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Qui tient la lyre, la lyre, la lyre ?

 
Message posté : Dim 1 Fév 2015 - 17:15 Message
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Un sourire béant fendait mon visage. J’étais comme un gosse prêt à faire un tour de manège et ne me formalisai pas outre mesure du rire maléfique de Louis. Je m’accrochai à son cou tandis que nous entrions dans le cratère du volcan. La fumée qui s’en dégageait m’empêchai de voir à plus d’un mètre et le souffre me piquait les yeux. Je n’avais pas pensé une seconde pouvoir être incommodé par la fumée. J’arrachai un bout de ma chemise pour m’en faire un cache nez et me rattrapai de justesse à Louis d’une main, lorsque celui-ci s’inclina pour éviter les projectiles enflammés du volcan, de l’autre, je retins la lyre qui avait manqué de glisser de son dos.

Le dragon volait à basse altitude afin d’attirer le serpent dans la bouche béante du volcan. Je sentais à présent la fournaise qui s’en dégageait me brûler le visage et les mains. C’était une sensation fortement désagréable à laquelle je ne m’étais pas attendu. Je m’étais déjà amusé à frôler quelques uns de ces géants de lave lors de mes excursions, auparavant, sans jamais avoir rien ressenti de plus qu’une légère vague de chaleur. Certes, je ne m’étais jamais éternisé dans un cratère, mais tout de même !

« Magnifique ! » mentis-je, en enfouissant ma tête dans mes bras contre les écaille pourpres du dragon. Je me serais sans doute délecté du spectacle avec lui si la température ne m’avait pas paru à la limite du supportable. Une chance que ma combinaison hermétique ait été conçue pour me protéger des combustions atmosphériques et qu’elle m’isolait de cette étuve ! Ce qui n’était pas le cas de mes vêtements. Ceux-ci d’ailleurs s’enflammèrent. « Louis… » marmonnais-je, me débarrant prestement du tissus sur mon visage qui se consuma au bout de mes doigts. Fini de jouer, il fallait que je dégage d’ici au plus vite. Je me redressai, quand Louis m’intima de m’accrocher.

Une bulle de magma explosa devant nous. Louis plongea. « Pars devant ! » lâchais-je à demi-mot. J’ignorais s’il m’avait entendu, mais je ne pouvais rester là une seconde de plus. Je basculai sur le côté, entraînant la lyre avec moi. Je me laissai chuter quelques secondes afin d’être a une distance sécuritaire du dragon pour prendre mon envol. Un envol urgent !
Un craquement sonore semblable à une détonation retentit dans tout le volcan, couvrant le rire machiavélique de Louis et le bruit de l’éruption. Ce qu’il me restait de tissus par-dessus ma combinaison se désintégra avec le souffle lorsque j’atteignis Mach un. J’avais devancé le dragon pour prendre de la hauteur et n’était plus vêtu que d’ébène à présent. J’essuyai mon front du revers de ma manche. J’avais eu chaud, c’était le moins que l’on puisse dire !

Je planais à quelques mètres au dessus du volcan lorsque Louis me rejoignit. Des coulées de laves léchaient déjà les pentes de la montagne furieuse qui crachait toujours d’énormes volutes de fumées ainsi que des projectiles en fusion. Les rivières de feu commençaient à gagner la forêt et à consumer la canopée. « Oui, nous n’avons pas intérêt à traîner par ici plus longtemps. » Je voyais bien l’entrée en éruption du géant de lave comme étant la manifestation du courroux d’Apollon. Il était bien capable de détruire sa création afin d’être certain que nous ne ressortîmes pas vivant de son île.

Un nouveau sourire se dessina sur mes lèvres. Aussi, l’idée puérile qui m’avait traversé l’esprit tout à l’heure me revint en mémoire. Je volai à présent aux côtés de Louis, au dessus du versant de la montagne. « Hâtons-nous ! » Je tournai la tête vers le dragon à qui j’adressai une œillade complice : « Les écaillent te siéent à merveille mon bel-ami, je te l’ai déjà dit ? » Je comprenais à présent la fascination du chef d’orchestre pour ces animaux mystiques. « Le premier arrivé… » ajoutai-je accompagné d’un sourire charmeur. J’accélérai mon vol, me gardant bien toutefois de mettre plein gaz afin lui permettre de me rejoindre facilement. J’étais même prédisposé à lui laisser une longueur d’avance… quelques instants seulement, puis je l’enrhumai sans ménagement.

Je posai le premier, le pied sur les marches du perron du temple où nous avions laissés Aetius et les gobelins. Le sphinx me rejoignit aussitôt et me dévisagea des pieds à la tête. Son regard s’attardant d’abord sur ma blessure à la couleur noirâtre quelque peu inquiétante, puis sur la lyre que je portai sous le bras. « Le magicien a échoué contre le dernier gardien. » me demanda-t-il, hésitant. Son intonation laissait présager qu’il ne s’agissait pas d’une question. Je me retournai, avisant le ciel. « Non. Il arrive. » Le dragon était en vue et n’allait pas tarder pas à nous rejoindre. Le regard d’Aetius me fixa, éberlué. « Voulez-vous dire que la dernière épreuve… ? » Il ne rajouta rien cependant, car les gobelins voyant leur maître arriver, se rapprochaient déjà. Je reposai sur lui un regard bienveillant. Elle ne regarde que Louis et moi ! Le sphinx détourna les yeux et commença à s’incliner afin de s'excuser pour son impertinence. « Pardo… » Pas un mot de plus Aetius ! Je ne suis qu'un aventurier tu te rappelles ? Le félin ailé, qui avait déjà commencé à courber l’échine, s’arrêta dans son élan. Au même moment, je me retournai au son des battements d’aile du dragon.
 
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Message posté : Lun 2 Fév 2015 - 18:24 Message
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Louis vit Raphaël s’en aller – s’enfuir ? – avec l’objet de sa convoitise. Il accueillit la manœuvre d’un mauvais œil mais n’avait aucune raison de douter des intentions de son compagnon d’aventure et d’infortune. Après tout le bellâtre avait partagé son périple depuis qu’ils s’étaient retrouvés dans cet endroit conçu par Apollon pour abriter l’un de ses biens les plus précieux. L’endroit allait-il disparaître et périr à présent qu’ils avaient triomphé du dernier gardien et dérobé la Lyre ? L’éruption volcanique était peut-être le signe avant-coureur, et la raison, de cette destruction, de cet anéantissement pour cause d’échec du milieu et de ses acteurs à empêcher le vol de se produire. C’était une esquisse d’explication que Louis estimait convenable. Il se laissa volontiers convaincre et pressa le pas ou plutôt les battements d’ailes pour rejoindre ses laquais et le sphinx Aetius sur les marches du temple où il les avait laissés. Raphaël l’y aurait certainement devancé, et les quelques minutes nécessaires à sa traversée permirent au magicien de filer le cours de ses pensées. Celui qui n’était plus un simple ami disposait de capacités étonnantes et de nombreux attributs utiles en semblable occasion. Qui l’eût cru ? Sans compter ce que le flair de Louis laissait supposer et qui demeurait encore secret pour lui... comment Raphaël expliquerait-il ce que le nez de lui donnait à voir et à sentir ? Tous ces objets magiques, d’où les tenaient-ils ? Le temple et ses occupants apparurent à ses yeux et grossissaient à mesure qu’il se rapprochait par la voie des airs. La question portait en elle les racines de la réponse. Si Raphaël était venu à la recherche de la lyre, lui l’historien, le conservateur de musée, sans doute avait-il par le passé mené de similaires expéditions pour mettre la main sur d’autres trésors de légende, aux pouvoirs formidables. Ce qui entraînait aussitôt une autre question : qu’adviendrait-il de la Lyre à présent qu’ils étaient deux larrons pour un même larcin ? 《 Nous verrons bien... 》 murmurait-il en tournoyant au-dessus de sa destination.

Tous l’attendaient manifestement, et Louis n’allait pas davantage les faire languir. Il fondit en spirale sur eux, lentement, pour finalement se posa sur le toit du temple, dont les ardoises et les tuiles gémirent à son contact lourd et violent. Certaines même se brisèrent et churent jusqu’au sol où les gobelins durent gigoter pour les esquiver. Louis les regarda comme eux, l’observaient. Il finit par lorgner sur Aetius, témoin vivant et preuve inattaquable de l’échec des pièges d’Apollon. Il ne put réprimer un macabre ricanement. 《 Et voilà une bonne chose de faite, n’est-ce pas ? En un tour de main ! Tu aurais dû venir, Aetius, le vol au-dessus du volcan t’aurait défrisé la crinière. 》 Qu’il était taquin ce magicien ! S’il avait suivi son vainqueur dans le cratère magmatique, Aetius aurait péri tel Icare, car ses ailes auraient pris feu, le précipitant tout entier pour un dernier bain de lave – l’assurance d’une cuisson ratée pour cette volaille léonine. Louis délaissa Aetius, qui ne répondait rien et se contentait de respirer gravement, pour mieux regarder Raphaël, dont le piteux état l’attendrit aussitôt. 《 Tu as une mine affreuse. 》 Son œil doré croisa la noirceur de sa blessure et la vue d’une pareille infection glaça même son sang de dragon. Il était hors de question de perdre du temps s’ils voulaient épargner à son compagnon une fin tragique et stupide. Le venin devait d’ailleurs être fort puissant pour avoir autant touché et frappé le corps de Raphaël – qui avait pourtant peu souffert d’un certain accident domestico-alchimique. Mais là encore Louis préféra remettre à plus tard les questions : l’insensibilité de la peau n’emporte pas celle de la chair, et les plus épais remparts sont inutiles quand s’ouvrent les poternes.

《 Ne perdons pas une minute de plus. Torgnole, Châtaigne, prenez la lyre, soulagez Raphaël. Il faut vite quitter cet endroit et gagner le palais Beaudrie où je pourrai tenter quelque chose contre le venin de ce maudit serpent. 》 Il n’était pas sûr de pouvoir y réussir mais il n’avait aucune raison de ne pas souhaiter essayer vu qu’il ignorait qu’aucune potion ne neutraliserait le venin du gardien de la lyre. Les gobelins s’approchèrent de Raphaël, s’attendant à ce qu’il obéît comme eux à Louis. Aetius ne disait rien. 《 Il faut retourner à la plage par où nous sommes arrivés avant que l’éruption du volcan n’anéantisse notre chemin vers la sortie... 》 Ce qui lui rappela d’ailleurs l’étrange portail qu’il avait observé, et suscita en lui de nouvelles questions qu’il n’avait qu’effleurées lorsqu’il pourchassait le serpent...
 
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Message posté : Mer 4 Fév 2015 - 19:09 Message
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Louis, dans toute sa majestueuse apparence, se posa sur le toit du temple. Je reculai d’un pas au même titre que Torgnole et Châtaigne afin d’esquiver la chute d’une tuile. Aetius, lui, s’était redressé et avait presque retrouvé son impassibilité légendaire. La blague de Louis le laissa toutefois perplexe. Il ne devait pas bien savoir sur quel pied danser et redoutait sans doute la fin du périple ainsi que le moment où il serait contraint de se plier à la volonté divine de mon frère.

Quant à moi, mon regard s’était posé sur le dragon et, comme à mon habitude, j’arborai un léger sourire en coin. A la remarque de Louis, je présumais que mon visage était visiblement marqué par notre petit séjour dans le cratère du volcan. Au vu de l’état de ma chemise, avant que celle-ci ne se consume, la cendre avait du laisser quelques traces sur les parties apparentes de mon anatomie, à savoir mes mains et mon visage, dans mes cheveux également, probablement. Une bonne douche serait la bienvenue !

D’ailleurs, je n’avais plus aucun habit pour dissimuler ma combinaison hermétique cette fois-ci, faite d’un matériau ultra-résistant mis au point par Dédale, épousant parfaitement les courbes de mon corps, afin de me permettre de me mouvoir à grande vitesse sans aucune gène. Elle me conférait également une meilleure pénétration dans l’air. Mes bottes, à première vue, n’avaient rien d’extraordinaire et étaient aussi noires que le reste de ma tenue, exceptées les deux ailes incrustées dans le matériau de chaque côté de mes chevilles, qui n'étaient visibles que pour celui qui daignerait s'approcher de plus près, ainsi que l’odeur particulière qu’elles devaient probablement dégager pour un nez aussi aiguisé que celui d’un gardien du seuil. C’était sans compter la fragrance qu’émettait sans doute la Kunée, un casque d’ébène aux pointes acérées, ce puissant artefact dérobé à mon oncle Hadès, capable de rendre son porteur invisible. J’avais été obligé de l’accrocher à ma ceinture lorsque ma sacoche s’était désintégrée dans le cratère du volcan.

Ma mise à nue apportait une partie des réponses aux questions que Louis devait d’ores et déjà se poser depuis que nous nous étions retrouvés, à n’en point douter. Elle en suscitait probablement d’autres, mais il se garda de les poser pour l’instant, se préoccupant d’avantage de me délester de la lyre – ce qui me tira un sourire narquois dans un premier temps, je me doutais bien que nous en arriverions là tôt ou tard – par souci de mon état. Mon sourire s’estompa et mon regard reflétant ma légère surprise, se perdit un instant dans l’or des iris du dragon que je soutenais sans ciller.
Je laissai échapper un rire d’auto-dérision. « Je ne suis pas souffrant ! » protestai-je, sur un ton léger, comme s'il s'agissait d'une blague. Je détournai les yeux pour les porter sur Châtaigne, qui me tendait déjà les bras pour que je lui cède la lyre, Torgnole était juste derrière et affichait une mine plus renfrognée. Je ne doutais pas qu'il tente de s'en emparer par la force si je refusai de la leur remettre. Puis je m’attardai sur le haut de mon bras dont je n’avais pas encore estimé les dégâts. J’avais menti, une fois de plus. Enfin, presque. La douleur était toujours aussi lancinante, mais supportable. Je commençai à m'y habituer. C’était bien la première fois que je me blessais et la plaie était vilaine. Je tournai la tête vers Louis.
« Tu n’es pas sérieux ? Sais-tu combien de temps il va nous falloir pour regagner Star City depuis ici ? » Il me fallait très précisément six heures et quarante minutes à pleine vitesse. Et seul, qui plus est. De plus, quand bien même je le voudrais, je n’étais pas sûr que Louis résiste à pareille vitesse et je ne comptai même pas toute la ménagerie qu’il se trainait. Il y avait bien une autre solution mais… j’estimai que Louis en avait assez vu pour aujourd’hui et je n’avais pas spécialement envie de le persuader qu’absolument rien de tout cela n’avait existé. Le voyage dimensionnel serait au programme d’un autre jour. Peut-être. De plus, il était inutile de se presser outre-mesure. Même si je reconnaissais la puissance du magicien, je doutais fortement qu’il soit capable de réaliser une potion capable de neutraliser le venin du serpent divin. En revanche, mon caducée, laissé sur l’Olympe devrait en venir facilement à bout. Tout Toutefois, la délicate attention du chef d'orchestre me touchait.

Châtaigne eut à peine le loisir d’effleurer la lyre que déjà, elle était hors d’atteinte pour lui, du haut de son mètre cinquante. « Charmante attention, je t’en remercie ! » puis, me tournant vers le dragon, « Ce n’est pas que je n’ai pas confiance en tes gobelins mais… ne t’en fais pas, je suis encore capable de veiller sur ça. » J’avais décollé pour rejoindre Louis sur le toit. « Tu ne vas pas te débarrasser de moi aussi facilement. » lui dis-je, posant une main affectueuse sur son museau et lui adressant un sourire charmeur.

La terre trembla de nouveau. La lave fluide continuait son avancée, embrasant la forêt. Ce n'était qu'une question de minutes avant qu'elle n'atteigne le temple. Un épais nuage de fumée commençait à recouvrir toute l’île. « Hâtons-nous ! » J’ouvrais la voie des airs et il nous fallu moins de temps pour regagner la plage par ce biais que par celui que nous avions emprunté à l’aller, malgré les projectiles enflammés qui nous menaçaient ici aussi à présent.

Je me posai à quelques pas de l’entrée de la grotte par laquelle nous étions arrivés - où se trouvait la cascade naturellement, et de ce fait, le portail menant à la Terre Prime - afin de terminer les derniers mètres en courant. Aetius, portant sur son dos les deux gobelins paniqués, se posa à mes côtés et se joignit à ma course. La terre tremblait de plus belle, et la lave qui avait dévalé les pentes de la montagne avait déjà gagné la plage de ce côté-ci. Quelques mètres et quelques minutes encore, et l’entrée de la grotte ne serait plus non plus accessible à pied. Je jetai un regard en arrière pour voir où en était Louis. Je n’étais pas sûr que l’entrée de la grotte soit suffisamment large pour laisser passer un dragon.
 
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Message posté : Mer 4 Fév 2015 - 19:43 Message
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Louis demeura silencieux. Les propos de Raphaël l’agacèrent sans l’étonner. Bien sûr qu’il savait que de nombreuses heures les séparaient de Star City et que déjà tournait le sablier de Saturne ! Il en était bien évidemment conscient et le regrettait, mais il ne connaissait nulle autre alchimiste, herboriste et magicien-apothicaire meilleur que lui au monde, et comme aucun médecin-urgentiste européen ne saurait quoi faire s’ils se présentaient ainsi dans les services des meilleurs hôpitaux du vieux continent... Raphaël ne semblait guère inquiet. Il paraissait même plutôt content de lui. Mais sa nonchalance taquine ne dissimulait rien de son triste état. Louis s’y connaissait en matière de blessures magiques, pour en avoir reçues de très nombreuses et s’en être même infligé quelques unes. Celle qui noircissait la peau de Raphaël n’avait rien d’une petite égratignure qu’il devait négliger ou choisir d’ignorer. Mais Louis connaissait maintenant son compagnon d’aventure, assez pour savoir qu’il n’était ni sot ni léger dans ses décisions. S’il donnait l’impression de moquer sa blessure, il était bien clair qu’en vérité celle-ci devait accaparer toute son attention, sans qu’il en montrât rien. Louis en déduisit donc qu’il cachait bien plus qu’un passé de pilleur de tombes assoiffé d’objets et d’équipements légendaires, puisqu’il connaissait et taisait le moyen de soigner cette blessure, de neutraliser ce venin.

Cette conclusion sans hâte attira son attention sur ces autres détails qu’il eût quelque peu le temps d’observer durant le court vol jusqu’à la plage. Quelle étrange tenue portait-il, ce conservateur de musée aux trop nombreuses facettes ! Toute noire, elle n’était ni de tissus, ni de cuir, ni de coton, ni d’aucun métal courant pour cet usage, il aurait mis, très ironiquement, ses pattes au feu pour en jurer ! Son flair ne le pouvait tromper. Cette matière, il ne la reconnaissait guère, et à bonne raison, puisque sa conception n’était pas de ce monde et quoiqu’il l’ignorât, il n’était pas loin de le deviner. Ces bottes, ces jambières, ce justaucorps, et ce casque pendu à cette ceinture... Deux éléments en particulier recueillirent son attention. Ce casque était trop bien ouvragé pour n’être qu’utilitaire. Et par moment, l’œil doré du dragon lui jouant peut-être des tours, il aurait bien cru que ces bottes s’ornaient de petites ailes, mais sa vue lui jouait-elle des tours ? Son nez le rassurait toutefois. Ces deux objets étaient magiques et de très grande valeur – il en avait presque la nausée. Le dragon se surprit même à nourrir pour eux de la convoitise. Le cri d’une explosion attira son regard en arrière. C’était comme si dans le ciel les vents s’étaient déclarés la guerre. Comme s’ils portaient jusqu’au ciel les flammes des enfers. Dès abîmes de la terre, des rochers embrasés s’envolaient dans les airs. Magnifique, et Louis fredonna quelques mesures de cette mélodie en voyant la plage s’étaler sous eux. Raphaël, Aetius, Torgnole et Châtaigne se hâtèrent dans la grotte. Louis s’était posé en hâte et dans un tourbillon de sable déjà se tenait le magicien dans toute la fragilité de son corps d’homme. Ses yeux brillaient encore d’un éclat doré quand il entra précipitamment dans la grotte à la suite des quatre autres. Ils avaient couru pour entrer dans ce sanctuaire rocheux et naturel qui abritait leur voie de sortie. Ils retrouvèrent à l’intérieur la cascade et Louis ne put dissimuler son soulagement : elle tintai encore de son plain-chant. Les parois de la grotte résonnaient des tremblements qui secouaient l’île. Tarder serait fatal. 《 Allez-y, vite ! 》 Les deux laiderons miniatures ne se firent pas prier.

Aetius hésitait. Qu’attendait-il, cet idiot ? Une intervention de son maître ? La clémence d’Apollon pour lui ? Louis rit et railla silencieusement ce qu’il présumait être l’état d’esprit du malheureux sphinx. Il avait échouer à protégr le chemin de la lyre et sa défaillance avait entraîné indirectement la mort du gardin, sans doute à son maître précieux...Que le dieu solaire du panthéon grec l’abandonnât semblait un châtiment probable. Louis, d’une voix qui trahissait une métamorphose récente, le somma d’avancer vers la cascade qu’il pointait du doigt. 《 Traverse le portail, tu n’as plus rien à faire ici ! Ton dieu n’est pas ici et ta mort ne changera rien, la lyre est à nous. 》 Le magicien et le sphinx s’affrontèrent du regard, puis Aetius observa Raphaël avant de se précipiter puis disparaître à travers la cascade. Ne restaient que les deux homme. Louis prit donc Raphaël par la main. 《 Allons-y. 》 Et il l’entraîna avec lui loin de cette île que la fureur du volcan condamnai à la destruction. De l’autre côté, ils trouvèrent les gobelins et le sphinx. Tous affichaient des mines soulagées. Mais l’heure n’était pas aux réjouissances, pas encore. Louis s’était détaché de Raphaël et le regardait avec intensité. Il repensait à ce qu’il avait vu dans la forêt quand soudainement le serpent avait atteint les flancs du volcan depuis les dessous de la canopée. Il inspira longuement, et dans un sourire :

《 Ce portail que j’ai vu dans la forêt, c’était toi, n’est-ce pas ? Et c’est pour cela que ta blessure ne t’inquiète pas ? 》

Car Louis, toujours persuadé qu’il pourrait guérir la blessure de cet homme qui le déraisonnait, espérait après une réponse favorable : ils seraient bien vite à Star City avec la lyre, et lui pourrait tout mettre en œuvre pour chercher un remède afin de sauver Raphaël. Il avait bien d’autres questions mais il choisit de ne pas les précipiter. Elles lui semblaient dérisoires à côté de la survie de son compagnon qui seule le préoccupait pour le moment.
 
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Message posté : Jeu 5 Fév 2015 - 10:34 Message
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Louis retrouva son envergure humaine en foulant le sol de sable de la plage. J’attendis qu’il me rejoigne pour à peine le précéder dans l'entrée dans la grotte. Je ne prêtai déjà plus attention aux grondements qui résonnaient encore contre les parois de la grotte. Comme attiré par un aimant, mon regard s’attardait à présent sur les yeux ambrés du magicien qui lui conféraient cet incroyable charme mystique qui me captivait tant. J’avais déjà eu l’occasion d’admirer brièvement ce phénomène lorsque nous avions affronté Aetius et j’avais envie de me laisser aller plus longuement à ma délectation visuelle cette fois-ci. Hélas, je fus, cette fois encore, cruellement arraché de ma douce contemplation par l’urgence de la situation, et déjà, Louis pressait les gobelins de s’engouffrer à travers la cascade. Il m’avait effleuré l’esprit d’intercaler un autre portail dimensionnel pour nous transporter ailleurs, mais Louis n’était pas dupe et cela risquait de susciter bien trop de questions auxquelles je n’avais pas spécialement envie de répondre pour l’instant.

Aetius resta planté là, attendant sans doute que nous quittions les lieux pour accepter son sort avec dignité. Louis le pressa de passer le portail à son tour et le sphinx sembla hésiter. Il se tourna vers moi, comme s’il attendait une quelconque autorisation de ma part. Après l’autorité suprême de mon frère, j’étais le seul dieu qu’il soit encore susceptible d’écouter. Tu as entendu ce qu’a dit ton maître, l’incitai-je par la pensée. Les babines du sphinx se retroussèrent subtilement, comme s’il me gratifiait d’un sourire reconnaissant avant de disparaitre à travers la cascade.

Louis et moi traversâmes le portail à notre tour, main dans la main, et, de l’autre côté, nous nous retrouvâmes dans la grotte souterraine de l’île Gyaros, par laquelle le magicien et ses serviteurs étaient arrivés quelques heures plus tôt. Sitôt la cascade franchie, le brouhaha apocalyptique avait cessé et Louis avait aussitôt repris ses distances vis-à vis de moi et son magnifique regard doré se faisait inquisiteur à présent, présageant les questions qui allaient suivre. Je n’allais pas y couper. Mais une fois encore, elles me surprirent par leur teneur. Je m’étais attendu à des interrogations sur ma tenue, les pouvoirs qu’il m’avait vu faire usage, mais sa perspicacité me surpris encore. Il était bon observateur et je ne pouvais visiblement plus rien lui cacher. Je me retins de sourire cette fois-ci, même si cela m'amusait, me flattait même ! « Ma blessure… ? Quel rapport ? » Ce sujet là m’incombait plus que le portail dimensionnel tout compte fait, que je préférais le passer sous silence pour le moment, même si je commençais sérieusement à envisager cette option.

Maintenant que nous étions à peu près en lieu sûr, je portai les doigts à ma plaie et fus surpris de prime abord, par la douleur que je m’infligeai moi-même à l’effleurement de celle-ci. Je grimaçai. « Je ne sais… » Je frottai mon index et mon majeur contre mon pouce. On ne voyait pas grand-chose dans cette grotte, mais la texture était épaisse et visqueuse, et mon sang avait l’air anormalement foncé. C’était mauvais signe. « Je devrais peut-être… m’inquiéter… Probablement, oui … Tu as sans doute raison… »

Le venin du serpent se répandait probablement toujours dans mon corps, irradiant chaque partie de mon anatomie. Il ne m’avait pas tué du fait de mon essence divine, mais, de toute évidence, il m’affaiblissait. C’était indéniable. J’avais ressenti des choses que je n’avais jamais ressenties auparavant, comme les coups du serpent qui m’avaient sonné au pied de l’escalier du temple, ou encore la température insoutenable du volcan qui m’avait surpris, sans compter cette vague de chaleur qui m’envahissait et qui persistait d’ailleurs. Étaient-ce les seuls effets ? Ou le poison finirait-il par avoir raison de moi au long terme ? Impossible ! J’étais un dieu ! Et de ce fait, j’étais invulnérable. L’idée stupide de me blesser ailleurs me traversa l’esprit afin de le vérifier, mais la situation était déjà suffisamment dérangeante comme cela, et je ne tenais pas particulièrement à inquiéter Louis d’avantage, ni insister sur ma supposée invulnérabilité qui, je le craignais, finisse par lui mettre la puce à l’oreille.

Je n’avais jamais envisagé la mort pour moi-même. Quelle douce ironie que de me retrouver aux portes du royaume des enfers pour une maladresse aussi ridicule et surtout, pour mon entêtement à vouloir sauver les apparences alors qu’il m’aurait suffi de disparaître avec la lyre pour aller me soigner avec le caducée, tout simplement. Dans quel but ? La réponse commençait à me crever les yeux et amuserait très certainement mon oncle. J’éclatai d’un rire flavescent. « De toute évidence, je ne suis pas aussi résistant que cela en fin de compte. » Cela m’arrangeait en un sens et me rendrait peut-être plus humain aux yeux du magicien.
A quoi bon nier l’évidence ?

« Le plus important est que nous ayons récupéré la lyre, non ? » dis-je avec une désinvolture feinte cette fois-ci, en franchissant la distance qui me séparait de Louis. Après tout, c'était pour l'instrument divin qu'il avait traversé la cascade. Ma question n’était qu’un moyen de détourner son attention. Aetius qui avait lu dans mes pensées, écarquilla les yeux lorsque je tendis le bras dans le dos du magicien pour faire apparaître un portail dimensionnel. « Cela risque de secouer un peu. » prévenais-je, recouvrant mon sourire angélique, caressant le visage du chef d’orchestre d’un regard légèrement espiègle.
De ma main libre, j’attrapai de nouveau celle de Louis et l’entraînai prestement à ma suite, à travers le portail. La sensation qu’il risquait d’éprouver était semblable à un immense vertige, à cette impression que le ventre, le cœur, et tous les organes internes allaient se décrocher dans la terrifiante descente d’un grand huit, allant parfois jusqu’à infliger la nausée. La traversée fut tellement rapide qu’il n’était possible de distinguer que quelques trainées lumineuses défilant à grande vitesse, de la fumée, quelques flocons si l’on était attentifs, quelques éclats incandescents ou encore quelques minuscules éclairs. En un rien de temps, nous foulâmes le sol carrelé à l’intérieur d’une bâtisse luxueuse familière à Louis, qu’il reconnaîtrait sans peine lorsqu’il retrouverait ses esprits. Le palais Beaudrie.

Ici, le soleil éclairait encore les lieux de ses faibles rayons hivernaux. Je m'exposais donc à un examen plus rigoureux et minutieux à la lumière du jour, à moins que son œil aguerri de dragon eusse déjà analysé la magie de mon équipement dans ses moindres détails dans les ténèbres de l'île lyrique. Ce qui n'était pas forcément très bon pour moi ni pour mon identité d'emprunt. Comment réagirait-il, s'il apprenait que je n'étais autre que le frère divin de celui qui venait de nous mettre à l'épreuve ? Il était impensable qu'un humain l'apprenne ! Mais notre petite aventure m'avait contraint à dévoiler certaines de mes facettes qu'aucun mortel n'avait eu le privilège de voir depuis des décennies et pour cause ! J'étais ici en toute illégalité. Une chance pour moi que Star City soit la ville des supers et autres humains aux capacités surhumaines. Ainsi, je ne faisais pas trop exception aux énergumènes que l'on pouvait croiser dans les rues de la ville. C'était notamment pour cette raison, que j'avais choisi de m'établir cette ville.

Aetius suivrait avec les gobelins, mais n’ayant pas ma vitesse de déplacement, il débarquerait à notre suite quelques dix bonnes et longues minutes plus tard, et je savais qu'il prendrait son temps. Je maintenais le portail ouvert.

Puis, profitant d'être enfin seul avec le chef d'orchestre :« Louis, il va falloir que nous ayons une petite discussion. » commençais-je avec le sourire. « A propos de ceci. » ajoutais-je, lui collant la lyre sous le nez. Le moment n'était pas approprié. Certes. Bien qu'il soit loin de s'en douter, j'étais le dernier gardien de la lyre et plus même, son concepteur. Aetius le savait, et c'était la requête que je lui avait faite. Cette épreuve ne concernait que Louis et moi. Même si je devais reconnaître que le magicien avait su déjouer brillamment tous les pièges que mon frère avait su dresser devant lui et qu'il la méritait plus que quiconque. Un tel instrument entre les mains d'un humains était insensé.
 
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Message posté : Jeu 5 Fév 2015 - 15:37 Message
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Louis avait très certainement raison, la blessure était grave. Raphaël avait enfin cessé de le nier et donnait même quelques signes de sérieux dans l’examen qu’il faisait de son propre état. Sa nonchalance avait quelque chose d’irritant, c’était comme s’il se moquait de l’inquiétude de Louis qui, lui, ne mâchait pas ses mots et ne feignait rien de l’intérêt qu’il portait à la situation de l’homme dont il se laissait peu à peu éprendre, comme le beurre se lie au pain de la tartine où le couteau l’étale inlassablement. Sans se le dire encore, Louis craignait de percevoir chez Raphaël une certaine distance qui creusait entre eux des fossés inexpiables. S'était-il trompé tout ce temps ? Il ne pouvait se résoudre à le croire. La cause des négligences et des provocations de Raphaël ne pouvait qu'être ailleurs, que puiser aux sources d'une autre rivière. Mais quelle amertume pour ces eaux si terribles à boire ! Louis secoua la tête. La désinvolture de Raphaël agaçait le magicien. Ce dernier allait trop loin dans la provocation. Il n'en dit rien mais il vint à se demander si le venin du serpent n'affectait pas le jugement et les capacités de raisonnement de celui dont le sang noircissait autour de la plaie. Cette possibilité expliquerait sans doute bien des choses mais Louis, qui connaissait bien les effets des venins et des poisons pour les maîtriser assez bien, savait que de telles conséquences seraient plus globales sur le corps et la tête du malheureux empoisonné. Or son compagnon ne montrait, en dehors de sa plaie infâme et laide à voir, aucun autre signe particulier de faiblesse ou de diminution...

Louis était perplexe. Mais la surprise l'arracha à la réalité quand Raphaël l'entraîna pour un long et pourtant si court voyage à travers... à travers quoi d'ailleurs ? Il n'eut pas le temps de prendre conscience de toute l'étendue de ce qui lui arrivait. Mais il sut tout de suite, en revanche, qu'il obtenait une réponse à la question qu'il s'était posé. Le brutal voyage à travers le portail entraîna Louis dans un profond vertige. Il en avait connu d'autres, mais celui-ci était fort sévère ! Il crut un instant qu'il allait vomir, mais heureusement pour lui les nausées ne se manifestèrent point tout de suite. Il sentit en revanche de violentes démangeaisons à plusieurs endroits de son corps et s'interrogea – ce premier voyage extraplanaire laisserait-il des marques indélébiles sur lui qui ne s'y était pas vraiment préparé ? Si le geste de Raphaël ajoutait d'autres cicatrices à celles que Louis avait tant cherché à dissimuler, enlever et effacer... il entendrait parler de lui jusqu'à la fin des temps ! Quand le trajet prit fin, il retrouva, avec une certaine douceur, les murs du palais Beaudrie, semblables à ce que lui montrait ses plus proches souvenirs. Il devrait s'arranger pour faire revenir d'Europe les affaires qu'il y avait laissées. Mais pour l'heure ses priorités étaient autres. Raphaël était avec lui. Ils se trouvèrent seuls. Louis devina que les gobelins et le sphinx ne tarderaient pas. Il ne s'en souciait guère.

Il ne fut pas le premier à rompre le silence, mais ce qu'il entendit l'énerva encore davantage. Il prit une longue inspiration et se jura de ne pas céder aux feux suprêmes de la colère. La lyre intéressait bien moins Louis que la blessure de Raphaël. Et pourtant ce dernier semblait persuadé qu'il parviendrait à détourner Louis de cette vilaine blessure ! Pourquoi ? Pourquoi s'entêtait-il à ne pas aborder le sujet, à vouloir l'éloigner, comme lui s'entêtait, à bon droit croyait-il, à vouloir le soigner ? C'était à n'y rien comprendre.  « Raphaël, nous parlerons de la lyre tant que tu le voudras, et même des portails, et de ton équipement, et de tout ce qui me vient et te vient à l'esprit si tu veux mais d'abord, il faut s'occuper de ça. » Du doigt il désignait la plaie noire et sinistre. Il ne resta pas dans la pièce et déjà se dirigeait ailleurs dans le château.  « Je vais voir ce que j'ai pour limiter les dégâts et peut-être te guérir. Je ne promets rien, mais si je n'essaie pas, je n'aurais plus qu'à briser tous les miroirs du palais et de l'opéra. » Si Raphaël ne comprenait pas le sens de cette allusion, Louis ne pourrait rien pour lui.  « Tu peux venir avec moi, et discuter, ou rester là, et attendre. C'est égal, mais s'il te plaît, ne m'empêche pas d'essayer de t'aider. Je me fiche bien de la lyre si tu n'es plus là pour en jouer avec moi. »

Ce n'était plus la colère qui brûlait dans les veines et les artères de Louis, mais bien de la crainte. Il s'effrayait à l'idée de ne pas avoir le temps de trouver un remède pour son compagnon. C'était sans doute ce qui expliquait que la procrastination provocatrice et goguenarde de Raphaël l'exaspérait.
 
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Message posté : Ven 6 Fév 2015 - 1:06 Message
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N’ayant pas la même conception de la vie et de la mort que le commun des mortels, je ne me souciai guère de mon état. J’étais blessé, certes, mais hormis cette étrange chaleur qui se diffusait à l’ensemble de mon corps, je ne ressentais rien de particulièrement désagréable pour l’instant. Je n’étais pas d’un naturel anxieux et je ne craignais pas de mourir. Si ce venin avait du me terrasser, il l’aurait fait depuis un moment, au vu des évènements qui venaient de se produire. Il avait probablement eu le temps d’atteindre tous mes organes vitaux. Je ne trouvais donc pas utile de m’alarmer plus que de raison.

C’était toutefois sans compter le regard inquiet que Louis posait sur moi et qui m’obligeait à prendre conscience de la gravité de la situation, d’un point de vue plus humain. De toute évidence, je mesurais mal les répercutions de ma propre négligence à mon égard, sur le chef d’orchestre. Je me fichais pas mal de ce qu’il pouvait advenir de moi, me pensant toujours invulnérable, en revanche, l’éventualité que le magicien puisse avoir été touché à ma place m’avait traversé l’esprit, et cette pensée m’avait glacé le sang. J’avais tout fait pour que cela n’arrive pas, car les conséquences sur lui auraient été autrement plus désastreuses. Il n’aurait probablement pas survécu à la morsure du serpent, chose qui était tout bonnement inenvisageable. Tout comme lorsque j’avais cédé à cette impulsion que j’avais d’abord cru stupide. Je n’avais pas hésité une seconde à me dévoiler quelques heures auparavant car j’avais eu peur pour sa vie lorsqu’il avait chu de ce pont. Oui, j’étais forcé de le reconnaître, j’avais eu peur pour lui ! Cette fois, c’était lui qui s’inquiétait pour moi. Contrairement à l’impression que je lui donnais sans doute, je comprenais son appréhension et n’y étais pas insensible.

Le temps pressait. Même si j’étais plutôt serein et désinvolte en apparence, j’étais en proie à un profond cas de conscience. D’un côté je me devais de préserver mon secret divin, et de l’autre… j’étais bien plus impliqué que je ne le pensais pour me montrer parfaitement raisonnable et sensé. C’était entre autre la raison qui m’avait poussé à finalement faire usage du portail dimensionnel alors que je m’étais résolu, quelques instants plut tôt de ne point y avoir recours.
« Ne t’inquiète pas, ça fait toujours cela au début. Ca va passer. » dis-je voyant le teint blême du chef d’orchestre à notre arrivée dans le salon que je connaissais bien. C’était la combinaison de la traversée dimensionnelle avec ma vitesse de déplacement qui lui avait causé la nausée. Je n’aurais bien entendu pas pris le risque de l’emmener si cela avait présenté un quelconque danger pour lui. Hormis un malaise passager du à son manque d’habitude, il n’en garderait aucune séquelle.

Le soupir du musicien trahissait son exaspération. Je détournai le regard pour suivre ce que désignait son index. De toute évidence, il était bien plus préoccupé par ma blessure que par la lyre. Cela me touchait autant que cela me mettait mal à l’aise. Je n’étais pas habitué à me trouver véritablement en position de faiblesse, sans l’avoir délibérément cherché ou avoir usé de faux-semblants, n’ayant jamais été blessé auparavant. De ce fait, je ne savais vraiment comment réagir face à la compassion du chef d’orchestre. Il ne s’agissait pas d’un jeu d’acteur de ma part cette fois-ci. J’étais réellement pris au dépourvu, et Louis éveillait chez moi des sentiments étranges et contradictoires à m’en faire perdre tout mon bon sens.

Je me contentai de garder le silence cette fois-ci et décidai de le laisser faire. Je ne saurais dire si ses propos me surprirent vraiment, si c'était la chaleur due au poison qui empourpra mes joues, mais ils trouvaient un certain écho chez moi. Sans mot dire, je me contentai de sourire bêtement et de le suivre du regard lorsqu’il quitta la pièce. Puis, après un bref instant d’hésitation, je lui emboîtai finalement le pas, résigné. « Ce serait dommage de briser tous ces miroirs tout de même ! D’autant plus que tu risquerais de te blesser. » dis-je avec un léger sourire trahissant ma gêne cette fois-ci. Il y avait assez d’un blessé, et il valait mieux que ce soit moi.

J’avais parfaitement compris son allusion, aussi, ajoutai-je « Et je ne te laisserais pas faire ça ! » Autrement dit, j’avais décidé de coopérer. De toute façon, ses soins ne pouvaient me faire plus de mal qu’il n’était déjà fait. Bien au contraire. « Ne t’inquiètes pas. Tu ne vas pas te débarrasser de moi aussi facilement. » Il en fallait un peu plus pour tuer un dieu. « Comment comptes-tu t’y prendre ? »
 
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Message posté : Lun 9 Fév 2015 - 9:32 Message
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Il comptait s’y prendre avec rigueur, méthode et efficacité. Louis connaissait son métier d’herborisfe, même s’il n’en avait pas fait sa profession. L’expert noterait du reste les nombreuses analogies possibles entre la musique et l’alchimique. Les deux disciplines s’intéressaient à l’harmonie des associations entre différents ingrédients, que ce fût des notes ou des herbes, des rythmes ou des fluides. 《 Viens. Je vais d’abord faire quelques essais et prélever un peu de venin, ou de ton sang, pour évaluer et mieux mesurer la puissance de ce poison. 》 C’était un impératif, sans lequel tout espoir de guérir Raphaël serait vain. Ce dernier devait d’ailleurs bien comprendre que Louis n’était ni médecin, ni pharmacien, ni praticien d’aucune des nombreux domaines de la médecine occidentale. Tout au contraire, son approche se basait sur son expérience, son apprentissage, ses expérimentations et ses références étaient multiples, depuis le grimoire oublié jusqu’au témoignage du vieux moujik de Sibérie. Il n’y avait ni vérité universelle, ni pharmacopée officielle, ni dogme médical précis et sûr. Tout n’était que possibilités infinis et les constantes souffraient comme tout le reste d’une grande sensibilité aux mouvements et aux évolutions. Tel remède d’hier n’était plus qu’un sirop aujourd’hui, quoiqu’il existât des classiques, des valeurs sûres autour desquelles s’agrégeaient les grands registres de la connaissance alchimique.《 Nous y sommes. C’est là que j’entrepose mes... préparations. 》 Il n’avait pas le cœur à décrire par le menu tout ce que Raphaël pourrait trouver dans le pièce.

La salle était ronde et sans fenêtre, mais au plafond de nombreuses grilles témoignaient d’une bonne aération. C'était nécessaire – les risques étaient trop grands, même pour le magicien. Ce dernier, tel un lion lâché dans une arène, sut aussitôt quoi faire, quoi chercher, et quoi réunir sur la table de bois. Tout en s'activant dans la pièce tel un commis de cuisine dopé aux amphétamines, il continuait de presser Raphaël de questions mitraillées en toute hâte : allergies et intolérances alimentaires pouvaient causer de lourds tracas, aussi ne pouvait-il faire l'économie de cette enquête minutieuse et inquisitrice. 《 Avec toutes ces informations, je vais pouvoir tenter quelque chose. Tu devrais t'asseoir. 》 Il désigna un fauteuil généreux et confortable entre deux séries d'étagères. Raphaël pourrait s'y reposer, et en attendant, Louis venait à lui, déjà, avec un grand verre d'eau qui ne contenait point d'eau mais un liquide qui aurait pu passer pour du sirop de menthe. Le doux ronron d'une bouilloire se faisait entendre.《 Tiens, essaie de boire ça lentement, c'est efficace pour apaiser la douleur. Si jamais tu souffres... 》 L'idée lui glaça le sang et il crut ses os disparus. Ils étaient bien là, puisqu'il tenait sur place, immobile, le grand verre serré dans sa main, qu'il peinait à relâcher entre les doux doigts de Raphaël. Louis se reprit. Il se détourna et soupira lourdement. Sa voix et ses yeux ne trahissaient plus qu'à peine la forme qu'il avait prise plus tôt. Il se souciait peu de s'en justifier auprès de Raphaël. Et pourtant... il revint à ses ingrédients, à toutes ces herbes, poudres, bocaux et autres bizarreries qu'il avait éparpillés sur la table devant lui en désespoir de cause sans trop savoir ce qu'il devait faire. Une idée lui vint mais elle ne le réjouit qu'à moitié.《 Je ne peux pas agir sans savoir, alors il faut que je prélève un peu de ton sang et du venin du serpent. C'est impératif, je ne vais pas te faire avaler tous les antidotes à tous les poisons que je connais... 》 Il s'étonnait de ne pas y avoir songé plus tôt et mit cette négligence sur le compte de l'émotion.

Louis s'en alla trouver le nécessaire à l'opération dans le tiroir supérieur d'un petit meuble et revint, ainsi équipé, pour s'approcher de Raphaël. Ce dernier faisait peine à voir et le magicien blêmit. Et s'il refusait encore ? Tant pis, il devrait le convaincre, voire le lui imposer. Il ne voyait pas pourquoi son compagnon s'opposerait à ce qu'il prît quelques gouttes du sang qu'il trouverait dans les environs de la plaie, mais étant donné ce qu'il avait vu de Raphaël dans un passé très proche, et son entêtée nonchalance... Une toute petite fiole de verre vénitien à la main, Louis hasarda tout de même : 《 Une petite quantité suffira. Par contre, ce sang va me révéler pas mal de choses, donc si tu es un extra-terrestre venu de je ne sais quelle planète, ou envoyé sur terre par ses parents pour le sauver de la destruction de son monde natal, c'est le moment de me le dire, Superman... 》

Louis trouvait en l'humour une tactique fort utile pour échapper à l'abattement que suscitait en lui l'était de l'homme qu'il était certain d'aimer à présent.
 
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Message posté : Mar 10 Fév 2015 - 10:31 Message
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Je n’approuvais pas particulièrement l’idée du prélèvement sanguin, mais j’avais tout de même suivi Louis sans rechigner, pour l’instant, jusqu’à cette pièce sans fenêtre, remplie de fioles, de potions et d’ingrédients, du sol au plafond. Même si Louis m’avait avoué son penchant pour la sorcellerie, je fus surpris de le voir aussi bien équipé. Le nez en l’air, je m’amusai à essayer de déchiffrer les étiquètes des ingrédients les plus incongrus, entreposés sur les plus hautes étagères.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas joué au parfait petit alchimiste, et voir le magicien s’affairer de toute part me ravissait. Je me rendais compte que cela me faisait un point commun supplémentaire avec lui. Cependant, je préférais encore garder mes connaissances secrètes à ce sujet pour l’instant. Il en avait bien assez vu pour aujourd’hui, et je n’éprouvais ni l’envie, ni le besoin d’étaler ma science, préférant le laisser faire ce qu’il avait en tête, même si la démarche était vaine.

L’alchimie n’avait jamais eu aucun secret pour moi. Et pour cause ! J’en avais été l’inventeur. Il n’y avait pas une plante, pas un minéral, pas une potion dont les effets me soient parfaitement inconnus. J’avais rédigé certains des plus grand registres alchimiques de référence sur lesquels la plupart des alchimistes se basaient encore aujourd'hui. Je savais donc pertinemment que le poison qui m’avait été inoculé ne pourrait être complètement stoppé par de simples plantes, minéraux, ou autres composants magiques basiques. Cette blessure nécessitait une magie plus puissante, une magie divine. Je n’en dis rien cependant, et me contentait de répondre aux questions élémentaires de Louis au sujet de mes antécédents médicaux et alimentaires. Je n’étais sujet à aucune allergie, et ne redoutait aucune réaction particulière. Seul l’alcool avait des effets presque aussi néfastes sur moi que sur les mortels – et Louis en savait quelque chose! C’était d’ailleurs un souvenir des plus agréable en ce qui me concernait – et je n’étais non plus complètement insensible à tous les types de poisons ingurgités.

J’avisai le fauteuil que Louis désigna derrière moi, puis me décidai enfin à me défaire de la lyre que je posai sur la table en bois. « Je vais peut être commencer par ôter cela. » Tandis qu’il revenait déjà vers moi avec un verre contenant un liquide vert, j’avais entrepris d’enlever le haut de ma combinaison. Je contins une nouvelle grimace lorsque le tissu se décolla de la plaie sur mon bras. Décidément, je ne me faisais pas à cette douleur, signe manifeste de la faiblesse résultante du poison. Je n'en revenais pas non plus que le croc de ce maudit serpent ai réussi à traverser le matériaux divin de ma combinaison hermétique. Je n’osais même pas imaginer ce qu’il serait advenu de mon bras si je ne l’avais point portée. Je laissai mon haut d'ébène sur le dossier du fauteuil sur lequel je venais de m’asseoir, posai ensuite le regard sur le breuvage que Louis me tendait, puis levai les yeux sur lui, croisant son regard qui perdait de son délicieux éclat doré pour retrouver peu à peu sa couleur d’origine, non moins charmante du reste, d’un émeraude profond, des plus troublant, contrastant parfaitement avec son teint devenu soudain blême comme un linge. « Merci. » dis-je à demi-mot, esquissant à peine un sourire coupable.

La tension était palpable et je pressentais déjà les prémices de questions bien plus embarrassantes que celles concernant mes habitudes alimentaires, qui se bousculaient sans doute déjà au portail de ses lèvres ; du genre de celles que j’avais l’habitude d’éviter et d’éluder lorsque qu’elles compromettaient mon secret divin, d’une manière ou d’une autre. Je connaissais également la détermination de Louis et je savais qu'il ne lâcherait pas l'affaire aussi aisément.
Mais bien plus que le présage de ses questions, son regard, ses mains exécutant des gestes précis et minutieux destinés à élaborer un une potion visant à atténuer ma douleur, la ferveur qu’il avait déployée à me convaincre de me laisser faire, son attention qui m’était entièrement destinée pour l’heure, à lui en faire même oublier ses précieux serviteurs qu’il chérissait pourtant comme s’ils faisaient partie de sa propre famille, alors que je savais pertinemment qu’il aurait risqué sa vie pour eux… tout cela flattait autant mon égo qu’il renforçait ce sentiment oublié depuis des décennies et qui s’égrenait à nouveau dans mes entrailles.

Au son de la voix de Louis, je portai machinalement le verre à mes lèvres. Au gout, j’étais presque certain d’avoir identifié tous les ingrédients de la potion. Mais qu’importait ? Le breuvage me paru rafraichissant mais n’était pas assez puissant pour annihiler complètement cette sensation de chaleur, ni pour atténuer complètement cette douleur lancinante qui devenait peu à peu familière.
Je détournai le regard sur le contenu de l’étagère située à droite du fauteuil, comme si celle-ci avait soudain été dotée d'un intérêt capital. Néanmoins, j’écoutai toujours attentivement les paroles du magicien et je savais très bien ce qu’un prélèvement impliquait. Louis n’était pas docteur, ni scientifique, non. Mais je le pensais suffisamment érudit pour se rendre compte que quelque chose clochait avec mon sang, hormis le poison mortel qui avait du s’y fondre complètement à présent, et je misais là dessus pour fausser ses résultats. Même s'il en avait suffisamment vu pour se rendre compte que je n’étais pas tout à fait humain.

J’étais en proie à une intense réflexion lorsque Louis revint avec ses ustensiles. J’avais reposé le verre sur la table, délesté de la moitié de son contenu. Je ne lui avais probablement jamais paru aussi sérieux, soucieux même, de peser le pour et le contre au sujet de la cruelle décision que je m'apprêtais à prendre afin de sauvegarder mon secret divin.
Mon regard se posa d’abord sur la fiole en verre, puis sur ses mains gantées. Un frisson désagréable me parcouru l’échine. Je ne voulais m’y résoudre, mais il le fallait. Je contins un soupir et me contraignis à sourire, comme je le faisais d’habitude. Je me relevai afin de lui faire face. « Louis… » commençai-je, plongeant mon regard azur dans ses yeux verts, prêt à le dissuader de mettre son plan à exécution, mais celui-ci, le teint toujours aussi déconfit, profita de mon hésitation pour m’expliquer, avec une touche d’humour, les révélations auxquelles je m’exposais si je le laissais faire.

Si j’étais un extra-terrestre ? Un sourire amusé illumina de nouveau mon visage. Je ne pu m’empêcher de rétorquer sur le même ton que lui : « Dans ce cas tu le sauras ! » Était-ce vraiment raisonnable de le provoquer ? Non. Mais la journée d'aujourd'hui m'avait prouvé à moi-même que je ne l'étais plus vraiment en sa présence. Qu’était-il capable de déceler au juste ? « Superman… » répétais-je, amusé. C’était la deuxième fois qu’il me surnommait de la sorte. J’éclatai de rire. J'étais bien loin d'être un tel super héros. Mon regard résigné s’adoucit avant de se détourner de ses prunelles, quelques secondes. Il me faisait douter. Encore. « Et si tel était le cas, cela changerait-il vraiment quelque chose ? » répondis-je avec le sourire, soutenant son regard avec intensité. « A part le fait que tu connaîtras désormais mon point faible résidant dans les dents de ce serpent qui étaient pourvues en kryptonite. » ajoutai-je sur un ton trop sérieux pour être crédible. Et pourtant, ce n’était pas si loin de la vérité. « Je ne suis pas un extra-terrestre, et encore moins un super héros. Désolé de te décevoir. La célébrité, tout cela, ce n'est pas trop mon truc. » Pas dans ce domaine là en tout cas. « Mes pouvoirs ne font pas de moi quelqu’un de normal non plus… » C’était le moins que l’on puisse dire. Qu'étais-ce que la normalité à Star City après tout ? Mais je ne m’étendis pas d’avantage sur le sujet. « Mais ça, tu l’as déjà deviné. Y a-t-il autre chose que tu veux savoir avant que mon sang ne te le révèle ? »
 
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Message posté : Mar 10 Fév 2015 - 14:08 Message
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Louis comprit les plaisanteries de Raphaël, mais il n’eut pas le coeur à rire, ni même à sourire. C’était la première fois qu’il croyait toucher en lui une corde sensible, et l’impression de faiblesse qui s’en dégageait le submergea d’une très violente émotion. C’était comme si cet homme redoutait d’être découvert mais acceptait avec fatalité de se soumettre au prélèvement de Louis, qui le trahirait, puisque le magicien pourrait au prix de quelques expériences faife la lumière sur la nature de Raphaël. Il n’était pas normal. Il venait de le dire. Mais pourquoi paraissait-il si sérieux et si inquiet soudainement ? Raphaël dissimulait un secret et tout ce que Louis avait jusque-là cru deviné s’ordonner devant lui, mais pointait plusieurs directions possibles. Il soupira et éloigna la viole de la plaid de son ami pour un temps.《 Il y a bien des choses que je voudrais savoir. Mais j’irai droit au but. Ce sang va me révéler un secret, n’est-ce pas ? Un secret et un mensonge que tu préférerais que j’ignore. Non, ne dis-rien, je voudrais terminer. Tu n’es pas plus normal que moi, je le sais depuis ta première visite ici. 》 Il se souvint avec humeur et bienveillance de cet épisode-là. Un soupir d’aise et voilà qu’il repartait déjà. 《 Tu en as beaucoup appris de moi et je n’ai plus rien à te cacher. Tu as vu ma magie, tu as vu mes écailles. Le reste viendra en temps et en heure sans que je cherche à dissimiler quoi que ce soit. Tu es un ami et plus encore à mes yeux, et si par moment je me l’explique, parce que tu me plais, parce que tu me fais rire, parce que tout me rappelle à toi, parce que tu m’énerves autant que tu m’adoucis, parfois je ne me l’explique pas, cela s’impose à moi. Parce que c’est toi, parce que c’est moi. Crois-tu devoir t’inquiéter de ce que je pourrais découvrir de ta nature ? Ce que tu fais détermine bien plus mon jugement que ce que tu peux être. 》 Louis revint vers Raphaël. Il avait marché dans la pièce en faisant de grands gestes, comme il l’aurait fait immobile au bas de l’orchestre. Agenouillé devant le lourd fauteuil, il avait joint ses mains sur les cuisses de l’autre homme et le fixait de ses yeux verts. Rien ne lui ferait détâcher le regard.

《 Cette aventure m’a appris bien des choses sur toi. Je me suis sans doute approché de ce que je vais découvrir et je ne suis qu’à quelques gouttes de sang de connaître la vérité. Mais... 》 Louis inspirait sans difficulté, pourtant il retint ses paroles un instant. Sa curiosité ne comptait pour rien dans la balance de son choix face au malaise qu’il percevait chez Raphaël et qu’aucun des subterfuges du bellâtre ne saurait jamais dissimuler à ses yeux. Ses mains descendirent jusqu’à ses genoux. 《 Je sens que plus je progresse et plus tu t’effraies de ce que je pourrais découvrir. Plus j’en apprends sur toi et plus tu cherches à te dérober. Là, je suis tout prêt de te mettre à jour, et je te vois troublé malgré ton arrogante nonchalance... cela m’inquiète. 》 Il comptait bien s’en expliquer, quand bien même il devrait pour cela longuement monologuer. Il poursuivit à voix basse. 《 Ma curiosité peut se montrer gourmande et sans limite. Mais je connais ton intelligence... tu sais ce que je suis, tu ne dois donc pas vraiment craindre de m’effrayer quoi que tu sois. Tu en as conscience, après tout, tu acceptes la compagnie et la proximité d’un dragon ! Pourtant, tu redoutes encore que je ne te découvre, je le perçois et je m’interroge... Je me demande ce qui peut justifier cette crainte, en dehors de ta nature-même.Et je me dis que tu as peut-être des impératifs et des contraintes liés à cette nature. 》 Il se releva et, vivement, se détourna de Raphaël. Son émotion le gagnait, inexorablement, inlassablement.

C’était la seule explication possible. Mais il se voyait contraint, par son ignorance, à questionner encore son compagnon.《 Est-ce le cas ? Je ne vois pas pour quelle autre raison tu rechignerais à me dire ce que le sang va me révéler. 》
 
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Message posté : Mar 10 Fév 2015 - 17:23 Message
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Je ne parvenais plus à réfléchir avec cohérence et me laissais également submerger par ce sentiment qui m’étreignait chaque minute un peu plus, s’imposant à moi avec force. Louis était perspicace, je ne pouvais nier et encore moins le duper. Je n’en avais plus envie du reste. Je savais qu’il était risqué que je m’expose à partager mon secret avec un mortel. J’étais sur terre en toute illégalité. Les dieux étaient interdits de séjour sur terre depuis la mise en place du Pacte. J’avais pris le risque de contourner cette règle sous le couvert de mon statut de messager des dieux, qui était la seule dérogation autorisée afin de maintenir l’ordre et l’équilibre sur terre, hormis celle d'occuper une enveloppe corporelle humaine, mais cela ne faisait pas partie de mes pratiques.
Ainsi, j’avais été dépêché par mon père à maintes reprises pour intervenir là où les nôtres n’avaient pas lieu d’être. J’étais donc mieux placé que quiconque pour connaître ces règles. La dernière fois que j’avais officiellement été envoyé sur terre remontait aux années 1960, lorsque j’étais venu porter le message de Zeus à mon oncle, qui avait une nouvelle fois projeté d’envahir la terre avec son armée des enfers.
Je m’étais depuis toujours octroyé quelques libertés car j’aimais particulièrement flâner sur terre, et être au contact des humains qui me fascinaient depuis si longtemps. Mais mes séjours étaient relativement de courte durée d'ordinaire.
Cette fois-ci, j’avais décidé de m’y établir plus longtemps et l’Archimage n’avait pas tardé à me retrouver et à me démasquer. Nous étions parvenus à un accord, lui et moi. Il tolérait ma présence tant que je n’interférais pas avec les affaires des humains. Il m’avait donc à l’œil et me surveillait. Personne, en dehors de lui, ne savait. Hormis Soshiro, mon major d’homme, qui même sans que le lui avoue mon essence divine, m’avait instantanément pris pour un envoyé des dieux lorsque je lui avais sauvé la vie. Mais en ce qui le concernait, c'était différent. J’avais démenti mais je n’avais su ébranler ses convictions, ni sa foi. Il n'avait jamais eu aucune preuve de ce qu'il avançait, hormis le fait qu'il avait été témoin de mes pouvoirs. Il m'avait tout simplement fait don de sa vie et m'avait juré allégeance et fidélité. C'était une sorte de pacte informel que nous avions conclu et qui constituait le lien qui m’unissait à cet homme, ce qui me garantissait le fait que rien ni personne ne le ferait jamais parler. Je m'étais pris d'une affection bienveillante pour lui, et j'avais pris pour habitude de le présenter comme un proche de ma famille.

Louis fit le tour de la pièce, sans doute pour contenir sa nervosité. Le reste ? Parce que je n’avais pas encore tout vu ? Il m’en dirait tant ! La suite de ses aveux enflamma mes joues, à moins que ce ne soit l’effet du poison. Mais je ne duperais personne. Je récupérai toutefois le verre posé sur la table, avalai le reste de la potion d’un trait, avant de me rasseoir. Le magicien revint vers moi et s’agenouilla afin de se mettre à ma hauteur. Cette aventure nous avait appris tout deux quelque chose. Mais…

Mais quoi ? Mon regard navigua sur son visage. Je restais suspendu à ses lèvres dont j’éprouvais l’irrésistible envie de m’emparer avec force. Je pris sur moi et ne l’interrompis pas. Pour cela, je détournai les yeux sur ses iris émeraude. C’était pire !
Un sourire d’auto-dérision étira mes lèvres et mon regard devint fuyant au moment même où Louis me faisait part de sa très juste analyse et de son inquiétude quand à ma remarquable aptitude à fuir dès qu’il cherchait à en savoir plus à mon sujet. Il commençait à bien me connaître. Trop bien même !
Il y avait toutefois un élément qui lui échappait peut être encore. N’avait-il pas compris ? Je me mordis la lèvre afin de contenir l’émotion qu’il faisait naître en moi, puis passai la main dans mes cheveux, cherchant à fixer un point quelque part sur le sol, au-delà du magicien, afin de lui permettre de poursuivre son raisonnement, qui se révélait terriblement juste et qui me faisait prendre conscience du fait que cette affection que je lui portais s’était muée en un attachement progressif et que, peu à peu, j’avais baissé ma garde, lui laissant entrevoir bien plus que ce que je n’aurais voulu.

Louis se releva et se détourna de moi. Sans réfléchir, je l’imitai et me plantai dans son dos. « Je ne peux rien te cacher on dirait. » commençai-je d’une voix douce. Non pas que je le voulais particulièrement… quoi que…
Louis avait le don de semer le doute dans mon esprit ! Quoi qu’il en soit, il me surprenait une fois de plus par sa clairvoyance. « Tu sais, ma crainte, fut que tu te retrouves à la merci de ces gardiens. As-tu conscience d’avoir défié les dieux aujourd’hui ? Il aurait pu t’en couter… et je ne me le serais pas pardonné. » Mes paroles étaient bien plus lourdes de sens qu’elle n’y paraissaient. Apollon était rancunier, et je savais qu’il ne digèrerait pas sa défaite de si tôt. Une chance que le pacte lui interdise de descendre sur terre ! Je préférais d’autant plus qu’il déchaîne son courroux sur moi.
Quant à moi…
« Tu as raison, je me dois de garder le secret sur ma... nature, comme tu dis, ou je me verrais probablement contraint de quitter définitivement cet endroit. » Ma voix était calme, posée et emplie de sincérité pour une fois.

De mon bras valide, j’attrapai Louis par la taille, puis posai mon front sur son épaule. « Et comme tu t'en doutes peut-être, je n’en ai pas envie. » Je lui laissai le temps de digérer l’information avant d’ajouter : « Quoi que tu découvres, si tu ne veux pas de mensonge, ne me pose pas cette question. S’il te plait. » Etais-je devenu fou ? Non, c’était bien pire que cela ! Aussi, déclarai-je en toute franchise et sans adage : « Je crois que je me suis épris de toi Louis. » Un sourire étira de nouveau mes lèvres.
 
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Message posté : Mar 10 Fév 2015 - 21:25 Message
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Louis avait défié les dieux, disait Raphaël. Il lui aurait volontiers répondu qu'il ne fallait pas attendre autre chose du fils d'Armide, mais c'eût été le réponse du berger à la bergère. Mais il se tut. Il écoutait. Les mots qui vinrent à ses oreilles faisaient sens. Il comprit. La main de Raphaël, sur sa taille, fut le point qui manquait à la longue phrase de ses pensées. Il se sentit bien, quoique l'inquiétude fut grande encore, puisqu'il n'avait encore rien essayé de très concret pour guérir l'homme empoisonné par le venin du serpent monstrueux. Sa tête sur son épaule le brûla quelque peu, alors même qu'il n'y avait aucun contact direct entre les deux peaux alanguies.  « Je crois que je le sais. » avoua-t-il à mi-voix, et sans rien craindre de ce qu'il ferait ensuite, quand bien même il sentait les rênes de la raison abandonner la bride aux mords des chevaux de ses émotions. Que resterait-t-il de cet instant, dans mille ans ? Louis n'entrevoyait pas si loin, mais il ne s'interrogeait plus. Il se tourna vers Raphaël et lui prit les mains. Il les serra tendrement et ses gants y imprimèrent des frictions dociles.

 « Ne dis plus rien. Je vais prélever de ton sang et voir ce que je peux faire. Je garderai pour moi ce que j'y découvrirai. C'est une promesse que je fais sur la tombe d'Armide. » Résonna dans le palais l'écho d'un tonnerre silencieux. L'orage grondait-il au-dehors, ou bien avaient-ils tous deux fantasmé ce fracas de bruit si bref et si terrible ? Louis n'y prêta guère attention – c'était comme s'il y était habitué. « Je ne te poserai pas cette question, et tu n'auras pas à y répondre. C'est un compromis que je consens à t'accorder et je suis persuadé que tu sauras trouver un moyen de m'en remercier. » Il esquissa un sourire des plus inappropriés au romantisme de la scène. Il garda encore les mains de Raphaël dans les siennes, avant de regretter d'avoir passé des gants. Mais il devait procéder au prélèvement.  « Faisons au plus vite. Je te dis quelque chose, après. »

Quelques instants suffirent à recueillir le sang de Raphaël dans la fiole. Louis s'empressa de rejoindre l'espace où il pourrait procéder aux premières expériences. Des larmes s'accumulaient à l'envers de ses paupières. Il s'efforçait de les contenir. Il devait à présent dire quelque chose, et ne comptait pas se dérober à cette promesse faite quelques instants plus tôt.

 « J'ai l'intuition bizarre que tu sais qu'aucun de mes remèdes ne sera efficace, et que cela explique pourquoi tu étais jusque là réticent. Je croyais que c'était de ta part ce flegme que je te connais bien, mais plus j'y pense... et plus je me dis que tu sais ce venin trop puissant pour être guéri par la seule méthode alchimique. » Il déglutit difficilement. S'il ne pouvait, lui, sauver Raphaël, qu'est-ce qui le pourrait ? Qu'est-ce qui lui apporterait le remède nécessaire à ce poison terrible ? Louis vida le contenu de la fiole, avec précaution, dans un creuset métallique. Il y versa de la poudre d'argent, machinalement, connaissant bien les résultats qui viendraient dans la seconde.  « Donc tu n'es pas un loup-garou. Tous ces poils m'ont donc trompé ! » Il peinait même à faire de l'ironie. Cette difficulté à prendre appui sur l'humour en disait long sur son état, et sur la crainte qu'il avait d'avoir entraîné Raphaël vers la mort – car Louis culpabilisait. S'il n'avait été obstiné à dérober la lyre, s'il n'avait croisé le chemin de son ami dans l'île, s'il n'avait... Sans le regarder, il lui dit encore ces quelques mots, mais à voix basse, et d'un ton las, alors qu'il versait quelques gouttes de lait d'amanite, ce qui eut pour effet d'enfumer le contenu du creuset.  « Raphaël, si tu connais le remède à ce mal, alors va, et reviens-moi guéri. » Ne reste pas pour me faire plaisir ou pour contenter ma vanité, voulut-il ajouter. Il s'en abstint. Il ferait les tests et déterminerait dans la mesure du possible le meilleur soin à apporter à Raphaël, mais ne s'engouffrerait pas sur les chemins de l'orgueil pour prouver à tout rompre qu'il serait celui qui sauverait la vie de son ami. L'enjeu était trop lourd, et la sagesse lui imposait d'être raisonnable. Si Raphaël n'était pas un humain comme les autres, s'il n'était pas une créature magique, s'il n'était pas un extra-terrestre, alors il était encore plus original que Louis n'eût cru, et peut-être que dans son originalité, il connaîtrait une solution à son mal, ce qui du reste expliquerait qu'il ne prît pas trop au sérieux sa blessure, tantôt... mais toutes ces incertitudes pesaient sur les épaules de Louis, qui savait que la guérison seule de Raphaël les balaierait d'un trait.

Il n'y avait plus une minute à perdre. Ailleurs dans le château, les gobelins et le sphinx venaient d'arriver.
 
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Message posté : Mer 11 Fév 2015 - 1:17 Message
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Lorsque Louis se retourna, je n’avais qu’une envie, celle de céder à l’appel de ma déraison et me jeter sur lui afin de mettre un terme définitif à cette épineuse conversation. C’était sans compter ce trou noir au bras gauche, que je ne pouvais délibérément ignorer, ainsi que sur les frictions que Louis exerçait sur mes mains, refreinant temporairement mes ardeurs, accompagnées d’une promesse sur un nom qui ne m’était pas inconnu. J’eu le sentiment d’entendre moi aussi ce grondement silencieux qui raisonna à cet instant très précis dans le palais Beaudrie.

Armide ? Cette jeune femme surprenant un bel endormi, représentée dans le célèbre tableau de Poussin, ou encore celle toute de blanc vêtue, entourée du chevalier Renaud et de cinq angelots, de F. Boucher ? Ou bien encore, cette magicienne qui avait inspiré nombre de célèbres grands compositeurs dont Lully, Vivaldi, Haydn ou encore Dvořák, et mise à l’honneur par un grand poète italien dans sa Jérusalem délivrée. Je ne savais rien de plus au sujet de cette magicienne, que ce qui était illustré dans ces œuvres, ni même si elle avait véritablement existé. Mais Louis avait l’air de la connaître d’avantage. Je présumai que s’il la mentionnait ici et maintenant, c’était qu’il était probablement un descendant de sa lignée.

Je le remerciai d’un sourire, dans un premier temps. Pour le reste, j’avais déjà ma petite idée sur la question. Je me penchai en avant dans le but de lui voler un baiser, mais il me rappela à l’ordre du prélèvement qu’il effectua dans la foulée. « Tu aurais quelque chose pour nettoyer ça ? » demandai-je, alors que Louis s’en était déjà retourné à son plan de travail. La plaie n’était pas belle à voir, et même si le sang avait coagulé, je n’avais pas l’intention de rester comme cela et de prendre le risque de la voir se rouvrir et de voir se répandre mon sang de partout. Si le poison ne m’avait pas tué et s’était dilué, indéniablement, qui sait ce que cela ferait à Louis s’il entrait en contact avec sa peau ? Ce poison pour lui serait mortel, j’en étais plus que convaincu. Je préférais donc me montrer prudent. « Enfin, en attendant que… » Je laissai ma phrase en suspend. Louis me fit ensuite part de son intuition, pas si étrange qu’il le prétendait d’ailleurs. Un nouveau sourire étira mes lèvres. C’était à se demander s’il n’était pas capable de lire dans mes pensées.

Je me rapprochai de lui et m’appuyai contre la table sur laquelle il était penché pour ses expériences. « Ton intuition n’est pas si bizarre que cela. La mienne me dit que ce venin est puissant. Oui. » Et ce n’était pas qu’une intuition, mais je ne tenais pas spécialement à lui faire une démonstration. « Tu te rappelles cet incident ? La première fois que je suis venu ici. Tu l’as vu, je suis plutôt résistant. Ce venin là est différent. » Je lui épargnai les détails sur la sensation de chaleur, la douleur ainsi que mon anormale faiblesse, ne souhaitant pas l’inquiéter d’avantage qu'il ne l'était déjà. « Cependant, je ne suis pas expert en alchimie. » Du moins, pas en alchimie moderne. « J’ignore totalement si tu es capable ou non de composer un antipoison qui sera capable de l’annihiler. Je préfèrerais que tu le puisses. En toute honnêteté. Mais je ne veux pas te mettre la pression inutilement. Tu n'es pas responsable de ma négligence. » Car oui, j'estimais m'être montré négligent et être le seul responsable de mon état.

Louis cherchait à se réfugier sous des traits d’humour, mais l’intonation de sa voix trahissait son anxiété, et plus encore, les mots qu’il murmura à peine me firent presque culpabiliser. « S’il y a un remède infaillible, je ne l’ai pas en ma possession. Hélas. » Pas encore du moins. Cependant, il n'était peut être pas judicieux d'évoquer le Caducée pour l'instant.

Je posai une main sur son épaule, que je voulais rassurante. « Louis, si ce venin avait du me tuer, il l’aurait déjà fait. Crois-moi. » Je frictionnai son épaule que je sentais crispée sous mes doigts. « Il m’a juste un peu… affaibli. Si l’on peut dire. »
J’entrepris de le masser. Je ne pouvais lui en dire d'avantage pour l'instant. Quelque part, j'espérais qu'il soit en mesure de mettre au point un antidote qui fonctionne. Même si les chances étaient relativement faibles sans un coup de pouce divin. « Je sais ce que je fais. Ne t'en fais pas. Je connais mes limites. Fais-moi confiance. Ma vie n'est pas en danger.» J'en étais presque certain. Je déposai un baiser sur sa joue puis ajoutai : « Tu permets que j’emprunte ta salle de bain quelques minutes ? Si tu as quelque chose pour panser ce truc là, je suis preneur également. »
 
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Message posté : Jeu 12 Fév 2015 - 15:10 Message
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Louis pourvut aux besoins de Raphaël. Il n’y avait rien ici qui fut réellement du matériel médical, et donc qui fut immédiatement accessible à l’œil profane. Il désigna donc un tiroir où le blessé trouverait tout ce qui lui serait nécessaire, dans la mesure du raisonnable. Ce n’était pas un hôpital, ici ! Mais il n’allait nullement sermonner Raphaël. Il n’allait lui adresser aucun reproche. Il se contenterait d’opiner du chef et de lui permettre d’accéder à la salle de bain la plus proche.《 Deuxième porte à gauche en sortant, tu trouveras le nécessaire. 》 Il ne dit plus rien en le voyant sortir tandis que les gobelins entraient en trombe dans la pièce, à la fois meurtris d’inquiétudes, pétris de nausées, et réjouis de retrouver leur maître sain et sauf. Ils ne le percevaient pas tout à fait mais se doutaient bien que quelque chose n’allait pas. Un tracas tourmentait le magicien alors ils choisirent de oui épargner les débordements d’exubérance qu’ils avaient prévus pour lui. Leur enthousiasme inquiet n’était pas feint, ils avaient au fond d’eux cette insolente pulsion qui les plaquait à Louis pour toujours, comme l’argile aux doigts creux du potier. Louis les reçut avec un plaisir immense et un grand soulagement – il savourait le vide laissé par le faux départ de Raphaël qui n’était qu’à quelques mètres encore dans le couloir. Il disparaîtrait un court moment dans la salle de bain mais Louis goûtait fort la sérénité retrouvée du silence des cœurs énamourés.

Torgnole indiqua la présence du sphinx dans le salon et ne cacha rien de sa méfiance à l’égard d’un suppot divin indigne connu pour ses énigmes et ses fourberies. Châtaigne balaya la question du danger que représentait cet invité improbable d’un revers de l’oreille et assaillit Louis de questions si nombreuses qu’en dresser la liste ici prendrait une part trop importantes des pages dévolues à ce récit. Le magicien, qui trouvait là un excellent moyen de noyer son émotion dans les eaux du lac de l’accalmie, y répondit de son mieux et sans rien dissimuler des détails. Il conta brièvement son combat contre le dragon, le vol dans la bouche du Volcan, la chevauchée fantastique de Raphaël, mais omit tout de ce qu’il faisait en même temps qu’il s’improvisait narrateur. Les tests s’allongeaient d’ailleurs au-dessus du creuset comme autant de coups d’épée dans l’eau. Un pet de fourmi eût fait bien plus de bruit ! Raphaël n’était ni un sorcier, ni un ange, ni un démon, ni un vampire, ni un djinn, ni un gobelin, ni un dragon, ni un elfe, ni un lutin, ni un gnome, ni un loup-garou, ni un triton, ni rien du tout, il n’était pourtant pas un homme les autres ! Il n’était ni un mutant ni un muté. Il était unique et plus les tests avançaient plus cela semblait clair aux yeux de Louis qui lança les derniers. 《 Allons voir le Sphinx, ce dernier... cela prendra du temps. Torgnole, tu surveilles le creuset, au moindre événement, tu me préviens, c’est un ordre. 》 Le gobelin approuva religieusement et se précipita au côté du chaudron où s’opérait une magie qu’il connaissait sans rien y comprendre. Louis prit la lyre avec lui et, suivi d’un Châtaigne guilleret en dépit de la fatigue, il gagna le salon où un Aetius des plus indécis se tenait.

L’oiseau léonin avait perdu de sa superbe et n’en menait pas large. Il était livide, sous ses poils, et blêmit plus encore en voyant Louis pénétrer dans la pièce avec la lyre sous le bras. Louis ne lui donna aucune occasion de parler le premier.《 Une chance pour toi, ce palais a de beaux espaces et de belles hauteurs sous plafond. Fais comme chez toi, dans la mesure du possible, pour le moment tu es mon invité. Je devine que tu devras rendre des comptes à ton maître tôt ou tard. Ou es-tu déjà sur sa liste noire ? 》 La tête d’Aetius s’affaissa. Apollon ne pardonnait jamais l’échec de ses serviteurs. Louis comprit aussitôt mais ne percevait pas toutes les implications, encore de sa découverte.Il se faisait mal à l’idée que les dieux du panthéon grec fussent ... actifs. Cette idée n’était encore que vague à son esprit, ce qui expliquait d’ailleurs pourquoi il ne saisissait pas tout du trouble d’Aetius. Sans doute se disait-il que le sphinx, persuadé de servir un maître toujours vivant, s’obscurcissait la tête de sa vieille allégeance...
 
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Message posté : Ven 13 Fév 2015 - 15:43 Message
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« Merci » dis-je, déposant un baiser sur la joue de Louis avant de récupérer le nécessaire aux premiers soins dans le tiroir, puis le haut de ma combinaison abandonné sur le fauteuil élimé, afin de disparaître dans le couloir.

Je croisai les gobelins en chemin. Tels deux tornades furieuses prêtes à tout ravager sur leur passage, ils déboulèrent dans la réserve et je fus surpris de ne pas les voir en compagnie d'Aetius. Je m’arrêtai afin de tendre l’oreille. Je les entendais déjà jacasser et accabler Louis de questions. J’appris qu’Aetius était resté dans le salon. Il ne s’était donc pas égaré dans une dimension transverse. Je refermais donc la porte dimensionnelle que j’avais maintenue ouverte et la tête me tourna légèrement. Comme indiqué par le musicien, je cherchai la deuxième porte à gauche, l’ouvris, déposai le haut de ma combinaison et les pansements sur un meuble, puis me rinçai le visage dans l’évier avant d’observer mon reflet dans le miroir. Effectivement, j’avais mauvaise mine. J’avais la tête qu’aurait un humain après avoir passé une sale nuit. Mes traits étaient tirés comme cela m’arrivait rarement, comme lorsque je n’avais pas pris d’ambroisie depuis un certain temps. Il faudrait que j’y remédie, mais je n’étais pas encore affamé. Cela pouvait encore attendre.

Je restai un instant à fixer mon reflet sans le voir, réfléchissant aux conséquences de mes actes. Je ne savais pas exactement ce que Louis allait découvrir, ni quel était son niveau d’alchimie, mais il était perspicace et au vu de ce que nous venions de traverser ensemble, je ne serais pas surpris qu’il en tire quelques conclusions qui friseraient de très près la vérité, s’il ne mettait pas le doigt dessus.
Je quittais mes bottes ailées, défis le bas de ma combinaison et entrai dans la douche. Je m’étais livré à un jeu dangereux aujourd’hui, risquant sérieusement de me dévoiler, mais bien pire encore, de compromettre mon séjour sur terre. La sensation de l’eau sur ma peau me délassa quelque peu, excepté à un endroit bien précis. Maudit bras gauche ! Je pris une profonde inspiration afin d’en faire abstraction. Je ne pouvais disparaître pour aller chercher le Caducée maintenant. Même si je savais que cela conforterait Louis, dans un sens. Je ne voulais pas lui devoir en plus, ce genre d’explications. L’heure était déjà suffisamment grave au vu du secret qu’il était sur le point de découvrir. C’était cruel, mais ce n’était clairement pas le moment. De plus, les épreuves n’étaient pas encore terminées. J’avais encore mon rôle de gardien à jouer et je ne pouvais fouler le sol de l’Olympe sans en avoir d’abord fini avec la lyre. Apollon m’attendait au tournant, je le savais. Je devrais, tôt ou tard, lui rendre des comptes sur ce qu’il s’était passé sur l’île, sur la trahison d’Aetius et sur son sort, probablement – Il exigerait certainement réparation, s’il ne jetait pas une malédiction pour apaiser son courroux - sur le dragon contre lequel il m’avait mis en garde, aussi, probablement. Si je voulais tirer mon épingle du jeu, j’allais devoir me montrer prudent et patient. Comme je l’avais dit à Louis, si ce poison avait du me tuer, ce serait déjà fait !

J’entrepris de nettoyer la plaie, aux prix de cette douleur lancinante qui se faisait bien plus virulente dès que j’y touchais. Après l’avoir rincée, je m’aperçus que les chairs à vif étaient toujours noires, comme si elles avaient été calcinées.

Bien qu’il ai promis de ne pas m’interroger et de garder cela pour lui, si Louis découvrait mes origines, je ne doutais pas que sa curiosité le mène à vouloir en apprendre d’avantage. Il prendrait alors conscience de l’existence des miens, alors que nous avions disparu des esprits mortels depuis des millénaires, les humains ayant cessé de croire en notre existence et nous ayant relégués au rang d’antiquités. Je fermai les yeux.
Je n’avais jamais avoué mon essence divine à aucun mortel, pas même à mes précédents amours terriens. Cela dit, je n’avais jamais flirté avec un magicien auparavant. Cette pensée me fit sourire. Cela changerait-il quelque chose que Louis le sache ? Il y avait toujours le risque que cela s’ébruite, mais il avait promis, sur Armide. Que représentait-elle pour lui au juste ?

Je coupai l’eau, attrapai une serviette et entrepris de me sécher. Je ne trouvai pas de pansement assez gros pour ma blessure alors je leur préférai plusieurs compresses que je fis tenir avec du sparadrap et que j’enroulai autour de mon biceps. Voilà qui était mieux ! J’enroulai la serviette autour de ma taille puis essuyai rapidement mes cheveux avec une autre. Après avoir pris soin de remettre les lieux en état, et d’avoir religieusement plié mes affaires, je les entreposai dans un coin, puis je quittai la salle de bain dans le plus simple apparat, avec pour seul vêtement, la serviette de bain. Je regagnai ensuite la réserve de potions pour n’y trouvais que Torgnole qui était absorbé par la contemplation du chaudron. « Où est Louis ? » demandais-je. Il leva vers moi un regard que je ne su déchiffrer. J’avais le sentiment qu’il ne m’appréciait pas beaucoup. J’avisai l’endroit où j’avais laissé la lyre. Celle-ci n’était plus là. Sans attendre de réponse, je quittai la pièce et me dirigeai vers le salon où était resté Aetius. Si Louis n’était pas déjà en train de le questionner, nous devions avoir une petite discussion tous les deux.

Aetius s’inclina respectueusement, aussi détourna-t-il la question en répondant : « Mon maître m’a entraîné à sa suite, dans sa fuite de l’île lyrique. Je me suis humblement conformé à son désir. » Aux dernières nouvelles, le magicien s’était auto-proclamé le nouveau maître de la volaille léonine, et ce dernier ne manqua pas de tenter de sauver les apparences en jouant sur les mots. Cependant, il avait bien saisi le sens de la question de Louis et n’était pas serein. Il avait failli en tant que gardien de la lyre, et se savait en sursit, à cause, ou grâce à l’intervention de Louis. Il savait également que son maître divin se montrerait impitoyable à son égard lorsqu’il serait contraint de retourner sur l’Olympe. Il n’ajouta rien de plus, appréhendant sans doute d’autres questions, et lorsque j’apparus silencieusement dans l’encadré de la porte, je surpris le sphinx incliné devant Louis et Châtaigne. Je gardai le silence.
 
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