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« Histoires de famille » ft. Siobhan

 
Message posté : Sam 25 Juil 2015 - 11:00 Message
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17 Juillet 2015

Elyon fait connaissance avec son oncle. Essaye de ne pas le tuer, il pourra toujours servir de nounou si tu arrives à lui faire rentrer un peu de plomb dans la cervelle. Je sors.

L’archidémon des ombres et des cauchemars cligna des yeux, lentement, tandis que sa petite chose passait à côté de lui, la tête haute, l’air énervé, pour se diriger vers la sortie. Il refusait qu’elle sorte sans lui, sans une protection, c’était trop dangereux. Même s’il ne s’inquiétait pas pour elle mais plutôt pour ce qu’elle représentait. Deux fois, des démons avaient tenté de l’éliminer pour priver Raphaël de son meilleur moyen de puissance. Jamais deux sans trois et même si elle ne portait plus le bébé, il lui restait son sang, tout aussi précieux que le petit corps d’Elyon. La surprise passée, ses ombres glissèrent sur les murs, pour finalement se heurter à une barrière magique. Les yeux rouges de Raphaël brillèrent d’un éclat de frustration, il darda sur elle un regard meurtrier et, fidèle à ses habitudes lunatiques, la maudit, l’envoya au diable, pria pour qu’elle le regrette toute sa vie.
Puis il envoya Kurama à sur ses traces.
Au cas où.
Comme ça, il lui raconterait.

Je sors, je sors, qu’est-ce qu’elle veut que j’en fasse de son frère moi ? Il essaie de la tuer et elle lui donne mon corps ! Quelle garce, quelle idiote, quelle… râla Raphaël en poussant la porte de la pièce où se trouvait toujours le fameux Killian.

Il le détailla d’un air hautain. Il ressemblait à Siobhan sur de nombreux points, les mêmes cheveux, la même forme de visage, des traits semblables quoi que les siens soient plus prononcés et qu’il lui manquait une poitrine aussi rebondie que celle de sa chose. Il huma l’air, distingua la magie des descendants de Morrigan et…
La marque d’Azazel.
Ce qui expliquait pourquoi Elyon pleurait en s’agitant dans ses bras.
Il reconnaissait l’odeur de ce connard entre mille, surtout qu’il l’avait eu récemment sous le nez.

Alors comme ça, tu t’es acoquiné avec ce misérable insecte ?
Raphaël, je présume ?
Qu’est-ce qui t’as mis la puce à l’oreille ? ricana-t-il.

Il envoya l’un de ses tentacules d’ombre frapper le frère de Siobhan, qui lâcha Elyon. Heureusement, l’archidémon avait du réflexe et rattrapa son précieux corps, qu’il ramena près de lui. L’enfant renifla, Raphaël lui gratouilla le ventre et elle se calma presque immédiatement.

Tu sais ce que j’ai fait au dernier de ses serviteurs ? J’ai repeins une pièce avec ses entrailles, le salon rouge, à l’étage. Il me manquait un peu de matière pour le plafond, tu tombes à merveille.
Mais de quoi tu parles ?
Votre lignée m’appartient, à MOI ! Je refuse que l’un des Ó Raghallaigh devienne le pantin d’Azazel, je préfère encore le tuer.
Je ne sais même pas de quoi tu p-

Raphaël n’avait aucune envie de le laisser finir sa phrase, il se moquait bien de ses explications. Il était en colère, en colère contre Siobhan qui défiait son autorité pour aller « prendre l’air », en colère contre ce type, son frère jumeau, qui s’était laissé souiller par un autre alors que, réunis, Raphaël aurait pu tirer d’eux une puissance inimaginable. En colère aussi contre Azazel, qui s’intéressait à lui de beaucoup trop près. Il lui donna un coup de pied dans la mâchoire et l’entendit craquer avec une sombre satisfaction. Puis il posa son talon sur son sternum et le toisa.

Ta gueule. Je refuse de croire que tu ne sais pas qu’un autre archidémon est venu te contaminer, tu empestes sa magie !

Et pour causer, Siobhan lui ayant retiré la flamme de son don, il ne restait plus que le pouvoir insufflé par Azazel en lui. Un vent magique se leva dans la pièce et l’archidémon sut avec certitude que ce n’était pas vraiment Killian qui lui faisait face, pas plus que ce n’était Azazel. Il avait l’équivalent de sa graine démoniaque à l’intérieur.

Ah tu veux jouer à ça…

Il enroba Elyon dans un cocon de ténèbres, la protégeant ainsi des attaques à venir. Rapidement, ce fut le chaos. De la pièce, il ne restait pas grand-chose. Les meubles avaient été réduit à l’état de copeaux, le linge de maison n’était plus qu’un tas de tissu sur le sol, quant aux bibelots, n’en parlons pas. Raphaël saignait d’une coupure à la joue et avait une côte cassée, mais Killian était en plus mauvais état. Il n’avait pas toute la magie d’Azazel, à peine une infime partie. Ses yeux, devenus totalement jaunes, retrouvèrent leur couleur d’origine quand l’archidémon l’attrapa par le cou pour le plaquer contre le mur en partie démoli.

Tu sais ce que ça va me coûter de refaire cette pièce, Azazel ? Je te jure, quand je reviendrais à Dis, j’espère pour toi que tu auras trouvé une bonne, très bonne cachette, parce que je vais te-

La porte s’ouvrit à la volée dans son dos. Ah, tiens, Siobhan avait décidé de revenir finalement ? Sa promenade avait été de courte durée. A moins qu’il ne saccage sa chambre depuis des heures, ce qui n’était pas impossible. L’archidémon ne quitta pas sa victime des yeux.

Juste à temps pour me voir arracher la tête de ce serviteur d’Azazel.
 
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Message posté : Dim 26 Juil 2015 - 15:27 Message
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Même si je n’en avais pas plus l’air que d’habitude, j’étais emplie de joie. Incroyable comme de petits détails pouvaient tout changer… A vivre cloitrée, j’avais eu l’impression d’être hors du temps, engluée dans une éternité vouée à l’ennui et au maternage d’une enfant que je n’avais pas désiré. Alors faire quelques pas dehors, c’était reposant. Je n’étais pas dupe. Raphaël m’avait laissée sortir. Et j’étais quasiment sûre que Kurama traînait dans le coin. Mais je sentais que les choses avaient changées. J’avais changé. J’étais capable d’obéir, mais j’avais besoin d’un peu de liberté… Et surtout, à présent, je savais me défendre. Je n’étais plus une créature vulnérable, fragile, je n’étais plus ni faible ni enceinte. Que viennent les démons, j’allais leur montrer, tiens.

Malheureusement, ma sortie ne fut que l’affaire de quelques minutes. Une demie-heure peut être, avant que mon téléphone ne sonne. Peu de gens connaissaient mon numéro : Raphaël, évidemment, la chef de la sécurité du Cirque, Renan et Niamh, ma petite Niamh… Une enfant charmante, lointaine descendante du clan, qui avait un sang si dilué qu’elle ne pouvait plus utiliser le pouvoir que je lui aurais cédé bien volontiers au vu de sa loyauté envers moi et Nagato. Enfin, l’Archidémon habitant son corps. En revanche, elle était dotée d’une étrange intuition qui ne faillissait que rarement associé à des prémonitions fort utiles. J’avais autant que possible confiance en elle. Niamh, si chétive, si faiblarde soit-elle au sein des O’Reilly, avait été élevée dans les règles de l’art, pour servir la branche principale. Une perle. Aussi quand je reconnus son numéro sur l’écran de mon téléphone, je décrochais sans hésiter.

Niamh. Un problème ?
Je… Gardienne, il faut que vous reveniez. Je sais que vous ne vouliez pas être dérangée mais il est devenu fou, et il y a tous ces sons, je suis, je…

Je la laissais déblatérer des phrases sans queue ni tête un temps, avant de la stopper dans son élan avec un calme glacé.

Niamh, articulais-je simplement.

Aussitôt, elle se tut, attentive. La jeune femme travaillait au Cirque, Raphaël ayant accepté sa venue sans trop de difficultés. Elle était habituée à obéir.

Reprends calmement, s’il te plaît.
C’est Raphaël. Quand vous êtes partie, il est resté au sous sol. J’ai envoyé Samuel monter la garde pendant votre absence, comme vous me l’aviez demandé, et il m’a rapidement appelée. Je suis allée jeter un coup d’œil, et il se passe quelque chose d’anormal. Un raffut pareil, venant de Raphaël…
Et ? Je ne suis pas censée jouer les tampons dès que Sa Seigneurie se révolte, soupirais-je doucement.

Même si je savais que c’était faux.

J’ai peur qu’il ne tue Elyon, Gardienne. Pitié, revenez.

Gardienne un jour, gardienne toujours. Trente minutes après mon départ, j’étais de retour devant notre chambre, avançant d’un pas décidé. J’ouvris la porte à la volée, et saisit la scène d’un regard acéré. La pièce sans dessus dessous, Elyon enveloppée dans les ténèbres de son père, et Killian, celui qui fut autrefois si doux, plaqué au mur par la main sans pitié de mon Archidémon. Par pur réflexe, ma magie laissa échapper un crépitement d’énergie tandis que je me préparais à attaquer, mais je me repris. Jumeau ou non, il n’avait plus le droit à ma loyauté. Ensuite seulement je remarquais son état général, sa mâchoire brisée, le sang qui dégoulinait de la joue de Raphaël. Je clignais doucement des yeux, saisissant une phrase qui n’avait pas de sens. Un serviteur d’Azazel ? Où donc ?

Tentant de retrouver contenance, je tendis ma magie avec prudence, retenant toujours le pouvoir de Killian. J’appris ainsi que Raphaël avait une côté cassée, mais surtout je sentis la corruption sur l’âme de mon jumeau. Celle d’un autre, celle de celui qui avait essayé de me tuer et de tuer ma fille – si peu désirée soit-elle, je restais une femme d’honneur, et je la protègerais toujours – par deux fois.

On peut savoir ce qu’il se passe ici ?

Niamh m’effleura l’épaule, et je repris mes esprits. Attrapant Elyon avec douceur, je la déposais dans les bras de la jeune femme et lui ordonnais de l’emmener dans ma chambre et de lever les gardes dont j’avais blindé la pièce. Le sort ne requérait qu’un peu de mon sang pour se réactiver, et je lui en confiais avant de claquer la porte une fois de plus.

Tu es blessé, notais-je d’un ton égal. Mesuré, prudent.

Qu’est ce que c’était que ce foutoir ? Je n’avais rencontré Azazel qu’il y a quelques mois… n’est ce pas ? Comment diable Killian aurait pu tomber sur lui ? Je portais la main à mon front, saisie par un brusque accès de migraine à cette pensée.

Merci de t’en rendre compte, cracha difficilement Killian.
Pas toi, je m’en fiche, rétorquais-je aussitôt.

C’était faux évidemment, mais je ne voulais pas qu’il s’en rende compte, ce con. Le démon le saurait probablement, lui.

Est ce qu’on pourrait remettre cette histoire d’arrachage de tête à plus tard et prendre deux misérables minutes pour m’expliquer pourquoi tu as pris un tel risque avec Elyon dans la pièce ? Et comment il a pu te pousser à mettre un tel bordel ? C’est un petit humain de rien du tout, trop faiblard pour représenter une menace, concluais-je froidement.

Je maîtrisais ma peur avec la force de l’habitude, mais pas mon inquiétude pour Raphaël… Ni celle que je ressentais pour mon jumeau, quelque part derrière l’amertume et la rancœur qui s’étaient accumulées au fil des années.
 
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Message posté : Lun 27 Juil 2015 - 12:44 Message
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Certes, Raphaël était blessé mais il ne s’inquiétait pas pour cette côte cassée. Un peu de sang de Siobhan et il n’y paraitrait plus, d’ailleurs il n’avait pas l’impression que son poumon soit perforé. Ce n’était qu’un petit désagrément passager mais l’archidémon n’acceptait pas qu’un serviteur d’Azazel (ou qui que ce soit en fait) abîme son corps adoré. Les doigts serrés autour de son cou, il s’apprêtait à l’étrangler à main nue mais Siobhan s’interposa. Pas physiquement, juste en parlant, tellement froidement que cela dérangea l’archidémon. Sûrement les hormones de grossesse… Enfin, un restant qui s’accrochait. Elle agissait bizarrement depuis l’accouchement. Peut-être lui en voulait-elle de sa captivité forcée ? Il roula des yeux. Quelle idiote, incapable de se rendre compte qu’il agissait pour son bien !

Il se passe que ton frère jumeau est un serviteur d’Azazel, tu ne sens pas sa magie ? Elle est là, ancrée depuis longtemps en plus ! Ce connard n’était pas au-dessus de votre berceau mais pas loin.

Il ne pouvait donner qu’une estimation assez vague de la date de l’infection, du moins tant qu’il n’avait pas récupéré toutes ses perceptions. C’était un thème récurrent et vaguement frustrant, qui revenait sans cesse. Hélas, Raphaël n’était pas responsable des sceaux qu’il débloquait, c’était relativement aléatoire. Il avait réussi à cibler sa capacité de transfert parce qu’elle était l’une des mieux emballées mais le rituel avait demandé trop de sang, trop d‘énergie. Sans l’hémoglobine divine de Hati, il y serait sûrement resté. Hors de question de demander à nouveau ce genre de service à sa chienne, qui le lui ferait payer au prix fort. Depuis cet épisode d’ailleurs, elle l’évitait, comme si les sentiments qui l’avaient saisies à ce moment-là, la poussant à le sauver à tout prix, la dérangeaient.
Mais il n’était pas question de la divinité.

Tu ne l’as jamais remarqué ? Mais ça explique beaucoup de choses, tu ne m’as pas dit qu’il essayait de te tuer et que tu avais fuis l’Irlande à cause de cela ? Tu as la raison, ce petit merdeux est sien.
Je ne suis le serviteur de personne ! C’est n’importe quoi cette histoire ! Ni celui d'Azazel et encore moins le tiens, moi je ne suis pas comme elle !
Ah vraiment ? demanda Raphaël, un sourire glacé sur les lèvres. Donc tu as essayé de tuer ta sœur de ton propre chef, tu peux me dire pourquoi ?
Parce qu’elle est…Parce que… Il hésita. Parce qu’elle est à toi, que c’est mal, qu’elle, que…

L’effort pour trouver une autre raison semblait grandement le perturber, il grimaça.

Il m’a sûrement fait quelque chose.
Non. Raphaël fixa Siobhan de ses yeux rouges, la main toujours serrée sur la gorge de son frère. Son bras, tendu depuis si longtemps, commençait à donner des signes de faiblesse aussi le remplaça-t-il par ses ombres et tourna-t-il le dos à sa future victime pour discuter en face à face avec la sorcière. Regarde par toi-même, analyse son aura. C’est toi qui mets Elyon dans des bras ennemis et tu as encore le culot de me faire une réflexion sur le sujet ? Tsk tsk tsk, petite chose… Tu sais que j’y tiens, à ma fille.

Enfin il tenait surtout à son corps mais ils n’allaient pas jouer sur les mots.

On a deux solutions désormais. Soit on le tue et le problème est réglé, soit on pratique un exorcisme pour chasser la graine d’Azazel de là, et on avise ensuite. S’il sert à quelque chose, on le garde, sinon on pourra toujours l’éliminer. Je connais le rituel mais je ne peux pas le faire moi-même, comme tu t’en doutes. Je me sens magnanime, je te laisse le choix.

C’aurait été un comble, mais il ne comptait pas se brûler pour le jumeau O’Reilly, même si techniquement, il lui appartenait autant que Siobhan. Le clan entier était sien, par l’intermédiaire de la Gardienne, qui elle-même lui appartenait corps et âme, comme en témoignait la corruption démoniaque qui grandissait dans son ventre.
 
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Message posté : Lun 27 Juil 2015 - 22:17 Message
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Je m’animais enfin au son de la voix on ne peut plus agacée de Raphaël. Tandis qu’il parlait – et que je l’écoutais sans trop y croire, j’allais chercher le biberon d’Elyon (sans la tétine, tout de même) et me coupais le bras pour laisser couler un peu de mon sang. Puis je refilais le tout au démon en silence, afin qu’il soigne un peu tout ça. Ensuite je regardais par dessus l’épaule de l’Archidémon mon frère retenu par les ombres. Dans quoi était-il aller se fourrer. Une seconde, puis je cherchais le regard rougeoyant, autrefois terrifiant, aujourd’hui étonnamment réconfortant, de Nagato.

Je ne vois pas comment Killian aurait pu rencontrer Azazel, bordel. Je sens bien sa magie, je ne dis pas le contraire, mais on était toujours fourrés ensembles quand on était gosse et…

Je m’interrompis tout net dans ma phrase. Toujours fourrés ensembles jusqu’à ce jour de Samhain où il était rentré comme une furie dans la maison familial. Ensuite les choses étaient allées de mal en pis. Je sentis mes yeux s’écarquiller sous la surprise. Je n’avais jamais repensé à ce jour là. Jamais. Pourquoi ? C’était pourtant le déclencheur. Je fronçais les sourcils en regardant Raphaël.

Jusqu’à une fête de Samhain. On était encore gosses à l’époque et je ne me souviens plus de ce qui s’est passé, mais le lendemain il me fuyait déjà.

Et fuir était bien faible. Mon jumeau m’avait fait les pires crasses à l’époque. L’amour fraternel s’était mué en haine au fil du temps, une simple incompréhension résignée pour ma part.

Qu’est ce t’as foutu Killian ? L’histoire familial ne t’a pas suffi, il a fallu que t’ailles marchander avec Azazel ?! Tu avais oublié ton cerveau ce jour là ou bien ? Explique moi, je suis toute ouïe, m’énervais-je.
Mais t’es complètement conne ou quoi ? Je vois pas pourquoi j’aurais passé un pacte avec le démon. Je les déteste, et toi avec. Tu as beau avoir volé mes pouvoirs, je sens ta corruption d’ici.

Mon frère gesticula vainement, le visage rougi par une colère irrationnelle. Je voulais bien admettre qu’il y avait quelque chose d’anormal. Je reportais de nouveau mon attention sur Raphaël et lui souris, amusée par sa soudaine largesse. J’en oubliais presque l’accouchement et tout le reste. Ce fut avec un air désolé que je m’excusais :

Je n’ai même pas pensé à vérifier qu’il ne soit pas affilié à un démon ou un autre. Le clan entier est à toi, je te rappelle. Mais ce n’est pas une raison pour réaménager notre chambre avec Elyon juste à côté.

Bon d’accord, je m’excusais plus ou moins. Disons que j’admettais mon erreur. Ce qu’il n’avait pas fait, à ce que je sache. Non mais. Je m’assis sur le bord du lit, ou de ce qu’il en restait et ajoutais :

Si ça ne t’ennuie pas, je préfère qu’il reste en un seul morceau.

Je jetais un coup d’œil à la carcasse de mon jumeau et complétais :

Enfin, plus ou moins. Si tu m’expliques le rituel et que je peux le réussir… Allons y. Je resterais avec Elyon le temps de récupérer … ? Il peut toujours être utile, après tout. Des jumeaux porteurs du don, c’est quand la dernière fois que tu en as eu ?

Je posais la question d’un ton innocent. Magnanime, il l’était sans doute, mais peut être y avait-il quand même un intérêt là dessous… Sûrement, même. Si on remettait Killian dans le droit chemin – celui de la dépravation version ombres et cauchemars et non pas une quelconque vertu – Raphaël aurait deux petits mages pour le prix d’un. Même si seul mon sang charriait la magie nécessaire à la libération de l’Archidémon. Killian, si puissant puisse-t-il être, ne faisait qu’emprunter le pouvoir qui était le mien.

Je cillais en entendant un gargouillis étranglé et signalais en passant :

Tu es en train de l’achever, je crois.

L’indifférence que je mimais n’était qu’au profit de mon jumeau, évidemment. Puisqu’il me prenait pour une salope, autant jouer le jeu, c’était bien plus simple. Et puis je lui en voulais légèrement, tout de même.

Quelque chose à dire Killian ? Tu devrais remercier ce salopard de démon qui m’a sautée comme une chienne, c’est comme ça que tu en avais parlé si mes souvenirs sont bons. Parce que c’est lui qui va sauver ta misérable peau. Je devrais te laisser crever comme tu l'aurais fait.

J’étais pleine de dédain à son égard. Bien sûr, je ne lui souhaitais pas de vivre les mêmes maux que moi, mais j’étais suffisamment rancunière pour avoir envie de le voir perdre un peu sa fierté mal placée. Ce qu’il ne voyait pas c’était qu’une femme à chaque génération se sacrifiait pour plusieurs individus. Je ne trouvais pas cela répréhensible. Et j’aimais ma vie. Je râlais, je me rebellais, mais j’aimais ce que j’avais, ce que Raphaël avait construit, quand bien même je n’étais qu’un pion sur son petit échiquier.

Au boulot, alors ?

La question était cette fois adressée à l’Archidémon, bien sûr.
 
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Message posté : Mar 28 Juil 2015 - 14:58 Message
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Au boulot, oui
Le rituel qu’ils allaient mener n’avait rien de commun avec celui pratiqué par l’église, bien que l’archidémon connaisse les deux. Les prêtres donnaient dans la purification, ils chassaient l’essence démoniaque en appelant le pouvoir des anges. Ici, Raphaël allait en appeler à la magie de Dis, ce serait un rituel semblable à celui utilisé pour ôter l’essence angélique d’un humain, avec une ou deux modifications, de sorte à ce qu’il puisse fonctionner sur un démon. Techniquement, ce rituel n’aurait même pas dû exister et constituait une aberration mais l’archidémon avait toujours pensé qu’il pourrait être utile et preuve en était ce jour-là justement.

Sans se salir les mains, il donna les indications à Siobhan. Il forma le cercle d’invocation autour de Killian, à l’aide de ses ombres et elle n’eut qu’à utiliser son sang pour recouvrir le dessin. Pendant qu’elle s’y attelait, il but la fiole qu’elle lui avait donné afin de remettre sa côte en place. Il grimaça en sentant l’os se ressouder mais dû admettre que c’était un moindre mal comparé à la vague de douleur qui avait accompagnée chaque respiration jusque-là. Lorsqu’elle eut terminé, elle se mit à genoux à l’une des extrémités et Raphaël recula avec prudence jusqu’à se poster près du mur.

Je vais utiliser le lien de la graine pour te souffler les paroles à psalmodier. C’est du langage de Dis.

Il ne pouvait donc pas l’écrire, de toute manière elle n’aurait pas saisi l’alphabet qu’il utilisait. Elle concentra son pouvoir et, ouvrant leur lien, Raphaël commença à déclamer les paroles qui sortaient de la bouche de Siobhan. La vague de magie infernale lui donna des frissons. Enivré, il était presque tenté de répondre à l’appel de Dis. Heureusement, les sceaux de son père lui permettaient de ressentir une influence un peu moindre, contrairement à ce qui vivait à l’intérieur de Killian. Ses yeux devinrent totalement jaunes. A genoux, il semblait se débattre avec quelque chose si bien que Raphaël fit répéter toute la litanie à Siobhan.

Tu fais pas le poids, Azazel. Tu ne l’as jamais fait, cracha-t-il rageusement dans cette langue.

Killian tourna la tête vers lui, la pencha dangereusement sur le côté et sourit de toutes ses dents.

Tu aimerais pouvoir le croire, Nechtaan. On se revoit en Enfer.

Il éclata de rire, visiblement content de lui, et une fumée noire sortit du corps de Killian, qui s’écroula ensuite au milieu du cercle de sang. La vague reflua aussi sec, disparaissant totalement. Raphaël entendit vaguement les pleurs d’Elyon, confiée à la sorcière sans pouvoir à laquelle Siobhan s’était entichée. Il fit un pas en avant, alors que Siobhan, épuisée, pensait à effacer un morceau du cercle pour qu’ils puissent y entrer. L’archidémon glissa littéralement jusqu’à Killian et le poussa du bout du pied, ce qui provoqua un grommellement.

Ah, il est vivant. Bien joué petite chose ! s’exclama-t-elle en laissant sa main droite courir dans la chevelure rousse de Siobhan. Tu sais que tu m’excites quand tu joues avec le pouvoir de Dis… murmura-t-il, le regard lubrique.

Il l’aurait bien sautée sur place, son sexe était dur et cela se voyait à travers son pantalon moulant. Mais c’était sans compter Killian, qui semblait piquer une petite crise de panique, ou de nerfs, ou quelque chose du même genre, débitant un flot de paroles incompréhensibles où s’intercalait des hoquets, des « je suis désolé, mon dieu je suis désolé » ainsi que tout un tas d’autres mots mis dans le mauvais sens. Raphaël soupira.

Oui j’aurais dû préciser qu’Azazel influençait probablement ses pensées et ses réactions. Il doit être revenu au même point que cette nuit avant Samhain, sauf qu’il se souvient de tout le mal qu’il t’a fait. Aaah la culpabilité, cette chose si humaine et si inutile. Il haussa les épaules. Avoue, on le vit mieux quand on en est dépourvu. Puis qu’est-ce qu’on s’amuse ! Cela dit s’il ne la ferme pas, je vais l’achever…

Vraiment pé-nible.
 
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Message posté : Mar 28 Juil 2015 - 21:43 Message
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Dieux tous puissants, je détestais le langage de Dis. C’était le genre de sonorités à vous écorcher les lèvres et vous faire saigner les oreilles. J’avais beau avoir pratiqué plusieurs rituels de difficultés variables guidée par la voix de Raphaël, je ne m’y habituerais jamais.
En prime, ça me laissait systématiquement sur le carreau. Voilà pourquoi, après avoir dûment tracé le cercle d’invocation sur le gabarit donné par les ombres de l’Archidémon et psalmodié dans cette langue abominable, je me retrouvais avec une respiration hachée, comme si j’avais couru un marathon. Et j’étais une sorcière, pas une athlète. Sans être totalement ramollie – la grossesse et les tentatives d’assassinat, ça occupe – je ne courrais pas partout tous les quatre matins.

Sur le carreau, et avec une envie monstrueuse de m’envoyer en l’air jusqu’à n’en plus pouvoir. Je ronronnais presque quand Raphaël passa sa main dans mes cheveux, plus excitée que jamais sous son regard ô combien dévoyé. Il fallait vraiment que je fasse quelque chose de ma libido. Elle était par trop démesurée après l’usage de ma magie. Ou quand on parlait de Raphaël. Ou bien quand je le surprenais à poil en train de se changer pour la sixième fois de la journée. Un peu tout le temps, en fait. Ce démon m’avait fait passée de quasi nonne à pécheresse lubrique.

Pas autant que tu m’excites, Raphaël, susurrais-je avec un sourire enjôleur.

Malheureusement, coucher avec mon amant dans la même pièce que mon frère – qui se répandait en excuses – n’était pas au programme, alors je me redressais et me contentais d’embrasser brièvement l’Archidémon. Un baiser volé en passant, promesse de plus, plus tard. Priorités aux priorités, etc etc.

Je me demande si j’étais là quand Azazel s’est pointé, articulais-je un peu plus fort que je ne l’aurais fait d’habitude (il fallait bien couvrir les couinements de mon imbécile de frangin). Tu pourrais le savoir ?

D’accord, ce n’était pas bien malin d’attirer l’attention sur le fait que « ce connard d’Azazel » s’était peut être aussi penché sur mon cas, mais j’avais prouvé ma loyauté plus d’une fois alors… Mais c’est sans attendre de réponses que je m’accroupis aux côtés de Killian, lui caressant les cheveux avec une sollicitude feinte. Je n’aimais pas spécialement la faiblesse dans mon entourage, et il l’était clairement, à ce moment précis. Faible, je veux dire.

Ça suffit, calme toi. Et met toi sur le ventre s’il te plaît.

Il obtempéra gentiment, continuant à s’excuser sans arrêt. Oui, je voyais ce que ça avait de pénible d’avoir la culpabilité chevillée au corps. C’est en faisant goutter un peu de mon sang sur l’épaule dénudée de Killian que je répondais à Raphaël.

C’est ce qui fait de nous des hommes. Et je suis sûre que tu t’en es amusé plus d’une fois. Mais si ça t’embête tant que ça.

En quelques secondes j’apposais un sceau de contrôle sur la nuque de mon frère, et lui ordonnais de se calmer. Effet immédiat garanti. Puis j’ordonnais à ce qui restait de mon sang sur sa peau de former une autre marque. Un bouclier mineur.

Ça le protègera le temps qu’on sache quoi en faire. Tu vas le marquer ? Comme c’est un homme, il n’a pas le sceau familial.

Pas comme celui qui ornait mon épaule droite, un symbole dont j’aurais presque pu tiré de la fierté aujourd’hui là était réservé à ma seule personne. Mais les autres sorcières en portaient une version simplifiée.

Ce serait tout de même dommage de l’achever maintenant, non ?

Je glissais ces quelques mots à l’oreille du démon, cherchant la proximité sans trop en rajouter. Sinon, je savais déjà comment tout ça finirait. Pècheresse lubrique que j’étais.

C’est normal qu’il s’excuse, il est censé avoir du respect pour moi et n’a fait que me mépriser pendant les dix dernières années. Vingt dernières années, même. Et puis, les tentatives de meurtre, tout ça. En plus, tu devrais en profiter, buté comme il est je te parie que demain il sera de nouveau plein d’arrogance.

Parce que moi, je n'étais évidemment pas butée. Je haussais les épaules, un air désabusé sur le visage. Je paraissais terriblement froide et cruelle avec un des derniers membres de ma famille, mais je ne voulais plus me faire d’illusions sur son attitude. J’avais trop souffert de son rejet dans ma jeunesse pour oublier du jour au lendemain, manipulation démoniaque ou pas.
 
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Message posté : Mar 28 Juil 2015 - 23:30 Message
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Comme toujours après avoir utilisé sa magie, Siobhan était excitée et comme toujours après avoir goûté à son pouvoir, Raphaël avait la furieuse envie de la sauter, ici, maintenant. Un éclat doré passa dans son regard mais il se fit violence pour ne pas céder à l’assaut de l’Ardeur. Heureusement, il avait plusieurs millénaires de contrôle derrière lui, il avait repris le pli rapidement, même s’il se sentait plus sulfureux qu’en temps normal.
Oui, c’est possible. Hélas, il dut ronger son frein, au moins temporairement, le temps que Killian cesse de couiner ses pitoyables excuses. Il soupira.

Je suppose que oui, il m’appartient au même titre que le clan entier et puisqu’il est là, autant le mettre à profit. On va bien lui trouver une utilité quelconque, je suis certain qu’il a à cœur de se racheter après avoir été aussi méchant avec sa sœur adorée… Mais je te préviens, mon mignon. Il le souleva de terre avec ses tentacules, après que Siobhan ait apposé sa marque de contrôle. Si tu la touches, si tu l’ennuies, si tu la fais pleurer, je t’arrache ta peau lambeau par lambeau et je te la fais bouffer. On se comprend ?

Il avait parlé calmement mais l’éclat menaçant qui rougeoyait dans ses prunelles ne laissait aucun doute sur le sérieux de ses mots. Raphaël était territorial et personne, personne n’avait le droit de malmener Siobhan à part lui ou même de l’effleurer sans son consentement. Elle lui appartenait, jusqu’à ce qu’il se lasse et ce n’était pas près d’arriver. Il avait rarement été si proche d’une des descendantes de Morrigan. Rien d’amoureux, aucune bêtise de ce genre, simplement il la considérait plus comme sa reine que comme son esclave. Même si cela, il n’allait pas le lui avouer, jamais.
On ne prend pas la peine de protéger une moins que rien.

Il laissa Killian tomber sur le sol et se détourna de lui.

Je le marquerais tout à l’heure. Mais là, il faut que je vérifie quelque chose… Tu me mets le doute.

Il était presque certain qu’il aurait senti la magie d’Azazel sur elle, forcément, il n’aurait pas pu passer à côté… Mais il devait vérifier. Il la plaqua contre le mur et lui dévora les lèvres dans un baiser pressant, activant la graine démoniaque qui s’était épanouie en elle jusqu’à n’avoir de graine que le nom. Elle était plutôt un lierre, rampant dans chaque fibre de son corps. Il l’explora à l’aide de son énergie, à la recherche d’une magie qui n’avait rien avoir avec la sienne ou celle de Morrigan. Il allait laisser tomber, soulagé, quand il sentit quelque chose de léger. Tellement que s’il ne l’avait pas cherché, il ne l’aurait probablement jamais trouvé. Il détacha ses lèvres des siennes et rugit de rage, invectivant ce fils de pute de toutes les insultes en langue de Dis qu’il connaissait.

Il y a un sort de blocage sur ta mémoire !s’exclama-t-il devant le regard ahuri de Siobhan.

Sans perdre une seconde, il lui colla son poignet dégoulinant de sang dans la bouche et guida sa graine, son pouvoir, jusqu’à attaquer ce qui retenait la mémoire de Siobhan. L’enchantement était ancien, il ne mit pas longtemps à rendre les armes. De toute manière, Azazel ne l’avait posé que temporairement. Sans les sceaux, Raphaël l’aurait senti immédiatement, mais non… Il avait fallu que son jumeau débarque pour qu’il se rende compte de sa stupidité.

Qu’est-ce qu’il voulait que tu oublies ? Parles !

Il était furieux, mais pas contre elle, non. Contre lui-même, et il le vivait assez mal d’ailleurs. Il se promit que le jour où il mettrait la main sur ce connard, il prendrait son temps pour lui faire comprendre le sens des mots douleur, agonie, supplication.
Si Raphaël détestait quelque chose par-dessus tout, c’était bien que l’on touche à ses affaires…
 
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Message posté : Mer 29 Juil 2015 - 0:21 Message
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Je suis sûre qu’il se tiendra à carreaux, cette fois.

Je confirmais mon problème de sociopathie latente à l’instant. Raphaël malmenait mon frère en mon nom et je trouvais ça… Beau. Rassurant. Je me sentais protégée. Je devenais vraiment sérieusement atteinte. Et le pire était bien que ça ne me dérangeait pas. Je couvais presque Nagato d’un regard attendri (entre deux œillades affamées), profitant qu’il ne me regardait pas. Je jetais à peine un coup d’œil à Killian quand Raphaël le laissa tomber à terre, mais son gémissement de douleur me fit baisser les yeux un instant, finalement.

Je pense qu’il a comp…

Je commençais ma phrase quand Raphaël me plaqua au mur avec une certaine vigueur. Mon souffle sortit dans une sorte de toux, une seconde avant qu’il ne m’embrasse furieusement. Cette fois, ce fut mon gémissement qui retentit dans l’air tandis que ma libido déjà bien en forme flambait littéralement sous cet assaut finalement relativement minime par rapport à nos habitudes. La présence rassurante de l’Archidémon en moi – quand avait elle commencé à être familière, nécessaire ? – s’épanouit plus encore qu’elle ne l’était déjà, une tâche que j’aurais pensée impossible cinq minutes auparavant. J’avais l’impression de baigner littéralement dans le pouvoir de mon affilié. Mais trop vite, trop tôt, il s’interrompit. Surprise, je lui retournais des yeux ronds tandis qu’il utilisait de nouveau sa fichue langue, me faisant presque redescendre sur terre. Presque, faut pas déconner non plus. Ce qui explique que je réagis à retardement quand le poignet ensanglanté de Nagato fut fourré sans ménagement dans ma bouche.

Je toussais et manquais m’étouffer avec le liquide sombre qui coulait dans ma gorge, clignant furieusement des yeux pour en chasser les larmes qui s’y étaient précipitées par réflexe. Finalement, je parvins à déglutir. Raphaël en profita pour retourner ma mémoire à la recherche du fameux sort de blocage, et quand il y parvint enfin je chancelais. Je me serais probablement écrouler s’il ne m’avait pas retenu – avec son pouvoir ou ses mains, pour ce que j’en savais.

Parce que l’espace d’un instant, j’avais été perdue dans une nuit d’octobre vingt ans auparavant. Une nuit où un homme aux yeux jaunes m’avait menacé d’un ton doucereux. Une nuit où cette ordure, ce connard sans âme, avait ruiné ce qui avait toujours été une entente gémellaire parfaite. Je n’étais pas précisément le genre à haïr vraiment. Mais à cet instant j’aurais pu lui arracher la tête sous le coup de la colère. Pourtant je sursautais quand Raphaël s’emporta. J’esquissais même un mouvement de recul avant de comprendre que sa colère n’était pas dirigée contre moi.

Je l’ai rencontré. Pendant Samhain. J’étais sortie avec Killy et il était là, soufflais-je, le souvenir de la terreur qui m’avait saisie à l’époque de nouveau vivace dans ma mémoire. Je crois qu’il nous attendait.

Je portais ma main à ma gorge et caressais d’un air absent des marques fantômes là où la main de son hôte s’était resserrée.

Il ne m’a presque rien fait. Il a prétendu m’étrangler en me proposant de rejoindre son service plutôt que le tien, même si je n’ai pas compris de qui il parlait. J’ai refusé et c’est là qu’il lui a imposé ses ordres. Ensuite il m’a fait tout oublier pour que je ne comprenne pas d’où venait l’animosité de Killian…

Je levais des yeux dans lesquels s’entremêlaient la colère et le chagrin vers Raphaël. Mais ce fut ma fureur qui l’emporta. On m’avait trop bien appris à dissimuler le reste. J’attrapais le bras de l’Archidémon, le serrant sans même y penser, presque jusqu'à y planter mes ongles et sifflais presque les mots suivants :

Ce sale con va me le payer. Je vais lui faire comprendre ce qu’il en coûte de se payer ma tête. Attaquer une gamine sans défense ou une femme enceinte, pas de problème, mais sinon il ne fait que fuir. Rien dans les tripes. Je te jure que je vais lui arracher les yeux, les membres, un par un.

Si mon amant m’en laissait le temps. J’avais des griefs vieux de quelques années contre Azazel. Ceux de Raphaël étaient autrement plus… millénaires. Je le lâchais brusquement avec une excuse murmurée mais j'espérais avoir au moins les restes de l'Archidémon quand il aurait mis la main sur son ennuyant concitoyen.
 
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Message posté : Mer 29 Juil 2015 - 13:17 Message
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Plein d’une rage difficilement contenue, Raphaël effleura avec une inhabituelle douceur le cou de Siobhan, recouvrant ses doigts tandis qu’elle lui racontait sa malheureuse rencontre avec cet enfoiré d’Azazel. Il dû se retenir de serrer les doigts sur sa chair gracile pour la marquer, dans son état il risquait de la tuer. Il bouillonnait littéralement de haine, trouvant insupportable la simple idée qu’il ait pu la toucher, la voir, briser sa vie. Comment aurait-elle été, si son frère était resté le même, aimant et attentionné ? Aurait-il dû se battre, le tuer ? Serait-elle devenue sienne si facilement ?
Evidemment ! affirmait une petite voix dans sa tête.
Mais le doute grignotait sa suffisance habituelle.

Toi, aboya Raphaël à l’adresse de Killian. Nettoie moi ce merdier.
— Je ne suis pas ta b…Il se ravisa en croisant le regard de l’archidémon. Mouais okey.



Ce petit écart lui avait permis de rassembler ses esprits. La colère couvait encore, mais elle n’était plus brûlante, que du contraire. Muée en une soif de vengeance, il échafaudait des plans impossibles qui incluaient un voyage à Dis et le déchainement d’une armée entière d’esprits en colère sur l’essence d’Azazel. Il rouvrit la porte de la salle de bain et trouva Killian en train de rassembler les débris.

Toi, ici.

L’irlandais allait lui cracher qu’il n’était pas son chien, d’ailleurs il avait l’air très en colère, mais l’archidémon ne lui en laisse pas le temps. Il l’attira contre lui puis le fit tomber au sol, à genoux, dos à lui. Il s’empara du couteau de Cornelia, qu’il gardait toujours sur lui et dont il s’était servi pour éventrer Siobhan lors de son accouchement. Il planta la pointe dans la chair de Killian et commença à tracer les contours de son Nom Véritable avec un plaisir assez sadique. Le jumeau cria sous la douleur et voulu se débattre, ce qui fit riper Raphaël.

Chéri, on a deux solutions : Soit tu restes tranquille et je fais un boulot soigné, soit tu te débats et ça ne va ressembler à rien…En plus d’être atrocement long. Regarde, j’ai touché ton omoplate, c’est malin…

Il roula des yeux et continua sa sanglante besogne. Ça ne valait pas tuer quelqu’un mais c’était tout aussi amusant.
 
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Message posté : Mer 29 Juil 2015 - 13:57 Message
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Si le démon se releva et quitta la pièce, je m’asseyais par terre un instant et commençais à me nettoyer sans prêter garder aux aboiements de Raphaël dans la chambre. Enfin, ça ce fut jusqu’à ce que Killian hurle de douleur. Hagarde, je me précipitais auprès d’eux pour trouver mon frère à genoux tandis que l’Archidémon jouait du couteau sur son épaule. Je grimaçais, compatissante, et vaguement fâchée.

… te faire foutre, articula mon jumeau.

Déjà fait. La pensée fusa dans mon esprit malgré le côté dramatique de la situation. Raphaël se vengeait de ses contrariétés sur mon jumeau, et ça me déplaisait souverainement. Mon pouvoir rampa jusqu’au sceau toujours apposé sur la nuque du jeune homme et je le modifiais pour créer un lien entre nous. Je n’aurais pu faire cela avec n’importe qui, mais Killy était mon autre moitié, et la connexion s’établit sans mal alors que je murmurais les mots nécessaires. Ensuite, je fis ce que je me devais de faire : je récupérais une partie de sa douleur. Je manquais tomber au sol quand Raphaël reprit son œuvre et je laissais échapper une exclamation tremblotante avant de me reprendre.

Oh putain, fais attention, couinais-je quand il rata son coup, portant la main à mon dos comme si j’avais pu sentir le sang couler là.

Mais il n’y avait rien évidemment. C’était une douleur fantôme. J’étais presque sûre que Raphaël n’approuverait pas ce que je faisais pour épargner mon frère. Mais voilà, précisément, c’était mon jumeau, un membre de mon clan, et j’avais juré voilà une éternité de protéger les miens envers et contre tout. Aifé avait été mon unique victime, et ce seulement parce que sa mort servait de plus grands desseins. Et c’est pour cela que je me résignais à prendre la plus grande part de son calvaire pour moi, le coupant de ses sensations en même temps. Peu à peu, il cessa de s’agiter. Moi, au contraire, j’avais une nausée monstrueuse et finis par hurler à mon tour quand l’Archidémon dévia de nouveau de sa route.

Encore un peu, un tout petit peu, me serinais-je calmement.

Puis je pris conscience du soudain arrêt de la progression de la lame. Je relevais les yeux vers le démon. Il me toisait, apparemment mécontent, mais je lui retournais pourtant son regard sans hésiter. Ma main droite était sur une de mes mains de Killian, soutien silencieux. Ne pas ressentir la douleur n’empêchait pas de savoir que c’était sa chair qui se déchirait. Pas la mienne.

La Gardienne du Sang souffre pour les siens, Raphaël. Tu veux prouver que je suis tienne ? Vas y. Fais de ton pire, et finis cette foutue marque.

Dans ma tête, les phrases étaient prononcées d’un ton souverain et plein de morgue. En réalité, cela ressembla plus à des mots entrecoupés de halètements qui ne devaient plus rien au plaisir.

Sio’, arrête, souffla mon frère, comprenant enfin que, non, les sensations ne s’étaient pas évanouies dans les airs. Je répondis d’un ton rien moins qu’aimable.
Ta gueule, pour une fois dans ta vie, obéis à ta putain de reine, c’est clair ?

Indubitablement, j’avais toute l’élégance nécessaire à mon rang.
 
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Message posté : Jeu 30 Juil 2015 - 11:09 Message
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Raphaël comprit rapidement à quel petit jeu se livrait Siobhan et cela ne l’amusa pas, pas du tout. Il darda sur elle un regard menaçant mais elle n’en eut rien à faire, préférant le défier pour épargner à son frère la douleur qu’il voulait lui infliger. En temps normal, faire souffrir sa sorcière ne lui posait pas le moindre problème mais cette fois, il ne l’avait pas décidé, elle le lui imposait. Elle se permettait beaucoup trop de choses à son goût depuis qu’il avait arraché Elyon à son ventre, comme si le fait de lui avoir enfoncé un poignard pour ouvrir son utérus était un motif valable pour faire n’importe quoi ! Il serra les dents et ne répondit pas à sa provocation. Silencieux comme cela lui arrivait rarement (uniquement quand sa colère était trop profonde pour qu’il l’exprime sans détruire le bâtiment), il termina rapidement sa besogne et, sans un regard pour Siobhan, laissa le poignard sur les lieux, se releva, et disparut.

Il croisa Niamh, qui était resté dans les parages et qui tenait Elyon. Il déroba le bébé à son étreinte, l’enveloppant dans ses ombres. La jeune fille poussa un cri de surprise, esquissa un geste, puis se rétracta en croisant le regard meurtrier de son patron. Sa chambre étant occupée, il emmena son futur corps dans la pièce au bassin, qu’il remplissait d’ordinaire de sang. Ce soir-là, elle était vide. Il s’assit, les jambes pendantes, l’enfant sur les genoux. Elyon l’observait en silence, avec son visage poupin qui ressemblait déjà à celui de Siobhan. Heureusement, ses yeux tranchaient suffisamment pour ne pas réveiller sa colère à l’encontre de la sorcière et la déverser sur l’innocent nourrisson. Enfin, pour aussi innocent que puisse être un cambion.

Je me demande si elle serait triste de te voir morte ? Non, sans doute pas, elle n’a jamais voulu de toi. C’est ainsi la vie, Elyon. Dommage, j’aurais pu la mettre au pas une bonne fois. Là, je crois que je vais encore devoir l’enfermer… Mais j’ai l’impression que ça ne fonctionne plus. Pendant des mois, je l’ai gardée près de moi, j’ai été gentil pourtant, gentil tu imagines ? Elle ne se rend pas compte, je prends soin d’elle et elle a le culot de me défier.

Il parlait calmement, beaucoup trop pour tout qui le connaissait un minimum.

Elle a une vie de princesse et elle veut s’en aller. Pour faire quoi ? Elle n’a pas besoin de voir d’autres gens, elle me voit moi, ça suffit amplement, je vaux le monde entier. Tu ne penses pas ?

L’enfant gazouilla son approbation, arrachant un sourire à l’archidémon.

Ah, tu vois. Alors oui je pourrais lui faire mal, la violer encore, mais c’est comme si j’en avais trop fait, comme si ça ne lui faisait plus peur. Alors quoi ? Je dois lui offrir des fleurs ? Il rit, froidement. N’importe quoi. Et avec cet imbécile de jumeau qui s’est fait infecter par Azazel… Tu connais Azazel ? Non, pas encore. Mais tu l’as sentis hein, mon petit démon. Dès qu’il t’a touchée. Aaah que tu aurais été exceptionnelle en devenant plus grande. Qui sait, enfin quelqu’un de totalement dévoué et surtout d’utile. Parce qu’il y a toujours ces filles, ces sorcières du culte de l’Envie, mais quand on a la descendante de Morrigan à sa botte, elles sont tout juste bonne à être des serveuses potables. Et encore. Tu sais, je me demande si tu ne pourrais pas remplacer Siobhan dans quelques années, avec ton sang.

Mais il n’osait pas blesser son précieux corps pour goûter son hémoglobine, elle était encore trop petite. Dans un an ou deux, peut-être. Il soupira en agitant son doigt devant le nez d’Elyon, qui essayait de l’attraper. Un petit tentacule d’ombre vint s’enrouler autour de son index, et l’archidémon sourit de toutes ses dents.

Oh ! C’est adorable, tu fais comme moi ? Il lui caressa la tête. Et évidemment, personne pour le voir. Elle doit être avec son imbécile de frère. Et bien, tu sais quoi ? Qu’elle fasse ce qu’elle veut, qu’elle sorte, qu’elle se mette en danger, elle se débrouillera toute seule. Mais quand ils viendront pour elle, elle hurlera en me demandant grâce, elle me suppliera de venir la chercher. Et tu sais quoi ? Peut-être que je ne viendrais pas. Il gloussa. Oui, peut-être que je la laisserais…

C’était un mensonge. Il irait, il ne la laisserait même pas seule une seconde. Un léger vent magique joua dans ses cheveux, et un immense chien noir apparut à côté de Raphaël.

Maître ?
Tu vas rester dans cette dimension un moment, dit-il en distique. Suis Siobhan à la trace, ne la perd pas de vue une seconde. Et rapporte-moi tout ce qu’elle fait, tous ceux qu’elle fréquente. Je veux des noms, des adresses. Je veux tout savoir, même si elle va chez le coiffeur, comprit ? De jour comme de nuit.
Euh, de jour patron je suis pas super dis…
Pas mon problème, démerde toi.


Elyon tendit la main vers Kurama, le chien infernal hésita puis avança le museau. La petite toucha son nez et la créature frissonna.

Elle a un putain de potentiel patron.
Je sais.

Il le ressentait vaguement. Moins que Kurama, mais tout de même.
Maudits sceaux.
 
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Message posté : Jeu 30 Juil 2015 - 19:00 Message
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Le silence de Raphaël fut plus dur à supporter que beaucoup de choses dans mon existence. Qui croyait-il avoir à ses côtés ? Une loque sans cervelle, qui obéissait quelles qu’en soient les conséquences ? Une esclave de plus ? J’étais sienne, entièrement, indubitablement, mais j’avais toujours tiré fierté de mon honneur, qui, s’il ne remplissait pas forcément les critères des mortels normaux, avait toujours été infaillible. On m’avait élevée pour protéger mon clan de la fureur éventuelle de son démon. On m’avait élevée pour être le sacrifice d’une vie pour permettre la pérennité des autres. Sans membre du clan dans l’équation, Raphaël n’avait jamais pu comprendre cela. Et apparemment, il ne comprenait pas non plus que pour lui, j’aurais enduré bien plus que ce que j’étais prête à faire pour les miens. Je soupirais, ravalant la peine lancinante qui hantait mon esprit, éclipsant même la douleur des entailles effectuées par l’Archidémon, c’était dire.

Siobhan, je suis désolé, souffla mon frère, à présent effondré sur le sol.

Un glacial « Tais toi » fut sa seule réponse. J’effaçais mes sceaux, lui rendaient son esprit comme sa souffrance, et il expira péniblement, serrant les machoires tandis qu’il encaissait le plein retour de ce qui était à lui. Petite nature. Ce n’était rien par rapport à ce que j’avais enduré, et pourtant je m’étais déjà recomposée une expression neutre.

Comment peux-tu supporter ça ?

Je daignais enfin lui adresser un coup d’œil qui le fit tressaillir, et susurrais quelques mots d’un ton dont la froideur démentait l’apparente douceur.

Ne t’ai-je pas demandé de te taire ? le questionnais-je, avant de continuer d’un ton égal, plus posé. Tu peux prendre mon ancienne chambre. Je te trouverais un poste au Cirque. Jusqu’à ce que tu aies fait tes preuves, interdiction de mettre ne serait-ce que le petit doigt dehors. Si je t’appelle, tu viens immédiatement. Idem pour Raphaël, ses ordres prévalent sur absolument tout le reste. Peu importe les circonstances. Assez clair pour toi ?

L’air blessé, il acquiesça d’un signe de la tête. Je ne m’attardais pas plus. J’avais un démon à raisonner. Ou une sanction à recevoir, au choix. Je trouvais le couloir désert tandis que je le traversais pour me rendre dans mon ancienne chambre. Alors que je m’apprêtais à entrer, la voix du démon m’interrompit, venant d’autre part. Je traversais de nouveau les lieux. Et je restais là, appuyée contre la porte, l’écoutant parler à sa fille avec une certaine mélancolie.

Non, m’enfermer ne fonctionnait pas. Je pouvais servir, on me l’avait appris. Mais j’avais besoin de l’adrénaline, besoin d’utiliser mes pouvoirs à d’autres fins. Besoin de prendre le dernier souffle d’un autre, besoin de me sentir vivante. Avec virtuellement l’éternité à mes pieds, ce besoin ne se faisait que plus pressant. Je n’avais pas voulu Elyon, pour cela. A présent que j’étais mère, j’avais du mal à éprouver de l’affection pour celle qui avait ravagé mon corps. Le souvenir de sa naissance était là, en permanence, la douleur fantomatique plus que terrible. Mais à ma façon, et quoi qu’en dise Raphaël, je la protègerais de tous et toutes.

J’entrouvrais la bouche, prête à entrer et à lui dire, lui crier, lui écrire mille fois s’il le fallait que je ne voulais aller nulle part si ce n’est sortir de ce cocon dans lequel il m’avait enfermée. J’avais une vie de princesse, oui, mais je n’en voulais pas. Du moins pas comme ça. Cela dit, la suite m’interrompit. Me blessa énormément. Je ravalais ma fierté, mon chagrin, toutes ces émotions qui me parasitaient l’esprit et m’affaiblissaient de trop. Puis, sans me soucier d’être discrète – le démon m’entendrait ou pas, je n’en avais presque plus rien à faire à ce stade – je remontais le couloir vers l’extérieur. J’avais besoin d’air. Besoin d’extérioriser le chaos qui me servait d’esprit. Un coup d’œil à l’heure m’apprit qu’avec tout cela, la nuit était passée. J’allais aller me calmer, puis j’irais voir Renan. Il était plus que temps que mes affaires reprennent.

2 août 2014


Si j’avais su à quel point Raphaël m’en voudrait, je n’aurais peut être pas mis les voiles. Mais depuis, nos échanges étaient minimes. Je n’aimais pas le moins du monde ce silence glacial. Et deux semaines sans contact autre que pour m’aboyer ses ordres, c’était long, quand on était l’Archidémon des Ombres et des Cauchemars. J’avais profité de ma liberté retrouvée – il ne s’occupait pour ainsi dire plus de moi – pour contacter Renan, puis remettre en route mon réseau au Cartel via Abban. Et finalement, quelque chose qu’il allait nécessairement désapprouver avec virulence, j’étais allée au Necropolitan. L’endroit était pour le moins sinistre. Et la nécromancienne qui m’avait conduite à y traîner mes guêtres ne m’avait pas à proprement parler paru sympathique. Notre échange un peu houleux n’avait eu pour conséquences que quelques séquelles minimes. Mais j’étais sûre et certaine que mon patron en avait eu vent. Etant donné qu’il me lançait des regards plus froids qu’un morceau de banquise et que pas un mot n’avait franchi ses lèvres à mon intention depuis mon retour, alors que j’étais encore transie de mon contact avec la mort.
Joie, bonheur, et prospérité. J’allais déguster.
Mais je n’étais pas la seule en tort. Loin de là. Raphaël s’imaginait des choses qui n’avaient même pas lieu d’être, faisant un digne étalage de sa paranoïa. Je lui étais plus fidèle qu’à ma propre famille. Une vraie chienne bien dressée, qui avait toujours dit amen à tout jusqu’à ce que ses demandes ne deviennent trop pour moi. Je n’étais pas une sorcière de salon. Et je ne le serais jamais.

Il était plus que temps de crever l’abcès, avant que l’épisode ne se solde par ma mort. Et c’est ainsi qu’en fin d’après midi, un peu avant le début des représentations sur la scène du Cirque (nous n’étions pas censés être au programme, à priori ou pas avant plusieurs heures), je me mis en quête du maître des lieux, après avoir nourri ma fille. Je savais où le trouver à ce moment de la journée : dans notre chambre, à chercher la tenue du jour. Avec un peu de chance, il ne serait pas encore à moitié à poil. Plus pratique pour parler.

J’entrais sans frapper, comme à mon habitude, mais en faisant assez de bruit pour qu’il ne puisse décemment pas prétendre ne pas m’avoir entendue. Cela dit, la décence et Raphaël n’étaient pas de grands amis. D’ailleurs, il agit à peur près de la même façon que le reste de cette fichue semaine : pas un regard, pas de « petite chose », pas d’assaut vicieux en perspective. Je soupirais légèrement et allais me planter, bras croisés, dans l’entrée du dressing.

Il serait peut être temps qu’on parle un peu, non.

Pas de réponse. Et en plus j’avais l’impression d’être dans une sitcom bidon, dans le rôle de l’abrutie qui se dispute avec son mec. Sauf que je n’étais pas blonde. Juste rousse. Mince. Finalement, je décidais de prendre le taureau par les cornes et claquais la porte derrière moi. Avant de continuer. Il ne voulait pas parler ? Très bien. Ça voulait juste dire qu’il était tellement furieux qu’il avait peur de casser la baraque en exprimant sa colère.

Putain, Raphaël, j’en ai ras le cul de ce silence à la con ! Si t’as un truc à me dire dis le, frappe moi, tue moi je m’en contrefous.

Cette fois je ne laissais pas le temps de répondre à qui que ce soit. Les yeux remplis d’une colère presque irrationnelle, je continuais, haussant de plus en plus la voix alors que je m’échauffais.

Tu me reproches des choses inconsidérées. Je ne veux PAS partir d’ici. Je ne veux PAS de liberté. Je veux juste avoir le droit de passer cette foutue porte sans être mise en disgrâce pour les trois mois suivants. C’est une sorcière du sang, la dirigeante d’un putain de clan qui est ton affiliée. Tu veux une poupée de salon, qui dit amen à tout et qui ne sortira jamais sans ta permission, quand bien même elle ne viendrait qu’une fois par siècle. Bien. Très bien. Dans ce cas, je t’offre ma gorge, finissons en. Je ne suis pas une idiote sans cervelle. Je ne suis pas une gamine faiblarde abusée par ta toute puissance.

Une pause, minuscule, j’avais trop peur de ce qui allait se passer pour m’interrompre et vu le regard presque flamboyant de Raphaël, ça allait probablement être moche. Mais je voulais finir, je voulais dire ce que j’avais à dire, et rien ni personne ne m’en empêcherait.

Tu me donnes une vie de princesse, comme tu le dis si bien à Elyon, mais je ne suis PAS une princesse. J’ai prouvé ma valeur, plus d’une fois.

Nouvelle pause. Je ne précisais pas lui avoir sauvé la vie, il n’aurait guère apprécié que je lui rappelle alors que je venais chercher la rédemption. En quelque sorte. Le côté divin en moins. Quoi que. Je me calmais d’un coup, et c’est presque les larmes aux yeux que je le regardais fixement en continuant presque dans un murmure. Ce n’était pas des choses qui se hurlaient.

Je supporterais tout ce que tu veux. Tu le sais. Tout. Couche avec qui tu veux, fais moi suivre, tue et torture qui tu veux quand tu le veux. Je m’en fous. Je veux juste pouvoir rester à tes côtés aussi longtemps que tu voudras de moi. Bravo, Raphaël. Tu as réussi à t’attacher l’amour d’une femme dont tu as ruiné l’esprit.

Je détournais le regard, fixant le mur avant de conclure avec âpreté :

Je n’ai pas la prétention d’attendre la même chose de ta part. Je sais qu’on est pas dans une romance pour midinette en chaleur. Je te demande juste de ne pas étouffer ce que je suis. Pas si tu veux avoir une servante dotée d’un minimum de cervelle à côté de toi, et non une loque qui n’a plus rien d’humain. Tu veux que je me mette à genoux et que je te supplie de me laisser ça ? Très bien.

Je me laissais glisser au sol, épuisée par la flambée de ma colère, symbole de la contrition. Une esclave aux pieds de son maître, songeais-je avec amertume.

Très bien, je t’en supplie.

Silence. Etouffant, écrasant. J’étais même étonnée au delà des mots d’être arrivée au bout de ma diatribe, tant c’était inhabituel. L’air était lourd de menaces, et je n’exagérais en rien en disant cela. Raphaël était l’exubérance même. Un Raphaël silencieux était un Raphaël dangereux. Mais j’avais pu exprimer mon avis, et c’était indubitablement libérateur.
 
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Message posté : Jeu 30 Juil 2015 - 20:18 Message
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Kurama tourna d’un coup la tête vers la porte.

Je crois qu’elle a tout entendu, patron.
Et alors ? demanda tranquillement Raphaël.

Qu’allait-elle dire ? Qu’allait-elle faire ? Jouer la mijaurée blessée dans son orgueil ? Venir lui reprocher qu’il n’avait pas assez de considération, après ce qu’elle avait eu le culot de lui faire ? Il ne pardonnerait pas si facilement. Il se moquait de ses raisons, de son amour propre, de son fichu rôle de Gardienne. A ses yeux, rien ne devait être plus important que lui, ses désirs et surtout, ses ordres. S’il voulait faire souffrir Killian, elle devait l’accepter et subir en silence, certainement pas choisir de passer outre, sans même un seul mot, un avertissement. Elle ne lui avait pas dit « Raphaël, s’il te plait, ne lui fait pas de mal » cela encore, il aurait pu envisager d’accéder à sa requête. Non, elle avait simplement aspiré la douleur de son jumeau, négligeant tout ce qu’il avait pu lui apprendre sous ses coups et ses menaces. En comparaison, la vexer en lui laissant croire qu’il pourrait la laisser mourir sans lever le petit doigt n’était qu’une piètre punition.

Sans compter qu’elle allait lui donner de quoi s’énerver dans les semaines à venir…

C’avait commencé dès le lendemain. Elle était partie du Cirque sans qu’il ne dise un mot. Immédiatement, le chien infernal l’avait suivie jusqu’à un appartement, sur la 40th avenue. Une chance pour elle qu’il sache très bien qui en était le locataire… Qu’est-ce qu’elle voulait à Renan ? L’Officier de la Pénombre n’était plus vraiment dans les petits papiers de l’archidémon. Certes, la drogue de Shahren avait permis à Raphaël de passer sur lui toute la frustration sexuelle qu’il avait accumulée au fil de l’année écoulée depuis leur rencontre, mais cela ne lui suffisait pas. Sa phrase résonnait encore dans sa tête : Ce n’est pas toi qui me fait cet effet. Une douloureuse vérité. Pourtant, maintenant qu’il avait récupéré son ardeur, Raphaël pourrait très bien provoquer ce genre d’effet et, stricto sensu, cela viendrait de lui. Il ne comprenait pas cette foutue résolution à l’hétérosexualité, il n’acceptait pas que cette pétasse de nécromancienne ait quelque chose qu’il ne pouvait posséder. Après tout, ne l’avait-il pas violée, elle aussi, devant toute une salle, en plein milieu d’un spectacle, sans que personne ne remarque rien ? Il l’avait prise sur scène, avec ses ombres, et l’avait fait jouir, ce qui avait manqué de tuer tout le monde. Renan pouvait-il se vanter de ça ? Les dents serrées, sa jalousie maladive avait provoqué des ravages. Il s’était imaginé Siobhan, nue, en train de chevaucher l’Officier, tout en sachant très bien que ce n’était pas possible. Grâce à la graine, il le saurait immédiatement. Ils n’avaient fait que discuter…
Je m’en moque, elle n’a pas le droit.
Elle savait qu’il était contrarié mais elle s’en fichait. Elle partait, elle le laissait.

La chose s’était répétée une seconde fois. Kurama l’avait suivie jusqu’à une rencontre avec deux jumeaux irlandais que Raphaël connaissait de nom du temps où il occupait le corps de Cornelia. Cette fois, la créature l’avait joué plus finement, se cachait dans les ombres pour écouter la conversation et lui avait rapporté qu’apparemment, Siobhan souhaitait recommencer à travailler pour le Cartel. Retrouver sa vie d’avant. Il ne l’avait pas supporté, mais sa fierté mal placée avait retenu ses coups, ses reproches. Il avait préféré continuer à l’ignorer plutôt que de risquer de la massacrer. Il ne pouvait pas se permettre de la perdre, parce que privé de son sang, il n’aurait aucun moyen de faire sauter les sceaux autre que le temps… Et c’était trop long, beaucoup, beaucoup trop long. Puis quel gâchis, alors qu’il avait passé tellement de temps à la dresser. Non, il devait rester loin d’elle, jusqu’à ce qu’il ait le moyen de la remettre à sa place sans que cela ne dégénère en meurtre sanglant.

Mais le troisième affront…
Quand Kurama était revenu, paniqué, le prévenir qu’elle s’était rendu au Necropolitan, Raphaël s’était levé d’un bond, abandonnant la vampire avec qui il était en train de coucher pour nourrir l’Ardeur. Les yeux dorés, entièrement nu, il avait failli intervenir, vraiment. Mais, la main posée sur le battant de la porte de sa chambre, il avait hésité. Sa réaction l’avait agacé, le fait que Siobhan se soit rendue dans le bar d’Abigaïl de son plein gré, encore plus. Il savait qu’elle savait ce qu’il lui avait fait, ce soir-là. Elle connaissait son pouvoir par cœur, mais depuis quand montrait-elle de l’intérêt pour les femmes qu’il s’envoyait ? Abigaïl n’était même pas sa maîtresse, d’ailleurs il n’en avait pas une de fixe, hormis la sorcière rousse.

Tant pis pour elle.

Le chien noir le dévisagea tandis qu’il retournait au lit avec la vampire.

Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, contrariée.
Rien, ferme-la.
Eh, je ne suis pas une petite greluche à qui tu peux parler comme ç…

Le poignard de Cornelia s’enfonça dans sa gorge sans qu’elle ne s’y attende. Raphaël imprima un mouvement sur le côté, forçant pour détacher les muscles qui maintenait le tout en place. Se jetant à califourchon sur elle, il s’acharna jusqu’à couper sa colonne vertébrale et détacher complètement sa tête, la tuant finalement. Pendant l’opération, elle s’était débattue, avait griffé son torse assez profondément, elle lui avait même mordu le bras, mais il s’en moquait.

Il jeta la lame dans un coin de la pièce.

Appelle Kell. Débarrassez moi de ça.

Puis il disparut, un jour entier, et ne revint qu’une fois calmé, ses blessures guéries grâce à l’Ardeur.

Qu’est-ce qui avait provoqué le déclic chez Siobhan ? Avait-elle eu vent de l’accident ou y avait-il une autre raison ? Toujours est-il qu’en la voyant débarquer dans sa chambre alors qu’il choisissait sa tenue avec plus de minutie que d’habitude (on se console comme on peut) il ne lui accorda pas un regard, jusqu’à ce qu’elle commence à lui parler. Le flot de paroles qui sortirent de sa bouche semblait être destiné à ne jamais avoir de fin, jusqu’à ce qu’elle tombe à genoux. Une chaleur victorieuse l’embrasa tout entier, mais il s’obligea à ne rien laisser paraître.

Relève toi, tu es ridicule, lâcha-t-il finalement, d’un ton absolument neutre.

Ce qui était pire que la froideur dont il avait fait preuve ces dernières semaines. Il se donna quelques secondes pour réfléchir à ce qu’elle venait de lui avouer. Avait-il envie d’une poupée ? Non, dans le cas contraire, il ne l’aurait jamais relâchée au bout d’un mois pour tenter de lui rendre goût à la vie. Il voulait d’une femme en vie, réceptive, capable d’avoir peur de lui mais surtout, de le désirer, de le regarder avec des étoiles dans les yeux. Raphaël ne voulait pas qu’une affiliée, n’importe qui aurait fait l’affaire. Il voulait qu’on le mette sur un piédestal, que l’on prenne soin de son ego, qu’on le valorise. Il en avait assez que tout le monde s’amuse à le défier, que plus personne ne prenne la peine de le respecter. Quand elle aussi s’y était mise, ç’avait été la goutte d’eau.
Evidemment, cela, il n’allait pas le lui dire. Il ne pouvait pas, il se l’avouait déjà mal à lui-même.

Si c’est vraiment ce que tu veux, pourquoi as-tu été tous les voir ? Renan, Abban, Abigaïl… Abban encore, à la limite, je m’en moque. Mais les deux autres, tu n’avais aucun droit de t’immiscer dans mes affaires. Renan m’appartient, il a mon tatouage sur la poitrine, je n’aime pas que vous maniganciez ensemble. Qu’est-ce que vous faites hein ? Vous parlez de moi, vous vous dites « oh qu’il est cruel Raphaël, qu’il est méchant avec nous, qu’il nous traite mal » ? Sa voix était sarcastique. Il jeta une chemise sur le sol, agacé de ne pas trouver celle qui irait avec son pantalon. Il ne la regardait toujours pas. Et avec Abigaïl ? Vous avez partagé vos expériences, voir laquelle s’est mieux fait baiser ? PUTAIN SIOBHAN ! cria-t-il en se retournant enfin vers elle. Il la plaqua sur le sol, la surplombant, ses mains appuyées contre ses épaules. Elle aurait pu te tuer d’une caresse. Elle aurait pu t’obliger à la servir, pour se venger de moi. Et toi tu te jettes dans la gueule du loup. Es-tu si naïve ou seulement suicidaire ? Il enfonça ses ongles dans sa peau. Parce que si tu veux vraiment mourir, je peux… Il s’interrompit.Non. Un murmure. Non, tu ne mourras pas, jamais. Ta vie est à moi, ta mort aussi, et j’ai décidé que tu ne mourras jamais. Il la secoua, en hachant ses mots : Tu. Ne. Peux. Pas. Sor.Tir. Sans. Moi. Personne ne te protègera ! Renan ne sait même pas se protéger lui-même ! Qu’est-ce que je fais, moi, sans toi ? demanda-t-il, hargneux. Sans ton sang ? Descendante indigne.

Ç’aurait presque pu être beau…
Presque.
 
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Message posté : Jeu 30 Juil 2015 - 21:56 Message
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Relève toi, tu es ridicule.

Je relevais les yeux seulement pour regarder son dos d’un air incrédule. Je venais de lui cracher approximativement tout ce que j’avais à dire et il me répondait que j’étais ridicule. Le tout sans même daigner se retourner vers moi. L’agacement m’envahit, vite réprimé. Je pouvais faire avec ça. Et Raphaël me restait supérieur par la puissance. Je ne voulais plus de conflit avec lui, fini de tout ça. Je voulais trouver un équilibre appréciable pour nous deux. Etait-ce si compliqué que cela de faire des concessions ? Pas pour moi. Pour lui, l’exercice était plus compliqué et je pouvais le concevoir. Parce que je savais ce que c’était que d’être coupé de son pouvoir, prisonnière de son propre corps.

Mais il finit par répondre. Je le dévisageais alors qu’il citait les noms de ce que j’avais visités, les uns après les autres. Renan, passe encore. Abigaïl… Je pouvais difficilement prétendre ne pas avoir su qu’il l’apprendrait un jour ou l’autre. En revanche, qu’il sache que je voyais de nouveau Abban me contrariait plus. Kurama ne savait pas tenir sa langue. Quoi que. Il n’était pas censé la tenir, après tout. Il n’était pas mon chien. Je ne savais même pas pourquoi j’avais imaginé que cela ne reviendrait pas à l’oreille de Raphaël. J’en étais là de mes réflexions quand le démon jura, me faisant sursauter avec force, de vieux réflexes encore en place. Autant dire que je n’en menais pas large quand il me renversa sur le sol, me surplombant de toute sa stature, ses mains sur mes épaules. Je fis un geste pour me dégager, avant de réprimer le mouvement.
Tu l’as mérité, assume.
Je réagis à peine quand ses ongles s’enfoncèrent, faisant couler un filet de sang sur ma peau pâle. Je n’osais pas quitter ses yeux tandis qu’il me malmenait, même si ce n’était finalement pas grand-chose en comparaison de ce que j’avais pu connaître entre ses mains.

Je ne…

Je commençais à peine ma phrase qu’il me coupa, me secouant comme une poupée de chiffon en scandant ses mots. Mon regard effrayé se fit suppliant. Et quand il m’en laissa l’occasion, je ne réfléchis pas à deux fois à ce que j’allais dire, les mots se précipitant tant que je dus parfois m’y reprendre :

Je sais me protéger. Je peux le faire. Je ne suis plus celle que tu as trouvée il y a un an. Je suis…

Je retins un petit cri car sa prise sur mon épaule s’était encore accentuée mais je repris aussitôt. J’avais presque du mal à articuler dans ma précipitation. Il fallait qu’il me comprenne.

Tu m’as rendue presque impossible à tuer. Crois-tu qu’Abigaïl aurait pu le faire ? Je ne suis pas si faible que tu le crois.

Ma voix était presque plaintive et je pris sur moi de la raffermir. Je n’étais pas si craintive, enfin. Et j’allais manquer d’impact si je faiblissais de la sorte. Je ne pouvais pas continuer sans au moins le Cartel. Quand à Renan… J’aurais bien crié la vérité, à savoir que le français tentait périodiquement de me pousser à m’émanciper, et que je refusais invariablement, têtue dans ma loyauté. Il m’avait seulement redonné confiance en ces capacités que j’avais haïes pendant un temps, ulcérée par leurs trahisons. Maintenant que j’étais réconciliée avec le poids des serments de Morrigan, je pouvais faire face. Mais je ne le fis pas. Ce n’était pas la chose à dire pour faire avancer les choses. Et c’est avec une allure plus lente que je recommençais à parler. Mes phrases n’avaient ni queue ni tête, du moins en avais-je l’impression.

Je ne mourrais pas. Je suis à toi, je te donne tout, prend tout, sanglotais-je presque, vidée par ce qui n’était qu’un embryon d’explications. Si tu me l’ordonnes, je resterai ici. Je ne sortirai plus. Tu auras eu ce que tu voulais, et je n’ai pas à discuter tes ordres. Je suis à toi, répétais-je. A toi. Pour l’éternité, pour le temps que tu m’accorderas. Ma vie, ma mort, mon âme.

Cela semblait trop beau pour être vrai. Et il y avait un mais. C’est d’une voix étranglée que je finis par poursuivre, immobile sous la domination de Raphaël, presque muée en statue, une proie qui essayait de se faire oublier du prédateur. Plus ou moins.

Mais dans ce cas, je peux prédire notre avenir. Je vais faire ce que tu voudras. Et dans deux mois, trois mois, un an ou deux peut être, tu n’auras plus rien à tes côtés. Un fantôme. Je vais dépérir. A petits feux. Laisse moi au moins mes contrats. Je te laisserai choisir lesquels. Si je vais rencontrer quelqu’un je te le dirais et tu m’accompagneras si tu le juges nécessaire. J’emmènerais Kurama, partout, de mon plein gré.

Une liberté surveillée valait mieux que rien. J’en avais assez de demander des choses que l’Archidémon ne m’accorderait pas. Peut être dans quelques siècles, quand il aurait enfin compris qu’il y avait beaucoup de situations que j’étais capable de gérer. Et après tout un chien infernal pouvait être utile en cas de grabuges, non ? De toute façon, Raphaël n’accepterait pas autre chose qu’une reddition de ma part.

Tu me suffis pour ce qui importe. Mais mon pouvoir a besoin de s’épanouir. J’ai l’impression d’être de nouveau sous le coup du sceau de ma mère. J’ai l’impression d’étouffer, et il y a toute cette magie en moi qui a besoin de s’exprimer.

Je gigotais sous Raphaël, agitée par l’évocation même de ce qui ressemblait à s’y méprendre à l’enfer. J’avais vécu mes dix huit premières années écrasée par le poids d’un sortilège que j’aurais refusé si j’avais pu. Même en sachant le destin qui m’attendait en tant que Gardienne du Sang. Etre brisée en mille morceaux, de la sorte, était par trop douloureux. Et j’avais peine à comprendre l’étendue de l’affliction de l’Archidémon quand j’imaginais que cela ferait bientôt vingt ans qu’il tournait en rond dans un corps d’emprunt, d’abord faible alors qu’il avait été tellement plus puissant. La simple pensée de cette torture faisait remuer une haine irrationnelle pour son père, une haine qui était sûrement en partie la sienne. J’étais tellement baignée dans son aura que je ne serais pas étonnée d’apprendre que certaines de ses émotions s’étaient greffées aux miennes.

Et ça me rend folle. J’ai mal, tellement mal. Les veines brûlantes et le cœur affolé, enfermée là à mourir lentement. Ça me ronge de l’intérieur, malgré toi, malgré Elyon. C’est le pouvoir d’une déesse et il n’a nulle part où aller. Tu m’infliges ce que Bélial t’a fait. Tu vas me tuer plus sûrement que toutes les Abigaïl du monde.

Le murmure sortit avant que je n’y repense. Je me figeais brusquement. C’était quelque chose comme ça. Mais il ne faisait pas bon dire ce genre de vérités. Pourtant, je tirais ma conclusion. Puisque j’avais prononcé ces mots, autant aller au bout de mes idées.

Tu m’empêches d’être ce que je suis. Tu m’empêches de t’être véritablement utile.

C’est ce que j’avais été, avant Elyon, avant les tentatives de meurtres. J’avais été ses yeux et ses oreilles, plus discrète que lui. J’en avais trahi certains pour lui, brisé des serments alors que je me targuais de respecter un honneur désuet concernant la parole donnée, j’avais menti et tué sans rechigner parce qu’il me le demandait. Pour lui. Et puis il m’avait privé de cet exutoire, il m’avait coupée de ma magie. Je ne mettais les mots sur cette sensation qu’aujourd’hui. A croire que j’étais lente. Je volais son couteau à sa ceinture et entaillais mon bras d’un geste vif largement, un peu trop largement

Alors prend la. Prend tout, je n’en veux plus, JE N’EN VEUX PLUS. Je... n’en... peux plus.

La fin fut hachée par un désarroi que je n’avais pas imaginé ressentir. Le démon n’était pas le seul à pouvoir scander ses phrases. Toute cette histoire allait plus loin que je ne l’avais imaginé. Je discernais à peine Raphaël, j’avais l’impression que toutes mes perceptions étaient brouillées, je hurlais dans ma tête et il n’y avait personne pour l’entendre. Derechef, je levais le couteau et m’apprêtais à le planter n’importe où pourvu que je puisse faire sortir cette magie qui ne m’apportait que misère de mes foutues veines. Je ne remarquais pas que mon sang, animé par mon pouvoir, formait un gigantesque sigil autour de nous, ni que l’air commençait à être saturé de nos énergies respectives. Quand deux praticiens pétaient les plombs, ça pouvait être moche. Et avec un Archidémon dans le lot….

 
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Message posté : Jeu 30 Juil 2015 - 23:01 Message
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Tu m’infliges ce que Bélial t’a fait !
Une claque.
Raphaël n’a jamais été pour les remises en question, mais la comparaison avec son père le flatte et le dérange à la fois. Pourtant, c’est efficace. L’air incrédule, il la fixe en train de pleurer, de paniquer, de devenir littéralement folle sous ses bras. Il entend ce qu’elle dit, mais il n’a retenu que cette simple phrase, qui l’a marqué, happé, dégoûté, flatté. Leurs sangs mêlés forment un sigil autour de leurs corps et elle lève un couteau, prête à commettre un acte insensé.
Si elle le plante dans le corps de Nagato, elle risque de tuer Raphaël, de le renvoyer à Dis ou de dissiper son essence, tout dépend de ce que le sceau prévoit, puisqu’il a été incapable de le déchiffrer.
Si elle se suicide, l’archidémon est tout aussi perdu.

Sans hésiter, il lui bloque les bras avec ses ombres tandis que la lame entre à peine dans la chair de son sein. A peine une entaille. Le temps s’arrête, il plonge ses yeux rouges dans les siens, il ouvre la bouche pour dire quelque chose…
Et le sceau disparaît.
Il le sent très clairement s’envoler, il avait été abîmé par son échange sulfureux avec Renan au point de laisser filtrer son pouvoir d’incube. C’est l’Ardeur, c’est lié, mais pas tout à fait. Il sent l’énergie brûlante tournoyer autour de lui et en voyant le regard de sa petite chose se teinter de luxure, il comprend.
Il sourit, carnassier.

Il pourrait la réduire en esclavage, ici, maintenant. La rendre dépendante de sexe, au point qu’elle en soit obsédée de jour comme de nuit, qu’elle le supplie à genoux de la combler, qu’elle soit incapable de supporter le contact d’un vêtement tant sa peau serait en feu, ses nerfs fragiles et sensibles au plus petit souffle. Oui, serait capable de la détruire, ici, maintenant et l’espace d’une seconde, l’idée lui traverse l’esprit… Mais il n’a pas oublié ce qu’elle lui a dit.
La veut-il libre, pleine de vie, d’entrain, respirant le bonheur et donc plus à même de le combler ?
La veut-il esclave, obéissante, comme morte, animée uniquement par ses volontés sulfureuses ?
Pour une autre, il aurait probablement choisit la seconde solution.

Son pouvoir reflua, lentement, entrainant avec lui celui, en surplus, de Siobhan. Ou plutôt, s’en nourrissant, jusqu’à la fatiguer. Après tout, le contre coup de sa magie était toujours un désir insatiable. Alors il le lui prit, la laissant pantelante sur le sol. Il enleva ses mains de ses épaules, les ongles tachés de sang et un peu de chair. Presque tendrement, il la redressa et la tint contre lui, laissant ses doigts courir dans sa chevelure rousse. Sa tête contre sa poitrine, Siobhan pouvait entendre son corps battre, étrangement lentement.

Je veux tout savoir, dit-il calmement. Kurama t’accompagnera dès que tu sors d’ici, tu ne peux pas sortir sans lui. Si tu le fais, même une fois, peu importe la raison, tu ne reverras plus jamais la lumière du jour. J’exige que tu me dises à quel endroit tu te rends, avec qui tu y seras, et que tu me racontes tout ce qui s’y sera passé, dans les moindres détails.

Ses doigts se crispèrent un peu dans sa chevelure. Il n’aimait pas cela. Accepter, faire une concession, se rendre en quelque sorte. Mais n’était-ce pas la meilleure solution ? Il ne voulait pas d’une poupée, il voulait d’une princesse pleine de vie. C’était un risque… Un risque intolérable, son sang était trop précieux et il ne pouvait même pas dire de le conserver quelque part, en avance, au cas où, parce qu’il perdrait nécessairement de sa magie. Il le buvait chaud, à la veine, quotidiennement, pas comme un vulgaire reste congelé au réfrigérateur pour un soir où il aurait les crocs.

Et tu ne reverras plus Abigaïl sans surveillance encore plus étroite. Je n’ai pas confiance en elle. Son pouvoir est délicieux, mais ce n’est pas lui qui me libèrera. Elle est trop ambitieuse et y sacrifierait tout, sans compter qu’elle m’en veut pour ce que je lui ai fait. Déjà que Renan la baise dans son caveau…

Il serra les dents, agacé. Raphaël était possessif, il ne partageait pas ses conquêtes sur le long terme. Celles d’un soir, il les collectionnait, mais s’il prenait la peine de se rappeler d’un prénom…Mieux valait n’être qu’un visage dans la masse. Exigeant, oui, c’était le mot.

C’est ça ou rien.

Il releva son visage du bout de l’index et claqua la langue, réprobateur.

Arrête de pleurer, marmonna-t-il en essuyant ses lames avec son pouce. C’est pas le bon moment. T’es vraiment une incapable, pas fichue de savoir quand verser des larmes. A croire que t’as rien retenu.
 
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