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Curiosity killed the bird

 
Message posté : Jeu 20 Aoû 2015 - 13:38 Message
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Vendredi 21 août, au soir

Pendant le mois qui suivit leur première vraie rencontre, Julian alla souvent voler du coté de chez Camille et, quand ce dernier était au travail, il papouillait Tybalt qui se prélassait en extérieur. Un soir, l'agent put trouver un petit message accroché au collier du matou. Une écriture longue et harmonieuse disait simplement : 'Souris'. Vue la dernière personne qui avait été obsédée par l'air triste de Camille, il n'était pas très compliqué de deviner l'identité de celui qui n'avait pas signé. Une autre fois, il était venu rendre des vêtements prêtés. Lavés, repassés, pliés et soigneusement emballés par les gobelins de Beaudrie. Il les avait posés contre la porte et ne s'était pas éternisé.

Son anniversaire était passé et Dante l'avait gâté. Philippe aussi. Même s'il n'avait pas pu revenir pour manger une part de gâteau, il lui avait envoyé des cargaisons de livres en hébreu, en français, en anglais et en allemand – heureusement que le palais était grand – ainsi qu'un téléphone portable et une carte bancaire sans limite de retrait, puisant sur un compte bancaire à l'étranger qu'il avait ouvert pour son oiseau et qu'il approvisionnait chroniquement de manière extrêmement généreuse. Julian aurait échangé tout ça contre sa présence et l'étreinte de ses bras mais il lui fallait se contenter de ces biens matériels pour le moment.

Il avait longtemps hésité à faire plus qu'espionner Camille depuis ses perchoirs sur les immeubles, à descendre pour lui parler. Seulement, il gardait en mémoire l'air triste que le jeune homme avait pris au moment de leur séparation et il se disait qu'il ne pouvait pas risquer de lui infliger sa présence en sachant qu'il se trouverait ensuite si mal au moment des adieux. Bien sûr, l'analyse était complètement primitive et bancale mais c'était tout ce que l'esprit simple du prince avait pu échafauder comme théorie.

Dans une ville aussi grande que Star City, puisque Camille n'avait aucun moyen de le contacter et que Julian refusait d'utiliser le sien, les deux jeunes hommes n'avaient donc plus aucune chance de voir leurs chemins se recroiser.
A moins, bien sûr, que le destin ne s'oppose à leur séparation en les précipitant de nouveau l'un vers l'autre pour une collision certaine.


Ce soir-là, Julian était habillé. C'était un fait suffisamment rare pour être noté. Il portait même des baskets, sous son bermuda en toile brune légère et son t-shirt blanc bariolé de taches multicoles, col en v, dont les manches épousaient parfaitement la forme de ses biceps à chaque mouvement. On voyait que ses chaussettes étaient dépareillées. Une noire et une rouge aux motifs indiscernables. Son téléphone dans une poche et son porte-feuille dans l'autre, il avait déambulé dans les rues au hasard. Les faux papiers que lui avaient fait Philippe l'identifiaient sous le nom de Julien Beaudrie, né sur le sol français. Ce n'était pas comme si son accent allemand pouvait le trahir.

Il avait tourné dans les rues du centre-ville jusqu'à arriver dans le quartier du front de mer. L'ambiance festive qui y régnait avait attiré l'oiseau curieux de découvrir des choses et de cotoyer ces êtres humains dont il avait longtemps été privé. Hélas, il allait apprendre à ses dépends que tous ne gagnaient pas à être connus.

Comme ce Bruce par exemple, un quadragénaire qui refusait d'admettre son âge et préférait jouer les bad boys pseudo-branchés en hélant dans la rue les minets à son goût. Quand Julian avait répondu, il avait été plutôt surpris mais il ne s'était pas démonté et il l'avait embarqué avec ses deux potes et lui dans un club non loin, concurrent du Machine et largement moins bien fréquenté. Julian avait d'abord commencé à écouter avec grand intérêt les histoires totalement barbantes que ses compagnons lui racontaient, sans s'inquiéter outre mesure des corps qui se rapprochaient du sien et de la main un peu lourde qui venait de se poser sur sa cuisse. D'ordinaire, il adorait les caresses. Il les recherchait même. Combien de fois s'était-il insinué entre les bras de son maître pour en réclamer ? Mais là, ce soir, ce type... non. Quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas plaisant. Pas plaisant du tout. La main remonta le long de sa jambe et le prince se figea, soudain craintif. Une biche prise dans les phares d'une voiture. Deux des hommes prenaient en étau l'oiseau sur la banquette de faux velours rouge, empêchant toute fuite, plaçant même un petit cachet blanc au bord de ses lèvres en lui assurant que c'était un bonbon quand il n'en était rien. Le troisième homme pianotait sur son téléphone.


Au Machine, quelques mètres plus loin, un autre homme recevait un SMS. Il se pencha vers l'ami avec qui il était venu et dit un peu fort pour être sûr d'être entendu malgré le volume de la musique :
« Le groupe est au Dark Land. Peter dit qu'on d'vrait v'nir.
« Hein ? Pourquoi ? Ils ont qu'à v'nir, eux.
« Il dit qu'ils ont chopé un mec et qu'on va pouvoir tous en profiter.
« Sérieu' ? L'est comment ?
« Super hot, apparemment. Jeune. Genre, début de vingtaine. Et il est muet donc il pourra rien dire.
« Cool. J'aime bien m'taper les minets.
« Ah ! Il est con c'ui-là. Peter dit qu'on va halluciner quand on verra ses yeux.
« Boah, c'est pas dans ses yeux que je vais enfoncer mon gros *****
 
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Message posté : Jeu 20 Aoû 2015 - 18:03 Message
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— Tu sais, si tu veux, on peut t’présenter quelqu’un.
— C’est bon.

Camille arrangea sa coiffure soigneusement déstructurée dans le miroir.

— Camille…
— Quoi ?

Le ton du Français avait été plus sec qu’il ne l’aurait voulu. Jace baissa les yeux. Il murmura :

— Non rien.

Et l’Américain quitta le cadre de la porte pour regagner sa chambre. Il avait du mal à ne pas se sentir coupable. Camille avait nourri des sentiments pour lui, un peu, et peut-être qu’il les avait laissés se développer, parce qu’au fond, ça l’avait rassuré de le savoir près de lui. Maintenant, Camille était livré à sa solitude et il sortait, souvent, le soir, pour trouver un nouveau garçon dans un bar. Il ne les ramenait jamais à Carson Electronics mais Jace n’avait aucun mal à le deviner.

Il ignorait que c’était ainsi que Camille avait fonctionné depuis des années. C’était son processus normal. Des mois d’abstinence et puis, quand la pression était trop forte, quelques conquêtes rapidement enchaînés, jusqu’à être assez frustré par leur maladresse et leur incompétence pour replonger dans des mois d’abstinence. Le Français avait l’impression d’être une chienne avec des chaleurs régulières. Il s’en voulait de sa faiblesse. Il ne parvenait pas à la contrôler.

Cette fois-ci, peut-être, c’était différent. Cette fois-ci, quand il laissait sur le lit d’un hôtel un énième jeune homme alangui dans le souvenir d’une extase et qui le regardait comme une sorte de dieu improbable parce que ses pouvoirs avaient rendu toutes ses caresses parfaites, systématiquement, il pensait à Julian. C’était idiot. Julian et lui n’avaient rien en commun. Le jour et la nuit. Un côté et l’autre de la barrière. C’était la danse, voilà, c’était la danse qui lui était monté à la tête et qui ne voulait plus le quitter.

Ce soir-là, au Machine, comme souvent, Camille n’avait eu qu’à s’asseoir au bar. Dans les déhanchements maladroits, sa seule démarche, gracieuse et assurée, suffisait à attirer les regards. Son air sombre, aussi. Camille dégageait quelque chose de mâle, quelque chose du désert où il avait vécu, des combats qu’il avait mené, des armes qu’il gardait chez lui, des pensées qui roulaient dans son esprit, quelque chose qui était une denrée rare dans un endroit comme le Machine.

Il avait repoussé deux prétendants déjà. Au fond, il ne cherchait rien de particulier. C’était selon l’envie du moment. Parfois il voulait beaucoup de muscles, d’autres fois une silhouette frêle. Ce soir-là, il ne savait pas très bien… Il pensait à Julian. L’agent finit son verre et se mit à longer les alcôves, pour contourner la piste de danse et aller prendre l’air. Il ralentit le pas quand une conversation monta à ses oreilles. Son visage ne marqua aucune expression et il passa son chemin mais il avait tout entendu et tout retenu. Son cœur battait plus vite. L’adrénaline était déjà là.

Pas besoin d’être obsédé par Julian pour le reconnaître dans cette description. Jeune, super hot, muet, avec des yeux extraordinaires — il devait y en avoir plusieurs, des comme ça, dans une ville aussi grande et étrange que Star City, mais Camille était prêt à parier que son oiseau s’était fourré dans de beaux draps. Oh, en vérité, si la description avait été toute différente, s’il n’y avait trouvé qu’un parfait inconnu, Camille serait intervenu aussi. Cat Sìth n’aimait pas que l’on profitât de la faiblesse.

Il quitta le Machine et se dirigea vers le Dark Land. Il n’allait jamais là-bas. La musique n’était pas terrible et la population nettement moins séduisante. Ce n’était pas un bouge à proprement parler mais l’établissement n’avait pas bonne réputation. Il y avait des backrooms où les habitués se retrouvaient pour des jouissances brutales. Pas vraiment le truc de Camille. Évidemment, quand il se présenta à la porte, le videur le détailla de la tête aux pieds et il le laissa entrer — sans payer : c’était un oiseau rare, celui-là, et ça attirerait une meilleure clientèle. Quand il pénétra dans l’établissement, Camille sentit les regards se poser sur lui. Des regards sales et trainants.

Le sien parcourut rapidement les lieux. Professionnellement, même. Il analysait — les gens, les issues de secours, les objets, les recoins, les angles morts. Julian ? Nulle part. Probablement dans l’une des arrières-salles. Camille inspira profondément et se dirigea droit vers un second videur qui barrait l’accès au backroom.

— J’te connais pas, toi.
— Et ? J’suis mignon, j’suis baisable, j’ai l’droit d’entrer, non ?
— J’te connais pas.

Franchement, il n’était pas d’humeur. Un coup de genou à l’entrejambe, un revers de poignet dans le nez et le videur était étalé par terre. Le bruit avait attiré celui de l’entrée, Camille attrapa un plateau de service et sans même se retourner pour viser, il le lança. Le disque de fer siffla à travers la pièce, atteignit le premier videur en plein fond et le jeta dans les bras de Morphée.

— D’autres candidats à la commotion crânienne ?

Silence de mort.

— C’est bien c’que j’pensais…
 
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Message posté : Jeu 20 Aoû 2015 - 22:31 Message
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Vous feriez mieux de me lâcher, songea Julian sans pouvoir le leur dire de manière audible, parce que deux hommes pesaient de leur poids sur ses bras et l'empêchait d'utiliser son bracelet.
Il gardait les lèvres serrées pour refuser le petit cachet blanc qu'il voulait lui faire avaler. Il n'avait pas confiance en eux. Il se sentait mal. Il se sentait sale. Sentir leurs mains baladeuses sur sa peau là où le tissu la révélait lui donnait envie de vomir. Jamais un contact ne lui avait fait cet effet-là. Ils n'étaient donc pas tous égaux. Certains étaient désagréables. Il faudrait qu'il s'en souvienne. Après ce soir, l'oiseau candide serait un peu plus sage. Sans aucun doute.

« Allez, mon mignon, laisse-toi aller. C'est bien pour ça que tu es venu, non ? » susurra Bruce en approchant sa bouche hideuse de son cou. Julian eut un mouvement de recul, assommant presque l'autre, Daniel, d'un coup de tête. Ce dernier ricana : « Oh laaa... Tu lui fais peur. Tout doux, ma princesse. Papa va s'occuper de toi. » Le dénommé Peter les rejoignit pour lancer : « C'est bon, les autres sont en route. » Il contempla le pauvre Julian recroquevillé sur lui-même et souffla : « Poh poh poh... T'es vraiment canon, toi. Ta mère devait être une sacrée bonnasse. » La nausée de Julian s'accentua. Il n'avait pas connu sa mère mais cet abruti parlait de la Duchesse en Bavière en ces termes pires que cavaliers. Celle qui serait Reine si ce territoire était toujours une monarchie. Comment osait-il ?

« On peut commencer sans eux, non ? Ils auront leur tour après. Après tout, c'est nous qui l'avons trouvé » suggéra Daniel en suppliant Bruce du regard. Apparemment, c'est lui qui prenait les décisions pour le groupe. Le prince ne comprenait pas ce qui se passait. Il ne comprenait pas ce qu'ils voulaient commencer. Jamais encore il ne s'était retrouvé dans une situation semblable. Il avait cru juste passer une soirée agréable dans un club pour rencontrer de nouvelles personnes. A présent, il se trouvait dans un petite pièce avec pour seul mobilier une grande banquette à la propreté douteuse et un vieux radiateur en fonte rouillé. Paradoxalement, Julian n'avait pas encore peur. Puisqu'il ne savait pas à quoi s'attendre, il ignorait la menace qui pesait sur lui.
Dante. Il voulait voir Dante. Lui saurait quoi faire. Il voulait se réfugier dans la douceur de ses bras et laisser sa voix calme le bercer.

On avait toujours pensé que le bel age n'avait aucun instinct de survie mais quand Bruce commença à descendre le zip de son pantalon, que Daniel attrapa sa mâchoire d'une main pour le forcer à ouvrir la bouche et que Peter le força à se plier en deux pour mettre son visage à la bonne hauteur, il eut le réflexe de se dégager avec suffisamment de violence pour contrecarrer leurs plans. Il avait les larmes aux yeux à présent. Il n'était toujours pas très sûr de ce qu'ils avaient voulu faire mais il savait qu'il n'en avait aucune envie. « Dan, les menottes » ordonna le leader, une évidente frustration dans la voix. Il fut obéi et Julian ne put pas se débattre assez pour les empêcher d'enchaîner sa main droite au radiateur. Il essaya de tirer dessus pour rompre le lien mais ne parvint qu'à se faire mal en entamant sa peau douce jusqu'au sang.

Les trois hommes commencèrent à se dévêtir avec une lenteur terrifiante. Le prince tremblait, mu par la crainte à présent mais aussi par la colère. Ils allaient payer cher le fait de lui avoir ôter son sourire. Appelant à lui tout le savoir martial dont Philippe l'avait doté à force d'entraînement, Julian se prépara à recevoir ses envahisseurs. Il constata avec une stupéfaction passagère que les ongles de sa main libre avait considérablement grandi. Étrange. Il les avait pourtant coupé avant de quitter Beaudrie, justement pour éviter cette situation. Enfin, pour le coup, ça l'arrangeait. Le premier à donner l'assaut (Peter) se prit sa main en plein dans la figure et les serres de Julian le défigurèrent. Ses yeux furent miraculeusement épargnés mais il se mit à hurler de douleur en s'effondrant an arrière. Daniel fut refroidi par l'action mais Bruce se jeta sur lui, déchirant son beau t-shirt en tentant de le maintenir allongé sur le dos, attrapant son poignet pour ne pas subir le même sort que son ami. Il s'assit sur son torse, pensant l'empêcher de bouger. C'était sans compter sur le fait que leur victime était ceinture noire dans deux arts martiaux et marron dans un troisième. D'un mouvement souple, l'oiseau retourna la situation et coinça la tête de son agresseur dans la pliure de son genou, déformant son bras jusqu'à lui démettre l'épaule dans un craquement sinistre. Il faillit lui rompre la nuque mais se contenta de l'endormir pour le moment. Il mourrait plus tard. S'il le décidait ainsi. Daniel détala sans demander son reste (avec les chefs des menottes) pendant que son chef tombait lourdement sur le sol, out pour quelques heures. Peter continua d'agoniser à l'autre bout de la pièce. Julian était taché de son sang, au visage, à la main et sur ses vêtements. Il remarqua d'ailleurs que ses ongles avaient repris leur taille normale. Étrange...

Il essaya de nouveau de tirer sur le lien d'acier qui l'unissait à la fonte mais rien n'y fit. Désespéré, l'oiseau déploya ses grandes ailes et s'enveloppa à l'intérieur pour échapper au monde, se donner l'apparence d'une grosse boule de plumes bleues. Bien à l'abri, Julian réfléchissait à la manière dont il allait se sortir de là quand ses oreilles extraordinaires repérèrent une voix qu'il connaissait. Il utilisa son pouvoir pour la traquer et, découvrant que son propriétaire n'était pas très loin de sa position, il régla le son de son bracelet à fond pour taper sept lettres que la voix du robot hurla à sa place :

CAMILLE ]
 
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Message posté : Jeu 20 Aoû 2015 - 23:01 Message
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Un prénom français pour une fois parfaitement prononcé à Star City retentit dans le couloir lugubre et Camille s’élança au pas de course en direction de la porte dont il était sorti. Il l’ouvrit d’un coup de pied et le spectacle qu’il y trouva ne parut pas le surprendre — c’était à se demander, en vérité, ce qui le surprenait. D’un rapide coup d’œil circulaire, il avait analysé la situation, déterminé la position des deux hommes meurtris par les assauts de Julian et — mais ça, c’était facile — déterminé celle de Julian.

Sans hésiter, Camille se jeta à genoux à ses côtés. D’une voix douce et tendre, il murmura en allemand :

— J’suis là, mon ange.

D’accord, c’était sorti tout seul — il manquait un tout petit peu de sang-froid malgré tout, mais le spectacle l’affectait plus durement qu’il ne le laissait paraître. Camille aurait regardé un massacre avec un visage impassible mais ses expressions ne devaient rien laisser préjuger des agitations de son cœur.

— Ouvre tes ailes. Tu crains plus rien. Laisse moi voir ta main.

Camille n’avait pas oublié que les deux hommes du Machine n’allaient pas tarder à arriver et ses sens étaient en alerte. Objectivement, il savait très bien qu’il y avait peu de chance que ces sinistres pervers fissent le poids contre lui, puisqu’il n’avait pas été de taille à lutter contre Julian, mais on n’était jamais trop prudent. En attendant, alors qu’il découvrait la main menottée de son ami, il promena un regard analytique autour de lui et récupérer un clou rouillé.

— Bouge pas, ça va bien se passer.

Et le Français offrit l’une des démonstrations les moins spectaculaires et les plus remarquables de ses pouvoirs : son aptitude à ouvrir à peu près n’importe quelle serrure avec à peu près n’importe quoi. Il aurait eu la clé de ces menottes-là précisément que le déclic ne serait pas arrivé plus tôt. Bientôt, il libéra le poignet. Il entendit des bruits de pas.

— Reste derrière moi. Tu risques rien.

L’agent se redressa et se retourna, en s’interposant entre Julian et la porte. Les deux types du Machine firent leur apparition. L’un d’entre eux fit un pas en avant et, la surprise et l’angoisse du spectacle de ses deux amis gisant au sol passées, il fixa Camille.

— Fais pas l’con, mec. J’suis un méta. Si tu dégages maintenant, il t’arrivera pas de bricoles.

L’alternative qui s’offrait à Camille était simple mais elle méritait la réflexion. Il pouvait simplement sortir son badge d’agent de l’UNISON et mettre tout le monde en état d’arrestation mais cela aurait impliqué de faire témoigner Julian et, de toute évidence, l’oiseau n’avait pas besoin de ça. Ou bien il pouvait extraire discrètement l’Allemand du Dark Land. Camille effleura la montre à son poignet et, à Carson Electronics, une super-moto démarrait pour rejoindre le centre-ville.

— Alors, qu’est-ce que t’en dit ?
— Ah, parce qu’en plus il faut que je fasse la conversation ?

Dix secondes plus tard, les deux hommes gisaient inconscients sur le sol. Le premier avait étendu un bras de trois mètres de long, comme un improbable élastique. Camille s’était laissé prendre, la victoire avait paru facile. Puis le Français, une fois rapproché de ses proies, s’était dégagé avec une facilité d’autant plus déconcertante qu’elle était gracieuse, avait assommé le deuxième homme d’un coup de coude, tout en pressant avec violence l’index et le majeur de sa main gauche en trois points du torse de l’autre, qui s’était écroulé avec un gémissement de douleur. Les combats de Camille avaient ceci de peu spectaculaire qu’à moins d’un contre dix, ils étaient particulièrement brefs.

— On va y aller.

Il se doutait que quelqu’un, au Dark Land, allait finir par appeler la police. Ceci étant dit, Camille ne négligeait pas un détail important. Il avait sorti son téléphone portable et prit une photographie de chacun des quatre hommes, les trois inconscients et celui qui continuait de hurler. Ce n’était pas qu’il pensât à la vengeance mais plutôt à la sécurité à long terme de Julian. L’oiseau n’était pas des plus discrets et Camille voulait avoir les moyens de parer à toutes représailles.

Avec le même ton d’autorité de l’homme d’action qui maîtrisait une situation pourtant parfaitement imprévue, Camille tendit la main à Julian.

— C’est parti. Ma moto est derrière.

Des sirènes commençaient à se faire entendre. Camille entraina Julian tout au fond du couloir, là où le néon vert d’une issue de secours brillait dans l’obscurité. La porte était déjà ouverte : c’était par là que Dan s’était enfui. De l’autre côté, la Sekhmet attendait.

— Vas-y, installe toi. Il y a deux sangles automatiques pour les pieds, mais panique pas, t’es pas prisonnier…

Gérer la psychologie des victimes, ce n’était pas trop son domaine mais il avait quand même un peu de bon sens.

— … si tu donnes un coup sec, ça s’ouvre tout seul. C’est juste pour t’empêcher de tomber.

Tomber de quoi, là était la question. D’ailleurs, la moto n’avait pas de roues. Le mystère s’éclaircit quand Camille la chevaucha, se pencha en avant et que le véhicule décolla de deux mètres au-dessus du sol, avant de foncer à la verticale sur la façade de l’immeuble qui abritait le Dark Land, dans une accélération que les modèles du marché ne sauraient égaler.

Les policiers avaient peut-être investi le club, en bas, mais ils ne risquaient pas de rattraper l’oiseau responsable des hurlements de Peter. La moto bifurqua sur le toit de l’immeuble, vola jusqu’au toit suivant puis parut entrer en chute libre jusqu’à atteindre une hauteur d’un mètre au-dessus du sol, à partir d’où elle redémarra à pleine vitesse. Si le premier voyage vers Carson Electronics sur la première moto avait défié le code de la route, le second voyage sur la seconde moto défiait les lois de la physique.


 
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Message posté : Ven 21 Aoû 2015 - 1:01 Message
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Au mot doux par lequel Camille le désigna, Julian se sentit réconforté. Il descella sa barricade de plumes et ouvrit ses ailes suffisamment pour accueillir le français à ses cotés, lançant un furtif coup d'oeil dans la pièce pour s'assurer que tout danger était écarté. Le mec qui hurlait sa douleur en se tenant le visage allait lui filer la migraine. Il serait aller l'achever s'il n'avait pas été enchaîné.

Encore un peu choqué, il regarda le français crocheter la serrure de la menotte avec trois fois rien. Bientôt, Hermès, le dieu des voleurs en personne, lui apprendrait à faire pareil. Son poignet libre, Julian se remit debout en le massant, chassant le sang pour voir si quelque chose était cassé. Apparemment pas. La chair était juste bien entamée et le résultat pas très beau à voir. Un autre que lui aurait sûrement été choqué par cette vision ou aurait pleuré. Mais l'oiseau était né en captivité. La sensation du métal froid contre sa peau, il avait grandi avec.

Les renforts des agresseurs arrivèrent et, quand les hommes vinrent la nuque bleue de Bruce ainsi que Peter-l'agonisant, ils pâlirent un peu. Histoire de faire quand même bonne figure, ils menacèrent Camille qui s'était posté entre Julian et eux, prêt à toute éventualité. On ne sut jamais si le larron avait menti ou pas parce qu'il n'eut pas l'occasion de faire une démonstration de ses prétendus pouvoirs. En moins de temps qu'il ne fallait pour le raconter, l'agent de l'UNISON s'était débarrasser proprement des deux gêneurs. Sa technique de combat était plus propre que celle du prince, à moitié couvert du sang de ses ennemis.

Julian prit la main que Camille lui tendit et, repliant ses ailes gigantesques à l'intérieur de lui, il le suivit sans poser de questions. Un drôle de véhicule les attendait dans la rue. L'oiseau n'en avait jamais vu de tel mais, d'un autre coté, il n'avait pas vu grand chose du monde. Il grimpa dessus et testa d'abord avec un seul pied cette histoire de sangle sensée l'ouvrir en cas de coup sec. Comme cela fonctionna, il accepta de condamner ses deux pieds et enroula ses bras autour du torse de Camille, collant la joue entre ses omoplates et fermant les yeux pour essayer de retrouver son calme intérieur. Son sourire lui manquait. Où était-il passé ? Il n'avait pas l'habitude de le perdre. Sans lui, il se sentait vulnérable.

Il ne vit pas grand chose du trajet qui les conduisit à Carson Electronics. D'abord parce que ses paupières étaient closes et ensuite parce qu'il occupa son esprit perturbé en chantant intérieur l'Enlèvement au sérail, un opéra composé par Mozart.

Quand la moto s'immobilisa dans le garage dont elle s'était échappée, Julian se hâta d'en descendre et attendit à peine que Camille en ait fait de même pour plonger dans ses bras, l'étreignant avec force au départ et puis relâchant peu à peu ses nerfs à mesure qu'il se calmait. Il écoutait les battements de cœur de l'agent pour s'aider, soupirant dans son cou, contre sa peau.
Si les mains des affreux de tout à l'heure lui avaient paru indésirables, il était heureux de voir que d'autres étaient encore les bienvenues. Il n'aurait pas pu se passer d'étreintes. Celle du français, par exemple, était parfaitement supportable. Désirable.

[Je ne comprends pas]
tapa-t-il dans le dos du jeune homme où l'avant-bras qui avait le bracelet reposait. [Pourquoi ont-ils fait ça ? Que voulaient-ils de moi ?]

L'oiseau se révélait encore être l'innocence incarnée. Il décolla un peu son visage pour laisser ses yeux vairons s'ancrer dans ceux de Camille. Il devait y avoir une explication logique à ce comportement barbare. Forcément. Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ? C'était eux qui l'avaient invité à se joindre à leur groupe pour discuter. Il avait seulement accepté. Est-ce qu'il avait mal compris et que l'invitation comprenait des petites lignes au bas du contrat qu'il n'aurait pas lu ?

Lentement, il se détacha de celui qui avait volé à son secours sans la moindre hésitation et il se rendit compte que leur étreinte avait taché la chemise de Camille. Ils étaient tous les deux bons pour prendre une douche et se changer. Le propriétaire des lieux allait finir par croire que Julian faisait exprès de se mettre dans ses situations catastrophiques pour lui piquer des fringues.
 
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Message posté : Ven 21 Aoû 2015 - 11:10 Message
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Les bras de Camille s’étaient refermés autour de Julian. Il ne l’aurait pas fait de lui-même parce qu’il avait craint que son expérience eût rebuté l’ange du contact physique et, surtout, il ne voulait pas le brusquer. Si Camille n’était pas à l’ordinaire des plus chaleureux, en ces circonstances sa sensibilité profonde et sa délicatesse s’exprimaient mieux qu’ailleurs. Il serrait aussi fort que possible, sans lui faire mal.

Les questions de Julian étaient terribles. Camille avait l’habitude de décrire le monde aussi brutalement que le monde existait mais devant un être pareil, la tâche semblait impossible. L’honnêteté aurait quelque chose de presque injuste. Il posa une main sur la joue de Julian et la caressa du pouce.

— On va pas discuter dans le garage, si ? Viens, on monte. Tu pourras caresser le chat.

Sa main s’envola, seulement pour rejoindre celle de Julian et, comme quelques semaines plus tôt, il le guida dans l’escalier et ils rejoignirent l’appartement. Tybalt accourut en miaulant. Ils passèrent dans le salon, Camille jeta un œil dans la cuisine, machinalement, constata qu’il avait y toujours des croquettes dans la gamelle et conduisit Julian vers un canapé confortable. À peine l’ange assis, le chat bondissait sur ses genoux et commençait à lui pétrir les cuisses en ronronnant bruyamment.

Avec une souplesse plus féline que celle de son chat, Camille s’installa sur le canapé, une jambe repliée sous lui, tourné vers Julian (et Tybalt).

— Ils ont fait ça parce qu’il y a des gens qui sont violents et cruels.

Camille ne comptait pas mentir. Julian méritait de savoir ce qui lui était arrivé et ce n’était même pas parce que l’agent espérait qu’à l’avenir, l’ange se montrerait plus prudent. Sa sincérité tenait simplement du respect que l’on doit aux victimes.

— Ils voulaient…

Le Français réfléchit. La question de Julian prouvait que l’oiseau était bien plus ignorant qu’il ne l’avait cru d’abord. S’il ne devinait pas les intentions de ces hommes, c’était très probablement qu’il n’avait jamais eu de relation sexuelle ni une idée très claire de ce qu’elles pouvaient être. Camille se retrouvait alors dans le rôle étrange d’expliquer les abeilles, les fleurs et les choses de la vie à un garçon pas beaucoup plus jeune que lui.

Il s’en voulait désormais du désir qu’il avait ressenti pour Julian. Il lui semblait déplacé.

— Tu sais ce que c’est, la sexualité ?

Et puis, jugeant que jouer aux questions-réponses aurait été faire preuve d’insensibilité en forçant Julian à parler de ce qu’il n’avait peut-être pas envie de formuler, Camille prit le parti de tout expliquer, même les évidences, pour éviter à l’oiseau la peine d’avoir à faire par lui-même la part des choses.

— Quand tu trouves quelqu’un beau ou… simplement intéressant, attirant, physiquement, ton corps réagit. Tu as envie de le toucher, d’être touché. Pas seulement comme un câlin. Plus profond que ça, plus chaud, en quelque sorte ? Tu…

À quel degré de détail était-il censé descendre ? Camille resta une seconde ou deux silencieux. La conversation ne l’embarrassait pas. Il avait tourné dans un film pornographique, il s’était déshabillé devant de parfaits inconnus en des mouvements sensuels et suggestifs, alors il n’était plus à ça près.

— … éprouves du désir. Ta peau est plus sensible, ton sexe se tend, ta… hm… ça se contracte à l’intérieur de toi. Et quand deux personnes ressentent la même chose l’une pour l’autre, ou trois personnes, ou quatre, n’importe, alors elles peuvent avoir une relation sexuelle. Elles se caressent, elles s’embrassent, elles se pénètrent, généralement jusqu’à qu’elles éprouvent un plaisir très fort, très intense, c’est la jouissance.

Peut-être que Julian savait tout cela, peut-être qu’il trouvait même ridicules ces rappels élémentaires, mais Camille les poursuivait, avec une douceur et un calme imperturbables, en se découvrant une vocation d’éducateur sexuel, moins improbable qu’il ne l’aurait cru, parce qu’elle était ancrée au cœur de ses pouvoirs. Les caresses, n’était-ce pas la forme suprême de son art du geste, après tout ?

— Il y a plein de règles et d’habitudes autour de ça. Ça varie en fonction des gens, en fonction des pays, en fonction des époques. Il y a des hommes qui font ça qu’avec les hommes, des femmes qu’avec des femmes, des femmes avec des hommes, d’autres les deux. Des gens qui aiment les gens qui sont à la fois hommes et femmes, ou aucun des deux, ou entre les deux. Toutes les combinaisons possibles. Et puis il y a des gens qui considèrent que ça doit se faire qu’à deux, dans l’intimité, en privé. Qu’il faut toujours être avec la même personne. D’autres qui trouvent qu’on peut avoir plusieurs partenaires. Y en a pour qui c’est très très important, très très spécial, comme moment, et qui le font pas avec n’importe qui, d’autres qui trouvent que c’est agréable et qu’il n’y a pas de raison de s’interdire quand on en a envie.

Les opinions de Camille sur le sujet étaient somme toute très libérales. Les voyages et l’habitude de toutes les cultures avaient conduit le jeune homme à avoir les idées vastes.

— Mais y a quand même des choses qui sont interdites. Ou qui devraient l’être. On fait ça que si les gens sont d’accord entre eux, tu vois ? Que s’ils sont capables d’être d’accord, s’ils sont assez âgés, déjà, si c’est pas des enfants, s’ils sont majeurs quoi, et même s’ils sont majeurs, il faut qu’ils comprennent bien de quoi il est question. Ensuite, qu’ils donnent leur accord de façon claire. Qu’on les oblige pas, soit par la menace, soit par la force, soit en faisant pression sur eux, en les droguant, et tout. Mais y a des gens, des hommes surtout, pas que, mais vraiment, principalement, des hommes qui s’en fichent et qui le font quand même. Qui forcent les gens à avoir ces relations-là avec eux, même si ces gens le désirent pas. On appelle ça un viol. Et tu sais…

Les yeux de Camille étaient un peu humides. Il y avait des limites à son sang-froid.

— C’est pas vraiment du désir, ça, pas comme toi, moi ou les autres gens peuvent en éprouver. C’est juste de la violence, de la brutalité. C’est pas des caresses, c’est juste des coups. Et je sais que c’est peut-être difficile mais il faut que tu comprennes que ce que ces types-là essayaient de faire, ça a rien à voir avec la sexualité et avec le plaisir que les gens prennent ensemble, mais si c’est les mêmes gestes, vu de loin. C’est un peu… c’est un peu la différence entre se battre pour le sport, pour jouer, et se battre pour tuer quelqu’un. Le viol, c’est tuer le plaisir de quelqu’un dans l’avenir. C’est une sorte de meurtre. C’est une sorte de guerre.

Et parfois, c’était une partie intégrante de la guerre — Camille l’avait vu de ses yeux — qui avaient laissé échapper une larme. À l’infortune de Julian se superposaient les souvenirs de charniers sinistres qu’il avait vus en Europe Centrale ou en Afrique.

— Il faut que tu puisses être prudent sans avoir toujours peur. Ce sera peut-être pas facile. Si tu as envie, tu as le droit de te laisser caresser et de caresser des gens que tu viens de rencontrer. Il y en a qui trouveront que ça se fait pas, mais tu t’en fiches. Et si tu te comportes comme ça, eh bien c’est pas une excuse pour que des gens essaient de te forcer. Quand tu décides que ça s’arrête, ça doit s’arrêter. T’es jamais responsable de la violence des autres. Bref, t’as le droit, faut juste savoir que tu peux faire de mauvaises rencontres. Alors, tu sais te défendre, mais des fois, ça s’enchaine et c’est difficile d’en sortir. Faut te fier à ton instinct. Si t’as le moindre doute sur quelqu’un, tu t’en vas. Alors peut-être que des fois tu te te tromperas, peut-être que des fois t’auras juste eu peur pour rien, mais c’est pas très grave. Et puis… T’as ton bracelet, là. J’suis sûr qu’on peut le modifier pour qu’il envoie un signal, un appel au secours, quand t’as un problème. Comme un SMS, tu vois ? Ce serait pas mal. Faut que tu puisses continuer à explorer le monde et les gens, simplement en étant prêt à te défendre, au cas où. Tu comprends ?

 
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Message posté : Dim 23 Aoû 2015 - 2:31 Message
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Caresser le chat !
Julian se laissa entraîner à l'intérieur de l'appartement par cette promesse et par la main de Camille qui avait si naturellement sa place dans la sienne. Elle n'était pas dérangeante comme celle que le chef de ses agresseurs avait posé sur sa cuisse. Elle ne le salissait pas. Au contraire, elle lui donnait même un peu de valeur.

Il avait lu que les animaux avaient une sorte de sixième sens. Qu'ils sentaient quand quelque chose n'allait pas et qu'ils prêtaient leur assistance, à leur façon. Cette théorie se vérifia peut-être quand Tybalt sauta sur les genoux du prince plutôt que sur ceux de son maître et se mit prendre des pauses typiquement caractéristiques des chats qui réclament des grattouilles et des caresses. Ce que Julian lui donna avec grand plaisir, se pliant parfois en deux pour déposer un baiser dans son pelage fourni, malgré les petites pattes que le matou aplatissait sur son nez, sans le griffer.

Pendant que l'agent de l'UNISON réfléchissait à la meilleure manière d'expliquer le viol à un jeune homme qui semblait avoir la mentalité d'un garçon de six ans, Julian grattouillait les oreilles du chat qui n'en pouvait plus de ronronner. S'il était si docile, sans doute, c'était parce qu'il reconnaissait le grand oiseau bleu qui s'était posée dans la cour de Carson Electronics plusieurs fois au cours de ce dernier mois, jamais à des moments où le propriétaire des lieux était là, mais qui n'était jamais reparti sans distribuer quelques caresses. Caresses auxquelles Tybalt avait l'air de prendre goût.

Julian n'osait pas s'appuyer sur le dossier du fauteuil parce qu'il savait que son t-shirt en lambeaux ne l'empêcherait probablement pas de tacher le meuble raffiné. Il sentait encore le sang en train de sécher sur son menton et sur son torse. C'était dommage. Il aimait bien ce haut-là. Il aurait du l'acheter en double. Il faudrait qu'il y pense la prochaine fois.

Le sexualité ? Il pensait savoir ce que c'était. Mais quand Camille se mit à la lui expliquer, il se rendit compte que c'était beaucoup plus imprécis que ce qu'on avait essayé de lui inculquer quand il était encore en captivité. Personne ne lui avait dit qu'il pouvait faire ce qu'il voulait. Qu'il n'y avait pas de règles du jeu. A part, évidemment, celle du consentement mutuel.
Avait-il déjà éprouvé du désir comme le français le lui décrivait ? Une chaleur telle qu'elle entraînait des réactions partout dans son corps ? Il n'était pas sûr. Il n'avait pas souvenir que son sexe se soit déjà tendu ni que quoi que ce soit à l'intérieur de lui se soit déjà contracté. A moins que les abdominaux ne comptent mais il n'avait pas l'impression.
Se caresser, s'embrasser, se pénétrer. C'était ça alors, une relation sexuelle ? L'idée lui plaisait. Parce que ça voulait dire beaucoup de contacts physiques.

Curieusement, l'idée d'avoir une relation sexuelle avec une femme lui semblait étrange. Comme irréalisable. Il se demanda comment on pouvait être à la fois un homme et une femme ou aucun des deux ou entre les deux. Mais bon, si Camille le disait, c'est que ça devait exister. Il trouva aussi étrange cette croyance en la monogamie. Parce que l'oiseau trop innocent était encore incapable de jalousie. Cette incompréhension demeurerait sans doute jusqu'à ce qu'un partenaire lui fasse une demande d'exclusivité. Dans l'intervalle, il trouvait bien plus naturel le fait de distribuer ses caresses à qui les voulait. Il pensait déjà à Philippe. Et Dante. Et Raphaël. Pourquoi pas Leo, si le sphinx voulait bien arrêter de faire son grognon. Et, plus récemment, à Camille aussi. Autant de personnes qui avaient son affection sans rien avoir demandé mais qui auraient bien du mal à s'en défaire.

Julian connaissait le mot viol. Il l'avait déjà lu mais il n'avait pas vraiment compris à quoi il correspondait. Quand il réalisa que ce mot laid avait failli s'appliquer à lui, il frissonna et prit Tybalt dans ses bras pour le serrer contre lui, comme si le félin pouvait l'en protéger. La larme que versa Camille l'atteignit en plein cœur et le contraignit à poser le chat par terre pour s'accrocher plus près de l'agent et passer un doigt sur sa joue pour chasser la preuve de son état d'âme. Sans quitter son nouvel ami des yeux, il tapa sur son bracelet en baissant le son comme ils étaient seuls dans le silence de l'appartement à présent : [Pourquoi pleures-tu ?] Il caressa lentement sa joue. [Tu es triste pour moi ?] Il cligna des yeux et pencha la tête vers la gauche, signe qu'il était intrigué. Le prince passa ses bras autour de Camille et l'attira contre lui, comme si c'était lui qui venait d'être victime d'une agression et non l'inverse. Non sans difficulté pour taper, il écrivit encore : [Ne sois pas triste. Ils ne m'ont rien fait. Tu étais là. Je n'avais plus peur quand j'ai entendu ta voix.]

Quelque chose que Camille avait dit lors de leur première rencontre, au club latino, lui revint en mémoire. Sans le moindre rougissement ni la moindre gêne, il demanda : [Tu as dit que tu avais envie de moi. Quand on a dansé. Je me souviens. Est-ce que ça veut dire que tu éprouves du désir pour moi ?] Sa question était toute légitime. Même dans la voix impersonnelle du robot qui la lisait, on pouvait croire entendre une certaine douceur. [Tu veux m'embrasser ? Toi, tu peux. Je suis d'accord. Parce que tu es gentil et que je t'aime bien. Mais ne pleure pas. Souris.] L'oiseau lâcha son bracelet et adressa son plus beau sourire à Camille, dans l'espoir d'en avoir un en retour.
 
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Message posté : Dim 23 Aoû 2015 - 19:17 Message
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— Bien sûr que je suis triste pour toi.

Il en avait de ces questions, l’oiseau ! Camille ne se débattit pas — heureusement, quand on considère qu’il démolit des videurs à coups de plateaux de service sans les regarder — quand Julian l’attira à lui. Les réactions du jeune homme lui auraient paru étranges, en vérité, si l’ancien espion n’avait pas vu bien des collaborateurs survivre à bien des traumatismes. Chacun avait sa propre manière de surmonter l’horreur — ou de se laisser abattre. D’autres auraient été tentés de voir dans le calme de Julian une sorte d’inconscience mais Camille venait d’un monde sans règle, du désert de la violence, des secrets et des combats, où les règles de la psychologie ne s’appliquaient pas régulièrement et où chacun avait ses propres démons et sa propre grandeur d’âme.

Les questions de l’ange ne surprirent pas Camille : il aurait fallu que l’oiseau fût amnésique pour ne pas faire le rapprochement entre leurs danses et ce dont ils venaient de parler. Le Britannique parut songeur. Avec une douceur pensive, il répondit d’abord :

— Bien sûr que je te désire.

Il tourna les yeux vers Julian. Camille n’était pas timide. Il avait dragué dans des bars, il avait regardé bien des hommes en face, et de plus terribles que Julian.

— Quand je te vois, j’ai l’impression qu’il faudrait être une statue de marbre pour ne pas te désirer.

Puis il se dégagea du bras qui entourait ses épaules et tendit la main à l’Allemand.

— Viens.

Tybalt protesta peut-être un peu de ce retournement de situation qui assurément ne prenait pas assez en compte son propre confort, dont il avait lieu de croire, pourtant, qu’il constituait le critère unique et permanent des décisions humaines. Persuadé que son chat se remettrait de cet affront, Camille entraina Julian dans sa chambre mais ce ne fut que pour atteindre la vaste salle de bain que ce dernier avait visitée déjà.

Là, il ouvrit un placard où s’alignaient des serviettes de toutes tailles, moelleuses et douces, un luxe de confort qui consolait Camille de bien des nuits passées à dormir à même le sol, dans des caves en plein bombardement. Il prit une petite serviette, la déplia puis la replia en deux et il ouvrit l’eau un moment, pour l’humecter un peu. Ensuite, il se retourna vers Julian et, avec des gestes sûrs, comme toujours, et doux autant que ceux de ses combats avaient été soudains, précis et violents, il entreprit de chasser le sang du visage de l’ange.

Il essayait de penser clairement. Une question grave l’occupait : Julian était-il un enfant ? Assurément, non : c’était un homme et un homme fait, capable de décider et de se défendre. Son ignorance des règles du monde rendait-elle coupable le désir que Camille éprouvait pour lui ? Cette difficulté morale était moins aisée à résoudre pour le Français. S’il avait expliqué la sexualité avec autant d’ouverture d’esprit qu’il en avait été capable, il ne pouvait nier au fond de lui qu’il restait déterminé par un peu de sa culture.

Pour lui, Camille, pour le mutant qui comprenait d’abord le monde en danseur et en chorégraphe, un baiser était une caresse et la caresse la plus intime était semblable à la caresse la plus commune. Pour lui, Camille, qui voyait dans la peinture les coups de pinceau, qui sentait dans le concerto les muscles du violoniste, c’était le même art. Mais pour le jeune Saint-Clair, qui avait grandi parmi les autres, qui avait appris les règles du couple puis les règles de la drague, les règles des relations, les convenances, les habitudes, au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas, pour cette partie de lui qui demeurait humaine malgré la mutation, il y avait de la culpabilité et de l’incertitude.

Le visage de Julian était propre. Camille lança la serviette tachée de sang dans un panier à linge.

— Peut-être qu’on pourrait en reparler quand on sera propres.

Il voulait dire : quand il n’y aurait plus de sang.

Il s’imagina laver tout le corps de Julian comme il venait de le faire de son visage. Il s’imagina l’eau qui remplissait la baignoire, et lui dedans, et Julian adossé contre son torse. Il s’imagina le baiser qu’il pourrait déposer sur son nombril, s’ils étaient face à face dans la douche, et qu’il se mettait à genoux devant Julian. Il s’imagina Julian debout derrière lui, et plongé en lui, et sa main à lui sur la nuque de l’ange, et les ailes refermées autour d’eux tandis que Julian lui faisait l’amour. Il s’imagina tout le monde qui commençait au baiser que Julian lui offrait et qui se terminait au plus vif et au plus passionné de ses désirs.

Son jeans cachait mal son désir. La nature avait été trop généreuse pour qu’il fût jamais discret. Ce jour-là cependant, ce qui avait fait plus d’une fois le succès de l’ancien strip-teaseur l’embarrassait. Il ne savait pas si sa honte était véritable ou le produit de son éducation mais Camille, en tout cas, détourna le regard.

— Je te laisse celle salle de bain, je vais aller dans celle de la chambre d’amis, en face.

Le Français sourit au lavabo et tourna le dos à Julian.
 
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Message posté : Lun 24 Aoû 2015 - 0:55 Message
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Julian fut très surpris de voir Camille l'abandonner dans la salle de bain après avoir reconnu qu'il éprouvait du désir pour lui. Il n'avait pas du bien comprendre ce que cela signifiait. Dans son idée, l'agent aurait du se rapprocher, le toucher, se presser contre lui, poser sa bouche sur la sienne... Il devait lui manquer une explication - qu'il réclamerait à Dante ou Raphaël en rejoignant Beaudrie un peu plus tard.

Seul dans la pièce, l'oiseau fit passer le t-shirt en lambeaux par dessus sa tête et l'abandonna dans le lavabo, à coté du bracelet qu'il avait retiré pour ne pas le mouiller, avant de défaire son pantalon épargné qu'il plia précautionneusement dans l'intention de le remettre. Le boxer alla en revanche rejoindre le t-shirt, ainsi que les chaussettes. Les chaussures avaient déjà été retirées quelque part entre le salon et la chambre. Il entra dans cette douche familière et lança le jet pour se mettre à frotter énergiquement sa peau pour la débarrasser de toute trace de sueur, de sang ou des mains de ses agresseurs. En descendant une des siennes sur son bas-ventre, il fut surpris de constater que ce qui se trouvait juste en dessous était un peu plus rigide que d'habitude, sans toutefois l'être de manière remarquable. Il lava aussi ses cheveux et sortit de la douche, attrapant une serviette qui trouvait déjà sur le portant pour s'essuyer. Il remit simplement son pantalon dont il referma les boutons (il n'aimait pas les fermetures éclair) soigneusement et sortir de la pièce, pieds nu, torse nu, cheveux mouillés.

Son attention avait été de rejoindre la salon mais il avisa Tybalt qui se mit à miauler sur le lit en le voyant débarquer alors il céda aux appels du matou. Julian grimpa sur le matelas aux draps bien mis et s'y allongea de tout son long, pratiquement en son centre, sur le dos, prenant le félin dans ses bras pour le déposer sur son ventre musclé et le grattouiller en l'écoutant ronronner son plaisir. Tybalt et lui avaient des tonnes de points communs apparemment.

Il perdit la notion du temps mais quand Camille réapparut – peut-être pour voir ce qui lui prenait si longtemps – il interrompit son massage pour écrire sur son bracelet. [Tu as été honnête avec moi et je me sens mal en te mentant.] Il se redressa en position assise, gardant le chat entre ses jambes croisées. [Je peux te faire confiance?] Il patienta quelques secondes, juste le temps de percevoir un petit signe d'accord entre eux. Un hochement de tête, un 'oui', un regard entendu... N'importe quoi aurait suffit à confirmer ce que son cœur, au fond, savait déjà : que Camille ne le trahirait pas.

Il tapa sa prochaine phrase et hésita une longue minute avant de l'envoyer car, une fois que ce serait fait, il n'y avait pas de marche arrière possible. Finalement, il cliqua sur un bouton et la voix du robot lut avec une parfaite indifférence : [Je suis le Prince Ludwig von Wittelsbach.] Ce nom était principalement connu en Europe, surtout grâce à sa grande tante qui n'avait été nulle autre que la fameuse Sissi l'Impératrice, Elisabeth von Wittelsbach, l'impératrice d'Autriche et reine de Bohême et de Lombardie-Vénétie. Son arrière-grand-père avait été le dernier Roi de Bavière. Même après son abdication, ils avaient conservé leurs titres. Si bien que son propre père n'était rien moins que Prince héritier de Bavière, Duc de Bavière, Franconie et en Souabe, Comte palatin du Rhin. Les mêmes titres dont il hériterait bientôt, si on en croyait l'état de santé désastreux de la tête couronnée.
Le fils releva le menton, plantant ses yeux vairons dans ceux de son interlocuteur. [Julian est mon deuxième prénom.] Il en avait sept : Ludwig Julian Gottfried Engel Hanz Roman Wendel. [Je suis né avec mes ailes et une voix perçante qui rendit ma mère sourde.]

Il baissa tristement le menton et s'obligea à finir son explication : [On fit apposer une rune magique sur ma gorge pour me rendre muet et on m'éleva dans un souterrain, sous le palais de Munich, loin du regard des gens, pendant quatorze ans.] Il trouvait toujours injuste de pouvoir résumer son passé en une seule phrase alors qu'il l'avait tellement fait souffrir. Il aurait aimé que Camille comprenne bien l'enfer qu'il avait vécu pou pouvoir pardonner ce qu'il était aujourd'hui. Car, contrairement à ce que l'agent pensait en étant ignorant de ces faits, son mentor n'était pas celui qui lui avait fait du tord. D'ailleurs, il écrivit : [Philippe est celui qui m'a libéré de cette cage. Il m'a protégé. Il m'a conduit partout pour me montrer le monde auquel on refusait de me montrer moi. Sans lui, je serais encore leur prisonnier. Et il n'a rien demandé en échange.] Il lui avait semblé essentiel que l'agent sache cela car il se méfiait visiblement de son mentor. Peut-être que la lumière de ces nouvelles informations le conduiraient à plus de confiance. A moins qu'il ne connaissait déjà trop son ancien complice et qu'il sache pertinemment que la bonté désintéressée n'était pas son apanage.

[Voilà. Maintenant, tu sais qui je suis vraiment. J'espère que tu voudras bien garder le secret, parce que des gens me recherchent, et continuer de me voir. Je serais malheureux que tu me repousses, mais je comprendrais que tu demandes mon départ.] Il patienta quelques secondes dans un silence inquiétant puis, la gorge nouée, il souleva Tybalt pour le mettre à coté afin de pouvoir descendre du lit, prêt à s'en aller.
 
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Message posté : Lun 24 Aoû 2015 - 13:05 Message
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Camille était nu sous la douche, le front appuyé contre le carrelage et il pleurait. C’était idiot. Il ne pleurait pas souvent. D’ailleurs, ses larmes naissaient plus de la nervosité, n’est-ce pas, que de la tristesse. C’était ce qu’il aurait voulu croire. Il aurait voulu ignorer cette mélancolie cruelle à laquelle Julian le renvoyait. L’oiseau avait vécu si loin de la société humaine que sa simplicité forçait Camille à considérer la simplicité de ses propres pouvoirs ; la liberté de Julian résonnait avec celle que la mutation avait inscrite dans ses gènes et qu’il avait, constamment, frustrée. Il se sentait comme dérobé de son enfance, d’une innocence précieuse, de l’insouciance des gestes et des plaisirs, des jouissances nombreuses et belles qu’il aurait goûtées avec les hommes qu’il désirait, au rythme de son instinct, s’il n’avait longtemps considéré ces désirs comme des pulsions et ces pulsions comme étrangères à ses pouvoirs.

Ce fut lui qu’il s’attarda sous la douche. Il n’en sortit que sûr de pouvoir se composer un visage plus calme. La chemise, impossible à rattraper, resta au sol. Le pantalon avait trop vécu. Il enfila le boxer et chercha autour de lui un vêtement qui cacherait mieux son anatomie. Sans succès. Tant pis : il quitta la salle de bain, la chambre d’amis, pour regagner la sienne et, comme Julian était sur le lit, pour éviter toute réaction embarrassante, le projet de Camille était simple : gagner le dressing et se couvrir avant de revenir parler à l’oiseau.

C’était hélas sans compter les premiers mots de celui-ci. Le Français se figea. Ses yeux se posèrent, avec une méfiance instinctive, sur le visage de cet étrange ami. Lentement, il hocha la tête. En vérité, il aurait déconseillé à qui que ce fût de lui faire confiance. Camille n’était jamais sûr de ce qu’il était prêt à sacrifier pour un bien plus grand. Il croisa les bras, debout dans sa chambre, dans ce boxer trop rouge, trop moulant, qu’il avait choisi pour sortir au Machine. c’était un étrange confesseur que Julian avait là.

L’ange, néanmoins, se confessa. Camille l’avait écouté silencieusement. Comme à son ordinaire, il resta indéchiffrable en entendant les révélations mais, quand Julian fit mine de vouloir partir, Camille décroisa les bras et s’approcha du lit. Presque nu ainsi, quand on pouvait observer les moindres mouvements de son corps, le jeu de ses muscles, de ses articulations, il était impossible de le croire humain, parce que même les gestes qui échappaient à son contrôle, la manière dont son ventre se soulevait quand il respirait ou dans ses paupières clignaient, étaient parfaits.

La nudité était, pour Camille, l’était le plus plaisant. Si Julian n’avait pas été là, il n’aurait pas même porté de boxer. C’était dans la nudité que le pouvoir du jeune homme s’exprimait sans contrainte, qu’aucune étoffe de tissu, même souple ou légère, ne venait retenir ses mouvements. Il vint s’asseoir sur le lit, en tailleur lui aussi, en face de Julian. Ses yeux cherchèrent ceux de l’ange.

— Tu ne m’as pas menti. Personne ne t’a demandé de décliner ton arbre généalogique ni la totalité de tes prénoms. J’en ai d’autres, des prénoms, moi aussi, tu sais. Et ma famille est à la grande bourgeoisie ce que ta famille est à la noblesse. Tu sais que je suis riche. Peut-être que tu ne comprends pas techniquement ce que ça veut dire. Mais je suis riche comme…

Bill Gates, à peu près.

— Disons que si j’étais cent milles personnes, je serais encore à l’aise. Mais… je ne vais pas te donner un bilan comptable quand on se rencontre et les gens ne s’échangent pas leur carte d’identité.

Pour le coup, le très paranoïaque Camille trouvait les premiers scrupules de son ami infondé. S’il avait été moins habitué à la haute société de Londres, de Paris et d’ailleurs, si Julian avait été le premier prince qu’il avait rencontré plutôt que le dernier en date d’une longue suite de dignitaires, royaux, républicains et parfois tyranniques, qu’il avait salué depuis l’époque où il n’était encore haut que comme trois pommes, sa réaction eût été différente.

— Tu sais quoi…

Il ne parlerait pas de Philippe. Maintenant, il savait précisément ce que le mage cherchait à briser : le sceau qui retenait la voix de Julian. Et si cette voix en rendait les gens sourds, c’était déjà une arme considérable. Mais il voulait consoler Julian, non ranimer leurs différends. Plus tard, peut-être, qu’ils parleraient.

Camille bougea pour s’agenouiller à côté de son ami. Il posa une main sur son épaule nue et le poussa à s’allonger sur le lit, puis il s’y entendit à son tour, sur le dos, passa un bras autour des épaules de Julian et l’attira contre lui. Le contact de ce corps d’homme contre le sien réveilla aussitôt son désir et sa réaction physique ne se fit pas attendre mais Camille, malgré son trouble, prit le parti de la négliger. C’est très chastement que de sa main libre, il caressa la joue de Julian.

— Je ne vois aucune raison de te repousser, mon ange. Ceux qui en auraient sont des gens repoussants. Tu peux continuer à me voir autant que tu le désires et tu peux rester tant et comme tu veux. Tu es libre.

Les trois derniers mots tenaient bien de la suggestion : libre d’aller où il voulait, ni de se laisser conduire par Philippe là où Philippe le décidait.

— Les passés sont des choses compliqués et douloureuses mais parfois, il faut apprendre à ne pas s’en sentir responsable pour construire un futur meilleur. Un jour, peut-être, je te parlerai de mon passé et peut-être que tu me trouveras repoussant, mais c’est un autre Camille d’une autre époque et ce soir, je veux être ta consolation.

Camille tourna la tête pour déposer un baiser dans les cheveux de Julian.

– Comment préfères-tu que je t’appelle ?

Ludwig ou Julian ? Ou mon ange, qui venait avec tant d’évidence.
 
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Message posté : Mer 26 Aoû 2015 - 0:32 Message
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Julian écoutait ce que disait Camille mais, dans le même temps, il promenait ses yeux sur son corps exposé. C'était le premier corps presque nu qu'il voyait depuis que Philippe l'avait laissé et il ne pouvait s'empêcher de lister les différences. Celui de son mentor était ferme mais sec. A cinquante-quatre ans - c'était en tous cas ce qu'annonçait sa dernière carte d'identité – il faisait encore suffisamment d'activités physiques pour ne pas laisser son physique tombé en décrépitude. Sa peau était un peu tachée et rugueuse mais Julian adorait tout de même dormir entre ses bras. Le corps de Camille était ferme aussi mais sa peau semblait infiniment douce. Ses muscles étaient élégants et on pouvait voir que ce n'était pas superficiel. Chacun avait une raison d'être, une utilité.

Quels pouvaient être les autres prénoms de Camille Saint-Clair ? Cette question occupa son esprit un moment après qu'il ait finalement conclu que le corps de l'agent lui plaisait aussi, malgré ses différences avec celui qu'il aimait déjà. C'était donc vrai ce que Philippe lui avait dit : on pouvait aimer deux choses de même nature qui n'avaient pourtant aucun point commun entre elles. Fascinant.

Le prince élevé en captivité, loin de la réalité du monde, ne comprenait pas ce que voulait dire être riche. Avoir de l'argent, d'accord, mais pourquoi faire ? Tant qu'on en avait un petit peu pour manger et pour boire, à quoi servait le reste ? Est-ce qu'il fallait le collectionner ? Leur rencontre était extraordinaire, tout de même. Julian était tombé sur un des seuls hommes qui ne s'intéresseraient pas à son titre et son sang noble tandis que Camille était tombé sur un des seuls hommes qui n'essayeraient pas de se faire aimer de lui, combler de cadeaux et épouser pour profiter de sa fortune colossale. Heureusement qu'il n'avait pas cité Bill Gates parce que l'oiseau n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait. N'était-ce pas un ancien président des États-Unis ?

Camille bougea pour s'approcher de lui et le repousser à plat dos sur le lit. Le prince se laissa faire docilement, en battant des cils. Quand son hôte s'allongea à coté et l'attira contre lui , un sourire ravi illumina son visage. Sans réserve, il passa un bras par dessus le corps du français et arrêta sa main sur son pectoral, à la frontière de sa clavicule. Puis il soupira d'aise, se donnant l'air de ronronner sous les doigts qui caressaient sa joue avec précaution.

Encore « mon ange ». Julian aimait ça. C'était une marque d'affection et Camille semblait si peu habitué à faire montre de sentiments qu'elle en devenait encore plus précieuse. Il sourit encore lorsque l'agent l'invita à venir le voir quand il le souhaitait et à rester aussi longtemps qu'il en avait envie. Est-ce que c'était quelque chose que les gens disaient par politesse ou pouvait-il le prendre de manière littérale ? Parce que l'oiseau prenait tout de manière littérale. Comme il ne comprenait pas l'ironie et le sarcasme.

Libre ? Oui, il l'était. Camille se trompait s'il pensait que Julian se sentait l'obligation de rester avec Philippe parce que ce dernier l'avait libéré. Certes, il lui en était reconnaissant mais ce n'était pas précisément la raison pour laquelle il ne s'envolait pas vers d'autres cieux. Il voulait rester. Il ne connaissait rien de mieux et ce qu'il vivait lui plaisait. Pourquoi partir à l'aventure pour ne trouver peut-être que des choses moins bien ?
Il ferma les yeux en sentant le doux baiser abandonné dans sa chevelure d'or sombre.

Tout en réfléchissant à la réponse qu'il allait donner à la dernière question de son hôte, Julian avait commencé à balader pensivement sa main sur le torse de Camille, dans un mouvement lent mais appliqué. La douceur de sa peau le fascinait. Il tourna la tête vers lui et posa quelques instants ses lèvres charnues contre l'épaule nue. A cet instant, il aurait aimé être doté de parole encore plus que jamais, juste pour ne pas avoir à retirer sa main qui devait taper sa réponse sur le maudit bracelet. Contre toute attente, il choisit de rebondir sur ce que l'agent avait lâché juste avant : [Tu ne peux pas être repoussant. Ce qui compte c'est ce que tu es maintenant. Et maintenant, tu me plais. Même si tu devrais sourire plus.] Toujours cette idée fixe. [Pas Ludwig. Ils m'appelaient comme ça quand ils me gardaient enfermé. Le souvenir qui est lié à ce nom est trop douloureux. Julian, c'est bien. Même prononcé à l'américaine.] Il releva le menton pour observer Camille dans les yeux au moment où le robot lisait sa dernière phrase : [Mais j'aime que tu m'appelles 'mon ange'. Il n'y a que toi. On dirait que tu me trouves beau et que je suis précieux pour toi. Et puis, un de mes prénoms est Engel alors c'était comme si j'étais prédestiné.] Il sourit avec douceur. [J'aime bien ton prénom. Il est élégant et léger, comme toi. J'aurais voulu que mes lèvres soient capables de le prononcer.] Son regard s'attrista une seconde mais il se reprit en écrivant encore : [Quand le sceau sera brisé., je reviendrai te voir et je le murmurerai à ton oreille. Mais je ne te ferai pas mal, promis.] Pour illustrer son propos, Julian tendit le cou pour approcher sa bouche de l'oreille du jeune homme allongé contre lui et il souffla très doucement dessus.

Sentant le corps de Camille réagir à ce stimulus, Julian baissa les yeux vers le boxer rouge qui semblait retenir quelque chose de trop imposant pour lui. Intrigué, l'innocent oiseau tapa : [C'est la tension dont tu parlais ?] Tandis que la voix robotique lisait, le prince posa sa main sur le tissu écarlate du sous-vêtement pour juger par lui même de ce qu'il en était, sans conscience que ce mouvement était trop direct. La curiosité l'avait emportée – comme toujours.

Sentant la grosseur sous ses doigts, l'oiseau se redressa sur un coude, le corps tourné vers l'agent de l'UNISON, et il remonta sa main baladeuse sur son abdomen en se disant – à la manière dont les muscles se nouèrent – que c'était peut-être là la contraction dont il lui avait parlé.
Hum, le corps humain et les mystères de ses réactions en chaîne.
 
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Message posté : Mer 26 Aoû 2015 - 20:16 Message
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Un baiser, une caresse. Camille ne contenait plus rien de son désir. Pour une fois, cependant, il ne se disait pas qu’il fallait le précipiter. Ce n’était pas comme jadis, quand il hantait, une fois tous les trois mois, tel ou tel bar, avec l’envie de n’importe qui, comme ça, pour se soulager presque, il avait honte de se l’avouer, pour se soulager mécaniquement. Il avait l’impression nouvelle que le désir, c’était Julian. N’était-ce pas pour cela qu’il l’avait ramené chez lui, la première fois, et qu’ils étaient allés danser ? Camille pouvait bien prétendre qu’il enquêtait sur Philippe, ses raisons de l’esprit n’étaient pas très solides.

Ceci étant dit, Camille réfléchissait, alors que la voix robotique rythmait imperturbable les phrases de son ami, alors que le souffle de Julian se glissait dans son oreille. Il réfléchissait sérieusement mais, pour une fois, il ne réfléchissait pas à qui cherchait à le tuer, à ce que Julian pouvait découvrir de compromettant dans cet appartement ou aux codes nucléaires de la France, il ne réfléchissait pas au FSB, aux assassins hongrois ou aux milices d’Iran : il avait une idée toute autre, toute belle, toute innocente.

Et ce fut ce moment que choisit Julian pour lui mettre la main au paquet.
Il y a des garçons comme ça qui sont directs. Ça simplifie sans doute l’existence.

— Hm. Hmm hmm.

Répondit Camille, qui se sentait tout chose. L’agent tourna les yeux vers Julian. La main remonta.

Et ce fut la révélation.



Le geste de Julian avait été naturel. Naturel et simple, l’ange avait posé la main où il posait sa question, naturel et simple, le plaisir de Camille s’était propagé, naturel et simple, Julian le caressait.

— Ne bouge pas, mon ange, je reviens.

Puisque c’était ainsi qu’il voulait être appelé. Camille se releva, souple comme toujours, quitta la chambre, regagna la salle de bain de la chambre d’amis et fouilla dans les poches de son pantalon. Quand il revint, il posa son téléphone sur le lit et regarda Julian qui était là étendu. Avait-il raison de croire que les gestes devaient lui être simples et naturels et que le monde qui lui avait dicté les convenances élémentaires s’était trompé au moins pour lui ? N’y avait-il pas des circonstances où l’instinct le plus profond et le plus élémentaire trompait celui qui l’écoutait ?

Mais il y avait essayé de tempérer ses gestes et il n’était pas heureux. Il ne souffrait pas un calvaire horrible, sans doute, mais Julian le lui avait dit dès qu’il l’avait vu : il souriait trop peu. Alors Camille inspira, et puis il sourit, et puis…

 
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Message posté : Sam 29 Aoû 2015 - 1:27 Message
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Message posté : Mar 1 Sep 2015 - 23:21 Message
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Message posté : Jeu 3 Sep 2015 - 4:41 Message
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