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Réunion au fil de l'eau

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Message posté : Mer 27 Mar 2013 - 23:01 Message
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Il arrive parfois que notre esprit s'abandonne à une simple et pure contemplation, vide de toute réflexion, devant un paysage qui attire notre regard. Un moment privilégié par de nombreuses personnes, qui pour autant ne prendront quasiment jamais le temps de s'y laisser plonger sans retenue. Le temps était devenu une denrée rare et précieuse en ce début de vingt et unième siècle, bien plus que n'aurait pu l'imaginer n'importe lequel des ancêtres de ces gens pressés.

On aurait pu certes dire à Felice que son existence profondément allongée lui permettait de pouvoir prendre son temps pour ce genre de petits instants d'éternité. Mais alors qu'il était assis sur un banc face au front de mer, respirant les embruns avec lenteur et laissant courir son regard sur la ligne d'horizon, il remarquait qu'il n'avait lui même que rarement prit le temps de contempler des choses aussi simple que la fracture entre le bleu cristallin du ciel et la teinte vert de gris de l'océan atlantique.

D'anciens souvenirs, ceux des mois de bateau pour arriver aux Indes orientales, lui revenaient en mémoire. Il n'avait que rarement prit la mer, mais ce fut à chaque fois pour un trajet particulièrement important dans sa longue existence. Tellement important que même alors qu'il avait passé des jours en pleine mer, il n'avait presque jamais apprit à la contempler dans toute sa solennité.

L'esprit amateur de digressions philosophiques nécessaires ou non qu'il était en arrivait peu à peu à se laisser tomber dans une calme contemplation. Qui fut abruptement stoppée par le hurlement retentissant d'un klaxon sur la route, juste derrière lui. Bondissant littéralement sur place, une main sur la poitrine et l'autre s'accrochant fermement au banc il tourna la tête pour déposer un regard entre surprise, colère et effroi vers la route. Il était en réalité le début de l'après midi et une nouvelle série d'embouteillages allaient durant un temps bloquer la route du front de mer, à hauteur du quartier d'Hamelin.

Maugréant intérieurement une sombre histoire narrant un rapport intime entre un chauffeur de camion et son klaxon, le Comte se redressa avant de s'étirer. Le temps était encore frais pour ce début du mois de mars, aussi avait-il gardé des vêtements assez chauds et emporté une sacoche en cuir vieilli par l'usage. Lentement, il la remit en place autour de son épaule droite avant d'énoncer un simple constat : se livrer aux délicatesses de la contemplation sur le front de mer, à bien y réfléchir l'idée était purement stupide ! Bien entendu qu'il allait être dérangé rapidement mais de plus, il était attendu dans la marina. Même si il ne savait pas bien pourquoi au final.

Il avait en effet été prié par Dieter Feuerbach, le compagnon de Lucrèce Rosen, de le rejoindre sur un bateau de cette marina. Et dire que Felice avait pensé que les deux tourtereaux ne roulaient pas sur l'or, mais un bateau était malgré tout gage d'une certaine réussite financière. Les prix de construction de ce genre d'engins restaient prohibitifs quelque soit l'époque, de plus Dieter avait été très clair au téléphone. Il reconnaîtrait l'embarcation au premier coup d'oeil, sans même pouvoir confondre avec un autre navire.

L'allemand avait cependant été beaucoup plus réservé sur les raisons qui l'avait poussé à proposer cette rencontre, évoquant l'envie de faire plus ample connaissance sur un ton que l'alchimiste avait trouvé fort étrange au téléphone. Entre un jeu de piste pour trouver une embarcation et des propos mal éclairés sur une rencontre courtoise, il n'en avait pas fallu beaucoup plus pour donner envie au Comte de s'intéresser de plus près à cette rencontre.

Arpentant les pontons reliés entre eux dans un délire architectural qu'il aurait qualifié d'insulte au pragmatisme des marins en matière de construction de port, il gardait la tête haute pour mieux observer les différents modèles de navire qui se présentaient sous ses yeux. Ainsi donc, rapidement et non sans surprise, force lui était d'admettre que Herr Feuerbach avait amplement raison : impossible de confondre le Nordstern avec un autre navire. A moins d'être aveugle, mais c'était un autre problème.

D'un ovale parfait il était surmonté d'une coupole de verre mais restait d'une taille tout à fait modeste. Le Comte stoppa sa marche devant ce bien drôle d'esquif, interdit par ce qu'il était en train de voir. Jamais il n'avait vu une forme pareille, même parmi les divagations des architectes navaux de plaisance actuels. Encore une fois il se demanda d'où ces deux là avaient bien pu tomber pour être en possession d'une telle ... merveille. Ça c'était bien l'impression qu'il laissait au Comte, ce dernier passant encore quelques instants à l'admirer avant de se décider à entrer ou tout du moins annoncer sa présence.

Alors qu'il venait de gravir la fine mais robuste passerelle permettant d'embarquer sur le pont du navire, il eut la surprise de voir une ouverture se dessiner dans la coupole et coulissant sans un bruit pour permettre l'entrée. N'osant trop entrer sans réelle permission, il passa légèrement le haut du corps dans l'habitacle et remarqua Dieter qui était en train de manifestement finir d'ouvrir la porte via un boîter de commande. D'une voix qu'il tentait de faire passer pour assurée alors que toute cette nouveauté le déstabilisait malgré tout, Felice demanda dans un allemand parfait :


- Bonjour Herr Feuerbach ! Force m'est d'admettre que vous aviez raison sur l'impossibilité de confondre le Nordstern avec un autre bâtiment. Quelle ... surprise !
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Message posté : Dim 31 Mar 2013 - 23:32 Message
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L’Allemand revenait d’une pause cigarette sur le pont extérieur quand il aperçut, à travers la coupole de vitre teintée, la silhouette guindée de son hôte contemplant le Nordstern. Le minutage était parfait, bien qu’involontaire, mais cela n’amoindrissait en rien la bouffée de nervosité qui lui serra à la fois le cœur et la mâchoire. Faisait-il le bon choix, en accordant sa confiance à cet homme rencontré il y a quelques mois dans une librairie, présenté par Luka lors du désastreux réveillon du nouvel an sur la Place du Centenaire ? Il s’était dévoilé pour sauver une vie alors que rien ne l’y obligeait, mais cela prouvait-il pour autant sa bonne foi ? L’agent Rayne aussi semblait plus que fiable, alors pourquoi se tourner vers ce sombre individu plutôt que tout révéler à l’UNISON, comme Luka le lui conseillait ? Cela n’avait aucun sens pour qui n’avait vécu ce que Dieter Feuerbach avait vécu. Jamais plus il n’oserait s’abandonner aux griffes d’une institution, à moins de n’avoir plus d’autre option. Il aurait préféré ne pas avoir à s’abandonner à quiconque, mais un choix devenait inévitable. Laissant les dernières marches disparaître derrière lui il n’avait qu’une seule conviction : la décision était posée et il ne pouvait plus reculer.

Herr Médicis n’avait pas encore sonné quand il fit ouvrir la porte. Il aurait pu attendre mais préférait couper court, puisqu’ils en étaient là. La tête de l’homme d’affaire passa bientôt, polie, pour saluer son vis-à-vis et exprimer sa surprise. Ce dernier se raidit quelque peu, gêné et inquiet. Peut-être aurait-il été plus avisé d’accepter de se rendre à Pyramid Plaza, mais ce lieu le rendait malade par sa seule évocation. Il n’avait aucune envie d’y retourner s’il pouvait l’éviter, surtout pour parler de… magie.

« C’est à Luka, se défendit-il, un peu maladroitement. Héritage familial. C’est… compliqué. »

Ce n’était surtout pas le moment de parler de Sol’ukah ou de l’Hyperborée. Pour couper court il lui proposa de se débarrasser et l’invita dans le petit salon, d’où il fit sortir une table basse pour les boissons. Quand il fut certain que son hôte était bien installé et n’avait besoin de rien, il s’assit à son tour en face de lui, les mains sur les genoux, l’air incertain. L’usage voulait qu’il enchaîne les civilités avec une conversation sans enjeu, pour mettre à l’aise et détendre l’ambiance – mais il ignorait l’usage et était tendu comme un fil à linge. Il prit une grande inspiration et entra dans le vif du sujet.

« Vous avez déjà dû le remarquer, mais j’aime pas trop parler de moi. Ça ne tiendrait qu’à moi le passé serait le passé et n’irait emmerder personne. Y’a des choses dont je suis pas fier, un peu comme tout le monde j’imagine, sauf que ça nous a mis moi et Luka en danger. Et ça je le supporte pas. Elle… elle vous a parlé de l’incendie je crois ? »

Un frisson lui traversa l’échine à cette évocation. Que serait-il arrivé s’il avait lâché le morceau à Star City même, plutôt qu’en haute mer ? Aurait-on retrouvé leurs cadavres carbonisés dans les cendres du studio ? La peau d’une Hyperboréenne brûlait-elle ? Son visage avait perdu quelques teintes mais il lui fallait poursuivre :

« Je veux toujours pas connaître vos secrets, précisa-t-il, en référence à leur dernière conversation à ce sujet, mais j’ai l’impression… depuis notre première rencontre je veux dire j’ai l’intuition… j’ai l’intuition que vous connaissez déjà une partie des miens. (Il redressa la tête, raide et un peu tremblant, pour regarder l’autre homme dans les yeux.) Répondez-moi franchement : est-ce que vous avez connu un autre Feuerbach avant moi ? »

Tout se jouait là-dessus. Sur ce besoin d’en avoir le cœur net, de savoir ce que signifiait ce coup d’œil furtif quand il lui avait été présenté.
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Message posté : Lun 1 Avr 2013 - 15:38 Message
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Quiconque n'aurait pas remarqué la tension sur les traits de Dieter Feuerbach n'aurait pas eu intérêt à s'estimer doué d'empathie. Il semblait très fatigué nerveusement, bien plus que ce que sa voix avait semblé suggérer au téléphone, aussi Felice évita t-il de surenchérir en questions lorsque il lui expliqua brièvement que ce bateau appartenait à Lucrèce. Après avoir évoqué un héritage familial, il laissa la curiosité du Comte se frustrer et proposa d'un geste de passer au salon.

Une fois à l'intérieur de l'esquif Felice plissa les yeux et fit un tour sur lui même, lentement, pendant que Dieter sortait une table basse. L'intérieur était spacieux et surtout sa structure était teintée d'une magie dont l'aura laissait présager de la puissance. Le mystère Lucrèce s'épaississait pour l'alchimiste, qui ne comprenait pas d'où pouvait être originaire cette jeune femme.

N'ayant pas l'envie de se perdre en théories erronées, il remercia Dieter qui lui indiquait où s'asseoir. Posant son sac, il déboutonna sa veste avant de prendre place avec un léger soupir de soulagement. Il faisait bon dans cet habitacle et les sièges étaient d'un confort exquis. Redressant la tête il riva son regard vers son interlocuteur, un air courtois sur le visage, entaché par son regard qui se teintait de faux airs inquisiteurs.

Dieter Feuerbach, le compagnon de Lucrèce Rosen, voulait le voir pour discuter de quelque chose d'important et, même sans avoir un sens aigu de la mise en scène, arrivait à instaurer à l'instant une atmosphère que l'on aurait pu qualifier d'anxiogène. Se doutant que la pluie et le beau temps ne seraient pas à l'ordre du jour il se détendit légèrement, comme pour mieux se préparer aux tensions à venir, laissant son regard flotter sur la composition de l'intérieur de ce vaisseau. Mieux valait laisser le temps à son interlocuteur pour trouver ses mots, ce qui semblait néanmoins être une tâche ardue.

Enfin il se lança en lui expliquant qu'il n'aimait pas parler de lui, Felice réprima sans peine une moue dubitative, voilà bien le genre de choses qu'il avait déjà remarqué. Néanmoins son passé semblait le rattraper et menacer son couple selon ses dires. Le regard du Comte se fit plus dur, non envers Dieter mais plus pour souligner la vraie concentration dont il faisait preuve pour écouter cet homme. Il lui demanda ensuite si Lucrèce lui avait parlé d'un incendie qui aurait eu lieu, force était d'admettre que ce n'était pas le cas aussi Felice hocha t-il négativement la tête, préférant ne pas couper la parole de celui qui avait mit tant de temps à la prendre.

La suite de son discours fut bien plus déstabilisante, il assurait ne toujours pas vouloir connaître les secrets du Comte. Ce que ce dernier comprenait tout à fait, il avait en effet compris que cet homme était capable de ressentir la magie. Peut être avait-il même un potentiel mystique inexploité, mais là n'était pas la question pour le moment. Quoique. Dans tous les cas cela arrangeait le Comte qu'il ne veuille pas en savoir plus sur lui, préserver le secret, le mystère, les apparences était quelque chose de très important pour lui. Et qu'on lui permette de la faire si facilement, voilà bien un cadeau rare.

Ce fut quand il lui demanda si il avait connu par le passé quelqu'un portant le même nom de famille que lui que le Comte comprit que la discussion risquait de ne pas être de tout repos. Se renfonçant dans son siège, Felice poussa un long soupir avant de chercher dans sa mémoire à quel moment il avait bien pu entendre ce nom de famille. D'une voix pensive, il ébaucha une première réponse :


- Etant passé par l'Allemagne, la Bavière en particulier, plusieurs fois au cours de ma vie cela pourrait signifier tout et n'importe quoi. Mais après ce que vous venez de me dire j'ai en effet l'impression, tout comme vous, que c'est plus important qu'un simple nom lu sur une boîte aux lettres ou entendu dans une rue ....

Outre le fait de fouiller dans sa mémoire, le Comte était face à un dilemme ... S'aventurer sur cette voie pourrait lui forcer à expliquer certaines choses de son passé, il devait trouver une parade. Même si elle était simplement fugace, il lui en fallait une. Le nom de Feuerbach fit écho dans son esprit tout d'un coup. Des rapports d'activité, la seconde guerre mondiale, sa position de coordinateur des renseignements et la traque ... cette longue traque ...

En l'espace d'un instant de la colère, de la nostalgie, de l'appréhension ou bien encore de la tristesse, plusieurs sentiments se confondirent sur le visage du Comte sans qu'il ne pense à les cacher. Passant une main sur son visage, il prit une longue inspiration et finit par dire :


- Oui, j'ai fait le rapprochement. Ça y est. Lors de la seconde guerre mondiale, mon grand-père était un agent de renseignements aux cotés de la résistance française. Parmi les notes qu'ils nous a laissés et que j'ai trié il y a quelques années, il y avait en effet la mention d'un membre d'un corps spécial nommé Feuerbach ...

Le rapport n'était plus en sa possession mais l'avait marqué profondément, cet homme était lié à Nacht-Krieger. En tout cas l'équipe dont il faisait partie travaillait sur ce projet ou en collaboration avec lui, les détails restaient flous dans son esprit. Une chose était sûr en tout cas : Parfois les coïncidences n'existent simplement pas. Dardant un regard extrêmement sérieux dans celui de Dieter, il lui dit d'une voix ne trahissant aucune émotion, le visage fermé :

- Dieter, vous savez exactement de quoi traitait ce projet. J'en ai pour ma part une idée assez claire pour que je sois alarmé ... Et que j'ai légèrement du mal à contrôler mes réactions durant la suite de cette discussion, ce dont je m'excuse par avance ...

Avançant encore, les mains sur la table basse, il réprimait à grand peine l'envie d'extirper les réponses qu'il recherchait de la tête de son interlocuteur à grands coups de ceinturons. Avec ce menuisier il avait peut être enfin une piste sérieuse vers la Thulée, vers ceux qu'il avait juré de pourchasser jusqu'au plus profond des ombres du monde si il le fallait. Avec le même ton glacial, il demanda :

- Alors dites moi clairement. Qu'est-ce qui vous relie à tout ça ? Et que se passe t-il ?
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Message posté : Dim 7 Avr 2013 - 12:28 Message
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Un instant l’Allemand avait oublié de respirer. Les yeux fixés sur l’autre homme il attendait, anxieux, une réaction qui tardait trop à son goût. C’était à peine si on pouvait remarquer son signe de négation, qui confirmait piteusement qu’un nom lu sur une boîte aux lettres, entendu héler dans la rue, en Bavière ou ailleurs, ne comptait pas. Personne ne se tendait à un souvenir aussi anodin. Personne ne se rappelait d’une bêtise pareille, du reste. La digression l’agacerait presque s’il n’était pas aussi nerveux à l’idée de découvrir ce qui allait suivre – nerveux, mais aussi rempli d’un espoir paradoxal de découvrir ce qu’il était arrivé aux siens.

Cet espoir, il s’effondra d’un seul coup quand le notable, dont le regard s’était fait féroce pendant une poignée de seconde, brisa le silence pesant pour lâcher les circonstances de sa découverte. La seconde guerre mondiale – c’était donc si vieux que ça ? Klaus y avait-il survécu seulement ? Son cœur se serra à l’idée que sa seule famille (en dehors de Luka) ait été fauchée dans la fleur de l’âge, mais son vis-à-vis ne lui laissait guère le loisir de s’apitoyer sur son sort. Ses yeux le jaugeaient avec une intensité inquiétante, une attention que même l’Ordre ne lui avait jamais accordée. Elle le pétrifiait et le fascinait en même temps. Son visage avait perdu quelques couleurs et il s’enfonçait un peu plus dans le dossier à chaque fois que l’homme s’avançait pour le pousser dans ses retranchements. Il avait les yeux grands ouverts, écarquillés, morts de frousse, les lèvres bleues à force de les serrer l’une contre l’autre. Il brûlait de demander si ces archives disaient ce qu’il était advenu de ce Feuerbach, mais il y avait tellement de rage contenue dans ce regard qu’il n’osa demander ce qui aurait pu être pris pour une provocation.

« J-j’ai jamais rien demandé, se défendit-il d’une voix blanche, à deux doigts d’éclater en sanglot. J’avais une vie tranquille, je demandais rien de plus. Vraiment. Ils me voyaient même pas comme l’un des leurs, je, j’avais juste… j’avais juste certaines propriétés. Le mot vient pas de moi. Ce qu’ils faisaient c’était monstrueux. Ils avaient leurs propres mots, ça avait pas toujours le même sens qu’en allemand normal. « Propriété » pour eux ça voulait dire outil remplaçable, sinon ils disaient « prédisposition ». »

Il s’arrêta, secoué, hésitant. Herr Médicis avait parlé d’un Feuerbach, sans jamais préciser son prénom. S’appelait-il Klaus ou Dieter ? Savait-on seulement qu’il y en avait deux dans l’Ordre de Thulé ? Il n’avait pas envie de s’aventurer trop vite dans cette voie, pas alors que l’autre semblait déjà aussi tendu. Il préférait d’abord poser carte sur table sur sa propre nature et son lien avec cette époque lointaine.

« Les notes de votre grand-père, est-ce qu’elles parlaient des « sacrifices » ? (C’était le terme d’usage à la fois pour les dommages collatéraux des rituels et pour ceux qui sortaient transformés de ces derniers.) J’ai été sacrifié le 28 août 1941. Voilà le lien. »

Il l’avait craché d’un seul souffle, d’un ton empli de rancœur et de rage qui ne masquait que partiellement son appréhension. Sa main s’était crispée sur la toile de son pantalon pour ne pas trembler, mais il tremblait quand même. Ses yeux apeurés fixaient l’autre, inquiet de sa réaction. Savait-il seulement la signification de cette date ou allait-il être obligé de la lui expliquer ? être nazi en 2013 relevait déjà d’un aveu terrible – avoir participé à la création d’un Übersoldat comme Nacht-Krieger était bien pire encore.
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Message posté : Ven 12 Avr 2013 - 22:35 Message
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Une tension palpable s'immisçait sans aucune discrétion dans la rencontre entre les deux hommes, qui chacun semblaient prêts à partager une partie de leurs secrets autour de cette table basse, dans la cabine d'un bateau qui selon les standards humains n'en portait que le nom. Felice était, dans ce duels de regards qu'ils semblaient dorénavant s'adresser, d'une agressivité qui le disputait à la curiosité et par moments un léger voile de haine. Ces différents sentiments n'avaient pas forcément pour cible Dieter lui-même, mais ce dernier avait renvoyé le Comte à une époque qu'il ne pourrait jamais oublier.

Une chose était certaine concernant l'attitude du trois fois centenaire à cet instant précis, c'est qu'elle avait perdu une grande part du masque d'émotions humaines dont il composait son personnage. Froid, direct, son regard changea bientôt pour finir par refléter une lueur étrange, de celles que l'on aurait pu qualifier de sans âge. Il attendait les réponses de Dieter avec impatience mais avait déjà remarqué que ce dernier peinait à trouver ses mots. Aussi dans cette situation cela devait-il certainement être encore pire pour le pauvre menuisier qui avait pourtant décidé de ce rendez vous pour mettre le sujet sur la table.

Finalement il se décida à ouvrir la bouche pour révéler certains faits particulièrement étonnants, qui plongèrent le Comte dans un trouble on ne peut plus certain. Il semblait tenter d'expliquer qu'il avait été victime d'expériences durant la seconde guerre mondiale, que les "scientifiques" classaient les sujets en fonction de leurs aptitudes et qu'il était dans la catégorie la plus basse. La colère, la haine, la curiosité disparurent pour laisser place à une figure honnêtement déstabilisée. Quand cet homme parlait ouvertement d'expériences durant la seconde guerre mondiale, auxquelles faisait-il référence ?

Avant la guerre, les travaux de Felice avaient étés volés par un sorcier de l'Ordre de Thulée, qui les avait expérimentés dans les camps de concentration avec l'aval de sa hiérarchie. Et si cet enfoiré avait réussi à créer un ... un ersatz du rituel de trisonophie ? Cela expliquerait en partie pourquoi cet homme voulait lui parler en tête à tête ... Inutile de dire qu'à la simple pensée que réside dans ce point la cause de leur entretien actuel, ce fut au Comte de pâlir. Se reprenant non sans mal, il écouta la suite du discours de son hôte, qui réservait également de nombreuses surprises.

En venant à questionner Felice sur les notes de son "grand-père" il lui demanda si il y était question de sacrifices. Le sacrifice n'était pas un des axes de sa philosophie alchimique, aussi se sentit-il soulagé de savoir qu'il n'était finalement pas en cause et put reprendre une vraie contenance à la suite de cette phrase qui n'était pas sans l'intriguer. Puis, avec une difficulté assurément non feinte, Dieter lâcha enfin une date qui fit écho à tous les mauvais souvenirs de Felice. L'année 1941 ... la mort de nombreux camarades et la naissance d'un être monstrueux qui était à présent enfermé bien loin sous terre ...

Le visage du Comte se figea dans une expression neutre de façade, qu'une légère veine argentée qui palpitait sur sa tempe trahissait comme un vrai choc. Dieter venait de faire voler en éclat de nombreuses certitudes que l'alchimiste avait entretenu sur la création de Nacht-Krieger ... La coïncidence ne pouvait pas exister, non, il se faisait des idées ... Il devait en avoir le cœur net ! Car en effet il se trouvait peut-être, aussi incroyable et mortifiant qu'il pouvait le ressentir, face à une personne dont le sacrifice avait peut être servi la cause de l'Ordre de Thulée.

Dieter parlait de tout cela avec une souffrance palpable, mais intérieurement le Comte avait tendance à dresser une barrière contre ce discours. Il avait trop vu de membres de la Thulée arriver à masquer à la perfection leurs sentiments, voir même parfois à créer des illusions assez subtiles et pourtant réalistes qu'elles semblaient être plus vraies que nature. Même si il avait envie de croire la version qu'on était en train de lui servir, il se devait d'être plus prudent. Retrouvant un semblant de constance, sa veine palpitant toujours, il regarda son interlocuteur avec un mélange de tristesse et de colère, avant de dire d'une voix qu'il avait espéré moins affectée :


- Nacht-Krieger ... Il a tué nombre de personnes que j'estimais particulièrement. Kant s'est occupé des autres ...

Il ne supportait plus de rester ainsi assis face à une des causes potentielles de la naissance de ce monstre. Se levant brusquement pour entamer quelques pas, il se massa la tempe rendue douloureuse par l'exercice et regarda le plafond de la cabine en poussant un long soupir. Puis il reprit, d'une voix plus assurée :

- Rien ne me prouve en réalité que vous y êtes mêlé, cela va sans dire. Mais en matière de magie, il n'y a que les faux prophètes qui ne croient pas aux "heureuses" coïncidences ...

Le monde semblait parfois tellement être une tapisserie de la destinée, chacun étant un fil aidant de sa petit contribution à soutenir l'ensemble. Toujours était-il que ce genre de réflexions philosophiques n'occupaient pas l'esprit du Comte à l'heure actuelle. Tournant un visage sourdant d'une colère manifeste, il demanda enfin à Dieter :

- J'espère au moins que vous n’étiez pas un sacrifice consentant ... C'est en effet le genre de chose que je ne pourrais pas pardonner, à défaut de pouvoir douloureusement le comprendre ...
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Message posté : Mar 16 Avr 2013 - 12:37 Message
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Un frisson lui traversa l’échine à la mention des deux noms. Kant, Nacht-Krieger. Deux démons, chacun à leur façon, qu’il n’avait que très peu croisés de fait, mais assez pour se faire une idée de leur monstruosité. L’un était la création de l’autre. C’étaient sur les plans de Wilhelm Kant, inspirés de son expédition égyptienne, que Johann Meinhoff avait subi ses deux rituels. Leur insanité n’était plus à démontrer. Le visage de Dieter se ferma un peu plus, contrit, aux abois. Qu’y avait-il à répondre ? c’était la guerre, tout le monde perdait des personnes qui leur étaient chères. La première lui avait volé son père, la seconde lui avait peut-être bien pris son frère. Sa bouche restait hermétiquement close tandis qu’il regardait l’autre se lever, faire quelques pas, contenir une tension qui bouillonnait en lui. L’Allemand la voyait d’ici battre dans une unique veine sur ses tempes dégarnies.

Nier l’évidence ne faisait pas partie du programme : le lien existait bel et bien entre lui et le guerrier nocturne. Le silence pesant était bien plus éloquent que n’importe quel discours. C’était une affirmation tacite, là où la confirmation orale aurait pu devenir l’allumette qui craquerait. Le sorcier était agité. Il semblait au bord de l’explosion. Le sacrifié, lui, implosait. Une goutte de sueur perlait de son front. La situation était à peine soutenable, il s’était attendu à des reproches mais pas à tant de colère. Cela datait, pourtant, pour eux du moins – et même pour lui. Il avait vécu tant de choses entretemps, grâce à Luka notamment. Il ne se sentait plus le même homme qui n’avait jamais su dire non.

« C’est quoi consentant, pour vous ? rétorqua-t-il, sur la défensive. Quand j’ai dit oui je savais même pas ce qu’ils foutaient, et après il était plus question de dire non. Ils m’auraient tué. (Aussitôt il se rendit compte de l’absurdité du raisonnement, qui était pourtant le sien à l’époque. Il pâlit.) C-c’est idiot je sais, mais je pouvais plus reculer. Vous pouvez pas savoir comment c’était, vous étiez même pas né. Y’a que les fous et les idiots qu’étaient consentants. Ils devenaient tous fous. Ils contrôlaient plus rien, même quand ils pensaient que si. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? je savais que j’allais mourir, mais j’étais trop lâche pour appuyer sur la détente. Alors je me débattais. »

Puis il y avait Klaus. Il y avait encore de l’espoir pour lui. S’il avait seulement eu le courage de lui parler, est-ce qu’il aurait pu les sortir de là tous les deux ? Il ne le saurait jamais. Son cœur se serra.

« J’attends pas de pardon, avoua-t-il d’une toute petite voix en raclant la sueur sur son front, tremblant. Je veux juste pas retomber là-dedans. »
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Message posté : Mar 30 Avr 2013 - 12:27 Message
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Felice observait avec attention les faits et gestes de son interlocuteur qui, en l'espace d'un instant l'avait fait passé du registre le plus cordial qu'il connaissait au plus sérieux et sombre. Certaines périodes de sa longue vie ne manquaient pas de ces teintes vaporeuses de la honte et du massacre. Les expériences consistants à créer Nacht-Krieger avaient de facto conduit à l'anéantissement des Alliés de la Liberté. Et en cette logique les plus terrible des constats était qu'aujourd'hui, en 2013, il avait en face de lui l'un des acteurs de la création de cet être immonde. Cet être dont, comble de l'histoire, le Comte protégeait aujourd'hui la tombe ...

D'ailleurs Dieter était-il même au courant de cette dernière partie de l'affaire ? En réalité Felice n'en savait rien et ne comptait pas en parler à l'instant, il était avant tout question de déterminer les raisons qui avaient poussées celui qui était maintenant un menuisier, à se sacrifier pour donner naissance à une aberration.

Son interlocuteur lui servit ses explications à la volée, dans un flot de paroles ininterrompu qui trahissait tant son angoisse que sa tentative de rationaliser son choix. Il invoqua la méconnaissance des composantes de l'expérience à laquelle il avait participé, l'impossibilité de reculer une fois mis en face du fait accompli. Les rares détails qu'il laissait échapper sur les composantes du rituel n'avaient pas de quoi mettre en joie, même le plus docile des apprentis.

La mort et la folie, voilà ce qui avait résulté de toutes les expérimentations de l'Ordre de Thulée durant cette guerre où leur champ d'application avait été presque illimité. Felice serra un poing furieux en repensant à la traque qui avait été la sienne à cette période, à l'impossibilité qui lui avait été imposé d'être là quand sa chère Amélie avait été abattue par Kant ... "Ah Renarde ... Que dirais tu si tu voyais ce que je m'apprête à faire ... ?" pensa t-il tout en soupirant un bon coup avant de dire :


- Vous vous posez en victime ... Et vous avez certainement raison tant la Thulée a exploité les gens à cette époque ... Il m'arrive parfois encore d'en faire des cauchemars la nuit vous savez ?

Une question, tendue à la volée pour capter à nouveau l'attention de son interlocuteur manifestement malmené par l'interrogatoire qu'il venait de subir. L'argent du sang du Comte, sous le coup de la colère, s'était répandu à travers ses veines sur sa tempe gauche et une partie de sa joue ... Quelque chose d'impossible à masquer et dont il ne se souciait que peu à l'heure actuelle, plus occupé qu'il était à sortir son portefeuille. D'un ton neutre, il continua son discours :

- Oui, vous avez bien entendu. J'étais là. Le grand-père ? Un stratagème de la vieille école pour tenter de masquer les vérités qui bien souvent fâchent ... Ou mettent en lumière une bien triste réalité, ce qui est plus certainement le cas dans cette affaire.

Saisissant enfin la photo élimée par le temps qui représentaient les héros Guillotine et la Renarde Rouge, ainsi que quelques résistants et Felice. Une photo où les sourires étaient sincères et l'envie de combattre ne s'était pas encore vue entachée par les morts et les désastres ... La candeur d'une armée de l'ombre, ayant ramassé la fleur que le soldat avait porté au fusil pour la fixer à sa boutonnière et l'arborer plus fièrement que son propre courage. Il tendit la photo à Dieter, un léger sourire aigre se dessinant sur son visage marqué par sa propre inhumanité. D'une voix faible, comme pour respecter le repos des morts, il dit :

- Maquis d'Orléans ... Avant que tout ne devienne un sac de noeuds inextricable. J'étais de l'autre coté, voyez-vous ... Pas tant par idéologie que par nécessité. J'ai passé huit ans à confondre ma traque d'un homme de l'Ordre de Thulée et les nécessités de ce conflit global. En tant qu'espion de longue date, pourrait-on dire, j'ai été affecté aux renseignements et à l'espionnage de terrain ... C'est comme ça que je suis tombé sur les mentions concernant votre famille Dieter.

Un silence presque religieux s'installa durant quelques instants, avant que le Comte ne le brise d'une voix chargée d'une certaine rancœur, les mots non points hésitants mais bien au contraire emplis de dureté :

- Si j'avais su qui vous alliez contribuer à créer à l'époque. Si j'avais pu ... Prophétiser que Nacht-Krieger serait la clé de voûte qui réduirait le cercle de mes amis, et bien plus encore, à néant. Je vous jure qu'alors je n'aurais pas hésité à vous tirer une balle dans la tête si j'en avais eu l'occasion ...

Le retour de ce profond silence, qui devait marquer une pause dans la tourmente des sentiments, leur changement d'une nature passionne à celle, parfois plus profonde, de l'amertume et des pardons que seul le temps peut obliger à donner. Les marbrures d'argent sur la peau du Comte s'estompaient peu à peu, laissant place à un visage fermé, attendant que son interlocuteur fasse la somme des révélations et reprenne la parole.
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Message posté : Jeu 2 Mai 2013 - 2:10 Message
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L’Allemand ne broncha pas, les yeux fixés sur son vis-à-vis, de biais, méfiant. Oui, bien sûr qu’il se posait en victime. Tous étaient plus ou moins victimes dans cette histoire, mais pour lui au moins la volonté des autres l’avait emporté sur la sienne. Ces rituels lui faisaient peur, de plus en plus peur à chaque fois, quand ces triples idiots s’y adonnaient avec une sorte de fierté malsaine. Cependant eux ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Ils ne les voyaient pas. Les ombres ne représentaient à leurs yeux qu’une puissance à domestiquer, ils avaient l’air de tout ignorer de leur force corruptrice. Lui savait, et pourtant il s’était tu. Qui l’aurait écouté, de toute manière ? sinon peut-être Klaus. Un nouveau regret lui serra le cœur. Il allait baisser les yeux, honteux, en aveu pour sa part de consentement, quand un écho fit sursauter son menton. Pourquoi lui aussi en ferait-il des cauchemars ?

Comme en réponse à sa question silencieuse, tout un pan du visage du mystique commença à bleuir de manière étrange, comme une cloque qui se formerait sous sa peau. La magie pulsait dans ce phénomène, qui n’avait assurément rien de naturel. Il frissonna à nouveau, glacé par la révélation avant même qu’elle lui soit confirmée : Herr Médicis était lui aussi une victime de la guerre. La même que la sienne, minée d’expériences douteuses plutôt que de champs d’honneur. Bientôt une photo en noir et blanc atterrit entre ses mains, un cliché qu’il ne voulait même pas regarder. Il finit par s’y résoudre, troublé, les lèvres blanches à force de se crisper l’une contre l’autre. L’image montrait un groupe de gens, des inconnus, des anonymes à une seule expression près. Ils ne représentaient rien pour lui, mais ils avaient plus que probablement une vraie valeur sentimentale dans le cœur de l’Italien. Quelque chose de perdu, qu’il ne pourrait plus jamais retrouver. Des victimes de sa « créature ». Lui au moins avait une photo pour en témoigner.

Sa tête se releva d’un seul bond à l’annonce de la sentence, les yeux écarquillés, transi de peur mais aussi bouillonnant de colère. C’était facile de dire ça, facile de refaire l’Histoire, de rejeter toute la faute sur un artisan à peine lettré qui n’avait aucune idée du potentiel qui dormait en lui. Même eux l’ignoraient. Ils tâtonnaient. Il était le seul à avoir jamais compris quelque chose à sa propre nature, en-dehors de l’aspect purement pratique de leurs folies. Il voulait bien faire amende honorable, mais pas avaler cette couleuvre-là.

« Vous auriez abattu un innocent, lâcha-t-il froidement, avant de désigner d’un coup de menton les résistants qui prenaient la pose : plus qu’aucun d’entre eux. (Il rejeta le cliché contre la table, prit appui dessus pour se relever et affronter l’autre homme à hauteur égale.) Je suis un canal. Un canal est avant tout ce que la magie en fait. Je n’ai jamais eu mon mot à dire sur ce point. Ils m’ont souillé, mais je peux encore dire que je n’ai tué qu’un seul homme. Ça peut vous choquer mais la plus grande victime dans ce cauchemar s’appelait Johann Dietrich Meinhoff. »

Son ton haussa sur les trois derniers mots. Avant de devenir le meurtrier que le résistant avait connu Meinhoff était un gosse qui avait l’âge de Klaus et les yeux d’un démon. Dans la dernière vision que Dieter avait eu de lui son corps tout entier était dévoré par une puissance incommensurable.
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Message posté : Dim 5 Mai 2013 - 16:25 Message
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D'explosive la situation semblait s'être muée en un iceberg cristallisant toutes les incompréhensions entre les deux protagonistes de cette discussion. Ils n'étaient pas du même monde, n'avaient pas la même vision de la vie. A vrai dire Felice commençait à trouver que malgré sa légitimité de victime, Dieter n'avait pas pris la mesure de l'ensemble du problème. Il ne voyait pas l'ensemble du tableau bien qu'il en connaisse une partie des composantes, n'avait pas le recul nécessaire. Un recul que le Comte avait failli perdre au début de cette discussion et que, arguments faisant, il arrivait à retrouver non sans peine.

Son activité d'espion, d'éminence grise, trois cent ans durant ce métier l'avait formé en un animal d'intrigues. Il ne réfléchissait tant pas autant pour son propre intérêt qu'avant tout pour sa survie, parfois les deux ne coïncidaient pas et il devait faire un choix. Dans la situation actuelle sa survie n'était aucunement en danger lui semblait-il, Dieter semblait bien trop occuper à s'offusquer de son cynisme et se complaire sur son malheur pour représenter une menace. Ce qui comptait donc à l'instant était son intérêt dans cette affaire, ce qu'il allait bien pouvoir en tirer.

L'homme qui était en train de l'accuser d'avoir pu abattre un innocent si il s'était rencontrés auparavant, cet homme là, savait des choses. Il avait passé une partie de sa vie aux cotés de l'Ordre de Thulée et manifestement ne voulait aucunement les rejoindre. Il pouvait peut être, même sans s'en rendre compte, disposer d'informations précieuses pour la traque qu'entretenait Felice.

Dieter continuait, s'étant relevé pour mieux soutenir le regard du Comte, toujours aussi partagé entre la souffrance, la peur et la colère. Utiliser cette colère, oui il pouvait orienter cette colère dans la bonne direction, en faire une autre sorte de canal. Cette particularité magique qu'il tentait d'expliquer à Felice intriguait ce dernier mais il n'en laissa rien paraître. Il continua de soutenir le regard de Dieter, silencieux et impassible tandis que ce dernier lui assurait que la plus grande victime de cette histoire était l'homme à partir duquel avait été créé Nacht-krieger.

Les veines argentées du Comte pulsèrent en réponse à cette affirmation, cette envie de faire passer les victimes avant tout, de légitimer leur état. Un silence glacial parcourut la pièce tandis que Felice continuait de soutenir le regard de son vis-à-vis en cherchant ses mots. Il devait lui faire comprendre, lui faire entrapercevoir l'immensité du tableau au sein duquel Dieter ne s'arrêtait que sur un détail, à tort ou à raison là n'était pas la question.


- Jeune homme ... J'ai eu trois cent ans pour étrangler, empoisonner, égorger, éventrer ... Le meurtre d'innocents semble être ma spécialité. Ces gens là savent tellement de choses ... Et vous en êtes le parfait exemple ...

Détachant son regard de celui du menuisier il joignit les mains devant son visage, paume contre paume, avant de lâcher un soupir tout en faisant quelques pas. Puis enfin, d'un ton qui se voulait le plus clair possible il dit :

- Durant cette dernière guerre, j'ai eu à m'infiltrer dans un camp de concentration. Tout du moins se faisait-il nommer ainsi. Une cabale de l'Ordre de Thulée avait empêché les âmes des défunts de quitter leur corps, même après la mort. Pour m'en sortir, j'ai du mettre fin au supplice de ces ... pauvres personnes. Des hommes, des femmes ... même des nourrissons. Il avaient tout transformé. Absolument.

Son ton se voulait clair, il n'haussait pas la voie et expliquait simplement les faits. La sordide réalité qui s'était jouée derrière les événements secrets de ce conflit mondial. Se retournant vers Dieter, il agrippa à nouveau son regard et continua :

- Des expériences de ce type, je pourrais vous en citer des dizaines. L'Ordre de Thulée s'en est donné à cœur joie. Il me semble bien inconsidéré, à la lumière de ces événements, de tenter d'arroger à qui que ce soit le titre de plus grande victime, de plus grand innocent. Car, et je le dis sans avoir envie de faire un bon mot, la plus grande victime Dieter, ce fut l'innocence elle même. Celle de tout un chacun. A son niveau.

Il marqua une pause dans son discours, reprenant son souffle et préparant ses paroles puis pointa de nouveau la photo qu'il avait laissé sur la table et reprit :

- Vous voyez l'homme sur cette photo, à coté de moi ? Il se nommait Joseph Lebeau, plus connu sous le nom de Guillotine. Mort en Décembre 1941, durant l'opération d'Utska. La première grande sortie des Übersoldaten et de Nacht-Krieger si je ne me trompe. Je crois bien d'ailleurs que c'est lui qui a oté la vie de Jospeh.

Se rasseyant, l'air plus détendu car tout absorbé par son récit, il continua de parler d'un ton qui se voulait toujours aussi limpide.

- La femme quand à elle à coté, se nommait ... Amélie Moulin. On la connaissait sous le nom de la Renarde Rouge et je suis fier de dire que nous étions intimes. Kant lui a tiré une balle dans la tête, Mars 1945. Ou étais-je me direz vous. En Egypte, traquant une autre cabale de l'Ordre de Thulée. Qui a trépassé, jusqu'au dernier.

Marquant un silence expliqué par le léger voile qui couvrait alors ses yeux, Felice passa une de ses mains dans ses cheveux. Les veines d'argent s'estompaient rapidement alors qu'il retrouvait sa constance habituelle, il finit par conclure d'une voix plus affectée :

- Ce que je voulais vous dire, c'est que Kant et ses soldats. Que toute cette organisation m'a privé de ce qui en trois cent ans d'existence, m'avait semblé être la plus proche ressemblance à une vie normale. Et que pour autant, je sais qu'il est parfois plus utile de ne pas pourchasser un fantôme insaisissable, mais bien de s'en prendre à ses séides pour qu'ensuite il remonte à vous. J'attirerais la Thulée. Et je la détruirais. J'en ai fait le serment. Mais pour vous, il vous faut savoir quelque chose d'encore plus important ...

Felice fit signe à Dieter de s'asseoir, avec une conviction certaine, car il savait déjà que ce qu'il allait dire risquer de l'abattre encore plus qu'il ne l'était. Patientant quelques longues secondes, une main devant la bouche et le regard tirant vers le fatalisme, il finit par dire avec simplicité, sans emphase.

- Il y a de très fortes chances que Nacht-Krieger soit encore en vie ...
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Message posté : Dim 19 Mai 2013 - 16:35 Message
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Peut-être que ce n’était pas une bonne idée, au fond, d’en parler à cet homme-là. La discussion prenait un tour effrayant, un point de non-retour. L’Allemand eut un mouvement de recul et pâlit un peu plus, soudain moins certain des intentions de son vis-à-vis. Peut-être était-ce bien un ennemi, un ennemi puissant à ne pas provoquer plus que de raison. Trois cents de meurtre – Luka avait vécu un siècle de plus, mais elle les avait vécus en paix. Il se sentait d’un seul coup bien petit et entouré de trop de prédateurs, incapable de quitter des yeux les mains jointes de l’espion. Allaient-elles l’étrangler dès qu’il saurait tout ce qu’il voulait savoir ? peut-être, mais il était trop tard pour reculer. De toute manière il ne savait pas pour les ombres, ce serait peut-être sa seule chance.

Seulement non, il n’était plus question de lui mais d’un autre. D’une autre horreur. Son cœur se souleva, ses yeux s’écarquillèrent et ses lèvres tremblèrent à l’évocation de cette nouvelle démonstration de la cruauté sans limite de l’Ordre de Thulé. Il savait que les vivants en bavaient, mais bon sang les morts ? pourquoi les morts ? pourquoi même eux on ne les laissait pas en paix ? Il chercha à tâtons le dossier du fauteuil pour s’y appuyer, soudain un peu faible, et de l’autre main se prit le visage. Il n’y avait pas participé, c’était vrai, mais il aurait pu, il aurait pu et ça l’aurait rendu encore plus malade. Pour la première fois depuis son retour parmi les vivants il remercia le ciel d’être mort avant d’avoir été mêlé à ça.

« L’innocence… », répéta-t-il, approuvant douloureusement d’un hochement de tête, se rasseyant pour se masser les tempes.

Herr Médicis avait mis un mot sur sa douleur, la véritable perte de tous ceux qui ont été touchés de près ou de loin par cette machinerie, et Dieter s’y accrocha désespérément. Oui, c’était bien son innocence qu’il avait perdu, le droit de vivre sa vie comme si de rien n’était. Il ne pouvait pas, il ne pouvait plus rester passif, faire ce qu’on lui demandait pour avoir la paix. Parce que la paix de l’esprit, il ne la connaîtrait plus jamais – elle était morte avec le menuisier de Stuttgart, broyée par les ambitions des Thuléens.

Alors il releva la tête et écouta, le regard peiné, fiévreux, la mâchoire serrée. Il lui présentait deux victimes de Nacht-Krieger, deux amis, même plus qu’ami concernant la femme, morts à quatre années d’écart. Un instant il songea à Luka, à ce qu’il ferait si elle venait à disparaître – probablement rien, il était trop faible pour lutter. Seulement il n’en pouvait plus d’agir en faible et en lâche. Il n’en pouvait plus de rester caché pendant que d’autres le protégeaient. Il n’aurait peut-être jamais le cran de vouer sa vie à protéger les autres (les évènements du nouvel an lui laissaient un goût amer), mais au moins se donner les armes de sa propre sauvegarde. Une colère sourde, emplie de frustration enflammait son regard quand une nouvelle déclaration le fit sursauter.

« Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? aboya-t-il, sur la défensive. Pourquoi on en a jamais entendu parler ? Si-s’il y avait un tueur d’ombre quelque part les journalistes en parleraient, ils parlent de tous les autres, pourquoi y’a rien dessus dans les… »

Soudain il s’interrompit, pâlit, rougit, repâlit, se sentant comme paralysé. Il y avait bien une ombre en ville, une ombre qui avait faussé compagnie à un groupe de sorciers par ce biais. Bon sang, il ne parlait tout de même pas de lui ? il n’utilisait ce don qu’en cas d’extrême urgence, mais peut-être bien que quelqu’un l’avait vu une ou deux fois. Allait-il devoir expliquer à nouveau qu’il n’avait tué personne ?
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Message posté : Jeu 6 Juin 2013 - 13:11 Message
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Le regard de Felice se fit plus inquisiteur devant la réaction outrageusement défensive et angoissée de son interlocuteur à la mention de la survie de Nacht-Krieger. Que lui cachait donc encore cette boule de nerfs décidément pleine d'amères surprises ? Il se réfugiait derrière le fait que le fait serait connu, qu'un tueur d'ombre ne passerait pas inaperçu. Il y avait là un paradoxe qui n'aurait pas manqué de faire sourire le Comte si il ne commençait pas à être particulièrement agacé par l'état nerveux de son vis à vis. Se massant l'arête du nez avec deux doigts, il prit une grande inspiration pour retrouver un tant soit peu de maîtrise de lui, avant de dire d'un ton sec qui était destiné à couper court à toute panique intempestive :

- Bon dieu mais reprenez vous Dieter ! Ne partez pas en conclusions hâtives alors que je ne vous ai pour le moment rien expliqué !

Le calme revenu, tout du moins en apparence, Felice eut un faible sourire de convenance, sans joie aucune. Les mains dans les poches, il reprit la parole d'un ton qui semblait appeler à la quiétude :

- Ecoutez, je ne sais pas de quoi vous êtes capable en tant que "super", mais ce que j'ai vu lors du Nouvel An me suffit à comprendre à quel point vous êtes exceptionnel. Je ne voulais pas vous faire paniquer en parlant de Nacht-Krieger, je me doute que le sujet doit être particulièrement délicat. Néanmoins j'ai la certitude qu'il est en effet toujours en vie. Où, quand, comment, c'est bien là une toute autre histoire.

Le Comte porta son regard vers la ville, au travers de la baie vitrée du Nordstern, l'air relativement pensif. Après les émotions de ces dernières minutes il avait besoin de refaire le point au sein de son esprit, d'arriver à en synthétiser les éléments essentiels dans la discussion actuelle et tout le superflu qui l'encombrait. Après une nouvelle et tout aussi profonde inspiration, il exposa les faits sans cesser de regarder la cité.

- Je ne pense pas que vous soyez familier avec le nom de Jordan Neuers non ? Il fut le deuxième président directeur général de la Rhodes, c'était également le meilleur ami du fondateur de cette multinationale que nous connaissons bien tous deux.

Les bâtiments qui bordaient les quais du port ne semblaient plus grouiller d'activité, signe que l'heure avançait. C'était un endroit qui redevenait paisible, ce qui ne devait pas être pour déplaire aux gens qui y vivaient à l'année. Il laissait son regard divaguer entre les divers bateaux, tout en continuant son exposé.

- Il se trouve que la famille Neuers m'est ... comment dire cela sans paraître trop aristocratique ... Disons qu'elle est à mon service depuis plusieurs générations, oui, c'est encore la meilleure façon d'expliquer cela. Voilà peu de temps, j'ai trouvé une lettre que m'avait laissé Jordan et qui ne m'était pas parvenue ...

Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour parler en détail des problèmes induits par la transformation alchimique opérée sur son corps voilà longtemps. Dieter avait déjà vu quels pouvaient en être les effets lorsque Felice perdait son sang-froid, cela serait bien suffisant pour le moment. Tout à son explication il poursuivit son explication.

- Dans ce courrier, il m'a fait part de la survie de Nacht-Krieger. Il est resté très évasif cependant, comme si quelque chose l'empêchait de m'expliquer clairement la situation. Ce qui est certain par contre, c'est qu'il est vivant. Et à Star City.

Un soupir lui échappa, sans soulagement aucun bien au contraire. Il s'agissait d'une marque d'agacement quand à cette nouvelle qu'il colportait maintenant. Se retournant pour capter à nouveau le regard de Dieter, il conclut en ces termes :

- Qui dit Nacht-Krieger dit nécessairement Thulé. J'ai le pressentiment que les deux sont présents en ville. Cependant ... Elle est immense ! Je ne peut pas être au four et au moulin tout à la fois. En bref j'ai besoin d'aide. Votre aide.

Bruni l'épaulait du mieux qu'elle pouvait dans cette recherche, bien entendu, mais pour autant à eux deux ils n'avaient aucune facilité à aborder ce monde futuriste et bien loin de leurs racines. L'aide d'un troisième déraciné ne serait certainement pas de trop, même si il se doutait que l'intéressé allait très certainement poser de farouches conditions à sa signature. Cela n'empêcha pas le Comte de rajouter d'un ton se voulant courtois :

- Qu'en dites vous Dieter ?
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Message posté : Ven 7 Juin 2013 - 13:10 Message
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Il s’était emballé, peut-être trop vite mais pas de façon discrète en tout cas. Il avait l’art de prendre tout pour lui, de se désigner lui-même comme cible avant même de savoir de quoi il en retournait. Il devait se calmer, le mage avait raison, mais c’était plus facile à dire qu’à faire et il restait de la défiance dans son regard. Il préférait de fait se taire pour l’heure, ce qu’il avait fait sur la place du Centenaire était moins spectaculaire que ça en avait l’air et son nouveau don était autrement plus problématique. Surtout vis-à-vis des préoccupations de son interlocuteur. Il attendait avec angoisse l’évocation de sa fuite sur le campus universitaire, mais à sa grande surprise c’est un tout autre sujet qui vint sur le tapis. La Rhodes. Il savait que herr Médicis y travaillait, mais il aurait bien préféré ne plus rien avoir avec cette maudite fondation qui avait mis ses nerfs à rude épreuve pendant pas moins d’un mois et demi. Apparemment cet ami (ou serviteur, ou homme de confiance) président de la Rhodes avait appris quelque chose qu’il ne pouvait confier personnellement à son maître. Quelque chose concernant la survie de Nacht-Krieger. Quelque chose qui tournait autour de cette drôle de ville où il se passait décidément trop de choses.

Thulé, l’Ordre de Thulé. Lui aussi il le soupçonnait d’être moins moribond qu’on pourrait le croire. L’Allemand s’étrangla, mais sa bouche resta close. Il avait presque perdu de vue la véritable raison d’être de cette entrevue. Ses lèvres tremblaient, elles étaient trop sèches à son goût. Était-il possible que ses ravisseurs aient un rapport avec ses anciens employeurs ? il n’aimait pas, mais alors pas du tout cette perspective.

« Moi aussi j’ai besoin de votre aide, avoua-t-il, hésitant. Je… ça vous dérange pas si on retourne s’asseoir ? (Ils reprirent le chemin des fauteuils et Dieter en profita pour s’hydrater le fond de la gorge. Il en aurait bien besoin.) Je suis pas revenu ici par hasard. Je veux dire dans cette ville, à c’t’époque. Je… j’étais pas vraiment mort je crois, mais pas vivant non plus, c’est difficile à expliquer. Enfin… Je suis pas sorti de là tout seul. C’était des sorciers, m-mais pas des gentils comme vous. Ils puaient l’ombre, et la façon dont ils me regardaient… (Il frissonna.) J’ai réussi à leur échapper, puis Luka m’a protégé. C’était en novembre et je crois qu’ils ont perdu ma trace, mais… mais récemment c’est devenu plus compliqué. »

Il leva vers herr Médicis un regard perçant, un peu douloureux aussi. C’était là qu’il intervenait, c’était là que tout son soutien prendrait sens. Il ne savait pas ce qu’il ferait si on le lui refusait, c’était juste hors de question. Il avait trop dit pour supporter de se laisser abandonner à son sort.

« J’ai été enlevé. (Autant trancher dans le vif du sujet, au point où il en était.) C’était des sorciers aussi, mais pas les mêmes je crois, ils utilisaient d’autres magies. I-ils savaient que je venais pas d’ici, que quelqu’un m’avait invoqué. Mais ils m’ont surtout posé des questions sur Luka, sur son travail à l’UNISON… Ils nous ont menacés tous les deux si je collaborais pas. Pour ça que je bouge plus du bateau. L’UNISON a ouvert une enquête, mais je sais pas si je peux faire confiance. Les organismes d’État, ça m’a jamais tellement réussi… et puis je sais pas ce qu’ils feraient de moi s’ils savaient tout. Vous comprenez ? »

Lui qui avait vécu cette époque il devait comprendre. Du moins il l’espérait de tout son cœur, sans quoi il était bon à se terrer pour le restant de ses jours. Sa requête était simple, mais pas moins sujette à lourde conséquence :

« Je crois que je serais plus en sécurité si je pouvais être sous la protection d’un mage. Vous avez combattu des mages noirs, vous savez ce que c’est. Vous savez que des gens comme moi, ils en font qu’une bouchée. (Une nouvelle lueur de combativité s’alluma dans ses yeux.) Je déteste ce qu’a fait l’Ordre, je suis prêt à aider comme je peux si vous voulez vraiment détruire les horreurs qu’ils ont lâché sur Terre, mais pas à mourir pour ça. Promettez-moi juste de me garder en vie. J’aime Luka et je veux fonder une famille avec elle. »

Pas la rendre veuve après quelques mois d’idylle seulement.
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Message posté : Lun 10 Juin 2013 - 18:00 Message
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L'effet qu'eut l'annonce de la persistance de l'Ordre de Thulé, le doute n'existait pas dans l'esprit de Felice à ce niveau là, sur le menuisier fut plus parlant qu'une centaine de discours bien écrits. Lorsqu'il s'était réveillé, Felice avait certainement tout espéré dans ce monde, mais pas ce genre de nouvelles à vous dégoûter de combattre et de verser son sang et sa sueur à une cause pouvant sembler chaque lendemain plus perdue encore. Et pourtant la réalité était là ... crasseuse, pourrie, sans aucune autre lumière que celles que l'on voudrait bien lui apporter, fusse t-elle une simple chandelle.

Dieter lui expliqua, alors qu'il venait de lui proposer de le rejoindre, qu'il avait lui aussi besoin de son aide. Un bienheureux hasard en somme, pouvait-on dire .... Bien que la formule puisse paraître cavalière. Sur l'invitation de son hôte il se rassit et se servit à nouveau de l'eau pour s'hydrater également la gorge, n'en ingurgitant qu'un faible quantité en prévision de nouvelles logorrhées à présenter durant cette discussion. Enfin, il lui expliqua de quoi il retournait le concernant, la raison qui faisait qu'il s'était retrouvé précisément à Star City, à cette époque.

Il avait été invoqué par des sorciers disait-il, vers le mois de novembre si il lui semblait juste. Ces sorciers l'avaient semblait il sorti d'un état que l'alchimiste aurait qualifié de "transitif" grâce à une magie d'ombre. Son visage fermé et concentré eut l'ombre d'un sourire quand Dieter le qualifia de "gentil", les choses étaient en réalité bien plus compliquées que cela dans l'esprit du Comte. Mais l'heure n'était pas à ce genre d'explications aussi, tout en avalant une nouvelle gorgée d'eau, il continua de respecter le temps de parole de son interlocuteur.

Le regard qu'eut alors ce dernier frappa l'intérêt de Felice, mais également sa compassion. Il lui confiait une peur profonde, panique même, à laquelle il semblait être devenu coutumier par la force des choses. Derrière son masque d'auditeur impassible, le Comte ne put malgré tout s'empêcher de balayer sa compassion d'un revers d'amertume. Cet homme qui lui faisait face aimait il tant que ça se complaire dans le rôle de la victime ? N'avait-il donc pas le courage de regarder ses propres contradictions en face ... Ou bien alors, fait plus inquiétant, Felice lui même n'arrivait-il plus à s'émouvoir devant le désespoir d'autrui ? La question resta en suspens dans son esprit, attendant un débat ultérieur qu'il s'administrerait lui même, en duo avec une bouteille d'armagnac certainement.

Herr Feuerbach avait donc été enlevé par des sorciers à l'affiliation magique indéterminée ... L'incident aurait put être causé par ses capacités spéciales intrigantes pour tout pratiquent des arts magiques, mais Felice ne pu rapidement plus se résoudre à cette conclusion pour le moins bien pratique. En effet les questions avaient tournées autour du travail de Lucrèce à l'UNISON ... Quelle ironie, lui au moins aurait eu la décence de payer livre et café pour tenter d'en apprendre plus à ce sujet, l'amitié n'étant née que plus tard. Impassible encore il écouta la suite du récit qui traduisait des menaces à leur encontre à tous deux, ainsi que l'ouverture d'une enquête pas l'UNISON.

Néanmoins Felice vit d'abord son intérêt dans la chose, qui se trouvait être mal engagé au final ! Si le bateau était surveillé par ses ravisseurs, alors ils auraient certainement noté son entrée, prit une photo de lui. Or, si ils étaient bel et bien affiliés à la Thulé et que certaines des archives de Von Heilde, il était sûr de les avoir détruites mais sait-on jamais, avaient survêcues ... Alors il ne serait plus le prédateur mais la proie, une situation qui ne lui serait aucunement profitable dans l'avancement actuel de ses opérations.

Pendant qu'il calmait sa paranoïa en se rappelant qu'Adrian Pennington vivait non loin et qu'il n'aurait certainement pas vu d'un bon œil des rôdeurs, notamment si ces derniers avaient un potentiel magique, il laissa Dieter terminer son discours. L'étincelle combative qui par moment s'allumait fugacement dans les yeux de cet homme plaisait malgré tout à Felice, qui savait pouvoir la pousser plus loin avec les bons arguments. Il lui assurait vouloir l'aider à détruire ce qui avait été créé par Thulé et l'Ombre en général, mais voulait la garantie de ne pas mourir au combat, de ne pas détruire le foyer qu'il voulait créer avec Lucrèce.

La demande était logique, légitime en un sens même, mais tellement incongrue au vu des enjeux qui se jouaient dans la partie que Felice ne put s'empêcher de laisser transparaître un sourire amusé qui tranchait avec la gravité de l'instant. Se redressant dans son fauteuil, il prit une bonne inspiration tout en choisissant avec soin ces mots, puis dit d'une voix courtoise :


- J'entends bien votre sens des priorités personnel, même si je le conçois difficilement ... Mais disons que je ne suis pas, enfin que je ne suis plus, le mieux placé pour me réclamer en tant que spécialiste du comportement humain ...

Les choses, les gens, les lieux ... Tout avait bien changé durant les trois siècles qu'il avait parcouru, parfois en embrassant avec entrain leur cours et d'autres fois en les laissant filer pour mieux les regarder d'un air las mais amusé. Cependant le temps était à l'action, au rassemblement, à l'information. Aussi poursuivit-il son discours :

- Si vous pensez que je comptais foncer tête baissée, c'est que vous avez mal compris les intentions qui m'anime. Je souhaite leur destruction au moins autant que je souhaite ma survie, à laquelle je suis par ailleurs très attaché. Une telle entreprise ne pourra donc pas se faire sans alliés, encore moins sans entraide !

Son regard se fit plus doux alors que naissait un léger sourire se voulant compréhensif à l'attention du menuisier, alors que Felice conclut :

- Je ne peux pas vous promettre que vous en sortirez indemne, tout comme je ne suis même pas sûr que quiconque sortira indemne d'une telle aventure. Tout ce que je peux vous promettre Dieter, c'est de ne pas vous laisser tomber, tout comme de ne pas vous impliquer dans des opérations qui vous dépasseraient. A l'avenir, si je vous implique, cela sera parce que je saurais que vous serez capable d'en revenir vivant. De vos propres moyens. Pas parce que je vous aurais sauvé les miches.

Il ne pouvait en effet pas se permettre de jouer les gardes chiourmes pour qui que ce soit. Et quand bien même il l'aurait voulu, la seule personne déjà investie dans le projet était une déesse nordique qui avait toujours vu d'une mauvais œil qu'on essaie de la couver. Et ce malgré le charmant surnom que le Comte s'amusait à lui attribuer. Continuant sa conclusion, il dit :

- La situation sera telle que vous serez obligé de prendre vos propres décisions, peut être pas tout de suite bien entendu. Ainsi donc, je peux vous former. Vous donner les meilleurs outils pour assurer votre survie. Et par la même, celle de la famille que vous voulez construire.

C'était la stricte réalité et Felice ne pouvait pas se permettre de la modifier d'un iota, il venait d'exposer à Dieter les seules choses qu'il pouvait être sûr de lui offrir si il se joignait à son équipée. Enfin, peut-être pas les seules se dit-il alors qu'un plan germait dans son esprit. Il bu d'abord une nouvelle gorgée d'eau, puis d'un sourire malicieux, il finit par dire non sans une certaine satisfaction dans la voix :

- Cette formation sera obligatoire d'ailleurs. D'autant qu'à moins de péter toutes les charpentes de la Rhodes, j'en serais bien capable mais cela serait suspect, ce n'est pas d'un menuisier dont nous allons avoir besoin bientôt. Mais bel et bien d'un rat de bibliothèque ...

Un sourire entendu, destiné à éveiller la curiosité de son vis à vis se dessina donc en lieu et place de la malice alors que le Comte finissait son verre en attendant une réponse.
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Message posté : Mar 11 Juin 2013 - 17:48 Message
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Un peu anxieux, apeuré malgré lui face au calme olympien de son vis-à-vis, l’Allemand attendait une réponse sans trop savoir ce qu’il pouvait bien en espérer. Doucement il se contentait de hocher la tête en signe de compréhension, c’était plus mécanique qu’autre chose mais il ne voyait à vrai dire pas trop quoi faire d’autres. S’il avait voulu un miracle il aurait prié le Seigneur, mais sa foi manquait de fermeté pour s’en remettre entièrement à une entité sans avoir l’assurance ni de son soutien, ni de son existence. Alors il faisait appel à un homme, quelqu’un qui ne serait jamais parfait mais qui s’approchait déjà plus que lui d’une personne de confiance. Les idées s’enchaînaient, de manière bizarre parfois (cela le laissait tout interloqué), mais pas aussi mal que ne l’avait laissé deviner le début du discours. Son visage s’illumina à la première vraie promesse, la plus précieuse sans doute qu’on lui ait jamais faite jusqu’à présent : ne pas l’exposer à des forces qui le dépassent. L’Ordre de Thulé ne s’en était jamais privé, songea-t-il amèrement.

« J’en demande pas plus, assura-t-il d’une voix étouffée, enthousiaste malgré lui à l’idée de suivre une vraie formation. Quelque chose qui lui permettrait de ne plus se cacher éternellement derrière les autres. Quand il reprit la parole, toutefois, il avait un air pressant, presque suppliant : Par contre s’il vous plaît touchez au 94ème étage, m’a demandé un travail de malade, je voudrais pas qu’on me le salope. On m’a déjà payé pour ça, mais… c’est une question de fierté vous comprenez. S’il faut faire péter quelque chose là-bas c’est plutôt le cimetière indien. »

Il avait sorti ça sans réfléchir, comme s’il parlait à Luka en grognant contre la tyrannie de Williams… seulement ce n’était pas Luka qu’il avait en face de lui et herr Médicis le dévisageait avec des yeux ronds, comme s’il s’était mis à parler souabe. Fatalement, ce n’était pas bien malin de sa part et il rougit légèrement, parce que non seulement ce n’était pas très compréhensible de prime abord mais en plus il trouvait d’un seul coup la référence un peu bancale.

« Vous l’avez senti aussi, non ? vous travaillez là tous les jours je veux dire, et vous êtes sorcier, ou mage, ou mystique, ou ce que vous voulez… je parle juste de l’atmosphère un peu bizarre sur Pyramid Plaza, j’aime pas trop ça personnellement, ça me donne mal à la tête. J’avais vu un film juste avant avec Luka, avec une maison qui était construite sur un cimetière indien et que les gens se sentaient bizarre dedans, du coup bah quand on en a parlé on s’est dit que c’était peut-être la même chose. Enfin tout ce que je voulais dire c’est que si vous pouviez laisser la charpente tranquille ça m’arrangerait. C’est moins fort quand on monte, toute façon, alors je crois pas que ça vient de là. »

Sur son lieu de travail il n’y avait même plus rien. C’était la raison pour laquelle il préférait toujours rester en haut, même pour la pause repas.
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Message posté : Mer 12 Juin 2013 - 14:02 Message
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Le soulagement ainsi qu'une pointe d'enthousiasme résonnait dans la voix de Dieter désormais. Il semblait bien qu'il acceptait donc le contrat que le Comte avait à lui proposer, ce qui ne manquait pas de faire naître sur le visage de ce dernier un franc sourire. Malgré des tensions évidentes au cours de cette discussion, les choses semblaient maintenant prendre un tour plus favorable à l'entente entre les deux mystiques. Dieter lui demanda cependant de ne pas ravager le quatre vingt quatorzième étage, ce à quoi Felice eut un léger rire amusé avant de dire en secouant la tête devant une telle crédulité :

- Dieter voyons, je n'ai aucun intérêt à ...

Il stoppa net son explication, interloqué par ce que venait de lui dire son vis à vis. Un cimetière indien ? Mais de quoi pouvait donc parler cet escogriffe maintenant ? Les sourcils interrogateurs, Felice restait coi d'une telle hypothèse lancée au débotté et avec une telle nonchalance, sans pour autant dénoter d'une vraie certitude semblait-il. Perplexe l'alchimiste croisa les bras, renvoyant ainsi tous les signes de quelqu'un qui attendait maintenant un éclaircissement sur le sujet. Cette mimique fut remarquée par Dieter qui lui sortit une explication cinématographique assez floue. Il devrait lui inculquer des bases de théorie mystique si il voulait arriver à une communication stable, cela devenait déjà urgent.

Néanmoins le Comte en retint que quelque chose troublait le compagnon de Lucrèce à Pyramid plaza, un endroit qui était de toute façon pour lui aussi au centre du problème. Les deux hommes n'avaient cependant pas la même perspective ni le même ressenti des choses, aussi après une légère inspiration Felice répondit-il à Dieter.


- Tout le monde n'a pas votre sensibilité concernant les flux magiques aussi quand vous me dites que quelque chose vous trouble de ce point de vue au sein de ce bâtiment je vous crois sur parole. Mais cependant n'ayant le même point de vue que vous là dessus, je m'en tiens à la lettre de mon servi ... de feu mon ami excusez moi.

Que les vieilles habitudes pouvaient avoir la peau dure décidément, encore une fois il considérait les Neuers comme ses laquais. Même si cela avait été le cas dans le passé, il avait rapidement compris lors de son dernier réveil que cette famille avait malgré tout du mal à se sentir encore tributaire de lui. Un problème qu'il lui faudrait régler ultérieurement, aussi le remisa t-il et après un temps de pause continua d'un ton pensif.

- J'ai vraiment eu l'impression que le secret dont il ne pouvait me parler se transmettait entre présidents de la Rhodes, au fil du temps. Et Gregory Williams me semble cacher quelque chose d'important. Cela n'est peut être qu'une mauvaise analyse mais néanmoins il faut tenter d'en découvrir plus sur certains événements que Jordan Neuers m'a pointé du doigt. N'étant pas en poste depuis longtemps, les personnes à qui je pourrais faire confiance pour ces recherches ne sont pas dans l'entreprise ...

Mise à part une place conséquente dans la hiérarchie et l'appui d'Hélène Neuers, Felice n'avait pas réellement les mains libres. Il savait que les autres membres du conseil d'administration avaient tendance à se méfier de lui, aussi devait-il éviter les impairs et agir en sous main. Avec une simplicité désarmante, il conclut :

- C'est là que vous intervenez Dieter. Je peux vous faire entrer aux archives de la société, vous aurez mon appui et personne n'y redira rien dans ce service. Ainsi vous pourriez fouiner dans les dossiers sans soucis qu'en dites vous ?
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Réunion au fil de l'eau

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