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Gone

 
Message posté : Ven 19 Juin 2015 - 15:44 Message
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    Tout est si fragile. Il y a tant de conflits, de souffrance. On attend que la poussière retombe et on finit par comprendre. La poussière est notre vie. Si le bonheur arrive, ce sentiment insupportable, il faut le saisir quand on peut. On prend ce qu’on peut. Parce qu’on l’a et d’un coup il est parti.
    Joss Whedon, « Astonishing X-Men »


    20 juin 2014 – 9h23

    Wilfrid Basil Yorkes était un grand enthousiaste. Bon, pas très grand peut-être, mais il compensait avec son enthousiasme. Bref. Wilfrid Basil Yorkes est un alchimiste, un passionné. Depuis qu’il a rencontré Vincent Nash, il est obsédé par les plans élémentaires et par tout ce qui s’y associait. Le scientifique avait fait d’immenses progrès dans ses recherches, parce que d’un point de vue alchimique, les plans élémentaires, c’était plutôt vague. Mais ces derniers mois, c’était également un sujet qui déchaînait les passions dans la communauté. La baronne était plus modérée, traditionnelle dans son approche. Les Wilder étaient plus excités mais n’allaient pas plus loin que la théorie. En quittant le cercle des « grands » alchimistes officiels, on trouvait cependant des idées et des pratiques plus poussées. Comme Howard Stoker, un individualiste qui ne reculait devant rien pour mener à bien ses recherches. Wilfrid et lui avaient échangé de longues conversations et s’étaient rapprochés dernièrement. Wilfrid n’aimait pas trop Howard, avant ça, mais la science devait savoir mettre de côté les vaines rancœurs, alors il fit avec. Eh puis son homologue avait des idées fascinantes. Ainsi que des mains productives. Quelques semaines plus tôt, il avait parlé d’un projet concret qui allait révolutionner leurs recherches, mais l’homme s’était fait mystérieux, voyez-vous, il n’allait pas parler à n’importe qui. Son jugement concernant Wilfrid fut le bon, et s’il n’en fut pas de même concernant un alchimiste dragon, Howard savait tout de même reconnaître le talent de Yorkes. Et il n’était pas ingrat. C’est pour cela que quelques heures après avoir débuté ses cruelles expériences sur le sujet Vincent Nash, Stoker avait fait envoyer un flacon contenant le sang du pyromancien.

    Et en ce 20 juin 2014, Wilfrid arrivait au bout d’une expérience particulièrement délicate sur laquelle il avait travaillé toute la nuit… Une expérience qui se terminera fort mal…

    … … …

    7h49

    Les draps n’avaient pas tenus longtemps. Il fallait dire que cette matinée avait mal commencée pour eux. Le réveil de Vincent avait sonné à 7h, pendant une très brève seconde le temps que Jace le coupe avec son pouvoir. Le jeune Légionnaire était après tout bien occupé à réveiller son compagnon en douceur avec ses mains expertes et douces. L’étudiant ronronnait déjà dans son sommeil. Le réveil ne fit qu’achever de le réveiller en lui arrachant un gémissement moins fatigué qu’enthousiaste. Ses lèvres s’étirèrent en sourire avant que ses yeux ne s’ouvrirent et il tourna la tête vers son compagnon qui était en train de lui offrir le plus doux des réveils. Bien évidemment, le muté ne resta pas longtemps immobile et s’empressa de se coller contre son petit ami pour lui faire l’amour. Il adorait quand Jace le réveillait comme ça. Ainsi, une quarantaine de minutes plus tard, les draps étaient tombés et le lit était devenu un véritable nid de gorilles.

    – Désolé mon cœur, on va devoir s’arrêter là…

    Allongé sur Jace, Vincent enchaînait encore les baisers et ses mains n’étaient toujours pas revenues à leur place. Manifestement, son corps était en contradiction avec sa langue… quoique, celle-ci n’était pas non plus très docile. Entre deux baisers, l’étudiant parvint à expliquer :

    – Faut pas que je me fatigue trop, j’ai une longue journée… si seulement il pouvait la passer à arroser le torse de son compagnon de baisers grosse soirée au bar, faut tout préparer… et pourquoi ne pouvait-il pas le faire en gardant la langue entre les lèvres du plus sexy des Légionnaires ? La bosse veut qu’tout l’monde soit sur le pied de guerre…
    – Vincent ! On va être en retard !

    Jason aussi était invoqué sur le front, ce qui expliquait pourquoi il martela plusieurs fois à la porte de ses lapins de colocataires. C’était d’ailleurs un truc qu’il ne faisait jamais. Vince et Jace pouvaient faire tout le bruit qu’ils voulaient, jamais il ne venait les déranger. Holly n’était pas aussi délicate.

    – Noooooooon… gémit le pyromancien musclé entre les pectoraux de son homme.

    Mais il se sépara tout de même du jeune héros.

    Vincent était d’excellente humeur. Ses examens étaient terminés et s’il ne connaissait pas encore les résultats, il les sentait bien. Jace l’avait énormément aidé à réviser, si bien qu’il a presque prit du plaisir à se pointer aux épreuves. Mais là, c’était terminé. Il ne restait plus que la grande soirée du bar à organiser… Mais ça, c’était plus un plaisir qu’autre chose. Et après il y avait les vacances, bon, il faudrait qu’il essaie de se trouver un boulot, parce qu’un bar étudiant, pendant l’été, ce n’était pas très florissant.

    – Ok, rejoins-moi sous la douche et on continue pendant que je me lave et que je me brosse les dents.

    Sexy, mais le pyromancien avait très très envie de son homme. Sans attendre de réponse, le jeune homme se changea en cendres et glissa sous la porte pour aller jusqu’à la salle de bain.

    … … …

    11h38

    – Et voilà !

    Debout au milieu de son garage artisanal, planté dans le quartier résidentiel du Kingston, Wilfrid admirait son œuvre : un nouveau portail. Encore ?! Eh bien oui. Depuis l’accident qui avait envoyé Vincent et Jace dans une autre dimension, le scientifique avait été obsédé par cette invention. Sa théorie était qu’il lui avait manqué un catalyseur afin de concentrer l’échange d’énergie de ce monde à un monde cible. Quoi de mieux qu’un produit issu d’un plan élémentaire pour créer un portail adéquat ? Haha ! Les magiciens n’ont qu’à bien se tenir avec leurs formules et leurs vaudous, ce que Yorkes proposait était infiniment plus efficace en termes de puissance et ô combien moins contraignant… Posé sur sa table de fabrication, une sorte de cube, deux fois plus gros qu’un ballon de basketball, recouvert de circuits émettant une lumière rougeoyante trônait là, à la fois impressionnant et menaçant, devant son créateur, ému presque au point d’en pleurer.

    – Je devrais appeler Vincent… non, autant lui faire la surprise. Oh nom d’un alambic, qu’est-ce que c’est excitant !!! Non, je devrais l’essayer avant… autant ne pas lui donner de faux espoirs…

    Ignorant que le sang qu’il avait utilisé était celui de Vincent, l’alchimiste s’approcha du cube, armé d’une boîte d’allumettes.

    … … …

    11h35

    – Ca ne tiendra jamais…
    – Mais si ! Allez, tire !

    Jason était motivé, il fallait dire qu’il avait participé de près à l’élaboration de la décoration du bar. Pour lui aussi cette soirée était importante, il en avait parlé à son petit cercle d’artistes et espérait qu’ils viendraient nombreux pour lui donner son avis sur ses travaux. Honnêtement, Vincent les trouvait plutôt sympas. Colorés, simples, faciles à comprendre, accessibles… du coup, les critiques artistiques seraient certainement mauvaises… Mais la Boss avait adoré les propositions de Jason. Ca changeait allègrement des décorations traditionnelles et elle savait que cette soirée était importante. Les examens étaient finis et les étudiants allaient en profiter pour faire des excès, elle allait donc évidemment tout faire pour qu’ils les enchaînent ici. Elle était donc d’excellente humeur elle aussi.

    – Et ils se nettoient tes trucs ?
    – Pas vraiment, mais c’est de l’art éphémère. J’compte les prendre en photos avant l’ouverture. Puis demain quand la fête sera fini. C’est pour marquer l’évolution de…
    – J’ai compris.

    Vincent arrivait maintenant à échapper aux discours métaphoriques de Jason avec une relative facilité et en gardant le sourire.

    – Tu verras, ils ne parleront que de ça ce soir.
    – Jusqu’à ce qu’ils ne soient plus en état de parler oui !
    – Ptet, mais ça marquera les esprits… Tu m’passes le scotch ?

    Mais en s’approchant de la table sur laquelle le rouleau de scotch était posé, Vincent eut un malaise. Il se sentit soudainement tout… bizarre. Fiévreux… dans le mauvais sens. Mais jamais il n’avait sentit une chaleur pareille l’envahir de l’intérieur, sauf une nuit… dans une maison de fraternité en feu. Des vertiges arrivèrent et l’empêchèrent de conserver son équilibre. Il tenta de se retenir à la table, mais celle-ci n’était pas très stable, l’étudiant finit donc par tomber dans un vacarme provoqué par la chute simultanée de la table solidaire.

    – Vincent ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Jason ne tarda pas à venir près de son ami. Celui-ci était allongé au sol, incapable de se redresser tant sa tête lui tournait. Les symptômes lui rappelaient vaguement une gueule de bois, mais là, il n’avait pas envie de vomir, juste de brûler. Les autres personnes présentes commencèrent à s’approcher, également inquiètes, mais Vince ne les voyait pas très bien, même au sol, le monde continuait de tourner. Le jeune homme parvint tout de même à marmonner de faibles explications…

    – Y a un truc qui va pas… un truc horrible…
    – Mec, tes yeux !

    Ils étaient incandescents…

    … … …

    Dans le Kingtson, l’œuvre de Yorkes avait mal réagit à son ignition. Au contact de la flamme proposée par l’alchimiste, l’objet s’était brutalement projeté vers l’avant, traversant le garage telle une fusée. La porte n’avait eu aucune chance et se vit ornée d’un joli trou encore fumant en forme de cube. Celui-ci était atterrit un pâté de maison plus loin, sur la route, toujours brillant. Malheureusement, il arriva juste au moment où une voiture passait et le véhicule ne put l’éviter. L’impact brûla immédiatement la partie qui était entrée en contact avec le cube, mais celui-ci n’avait pas bougé d’un pouce. La voiture par contre n’apprécia pas trop le choc et fit une embardée pour se retrouver les roues en l’air dans le jardin des voisins. Pendant ce temps, le cube s’ouvrit, tel un patron, et se déplia sur la route. En son cœur, une sphère enflammée aussi grosse que le cube, semblable à une boule de magma flamboyant se libéra pour flotter dans les airs, à deux mètres au dessus de son « œuf ». L’instant d’après, la sphère cracha quelque chose : une forme sinueuse et en feu qui se tortilla sur le sol pour former une créature : une sorte de lézard, cinq fois plus gros qu’un crocodile. C’était une salamandre. Une créature venue tout droit de la dimension fuzonique, envoyée par hasard par ce portail incontrôlable. La première parmi tant d’autres, jusqu’à ce que le portail se referme. Et elles n’étaient pas pacifiques du tout.



 
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Message posté : Dim 21 Juin 2015 - 10:46 Message
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***

— C’est vraiment ça, que tu veux ?

Les mains dans les poches, Jace observait la pièce. Elle répondait très précisément aux plans qu’il avait établis, quelques mois plus tôt, après avoir recouvert ses esprits, après la Chose. La concevoir avait été rapide : c’était une affaire de l’esprit. La construire, une autre paire de manches. L’adolescent hocha lentement la tête.Puis il se retourna vers son ami.

— T’es sûr que ça te dérange pas ?

L’homme haussa les épaules.

— Dream a promis de faire ça de la manière la plus délicate possible, mais tu sais, y a toujours…
— J’ai dit que ça m’allait. Si c’est pour toi, ça me va.

Il haussa les épaules.

— J’espère juste qu’entre temps…
— Moi aussi. Allez…

L’homme se détourna, quitta la pièce et, en chemin, rencontra un autre Jace.

— On ferme.

Les deux Légionnaires poussèrent la lourde porte, et la seconde lourde porte, et activèrent le mur qui dissimulaient les deux portes, tandis que de l’intérieur, le premier Jace verrouillait par l’esprit des systèmes de sécurité inaccessibles, parce que profondément dissimulées dans les murs. Bien malin celui qui trouverait cette pièce secrète dans les profondeurs de la Tour de la Paix — plus malin encore, ou plus puissant, celui qui parviendrait à l’ouvrir. C’était la panic room parfaite, celle où Jace enfermerait pour toujours l’un de ses corps, afin de ne jamais mourir.

Tandis que Jace et son ami remontaient vers les niveaux supérieurs, à la rencontre de Dream, l’autre Jace, à l’intérieur de la pièce, s’assit en tailleur et inspira profondément. Pendant des mois, il avait poussé ses exercices de concentration et de méditation. Pour survivre à la solitude perpétuelle que cette partie de son esprit lui imposerait. Pour transformer ce corps inactif en instrument utile. Lentement, la chair se décomposa en électricité, l’électricité se mit à tournoyer et le plan était achevé.

Quelques minutes plus tard, Dream effaçait les souvenirs du constructeur, sans savoir précisément elle-même ce qu’elle était en train d’effacer.

Sur la plateforme de décollage de la Tour de la Paix, Thunder était attentif à ses sensations. Rien de différent. Tout se passait bien. Tout fonctionnait. Une étrange mélancolie l’envahit. Cette chambre forte, cette chambre secrète dont la clé reposait dans ses pouvoirs et la connaissance dans son seul esprit, derrière ses cryptages mentaux, cette chambre était l’outil de sa résistance et de sa longévité, l’outil, très probablement, de sa survie à Vincent, à tous ceux qu’il connaissait et qu’il aimait. Dans quarante, dans cinquante ans, dans un siècle, peut-être que l’électricité tournerait toujours là-bas, peut-être qu’il volerait toujours au-dessus de Star City ou d’une autre ville, et eux…

Une voix se fit entendre dans son communicateur. Incident suspect à Kingston. Thunder décolla, s’éleva d’une dizaine de mètres, se transforma en tornade électrique, la tornade fonça à travers le ciel de la ville à près de mille kilomètres heures avant que la foudre ne tombât du ciel, en plein Kingston, par temps clair et dégagé, près d’une sphère enflammée qui crachait des salamandres.

Les yeux trop bleus du mutant parcourent brièvement le paysage. La sphère, le cube déplié, la voiture, la créature qui se faufilait au petit bonheur la chance sur une chaussée trop étrangère, au loin la silhouette familière d’un garage qu’il n’avait vu que de nuit mais dont il se souvenait fort bien. Très vite, il activa son communicateur.

— Thunder à Légion. Exigez la quarantaine de Kingston. Je répète : quarantaine à Kingston. Ceci n’est pas un exercice. Nous avons une brèche dimensionnelle.

Tout pantelant, un petit alchimiste accourut vers Jace.

— C’est, je, en fait, je, c’est, ah, Jace, c’est…
— Désactivez-ça.
— Bien sûr, bien sûr.

Yorkes restait là, les bras ballants, devant le flamboyant produit de son œuvre.

— Je ne suis pas tout à fait encore sûr de comment, mais…

Thunder poussa un soupir.

— Évacuez la zone.
— Quoi ? Ah non, certainement pas. ! C’est l’œuvre de toute une vie et…
— Évacuez. Maintenant.

Le regard surnaturel que le héros posa sur Yorkes convainquit ce dernier qu’entre les brûlures et les électrocutions, le voisinage décidément était devenu bien hostile. Il se décida donc à partir — mais trop loin, et pas exactement pour évacuer. Persuadé que Jace ne ferait bientôt plus attention à lui, il décida de se trouver un bon poste d’observation.

Le jeune Légionnaire, pour sa part, était quelque peu désemparé. Les renforts de la Légion ne tarderaient pas, c’était évident, mais en attendant, la situation pouvait rapidement devenir incontrôlable : l’expérience désastreuse que la ville avait faite du portail vers le Royaume des Rêves était là pour le prouver. Il fallait réagir, et réagir aussi vite que possible. Hélas, il était en dehors de son vaste domaine de compétence.

Deux options s’offraient à lui.
Noctis.
Vincent.

Le premier était un voyageur dimensionnel et peut-être, peut-être saurait-il comment refermer ce truc. Hélas, il n’avait pas exactement son numéro de téléphone. Penser très fort à lui était peut-être une option.

Noctis.

Comment est-ce qu’on pensait fort, au fait ? C’était quoi ce moyen de communication pourri ?

Noctis.

Rien.
Est-ce qu’il devait attendre ?
Est-ce que cet être improbable et imprévisible allait brusquement surgir pour le tirer d’affaires, chevauchant une licorne, avec un blaster à la main ?

Non.
Rien.

Le communicateur de Thunder se connecta aux réseaux téléphoniques.
Et le téléphone de Vincent sonna.

Ce fut ainsi que le jeune Jace Roberts prit sans le savoir une décision dont il ne se remettrait peut-être jamais : celle de sacrifier son compagnon à l’utilité publique.
 
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Message posté : Dim 21 Juin 2015 - 21:58 Message
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    – Ici le portable de Vincent ?

    Il fallait dire que le propriétaire n’était pas trop en état de parler. Les dents serrées, il faisait de son mieux pour ne pas gémir de douleur mais ses veines lui donnaient l’impression d’être sur le point d’éclater, toute. Quelque chose le brûlait de l’intérieur. C’était une sensation particulièrement puissante qu’il n’avait pas ressentie depuis cette horrible nuit en septembre, lorsqu’Elle lui avait fait respirer ces maudites cendres. Ses collègues l’avaient aidé à s’installer sur une banquette où il était plié sur lui-même, luttant contre la douleur. Personne ne savait quoi faire, mais Jason avait décidé d’appeler Jace. Jace saurait ce qu’ils devraient faire. Mais le Légionnaire avait pris les devants.

    – Jace ? C’est Jason. On a un problème avec Vincent…
    – Qu’est-ce qui se passe ?

    Malgré la souffrance qui le tiraillait, Vincent arriva à se demander pourquoi son petit ami l’appelait à un tel moment. Comment aurait-il pu savoir qu’il allait mal ? Quelque chose devait se passer. C’était une certitude presque viscérale. Vince ne pouvait dire quoi, mais il le sentait, cette douleur le lui hurlait. Une douleur forte qui pourrait peut-être s’assimiler à un froid ou à une chaleur extrême diffusée sur l’ensemble de son corps. Mais c’était autre chose… Quelque chose d’inhabituel, qui n’aurait jamais dû arriver. Au téléphone avec Thunder, Jason prit une expression perplexe, ce qui ne l’empêchait pas de hocher la tête, même si son correspondant ne pouvait le voir. L’artiste était également blanc comme un linge, ce qui ne lui allait pas vraiment…


    … … …


    – C’pas une bonne idée, Vince ! T’as vu ton état ? Tu ne peux rien faire pour…
    – Jace a besoin de moi ! répliqua Vincent, indifférent aux protestations de son colocataire.

    Couché à l’arrière de la voiture de ce-dernier, le pyromancien, les yeux toujours écarlates, essayait de rassurer le conducteur, Jason donc, tout en luttant contre la douleur qui continuait de le harceler. Ils se dirigeaient vers le district ouest. Vince n’était pas en état de voler. Et si Jason n’était pas particulièrement rassuré pour lui-même, il s’inquiétait surtout pour Vincent. Cependant, ce dernier s’était montré catégorique, il allait rejoindre Jace quoiqu’il arrive et l’aider. Sans parler du fait que quelque chose lui disait qu’il devait allait là-bas. Cette impression était renforcée par le fait qu’il se sentait un peu mieux à chaque centimètre parcouru en direction de leur destination, mais cela, il s’abstint de l’expliquer à son ami, déjà que Vincent n’arrivait pas à le comprendre lui-même…

    Arrivés à Kingston, les garçons se trouvèrent devant un barrage improvisé par la police. Au loin, on pouvait voir de la fumée s’élever dans le ciel, mais il était impossible de dire d’où elle provenait. Vince se sentait mieux, quoiqu’il avait l’impression d’être dans du coton. Ses gestes étaient maladroits et sa tête lui tournait un peu. La chaleur qui l’envahissait était toujours aussi forte mais elle ne lui faisait pas aussi mal, si bien qu’il parvint à se redresser pour s’asseoir, et même à ouvrir la portière sans l’aide de Jason. C’était beaucoup plus glorieux que tout à l’heure, lorsqu’il avait fallut monter en voiture.

    – La police a l’air sur les nerfs… c’est du sérieux on dirait…
    – Ok…

    Il essayait de reprendre son souffle lorsqu’un petit homme qui l’avait repéré de loin arriva vers lui avec précipitation.

    – Vincent ! Vincent ! Oh que je suis confus…
    – Wilfrid ?

    Wilfrid Basil Yorkes, l’alchimiste qui l’avait bien aidé à en apprendre plus sur l’origine de ses pouvoirs. Vincent l’avait toutefois évité dernièrement. Il fallait dire que son tête à tête avec Howard l’avait un peu refroidi.

    – Qu’est-ce que vous faites ici ?
    – Vincent, je crois que j’ai fait quelque chose d’horrible.

    Il transpirait et avait l’air paniqué… paniqué et excité à la fois. Cela donnait un résultat des plus étranges et un peu flippant. Heureusement, Vince connaissait un peu le phénomène. Jason était un peu moins rassuré par contre, et lui traînait ave des artistes. Ca en disait long.

    – Que…
    – ATTENTION !!!

    Un policier hurla pour les avertir avant de faire un bond sur le côté. Une Salamandre venait de forcer le passage. La grosse bestiole était nappée de flammes et étirait une langue qui semblait composée de lave. Celle-ci tenta d’attraper un policier mais il parvint à esquiver, non sans tomber en arrière et maintenant le monstre s’avançait vers lui. Jason était à la fois hypnotisé et effaré, Wilfrid carrément fasciné. Vincent ne réfléchissait pas, il courait en direction de la scène, esquivant les badauds qui prenaient enfin la fuite et levant une main en direction du gros lézard. Celui-ci se retrouva immobilisé, comme si une force invisible l’empêchait d’avancer. Il parvint tout de même à tourner sa monstrueuse tête vers Vincent. Le pyromancien utilisait ses pouvoirs pour repousser les flammes du monstre. Celles-ci étant attachées à la créature, la salamandre s’en retrouva immobilisée… Juste avant qu’elle envoie sa langue sur Vincent pour attraper son bras levé. L’étudiant sentit une force titanesque le tirer et eut l’impression qu’on allait lui arracher le membre. Heureusement, il eut un bon réflexe. Au lieu de tirer sur son bras, il tira sur ses pouvoirs et fit venir à lui le feu de la créature. Les flammes quittèrent son corps et passèrent par sa langue pour finir absorbées dans le bras du jeune homme. Des veines enflammées commencèrent à se dessiner sur la peau de son bras tandis que la salamandre remuait en poussant des gémissements. Réalisant, sans pouvoir dire comment, que le monstre n’était plus une menace, Ash lâcha la langue qui retourna dans la gueule de la bête qui prit la fuite pour… se jeter dans la sphère en feu…

    – Vince !?

    Le Kansasais se retourna pour faire face à son ami. Le bras tatoué par des veines incandescentes et les yeux assortis, Vincent avait quelque chose d’impressionnant et émettait une aura de puissance.

    – Jason, ne reste pas ici ! Rentre !

    Le concerné hocha la tête et partit, non sans avoir lancé plusieurs regards inquiets à son ami. Il la sentait mal cette histoire… Vince chercha Wilfrid des yeux mais il ne le trouva pas. A la place il se tourna vers l’intérieur du périmètre de sécurité formé par la police afin de trouver…

    – Jace !

    Indifférent aux faibles protestations des agents de police, assez intelligents pour comprendre que le jeune homme était plus efficace qu’eux contre ces monstres, le jeune homme fila vers son petit ami.

 
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Message posté : Lun 22 Juin 2015 - 11:22 Message
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Un policier venait de tourner de l’œil.
Il faut dire que ce n’était pas un spectacle très ragoutant.

Les frissons se dissipèrent. Il avait serré les dents. Et c’était passé. Sa peau s’était recomposée. Jace se promit d’être plus vigilant. Une salamandre l’avait touché par surprise et il avait fallu quelques secondes pour que le derme et l’épiderme de son ventre reprissent leur apparence ordinaire. Sa combinaison, elle, ne s’en était pas remise. Indifférent à la douleur pourtant, le super-héros continuait à s’activer.

Tout bien pesé, la situation n’était pas, selon les critères de Star City, vraiment catastrophiques. L’essentiel du quartier survivait. Aucune dimension extraterrestre ne se proposait d’engloutir la planète. Les immeubles ne s’effondraient pas. Il y avait des monstres dans les rues, certes. Il y avait toujours des monstres dans les rues. Ce que Thunder voyait cependant, c’était la sphère, et les salamandres qui sortaient de la sphère, et même sans son expérience regrettable avec Yorkes, même sans les explications souvent nébuleuses de Noctis, il aurait été capable de comprendre qu’il y avait là un portail, que les portails qui ne se refermaient pas déverser sur des mondes peu faits pour le recevoir des créatures peu faites pour les comprendre, que d’ailleurs, s’il y avait des portails qui s’effondraient sur eux-mêmes, d’autres en revanche grossissaient et engloutissaient et, qu’en somme, il était urgent de fermer une porte si malencontreusement ouverte.

Sauf que lui, il ne savait pas comment. Il n’était pas entièrement inefficace, sans doute. La foudre tombait tout autour de la sphère de feu et les salamandres ne se relevaient pas toujours d’une chaleur si étrangère à la leur et d’une énergie, que leur nature simple ne connaissait pas et supportait mal, que le ciel faisait tomber sur elle avec une violence inouïe. Cependant, Jace avait l’impression, au milieu de l’océan, d’écoper un canot qui prendrait inévitablement l’eau, s’il ne parvenait pas à boucher pour de bon le trou par où la mer montait.

La Légion était en route.
Ce n’était pas sur la Légion que Thunder faisait reposer ses espoirs.

Il savait pourtant confusément ce qui pouvait advenir. Ce portail, c’était celui de Vincent. C’était le monde, le monde de ce qu’il y avait en Vincent de surnaturel, un portail semblable, à n’en pas douter, à celui par où les pouvoirs lui étaient venus. Qu’arriverait-il s’il était ainsi exposé à cette source ? Pour être rentré et resté au cœur d’un réacteur nucléaire, Thunder savait combien ces puissances primordiales, qu’elles fussent artificielles ou naturelles, pouvaient changer radicalement une existence.

C’était un fait.
Il n’y avait pas d’issue.

Jace, sans une hésitation, aurait sacrifié sa vie pour Star City. Pour la moitié de Star City. Pour un quart de la ville. Pour n’importe qui. La vie de Vincent, il ne l’aurait sacrifiée pour rien au monde : c’était ce qu’il aimait croire. Thunder faisait toutefois des calculs différents. C’était à la fois qu’il avait une haute idée de l’héroïsme, à bien des reprises prouvées, de celui qui partageait pour quelques minutes encore son existence, et que son sens du devoir voyait clairement le bien souverain auquel il fallait savoir se soumettre.

La Légion, c’était ça.

La voix de Vincent résonna derrière lui. Pour la première fois depuis qu’il avait approché de la Sphère, Jace sentit le froid nouer ses entrailles. Il se retourna vers son ami, tandis qu’un impressionnant bouclier électrique se déployait et entourait, sorti de nulle part aurait-on cru, l’orbe enflammé qui tournait et tournait encore.

Le costume déchiré, en sueur, une blessure fraîche encore en train de se refermer, Jace se soucia moins de son état que de celui de Vincent. En une fraction de seconde, son esprit passa de la surprise à l’inquiétude, de l’inquiétude à la compréhension et la compréhension à une angoisse nouvelle, plus grande et plus coupable. Les yeux et le bras de Vincent disaient assez combien cette Sphère lui rassemblait.

— On doit refermer ce portail.

Professionnels — c’était les premiers mots qui lui venaient. Le bouclier électrique autour de la Sphère fut agitée par une violente secousse, alors que des salamandres s’élançaient contre lui, étaient projetées à nouveau dans leur dimension et revenaient à la charge. Soudainement, une femme qui devait avoir trente ou trente-cinq ans, toute de bleu vêtue, surgit d’un immeuble voisin. Elle avait voyagé par les canalisations.

Thunder se tourna vers elle.

— Oceania, sécurise le périmètre. Aucune créature ne doit passer. Appelle des renforts si besoin. On s’occupe de la sphère.

Ni pour l’héroïne, ni pour Thunder, la différence d’âge ne parut entamer l’autorité de l’adolescent. Aussitôt le corps de la femme changea, se troubla, jusqu’à devenir une masse d’eau à forme humaine, qui grossit et grossit encore, pour se modeler enfin en élémental gigantesque, dans les bras projetaient de puissants jets d’eau sur les salamandres encore en liberté.

Derrière Vincent et Jace, le bouclier craqua et laissa baisser une nouvelle bête.

Le regard bleu électrique se posa dans l’écarlate.

— Je peux pas te protéger.

Non loin de là, Wilfrid tentait de se faufiler vers son garage.

— Mais tu peux les protéger tous.
 
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Message posté : Lun 22 Juin 2015 - 12:46 Message
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    En voyant l’état dans lequel se trouvait Jace, Vincent se sentit très mal. Presque aussi mal que lorsque ses entrailles l’avaient brûlé au bar. Son regard demeura sur les blessures de Jace avant de se relever pour retrouver celui du Légionnaire. Malgré les flammes qui brûlaient dans ses iris, on voyait l’émotion se peindre dans ses yeux. Il déglutit et détourna le regard pour observer la sphère enflammée qui flottait au loin. Tout en écoutant les paroles de son compagnon, l’étudiant sentait que son corps était attiré par cette sphère, comme si un courant d’air invisible mais particulièrement persistant essayait de le pousser dans cette direction, ou comme s’il s’agissait d’un aimant. Il comprenait que lui seul pouvait faire quelque chose… il le sentait. Ce portail, il le sentait à l’intérieur de lui, comme il sentait les flammes qu’il manipulait. Cependant, il remarqua quelque chose qui pourrait poser problème en dépit du bouclier de Jace ou même des douches offertes par la Légionnaire Oceania.

    – Il grossit !

    Côte à côte, les deux jeunes hommes purent effectivement constater que la boule de feu qui crachait les salamandres était en train de prendre du volume, lentement mais sûrement. Elle était maintenant moitié plus grosse que tout à l’heure. Une taille qui sembla offrir une toute nouvelle dimension aux créatures qui en émergeaient.

    – Oh oh…

    Oui, c’était de circonstance. Non contente de cracher des salamandres, le portail laissa passer une créature encore plus imposante, moins constituée de flammes que d’écailles rouges bien épaisses, de griffes et de cornes. La bête était aussi grosse qu’un camion. Comment avait-elle pu se faufiler par là ? Il était impossible de le dire. En atterrissant, le colosse provoqua une légère secousse sismique. Il ressemblait à une de ces salamandres, en moins enflammé, en bien plus gros et cornu et… apparemment capable de se dresser sur ses pattes arrière avec une aisance effrayante. Vince doutait que le bouclier de Thunder puisse l’arrêter bien longtemps. Enfin il n’en savait rien, le jeune homme n’avait pas l’habitude d’être sur le front avec son compagnon. Et cette situation, en termes de crise, dépassait largement ce qu’ils avaient pu vivre ensemble. On était bien loin de ce hold up qu’ils avaient arrêté en binôme quand Jace était revenu de Sibérie.

    – Tu peux les retenir ? Je vais essayer de fermer ce truc… j’crois que ça fonctionne comme les flammes…

    Cela lui semblait similaire et complètement différent à la fois. C’était une sensation des plus étranges, mais surtout, Vince était incapable d’expliquer les subtilités qui étaient à l’œuvre. Encore moins en ce moment, en pleine urgence. Les actions étant plus efficaces que les mots, il s’avança en direction de la sphère qui continuait à se développer. Les mains tendue en direction de sa cible, Vince laissa son corps et son esprit se concentrer sur ce portail. Son pouvoir entra en contact avec la sphère et entreprit de la faire se résorber, mais c’était extrêmement difficile. Ash avait l’impression d’essayer d’écraser une boule de bowling à mains nues. L’effort était encore plus conséquent que ce qu’il lui fallait pour générer et retenir des explosions, ou même pour utiliser ses capacités d’ignition à distance. Lentement, ses veines écarlates disparurent, montrant ainsi qu’il perdait de la puissance. Il réussit tout de même à rétrécir le portail de quelques centimètres… avant de baisser les bras, essoufflés.

    – J’arrive pas, c’est… ça résiste trop.

    Il avait l’impression que quelqu’un ou quelque chose, de l’autre côté, essayait d’étirer cette brèche, l’empêchant ainsi de la refermer. Mais l’alchimiste du quartier n’était pas aussi pessimiste. Avec ses petites jambes, il quitta son garage pour s’approcher des deux supers, le dos courbé pour essayer de ne pas se faire remarquer par les monstres qui étaient toujours là. Le scientifique tenait une espèce de boîte et de télécommande. Elles ressemblaient un peu au cube qui avait généré la sphère, mais en moins gros. Et en moins brillants.

    – C’est inutile ! Vous n’y arriverez pas ! La connexion est trop complète. Il faut…
    – Vous pensez pas avoir assez fait de dégât comme ça ?! lança le pyromancien de mauvaise humeur.
    – J’ai fait une erreur de calculs, oui. Mais je peux la réparer ! J’ai crée une clé de sécurité, il me faut un peu de temps pour la configurer et… je crois que j’aurais besoin de vous, Vincent.

    Le pyromancien lâcha un soupir de dépit. Il n’avait rien pu faire, peut-être que Wilfrid avait la solution. Il se tourna vers le Légionnaire pour avoir son avis.

    – Qu’est-ce que tu en penses ? Vous allez pouvoir tenir quelques minutes sans moi ?

    Il ne doutait pas de la puissance de Thunder, mais son pouvoir à lui, comme celui d’Oceania, semblaient bien plus efficaces. Malheureusement, ce n’était peut-être pas assez. Apparemment mécontente de s’être faite tripotée, la sphère de feu commença à générer des éclairs rouges particulièrement rapides et puissants qui brûlaient tout ce qu’ils atteignaient. Voilà de quoi mettre le bouclier de Thunder à rude épreuve… sans parler du quartier…

 
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Message posté : Lun 22 Juin 2015 - 18:47 Message
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— Thunder à la Tour. On a besoin de renforts.

Parce que, de fait, la Sphère grossissait. Thunder avait beau ne pas la sentir aussi clairement qu’il l’aurait fait d’une centrale électrique en pleine implosion, d’un réacteur nucléaire sur le point de s’effondrer ou d’une machine en train de se détraquer, il n’avait pas besoin de sens exceptionnels ni d’une intelligence particulièrement affûtée pour comprendre que la situation était dangereuse.

En plus, il y avait des géants cornus.
Franchement, c’était pas de chance.

Machinalement, Thunder leva les yeux vers la silhouette désormais colossale d’Oceania. Les immeubles commençaient à disparaître sous la brume de l’eau qui s’évaporait lorsque les attaques d’Oceania atteignaient leur cible. Les assauts du géant ne tardèrent pas à rompre le bouclier électrique, plus faits pour retenir les projectiles et les assauts plus traditionnels que les créatures fuznoiques et l’élémentale d’eau fondit sur lui.

Comme les tentatives de Vincent sur la Sphère avaient été infructueuses, Jace et lui s’étaient décalés, juste à temps pour être cueillis par Yorkes. Comme à l’ordinaire, les explications de l’alchimiste étaient bien nébuleuses mais, en l’occurrence, les espoirs n’étaient pas trop nombreux et la situation, de plus en plus délicate, exigeait une solution urgente. Jace se tourna vers Vincent, hocha la tête et murmura :

— Approche.

Il fit lui-même un pas en avant, posa une main sur la nuque du pyromancien et l’attira dans un baiser passionné et revigorant — très revigorant, même, à mesure que les pouvoirs médicaux de l’adolescent s’activaient pour restaurer l’énergie de Vincent. Les dons énergisants de Jace avaient fait leur preuve déjà sur le terrain, et sur des physiologies plus atypiques les unes que les autres : il espérait qu’ils fonctionneraient aussi bien sur Vincent, qui à n’en pas douter aller avoir besoin de toutes ses ressources pour supporter Yorkes.

Leurs lèvres se séparèrent et, avec un sourire triste, Jace se détourna de son compagnon. Derrière lui, des jets de flamme s’écrasaient déjà contre d’innombrables boucliers électriques, déployés sur le sol, contre les immeubles, dans les airs. Certains contenaient les dégâts, d’autres, en revanche, ne parvenaient pas à les arrêter. La police avait déjà fait évacuer une partie des immeubles mais d’autres étaient encore habités.

Conscient que ses propres pouvoirs n’étaient pas d’une grande utilité, Jace se choisit une mission plus efficace. Après s’être malgré tout dédoublé, pour garder deux yeux sur le champ de bataille, il s’envola vers l’immeuble le plus proche et, en longeant à toute vitesse la façade, repéra les étages où des formes humaines s’apercevaient encore par la fenêtre.

Plus bas, la terre avait tremblé. Le bitume s’était déformé en un grondement sourd puis le sol s’était boursoufflé, jusqu’à ce qu’une grosse masse s’en détachât. Presque aussitôt, des flammes rouges s’écrasèrent contre la forme à peine humaine qui naissait de l’asphalte mais la créature, après avoir un peu vacillé, tint bon. Le Thunder du champ de bataille s’éleva de deux ou trois mètres dans les airs, pour mieux pouvoir esquiver les flammes.

— Oceania, côté est. Chton, côté ouest. Aucune créature ne passe cette rue. Maintenez le périmètre le plus proche possible de la sphère. Ne quittez vos formes élémentales sous aucun prétexte.

Il n’y eut pas de réponse mais elle était superflue : déjà, un mur de roche s’élevait qui barra bientôt la rue d’un côté et, de l’autre, la forme gigantesque de l’élémentale aqueux absorbait les flammes. Au-dessus de la scène, Thunder lui-même s’était transformé et il avait pris la forme d’un vaste bouclier électrique qui couvrait le dispositif. Des vagues de sable, d’eau et de foudre déferlaient toutes à la fois vers la sphère et les créatures qui tentaient de se frayer un chemin parmi la tourmente élémentaire qu’elles découvraient, toutes, pour la première fois et la dernière fois de leur vie.

Il n’y avait plus d’humanité, dans cette petite portion du quartier de Kingston, là où l’affrontement faisait rage, et le spectacle extraordinaire, pour Star City même, était celui de puissances primordiales, du ciel, des océans et de la terre, qui se heurtaient et se mêlaient les unes aux autres.

Le Thunder qui arpentait les immeubles offrait, lui, un visage beaucoup plus humain aux habitants terrorisés qui ne savaient où trouver refuge. Certains bâtiments avaient déjà pris feu et c’était vers eux que Jace se portait d’abord. Jamais les pompiers ne pourraient accéder à la zone tant que la Sphère ne serait pas contenue et Oceania elle-même aurait été incapable de parer à la fois aux incendies et à leurs adversaires de plus en plus nombreux. Jace organisait donc l’évacuation comme il le pouvait. Fort heureusement, les civils étaient peu nombreux et la police, avec la présence d’esprit qu’elle était forcée d’avoir à Star City, avait accompli déjà une bonne part du travail.

Dehors hélas, les remparts de pierre, de foudre et d’eau tremblaient de plus en plus furieusement.
 
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Message posté : Mar 23 Juin 2015 - 11:55 Message
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    L’énergie gagna le corps de Vincent à travers les lèvres du jeune Légionnaire. La fatigue qui l’avait envahi après sa tentative de clôture de portail s’envola, effrayée par tant de vitalité électrique. Lorsque le baiser-dopage s’arrêta, Vince resta figé une fraction de seconde à observer son petit ami. Une vague d’émotions contradictoires le frappa, l’une d’elle, dominante, était la mélancolie, mais le jeune homme ne savait pas pourquoi elle était là… Pas le temps d’y réfléchir, cependant, il fallait agir. L’étudiant alla donc rejoindre Wilfrid qui trottinait jusqu’à son garage.

    – C’est l’affaire de cinq minutes. J’avais déjà terminé la conception, il ne me restait plus qu’à fignoler les détails. Je sais que je n’aurais pas dû ouvrir le cube fuzonique, mais…
    – C’était plus fort que vous… ne put s’empêcher de faire remarquer Vincent.
    – Eh bien oui. Et puis, un peu d’audace ne peut pas faire de mal à la science. D’autant plus que les travaux de Stoker méritent amplement une réponse digne de ce nom.

    Soudain, le teint de Vincent blanchit et une lueur de panique envahit son regard.

    – Stoker… ?
    – Oui, un collègue alchimiste. Howard Stoker. Un génie à bien des égards. C’est lui qui m’a envoyé le catalyseur en question. J’imagine qu’il a dû trouver un spécimen… MAIS VINCENT QUE FAITES-VOUS ?!

    Le barman venait de prendre Wilfrid par le col pour le plaquer sans ménagement contre le mur du garage. Son visage exprimait un mélange de peur et de colère, et ce fut sur un ton peu rassurant qu’il lança :

    – Qu’est-ce qu’il vous a envoyé ? Qu’est-ce que ce monstre vous a donné ?!
    – Mais… Ce n’était qu’un simple flacon de sang, enfin. Fascinant au passage. Ses propriétés…
    – C’était mon sang ! Ce cinglé vous a donné du sang qu’il a pris en me torturant !
    – Comment ?! Mais… mais…

    Mais WBY ne put se répandre davantage en excuses car un éclair rouge vint frapper le sol juste à l’entrée du garage, déployant au passage un feu affamé qui commença à se propager comme si le terrain était recouvert d’essence. Le pyromancien lâcha aussitôt le scientifique et leva les mains vers ces nouvelles flammes pour les absorber. Un processus qui allait prendre plusieurs longues secondes car la quantité de feu lâchée par l’éclair était impressionnante. Toujours équipé d’une colère qui le collait comme un morceau de scotch, Vincent cria quelque chose à Wilfrid sans se retourner.

    – Dépêchez-vous de bidouiller votre truc !

    L’alchimiste bafouilla quelque chose tout en se mettant au travail. Il ne se remettait toujours pas de ce que Vincent lui avait dit. Peut-être était-il un génie dans son domaine, mais Wilfrid était bien naïf pour le reste. Cependant, cela ne l’empêcha pas d’accomplir sa tâche tandis que Vincent éloignait les flammes du laboratoire improvisé en les absorbant. Jusqu’à ce que quelqu’un vienne les interrompre, une femme mince d’une quarantaine d’années qui avait des cheveux très semblables à ceux de l’alchimiste.

    – Wilfrid ! Espèce d’abruti fini, qu’as-tu fais à mon quartier ?

    Même s’il ne quitta pas son poste, le scientifique commença à transpirer, la peur était palpable, plus encore que lorsque le pyromancien s’était énervé l’instant d’avant.

    – Willa, je suis désolé, mais je te jure que je travaille dessus pour tout réparer.

    Après avoir jeté un regard mauvais à Vincent, Willa s’obstina à s’approcher pour donner une leçon à son abruti de frère.

    – Je te préviens, c’est la dernière fois que…
    – Attention !

    Il n’avait pas fini de s’occuper des flammes du premier éclair qu’un second arriva en direction de la sœur de Wilfrid. Vince l’avait plus senti que vu et s’interposa devant la quadragénaire. Le choc le projeta en arrière et il percuta la femme qui tomba par terre. Lui n’avait rien… du moins… ça irait. Sauf pour son tee-shirt qui était bien brulé, exposant ainsi son torse par endroits. Son corps le démangeait de l’intérieur… Il avait absorbé trop de flammes. L’éclair rouge contenait trop d’énergie pour lui. Cette fois, ses yeux brûlaient tellement qu’on ne distinguait plus ses iris du reste.

    – Willa ! Tu es blessée ?

    Elle survivrait, mais sa cheville avait fait une mauvaise chute.

    – Allez-vous en… trop dangereux…

    Le muté avait du mal à parler. A vrai dire, respirer lui faisait mal et il avait l’impression d’être sur le point d’exploser. D’habitude, il n’absorbait jamais autant de feu. Reprendre celui qu’il générait n’était jamais un problème et il ne croisait pas tant d’incendies que ça dans la rue. Ici, c’était vraiment trop. Et pourtant il se releva, non sans vaciller. Willa, elle, décida enfin de partir tout en maudissant son frère, elle alla rejoindre son mari qui avait essayé de sauver leurs biens les plus précieux et les plus transportables.

    – Vous… Vous allez bien ?
    – Vous avez fini votre clé ?
    – Oui enfin presque, il ne manque plus que quelques mises au point, mais c’est l’affaire de quelques secondes. Et puis… il me faut un catalyseur.
    La respiration lourde, Vince réfléchit avant de s’avouer vaincu, il n’avait pas d’autres alternatives.

    – Vous avez un truc qui coupe ?

    Il n’avait pas le choix. En se coupant la main, Vince dut se battre contre ses pouvoirs pour les empêcher de guérir sa blessure instantanément. Wilfrid fit vite, cependant, et recueilli ce qu’il lui fallait avant de retourner fignoler son espèce de télécommande. Chargée de sang de pyromancien, celle-ci se mit à briller d’un éclat prometteur. Les deux hommes purent donc se remettre en route. Sur le chemin, une salamandre leur tomba dessus pour jouer avec eux, elle était un peu plus petite que les autres. Ash n’eut donc aucun mal à l’envoyer au loin en générant une explosion devant lui. Cela eu également le mérite de diminuer son surplus d’énergie. Arrivés devant la sphère, Vince balaya la rue du regard pour voir comment les choses se présentaient, mais aussi pour trouver Jace. Pendant ce temps, Wilfrid appuya comme un malade sur sa télécommande. L’appareil projeta une onde orangée qui percuta la sphère… sans effet.

    – Oh non… oh nonnonnon…
    – Quoi ? Qu’est-ce que ?

    Mais ils n’avaient pas le temps pour un rapport technique car un cheval à la robe flamboyante traversa le portail pour foncer sur eux. Vincent eut le temps de plaquer l’alchimiste pour l’éloigner de la trajectoire du monstre qui partit à l’assaut d’un mur de pierres.

 
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Message posté : Mar 23 Juin 2015 - 14:13 Message
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Un fort vent d’est s’était levé sur Kingston. Les flammes étaient parfois jetées d’un arbre à un autre, d’un immeuble au suivant, pour le souffle de l’air. Le voile opaque de vapeur d’eau se dissipait petit à petit. Si le mur de pierre et l’immense toile électrique qui enveloppaient étroitement la sphère et contenaient la plupart de ses projections, sans toutefois les enfermer toutes, résistaient apparemment sans faiblir, la silhouette gigantesque d’Oceania devenait de seconde en seconde plus diaphane, à mesure que sa matière était dissipée par la chaleur dans le ciel de Star City.

Un éclair partit du nuage de foudre, frappa le sol derrière Oceania et prit une forme humaine. À l’élémentale, Jace cria :

— Retraite. Va te reposer.

Et ce corps-là se dissipa pour rejoindre le tonnerre sans orage qui couvrait le ciel. Oceania ne protesta pas et elle ne fit pas preuve du zèle excessif qui met en péril les meilleures opérations. Brusquement, la masse d’eau s’effondra et disparut par les bouches d’égouts, le long des trottoirs. Thunder savait que la Légionnaire allait rejoindre l’océan, le plus rapidement possible, et là elle se ressourcerait. Pour revenir plus tard. S’il en était encore temps.

Chton, quoiqu’il fût à sa façon invisible et que jamais son visage n’était encore apparu, ne manqua rien de cette configuration nouvelle et d’autres murailles rocheuses surgirent. Une salamandre s’y heurta, qui tentait de s’enfuir par la brèche créée au départ d’Oceania et, aussitôt, la muraille s’effondra sur elle et l’engloutit dans le sol.

La violence des tornades électriques qui couvraient ces masses terrestres faisait résonner la rue d’un vrombissement assourdissant à côté duquel le bruit des lignes de très haute tension était presque un silence. Depuis quelques secondes, l’autre Thunder avait achevé d’évacuer les bâtiments les plus proches. Rejetés derrière les cordons de sécurité déployés par la police et les pompiers, quelques habitants étaient restés pour regarder le spectacle, à la fois terrifiant et poétique, de ces forces élémentaires ainsi déployées, mais la plupart avait commencé à fuir aussi loin que possible.

Quand une créature fuzonique parvenait à s’échapper de la zone de quarantaine, elle était souvent rattrapée par un destin sinistre. Parfois, c’était un éclair qui venait la foudroyer et la lumière éblouissante forçait les spectateurs, même lointains, à détourner les yeux. D’autres fois, la terre paraissait s’ouvrir d’elle-même et l’être tombait dans une crevasse qui la broyait aussitôt. Il y en avait tout de même qui en réchappaient, soit qu’elles eussent trompé la vigilance surhumaine de l’impalpable Thunder, soit que leur métabolisme, plus résistant qu’un autre, et leur course, plus rapide et habile que celles des simples salamandres, leur eussent permis à la fois de survivre aux éclairs et de sauter de précipice en précipice.

Assez loin de là, à quelques encablures de l’un des petits ports de plaisance, les bourgeois qui astiquaient leurs voiliers assistaient eux-aussi à un phénomène extraordinaire. Ni au large tout à fait, ni près de la rive, l’océan avait grossi mais ce soulèvement n’était pas celui des vagues décumanes : c’était Oceania qui absorbait la force des marées et des eaux, et elle formait là, à une distance calculée des bateaux, un tourbillon qui eût été sinon le cauchemar des marins.

À Kingston, le combat semblait perdu d’avance. Si Thunder aurait pu maintenir son bouclier presque indéfiniment, pendant des jours s’il l’avait fallu, Chton, quelque solide et durable qu’il fût lui-même, n’avait pas les mêmes ressources et, de toute façon, trop de créatures s’échappaient pour ne pas faire ailleurs des dégâts dans la ville. Le reste de la Légion serait bientôt sur le pied de guerre mais Star City était une ville trop vaste, et trop dangereuse, pour permettre à tous les membres de l’organisation de se concentrer sur ce seul et unique problème.

La nouvelle commençait à s’en répandre cependant. On avait cru à un simple incendie. On parlait désormais d’un combat contre un super-vilain — un être mystérieux que les efforts des deux Légionnaires cachaient à la vue. La nature exacte de la chose demeurait inconnue et les médias ne pouvaient pas approcher. On avait installé des caméras pourtant et les chaines de télévision retransmettaient les images spectaculaires de ce curieux combat.

Un éclair vint frapper le sol tout prêt de Wilfrid qui, après avoir échappé de peu à un cheval infernal, lui-même foudroyé la seconde suivante, et puis encore une fois, et une troisième fois, avant d’être violemment transpercé par un pic de pierre jaillit du sol, qui aussitôt se rétracta. La dépouille de l’animal tomba de trois mètres de hauteur, droit dans les bégonias de Willia et, en poussant son dernier soupir, le cheval expira des flammes qui se répandirent dans le jardin.

Jace se tenait cependant devant Vincent et Wilfrid. L’adolescent marqua un temps d’arrêt devant l’apparence de son petit ami — essentiellement parce qu’il n’avait pas conscience de la sienne : ses yeux crépitaient d’un éclat bleuté, tandis que sa chevelure avait disparu, pour laisser la place à des cascades d’étincelles.

Accessoirement, il était nu.
Mais on le devinait plutôt qu’on ne le voyait : son corps était enveloppé d’éclairs constamment en mouvements, qui laissaient parfois deviner sa peau et, le plus souvent, la dissimulait.

— Oceania a dû battre en retraite. Je ne sais pas quand elle reviendra. Chton et moi n’arriverons pas à tout contenir. Il faut fermer ce portail. Si vous n’y arrivez pas maintenant, Chton l’engloutira aussi profondément que possible mais les dégâts pour le manteau terrestre seraient imprévisibles.
 
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Message posté : Mar 23 Juin 2015 - 18:44 Message
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    Partout autour d’eux, on voyait de la fumée et Vincent avait l’impression que le ciel était devenu rouge à cause des flammes qui abondaient. Le jeune homme adorait le feu, il le rassurait, lui donnait une impression de sécurité, renforçait son corps, mais celui qu’il voyait aujourd’hui lui rappelait trop cet horrible incendie en septembre. Il lui rappelait que les flammes étaient cruelles, affamées, dangereuses pour les autres, pour ceux qu’il aimait. Jace arriva dans une forme mi humaine mi électrique. Il était magnifique, le spectacle qu’il offrait était beau et triste à la fois, mais Vince ne savait pas pourquoi il se sentait aussi triste. De toute façon, ce n’était pas ce qui comptait le plus en cet instant.

    – On a un problème. Je ne sais pas ce qui se passe avec l’appareil de…
    – Il est insuffisant ! Le portail est devenu indépendant et il est entré en symbiose avec le plan cible. C’est pour cela qu’il croît.

    Car effectivement, désormais, la sphère était presque aussi grande qu’une maison.

    – Couper la connexion sur notre plan ne suffira pas. Il faut aussi la fermer depuis l’autre côté.
    – J’peux faire ça. J’ai essayé de le faire d’ici tout à l’heure, mais ça ne marchait pas. Si j’utilise mes pouvoirs en même temps que vous votre télécommande, on devrait y arriver, non ?
    – Oui, théoriquement, mais…
    – Et j’aurais le temps de revenir, pas vrai ?
    – Je…

    Pour la première fois, Wilfrid n’affichait pas une émotion provoquée uniquement par son esprit scientifique. L’alchimiste semblait sincèrement attristé.

    – Vincent, c’est impossible. La fermeture doit être complète depuis les deux plans, sans quoi elle sera annulée.

    Le jeune homme ne répondit rien, sa respiration était lourde, et la fumée qui envahissait le quartier n’y était pour rien. Soudain, il avait froid. Très froid. Ses yeux se posèrent sur la rue, sur les maisons. Il ne reviendrait pas. Que trouverait-il de l’autre côté ? Pourrait-il ne serait-ce que survivre ? Dante lui avait assuré qu’aucun être humain ne pouvait survivre dans un plan élémentaire. Son regard s’arrêta sur Jace. Il ne voulait pas mourir, il était trop jeune… il n’avait pas assez vécu… pas assez répété à ce garçon qu’il l’aimait. L’hésitation et la peur s’exprimaient sur son visage. Mais derrière Jace, une maison reçut un éclair rouge qui provoqua une grosse explosion. Les rayons enflammés étaient de plus en plus gros et de plus en plus puissants. La sphère aussi grossissait. Et si elle continuait ? Si elle brûlait tout le quartier ? Toute la ville ? le monde ? Vincent s’en était toujours voulu de ne rien avoir pu faire pour sauver les étudiants pris au piège par les flammes de l’incendie. Il ne voulait pas que cela recommence. C'était à lui de réparer ça. C'était son sang qui avait tout provoqué, il devait faire quelque chose. Ses yeux reprirent leur couleur naturelle, bleue, humaine. Sans réfléchir, le muté s’avança ensuite vers son petit ami et le prit dans les bras. Il lui faisait confiance pour gérer ses éclairs et ne pas l’électrocuter. Vincent voulait juste l’avoir contre lui, le serrer fort, respirer son odeur, apprécier sa chaleur, sa douce et réconfortante chaleur. Il murmura :

    – Je t’aime, mon cœur...

    Et resta encore contre lui pendant une courte seconde avant de l’embrasser avec fougue et désespoir. Habitées par les mêmes pulsions, ses mains caressèrent le corps du Légionnaire, son dos, ses joues, ses bras. La passion se disputait avec la tendresse afin de réclamer ces ultimes moments. Il était indifférent aux regards que pouvaient poser sur lui Wilfrid, la police, les pompiers ou les quelques badauds assez stupides ou courageux pour être encore là. Ce fut un long baiser, le plus long que Vincent pouvait donner. Il le maintint aussi longtemps que possible, jusqu’à ce que le souffle lui manque trop. Puis il s’écarta pour regarder Jace dans les yeux… et sa peau devint grise alors qu’il se changeait en cendres. Lorsque la transformation fut complète, il se propulsa à toute vitesse en direction du portail, brûlant et déchirant ses vêtements au passage, et il entra dans la sphère… Pour se retrouver de l’autre côté.

    Là, ce n’était pas une sphère qui servait de portail, mais un disque du même diamètre et horizontal au niveau du sol, cela ressemblait à un tourbillon qui absorbait le feu environnant pour l’envoyer sur Terre. Or, du feu, il y en avait en abondance ici. Le sol, le ciel, l’air lui-même était saturé de courants enflammés qui caressaient les cendres de Vincent. Ce dernier décida de ne pas y faire attention et se concentra. Volant au dessus du portail, il chercha un endroit où reprendre forme humaine. Au bord du portail, il vit une espèce de corniche en pierre… ou une matière similaire. Le nuage de cendres s’y précipita et il reprit forme humaine. Son corps tout entier devint incandescent, tracé par des veines rougeoyantes, le muté sentait la puissance l’envahir, une puissance similaire à celle qu’il avait ressentie lorsque la Lampade avait pratiqué son expérience sur lui. Mais il ignora ces sensations et se concentra sur le portail car celui-ci continuait de laisser passer des créatures qui couraient jusque là, attirées comme des mouches à une lumière. Au loin, il vit même une forme gigantesque, tellement grosse qu’il avait l’impression qu’une montagne était en train de se déplacer… d’avancer dans sa direction. Il était hors de question de laisser un tel monstre passer de l’autre côté. Ash tendit alors les mains et concentra son pouvoir sur les bords du disque portail. Encore une fois, il avait du mal à le refermer et sentait que quelque chose bloquait de l’autre côté… et même ici, c’était comme si les flammes omniprésentes refusaient de laisser la brèche se refermer, mais Vincent insista, d’autant plus qu’il bénéficiait de réserves d’énergie quasiment illimitées. Au prix d’un effort surhumain, il parvint à réduire le diamètre de moitié. Dans le monde réel, Wilfrid matraquait sa télécommande pointée en direction de la sphère qui elle aussi perdait du volume. Lentement mais sûrement, le portail se referma… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Le disque avait laissé place à un désert de sable rouge. La sphère n’était plus là, seul le patron du cube qui l’avait relâchée gisait encore. Fumant. Epuisé, Vincent tomba à genoux.

    Il avait du mal à respirer, sa bouche, sa gorge, ses poumons lui faisaient mal. Son corps aussi. Des os à la peau en passant par les muscles, tout lui brûlait et lui fournissait une énergie beaucoup trop grande pour lui. L’éclair de feu qu’il avait absorbé n’était rien comparé à une simple inspiration ici. Le jeune homme se débattait de son mieux contre la douleur, ses yeux brûlaient plus que jamais, les veines qui parcouraient son corps donnaient l’impression de transporter de la lave et ses cheveux semblaient brûler eux aussi. Il aurait voulu pleuré, mais en était incapable. En ce monde, les larmes n’avaient pas le temps de se former. Tout ce qu’il pouvait faire était gémir sous les morsures de cette douleur jusqu’à ce qu’elle ait raison de lui.

    Ou plutôt jusqu’à ce qu’elle brûle son humanité…

 
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Message posté : Mar 23 Juin 2015 - 19:57 Message
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— Ils vont devoir déblayer la rue.
— Ça va, ils peuvent bien attendre cinq minutes.
— Ça fait trois heures qu’on est là.

Assis sur un bloc de pierre, le jeune homme poussa un long soupir.

— J’ai faim.

Sa voisine le foudroya du regard.
Métaphoriquement.

— Quoi ? J’ai faim, j’ai faim.

Plus bas, il marmonna :

— J’y peux rien.

Oceania reporta son regard sur l’adolescent blond. Vêtu d’un tee-shirt un peu trop grand pour lui, frappé du logo des pompiers de Star City, et d’un pantalon de jogging à l’avenant, les mains dans les poches, il fixait un immense disque noir sur le sol carbonisé.

— Il est passé où, le petit excité ?
— Wilfred ? Alfrid ? Quelque chose comme ça ? À l’hosto. Il a été évacué en premier, il arrêtait pas de crier et de se débattre quand le machin s’est refermé.
— D’accord.

Une nouvelle bourrasque de vent agita les cheveux de Jace. Des cendres traversèrent la rue.

— Pourquoi il ne crie pas, lui ?
— Qui ? Jace ?

Chton haussa les épaules.

— Viens.

Oceania descendit du bloc de pierre.

— On va lui parler.

Elle se mit en marche, mais pas très vite, pour rejoindre l’ancien Alpha. Chton eut amplement le temps de la rattraper.

— Arrête, ça va pas.

Le jeune homme était paniqué, de toute évidence, à l’idée d’adresser la parole au héros.

— Qu’est-ce que tu veux aller lui dire ? T’as vu comment il a paluché ce mec ? Si tu lui présentes tes condoléances, ça va lui faire une belle jambe. Dix contre un qu’on finira électrocutés.
— Oliver ?
— Quoi ?
— Ta gueule.

Chton se renfrogna. Ils vinrent finalement se poster à gauche et à droite de Jace. Devant eux, la rue s’étendait, avec ses armes renversées, ses souches charbonneuses, ses jardins inondés et boueux, ses chaussées défoncées, ses cadavres de salamandre, que les agents de l’UNISON n’avaient pas encore fini de tous collecter.

— Jace, euh…

Le ventre d’Oliver gargouilla très fort. Ses joues s’empourprèrent. Oceania se racla la gorge.

— Oliver et moi, on est… On est désolés. Pour, euh…
— Vincent.
— Vincent.

Un silence pesant s’installa.

— C’était qui ?
— Hmm ?

Jace releva les yeux, comme si son esprit distrait avait été absorbé par quelque réflexion hasardeuse et qu’il venait seulement de se rendre compte qu’on lui parlait. Chton le fixa un moment, hésita puis répéta :

— Vincent, c’était qui ?
— Ah.

Jace détourna le regard.

— Mon…

Il chercha un moment le mot.

Le pouce de sa main gauche caressait machinalement son annulaire.

Il y eut une nouvelle bourrasque de vent et Oceania toussa.

— Époux. Mon époux.

Après un nouveau silence, Oceania tenta :

— On devrait rentrer à la Tour de la Paix. De toute façon, les engins de chantier vont arriver et puis l’UNISON va collecter les échantillons, tout ça.
— Et puis Oliver a faim.
— Non. Non. Pas du tout. On s’en fout.

Ils étaient assis dans le salon des Finch, quelque part dans les étages supérieurs de la Tour, et Oliver essayait de manger les biscuits apportés par Harper le plus discrètement possible, tandis que Jace, lui, assis dans un fauteuil, fixait les silhouettes innombrables des immeubles par-delà la baie vitrée.

— Si tu veux…

Harper se pencha pour tenter de trouver le regard de Jace.

— Si tu veux, on pourra dire quelque chose à ses funérailles. Dire combien il a été brave. Comment il a sauvé la ville.
— Ses funérailles ?

Jace détourna le regard du paysage.

— Enfin, si tu veux, bien sûr.

L’adolescent blond fixa Harper quelques instants sans rien dire puis d’une voix calme, et douce, et triste, il dit :

— Quand j’avais cinq ou six ans, mon père m’a raconté une histoire sur toi. Il m’a dit qu’un sous-marin soviétique en piètre état avait touché le fond dans la mer du Nord. Tu es allée au sous-marin et l’océan l’a soulevé lentement jusqu’à la surface, puis les vagues l’ont porté jusqu’à la côte la plus proche et aucun des hommes de l’équipage n’est mort. Mais l’effort était si considérable, et tu étais jeune encore à l’époque, que la fatigue a failli te tuer. Tu as sombré, si l’on peut dire, tu étais sous ta forme élémentaire et tu t’es dissipée dans l’océan et on ne t’a plus vu pendant des mois et des mois, jusqu’à ce que ton corps échoue sur les rives néerlandaises.

Jace se mit une nouvelle fois à observer la ville. Après un long silence, d’une voix navrée, Harper murmura :

— Tu crois qu’il est toujours en vie…

Oliver avait arrêté de manger.

— Tu ne peux pas faire ça. Croire que c’est possible. Qu’il reviendra. Alors que le portail est fermé. Tu ne peux pas attendre toujours. Je sais que tu n’as probablement pas envie d’entendre ça, pas maintenant mais… Tu connais Vera. Son fils a disparu pendant Terminus et elle attend toujours, mais elle n’est plus sortie de chez elle et… L’espoir c’est bien mais ce n’est pas toujours vrai.
— Vas-y Harper, qu’est-ce que t’en sais ?
— Te mêle pas de ça, Oliver.
— Non mais sérieux, il a raison, on est bien placés, tous, ici, pour savoir comment c’est de vivre sous ces formes-là.
— Tu comprendras quand tu seras plus vieux.
— J’ai pas dix ans. Je comprends très bien maintenant.
— On devrait travailler ensemble.

Olivier et Harper se turent brusquement et fixèrent des yeux ronds sur Jace. Imperturbable, l’adolescent répéta :

— On s’est bien débrouillé, aujourd’hui, ensemble. On devrait continuer comme ça.
— Euh…
— Jace.

Oceania se leva pour poser une main sur l’épaule de l’adolescent.

— Tu devrais peut-être parler à quelqu’un. La Légion, tu sais, on a des psychologues.
— Harper a raison. Tu devrais être en train de pleurer.

Harper foudroya Oliver du regard.
Métaphoriquement.
Encore.

Un sourire triste passa sur les lèvres de Thunder.

— Je pleure déjà.

Dans le regard que Chton adressa à Oceania, on pouvait comprendre qu’il craignait pour l’état mental de leur ami.

— Mais pas par ces yeux-là.

Car il pleurait, des étages et des étages en contrebas, dans sa forteresse impénétrable, sous le sol de sa ville, par les yeux de son corps qui ne devait jamais mourir, et il pleurait, à quelques kilomètres de là, des larmes lentes et silencieuses, par les yeux qui observaient Yorkes en train de cuver ses sédatifs, et il pleurait, par des millions et des millions d’infimes étincelles, alors qu’il voyageait à travers les réseaux électriques du monde entier, après avoir moissonné bien trop d’informations pour un esprit même aussi puissant que le sien, alors qu’il se transportait dans les bureaux et les retraites des plus grands et plus sulfureux spécialistes, il pleurait, dans le crépitement du ciel d’orage, ce jour-là au-dessus de Kingston, tandis que les agents de l’UNISON, qui avaient revêtu pour l’occasion leurs imperméables jaunes, classaient les morceaux de salamandre et qu’un jeune Français, le badge à la ceinture, avait pris seul en charge l’inventaire du garage de Yorkes, il pleurait, alors que Noctis débarquait essoufflé d’une Terre parallèle, où un autre Jace avait retenu un autre Vincent, et où le monde dormait sous un épais tapis de cendres, il pleurait, alors qu’Andrew serrait Jason dans ses bras, après avoir appelé Holly, et il pleurait comme il avait appris à le faire, avec des larmes intérieures et secrètes, qui conservaient son visage impassible, mais secouaient son cœur et ses nerfs.

Dans le silence de l’appartement des Finch, après un long, long moment, Oliver Black hasarda :

— On devra se trouver un nom.

Jace hocha lentement la tête.

— Nous sommes les Phénix.

***

 
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