aidait beaucoup, mais c’était principalement leur amitié qui avait relégué ces souvenirs dans la catégorie « histoire ancienne ». Une catégorie que Zell devrait malheureusement rejoindre, par la force des choses…

 
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Message posté : Mer 2 Sep 2015 - 23:12 Message
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Son odeur. La comparaison ne manquait ni de fantaisie, ni de justesse : il y avait un peu de l'odeur de Zell, dans la pièce, odeur qui ne devait pourtant rien aux cendres et calcinations qui décoraient la pièce en divers endroit du plancher, des murs et du plafond. Ces stigmates-là disparaîtraient bientôt, quand Torgnole aurait mis à l'épreuve ses talents d'assistant de l'alchimiste, autrement dit de parfait gobelin-de-ménage spécialisé dans le nettoyage des laboratoires. C'est qu'il disposait d'ustensiles et de produits loin au-dessus de leurs homologues du commerce général. Zell était toujours parmi eux, en quelque sorte, en tout cas son souvenir survivait dans les environs comme le parfum d'une grande dame survit à son départ. Pour combien de temps ? Dans quelle mesure , Cette survivance présageait-elle d'un possible retour ? Impossible. Dante connaissait trop bien la magie de la dimension fuzonique pour savoir qu'elle ôtait toute réversion à la disparition d'un être de feu dans le vide entre les plans. Et d'après ce que décrivait Vincent, son intuition première – la partielle fusion des feux de Vincent et de Zell – semblait se confirmer. « C'est confus pour moi aussi. Comme la fumée qui vole au-dessus d'un brasier qui se termine. Nous y verrons plus clair quand elle se dissipera. Plus tard. »

***

Châtaigne avait porté dans le salon un large plateau de marqueterie, sur lequel plusieurs coupes exposaient fruits frais, fruits secs, biscuits et gâteaux qu'une main charitable avait, de toute évidence, faits maison. Il fallait rendre grâce au personnel du palais dont le dévouement excédait les basses exigences de la domesticité nouvelle et fleurait bon la tradition du service des grandes maisons d'autrefois, au pays des lys comme au pays des roses. Un autre plateau présentait une oblongue carafe de jus d'orange ainsi qu'une joufflue théière dont le bec fumait. Verres et tasses bordaient ces deux récipients. Dante était entré dans le salon, attentif à l'égarement qui se peignait sur le visage de Vincent aussi sûrement que l'autorité se peignait sur le portrait au mur d'un ancêtre quelconque de sa parenté.

Il s'agissait pourtant du fier André Beaudrie de la Villette, un parisien qui migra aux Etats-Unis, s'installa à Boston et fit fortune dans le commerce des fruits de mer. Il affichait d'ailleurs, au revers de sa redingote, une broche qui figurait la langouste dont il avait fait un blason personnel. Pour la petite histoire, sachez qu'on doit au bel André la grande épidémie de goutte qui frappa un temps les grandes villes du Massachusetts – en effet, l'appât du gain lui fit négliger, dans son commerce, quelques-unes des précautions élémentaires qu'on doit observer quand on pratique le négoce des produits de la pêche. Dante leva la main en signe d'apaisement. Il allait mieux et même s'il lui serait nécessaire d'observer, plusieurs jours, une certaine diète magique, il savait qu'il finirait par se remettre de tous ces événements. « Je vais bien et ne t'en fais pas, j'ai assez de vêtements pour survivre quelques jours sans ceux-là. Tu es plus musclé que moi, d'ailleurs, ça se voit. »

En effet, les vêtements du magicien était adaptés à sa grande taille et à sa morphologie ; Vincent était plus petit que lui, mais de musculature plus développée, ce qui occasionnait quelques soucis, dans les détails. Hélas, les gobelins n'avaient pas reçu l'ordre de repriser ces guêtres dont Vincent s'était revêtu, mais pour l'occasion, l'aimable spectateur pardonnerait la négligence. « Honnêtement, je crois que j'ai vécu tout à l'heure une expérience unique. Inédite. » Sans transition mesdames et messieurs, Dante s'assit sur un fauteuil, face au canapé. Il posa ses deux mains sur les accoudoirs et laissa ses jambes s'écarter devant lui. Ainsi posté, il semblait las et fatigué, toutefois ses yeux offraient au regard d'autrui la preuve de la vivacité retrouvée de son esprit. Il avait pris avec lui son exemplaire de l'Ego Flammae qu'il avait posé sur la table, non loin des plateaux. Il ne tarderait pas d'ailleurs à les prendre d'assaut.

« C'est d'ailleurs un miracle que nous ayons survécu. Honnêtement, quand un rituel impliquant la dimension fuzonique est ainsi parasité par un autre rituel ou une altération extérieure ou intérieure, le résultat est souvent... catastrophique. Ce palais a frôlé l'incendie, Vincent, et même si toi et moi nous y aurions survécu, je suis malgré tout soulagé de ne pas avoir à réclamer à ma tante le gîte et le couvert pour cause de sinistre domestique. » Il se tut. L'idée même d'avoir à perdre cette demeure le comblait d'une tristesse lasse et veule. Il se frotta les yeux d'un pouce et d'un index vigoureux. « Autant te dire que soit nous avons eu de la chance, soit le responsable était notre ami. Et en fait de responsable, je me demande si Zell... enfin, tu vois ce que je veux dire. Il était dans ta tête. As-tu perçu quelque chose, pendant le rituel ? »
 
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Message posté : Jeu 3 Sep 2015 - 0:59 Message
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    Un sourire timide accueillit le commentaire de Dante sur l’allure qu’il avait avec ses muscles dans les habits du magicien. Le jeune homme ne s’inquiétait pas de ce genre de chose à vrai dire. Il avait l’habitude de finir en tenue d’Adam après une telle démonstration pyrotechnique alors tant qu’il portait quelque chose, c’était très bien. Il fut cependant rassuré de constater que Dante allait bien. Le muté se sentait déjà mal d’être responsable des bosses que le mage avait certainement remportées lors de sa chute suite au premier rituel. L’homme dragon ne fit cependant pas de cas de cet événement et se concentra sur ce qu’ils venaient de vivre. Manifestement, le magicien était confronté à quelque chose de nouveau. Vincent baissa les yeux. Il se demandait si, pour lui aussi, c’était là une nouveauté… Mais la possession de Zell n premier lieu n’était-elle pas similaire à sa… sortie ? Bien sûr, les choses étaient tout de même assez différentes. Là, le rituel était plus… officiel. Et double apparemment car ce que l’Esprit avait fait différait de ce qu’ils avaient tenté. Car Vincent avait bien compris que Zell était le principal responsable. Il le savait car ça s’était passé à l’intérieur de lui, dans son esprit. Et de toute façon, il ne voyait pas comment il pourrait tenir Dante pour responsable. Ce serait sans doute plus facile d’accuser quelqu’un qui était encore là, mais ce serait extrêmement injuste et cela lui rappellerait trop la façon dont ses parents l’avaient traité lui…

    – J’espère que ça ne t’a pas trop… il cherchait un mot adéquat mais ne trouva que : choqué ? annonça-t-il sans vraiment croire qu’il pourrait réussir à choquer un dragon.

    S’il y avait une chose que Vincent avait compris après ces rencontres avec Dante, c’était que le magicien en avait vu d’autres. Déjà, il avait apparemment connu la mort… ou quelque chose qui s’y approchait. C’était pas rien, ça ! Mais, au fait… peut-être que…

    – Non… j’étais vraiment concentré sur les flammes, c’était comme si mon esprit était sorti de mon corps pour les intégrer. Mais j’ai quand même senti Zell qui essayait de partir. Je croyais que c’était simplement pour faire ce qui était prévu et que ça faisait partie de notre rituel.

    Il s’interrompit pour digérer ses paroles. Le fait de les prononcer à haute voix rendait la chose plus réelle et son deuil plus poignant. Mais le jeune homme ne voulait pas abandonner le mince espoir qu’il venait de se forger et que, peut-être, Dante permettrait de concrétiser.

    – Dis-moi, est-ce que… est-ce que tu pense que la magie peut ramener les morts ? Je sais que dans les films, c’est en général une pratique interdite ou catastrophique, mais comme on n’est pas dans un film et que je connais déjà quelqu’un dont le corps est mort et qui…

    Encore une fois, il s’interrompit, cette fois sans terminer sa phrase. Il n’avait pas besoin d’expliciter la question que contenaient ses propos. Mais au moment même où ces mots avaient franchi ses lèvres, il devina la réponse. Elle était tellement évidente. Le jeune homme baissa les yeux et resta silencieux un instant, pour indiquer qu’il comprenait qu’il venait de suggérer quelque chose de stupide.

    Zell était à la fois mort et vivant. Mort car son enveloppe charnelle et sa conscience n’étaient plus présent en ce monde, ni même dans le monde fuzonique. Et vivant parce que sa force perdurait dans l’esprit de Vincent. C’était une maigre consolation, mais Vince savait qu’il devait s’estimer heureux, et même fier de garder une trace de cet être. Le jeune homme finit par relever la tête et poser les yeux sur Dante qui était avachi en face de lui. Ce genre d’attitude était tellement inattendu chez lui. Ils étaient devenus proches, certes, mais Vincent trouvait bizarre que le mage se montre aussi négligé. Son regard passa de la mélancolie à l’inquiétude.

    – Et toi, qu’as-tu perçu depuis ton côté du rituel ? D’ailleurs, excuse-moi, je ne t’ai pas demandé… comment te sens-tu ? Tu as l’air aussi vidé que moi.

    Le pyromancien imaginait bien qu’enchaîner deux rituels phlogistiques devait être particulièrement éreintant, pour qui que ce soit. Bien sûr, il n’avait pas d’autre appui pour comparer. La seule expérience qui s’y rapprochait vaguement était la fois… les fois, même, où il avait utilisé son pouvoir pour refermer un portail fuzonique. Il ne savait pas trop si cela rentrait dans la catégorie des rituels, mais comme cela ne figurait pas dans son répertoire de pouvoirs, le muté se dit que ça y ressemblait un peu. D’ailleurs, lui-aussi se sentait encore vidé et il réalisa qu’il avait faim. Son regard se baissa aussitôt sur les mets que Châtaigne avait déposés et il s’empara ensuite d’une clémentine qu’il se mit à peler afin de se rassasier.

    Non sans lancer des regards un peu inquiets à Dante de temps à autre.

    – Je pense… j’ai l’impression qu’il savait ce qu’il faisait… Il ne m’a jamais dit son âge… peut-être parce qu’ils ont une drôle de notion du temps là-bas, mais je crois qu’il était très vieux. Il devait donc maîtriser son affaire. Si je ne le connaissais pas mieux et si le résultat avait été plus… réussi… j’aurais dit qu’il nous a utilisés…

    Mais ce n’était pas vraiment le cas. On devrait plutôt dire qu’il s’était utilisé lui-même…

 
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Message posté : Ven 4 Sep 2015 - 21:10 Message
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Dante eut un geste de dénégation. « Il en faut bien plus pour me choquer. » Il en avait vu d'autres, en effet. Il avait déjà eu son compte d'événements spectaculaires, et ne se faisait aucune illusion : l'existence lui réservait d'autres situations de ce genre. Vincent répondit à ses questions. Il dit avoir perçu la tentative de Zell, comme si celui-ci essayait de partir, sans pouvoir comprendre quelles intentions funestes animaient l'élémentaire. Dante lui-même n'aurait pu le prévoir, de toute façon. Il retint un fou rire. « Bien sûr que la magie peut ramener les morts. » D'un geste emprunté au théâtre antique, il se désigna lui-même de la main. Il était l'exemple parfait pour illustrer ce que la magie pouvait réserver de surprise en la matière. Il songea que peut-être Vincent voyait dans la nécromancie cette pratique interdite et catastrophique qui ramenait les morts, et se dit qu'un petit éclaircissement s'imposait.

Il adopta donc la docte posture du professeur, et s'il avait eu des lunettes en demi-lune, ce serait le regard d'un Dumbledore qu'il aurait posé sur le jeune H... Vincent. « Redonner vie aux morts est chose extrêmement compliquée. Il est plus simple de soustraire le vivant à la mort, en vérité, pour les mêmes effets. Ce qui tu désignes, comme pratique, c'est la nécromancie. Cette discipline ne permet pas de ramener les morts à la vie, mais permet d'utiliser la mort à des fins précises. Tu as de beaux exemples dans les films. » Vincent était sûrement familier de toutes ces fictions horrifiques dont le cinéma était friand. Il lui parlerait par ailleurs volontiers des jumeaux Faust, mais sans doute était-il trop cavalier de sa part d'évoquer les activités professionnelles de cette fratrie insolite et somme toute peu convenable. Encore qu'il aurait pu être intéressant de découvrir le regard de Vincent sur les criminelles activités de sorciers dangereux. Ils ne s'étaient jamais ouverts l'un à l'autre de leurs points de vue sur le crime et la vertu. Cendrelin était un méta-humain, tendance magie du feu, certes, mais était-il plutôt un super ou plutôt un vilain ? S'il fréquentait toujours Thunder, cette figure montante et déjà haute de la Légion, il y avait fort à parier qu'il n'était pas criminel. Pour autant, cela aurait été la couverture parfaite ! Le parfait masque de vertu ! Vincent parut s'inquiéter de son état. Dante eut un haussement d'épaule las. S'il était objectif, il dirait simplement qu'il était lessivé.

Mais le dragon refusait parfois d'admettre certaines évidences qui le concernaient. « Je suis sans doute même bien plus vidé que toi. Mais j'ai l'habitude d'une certaine... endurance à la douleur. La magie est une maîtresse insatiable et très exigente. C'est un tort de croire qu'elle rend tout plus facile. » Ces propos avaient la forme de poncifs insupportables, et pourtant le dragon sans âge n'auraient pas touché à un seul de ces derniers mots. Il persisterait et signait chaque fois qu'on lui parlerait de magie. À l'initiative de Vincent, il saisit une figue dont il croqua la tendre chair. « En vérité, j'ai perçu ce qui arrivait sans pouvoir l'anticiper, trop conscient que j'étais qu'il me fallait demeurer concentré sur ma propre part du rituel. Aurais-je été spectateur que j'aurais certainement compris et deviné ce que Zell prévoyait. » Dante n'était pas le dernier des lapins en matière de magie élémentaire. Il était peut-être même à Star City un spécialiste incontournable. Il se demanda d'ailleurs s'il n'y avait pas dans le lot des mystiques du crû des érudits de la magie du feu avec qui il pourrait converser autour de l'événement. Ce dernier avait-il d'ailleurs occasionné d'autres frissons entre les plans ? C'était peu probable, mais l'hypothèse demeurait, même infime, possible. Dante se versa une tasse de thé – sa seule vraie faiblesse.

« Tu as tout à fait raison. Je pense que Zell avait conscience du sacrifice qu'il consentait. Qu'il t'a consenti, en fait. N'as-tu pas l'impression qu'il t'a laissé... un héritage ? Quelque chose de lui-même qui demeure en toi ? Ce n'est qu'une intuition mais... eh bien, plus je cherche à te sentir, plus je sens son odeur sur toi, pour reprendre ta métaphore. Je suis encore trop faible pour mieux flairer sa présence, malheureusement... mais mes intuitions sont rarement mauvaises. » Il but un peu et le thé lui gonfla la langue d'un plaisir délicieux. Rien de tel qu'une semblable friandise pour adoucir les fatigues du corps ! Dante attendit la réponse de Vincent. Il ne doutait pas une seconde de ce qu'il allait entendre, en vérité : si son corps était fatigué, son esprit demeurait vif, dans une large mesure, et perspicace.
 
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Message posté : Ven 4 Sep 2015 - 23:55 Message
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    Vincent releva la tête immédiatement. La magie pouvait donc ramener les morts à la vie. Le jeune homme fit les yeux ronds et écouta, plein d’espoir, les explications de Dante. Mais plus le magicien parlait, plus le muté déchantait. Cette pratique… la nécromancie… il ne savait pas pourquoi – sans doute à cause des films que Holly l’avait forcé à regarder avec elle – mais elle ne lui inspirait pas confiance. Et quelque chose lui disait que ce n’était pas ce que Zell voulait. En fait, il en était même persuadé.

    – Dans les films, ça ne se passe jamais bien… fit-il remarquer avec tristesse.

    Il avait l’impression d’être responsable de tout ça. Certes, il avait sauvé Zell en premier lieu. Mais avec ce qui venait de se passer, Vincent se disait qu’il aurait mieux fait de le laisser partir alors qu’il était encore dans son monde. Là, l’Esprit avait péri loin de chez lui… Le jeune homme s’en voulait… devait-il disposer du corps de Zell ? Que faire ? L’incinérer ? Ce serait ironique… Le mieux serait de le renvoyer chez lui dans le plan élémentaire, mais Vince était bien placé pour savoir qu’il valait mieux éviter d’ouvrir une telle porte. Pour l’instant, cependant, le pyromancien décida de ne pas y penser et se concentra sur ce pauvre Dante qui, effectivement, était vidé.

    – Si ça peut te rassurer, je n’ai jamais trouvé que la magie rendait ce monde plus facile.

    En même temps, à la base, Vincent trouvait que tous les super pouvoirs rendaient le monde bien plus compliqué que ce qu’il pourrait être. Mais dans le monde de l’extraordinaire, la magie remportait la palme. Entre les démons, les alchimistes, les rituels, les gobelins, les sorciers et les nécromanciens… Ouais, non… la magie, ça ne simplifiait rien.

    – Je ne t’en veux pas… Tu as déjà fais beaucoup.

    Comme souvent, pour Vincent, la présence et l’intervention de Dante relevaient de la providence. Jason lui avait expliqué une théorie comme quoi on rencontrait tous des personnes qui se faisaient protecteurs à notre égard. Des sortes d’ange gardiens bienveillant qui nous couvaient d’une protection plus ou moins prononcée. En ce sens, Dante semblait prendre son rôle au sérieux. Bien sûr, tout ceci ne pouvait qu’être dû au hasard… Enfin si on croyait encore en ce genre de chose. Star City finissait par rendre les coïncidences aussi aléatoires que le résultat d’une addition élémentaire.

    – Et au final, je n’ai pas pu faire grand-chose moi-non plus…

    Il fixa sa poire pendant une longue seconde avant d’en arracher une nouvelle bouchée qu’il mâcha consciencieusement pour soupeser la suite de ses propos.

    – Est-ce que tu penses qu’on aurait pu faire quelque chose si on avait été mieux préparés ?

    Un discours qui sentait bon la culpabilité. Typique. Heureusement, Dante lui lança de quoi détourner ses sombres pensées. Le jeune homme réfléchit à la question et se concentra sur ce qu’il ressentait. Sur son esprit qu’il sentait différent… comme protégé dans un cocon de feu qui n’était pas le sien… ou peut-être que si… maintenant. Mais qu’il n’avait pas mis là lui-même.

    – Je ne sais pas… j’ai l’impression qu’une part de lui est encore là… qu’elle est prête à me protéger. Mais en même temps, c’est bizarre parce que je n’ai pas l’impression que c’est tout à fait lui… juste… un nouveau feu.

    Sûrement, le premier être à avoir découvert le feu ne s’était jamais posé autant de question sur la nature de cet élément. Vincent non plus, avant qu’il ne se découvre ses pouvoirs. Maintenant, il était très bien placé pour savoir que le feu était infiniment plus complexe qu’il n’y paraissait. Complexe et merveilleux. Maintenant qu’il se concentrait mentalement sur la présence qu’il sentait en lui, Vince pouvait commencer à sentir ses subtilités. Ce n’était pas un feu physique à proprement parlé. Il n’était pas capable de l’invoquer comme il le faisait avec son feu intérieur. C’était autre chose… un feu qui n’était pas destiné à brûler des corps physiques… Les yeux fermés, sa poire à moitié mangée toujours en main, Vincent continuait de se concentrer. Il avait l’impression que le temps s’était arrêté, qu’il n’entendait plus rien d’autre que ces doux crépitements. Des murmures qui lui rappelaient tous la présence de Zell. C’était comme si l’Esprit lui avait donné un deuxième feu intérieur en plus de celui qui, de ce qu’il pouvait sentir, se situait plus au niveau de son cœur. Là, c’était son cerveau qui brûlait. De la même façon que sa peau pouvait incendier ce qui entrait en contact avec elle, ses pensées pouvaient désormais faire de même et réduire en cendres de potentiels intrus…

    Vincent rouvrit les yeux et examina sa poire.

    – Toujours à couvrir mes arrières… commenta-t-il avec un sourire nostalgique.

    Il finit sa poire et posa sur Dante un regard déterminé.

    – Est-ce que je pourrais abuser et te demander encore un service ? Tu n’es pas obligé d’accepter mais… tu es le magicien le mieux documenté que je connaisse… Tu crois que tu pourrais m’apprendre ce que tu sais sur le feu ? Je sais que tu m’as déjà donné beaucoup d’informations quand j’essayais d’en savoir plus sur le plan élémentaire… mais là j’aimerais en apprendre plus sur les applications pratiques…

    Jace lui avait conseillé de trouver un pyrokinésiste à la Légion pour approfondir la maîtrise et développer l’usage de ses pouvoirs, mais à dire vrai, Vincent ne concevait pas meilleur spécialiste que Dante. Il fallait dire que le dragon était là depuis le début de sa vie de Super, même s’ils ne s’étaient pas retrouvés souvent.

 
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Message posté : Sam 5 Sep 2015 - 15:28 Message
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Il hocha la tête. Dans les films, en effet, l'usage de la nécromancie se passait rarement bien. C'était encore un tabou, à vrai dire, dans l'imagerie populaire, que la culture reflétait par le traitement qu'elle réservait à ce que d'aucuns croyaient être une discipline magique disparue ou oubliée. Entre les mains d'un mage talentueux et puissant, il n'y avait pourtant aucune raison qu'un rituel nécromantique tournât mal ; toutefois la destination même de cette pratique la rendait sulfureuse et d'approche délicate : le plus souvent, on ne tire pas un monstre de la tombe pour l'emmener à la patinoire, sauf pour terroriser un public en patins, écharpes et bonnets.

Ce que lui dit Vincent le rassura un peu : si ce jeune homme était capable de comprendre que la magie n'était pas un divertissement, alors peut-être fallait-il juger moins durement toute une génération nourrie au sein de la légèreté. Vincent parut s'inquiéter d'un défaut de préparation de leur part, qui aurait été la possible cause du choix de Zell de se sacrifier. Dante balaya l'idée d'un signe de la tête : même s'ils avaient bénéficié d'une meilleure préparation, ils n'auraient pu ni anticiper la décision de Zell, ni y contrevenir. Sur ce point, il serait formel. « J'ai peur que non. Il faut accepter qu'en matière de magie, parfois, l'imprévu soit absolu... » ajouta-t-il, comme un codicille à ses explications. Les propres mots de Cendrelin d'ailleurs le confortaient dans l'idée qu'il se faisait et que, peu à peu, le magicien affinait. Il y avait fort à parier en effet qu'une part de Zell était encore là, dans la tête et tout le corps du jeune homme, pour le protéger. Plus exactement, s'y trouvait un nouveau feu, comme si les flammes intérieures de Vincent se déployaient en cercles concentriques, chaque cercle couvrant une couleur différente... et des applications diverses.

Une très vieille théorie liait d'ailleurs le feu intérieur des individus aux cercles infernaux, aux cercles du paradis. Chaque cercle pyromantique avait sa couleur et son utilité, en quelque sorte – pour faire simple, voire simpliste. Peut-être que Zell s'était offert en sacrifice pour donner à Vincent un énième cercle, dont l'utilité serait complémentaire des autres ? L'hypothèse ne semblait point invraisemblable. Il faudrait pratiquer pour s'en assurer d'horribles expériences sur le jeune homme, mais Dante s'en abstiendrait : la quête de la certitude ne justifiait pas la torture d'une vivisection magique. Perdu dans ses réflexions alchimiques, perdu dans ses considérations ésotériques, Dante observa Vincent sans véritablement le voir, quand ce dernier se proposa d'abuser et de demander encore un service. Il voulait que le magicien lui apprît tout ce qu'il savait sur le feu. Ce qu'il savait, hélas, ne pouvait se résumer en une petite heure de travaux pratiques ou d'approche théorique.

Dante avait d'ailleurs une connaissance très intuitive de la question, et manquerait peut-être dans un premier temps de pédagogie s'il s'imaginait pour improviser une leçon ou deux avec Vincent. Toutefois, il ne voyait pas pourquoi il refuserait à Cendrelin ce qu'il lui avait déjà accordé par le passé. « Je t'ai déjà offert ce service autrefois, tu sais, et je n'ai qu'une parole. Si tu veux que je t'enseigne d'autres choses sur le feu et sur l'utilisation de tes pouvoirs, je le ferai avec plaisir et grand sérieux... quand je serai moins fatigué, cela va de soi. » C'était d'autant plus vrai qu'il avait depuis quelques temps embrassé son affinité élémentaire jusqu'à développer une proximité magique avec le feu qui lui donnait à pratiquer une forme avancée de pyrokinésie. Ils pourraient tout à fait s'entraîner tous deux dans la salle des sous-sols du palais dévolue à la pratique magique, ou se ménager du temps libre, dans les jardins du domaine, pour un entraînement de plein-air. Rien ne les empêchait également de s'isoler loin de la ville, pour une sorte de randonnée sauvage d'entraînement et d'initiation aux arts pyromantiques avancés.

« J'ai bien du temps à te consacrer, après tout, il me semble que cela fait partie des premières recommandations que je t'ai faites, loin dans les collines, t'en souviens-tu ? » Dante vida d'un quart le contenu de sa tasse. Évidemment que Cendrelin se souvenait de l'événement fondateur de sa vie, de l'incendie avorté de l'hôpital, du vol avec le dragon, de l'entretien onirique au cœur de la nature sauvage, sous l’œil rougeoyant et doré d'un grand prédateur céleste. « Nous pourrons donc t'apprendre tout ce que tu veux sur le feu et qui sait, peut-être que ce faisant, nous découvrirons dans le détail ce que Zell t'a laissé... en héritage. » Il insista sur ce dernier mot. Il revêtait une importance primordiale.
 
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Message posté : Lun 7 Sep 2015 - 0:26 Message
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    Encore une fois, Vincent hocha la tête en signe d’affirmation. Avec ce poids intérieur qui rendait ce mouvement si compliqué. Car il aurait tellement aimé qu’il en soit différent, qu’il ait existé un moyen d’empêcher tout ça et qu’ils l‘avaient simplement manqué. Là, Vince aurait pu s’accuser, refourguer le blâme à quelqu’un, lui-même en l’occurrence. Mais au lieu de ça, il ne pouvait en vouloir à personne et devait se contenter de digérer l’évènement comme étant indéniable. Comme on regrettait la fin de l’été ou de l’hiver. Le jeune homme essaya de s’enthousiasmer. De trouver quelque chose pour focaliser ses pensées sur un objet différent et si possible éloigné de la perte qui venait de s’écrouler sur lui.

    Le déni était la première étape, paraît-il.

    Un entraînement pyrotechnique aurait été parfait. Mais la réalité lui revint en pleine figure comme un boomerang. D’abord enchanté par la réponse affirmative de Dante, Vincent fut ensuite rappelé à l’ordre par la fatigue de ce dernier. Encore une conséquence de leur funèbre rituel. Le pyromancien déglutit et laissa Dante s’exprimer. Ce fut avec un visage assez neutre, quoiqu’un peu nostalgique, qu’il lui répondit.

    – Bien sûr que je m’en rappelle.

    D’avoir failli brûler un homme vivant. D’avoir finit sur le dos d’un dragon. D’avoir failli finir dans le ventre de se même dragon. D’avoir reçu un cours au pied levé pour maîtriser ses nouveaux pouvoirs. Comment oublier ce genre de chose ?

    – Merci beaucoup. J’aimerais vraiment te rendre la faveur, avec tout ce que tu fais… et ce que tu as fait pour moi. Il n’y a vraiment rien que je puisse faire ? Apprendre quelques recettes de cocktail à Châtaigne ? T’entraîner ton équipe personnelle de football ? tenta-t-il de glisser avec un sourire à moitié convainquant.

    Cela dit, ces hypothèses l’amusèrent vraiment. Mais ce fut de courte durée.

    – Je suppose qu’on découvrira bien ce qu’il m’a… laissé…

    L’impression d’avoir entre les mains un héritage qu’il ne comprenait pas et qu’il ne méritait pas était particulièrement lourde. Il tenta de s’en débarrasser tout en essayant de se séparer de la culpabilité qui venait de l’envahir.

    – Mais c’est vrai. Tu es fatigué, désolé. Je vais…

    Il allait se lever pour laisser Dante prendre le repos qu’il méritait mais Vincent s’écroula aussitôt en arrière et se retrouva à la case départ. Son corps lui semblait tellement faible. Le jeune muté avait l’impression de ne plus avoir d’énergie, de ne plus être capable de mouvoir son propre corps. Ca lui était parfois arrivé après un match ou un entraînement, à cause du manque d’énergie calorique. Mais là, c’était bien plus prononcé.

    – Houlà ! Je crois que je vais prendre le temps de souffler, d’abord.

    Il prit une longue et silencieuse inspiration avant d’expirer lentement. Il sentait que sa fatigue affectait aussi bien ses muscles que ses organes et avait l’impression d’être tout retourné. Prudemment, il se pencha pour attraper un morceau de sucre et un verre d’eau afin de faire un peu le plein d’énergie. Cependant, il n’était pas dupe, cela allait lui demander du temps. Pour patienter, il amorça une discussion pour qu’ils se planifient leur première séance d’entraînement… pas avant la semaine prochaine, donc. Vincent s’en voulait trop d’avoir mis Dante dans cet état (ou juste d’y avoir participé, c’était du pareil au même). Le jeune homme lui parla de cette zone industrielle qu’il connaissait bien et qui avait le mérite d’être isolée et complètement déserte et il lui demanda si ce genre de terrain suffirait ou s’ils allaient devoir encore aller plus loin. Et parmi les détails qui étaient à revoir…

    – Est-ce que les gobelins résistent au feu ? Torgnole était avec nous pendant… le rituel alors je me suis demandé si cela faisait partie de leurs… caractéristiques.

    D’un côté, il espérait – pour eux – que ce soit le cas, d’un autre, il se sentirait un peu bête d’avoir sauvé Châtaigne d’une manière aussi chevaleresque alors qu’il n’y en avait peut-être pas besoin. Mais mine de rien, Vincent commençait à montrer un certain intérêt pour ces étranges créatures. Assurément, son séjour dans le plan élémentaire du feu l’avait bien adouci concernant au sujet de ces êtres qui ne partageaient pas l’appellation d’humain. Et un sujet en entraînant un autre, le muté pensa à quelqu’un qui était lié à ces gobelins. Il en fit part à Dante. Tout sujet était bon pour éviter de s’appesantir sur le chagrin qu’il ressentait et qu’il allait devoir gérer.

    – Au fait, je crois que j’ai rencontré votre majordome. J’espère que je ne l’ai pas vexé tout à l’heure.

    Encore une fois, techniquement, Vincent n’avait rien à se reprocher au sujet de Leo, mais il avait l’impression que s’il n’était pas arrivé au palais, tout aurait été plus simple et agréable pour tout le monde.

 
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Message posté : Lun 7 Sep 2015 - 1:59 Message
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La pièce résonna d'un éclat de rire terrible et franc comme le bon pain. Dante s'essuya même le coin de l’œil. « Je penserai à toi si j'ai un jour assez de gobelins à mon service pour former une équipe de football ou deux. » Dante évacua par l'humour la gêne de Vincent. Il comprenait volontiers que ce dernier fût désireux de lui rendre la pareille, de lui prouver sa gratitude. Le temps dirait si l'occasion devait se présenter, mais le magicien ne s'offenserait jamais de considérer l'unilatéralité de leur relation si d'aventure la vie s'amusait à toujours reproduire les mêmes schémas. Il ne tenait qu'au hasard d'ailleurs de les jeter dans une situation où les rôles s'inverseraient. Dante assista avec effroi au vertige qui saisit le jeune homme devant lui quand il tenta de se lever du canapé... peut-être trop précipitamment.

Malgré cet petit événement tragique, qui indiquait clairement que l'un et l'autre étaient accablés de fatigue, la discussion se poursuivit et ils parlèrent donc de ces entraînements pyrotechniques qui les feraient se revoir dans un très proche futur. Dante s'amusa de l'intérêt de Vincent pour les gobelins. Étaient-ils ignifuges ? À proprement parler, ils ne l'étaient pas, mais leur peau était naturellement moins sensible au feu que celle des humains par exemple ; par ailleurs le cas de Torgnole était un cas à part. « En vérité les gobelins ne sont pas comme toi ou comme moi insensibles à la morsure des flammes. Mais Torgnole est mon assistant depuis de nombreuses années, il a donc développé une résistance naturelle à... eh bien, à tout ce qui peut arriver en cas d'accident alchimique. Un peu comme le cuir des mains du forgeron se renforce avec le temps et l'usure, tu vois ? Torgnole brûlerait comme tout le monde, cela dit, dans la gueule embrasée d'un dragon. »

Ce qui expliquait d'ailleurs que le gobelin portât toujours des tenues de protection, au cours des expériences et expérimentations de Dante. Comme Vincent paraissait s'intéresser sincèrement à ces créatures fascinantes qu'étaient les gobelins, Dante se permit d'ajouter quelques précisions à son discours à leur sujet. « Les gobelins sont des créatures magiques, comme tu le devines. Outre leur apparence particulière, ils ont par nature la faculté de se rendre invisible à volonté et de se téléporter. Ce qui explique qu'ils soient si discrets, entre autres choses. » Il ne s'avancerait pas à faire pour Cendrelin un long résumé de l'histoire des relations gobelins-humains à travers les siècles, marquée par l'exil des gobelins dans leur monde d'origine, plusieurs siècles plus tôt. Il poursuivit néanmoins après avoir rempli son mug. « En dehors de cela, chaque gobelin est unique. Certains développent des capacités qui leur sont propres, d'autres non. Torgnole, Châtaigne et Golodon ont chacun leurs spécificités et leur caractère bien à eux comme tu as pu le constater. » Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que les trois gobelins avaient chacun leur propre tempérament.

Le quatrième, Coquillard, que Vincent n'avait pas encore rencontré, illustrerait encore ce principe de différenciation intrinsèque – comme si Dante était incapable de s'attacher le service d'individus homogènes de personnalité. Le palais Beaudrie accueillait une ménagerie insolite de personnes et créatures bizarres, où chacun vivait sa différence dans la plus complète liberté. Sphinx, dragon, gobelin, dieu grec, rakshasa... quelle importance ? Vincent lui parlait de Leo. Dante écouta attentivement et haussa les épaules. « Tu as peut-être vexé Leo, peut-être pas. C'est égal en vérité, ne t'en fais pas pour lui. C'est un sphinx et contrairement à ce que cela peut laisser entendre, c'est plus pénible que grandiose. » En effet, d'aucuns songeraient sans doute au sphinx de Gizeh, à la sphinge grecque ou même au lion de Saint-Marc, et d'aucuns s'imagineraient que la compagnie d'une telle créature élevait le cœur, l'âme, l'esprit. Fréquenter Leo relevait davantage du calvaire social. Comment toutefois le dire sans donner du majordome un portrait trop vitriolé ?

« Leo est un sphinx. Un vrai. Un lion avec des ailes. Il est entré à mon service... contraint et forcé. Je le protège d'un ancien maître, tu vois... » Et cet ancien maître, c'était Apollon lui-même, autant dire pas n'importe quel pécore ! « … et en dépit de la gratitude qu'il a pour moi, je sais qu'il lui pèse de vivre comme un humain parmi les humains... donc il est parfois... socialement handicapé, si j'ose dire. Pardonne-lui ses humeurs s'il s'est montré désobligeant. » Dante soupira, il se frotta le front d'une main lasse. En vérité, il ne savait quoi faire de Leo, et ne comprenait pas vraiment les transformations de la loyauté qu'il nourrissait pour le magicien.
 
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Message posté : Lun 7 Sep 2015 - 22:13 Message
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    Si Vincent n’était pas capable de rendre la pareille à Dante, au moins, il arrivait à le faire rire. C’était déjà une bonne chose, sans doute. Certains assimilaient le rire à l’un des plus grands honneurs que l’on puisse offrir à quelqu’un. De ce point de vue là, les bouffons devaient être les vrais rois du monde. Malheureusement, la réalité n’était pas aussi simple, ni aussi drôle. Quoiqu’elle n’était pas entièrement exemptée de merveilles. Le récit de Dante sur les gobelins et leurs spécificités était passionnant. Et Vince ne le pensait pas uniquement parce qu’il était fatigué et qu’il aurait pu se contenter d’écouter le chant d’un taxi New Yorkais en plein embouteillage.

    – Ils sont un peu comme les Supers… uniques en leur genre. conclut Vincent qui se rattacha à ce qu’il connaissait.

    Il aurait pu aussi les comparer à des créatures qu’il avait rencontrées sur le plan élémentaire du feu. Mais aucune n’était vraiment semblable aux gobelins. Les guerriers avec qui il s’était lié ne pensaient qu’à : se battre, le sexe, la liberté (ou/et la violence). Il avait rencontré un éfrit et avait trouvé que son caractère était vraiment étrange… tellement qu’il aurait sans doute fait passer ce Leo pour un modèle de sociabilité. Non, le seul individu qui méritait d’être comparé à des gobelins était Zell… Mais Vince n’avait pas rencontré d’autres Esprits de Feu. Le sien lui en avait parlé un peu, mais ce n’était pas pareil. Donc les Supers… bonne comparaison.

    Le pyromancien eut ensuite la confirmation de son impression : ce Leo ne l’aimait pas. L’envie de lui présenter ses excuses l’habita jusqu’à ce que Dante lui explique la situation de son majordome. Le muté se dit alors que le meilleur moyen de se rattraper serait de laisser ce personnage tranquille et de ne pas lui imposer sa présence, dans la mesure du possible. En tout cas, le récit du magicien confirmait quelque chose :

    – Tu as l’art d’apporter ton aide à ceux qui sont dans le besoin on dirait. déclara le jeune homme avec un sourire chaleureux.

    Il avait formulé cela comme un commentaire léger mais il le pensait vraiment. En tout cas, tout ce qu’il avait vu de Dante le portait à croire cela. Le cas le plus évident étant celui où le mage avait pris de grands risques en le sauvant d’un alchimiste un peu trop avant-gardiste. Le regard du jeune homme débordait de reconnaissance et il se sentait encore plus indigne de cette main tendue qu’avant. Pour dissimuler son embarras, il revint sur le sujet – tout aussi délicat – du sphinx susceptible.

    – Je ne sais pas si ce que tu dis sur lui me rassure… maintenant, si je le recroise, je ne saurais pas quoi faire ou quoi dire…

    Il serait dans de beaux draps, c’était certain. Si Vincent était d’une nature très sociable, il avait toujours un peu de mal avec les êtres surnaturels et/ou particulièrement atypiques. Son séjour dans la dimension fuzonique avait un peu arrangé ça, mais il avait encore ses limites. Après tout, à Fuzon, le feu était l’élément commun et le jeune homme avait toujours ressenti une étrange familiarité avec chaque espèce, et même chaque paysage, rencontré. Sur Terre, ce n’était pas tout à fait pareil. Et lorsqu’il avait affaire à quelque chose ou quelqu’un de véritablement nouveau et énigmatique, il perdait ses moyens. Il suffisait de voir ses premiers échanges avec l’étonnante « Crystal Maiden »…

    Au fil de leur conversation sur les êtres atypiques qui habitaient en ces lieux magiques, Vincent récupérait petit à petit et sentait ses forces lui revenir. Pas assez pour jouer au loup avec une salamandre, mais assez pour se relever et aller prendre le métro. Un objet posé sur la table vibra : c’était son portable. Le jeune homme avait eu la brillante idée de le retirer de sa poche et de l’oublier sur la table qu’il avait occupée à la bibliothèque pour se préparer au rituel. Un gobelin charitable l’avait apparemment déposé sur le plateau. Vincent tendit doucement le bras pour le récupérer et voir qu’il s’agissait d’un message de Jace. Après sa lecture, il releva la tête vers Dante.

    – Je devrais y aller cette fois. Mon, euh... Jace s’inquiète.

    Toujours en douceur, il se releva et resta debout devant son fauteuil, pour tester son équilibre. Il ne tomba pas et ne sentit aucune faiblesse croissante au niveau des jambes ou ailleurs.

    – Ca va mieux… constata-t-il.

    Mais il resta prudent et fit attention à chacun de ses mouvements avant de rejoindre Dante et de lui tendre la main.

    – Encore merci… Désolé pour ta bosse. J’espère que ça passera vite.

    Bien évidement, tous ces petits tracas : les blessures de Dante, les humeurs de Leo, la fragilité des gobelins, tout cela n’était qu’une façade sur laquelle se reflétait la véritable culpabilité de Vincent. Celle qui remplaçait désormais la voix de son ami Zell et avec qui il allait devoir cohabiter par la suite.

 
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