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La montagne nous offre le décor... A nous d'inventer l'histoire qui va avec !

 
Message posté : Mer 11 Fév 2015 - 17:34 Message
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— ‘Videmment qu’j’évite les balles, sinon, j’serai mort depuis longtemps.

Au cas où on ne l’aurait pas remarqué, Abban n’avait pas un caractère facile et il n’était pas du genre à baisser les yeux quand on tentait de le remettre à sa place. D’un certain point de vue, ses talents extraordinaires étaient une nécessité, quasi le mécanisme de survie que son corps devait avoir trouvé pour lui permettre de ne pas se faire couler les pieds dans le béton à chaque fois qu’il remballait l’un de ses collègues.

Négligemment, l’Irlandais précisa :

— J’ai de super réflexes.

La formulation était ambiguë, parce qu’il était impossible de savoir si elle tenait de la simple expression ou si les réflexes d’Abban, effectivement, étaient surhumains — mais il y avait fort à parier qu’avant la fin du week-end, Lorenzo aurait eu le droit à un échantillon complet des (épuisantes) aptitudes de son ami. En commençant par le sens de la saucisse.

— Ouais. M’en fait, c’est surtout pratique pour le marché, tu vois.

Le regard d’Abban rencontra celui de Lorenzo et l’Irlandais se fit plus explicite.

— Pour l’resto, quand tu cherches certains produits, s’tu veux d’la qualité, faut aller voir des gens qui savent c’qu’ils importent, et c’est cool d’pouvoir parler leurs langues. Après, même si j’m’entraine, j’ai encore pas mal de ratés, mais grosso modo, ça roule. Bon, on fait pas non plus cuisine du monde, tu vois, mais quand même. Pratique.

Encore une fois, la relation qu’il entretenait avec le versant le plus ésotérique de ses pouvoirs s’était considérablement pacifiée depuis qu’Adrian se chargeait de les surveiller et permettait au jeune homme de ne pas se sentir absolument désarçonné par les manifestations de la Pierre Orphique. Il lui avait fallu bien des mois pour consentir à trouver une utilité à ce multilinguisme, pourtant de première utilité dans une ville cosmopolite comme Star City, que l’on fût ou non criminel.

La question suivante de Lorenzo le laissa songeur, alors qu’il commençait un crochet pour rejoindre le chalet. Le repas n’allait pas se préparer tout seul.

— Ben…

De toute évidence, la Nééerlandaise l’avait efficacement détourné de sa curiosité à l’égard de la question de Lorenzo sur sa tenue nocturne, même si la réaction surprise de l’Italien l’avait quelque peu désarçonnée. Quand on lui avait parlé de saucisses, lui avait pensé à de la nourriture (il y a encore des gens innocents, ici), de la nourriture au Malachi Road, du Malachi Road aux marchés polyglottes de Star City, des marchés au dîner du soir et, évidemment, sa première réponse fut :

— J’cuisine. Et j’mange. ‘Videmment. Même si ça d’vient un peu du travail, mais en vrai, Aishlinn et moi, au resto, on fait que les trucs cools. ‘Fin, j’fais d’la compta aussi, c’est pas si chiant qu’ça en fait, même, des fois, c’est intéressant, et…

Abban s’était montré exceptionnellement studieux quand Thabo avait entrepris de l’initier à la gestion criminelle de la fortune de plus en plus considérable des jumeaux. Le jeune homme était encore loin d’être un expert des placements financiers aventureux et des sociétés-écrans, mais toutes ces considérations-là lui devenaient petit à petit moins nébuleuses. Il n’était cependant pas passionné au point de vouloir en faire un exposé exhaustif à Lorenzo, du reste sans doute bien plus versé dans ces choses-là qu’il ne pouvait l’être lui-même. Il haussa donc les épaules.

— J’fais du shopping, aussi. Les fringues, les chaussures, tout ça, j’aime bien. J’aime bien emmener des gens avec moi. Genre, Alex, il est juste trop nul pour ça, heureusement qu’j’suis là.

Le nom revenait souvent : Abban n’avait pas tant d’amis que ça.

— J’aime bien les musées. Surtout les trucs d’histoire, surtout quand c’est, genre, l’Antiquité, ou sinon le Moyen-Âge. J’trouve ça trop fascinant, d’imaginer tous ces gens qui vivaient avant, t’sais, leurs sociétés, leurs fonctionnements, c’est comme d’la science-fiction, en fait, mais en mieux, parce que c’est vrai. Du coup, j’vais tout l’temps au musée historique. Puis j’lis des bouquins. J’lis pas beaucoup, en vrai, mais ça, j’aime bien.

C’était à peu près le seul sujet qui, à l’école, avait réussi régulièrement à retenir son attention.

— Sinon, hm… Du skate et des rollars. Le skate surtout, j’aime bien. Sur les docks, y a plein d’endroits trop cools. Les skateparks c’est sympa, puis tu rencontres des gens, mais l’industriel, c’plus intéressant. Puis… Ben comme tout le monde, après. La télé, les séries, le ciné, tu vois. Les mecs, des fois, aussi, mais moins, en ce moment, j’me suis calmé.

Et il n’en était pas fâché. Indubitablement, ses entretiens hebdomadaires avec sa psychologue avaient porté leurs fruits et Abban ne ressentait plus tout à fait le même besoin compulsif d’un contact physique avec le premier mâle venu. S’il ne se désintéressait pas, loin de là, des garçons, ses affections étaient beaucoup plus pacifiées et, quand il songeait aux aventures glauques qui avaient jadis été les siennes, il ne pouvait qu’en être soulagé.

— Avec Linn, on fait des casses pour le fun, aussi. Pas des vrais cambriolages, mais t’sais, visiter la nuit toutes sortes d’endroits. Ou des virées en voiture, avec Macha. Après, ça m’arrive, j’sais pas, d’faire du bowling. Puis y a les entraînements au manoir, en fait, c’est assez fun. L’accrobranche, c’est fun. En fait, j’aime bien mes boulots, du coup, c’est cool.

Les loisirs d’Abban étaient un savant cocktail d’occupations typiques des jeunes gens normaux de son âge et d’entreprises tout à fait illégales et probablement hautement techniques.

— Et toi ? Parce que, j’sais pas si ça t’intéresse, mais t’sais, des fois, moi, j’ai rien contre d’la compagnie…

Abban avait l’air un peu embarrassé par sa propre proposition ; s’il trouvait Lorenzo assurément fort sympathique, il n’avait pas l’habitude de se faire des amis. C’était par exemple de Lorenzo qu’était venu l’initiative du week-end et tout portait à croire qu’Abban eût été incapable de prendre les devants de la même manière.

— ‘Fin, j’dis ça, t’as sans doute dix fois plus intéressant à faire, hein…
 
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Message posté : Mer 11 Fév 2015 - 22:40 Message
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Une fois la question posée, Lorenzo se demanda bien ce qu'Abban allait pouvoir lui répondre. Il était vrai qu'ils se fréquentaient assez souvent, depuis quelques mois, et qu'ils avaient commencé à nouer une solide amitié, mais pourtant, on ne pouvait pas vraiment dire qu'ils se connaissaient. Ils savaient des choses, l'un sur l'autre, mais rien qui ne permette de jouer à un jeu de questions-réponses pour savoir s'ils se connaissaient réellement. Et au vu des indications données par Abban, Lorenzo aurait lamentablement perdu à la moitié des questions.

Bien entendu, la cuisine, ça aurait été la réponse facile, parce que ça, Lorenzo avait compris depuis longtemps que ça intéressait plus que largement Abban. Il ne le voyait toutefois pas en gros mangeur, parce qu'il ne semblait avoir que la peau sur les os – un peu comme lui – mais peut-être qu'il y avait une explication logique là-dessous. Bon, ça ne devait pas vraiment être la marche ou le jogging, parce que Lorenzo doutait qu'Abban marche seulement trente minutes par jour – encore que là, il était en train de le faire – mais peut-être que le corps de l'Irlandais éliminait tout naturellement les surplus. Ou alors, c'était simplement dû au fait qu'il était une vraie boule de nerf.

La mode, c'était un autre point sur lequel Lorenzo aurait pu tomber juste, parce que ça aussi, il avait déjà pu le voir. Cela étant dit, imaginer Abban en spécialiste du relooking, ça pouvait être amusant. Peut-être qu'il devrait l'embaucher pour choisir les vêtements des acteurs de ses films ? Enfin, ce n'était pas comme si c'était l'élément le plus marquant et le plus durable de ces productions... Et s'il se risquait à le demander pour lui ? Soudainement, il était assez curieux de voir ce qu'Abban pourrait lui proposer. Comment l'imaginerait-il ?

Par contre, les musées, ce fut une surprise totale. Un instant durant, Lorenzo détailla l'Irlandais des yeux, l'imaginant dans un musée, totalement absorbé par ce qu'il voyait.

« Je dois t'avouer que je t'imaginais pas vraiment dans les musées... » Du moins, autrement que pour un cambriolage. Mais, pourquoi donc ? Parce qu'Abban n'avait pas une tête de premier de la classe ? Il était vrai que Lorenzo n'avait pas vraiment d'explication quant à cette idée reçue. « Mais en fait, je sais même pas pourquoi... »

Bon, évidemment, lui-même ne voyait pas vraiment ça comme de la science-fiction, mais l'explication d'Abban était assez drôle. Quant à la suite, ce fut une succession d'éléments parfois surprenants, parfois plus logiques et Lorenzo se rendit compte que mine de rien, l'Irlandais avait une vie vraiment très remplie. C'était sans doute pour cela qu'il était tellement nerveux, à moins que la nervosité ne soit la raison pour laquelle il faisait tant de choses. Roulant des yeux tout en affichant un sourire sur ses lèvres, Lorenzo s'approcha d'Abban afin de passer son bras autour des épaules du jeune homme.

« Dix fois plus intéressant à faire ? T'es bête. Ça me ferait vachement plaisir de sortir avec toi, un de ces quatre. » Continuant à sourire, Lorenzo hocha la tête de haut en bas, comme pour souligner ses propos. « Mais d'abord, on va se mettre d'accord sur un truc. J'en ai rien à faire de ton avis sur les vacances, mais on va trouver le temps de s'organiser un voyage en Europe, toi et moi. L'Italie, c'est l'endroit parfait, si tu aimes l'Antiquité et je suis sûr qu'en Irlande, tu dois aussi avoir des musées d'enfer. Alors je te laisse pas vraiment le choix, mais d'ici cet été, faudra qu'on soit paré. » Ponctuant sa phrase d'un clin d’œil, Lorenzo ajouta : « Comme ça, tu pourras pas râler qu'il fait froid. »

Puis, s'éloignant vivement avant de se prendre une baffe, il lâcha un rire amusé, avançant devant Abban en marchant à reculons. Il réfléchit alors quelques instants, avant de répondre enfin à la question posée.

« Moi, je dois t'avouer que j'ai pas mal de boulot à faire pour mon père, vu que je suis censé prendre sa place un jour. Mais bon, même si c'est souvent vachement intéressant et qu'on rencontre plein de gens, c'est pas vraiment du loisir non plus. Par contre, j'aime bien conduire. Je suis pas un pro comme toi, mais j'aime bien rouler avec ma voiture, surtout quand il fait beau. Bon, ça implique que Virgilio soit pas en train de tripatouiller le moteur, mais ça... »

Il offrit à son ami un nouveau sourire avant de reprendre la parole.

« J'aime bien manger, aussi. Notre chef, au Maltese Falcon, est plutôt doué dans la cuisine traditionnelle. Tu devrais venir y manger, un de ces jours, pour me donner ton avis. On fait venir nos glaces d'Italie. Bon, c'est sûr, c'est pas vraiment la saison, mais voilà. »

Alors qu'il continuait de marcher à reculons, Lorenzo trébucha soudainement et il eut juste le temps de se rattraper à un poteau, avant de se retrouver les fesses dans la neige. Se redressant, il éclata de rire face à la situation, avant de reprendre la marche aux côtés d'Abban.

« Pfiou, je l'ai échappé belle, là ! Un peu plus et tu aurais du me ramasser par terre. » Marquant une courte pause, Lorenzo reprit. « Sinon, je vais souvent faire les boutiques, en ville. Y a plein de petits magasins, dans le centre, surtout des vendeurs de vieux jouets. On y trouve des trucs sympas, mais j'y vais surtout pour les ours en peluche. J'en ai encore trouvé un avant Noël. Bon, il était pas donné, mais c'était un ourson automate de 1928, alors j'ai sauté sur l'occasion. »

Abban avait déjà pu voir la fameuse collection d'ours en peluche de Lorenzo, mais ce dernier ne savait pas vraiment ce qu'il pouvait en penser. Il était évident que ça n'avait pas grand chose à voir avec le fait de collectionner les timbres, surtout quand on était un criminel et un mafieux. L'ours en peluche n'était pas vraiment un symbole de virilité, malheureusement.

« Je fais du sport, aussi. J'apprends à me battre et tout, mais j'ai pas encore un super-niveau. Enfin, j'espère que ça va vite s'arranger, parce que j'en aurais bientôt besoin. Je pense aussi qu'il faudrait que je fasse un peu plus de trucs comme toi, genre le skate ou l'accrobranche. Ça pourrait m'être utile, je pense, et ça me changerait un peu de toutes ces soirées en costume avec la cravate et tout. C'est pas que ça me gêne, surtout qu'il paraît que j'ai vachement la classe en costard, mais bon, des fois, c'est quand même chiant. Je préférerais aller me balader avec toi, par exemple. »

Souriant, Lorenzo porta le regard droit devant lui, pensif, alors qu'ils tournaient à un coin de rue pour remonter vers leur chalet. Les flammes ne le dévoraient pas encore, donc c'était qu'il n'y avait pas de problème avec la cheminée.

« T'as dit que tu t'occupais de la garde-robe de ton ami, là ? Qu'est-ce que tu dirais de jeter un œil à la mienne, à l'occasion et d'aller faire les boutiques ensuite ? Tu pourrais me donner tes conseils. »
 
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Message posté : Mer 11 Fév 2015 - 23:54 Message
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Abban haussa les épaules.

— Bah, en vrai, j’t’avoue, sauf l’antique et le médiéval, les musées, ça m’fait chier en général. Si c’est pour voir des photos d’Poilus, merci bien quoi.

Le charme qu’exerçait les musées sur Abban était surtout d’ordre archéologique et, d’ailleurs, il ne s’attardait que rarement aux grands textes explicatifs qui accompagnaient parfois telle ou telle pièce, fasciné qu’il était par l’idée que ce qu’il avait sous les yeux avait servi, jadis, plus de deux millénaires auparavant, à la vie d’autres êtres humains comme lui. En tout cas, il n’était pas froissé que Lorenzo ne l’imaginât pas comme un rat de galerie.

Avant la proposition de son ami, il n’avait jamais pensé que l’Italie regorgeait de ces trésors-là in situ et même si sa passion le portait surtout vers l’histoire grecque, il fallait bien avouer que la proposition de Lorenzo était alléchante.

— J’râle jamais, mec, j’suis la patience incarnée, tu d’vrais savoir ça.

Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

— Mais OK. On ira en Italie. Toi et moi.

Est-ce que c’était un peu étrange ? Abban trouvait ça un peu étrange. Est-ce que les amis partaient souvent en voyage comme cela ? Ça ne se faisait pas dans les films, pas trop. Alex ne lui avait jamais proposé de partir en voyage. Mais Alex était en couple. Il partait en voyage avec Lukaz, sans doute. Et puis, d’un autre côté, tant mieux : Abban n’avait aucune envie d’explorer des dimensions lointaines et bizarres.

Chassant ces pensées, l’Irlandais se concentra sur les activités de son ami et fut soulagé de constater que, somme toute, mis à part la collection de jouets, elles n’étaient pas si radicalement différentes des siennes. Il avait craint — c’était chez lui une crainte récurrente — qu’avec son éducation aisée, Lorenzo eût des goûts incroyablement raffinés et à lui inaccessibles, une passion pour les films en noir et blanc, l’opéra ou les manufactures de dés à coudre armoricaines. Au contraire, les goûts de l’Italo-Américain lui paraissaient tout à fait accessibles.

Quand Lorenzo trébucha, Abban se téléporta d’instinct juste à côté de lui, prêt à le sauver des griffes d’un terrible euh… bonhomme de neige. Heureusement, la conversation reprit son cours.

— Ouais, les ours, c’t’un peu space, quand même.

Dans la bouche de quelqu’un d’autre qu’Abban, ce commentaire aurait peut-être été désobligeant, mais l’Irlandais avait l’habitude d’exprimer en des termes parfois indélicats des opinions qui n’avaient rien d’insultantes. D’ailleurs, il poursuivit :

— J’trouve ça cool d’avoir une collection. J’veux dire, déjà, l’plaisir d’la regarder, d’penser à c’qui manque, d’chercher la pièce rare, d’la trouver au hasard et tout, ça doit être super fun. Thabo, l’est un peu comme ça. ‘Fin, t’sais, il a plus la tournure d’esprit, moi, ça m’vient pas très spontanément. En tout cas, c’est sûr qu’j’aurais pas choisi les ours en peluche.

Parce que ce n’était pas viril ? Nullement :

— J’pensais pas qu’ça s’collectionnait. T’vas m’dire, tout s’collectionne. Mais moi, j’ai jamais eu tellement d’peluches. ‘Fin, pas du tout, en fait. Ça doit être à cause de ça.

D’un autre côté, il avait toujours eu sa jumelle dans son lit et c’était une présence beaucoup plus rassurante que celle d’un ours. Alors que la conversation roulait sur d’autres sujets, Abban se promit de demander à Lorenzo comme lui était venu cette étrange collection. Alors qu’ils remontaient vers le chalet, l’Irlandais hocha la tête à la requête de son ami.

— Sûr. Tu t’fringues déjà pas trop mal…

Un compliment en or, de la part d’Abban.

— Puis habiller quelqu’un d’aussi mignon, c’est toujours fun.

Le criminel rougit légèrement.

— ‘Fin, t’sais, j’veux dire… J’dis ça, c’t’objectif, c’est tout.

Lorenzo n’était certes pas un canon de virilité, avec des gros muscles et du pelage de partout, mais dans son genre, Abban le classait sans hésiter tout en haut du panier. Mais il craignait que son compliment ne parût trop ambigu ou plutôt mal intentionné à son ami, alors il essayait de noyer le poisson, en claquant ses chaussures sur le perron en bois du chalet, pour faire tomber la neige accrochée.

— En tout cas, les fringues, quand tu veux. Le skate aussi, j’peux t’apprendre, c’est fun, tu verras.

Même si, comme Lorenzo l’avait compris, mieux valait se méfier des critères de « fun » d’Abban. Les deux jeunes gens rentrèrent dans le chalet cependant, théoriquement à l’abri du goût de risque de l’Irlandais, qui retirait ses moufles, son écharpe, son bonnet, son manteau, bref, tout l’attirail qui devait le prémunir du froid affreux de la montagne.

— Puis s’tu veux faire des trucs plus sérieux, genre entrainer l’équilibre et tout, on a des programmes tout prêts à Nalebo Hall, avec funambulisme et escalade, la complète. Après, c’t’assez spécifiquement ciblé cambriolage de haut niveau, mais on peut édulcorer pour qu’ce soit plus, disons, généraliste.

Parce que l’entraînement Mac Aoidh-Thabo sans préparation, c’était peut-être une initiation un peu décourageante — et un coup à rester coincé dans des positions étranges à dix mètres au-dessus du sol.

— Bref. Bouffe. J’vais m’changer. T’peux rester dans la cuisine pendant j’prépare, s’tu veux, mais t’es pas obligé, hein, si tu préfères mater la télé ou je sais pas, ça m’dérange pas.

Il aurait détesté que Lorenzo se forçât à le contempler aux fourneaux par pure politesse. Sur ces bonnes paroles, Abban disparut. Une minute plus tard, il refaisait son apparition soudaine dans la cuisine, dans une nouvelle tenue — évidemment. Une tenue de chef cuisinier, la toque en moins, qui portait son prénom, son nom et celui du Malachi Road.
 
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Message posté : Jeu 12 Fév 2015 - 17:09 Message
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Il fallait avouer que Lorenzo passait par différents sentiments à mesure qu'Abban répondait à ses propos. Il perdit d'abord un peu confiance en lui, en se demandant ce que l'Irlandais pouvait réellement penser de lui, à cause de cette histoire d'ours en peluche. Puis, il fut quelque peu gêné, lorsque le jeune homme avoua le trouver mignon. Certes, Lorenzo connaissait les penchants d'Abban en la matière, mais en vérité, il ne s'était jamais imaginé que l'Irlandais puisse le voir de cette manière... Est-ce que c'était gênant ? Un peu, oui. Et visiblement, ce sentiment était partagé par Abban, vu qu'il tenta de détourner l'attention de sa maladresse verbale. Mais d'un autre côté, Lorenzo trouvait aussi cela flatteur, dans un certain sens. C'était toujours agréable de s'entendre dire ce genre de choses et dans l'esprit de l'Italien, Abban était un homme de goût, alors ça ne donnait que plus de poids à sa remarque. Malgré tout, Lorenzo décida de ne pas relancer la discussion sur ce point, dans leur intérêt à tous les deux.

Heureusement, ils arrivèrent au bout de leur petite promenade, rentrant une nouvelle fois dans le chalet, bercés par la nuit montagnarde. Imitant Abban, Lorenzo retira ses bottes, son manteau et son bonnet, constatant que le feu allumé un peu plus tôt avait très sérieusement réchauffé l'atmosphère. Il entreprit donc d'ouvrir un ou deux boutons à sa chemise avant d'en retrousser aussi les manches, se décidant à traîner en chaussettes. Ils étaient en vacance, après tout, et le plancher du chalet était couvert ici de moquette et là d'un épais tapis, donc il ne risquait pas d'avoir froid aux pieds. Alors qu'Abban disparaissait dans sa chambre, Lorenzo se dirigea vers la cuisine en parlant d'une voix assez forte pour que son ami l'entende.

« Tu crois sérieusement que je vais rester devant la télé ? Si tu me tolères dans tes pattes, je viens dans la cuisine. » Puis, alors qu'il réapparaissait dans la pièce en question, il reprit. « Sympa, la tenue. » Souriant, Lorenzo leva un pouce en l'air avant de poursuivre. « Tu sais, j'ai toujours aimé regarder quelqu'un qui faisait la cuisine. Je trouve ça super-classe, en fait. A la maison, quand j'étais petit, je traînais toujours dans la cuisine, quand Battista préparait le repas. C'est notre maître d'hôtel, tu sais. » En tant que visiteur régulier du domaine, Abban avait probablement déjà rencontré le vieil homme qui servait la famille depuis de nombreuses décennies. « Il est un peu comme notre grand-père et c'est toujours lui qui nous faisait à manger. Enfin, sauf dans certains cas bien particuliers, là, c'était plutôt mamma qui dirigeait tout. » Et dans ces occasions, il valait bien ne pas venir fourrer son nez dans les plats.

Alors qu'Abban commençait les préparatifs, Lorenzo s'installa sur un tabouret et l'observa, pensif. Il se remémorait en effet ce que son ami avait pu dire quelques instants plus tôt, au sujet de sa collection bien particulière, craignant qu'il ne voit là-dedans quelque chose qui ne soit pas à la hauteur d'un garçon comme le futur Don Mancini. Aussi, dans le but de clarifier la situation, Lorenzo souhaita revenir sur ces propos.

« Tu sais, j'ai eu mon premier ours en peluche quand j'avais quatre ans. C'était un cadeau de mon père et je l'avais appelé Smokey, parce qu'il était tout gris. Je sais pas trop ce qu'il avait de spécial mais je l'aimais vraiment beaucoup, au point de le prendre toujours avec moi. » Lorenzo laissa apparaître un sourire nostalgique, alors qu'il racontait ces souvenirs. « J'allais pas à l'école, à cette époque. On me faisait des cours à la maison et du coup, j'avais pas vraiment d'amis. Du coup, j'imagine que Smokey était l'ami tout désigné. Enfin, dans tous les cas, je l'aimais beaucoup et les gens ont du se mettre en tête que j'aimais les ours en peluche tout court, parce qu'on m'en a offert de plus en plus. Quand j'étais ado, je les avais encore tous. C'était des souvenirs et j'avais pas vraiment envie de les jeter, alors j'ai décidé d'en faire une collection. Y en a d'autres qui préfèrent les timbres ou les pièces de monnaie, mais j'avais déjà ces ours, alors, pourquoi pas ? » C'est sûr que c'était peut-être encore un peu bancal, comme explication, mais Lorenzo n'en avait pas de meilleure. Et puis, pourquoi devait-il y avoir quelque chose de rationnel, dans une collection ? « Alors ouais, c'est sûr que j'allais pas forcément me promener en ville avec des oursons, quand j'avais quinze ans, mais bon, j'ai toujours aimé ça. Et puis, quand on s'y intéresse vraiment, on voit qu'il y a des ours vraiment très originaux. Après, je suis d'accord, j'aurais peut-être donné une meilleure image de mon futur rôle si j'avais fait une collection de pipes, mais bon. »

Il ne fumait pas, alors à quoi bon acheter des pipes en bois ? Les oursons, c'était quand même bien plus mignon. Quoi qu'il en soit, Lorenzo espéra s'être un peu mieux expliqué, tout en espérant qu'Abban n'ait pas une pire opinion de lui après coup. Aussi, pour détourner un peu la discussion, il revint vers un tout autre sujet.

« Vous avez vraiment des parcours d'entraînement, chez vous ? Genre comme dans un camp militaire ? Ça peut être pratique, remarque... »

Effectivement, posséder un mur d'escalade, un parcours du combattant, un circuit d’accrobranche et tout autre élément de ce genre pouvait être un avantage certain et Lorenzo devrait sans doute réfléchir au moyen de les acquérir. Mais en attendant, il appréciait sérieusement la proposition d'Abban qui sonnait quand même beaucoup comme une invitation.

« Mais si je comprends bien, tu m'invites chez toi pour faire de l'escalade ? » Souriant, Lorenzo se leva de sa chaise pour s'approcher de son ami. « Si tu as besoin d'un commis, n'hésite à me le dire. Je sais que j'en ai pas forcément l'air, mais je suis plutôt doué de mes mains. »
 
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Message posté : Jeu 12 Fév 2015 - 17:50 Message
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— Vas-y, reste, y a pas d’problèmes, j’aime bien apprendre aux gens.

Il n’était pas forcément un pédagogue d’exception mais, à défaut de savoir enseigner correctement, avec ordre et méthode, les techniques culinaires, Abban n’était jamais avare de son savoir, acquis au fil des observations et des lectures. Comme il avait été un autodidacte de la cuisine depuis son plus jeune âge — un apprentissage certes facilité par la présence d’un second cerveau à ses côtés —, il comprenait sans doute mieux qu’un chef accompli au cursus plus classique ce qui pouvait laisser un néophyte perplexe.

Ce soir-là cependant, ce ne serait pas de la haute cuisine. Ils n’avaient pas fait les courses et Abban avait rassemblé les ingrédients à leur disposition : quelques conserves, des pommes de terre, des épices, bref, des impérissables surtout. Abban observa cet assemblage hétéroclite, se fendit d’un sourire et déclara :

— Ça, c’est fun.

Certes.

— ‘Videmment, au bout du compte, tout le monde préfère cuisiner avec les bons produits et tout, de saison, machin. Mais faire avec c’qui tombe sous la main, ça a t’jours un p’tit côté ludique. J’le f’rai pas dans not’ restau, mais ça rappelle la jeunesse.

Quand ils s’introduisaient dans des appartements parfois mal achalandés, lorsque les propriétaires partaient en vacances, et qu’ils se faisaient des « casse-croûte ». Abban commença à crier les ingrédients pour constituer un plat théorique tandis que Lorenzo revenait à la charge avec ses oursons. Aussitôt, l’Irlandais se reprocha son manque de tact. Parce qu’il avait dû manquer de tact, non, si son ami éprouvait ainsi le besoin de se justifier ? Il manquait toujours de tact — et il le regrettait souvent.

Le jeune homme ouvrit la bouche pour rassurer Lorenzo sur l’opinion qu’il formait de la fameuse collection mais l’Italien, de toute évidence un peu anxieux, lui coupa l’herbe sous les pieds.

— Euh… Ouais. À l’intérieur et à l’extérieur.

Le petit bois qui bordait l’arrière de Nalebo Hall avait d’abord été aménagé à cet usage exclusif par Thabo et son ancienne associée puis les sous-sols du manoir avaient été creusés à leur tour. Comme les Jumeaux, Thabo avait une conception essentiellement non-violente et pour ainsi dire artistique des cambriolages, où la prouesse ne jouait pas un médiocre rôle. Il se reposait beaucoup plus sur la performance physique que les outils technologiques, même s’il lui arrivait d’en reconnaître la nécessité, et les jumeaux, qui avaient appris leur métier loin des grappins élaborés, des brouillards de serrure électronique et des robots de récupération, étaient très proches du style du Sud-Africain. Et ce style exigeait un entraînement constant et rigoureux, d’adresse et d’équilibre, que les Jumeaux suivaient toujours, parce qu’en ayant développé leurs pouvoirs assez tard somme toute, ils avaient appris à ne pas se reposer sur eux.

— Tu comprends parfaitement. Juste pour le fun, s’tu veux. On a une grande salle d’entraînement en sous-sol et quand i’ fait beau, dans les arbres, aussi. Plus la façade, ‘videmment, ou l’intérieur. Y a aussi du matos pour le combat, mais j’avoue, c’t’un peu moins mon truc. Faudra demander à Thabo, s’tu veux, il t’montrera. J’crois qu’il est désespéré qu’j’veuille pas apprendre à me battre.

Abban préférait s’enfuir. Ou utiliser des armes à feu avec précision. Donner et recevoir des coups, ça avait l’air un peu trop douloureux.

— On va éplucher des patates. Et on en fait des frites. T’sais la bonne taille, pour qu’ce soit croustillant et moelleux à la fois.

Une tâche pas trop compliquée dans laquelle Abban comptait bien épauler Lorenzo — c’était les commis du Malachi Road qui auraient été jaloux. Alors qu’ils commençaient leurs travaux d’épluchage, Abban tenta de revenir sur le sujet des oursons aussi diplomatiquement que possible.

— T’sais, ta collection, là. J’la trouve cool. J’veux dire, faut pas stresser. Quand j’ai dit qu’j’aurais pas eu l’idée d’collectionner ça, c’tait pas une critique ou quoi. Puis franchement, on s’en fout que ça fasse Don ou pas Don. Sérieux, en vrai, j’crois qu’être un pédé qui s’sape bien et qui r’ssemble à une meuf, ça participe un peu à mon autorité.

Voilà. C’était dit sans détour. Abban avait beau se vexer quand on l’appelait « mademoiselle » (ou « jeune homme »), il était lucide quant au fossé qui séparait sa réputation désormais redoutable et son apparence physique, tout autant qu’il se montrait réaliste à l’égard des remarques désobligeantes que ses préférences sentimentales, de notoriété publique, pouvaient susciter.

— OK, les gens, des fois, i’ s’moquent, i’ t’sous-estiment, et tout. À cause de trucs comme ça. Alors qu’i’ respectent spontanément les mecs de deux mètres vingt qui peuvent se faire des tresses avec leurs poils de torse. Mais une fois qu’t’as commencé à faire tes preuves, ben… Ça t’fait un personnage. Et paradoxalement, ça t’rend plus impressionnant. C’comme les méchants dans les films, tu vois : au final, c’est ceux qu’ont l’air le plus gentil et le plus poli qui sont les plus flippants, et les grosses brutes, c’est bon pour remplir l’écran, mais tout l’monde s’en fout.

Abban récupéra les pommes de terre dans un saladier pour les laver, avant de partager deux planches à découper.

— J’dis pas faut marcher complètement hors des sentiers battus, hein. Si t’es trop zarb, si tu respectes aucun des codes, bah finalement, t’appartiens pas au groupe. Juste qu’un peu d’originalité, même si au début ça laisse les gens dubitatifs, c’est cool à la fin. Des fois, dans l’Cartel, faut un peu s’voir comme un produit d’supermarché qu’a besoin d’se distinguer des autres. ‘Tout cas, pendant un moment, c’est comme ça qu’j’ai réfléchi. Des cambrioleurs, y en a toute une tripotée et des fois, c’t’un marché féroce : faut avoir un peu l’sens du marketing.

C’était probablement cette compréhension élaborée du monde criminel qui avait permis à Abban de ne pas végéter au niveau de Patrick, son père, dans les soubassements du Cartel. L’Irlandais avait toujours envisagé le métier sous toutes ses facettes, sans s’en tenir au simple « job » à accomplir. Et Aishlinn, elle, s’était occupée de la planification.

— En plus, c’est bon, tu vis pas qu’pour être Don, quoi. S’t’as envie d’collectionner les bouillottes et d’faire du break-dance, on s’en carre d’c’que les autres peuvent en penser, pas vrai ? On va pétrir les pois chiches, maintenant.

Sans transition aucune. Abban désigna les deux conserves de pois chiche et un marteau accompagné de son pilon apparurent devant Lorenzo, tandis que l’Irlandais se contenterait d’une fourchette et d’un bol.

— Faut qu’on ait une sorte de pâte, on va faire des falafels. Tu connais ? C’est libanais. Tu vas voir, c’est cool, puis comme on a pas d’viande… Fin, sauf la conserve de langue de bœuf, mais on va rester sauf. Donc, ça remplace.

Et ce n’était pas très compliqué à faire, surtout. Après un instant de réflexion, Abban décida même :

— En fait, j’te confie tout ça, j’vais préparer la pâte des cookies. Ça t’va ? C’est pas l’dessert du siècle, mais ça va vite et comme ça, on passe pas la soirée à cuisiner.

Accessoirement, ce n’était pas comme si les placards avaient abrité des trésors pâtissiers. Tout en rassemblant les ingrédients du dessert, Abban reprit la parole.

— ‘Fin bref, t’ça pour dire, mec, c’pas moi qui vais t’juger pour des trucs comme ça. En fait, à mon avis, ça t’rend plus sympathique que si tu t’y croyais déjà, tu vois ? Tu m’as l’air d’avoir bien la tête sur les épaules et c’t’important : c’comme ça qu’on réussit. Tiens, s’tu veux, tu pourras m’la faire visiter pour de vrai la collection, avec les explications et tout. J’trouverais ça cool. J’t’échange ça contre, j’sais pas, un tour au marché pour voir les produits, ou un truc dans l’genre. Deal ?

Il ne savait pas si Lorenzo trouverait le même intérêt que lui à l’étude patiente des différentes variétés de pommes de terre mais Abban, lui, était toujours captivé par ses séances d’emplettes — et puis converser avec les producteurs locaux ou les importateurs lui permettaient de côtoyer une population un peu différente de celle qui peuplait ses soirées dans les bars du Cartel.
 
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Message posté : Jeu 12 Fév 2015 - 22:49 Message
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Attrapant une pomme de terre, Lorenzo commença à l'éplucher et tout en pelant, il écoutait les propos tenus par le jeune Irlandais. S'il y avait une chose à dire à ce sujet, c'est que l'Italien fut plutôt surpris par ce qu'il entendait. D'une part, les propos tenus laissaient entendre une grande réflexion sur le sujet de la part d'Abban et au vu de son introduction, on pouvait comprendre d'où il la tirait. D'autre part, il fallait avouer que ce qu'il disait semblait parfaitement logique et coulait presque de source. Il était vrai qu'on pouvait douter du fait que les films soient une source valable de comparaison, mais il était aussi vrai que les méchants stéréotypés étaient souvent bien moins impressionnants que les autres. Or Lorenzo n'avait aucune envie d'être un stéréotype et de toute façon, même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas vraiment pu l'être.

Et puis, dans leur milieu, ils en avaient la preuve tous les jours, ou presque. Est-ce que Wildcard était impressionnant ? Au-delà de son maquillage, non, il n'avait strictement rien d'impressionnant, mais par contre, ça ne l'empêchait pas de se faire respecter au travers de son personnage. Il en allait probablement de même de la part du Passeur. Il lui restait donc à se construire son propre personnage, même si dans son cas, le problème était que le Phantom Noir et Lorenzo Mancini étaient deux individus bien distincts. Autrement dit, il lui faudrait mettre en place deux personnages... Attrapant une pomme de terre lavée, Lorenzo imita Abban dans la taille des frites. Vu ce que ce dernier avait expliqué sur le croustillant et le moelleux, il valait mieux ne pas faire n'importe quoi.

Souriant, l'Italien continua donc d'écouter, sans interrompre les propos de l'Irlandais qu'il trouvait réellement intéressants. Il était jeune et il n'avait pas nécessairement l'air menaçant, mais Lorenzo était vraiment plus que ravi d'avoir fait sa connaissance.

« C'est vrai, tu as raison. »

Mais avant d'en dire plus, ils avaient des pois chiches à pétrir, même si Lorenzo ne savait absolument pas ce que ça voulait dire. Bon, au vu des ustensiles fournis, cela semblait plutôt logique mais il pouvait toujours faire erreur. Attrapant le pilon, Lorenzo commença donc à écraser les pois de manière à en faire une sorte de pâte. Et lorsque son ami lui confia la mission de tout faire, il afficha un sourire.

« Ça marche ! »

Concentré à marteler ses pois chiches, Lorenzo réfléchissait aussi à tout ce que son ami venait de lui raconter et il ne manqua pas d'écouter aussi sa conclusion finale. Cela le fit sourire une nouvelle fois, d'autant qu'à écouter Abban, on avait l'impression qu'il avait quinze ans de plus que lui.

« Merci, Abban. Franchement. Ce que tu m'as raconté, là, c'est vraiment cool. C'est vrai que je voyais pas forcément les choses comme ça, mais tu as raison. Et ton deal me convient. On ira faire le marché et tu viendras voir mes oursons. »

La situation avait l'air un peu étrange, c'était certain, d'autant que ce serait bien la toute première fois que Lorenzo ferait voir ses ours en peluche à un autre garçon. Si on lui avait raconté qu'il ferait ça un jour...

« Mine de rien, ça va nous en faire, des sorties, tout ça... Tu crois que tu vas me supporter aussi souvent ? » L'Italien afficha un petit sourire amusé. « Parce que, faudra qu'on aille acheter des fringues, surtout si je dois venir m'entraîner chez toi. Je suis pas sûr que la chemise, ça soit le plus adapté pour ça. »

Ça ne l'était même pas du tout et si Lorenzo avait bien des tenues pour faire un peu de jogging, ça n'était pas forcément le plus pratique pour s'entraîner à d'autres sports. Et puis, c'était l'occasion de voir ce qu'Abban pourrait faire de lui.

« T'as dit quelque chose, tout à l'heure. Que tu ressembles à une meuf... Franchement, c'est des conneries. Alors, ouais, c'est sûr, c'est pas à toi que je demanderais d'aller tabasser quelqu'un, on est d'accord, mais ça veut pas non plus dire que tu ressembles à une fille. Si y en a qui ont dit ça, c'était vraiment des connards. Moi, je te trouve très bien, comme mec et sérieusement, y en a pas mal qui devraient prendre exemple sur toi. Parce que bon, le côté grosse brute croisée avec un ours, ça va cinq minutes, mais c'est clairement pas aussi sympa qu'un ours en peluche. Bon, j'ai fini avec les pois chiches, j'en fais quoi, maintenant ? »
 
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Message posté : Jeu 12 Fév 2015 - 23:26 Message
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Abban était tout content avec sa farine dans les mains. Lorenzo allait l’accompagner au marché et pour un jeune homme qui avait vécu une adolescence relativement isolée, dans une relation fusionnelle avec sa sœur qu’étaient seules venues perturber des rencontres peu reluisantes avec des hommes beaucoup plus vieux que lui, la perspective de fréquenter quelqu’un de son âge ou à peu près, pour des activités aussi normales, était des plus douces. Certes, il y avait Alex, mais Alex était un peu… bizarre, et même si leur amitié se développait, Abban avait toujours un peu de mal à savoir sur quel pied danser avec lui. Lukaz était le copain d’Alex, Abban ne le connaissait pas si bien que ça et, dans un réflexe tout Mac Aoidh, il jugeait que quelqu’un qui pouvait sortir avec le mentaliste devait nécessairement avoir un sérieux grain — une conception plutôt gonflée, pour quelqu’un qui avait vécu quelques mois aux côtés de Wildcard. Lorenzo paraissait être un ami beaucoup plus reposant.

L’Irlandais adoptait un air faussement préoccupé lorsque Lorenzo l’interrogea sur sa capacité à le supporter. Tout en pesant ses ingrédients, il marmonna :

— J’sais pas. T’es quand même sacrément pénible quand tu t’y mets.

Abban leva les yeux de sa balance et adressa à Lorenzo un sourire destiné à lever toute ambiguïté éventuelle sur l’antiphrase de ses propos.

— J’vais m’entraîner en faisant d’la méditation transcendantale ou un truc dans l’genre, et ça d’vrait aller.

Plus sérieusement, l’Irlandais reprit, en pétrissant sa pâte à lui, à pleines mains.

— C’est sûr qu’les chemises, ça va pas l’faire. On a des tenues à Nalebo Hall c’la dit, si t’as pas envie d’te faire chier, mais si tu cherches des trucs de sport sympa, j’connais des adresses, j’te montrerai. En plus l’jogging, c’t’à la mode, en c’moment.

Il ne parlait pas des Lacoste flashy qu’on portait dans les quartiers, évidemment, mais le look sportif pouvait faire son petit effet, même quand on n’était pas particulièrement baraqué. Sur ces bons conseils, Abban entreprit d’éclater une tablette de chocolat pour obtenir des pépites. Heureusement qu’il avait du sang-froid — OK, bien caché, mais quand même — et qu’il savait manier le couteau de cuisine, parce que la remarque suivante de Lorenzo aurait pu lui faire frôler l’attaque cardiaque.

Comment ça, « je te trouve très bien, comme mec » ? Abban releva les yeux de son chocolat.

— Euh…

Il n’avait aucune idée de la manière dont il était censé prendre un compliment de ce genre. Très timidement, il murmura :

— M-merci…

Son regard se reporta prudemment sur la pâte de pois chiches.

— OK, c’est bien. Maintenant, tu vas faire cuire deux oignons après les avoir émincés. T’sais, à la poêle, pour faire dorer. Avec de l’huile. Ensuite, tu ajouteras ça aux pois chiches, d’l’ail en poudre, d’la coriandre, du sel, du poivre, un peu d’eau. Un tout p’tit peu d’levure. Puis on fait des boules et on fait frire. On f’ra les frites en même temps. Et on fait une salade de crudités, y a des carottes et du radis noir. Avec une sauce un peu vinaigrée, ça ira bien avec les pois chiches.

Parler cuisine, c’était beaucoup plus simple décidément.

— T’inquiètes, j’ai bientôt fini, j’t’aurais rattrapé à l’oignon. Si tu t’sens pas d’faire l’mélange, tu peux t’occuper d’tailler les carottes et l’radis en bâtonnets.

Et Abban commença de son côté à incorporer les pépites de chocolat, en essayant de ne pas donner trop de sens aux propos de Lorenzo, même si la question inattendue de son ami sur sa tenue nocturne lui revenait du coup en mémoire. Probablement qu’il se faisait des idées. Sans doute même. Alex devait avoir de raison : il avait besoin de « compagnie ».

— Bon, sinon, on s’mate un truc à la télé, c’soir ? J’sais pas si tu fais ça, toi, r’garder la télé ? Avec Linn, on aime bien. On commente et tout, c’t’interactif. Ouais, parce que juste regarder, ça d’vient vite chiant, mais les émissions d’cuisine, si tu trashes les candidats, c’est fun. Ou le truc où i’ refont les maisons, là, c’est tellement improbable, c’est fun.


Bref, Abban ne regardait pas les chaînes d’art et essai. Comme souvent cependant, Abban eut une petite anxiété née de son complexe d’infériorité culturelle.

— Mais on peut r’garder des trucs plus… des films… Genre, des classiques. Sur le câble.

De toute évidence, la perspective ne l’enthousiasmait guère, mais qu’est-ce qu’on le ne ferait pas pour ne pas se ridiculiser devant un homme qui portait des chemises. En attendant le verdict de Lorenzo, Abban entreprit de façonner de parfaits cookies, qui alimenteraient leur dessert et, à en juger par la quantité, probablement aussi les creux de minuit.
 
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Message posté : Dim 15 Fév 2015 - 21:12 Message
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Lorenzo ne put s'empêcher de sourire tout en levant les yeux au ciel alors qu'Abban mentionnait le fait qu'il soit plutôt pénible, manquant presque de s'écraser les doigts sous le marteau. Ça aurait quand même été ballot que ça lui arrive ! Quant au fait de savoir qu'ils avaient déjà des tenues d'entraînement chez eux, ça le laissa passablement perplexe. En effet, soit ils avaient déjà prévu d'avoir un dressing complet rempli de tenues de toutes les tailles possibles, soit... Ben soit Lorenzo ne voyait pas trop. S'ils avaient plus ou moins la même corpulence, Abban était quand même un peu plus petit, donc le jeune Italien ne pensait pas forcément pouvoir enfiler ses propres vêtements. De quoi parlait-il donc ? En même temps, ce n'était pas comme si c'était vital et ils allaient de toute façon faire un tour par des boutiques. Ça éviterait donc les problèmes et les questions parfaitement inutiles.

Quant à la suite, Lorenzo ne perçut même pas le trouble que sa remarque avait pu provoquer chez l'Irlandais, inconscient de la teneur que pouvaient prendre ses propos. Parfaitement hétérosexuel et élevé dans l'idée qu'il allait épouser une jeune femme issue d'une bonne famille et à laquelle il donnerait des enfants dont au moins un héritier, Lorenzo n'avait jamais regardé un garçon avec désir. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de voir le beau chez l'autre, surtout depuis qu'il s'était lancé dans les activités qui étaient les siennes. Il lui arrivait effectivement de voir de beaux jeunes hommes nus et de ce fait, il avait appris à aiguiser son œil pour repérer ceux qui pourraient faire frémir les femmes qui regardaient ses films. De fait, il trouvait qu'Abban avait cette beauté angélique qui caractérisait certains garçons et il n'avait pas trouvé gênant de le dire. Il était vrai que personne ne tiquait quand une fille vantait la beauté d'une autre fille, mais si c'était un garçon qui le faisait d'un autre garçon, cela prenait soudainement d'impressionnantes proportions. Les hommes devaient-ils donc être aveugles à la beauté des autres ? Bref, totalement inconscient de cela, Lorenzo ne put s'empêcher de laisser apparaître un nouveau sourire avant de répondre aux explications d'Abban sur les oignons.

« Je sais que j'en ai pas forcément l'air, mais j'ai quand même quelques bases, hein. »

Et de fait, il savait ce que ça signifiait d'émincer un oignon et de le faire cuire. Mais bon, les instructions étaient quand même assez précises et pour ne rien oublier, Lorenzo décida d'arrêter les blagues pour se concentrer. Il versa un peu d'huile dans une poêle et éminça deux oignons avant de les y ajouter. Une fois qu'ils eurent pris une belle couleur, il mélangea ça aux pois chiches mais laissa la suite des opérations à la charge d'Abban. Les épices, c'était quand même un élément important et il ne voulait pas gâcher leur repas ! Attrapant donc les carottes, il commença à les éplucher avant de les tailler en bâtonnets, réfléchissant dans le même temps à la question d'Abban. Il y avait quand même quelque chose d'étrange, dans certains de ses propos. Sans trop savoir pourquoi, Lorenzo avait la bizarre impression que pour l'Irlandais, ils appartenaient à deux mondes différents.

« Tu sais, je suis un mec tout ce qu'il y a de plus normal. Comme toi, en fait. Je peux me tromper, en fait, mais j'ai l'impression que tu vois pas les choses comme ça... C'est à cause de tout le truc de la mafia ? Ou alors, y a autre chose ? » La question était surtout de savoir si Abban trouvait que Lorenzo avait un comportement un peu trop hautain, ce qu'il ne voulait absolument pas donner comme impression. « C'est la chemise, c'est ça ? Ça donne un côté trop strict, peut-être... »

C'était probablement ça. Après tout, qui aurait l'idée de mettre une chemise pour partir en vacance ? Franchement ? Lorenzo donnait peut-être l'impression d'être un peu trop coincé et par là, il donnait forcément une mauvaise image de lui-même... Heureusement, il y avait un moyen simple d'arranger ça. Essuyant ses mains sur un torchon, le jeune homme se mit donc à déboutonner le reste des boutons de sa chemise avant de la retirer et de la suspendre au dossier d'une chaise. Comme ça, en débardeur, il avait l'air parfaitement normal. En plus, avec la chaleur de la cheminée dans la pièce voisine, ce n'était pas comme s'il risquait d'attraper froid.

« Voilà, c'est sûrement mieux comme ça, non ? »

Bien entendu, Lorenzo n'était une fois de plus pas conscient de ce que son geste pouvait impliquer, si on le plaçait à la suite de tout ce qu'il avait pu dire un peu plus tôt. Il ne manquait plus qu'il se mette torse nu ou en boxer...

« Donc, la télé, c'est cool, ça me va totalement. On regarde souvent la télé, à la maison. Bon, je dois avouer que je suis pas spécialement fan des émissions de voitures de Virgilio, ni des séries que regarde Luana, mais c'est pas grave. Souvent, l'essentiel, c'est d'être ensemble pour la regarder. » Affichant un sourire, Lorenzo poursuivit. « Si t'aimes bien les émissions de cuisine, va pour ça. Je t'avoue que je sais pas trop ce qu'il peut y avoir, mais ça sera cool de commenter ça ensemble. Puis sinon, y a peut-être des films d'action, je sais pas. Mais alors surtout pas tes trucs classiques... Bon, j'ai fini les carottes. Je te laisse faire la friture pendant que je m'occupe du radis ? »
 
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Message posté : Dim 15 Fév 2015 - 21:36 Message
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— Non, c’pas ça, c’est… euh…

D’accord.
Tout va bien.
Lorenzo n’était pas du tout le type le plus ambigu qu’Abban eût jamais rencontré.

Bon, sans aller jusque là, parce que des hétéros refoulés, l’Irlandais en avait quand même croisé quelques-uns, Abban ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur le comportement de Lorenzo. Depuis une heure ou deux, l’Italien accumulait les remarques qu’Abban jugeait hautement suspecte, sans jamais savoir s’il était un peu trop paranoïaque ou tout simplement lucide. La chemise ôtée s’ajouta à la pile. Abban fixa Lorenzo une fraction de seconde et heureusement qu’il avait des super-réflexes, sans quoi, sa surprise aurait été encore plus visible.

L’Irlandais cligna des yeux et partit enfourner des cookies. Il essayait de ne pas se demander s’il trouvait Lorenzo attirant — par conséquent, il était en train de se demander s’il trouvait Lorenzo attirant. Le futur Don avait assurément une gueule d’ange et son physique gracile n’était pas désagréable. Du reste, les goûts d’Abban en matière d’hommes étaient pour le moins… étendus. Le voleur se redressa et décida d’assaisonner la pâte de pois chiche avant de façonner les falafels.

— Alors cuisine. J’veux dire, émissions de cuisine. À la télé. C’est parfait.

Abban essayait de reprendre son calme — le problème, c’était que le calme, ce n’était tout de même pas sa grande spécialité. Tout en façonnant des boules de falafels, l’air très concentré, une attitude qui présentait l’immense avantage de lui fournir une excellente excuse pour ne pas regarder son ami, le jeune homme n’était tout de même pas assez obnubilé par ses incertitudes quant aux intentions de Lorenzo pour laisser courir les inquiétudes de celui-ci.

— T’sais, j’disais ça, à propos d’la télé, c’tait pas contre toi. J’veux dire, j’te trouve pas strict ou… La chemise, ça t’va bien…

Abban se maudit intérieurement de ce compliment qui, cette fois-ci, il le savait bien, n’avait pas été entièrement innocent. Il était en train de se faire des idées, des idées sans doute infondées. L’Irlandais enchaîna aussi rapidement que possible.

— C’est juste, ben ta famille, à l’aise, quoi, tu vois, t’as grandi dans un milieu, j’sais pas… Bourgeois. Ouais. C’pas une question d’mafia, c’t’une question d’classe. D’habitude, j’avoue, j’ai du mal avec les gens qu’ont eu une enfance friquée et tout, mais toi, c’est vrai qu’t’es différent. Cool. J’veux dire, j’te trouve cool.

Et là, c’était un compliment pour tâter le terrain ? Abban n’était même plus sûr de sa propre conversation.

— Mais bon, tu dois être vachement plus cultivée qu’moi. J’veux dire, à l’école, j’écoutais que dalle, et c’est pas à la maison qu’on aurait appris que’que chose, alors du coup, forcément, par comparaison, j’dois pas avoir… J’sais pas. J’suis p’t’être pas super intéressant pour faire la discussion. J’connais la cuisine, puis le crime et les bagnoles, mais bon, ça fait pas toute une soirée.

Les falafels étaient formés — Abban commença à préparer la friteuse. Son regard continuait à ne jamais croiser Lorenzo. Miraculeux.

— Bref, voilà, ça m’stresse un peu. Honnêtement…

C’était sa psychologue qui lui avait dit ça : être honnête avec les autres sur ses propres sentiments, c’était être honnête avec soi-même et l’on y voyait plus clair. Abban s’était montré réticent au début mais puisque l’enjeu de sa thérapie était de devenir un meilleur jumeau pour Aishlinn, sa petite fierté personnelle avait été rapidement mise au placard. Du coup, l’Irlandais avait accompli de véritables progrès et ses rapports avec les autres s’en ressentaient — comme le prouvait d’ailleurs son amitié naissante avec Lorenzo.

— … j’ai pas des masses d’amis, alors j’crois qu’je flippe un peu d’pas être au niveau, tu vois. Comme quand Alex s’met à m’parler d’trucs scientifiques, j’me dis qu’i’ doit m’trouver complètement crétin et j’comprends pas trop pourquoi i’ traine avec moi. Et toi… Ben j’sais pas, j’me dis, tu dois avoir des conversations de dîner plus intéressantes qu’regarder une émission à la con avec ton plateau repas. Mais c’pas toi l’problème, c’est moi.

Le cuisinier adressa un sourire d’excuses à sa friteuse avant de se mettre à préparer les falafels et les frites. Le matériel n’était pas vraiment du niveau de celui qu’il avait au Malachi Road ou à Nalebo Hall mais il ferait amplement l’affaire. De toute façon, Abban était content de ne pas pouvoir faire des fritures express : le temps de préparation lui permettait, à défaut de pouvoir vraiment faire le point, de retrouver un semblant de calme intérieur, un exercice toujours périlleux, précaire et éphémère chez l’Irlandais.

La clé, c’était sans doute de ne pas essayer d’interpréter le comportement de Lorenzo et de mettre ses propres incertitudes sur le compte d’une trop longue solitude. Ce n’était certes pas une réflexion très agréable, mais c’était toujours mieux que de passer tout un week-end dans la nervosité.

— Bientôt fini.
 
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Message posté : Dim 15 Fév 2015 - 23:58 Message
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Lorenzo se sentit un peu mal lorsque, pour la deuxième fois, Abban crut bon de s'excuser. Il s'y prenait décidément bien mal avec son ami... Il allait devoir faire des efforts supplémentaires pour se montrer sympathique ! Pourtant, il pouvait comprendre ce que ressentait le jeune Irlandais et à mesure que ce dernier parlait, il arrivait que Lorenzo hoche la tête, même si ainsi absorbé par ses falafels, Abban ne le voyait sans doute pas. Lorsqu'il finit par se lever pour préparer la friteuse dans le but de cuire les falafels, l'Italien le laissa terminer avant de réagir. Dans le même temps, il commença à éplucher le radis noir avant de commencer à le râper.

« Abban, Abban, Abban... Tu devrais sérieusement songer à te détendre. La méditation, ça peut être une bonne idée, à mon avis. »

Souriant pour montrer qu'il s'agissait d'une plaisanterie, même si selon l'avis de Lorenzo, ça pouvait être une piste intéressante à étudier, le jeune Italien reprit la parole.

« Je vais éviter de te dire que ma famille est normale et tout ça, parce que c'est pas forcément vrai. Bon, quand j'étais petit, c'était pas toujours la joie. On devait aller à la messe tous les dimanches et je trouvais ça vraiment lourd. Puis bon, mon père suivait l'éducation à l'italienne et c'est parfois un peu strict. » Cela étant dit, faire croire qu'il avait eu une vie difficile aurait été un sérieux mensonge. « Mais après, c'est vrai que j'ai toujours eu tout ce que je voulais, même si je devais aussi travailler. J'ai peut-être pas eu la vie de ceux qui font la Une des magazines people, mais j'ai quand même eu beaucoup de chance. »

Évidemment, le fait que sa famille appartienne à la mafia changeait un peu la donne. Plus tard, Lorenzo ne devrait pas se reposer sur ses lauriers et comme rien n'était jamais acquis dans ce domaine, il fallait travailler pour faire ses preuves avant de pouvoir en récolter les fruits. Cela étant dit, Lorenzo ne doutait pas que la vie d'Abban ait été infiniment plus dure et il s'en serait voulu de se faire plaindre pour la sienne.

« Enfin, je sais pas trop comment tu imagines ma vie, mais tu sais, j'ai pas des masses d'amis non plus. Quand j'étais petit, je n'allais pas à l'école et mes seuls amis, c'était mes frères, ma sœur, mes cousins... Et mes peluches. » C'était peut-être un peu con à dire, mais pourtant, c'était le cas. « Après, en grandissant, j'ai pu sortir, aller au lycée, à la fac, tout ça. Mais là, tu comprends vite que tout le monde s'intéresse pas forcément à toi, mais plutôt à ton nom. Du coup, les amis, c'est pas trop ça... En vrai, si je regarde, en dehors de ma famille, je peux compter mes vrais amis sur les doigts d'une main. »

Et de fait, il n'était donc pas forcément plus à l'aise avec ces conventions sociales que ne l'était Abban. Lorenzo l'avait appris depuis longtemps, quand on appartenait à son monde et à sa famille, il était très difficile de faire confiance aux autres et encore plus d'avoir de vrais amis. C'était ce qui expliquait que le jeune Italien voulait croire dans l'amitié qu'il ressentait pour Abban. Terminant de râper son radis, il déposa le bol contenant le légume préparé à côté des bâtonnets de carottes.

« Tu sais ce qui m'étonne le plus ? C'est qu'un garçon comme toi ait une si mauvaise opinion de lui... Alors je dis pas, tu es sûrement très sûr de toi dans pas mal de domaine, mais là, ce soir, on dirait que c'est pas trop ça... » Appuyant le coude sur le plan de travail, Lorenzo posa son menton dans sa main et observa un moment Abban. « T'as réussi à te faire une place de fou au sein du Cartel et tu vis dans un manoir. Franchement, d'où tu aurais pas le niveau ? C'est quoi cette histoire de culture ? Tu me dis que tu adores les musées et tout ça, donc tu dois en avoir, des trucs à raconter. Je suis pas forcément plus cultivé que toi. On n'a juste peut-être pas la même culture, mais c'est justement ça qui fait que les discussions peuvent être intéressantes. Tu crois pas qu'on finirait par s'ennuyer, si on parlait tous les deux de la même chose ? »

Bon, ce n'était pas forcément totalement vrai, puisque ça permettait souvent de partager sur un sujet commun, mais le fait de ne pas avoir les mêmes centres d'intérêt, ça ne voulait pas dire que les conversations n'étaient pas intéressantes.

« Alors arrête de croire que c'est un problème. Franchement, quand tu parles avec mon frère, tu te poses les mêmes questions ? » Lorenzo ne savait pas trop ce qu'il en était de leur relation, mais de ce qu'il avait compris, c'était une amitié très simple comme il peut y en avoir entre deux jeunes du même âge. Si c'était le cas, pourquoi se prendre à ce point la tête avec lui ? « Je suis pas différent de Virgilio, hein. Bon, je fais pas dans la mécanique et tu me verras jamais couvert de cambouis, mais à part ça, il est pas mon frère pour rien. »

Se relevant, Lorenzo passa derrière Abban en lui ébouriffant les cheveux avant de se diriger vers le réfrigérateur et les différents placards. Farfouillant un peu, il finit par se retourner vers l'Irlandais.

« Bon, pendant que tu es occupé, tu me dis ce qu'il faut faire pour préparer la vinaigrette ? Je vais tenter de me montrer à la hauteur ! Faudra aussi penser à prendre un truc à boire, après. Mais... je sais pas ce que tu bois, en général, mais moi, j'évite l'alcool. »
 
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Message posté : Lun 16 Fév 2015 - 0:20 Message
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Le catholique irlandais se retint de dire que lui aussi, en règle générale, il allait à la messe tous les dimanches — et que ce n’était certes pas le seul jour de la semaine où il se rendait à l’église. Abban piétinait sans aucun doute, dans sa vie quotidienne, une bonne partie des préceptes bibliques, que ce fût du point de vue personnelle ou professionnelle, mais cela ne l’empêchait ni d’aller à l’office, ni de prier, ni de s’impliquer de la communauté catholique, irlandaise ou non, de Star City. Mais Lorenzo n’avait pas l’air d’être un grand fan de la religion alors Abban préféra essayer de se concentrer sur leurs ressemblances.

Il fallait bien avouer que le discours de son ami le rassurait considérablement. Le parallèle avec Virgilio, surtout, était convaincant : de fait, ce dernier devait avoir eu la même éducation que Lorenzo, même si Abban n’y avait jamais vraiment réfléchi. Voir Virgilio travailler les voitures et, sans doute, Lorenzo avait raison, même si c’était un peu idiot, le voir couvert de cambouis avait indubitablement permis à Abban de se sentir plus à l’aise avec lui. En terrain connu, en quelque sorte.

L’Irlandais partit se laver les mains, pour pouvoir se recoiffer. Le geste de Lorenzo l’avait perturbé — évidemment — mais au moins ne l’avait-il pas irrité. Il y avait des gens qui s’étaient retrouvés téléportés dans la baie pour moins que ça, mais Lorenzo semblait avoir un passe-droit capillaire. Un privilège dont l’Italien ne mesurait sans doute pas toute la valeur.

— Verse de l’huile d’olive dans un bol. Mets de la moutarde. Tourne lentement pour casser la moutarde. Tu devrais obtenir une pâte. Là, tu rajoutes du vinaigre balsamique et tu peux battre un peu plus fort pour délayer. Puis tu mets du poivre et du sel. On peut rajouter des herbes, si tu veux, mais c’est pas forcément nécessaire. Tu peux mettre un peu plus de vinaigre que dans une vinaigrette classique, si tu veux, pour aller avec le pois chiche.

Abban se détourna de la fenêtre où il avait inspecté son reflet, afin d’être sûr que sa coiffure était bien en ordre. Il retira les falafels, les versa dans un bol et le couvrit, pour les garder au chaud et il passa aux frites elles-mêmes.

— Sinon, j’bois pas tellement d’alcool non plus. Ça m’monte à la tête puis j’aime pas trop l’goût.

C’était la seule faille dans son éducation gastronomique. Heureusement il y avait une serveuse spécialisée dans les vins, au Malachi Road, à laquelle Abban n’était que trop content de déléguer cette tâche.

— Y a des sodas et du jus de fruit dans l’frigo, mais ce s’ra pas forcément super harmonieux. Moi, j’vais prendre de l’eau, c’la dit, j’f’rai pas une crise s’tu bois aut’ chose, hein.

Abban jeta un coup d’œil aux frites.

— Presque prêt. J’vais m’changer, j’reviens.

Combien de tenues Abban passait-il par jour, toute la question était là. En tout cas, l’Irlandais disparut. Au moins faisait-il l’effort de se changer rapidement, pour que Lorenzo ne fût pas trop longtemps tout seul. Le jeune homme refit son apparition dans la cuisine, dans la fameuse tenue jogging-mode qu’il avait évoquée un peu plus tôt. C’était l’occasion d’éduquer son ami. Celle-ci se composait donc d’un pantalon de jogging en coton gris que personne ne devait véritablement mettre pour faire du sport. La coupe était parfaite — elle suggérait le boxer au détour de certains mouvements et laissait deviner qu’en certains points, la nature avait été fort généreuse avec Abban. Le haut était un tee-shirt, blanc avec le nom et le logo de la marque en noir et rouge, ample, afin d’accentuer l’air fragile et délicat d’Abban, une alternative au tee-shirt moulant que le jeune homme aurait porté s’il avait eu de gros muscles à mettre en valeur. En tenue, en somme, d’une simplicité extrême, mais soigneusement calculé.

— Un truc comme ça, ça t’irait bien, j’pense. S’tu veux changer des chemises. Mais les chemises, c’est cool aussi.

Même si Abban, en matière de vêtements comme de cuisine, appréciait la variété. En tout cas, les frites étaient prêtes, le repas avec elle et, quelques minutes plus tard, une fois les plateaux composés, les deux jeunes gens étaient assis sur le canapé. Abban, en tailleur, avait posé son plateau sur ses jambes et, le son de la télévision coupé, zappait en quête de l’émission idéale.

Il en profita pour revenir sur leur grand sujet de conversation.

— T’sais, t’as raison. J’suis trop stressé, par c’t’histoire de culture et tout. En vrai, j’suis pas, genre, dépressif. ‘Fin, pas tout l’temps. C’compliqué. Juste, j’sais qu’j’suis doué pour pas mal de trucs, objectivement, et j’pense pas qu’j’sois, genre, complètement inintéressant, mais disons qu’j’ai l’impression qu’j’suis plus fun en plein air qu’en conversation, tu vois ? Mais sans doute que j’complexe pour rien. En tout cas, ‘vec toi, j’me sens bien.

Abban avait trouvé son émission, une sorte de concours de cuisine comme il en existait tant, mais il laissa la télévision silencieuse, pour enfin tourner le regard vers Lorenzo. Un peu gravement, il dit :

— J’voudrais pas donner l’impression du contraire. J’veux dire, t’es un mec cool et j’kiffe passer du temps avec toi. Crois pas qu’je psychote toutes les deux secondes, juste parce que j’suis un peu, j’sais pas, pas trop sûr, de temps en temps. Sérieux.

Abban reporta son regard sur l’écran.

— En tout cas, c’est sympa d’me rassurer.

Et il mit le son.
 
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Message posté : Lun 16 Fév 2015 - 23:38 Message
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Oh, il ne fallait pas s'y tromper, Lorenzo était catholique et bien croyant. La religion avait une place importante au sein de leur famille et il remplissait tous ses devoirs à ce niveau. Cependant, quand on est enfant, on a parfois envie de faire autre chose que de devoir aller à la messe pour écouter le curé. Ce n'est pas nécessairement un manque de foi et ça passe souvent avec le temps. Aujourd'hui, Lorenzo suit au mieux les préceptes de sa religion, mis à jour en fonction des règles de la mafia. Au domaine, ne disait-on pas le bénédicité avant chaque repas ? Bref, quoi qu'il en soit, si Lorenzo n'était pas très fan de l'église quand il était petit, il était aujourd'hui au fidèle aussi parfait qu'on pouvait l'être quand on se trouvait à sa place.

Une vinaigrette et des falafels plus tard, Abban reparut dans la cuisine dans une toute nouvelle tenue. Ces deux heures expliquaient donc pourquoi sa valise était aussi grande que cela. S'il se changeait plusieurs fois par jour, le responsable des lessives devait être ravi ! D'un autre côté, quand on pouvait faire des déplacements de plusieurs dizaines de kilomètres en un clignement d’œil, c'était un peu plus simple d'agir de cette manière. Étudiant du regard la tenue de l'Irlandais, Lorenzo essaya de ne pas trop s'attarder sur certaines spécificités mises en avant par la coupe du vêtement.

« C'est plutôt sympa, même si c'est vrai que j'en ai pas forcément l'habitude. Mais faudra que j'y pense. »

Ça pouvait en effet être un peu plus confortable pour traîner à la maison même si Lorenzo avait généralement l'habitude de rester en chemise. Quoi qu'il en soit, quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans le salon, devant la télévision. Installé à côté d'Abban, sur le canapé, l'Italien l'écouta, le regard rivé sur lui, tout en souriant.

« Moi aussi, je me sens bien avec toi. Je suis content de te connaître. Et comme je l'ai dit, tu as pas à t'en faire, avec moi. Tu es peut-être pas toujours sûr de toi, mais c'est pareil pour moi, tu sais. Toi, tu as une vie de dingue et tu fais des trucs de fous. Tu voles des objets magiques, des voitures qui en jettent et tout ça. Moi, je fais rien de tout ça donc parfois, ça m'arrive aussi de me sentir un peu... Je sais pas. Pas à la hauteur. »

Et puis, il fallait aussi dire que dans les faits, à la base, Abban avait été engagé pour entraîner Lorenzo. Pour être son professeur. De fait, ça prouvait bien que l'Italien était un cran en-dessous. Il ne pensait pas comme ça, bien entendu, mais c'était simplement pour expliquer à Abban qu'ils pouvaient se trouver dans la même situation. Ils étaient faits du même bois et ça se voyait. Jetant un œil à la télévision, Lorenzo finit par reposer son regard sur Abban.

« Tu permets ? » Fermant les yeux, Lorenzo inclina la tête avant de réciter. « Seigneur, bénis ce repas, ceux qui l'ont préparé et procure du pain à ceux qui n'en ont pas. Merci Seigneur de me permettre de partager ce moment avec mon ami. Amen. » Relevant le regard vers Abban, en souriant, Lorenzo crut bon de s'excuser. « C'est... une habitude. Bon, si on goûtait ? »

Saisissant l'un des falafels, le jeune homme croqua dedans avant de savourer sa bouchée. Il n'avait encore jamais mangé ce plat et c'était donc une découverte pour lui. Il appréciait toutefois ce qu'il mangeait, sentiment accentué par le fait que ça ait été préparé par Abban.

« C'est super-bon ! T'es un As ! » Avalant une nouvelle bouchée, Lorenzo attendit de l'avoir finie pour poursuivre. « N'empêche, c'est la toute première fois qu'on mange ensemble. Ça se fête ! Enfin, vu ce que tu as pu faire avec ce que tu as trouvé dans les placards, j'imagine ce que tu peux réaliser avec des vrais produits. Faudra que je vienne manger au Malachi Road, un de ces jours. J'emmènerais Virgilio et Luana. »

Ça pourrait faire une sortie en famille sympathique d'autant que Virgilio apprécierait sans aucun doute de manger les plats d'Abban. Attrapant son verre d'eau, Lorenzo en but une gorgée, regardant dans le même temps la télévision. Les candidats du jeu de cuisine devaient vraisemblablement concevoir un plat à partir d'un panier de fruits et l'Italien trouvait ça particulièrement complexe. Lui-même n'aurait jamais su quoi faire...

« Tu n'as jamais eu envie de participer à l'une de ces émissions ? Je suis sûr que tu pourrais t'en sortir facilement. »

Encore que... S'il ne remettait pas en cause les talents d'Abban, Lorenzo se demandait quand même s'il serait capable de s'en sortir sans avoir recours à ses pouvoirs. Il y était tellement habitué qu'il faisait ça tout naturellement et de fait, ne pas se téléporter jusqu'au frigo pouvait être un peu problématique...
 
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Message posté : Lun 16 Fév 2015 - 23:59 Message
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Le regard qu’Abban posait sur Lorenzo se fit un peu perplexe quand l’Italien confessa ses complexes à l’égard de son professeur en armement. Jamais Abban n’avait supposé que son ami pût douter de lui. S’il savait bien que sa place au sein du Cartel n’était pas la même que celle de Lorenzo, s’il avait parfaitement conscience du caractère pour le moins unique et fulgurant de sa carrière des derniers mois, Abban avait toujours pensé qu’au sein d’une famille riche et puissante, Lorenzo était parfaitement satisfait de sa situation.

Les propos du jeune homme résonnaient évidemment avec ceux qu’il avait tenus, deux heures plus tôt, devant les affiches vantant les mérites des cours de saut à ski. Lorenzo n’avait pas une vie assez excitante. Abban, qui avait toujours vécu dans le crime et le danger, les mains dans le cambouis du Milieu en quelque sorte, avait du mal à se représenter une existence plus calme. Ses pouvoirs la lui rendaient d’autant plus inconcevables et cela, il s’en rendait bien compte.

La déclaration de Lorenzo le prit un peu de court et il n’eut pas le temps de répliquer avant la prière rituelle. Abban ne priait pas beaucoup. Sa foi était silencieuse. L’Irlandais trouvait sa vie trop radicalement différente de l’orthodoxie catholique pour ne pas se sentir en décalage avec la plupart des rites, alors il pratiquait discrètement — une discrétion qui s’expliquait aussi beaucoup par les sentiments beaucoup moins fervents de sa jumelle.

Les deux jeunes gens commencèrent à manger et un sourire éclaira le visage d’Abban quand Lorenzo le complimenta sur son plat. L’Irlandais aimait cuisiner pour les autres ; à ses yeux, tout l’intérêt de la gastronomie était de partager ses créations. Pour Abban, la cuisine était en quelque sorte un spectacle et c’était le public qui devait juger du succès. Aussi l’Irlandais s’intéressait peu aux plats à la technique élaborée qui laissaient les néophytes entièrement dubitatifs. La prouesse pour la prouesse lui paraissait un peu vaine.

— Quand tu veux. Faut juste réserver, parce qu’l’resto est toujours complet, du coup, si vous passez sans prévenir, ce s’ra un peu chaud pour vous trouver une table.

Le succès du Malachi Road avait été rapide — il fallait dire que les jumeaux offraient l’un des meilleurs rapports qualité-prix de la ville, peu désireux qu’ils avaient été de réserver leur restaurant à la seule élite. D’ailleurs, Abban mettait un soin particulier à s’assurer que la popularité de l’établissement ne le fermât pas petit à petit aux portefeuilles les moins garnis, même si l’on ne pouvait pas dire qu’il était à la portée de toutes les bourses.

L’Irlandais sourit une nouvelle fois à Lorenzo, avant de reporter son attention sur l’écran.

— Ouais, on y a pensé, avec Linn, mais j’sais pas. C’est sympa et tout, l’côté ludique, les défis comme ça. J’trouve ça cool. En vrai, ça sert un peu à rien, mais c’t’un jeu, quoi. Juste… J’sais pas, maintenant qu’on a l’resto, on trouve ça un peu futile. ‘Fin, perso, j’crois qu’ça m’saoulerait d’me faire imposer des épreuves par des gus qu’ont rien inventé depuis des plombes, tu vois ? On s’habitue à être le patron, en fait.

Et comme le prouvait sa situation au sein du Cartel, toujours à maintenir l’équilibre entre ses activités pour différents groupes, afin de conserver son indépendance, Abban n’aimait pas trop être dirigé par les autres.

— D’une certaine façon, j’crois qu’j’ai pas mal grandi. Ouais, non, pas grandi, ça, c’est sûr…

Abban laissa échapper un rire léger. Lui avait le droit de plaisanter sur sa taille, pas les autres.

— Mûri, disons. Genre, même la compta du resto, j’commence à aimer ça, alors tu vois comment je suis vieux dans ma tête…

Le jeune homme adressa un clin d’œil à Lorenzo. Il continua à parler (évidemment), ne s’interrompant que rarement pour manger avec un appétit modéré. Le cuisinier n’était pas un goinfre, manifestement.

[color=darkred]— T’sais, si un jour tu veux v’nir, dans un cambriolage… Pour vivre le truc, tu vois, sur l’terrain et tout. Avec moi. C’est possible. On s’trouve un coup sympa, que’que chose ni trop simple, ni infaisable, avec un objet cool à la clé, pas forcément pour revendre, juste pour l’souvenir. Le fun, quoi.[color]

L’Irlandais quitta l’écran des yeux pour observer Lorenzo.

— T’sais, faut faire des trucs fous, d’temps en temps. On dirait qu’t’en as vachement envie mais qu’t’oses pas. Des fois, faut y aller au feeling. J’veux dire, c’est bien d’planifier et tout, d’faire les choses calmement, c’t’une super qualité et c’est vachement utile. Mais juste, t’es jeune, j’suis sûr qu’ça t’brûle les veines. Et puis, hé, en plus, au moins, comme ça, quand tu s’ras l’patron, tu sauras comment c’est sur l’terrain. Franchement, c’est tout bénef.

Du reste, avec Abban à ses côtés, Lorenzo ne risquait pas vraiment de finir en prison. Dans le genre insaisissable, l’Irlandais était un champion.

— Après, si l’vol ça t’branche pas, j’sais pas, on peut trouver aut’ chose. Mais un truc fort, quoi. Un truc qui t’remue. Même si c’est juste une fois. Pour s’sentir vivant.

Et peut-être que les complexes de Lorenzo en seraient un peu apaisés.
 
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Message posté : Mer 18 Fév 2015 - 22:28 Message
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« Dans ce cas, je passerais une réservation dès qu'on sera rentré du week-end, histoire d'être sûr d'avoir une place. »

S'il fallait réserver, Lorenzo n'allait pas tenter de passer outre en mettant en avant une quelconque amitié avec Abban et de fait, comme il ne voulait pas attendre des semaines avant de pouvoir manger l'un de ses plats, il allait faire au plus vite. Bon, il était vrai qu'il allait de toute façon manger la cuisine d'Abban pendant tout leur week-end, mais le faire dans le restaurant dont il était propriétaire, ça avait quand même une toute autre saveur.

Vint alors la question d'une éventuelle participation à un jeu télévisé culinaire et Abban y répondit à la perfection. S'il était vrai qu'une telle expérience pouvait être intéressante en permettant de se surpasser grâce aux différents défis que l'on devait remplir, pour le reste, ce n'était peut-être plus aussi attrayant pour les jumeaux. L'argent ne devait pas être un problème pour eux et du coup, remporter ou non la victoire ne changerait pas grand chose à ce niveau. Quant à la possibilité d'ouvrir un restaurant... Ben c'était déjà fait, donc.

« Oui, c'est sûr qu'à votre place, c'est plus vraiment très utile. Si vous bossiez pour quelqu'un, ça pourrait être sympa, pour vous trouver une place, mais là... »

Les épreuves, ça pouvait toujours donner des idées, mais pour ça, il n'y avait pas vraiment besoin d'être candidat. Un sourire étira les lèvres de Lorenzo, à la blague d'Abban, mais il n'eut pas le temps de plaisanter à son tour que l'Irlandais continuait déjà. Au moins, ça lui laissait le temps de manger, que ce soit les falafels, la salade avec sa vinaigrette vraiment super-sympa et les frites, à la fois croquantes et fondantes. Ce qui suivit le fit tourner la tête vers son ami, l'air pensif. Il l'invitait à commettre un vol ? Voilà qui était nouveau !

« Tu sais, depuis quelques temps, j'ai des idées. Des plans. Pour faire des trucs fous. Mais ouais, j'ai tendance à tout planifier, à tout vérifier. Je n'ai pas envie de faire n'importe quoi ou de prendre des risques sans en mesurer les conséquences. » Selon Abban, c'était une super qualité, mais il était vrai que ça pouvait le limiter dans ses possibilités et dans un sens, s'il n'avait jamais fait de saut à ski, c'était peut-être pour ça. « Ce que je veux, c'est pouvoir veiller sur ma famille. La protéger. C'est pour ça que j'ai imaginé le Phantom Noir. Je m'entraîne, pour être à la hauteur, mais parfois, c'est dur de rivaliser. »

Parce que lui, il n'avait rien d'autre que ce qu'il pouvait apprendre. Il n'avait pas le moindre pouvoir particulier, pas la moindre compétence spéciale, pas le moindre don. Il savait se battre, mais pas mieux que n'importe qui d'autre. Il avait des armes, certes un peu spéciale, mais ça ne le rendait pas plus fort que n'importe quel autre criminel armé. Et c'était ça qui le forçait à être si prévoyant.

« J'ai jamais eu l'envie de devenir un tueur ou un voleur ou que sais-je d'autre. Je ne sais même pas si je le pourrais. T'imagines, si je reste coincé, à cause d'une porte en métal ? Je ferais quoi ? Où si je me fais choper ? Lorenzo Mancini, arrêté pour vol. Franchement, c'est tout ce qu'ils attendent, les procureurs... »

Rien, parce qu'il n'aurait aucun moyen de passer au travers. Il ne pouvait pas se téléporter, comme Abban. Il ne pouvait pas non plus voler pour s'échapper. Il ne pourrait pas l'arracher non plus, parce qu'il n'avait pas la moindre force et qu'il lui serait même impossible de défoncer une porte tout ce qu'il y avait de plus normale... Avec son gabarit, qu'est-ce qu'il pouvait espérer ?

« Mais... Ouais, j'aimerais bien tenter un truc avec toi, un jour. Ça ne pourrait que m'aider. Je suis pas forcément encore au top et j'ai besoin d'entraînement, c'est certain, mais le Phantom Noir a quand même des ressources. » Lorenzo sourit, parce que malgré ce qu'il venait de dire, il savait qu'il n'était pas non plus totalement dénué de talents. « J'espère que tu regretteras pas ta proposition... Tu risques de trouver ça particulièrement lourd de m'avoir avec toi ! Je doute d'être aussi souple et doué que ta sœur. »

Et ce n'était pas peu dire, parce que même si Lorenzo s'entraînait aux arts martiaux, il n'avait encore jamais tenté de s'infiltrer quelque part en toute discrétion. Mais d'un autre côté, peut-être qu'il allait devoir s'y mettre, parce que le Phantom Noir devrait sans doute recourir à de tels talents, plus tard...

« Fin, je compte sur toi pour qu'on évite les problèmes ! »
 
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Message posté : Mer 18 Fév 2015 - 23:00 Message
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Une nouvelle fois, Abban trouva son ami bien pessimiste. Ou simplement réaliste ? Trop réaliste. Est-ce qu’on pouvait être trop réaliste ? Abban lui-même n’était pas particulièrement une tête brûlée, en tout cas pas avec le travail. Il aimait le risque mais, au sein du Cartel, il savait calculer ceux qui en valaient la chandelle et ceux qui relevaient de la simple témérité. Dans le reste de l’existence, c’était tout autre chose, bien sûr. Et d’ailleurs, ce qu’il proposait à Lorenzo tenait moins de leurs professions respectives et de leur place au sein de l’organisation criminelle que d’une expérience rien que pour eux, quelque chose de personnel.

— J’te dis pas d’faire carrière dans l’cambriolage de haute voltige, hein…

Abban ne savait pas trop comment réagir, à vrai dire, aux propos de Lorenzo. Spontanément, son amitié l’aurait poussé à dire qu’il ne devait pas s’en faire, qu’il était largement à la hauteur, que le monde lui appartenait mais il devait bien se rendre à l’évidence : il y avait des dangers sérieux et des concurrents redoutables dans ce monde-là et Lorenzo, in fine, n’était qu’un humain. Alors l’Irlandais craignait d’être maladroit s’il se risquait en une consolation de demi-teinte.

— Encore une fois, si ça t’préoccupe, moi, j’veux bien t’entrainer, pour ta souplesse…

Étrangement, après cette proposition, Abban détourna une nouvelle fois le regard.

— Mais sinon, plus généralement, t’vois, y a un truc, c’est qu’on peut s’entrainer tout c’qu’on veut, à partir d’un moment, l’seul vrai moyen d’progresser, c’est d’aller sur le terrain. T’peux avoir les salles d’simulation les mieux conçus, des parcours du combattant du tonnerre dans ton jardin, des supers profs mignons et sympas comme moi, c’pas pareil. C’pas forcément qu’sur l’terrain, c’est plus compliqué techniquement. C’est juste que… Ben, l’enjeu est plus élevé, l’imprévu est plus grand, faut s’adapter, faut être créatif, y a plus d’pression. Et c’est ça qui fait progresser. C’t’un peu comme lire des bouquins sur l’poker et jouer sa paie du mois à une table.

Abban fit une pause et concéda :

— Ouais, ‘fin, j’suppose, hein, j’ai jamais vraiment joué au poker.

Il connaissait les règles. Enfin vaguement. Enfin en théorie. Difficile d’y échapper quand on sortait avec Wildcard. Mais Abban n’avait pas une grande passion pour les jeux qui ne se déroulaient pas en plein air et n’impliquaient quelques acrobaties, ou au moins de courir dans tous les sens. Le football, ça, c’était intéressant. Mais qu’est-ce que les Américains pouvaient y comprendre ?

— Bref. J’peux trouver un truc bien calibré. Et on fait ça ensemble de A à Z. Sans pouvoir, sauf si vraiment on est dans la merde, et alors j’nous sors de là. J’veux pas ruiner ta vie non plus. Donc, on trouve l’truc. L’objet, quoi. Ensuite, faut récupérer les plans, préparer l’infiltration, le faire, revendre le machin. Et franchement, moi, même après des années, j’ai t’jours c’truc dans l’ventre, là… Bref. Cool.

Abban s’arrêta miraculeusement de parler pour manger un morceau de falafel et quelques frites, puis il reprit :

— N’importe comment, faut pas qu’tu complexes. Y a des tonnes d’cambrioleur qui sont pas des téléporteurs. Y a des tonnes de gens qu’ont pas commencé quand ils étaient bébés. Et y a des types gros et patauds qui sont des criminels vachement doués. C’t’une question d’trouver son style. Toi, t’es encore vachement jeune, t’es en forme, t’es prêt à t’entrainer, t’as accès à du bon matos, t’en veux, tu présentes bien, sérieux, t’as plein d’atouts dans ta manche. Faut qu’tu t’fasses confiance. T’as raison d’être prudent, ça, y a pas d’discussion. C’t’une ville dangereuse et un monde dangereux. Tu s’ras pas l’meilleur, j’suis pas l’meilleur, y a des gens super flippants de partout. Mais c’pas une raison pour s’préparer encore et encore sans jamais s’lancer. T’veux mes frites ? J’ai plus faim.

Il restait un bon quart de son assiette.

— En plus, j’sais pas, j’te parle pas forcément d’crime non plus, hein. Faire un truc fou, ça peut être aut’ chose. Sauter en parachute, faire d’la plongée dans une cage à requins, euh… Embrasser un mec, pardon, une meuf vachement canon que t’osais pas. Le saut à l’élastique. N’importe.

Et d’une voix songeuse, Abban murmura :

— Ça doit être cool, le saut à l’élastique…

L’Irlandais se promit de se renseigner sur la question en rentrant à Nalebo Hall. C’était probablement moins ludique que de se jeter du haut d’un building et de se téléporter tout près du sol, mais enfin, pourquoi pas.

— Tout ça, c’est plein de trucs fous et pas cinglés. ‘Fin, tu m’comprends, quoi. Y a d’la marge entre aller chez les Russes et leur dire qu’i’ sont tous des pédés, et rester chez soi. Après, j’dis ça, c’est cool aussi d’avoir une vie tranquille, hein. C’est juste que t’as l’air d’vouloir, euh… goûter un peu à tout ça, quoi.
 
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