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Songeries océaniques

 
Message posté : Mer 31 Oct 2018 - 22:41 Message
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Songeries océaniques




Dante n'avait pas convié Blake, cette fois, à quelque aventure de seconde catégorie, ces promenades de santé que les vieillards s'imposent, une fois la semaine, pour excuser les jours passés à végéter, les matins clairs et les soirées plus sombres. Le message était très simple : « Nous partons pour quelques heures, temps de Star City, qui seront peut-être une dizaine de jours, temps de notre destination ; inutile de prévoir une grosse laine, le minimum suffira, nous prenons la mer. » Comme le savait l'enchanteur, les invitations d'un dragon ne sont pas de celles qu'on refuse à la légère, aussi s'empressa-t-il d'entrer en contact avec lui et tous deux décidèrent, au plus vite, des tenants et des aboutissants de leur prochaine aventure.

Rêvèrent-ils ce qui va suivre, ou s'en allèrent-ils dans quelque monde parallèle où la voile est l'horizon premier de l'homme, où le cormoran dessine aux cieux le ballet des destins, où la poudre et l'océan sont frère et sœur de l'aventurier ? Nul ne le saura jamais. Voilà pourtant ce qu'en disent les chroniques d'Anacrou de Bilbaou, poétesse dite de la période catastrophique, que nos lecteurs connaissent déjà pour avoir certainement lu les aventures de dame Pizzan, « princesse des Ronds qui se mangent. »

La nuit était orageuse. Il pleuvait. Dante, à bord d'une gourabe de belle stature, menait son équipage ; ce dernier était constitué d'une troupe d'hommes tous semblables : tailles moyennes, cheveux noirs et soyeux, regards sombres et mats, tenues amples et colorées qui, sous d'autres latitudes, les auraient fait passer pour Persans ou Moghols. Ceux-ci partageaient des fruits à la lueur des rares lampions tolérés par le capitaine. Durant la nuit, la brise s'endormit encore et, à la pointe du jour, furent signalés deux vaisseaux à voile carrée, qui étaient en calme deux lieues à l'ouest du Dragon noir, car tel était le nom de la gourabe. « Je m'en occupe. »

Dante aborda l'un de ces bâtiments dans un canot armé de dix gobelins, bien pourvus de moyens de défense. Le raïs, désignation, en ces territoires, pour nommer le capitaine du navire, qui n'était pas fort rassuré, confia qu'il avait été assailli, dans un golfe voisin, par un large brick plein de pirates busards – nommés ainsi car la légendaire « île de la Buse » ! Non seulement le raïs pleura les souvenirs du récent pillage de son vaisseau et de l'autre, qui l'accompagnait, mais encore on lui avait massacré plusieurs hommes, les traitant avec la plus grande cruauté.
Dante fit amener le capitaine du vaisseau étranger et quelques hommes de son équipage à bord de la gourabe, pour partager avec Blake le récit de leurs infortunes. « Ces pirates sont les hommes que nous cherchons. Leurs méthodes... c'est signé. » Les passagers contaient autour d'eux que le vaisseau des pirates était rempli d'or et que sa cargaison était si riche qu'il avait jeté à la mer des balles précieuses de soieries, n'ayant pas où les placer.

Le soir, il s'éleva une brise légère dont le Dragon noir sut profiter en forçant la voile vers le nord et l'ouest, toujours dans l'espoir de rencontrer le brick avant qu'il prenne la route d'un détroit voisin où le risque de le perdre se trouvait décuplé. Les jours suivants, ils firent un cinglage superbe, n'abandonnant jamais la découverte, abordant plusieurs chaloupes de la côte et d'autres navires, impatients d'obtenir des nouvelles du pirate. Sur le qui-vive, jour et nuit, à chaque heure s'éveillait l'espérance à la vue d'une voile éloignée sur laquelle se fondaient mille conjectures. Cependant l'espoir se dissipait souvent. La patience de Dante était déjà épuisée, il ne voulait pas perdre de temps. Il fit incliner la route vers le sud ; la gourabe courut vingt ou trente lieues dans cette direction à la clarté du jour, l'horizon étant pur et le soleil dégagé de vapeurs, lorsque le gobelin de garde sur le mât d'avant s'écria : « Une voile grande sous le vent d'avant ! »

Dante monta lui-même au mât avec une lunette, craignant que ce ne fût un bâtiment de guerre ; déjà plusieurs marins avaient reconnu la voile annoncée : il s'agissait des pirates busards ! Dante descendit sur le pont. L'horizon s'était couvert tout à coup de brouillard, et tout le monde espérait le rapprochement du busard, avant qu'il pût voir la gourabe, car il avait négligé de poster ses vigies. « Toute voile déployée, courons sur lui ! » Les marins empesèrent les bonnettes, par le moyen d'une machine propre à cet effet, afin que ces voiles, dûment mouillées, retinssent mieux la brise. Enfin le corsaire vit son poursuivant et prit la chasse ; il se trouvait considérable gagné de vent, depuis le pont on distinguait la tête de ses vergues. « La brise va continuer. Il ne nous échappera point ! » La joie se peignit sur les fronts parmi l'équipage. Ils pompèrent l'eau, allégèrent le lest, jetant quelques tonneaux à la mer, dégageant le pont pour l'action et apprêtant les armes et les canots pour le service. Dante suivait d'un œil attentif tous les mouvements de l'ennemi, cherchant à les prévoir, à les deviner, comme le faucon prêt à fondre sur le courlieu. La brise commença de fraîchir à midi et le vent acheva de rapprocher les deux navires, le brick fut très vite à portée. Dante donna le jeu des pièces d'avant, mais les pirates ne parurent pas s'en inquiéter. « Donnez toute l'artillerie. Cela les contraindra à s'arrêter. »

On vit ainsi le vaisseau pirate amener les voiles des perroquets ; le Dragon noir, parvenu sous la hanche du brick, dessous le vent, diminua de voile et coiffa le hunier.
 
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Message posté : Ven 9 Nov 2018 - 15:14 Message
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(Désolé pour le délais, mes semaines étaient horribles ….)

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Une invitation de Dante, c’était comme un parfum lointain, dont on sent déjà les fragrances, et dont on espère une concrétisation plus proche, sans doute hors de son écrin, sur un peau qu’on peut toucher, sentir, embrasser. Bien entendu les voyages initiatiques du vieux dragon n’étaient jamais exempts de danger et de palpitations, mais Dante avait une façon bien à lui de faire progresser le jeune enchanteur dans son art. Une façon empirique, très formatrice, mais qui ne laissait que peu de temps aux hésitations et aux spéculations théoriques. Après tout, même si le dragon maitrisait de nombreux éléments, il restait aux yeux de Blake un pyroclaste, un maitre du feu. Quant à lui, il serait sans doute à jamais associé à l’air, au vent, et au tonnerre.

La liberté. Le vent. Il en aurait a foison. Le cœur de l’enchanteur se gonflait de joie, tout autant que les voiles du navire sur lequel sa nouvelle épopée prenait appuis. Il n’y avait rien de plus important aux yeux de Blake que la liberté et l’enchantement. Alors, quand ces yeux n’étaient jamais déçus en regardant l’horizon, quand il n’y avait nulle limite à sa vision, et que l’ambre jouait sur ses joues, que le sel venait piquer ses larmes de joie séchées par le vent revigorant, ses réserves magiques semblaient inépuisables.

Dante et lui avait rendu visite à sa tapisserie, car puisqu’elle avait été créée en présence du Dragon, il y avait désormais un lien. Elle n’évoluait pas, ce qui n’était ni un bon ni un mauvais signe. Aucune des scrutations ésotériques du dragon ou de l’enchanteur n’avait pu révéler ce qui arriverait. Blake était-il préservé éternellement de la vieillesse ? Ou subirait-il la décrépitude d’un seul coup, à la veille de ce qui aurait dû être sa mort terrestre ? Les connaissances actuelles du jeune noble n’étaient pas assez étendues pour le savoir.

Ce soir, il pleuvait, ce qui importait pu à Blake. La pluie coulait sur sa peau. Il ne l’avait jamais crainte. Elle était son alliée, messagère de la tempête. Quelques regards avaient également coulés, entre Blake et un homme d’équipage aux cheveux noirs. Mais le temps pour ses choses n’était pas venu. Pas ici. Pas maintenant. Ci fait, il était toujours agréable de se sentir désiré, aussi quelques sourires charmeurs avaient étés distribués sans compter.

Finalement, alors que le vent faiblissait, et que Blake se gardait bien d’intervenir pour le modifier, préférant user de magie que lorsque ce serait nécessaire, ils purent recueillir un infortuné voyageur des mers qui leur raconta ses mésaventures.
Blake n’était pas choqué. Il avait connu des invasions barbares en Irlande, il savait que la mer était tout autant le théâtre d’actes sans merci et sans scrupules.

Finalement le temps sembla se contracter alors que le vent était leur alié, et qu’ils abordèrent leur proie. Le profil de Dante parlait tout autant aux yeux de Blake que sa voix, il le voyait, comme un prédateur prêt à fondre. Il était facile, en regardant le beau et étrange jeune homme, d’oublier sa vraie nature. Mais le grand dragon était un être séculaire redoutable, comme il avait pu le voir sur la grand place il n’y a pas si longtemps. Les gobelins lui étaient dévoués, et Blake avait eut l’occasion de discuter avec l’un d’entre eux d’enchantements. Il avait été surpris de temps de subtilités. Une occasion supplémentaire de lui rappeler que les apparences n’étaient qu’oripeaux qu’on pouvait changer à loisir.

Il susurra, avec une voix de brise, au vent de les accompagner. Ses mots ressemblaient à des trilles d’oiseau prédateur, et le vent repartit de plus belle, leur accordant une belle remontée. Son sourire était au plus beau, car il était dans l’action, dans un monde différent, et il se sentait tellement vivant.. ;






 
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Message posté : Mar 27 Nov 2018 - 9:06 Message
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L'artillerie contraignit le vaisseau ennemi à s'arrêter. On crut un instant pouvoir « négocier », alors un membre de l'équipage versé dans la langue des Busards servit d'interprète. Sur le pont de l'ennemi, les hommes fourmillaient. Dante ordonna par l'entremise de l'interprète que le capitaine adverse envoyât un canot à notre bord avec un émissaire, décidé à parlementer.

Voyant qu'il ne faisait aucune attention à ces ordres, Dante fit tirer un autre coup de canon. Les ennemis ripostèrent par une volée de quatre caronades, de divers pierriers et de vingt ou trente mousquets, dont la charge, composée de vieux fer, de morceaux de verre et de clous, racla contre les manœuvres, blessant trois hommes, peut-être quatre.

« Sotte imprudence ! Ils vont la payer. » L'exclamation du dragon s'entendit loin dans les environs. Le Dragon noir riposta par un feu si lourd, si soutenu, si bien dirigé, manœuvrant en même temps sur la poupe et sur les hanches du brick, que dix minutes après Dante donna l'ordre de cesser. Non seulement l'adversaire avait étouffé ses feux, mais le pont du navire s'était vidé, sa manœuvre était mise en pièce, et son gouvernail emporté. Il était temps d'en finir, Dante exprima ses réserves et prévint Blake de la perfidie des Busards.

« Ces gens-là n'ont pas d'honneur. Quand ils mentent, c'est toujours deux fois. » Ils approchèrent avec précaution. Pas d'obstacle, pas même d'indice qu'il y eût à bord encore un être vivant. Dante ordonna à ceux qui le suivaient de monter au brick par l'avant avec les gobelins, tandis que Blake, avec une partie des autres, qui formaient une troupe de braves, grimperait par ses hanches et son arrière garnis de bambou. En arrivant à bord, tous virent plusieurs morts et blessés, mais rien de plus.

Le brick n'avait que deux tiers de pont, avec une embelle ouverte entourée de treillis de bambou et couverte de nattes. Ses voiles et ses vergues pendaient de tous côtés, déchirées, cassées, embrouillées. Quand les assaillants furent tous à bord, Dante préparait déjà une partie de sa troupe à descendre dans les entreponts, tandis que la progression se faisait plus lente, plus prudente.

Un cri de guerre, sauvage et tumultueux, provoqua la surprise. Dante lui-même sursauta. Au même instant, tous virent surgir du fond du brick une forêt de lances qui, passant à travers les nattes, blessèrent plusieurs des hommes et des gobelins du dragon. « Quelle surprise ! » s'écria Dante, aussi étonné de cette nouvelle tactique que Macbeth put l'être de voir marcher la forêt de Dunsinane. Les Busards jetèrent en l'air plusieurs piques auxquelles il fut difficile d'échapper, en courant autour de la portion solide du pont. Dante fut contraint de reculer, il commanda de faire feu sur les entreponts par l’œuvre ouverte.

Seuls les gobelins demeuraient tous à ses côtés, le reste de l'équipage se montrait plus timoré, comme s'il oubliait son courage et ses devoirs. Dante héla Blake pour l'informer de la situation ; il donna l'ordre d'attacher un cap de remorque, qu'on dénicherait bien quelque part, aux anneaux de la sous-barbe de beaupré, et qu'après l'avoir assuré nous revinssions tous à bord de la gourabe. Une raison à ce repli : Dante avait le plus grand soin de la vie de ses gens ; il savait que ces pirates, quand une fois ils forment la résolution de ne pas se laisser prendre, n'en démordent pas.

Quelques gobelins suggérèrent de jeter des grenades à main, ou des boules à feu ; quoique déjà les dégâts fussent considérables sur le brick, les gobelins désiraient pénétrer à tout risque dans l'intérieur du vaisseau, mais Dante, qui avait naturellement sur eux le dernier mot, s'opposa à ce dessein. Seuls sept et bientôt huit des gobelins voulurent rester et ce petit nombre excita les volontés d'attaquer, mais l'ennemi déjà se retranchait dans l'obscurité du ventre du navire. Devant la raisonnable crainte d'un massacre, ils suivirent le dragon.

Sur la gourabe, l'équipage s'occupa à descendre les blessés. Un coup de lance avait percé le pied du jeune homme dont les œillades, tantôt, avaient couvé les flancs de Blake. C'était un excellent marin, que sa blessure tordait de douleur. Il souffrait beaucoup, Dante se hâta de le faire gagner les espaces consacrés à l'accueil des blessés. En passant, le hasard fit que le magicien marcha sur un Busard mourant, qu'une balle avait traversé avant l'abordage.

Il avait remarqué sa mine si singulièrement féroce et l'expression rusée de sa figure, large et brutale. Ses cheveux noirs, rudes et hérissés, souillés du sang écoulé d'une profonde blessure qu'il avait reçue à la tête et que lui avait apparemment faite une esquille, paraissaient se rétracter comme les murènes qui se cachent dans les récifs aquatiques. Étonnant présage... Son regard interpella le dragon : son œil, à demi caché par une paupière immobile, profondément enfoncé dans l'orbite, reflétait la flamme de sa prunelle, brillante comme un ver luisant au fond d'un tombeau.
 
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