Et le ciel regardait la carcasse superbe comme une fleur s'épanouir. [Dante] Bouton_vote_off
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Et le ciel regardait la carcasse superbe comme une fleur s'épanouir. [Dante]

 
Message posté : Mer 17 Juin 2015 - 20:21 Message
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C'était une belle journée. Le genre de journées où une nécromancienne évitait de mettre les pieds dehors. Mais certaines personnes méritaient que l'on fasse quelques petits efforts pour se rapprocher d'elles. Bien entendu, Abigaïl Faust ne sortait pas en cet après-midi pour s'en aller traquer un quelconque amant ou pour tenter d'ajouter un individu à ses choses. C'était bien plus compliqué que cela, bien plus important et futile par certains aspects. Mais il fallait toutefois un individu exceptionnel pour faire sortir un animal aussi nocturne que Lady Death de son repère alors que le soleil était encore dans le ciel.

Avec sa complexion pâle à la limite du livide, elle avait optée pour une robe noire, des gants noirs et un chapeau noir qui la protégeait des terribles rayons. Il n'y avait rien de plus ridicule que de voir une mage de la mort avec un coup de soleil. Elle se tint un instant devant la boutique, observant calmement la devanture depuis l'autre trottoir, un sac, noir bien évidemment, suspendu à son bras. Pour certains passants, elle était une excentrique, une autre folle, probablement gothique et dépressive qui aimait se faire culbuter dans les cimetières quand elle n'était pas en train de sacrifier des nouveaux nés au diable. Abigaïl était plutôt convaincue que c'était au Malin de sacrifier des bébés en son nom, mais les opinions divergeaient sur ce point.

Quoiqu'il en soit, elle avait enfin retrouvé la trace de Dante Visconti. Notamment en discutant longuement avec Anton. Ce dernier semblait presque décidé à se repentir de ses crimes. Mais elle savait très bien qu'il avait tout ce qu'il avait fait par instinct de survie et aussi par amour. Un amour détraqué comme seul un jumeau nécromancien transformé en horreur était capable de concevoir, mais par amour pour sa soeur tout de même. Elle avait mal digérée toutefois que Dante Visconti, le terrible mage-dragon, n'ait rien tenté quand son frère avait usurpé. Mais la nécromancienne était raisonnable et elle avait compris qu'il n'aurait rien pu faire de toute façon, mis à part calciner son enveloppe charnelle. Ce qui finalement, n'était pas une bonne chose.

Un homme se mit un moment en tête de l'aborder, mais il passa son chemin. Une sensation de froid malsaine s'était glissée sous sa peau quand il avait tenté d'approcher la jeune femme. Un fantôme marchait sur les talons d'Abigaïl, comme toujours. C'était une chose que les vivants avaient du mal à apprécier, même s'ils ne le comprenaient pas pour autant. Abigaïl ne comptait pas Dante Visconti comme l'un de ses ennemis, mais elle n'était pas folle au point de se présenter face à lui sans défense. Surtout sur son territoire.

Sans plus attendre, elle se décida à franchir la rue et à entrer dans le magasin. L'odeur des différentes plantes monta à ses narines. C'était agréable. Peut-être qu'elle trouverait ici quelques spécimens qui pourraient pimenter un peu certaines de ses soirées et expérimentations. Elle ne parlait pas d'un vulgaire psychotrope, mais plutôt de plantes à haut potentiel nécromantique. Cela pourrait l'aider à avancer dans l'un de ses projets. Après tout, il y avait une chose qu'Abigaïl faisait mieux que tout, c'était créer des monstres.

L'endroit était charmant, mais aurait-elle pu en douter après avoir contemplé quel individu raffiné était le propriétaire ? Elle s'était longuement renseignée sur l'endroit avant de venir ici. Plusieurs fantômes s'étaient postés en sentinelles invisibles et intangibles devant un tel lieu. D'ailleurs cela ne la surprendrait pas si l'homme faisait quelque remarque sur cet espionnage morbide. Abigaïl chercha des yeux l'homme qui l'avait accompagnée en Europe. Elle espérait pouvoir en faire à nouveau un allié de poids. Mais surtout, elle aurait besoin de quelques conseils sur les démons... Il avait les grimoires de démonologie de son grand-père. Avec de la chance, il aurait l'équivalent d'une pilule du lendemain contre les présences infernales qui entachaient la nécromancienne.

 
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Message posté : Jeu 18 Juin 2015 - 0:31 Message
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Une femme toute vêtue de noir et de deuil, et souffrant d'une préoccupante déficience en vitamine D, pénétra le Jardin du Dragon comme autrefois Ève fut chassée du paradis. L'après-midi, plutôt calme, et surtout ensoleillée, avait traîné les clients ordinaires ailleurs, loin de la boutique – dans les parcs, près du lac, à la plage, etc. La porte qui s'était refermée sur Abigaïl avait tinté – comme il l'aimait, ce bruit qui lui rappelait le tintement des pièces d'or qu'on verse dans un coffre de bois ! – mais Dante avait d'aussi loin que l'arrière-boutique perçu l'arrivée d'un client sans avoir besoin d'entendre aucun son particulier.

Peut-être malgré elle – ou lui, après tout – ce client traînait l'odeur d'une influence démoniaque, que le magicien connaissait assez bien désormais et qu'il avait appris à distinguer. Cette intrusion n'était pas de nature à l'inquiéter, mais tout juste à l'étonner comme à l'intéresser : c'était bien la première fois qu'un illustre inconnu ayant des liens ténus avec les démons se présentait en sa boutique. Certains de ses clients trempaient dans ces histoires-là, bien sûr, ils étaient si rares... et ne revenaient jamais là quand les démons refermaient sur eux leur emprise diabolique. Mais en vérité, moins que ces détails, c'était la nouveauté du phénomène qui fit revenir Dante dans la salle principale de son échoppe précipitamment.

Il y découvrit Leo qui procédait à un brin de rangement mais ignora ses sollicitations, d'un geste princier d'ailleurs il lui intima l'ordre de ne point l'importuner. Sans s'interrompre, il s'était avancé jusqu'à cette personne qu'il reconnut presque aussitôt tant il n'y avait que l'héritière de la lignée des Faust pour s'habiller de la sorte à Star City. De même les traits de son visage n'avaient guère varié d'un pouce ou d'un poil depuis leur dernière rencontre.  « Nous nous retrouvons enfin, Abigaïl. » Ce dernier mot ne laissait aucun doute sur les pensées d'un Dante qui ignorait tout du retour à la vie de la sœur qui avait, à l'époque, cédé la place à son jumeau, cette horreur que Dante avait affronté dans les ruines d'un château de Bavière.

Il se souvenait sans peine de cet événement. L'aventure, tragique à bien des égards, avaient conduit le jeune homme à faire de bien sinistres découvertes, ainsi qu'à s'approprier des objets et des trésors d'une grande valeur. La bibliothèque d'Anton Faust, par exemple ! Tous ces ouvrages en matière de démonologie que Dante conservait avec la préciosité qu'on réserve d'ordinaire aux reliques. Quoique sa collaboration avec la nécromancienne, puis très brièvement son frère, fût atypique, il en gardait un souvenir excellent et se rappelait volontiers de la promesse qu'ils se firent sur le charnier qu'une lutte à mort avait répandu sur Falkenberg.

Revoir donc Abigaïl ici, dans sa boutique, n'était pas de nature à l'inquiéter. Il connaissait et admirait même les talents qu'elle maîtrisait en matière de nécromancie. Était-elle ici pour faire quelques achats ? Il s'empressa de la questionner mais ne comptait pas vraiment lui laisser l'heur de répondre. Il se préoccupait davantage de cette aura démoniaque qu'il percevait tout autour d'elle et qui ne devait rien à la noirceur de ses vêtements. « Votre présence en ces lieux m'honore et me flatte, mais je suis peut-être et avant tout surpris. » Pour de multiples raisons qui demanderaient chacune à être explicitée, mais le temps se chargerait pour lui de les décliner. Précipiter les choses étaient inutiles, et le plus urgent n'était pas toujours là où l'évidence l'indiquait.

 « Je demanderais volontiers quel bon vent vous amène, mais je devine qu'il s'agit d'un vent mortel... » Un sourire en coin se fit jour sur son visage, l'illuminant d'une jubilation secrète. « Est-ce en lien avec cette aura démoniaque que je perçois tout autour de vous ? » Il avait opté pour l'approche directe. Toujours convaincu de s'adresser au frère, au Dévoreur, il lui donnait néanmoins du féminin et de l'Abigaïl par pure respect des apparences. Il était loin de se douter qu'Anton n'était pas face à lui.

Quand il apprendrait que la nécromancienne avait repris possession de son propre corps et rétabli l'empire qu'elle étendait sur sa vie... l'opinion que Dante nourrissait à son égard connaîtrait un séisme terrible.
 
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Message posté : Jeu 18 Juin 2015 - 15:22 Message
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Abigaïl se fendit un sourire en voyant arriver Dante Visconti. Toujours aussi jeune, toujours aussi fringuant. On aurait presque cru voir un enfant, mais ce n’était qu’une façade car la nécromancienne savait quel fastueux pouvoir se cachait derrière ce minois si tranquille. Il lui évoquerait presque une plante carnivore, attirant des insectes innocents de par ses couleurs vives pour ensuite les laisser se faire digérer en son sein. Mais de telles apparences ne la leurraient pas elle. Dante Visconti était le mage dragon et elle l’avait vu performer suffisamment de miracles et de sortilèges versatiles pour savoir quelle était sa puissance. Et on n’acquérait pas une telle puissance en restant aussi jeune, surtout quand on avait déjà vécu au moins une vie, comme elle le savait déjà. Heureusement que cet homme ne s’était pas lancé dans l’étude de la Nécromancie, Abigaïl aurait dû faire face à une sérieuse compétition dans le domaine.
 
« C’est un plaisir de vous revoir Dante. Trop de temps s’est écoulé depuis notre dernière rencontre, j’en ai bien peur. »
 
Ainsi donc, il croyait toujours avoir affaire à Anton. Elle savait tout du pacte qu’il avait passé avec son frère jumeau, du cadavre du Dévoreur qui devait toujours se trouver entre ses mains ainsi que de leur pacte de non-agression. Même si elle appréciait la compagnie du jeune homme et sa distinction, la nécromancienne savait aussi qu’elle se présentait là presqu’en position de faiblesse. Elle avait beaucoup de choses à demander à Dante Visconti et peut-être pas assez à lui offrir. Ce qui en l’empêchait pas d’hésiter à se faire passer pour son frère, tout comme il avait lui-même essayé de tromper Rosamund. Anton avait été un esprit masculin, malgré toutes les mutations qu’il avait subi dans l’Abysse et son allure dans le corps de sa sœur en avait été impactée. Elle aurait cru que sa féminité n’aurait pas été fanée au point que le mage-dragon croit qu’un homme l’habitait encore. Mais peut-être voyait-il son frère jumeau comme un dandy efféminé ? Voilà qui n’aurait pas plu à l’ancien Dévoreur.
 
« Pourquoi seriez-vous surpris ? Après tout c’est un commerce fleurissant que vous semblez avoir là. » Elle embrassa du regard toutes les merveilles que le Jardin du Dragon proposait. Il y avait de quoi se lancer corps et âmes dans la sorcellerie, que ce soit en utilisant des herbes ou des objets plus originaux, elle en était certaine. « Quel meilleur endroit pour venir acheter quelques consommables pour mes propres recettes ? » Les dites recettes n’auraient jamais donné un repas digne de ce nom, pas un que quiconque aurait voulu goûter en tout cas.
 
Mais le mage-dragon n’était pas dupe, ou tout du moins Abigaïl ne le pensait pas. Un Faust avait toujours une idée en tête et faisait rarement les choses inutilement. Le sourire de la nécromancienne se maintint quand il fit un commentaire sur l’aura démoniaque qui l’entourait. Apparemment il n’avait pas récupéré les livres d’Anton uniquement pour la décoration, mais avait sagement appris ses leçons. L’utérus d’Abigaïl était entaché d’une corruption infernale et c’était un miracle qu’il ne fut pas déjà doté de crocs ou de tentacules et ne se soit mis en recherche de chair humaine. Sam, l’esprit qui veillait sur elle, avait trouvé un moyen de repousser un instant les besoins et désirs d’une telle souillure de l’âme. Mais cela ne pouvait être que temporaire.
 
« Plusieurs choses m’amènent à vous en effet. » Elle lança un bref coup d’œil autour d’elle, pour vérifier qu’il n’y ait pas d’oreilles indiscrètes. Est-ce que la paranoïa grandissante qu’elle ressentait était due à son infection ? Elle en doutait… Mais comme elle le clamait, on ne pouvait monter les échelons de la société mystique sans se faire des ennemis. L’endroit manquait cruellement de cadavres pour qu’elle soit parfaitement à l’aise. « La corruption qui se love dans mon intimité est un cadeau empoisonné de l’un de mes amants et j’aurais aimé m’en débarrasser, ou tout du moins avoir votre opinion sur la chose. Après tout, vous êtes l’heureux propriétaire des livres de mon frère qui parlent de la chose. » Elle afficha un large sourire, guettant la réaction de son interlocuteur.
 
« Je ne suis pas Anton, contrairement à ce que vous sembliez croire. C’est une longue histoire et beaucoup de choses se sont passés depuis notre dernière rencontre. » Elle avait été enfermée dans une dimension illusoire, une vie sans nécromancie, sans mort, où elle avait dû assassiner son enfant fictif pour s’en échapper. Tout ça pour être faite prisonnière dans le manoir de Spectrebois, un autre monde qu’elle avait créée avec Anton, des années plus tôt. C’était comme des poupées russes et elle aurait pu sombrer dans le désespoir sans l’intervention de Rosamund Richter et bien entendu de sa cour. Car Abigaïl était une princesse ! Ou plutôt une duchesse. Cela faisait-il de Dante le dragon qui la maintenant prisonnière, lui infligeant ses sévices reptiliens en attendant la venue d’un preux chevalier ?
 
« Ce qui m’amène d’ailleurs à une seconde requête. » Qu’il allait sûrement beaucoup moins apprécier. « Je sais que vous avez récupéré le corps du Dévoreur. J’aurais aimé savoir si vous aviez encore l’utilité des os d’Anton ? » Les ossements de son frère avaient été utilisés pour créer son corps physique à Falkenberg. Au milieu de la chair faite de nécroplasme se trouvait un squelette bien humain lui. En grande partie abîmé d’ailleurs, par les flammes de l’incendie qui ôtèrent la vie du jumeau de la nécromancienne. Mais la pénitence d’Anton avait suffisamment durée et elle avait de grands projets pour son frère jumeau. Ce qui impliquait qu’elle récupère ses ossements, ou tout du moins ce qu’il en restait.  « Bien entendu je ne m’attends pas à ce que vous me les cédiez gracieusement, je compte respecter l’accord que vous aviez avec mon frère. »
 
Mais elle avait besoin de ces os. Car ils étaient un élément clef pour un sortilège qu’elle n’avait jamais tenté, mais qui lui avait été murmuré par la Duchesse du Crépuscule. Un rituel terrible, bien plus élaboré qu’une simple zombification, qu’une animation des morts. Cela tiendrais plus des sacres de déterrement, d’un retour de l’effroi. Car l’objectif d’Abigaïl était de ressusciter Anton. Pas le Dévoreur, pas l’horreur qu’il était devenu. Mais le frère qu’il avait été.
 
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Message posté : Jeu 18 Juin 2015 - 19:56 Message
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 « Le temps passe, oui, mais il semble épargner votre beauté. » Elle ne serait sans doute dupe ni de son sourire ni de ce trait veule et flatteur, mais il n'avait résisté à l'envie de lui faire goûter les plaisirs d'une gentillesse, même calculée, puisqu'il devinait avec facilité qu'une personne de la stature de la nécromancienne serait plus entourée d'ennemis que d'amis à Star City – comme ailleurs, peut-être. La magie de la Mort n'était pas tout à fait compatible avec les exigences de la popularité. Encore qu'il y aurait probablement, à l'heure d'internet, bien quelques jeunes désœuvrés qui lui consacreraient peut-être un site internet et des réunions de grenier, si d'aventure ils venaient à entendre parler d'elle.

Si la boutique avait eu un visage, sans doute y aurait-on vu des rougeurs naissantes à l'écoute du compliment qu'elle fit. L'ironie du compliment, peut-être, amuserait le Dévoreur. Dante inclina la tête de droite et de gauche, reconnaissant volontiers que son échoppe attirait du monde et le chaland, parfois même au-delà de ses espérances. Abigaïl parla même de faire quelques achats et il fut presque tenté d'y voir la promesse de belles affaires, car les ingrédients utiles aux préparations alchimiques qui touchent à la nécromancie comptaient parmi les plus rares et donc les plus précieux. Elle confessa néanmoins que plusieurs choses l'amenaient ici, à lui plus précisément, et sitôt qu'il entendit cela Dante perçut au fond de lui des brûlures qu'il devait à la curiosité comme à l'orgueil de se savoir reconnu et estimé d'une sorcière dont il connaissait la valeur. De tels égards du Dévoreur valaient bien une réputation !

Mais il oublia bien vite ces chaleurs orgueilleuses pour concentrer toute son attention sur ce qu'il venait d'apprendre. Ainsi Abigaïl était-elle de retour ! La demoiselle avait supplanté son propre frère jumeau, celui-là même qui l'avait supplantée sur les ruines encore fumantes du château de Falkenberg ! Étonné, impressionné, Dante ne sut s'il devait alors se réjouir de la voir reparaître – la quête de vengeance aurait très bien pu la conduire jusqu'à lui, puisqu'il fut prompt à abandonner tout espoir de retrouver la sœur pour s'associer les talents du frère. « Bien des choses, en effet... » C'était peu de lire, puisqu'elle était revenue parmi les vivants, déjouant tous les pronostics. Dante était presque étourdi de ce brutal coup de théâtre. Il hésitait même à témoigner de sa joie d'être le témoin privilégié d'un tel prodige.

Mais la seconde requête de la nécromancienne vint compliquer la discussion et le dragon, cette fois, en lui, prit les devants. Sourcils froncés, il porta ses doigts à son menton, qu'il caressa d'un geste qui trahissait une intense réflexion. Il s'attendait à ce que son interlocutrice émît des réclamations pour que fût brisé l'accord passé entre le Dévoreur et Dante, quand tous deux cessèrent de se battre pour partager un butin précieux, mais il n'entendit rien de tel et même la suggestion d'Abigaïl l'inclina à la négociation. Il fit un signe de la tête en direction de la porte qui menait à l'arrière salle. « Venez, nous serons mieux là-bas pour parler... Abigaïl. » Et il lui emboîta le pas pour ensuite la conduire, une fois la porte franchie, jusqu'à un espace où deux chaises et une table les attendait. Une véritable réserve alchimique ainsi qu'un atelier les environnait.

Il l'invita à s'asseoir et se mit en tête de préparer du thé – dont la composition était originale. La méfiance d'Abigaïl la dissuaderait certainement d'y goûter mais Dante était assoiffé par toutes ces révélations. Il chauffait l'eau mais, sensible aux derniers mots de la nécromancienne, reprenait déjà la conversation.  « Sachez d'abord qu'il me réjouit d'avoir à traiter avec vous plutôt qu'avec votre frère. Je félicite votre retour. Mais il est vain de s'appesantir sur cet événement, je suppose ? La mort et la renaissance sont des détails de nos histoires respectives, je le sais bien depuis le six mars, et vous, vous le savez mieux qu'aucun autre depuis toujours. Alors passons ! J'ai déjà extrait de la carcasse du Dévoreur tout ce qu'il m'était possible d'extraire. Je comptais les revendre et j'ai déjà reçu plusieurs propositions. » Ce n'était là qu'un mensonge, mais la cupidité du dragon excusait certainement cet outrage à l'honnêteté. Dante savait déjà qu'il céderait son dû à la sœur d'Anton Faust, mais il était curieux de mesurer la valeur qu'elle accordait à ces os qu'elle convoitait. « Nommez votre offre et ces ossements seront chez vous dès cette nuit. » Il engageait volontiers sa parole, sur ce point, sans connaître l'étroite proximité des restes de la carcasse, qui sommeillait dans un espace clos du palais Beaudrie, et du domicile d'Abigaïl.

 « Nous parlerons ensuite de ce souvenir que vous a laissé votre amant. Je saurai mieux alors si quelque remède est possible à la chtouille démoniaque. » Abigaïl avait elle-même parlé d'un amant responsable, le magicien devinait donc le biais qui causa cette affliction démoniaque qui lui rongeait les chairs intimes. Dante devinait d'ailleurs la fraîcheur de l'événement à sa très faible expression physique : les infections démoniaques marquent bien souvent l'apparence de leurs victimes ; il n'y a pas plus tératogène que ce genre de maladie.
 
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Message posté : Jeu 18 Juin 2015 - 23:26 Message
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Dante était flatteur, mais elle savait très bien que ses charmes n'avaient aucun pouvoir sur lui. Ce n'était pas pour ne pas avoir essayé lors de leur voyage en Europe. Mais il était resté imperméable à toutes ses remarques, à toutes ses avances. Elle ne savait toujours pas si c'était à cause de l'aura de mort qui l'accompagnait elle ou bien si c'était pour une autre raison, peut-être des plus romantique ou au contraire, très simple. Quoiqu'il en soit, s'ils étaient destinés à s'échanger des flatteries peut-être pour les éternités à venir, il ne se passerait rien d'autre que de la camaraderie entre eux.
 
"Vous avez beau être un dragon, vous me semblez bien avoir la langue flatteuse d'un serpent." Lâcha-t-elle avec un léger sourire. Au moins pouvait-elle jouer sur les mots et sur son verbe en compagnie d'un tel être. En sa compagnie, elle pouvait mieux percevoir le poids des années sur ses propres épaules. Pourtant elle avait passé la majorité de ces dernières dans un cercueil, à rêver. Pas à vivre. Mais elle voyait presque Dante comme un reliquat d'une autre époque, tout comme elle.
 
Mais même un tel mage pouvait être surpris. Elle ne cacha pas se délecter de la situation, voir le visage de ce dragon face aux révélations qu'elle venait lui annoncer, face à la terrible surprise. Oui, elle avait supplanté son frère et était de nouveau la dame de la mort et seule aux commandes de son corps. Elle ne pouvait toutefois pas se targuer d'une telle victoire car elle ne l'avait pas obtenue seule. Le démon Méphistophélès et la Duchesse du Crépuscule lui avaient rappelé ce qu'elle était, qui elle était, mais c'était la sorcière Rosamund qui lui avait apporté Deuil, lui permettant de couper les liens qui la retenaient prisonnière. C'était une longue histoire. Mais peut-être qu'un jour trouverais-t-elle le temps de la raconter à son interlocuteur.
 
Elle s'assit avec grâce en face de lui. Il n'y avait qu'avec Dante qu'elle se sentait de nouveau dans la peau d'une Lady, qu'elle se sentait raffinée, élégante et de haut rang. Cela en était presque perturbant, ô combien les tiques qu'elle s'évertuait à chasser en compagnie des autres revenaient au galop et surtout de quelle manière ils semblaient parfaitement naturels. Elle prenait le thé en compagnie d'une dragon, elle la liche, dans l'arrière boutique d'une herboristerie. C'était une vision délectable, le genre que peu de gens pouvaient se targuer de contempler. C'était ce qui se passait entre les pages entre les grands monstres des contes, lorsque les héros et les princesses vivaient heureux dans leurs châteaux. Les dragons, les sorcières et les morts-vivants prenaient le thé.
 
"Vous n'avez pas idée à quel point il est plaisant de marcher à nouveau dans le monde des vivants." Lâcha-t-elle en portant la tasse à ses lèvres. Rien ne pouvait la tuer et Dante n'avait aucun intérêt à l'empoisonner. Qu'elle laisse la paranoïa de côté quelques instants, elle avait l'impression d'être Kolchei l'immortel. "Mais en effet, mourir et renaître devient presque quotidien pour des êtres tels que nous. Des éternités pourraient se dérouler que nous pourrions être toujours là, à prendre le thé sur les ruines du monde." Une vision presque agréable.
 
Mais trêve de poésie, il était déjà temps de revenir aux affaires. Elle savait que le mage ne lui céderait pas les ossements d'Anton aussi facilement, ils étaient pourtant d'une banalité... Si ce n'était pour l'illustre histoire de leur propriétaire. Elle aurait presque pue convier l'esprit du défunt à leur table d'ailleurs. Mais cela aurait été un tel manque de courtoisie. "Je dois tout de même avouer que j'ai été déçue que vous ne veniez pas à mon secours. J'ai vraiment cru que nous partagions quelque chose lorsque nous nous sommes retrouvés à Templeuve. Enfin, peut-être ne vous ai-je pas cerné aussi bien que je l'aurais voulu. Car si je peux vous offrir de l'argent en échange des os de mon frère, je sais que cela serait vulgaire. Aussi avais-je pensé à un échange contre quelque chose de plus exotique."
 
Elle fouilla dans son sac pour en ressortir une fiole opaque. Bien que n'étant pas alchimiste, la nécromancienne avait sa petite collection d'ingrédients divers et variés, certains en prévision de moments comme ceux-ci. "Ce n'est pas grand chose en apparence, je n'en doute pas. Mais qui peut se targuer de posséder du sang de la Cour Unseelie ?" C'était son propre sang à elle. Un détail que Dante n'avait pas besoin de savoir. Abigaïl était la petite fille de la Duchesse du Crépuscule, l'équivalent d'une divinité millénaire qui se tenait depuis toujours un pied dans les ténèbres de l'Abysse et un autre dans le monde merveilleux des vivants. "Je me suis dit que cela serait un mets assez rare pour que vous soyez prêt à l'échanger contre les ossements de mon jumeau. Bien entendu j'ai pu faire erreur." Ce qui ne signifiait pas qu'elle n'avait rien d'autre à lui proposer, mais elle avait décidé de ne pas insulter Dante en lui présentant ce qu'elle avait de plus rare. "Je sais qu'avec les difficultés que les entités d'autres mondes ont à venir ici, peu de gens ont pu voir de fées ténébreuses depuis un bon moment." Il ne servait à rien de vanter plus en avant les mérites d'un tel sang. Abigaïl avait mis du temps à le purifier, à en extraire toute la corruption abyssale, démoniaque et même humaine pour ne garder que la sombre essence féérique. Des litres avaient été nécessaire pour obtenir un tel distillat.
 
Elle eut une moue contrariée en l'entendant parler de chtouille démoniaque. "Croyez-bien que si j'avais eu connaissance de cette... graine démoniaque. Je ne me serais pas plus approché de cet homme. Mais la vie est pleine de surprises et l'immortalité nous rend parfois quelque peu imprudents. Quoiqu'il en soit, ce qui était une infection bénigne a empiré en quelque chose d'autre. C'est une corruption de l'âme plus que du corps, tout du moins pour le moment. Seulement je ne peux me permettre de me conduire telle une catin lubrique à cause de cette influence infernale. J'ai un moyen d'en apaiser les effets mais je me demandais si une méthode plus définitive était possible." Ce qu'elle ignorait, c'était que cette marque démoniaque travaillait en son giron pour palier à son infertilité. Fille de la Mort, Abigaïl n'était pas censée enfanter, mais la sorcellerie démoniaque, sous l'influence de Méphistophélès n'avait pas dit son dernier mot. Si bien que sans même le savoir, elle était à nouveau capable d'enfanter, ou presque. Car un tel enfant ne serait jamais rien de plus qu'un énième héraut de l'Apocalypse, un antéchrist en devenir. Heureusement, il lui manquait encore une graine pour lancer la gestation. Mais aux vues des pensées peu catholiques que l'influence diabolique lui susurrait au quotidien, cela risquait de ne plus tarder.
 
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Message posté : Sam 20 Juin 2015 - 22:10 Message
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Dante aurait volontiers sa fausse rage, mais les comparaisons animales de la belle nécromancienne l'amusait trop pour qu'il lui décochât autre chose qu'un sourire alangui. Elle n'avait pas tort de souligner que les propos qu'elle venait d'entendre relevait de la plus éhontée des flatteries. Il comprenait toutefois qu'elle ne le prenait pas au sérieux, et reconnaissait bien là son interlocutrice – intelligente et perspicace. Sa visite était un véritable courant d'air, et Dante se sentait vivifié de la voir à ses côtés, de la voir dans sa boutique, de la voir même revenir à lui pour de plus importantes affaires. Car elle n'était pas seulement là pour prendre le thé avec lui, en dépit du tableau très pittoresque qu'ils offraient, comme si c'était dimanche, comme si Abigaïl revenait de la foire, comme si Dante s'apprêtait à la quitter pour gagner le fumoir et parler avec monsieur de Fleurville tandis qu'elle bavarderait avec madame Fichini.

Mais les malheurs d'Abigaïl n'étaient pas tout à fait ceux de Sophie et Dante, qui l'écoutait toujours avec grande attention, fut curieux de découvrir toutes ces informations qu'elle lui livrait et dont certaines lui évoquaient une conversation qu'il tint, plus tôt dans le temps, avec Renan, lors d'un de leurs entretiens hebdomadaires. Le Breton avait évoqué une nécromancienne, au cours de leur discussion, et le magicien avait aussitôt songé aux jumeaux Faust, sans pour autant vraiment faire le lien qui, sous ses yeux, se tissait presque malgré lui. Quelle étonnante coïncidence ! Abigaïl frayait-il dans les eaux troubles contrôlées par l'Ombre ? Finiraient-elles à ses côtés pour mener le combat éternel ? Ces questions devaient pour l'heure demeurer sans réponse. Tout à ses pensées, l'oreille tendue aux propos d'Abigaïl, qui énonça, à mots couverts, un reproche que Dante n'avait pas anticipé. Il lui parut tout à la fois injuste et légitime, mais ce paradoxe, loin de le choquer, était plutôt de nature à le rassurer. Mais qu'aurait-il pu faire ? Il avait eu lui-même son lot d'épreuves, à Falkenberg, et par la suite son lot d'affaires personnelles à régler. Il versa le thé.

 « C'est une offre intéressante. Considérez les ossements comme vôtre à nouveau. » Dante n'en aurait jamais été que le gardien temporaire. Il les cédait d'autant plus volontiers qu'il en avait tiré tout ce qui était de nature à l'intéresser. Plusieurs des bocaux et des boîtes autour d'eux, d'ailleurs, contenaient ces précieux ingrédients. « Ce sera comme un gage de ma bonne foi et l'expression de mes excuses pour ne pas avoir chaussé mes bottes de vaillant prince pour venir vous sauver. » Il leva sa tasse avec bonheur avant de la poser. Cette question était-elle réglée ? Il put prendre la fiole contenant du sang de la cour Unseelie et la conserva précieusement entre ses mains. Il pouvait déjà sentir les puissantes propriétés magiques d'un tel échantillon. Que ne lui avait-elle porté tout un baril de cet ingrédient ! Il en ferait un usage parcimonieux et se promit d'en tirer le meilleur.

 « Contrairement à ce que les démons donnent à croire, leurs sombres influences sont rarement définitives. La vraie question n'est pas si je peux vous aider, mais plutôt s'il est encore temps, pour vous, d'être aidée. Si vous me dites précisément ce qui est arrivé, je pourrai déterminer quelle solution est possible. » Dante ne voulait paraître ni pessimiste, ni optimiste : Abigaïl méritait la neutralité efficace du pragmatisme et c'était ainsi que le brave magicien aborderait les questions que soulevaient la situation de la nécromancienne. Une influence croissante qui touchait plus l'âme que le corps... était-ce à dire que cette influence siégeait dans l'âme-même de la demoiselle ? Où avait-elle une assise physique, à l'instar d'une vilaine maladie, d'une verrue ? Assis sur sa chaise, Dante se fit fort d'être le plus précis possible dans ses propos. « Sachez toutefois qu'une simple potion ne sera pas suffisante pour vous libérer de cette affliction. »

Il était formel : l'alchimie couvrait de grandes possibilités ainsi qu'un grand pouvoir, mais elle voyait son champ de compétence réduit à ses frontières naturelles. Il faudrait sans doute coupler la science de Paracelse à cette des savants de la magie infernale pour espérer obtenir des résultats. « La première solution qui me vient, en dehors de ce que je saurais faire moi-même, serait un exorcisme. Trouvez un prêtre assez puissant pour purger vos entrailles de cette présence démoniaque, ce sera suffisant. Mais je suppose que cette solution est inenvisageable, n'est-ce pas ? » Il ne l'avait d'ailleurs présentée, cette solution, que pour être tout à fait rigoureux avec l'ensemble des questions soulevées par la requête d'Abigaïl. C'est pourquoi il hocha la tête et enchaîna presque aussitôt.

 « En revanche, nous pourrions tout à fait recourir à un rituel proche de l'exorcisme que nous pourrions conduire sans clerc. Le plus dur n'est pas alors de mener ce rituel, mais plutôt de réunir les objets nécessaires à son accomplissement. C'est la solution la plus compliquée à mettre en œuvre, mais aussi la plus assurée de succès. » Mais il n'en dirait pas davantage sans précisions supplémentaires pour mieux aiguiller Abigaïl.
 
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Message posté : Dim 21 Juin 2015 - 12:02 Message
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Abigaïl sourit quand Dante prit son sang, ou plutôt cette fraction de son sang et lui annonça qu'elle pourrait récupérer les ossements de son frère. Une vague de soulagement l'envahit par ailleurs. Elle n'avait pas été certaine de pouvoir donner à l'alchimiste un ingrédient suffisamment intéressant pour qu'elle puisse obtenir les os d'Anton. Et malgré toutes les trahisons de son frère, malgré tout ce qu'il avait fait avec ou contre elle, il restait son frère. La famille était la seule chose à laquelle elle s'était accrochée durant toute son existence, durant sa longue et douloureuse descente aux enfers. C'était l'esprit de son frère qui était venu la réconforter quand emprisonnée dans un cercueil elle pensait mourir étouffée. De la même façon, c'était lui qui l'avait protégé de multiples fois contre des adversaires redoutables. Même quand il l'avait enfermée dans une illusion, il lui avait donné une vie presque parfaite... Ou tout du moins, celle qu'il voyait comme parfaite pour sa soeur.

"C'est très aimable à vous. Je pourrais dormir en paix sachant que les ossements de mon frère appartiennent de nouveau à ma famille. Pas que je doute que vous les ayez manipulés avec doigté et délicatesse. Mais un homme ne doit-il pas toujours reposer en compagnie de sa famille ?"

Pendant trop longtemps, Victor Faust avait dormi dans un cimetière en périphérie de Londres, tandis que la mère d'Abigaïl était toujours enterrée à Falkenberg. Elle avait dû discuter avec de nombreuses personnes, offrir plusieurs pots de vin et avait finalement réuni ses parents dans la tombe. Mais pour ce qui était d'Anton, elle ne lui offrirait pas le repos, pas tout de suite. Surtout que même en l'inhumant à Falkenberg, il ne trouverait pas le repos, pas tant que les miasmes de l'Abysse enserraient son âme. Deviendrait-elle une horreur elle-aussi à sa mort ? Probablement.

Si elle ne devenait pas un succube ou une démone avant cela. Après tout, la corruption qui envahissait son giron avait pour base l'énergie démoniaque qui formait la graine de Renan. Mais la chose avait tellement évoluée depuis... Comme la graine devenait un arbre et ne ressemblait plus en rien à la sphère minuscule qu'elle fut un jour. Les branches de cette corruption s'étendaient jusque dans le monde physique, comme le suggérait si justement Dante.

"J'ai couché par trois fois avec cet homme, qui est marqué par une graine démoniaque, elle-même laissée par un Archidémon." Il n'y avait aucune raison d'être prude et de laisser des éléments cachés par fierté. Si elle voulait se débarrasser définitivement de cette chose, elle devrait tout révéler. "Je me suis rendue compte de l'existence de la marque dès notre première rencontre. Cette dernière a influencé mon comportement et m'a poussée à avoir un deuxième contact avec cette graine. Et ce même si mon amant m'annonça que ce n'était pas normal que cette marque ait une telle influence sur moi."

Elle avait probablement été stupide. En fait, elle était convaincue que tout n'était dû qu'au marquage de l'Archidémon dont lui parlait Renan. Et que si elle s'occupait de lui, elle pourrait se débarrasser sans mal de ce marquage qui ne servait qu'à conforter l'être infernal dans sa jalousie.

"C'est après que tout à dégénéré. Vous vous rappelez à Falkenberg ? J'ai essayé de drainer l'énergie vitale de mon frère et c'est de cette manière, en usant de notre lien de jumeaux, qu'il a réussi à prendre le contrôle de mon corps et à m'enfermer. D'ailleurs je ne peux vous en vouloir de ne pas m'avoir sauvée, après tout, je doute que vous n'auriez pu me retrouver facilement. Quoiqu'il en soit, je me suis trouvé dans des circonstances où j'affrontais un sorcier horriblement muté par de l'énergie démoniaque et j'ai dû me résoudre à siphonner son énergie vitale."

Pour sa défense, ce n'était pas la première fois qu'elle s'attaquait à un démon de cette manière, et les circonstances n'avaient jamais été aussi désastreuses.

"Quoiqu'il en soit, cela a tout fait empirer." Autant dire que sans l'intervention de son esprit protecteur, Sam l'enfant-sac, elle se serait conduite comme une catin lubrique. Et cela avait été le cas de toute façon. "Et cela m'a mené avec un troisième contact avec la graine démoniaque de mon amant."

Elle passait sur les détails, après tout il n'en avait pas besoin. Ces derniers temps, les pulsions d'Abigaïl avaient diminué, mais elle se doutait qu'il ne s'agissait que d'une ruse, que d'un répit avant que la corruption démoniaque ne frappe avec plus d'intensité encore. Ce qu'elle ignorait, c'était que la corruption était complète, qu'elle avait achevé son ouvrage. Mais cela, la nécromancienne le découvrirait plus tard.

Il ne lui apprenait rien en lui annonçant qu'une simple potion ne serait pas suffisante. Après tout elle avait déjà évalué toute la complexité du problème. Ce n'était pas une mais trois influences démoniaques qui se mêlaient. Autant dire que tout exorciser ne serait pas simple.

"Oui. Si je ne détestais pas les prêtres, le seul que je connais n'accepterais jamais de pratiquer un rituel pour me délivrer d'un tourment, croyez-moi." Ezio Valentino avait eu un souvenir douloureux de sa dernière rencontre avec la nécromancienne. La crucifixion, l'assassinat d'innocents, les cendres placées à ses pieds et les blessures qu'il avait subi. Les probabilités que le prêtre lui vienne en aide étaient nulles. Et de toute façon, la nécromancienne ne comptait pas le lui demander.

Mais Dante avait une autre solution. Un exorcisme païen en quelque sorte. Voilà qui convenait plus à une fée de la cour Unseelie pensa Abigaïl. Après tout, elle s'était portée dans l'ombre du bon dieu il y a bien longtemps. Peut-être d'ailleurs la corruption démoniaque était-elle le moyen pour le Diable de la marquer comme sienne ? "Et bien je préfère me consacrer à cette solution là, sans guère d'hésitation. Quels sont les ingrédients dont vous aurez besoin ? Je suppose qu'il serait trop beau que vous les possédiez tous dans votre boutique." Et si c'était le cas, elle n'osait pas imaginer le prix exorbitant qu'il demanderait en échange, après tout il était un dragon. La nécromancienne allait devoir réfléchir à l'état dans lequel se trouvaient ses comptes avant de se lancer dans une telle aventure probablement, ou à d'autres ingrédients rares qu'elle pourrait récolter sur ses suivants ou elle-même.
 
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Message posté : Lun 22 Juin 2015 - 20:50 Message
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 « La famille est le plus important, je ne vous le fais pas dire. » Il ne discuterait pas cette assertion, considérant que sa propre famille pesait sur lui comme l'enclume pèse au bras du forgeron. En vérité, sa famille lui était si importante qu'il en était devenu l'avatar, l'incarnat définitif, comme si son lignage, plus que son prénom, plus que son nom, plus que sa filiation même s'était imposé à lui pour le transfigurer, pour l'élever jusqu'à l'apothéose qu'il connaissait et dont il n'avait pas encore vu la fin. Mais ils ne s'arrêtèrent pas sur ce sujet, puisqu'il était évident qu'ils partageaient une approche semblable et une certaine communauté de vues. Plus il entendait parler Abigaïl et plus les paroles de la nécromancienne lui donnait envie d'en écouter davantage.

Mais plus il en découvrait sur son histoire, et plus il faisait des rapprochements très clairs, voire évidents, avec les propres discussions qu'il avait tenues avec Renan. Alors forcément, l'évocation des rapports sexuels de la nécromancienne et de l'homme marqué par la graine de l'Archidémon lui fit immédiatement penser que Renan était peut-être cet homme ! Il aurait pu rire de ce qui aurait été une belle coïncidence, mais tout au plus il sourit car son interlocutrice n'aurait pas compris cette soudaine hilarité. À la vérité, ce rire n'était que nerveux. Il n'avait jamais vraiment parlé de choses très personnelles avec l'officier de la Pénombre, encore que depuis le vol du calice trois fois consacré, il s'était rapproché de lui en dehors du champ de leurs interactions professionnelles. Mais il l'imaginait encore comme un être tout entier dévoué à la cause de l'Ombre, ce qui excluait d'envisager l'homme dans sa virilité sensorielles et hormonales. Lui découvrir une vie sentimentale était bizarrement rafraîchissant. Encore qu'il n'était peut-être pas cet homme par qui tout arriva pour Abigaïl.  « Le détail de votre histoire confirme que j'ai toujours bien fait de ne jamais rien céder aux démons. Le seul vrai langage qu'il convient d'employer avec eux est celui de la fermeté. »

Ce qui expliquait d'ailleurs qu'il refusât toujours tout accord, tout compromis, toute concession avec ces rejetons de l'enfer. Il préférait de loin leur imposer sa volonté plutôt que négocier avec eux. Tout commerce avec cette engeance est une ruine. Mais Dante ne ferait pas la leçon à la nécromancienne, qui était sans doute assez avertie de la perfidie et de la sournoiserie des démons et qui, après tout, de ce qu'il comprenait, n'avait pas vraiment traité directement avec eux, encore qu'elle ne lui racontât peut-être pas tout.

Il ne sonderait toutefois ni son cœur ni ses reins pour le savoir. Le jardin secret de la demoiselle demeurerait pour lui fermé comme au premier jour, il ne lui appartenait pas d'en explorer les recoins, les allées et la verdure. À d'autres ce privilège ! D'autant plus que le récit d'Abigaïl se voyait grossi d'assez de détails pour que le magicien pût déjà déterminer que la solution qu'il venait d'énoncer et donc de proposer serait la seule susceptible d'efficacité. La dernière phrase de la nécromancienne le fit sourire.

 « Il se trouve que je possède l'un de ces ingrédients, en effet ! Enfin, plutôt l'un des accessoires incontournables du rituel. » Une curieuse coïncidence l'avait amené, quelques jours et semaines plus tôt, à se mettre en quête de l'ensemble des ingrédients et accessoires nécessaires à l'accomplissement d'un tel rituel, pour soustraire Renan à l'influence vénéneuse et intérieure de Raphaël l'archidémon. Ce dernier était-il d'ailleurs responsable in fine de l'état d'Abigaïl ? L'ironie de la situation n'eût pas manqué de le faire rire, étant donné que c'était vers lui que se tournaient ceux-là mêmes qui avaient trop cédé à la vanité du démon. Était-il destiné à défaire tout ce que Raphaël ferait à Star City ? Cette pensée le laissa songeur et désolé.

 « Un calice trois fois consacré. Indispensable, ce sera la coupe où sera recueillie la potion qu'il vous faudra boire pour purifier votre corps de la corruption démoniaque. Mais il me faudra aussi une relique païenne attachée à une divinité ou à une puissance non tournée vers les plans négatifs. La main de Baba Yaga est inenvisageable, par exemple. » Et bien sûr, plus la relique serait enrichi de puissance magique, plus l'efficacité du rituel s'en ressentirait ! Il faudrait choisir avec précaution. D'autres choses seraient à obtenir, bien entendu, pour pouvoir accomplir le rite sans difficulté et dans les meilleures conditions. Mais il était encore inutile d'en dresser la longue liste – ils n'iraient pas ensemble pousser le caddie au premier Wallmart venu !

 « Mais ne vous embarrassez pas de ces détails d'apothicaire. Je peux me charger d'obtenir tout ce qu'il nous faut. Les livres obtenus à Falkenberg sont très instructifs. » Et il serait à tout jamais heureux d'avoir eu l'opportunité de mettre la main dessus. Sans eux, combien de temps aurait-il mis avant d'en savoir autant sur les démons et leurs vils maléfices ? Il posa devant lui sa tasse sur la table, mais y laissa sa main. Ses yeux contemplaient la figure d'Abigaïl comme la lune observe la banquise. « Ce qui m'amène vous demander ce que vous avez à m'offrir pour me dédommager du mal que je vais prendre à réunir ce qu'il faut pour tenter de vous guérir. »
 
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Message posté : Mar 23 Juin 2015 - 10:33 Message
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La famille était importante. C’était aussi une fosse de serpents dont les morsures vous donnaient de la force, tout en vous infligeant de terribles souffrances. Anton avait été le seul amour de la vie de la nécromancienne et pourtant il l’avait trahie. Mais ce que beaucoup croyaient, c’est qu’il l’avait trahie en prenant possession de son corps. Ce n’était pas ça. Abigaïl comprenait le désespoir et la folie qui avaient saisi l’esprit de son frère, qui l’avaient poussé à voler son corps juste pour être vivant, pour pouvoir ressentir autre chose que le souffle glacé de la mort. Elle ne pouvait lui en vouloir pour avoir eu des appétits mortels, vouloir se délecter du goût du vin, des lèvres d’une femme, du contact de la peau sous ses doigts. Tout cela, elle le saisissait parfaitement. Il l’avait trahie car pendant les deux siècles qu’elle avait passés enfermée dans un cercueil, sous les rues pavées de Londres, il avait été capable de la libérer. N’importe lequel de ses serviteurs aurait pu venir la chercher, la libérer de ce carcan.

Elle aurait alors pu rejoindre ceux qu’elle avait juré de protéger, ceux pour qui elle avait été la Dame Blanche. Mais non. Il l’avait laissée pourrir dans sa prison souterraine, dormant et rêvant pendant plus de deux siècles, son esprit frôlant chaque jour un peu plus les limites de la folie. Anton Faust, le Dévoreur, aurait pu envoyer ses fidèles, ses disciples… Que ce soient les Navart ou tout autre serviteur dégénéré qu’il avait. Mais il avait attendu deux siècles, pour que sa sœur s’éveille dans un monde qui lui était complètement étranger, pour qu’elle se retrouve emprisonnée dans une cellule blanche, considérée comme folle. Ce qu’elle était sûrement.

« Je ne côtoie pas les engeances démoniaques en temps normal. Je ne les apprécie pas plus que vous et si j’avais su dès ma première rencontre avec cet homme de quel mal il était accablé… Hélas, cette corruption agit de manière vicieuse, m’incitant à réitérer cet acte, comme si elle avait un quelconque but malfaisant. »

Abigaïl n’était pas parfaitement honnête avec Dante. Mais lui donnait trop d’informations serait bien trop dangereux. Elle côtoyait un démon sur une base régulière. Le fourbe et mystérieux Méphistophélès, ou tout du moins était-ce ainsi qu’il s’était présenté. La créature l’avait rejointe et dépravée dans l’illusion que lui avait bâtie Anton. Il lui avait même tranché la gorge pour lui révéler ce qu’elle était vraiment et surtout qu’elle ne pouvait pas mourir. Il lui avait aussi parlé de son grand-père, Yohann Faust et de ce qu’il avait fait apparemment… Ce brave nécromancien aurait vendu son âme à plusieurs démons, ou autres entités, de manière à ce qu’à sa mort, la guerre ne soit la seule option pour tous ses détracteurs. De cette manière, ses maîtres ténébreux devaient le laisser en vie pour éviter une guerre civile. Yohann Faust vécu plus de quatre siècles. Jusqu’à ce que Méphistophélès rachète tous les contrats pour son âme.

Cette histoire aurait été à la base de la légende. Comme l’histoire de Victor Faust et de sa créature fut la pierre angulaire du roman de Mary Shelley. Des histoires, des légendes, dont il était bien difficile de différencier le vrai du faux. Clairement, la vérité devait être loin des versions romancées et théâtrales, mais elle pouvait l’être tout autant de ce que la nécromancienne avait entendu. Surtout venant de la bouche d’un démon.

Abigaïl porta la tasse à ses lèvres, se fichant bien de la présence d’un éventuel poison. Dante n’avait aucun intérêt à la tuer, pas quand de toute façon, il était en train d’abattre ses cartes et de montrer à quel point il était maître de la situation. La nécromancienne aurait pu trouver sa manœuvre des plus impressionnantes si elle n’avait pas été en quelque sorte le parti faible dans cette histoire. Car oui, le mage-dragon avait toutes les cartes en main. Il avait les livres de démonologie d’Anton et leur savoir, il avait les prétendus ingrédients nécessaires au rite de purification, il avait la technique, le rituel, il avait tout. Elle n’avait rien de tout cela. Aussi cet homme pouvait-il exiger d’elle presque n’importe quel prix et elle retrouva bien dans la question qu’il lui posa le reptile qu’il était.

Pas qu’elle s’en offusqua. Elle savait pertinemment à qui elle avait affaire. Il n’avait accepté de l’aider à Templeuve qu’en échange des renseignements qu’il désirait et d’une partie des richesses qu’ils trouveraient lors de leur affrontement final à Falkenberg. Il avait aussi respecté le travail d’Anton. Jamais le dragon ne semblait s’être intéressé aux manifestations de magie noire à Star City et aux étranges disparitions qui portaient la marque du nécromancien. Si elle passait un accord avec lui, elle était quasi-certaine qu’il le respecterait. Mais pour le moment, rien n’était encore décidé, ils en étaient au marchandage.

« Vous me mettez dans une situation bien précaire mon cher Dante. C’est presque indigne d’un gentleman tel que vous. » Elle eut un léger sourire, posant la tasse, posant ses yeux vers lui. Le charme ne fonctionnerait pas et le sang de la Cour Unseelie n’était pas suffisant non plus pour calmer tous les désirs de richesse et de cet homme.  « Je ne puis lire dans vos pensées et deviner avec certitude ce que vous désirez de moi en échange de vos services. Je suppose que je pourrais m’en aller récolter quelques ingrédients plutôt originaux, mais je doute que cela soit suffisant pour vous. Quoique je puis me tromper. Alors dites-moi, est-ce qu’une idée particulière vous traverser déjà l’esprit ? »

Elle réfléchissait à ce qu’elle pouvait lui offrir, pendant que lui devait faire de même. En tant que nécromancienne, elle pouvait avoir accès à des ingrédients particuliers. Des morceaux de goules, de l’essence de spectres… Elle pourrait même lui confectionner un phylactère s’il le désirait. Mais ce genre de petits ingrédients ne semblait pas à la hauteur de ce que le mage-dragon proposait de faire. Une personne aussi réfléchie que Dante devait avoir son idée, un moyen de mettre une dette de la nécromancienne à profit. Abigaïl n’était pas sûr d’en apprécier tous les tenants et aboutissants d’ailleurs. Mais quel choix avait-elle si ce n’était de devenir esclave de ses pulsions infernales ?
 
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Message posté : Ven 26 Juin 2015 - 1:12 Message
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Une situation précaire ? Dante fit la moue. Elle ne devait sa situation qu'à elle seule, et le magicien, lui, n'était que le parfait incarnat de sa race, après tout ! Mais au moins ses propos traduisaient sans le dire ce que tous deux savaient : la main était sienne. Il tenait le haut du pavé et de la discussion. Il aurait alors été fort facile de saisir cette avantage, d'imposer à la nécromancienne un prix exorbitant qu'elle n'aurait eu d'autre choix que d'accepter. Mais ce dragon-là n'était pas seulement motivé par l'accumulation oiseuse des richesses, ni même par l'acquisition cupide d'objets ou ingrédients magiques. La suggestion d'Abigaïl était de nature à lui plaire, mais elle se doutait bien qu'il était légitimement en droit d'exiger davantage. Il n'échangerait donc pas le rituel contre une poignée d'herbes ou une autre fiole de substances rares. « Laissez-moi donc éclaircir la situation pour vous. Oublions ce que vous pourriez m'offrir en gage de paiement et intéressons-nous plutôt à ce que vous pourriez faire pour moi. » En ce sens, les aptitudes de la belle Abigaïl étaient quelque peu limitées au sinistre domaine de la nécromancie. Elle ne pouvait l'aider en matière administrative, en travaux de secrétariat, pas plus qu'elle ne pouvait l'aider à jardiner ou à planter un potager. Qu'on se le dise une bonne fois pour toute, les semailles d'un nécromancien ne sont pas tout à fait semblables aux semailles d'un agriculteur, encore que des passerelles existent entre les deux disciplines ! Mais il ne demanderait pas à la nécromancienne de jouer pour lui les coursières ou les aventurières. Elle avait certainement d'autres chats ou bretons à fouetter et Dante lui-même se refusait à la contraindre à quelque action qui lui fût déplaisante. Puisqu'il tenait la main dans la conversation, puisqu'il comprenait que la nécromancienne était à Star City installée durablement, le magicien imaginait déjà une alternative, un autre chemin à suivre. Ils vivaient sur le même territoire. Il était plus que temps qu'ils cessassent de se considérer l'un et l'autre comme des partenaires d'occasion. Ils n'étaient plus destinés à se croiser au gré des hasards heureux ou malheureux de l'existence. Star City les contraindrait à se voir plus souvent ou, en tout cas, à se reconnaître des liens de voisinage. Pour cette raison, entre autres, il décida de proposer rien de moins que l'organisation concertée d'une coexistence pacifique entre eux.

 « Comme j'ai dit à votre frère, à Falkenberg, je suis respectueux de l’œuvre d'un nécromancien que j'estime au-dessus des petits prêcheurs de la mort. Vous en êtes, c'est une certitude, et votre projets sont sans doute orientés d'après cette magie que vous maîtrisait. » Il le déduisait à ce qu'il avait retenu de sa rencontre à Templeuve puis en Allemagne.  « De même, je n'ai de projets qu'à l'aune de mes propres facilités. Pourtant, même si nous touchons tous deux à des branches de la magie éloignées, plus ou moins, je trouverai regrettable que de simples spectateurs nous devenions les acteurs d'un différend dont nous ne saurions mesurer les conséquences. » Il était évident que le magicien et la nécromancienne saurait tous deux se figurer l'ampleur d'un tel désastre, s'ils venaient à s'opposer l'un à l'autre, à s'affronter. Une ville comme Star City ne s'en relèverait pas. Dante était par ailleurs conscient que la quête de puissance d'Abigaïl ne s'arrêterait pas à la récupération des os de la carcasse de son jumeau. Il n'était même pas certain que cette étape fût indispensable à la progression de la demoiselle. Lui-même était trop bien parti pour s'arrêter en si bon chemin : la bouteille où l'on goûte le pouvoir infini n'a pas de fond. « Ni vous ni moi n'avons la stupidité de croire qu'un conflit serait profitable, mais le statu quo me paraît intenable sans concertation régulière. J'y pensais déjà à Falkenberg, encore qu'à l'époque, la distance géographique limitait les risques de frictions entre nous... » Il se souvenait très bien avoir envisagé le terrible produit de l'affrontement absolu des deux mystiques : un formidable gâchis. Il refusait de s'engager sur cette voie et de laisser le temps faire son œuvre terrible. Un sourire accompagna sa conversation pour mieux trahir la vénalité de ses pensées.  « Nous pourrions il est vrai laisser la situation comme elle est et panser, à l'occasion, les plaies que nous nous infligerions sans le vouloir. Mais j'ai l'intuition toute draconnique qu'une collaboration plus active nous serait profitable. Le Necropolitan, c'est vous, n'est-ce pas ? » Il était peut-être présomptueux de l'affirmer ainsi, mais à quoi bon dissimuler ce qu'il savait ? Les informations sont conçues pour être cachées ou révélées, selon la circonstance. Un de ses clients, homme bavard, lui avait parlé de ce bar ouvert sur la colline aux lanternes. Dante avait retenu ce renseignement du fait de la proximité de son domicile.

 « Nous pourrions lier nos deux commerces et sur la base de cet accord, nous engager à toujours tout faire pour éviter que nos projets et manœuvres respectifs ne nous gênent l'un l'autre. Sans justifier votre ingérence dans mes affaires et réciproquement, mais plutôt en entretenant de régulières concertations pour nous informer l'un et l'autre. Ce qui n’exclurait pas de collaborer, parfois. J'ai très bon souvenir de notre excursion à Templeuve. Qu'en pensez-vous ? Si vous acceptiez, je serais plus que jamais disposé à revoir à la baisse ce que je pourrais exiger de vous en échange du rituel pour vous laver de l'influence maléfique qui vous a conduit à venir chercher mon aide. » Dante avait beaucoup parlé. Il était temps pour lui de se taire et d'écouter.
 
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Message posté : Ven 26 Juin 2015 - 20:18 Message
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Abigaïl ne savait pas vraiment si le fait que Dante ne lui ait pas déjà demandé quelque possessions matérielles rarissimes devait la rassurer ou au contraire l'effrayer. La nécromancienne était presque inquiète. Après tout, elle avait réussi à récupérer les os de son frère plutôt rapidement et facilement, en échange de seulement quelques litres de son sang, ou plutôt en échange d'un distillat de quelques litres de son sang. Rien ne laissait supposer que la suite allait être aussi facile. Faire affaire avec un dragon n'était pas quelque chose qui s'apparentait à une promenade de santé. C'était même une chose que les sorciers intelligents évitaient de faire. Y compris les nécromanciens.

Que pourrait-il bien exiger comme acte de la part de la nécromancienne ? Le plus probable serait qu'elle lui donne des informations, qu'elle ranime quelqu'un ou encore qu'elle tue quelqu'un pour lui. En théorie elle n'avait aucun problème avec aucune de ces choses. Mais là encore, elle était méfiante, bien qu'elle afficha un sourire affable tout en trempant une nouvelle fois ses lèvres dans sa tasse de thé. Il était amusant de voir à quel point la conversation devenait de nouveau une sorte d'affrontement silencieux. Dante avait abattu plusieurs de ses cartes en expliquant à Abigaïl ce qu'elle avait à faire pour chasser la présence démoniaque en son sein. Il devait lui en rester de nombreuses le connaissant. Mais elle en avait aussi. Sûrement plus qu'il ne le devinait. Après tout, que pouvait-il bien savoir de la Moisson ou des serviteurs qui l'accompagnaient ? La dernière fois qu'il l'avait croisée, Abigaïl était faible en comparaison de ce qu'elle pouvait faire aujourd'hui.

La véritable question était de savoir finalement à quel point elle-même s'arrêterait. A quel moment est-ce que conserver cette corruption démoniaque qui dormait en son giron était préférable à accomplir les volontés du mage-dragon ? La nécromancienne aurait d'ailleurs bien aimé confronter ses nouveaux pouvoirs à cet être, se rendre compte un peu mieux quelle était sa puissance à elle. Peu de mages devaient être aussi puissants que Dante Visconti. Mais il en allait de même pour elle après tout. A eux deux, ils pourraient clairement façonner le paysage mystique de la ville.

"Mes projets sont effet liés à la nécromancie. Mais il ne faut pas être un astucieux détective pour s'en douter." Lâcha-t-elle avec un léger sourire. Le mage-dragon pouvait bien faire mieux. Elle n'aurait pas été surprise qu'il se soit amusé à noter tous les points d'activités d'Anton et les siens aussi. "Votre accord avec Anton était plutôt simple si je me souviens bien. Evidemment, je n'en ai eu que des échos, n'étant pas présente lors de cet étrange pacte. N'aviez vous pas promis l'un à l'autre que vous n'interféreriez pas dans vos affaires réciproques ? Je me suis imaginée que cet accord se portait jusqu'à ma personne. Après tout, la disparition de mon frère, ou plutôt son retour à un état passé, semble être restée inaperçue."

C'était d'ailleurs une grande fierté. Seule Rosamund avait vraiment été sur place. Peu de gens savaient finalement que son frère avait pris le contrôle de son corps pendant une si longue période. Anna Leblanc le savait, mais elle n'était pas pertinente dans ses pensées ou sa présence de toute façon. Un vague écho du passé de la nécromancienne. Même le vaillant officier de la Pénombre ignorait les déboires de la nécromancienne. Finalement, Dante était l'un des seuls à pouvoir mettre toutes les pièces ensembles.

"Star City est notre ville à tous deux. Vous craignez qu'elle ne soit pas assez grosse pour nous deux et que nous allons nous retrouver à nous marcher sur les pieds, que nous le voulions ou non ? Ma foi, vous pouvez très bien avoir raison." Mais elle ne jouerais pas les femmes conciliantes sur cette histoire. Elle ignorait peut-être les forces dont disposait Dante, mais la Moisson ne reculerait pas devant cette pomme juteuse qu'était cette ville. Le ver que l'organisation d'Abigaïl comptait bien se propager et dévorer la chair tendre de cet endroit, jusqu'à créer un escalier vers le statut divin à venir d'Abigaïl. Une collaboration serait profitable, mais à prendre avec des pincettes. "Vous pouvez bien comprendre que corruption démoniaque ou non et malgré le respect que j'ai pour vous, je ne pourrais me résoudre à tout concéder si nous décidons de nous rencontrer régulièrement pour régler nos problèmes. Et en effet, le Necropolitan est à moi."

Mais elle se demandait comment Dante avait pu capter la présence du bar dans toute sa splendeur aussi rapidement. Sa question n'était pas innocente. Il savait que ce lieu était plus que ce qu'il paraissait. Bien entendu Abigaïl accueillait une partie de la communauté mystique, mais principalement sa partie "morte" ou "mort-vivante" dans le cas présent. Or, malgré sa réincarnation, Dante n'était ni l'un ni l'autre. Aussi n'aurait-il pu se glisser dans le Necropolitan. De plus, Abigaïl avait toujours veillé à ce qu'aucun sortilège trop remarquable ne soit effectué sur son lieu de travail. Tout cela se révélait intéressant, mais outrageusement dangereux pour Abigaïl. S'il en savait trop, peut-être devrait-elle se résoudre à faire taire définitivement ce dragon.

"Vous tournez autour du pot. Je vous espérais plus direct. Bien entendu, je ne suis pas stupide au point de négliger l'intérêt que pourrait représenter une alliance entre nos deux commerces. Mais vous devez savoir que les entrailles du Necropolitan ne sont pas un lieu adéquat pour les vivants. Même pour ceux auréolés de votre puissance. Vous côtoyez peut-être les enfers depuis votre rencontre avec les livres de mon frère, mais j'espère que vous vous rendez bien compte de ce qu'un lieu comme le Necropolitan apportera. Je ne doute pas que vous ayez les tripes solides, mais je tiens à vous prévenir."

Abigaïl avait sombré dans la débauche, la criminalité et la cruauté gratuite dans sa demeure. Elle se souvenait encore des cris de la pauvre Irina alors que le Dévoreur s'était inséré en elle. La nécromancienne s'était forcée à regarder, à assister à ce déplorable spectacle pour cautériser les fragments de son humanité. C'était ce qui se faisait dans le Necropolitan. Sous le venir de refuge pour les morts-vivants, c'était avant tout une distillerie où les breuvages n'étaient autres que l'horreur, l'épouvante et le mal.

"Vous me promettez toutefois des réductions sur un prix que vous n'avez même pas énoncé. Me manqueriez-vous de respect au point de me croire candide ou stupide mon cher Dante ? Notre collaboration en Europe fut efficace, je ne le nie pas. Après tout, nous avons défait mon frère, presque... Mais aussi plaisants que soient nos échanges de civilité ici même, je préfère que nous jouions cartes sur tables en cette histoire. Vous avez la main car vous possédez quelque chose que je veux. Si vous ignorez ce que vous désirez en échange, il ne sert à rien de promettre d'éventuelles "promotions", "réductions", "soldes", ou je ne sais quoi. Une collaboration a à être considérée dans son intégralité, pas comme une part d'un autre échange. Je veux partir sur des bases scènes et ne pas prostituer mon établissement dans l'espoir de ne pas avoir à troquer tout ce que je possède pour me débarrasser de cette... Syphilis démoniaque."

Elle reposa sa tasse. Fixant Dante droit dans les yeux.

"Alors mon cher dragon, que voudriez-vous de moi avant toute chose ? Dites-moi ce qui vous traverse l'esprit. Après nous parlerons d'une éventuelle collaboration à plus grande échelle."
 
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Message posté : Sam 27 Juin 2015 - 1:03 Message
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« Vous devriez faire attention, Abigaïl. Je pourrais croire que vous vous apprêtez à hausser le ton. »

Et ce n'était sans nul doute pas quelque chose à faire auprès des oreilles d'un dragon. Dante avait eu raison du Dévoreur, il saurait avoir raison de cette femme sans âge qui, toute immortelle qu'elle fût, n'en demeurait pas moins sensible à la fureur des éléments. « J'ai promis à votre frère que nous n'interférerions pas dans nos affaires réciproques, mais c'était le temps où je n'étais pas sûr de l'avoir tout juste sous mes fenêtres. Je ne propose rien de plus et rien de moins que la concrétisation de cet accord par la création d'une sorte de club nous réunissant tous deux pour justement discuter de Star City et de ce qui s'y passe. Ce n'est pas une officine d'où je pourrai vous espionner et d'où vous pourrez m'épier, mais bien plutôt la réunion de nos intérêts pour que ceux-ci jamais ne s'opposent tout en demeurant le fruit de notre seule volonté et tout en conservant chacun notre stricte indépendance l'un vis à vis de l'autre. »

Il ne pouvait être plus clair et, contrairement à la nécromancienne dont les mots traduisaient l'irritation, Dante préférait avoir la franchise d'afficher dans sa voix et dans le ton de sa conversation les signes d'une impatience toute relative, issue d'un calcul simple : elle lui reprochait très explicitement de tourner autour du pot, alors même qu'il pavait le chemin de leur accord. Eh quoi ? Ne s'était pas montré généreux en acceptant de lui rendre les os de son frère sans discuter la valeur de son offre ? « Star City sera bien assez grosse pour nous deux, mais le sera-t-elle toujours quand d'autres sorciers s'inviteront à la fête ? Songez-y avant de décliner mon offre. Qui vous parle d'ailleurs de me concéder quoi que ce soit ? Je vous propose simplement de nous rencontrer et de nous tenir informés. N'avons-nous pas tous deux à y gagner ? »

Mais ce qui coulait de source pour lui était peut-être plus obscure à cette demoiselle de toute évidence trop habituée à manœuvrer seule et sous le couvert d'une ombre la protégeant des regards extérieurs. Quant aux préventions de la sorcière, elles lui arrachèrent un sourire blanchi de ses dents révélés. Elle le prenait vraiment pour un magicien de pacotille et ne s'en cachait point. Mais il passerait sur cette avanie, conscient qu'elle lui tenait sans doute grief de ne pas être plus rapide dans l'exposition de ses doléances, et conscient aussi que l'influence démoniaque altérait peut-être son jugement. Mais il est vain d'espérer presser le dragon.

D'un geste las, Dante fit mine de concéder quelque chose, d'abandonner toute volonté de répliquer. Ce n'était qu'une ruse, qu'un subterfuge à peine subtil. Mais le magicien ne laisserait pas passer cette occasion de rappeler à la demoiselle ce qu'elle lui devait véritablement. « Je n'ai pas oublié Templeuve, et je n'ai pas oublié Falkenberg. Si je n'avais pas pris la décision de vous aider, en Europe, qui sait... les Navart seraient peut-être là encore pour vous nuire, et vous n'auriez pas acquis cette puissance nouvelle que je sens en vous. Ne soyez pas ingrate et pardonnez à ce dragon de se montrer prudent. Croyez-vous vraiment que je ne sais pas ce que je veux de vous ? »

Elle l'étonnait de faire ainsi de telles suppositions. Il se leva, saisit la théière vide et la porta jusqu'à un comptoir où elle serait plus à sa place. Abigaïl n'avait donc aucune idée de ce qu'il désirait et pour cause, elle ne saisissait rien de lui. Sans doute le prenait-elle pour un prestidigitateur de cabaret. Un sourire écorcha ses lèvres. Un frisson lacéra son échine. Il se tourna à nouveau vers elle. Son visage n'exprimait rien qu'une vague espièglerie.« Je n'exige rien de vous que le respect et le souvenir de la faveur que je vous fais. Ce serait la base parfaite pour notre entente, ne croyez-vous pas ? » Car Dante respectait Abigaïl moins pour ce qu'elle savait faire que pour ce qu'elle était. N'appartenaient-ils pas à cette même race des hommes destinés à dépasser leur condition pour connaître l'apothéose ? Lui-même s'était vu soustrait à sa qualité d'homme pour devenir tout entier le dragon des origines. Quand donc Abigaïl deviendrait-elle la Mort incarnée ? Mais il était évident pour lui à présent qu'elle le percevait comme un obstacle, comme l'usurier à convaincre de céder son prêt. Cette déception lui inspira de bilieuses pensées. Elle n'était certainement plus la demoiselle qu'il avait vu se battre à Templeuve, puis disparaître et mourir à Falkenberg.

Mais s'il était disposé, lui, à la respecter, il n'était pas du tout convaincu de la fiabilité de son investissement, à présent qu'il l'entendait et la voyait se rétracter comme la tortue apeurée. Elle avait craint d'exorbitantes demandes et s'était impatientée ? Que dirait-elle, alors, de ce qu'il venait d'exiger ? « Mais s'il vous gêne d'être ainsi traitée avec générosité par un dragon que vous n'imaginiez pas si prodigue, je vous en prie, la porte est grande ouverte. » Elle pouvait la prendre, mais ne trouverait nulle part ailleurs lecteur plus assidu des livres de son père que lui.
 
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Message posté : Sam 27 Juin 2015 - 20:25 Message
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Abigaïl se contrit au calme et au silence, pour ne pas répondre. Oui, elle s'apprêtait à hausser le ton, même si cela ne lui ressemblait pas. Mais la situation, si elle était assez plaisante en son commencement avait menacé de se changer en bras de fer putride entre elle et Dante. Mieux valait en son sens mettre tout sur la table plutôt qu'elle ne se retrouve prisonnière d'une situation peu plaisante. Aussi laissa-t-elle le mage-dragon dérouler quelque peu ses explications. Elle avait beau connaître la puissance de son interlocuteur, elle ne le craignait pas. Peut-être était-ce une erreur, mais elle espérait bien que Dante comprit lui aussi dans quelle situation elle se trouvait, mais aussi de quoi elle était capable. Pensait-il que parce qu'Anton l'avait vaincue une fois et qu'il avait lui-même vaincu le Dévoreur il parviendrait forcément à la dominer ? Quoiqu'il en soit, elle donnerait un formidable combat le cas échéant.

Ce qu'il disait avait d'ailleurs du sens. Aussi continua-t-elle d'écouter alors qu'il proposait son étrange club. Abigaïl avait à la base une sainte horreur de ce genre de réunions et de sociétés de mystiques. La Moisson était un cas particulier car c'était elle qui prenait toutes les décisions, son organisation était presque une manifestation de sa volonté. Mais elle se souvenait très bien des cercles de sorciers de l'ancienne Londres. Elle avait essayé d'en rester éloignée, de se contenter de son pauvre quartier et des âmes en peine et esseulées qu'elle protégeait. Cela avait provoqué sa perte. Sans allié, sans lien avec le reste du monde surnaturel, elle était devenue une proie isolée et avait terminée enfermée dans un cercueil. Plus jamais.

"Vous avez raison et mon emportement a été excessif. Mais j'espère que vous comprenez quelque peu mes inquiétudes vis à vis tout ce qui touche un accord. Considérez cela comme de la paranoïa si vous le désirez, mais connaissant réciproquement nos natures et les réputations associées à celles-ci, je ne serais pas surprise non plus que vous ayez quelques doutes sur ma parole et mes intentions." Par exemple, elle pourrait très bien être en train d'élaborer une machination titanesque pour l'assassiner et récupérer ses ossements de dragons. Quel pouvoir résiderait dans une telle carcasse ! Plus qu'un destrier, elle pourrait sûrement créer là un monstre qui terroriserait la Terre pour les siècles à venir, qui rappellerait aux humains la fragilité de leurs existences et que la Moisson venaient pour chacun d'eux, portée par des ailes décharnées de dragon. "Donc vous imaginez simplement des rencontres régulières entre nous pour pouvoir discuter de nos projets et de ce leurs implications pour que personne ne soit lésé." Il y avait un problème avec cela. La notion de partage. Elle devrait dire à Dante ce qu'elle comptait effectuer et par conséquent, c'était lui donner des informations. Elle en récupèrerait en échange et si le tout se déroulait dans la parfaite honnêteté, ils en sortiraient tous deux gagnants. Mais il y avait beaucoup de si, ce qui laissait la nécromancienne insatisfaite pour le moment.

"Il y a beaucoup à y gagner. Bien entendu, cela implique aussi que nous nous fassions confiance. Pour que chacun donne à l'autre des informations véridiques. Oh, je ne mets pas en cause votre bonne foi, mon cher Dante, mais plutôt ma propre méfiance. Je n'ai pas même confiance en mon propre frère à juste cause, alors même que son esprit est emprisonné et soumis. Je ne fais pas même confiance à certains de mes associés..." A qui la faute ? Jay était une sorte de brute qui ne commençait apparemment que depuis peu à découvrir l'utilité de son cerveau. Quant à Renan, c'était une histoire bien plus compliquée. Après tout elle avait couché avec lui plusieurs fois, avait des échanges fleurissants avec lui, mais elle se refusait à lui faire confiance. Car pour cet homme, le jour où elle cesserait de lui être utile, il disparaîtrait ou tenterait de la laisser disparaître. Mais Dante était un cas particulier, il avait été un allié de poids à Falkenberg. Seulement, il y avait une récompense tangible en vue. "Est-ce que la simple garantie que nous ne contrecarrerons pas nos ouvrages réciproques est suffisante pour éviter que l'un de nous n'utilise ce qu'il saura des projets de l'autre pour ses propres fins ?" Ou plus simplement : est-ce qu'ils allaient se trahir ?

"Je ne veux pas me montrer ingrate, loin de là. Ce que vous prenez pour de l'ingratitude n'est finalement qu'une manifestation de ma prudence. Je sais très bien que sans votre aide, mon voyage en Europe aurait pu prendre un aspect bien plus sinistre. Mais je n'oublie pas une chose, vous n'êtes pas une chevalier en armure éclatante qui agit uniquement pour la bonne cause et pour le plaisir d'aider son prochain." Elle lui sourit. "Et je ne m'en plains pas. Je n'aime pas les personnes trop altruistes, elles sont difficiles à cerner. Je me demande juste sur la récompense est suffisante pour s'assurer que chacun de nous se conduise avec une certaine décence vis à vis de l'autre. Nous ne nous faisons pas totalement confiance, cela serait naïfs de notre part, non ?"

Après tout, elle trempait maintenant dans de trop nombreuses activités illégales. Les morts, animés ou non, voyageaient dans les couloirs du Necropolitan ou bien y étaient créés. Elle avait commencé des expériences sur de pauvres filles arrachées à leurs terres natales et enfermées dans les caves du bar. Certaines demeures étaient maintenant hantées à cause d'Abigaïl. Les occupants fuyaient, les prix de ces lieux baissaient jusqu'à ce que la nécromancienne, généreuse, se décide de les racheter. C'était ainsi qu'elle avait obtenu le bâtiment qui accueillait la Moisson maintenant et elle ne comptait pas s'arrêter là. Elle voulait créer une ville sous la ville, une version souterraine et mort-vivante de Star City, une Citerraine.

Elle haussa un sourcil interrogateur quand il parla de faveur. Ainsi donc, c'était sur ce genre d'échanges qu'ils se dirigeaient. Le dragon allait lui rendre une service et en échange elle ferait de même lorsqu'il le requerrait. Un jeu dangereux, car elle ne savait pas ce qu'elle pourrait bien lui céder à l'avenir. "Je suis méfiante." Certains diraient paranoïaque. "Mais je ne suis pas ingrate. Si faveur il y a, faveur je rendrais sans mal. Bien entendu, je ne suis pas non plus naïve au point de promettre n'importe quoi. Je pense que nous pouvons tous deux nous accorder sur le fait que nous saurons rester raisonnable. A moins que ce que je demande de vous ne vous apparaisse déjà comme exagéré ?" Après tout, elle ne lui demandait rien de moins que d'exorciser son utérus. Ce n'était pas le genre de choses que l'on voyait tous les jours. D'ailleurs, le fait que le mage dragon ait déjà entre ses mains les objets nécessaires était douteux... Est-ce qu'il savait avant son arrivée ? Est-ce qu'il l'espionnait ou bien était de mèche avec les personnes au courant ?

La nécromancienne réfléchit un instant à qui savait pour cette corruption. Renan bien évidemment, il en était en quelque sorte la source. Il y avait Rosamund aussi. La sorcière celtique connaîtrait-elle le mystique qui lui faisait face ? Méphistophélès savait aussi, tout comme cet Archidémon, Raphaël... La nécromancienne se rendait compte que bien trop de monde était au courant de ce qui se passait entre ses jambes. Cela ne pouvait pas être une bonne chose.

"La générosité ne me gêne pas, mais elle me surprend. Il n'est pas dans ma nature de vouloir alourdir certains stéréotypes, mais votre espèce n'est pas vraiment connue pour sa prodigalité." Bien au contraire. Après tout, les dragons n'étaient-ils pas des gardiens de vastes trésors ? Les protecteurs des sources et ravisseurs des vierges ? Ils avaient plus tendance à prendre et garder qu'à donner. Le nain Fafnir ne s'était-il pas changé en dragon par avarice ? "Mais ne vous inquiétez pas, vous pourriez avoir une réputation bien pire. Vous pourriez être une liche." Lâcha-t-elle finalement avec un large sourire.
 
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Message posté : Lun 29 Juin 2015 - 2:06 Message
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Le visage fermé, Dante observait Abigaïl sans prêter attention à rien d'autre que les inflexions de son visage et les mouvements de sa voix. Ou était-ce le contraire ? Bien malin qui aurait pu le dire en les voyant tous deux s'échanger des paroles tressées de fleurs sans pour autant trouver l'accord nécessaire qui leur garantirait à tous les deux de cohabiter dans la même ville sans se marcher sur les pieds. Il n'y avait pas un mûr entre eux, mais un véritable fossé. Dante était sans doute trop certain de son charme. Plaisanterie ! En vérité, le magicien voyait si loin qu'il ne comprenait pas qu'elle pût ne serait-ce qu'émettre des doutes ou des réserves à l'idée de cette géniale collaboration qui les mettrait à l'abri tous deux de querelles inutiles. Abigaïl était trop accrochée à sa méfiance et certainement deux siècles à dormir dans un cercueil n'est pas tout à fait la meilleure des cures, pour s'ouvrir aux autres. Comment pourraient-ils tous deux s'entendre ou s'accorder sur quoi que ce soit ?

Dante écoutait avec prudence et ce qu'il entendait lui donnait à voir que la demoiselle avait peut-être été trop longtemps habituée à vivre et agir seule, sans réel public, sans réel environnement social. Il était presque tenté d'interrompre leur discussion, de lui offrir gratuitement l'aide qu'elle était venue chercher auprès de lui, et de la laisser ensuite retourner à sa vie civile en attendant le jour où sa route croiserait celle d'un autre mystique aussi puissant qu'elle et moins conciliant que lui. Elle s'essaya alors à discourir de la confiance, mais à part lui, Dante songea avec un brin d'ironie qu'il avait placé sa confiance en elle, à Templeuve, puis à Falkenberg, et qu'il avait fait là une erreur, considérant l'issue de cette aventure européenne. Or, c'était lui qui proposait cette alliance défensive, en quelque sorte, et c'était lui qui se voyait opposer la défiance toute naturelle qu'ils devraient l'un l'autre s'inspirer.

Ce dragon-là s'était-il d'ailleurs jamais montré déraisonnable avec elle ? À quel moment avait-il porté du grain à moudre au moulin de sa méfiance et de son désintéressement ? Il lui semblait inutile de rappeler ce détail à son interlocutrice, qu'il laissa parler jusqu'au bout, avec respect et distance. Ses arguments feraient sans doute sens, s'il était disposé à les entendre. À la vérité, il ne comprenait pas vraiment où elle voulait en venir, ni même ce qu'elle semblait dire de sa proposition. Il choisit donc de répondre à l'unique question qu'elle avait posée directement. « Vous avez tout à fait raison. Sans confiance, il n'y aura pas d'entente possible. Mais sans entente, d'ici peu, nous nous disputerons inutilement parce que vous marcherez dans mes jardins, parce que je marcherai dans vos cimetières. »

Il avait usé d'un verbe qui définissait à lui tout seul ce qu'est un euphémisme. Toute dispute entre eux se solderait par une guerre dont le résultat serait un carnage atroce. Peut-être était-il d'ailleurs préférable de mettre un terme définitif à cette éventualité dès à présent, en concédant Star City à cette nécromancienne trop méfiante, en allant s'installer ailleurs où tous deux ne se gêneraient pas ? L'idée ne manquait pas d'ironie ni d'intérêt. Il se demanda toutefois ce qui expliquait qu'elle lui apparût si spontanément, et il y perçut les restes de l'estime qu'il avait pour Abigaïl. « Ma générosité n'est rien que la première pierre de l'entente que je souhaite former avec vous. Il est fâcheux que je ne puisse vous en faire comprendre plus explicitement l'intérêt. Vous semblez persuadée que ce club dont je parle serait une sorte d'officine de contrôle où vous devrez soumettre vos projets pour qu'ils soient sanctionnée d'approbation... or, je me répète, il n'en est rien. Je ne veux rien savoir de vos projets sauf si vous désirez vous en ouvrir à moi. Mais vous êtes une mystique puissante et nous aider réciproquement pourrait être utile et profitable si d'aventure un troisième larron chercher à causer du tort à l'un ou à l'autre. » Et il ajouta, avec un sourire effaré :

 « Ce que je veux, c'est officialiser, en quelque sorte, ce que nous avons fait à Templeuve. Collaborer sans pour autant nous lier par une association trop formelle. Laissez-moi vous donner un exemple. Je vois circuler ici beaucoup de monde depuis que j'ai ouvert cette échoppe. Il se peut qu'un jour, parmi mes clients se trouvent une poignée d'hommes désireux de mener une véritable croisade contre la nécromancie à Star City – imaginons ! Si je venais à en être informé avant vous parce qu'ils se fournissent ici en ingrédients ou objets pour le combat qu'ils croient pouvoir mener... n'aimeriez-vous pas que je vous tienne informée ? Que je fournisse à ces imbéciles des outils contrefaits pour vous nuire, de sorte que vous n'ayez pas à vous inquiéter ? » Elle lui répliquerait sans doute qu'elle était déjà bien assez puissante pour se prémunir, seule, contre ce genre de nuisances. Mais quand bien même ce serait le cas, la possibilité d'accroître son champ de vision sans avoir à se fendre le crâne d'un œil nouveau ne valait-elle pas déjà d'être prise en compte ? S'il échouait à la convaincre de ce point, était-il bien certain d'insister encore ? S'ils ne pouvaient bâtir un lien de confiance, sur la durée, alors il vaudrait sans doute mieux pour lui d'aller chercher ailleurs un partenaire pour ce Cercle des mystiques disparus qu'il souhaitait constituer. Quitte à, cette fois, réclamer, contre le rituel de purification, de plus sérieuses et brutales contreparties. Mais dans le fond le dragon demeurait assez optimiste et même confiant. S'il doutait de trouver un terrain d'entente avec Abigaïl, il ne doutait pas une seconde du plaisir qu'il prendrait à tergiverser avec elle. Il y aurait même eu de quoi le séduire, sur ce pâle visage, s'il n'avait été auréolé des filins de la mort.
 
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Message posté : Lun 29 Juin 2015 - 17:14 Message
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Une guerre de gangs, ou son équivalent mystique ne profiterait à aucun des deux. Abigaïl s’en rendait compte et c’était d’ailleurs pour cela qu’elle avait observé avec attention la proposition de son interlocuteur. Finalement, c’était plus son lien avec leur présente discussion, avec la corruption démoniaque qui l’avait gênée. Une telle collaboration devait se faire de leur plein grés, pas parce que l’un des deux avait besoin de l’autre dans l’immédiat. C’était cela qu’elle lui avait reproché finalement, mais son interlocuteur n’avait pas semblé la comprendre parfaitement. Ce qui ne l’empêcha pas de garder son calme et de conserver son sourire bien inconsciente des pensées du mage-dragon.

« Je ne compte pas me dresser contre vous, mon cher Dante. J’imaginais que c’était clair et en effet, j’ose espérer que nous trouverons toujours un terrain d’entente. Votre proposition est plus proactive, mais je ne la désapprouve pas pour autant. J’ai juste besoin de clarifier les choses pour mon propre bien. »

Car oui, Abigaïl ne faisait confiance à presque personne. Dante n’avait-il pas pactisé avec le Dévoreur dès sa victoire sur la nécromancienne ? Même s’il n’avait pas eu d’autre choix, cela lui laissait un goût amer dans la bouche. Il n’aurait pas pu venir la sauver bien entendu et sûrement ne voulait-il pas détruire son corps, mais tout de même… Elle aurait apprécié qu’il eut protesté un minimum face à la situation, qu’il prenne au moins le temps de menacer son frère, mais si cela n’aurait été que pour le principe. Et oui, le mage-dragon ne l’avait jamais déçue lorsqu’elle faisait encore partie des vivants, loin de là. Mais il avait eu un prix, quelque chose à y gagner. Quoiqu’en y réfléchissant bien, il avait aussi à y gagner maintenant.

« Je pense que vous sous-estimez mon intérêt pour votre proposition. Même si je me méfie, cela ne signifie pas que je ne suis pas intéressée. Vous comprenez bien que dans ma situation, quand on est habituée à côtoyer des démons et des fantômes avides de vengeance, il faut se tenir prêt à être trahi. Bien entendu je suis injuste envers vous car vous ne m’avez jamais trahie, loin de là. Mais de l’eau a coulé sous les ponts et je ne suis plus la petite nécromancienne qui en voulait à son frère en Europe. J’ai beaucoup plus à perdre maintenant que jamais. Ce qui rend d’ailleurs votre offre d’autant plus alléchante. J’aime juste tremper un doigt pour connaître la température de l’eau avant de plonger. »

L’offre avait été surprenante après tout. Oui, Dante était sûrement ce qui s’approchait le plus d’un ami avec Rosamund. Mais qu’il veuille se lier à elle de cette manière ? Il lui avait paru tellement puissant lors de leur première rencontre, tellement pus qu’elle… Elle imaginait difficilement un tel individu utiliser les gens autrement que comme des pions. Mais apparemment, elle avait tort. Ce qui ne serait pas la première fois et probablement pas la dernière. La nécromancienne ne se targuait pas de n’avoir fait aucune erreur au cours de sa longue vie. Elle s’assurait juste que personne ne restait suffisamment longtemps en vie pour en parler. Une option qui ne lui convenait de toute façon pas quand cela concernait le mage-dragon. Un tel individu gagnait à être en vie.

« Ce que je ne comprends pas, c’est comment est-ce que nous pouvons éviter d’entrer en collision si nous ne savons pas ce que prévois l’autre ? Même si vous m’assurez que je pourrais garder mes petits secrets, à un moment ou un autre, je devrais en révéler certains pour m’assurer que je n’empiète pas sur votre territoire. Je devrais juste le faire en avance, plus tôt que trop tard finalement. D’ailleurs en guise de votre générosité je peux vous en révéler un. Il y a un bâtiment en centre-ville, une auberge de jeunesse en apparence, qui connût une tragédie quelques semaines plus tôt. Une secte satanique y fut massacrée, par mes soins entre autre. Je compte racheter le bâtiment et en faire un « nid » pour certaines de mes créations. Rien de bien folichon bien entendu, des vampires, stryges ou autres revenantes qui offriront leurs faveurs à quelques passants en en prélevant certains de temps à autre. Les démarches pour acquérir le bâtiment sont déjà en marche et j’ai déjà commencé à me créer mes « filles ». Je suppose que vous ne vous attendiez pas à ce que je devienne une maquerelle nécromante. »

Elle croisa les doigts devant son menton, réfléchissant, mais surtout observant toutes les réactions de son interlocuteur. Dante en savait maintenant beaucoup plus que beaucoup sur les projets d’Abigaïl. La création de son bordel pour damnés n’était connue que d’Anton. Un certain mutant aurait pu le deviner, celui-là même qui lui fournissait les filles, mais Abigaïl pensait bien qu’il ne préférait ne rien savoir. Quoiqu’il en soit, elle espérait que cette information, aussi ténue puisse-t-elle paraître pourrait bien révéler au dragon ses bonnes intentions à son égard.

« Il y a une différence entre une entraide active et de simples réunions pour éviter que chacun n’empiète sur le territoire de l’autre. A dire vraie, je préfère la possibilité que vous énoncez. Sans vous je n’aurais jamais échappée à Templeuve et je ne l’oublie pas, croyez-moi. Si vous voulez officialiser une alliance, je suis tout à fait d’accord. Mais appelons cette organisation parce qu’elle est d’accord ? Ce n’est qu’un détail sémantique bien entendu. Simplement éviter une collision entre nos objectifs est autre chose qu’une aide réciproque. Si vous m’indiquez qui me menace, j’en ferais de même. Si tant est qu’il reste des chasseurs de dragon en ce monde. » Elle eut un léger rire. Sûrement y en avait-il, quel siècle bizarre celui dans lequel ils vivaient.

« Mais plus sérieusement, je pourrais vous apporter mon soutien ou celui de mes minions si vous en ressentait le besoin et de la même façon je pourrais faire appel à vous. Cela me semble être une opportunité acceptable. Bien entendu, nous garderons nos secrets, mais nous pourrons néanmoins agir l’un pour l’autre. »

Voilà, cela avait pris plus de labeur que de nécessaire assurément. Abigaïl comme toute femme se respectant était d’humeur fluctuante et sûrement plus lunatique que beaucoup. Ce qui ne l’empêchait pas de savoir se résoudre à la raison lorsque c’était nécessaire.
 
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Message posté : Jeu 2 Juil 2015 - 0:20 Message
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Clarifier les choses pour son propre bien. Il pouvait le comprendre. La nécromancienne se sentait très sûrement entourée d'ennemis et ses amis se comptaient probablement sur les doigts d'une main déjà privés de quelques extrémités. Les créatures et créations d'Abigaïl comptaient-elles d'ailleurs au rang de ses proches ? Dante avait du mal à imaginer la demoiselle organiser une petite fête d'anniversaire et célébrer ainsi son... âge aux chandelles avec la joyeuse bande de ses minions. Quel âge avait-elle précisément d'ailleurs ? Dante soupçonnait toujours un nombre à trois chiffres, mais il était indiscret d'oser poser la question ouvertement comme il était vain de questionner réellement l'âge de la Mort que la demoiselle personnifiait à ses yeux. Il l'apprendrait un jour, à force de déductions et de découvertes. Un bref séjour dans les archives municipales de plusieurs villes européennes le mettrait bien sur la voie, après tout ! Il avait joint ses mains devant lui et dans un geste qui évoquait peut-être le souvenir alangui des gammes qu'il placardait avec rigueur sur les blanches et noires dents d'un piano, il écoutait se dérouler pour lui les explications d'Abigaïl, toujours soucieux de percer les mystères d'un visage qui ne révélait rien de ces noirceurs cachées sous la banquise d'une peau impeccable. Quel étrange destin que le sien si d'aventure elle finissait par adopter la forme horrifique des monstres de nécromancie, à l'instar de la forme prise par son défunt frère. Le produit de son imagination serait sans doute insuffisant à dessiner les contours de la bête qu'il pourrait avoir en face de lui si Abigaïl ne se contentait plus de l'enveloppe charnelle choisie par son créateur.

 « Je veux bien croire que la proximité des démons soit source d'un surcroît de préoccupations. » Il ne dit rien de plus pour ne pas interrompre la demoiselle qui devinerait volontiers au ton de sa voix que Dante ne portait pas les démons dans son cœur et qu'il compatissait, en quelque sorte, à tous les tracas que lui causaient les regrettables incursions en milieu démoniaque. Tous deux n'étaient pas de vulgaires sorciers de Garenne, ils connaissaient les forces du mal et au royaume des puissances maléfiques, leur nom résonnait d'un certain prestige. Dante comme Abigaïl ne fuyaient ni les démons ni les horreurs infernales, pourtant l'un comme l'autre semblaient nourrir les mêmes réserves à l'égard de cette engeance. Qu'elle fût feinte ou non du côté de la Nécromancienne, cette prudence rassura le magicien qui put y trouver l'écho de sa propre expérience avec les fils des Enfers. Mais la prudence qu'il avait pour les démons et les réticences qu'il nourrissait toujours pour eux ne l'empêchaient guère de faire usage de leurs services, à l'occasion, quand il les invoquait. Par chance, le mépris général qu'il avait pour eux le préservait de la traditionnelle fascination qu'exerçaient ces créatures sur le public des mystiques trop aisément tentés par ces confidents obscurs, et dangereux. Mais ce mépris n'était pas tout à fait libre, puisqu'il était conditionné par son propre sang, puissant liquide qui l'irriguait de toute l'aversion de ses ancêtres qui toujours préférèrent asservir les démons plutôt que négocier avec eux – parfois avec des résultats tragiques, mais il est encore tôt pour évoquer la sinistre boucherie de Bayonne, un certain jour de mars 1253, quand on découvrit le cadavre d'une jeune femme en plusieurs morceaux, que les notaires de l'époque comptèrent jusqu'à sept cent soixante-dix sept.

L'évocation du futur lupanar que décrivait Abigaïl arracha au dragon un sourire moins carnassier qu'amusé, moins gourmand qu'intrigué.  « Je m'attendais à beaucoup de choses de votre part et je savais que vous sauriez toujours me surprendre. » Il n'était pas déçu. Une maison de tolérance peuplée des sombres bêtes de la nuit, des vampires et des stryges ? Il y avait là tous les ingrédients d'une belle salade macabre, et peut-être aussi les fils blancs d'un manteau aux coutures trop visibles, mais il ne doutait pas une seconde que la griffe d'Abigaïl fût de nature à embellir ce projet d'une signature bien à elle, de sorte qu'il fût un véritable exemple pour ceux qui prendraient sa suite – à la différence près que personne ne prendrait jamais la suite d'Abigaïl, tout comme personne ne prendrait jamais la sienne. Dante ignorait tout des projets personnels d'Abigaïl, mais croyait deviner que l'immortelle ne se soucierait guère de fonder une famille pour pérenniser son œuvre, puisqu'elle l'incarnerait toujours. De même qu'il vivrait, lui-même, à travers ses descendants, l'un après l'autre, jusqu'au jour où l’élixir de longue vie qu'il saurait produire saurait le maintenir en vie pour l'éternité, dans la délicieuse jouvence qu'il avait retrouvée. Mais Dante ignorait encore que l'élixir viendrait agir de la même façon que le sang du dragon qui lui offrait déjà l'immortalité – mais non la jeunesse. Abigaïl serait donc bientôt une maquerelle nécromante. Cette image vaudrait d'être immortalisée par un vitrail ! Tout comme les derniers mots qui sortirent de sa bouche.

 « Vous me rappelez qu'il faut que j'inscrive à mon programme d'éliminer tous les sauroctones qui pourraient menacer l'intégrité de mes écailles. » Il se permit un ricanement douceâtre. Depuis qu'il avait pris conscience du caractère illustre de son lignage et de la profondeur de sa mémoire, qui puisait les souvenirs dans les millénaires qui le précédaient, Dante avait pris conscience de la constance de ce combat de l'homme contre la bête, que les personnages archétypaux du chevalier et du dragon personnifiaient. « J'admire votre constance, vous avez mis les mots les plus justes sur l'accord que nous pourrions conclure. J'y souscris. Notre alliance nous permettra de coexister tout en nous offrant de jolies perspectives pour le futur. Ce dragon et ses féaux jamais ne vous nuiront. Voulez-vous que nous couchions cela sur le papier ? J'ai dans mes tiroirs un vélin de Babylone j'imagine que vous n'ignorez pas la rareté de ce genre de papier... » Quant à ses vertus magiques, elles n'étaient que fantasmées par quelques poètes de l'antique empire oriental, qui donnaient à ce vélin la capacité à rendre tous les pactes inscrits sur son écorce la force de survivre à toutes les épreuves. L'alliance consignée sur un tel papier ne pouvait que durer éternellement. Mais qu'était-ce que l'éternité, pour ces deux êtres appelés à l'embrasser de tout leur être ? Les réticences de Dante, que la raison muselait, se tairaient pour le moment, et le temps dirait s'ils étaient appelés à se retrouver dans l'amitié si singulière que leur préparaient leurs natures respectives. « Et comme premier geste de ma part en tant qu'allié, je m'engage à presser le pas. Le rituel de purification pourra s'accomplir dès le mois d'août. Il me reste encore à réunir quelques ingrédients, mais je peux sans mentir vous assurer que tout sera prêt pour le mois du lion. » Un éclair passa dans ses yeux, brillante intuition qui lui inspira une nouvelle commande, pour son forgeron, de quoi sceller l'alliance qu'ils venaient de conclure de la plus belle des façons, d'une façon très latine en quelque sorte. Mais la surprise exigerait la plus grande discrétion.
 
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Message posté : Ven 3 Juil 2015 - 10:17 Message
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Abigaïl ne put s’empêcher d’afficher un léger sourire quand Dante mentionna les démons. Il partageait sa méfiance si ce n’était mépris vis-à-vis de ces engeances. Mais elle s’en était doutée lors de leurs pérégrinations en Europe. Que ce soit face à la créature qui avait fuie à Templeuve ou bien l’immondice qui avait été invoqué par Anton. D’ailleurs la nécromancienne avait appris de grandes choses sur l’engeance ténébreuse en discutant avec son frère et notamment sur les entités « cornues ». Même si justement ceux qui étaient si justement craints par les frêles agneaux chrétiens n’en avaient pas vraiment. Pour Abigaïl, l’église, dans son obscurantisme pour le moins non surprenant, avait fait une confusion magistrale entre deux types de créatures. Entre les anges déchus et immatériels qui erraient dans leurs enfers et d’autres bêtes, dont les formes variables et horribles correspondaient bien plus aux gravures qu’on pouvait trouver. Tout cela n’était pas issu que de l’imagination de quelques moines fébriles et prompts à effrayer le paysan moyen. Non, ces créatures ignobles dotées de sabots et de cornes n’étaient pas des anges du Seigneur qui s’étaient dressés contre lui. Mais des créatures plus anciennes, des serviteurs de dieux ténébreux qui existaient bien avant la première lumière de ce monde.

Mais des deux engeances, la nécromancienne ne savait pas laquelle était la plus à craindre. Les deux méritaient grandement la méfiance des deux mystiques, c’était assuré. Surtout qu’Abigaïl était en train de voir si Méphistophélès, cette créature qui l’avait délivrée de la prison d’Anton appartenait aux démons des enfers ou à ceux de l’Abysse. Si elle avait cru s’être trouvée devant le Diable lui-même, la vérité pourrait bien être pire qu’elle ne l’aurait imaginé. Heureusement, si on ne pouvait pas faire confiance à un démon, on pouvait sûrement le faire à un dragon. Tant qu’on ne cherchait pas à le contrôler. Quelle monstrueuse engeance aurait formé leur fusion. Un être maléfique et « gore » comme le diraient sûrement les jeunes de cette époque dont la contraction barbare donnerait un nom comme Malfégor.

La nécromancienne laissa là ces dérives intellectuelles peu pertinentes, son interlocuteur méritait toute son attention. Surtout qu’elle fut ravie d’être encore capable de le surprendre. Après tout, les immortels avaient la douce habitude d’entrer dans des schémas assez répétitifs et de devenir des individus quelque peu ennuyeux, ou justement cherchant constamment à combattre cet ennui. Mais contrairement à ce qu’elle clamait, Abigaïl n’avait rejoints les rangs des intemporels que depuis peu. C’était la magie d’un autre qui lui avait permis de voyager jusqu’à cette époque dans un sommeil lugubre. Maintenant elle pourrait survivre des éternités aux côtés du mage-dragon. Une raison supplémentaire pour s’en faire un allié, et peut-être même un ami, dans la tourmente à venir.

« Voyons, une femme se doit d’être insaisissable, mystérieuse, toujours capable de surprendre justement. » Elle adressa un léger sourire charmeur à l’homme, sachant très bien qu’elle ne trouverait aucune étreinte chez lui. Abigaïl se demandait encore si son charme était fané pour lui du fait de sa sombre magie ou bien du fait qu’elle soit une femme. Quoiqu’aux vues de l’individu, cela pouvait être une toute autre excentricité ! Les temps où elle était une femme chaste aux appétits à peine dessinés lui manquaient presque. « Je doute que vous n’ayez l’utilité d’un tel bâtiment, mais si vous souhaitez un jour jouer avec l’étreinte douceâtre de la mort, je vous préparerais un accueil particulier. »


Mais les crocs d’un vampire ou le toucher d’une goule ne devaient pas faire partie des expériences que le mage-dragon cherchait à vivre. Après tout, il avait déjà étreint la Faucheuse avant sa première rencontre avec la nécromancienne. Bien entendu, il l’avait fait moins de fois qu’Abigaïl, mais ce n’était pas le genre d’instant intime que l’on oubliait. Les ténèbres insaisissables de l’oubli laissaient bien souvent une marque indélébile. Même si la force vive du feu du dragon pouvait bien la faire disparaître.

« Si un chasseur de dragon croise ma route je me ferais un plaisir de vous l’envoyer. Plus mort que vif j’en ai bien peur. Mais peut-être que la poudre de leurs os pourrait avoir une utilité alchimique ? Ou tout du moins assurer d’éventuels adversaires que vous n’êtes point une vulgaire salamandre. »

Elle doutait que Dante eut beaucoup d’adversaires à craindre. Comme elle, il se dressait en haut de la chaîne alimentaire mystique. Si on faisait obstruction de l’Archimage bien entendu, cette figure mythique qui rôdait dans l’esprit de chaque pratiquant des arts noirs. Bien entendu, l’intérêt de leur alliance serait bien qu’ils puissent s’ils le désiraient se dresser contre un tel individu et si ce n’est le tuer, le repousser. Quoique le mieux serait de l’enfermer pour l’éternité dans une prison où il ne pourrait leur nuire. Sûrement en parlerait-elle plus tard à Dante, quand tout serait officialisé.

« Votre parole me suffit. Je n’accorde pas ma confiance facilement, mais une fois que c’est fait, je pense que je n’ai pas à le regretter. Mais si vous considérez qu’un accord scellé par l’encre et la magie serait plus viable pour nous deux et bien je ne puis que m’incliner. »

Bien entendu cela pourrait impliquer qu’elle ne pourrait pas le trahir. Mais le comptait-elle vraiment ? Après tout, même si Abigaïl devenait la déesse de la mort régnant sur cette Terre, elle pourrait avoir utilité d’un individu tel que Dante à ses côtés, que ce soit en tant que conseiller ou monture. Même s’il la brûlerait jusqu’à ne laisser d’elle que des cendres avant qu’elle ne puisse monter sur ses os assurément. En tout cas, cette boutique était véritablement pleine de surprise. Abigaïl y était entrée dans l’espoir de trouver un remède contre sa syphilis démoniaque et en ressortait avec un allié de poids. Une bonne journée pour beaucoup.

« Août. Bien. Je n'avais aucun doute sur vos capacités en venant ici et encore une fois, je ne suis pas déçue. »

Elle resta impassible mais elle comptait les jours. Depuis sa dernière étreinte avec l’officier de la pénombre, la corruption était anormalement calme. Trop calme. Bien insouciante, Abigaïl ignorait que cette souillure et l’individu qui l’avait orchestrée avaient été contentés par ses ébats. Ils n’avaient plus besoin d’elle en tant que démone lubrique, mais en tant que couvoir. Les choses étaient encore trop brouillonnes en son sein pour être discernables, mais ce n’était plus qu’une question de jours, ou de semaines pour que la réalité de sa grossesse ne soit révélée.

D’ici là, il resterait à savoir si elle voudrait conserver son rejeton démoniaque ou bien aller jusqu’au bout du rituel que lui offrait le mage-dragon. Mais cela, seul l’avenir pourrait vraiment le révéler et elle avait de toute façon beaucoup à penser.
 
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Message posté : Sam 4 Juil 2015 - 15:47 Message
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Dante se prit à rire. Il était certain que le portrait lapidaire que dressait Abigaïl convenait aux femmes de toutes les époques et de toutes les géographies. Depuis qu'il avait installé un véritable sanctuaire sous le palais Beaudrie, depuis qu'il avait acquis nombre d'ouvrages anciens voire antiques, Dante s'était mis en tête d'accroître son érudition et, à la faveur de sa mémoire démultipliée, il s'était vu conforté sur ce chemin par de subtiles facilités d'apprentissage. Ainsi se souvenait-il par exemple des Tyrrhéniens, autrement nommés les Étrusques, établis sur l'île grec de Lemnos, au nord-est de la mer Égée, et à Imbre, qui furent chassés par les Athéniens. Ils abordèrent à Ténare, le point le plus méridional du Pélopponèse, alors que les Spartiates faisaient la guerre aux Hilotes. Admis à vivre selon les lois de Sparte, et à contracter des mariages, les Tyrrhéniens ne participaient pas au gouvernement, pas plus qu'ils n'assistaient aux délibérations. Suspects de révolte, ils furent jetés en prison par les Lacédémoniens, c'est-à-dire les Spartiates. Leurs femmes, après s'être concertées, vinrent à la prison et demandèrent aux gardes la permission de voir leurs maris et de leur parler. On les laissa entrer et elles changèrent d'habits avec eux. Ainsi déguisés, les hommes sortirent le soir, et les femmes, vêtues en hommes, demeurèrent dans la prison, prêtes à tout endurer avec joie, puisqu'elles avaient eu le bonheur de sauver leur mari. De leur côté, ceux-ci n'abandonnèrent pas les intérêts de leurs épouses ! Ils s'emparèrent des hauteurs du Taygète et soulevèrent les Hilotes. Cela fit peur aux Lacédémoniens qui entamèrent des pourparlers, rendirent les femmes à leurs maris, leur donnèrent même des vaisseaux et de l'argent, et les envoyèrent en colonie en tant que Lacédémoniens. Cette ruse démontrait déjà la grande ressource des femmes dont il faut toujours se méfier, quoiqu'on en dise ! Si bien que le magicien croyait volontiers qu'une femme comme Abigaïl pût être insaisissable, mystérieuse et toujours capable de surprendre, comme elle le déclarait elle-même si bien. Il déclina néanmoins l'invitation d'un sourire doucereux.  « Allons, si je devais jouer avec l'étreinte de la mort, je ne saurais me satisfaire de la caresse d'une autre que vous. » Pourquoi chercher le feu d'une passion nocturne dans les bras d'une vampire ou d'une stryge, quand le seul espoir de goûter les lèvres froides d'Abigaïl suffisaient à nourrir l'imagination au-delà de toutes les espérances ? Entre le compliment, l'aveu et la taquinerie, Dante laisserait à son interlocutrice le soin de choisir le sens qu'elle voudrait pour cette réponse, mais il se doutait bien que l'importance tactique de leur discussion éloignait toutes les autres considérations de leur entretien. Sous les franges de la plaisanterie, le sérieux régnait en maître absolu.

Si d'aventure Abigaïl croisait un sauroctone, elle le lui enverrait. Cet élément-là de leur accord, plus que les autres peut-être, le réjouissait. Il ne doutait pas une seconde de pouvoir se défendre contre un chevalier pétri de bonnes intentions et armé d'une épée terrible, mais il savait aussi, à la faveur de ses lectures de jeunesse, qu'une sorte de fatalité inexorable attendait au tournant tous les dragons trop imprudents. Le chevalier triomphe toujours, et emporte avec lui la princesse ou le trésor. Cette réalité empirique, tristement confirmée au fil des ans par l'imagerie ludique, ne le préoccupait guère, sinon chaque fois qu'il entendait parler, ici et là, d'un individu capable d'abattre les bêtes monstrueuses. Ainsi l'alliance de la nécromancienne ajouterait encore à l'arsenal des armes dont il disposait contre ce genre d'ennemis, peut-être le pire genre qu'il pût rencontrer d'ailleurs. Cela lui fit penser d'ailleurs : où donc était la lame de Saint-Georges, la lance d'Ascalon ? Cette arme terrible, dont le seul nom suffisait à nourrir en lui de bien désagréables sensations, devaient absolument être retrouvées.  « La poudre d'os a toujours une utilité alchimique. C'est un ingrédient indispensable de tout philtre pétrificateur. Elle sert aussi à tous les philtres de mort ou de long sommeil. Une pratique d'ailleurs bien connue d'une certaine Grimhilde que vous connaissez sans doute. » Abigaïl se souviendrait sûrement du nom de la sorcière qui fut bien malgré elle un personnage du conte de Blanche-Neige.  « Mais de grâce, ne vous démunissez pas si d'aventure ces ossements vous sont utiles pour grossir les rangs de vos serviteurs ! Ne me faîtes parvenir que la poudre d'ossements dont vous ne vous servirez pas. » Il eut d'ailleurs un instant la macabre visible d'une légion de squelettes marchant sur la Tour de la Paix et fut pris d'un frisson extatique. La question du contrat de papier s'éleva alors et Dante, aux mots d'Abigaïl, sut précisément quoi répondre, ce qui justifia le geste animé de sa main.

 « À la vérité ma chère, je doute que la magie de ces parchemins, qui reste à prouver, puissent nous tenir l'un ou l'autre à notre parole. Je le proposais par goût des archives et des vieilleries, ni plus ni moins pour que, dans cent ans, quand ce dragon comptera les pièces de son trésor, il y trouve ce vieux parchemin et se souvienne de ces instants magiques. Alors je rédigerai le traité de cette alliance et vous le signerez quand vous reviendrez me voir. » En août donc. Un rendez-vous que Dante ne manquerait pour rien au monde. Pressentant la proximité de l'issue de l'entretien, il ajouta d'une voix plus sérieuse, car il était un détail qu'il avait jusque-là omis de mentionner.  « Jusque-là d'ailleurs, je ne saurais que trop vous conseiller d'éviter tout... contact avec l'engeance démoniaque, comme ceux qui vous ont mis dans cet état. Car le rituel fonctionnera indifféremment, mais sa puissance purificatrice sera immédiatement liée à la virulence de l'infestation. Et quand bien même vous seriez définitivement sauvée de l'influence maléfique après coup, les séquelles peuvent être inévitables. Les souvenirs laissés par l'engeance démoniaque seront peut-être irréparables, mais la purification sera globale. » Par souvenirs, il entendait les éventuelles lésions infligés aux parois intérieures d'Abigaïl, sans se douter une seconde qu'un souvenir bien particulier croissait entre les muqueuses de la demoiselle.

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Message posté : Lun 6 Juil 2015 - 13:43 Message
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Abigaïl haussa un sourcil interrogateur lorsque Dante émit sa remarque. Elle était si certaine que son charme féminin n’avait aucune emprise sur lui qu’elle ne voyait dans sa remarque qu’une flatterie de plus. Après tout, à Templeuve et avant l’assaut de Falkenberg, Abigaïl avait été stimulée par l’absence de son frère, se sentant vivante pour la première fois de sa longue existence et par conséquent avait essayé de séduire le mage-dragon. En vain. Maintenant elle trouvait ses appétits contentés elle trouvait moins de charme dans le visage d’éphèbe de Dante. Il était beau, elle lui accorderait cela, mais trop lisse pour elle, bien que son esprit fût des plus formidables.

« J’apprécie beaucoup votre remarque. Mais j’ai bien peu de ne pas être au menu. Quoique je pourrais faire une exception pour un homme tel que vous. Tout dépendra du moment et des circonstances je suppose… »

Mais elle doutait vraiment de le voir un seul jour s’intéresser à elle d’un point de vue charnel. Elle n’en prenait point ombrage comme en témoignait le léger sourire qui ourlait ses lèvres. Ce n’était qu’un jeu de flatteries entre eux finalement, tout comme celui qu’elle menait avec l’officier de la Pénombre mais en faisant usage de sous-entendus plus graveleux. Heureusement l’élégance du verbe du dragon ne se prêtait pas trop aux remarques bien trop cavalières, ce qui était plutôt rafraîchissant pour la nécromancienne.

Il y avait un autre sens ici… Est-ce qu’il faisait d’elle sa faucheuse personnelle ? Cela flattait bien plus l’égo d’Abigaïl qu’une possible étreinte d’une nuit. Il arrivait que des immortels se lassent des plaisirs de la vie, qu’ils soient fatigués, plus mentalement que physiquement. Alors peut-être que si un jour le mage-dragon décidait de quitter définitivement ce monde, décidait de rejoindre les méandres de la mort, il se tournerait vers la nécromancienne ? Même si elle n’y trouverait aucun plaisir particulier, Abigaïl accomplirait son office si c’était le cas. Quoiqu’il en soit, si un tel cas de figure devait se présenter, des siècles voir des millénaires les en séparaient encore. Aussi ne poussa-t-elle pas trop cette réflexion en ce point. Après tout, il n’y avait sûrement là qu’encore des paroles sucrées comme le dragon en avait le secret.

La poudre d’os possédait des secrets apparemment. Abigaïl ne fit aucune remarque. Apparemment afficher les crânes de ses ennemis sous son porche pour prévenir d’éventuels assaillants ne convenait pas trop au dragon. Abigaïl elle-même avait plus tendance à afficher leurs spectres, prisonniers de Deuil et obligés de la servir pour l’éternité. Il y avait du bon à manier la magie de la mort. Bien entendu elle n’était pas à l’abri qu’un jour certains individus viennent chercher à libérer les âmes asservies. Comme le prêtre-guerrier qu’elle avait crucifié dans son église. Mais même cet individu pourrait se révéler utile un de ces jours.

« Je verrais ce que je peux épargner. Les os ne sont pas vraiment ma spécialité. Je m’occupe plus de l’esprit ces derniers temps. Mais après tout, c’était presque déjà le cas à Falkenbeg. » Elle se souvenait notamment du fantôme renommé affectueusement Quignon du fait de son faciès malheureux. « Mais je ne doute pas que j’aurais de la poudre d’os à vous fournir. Que ce soit sur les restes de repas de quelques-uns de mes clients ou sur de vieilles sépultures. »

Même si elle évitait de trop piocher dans ces os-là. Si elle donnait une demeure aux morts qui ne parvenaient pas à franchir la barrière entre les mondes, cela ne signifiait pas qu’elle aimait trop déranger ceux qui n’avaient pas à l’être. Plus depuis que son frère n’avait plus les commandes en fait. Si elle devait récupérer des cadavres, généralement elle s’arrangeait pour que l’âme l’ait déjà quittée. Ou bien elle l’asservissait aussi si le besoin s’en faisait sentir. Aurait-elle besoin d’un sauroctone mort-vivant ? Non, pas vraiment. Pas avec ce pacte qu’ils signeraient bientôt.

« Parfait. Donc nous nous reverrons en août pour officialiser cet accord et pour s’occuper de mon petit problème. » Elle sourit. Apparemment la discussion touchait à sa fin. Tous deux avaient eu ce qu’ils désiraient. Elle récupèrerait les ossements d’Anton, Dante aurait du sang de fée, ils formeraient une alliance et finalement, Dante pourrait a débarrasser de la corruption démoniaque. Tout un programme en perspective. « Et ne vous inquiétez pas je ne comptais pas réitérer l’expérience de sitôt. Même si ma dernière mésaventure de la sorte semble bien avoir calmé cette même corruption. Je vous tiendrais au courant de quelconques évolutions avant notre prochaine rencontre, pour qu’il n’y ait pas mauvaises surprises lors du rituel. Je ne tiens pas à en garder les séquelles que vous mentionnez jusqu’à la fin des temps. »

« Auriez-vous une autre demande ? En tout cas si vous vous trouvez un jour à errer près du Necropolitan vous pourriez vous y arrêter, si vous n’avez pas peur de boire aux côtés d’individus un peu défraîchis. » Par défraîchis elle entendait décomposés. Certains des clients de la nécromancienne étaient morts depuis bien longtemps. « S’il n’y a rien d’autre, je ne peux que vous remercier pour cette entrevue enrichissante. Cela aurait été un plaisir de vous revoir. » Et cette réflexion n’était pas feinte.
 
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Message posté : Lun 6 Juil 2015 - 19:30 Message
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Au sourire de la nécromancienne répondit le sourire du dragon. Il était évident que tous deux ne connaîtraient point d'étreinte charnelle dans un premier temps. Peut-être plus tard, à la longue, quand tous deux en sauraient davantage l'un sur l'autre, quand la belle Abigaïl souhaiterait se chauffer à la flamme du dragon, quand celui-ci souhaiterait embraser les steppes glacées de la demoiselle. Pour l'heure en tout cas le magicien se doutait bien qu'elle jouait tout comme lui avec les mots et ce picoti-picota du verbe n'était peut-être pour tous deux qu'une façon d'exprimer l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre, admiration gonflée sans doute d'un désir muselé des chaînes de la nécessité. Eût-il connu Abigaïl plus tôt qu'il en aurait fait sa reine, pour embraser le monde et lui offrir le charnier planétaire qu'elle méritait. Mais parfois les Parques ont le sens de l'humour et de l'ironie. L'éternité les lierait peut-être un jour à la faveur d'une concorde plus intime, mais pour l'heure de plus prosaïques considérations occupaient son esprit. Ainsi le magicien fut très satisfait de l'entendre déclarer que les os n'étant pas sa spécialité, elle aurait pour lui beaucoup de poudre d'os à fournir. Un tel accès à un matériau somme toute difficile à acquérir ne se refusait guère, et Dante se promit d'ailleurs de trouver de quoi dédommager Abigaïl pour cet effort qu'elle lui concédait.

 « Je m'en voudrais de délester vos clients de ce si rare condiment, mais qui suis-je pour décider pour vous du menu servi à votre table ? » répliqua-t-il avec un brin d'humour et de perversion, en quelque sorte. On aurait pu s'attendre à ce que l'évocation d'un banquet cannibale ou nécrophage l'emplît d'un dégoût certain, mais il n'en était rien. S'il était lui même un gourmand et un gourmet, en quelque sorte, à force d'avoir fréquenté les meilleures tables d'Europe du temps où il dirigeait les meilleurs orchestres du monde, Dante n'en demeurait pas moins un dragon dont la voracité fut parfois... fatale à ses malheureux ennemis qu'il dévora crus pour n'en recracher que les os et les vêtements lacérés. Il hocha la tête. Août serait bientôt là, ce qui signifiait qu'il aurait beaucoup de travail. Le hasard, constance curieuse, avait chargé ses épaules de nombreuses tâches à l'été revenu, et sans craindre la dispersion Dante accueillait les jours à venir avec l'appréhension de la fourmi qui s'apprête à la tâche pour la colonie.

Mais il n'agirait pas pour le bien des siens, ni même pour le plus grand bien, mais bien dans son seul intérêt à bien des égards, sauf dans le cas précis d'Abigaïl, puisqu'il concocterait pour elle ce rituel purificateur qu'il préparait également pour un autre, et dont il songea un instant à déposer le brevet auprès de... à la vérité, il n'existait au monde aucune institution responsables des brevets magiques. Cette liberté n'était pas déplaisante. La remarque d'Abigaïl le fit rire. Qu'entendait-elle précisément par individus un peu défraîchis ? Lui-même avait voyagé des heures durant au côté d'une tête réduite maintenue en vie par un enchantement bizarre depuis près de sept siècles, d'Istanbul à Zanzibar. Il ne connaissait pas plus défraîchi au monde. « Je viendrai volontiers. »

Le regard de Dante s'abaissa sur la tasse vide dont il avait dérobé le contenu une seconde fois au cours de la conversation. Ce délicieux breuvage le mettait en appétit. Il n'avait pas osé suggérer une visite au Necropolitan, estimant la proposition trop hâtive ou trop impétueuse, mais il se réjouissait de se voir offrir cette possibilité. Abigaïl était venue à lui et connaissait désormais cette boutique. Elle en constaterait certainement la prochaine évolution quand Dante procéderait à l'accroissement de son domaine d'activité. Encore qu'elle n'en avait pas encore tout vu puisqu'il ne lui avait pas fait visiter l'aile discrète destinée à la contrebande d'objets magiques. Il réservait cette découverte pour une autre occasion. « En effet, tout as été dit pour le moment. J'ai déjà hâte à l'idée de vous revoir bientôt. Laissez-moi plutôt vous raccompagner. »

Il quitta son siège et fit mouvement lentement vers la sortie en invitant la demoiselle à le suivre. Il dut résister à l'âpre tentation de lui faire faire le tour de la boutique et de l'intéresser à divers achats possibles, car sa cupidité de dragon lui dictait toujours de ne jamais laisser personne quitter son magasin sans y avoir acheté quelque chose... mais l'alliance conclue avec elle justifiait bien cet écart de conduite, aussi n'en fit-il rien. Toutefois, avant d'atteindre le seuil de l'échoppe, Dante se souvint alors d'un événement qu'il jugea bien susceptible d'intéresser la nécromancienne. Il s'en ouvrit à elle avant de lui ouvrir la porte. « Oh, à propos ! Je sais bien que cela n'a aucun rapport avec tout ce que nous venons d'échanger, mais puisque nous avons convenu de partager les informations utiles, en voilà une qui peut-être éveillera votre attention... »

C'est ainsi qu'avant le départ d'Abigaïl, Dante lui confia avoir rencontré, dans le cimetière aux Lanternes, un justicier nocturne, quelques deux jours auparavant, dans la nuit. Cet homme, contre lequel il dut combattre, s'était placé sous la divine protection de la Trinité catholique romaine et, croix peinte sur le front, luttait en son nom contre le crime et l'impiété. Dante confia également avoir emporté le combat et laissé le prêtre prisonnier d'un bûcher végétal, dont il ne réchappa qu'à la faveur d'une pluie tardive et... providentielle. Enfin, pour achever son anecdote, Dante confia à Abigaïl connaître le prêtre, et lui divulgua son identité, révélant le nom d'Ezio Valentino.
 
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Et le ciel regardait la carcasse superbe comme une fleur s'épanouir. [Dante]
 
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