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Les liens du sang

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Message posté : Lun 22 Avr 2013 - 21:30 Message
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Wotan conduisait à vive allure en direction de Star City, sans se soucier des limitations de vitesse. Pour une interstate traversant l'un des États les plus peuplés des Etats-Unis, la route était bien déserte. Tant mieux, il pouvait pousser la voiture à fond sans se soucier du trafic... mais même à ce train d'enfer, le trajet était long, et commençait à l'ennuyer à mourir.
Avisant soudain l'autoradio, il se demanda pourquoi il n'avait pas pensé plus tôt à mettre de la musique pour agrémenter un peu sa conduite. Il le mit en marche et, heureux hasard, réglé d'avance sur une station de musique classique, l'appareil se mit aussitôt à diffuser les premières mesures d'un de ses airs de Wagner favoris : la marche funèbre de Siegfried. Tandis que le paysage urbain défilait autour de lui, Wotan se laissa enivrer de la mélodie solennelle. Il sentit même un frisson monter en lui lors du crescendo progressif qui aboutissait à la phrase musicale la plus épique du-
Boum ! Boum ! Deux coups sourds à l'arrière de la voiture mirent brutalement fin à sa griserie, manquant de le faire sursauter et de lui faire envoyer son bolide dans le décor. La musique promptement coupée, il s'assura d'un coup d’œil au rétroviseur intérieur qu'il était bien seul dans l'habitacle. Boum ! Boum ! Le bruit provenait du coffre, et fut cette fois suivi d'un cri étouffé.
"J'arrive !" avertit la voix reconnaissable entre toutes de Klaus. Le sang de Wotan se glaça dans ses veines tandis qu'il vit la plage arrière se soulever doucement...

L'Allemand se réveilla en sursaut sur un lit qu'il ne reconnut pas. Soulagé mais déboussolé, il promena son regard sur la pièce et se rappela où il était : dans la chambre de l'hôtel Tremont de Star City qu'il avait réservée dès son arrivée en ville, et où il avait prévu de simplement poser ses bagages avant de repartir immédiatement à la recherche de Dieter Feuerbach. Mais il avait cédé à la tentation de s'allonger un instant, et s'était laissé happer par le sommeil... Avec le décalage horaire, s'il était ici sept heures du soir, pour lui il était déjà une heure du matin : pas étonnant qu'il se soit assoupi.
Cette sieste imprévue s'était néanmoins révélée salvatrice. Bien que le cauchemar l'ait laissé momentanément fébrile et trempé de sueur, il se sentait reposé et il ne s'en faudrait que d'une bonne douche pour qu'il soit prêt à aller dans les meilleures conditions au-devant de ce grand-oncle qu'il lui tardait tant de rencontrer enfin.
Se levant pour ouvrir une fenêtre, il laissa s'échapper sa vision et regarda tout à la fois le corbeau familier s'envoler à tire-d'ailes dans le ciel, et la vue de haut de Star City qui s'offrait simultanément à lui. La recherche de cette marina aperçue furtivement quelques jours plus tôt occupa son esprit tandis qu'il se déshabillait et entrait dans sa douche. Celle-ci fut si délicieuse qu'il la prolongea plus que nécessaire, fermant les paupières pour se concentrer sur le seul survol de la grande cité, jouissant sereinement du spectacle et de la chaleur de l'eau brûlante sur son corps. Malheureusement, aussitôt qu'il eut mit fin à la vision après avoir localisé le curieux navire blanc frappé du nom Nordstern, l'angoisse due aux évènements de ces derniers jours, ravivée par ce dernier rêve aussi grotesque que perturbant, revint s'emparer de lui. L'angoisse, et une migraine lancinante... Le sommeil n'avait pas été si réparateur que cela.

19:52 - Marina de Star City
Le jour déclinait et tirait à sa fin. Wotan s'était figé sur le quai dès qu'il avait aperçu le Nordstern. Depuis presque un quart d'heure, il l'observait à quelques dizaines de mètres, sans se résoudre à approcher plus avant. De la lumière sortait déjà de la coupole de verre qui coiffait le navire : son propriétaire était bien à l'intérieur, il ne tenait plus qu'à Wotan d'aller à sa rencontre. Mais l'imminence le faisait soudain hésiter.
L'étrangeté de l'architecture du vaisseau n'avait pas manqué de le frapper mais elle n'était pour rien dans son appréhension soudaine. En fait, comme il touchait au but, il s'efforçait de visualiser cette rencontre assez hors du commun et tous ses déroulements possibles, de s'y préparer mentalement une dernière fois. Comment se présenter ? De quoi parler d'abord ? Et surtout... Comment serait-il accueilli ? Il ne connaissait ce Dieter qu'à travers les souvenirs que Klaus avait partagé avec lui, des souvenirs datant de 1941. Dieter avait cent deux ans et de toute évidence la jeunesse éternelle. Enfin... De cela aussi il faudrait le mettre en garde. Toujours est-il qu'il avait pu évoluer de toutes les façons imaginables. Propriétaire d'un navire de plaisance -certainement coûteux, vu son extravagance-, il semblait être désormais un homme aisé à mille lieues de l'humble menuisier de Stuttgart.
Il pouvait être devenu n'importe qui par le caractère, par les ambitions, et se trouver dans n'importe quelle disposition d'esprit vis-à-vis d'un inconnu qui débarquerait comme cela, au soir, se présentant comme le petit-fils de Klaus et porteur de nouvelles déroutantes. Avait-il relégué son frère au rang de lointain souvenir qu'il répugnerait à voir ressurgir, ou le chérissait-il toujours ? La descendance de celui-ci, que représenterait-elle à ses yeux ? Et puis... Quelle décision prendrait-il quand tout serait dit et fait. Il aurait son sort entre les mains, et c'était là l'enjeu qui terrifiait Wotan.

Comme ses doigts jouaient machinalement avec la poignée du gros coffret de bois qu'il tenait à la main depuis sa descente du taxi, il perçut à nouveau consciemment la présence de l'objet et cela le décida. Il n'avait pas le choix, de toute façon. Et qui plus est, sa migraine recommençait à le lancer. Franchissant la distance qui le séparait du ponton où était amarré le Nordstern, il s'engagea sur la passerelle après avoir profondément inspiré l'air marin de la baie comme pour se donner du courage.

Devant la porte, il referma le poing pour y frapper, quand il aperçut ce qui paraissait être un interphone. Il grommela. Pourquoi diable fallait-il qu'il y eut un interphone ? Il avait toujours imaginé le premier instant de la rencontre en chair et en os, un échange de regards bien physique durant lequel ils auraient pu se dévisager à quelques pas l'un de l'autre -il comptait sur l'air de famille prononcé qu'ils partageaient pour jouer un rôle important dans la première réaction initiale- or dire son nom par cet intermédiaire virtuel, se faire examiner par un petit écran à travers lequel on ne voyait peut-être pas grand chose dans la lueur du couchant... Ce n'était pas pareil. Mais c'était comme cela, et il fallait bien commencer quelque part.
Il appuya sur un bouton et rejoua encore mentalement son introduction en attendant un bruit de l'interface vocale. Il s'absorba dans ses pensées et ne prêta à nouveau attention à l'appareil qu'après de longues secondes. Il avait été distrait, il avait peut-être loupé un déclic ou le bruit produit en décrochant, ou encore, tout simplement, rien ne s'était passé. Cet appareil était d'un modèle étrange, peut-être ne grésillait-il pas comme les interphones classiques. Devait-il re-sonner ? Ou attendait-on qu'il s'annonce ? Dans le doute, il parla, en allemand, prêt à sonner une nouvelle fois si rien ne se passait après cela.
"Guten abend. Pardonnez-moi pour l'heure tardive, je... Je souhaite vivement rencontrer Herr Dieter Feuerbach."
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Message posté : Mar 23 Avr 2013 - 0:50 Message
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Robe blanche courte, lèvre rouge et chignon victorien elle avait accueilli Die avec un baiser cocktail sans alcool en main. Avec sa main libre elle l’avait ensuite entraîné dans leur chambre distillant dans son sillage un parfum doux de violette. Ce soir elle avait décidé de faire une surprise à son conjoint. Tous deux étaient trop angoissés, entre ses missions à l’Unison, les prochains concours de Dieter et leurs difficultés à économiser assez pour le HIT ils étaient quasiment constamment sous tension. Après avoir dégustés quelque amuse-gueule dont elle avait trouvé la recette sur internet, elle lui avait proposé un repas fruité comme le matin de leurs fiançailles comme pour s’en rappeler le bon souvenir. Elle l'avait déjà embrassée une dizaine de fois et déboutonné sa chemise quand on sonna à la porte. Grisée par un baiser elle laissa un instant sonner dans le vide, avant de se résigner dans un soupir à aller voir ce qui se passait.

- Désolée, c’est peut-être une urgence, j’ai mis mon portable sur silencieux. Je vais voir mon cœur, lâcha-t-elle avant de lui baiser le front tendrement.

D’un geste las elle remonta la bretelle de sa robe que Dieter avait déjà commencé à descendre. Pieds nus elle s’extirpa de leur lit et glissa silencieusement jusqu’à dans le salon. Les joues encore un peu rouge de l’ardeur de son désir récent, elle regarda dans la projection de la caméra externe le troubleur de fête. Un frisson la parcourut de la tête au pied, il était étrange, il avait un œil bleu et un œil marron, l’œil bleu était marqué d’une fine cicatrice, elle n’avait jamais vu ça à Ultima Thulé. Elle l’entendit se présenter en allemand et demander à voir son mari. Elle fronça les sourcils d’où cet homme connaissait son conjoint. Die ne lui avait jamais présenté et après toutes les mésaventures qui étaient arrivés à son chéri elle ne pouvait que se montrer méfiante face à un inconnu. Dieter n’aurait certainement pas donné son adresse à n’importe qui, il était beaucoup plus prudent qu’elle. Prudente elle demanda à Die de venir précisant qu’elle ne connaissait pas celui qui venait de sonner, puis elle appuya sur un bouton pour s’adresser à l’homme dehors également en allemand.

- Je suis sa femme. Mon mari ne devrait pas tarder.

Un instant elle hésita, elle aurait voulu s’excuser d’être ainsi méfiante mais que beaucoup de mauvaises choses leur étaient arrivés, mais ça ne se faisait pas ici. On ne confiait pas sa vie à un parfait inconnu, on ne se montrait pas aussi sincère, c’était comme un crime, cela choquait les gens. Ici la confiance de son prochain et la franchise étaient assimilés à de la naïveté. Die tardait, il était probablement en train de remettre un peu d’ordre à sa tenue et à sa coiffure. Espiègle elle adorait particulièrement décoiffer ses cheveux fins en l’embrassant passionnément. Incapable de se retenir elle adressa de nouveau la parole à l’homme qui attendait devant sa porte.

- Je suis désolée, fit-elle le ton sincère et penaud. Il arrive. Qui êtes-vous en fait ? questionna-t-elle.
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Message posté : Mer 24 Avr 2013 - 0:22 Message
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Les lèvres de Luka avaient un goût exquis. Comme toujours, en meilleur encore : elle avait encore sur le bout de la langue l’arôme frisquet de la glace chocolat-menthe qu’elle avait amoureusement préparé pour eux deux en guise d’ouverture. Sa fraîcheur contrastait avec la fébrilité de son étreinte tandis qu’elle le poussait contre le lit en déboutonnant sa chemise. Il se laissait faire, mais il ne se retenait qu’avec peine de ne pas prendre les devants et seulement grâce au souvenir inoubliable que lui avait laissé leur dernier jeu du genre. Depuis lors il lui avait passé la bague au doigt et fait don d’une partie de lui. Dans son impatience il ne put s’empêcher de glisser sa main vers une poitrine gonflée d’orgueil maternel. Son ventre était encore plat, mais elle avait déjà dû s’acheter un nouveau soutien-gorge. En attendant de pouvoir y goûter, il la déshabillait d’un regard empli de désir. Il venait de prendre l’apéritif et avait déjà faim du plat principal.

Il était en pleine apnée quand une tonalité bien connue sonna la fin de leur intimité. C’était à peine s’il y prêtait attention, tout à l’excitation du baiser, mais cela recommença et il dut se résoudre à rompre le contact, déçu mais résigné. C’était pourtant bien parti. Tandis que sa femme lui embrassait le front en s’excusant avant de remettre sa tenue en place pour s’enquérir de ce qu’il en était, lui laissait sa tête retomber en arrière dans un soupir las. Il lui fallait maintenant se calmer, et pas seulement les battements de son cœur. La voix de l’Hyperboréenne ne tarda cependant pas de le faire sortir de sa torpeur : c’était lui qu’on demandait. D’un seul coup il se redressait, interloqué, d’autant qu’elle précisait ne pas connaître l’homme en question. L’Allemand fronça les sourcils. C’était louche, il n’aurait tout de même pas donné leur adresse à quelqu’un qui ne connaîtrait pas Luka, c’était son bateau à elle après tout, venu tout droit de son pays d’origine. Une vague inquiétude le traversa, au souvenir d’un certain corbeau. L’oiseau avait quelques jours plus tôt survolé le Nordstern avant de se volatiliser dans le néant, sans laisser de trace. Une magie était à l’œuvre derrière cette apparition et il craignait que ses ravisseurs n’aient ainsi identifié sa nouvelle retraite. Il secoua la tête et se frotta le visage, autant pour se redonner une figure que pour remettre ses idées en place. Herr Médicis lui avait conseillé d’être prudent et il le serait, mais rien ne prouvait pour l’heure que ce soit lié. Avec un peu de chance c’était juste un stupide stagiaire de l’UNISON venu de la part de Charlie qui aurait oublié de se présenter correctement.

Se levant enfin, l’homme de Stuttgart reboutonna précipitamment sa chemise et lissa les plis de leur étreinte. Cela ne rimait à rien de faire durer le suspens, il n’avait qu’à aller de l’avant et ils seraient vite fixés – plus vite qu’il ne le croyait, d’ailleurs, puisqu’à peine arrivé dans la coursive qui leur servait d’entrée il entendit leur mystérieux visiteur prononcer un nom. Son nom. Feuerbach, Wotan Feuerbach. Le cœur de Dieter manqua un battement et ses épaules tressautèrent. Son visage s’était figé dans une expression indéfinissable. Pas un muscle de son visage ne bougeait, sinon ses lèvres qui s’entrouvrir pour laisser tomber une mâchoire devenue soudain bien lourde. Stupeur, effarement, joie, honte, peur, incrédulité ? il n’avait pas eu le temps de faire le tri parmi les émotions diverses et contradictoires qui l’avaient traversé durant ces quelques fractions de seconde que tout s’enchaîna très vite. Luka avait enclenché l’ouverture de la porte et c’était une frayeur sans nom qui prit le dessus. Il recula d’un pas et ses yeux s’écarquillèrent jusqu’à former deux pupilles noires.

« Où est Klaus ? » La question avait fusé, vive et nette, de la bouche de Luka. Il ne l’avait même pas entendue.

Ce que les barrières magiques du Nordstern lui avaient masqué jusqu’alors lui sauta aux yeux : leur inconnu était un mage, et pas n’importe quel mage. Il n’avait jamais senti ce type d’aura jusqu’à il y a quelques jours, quand un étrange volatile l’avait espionné. L’œuvre d’un Feuerbach ? l’espoir lui réchauffait à peine le cœur qu’il se raisonnait que c’était trop beau, qu’on l’avait déjà bercé de promesses trop belles et que ça s’était très mal terminé. Il était tendu, respirait en petites saccades irrégulières. Luka était trop proche de la porte à son goût, lui trop loin. Elle avait peut-être fait rentrer le loup dans la bergerie, le regardait avec des yeux brillants et il ne pourrait même pas se mettre au travers si ce Wotan décidait d’user de la magie contre elle. Piégé, il se sentait piégé et n’avait d’autre envie que de s’encourir à toute jambe, mais il ne pouvait pas. Sa femme, ses enfants étaient plus proches du visiteur que de lui. Une bouffée de colère lui monta au visage, et ses paroles gagnèrent en dureté pour compenser le sentiment d’impuissance qui l’envahissait.

« Qu’est-ce qui me dit que c’est vraiment votre nom ? cracha-t-il, méfiant mais déterminé à ne plus reculer à défaut d’avancer. Qui vous a donné cette adresse ? »

Il avait bien une idée, mais il craignait que parler dès maintenant du corbeau ne force l’intrus à passer à la vitesse supérieure. Il fallait d’abord mettre en garde Luka.
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Message posté : Mer 24 Avr 2013 - 18:36 Message
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« Où est Klaus ? »

Si vite ? Wotan s'était attendu à ce qu'on l'interroge rapidement sur son grand-père, mais pas avant d'avoir révélé sa filiation, en tout cas pas à peine la porte ouverte. La jeune fille diaphane à la blondeur dorée qui avait surgi devant lui, avait lancé la question de façon si spontanée ! Ses yeux bleus brillaient d'une lueur intense, et... avait-elle failli se jeter à son cou ? Ses mains se tendant imperceptiblement en avant l'espace d'une fraction de seconde, elle avait esquissé un geste aussi instinctif que sa demande avant de se reprendre.
Cependant la question n'était après tout pas si surprenante, venant de celle qui était, donc, l'épouse de Dieter. Un autre Feuerbach surgissant de nulle part et demandant à rencontrer son mari ne pouvait qu'être lié à Klaus. Devant cette réaction candide qui trahissait un espoir immense, Wotan s'assombrit. Ainsi, Klaus n'avait jamais quitté l'esprit et le cœur de Dieter et de ses proches. Cela ne rendrait les choses que plus difficiles... En tout cas, hors de question de répondre à brûle-pourpoint ici, sur le seuil, et sans la présence de Dieter lui-même.

Mais... Celui-ci était bel et bien là en fait, qui se tenait en retrait derrière elle ! Wotan, quelque peu désarçonné par la jeune femme qui lui masquait en partie la coursive d'entrée, et frappé par sa beauté lumineuse, évanescente, comme hors de ce monde, n'avait un instant eu d’yeux que pour elle et n'avait pas pris conscience de l'arrivée du jeune homme. Oui, jeune homme. C'est en le voyant en chair et en os d'aussi près, ni sur une vieille photographie, ni par le biais d'un survol fugitif à distance prudente, que Wotan le considéra pour la première fois pleinement comme tel et dans tous les sens du terme.
Jusqu'ici dans sa tête, dans l'anticipation de la rencontre, il l'avait presque mythifié, lui le sorcier Feuerbach âgé d'un siècle, lui l'aîné de Klaus. Il lui avait prêté en imagination jusqu'à cet instant précis, sans compter sa jeunesse physique attendue, un caractère d'ancêtre marmoréen, une sorte de maturité inatteignable d'un être hors du temps.
Or celui qui se tenait dans le couloir, interdit, n'apparaissait soudain plus à Wotan que comme un jeune homme désemparé. Ou pour mieux dire, qui passait visiblement par toute la gamme des émotions. Il semblait la proie d'un affrontement entre des sentiments contradictoires, et ce fut la colère qui l'emporta, une colère qui sentait la peur.

« Qu’est-ce qui me dit que c’est vraiment votre nom ? Qui vous a donné cette adresse ? »

Le ton sur lequel Dieter avait aboyé ces questions était menaçant, mais il trahissait une angoisse perceptible qui acheva d'inverser les rôles que Wotan avait inconsciemment établis dans son esprit. Sa longue hésitation quasi-timide sur le quai tout-à-l'heure, avait été due en partie à la perspective de se préparer à pénétrer dans un univers où il ne serait qu'un jeunot devant un aîné de plusieurs décennies. Il s'était retrouvé dans l'état d'esprit de cette fois où, à dix-huit ans, il s'apprêtait à taper pour la première fois à la porte de Klaus...
Or, face d'abord à cette fille pleine d'une candeur et d'une spontanéité ingénue presque adolescente, puis maintenant ce jeune homme dépassé par ses émotions, Wotan reprenait conscience de son âge réel, de sa quarantaine entamée, et se perçut comme le plus âgé du trio.

Ce sentiment lui redonna l'ascendant nécessaire pour répondre avec calme et assurance en dépit de l'hostilité dont il était tout à coup l'objet. Esquissant un sourire discret, il s'efforça d'adopter la voix la plus sereine et bienveillante possible.

« C'est un honneur et une joie immense de vous rencontrer, Dieter. Je dis bien la vérité, mon nom est Feuerbach parce que... je le tiens de mon grand-père Klaus, votre frère. Il m'a tant parlé de vous... »

C'était peu dire, ces derniers mois Klaus n'avait eu que son grand frère à la bouche. Wotan n'ayant que sa parole pour lui, il chercha un élément pour convaincre définitivement Dieter qui, pantois, semblait tétanisé.

« Mais vous avez besoin d'une preuve. »
C'était un constat à voix haute et non une demande. Le comportement méfiant de son grand-oncle nécessiterait d'ailleurs des questions ultérieures. Craignait-il des ennemis ? Mais ce sujet viendrait plus tard. Wotan venait de retrouver un détail que nul n'aurait pu apprendre sinon de la bouche de Klaus en personne.

« ...Vous souvenez-vous de Ruprecht, le cheval de bois fabriqué par votre oncle Hans ? Et de comment Klaus vint vous trouver en pleurs après l'avoir cassé, craignant d'être puni ? J'ignore si c'est de là qu'est née votre vocation de menuisier, mais encore enfant vous l'avez réparé, Dieter, et Klaus en a suffisamment été marqué pour m'avoir raconté cette histoire plusieurs fois tant d'années après. »
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Message posté : Mer 24 Avr 2013 - 21:53 Message
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Quand la réponse vint à sa dernière question Luka pâlit et eut le souffle coupé un très court moment. Feuerbach, il voulait dire qu’il était de leur famille, Luka ne voyait qu’une solution pour cela. Passée la surprise elle se précipita pour appuyer sur le bouton permettant l’ouverture latérale de la porte. Prise d’un fol espoir irréfléchi elle faillit bien se jeter dans ses bras. Son corps se penchait déjà en avant, ses mains se tendaient déjà, mais sa conscience la rattrapa et aussi soudaine qu’avait été son impulsion, aussi soudainement elle se stoppa. Ses bras fins s’abaissèrent et elle se contenta de poser une question le regard brillant.

- Ou est Klaus ?

Die n’eut pas du tout la même réaction qu’elle, si elle était l’impulsivité, lui était la prudence et se méfiait déjà de celui qui se présentait sous leur nom. Luka se tourna à moitié vers lui désappointée, tiraillée entre l’espoir d’avoir des nouvelles de Klaus et la méfiance toute raisonnable de son mari. Ce n’était pas l’Hyperborée ici, il ne fallait pas l’oublier, comme lui avait dit une fois Die sous la colère, tous le monde ici n’était pas beau, gentil, généreux et sage ici. De nouveau elle se tourna vers Wotan et l’examina du regard tentant de trouver une ressemblance avec Klaus, à vrai dire l’homme qu’elle trouvait en face ressemblait plus à Dieter, en plus assuré sans le moindre doute, en plus mystérieux, mais elle trouvait en commun les mêmes traits fins et les même cheveux châtains.

Malgré l’agressivité légèrement perceptible de Die, Wotan garda son calme et finit par annoncer son plaisir de cette rencontre avec son mari. Rapidement il confirma ses soupçons, il était le petit-fils de Klaus. Sa question fut ignorée, comme elle, c’était compréhensible, mais c’était toujours douloureux de se rappeler que Klaus n’avait pas le moindre souvenir d’elle et qu’il n’avait pas pu donc parler d’elle à ses enfants et encore moins à ses petits-enfants. Avec grand effort elle fit mine de garder le sourire, mais quelque chose dans son regard c’était terni. Un instant elle hésita à effectuer un retrait afin de laisser à Dieter la possibilité de savourer cette rencontre inopinée, ce quasi miracle, mais elle se sentait soudainement trop mal et lasse.

L’homme lui inspirait confiance, il semblait avoir ce tempérament calme et tempéré tant exalté dans sa société. Bientôt pour prouver ses dires il eut tôt fait conter une anecdote d’enfance de Klaus et de Dieter. Suspendue à ses lèvres, elle ne perdit pas un seul de ses mots. Cette anecdote lui avait été raconté par Klaus, pour lui souligner le don de Dieter avec du bois, peut-être que lui était un intellectuel, mais Die était bien plus manuel que lui. Klaus aimait son frère. Maintenant qu’elle avait la certitude qu’il disait la vérité, elle ne put s’empêcher peut-être trop familière de vouloir lui saisir les deux mains. Malheureusement une était occupée par un mystérieux coffret en bois alors elle se contenta d'en prendre une seule et de l'enfermer dans les siennes avec énormément de douceur. En Hyperborée elle aurait collé son front au sien, mais ici ce geste ne semblait pas adapté. L'Ultime ne pleurait pas, mais avait le regard humide.

- Je m’appelle Luka, débuta-t-elle elle aurait voulu dire son vrai prénom, mais elle savait bien qu’elle ne pouvait pas. Je suis heureuse de vous rencontrer et tellement heureuse que Klaus ait finalement fondé une famille.

L’hyperboréenne parlait trop, elle semblait trop jeune pour avoir rencontré Klaus sans que Wotan, le sache, mais elle avait besoin de dire ça malgré qu’elle ne soit pas certaine de le penser vraiment. Son renoncement à Klaus était encore trop récent, pas encore cicatricé. Cela faisait seulement cinq mois qu’elle était partie d’Hyperborée, vouée à l’exil éternel sans aucune chance de retour, juste pour le retrouver. Très vite cependant elle se reprit, elle était mariée à Dieter et si c’était son petit-fils qui sonnait à leur porte c’était soit qu’il était mort, soit trop vieux ou malade pour voyager. Penser cela était triste, mais moins compliqué que d’affronter le fringuant jeune homme qui avait fait fondre son cœur la première fois, surtout maintenant qu’elle commençait à faire son deuil de lui et de tout son passé en Hyperborée.

- Entrez je vous prie, poursuivit-elle en lâchant la main. Installez-vous sur le canapé puis-je vous servir une boisson chaude, un jus de fruit, une bière ou un verre d’eau plate ?

Sol’ukah après ça tourna un regard inquiet vers Dieter, elle avait un peu peur qu’il prenne cette invitation comme une trahison. Mais elle se souvenait de l’anecdote et elle avait la certitude que l’homme ne mentait pas. Peut-être bien qu’elle était crédule, mais elle n’avait pas envie de laisser échapper sa seule chance de savoir ce qui était arrivé à Klaus.

HRP : Vu que Luka était chez elle, elle n'a pas pensé que son chignon ne masquait pas sa nuque, sur cette dernière se trouve un talisman incrusté dans sa peau, sans l'attache of course .
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Message posté : Jeu 25 Avr 2013 - 1:59 Message
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Les dents serrées, l’homme de la maison gardait le regard droit et les sourcils froncés, s’interdisant formellement de se laisser amadouer par des paroles bien tournées. Ses lèvres tremblèrent bien légèrement à la mention de Klaus, mais cela ne voulait rien dire – rien, rien, rien, strictement rien sinon que leur visiteur n’avait pas été assez stupide pour venir sans se renseigner. Leurs noms étaient tous deux inscrits dans les registres militaires, même sans connaître toute leur histoire il était possible d’établir la filiation à qui avait les ressources nécessaires. L’image d’un Klaus vieillissant prenant sur ses genoux le fruit de ses entrailles pour évoquer ce frère disparu n’en était pas moins séduisante, et s’il ne laissait rien paraître il ne put s’empêcher de sentir une vive émotion lui tordre les tripes. Wotan : voilà bien le genre de prénom qui lui aurait plu, à ce fou. Il aurait aimé y croire, mais il ne s’en sentait pas le droit.

Sa tête eut un petit mouvement vif pour confirmer son besoin de preuve et un moment il s’attendit presque le voir sortir de son chapeau quelque papier (peut-être faux) prouvant son patronyme. Ses mains lui restèrent le long du corps, pourtant, tandis qu’il le toisait tranquillement de son visage grave, de ses yeux dépareillés, insondable. C’est de sa bouche que sortit la preuve promise, dans un langage qui n’avait plus rien à voir avec l’éloquence policée, convenue de la première prise de parole. Il y avait là-dedans des accents de vérité qui le firent hoqueter à la première mention de ce canasson de bois auquel il ne songeait à vrai dire même plus lui-même. Ruprecht. Ça sonnait bizarre avec l’accent de Berlin, mais il croyait s’en souvenir en effet. Moins que Klaus, apparemment, ils étaient si petits pourtant, ils allaient encore tous les deux à l’école. Ça l’avait marqué tant que ça ? pour une pièce déboitée qu’il avait juste fallu caler ? Malgré lui ses yeux se remplissaient de larme, touché à un presque siècle d’écart par la reconnaissance d’un gamin qu’il s’était contenté de rassurer, en disant que ce n’était rien, que Ruprecht allait bien. Qu’il dise ou non la vérité sur son identité ne comptait plus désormais : il savait qu’il ne pouvait tenir cette histoire que de Klaus en personne. Son cœur se serra à cette question insoluble qui trouverait peut-être bientôt une réponse : qu’était-il advenu de son petit frère ?

Luka avait pris les devants, lui prenant la main pour se présenter et lui communiquer sa joie avant de l’inviter à s’installer, comme elle l’aurait fait pour l’un de leurs amis proches. Elle s’était ensuite retournée pour chercher son approbation, mais s’il lui retourna brièvement un regard ému sa tête resta désespérément fixe sur son socle. Ses yeux coulèrent bientôt sur l’inconnu, qu’il dévisageait dans un silence têtu. Il cherchait en lui quelque chose de son frère perdu, il lui trouva ce visage carré, ces lèvres charnues qui faisaient craquer toutes les filles du quartier. Son nez fin en revanche lui rappelait quelqu’un d’autre. Leur mère. C’était son portrait craché, avec des traits plus prononcés, plus virils et masculins, mais le haut de son visage ressemblait à s’y méprendre à cette femme qui s’était tuée pour les élever correctement. Sa vue se troublait pour de bon, juste le temps de laisser perler une larme qu’il ne prit même pas la peine d’essuyer. Il s’avança d’un pas puis d’un autre, sans jamais quitter le colosse – il le dépassait facilement d’une tête – des yeux. Luka s’était effacée sur son passage et il lui faisait désormais face, la nuque creusée pour continuer à le détailler. Il se mordillait les lèvres, incertain, avant de lâcher une excuse maladroite, plus sèche qu’il ne l’aurait voulu mais criante de vérité :

« J’ai eu des problèmes avec des mages, marmonna-t-il dans un allemand très souabe, la gorge nouée par l’émotion. On m’a dit de faire attention. Quand j’ai vu le corbeau j’ai cru que c’étaient eux qui m’avaient retrouvé. »

Sans crier gare il se jeta alors sur lui, pour une courte mais intense accolade qui contrastait avec la froideur apparente de son explication. Quand il s’en écarta il prolongea encore un peu le contact, une main accrochée au bras de son petit-neveu tandis qu’ils échangeaient un regard entendu. Il avait des tas de questions à lui poser, sur sa vie, sur celle de son grand-père, sur ce qu’on lui avait raconté à son propre sujet, ou encore sur cette force inconnue qui se cachait dans son œil éteint, couturé d’une fine cicatrice. Il n’arrivait pas à faire le tri, alors il ne le fit pas. C’étaient pas des choses qu’on se racontait sur le palier d’une porte.

« Sois gentille, Schatzle, deux bières, se décida-t-il finalement, quelque chose lui disait qu’ils en auraient bien besoin. La bouteille de Zack, celle que ses parents ont ramenée d’Allemagne. Ce que tu veux pour toi. »

Il proposa alors à l’homme de se débarrasser tandis que sa femme s’éclipsait vers la cuisine chercher les rafraîchissements, puis il l’invita à passer au salon – en premier. Une expérience récente le rendait nerveux à l’idée de tourner le dos à un mystique, fût-il de sa propre famille. Il lui indiqua alors un siège au hasard (ils étaient tous aussi confortables les uns que les autres) et manipula rapidement un tableau de commande caché pour faire sortir la table basse. C’était déjà mieux comme cela.

« Mon oncle disait qu’une discussion sérieuse se faisait toujours autour d’une bonne bière, entama-t-il d’une voix toujours un peu blanche alors qu’il s’asseyait, plus pour meubler la conversation qu’autre chose. Luka était au moins aussi concernée que lui par le sort de Klaus (c’était pour lui qu’elle était partie), elle n’aurait pas digéré qu’ils commencent sans elle. Enfin, c’était quand même plus agréable en Allemagne : c’est pas qu’elle est mauvaise ici, mais si on veut un peu de goût ça vient d’Europe et c’est hors de prix. On essaie d’économiser Luka et moi, fatalement ça passe aussi là-dessus. C’est dommage. Petit goût de bon vieux temps, comme qui dirait. Ça pétille sur la langue, une vraie explosion, autre chose que la pisse de chat qu’ils font ici. (Il soupira, eut un sourire nerveux.) Quand un ami m’a dit qu’il en avait, j’ai pas pu résister j’ai demandé si je pouvais lui en prendre une. Ça vient de Hambourg. Jamais encore testé, je suis curieux. »

Sur ce temps-là l’Hyperboréenne arriva enfin avec les boissons, le sauvant de l’embarras. Il peinait à trouver d’autres sujets pour faire patienter son visiteur. Déposant le plateau sur la table, elle servit les deux verres de bière et attrapa son jus d’abricot avant de s’installer à ses côtés, non sans déposer d’abord un baiser d’encouragement sur sa tempe. Son mari lui attrapa la main libre, anxieux, pour y puiser un peu de force, puis la relâcha pour s’emparer du verre et y tremper les lèvres. Sa gorge était sèche, la fraîcheur du breuvage lui faisait du bien. Les épices n’étaient pas les mêmes que dans le Wurtemberg, mais le rendu était loin d’être dégueu. Il laissa un instant la saveur le pénétrer, puis prit une grande inspiration et redéposa le verre sur la table. Était-il possible d’être à la fois aussi fébrile et indécis ? il avait tant envie de tout savoir qu’il ne trouvait rien à demander.

« Je sais pas trop par où commencer, finit-il par avouer, penaud, mais je crois que si vous m’avez retrouvé c’est que vous le savez mieux que moi. Dites-moi juste ce qui vous amène ici. Je vous fais confiance. On vous écoute. »

Ce disant il attrapa la main de Luka dans la sienne pour la serrer bien fort, autant en signe de soutien que pour se rassurer lui-même. Malgré lui il avait peur, très peur de ce qu’il allait entendre.
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Message posté : Jeu 25 Avr 2013 - 20:40 Message
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Le cœur de Wotan s'était serré lorsque la jeune Luka, ayant pris sa grande main dans la douceur des siennes, visiblement émue, avait émis l'idée que Klaus avait 'fondé une famille'. Cette expression suggéra à l'homme un bref instant une autre version de l'histoire, la sienne, celle de son père Bruno, celle de Klaus lui-même qui n'avait jamais connu son fils, qui contrastait douloureusement avec la réalité.
Mais déjà la jeune femme l'invitait chaleureusement à entrer. Un peu vite, apparemment, puisque aussitôt elle se tourna vers son mari pour quêter son accord. Wotan put poser à nouveau son regard sur ce dernier qui, resté immobile, le fixait en silence. Il le dévisagea en retour, contemplant ce visage aux traits remarquablement doux malgré la mâchoire serrée et le froncement de sourcils qui les déformaient à cet instant... stigmates d'une évidente tension qui finit par se relâcher, comme si le jeune homme venait de trouver à quelque détail familier de sa face, une preuve définitive de leur parenté et donc de sa sincérité. C'était du moins ainsi que l'interprétait Wotan, ce sur quoi il avait compté, plus encore que sur son anecdote. Il savait qu'il tenait énormément de son côté Feuerbach, il portait son origine sur lui. Le sang ne mentait pas.

Quand Dieter s'avança enfin vers lui, lentement, Wotan ne put que remarquer la larme qui coulait le long de sa joue. En toutes autres circonstances, par nature mal à l'aise avec les émotions sincères manifestées par des inconnus, son premier réflexe aurait été de détourner son regard. Mais, inconnu, celui qui se tenait maintenant juste en face de lui l'était, certes... sans l'être tout à fait. Wotan se demanda si l'autre éprouvait la même chose que lui, mais presque physiquement il ressentait le puissant magnétisme du lien du sang, cette empathie naturelle entre individus partageant des gènes communs.

Si bien que lorsque le jeune homme, après s'être comme excusé de son hostilité initiale (par des propos qui justifiaient les soupçons nourris auparavant au sujet d'une menace redoutée) le prit dans ses bras, il était ému à son tour, et quelque peu à sa surprise ne se raidit pas devant ce contact physique inattendu, mais au contraire accueillit le corps de Dieter contre le sien en le serrant furtivement de son bras libre le temps de cette brève accolade. Le moment était intense, et si on ne pouvait nommer cela des retrouvailles puisqu'ils se rencontraient pour la première fois, c'est la sensation sur laquelle cet instant laissa Wotan.

Quand, un peu plus tard, il se retrouva assis en face du jeune homme à l'écouter vanter sa bière d'importation, le sujet lui parut un peu irréel. Ce bavardage sans aucun rapport avec le cœur de la discussion qui s'imposait d'évidence, et qui aurait aussi bien pu être adressé à un voisin invité pour l'apéritif, était en décalage complet avec la situation. Une certaine gêne s'empara de Wotan, aussi bien en raison de cela que parce que, répugnant à le déposer sur un meuble ou à ses pieds comme un vulgaire bagage, il avait conservé jusqu'au bout son coffre de bois, et invité à s'asseoir, s'était résolu à le garder sur ses genoux, ce qui le mettait un peu mal à l'aise. Ensuite, il regrettait de ne pas avoir réagi quand son hôte avait envoyé sa femme chercher des bières. C'était bien la dernière chose dont il avait besoin : un grand verre d'eau pour pouvoir reprendre une aspirine, voilà ce qu'il lui aurait fallu. Absorbé par la solennité de la rencontre, il avait pu ignorer la migraine, mais maintenant assis à écouter Dieter... gagner du temps ? Si c'était bien ce qu'il faisait – le mal de tête revenait, lancinant, désagréable, et il ne pouvait qu'empirer. Tant pis, il s'efforcerait de l'ignorer. La douleur était sourde et pas encore insupportable.

Quand la jeune blonde revint avec les boissons, il se pencha pour prendre sa bière un peu embarrassé par son précieux coffret qu'il serra contre lui de sa main gauche, et leva son verre pour trinquer à distance d'un « Prosit » plus murmuré qu'autre chose. Il ne but qu'une infime gorgée de la pilsener hambourgeoise avant de la reposer sur la table, suivi peu après par Dieter.
Un ange passa durant lequel Wotan se demanda si c'était à lui de prendre la parole. C'était lui qui était venu se présenter à eux à l'improviste, a priori c'était à lui d'expliquer le but de sa visite, mais il trouvait curieux que l'épouse de Dieter ayant mis les pieds dans le plat un peu plus tôt, ils semblent ne plus avoir de questions, voire même en ce qui concernait le jeune homme, soudain redouter de les poser.
Il ouvrit la bouche pour rompre le silence lorsque Dieter en vint enfin au fait.

« Je sais pas trop par où commencer, mais je crois que si vous m’avez retrouvé c’est que vous le savez mieux que moi. Dites-moi juste ce qui vous amène ici. Je vous fais confiance. On vous écoute. »

Wotan posa un regard pénétrant sur le couple. Ils s'étaient pris la main, et semblaient anxieux de l'entendre. Le plus fébrile des deux était incontestablement Dieter. Une appréhension bien compréhensible, dont il fallait le délivrer sans plus attendre. Wotan se lança de sa voix grave et du ton le plus chaud et posé qu'il pouvait.

« Tout d'abord, j'ignorais tout de votre existence il y a quelques jours encore. Je l'ai apprise par l'intermédiaire de ce corbeau que vous avez vu -et croyez bien que je regrette vivement de vous avoir alarmé, mais c'était tout à fait involontaire. Comme vous l'avez détecté, il ne s'agissait effectivement pas d'un volatile ordinaire. Disons que c'est un 'véhicule' qui me permet d'étendre ma vision et habituellement, de voyager en esprit sans me déplacer physiquement. »

Wotan songea un instant à en faire une démonstration pour clarifier son propos, tout comme pour permettre de dédramatiser l'apparition qui avait mis son grand-oncle en émoi, mais décida que ce serait une très mauvaise idée à double titre. D'une part, la vision de son œil borgne s'embrasant d'une lueur surnaturelle qui se matérialiserait en corbeau illusoire ne pourrait que réveiller la répugnance ostensible de Dieter devant l'usage de la magie en sa présence, qui plus est en ces lieux qui étaient sa propre demeure. Et d'autre part, ce n'était pas un exposé de sorcellerie que le couple attendait de lui.

« C'est un pouvoir que j'ai appris depuis longtemps à contrôler totalement... Deux fois seulement dans toute ma vie il s'est déclenché sans que je le provoque. La seconde, vous en avez été témoin, Dieter. C'est de cette façon que je vous ai trouvé. La première, c'est le jour où j'ai appris ma filiation avec votre frère Klaus. C'était en 1990, et j'ignorais tout de mes origines de mon côté paternel. Je portais encore le nom sous lequel je suis né, Friedrich Meinhardt... »

Devait-il approfondir son histoire ? Il se dit qu'il en aurait tout le loisir plus tard, pour peu que son auditoire en exprime le souhait. Il se contenterait de l'essentiel. Bon sang, cette migraine...

« Mon histoire familiale est compliquée et je vous en épargnerai les détails. Sachez simplement que Klaus, quelques mois après votre... 'disparition', conçut un enfant avec une certaine Lyne Eberhardt dans un Lebensborn. »

Il sembla à Wotan que Dieter s'agitait à l'évocation de cette époque. Il fallait couper court, s'il l'interrompait maintenant ils ne s'en sortiraient jamais.

« Sa vie pendant la guerre est toujours demeurée un tabou, un des seuls sujets dont il a toujours refusé de s'ouvrir à moi. J'ignore donc ce qui l'a amené à cette union sans lendemain dans un lieu si particulier. Tout au plus a-t-il consenti à me décrire un peu ma grand-mère... Toujours est-il que l'enfant dont je parlais fut mon père, Bruno. Comme la plupart des enfants conçus dans les Lebensborn, il fut confié à l'adoption à un membre de la SS. Lui et Klaus ne se connurent jamais. »

Wotan s'assombrit. Cette fatalité était douloureuse à évoquer.

« Il est mort -mon père- quand j'avais quatre ans. Ma mère décédée dès ma naissance, j'ai moi-même été élevé par mes grands-parents maternels, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie près de Köln. C'est là, à l'âge de dix-huit ans, que j'ai découvert ma parenté avec Klaus, au terme d'une recherche sur ce qui était pour moi le secret de ma lignée paternelle. C'est aussi là, et le même jour, que mon pouvoir qui était encore pourtant très limité, s'est manifesté d'une façon exceptionnelle. Je ne maîtrisais rien : mon pouvoir, ou quelle qu'ait pu être la force qui le dirigeait à ce moment-là, m'a délibérément montré Klaus. Même si j'avais du mal à le distinguer dans cette vision, je savais que c'était lui, ça ne pouvait être que lui. Non seulement il était encore en vie, mais il se trouvait en Allemagne. A cette époque il vivait en reclus dans un petit manoir à Schwabegg, un village perdu au fin fond de la Souabe bavaroise. Je m'y suis rendu dès que j'ai pu, et... Vous imaginez ma surprise quand je suis tombé face à un homme âgé au plus d'une trentaine d'années, sur qui le temps n'avait pas eu de prise... »

Wotan s'interrompit soudain. Il ne comprenait plus très bien dans quel récit il s'était embarqué, mais cette révélation d'avoir connu Klaus dans un état qui impliquait la jeunesse éternelle appelait une réponse immédiate à la question qu'il voyait naître dans les yeux brillants de Dieter et Luka, qui s'étaient instantanément animés, fous d'espoir. Il ne pouvait pas poursuivre le fil du récit normalement, il ne pouvait pas parler tout de suite des années écoulées depuis durant lesquelles lui et Klaus avaient développé une relation si proche. Il prit les devants pour ne pas torturer les deux jeunes gens et se pencha légèrement vers eux pour déclarer, soudain en proie à l'émotion :

« Je sais ce que vous êtes en train de penser. Je voulais vous préparer, vous l'annoncer autrement, mais je... Je vois bien qu'il faut que je vous le dise sans plus attendre. Ce temps l'a malheureusement rattrapé depuis. C'est une ironie tragique, épouvantable, que je n'aie appris votre existence que si tard, Dieter... »

Une boule se forma dans la gorge de Wotan tandis qu'il poursuivit :

« Klaus était un vieillard quand la vie l'a quittée vendredi dernier, deux jours après que je lui aie appris que vous étiez encore en vie. C'est l'urne contenant ses cendres que je transporte dans cette boîte. Je suis... Je suis tellement désolé. »

Sa voix s'était légèrement étranglée sur la fin, et ce n'est qu'au prix d'un violent effort qu'il parvint à contenir le chagrin qui menaçait de le submerger, appelé par le fait d'annoncer de vive voix cette si pénible nouvelle. Il aurait la pudeur de ne pas leur infliger sa propre douleur et s'apprêta à l'éventualité de quitter temporairement la pièce pour leur donner le temps qu'il faudrait.
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Message posté : Ven 26 Avr 2013 - 2:37 Message
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Bientôt ce fut au tour de son mari d’étreindre son petit-neveu, les sentiments indécis elle le regarda faire. C’était son grand-oncle que Wotan était venu chercher. Die le fit enfin entrer, Luka ferma la file et referma la porte. Quand Dieter lui demanda d’aller chercher la bouteille de bière que leur avait donnée Zach, elle s’exécuta naturellement. Quasiment tous les êtres de sa société était des gens serviables, elle ne voyait pas ça comme une tâche ingrate bien au contraire. Une fois dans la cuisine elle sortit un plateau en fer et trois verres en cristal, le tout venait d’Hyperborée, les verres étaient en somme très classiques et hauts, mais le plateau sobrement décoré avait une forme ovale. Elle ouvrit le réfrigérateur et sortit la bouteille de bière qu’elle posa sur le plateau avant de remplir immédiatement son propre verre avant de le ranger. Tranquillement elle amena le plateau dans le salon ou la table basse lévitait déjà probablement sortie par Dieter. Doucement elle posa le plateau et servit les deux verres de bières.

Finalement elle attrapa son propre verre et s’installa auprès de Dieter. Son mari lui attrapa la main et Luka la caressa de l’intérieure avec son pouce rassurante. Son homme la lâcha et attrapa son verre, puis rapidement après une gorgée et après avoir tous trinqué il posa la question qu’ils attendaient tous. Luka c’était résolu à la lui laisser c’étant vu ignorée une première. Elle se sentait si puérile d’en être vexée, qu’elle préférait laisser la main à Dieter. Peut-être était-ce la grossesse ou juste le sujet, mais elle se sentait terriblement sensible. Son mari lui prit de nouveau la main, nerveusement elle but une gorgée de son jus et préféra poser son vers comme Dieter, parce que sous l’émotion elle pouvait bien le lâcher, à défaut de le caser, le verre était probablement renforcé magiquement ou technologiquement comme tous les objets en Hyperborée au point d’être quasi incassable. Chose vraiment peu négligeable au vu de la force physique de la population.

Wotan avait vraiment une attitude posée apaisante, il ne tenait ça ni de Klaus grand exalté, ni de Dieter souvent angoissé. Il expliqua d’abord en détail le pourquoi du comment de l’apparition du corbeau qui avait rendu Die nerveux toute la semaine. Encore une sorcier songea Luka, qui s’assumait comme Klaus, elle finissait par entrevoir des ressemblances. Die ne s’appuyait pas beaucoup sur ses dons mis à part sa sensibilité à la magie, Luka n’osait rien lui dire, mais elle trouvait presque ça dommage. Cela faisait partie de lui après tout, comme elle sa super-force, sa résistance ou même ses lames de vent, elle cuisinait même avec à présent pour dire. Avec attention Luka l’écouta évoquer sa rencontre avec Klaus, le monde extérieur était si vaste, en Hyperborée cela eut été impossible, Sol’ukah connaissait le moindre de ses ancêtres. Wotan parla de sa grand-mère et une pointe de jalousie lui titilla le cœur, bien que son visage restait sans doute bien inexpressif à présent comparé à celui de Dieter.

L’Ultime était en réalité toute chamboulée. Lebensborn ? Elle n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être, mais son mari lui serra la main si fort, qu’elle se tourna vers lui interloquée, mais il ne la regardait son regard était fixement posé sur Wotan. Puis soudain son petit-neveu par alliance, ajouta les termes d’union sans le lendemain, d’adoption et même de conception. Luka était horrifiée et hoqueta, tout ça était tellement inenvisageable chez elle, un enfant c’était un miracle, il n’était jamais abandonné à d’autre. On ne faisait pas d’enfant avec une inconnue, c’était bien parfois arrivé, mais ce n’était jamais envisagé comme une conception productive. Personne en Hyperborée ne se serait dit faisons un enfant sans s’aimer pour ensuite le donner. Comment cela pouvait être concevable ? Comment Klaus avait pu faire cela ? Luka se sentit bafouée, les jolies promesses du frère de Dieter lui semblèrent bonnes à piétiner. Il avait été capable de concevoir un enfant avec une inconnue sans s’en soucier, comment avait-il osé lui dire tout ce qu’il lui avait dit ? Une larme de déception amère coula sur sa joue et pour la cacher la jeune femme baissa la tête.

Wotan parla ensuite de son enfance, son père était mort si vite comme celui de Dieter et Klaus songea-t-elle. Il avait été élevé par ses grands-parents, il raconta la naissance de ses pouvoirs, puis comment il avait rencontré Klaus. Klaus qui ne semblait n’avoir que 30 ans alors qu’il aurait dû être plus vieux. Alors que quelques secondes plus tôt elle le haïssait, la nouvelle la plongea de nouveau dans la perplexité. Vivant, beau, jeune, menteur, la gorge serrée elle accusa ses nouvelles révélations, mais ça commençait à faire beaucoup. Toute son image de Klaus s’était écroulée et son présent pouvait bien lui aussi s’écrouler si elle le revoyait. Soudain elle n’était plus certaine de vouloir le revoir. Elle ne savait pas comment elle pourrait réagir face à lui, s’était devenu bien trop compliqué. Juste une fois elle voulait revoir son visage, mais à la fois elle trouvait ça fou, allait-elle l’aimer de nouveau comme dans le passé, ou le détester à cause de ce qu’il avait, elle s’imaginait mal en tout cas le considérer comme son simple beau-frère.

Malheureusement ce n’était pas tout et la dernière annonce fit définitivement craquer la jeune femme. C’était de la cruauté, elle en voulu à Wotan. Un court moment elle l’avait vu jeune et voilà qu’il annonçait qu’il était mort et en cendre… En cendre. C’était affreux, chez elle ça ne se faisait pas, tout corps retournait à la terre. Brûler un corps était inenvisageable, comme un sacrilège et un gâchis. Klaus était dans cette boite de bois. Luka se mit à sangloter, elle se sentit presque s’étouffer et préféra lâcher la main de Die avant de lui briser les os. Toute cette soirée était pire que tout.

- En cendre ? Klaus en cendre ? questionna-t-elle en haussant la voix sous l’émotion sans s’en rendre compte, d’ailleurs elle ne parlait même pas allemand, mais bien Hyperboréen. Pourquoi avez-vous fait ça ? Puis soudain elle comprit que ce n’était que des différences culturelles, son ton se calma et elle reprit en allemand. Excusez-moi… C’est bête, mais chez moi on ne brûle pas les gens, ils retournent à la terre. Mais c’était votre grand-père et nous n’étions pas là, je n’avais pas à m’emporter.

Entre deux sanglots elle eut un petit rire idiot, tandis que Die la prenait dans ses bras. De toutes les douleurs qu’elle avait ressenti, elle ne pouvait exprimer que celles-là. Peut-être qu’à Dana elle pourrait tout dire, mais pas à eux. C’était indécent pour Dieter. Elle l’aimait, mais Klaus avait gardé une place dans son cœur, on n’oublie jamais une personne qu’on aime. Elle avait tellement envie de vomir, elle devait sembler bien pâle, mais elle ne voulait rien rater de ce qu’il se dirait aussi douloureux que ce soit. Luka déglutit donc la bile qui lui brûlait déjà la gorge. Elle posa la tête sur l’épaule de son mari et se serra contre lui un moment pour lui masser le dos. Les yeux toujours humides elle se tourna finalement de nouveau vers Wotan, son bras toujours autour de la taille de son conjoint et sa main s’agrippant au pendentif en saphir mariale autour de son cou. L’hyperboréenne prit une profonde inspiration pour dénouer un peu sa gorge.

- Comment est-il mort ? Pourquoi la vieillesse l’a rattrapé ? Pourquoi était-il encore jeune ?

En posant cette dernière elle ne put s’empêcher de lancer un regard en biais à son conjoint qui allait vieillir et mourir bien avant elle s’ils ne faisaient rien. Wotan avait peut-être la solution. L’épisode restait douloureux à Luka, elle pleurait encore, mais après avoir perdu Klaus de façon définitive sauvegarder Dieter lui semblait être de la plus grande importance. Son regard se posa de nouveau sur l’urne, elle la répugnait toujours, mais la surprise passée sa vue lui était plus supportable. A côté de la boite elle imagina Klaus grand souriant comme elle l’avait connu. Elle aurait tellement voulu le revoir et la voilà de nouveau qui perdait son calme.

- J’aurai tellement aimé voir son visage une dernière fois, j’aurais fait n’importe quoi…

C’était vrai, même mort revoir son visage et pas ce sale pot de cendre, c’était trop douloureux. Ses larmes tombèrent à nouveau en torrent. Elle ne pouvait plus se contrôler, elle était trop émotive, beaucoup trop. Elle n’était qu’une fontaine pathétique.

HRP : Clairement Luka tente de se calmer mais n'y arrive pas, elle fait une grosse crise d'angoisse, du coup ça parait un peu comme chaotique. C'est qu'elle découvre tellement de principe que sa société n’imagine pas, que pour elle ça une connotation d’immoralité très puissante qu'elle rejette.
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Message posté : Sam 27 Avr 2013 - 18:29 Message
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L’explication rejoignait ce qu’avait imaginé Herr Médicis. Rien de bien surprenant : il n’y avait pas tant de manières d’interpréter le survol d’un corbeau à forte imprégnation magique qui se volatilisait sitôt repéré, il y avait forcément un mage derrière tout cela. C’eut pu être un familier, mais apparemment cela se rapprochait plus de la projection astrale. Les détails techniques ne l’intéressaient pas plus que cela (c’était plus dans les préoccupations de son patron), mais ils lui rappelaient l’agaçante manie de Klaus d’étaler sa science dès qu’on lui en laissait l’occasion – en moins exalté, toutefois. Il subit donc le monologue, patient mais un peu distrait, quand il réalisa que ce qu’il avait pris pour du bavardage superflu constituait l’introduction d’un de ces discours hyper-structurés que la grande école apprenait à construire. Ses sourcils se haussèrent, surpris, indécis de la signification à donner à ces deux petits miracles qui avait mené le jeune Wotan (non ! Friedrich) aux frères Feuerbach. Il savait pour l’avoir vécu qu’un pouvoir pouvait se déclencher spontanément en situation de stress intense, mais… ça restait toujours un peu bizarre. Bien moins que ce qui allait suivre, cependant.

Trois coups de poings consécutifs aux endroits les plus sensibles n’auraient pas fait autant d’effet. Dieter en restait estomaqué, le soufflé coupé, blessé bien malgré lui par la succession des évènements. Klaus avait toujours eu du succès avec les filles, mais s’il ne s’était sans doute jamais refusé à prendre du bon temps avec elles il avait été assez prudent (ou chanceux) pour ne jamais avoir d’enfant de l’une d’entre elles. Pourquoi avait-il fallu qu’il change d’avis quelques mois seulement après la mort de son propre frère ? dans un Lebensborn… là où naissait l’élite du futur Empire de mille ans. Il aurait dû se sentir dégoûté, mais à sa propre surprise c’est une certaine jalousie qui lui empourpra les joues. À lui on ne lui aurait jamais proposé ce qui avait dû être considéré comme un « honneur ». Il serra un peu plus la main de Luka dans la sienne, possessif.

La suite lui laissa un goût d’amertume. S’il taisait son action durant la guerre, c’était qu’il ne devait pas en être bien fier. Comment avait-il réagi à sa lettre ? L’avait-il seulement trouvée ou s’était-elle fait intercepter, malgré ses précautions ? Pourquoi ne pas avoir ouvert les yeux, pourquoi ne pas être parti ? L’histoire de Klaus s’arrêtait là, pour l’heure, au seuil de celle de Bruno. Son neveu, le père de Wotan-Friedrich. Un enfant dont il n’aurait probablement jamais connu l’existence, même s’il avait survécu au rituel, mais un enfant qui portait en lui une partie de son sang. Encore un Feuerbach fauché dans la fleur de l’âge. Les yeux de son oncle en portèrent un instant le deuil, brillants de douleur. Il se laissait porter par ce récit touchant, extrêmement triste et touchant, quand son cœur s’emballa à un nouveau retournement. Klaus. Schwabegg. La Souabe bavaroise, c’était pas la porte à côté – beaucoup moins loin que Berlin, mais pas tout près quand même. Qu’est-ce qu’il foutait là ? dans un trou paumé, lui qui avait souvent vécu en ville ? il se cachait, sans doute, mais de quoi ? de quel camp craignait-il des représailles ? Dieter n’attendait qu’une ouverture pour poser la question fatidique, mais une nouvelle révélation balaya tout le reste.

Trente ans. Jeunesse éternelle. Il sursauta, se raidit, cligna plusieurs fois des yeux. Il observait son vis-à-vis à la dérobée, incrédule, impatient et quelque part… épouvanté. Il l’avait craint et le craignait encore, c’était désormais confirmé : Klaus avait manipulé des forces qui le dépassaient pour défier les lois terrestres. Quelles forces, seulement ? Un frisson lui traversa l’échine et il pria intérieurement pour que ce ne soit pas la magie d’ombre. Il ne pourrait pas le supporter, pas de la part de son petit frère adoré. Il le préférait mort que corrompu par cette saloperie, il l’avait déjà dit à Luka, cette magie rendait fou, il ne fallait pas y toucher.

Or il était mort. Vendredi. Il y a trois jours seulement. Dieter se laissa retomber en arrière sur le dossier, incapable de se retenir plus longtemps. Son regard était comme mort, fixé sur un coffret en bois auquel il n’avait prêté aucune attention. Le voilà Klaus, le voilà sous ses yeux depuis le début et il n’avait rien senti. Rien. Il avait beau se concentrer, plisser des yeux, les ouvrir et les fermer cette boite restait ordinaire à ses sens, tout juste marquée par l’aura de celui qui la tenait. À ses côtés Luka aboyait, folle de douleur. Il n’avait même pas la force de réagir, dans un premier temps, mais il l’attira à lui tandis que la nervosité la faisait passer du rire aux pleurs. Il ne disait rien, la mâchoire crispée dans une grimace douloureuse, mais serrait sa femme très fort contre lui pour ne pas hurler lui-même. Cent ans, qu’est-ce qu’il aurait pu imaginer que ce petit con vivrait cent ans ? Vendredi, c’était le combien ça ? il n’arrivait plus à calculer, mais c’était en avril pour sûr. Il était là depuis novembre, il aurait pu se mettre à sa recherche dès ce moment-là, et qu’est-ce qu’il avait fait à la place ? il avait rêvé amour, étude, mariage. Enfant. Un instant il trembla de colère intérieure, de ces cinq mois gâchés, ces cinq mois qu’il aurait pu offrir à son frère et qu’il avait égoïstement gardé pour lui. Il lui avait même volé sa fiancée, celle-là même qui pleurait dans ses bras un amour disparu. Il se sentait tellement monstrueux, sur le coup, il n’avait envie que de se lever ou de casser quelque chose. Le poids de Luka sur ses genoux l’en empêchait, à défaut de l’apaiser comme elle y parvenait habituellement. C’était à peine s’il entendait ce qu’elle disait.

« Il avait une dernière volonté ? », lâcha-t-il tout d’un coup d’une voix rauque, qui contenait mal un sanglot naissant.

Il devait y avoir une. Ce ne pouvait pas s’arrêter là, sur cet échec, sur cette horreur, ce malentendu qui avait empêché leurs retrouvailles. Il devait y avoir un moyen de réparer ça, d’apaiser ce sentiment de culpabilité qui l’envahissait de toute part pour enfin commencer son deuil. Qu’on lui demande n’importe quoi il le ferait. Même s’il devait y perdre tout ce qu’il avait construit en cinq mois, réalisa-t-il avec un certain frisson.
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Message posté : Sam 4 Mai 2013 - 18:00 Message
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« La dernière volonté de Klaus »... Pour le meilleur ou pour le pire, le point de non-retour avait été atteint. Ce qu'il s'apprêtait à dire et accomplir terrifiait Wotan. Il poussa un long soupir silencieux, répugnant à répondre tant que la jeune femme cramponnée à son mari serait secouée de sanglots, et se perdit dans la contemplation de la boîte posée devant lui, sur ses genoux. Sans mot dire, il l'ouvrit et en sortit l'urne d'acier gris contenant les derniers restes physiques de Klaus. Il déposa le coffre de bois, inutile, sur le sol, et tint l'urne entre ses deux mains – le contact du métal paraissant glacial. De longues minutes, lointain, il s'absorba dans la vision de l'objet, sobre, pur, sans aucune décoration autre qu'un fin cercle d'argent autour du couvercle.
Il s'efforçait de conserver toutes les apparences d'un calme serein, mais son cœur battait plus fort qu'à l'accoutumée tandis qu'il cherchait ses mots, et malgré lui ses sourcils se froncèrent sous l'effet de la douleur qui lui appuyait contre les tempes et qui devenait de plus en plus difficile à supporter.

Levant lentement les yeux, il revint à Dieter qui, blême, serrait les dents en attendant sa réponse. Le visage de la jeune femme enfoui contre l'épaule de son mari n'émettait plus que des sanglots espacés. Lorsqu'il sembla à Wotan que Luka avait retrouvé suffisamment de calme pour pouvoir écouter, il ouvrit la bouche. Il fallait commencer par répondre à la cette dernière. Il n'avait pas compris les premiers mots, en langue étrangère, qu'elle avait prononcés en réaction à la nouvelle, mais le reste de la phrase témoignait d'une indignation au fait que Klaus n'ait pas été porté en terre.

« Je suis désolé si l'incinération heurte vos convictions religieuses, Luka. Mais Klaus ne les partageait plus depuis bien longtemps, et avait renoncé à la foi chrétienne bien avant que je ne le connaisse. La crémation des corps était la tradition de nos plus lointains ancêtres germaniques, et c'était son vœu que sa dépouille disparaisse ainsi. Il ne désirait pas de funérailles à l'église. »

Wotan prenait des égards, mais il était parfaitement en accord sur ce point avec son grand-père. Qu'importaient des rites importés du moyen-orient et la religion du Nazaréen crucifié ? Et en quoi laisser un cadavre pourrir en terre était-il plus respectueux que de le brûler dans un feu purificateur ? Mais exposer son opinion, même implicitement, aurait été plus que déplacé, et en fin de compte le sujet était bien futile en la circonstance.

« En ce qui concerne l'origine de la jeunesse de Klaus, qu'il a conservé très longtemps... Il était un sorcier puissant, peut-être plus que je ne le serai jamais moi-même, et il a pu ainsi défier le temps parce que telle était l'ampleur de son pouvoir. Concrètement en revanche, comment avait-il fait ? Je lui ai posé la question plusieurs fois durant toutes ces années. Mais il a toujours refusé de me livrer une explication précise ou de partager son secret avec moi, même au plus fort de notre complicité, lorsque nous avions atteint le même âge apparent et que nous étions devenus comme des frères. »

Wotan appuya son regard sur Dieter.

« Je n'ai pas la prétention de vous avoir remplacé à aucun moment. Je sais que je ne vous ai jamais remplacé dans le cœur de Klaus. Sa voix, ses yeux quand il parlait de vous... J'en étais jaloux, savez-vous ? Moi qui l'aimais et l'admirais plus que quiconque et pouvait m'estimer -légitimement, avant de vous savoir en vie- être sa seule famille. Chaque fois qu'il vous évoquait, je sentais bien qu'il n'avait vraiment eu qu'un seul frère, vous... Alors que j'avais fini par penser occuper cette place. »

Le grand borgne caressa machinalement l'urne. Si Klaus avait à choisir entre toi et moi, il te choisirait, et même si tu n'y es pour rien je t'en détesterais presque, Dieter...

« Pardonnez-moi si j'élude pour l'instant la question de sa dernière volonté, mais je dois vous parler de tout cela avant. Oui, il avait une dernière volonté, et elle nous concerne tous les deux, enfin tous les trois, je crois » précisa-t-il en jetant un coup d'oeil à Luka. « Je l'ai réalisée en partie, bien qu'il m'en coûte et que j'ai failli lui refuser jusqu'au bout, je veux que vous le sachiez au risque de vous paraître égoïste. »

Encore à cette seconde très précise où Wotan leur parlait, il ne savait pas s'il n'avait fait qu'accomplir son devoir en acceptant de l'exaucer, ou s'il avait cédé à une demande que Klaus n'avait pas le droit d'exiger même sur son lit de mort, par faiblesse devant un vieillard mourant au nom de l'amour qu'il avait pour lui.

« Mais rien n'aura de sens si je ne prends pas le temps de vous raconter, un peu, notre histoire -ou du moins ma version de notre histoire. Autrement vous ne comprendrez rien... Il y a des choses que je ne comprends toujours pas moi-même. Klaus était un homme très complexe qu'en vingt-trois ans je n'ai jamais réussi à cerner complètement. Certaines de ses pensées, de ses réactions me sont encore un mystère aujourd'hui. »

« Son attitude lors de notre première rencontre en est un bon exemple. Je vous ai dit que Klaus vivait en reclus quand j'ai appris son existence : j'ai pesé mes mots. Pour tout vous dire, il vivait seul depuis plus de quarante ans dans cette grande maison isolée à l'écart du village de Schwabegg où je l'ai retrouvé en 1990. Quarante ans sans sortir, sans rencontrer qui que ce soit.
La seule autre personne qui pénétrait dans sa demeure était une femme du village qu'il payait à venir une fois la semaine mettre un peu d'ordre et lui ramener des courses. C'était la fille du propriétaire à qui Klaus avait racheté la maison après la guerre, et avec qui il avait conclu cet arrangement qui permettait à la brave dame -qui devait être adolescente à l'époque- de s'assurer une petite somme pour améliorer son ordinaire.
Chaque semaine sans faillir, elle entrait, déposait des victuailles et le journal, et faisait le ménage dans toutes les pièces... A l'exception de la chambre même de Klaus, où celui-ci se calfeutrait le temps qu'elle accomplisse ses tâches. Il se contentait de laisser sur une table une enveloppe pour la payer de ses services. Si bien que cette paysanne qui était la seule personne à venir chez lui, il ne lui avait parlé qu'une fois en quarante ans. Il vivait dans la solitude la plus totale. »


Wotan s'enfonça un peu plus dans son fauteuil.

« Sa réaction fut violente quand je me suis présenté chez lui, un jour où elle n'était pas là. Après avoir frappé en vain, je suis entré, et j'ai appelé son nom plusieurs fois sans obtenir de réponse. Quand je me suis finalement engagé dans l'escalier qui menait à sa chambre, il est surgi armé et c'est sous la menace d'un Luger que j'ai dit que je cherchais Klaus Feuerbach parce que j'étais son petit-fils. Il m'a sommé de m'expliquer, et quand il a su qu'il avait eu un fils, mon père Bruno qu'il n'avait jamais connu et qui était mort depuis quatorze ans, il m'a dévisagé bouche bée, s'est effondré et s'est mis à pleurer.

C'est à cette réaction que je compris que je ne m'étais finalement pas trompé -car je l'avais d'abord cru en voyant surgir cet homme si jeune- mais que j'étais bien en face de mon grand-père lui-même. Il m'apprit que je tenais beaucoup de votre mère et voulut tout savoir de mon père, de moi... Il me traita avec une grande chaleur et m'a écouté parler fasciné durant longtemps. Il semblait au comble de la joie...
Mais dès l'instant où je lui appris exactement comment je l'avais retrouvé, ma certitude d'avoir hérité de lui des facultés magiques, et mon désir d'apprendre auprès de lui, son attitude changea du tout au tout. Il devint glacial et se servit de l'histoire tragique de mon père – sa vie a été marquée par la perte de nombreux êtres aimés »

(Wotan évacua ce sujet qui ne ferait qu'alourdir le récit et qu'il lui répugnait d'aborder précisément)
« -qui l'avait pourtant fortement émue l'instant d'avant, pour décréter soudain que la lignée Feuerbach était chargée de mort et de douleur, et que je n'avais rien d'autre à espérer en cherchant de ce côté de ma famille. Il me signifia durement que je devais renoncer à apprendre quoi que ce soit de lui, que le pouvoir avait un prix effrayant que je n'étais pas prêt à payer.
Je crus qu'il cherchait à tester ma résolution en me faisant peur, et je lui ai répondu que j'étais au contraire prêt à tous les sacrifices. Ces paroles le firent entrer pour de bon dans une rage folle et il me signifia que je n'étais plus le bienvenu chez lui et qu'il ne voulait jamais me revoir. De mon côté, ce rejet brutal et sans appel de celui dont j'avais tant attendu me mit hors de moi et j'ai fait pas mal de dégâts au mobilier avant de claquer la porte. »


Un petit sourire se dessina furtivement sur les lèvres de Wotan au souvenir d'une porte d'armoire fracassée d'un coup de poing.

« Il fallut deux ans pour que Klaus et moi nous rencontrions à nouveau. Cette fois, c'est lui qui est venu me chercher. J'avais eu énormément de mal à digérer qu'il m'ait rejeté, autant sur le plan affectif -il était le seul représentant de ma famille paternelle dont le manque avait été un grand vide dans ma vie depuis l'enfance- qu'en ce qui concernait mes espoirs de comprendre et de maîtriser cette nature magique que je découvrais, mais je m'étais résigné à ne pas avoir affaire à lui.
Durant ces deux années je m'étais lancé corps et âme dans l'étude de l'occulte. Je fréquentais assidument tous les milieux versés dans cet intérêt, et sachant que Klaus avait appartenu à cette société de savants mystiques qui se nommait l'Ordre de Thulé, j'avais fini par intégrer un cercle confidentiel d'individus qui s'intéressaient de très près à ce qui restait de leurs travaux : presque rien en vérité, des ouvrages extrêmement difficiles à se procurer et dont la plupart étaient inintéressants. Des hypothèses fumeuses sur l'Hyperborée, la Terre creuse, la lune de glace et autres chimères...
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Message posté : Dim 5 Mai 2013 - 0:00 Message
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Wotan avant de lui répondre ouvrit la boite, Luka s’attendit presque à voir de la cendre s’envoler vers elle. La jeune femme eut un mouvement de recul et elle devait être bien pâle. Mais voilà qu’il sortait un nouveau pot, c’était comme un jeu de poupée russe, elle avait vu sa à la télé. La boite en contenait-elle encore une ? Elle n’avait pas envie une seconde de plus de supporter cette macabre vision, elle baissa les yeux sur son ventre, puis posa ses mains sur ses yeux, pour pleurer en discrétion et n’entendre que le flot de ses paroles.

Foi chrétienne ? Cette bible ? Elle l’avait lu et ne l’avait pas du tout aimé. Il la prenait donc pour une chrétienne un peu bigote. Un instant elle eut envie d’hurler la vérité. Tout ça l’agaçait, elle voulait partir. Klaus était mort depuis trois jours et lui savait pour Dieter depuis cinq jours. Pourquoi il n’avait pas appelé, elle aurait supplié Felice ou encore plus rapide Peter. Luka aurait voulu être douce, tempérée comme l’idéal de son peuple, elle aurait voulu pardonner ce mauvais calcul, peut-être qu’il pensait avoir le temps. Probablement que ce n’était pas voulu du tout de fracassant malheur, ça donnait comme une tragédie.

Pour la jeunesse il ne savait pas, cela donna une impression de gâchis, elle avait l’impression de tout perdre, un instant une peur irrationnelle l’envahit, elle allait perdre Dieter, comme elle avait perdu Klaus, sa famille. Elle se mit à prendre de grande inspiration, mais c’est à peine si l’un ou l’autre des hommes devait remarquer l’état d’angoisse dans lequel elle se trouvait. Dieter était aimé de Klaus, Luka lui avait dit parce que Klaus lui avait dit. Comme Dieter qui c’était cru mal aimé devait se sentir malgré le chagrin de la mort de son frère, comme apaisée par cette nouvelle. Il avait toujours craint que Klaus ne l’efface comme si il n’avait jamais existé. Ce n’était pas le cas visiblement, la seule effacée c’était elle. Une pointe de jalousie lui transperça le cœur. Elle aurait préféré ne rien entendre, rester dans l’ignorance de son destin, franchement. Naïvement elle avait cru que la vérité c’était toujours mieux, pourtant Dieter l’avait prévenu le jour de leur fiançailles. La vérité ça pouvait faire mal.

Le sujet des dernières volontés question que Dieter avait posé arriva, visiblement ça concernait Wotan et Dieter, il l’incluait, mais c’était probablement pour être gentil qu’il l’intégrait. Ou peut-être qu’elle voyait tout mal parce que le chagrin la bouleversait, c’est difficile à savoir, là encore elle garda le silence. C’était le plus simple. Il précisa qu’il avait réalisé sa dernière aspiration en partie, mais qu’il avait hésité par égoïsme. Luka se demanda pourquoi ? Il avait dit qu’il l’aimait, alors pourquoi il avait hésité et que voulait Klaus ? Elle faillit bien lui demander, mais de nouveau il partait dans un de ses longs récits, alors que Sol’ukah aurait voulu des réponses rapides. Ca faisait 70 ans qu’elle attendait par ses ancêtres !

Toujours les mains sur ses yeux elle prit son mal en patience et écouta l’histoire. Si elle se laissait aller aux sentiments qui la chamboulaient elle craignait de passer pour une véritable folle. Elle retira finalement les mains de son visage et ouvrit les yeux les laissant trainait sur la table base ou elle attrapa le verre de Die pour en boire une gorgée. Ce n’était que de la bière bon sang, ce n’était pas ça qui allait noyer son malheur. Elle reposa rapidement le verre c’était stupide. Klaus semblait avoir été seul si longtemps. Luka avait toujours eut quelque regret de ne pas l’avoir suivi, mais elle s’était rassurée en se disant que l’ayant oublié il avait dû fonder sa propre famille. Maintenant il n’avait même plus le droit à ce doux rêve, elle aurait dû partir plus tôt, beaucoup plus tôt, dès le lendemain. Elle n’aurait pas dû l’abandonner malgré sa peur d’un chagrin.

Wotan commença enfin à raconter sa rencontre, malheur sur la famille Feuerbach. Que voulait dire Klaus ? Elle n’aimait pas ça. Finalement il s’était fait jeter à la porte, pour la première fois Luka eut un peu de compassion, si Dieter l’avait rejeté comment aurait-elle fait ? Sa famille lui était inaccessible, il était le seul lien avec son passé, elle aussi aurait été furieuse. L’Ultime décida d’écouter avec plus d’attention la suite et se redressa un peu tant bien que mal, malgré qu’elle soit soudainement fatiguée. Ses hauts et bas étaient normaux selon le docteur lors d’une grossesse. Blessé le jeune homme qu’il devait avoir été à l’époque avait rejoint un groupe étudiant l’ordre de Thulé. La chose lui faisait si peur à Die, elle lui lança un regard. Mais il ne fut pas bien long, l’homme en face d’elle parla de l’Hyperborée et de la terre creuse comme des mythes. Elle qui croyait s’être un peu calmée, devait être encore sur les nerfs. Elle lui lança un de ses regards durs qu’elle lançait si souvent en Hyperborée et si peu ici avant de lui couper la parole.

- Ce ne sont pas des hypothèses fumeuses… Klaus y croyait et il avait raison, Klaus était trop intelligent pour croire à une chose stupide même jeune. Vous voulez savoir pourquoi je dis ça? Je dis ça parce que j’ai rencontré Klaus et Dieter en Hyperborée lors de l’expédition de l’Ordre de Thulé, je suis Hyperboréenne et je m’appelle Sol’ukah. La terre creuse existe également et bien d’autre chose qui dépasse tout ce que vous pouvez concevoir. J’ai 10 fois votre âge, je sais de quoi je parle…

Elle aurait voulu ajouté qu’elle avait côtoyée plusieurs dieux et que la plupart des temps, ce n’était pas exactement en ce quoi l’humain croyait. Mais elle en avait déjà trop dit à un quasi inconnu, juste parce qu’elle voulait exister et qu’elle était fatigué de mentir. Elle eut soudain une moue d’excuse.

- Je suis désolée, je ne peux pas en écouter plus, tous ce que vous me dîtes me fait trop mal. La magie de mon peuple n’a que trop bien marché et il n’a jamais eu le moindre souvenir de moi. De toute façon c’était Dieter que vous cherchiez alors je vais vous laisser. Die je serais dans notre chambre, à moins que tu ne veuilles vraiment que je reste.


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Message posté : Dim 12 Mai 2013 - 19:08 Message
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Ses yeux s’étaient fixés sur l’urne maintenant dévoilée, incapable de s’en détacher. Voilà Klaus, voilà l’homme qu’il avait admiré et détesté, aimé de tout son cœur jusqu’à tout sacrifier pour qu’il puisse devenir quelqu’un. Voilà le résultat : un vase et des cendres. Sa vue se brouillait tandis qu’il sentait ses yeux se gonfler de larmes, et alors même que le défunt rejetait leur éducation chrétienne par la bouche de son petit-fils c’est un passage de la Bible qui lui revint en mémoire. Une histoire de poussière qui retombait en poussière. Il n’avait jamais été très pieux pourtant (ou juste le minimum), mais cette image se superposait si bien dans son esprit avec la vanité et les ambitions démesurées de son petit frère. Tout ça pour ça, voilà comment ça finissait. En cendre, en poussière. C’était juste horrible, horriblement vrai.

Le regard de Wotan chercha après un moment le sien et réussit à le lui arracher au vol en lui racontant combien Klaus n’avait jamais oublié son frère perdu. Il ne savait pas comment le prendre, à vrai dire, alors il ne réagit pas. Il ne pouvait s’empêcher de penser à cet enfant conçu dans un bordel aryen si peu de temps après sa disparition. S’il avait été parmi eux peut-être aurait-il pu s’expliquer, confier l’état d’esprit qui était le sien en 1941… seulement il n’était plus et la question resterait à jamais sans réponse. Comme beaucoup d’autres. Un frisson le traversa au moment où on évoqua la dernière volonté sans oser la nommer. Comme d’habitude il craignait le pire (et n’avait peut-être même pas tort, s’agissant de Klaus).

L’histoire se poursuivait, détour frustrant, à peine soutenable mais apparemment nécessaire. Le cœur de Luka était lui aussi mis à rude épreuve, il la vit se retourner pour attraper un verre qui ne contenait pas de jus de fruit. Par réflexe il eut un geste de défense (ce n’était pas bon pour les bébés), qu’il avorta aussitôt par lassitude. Il n’avait pas le cran de lui refuser ce petit remontant, quand lui-même intercepta le verre quand elle allait le redéposer pour lamper deux gorgées. Ça redonnait courage et ils en avaient tous les deux désespérément besoin.

Alors Klaus vivait seul. Tout seul. L’imaginer dans un village isolé, lui le cosmopolitain, donnait déjà une impression étrange, apprendre que son espace de vie se réduisait à une chambre devenait carrément… bizarre. Comme si on parlait d’un autre homme. De quoi avait-il peur à ce point ? Était-ce seulement de la peur, ou une quête mystique aux ressors incompréhensibles ? Il avait l’air d’avoir toujours trente ans, Wotan leur avait dit. Dieter avait peur de comprendre – il n’avait tout de même pas gaspillé son existence terrestre à chercher la vie éternelle ?

Lui aussi avait eu peur, lui aussi avait pleuré, lui aussi avait reconnu l’arrière-grand-mère dans les traits de l’arrière-petit-fils. Lui aussi avait voulu savoir comment ils en étaient arrivés là. La comparaison s’arrêtait là. L’aîné des frères Feuerbach n’avait rien à apprendre à son petit-neveu, mais s’il ne pouvait qu’approuver l’avertissement de Klaus concernant la magie il ne comprenait pas la violence et la dureté de la méthode. Cela sonnait faux, horriblement faux. Pourquoi le chasser de la sorte ? Que s’était-il passé après le rituel, après la guerre ? Pourquoi cette colère ? ou cette peur… peut-être le remords d’un autre sacrifice, peut-être autre chose. Encore un frisson. Son visage perdit un peu plus de couleur, mais il ne dit rien, le visage fermé, tendu à l’approche d’une vérité qu’il n’aimerait peut-être pas entendre.

Seulement c’en est une autre qui éclata, au moment où ils s’y attendaient le moins. La voix de Luka ne s’élevait pas d’un ton, mais sa langue tranchait comme la glace de son amertume. Elle explosait sans exploser, se retenait parce qu’elle restait consciente que l’autre ne pouvait pas savoir mais n’en étalait pas moins sa frustration de voir ce pan de leur histoire commune ignoré, bafoué. Elle voulait partir. Un moment Dieter fut tenté de la laisser faire. C’était plus simple, sur le moment – mais tellement compliqué en même temps. Il lui retint le bras, alors qu’elle allait se relever, et lui embrassa tendrement la tempe pour lui redonner un peu de force avant de lui chuchoter à l’oreille :

« Dis pas de bêtises : toi aussi t’as besoin de savoir. Ça va juste te faire encore plus mal de rester là-dessus, tu vas en faire des cauchemars. C’est dur pour tous. L’oblige pas à dire ça deux fois. Ou moi à répéter. »

Bizarrement ce fut lui qui se leva, non sans un signe à son invité de suspendre son récit. Il ne se dirigeait pas vers la chambre, mais vers un pan de mur dont il fit surgir une bibliothèque sommaire. Là-dedans se trouvait, miteux, un petit livre bon marché à la couverture cartonnée, dépassée. Il l’ouvrit à la page de titre et lentement, relisant douloureusement les vers hyperboréens de Klaus, il reprit le chemin des fauteuils. D’un dernier regard il chercha encore l’approbation de Luka, puis tendit brusquement la relique au descendant de l’être aimé pour qu’il découvre par lui-même l’étrange dédicace de l’Origines Ariacae de Karl Penka :

    À ma rose des glaces, dont l’éclat pâlit jusqu’aux rivières de feu
    Une fièvre m’enlace, son remède se terre au fond de vos yeux
    Vous sans qui ce voyage n’eut été le même, je vous dédie ce poème.
    Klaus.

Un poème d’amour, d’une mièvrerie sans fin mais sans aucun doute honnête dans sa déclaration. Grandiloquent il l’était, mais pas menteur. Pas sur ces choses-là. Cela le mettait encore mal à l’aise, mais pour rien au monde il ne se serait séparé de ce souvenir commun. Qu’il soit sorti intact de l’incendie revenait du miracle – un miracle hyperboréen.

« Elle a été son amante avant d’être la mienne, expliqua-t-il sobrement, bien qu’un peu sec. Parlez-lui comme à la sœur que Klaus et moi n’avons jamais eue. C’est une Feuerbach maintenant. Elle porte mes enfants. »

Sur ces mots il abandonna l’ouvrage et reprit place aux côtés de Sol’ukah. Il attendait la suite, la gorge serrée de doute, le visage rongé de crainte. Qu’il parle maintenant et parle librement, mais surtout en égal et sans malentendu qui n’avaient pas lieu d’être.
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Message posté : Mer 15 Mai 2013 - 16:05 Message
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L'intervention de Luka laissa Wotan dans la sidération la plus totale. Que l'Hyperborée soit autre chose qu'un beau mythe semblait déjà absurde, alors qu'une descendante de la race supposée avoir peuplé cette terre de légende se tienne en personne devant lui ? Il devait s'agir d'une plaisanterie... Mais elle serait complètement déplacée, grotesque, et n'aurait aucun sens ! Et même si c'en était une, ni Dieter ni la jeune femme qui venait de prétendre se nommer Sol'ukah n'en montraient le moindre signe par leurs attitudes respectives. Tout au contraire.

La voix de la blonde s'était faite dure, son regard d'acier : elle n'était plus la même personne dont il s'était fait l'image jusque-là, l'image d'une jeune femme candide presque immature, comme il l'avait jugé devant toute la gamme d'émotivité féminine qu'elle avait déployé devant lui en moins d'une demie heure, alternant spontanéité enjouée, moues penaudes et crise de larmes (certes justifiée).
Non, désormais impérieuse et emplie de tristesse digne mêlée à une calme colère, elle semblait quelqu'un d'autre, quelqu'un de qui émanait une intense dignité et un indéfinissable mais perceptible caractère de noblesse.
Wotan, qui ne lui avait porté qu'une attention que des plus limitées jusqu'ici, l'examina réellement pour la première fois tandis qu'elle décrétait ne plus supporter l'écoute de son récit. Il scrutait chaque caractéristique de son visage avec une attention telle qu'il en négligea de lui répondre, analysant le moindre détail avec une précision confinant à un exercice de classification anthropologique.
Elle était de type nordique, c'était évident et il l'avait remarqué dès le premier regard sur elle. Mais sous cet examen poussé, il fut frappé de constater que ses traits, de par leur disposition, leurs particularités, se révélaient purement et simplement comme la perfection en la matière, purement et simplement l'idéal nordique aucunement altéré par d'autres phénotypes natifs d'Europe plus robustes, plus anguleux. Oui, elle était le parangon de ce type physique qu'en effet dans la littérature et la mythologie les Hyperboréens étaient sensés incarner dans toute sa pureté originelle.
Et si c'était vrai ? Et si, parallèlement, ce qu'il avait pris pour de l'émotivité incontrôlée n'était au contraire qu'une franchise absolue de sentiments et une confiance totale envers la sympathie des autres, qui -en admettant un instant qu'elle soit réellement ce qu'elle disait être- témoigneraient alors de l'appartenance à une civilisation vertueuse et insouciante ne connaissant pas dans les rapports personnels le secret ou la nécessité de dissimuler ses états d'âme ?

Ces réflexions en tête, et devant l'absence de toute dénégation de la part de Dieter, il commençait à accepter la possibilité qu'elle dise la vérité. Après tout, il avait au cours de sa vie été témoin de tant d'autres merveilles qu'il avait chaque fois crues invraisemblables jusqu'au moment d'en admettre la réalité, ce n'était pas la première fois que sa vision du monde était chamboulée. Si la veille de découvrir son premier pouvoir il y avait vingt-trois ans, on lui avait annoncé qu'il serait un jour un sorcier, il aurait pareillement pensé la chose incroyable.
C'est sous un jour entièrement nouveau qu'il considéra la jeune femme -à l'en croire, elle avait quatre siècles?- et il ne put détacher son regard d'elle lorsque son mari se leva. Ce n'est qu'en se voyant finalement tendre un livre par ce dernier qu'il quitta la blonde des yeux pour les poser sur l'ouvrage.

Origines Ariacae... « Origines des Aryens » ? Il avait déjà croisé ce titre dans des bibliographies, il était même possible qu'il en ait eu une édition en main un jour, sans doute à l'époque où il fréquentait son groupe de 'néo-Thuléens' à la petite semaine, en tout cas ça ne l'avait pas marqué... Mais Dieter l'ouvrait pour lui sur la page de titre : c'était la dédicace qu'il voulait lui faire lire. Wotan prit le livre tendu et lut silencieusement.

À ma rose des glaces, dont (mais, c'était l'écriture de Klaus!) l’éclat pâlit jusqu’aux rivières de feu
Une fièvre m’enlace, son remède se terre au fond de vos yeux
Vous sans qui ce voyage n’eut été le même, je vous dédie ce poème.
Klaus.


Que signifiait ? Klaus parlant de glaces et de voyages ne pouvait se référer qu'à l'expédition en Hyperborée. Mais si Dieter lui montrait cela après l'intervention de Luka, cela voulait donc dire que la « rose » à qui ces vers de mirliton étaient dédiés n'était autre que...
Il leva un regard effaré sur celle dont il devait bien définitivement désormais croire aux dires comme Dieter expliquait :

« Elle a été son amante avant d’être la mienne. Parlez-lui comme à la sœur que Klaus et moi n’avons jamais eue. C’est une Feuerbach maintenant. Elle porte mes enfants. »

C'était donc bel et bien la vérité. Une Hyperboréenne... Il en resta un moment le souffle coupé, et ne sortit de sa stupeur que lorsque Dieter s'étant rassis à côté de son épouse, il devint manifeste que les deux attendaient une réaction ou qu'il reprenne le cours de son récit.

« L'Ultima Thulé... C'est fantastique », ne put-il que souffler, oscillant entre fascination et excitation. « Je n'avais pas idée... C'est un privilège de pouvoir rencontrer quelqu'un comme vous, Lu... Sol'ukah. J'imagine que vous ne confiez ceci qu'à de rares personnes » (Sans blague. Pareille bombe aurait fait le tour du monde s'ils n'observaient pas un secret absolu) « et je me sens honoré de votre confiance. Vous comprendrez que j'aurai une foule de questions à vous poser... par la suite. »

En fait, il mourait évidemment d'envie de tout connaître immédiatement de cette Hyperboréenne, de ses semblables, prenant la mesure de toutes les implications de l'existence de cette fabuleuse race dont d'aucuns auteurs prétendaient qu'elle était de nature presque divine sinon tout à fait... Était-ce le cas ? Où se trouvait donc l'Hyperborée, puisqu'elle existait ? Comment demeurait-elle secrète et cachée à la face du monde ? Grâce à la puissance magique, au niveau de technologie de ses habitants ? Quels secrets perdus du reste des hommes conservaient ceux dont d'aucuns auteurs -qu'il ne jugerait plus si fantaisistes, désormais- disaient qu'ils étaient à l'origine de la civilisation indo-européenne primordiale ? Tant d'énigmes dont les réponses pouvaient être apportées par cette Sol'ukah. Apprendre l'existence de la Thulé était l'une des plus incroyables et palpitantes découvertes de la vie de Wotan. Toutefois un interrogatoire sur ce sujet serait des plus malvenus en cette heure et dans cette situation. C'est à regret qu'il convint qu'il faudrait être patient : le sujet qui les préoccupaient Dieter et elle en cet instant, c'était Klaus, Klaus dont il leur avait annoncé la mort, et dont ils attendaient toujours de connaître les dernières volontés.

La dernière révélation de Dieter lui revint en tête, et il reprit :
« Et mon cœur se réjouit d'apprendre la bénédiction qui est la votre d'attendre des enfants. Nous ne connaissons qu'à peine, mais je me félicite sincèrement de votre bonheur. »

Une autre évidence s'imposait, bien moins réjouissante : puisque Klaus avait été aimé de cette femme le premier, si l'histoire s'était écrite différemment, ce bonheur aurait été le sien, lui qui au contraire, pour l'avoir connu de si près, portait en lui un vide et des remords indicibles.
C'est à la seconde même où cette pensée traversa l'esprit de Wotan que le monde lui sembla basculer alors que sa vision se troublait. Il réalisa avec terreur que ce qu'il redoutait depuis le dernier instant qu'il avait partagé avec Klaus était en train de se produire ; pris de panique, il voulut se débattre, ébrouer la tête pour reprendre prise sur lui-même, mais son corps était paralysé. La sensation était horrible : il voulut crier, mais sa bouche ne répondait plus à ses ordres. Tout à coup il se sentit glisser à l'intérieur de lui-même, happé dans sa propre personne, sa vision se rétrécissant en un tunnel dont il s'éloignait de l'ouverture, de plus en plus lointaine.

« Non ! » Il hurla en pensée, furieux et terrifié. « Pas maintenant ! Ce n'est pas ainsi que ça devait se passer ! Je devais décider du moment, et je ne suis pas prêt ! »
Il résista de toutes ses forces, tentant de reprendre le contrôle au prix d'un effort surhumain. Comme un nageur parvenant péniblement à remonter à la surface malgré un courant qui voulait l'entraîner vers le fond, il se sentit revenir petit à petit ; le cercle de lumière qui était celui de sa vision du monde extérieur se rapprocha, d'abord lentement, puis de plus en plus vite. La force contre laquelle il luttait et qui le retenait, réticente, céda enfin, et soudain il émergea, poussant cette fois physiquement un cri à pleins poumons.

« AAAGGGH !!! »


La reprise de possession de son corps s'était faite dans une explosion de douleur, si violente qu'il fut pris d'un spasme comme tous ses muscles s’arque-boutèrent. Secoué, il en bascula de son siège et il se vautra à quatre pattes au pied de la table basse. Mais la douleur de ses membres n'était rien à côté de celle qu'il ressentait dans le crâne. Hagard, la tête en feu, il contemplait bêtement l'urne d'acier qui était en train de rouler doucement sur le sol, heureusement toujours fermée, lorsqu'il se sentit soulevé délicatement par le bras. Luka s'était précipitée sur lui et l'aidait à se relever. Dieter l'avait également rejoint mais, interdit par cette crise d'une soudaineté et d'une violence inouïe, demeurait les bras ballants, encore sous l'effet de la stupeur. Son aide n'était pas utile cependant : avec une force surprenante pour quelqu'un de si délicat, sa femme avait déjà aidé Wotan à se remettre en douceur sur ses jambes et à se rasseoir dans son siège.

« ...médecin ? »

Confus, son cerveau ravagé par une tempête de douleur, il n'avait entendu qu'une suite de propos indistincts, mais avait saisi qu'elle lui demandait s'il avait besoin d'une assistance médicale. Il secoua la tête et leva une main pour signifier que c'était inutile.

« Non, surtout n'appelez personne. Je sais ce qui s'est passé, il est normal que ça vous choque, mais ne craignez rien. J'ai juste besoin de reprendre mes esprits. Laissez-moi me remettre une minute, s'il vous plaît. »

Il se laissa aller en arrière et ferma les yeux, s'appliquant à respirer lentement et profondément en se massant les tempes. Déjà la douleur diminuait, et bientôt ne redevint plus que la migraine lancinante dont il était victime depuis son arrivée. Il rouvrit les paupières. Incertains de la conduite à adopter, Luka et Dieter n'osaient retourner se rasseoir et le fixaient avec des mines où se mêlaient sollicitude et inquiétude.

« Ne vous en faites pas, je vais bien maintenant », dit-il d'un ton qui se voulait rassurant, mais la frustration était perceptible dans sa voix comme dans son regard bouillant sous les sourcils froncés. Car non, il n'allait pas bien du tout. Même si la douleur physique s'était apaisée, il n'était que peur et colère. Peur, de réaliser sa faiblesse devant l'immense pouvoir qui avait bien failli le submerger, et dont il se doutait qu'il n'avait probablement pas triomphé seul, mais simplement persuadé par ses protestations de renoncer pour l'instant. (Par les Dieux, s'il l'avait vraiment voulu... Je n'aurais rien pu y faire...)
Et colère, d'avoir été considéré comme un objet qu'on pouvait manipuler et dont l'avis ne comptait plus réellement. Il se sentait trahi, bafoué. L'idée révoltante -qui le fit brièvement serrer un poing de rage- lui vint qu'il n'avait peut-être que gagné un peu de temps qu'on lui avait magnanimement octroyé, mais que s'il ne se dépêchait pas de le mettre à profit, il y aurait une prochaine fois lors de laquelle son refus serait peut-être ignoré.
Comment ose-t-il ? Ne suis-je donc qu'un pantin, est-ce que c'est cela que je suis à ses yeux, désormais ? Wotan ne pouvait y croire, mais il n'était plus sûr de rien. S'il voulait encore dire quelque chose à Dieter et Luka, il devait le faire tant qu'il en avait encore la possibilité et donc aller au plus urgent en renonçant à leur livrer l'intégralité du récit qu'il avait entamé de ses années avec son grand-père.

Ce n'était pas du tout ce qu'il avait prévu et il le contrariait au plus haut point de devoir laisser l'époque la plus belle, la plus lumineuse, entre parenthèses, et de les laisser sur l'affligeante image d'un Klaus exilé du monde, confiné à une réclusion volontaire.
Il avait jugé tellement nécessaire de faire savoir à ceux qui furent avant lui les êtres les plus proches de Klaus que ce dernier avait à ses côtés, pendant presque vingt ans, vécu pleinement, et connu avec lui, Wotan, des joies, la chaleur d'une compagnie, d'une famille ou de ce qui pouvait s'en rapprocher le plus.
Car peut-être qu'en apprenant cela auraient-ils mieux accepté qu'il disparaisse pour toujours.
De pouvoir considérer le temps qu'avait passé sans eux cet être aimé autrement que comme un effroyable gâchis, de savoir qu'un autre avait pris leur relais auprès de lui, leur aurait en effet peut-être permis de concevoir moins de remords à le perdre.
Ce qui leur serait au contraire bien plus difficile s'ils ne concevaient le temps durant lequel Klaus avait disparu de leurs vies que comme, au pire une ellipse dramatique, au mieux, des pages d'histoire non écrites et demandant encore à être remplies.
Or s'ils demeuraient sur ce sentiment, cela pourrait peser lourd dans la balance à l'heure d'un possible choix, et Wotan regrettait amèrement de devoir ne les laisser à une époque malheureuse de l'existence de Klaus que pour passer à une autre, la dernière, qu'il devait absolument narrer pour qu'ils comprennent ce qui devait inéluctablement se produire sous leurs yeux.

« J'aurais voulu avoir plus de temps... » murmura-t-il, pensant tout haut. « J'aurais voulu avoir plus de temps », répéta-t-il plus fort à l'intention du couple, en ajoutant pour qu'ils ne s'effraient pas car ce début de phrase seul portait un sens inquiétant : « Pour vous préparer à faire face à quelque chose de... déstabilisant. J'ai bien dit déstabilisant, et non dangereux. » Du moins, pas pour vous, pensa-t-il.

Malgré l'angoisse qui lui tenaillait le ventre, il s'efforça de se calmer et de paraître moins tendu pour les rasséréner totalement.
« C'est dans ce dessein que je voulais vous faire d'abord le récit de la vie de Klaus tel que je l'ai connu et jusqu'à sa mort. L'incident dont je viens d'être victime -et qui doit cesser de vous inquiéter, je vous l'assure- me force à ne pas pouvoir poursuivre comme je l'aurais souhaité. Je vous le répète et vous en donne ma parole la plus solennelle : vous ne courez aucun risque de quelque nature que ce soit : sachez simplement que je ne suis pas venu que porteur de la nouvelle de la mort de Klaus. »

Il s'imagina la foule de questions que la scène précédente et maintenant ses propos devaient soulever en eux, mais ne pouvait se permettre le luxe de les laisser l'interrompre, aussi enchaîna-t-il sans leur en donner l'occasion.

« Vous ne devez rien comprendre à ce qui m'est arrivé ou ce que je vous dis en ce moment, mais je vous implore -je n'emploie pas ce mot à la légère- de me laisser parler jusqu'au bout si vous souhaitez avoir des réponses. Celles-ci résident dans les évènements qui ont précédé ma venue, et aux derniers instants durant lesquels j'ai assisté Klaus : à mon grand regret, il me faut absolument vous en entretenir immédiatement, aussi pénible que ce soit. Il vaudrait peut-être mieux que vous vous rasseyiez. »

Il leur laissa le temps de regagner leurs sièges et de retrouver une attitude disposée à l'écoute et reprit :

« J'ai parfaitement conscience que tout ce que je vous impose est particulièrement éprouvant pour vous. Vous obliger à m'écouter juste après avoir subi l'annonce de la mort de Klaus, sans vous avoir réellement laissé de temps pour digérer la nouvelle, je ne fais pas ça par choix. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je m'y serais pris bien autrement : mais je crois que vous avez compris à présent que je suis victime de quelques impératifs qui m'y obligent. Je vous demande encore un peu de courage et j'admire celui que vous avez déjà eu. Pour l'instant, je dois continuer sans plus attendre. Vous savez donc que Klaus, après des années de jeunesse préservée, s'est vu rattraper par son âge réel. Cela s'est en réalité produit il y a un an, très subitement, sans aucun signe annonciateur. Nous nous étions séparés quelques temps suite au décès de ma grand-mère maternelle Ingrid... »

Même si c'était bien au fond de cela dont il s'agissait, il était inutile d'expliciter la façon réelle dont cela s'était passé, ni de révéler qu'autour de ce décès avait eu lieu la seule mais grave crise dans les relations des deux hommes, cause réelle de cette séparation temporaire. Il leur en parlerait peut-être plus tard, à moins qu'ils ne l'apprennent d'une autre manière. Il se contenta d'arranger un peu les faits.

« ...Nous avions convenu qu'il me laisse un peu de temps seul. Mais il ne revenait pas. Au bout de deux semaines sans nouvelles » (des mois, en réalité) « J'ai commencé à le rechercher. Même s'il n'y avait plus mis les pieds en vingt ans, il possédait toujours légalement sa vieille maison de Schwabegg : sans autre objectif, je m'y suis rendu. »
Le récit pouvait maintenant se raccrocher à la seule réalité. « C'est bien là que je l'ai retrouvé... Et cela s'était produit : son corps était devenu celui d'un vieillard de cent ans. Il m'apprit que cela s'était produit en l'espace de trois jours. En trois jours seulement... En trois jours les soixante-dix années qu'il lui manquaient l'avaient rattrapé. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer quel choc ça a été de le retrouver ainsi. Je ne pouvais moi-même me représenter le choc que ça avait du être pour lui... »

Wotan afficha une mine perplexe.

« Pourtant à mon arrivée il semblait s'y être résigné, et j'avais même l'impression... C'était comme s'il était soulagé. De quoi, pourquoi ? Moi, peu m'importait : je lui annoncé que je retournerais ciel et terre pour chercher un remède s'il en existait un. A ma surprise, il m'a signifié son plus ferme refus. Je n'y comprenais rien et je l'aimais trop moi-même pour accepter de laisser tomber : j'ai failli partir tout de même. Il n'est parvenu à me retenir qu'en me faisant comprendre qu'en partant en quête d'une chimère je l'aurais laissé seul au moment où il avait le plus besoin de moi, et que plus que jamais je devais être à ses côtés. C'est donc ce que j'ai fait : pas à Schwabbeg, mais à Bad Münstereifel où je l'ai emmené, pour prendre soin de lui dans la demeure de mes grands-parents paternels qui était désormais ma propriété. Je ne sais pas pourquoi il semblait accepter sa condition à l'époque : toujours est-il que cela n'a pas duré. »

« Pendant les premiers six mois, tout de même, il parut être en accord avec son sort. Il était l'ombre de lui-même, faible, tout geste lui était devenu difficile, mais quoique très lentement il pouvait encore marcher un peu, avec mon aide. Nous écoutions de l'opéra, nous jouions aux échecs, nous bavardions... Le soir, je l'emmenais faire une petite promenade dehors, regarder le coucher de soleil.
Vous imaginez le tableau ? Klaus, le grand aventurier ! Klaus, avec qui j'ai parcouru l'Europe, l'Asie, les confins du cercle polaire... Je ne comprenais pas que cet homme aussi vivant, aussi passionné dans les expéditions en pleine sauvagerie que par les nuits des grandes capitales, puisse se résoudre aussi facilement à cette vie de vieillard qui lui était tombée dessus du jour au lendemain. Une fois, il m'a parlé de temps volé qui avait été rendu, et ce fut la seule explication que j'aie jamais eu. »


Cette expression qu'il avait sur le moment jugée métaphorique et employée comme un autre aurait pu dire que 'la nature reprenait ses droits' ne l'avait pas marquée à l'époque, mais elle posait beaucoup plus question à Wotan depuis peu. Elle avait pris dans son esprit ces derniers jours un sens qu'il n'aimait pas vraiment. Il ne partagea toutefois pas cette réflexion.

« Enfin, comme je l'ai dit, cela n'a pas duré. Son état ne faisait que se dégrader. En premier lieu il fut réduit à la chaise roulante, puis petit à petit, il devint de moins en moins capable de quitter le lit, jusqu'à devoir y rester définitivement. Alors que c'était une évidence depuis le début, je crois qu'il n'avait jusque là jamais pris pleinement conscience de l'inéluctabilité d'une mort prochaine et qu'il le réalisait pour de bon. C'est seulement là qu'il a commencé à se révolter contre ce qui lui arrivait. Les accès de colère ont d'abord été le lot quotidien. »

Il n'en dit mot, mais cette colère se retrouvait régulièrement dirigée contre lui, seule personne à portée de celui qui s'était mué en caricature de vieillard épouvantablement acariâtre. Ce fut toute une période où Wotan avait beaucoup pris sur lui pour rester stoïque tant Klaus se montrait insupportable.

« Puis ils firent place à un profond désespoir, un désespoir qui avait un nom : Dieter. Klaus se mit à dormir avec une vieille photo de vous deux, la tenant parfois dans ses mains jusque dans le sommeil. Il se mit à répéter du soir au matin qu'il ferait tout pour revoir son frère une dernière fois... Il lui parlait, à la photographie, comme si vous étiez là. Que je sois dans la chambre ou pas, il ressassait ses souvenirs de vous, en permanence, en sanglotant doucement. »

Wotan prit conscience de ce que ces propos pouvaient avoir de pénible.

« Pardonnez-moi, je sais que ce que je dis est de nature à vous bouleverser, moi-même je l'étais. Et justement si je vous explique ça, ce n'est certainement pas pour vous provoquer davantage de peine à vous : je veux que vous compreniez combien j'étais affecté d'assister à ces scènes déchirantes... Parce qu'elles expliquent l'état d'esprit dans lequel je me suis trouvé devant un choix que vous ne comprendrez peut-être pas. Car j'ignore complètement si vous m'en remercierez ou m'en maudirez. Vous allez bientôt comprendre : j'ai presque fini.
Sachez donc que j'en étais malade, de voir Klaus dans cet état. Ses plaintes me perçaient jusqu'au plus profond de l'âme. Je l'aimais. Mon mentor, mon seul et meilleur ami, le frère que je n'avais jamais eu : j'aurais tout donné pour lui, pour l'apaiser, le consoler. »


Wotan serra nerveusement un poing, amer. Il s'en voulait de regretter d'avoir été prêt à tout donner, et de se dire que finalement, peut-être pas à tous les prix. Était-ce de l'égoïsme de penser que Klaus n'avait pas le droit d'exiger cela de lui ?

« Puisque c'était la chose qu'il désirait de tout son cœur, à mon tour, j'ai fini par éprouver presque aussi fort que lui le désir que vous ayez pu vous revoir tous les deux encore une fois. Je crois que c'est pour ça que je vous ai retrouvé. Il y a cinq jours, il s'est trouvé un moment où je n'ai plus été capable de supporter... Tout ça.
Nous savions tous les deux qu'il était sur le point de partir : ce n'était plus qu'une question de jours. Et il pleurait, je lui parlais, il ne m'écoutait même plus. Soudain j'ai ressenti le besoin impérieux de fuir, ne serait-ce qu'un instant, cette chambre où il était en train de mourir, de respirer le grand air et de me retrouver seul pour reprendre courage avant de retourner auprès de lui. J'ai donc couru au-dehors, pensant pouvoir faire un peu le vide : mais impossible. Comme contaminé par ses regrets, je n'avais que votre nom et votre visage à l'esprit : et c'est là que j'ai eu la vision.
Ce bateau, et vous en train de prendre l'air sur le pont. Je ne pouvais pas y croire, je me suis approché un peu : impossible de s'y tromper, c'était bien vous, vivant, et contrairement à Klaus, encore inchangé par le temps. Vous ne pouvez vous imaginer combien ma joie fut immense... C'était comme si c'était mon propre frère que je retrouvais. Cela vous semblera peut-être ridicule, mais c'est ce que j'ai ressenti en cet instant, le bref instant de cette vision. Avant qu'elle ne s'achève, j'ai pris tous les indices permettant de vous localiser précisément, puis je me suis précipité annoncer la nouvelle à Klaus. »


Une sensation bizarre et inquiétante d'être à nouveau sur le point de partir força Wotan à accélérer un peu plus son débit de parole.

« Il en a pleuré de joie d'abord, puis de dépit : nous savions tous deux qu'il ne passerait pas la semaine, s'il voyait même l'aube d'un troisième jour. Et il était physiquement incapable de faire le voyage. J'aurais pu le faire, mais le temps de faire le trajet, vous retrouver, vous convaincre de venir jusqu'en Allemagne, revenir avec vous ? Klaus aurait pu mourir dans la nuit même... Et si vous aviez refusé, ne me connaissant pas, ne me croyant pas ? C'est là qu'il m'a dit qu'il y avait une possibilité. Je l'ai écouté, abasourdi, me révéler connaître un rituel dont il ne m'avait jamais parlé, relevant d'un domaine de magie qu'il m'avait toujours caché maîtriser... »

Wotan fut parcouru d'un frisson au souvenir de l'acte terrible, puis il fixa Dieter dans les yeux avec intensité pour la révélation finale.

« Il pouvait sacrifier son corps et incarner sa conscience dans le mien, être l'hôte de mon corps, pour vous parler une dernière fois à travers ma bouche. C'est cela, ce que je ne pouvais vous dire tout de suite. C'est cela, cette dernière volonté que j'ai failli lui refuser jusqu'au bout.
Car l'irrépressible envie de vivre que j'ai ressentie en lui dès qu'il a commencé à ne plus accepter l'idée de mourir, et qui n'a fait que décupler quand il vous a su encore de ce monde, elle m'a fait peur alors, et elle me terrifie en ce moment.
Il m'a promis de se laisser partir une fois que je l'aurais laissé vous dire ce qu'il avait à vous dire, de ne pas chercher à me posséder avant que je ne lui en donne la permission, et ce n'est qu'à ces conditions que j'ai finalement accepté. Mais sa volonté est tellement forte ! Je la sens depuis que j'ai posé le pied à Star City, qui essaie de prendre le dessus, qui s'impatiente. Ce que vous venez de voir, c'est Klaus qui n'en peut plus d'attendre et veut prendre son tour. »
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Message posté : Sam 25 Mai 2013 - 22:57 Message
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Le corps de Luka contre lui, Dieter accueillit les félicitations de son petit-neveu avec un sourire grave, obscurci par les circonstances mais tout ce qu’il y avait de plus sincère, quand quelque chose se produisit. Comme souvent il se raidit un peu avant Luka, les pupilles dilatées, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte dans une expression de surprise. Il commençait à se redresser comme Wotan se figeait, épouvanté par cette sensation qu’il ne parvenait pas à identifier mais qui mettaient tous sens en alerte. Pourtant il ne bougeait pas et se contentait d’observer de loin, indécis, l’étrange spectacle de ce colosse et de sa lutte intérieure. Ce n’est que lorsqu’il tomba à terre dans un grognement de rage que le menuisier de Stuttgart parvint à se ressaisir et suivit sa femme dans son sillage, avisant d’une mine inquiète son parent retrouvé comme il l’aurait fait face à un simple malaise. Seulement il n’y avait pas que cela, se sermonnait-il. Un médecin n’y ferait rien, il y avait là-dedans quelque chose qui les dépassait tous – comme un relent d’au-delà. Sa poitrine se serra, de même que sa gorge, mais il ne dit rien. La force s’était évaporée aussi vite qu’elle était apparue et il n’en restait rien.

Avait-il rêvé ? non, Wotan était bien tombé, Luka l’avait bien relevé. L’urne de Klaus roulait contre ses pieds. Il la ramassa, un peu secoué par la vision, et la tint à son tour serrée contre lui pour observer le fruit de son frère à la dérobée. Dans ses yeux aussi il se lisait une peur indicible qui ne présageait rien de bon. Le discours qui suivit non plus, quand bien même il répétait à l’envie qu’il y avait plus de bizarre que de danger dans ce qu’il avait à leur révéler. Seulement cela concernait Klaus et Klaus ne voyait jamais le danger avant qu’il ne frappe. Cette crise, cette crise qui semblait si intimement liée à toute cette histoire… il n’était peut-être pas parvenu à mettre le doigt sur sa nature, mais il avait une certitude : elle était tout sauf inoffensive. Il hésita un moment, sur la défensive, à le confronter à ses pressentiments, mais finit par céder et attrapa la main de Luka pour se rasseoir à ses côtés comme on le lui demandait. Il voulait lui laisser une chance de s’expliquer par ses propres mots, si tel était son désir.

C’était tout sauf facile. Le temps avait rattrapé son frère si vite, il y avait un an seulement, alors qu’il allait sur sa nonante-neuvième année. Temps volé, temps rendu. Cela faisait bizarrement écho dans son esprit, comme un déjà-vu. Ses yeux gonflèrent à nouveau, non à l’évocation de cette décrépitude qu’il parvenait à peine à s’imaginer mais des joies : ces joies-là, ces expéditions à peine esquissées, c’était son Klaus à lui, son Klaus perdu. Il écrasa une nouvelle larme, peiné. Malgré lui il se demanda à quelle date exactement l’humeur de son frère avait commencé à basculer, le cœur battant il s’imagina même un instant que ça ait pu coïncider avec son retour parmi les vivants. Qu’il ait senti, senti cette urgence de vivre un peu plus longtemps, de rattraper le temps qui leur avait été volé. Cela se pouvait-il, fallait-il chercher là l’origine inconsciente de ses crises ? il ne savait qu’en penser, s’il devait s’en réjouir ou s’en sentir plus malheureux encore. Il lui parlait, seulement, il lui parlait, et il aurait tout donné pour savoir ce qu’il lui disait. Était-ce insanité que de se poser ces questions-là ?

Était-ce insanité que d’imposer à la chair de sa chair cette dernière volonté-là ? Dieter en restait tétanisé, un visage de marbre masquant mal un trouble bien plus bouillant. Magie qu’il avait caché maîtriser. Sacrifice. Incarnation. Hôte. Une suite de mot qui lui retournait d’autant plus l’estomac qu’il avait cru sentir cette force, cette magie un instant plus tôt. Une magie de mort, il en était certain maintenant, et il retournait, et il retournait dans sa tête, ses souvenirs, les déclarations, les éléments d’un puzzle qui lui donnaient un arrière-goût de bile à chaque fois qu’elles s’emboitaient ou se déboitaient. Il avait du mal à respirer, mais plus encore à tenir en place. Il se releva, agité, déposa nerveusement l’urne sur la table, fit quelques pas, se prit les tempes entre les mains. Une idée avait germé dans son esprit, une perspective qui l’empoisonnait, le rongeait, éclipsait tout le reste. Il avait tant souhaité avoir l’occasion de parler une dernière fois à son frère, mais d’un seul coup ce qu’il aurait à lui dire le terrifier. Il préférait encore des doutes, des soupçons à cette vérité bien précise, cette abomination qu’il avait refusé d’attribuer à son génie de frère à l’instant même où il en avait appris l’existence. Malheureuse il ne pouvait pas plus fuir que gâcher les efforts que ces deux Feuerbach avaient entrepris pour que la rencontre se fasse, réalisa-t-il en levant vers Wotan un regard défiant, perdu, mal à l’aise.

« Il nous entend, là ? finit-il par demander, d’une voix neutre bien qu’un peu rauque. L’autre eut l’air de réfléchir un instant, puis commença à parler.
– Je ne suis sûr de rien. Des quelques explications qu'il m'a livrées, j'ai retenu que lorsque deux esprits habitent un corps, un seul des deux à la fois peut en être réellement maître. Et donc, j'imagine, jouir des cinq sens que ce corps possède ? Je crois que je suis pour l'instant le seul à percevoir directement et concrètement le monde extérieur.
Toutefois je pense qu'il en a une autre perception, d'une manière ou d'une autre... Peut-être indirecte, par le biais de mes propres pensées qu'il serait capable d'entendre, elles ? Honnêtement, je ne sais pas ce qu'on ressent... 'là-bas'. Pas encore. Je n'en ai eu qu'un trop bref aperçu. »


Il commença à parler – à parler trop, comme à son habitude. Seulement la patience du Souabe s’érodait, il ne pouvait plus éternellement rester là, comme un idiot, à s’écouter faire la lecture. La colère éclata d’un seul coup, colère accumulée à rester trop longtemps assis, à taire ce qu’il savait pour s’entendre dire dans de longues dissertations qu’on ne savait rien. Dans la seconde il avait agrippé le col de son petit-neveu, dans une main bien ridicule face à sa carrure de géant mais qui avait la poigne de ceux qui avaient l’habitude du travail physique. Ils étaient nez contre nez et dans les yeux du menuisier on sentait une rage à peine contenue.

« Fermez-la, cracha-t-il, à bout, dans une langue soudain plus proche du dialecte de sa région natale : fermez-la une bonne fois pour toute, avec vos précautions, vos machins, vos bidules, vos préparations psycho-machin-magiques. Z’êtes pas à l’université, zut, vous avez pas à assommer toutes vos grandes vérités sous des longs, longs discours, vous avez pas… (Sa poitrine se souleva dans un hoquet douloureux.) V-vous parlez de mon frère, vous parlez de votre grand-père. Alors rangez-moi c’t’horrible costume d’intello de mes deux et parlez en homme, nom de Dieu ! »

Sa prise se desserra sur le dernier mot. Il tremblait, son visage n’était que frayeur, mais au moins la main qui se posa sur l’épaule de son vis-à-vis semblait moins désireuse de le menacer que de chercher un soutien, un vrai. Sa voix contenait presque comme un sanglot quand il poursuivit.

« Vous comprenez pas ? lâcha-t-il, incertain : vous comprenez pas ou vous voulez juste pas comprendre ? Cette magie, cette connerie de rituel vous savez au moins où est-ce qu’il l’a appris, hein ? Vous pouvez pas être bête, ou aveugle, ou je-sais-pas-quoi à ce point, vous savez ça ! vous avez dit qu’il avait pas bougé de sa retraite à Schwabegg, que vous l’avez pas lâché d’une semelle après, que, que… (Il hésita, de plus en plus agité, sa prise se serrait un peu plus sur son épaule.) Il y a pas touché de mon vivant, ça j’en suis sûr, mais après ? après ? pourquoi son silence, qu’est-ce qu’il a fait ? Où est-ce qu’il était ? EST-CE QU’IL ÉTAIT À MAJDENEK, OUI OU MERDE ? »

Expérience sur la mort, expérience sur les morts. Le témoignage de Herr Médicis le hantait et la nausée refluait. Il lâcha l’épaule, recula, effrayé par sa propre fureur. Il ne l’avait jamais affrontée de ses propres yeux, mais il espérait malgré lui que l’échantillon qu’il avait ressenti plus tôt n’était le même qui avait créé ces aberrations.

« Laissez-le parler s’il vous plait. (Il en était presque atone.) Laissez-le parler. J’ai besoin qu’il me dise, qu’il m’explique. Je dois avoir sa version. C’était un idiot, pas un monstre, et ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont fait après et avant… avant et après ce qui s’est passé c’était juste monstrueux. »
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Message posté : Dim 26 Mai 2013 - 22:22 Message
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Les lèvres de Dieter sur sa tempe la calmèrent un peu, elle lui donnait un peu moins l’impression d’être la cinquième roue du carrosse. D’accord elle allait rester, ça n’allait pas être simple, mais elle allait le faire. Son mari se leva alors pour aller chercher quelque chose, Luka le suivit du regard si bien qu’elle ignora l’examen du regard de son neveu auquel elle était soumise. Elle vit Dieter sortir la bibliothèque de leur mur, quelques livres de math, une encyclopédie sur les aliens, un livre sur l’Unison, un guide de premier soin hyperboréen et un livre de Shakespeare occupaient avec grand peine l’espace. Et il y avait également le livre de Klaus, l’Ultime comprit ou son mari voulait en venir et d’un signe de tête approuva la démarche. C’était intime, mais peut-être la seule manière que leur neveu ne les croit pas fous. Trop émotive elle laissa son conjoint expliquer, ce n’était pas un souvenir facile à évoquer pour aucun des deux. Personne ne savait ça, en dehors de leur neveu à présent, même pas sa meilleure amie la princesse atlante Thétis.

Son neveu parut tout excité par la chose, autant que Klaus avait semblé l’être le premier jour de leur rencontre, il le lui rappela. A l’époque elle avait eu du mal à comprendre ce qui pouvait les rendre si extraordinaire à des yeux extérieurs, maintenant qu’elle vivait dans leur monde elle comprenait. Souvent elle avait songé depuis son arrivée que si les Hyperboréens aidaient ou dirigeaient –mais ce dernier point restait enfouis au fond de son cœur- le monde serait bien meilleur.

- Je verrais celles auxquelles je peux répondre, tenta-t-elle de tempérer sans décourager.

Sol’ukah c’était montré imprudente, elle avait agi avec ses tripes, plutôt que sa cervelle, comme souvent ses derniers mois, trop souvent elle avait été naïve. Elle craignait d’en avoir trop dit, d’avoir pris trop de risque, la situation lui avait complètement échappé à bien des moments et Luka ne voulait pas mettre plus en péril son peuple. Luka regrettait ce retrait de leur part, mais elle n’avait pas le droit de décider pour eux. Heureusement Wotan n’insista pas plus que cela et les félicita plutôt de l’heureux événement, un sourire éphémère traversa ses lèvres, la mort de Klaus était trop prégnante de l’air pour qu’elle l’oubli plus d’un instant. Soudain son neveu se plia en deux, tomba et hurla. Les traits de Luka se crispèrent d’inquiétude. L’hyperboréenne se précipita à genoux sur le sol auprès de son neveu pour s’assurer de son état de santé, lui demander s’il voulait qu’elle appelle un médecin. Luka l’aida même à se rasseoir. Son neveu lui affirma qu’il n’avait pas besoin d’un médecin. Luka haussa un sourcil peu convaincue, mais son neveu lui assura qu’il savait ce qu’il se passait. Son mari lui prit alors la main pour la faire rasseoir.

Les mains sur les genoux -dans une position à vrai dire inconfortable- elle attendit la suite avec crainte, craignant que son neveu se trompe. Les extérieurs étaient parfois si fragiles. L’introduction fut étrange, il leur annonça qu’il aurait voulu avoir plus de temps pour s’expliquer. Au sujet de quoi exactement se demanda l’hyperboréenne, l’annonce de la mort de Klaus avait déjà été longue. La première chose à laquelle songea Luka fut que ce à quoi il les préparait était peut-être un héritage un peu étrange. Calmement il expliqua la fin de vie de Klaus et Luka se sentit de nouveau les larmes aux yeux. C’était tellement injuste songea-t-elle, il était beau jeune un an à peine avant, elle était parti trop tard et Klaus avait tellement souffert, il n’avait pas son frère. C’était tellement déchirant. Un moment elle se trouva des ressemblances avec Roméo, elle l’avait cru mort, il ne l’était pas et maintenant cette annonce était comme une petite mort symbolique dans son cœur.

Alors qu’elle se demandait comment elle se comporterait au boulot ou même pour le restant de la soirée, comment elle vivrait les prochains mois avec cette peine, Wotan leur annonça que Klaus était dans son corps. Luka ne put rester que tétanisée. Elle était si lasse de voir son cœur agiter ainsi qu’elle n’arrivait plus à exprimer ses émotions. Etait-ce la fin ou encore viendrait un énième rebondissement qui tuerait l’espoir dans son cœur ? Il disait qu’il voulait les préparer, mais il n’avait pas arrêté d’enchainer espoir et déceptions comme pour les achever. Luka n’osait plus faire un geste, plus dire un mot, elle ne savait même pas si ce serait bien ou torturant. Elle était terrorisée par tout ça, pas parce que c’était la première fois qu’elle voyait ça. Les cas de possession en Hyperborée étaient communs, son aïeule Sul’eikah s’en chargeait souvent, elle officiait dans la tour des ancêtres. Les hyperboréens avaient un lien très fort avec leurs ancêtres, ils croyaient en eux plus qu’à autre chose. Certain théoriciens magiciens affirmaient que c’était cette croyance même qui leur donnaient la force de les conseiller des millénaires après.

Non si elle avait peur c’était qu’elle n’était pas certaine que tout soit lui apporte de la joie et du réconfort, c’était tellement du gâchis et elle se sentait si jeune, elle n’avait perdu personne de proche de son vivant. C’était son premier mort, son premier fantôme. Ce fut Dieter qui réagit, quelqu’un devait bien le faire. Il demanda d’abord si Klaus les entendait. Probablement songea Luka, en tout cas pour les possessions provisoires d’Hyperborée c’était comme ça. Elle ne comprenait même pas comment Wotan avait le dessus. C’était peut-être différent, une magie différente que celle hyperboréenne.

Wotan tenta de leur expliquer, mais Luka était inerte, Luka n’arrivait toujours pas à réagir. A vrai dire il n’y avait qu’une chose importante, la mort avait-elle brisé le sort dont était prisonnier Klaus, c’était probablement possible, le sort était lié au corps pas à l’âme, ou du moins cela lui semblait impossible, un Hyperboréen n’aurait pas souillé une âme contre sa volonté. Peut-être qu’elle se trompait, ils tenaient tant à leurs secret les hyperboréens, son peuple avait un jour fait la guerre, elle-même le jour de l’an avait presque tué. D’ailleurs à l’époque il ne lui avait pas vraiment laissé le choix de dire adieux. Ils n’étaient peut-être aussi parfaits que ses souvenirs pouvaient lui laissait croire. Tellement de chose c’était passé, tant d’année là-bas, si peu ici, pourtant émotionnellement elle était submergé plus par ses derniers mois que le restant de sa vie.

Luka était dans ses songes et c’est pour cela qu’elle n’eut pas le réflexe d’arrêter Dieter quand ce dernier attrapa son neveu par le col. La main gauche de Luka s’agrippa puis se crispa sur l’accoudoir du canapé. C’était la deuxième fois que Die se mettait en colère devant elle, mais la première fois qu’elle le voyait avoir une telle réaction. Il s’emporta clairement contre son neveu. Luka était contre la violence, mais au fond de son cœur, elle aussi était lasse de ses longs discours car ils étaient éprouvants. Quand Luka vit Die se calmer physiquement un peu, elle se décrispa un peu, il aurait été plus loin elle se serait interposer. Faire du mal à quelqu’un qui ne le méritait pas, il n’y avait rien de pire. C’était un regret qui faisait tellement mal. Même dans son monde « parfait » elle avait fait cette expérience-là.

Die parla de magie, Luka ne comprenait pas vraiment ou il voulait en venir, puis elle se rappela de la magie mauvaise dont Die lui avait parlé quand il lui avait appris la « mort » de son frère. C’était peut-être ça qu’il craignait et le pire c’est qu’il avait probablement raison, Dieter sentait la magie, il savait probablement de quoi il parlait. Son mari s’écarta enfin et Luka trouva la force de se lever et tandis qu’il demandait à son neveu de parler une dernière fois à Klaus, elle l’enserra de dos dans ses bras, enfouissant la tête dans sa nuque et attendant Klaus.

- S’il ne se souvient pas, tu me laisseras partir cette fois, murmura-t-elle avec une pointe de supplication dans la voix, ça ne sert à rien de l’embrouiller avec moi s’il ne sait pas que j’existe. Ce sera mieux pour lui et tu auras plus de temps avec lui, expliqua-t-elle.

Et se serait mieux pour elle, elle n’avait pas envie d’être le témoin de retrouvaille et d’adieu fraternel émouvant, elle risquait de se sentir jalouse et elle n’avait pas envie que Die le voit.
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Les liens du sang

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