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Il n'y a pas de vilains au Kansas ?

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Message posté : Mar 16 Déc - 18:31 Message
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    10 décembre 2014 – 18h56

    Une soirée agitée dans les quartiers généraux du SCPD. Peut-être un tout petit peu plus que la moyenne. Décembre n’était pas le mois le plus reposant de l’année pour les forces de l’ordre. C’était un peu comme l’école primaire, l’arrivée des vacances excitait les gens et rendaient le travail ici assez hardcore. Il y avait sûrement une explication scientifique ou même psychologique pour ça. Les fêtes en elles-mêmes ne pouvaient pas rendre les gens cinglés, suicidaires, violents ou autres... tout le monde n’avait pas la même religion... A moins que ce soir simplement du à une espèce de nostalgie de fin d’année... ou encore, tout simplement à notre société de consommation qui arrachait la raison à ces pauvres gens. Toujours était-il que décembre, dans la ville des Supers, n’était pas le mois le plus soft de l’année. Pour vous donner un petit aperçu des spécificités de cette ville, on pourrait vous parler de cette « petite » histoire qui venait d’arriver au campus universitaire. Une alarme incendie a permit à tout un bâtiment d’être évacué et, quelques minutes plus tard, le même bâtiment a été fracassé par une espèce de force invisible sortie de nulle part. Les murs tiennent à peine debout. Lorsque les pompiers sont arrivés, il n’y avait presque plus personne à faire sortir... juste un Super qui était entré dans le bâtiment en croyant qu’il y aurait simplement un incendie. Une histoire comme on les aime ici en somme. Impliquant des super pouvoirs redoutables. Rien de plus simple.

    Le Super qui avait été ramené se trouvait ici d’ailleurs, juste à côté du bureau d’un inspecteur, assis sur une chaise en attendant qu’on lui demande de témoigner à nouveau. Vincent Nash. Une sorte de pyrokinésiste apparemment. Il a acquis ses pouvoirs il y a seulement quelques mois et a été mêlé à quelques affaires louches depuis. L’affaire des cannibales de Watson, l’incendie suspect du Bohnson... Oh personne ici ne le suspectait de quoique ce soit, ça sautait aux yeux que ce gamin était simplement au mauvais endroit au mauvais moment... Enfin, dans le cas du Bohnson, son arrivée sur les lieux était plutôt une bonne chose, surtout pour Thunder apparemment. Présentement, on avait rien à lui reprocher, si ce n’était qu’il avait l’air nerveux, passablement inquiet... voire même carrément effrayé. Mais du coup, on avait l’impression qu’il ne nous disait pas tout. Là, un agent le surveillait, juste en face de lui. Histoire de. Encore une fois, avec les Super, vaut mieux être prudent. Le truc, c’est qu’on ne pouvait pas le laisser repartir tout de suite. Tout un bâtiment venait d’être quasiment démoli par un Super vilain, il fallait absolument réunir le plus d’informations possible. Mais cela allait exiger un peu de patience, surtout parce que le témoin principal était apparemment en état de choc. Alors on lui avait donné un verre d’eau. Ca avait fait rire le lieutenant Drew. « Vu ses pouvoirs, on devrait plutôt lui donner un verre de cendres... ou d’essence peut-être ». Toujours le mot pour rire. Elle lisait ptet un peu trop le Daily Herald, remarque.

    ... ... ...

    Vincent ne savait pas depuis combien de temps il était assis là à attendre. Il s’en fichait un peu en fait. Ici ou ailleurs, son esprit resterait obsédé par l’après-midi qu’il venait de passer. Un simple match, son premier depuis septembre puis... le cauchemar. Noctis. Ses mains ne tremblaient plus mais il avait mis un moment à les contrôler. Ca n’avait pas été facile d’envoyer un message à Jace avec ces doigts hésitants. Mais il était terrifié. Là encore, il avait l’impression que son cœur battait à cent à l’heure. Il était fatigué aussi, mais son cerveau refusait de se reposer. Trop occupé à le bombarder de souvenirs. Du visage du mentaliste. Du cou de ses équipiers qui avaient menacé de rompre sans aucune raison apparente. De la vague d’énergie qui avait attaqué les murs du bâtiment de philo. Du regard de ce mec lorsqu’il a parlé de Jace. De ses menaces... Vincent avait hésité à tout confier aux policiers. Il avait honte. Honte d’avoir été aussi faible, de ne rien avoir pu faire pour arrêter ce monstre. Honte d’avoir peur. Honte un peu du caractère personnel que cette histoire prenait pour lui. Il n’avait pas envie de confier le rôle de Thunder là dedans, ni celui de leur relation qu’il n’avait pas non plus envie de partager avec les flics. C’était bête, il le savait. Mais dans l’état actuel des choses, il n’avait pas assez de force pour lutter contre lui-même. Il avait longuement réfléchi avant de commencer à parler. Noctis n’avait pas effacé ses souvenirs comme il l’avait fait avec Jace, il avait pourtant entendu les sirènes et devait donc se doutait de ce qui se passerait après. Voulait-il donc que Vince raconte tout à la police ? Le doute l’avait hanté pendant un moment. Puis il s’était mis à parler. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire non ?

    Puis il avait réussi à envoyer son message à Jace.

    Citation :
    Le mentaliste qui t’a attaqué au Bohnson est venu me voir après le match. Il a presque détruit le département de philo. Je suis au QG du SCPD.

    L’étudiant avait réussi à résister à l’envie d’écrire : « s’il te plait, viens, j’ai besoin de toi » mais il se doutait bien que Jace allait le deviner. En tout cas il l’espérait.

    – Hey gamin, tu veux un autre verre d’eau ?

    Vincent leva les yeux vers le policier qui était arrivé vers lui pour lui demander ça, puis les baissa sur son verre. Il était vide. Depuis un moment d’ailleurs.

    – Non merci.

    Pas soif.

    Son esprit était encore piégé dans les nœuds qu’avait installés le mentaliste. En première position se trouvait sa menace : celle d’éradiquer les sentiments de Jace à son égard. Rien que cette pensée lui donnait envie de vomir. Etait-ce possible ? On parle d’un mec qui aurait pu réduire tout un bâtiment en cendres en un clin d’œil, sûrement que c’était possible. Et là s’ajoutait la honte de vouloir préserver cela. Qu’est-ce qu’une relation valait à côté de la vie des autres ? Ce type était malade. Il fallait l’arrêter... En même temps, que pouvait-il faire lui ? Il n’avait même pas pu bouger...

    Le jeune homme garda les yeux baissé sur son verre qu’il ne voyait même pas. Ses mains recommencèrent à trembler légèrement... jusqu’à ce qu’elles soient prises par une autre paire de mains familière. Là il releva les yeux.

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Message posté : Jeu 18 Déc - 13:29 Message
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— Nous avons les moyens de vous faire parler.

Jace regrettait un peu de n’être pas allé voir le premier match de Vincent, même si ce n’était qu’un entraînement. Certes, en ce moment précis, il était nu et en compagnie d’une charmante demoiselle, mais ce n’était qu’une médiocre consolation. Probablement parce qu’on l’avait ligoté sur une chaise et qu’un Slovaque acariâtre se penchait au-dessus de lui avec une fiole d’acide.

— Qu’est-ce que la Légion sait de notre opération ?

Les gouttes d’eau qui tombaient du plafond dans la flaque répandue à leurs pieds rythmaient cette conversation assez peu agréables. « Ils » avaient percé une canalisation. C’était leur piège ultime : si Jace utilisait ses pouvoirs ou s’il se transformait, le courant électrique serait immédiatement répercuté à l’inconnue qui était attachée à un vieux radiateur, dans l’eau elle aussi. Il était coincé. Une goutte d’acide tomba sur sa cuisse. L’adolescent serra les dents. La peau brûlée commença aussitôt à se reconstituer.

— Tout cela peut durer très longtemps, Monsieur Roberts.

En fait, non. Thunder n’était pas venu seul : il était là avec lui-même. Et lui-même. Et encore lui-même. Pendant qu’un Thunder attaché se faisait questionner par un trafiquant d’armes européen, trois autres Thunders s’activaient dans le bâtiment. C’était la première fois que le jeune homme utilisait ce qui devait être sans aucun doute le plus complexe et le plus élaboré, ainsi que le plus récent, de tous ses pouvoirs, sur le terrain, en dehors de la Tour de la Paix. Il n’en avait parlé à personne, même pas à Vincent, incertain de pouvoir faire aboutir le projet de démultiplication qui avait été le sien.

À vrai dire, ça marchait plutôt bien. Il était à quatre endroits à la fois et il le pensait sans difficulté. L’un de ses corps neutralisait successivement tous les associés du Slovaque. Un deuxième bricolait le système de sécurité. Un troisième montait la garde. Et le quatrième attendait de se faire libérer, alors qu’une autre goutte d’acide ravageait son épaule. Il n’avait qu’à serrer les dents. À se concentrer sur autre chose.

— Je vous préviens…

Les lumières du bâtiment s’éteignirent brutalement. Il y eut un bruit derrière le Slovaque et un poing sortit de nulle part l’assomma. Dans le noir, Thunder était souvent plus avantagé que ses adversaires : lui percevait leurs corps sans avoir besoin de les voir. Les lumières se rallumèrent et la jeune fille enchaînée poussa un cri de surprise, en voyant un Thunder habillé libérer un Thunder nu, tandis qu’un troisième Thunder crochetait ses menottes à elle. Ça faisait beaucoup pour une seule civile et elle perdit connaissance.

Une bonne heure plus tard, un Thunder unique et reconstitué atterrissait sur l’une des plateformes de décollage pour super-héros pressés qui entouraient la Tour de la Paix. Le jeune homme recoiffa machinalement ses cheveux blonds que le vol avait jeté en désordre, tout en pénétrant dans l’une des coursives qui le ramèneraient, par l’ascenseur, aux vestiaires. Désormais, il arrivait à reprendre les ascenseurs. Ceux de la Tour de la Paix, en tout cas. Dans l’immeuble de son enfance, entouré par des dizaines de super-héros, il se sentait en sécurité.

L’adolescent appuya sur le bouton de l’ascenseur et laissa son esprit vagabonder par avance jusqu’au téléphone portable rangé dans un casier, quelques étages plus bas. Il l’avait trafiqué pour obtenir un signal spécifique, qui ne changeait rien à la puissance de l’appareil somme toute rudimentaire, mais qui lui permettait de le reconnaître rapidement dans le brouhaha technologique permanent de la grande métropole. Quelques messages l’encombraient. Beverly qui s’inquiétait à propos d’Alan. Ashton qui demandait des nouvelles. Prudence.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Vincent. Thunder tourna aussitôt les talons, traversa la coursive en courant, bouscula au passage une Légionnaire et sauta dans le vide après la plateforme de décollage pour s’envoler dans le ciel de Star City. Il ne lui fallut pas longtemps pour atterrir devant le quartier général de la police, au centre-ville. Le spectacle d’un Légionnaire en un pareil lieu n’avait rien d’exceptionnel, surtout pas en costume de super-héros. Jace n’eut aucune difficulté à passer l’accueil et à retrouver Vincent.

L’adolescent avait toujours mis un point d’honneur à entretenir d’excellents rapports avec les forces de l’ordre régulières de la ville. Son instinct médiatique lui avait très tôt soufflé qu’ils étaient l’un des points sensibles de l’image de la Légion. Désormais, sa vaste mémoire lui servait, plus encore que dans les premières années de sa vie de super-héros, à retenir les détails personnel sur un tel ou un tel, à se souvenir des noms et de ceux des enfants. Cette fois-ci, pourtant, il traversa le commissariat sans un regard pour personne, parce qu’il n’entendait même pas les salutations.

Il s’agenouilla devant Vincent, prit les mains du jeune homme dans les siennes et chercha son regard.

— Je vais m’occuper de toi.

Il y eut deux ou trois regards pour se poser sur lui. Les plus informés supposaient désormais sans peine la relation qui unissait le pyromancien malchanceux et le célèbre leader de la Team Alpha. Jace se redressa et parcourut le commissariat du regard. Ses yeux s’accrochèrent à ceux d’un inspecteur qu’il connaissait bien et celui-ci contourna quelques bureaux pour arriver vers eux.

— Matt.
— Thunder.

Les deux hommes échangèrent une poignée de main.

— Tu t’occupes de l’affaire du département de philo ?
— Non, c’est le lieut…

Matt s’interrompit en comprenait qu’il s’était agi moins d’une question que d’une requête.

— J’vais voir c’que j’peux faire.
— Merci. On peut pas attendre ailleurs qu’au centre de la piste aux étoiles ?

Un demi-sourire se forma sur le visage de l’inspecteur.

— Si, si, on va trouver un endroit.

Jace se retourna vers Vincent.

— Viens, on va aller dans un endroit plus tranquille.

L’inspecteur lui conduisit à une salle où on interrogeait certaines victimes, mais où l’on n’avait pas jugé nécessaire de conduire Vincent. Après avoir promis de revenir vite, l’homme les laissa en tête. Jace baissa les stores, avant d’attirer Vincent dans ses bras et de le serrer contre lui.

— J’suis là. On va expédier ça et puis on va rentrer. Ça va bien s’passer. Promis.
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Message posté : Ven 19 Déc - 17:31 Message
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    Une cascade d’émotions diverses et parfois contradictoire se déversa dans le cœur de Vincent lorsqu’il vit son petit ami arriver à la rescousse. D’abord, une inexplicable impression de sécurité, de la joie, comme à chaque fois qu’il retrouvait le blond, du désir, parce que l’étudiant était un obsédé, même quand une situation ne s’y prêtait pas, il était incapable de brider sa libido. Mais des sentiments moins « positifs » vinrent également se faire une place de choix : la peur, voire même peut-être de la panique, de la colère, envers Noctis surtout... et peut-être un tout petit peu envers Jace ou plutôt envers ce monde héroïque dans lequel leur relation plongeait l’étudiant. Et puis il y avait aussi du désespoir, une bonne dose même car il ne savait pas quoi faire, et encore moins ce qu’il convenait de faire. Ce n’était pas le genre de situation à laquelle son éducation l’avait préparé. Les seules réactions qu’il parvint à avoir furent de serrer les mains de Jace, afin de renforcer la sensation de sécurité que ce contact instaurait. Il essaya de sourire aussi, essaya seulement. Sa bouche ne parvint qu’à se rehausser légèrement, incapable de masquer bien longtemps l’état de détresse émotionnelle dans lequel il se trouvait. Heureusement, Thunder savait comment réagir, et il se trouvait ici dans son univers avec des contacts. L’un d’eux vint alors s’occuper d’eux en commençant par les guider vers une pièce plus intime avant de les laisser afin de voir ce qu’il pouvait faire pour eux.

    Rapidement, le corps de Jace vint se coller contre le sien et Vincent ressentit une nouvelle vague d’émotions. Bien positifs cette fois. Automatiquement, il leva les bras pour serrer son petit ami. C’était bête, mais ce contact lui procura une chaleur qu’il pensait avoir perdu entre ces murs dédiés à la philosophie. Et comme par magie, cette étreinte permit au pryomancien d’abaisser ses défenses. Il prit alors la parole avec une voix émue qui montrait bien qu’il était encore bouleversé.

    – J’suis désolé... j’ai rien pu faire pour l’arrêter... J’pouvais pas bouger... J’avais pas d’autre choix que de faire ce qu’il disait...

    Personne ne devait vraiment aimer se faire manipuler, mais en l’occurrence, c’était quelque chose d’absolument horrible. Vince avait certes conscience que cela aurait pu être bien pire que ça. Et comparé à ce que Noctis avait fait à Jace dans cet ascenseur, il pouvait s’estimer heureux. Du coup il avait honte d’être dans un état pareil... Finalement, il s’extirpa des bras consolateurs du blond, au cas où Matt reviendrait. Et aussi parce qu’il avait peur de craquer s’il restait trop longtemps contre l’Alpha.

    – Qu’est-ce qui va arriver maintenant ? Ce malade a démoli un bâtiment en un clin d’œil sans raison apparente, juste avec ses pouvoirs ? Comment ils vont l’arrêter ? Et le trouver déjà ?

    Encore une fois, le manque d’intérêt de Vincent par rapport à la grande Histoire des supers héros l’empêchait d’avoir un point de comparaison avec les nombreux supers vilains qui ont sévi par le passé. Cela dit, d’un autre côté, il n’avait pas envie d’essayer d’arrêter ce mentaliste, surtout parce qu’il lui faisait peur. L’étudiant prenait sa menace très au sérieux et craignait de voir le nouvel équilibre, déjà fragile, de sa vie réduit à néant. Et il trouvait que c’était très égoïste de sa part de penser ça... et puis il y avait toutes ces choses que Noctis lui avait dites, par rapport à la sexualité de Jace, par rapport à Proteus Biotech... Il ne savait pas s’il devait les partager avec le Légionnaire. Ca le concernait directement, ça, c’était certain, mais est-ce que lui dire entraînerait des choses positives ? Là encore, la culpabilité vint ronger l’égoïsme qui l’envahissait et il ne put regarder son petit ami dans les yeux. Vincent se détourna de lui et entreprit d’examiner la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Elle n’avait rien d’intéressant, mais c’était la seule chose qu’il pouvait faire. Le jeune homme se sentait sale... indigne d’être avec Jace, lâche, faible... Il avait beau avoir « réussi » l’épreuve de Noctis, il n’avait pas du tout l’impression d’être victorieux. La confusion dominait son esprit ainsi que ses sentiments et il n’était pas sûr que la présence de son copain soit une bonne chose. Là encore, il nourrissait des pensées contradictoires. Mais d’un autre côté, le silence ne l’aidait pas à y voir plus clair. Vince avait l’impression d’être sur le point d’exploser. Après avoir passé les mains dans les cheveux pour essayer de reprendre de la contenance, il décida de parler, de s’ouvrir à la personne à qui il faisait le plus confiance dans cette ville... peut-être même partout.

    – Il pense qu’il y aura une guerre entre les humains et les Supers. Il... c’est un malade. Il est venu dans les vestiaires après le match et a menacé de tué tout le monde sans même lever le petit doigt... Et puis c’est quoi comme pseudo, Noctis ?

    Et voilà qu’il allait déverser un flot continu de paroles totalement dénué de structuration mais il fut interrompu par la porte que Matt ouvrit de nouveau.

    – C’est bon, j’ai eu l’affaire... Par contre j’ai du mal à lire les notes de mon collègue, il a une vraie écriture de médecin.

    Vincent resta silencieux et se contenta de regarder le policier s’installer sur une chaise à la table d’interrogatoire en disposant ses papiers devant lui. Matt leva la tête vers lui.

    – Je suis désolé, mais du coup, est-ce qu’on pourrait revoir l’historique des évènements depuis le début ? Comme ça, tu pourras me donner ton avis. ajouta-t-il à l’intention de Thunder.

    – Promis, après je vous laisse partir.

    Le pyromancien poussa un soupir avant de hocher la tête et de s’appuyer sur le mur en face de l’inspecteur. Il avait passé bien assez de temps assis. Après avoir jeté un regard qui se voulait rassurant à son petit ami il tourna la tête vers le policier et commença son récit.

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Message posté : Ven 19 Déc - 18:08 Message
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Il était sur le terrain. Ce n’était pas une sensation très agréable. D’être sur le terrain, avec Vincent. C’est vrai, ce n’était pas la première fois. Il y avait eu le petit braquage à l’épicerie, le soir de son retour de Sibérie, et puis l’enquête avortée du Bohnson Building, le lendemain de l’incendie. Mais les choses, alors, avaient été très différentes. Ce jour-là, Thunder était en pleine possession de ses capacités, de ses facultés de raisonnement et de son sens héroïque. Ce jour-là, Thunder sentait que sa vie de super-héros venait de démolir une partie de celle de Vincent.

Si Vincent avait été agressé par n’importe qui d’autre et qu’il avait, lui, volé au secours de son compagnon, peut-être aurait-il senti un peu plus de fierté et de consolation à se trouver en terrain connu, dans ce commissariat. Mais Noctis l’avait agressé lui en premier et Thunder avait tout lieu de penser que par Vincent, c’était à lui qu’il avait cherché à s’en prendre. Même si, finalement, il ne s’en était pris vraiment à personne. Vincent, en tout cas, n’aurait pas eu besoin d’être consolé s’il n’avait pas été, lui et sa Légion, lui et ses ennemis inattendus et insaisissables.

Jace laissa Vincent se dégager de ses bras et chercha le regard du jeune homme du sien, pour tenter de deviner les émotions qui devaient bouillonner en lui.

— Il va y avoir une enquête. Au moins deux. Sans doute trois. Une à la Légion, une à la SCPD et peut-être, vraisemblablement, une à l’UNISON. C’est… Comme toutes les autres enquêtes. On cherche des indices, des témoins. Des recoupements avec des faits passés. Et ensuite, on prend les mesures appropriées.

Thunder ne savait pas trop sur quel pied danser. À bien des égards, ce qui était arrivé à Vincent, ce qui lui était arrivé à lui-même, au Bohnson Building, était absolument négligeable au regard des exactions que les criminels de grande ampleur, humains ou non, commettaient quotidiennement à Star City et dans le reste du monde. Le plus impressionnant était peut-être la destruction de deux bâtiments, mais il y avait dans le pénitentier de Star City d’autres super-vilains tout aussi capables d’obtenir facilement de semblables résultats.

Pourtant, Jace ne voulait pas donner l’impression que la chose était banale, à la fois parce qu’il n’avait pas envie de prendre de haut le traumatisme de Vincent, qui résonnait avec celui qu’il avait surpassé les semaines précédentes, et parce que même dans leurs banalités, les actions des métahumains étaient toujours dangereuses. Vincent reprit la parole. Jace fronça légèrement les sourcils.

Cette histoire de guerre entre les humains et les Supers, ce n’était pas la première fois qu’il l’entendait.

— Il y a un groupe qui commence à…

Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Matt revint. Vincent s’adossa à un mur, Jace à un autre et Matt commença à prendre en note un récit que l’esprit du mutant assimila très rapidement. La description physique du fameux Noctis fut évidemment un grand moment : difficile pour Jace de ne pas la faire coïncider avec cet homme qu’il avait vu plusieurs fois dans les couloirs de Lane & Caids. Difficile aussi de ne pas entendre dans les propos de Vincent la confirmation d’une hypothèse qu’il avait formulé intuitivement, pour lui-même, juste après le Bohnson Building, et qu’il avait écartée parce qu’elle était trop incroyable.

Le silence retomba après l’histoire de son compagnon. Jace fixa Vincent avec des yeux que même sa retenue naturelle ne parvenait pas à rendre indifférents. Il n’était que trop évident qu’il avait envie de le prendre dans ses bras. Matt, du reste, qui ne pouvait que l’avoir remarqué, ne paraissait pas embarrassé par la situation.

— C’est plutôt contradictoire…

Jace jeta un bref regard à son ami policier.

— Pardon…

Reprit le policier en levant les yeux de ses notes et en précisant :

— Pas votre récit, les actions de cet individu. Il y a une espèce de paradoxe entre la puissance dont il fait étalage à la fin et sa retenue par ailleurs. Sans vouloir minimiser l’affaire.
— C’est typique de son mode opératoire…

La voix de Jace avait été un peu lointaine. Matt haussa un sourcil interrogateur, mais l’adolescent ne parut pas enclin à préciser sa pensée. Alors le policier fit remarquer :

— Ça dépasse de loin nos compétences. Je vais devoir transférer le dossier à l’UNISON.
— Non.

Nouveau regard inquisiteur.

— J’veux m’assurer qu’Vincent soit relativement en sécurité. J’veux verrouiller la Légion sur la question.
— Est-ce que tu es en train de suggérer que l’UNISON n’est pas fiable ?
— Il y aura conflit d’intérêts.

Matt resta un moment songeur. Puis il se releva pour approcher de Thunder, donc de Vincent, et pouvoir baisser la voix.

— On en parle devant lui ?

Les regards de Thunder et Matt se posèrent sur Vincent et sans hésiter, le premier répondit :

— On parle de tout devant lui.

Un temps.

— Mon compagnon.

Matt hocha la tête. Cette information ne l’émut guère et il enchaîna aussitôt sur le problème numéro 1.

— Je ne peux pas tenir ça loin de l’UNISON. C’est typiquement de leur juridiction.
— Pas éternellement, mais juste, quarante-huit heures.
— Quel est le problème ?
— Noctis. Je le connais. Je sais qui c’est. Je n’étais pas sûr au début, mais je sais qui c’est.

Tout concordait : l’étendue des pouvoirs mentaux, le sens de la provocation, la propension à contenir ses pouvoirs, un sens des opérations à la marge, les débris des robots que la Légion avaient finalement retrouvé dans le Bigsby Building, une intelligence manipulatrice, la fréquentation de Charlie Lane et même, apparemment, l’espèce de protection dont Vincent et Thunder jouissaient en vertu de leur préférence masculine.

— Tu veux partager avec la classe, ou bien… ?
— Chase Neutron-Grey.

Matt eut un rire nerveux. Jace, lui, jeta un regard à Vincent. Est-ce qu’il savait de qui il s’agissait ? Sans doute. Il aurait fallu vivre dans une ferme sans électricité au fin fond du désert pour ignorer qui étaient les NGs et surtout celui dont les frasques et la mort avaient défrayé la chronique. À ce propos, Matt souligna :

— Il est mort.

Jace haussa les épaules.

— Pas de cadavre.
— N’empêche. Si mes souvenirs sont bons, c’était pas un « grand type noir ».
— Ça, c’est ce que Vincent a vu. Pas sûr que ce soit la réalité. Et puis, un corps, ça se change. Dans cette ville, ça se change.
— C’est absurde.
— On parle d’un mentaliste qui a effacé une partie de ma mémoire malgré ma super-intelligence, qui a provoqué l’incendie du Bohnson Building grâce à des charges placées sur des robots, qui a pu contrôler physiquement et mentalement toute une équipe de football et démolir un bâtiment de plusieurs étages. Si on considère qu’il n’y a pas de corps, alors Chase n’est pas mort, il a juste disparu. Et de ce que j’en sais, la Pierre de Lune a disparu avec lui. Vu ce qu’il faisait à l’époque de l’invasion Grue avec ce truc-là, j’ose même pas imaginer ce dont il serait capable maintenant.

L’hypothèse n’avait rien de très engageant, c’était sûr, et elle laissait de nombreuses zones d’ombre. Matt resta un moment songeur, avant de poser une nouvelle question.

— Et pourquoi il ferait ça ?
— Aucune idée. Mais en tout cas, de ce que je m’en souvienne, c’est pas le plus consensuel des NGs. Il a quitté l’UNISON, il a fondé sa propre équipe paramilitaire, il est tombé en plein scandale sexuel et il a pénétré par effraction dans le labo de sa propre sœur on ne sait trop pourquoi. C’est pas exactement le genre de type auquel j’accorderais le bénéfice du doute.

Même s’il n’était pas entièrement persuadé que les intentions de Noctis fussent strictement criminelles, après ce que Vincent avait narré de sa rencontre avec le mentaliste. Terroristes, très certainement, extrémistes. Ce qui était un tout autre problème. Une guerre entre les humains et les Supers. Est-ce que c’était à prendre au pied de la lettre ? Une vraie guerre civile ? Ou bien s’agissait-il d’une figure de style ? Une sorte de métaphore ?

— Tesla et Maxime sont en plein dans l’UNISON. Pour ce qu’on en sait, Chase y a encore des contacts. J’veux juste quarante-huit heures pour que la Légion puisse prendre une initiative compartimentée. T’as qu’à… dire que tu es surchargé. Que les papiers se sont perdus. Je sais pas.
— D’accord…
— Merci.
— Ça ne veut pas dire que tu m’as convaincu avec ton histoire.

Nouveau haussement d’épaules. Jace, lui, était convaincu par ses propres parallèles. Matt poussa un soupir.

— Je vais chercher les papiers à signer, je reviens.

L’inspecteur s’éclipsa une nouvelle fois et aussitôt, Jace se tourna vers Vincent.

— Mon ange…

L’adolescent posa une main sur la joue de son petit ami, pour la caresser du pouce.

— On va parler de tout ça. Mais ailleurs. J’aimerais… Qu’on aille à la Tour de la Paix, toi et moi. Juste pour être en sécurité. Pour réfléchir posément. Quelques heures. Jusqu'à demain. On est pas obligés, mais au moins, là-bas, on se sentira à l’abri.
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Message posté : Ven 19 Déc - 22:04 Message
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    En entendant les explications de Jace, Vincent baissa la tête, un peu déçu. Evidemment qu’il y aurait des enquêtes. Evidemment qu’on allait lui demander de participer à tout ça. Une part de lui-même, celle qui vivait encore dans un monde de bisounours avait espéré que le blond le rassure et lui dise qu’il n’avait qu’à rentrer chez lui et tout oublier car tout ceci n’était, au final, qu’un mauvais rêve, ou encore que le monde des Supers allait s’en occuper et que lui, ordinaire pyromancien, pourrait rentrer chez lui pour se rouler dans ses couvertures et se transformer en burrito. Mais non, le monde ne faisait pas de distinction entre les héroïques et les non héroïques, les deux univers se croisaient forcément. Et d’un autre côté, une part de lui, beaucoup plus adulte, en avait marre et refusait de rester dans son coin à ne rien faire. Ce n’était pas normal, ce qu’il venait de vivre était pas normal et n’aurait jamais du avoir lieu. Et par dessus, tout, il voulait s’assurer de ne plus jamais se sentir aussi impuissant, à la merci d’un autre. Donc au final, il n’essaya pas de s’esquiver de cette suite qui impliquerait une participation relative de sa part. Le jeune homme attendit plutôt de voir ce que Jace pensait de ce « conflit » que Noctis avait prédit comme étant inévitable, mais l’Alpha fut interrompu par Matt qui arriva pour faire son boulot.

    Vincent n’avait jamais été un grand fan des séries et autres films policiers. La déposition qu’il fit lui fut donc particulièrement désagréable. Heureusement, Jace était là. Devant son petit ami, Vince fit des efforts pour ne rien montrer de sa fatigue. Il alla même jusqu’à éviter de trop se tourner vers le blond pour ne pas donner une impression de faiblesse en cherchant une sorte de soutien moral. Bien évidemment, il en avait bien besoin. Et bizarrement, lorsqu’il eut fini son récit, il fit de on mieux pour continuer d’éviter le regard de son compagnon. Il avait tellement peur d’y voir de la déception. Thunder aurait certainement agit différemment à sa place. Un plan imparable aurait probablement émergé de l’esprit du mutant et Noctis aurait été incapable de mettre en place son échiquier diabolique. Il suffisait d’écouter les conclusions que le jeune Légionnaire tirait de cette mésaventure pour se dire qu’il s’en serait mieux sorti à sa place. Mais en même temps, le simple fait d’imaginer Jace et Noctis dans la même pièce donnait des frissons au pyromancien. Cela dit, son imagination n’eut pas le temps d’explorer des scénarios trop catastrophiques car la conversation le ramena à la réalité. Notamment, l’assurance du blond en l’appelant son « compagnon ». Là Vince ne put s’empêcher de rougir un peu, son estime personnelle venait de grimper en flèche. Mais avant même que l’esprit pervers du barman n’envisage d’autres situations moins habillées pendant lesquelles Jace et lui pourraient profiter mutuellement de la compagnie de l’autre, la théorie de l’Alpha vint le ramener sur Terre.

    Chase Neutron-Grey.

    L’étudiant ouvrit des yeux ronds sans rien dire. Mentalis ? L’enfant prodigue de cette famille peu commune qui devait plus ou moins correspondre à la vision que sa propre famille se faisait de celle de l’Antéchrist. Vincent lui-même avait plus ou moins suivit les frasques du jeune NG après son départ de l’UNISON. Cela correspondait plus ou moins à l’époque où il avait commencé à développé des sentiments pour Holly. Et forcément, l’étudiante en informatique avait prit un grand plaisir à suivre cette affaire qui fut, pendant un moment, un de leurs sujets de conversation les plus récurrents. Mais il ne comprenait pas. Pourquoi ? Apparemment, Matt aussi ne voyait pas.

    – Tu crois ? Je veux dire... OK il a ptet pas un parcours d’enfant de chœur, mais de là à ce qu’il devienne un criminel ?

    Dans la vision plus que simpliste que Vincent s’était dessinée du monde des Supers, les NGs correspondaient plus où moins à ce qu’aurait donné la famille de Jace s’il avait eu des frères et sœurs, en moins Légion peut-être. Mais le barman n’avait aucun argument à opposer à la théorie de son « compagnon ». Il était maintenant assez bien placé pour avoir une bonne idée de ses compétences intellectuelles donc il était plus que disposé à le croire. Les doutes persistèrent chez le policier qui, cependant, accepta la proposition du jeune héros. Vince n’était pas sûr que ça soit une bonne idée. En règles générales, lorsqu’une institution essayait de cacher quelque chose à un de ses partenaires, cela ne finissait jamais bien. Jace déclara vouloir repousser la conversation à plus tard, mais son pyromancien de petit ami avait la tête qui était en train de surchauffer, du coup il ne pouvait pas s’empêcher de poser une question, après avoir savouré le contact rassurant de la main de son copain et avoir posé les siennes sur ces hanches costumées.

    – Jace... t’es sûr que c’est une bonne idée de cacher ça à l’UNISON ? Ca risquerait de nuire à vos relations avec la Légion ?

    Mais il n’insista pas trop... Après tout qu’y connaissait-il lui en organisation super héroïques ? Il ne pouvait pas comparer ce genre d’institution à de simples entreprises comme on lui apprenait de le faire afin de développer un esprit économique. Parallèlement, la requête de Jace inséra une nouvelle pensée effrayante dans son esprit.

    – En sécurité... tu crois qu’Holly et Jason le sont aussi ? Il a parlé d’eux. Ptet qu’il sait où les trouver... Tu penses pas que si on est en dangers, eux aussi ?

    Vincent avait beau être égoïste sur de nombreux sujets, il ne supportait pas l’idée qu’on touche à ses amis et était prêt à tout pour les aider. A se perdre dans une forêt et jouer au loup avec des cannibales pour sauver une de ses connaissances, par exemple.

    – J’veux dire... si tu veux qu’on y aille, d’accord... mais je m’inquièterais pour eux... Il a menacé de... Ah, mince, cela risquait de mettre le sujet de son égoïsme sur le tapis. Enfin je sais pas s’il s’en prendrait déjà à eux... je sais pas...

    Pour sûr, il ne comprenait rien de ce qui était en train d’arriver. A part qu’il était en danger, mais pas au sens classique du terme. Aaah, les choses seraient tellement plus simples si Noctis avait été une simple meute de « chiens » mutants.

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Message posté : Ven 19 Déc - 22:43 Message
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— La Légion ne cache rien à l’UNISON.

Jace esquissa un pâle sourire.

— La SCPD cache quelque chose à l’UNISON. Mais c’est courant. Les gens sont toujours jaloux de leur juridiction. La Légion, elle, n’a pas de juridiction.

C’était le versant un peu moins reluisant de la connaissance profonde que Jace avait tenu à développer des différentes institutions qui régissaient son univers, loin de l’indifférence relative dans laquelle se maintenaient nombre de Légionnaires à l’égard de tout ce qui se passait en dehors de leurs propres interventions. Jace avait beaucoup de contacts — et il savait aussi les manipuler. L’adolescent ne le faisait que rarement, et en général pour préserver les intérêts supérieurs de la Légion, cette organisation qu’il considérait comme la marge de manœuvre du système judiciaire. Cette fois, il utilisait tout le monde pour préserver Vincent.

— Et ils apprendront tout ce qu’ils voudront savoir dans pas longtemps. Mais dans juste assez longtemps pour qu’ils se demandent pourquoi quelqu’un a pu vouloir le leur cacher. Et qu’ils se posent des questions sur la confiance à avoir en leur propre organisation. Faut pas envisager ça comme un bloc monolithique, l’UNISON.

Mais Jace ne rentra pas dans les détails de ce qu’il en espérait. Il espérait que certains au sein de l’UNISON jugeraient préférable de compartimenter l’information. Noctis s’attendait nécessairement à ce que la grande organisation se chargeât d’une pareille affaire. C’était la suite la plus logique. Jace espérait donner à l’UNISON une longueur d’avance — en terme de prudence — en lui donnant une longueur de retard — en terme de chronologie.

Sa décision était arrêtée et il avait désormais des problèmes plus urgents. Vincent s’inquiétait pour ses colocataires. D’une voix songeuse, Jace murmura :

— Je pense pas…

Mais interprété le comportement de Noctis pour spéculer ses desseins était un exercice compliqué où ils manquaient sérieusement de données.

— Je pense même pas que toi et moi, on soit vraiment en danger. Enfin…

Tout était relatif, bien entendu. Noctis avait une façon curieusement brutale d’engager la conversation, mais ils avaient tous les deux survécus à leur rencontre avec un métahumain — si toutefois le terme s’appliquait encore — autrement plus redoutable qu’eux. Jace était prêt à porter crédit à Noctis de ce qu’il avait dit à Vincent, à propos de la guerre entre les mutants et les humains. Auquel cas, ils se trouvaient, par la nature des choses, plutôt de son côté que du côté adverse. Et Vincent, tout particulièrement, Jace le comprenait bien, en tant que converti, incarnait un morceau de choix.

Mais ces considérations purement stratégiques et assez largement spéculatives ne suffiraient pas à calmer l’inquiétude de Vincent et Jace finit par hocher la tête.

— OK. Mes parents sont pas là ce soir, de toute façon, ni demain. Chez ma tante. Je suppose que c’est l’occasion d’organiser une visite.

Jace se dégagea de l’étreinte de Vincent, pour ouvrir une poche latérale de sa combinaison et fixer l’oreillette qu’il y avait rangé.

— Thunder Alpha Leader. Identification : 7-3-Lima-6-6-Oscar-Charlie-Foxtrot-8-3-4-1.

Un temps.

— J’ai besoin de Gate.

Un temps.

— Gate. Tu peux venir me chercher au QG de la SCPD ?

Un temps. Un disque noir dont le diamètre devait avoisiner les trois mètres s’ouvrit dans le mur en face de Vincent et une femme en sortit, la cinquantaine, en jogging.

— J’allais battre mon record.
— Désolé.

Le regard de Gate passa de Thunder à Vincent et un sourire passa sur son visage.

— Le fameux ?

L’adolescent rougit légèrement.

— Euh… Oui. Gate, Vincent. Vincent, Gate.

La Légionnaire salua Vincent d’un signe de tête, tandis que Matt refaisait son apparition. Il sursauta en voyant la troisième personne, avant de la reconnaître.

— Gate.
— Détective…
— Harris. Matthew Harris.
— Harris. Désolée.

Matt secoua la tête. Gate n’était pas souvent en première ligne, après tout : elle avait moins de raison que Thunder de connaître les policiers. L’inspecteur se tourna vers l’Alpha.

— Ça marche. Mais vous deux, vous restez disponibles pour répondre aux questions, plus tard.
— Évidemment.
— Je suis sérieux, Thunder.
— Je t’ai jamais laissé tomber, que je sache.

Matt répondit d’un sourire tout de même un peu crispé, puis Thunder et Gate échangèrent un regard.

— La Tour, s’il te plait.

Un disque noir s’ouvrit derrière la femme. Thunder se retourna vers Vincent.

— Viens.

L’adolescent posa une main dans le dos de son compagnon et le guida par le portail. Hélas, le voyage n’avait rien de spectaculaire. Pendant une seconde, on ne voyait ni n’entendait plus rien, et puis l’autre côté apparaissait comme un bout d’un tunnel, avant de se révéler complètement. Et l’autre côté, ce jour-là, c’était un couloir.

En arrivant, Jace se retourna vers Gate.

— J’ai besoin que tu ailles chercher deux autres personnes pour moi. Deux civils.

Gate esquissa une moue peu enthousiaste. Elle n’aimait guère avoir à traiter avec les civils, justement. À expliquer son pouvoir. À contenir les angoisses. Le baby-sitting, ce n’était pas son fort. Prévoyant ces objections, Jace précisa :

— T’inquiètes pas, ceux-là te suivront très volontiers. La fille surtout.

Thunder donna donc l’adresse de Jason et Holly, ainsi qu’une description sommaire des deux jeunes gens.

— Confie-les à la Mémoire et je viendrai les chercher plus tard.

Gate hocha la tête et s’éclipsa dans un nouveau disque noir. Elle n’avait pas posé de questions. Elle ne posait jamais de questions. En tout cas, jamais devant les tierces personnes, mais Jace savait qu’il aurait à s’expliquer longuement avec elle, quand elle parviendrait à le coincer entre deux portes. L’adolescent la regarda disparaître avant de se tourner vers son compagnon.

— La Mémoire est une guide de la Tour de la Paix. Et une encyclopédie ambulante sur la Légion en particulier et les super-héros en général. Ça devrait aider Holly à passer le temps. Et même Jason, je suis sûr. La Mémoire est très douée pour s’adapter à la diversité du public. C’est par là.

Le jeune homme désigna l’ascenseur. Ils pénétrèrent à l’intérieur et Jace posa la main sur une surface tactile qui scanna ses empreintes. Puis il déclara à haute et intelligible voix :

— Jace Roberts. Appartement.

La surface tactile vira au vert et l’ascenseur fila vers le sommet de la Tour de la Paix. Il ne fallut pas longtemps à la cabine pour atteindre sa destination. Les portes s’ouvrirent sur un nouveau couloir et, bientôt, Vincent pouvait pénétrer dans l’appartement des Roberts. Celui-ci avait l’étrangeté de ne rien proposer d’étrange. Il avait tous les aspects de l’appartement classique d’une famille de la classe moyenne américaine — ce qui le rendait presque incongru, tout en haut d’une Tour de super-héros, en plein centre-ville de Star City.

Jace négligea la visite en bonne et due forme pour conduire directement Vincent à la chambre de sa jeunesse. La lumière s’alluma toute seule, moins un effet d’un quelconque système sophistiqué que des pouvoirs du jeune homme. À l’intérieur, la chambre était telle qu’il l’avait laissée, au début de l’automne, quand il était parti s’installer dans son propre studio. Un lit deux places calé contre un mur, avec seul chevet de l’autre côté, un bureau où s’empilaient quelques livres et des papiers, une étagère avec de vieux livres de cours, une dizaine de jeux vidéos et des comics. Le placard à vêtements, encastré dans le mur, était ouvert et les trois quarts des étagères étaient vides.

Dans l’ensemble, l’atmosphère n’était pas très personnelle. Aucune photographie, aucune affiche décorative et pas de bibelots non plus. On aurait pu croire qu’ils avaient été embarqués dans le déménagement, mais Vincent, qui avait pu visiter le studio de son petit ami, savait bien qu’il n’en était rien : les repaires de Jace étaient toujours un peu impersonnels. D’ailleurs, l’adolescent en était embarrassé.

— Voilà, c’est chez moi. Enfin, c’était.

Il se retourna vers Vincent.

— Faudrait qu’on… discute. Je sais pas si tu as tout raconté à la police.

Après tout, lui ne se gênait pas pour accommoder la vérité, quand il s’adressait aux forces de l’ordre.

— Et puis, il y a les mesures, qu’on devrait prendre… Des trucs auxquels j’ai pensé. Mais c’est pas non plus super pressé. Si tu veux… Prendre une douche. Je sais pas. T’as faim peut-être ? Tu veux…

Jace se passa une main dans les cheveux.

— Désolé, j’ai l’impression d’me comporter plutôt en Légionnaire qu’en p’tit ami. J’suppose que j’suis plus doué avec la stratégie et… tout ça. Qu’avec, je sais pas, la consolation. J’veux juste que tu t’sentes en sécurité. Que tu t’sentes protégé.
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Message posté : Sam 20 Déc - 0:52 Message
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    Les propos de Jace confortèrent Vincent dans sa perception des choses. A savoir qu’il n’y connaissait rien. Lui-même n’aurait probablement pas pensé à agir ainsi afin d’inciter l’UNISON à se remettre en question. En même temps, il était plutôt du genre à jouer cartes sur table... ou bien à bluffer comme au poker. En tout cas, il n’était pas sûr que ça soit une bonne chose d’inciter les gens à douter de leur propre organisation, mais comme Jace avait l’air sûr de lui et que son raisonnement ne souffrait d’aucun point faible apparent, l’étudiant se contenta de hocher la tête, d’écouter les propos réconfortants de son compagnon et de sursauter de surprise en voyant le mur dévoiler une sorte de disque noir d’où s’extirpa une femme. Gate. Qui apparemment, avait entendu parler de lui. Vince ne put s’empêcher de rejoindre le blond en rougissant un peu. Il parvint cependant à esquiver son embarras le temps de glisser un « Bonjour » poli. Ces présentations furent ensuite suivies par le retour de Matt qui, à la grande satisfaction de l’étudiant, eut la même réaction que lui devant l’arrivée de cette Super. C’était rassurant de voir qu’on n’était pas le seul à être perturbé par ce genre de choses. Une fois remis de ses émotions, Matt les fit promettre de rester à disposition pour répondre à d’éventuelles questions. Vincent hocha de la tête pour montrer son accord, même s’il n’était pas forcément pressé de recevoir un coup de fil de la police pour l’inviter à venir leur faire coucou. C’était, cela dit, le moins qu’il puisse faire.

    Après ça, les choses s’enchaînèrent et Jace demanda à son petit ami d’entrer dans une sorte de trou noir. Il fallut à Vincent tout le savoir vivre qu’on lui avait inculqué pour ne pas se montrer trop réticent devant Gate. Mais de toute façon, il n’avait pas son mot à dire. Il faisait confiance à son ami et sentit les forces lui revenir lorsque la main de celui-ci se posa sur lui. L’étudiant prit une longue et muette inspiration avant de faire un pas et de se retrouver dans un couloir de la Tour de la Paix. Ok, finalement c’était rien... encore moins mouvementé qu’un taxi... Sans transition, le blond abusa de l’aide de Gate afin de lui demander de chercher Holly et Jason, ce qui amena le barman à avoir un puissant élan de reconnaissance envers son compagnon.

    – Et ne vous inquiétez pas si vous avez l’impression que la fille est une groupie, je vous promets qu’elle ne vous harcèlera pas.

    C’était peut-être un peu fort pour parler de l’enthousiasme quasi surhumain de Holly, mais c’était là l’effet que son amie lui avait fait les premières fois qu’il l’avait vue discuter avec Jace. Une fois seuls, le blond lui expliqua qui était cette Mémoire à qui il voulait confier ses amis. Rassuré de les savoirs en d’aussi bonnes mains, Vince hocha la tête sans rien dire. Ca faisait beaucoup d’informations et il ne pensait pas avoir besoin de les commenter. Connaissant sa propre ignorance, il préférait ne rien dire pour ne pas risquer de froisser son petit ami. D’autant plus qu’il était plutôt impressionné. Notamment par le système de sécurité qui autorisa l’ascenseur à monter jusqu’à l’appartement des Roberts. C’était là le premier détail extraordinaire qui se manifestait sous ses yeux, et ses oreilles et ça lui fit prendre conscience qu’il se trouvait dans la Tour de la Paix... QG des Supers Héros de Star City. Un bâtiment historique... Mais peut-être était-ce à cause de ce qu’il avait vécu aujourd’hui, Vincent ne parvint pas à en éprouver un grand émoi. En fait, il avait l’impression de porter une sorte de filtre qui diluait ses émotions, réduisant ainsi leur intensité. Il ne s’émerveilla donc pas vraiment par rapport à sa localisation. Il avait cependant un peu plus conscience du fait qu’il allait arriver chez les parents de Jace, là où son petit ami avait vécu et grandi pendant une grande partie de sa vie. Cette idée là parvint tout de même à réveiller quelques petits papillons dans son estomac. Lorsqu’ils arrivèrent, Vince fut d’abord surprit par... la normalité de cet appartement. A quoi s’était-il attendu au juste ? Il ne saurait le dire... A quelque chose de plus... sophistiqué peut-être... moderne ? high tech même... Et là non... Il avait l’impression d’être chez des gens normaux, pas chez une famille mondialement connue de supers héros. La chambre de Jace aussi avait l’air... presque banal. Néanmoins, il parvint à lui trouver quelques points communs avec son studio. Peut-être la (l’absence de) décoration.

    – C’est chouette.

    On entendait qu’il essayait d’être enthousiaste. Sans grand succès.

    – Ouais bien sûr...

    Répondit-il évasivement. Discuter, oui, ils le devaient. Mais est-ce qu’il devait TOUT lui dire ? Là encore, la peur lui donna un nœud dans l’estomac. Un nœud qui se desserra lorsque le mutant s’inquiéta de lui et essaya de le dorloter... mais il se resserra lorsqu’il entendit les inquiétudes de Jace. Son regard passa de l’attendri au triste réaliste. Sa voix fut tendue lorsqu’il répondit.

    – Te fatigue pas... j’ai bien compris qu’on ne sera jamais 100% en sécurité...

    Lui, eux, le monde entier. Comment se sentir en sécurité quand on savait que des êtres pareils commettaient des atrocités avec leurs capacités exceptionnelles ? Vince commençait à comprendre tous les propos anti super qu’il avait vaguement entendu au cours de sa vie à Star City... et même avant pendant les repas de famille. Maintenant, il savait ce que cela impliquait vraiment. Maintenant, il avait rencontré une personne qui représentait une vraie menace. Et il était terrifié. Et forcément, il n’en montra rien. Après avoir affiché un faible sourire, il s’approcha pour déposer un baiser sur la joue de son petit ami.

    – J’ai pas très faim... mais j’prendrais bien une douche.

    Cette fois, il fut un tout petit plus convaincant au niveau de l’enthousiasme. Conscient qu’il tenait toujours sa veste dans la main, il la posa sur le dossier de la chaise de bureau de Jace... même s’il ne pourrait plus jamais la porter. Il n’avait pas le cœur de la jeter. Pas tout de suite.

    – C’est dommage... j’aimais bien cette veste...

    Et il suivit Jace qui le guida jusqu’à la salle de bain. Mais avant de laisser son petit ami repartir, il le retint le temps d’une précision hautement importante.

    – Au fait... ne t’excuse pas, Jace. Tu es... parfait.

    Il le pensait vraiment. Après un rapide baiser et une porte fermée. Vincent se dirigea vers le robinet et jeta un œil à son reflet. De son point du vue, il avait une tête à faire peur. Il ignorait comment il avait fait pour sourire à son petit ami plus tôt. Il prit une grande inspiration puis sentit le besoin de s’appuyer sur le robinet. C’était horrible. Depuis que les pompiers l’avaient ramassé, il avait l’impression de tomber, tout le temps. Une chute sans fin qui l’effrayait comme rien ne l’avait jamais effrayé auparavant. La perte de contrôle. Totale. Un puissant sentiment d’impuissance, un autre, tout aussi puissant d’injustice. L’envie de taper sur quelque chose... quelqu’un. L’envie de hurler. Qu’il concrétisa silencieusement avant de réaliser qu’il sanglotait, sans bruit. Un coup d’œil à son reflet plus tard, il vit que son visage était en larmes. Cette vision le répugna. Il détestait pleurait. Soudain, il retira brutalement ses vêtements avant d’entrer dans la douche et d’actionner le jet sur eau froide. Son corps se crispa immédiatement. Le choc thermique ne lui était pas vraiment douloureux, mais c’était tout de même une sensation puissante. Quelques secondes plus tard, l’eau froide qui ruisselait sur son corps s’évaporait, mise à feu par le pouvoir du muté. Il resta comme ça plusieurs secondes avant de s’emparer d’un gel douche et de se nettoyer vigoureusement. Il se sentait sali. L’impression d’avoir le corps à nouveau piégé par l’esprit de ce malade ne le quittait pas, c’était comme si ses muscles étaient devenus sales, mais rien ce qu’il faisait ne parvenait à le rendre propre.

    ... ... ...

    Lorsque sa longue douche fut terminée, Vincent dut se battre contre la buée qui avait envahi le miroir afin de voir son reflet. Et mince, ses yeux étaient un peu rouges. Tant pis... il n’allait pas rester ici pendant un siècle. Après avoir entouré sa taille d’une serviette, il quitta la pièce pour retrouver Jace dans sa chambre. Il lui accorda un rapide sourire avant de fouiller la pièce du regard pour essayer de ne pas montrer qu’il avait pleuré.

    – Est-ce que tu aurais des fringues à me prêter ? Je m’en voudrais si tu prenais l’habitude de me voir à poil chez tes parents...

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Message posté : Dim 21 Déc - 12:41 Message
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La porte de la salle de bain se referma et, sur le pas de la sienne, dans sa chambre, Jace resta quelques secondes à la fixer. Le verrou avait tourné. Il l’aurait bien accompagné, cette fois-ci. Il était sûr d’en être capable. Était-ce machinalement que Vincent avait fermé la porte, parce qu’ils avaient pris l’habitude de ne pas partager leur douche, et souhaitait-il réellement être seul ? L’adolescent sentit son estomac se nouer. Il était parfait, selon Vincent. Il ne se sentait pas parfait du tout. Maladroit. Faible.

D’accord, Vincent était amoureux. D’accord, il acceptait mieux des pouvoirs qui étaient finalement inévitables. Mais combien de garçons auraient pu faire, pour l’étudiant du Kansas, tout ce qu’il avait fait, sans pour autant le mettre en danger ? Jace se détourna pour s’approcher de la fenêtre de sa chambre, qui donnait sur Star City, entre les buildings du centre-ville où s’élevait, comme bien d’autres, la Tour de la Paix. Vue imprenable sur la place du Centenaire.

Chase Neutron-Grey. Même si son hypothèse était fausse — mais son sixième sens ne le trompait jamais et Jace était convaincu à la fois par ses raisons et par son intuition, qui n’était jamais qu’une forme très précipitée de raisonnement —, un mentaliste de cette trempe, que pouvait-il faire contre lui ? Il n’avait pas eu l’air de vouloir sérieusement les éliminer. Mais il avait clairement des projets pour eux. Des projets qui impliquaient beaucoup trop directement Vincent, et ceux encore qui l’entouraient.

Jace resta un moment plongé dans ses réflexions, sans sentir le temps passer. Des plans s’échafaudaient dans son esprit pour s’effondrer le moment suivant. Aucun n’était particulièrement satisfaisant mais, plus il y réfléchissait, plus il lui semblait qu’ils étaient de taille, Vincent, lui, ou la Légion dans son ensemble, à lutter contre un individu isoler ou, tout du moins, à s’en défendre. Ce n’était pas les super-vilains très puissants qui avaient manqué dans l’histoire de la ville et, jusqu’à preuve du contraire, il n’y en avait toujours aucun pour gouverner le monde.

L’adolescent sentit la présence de son compagnon derrière lui et il se retourna. Un peu malgré lui, son regard fut immédiatement happé par le ventre de Vincent. Ses abdominaux. La ligne qu’ils traçaient jusqu’au bord de la serviette. Jace sentit une chaleur très spécifique l’envahir et il eut honte aussitôt de nourrir de pareilles envies et une situation aussi douloureuse. Ses yeux remontèrent rapidement jusqu’à ceux de son petit ami et leur rouge sapa bien vite ses pensées les plus brûlantes.

Vincent avait pleuré.

Un sourire triste se dessina sur les lèvres de l’Alpha, alors que Vincent faisait un commentaire sur sa tenue — désormais traditionnelle — et que Jace se rapprochait de lui. Le Légionnaire posa une main sur le torse de son petit ami.

— Jamais je m’habituerai à ça, mon ange.

Chez ses parents ou ailleurs, du reste. La nudité de Vincent était toujours une découverte nouvelle et captivante.

Jace déposa un baiser sur le front du jeune homme et se tourna vers son armoire. Elle était dépouillée mais il restait encore quelques vêtements, pour l’essentiel des tenues de sport destinées à ses visites — très fréquentes — aux divers équipements de la Tour. Jace Roberts ne prenait jamais l’entraînement à la légère. Il tendit un pantalon de jogging, un tee-shirt et un veste de survêtement à Vincent, tous au blason de la Légion des Étoiles. À propos de quoi, Jace murmura :

— J’espère qu’ça te dérange pas…

La réticence de Vincent à l’égard du monde héroïque était fameuse et Jace doutait qu’elle eût diminué après une pareille épreuve, mais à la Tour de la Paix, son compagnon aurait d’assez grandes difficultés à éviter les emblèmes de cet univers. D’ailleurs, n’était-ce pas précisément une combinaison de super-héros que Jace retirait devait lui ? Celui-ci avait dégagé la fermeture éclair à l’avant, pour la faire descendre, puis la combinaison avec, jusqu’à la taille. Son torse comme à l’ordinaire, désormais, impeccable en trahissait pas la mission mouvementée de la journée.

Il retira le reste de sa combinaison pour se retrouver en boxer noir. À son tour, il enfila un ensemble identique à celui qu’il venait de prêter à Vincent. L’adolescent se retourna pour constater que son petit ami était toujours aussi attirant en jogging (oui, c’est une obsession).

— Vincent…

Jace s’approcha une nouvelle pour poser les mains sur la taille de son compagnon.

— Tu as l’air tellement triste que j’ai presque envie de t’offrir ton cadeau de Noël maintenant.

Un temps. Jace esquissa un petit sourire.

— Enfin, tes cadeaux de Noël.

Jace espérait attirer les pensées de Vincent vers des perspectives un peu plus joyeuses.

— Et puis après, on part en week-end. Tu te souviens, c’était ce qu’on avait dit ?

Quand la sœur de Vincent leur avait rendu visite, quelques jours plus tôt.

— J’me suis dit, on pourrait aller à New York. D’accord, c’est pas très loin, mais du coup, ce sera un peu moins cher pour le trajet et on pourrait prendre un autel mieux. Et y a le Luna Park de Coney Island. T’aimes ça, les parcs d’attraction ?

Évidemment, quand Jace pensait à un week-end de détente, il pensait à des sensations fortes — après tout, il avait choisi le cross VTT pour sport de substitution et il aimait se jeter du haut des immeubles pour s’envoler au dernier moment.

— On pourrait rester deux nuits, j’ai pas trop touché à mon salaire, en vrai, alors ce s’rait pas difficile. On aurait une chambre tranquille, rien qu’à nous. On… On irait s’amuser, on pourrait tester des restaurants cools. Ce s’ra pas Las Vegas ou la France, mais ce sera quand même pas mal, et puis après, on pourra penser à un autre voyage. On s’y prenant plus à l’avance, on pourrait partir plus loin.

Et en suivant son inspiration, Jace poursuivit :

— Et si tu veux, si ça t’aiderait à te sentir plus en sécurité, tu pourrais venir vivre avec moi, au studio. Ou… Je trouverai un appartement mieux. Ou moi chez toi. T’sais, pas… Pas en permanence, pas pour toujours, j’veux dire, pas comme…

Parce que ça représentait tout de même une sorte d’engagement. Jace n’arrivait pas à se dépatouiller de sa proposition, pour qu’elle n’eût pas l’air trop précipité.

— Mais au moins un moment, si tu as besoin, pour dormir mieux, ce genre de choses. Que je veille sur toi.
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Message posté : Dim 21 Déc - 18:30 Message
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    Un sourire timide passa sur le visage de Vincent lorsqu’il entendit le compliment que lui fit son petit ami. Il ne s’y ferait sans doute jamais. Déjà, à recevoir des compliments aussi explicits de la part d’un autre garçon, mais aussi, en général, à être félicité pour son physique. Pourtant il en était assez fier, de son corps, et n’hésitait pas à se vanter parfois, mais c’était plus pour faire rager les autres. Holly par exemple, ne manquait pas d’enrager à chaque fois qu’elle entendait son ami se jeter des fleurs, même si c’était uniquement pour rire. L’avantage, c’est qu’en faisant cette remarque et e posant la main sur son torse, Jace faillit lui faire oublier une partie de ses problèmes, mais ceux-ci revinrent à la charge lorsque Vince vit les habits que lui proposait l’Alpha. Il se força cependant à conserver un visage et une voix neutres.

    – T’inquiète pas, j’te promets de pas les brûler... enfin... si je peux...

    Le barman était un adepte de l’humour en tant que protection émotionnelle. Il resta cependant immobile un petit instant à observer le blason de la Légion. Ses sentiments à l’égard de cette organisation étaient encore mitigés. Il ne pouvait s’empêcher de toujours leur en vouloir pour avoir laissé Jace partir seul en Russie sans lui accorder davantage de soutien. Mais dans la présente affaire, il serait injuste de leur en vouloir. Certes, Noctis avait une dent contre la Légion. Mais ce n’était pas elle qui avait déchaîné ce cinglé de mentaliste. Au mieux, c’était elle qui contribuerait à l’arrêter, du moins à essayer. Il enfila donc ces vêtements sans faire de grimace tandis que Jace ôtait sa combinaison. L’étudiant s’abstint cependant de le regardait faire, de peur d’être assaillit par les souvenirs de leur première fois. Il ne pouvait pas détourner le regard et ignorer ce qu’il avait vécu aujourd’hui. Mais manifestement, Jace n’avait pas envie de le laisser avec son air lugubre, ce qui était normal. C’était un peu comme la fois où le blond avait vécu l’enfer au Bohnson Building, sauf que les rôles étaient maintenant inversés... et que Vince s’en voulait de faire la comparaison sachant que lui n’avait pas souffert – du moins physiquement – de sa confrontation avec Noctis.

    Il laissa tout de même son petit ami s’approcher de lui et poser les mains sur sa taille. Par réflexe, et parce qu’il avait encore besoin d’un contact rassurant, il posa également les siennes sur le torse du mutant. Le contact lui permit de sentir cette chaleur qu’il aimait tant et qui captiva son attention pendant un court moment, avant qu’un sourire ne vienne illuminer son visage.

    – A ce point là ? il n’en doutait pas vraiment, mais s’en voulait un peu. Du nerf Vincent, essaie de rassurer ton copain ! Mais tu sais que je suis un ennuyeux traditionnel, je refuserais de les ouvrir avant le 24 décembre.

    Et puis, ce serait un peu dommage de gâcher les présents de Noël avec le souvenir de ce jour sombre.

    – J’adore les parcs d’attraction. Et ouais, New York c’est sympa, c’est toujours une grande ville, mais ça nous fera du bien de changer d’air... Par contre, j’ai pas envie de te laisser ruiner tout ton salaire, alors faudra me laisser le temps de faire quelques recherches pour trouver des endroits sympas et pas trop chers.

    Il était hors de question de laisser le Légionnaire dépenser tout son argent. Certes, lui n’en n’avait pas beaucoup mais il ferait encore plus de services à la rentrée pour compenser ces éventuels excès. Ce n’était pas parce que le blond gagnait plus d’argent qu’il devait être celui qui sortait le portefeuille. Et accessoirement, l’honneur masculin de Vince le prendrait plutôt mal. Ce même honneur se sentit d’ailleurs réduit à moins que rien lorsque Jace suggéra qu’ils s’installaient ensembles... juste pour qu’il se sente en sécurité. Le jeune homme dut refreiner un élan de colère car il était hors de question de la laisser s’abattre sur le mutant. Mais il dut tout de même s’écarter un peu.

    – Non... le ton était catégorique. Ce n’est pas ce que je veux... Pas comme ça. Enfin si, ça me plairait de vivre avec toi... et il disait ça en partie parce qu’il avait prévu de lui donner un double des clés de son appartement pour Noël. J’ai pas envie que ce mec influence notre vie... J’ai pas non plus envie d’être une charge pour toi. Et je te rappelle qu’il t’a aussi fait du mal... mais il n’entra pas dans les détails, et manifestement, il était désolé d’en faire référence. En tout cas, il ne sentait pas qu’il était nécessaire de définir ce « il ». Et moi aussi j’ai envie de te protéger Jace. La simple idée qu’il s’approche encore de toi me donne envie de tout brûler...

    Cette fois, il commença à faire les cent pas dans la chambre du jeune Roberts. Il s’arrêta même regarder par la fenêtre à un moment. Il ne pouvait plus regarder Jace maintenant. Son propre discours lui avait refait pensé à ce que le mentaliste lui avait dit, et à ce qu’il lui avait fait dans cet ascenseur. S’il le regardait, il n’était pas sûr de pouvoir tenir sa promesse et de préserver les habits prêtés d’un destin incendiaire. Le footballeur serrait les poings. La douce euphorie apportée par les propos réconfortants de son petit ami était maintenant partie et il se sentait de nouveau impuissant, faible, inutile et ridiculement stupide, aussi bien par rapport à son incompétence que par rapport à sa réaction qu’il jugeait idiote mais qu’il ne pouvait empêcher.

    – Et y a pas que lui... je supporte pas l’idée qu’on te fasse du mal... que des malades fassent souffrir les gens que j’aime.

    Kristen dont la chair avait été la cible d’un duo de cannibales. Anna sur qui on avait tiré le même soir. Sa sœur abordée par des voyous. Ses équipiers de football dans les vestiaires un peu plus tôt. Et même les autres... même cette créature si triste dont il avait croisé le regard lors de sa sortie avec Camille. Toutes ces monstruosités commises par des malades hyper dangereux qui se plaisaient à faire souffrir les autres, ceux qui n’avaient rien demandé. L’injustice dont il avait été témoin commençait à lui sortir par les yeux. Et il ne pouvait plus les fermer... Mais Jace n’était pas responsable, il n’avait pas à subir ces changements d’humeur. Vicnent se retourna donc et s’appuya sur la fenêtre en regardant son compagnon d’un air désolé.

    – Je suis désolé... Ca me touche que tu veuilles me protéger, vraiment, mais... tu as déjà une vie bien remplie, un tas de responsabilités... je refuse d’en ajouter une comme ça... En plus, j’pourrais plus me regarder dans une glace...


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Message posté : Dim 21 Déc - 19:19 Message
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Eh bien non.

Vincent avait l’air très convaincu. Rapidement — très rapidement, avec une rapidité, même, surhumaine — les pensées de Jace se multiplièrent pour tenter d’interpréter le refus catégorique de son petit ami. Il ne voulait pas qu’ils vécussent ensemble. Parce que… ? Il le trouvait trop envahissant ? Ennuyeux ? Désordonné ? Avec des horaires impossibles ? De piètres talents de cuisinier ? Peut-être que Vincent trouvait qu’ils allaient trop vite dans leur relation. Ou…

Jace fut quelque peu décontenancé par les explications qui suivirent. Même lorsqu’il était sorti avec Christopher, alias Megastar, qui était pourtant un Alpha lui aussi et par conséquent un Légionnaire, capable de se transformer en super-colosse de l’espace, tout à fait solide et indépendant, Jace s’était senti investi d’une mission protectrice. Il se sentait investi, il est vrai, de la même mission envers à peu près tout le monde, mais son petit ami, c’était autre chose encore. Le protéger était l’une des données fondamentales de la relation.

Après tout, n’avait-il pas rencontré Vincent dans un moment de grande détresse, quand le pyromancien était encore complètement submergé par ses nouveaux pouvoirs ? Depuis lors, Jace n’avait cessé de veiller sur lui. Cette tâche lui était tout à fait familière et même séduisante. Surtout, elle lui paraissait noble et entendre Vincent la réduire à une « charge » ou à une « responsabilité ».

L’adolescent retrouva un silence un peu contrarié. Il se rendait compte à sa propre déception que sa proposition n’avait pas tenu entièrement à la situation particulière du jour mais à une envie plus profonde de faire avancer les choses avec Vincent. Celui-ci arpentait la chambre. Puis il se calme, s’adossa à côté de la fenêtre et s’excusa. Jace haussa les épaules et, un peu sèchement, lâcha :

— Laisse tomber.

La dernière phrase de Vincent laissait entendre qu’une sorte d’honneur masculin était en jeu, ce qui n’était pas vraiment pour plaire à Jace. Un bref silence s’installa pendant lequel ce dernier fut entièrement occupé à observer l’un des pieds de son lit, les mains enfoncées dans les poches de son jogging, occupé à ruminer le refus de son petit ami. Comme souvent entre eux, la discussion évoluait sur deux niveaux parallèles : l’un concernait leurs attitudes respectives face aux dimensions héroïques de leurs existences et les mesures qu’il convenait d’y prendre et l’autre l’aspect beaucoup plus personnel de leur relation.

Rapidement cependant, Jace fit remarquer :

— J’te considère pas comme une demoiselle en détresse, hein. Ou un civil à contenir, j’sais pas. C’est pas la peine de…

L’adolescent haussa les épaules. Il ne savait pas trop. Faire une démonstration de virilité ?

— Moi, j’disais ça, c’parce qu’j’avais envie qu’on soit plus proches et qu’on puisse veiller l’un sur l’autre. Mais si ça t’pose un problème ou qu’tu crois vraiment que je t’envisage comme une responsabilité, tant pis.

Il y avait nettement du reproche dans la voix de Jace. C’était à peu près ce qui se reprochait le plus de l’énervement, chez le calme jeune homme, mis à part ses ponctuelles explosions. Bien vite d’ailleurs, après une inspiration profonde, Jace reprit d’un ton beaucoup plus posé.

— Au risque de paraître trop pragmatique ou pas assez idéaliste, bien sûr que si, ça va influencer notre vie. Je crois pas que la bonne attitude face au mal et au danger, ce soit l’ignorance superbe ou le courage de bravade. Si j’avais une maison au milieu d’une forêt plein de sangliers, j’irai pas me promener comme ça le soir sans faire attention. Je mangerai pas des champignons que j’ai cueillis dans la forêt sans les faire regarder par un pharmacien. Et je ne vais pas me dire que ma vie doit continuer inchangée, contre vents et marées, quand je sais que je suis menacé. Si je prends…

Comme souvent, lorsque Jace développait un raisonnement, beaucoup de ses tics de langage si adaptés à son âge et qu’il conservait précieusement pour ne pas paraître trop différent, ses contractions, sa syntaxe, le choix de son lexique, disparaissaient.

— … des mesures pour prémunir ceux que je ne connais pas du danger en étant Légionnaire, ce n’es pas pour rester inactif dans ma propre existence. Et je ne crois pas que les décisions que l’on prend sont éternellement affectées des circonstances où on les a prises, que les défaites et les adversités qui rapprochent les gens les rapprochent d’une mauvaise façon. Je ne comprends pas pourquoi tu réagis comme ça.

Cette fois-ci, le reproche avait disparu pour laisser la place à une anxiété mélancolique.

— Je ne trouve pas que ce soit déshonorant que tu puisses avoir peur. Moi, j’ai peur. Les gens qui n’ont pas peur sur le terrain, les gens qui n’ont pas envie que quelqu’un veille sur leur sommeil, les gens qui ne veulent pas être protégés, et cette Tour en est pleine, ce sont des idiots. Tu crois que j’ai une équipe parce que c’était la seule voie qui s’offrait à moi ? C’est bon, je suis majeur, j’ai quitté Star High, je pourrais voler en solitaire. Mais les héros solitaires, avec leurs grands principes, sans peur et sans reproche, ces héros-là sont inquiétants. Tu ne veux pas que les gens me fassent du mal, je ne veux pas que les gens te fassent du mal, c’est pour ça et pour mille autres raisons que je veux qu’on soit ensemble. Moi, je veux être là quand tu pleures aussi.

Jace secoua la tête.

— Ce sont les gens qui ne pleurent pas, et qui n’ont jamais peur, et qui ne font pas de cauchemars, ce sont les gens qui n’ont besoin de personne pour leur raconter des histoires quand la nuit est trop noire qui devraient avoir honte de leur reflet. Tu as été courageux aujourd’hui, comme tu l’es toujours, dans les grandes et les petites circonstances, et le critère du courage, c’est d’être faible avant tout. L’absence de faiblesse, c’est la condition des machines et les machines, on les fabrique, mais on n’en tombe pas amoureux.
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Message posté : Dim 21 Déc - 22:02 Message
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    Et c’était reparti. Il lui avait refait de la peine. Vincent détestait faire de la peine à Jace. En même temps, entre ses principes arriérés et l’ouverture d’esprit dont faisait constamment preuve le mutant, les incompréhensions n’étaient pas rares. Seulement maintenant, Vince se sentait encore plus stupide.

    – Ca ne me pose pas de problème... J’croyais que tu voulais juste qu’on emménage ensemble pour que tu me protèges. J’avais mal compris.

    Est-ce qu’il commençait à devenir paranoïaque ? Probablement. Après avoir servi de jouet pour un mentaliste mégalomane, fallait-il en vouloir au barman pour tenter d’échapper à une position qui le ferait trop ressembler à une victime ou à un oiseau tombé du nid que Jace pourrait ramasser afin de le couver ? Bien sûr que ce n’était pas ce que désirait son petit ami, mais Vince n’avait pas pu s’empêcher de s’esquiver devant tant de protectionnisme. Le pire, c’est qu’il s’agissait exactement de ce dont il avait besoin, mais que son imbécile orgueil le refusait. Au final, il n’avait même pas besoin de Noctis pour se mettre dans des situations chaotiques.

    – Je sais que ça va changer les choses... c’est obligé. Ce que je voulais dire, c’est que je ne veux pas que ça nous affecte nous... Nous deux, notre relation. C’est déjà... Compliqué... Il n’a pas à se mêler de ça...

    Mais là, encore une fois, il revenait sur ce que le mentaliste lui avait appris. Sur l’implication qu’il se vantait d’avoir dans leur relation, avec ses pouvoirs qui auraient guidé Jace sur la voie des désirs homosexuels. Sans Noctis, l’Alpha n’aurait peut-être jamais pris la main de Vince pour la poser sur son torse et lui montrer les cicatrices qui avaient orné son corps, et la suite n’aurait donc jamais eu lieu. Il baissa la tête, mal à l’aise, hésitant encore à partager cette information avec son petit ami. Il avait peur des conséquences que cela pourrait entraîner. Et comme il manquait encore cruellement de confiance par rapport à la solidité de son couple, il pensait bêtement que cela suffirait pour que Jace décide de prendre des distances, pour faire le point, essayer d’y voir clair. Ce serait naturel en apprenant que quelqu’un s’était amusé à vous imposer des pensées. Et si c’était le but de Noctis ? De faire naître le doute entre Vince et Jace ? Ce n’était peut-être qu’un simple et cruel mensonge... Heureusement, l’Alpha tenait des propos qui prenaient déjà beaucoup de place dans l’esprit du pyromancien. Celui-ci put donc mettre ses craintes de complot télépathique sur le côté... pas assez loin pour le tenir à distance de sa crainte principale. Il finit donc par relaver la tête et répondit avec une voix un peu dépitée.

    – Ouais, c’est vraiment génial d’avoir peur, mais excuse-moi de ne pas être fier de trembler devant le danger. Je sais qu’on est obligé de faire face et de continuer à avancer envers et contre tout, mais tu vois, j’essaie de ne pas trop penser à ma faiblesse. Et ça veut pas dire que j’en ai pas conscience... Mais je... Tu es déjà tellement important pour moi... et tu continues d’être encore plus important... et si on se met à vivre ensemble et que je m’habitue à être avec toi tous les jours. A ta voix, son odeur, tes discours hyper précis et hyper mignons, au reste... Puis soudain qu’à cause d’un Super Vilain, je venais à te perdre d’une façon ou d’une autre...

    Il s’interrompit pour regarder ailleurs. Voilà que ses yeux redevenaient humides. Il renifla afin de se reprendre et surtout d’empêcher les larmes de couler de nouveau.

    – Il a dit que si jamais j’essayais de l’arrêter ou juste, de faire quelque chose contre lui il... il rentrerait dans ta tête pour arracher les sentiments que tu as pour moi...

    Encore une fois, le jeune homme s’interrompit, pour reprendre son souffle. Mais il ne quitta pas Jace des yeux.

    – Le truc, c’est que maintenant, j’ai déjà fais ma déposition... et en même temps, je savais pas quoi faire d’autre, c’était la seule chose à... j’pouvais pas mentir... Et maintenant... j’ai peur parce que j’ai l’impression d’être à deux doigts de perdre la personne qui compte le plus pour moi. Et y a jamais rien eu qui m’a autant fait flipper, surtout après...

    ... la perte de ses parents. Mais ça, il ne parvint pas à l’exprimer. C’était un sujet déjà bien douloureux, alors s’il devait le combiner à l’éventualité de perdre son petit ami, Vince pourrait directement retourner s’asseoir dans la douche pendant un mois. En tout cas, il y était arrivé. A confier ses pires craintes à son compagnon. Et comme le disait la nouvelle publicité à la mode, c’est pas fini.

    – Y a autre chose en plus...

    Son regard quitta Jace pour se poser sur son bureau, presque vide, impersonnel. Celui de Jace. Et en cet instant, c’était le plus beau bureau de l’univers.

    – Je sais pas si c’est vrai, ni... ni c’que ça veut dire... C’est la première fois que je rencontre un mentaliste criminel... mais... d’après lui, il t’aurait poussé à... à prendre conscience de ta sexualité.

    Et ça l’embarrassait vraiment d’être celui qui disait ça, surtout à l’un des deux hommes qui l’avaient aidé à assumer ses propres désirs. L’ancien hétéro qui était encore en lui lui faisait amèrement remarquer que c’était l’hôpital qui se foutait de la charité. Vincent leva une main pour se frotter le front avant de reprendre :

    – Du coup, j’me sens coupable d’être avec toi... J’ai l’impression de participer à ses projets, et que... quoique je fasse, ça finira mal pour nous. En plus, je m’en veux d’avoir hésité à te dire ça. Je sais pas quoi faire... J’ai envie de faire ce qu’il faut, faire les choses bien, avec toi, avec la police... faire mon devoir... mais j’arrête pas de penser que je fais n’importe quoi et qu’au final j’puisse plus te prendre dans mes bras.

    Il s’arrêta là. L’étudiant s’était décollé de la fenêtre pour s’avancer un tout petit peu, mais il n’osait pas trop s’approcher de son petit ami. Il craignait de l’avoir écœuré ou même de lui avoir fait prendre conscience de quelque chose qui pourrait tout remettre en question. Ses mains tremblaient, imperceptiblement. Il voulut les cacher dans ses poches mais il n’arriva pas à les bouger, il était comme paralysé. Son regard cherchait celui de Jace. Pendant un moment, peut-être seulement une seconde, mais elle dura une éternité, il y eut un petit silence. Sa bouche fut la première à reprendre vie, elle s’ouvrit pour poser une question qui fut accompagnée d’un léger mouvement de bras pour se désigner.

    – Alors ? Tu as toujours envie d’être avec ça ?

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Message posté : Dim 21 Déc - 22:41 Message
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Vincent et Jace étaient décidément très doués pour se sentir coupables. Pendant que Vincent se sentait coupable d’avoir fait de la peine à Jace, Jace, de son côté, se sentait coupable, parce qu’il supposait que Vincent se sentait coupable de la peine qu’il ressentait. Il se demanda si Vincent se sentait coupable qu’il se sentît coupable de ce qu’il se sentait coupable de la peine qu’il ressentait ou si au contraire, Vincent le trouvait effectivement coupable de se sentir coupable lui-même de la peine qu’il ressentait.

Pas facile.

Les choses se compliquèrent encore quand Vincent commença à préciser la nature des menaces proférées par Noctis et qui concernaient directement Jace. L’adolescent avait déjà froncé les sourcils à la formulation fort ambiguë « te perdre d’une façon ou d’une autre » et la suite le laissa profondément perplexe. Pas d’une perplexité angoissée et incontrôlable, cependant. Il se trouvait même curieusement pragmatique, même de son propre point de vue, tandis que Vincent explorait l’angoisse qu’éveillait en lui cette sinistre possibilité : que les sentiments de son petit ami fussent modelés par un esprit étranger.

Jace, pour sa part, essayait de mesurer la plausibilité d’une pareille entreprise, pour Noctis. Ce n’était pas évident. D’abord, les pouvoirs de Chase Neutron-Grey étaient notoirement impossibles à cerner et sa puissance, selon la légende communément partagée, n’avait pas vraiment de limite. Ensuite, Jace n’était pas sûr de la manière dont fonctionnait son propre esprit. Le mentaliste pouvait certainement lui imposer quelque chose, mais quelle capacité de résilience aurait ses pensées surhumaines pour ces influences étrangères ? Est-ce que la puissance brute de Noctis suffirait à l’emporter sur les complexités inextricables, a priori accessibles et compréhensibles seulement pour un esprit aussi surhumain que celui de Jace, qui l’attendraient lorsqu’il tenterait de l’influencer ?

Et l’idée que Noctis l’eût déjà fait ne le bouleversait pas autant que Vincent avait l’air de le craindre. Jace releva les yeux vers son petit ami.

— Bien sûr.

Si le ton de Jace paraissait incrédule, c’était que l’adolescent ne comprenait pas très bien en quoi les révélations de Vincent auraient dû le rebuter. En tout cas, il s’empressa de franchir la distance qui les séparait et, conscient que les mots, en raison de leurs différences souvent profondes, n’étaient pas toujours à la hauteur des conciliations qu’ils s’espéraient, il posa une main sur la nuque de Vincent, attrapa son tee-shirt de l’autre et l’attira pour un baiser dont la rhétorique était immanquablement convaincante.

La langue de Jace chercha celle de son compagnon pour des explications muettes et, comme souvent, comme toujours, dans ce contact, l’adolescent trouvait un apaisement de l’âme que seule la présence de Vincent était désormais capable de lui offrir, quand toutes ses pensées se tournaient, pour quelques minutes ou pour les moments plus longs et plus brûlants de leurs étreintes, vers leurs corps réunis et ce qu’ils éprouvaient. La main avait lâché le tee-shirt pour se faufiler sous lui et caresser le ventre puis le torse de Vincent. La caresse n’était pas tout à fait innocente, parce qu’elle était guidée par ce désir pour Vincent dont Jace avait déjà avoué à son ami qu’il ne le quittait jamais, mais elle n’était pas non plus entièrement suggestive, parce que l’adolescent ne pensait pas à pousser ce désir plus loin : ce qu’il voulait, c’était simplement sentir à nouveau cette peau brûlante sous ses doigts, et son corps réagir, et le corps de Vincent également, et tout ce que ces réactions impliquaient de signaux électriques propulsés du bas de leur ventre jusqu’aux hauteurs de leurs cerveaux, toutes ces expressions rassurantes qu’il était le seul à comprendre.

Le baiser se rompit. La main sur la nuque rejoignit la seconde sous le tee-shirt et elles passèrent toutes les deux dans le dos de Vincent.

— Je t’aime.

Il ne le disait pas très souvent, c’était vrai. Il ne le répétait pas en permanence, à la moindre occasion. Il trouvait que c’était évident, même s’il se reprochait de ne pas le souligner plus régulièrement.

— Tu t’es comporté comme il le fallait. Je suis fier de toi. Fier de mon homme.

Jace déposa un nouveau baiser, bref celui-ci, au coin des lèvres de Vincent.

— Chase Neutron-Grey était souvent au cabinet de Charlie Lane quand j’y travaillais comme coursier. Peut-être qu’il a bougé des choses dans mon esprit. Mais tu sais, mon esprit, depuis presque un an, c’est un peu un forum à neurones ouverts. Toutes ces informations qui circulent. Toutes ces pensées transmises par SMS, par mails, par coups de téléphone, qui ne sont pas les miennes. Celles dont j’ai conscience et celles qui s’accumulent au fond de ma mémoire, à mon insu, pour ressurgir plus tard sous la forme d’intuition. Au début, je ne sais pas… Au début, c’était très angoissant. Mais maintenant, je suis habitué. C’est très différent de ce que les autres vivent, je crois, de ce que je vivais avant. Très différent que de considérer son esprit comme le dernier sanctuaire. Comme quelque chose d’assez stable. Tu sais…

L’adolescent hésita un instant à évoquer un passé qui pouvait faire éprouver de la jalousie à Vincent.

— À l’époque, c’est Christopher qui m’a embrassé en premier. Peut-être que Chase avait disposé je ne sais pas trop quoi. Mais même sans ça, j’aurais bien été obligé d’admettre ce que j’étais. Ce que je veux dire, c’est que tout a une influence. C’est une banalité, je sais, mais les choses affreuses comme les choses agréables du passé m’ont rendu plus susceptible de t’aimer. Par exemple…

Le visage de Jace s’assombrit un peu.

— Un peu avant de te rencontrer, pendant l’été, j’étais à une mission. Enfin, plutôt une intervention inopinée, dans une usine, la nuit. Il y avait un saboteur. Il y a eu un combat. J’ai perdu. J’ai failli mourir. Enfin, j’étais blessé et j’aurais pu mourir. Et ça m’a conduit à m’interroger sur le côté un peu monomaniaque de mon existence. La Légion et juste la Légion. Ça m’a poussé à chercher vraiment un travail qui ne soit pas héroïque. À ne plus vivre ici. Ça m’a poussé vers toi, d’une certaine façon. Tu vois ce que je veux dire ?

De toute façon, en homme d’actions, l’Alpha n’avait pas le tempérament des ruminations nostalgiques. Il ne s’interrogeait pas sur ce qu’aurait été sa vie avec ceci ou cela en moins dans son passé. Jusqu’à preuve du contraire — et il ne doutait pas que cette preuve, dans un monde comme le leur, pouvait exister quelque part — ce qui avait été demeurait immuable et le constituerait pour toujours. Il en prenait son parti et, ce jour-là, les mains posées sur la peau de Vincent, Vincent entre ses bras, ses lèvres encore chaudes du baiser de l’étudiant, il trouvait qu’il ne s’en tirait pas si mal.

— Peut-être qu’on perdra. Peut-être qu’on mourra. Peut-être que mon esprit sera retourné dans tous les sens, ou le tien. C’est… Si je n’avais pas été Légionnaire, j’aurais toujours été le fils du Commander, ou le quasi-neveu du Corbeau, et en danger pour ces seules raisons. J’ai jamais regardé le futur comme un monde de certitudes. Ça me rend pas indifférent. Ou moins terrifié. Mais maintenant, quand j’ai peur, je cherche d’abord les moyens de me défendre. Et j’opère avec l’hypothèse qu’il existe. Alors jusqu’à nouvel ordre, on va opérer avec l’hypothèse que j’ai un esprit absolument unique, complètement labyrinthique et probablement incompréhensible, même pour un petit génie comme un NG. J’vais travailler à le rendre encore plus labyrinthique, crypté et incompréhensible. Et comme ça, tout ce que contient mon esprit aura… disons le meilleur pare-feu cybertélépathique du monde.

C’était sans doute une question d’entraînement et l’entraînement, justement, c’était un peu sa spécialité.

— Et toi, te sens pas coupable d’être avec moi. J’suis heureux avec toi. J’veux dire, vraiment, pour de vrai heureux, et ça, c’était pas une tâche facile. Jamais j’ai eu autant envie de vivre, de vivre ma vie à moi, que depuis que j’te connais. Tu pourrais bien être un androïde fabriqué par Skynet qui aurait décidé de prendre son indépendance que j’en aurais rien à foutre. J’crois pas au déterminisme. Ou à la contamination du mal. J’crois en toi. En…
— JAAAACEEE ? VIIIINCEEENT ? La visite était trop, trop cool ! Vous saviez qu’en 1991, la super-héroïne…


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Message posté : Lun 22 Déc - 0:04 Message
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    La réponse de Jace ne manqua pas de ravir Vincent. Ce dernier n’y croyait presque plus. Il mit d’ailleurs du temps pour répondre au baiser de son petit ami, mais les lèvres, les mains et la chaleur du blond ne manquèrent pas de raviver la sienne qui grimpa en flèche, rendant son corps cette fièvre qui caractérisait désormais le désir qu’il ressentait pour l’Alpha. Une fois « réveillé », le barman ne tarda pas à glisser ses propres mains sur le corps de son compagnon, une sur sa hanche, l’autre dans son dos, elles cherchaient elles aussi à capter la douce aura qui émanait du corps du mutant et qui apaisait à la fois ses pulsions, son esprit et son cœur. L’échange dura juste assez longtemps pour permettre à Vince de se demander, l’espace d’une seconde, ce qui avait pu le rendre aussi triste auparavant. Puis cela revint. Puis Jace lui dit qu’il l’aimait, et qu’il était fier de lui. Les lèvres du barman se dessinèrent en un sourire timide. Il avait douté de Jace... non, il avait douté de lui... d’eux. Déjà qu’il avait du mal à se faire à leur relation, il fallait maintenant composer avec les mentalistes génies du mal et autres phénomènes surnaturels.

    Maintenant qu’il était rassuré sur les sentiments de son petit ami, celui-ci entreprit de lui prouver que son esprit serait particulièrement difficile à manipuler, même pour Chase NG. Vince serait bien enclin à le croire s’il n’avait pas assisté, quelques heures plus tôt, à une démonstration en force des pouvoirs du mentaliste. L’étudiant commençait à peu près à mesurer l’étendue de l’intelligence de Jace et il en doutait plus de son cerveau ni de ses pouvoirs, mais il se demandait vraiment si son esprit pourrait tenir face à celui d’un être qui aurait facilement pu anéantir le campus universitaire. Mais le mutant électrique ne tarda pas à chasser les doutes du footballeur en lançant une diversion de taille : son ex et leur premier baiser. Automatiquement, et inconsciemment, Vincent glissa les mains jusqu’au bas du dos de son petit ami. C’était vraiment bête un garçon. Mais ses mains possessives changèrent bientôt leur prise pour en adopter une plus protectrice lorsque l’Alpha parla du combat qu’il avait perdu cet été. Voilà qui ajoutait une hypothèse encore plus sombre à la liste des « et si... » : et si Jace n’avait pas survécu à cet affrontement ? Le pyromancien fut pris d’un frisson incontrôlable. Mais il déglutit, hocha silencieusement la tête et se concentra pour écouter la suite. Le jeune Légionnaire enchaîna avec un monde peuplé d’incertitude mais dans lequel il conservait la volonté de faire face... avec lui. Lorsque le blond parla de tout le bonheur que lui procurait leur couple, Vincent fut sur le point de l’interrompre pour l’embrasser lorsqu’il fut pris de court par Holly.

    JAAAACEEE ? VIIIINCEEENT ? La visite était trop, trop cool ! Vous saviez qu’en 1991, la super-héroïne... oh pardon !

    Allez savoir comment, son radar l’avait guidée jusqu’à la chambre de Jace où elle vit le jeune héros et son colocataire enlacés. Le regard un peu brillant de Vincent la perturba un peu au point même de modérer son enthousiasme. Le barman détourna la tête pour se reprendre avant de lancer un grand sourire à peine forcé à son amie. Il était content de la voir, même s’il aurait largement préféré rester en tête à tête avec Jace.

    – Hey, Holly, ça va ?

    Mais avant que l’étudiante n’ait le temps de répondre, Jason arriva sur le pas de la porte. Lui semblait un peu plus modéré que sa petite amie. De toute évidence, il n’avait pas perdu de vue les raisons de leur présence ici.

    – Vince ? Qu’est-ce qui s’est passé à la fac ? On a apprit pour le bâtiment de philosophie...

    Le visage de Holly devint un peu plus sérieux. Juste assez pour inquiéter Vincent. Oui, il fallait leur expliquer maintenant. Mais fallait-il tout leur dire ? Notamment l’hypothèse de Jace sur l’identité réelle de Noctis ? Non. Il préférait les tenir le plus à l’écart possible de cette histoire. Leur implication était déjà trop importante.

    – Un mentaliste super-vilain a décidé de me tester... et forcément, c’est le bâtiment qui a pris cher...

    L’étudiante fit des yeux ronds plein de surprise, d’inquiétude mais aussi d’excitation, elle était incorrigible. Jason ne partageait que les deux premières expressions.

    – Qui ça ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
    – Et pourquoi on nous a amené ici, nous ? Notez que je me plains pas, cette visite m’a donné pleins d’idées pour un projet à la fac...
    – C’est... euh... je sais pas trop si je peux en parler... c’est sensé être top secret ?

    Demanda-t-il à Jace. Mais il n’aurait pas pu exciter davantage la curiosité de son amie.

    – Quoi ! Mais tu rigoles ! T’es même pas de la Légion, toi ! Comment ça se fait que t’aies le droit de savoir ? Jace, raconte nous, s’il te plait.

    Ah chouette, refiler le bébé à Jace. Parfait. Comment ça, Vincent allait savoir ce qu’il pourrait dire devant ses amis. D’ordinaire, il ne leur cachait rien, mais il avait été très clair là dessus, il voulait protéger ses proches. Et ces deux amis étaient déjà bien trop vulnérables à son goût. Surtout qu’ils avaient été directement nommés par Noctis. D’ailleurs, il devrait peut-être prévenir Camille... Mais bizarrement, le Français ne lui semblait pas sans défense... Peut-être devrait-il tout de même en parler à Jace pour connaître son avis. On parlait tout de même du mentaliste le plus puissant de la planète.

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Message posté : Lun 22 Déc - 9:20 Message
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Plus que de trop rares secondes avant l’arrivée de Holly. Jace les employa à un périlleux exercice de maîtrise corporelle destinée à contenir les marques sinon trop peu discrète de l’enthousiasme qu’avait fait naître en lui la réaction légèrement possessive de Vincent à l’évocation de Christopher. La voix de la jeune fille résonna bientôt dans la chambre et Jace se retourna en pleine possession de ses moyens — et en tout respect de la pudeur. Bien joué.

Les regards ne tardèrent pas à se porter sur l’Alpha, après que Vincent eut donné des explications trop générales pour ne pas attiser la curiosité commune.

— On va commander des pizzas, il est tard.

Ce n’était pas tout à fait la réponse capitale et le récit héroïque qu’ils avaient tous attendu, mais Jace en profita pour, d’un geste de la tête, leur indiquer le chemin du salon, où ils seraient plus à l’aise pour discuter que dans sa chambre. Jason et Holly pivotèrent donc et se remirent en marche, suivis par Vincent et Jace et, quelques minutes plus tard, quand ils se furent assis sur le canapé et les fauteuils du salon, qu’ils eurent commandé les pizzas et que Jace leur eut servi qui un verre de soda, qui une tasse de thé, les choses sérieuses purent commencées.

— Quelqu’un essaie de nous menacer. Vincent et moi. Moi, surtout, à vrai dire, je suppose…

Jace tourna un regard coupable vers Vincent, avant de reporter son attention sur Jason et Holly et de reprendre son récit.

— C’est un mentaliste. Enfin, on suppose. On ne sait pas encore exactement à qui ni à quoi on a affaire. Bref, c’est lui qui m’a attaqué dans le Bohnson Building. Il a utilisé des dispositifs incendiaires, m’a piégé dans l’ascenseur et… Après, je ne me souviens plus très bien. Je crois qu’il a effacé les souvenirs d’une conversation entre lui et moi. Et c’est lui qui s’en est pris à Vincent. Pour… Eh bien, les raisons ne sont pas très claires. Pour le menacer, certainement. Pour faire pression indirectement sur la Légion. Mais sans doute, apparemment, aussi par intérêt personnel.

Il ne parlait pas de Chase Neutron-Grey et, par conséquent, il ne rentrait pas dans les détails de l’intérêt personnel que le champion de la marginalité métahumaine et sexuelle pouvait avoir pour un ancien humain rapidement converti à la pyromancie et à l’homosexualité. Jace espérait bien que son intuition à propos de l’ancien agent de l’UNISON ne tarderait pas à se répandre, parce qu’il supposait que le secret de sa survie était un élément important de la nouvelle existence du NG, mais il ne voulait pas que la rumeur partît trop directement de leur entourage, à Vincent et à lui. La police et l’UNISON se chargeraient sans doute de propager jusqu’à la presse ses conclusions en la matière.

Comme le regard de Holly s’était inévitablement fait interrogateur, Jace précisa :

— Apparemment, de son point de vue, du point de vue Noctis, c’est comme ça qu’il se fait appeler, Vincent a subi une sorte d’épreuve. Comme si les événements d’aujourd’hui étaient quelque chose dont il aurait fallu se montrer digne.
— C’est peut-être un Dieu !
— Un dieu ?

Jace avait bien entendu Adrian Pennington, auquel il s’adressait pour en apprendre plus sur les affaires ésotériques dans l’espoir de mieux cerner l’origine des pouvoirs de Vincent, parler des anciens dieux et de leur influence, censément révolue, sur le cours des événements, mais même à lui, cette réalité paraissait pour le moins lointaine.

— Ou une puissance supérieure qui vous mettrait à l’épreuve ! C’est pas forcément bénéfique, un Dieu. C’est un peu comme euh…

Holly claqua des doigts en regardant Jason, qui avait sans doute plus de références proprement culturelles et artistiques qu’elle-même.

— Poséidon dans l’Odyssée ?
— Par exemple.
— Euh…

Jace n’avait pas l’air franchement convaincu. Et puis, penser aux décennies d’errance d’Ulysse, ça n’avait rien de très encourageant.

— Je suppose que c’est une possibilité.

Même si le ton de l’Alpha avait été dubitatif, Holly ne put s’empêcher d’esquisser un sourire, assez fière d’avoir contribué à la réflexion collective à propos de ce grave problème héroïque. Comme souvent plus terre-à-terre lorsqu’il n’officiait pas dans la Salle de la Muse, Jason pour sa part interrogea :

— Et qu’est-ce que vous allez faire ?

La question sous-jacente était claire : « qu’est-ce que nous on fait ici ? ».

— D’abord, réfléchir. Vincent s’inquiétait pour vous, à cause des menaces. Même si j’crois qu’il y a pas forcément grand-chose à craindre, on a préféré vous mettre en sécurité pour la nuit.

Holly était (presque ?) enthousiaste à la perspective d’être la proie d’un peut-être-dieu mentaliste aux intentions nébuleuses et aux méthodes spectaculaires.

— Ensuite on prendra des mesures. Mais pas nous. Pas tout de suite.
— Comment ça, pas nous ?
— Disons que ce serait difficile de lire notre plan dans notre esprit si on a pas connaissance du plan. Alors en attendant de trouver un moyen pour protéger ses pensées, on va laisser ça à d’autres personnes dans la Légion. Disons que pour une fois, l’ignorance est vraiment une bénédiction.
— Mais ce serait pas un peu comme… céder à ses exigences ?

Jace haussa les épaules.

— Peut-être. M’enfin, on sait pas ce que c’est, ses exigences, et s’engager dans des combats perdus d’avance, c’est pas très malin. Vincent a parlé à la police, la police, j’suppose, va parler à l’UNISON, moi, j’vais parler à la Légion. Y a plein d’gens qui vont s’occuper de ça spécifiquement et nous, on va vivre notre vie et se concentrer sur d’autres choses.
— Même s’il se prend encore à vous ?
— Alors on avisera. Y a d’autant plus de chance qu’il s’en prenne à nous qu’on met d’énergie à s’en prendre à lui. Telles que j’vois les choses, si on s’occupe d’autres problèmes, lui, il aura les siens. Qu’on soit super-puissant ou non, on doit toujours parer au plus pressé et pour le coup, je serais assez content de pas être sa préoccupation numéro 1.

La manière dont Jace concevait ses plans avait parfois quelque chose d’un peu décevant pour ceux qui attendaient de lui la pure incarnation de cet idéal d’héroïsme sans peur et sans reproche dont il venait de dire à Vincent combien il le laissait dubitatif. Thunder entretenait pour les médias une image qui était loin de se superposer aux méthodes beaucoup plus pragmatiques, stratégiques et pondérées dont il pouvait faire usage sur le terrain. Même s’il ne reculait jamais devant le danger et s’il n’hésitait pas à courir de grands risques en se plongeant dans des situations hasardeuses, le jeune homme ne se lançait jamais dans une entreprise qui lui échappait complètement, parce qu’il tenait à sa vie et qu’il n’avait aucun désir de la sacrifier inutilement.

Pour l’heure, ses objectifs étaient simples : s’entraîner à protéger son esprit et mettre ces protections à l’épreuve des mentalistes qu’il connaissait, d’une part, et d’autre part s’assurer que Vincent surmonterait l’épreuve qu’il venait de vivre et parviendrait à canaliser une colère sourde en des emplois profitables. Ces objectifs-là étaient certes un peu égoïstes mais il ne voyait pas comme se rendre utile aux autres, dans cette affaire, sans les avoir d’abord accomplis.

Un silence avait suivi l’exposé. Jace reprit la parole.

— Ça vous parait peut-être lâche mais…

À vrai dire, il n’avait pas envie de se justifier. Il haussa les épaules.

— Évidemment, c’est que mon avis et chacun est libre de prendre les mesures qui lui paraissent les plus appropriées aux circonstances.

Il avait toutefois parfaitement conscience que son avis de Légionnaire pesait plus lourd que celui des civils en une pareille matière. Son regard cependant se porta surtout sur Vincent, parce qu’il était concerné au premier chef d’abord et ensuite parce que Vincent était de moins en moins l’un de ces civils.
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Message posté : Lun 22 Déc - 21:05 Message
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    On pouvait dire ce qu’on voulait, Jace Roberts savait toujours quelles étaient les priorités. Les pizzas passèrent donc avant le reste, ce qui rendit Holly particulièrement nerveuse et força Jason à garder une main en contact avec sa petite amie pour essayer de la calmer. Ce gars avait beau accumuler les inspirations étranges, il faisait parfois preuve d’une patience surhumaine. Vincent, pour sa part, en profita pour plonger dans ses pensées, n’écoutant le plan de son petit ami que d’une oreille plus ou moins déjà avertie.

    L’Alpha avait déjà élaboré toute une stratégie pour mettre en place des protections psychiques pour son esprit. S’il y parvenait, et Vince n’avait aucune raison d’en douter, il aurait un net avantage sur Noctis. En théorie. Mais lui de son côté, que pouvait-il faire ? Travailler ses passes ? Apprendre à faire cuire ses propres pizzas avec ses pouvoirs ? Le pyromancien ne possédait pas de capacités lui permettant de protéger son esprit de ce genre d’intrusion. Mis à part lorsque le mentaliste avait usé de son pouvoir pour entraver son corps, il n’avait pas du tout senti ses excursions mentales. Et pourtant, il y en avait eu, vu qu’il avait utilisé contre lui de nombreuses informations que seul Vincent pouvait posséder. Comment se protéger d’un tel ennemi ? Si Noctis avait été un footballeur adverse un peu trop costaud, Vince se serait contenté de s’entraîner, de renforcer ses bras ou encore d’améliorer sa course, d’étudier ses mouvements en regardant des enregistrements... Mais là ce n’était pas pareil, il ne s’agissait pas de son corps, mais de son esprit, et il n’avait aucun moyen d’entraîner son esprit. L’étudiant doutait que de simples exercices de mémoire pourraient y faire quoique ce soit. Et quand bien même il y arriverait, cela ne serait pas suffisant. Peut-être que ça fonctionnerait avec un télépathe ordinaire, mais contre celui-ci ? Lui n’avait pas l’optimisme de Jace, mais c’était sans doute parce qu’il n’avait jamais vraiment pensé à ça. Avant Noctis, il n’avait jamais songé à ce qu’il ferait face à un mentaliste qui essaierait de rentrer dans sa tête. Déjà que l’idée d’avoir affaire à des supers le refroidissait généralement bien, il préférait ne pas sombrer dans la paranoïa en pensant à ceux dont le pouvoir leur permettait d’outrepasser les droits de la vie privée des individus. Le jeune homme n’avait pas aimé qu’Anna en apprenne autant sur lui juste en le touchant, il s’était senti mis à nu. Et pourtant cela n’avait été qu’un accident. Là on parlait d’un être qui faisait ce genre de choses tout à fait volontairement.

    Vincent quitta cependant ses réflexions lorsqu’il réalisa que Jace demandait l’avis de ses troupes. Holly avait déjà commencé toute une liste d’hypothèses plus ou moins loufoques, mais personne ne l’écoutait vraiment sérieusement. Jason avait hoché la tête en signe de dénégation. Les propositions de l’Alpha lui semblaient raisonnables. Sans doute parce que, concrètement, Noctis n’avait pas physiquement menacé ni blessé qui que ce soit. Le footballeur avait pour ça part une petite difficulté à souligner.

    – Nan, ça me paraît être un bon plan... Enfin, perso, je ne sais pas trop comment je pourrais me préparer en cas de confrontation... J’ai vraiment rien pu faire tout à l’heure...

    Il baissa la tête, toujours un peu honteux d’avoir été aussi impuissant. Son colocataire le vit et choisit de ne rien dire. Holly était plus positive.

    – Il y a peut-être des appareils qui pourraient bloquer les pouvoirs télépathiques. J’ai entendu dire qu’on travaillait sur ce genre de technologies afin de préserver des secrets vraiment importants...

    Elle connaissait probablement tous les forums sur la question. Quant à savoir à quel point ces sources étaient sérieuses, c’était autre chose. Quand bien même, ces protections ne serviraient pas vraiment si Noctis parvenait à les désactiver avec sa télékinésie. Et oui, Vince avait beau ne rien y connaître en super héros, il avait déjà suivi – malgré lui – bien assez de conversations lancées par ou pour Holly afin d’être capable de faire la différence entre la télékinésie et la télépathie.

    Le conseil de guerre anti Noctis fut temporairement interrompu par la sonnerie de l’interphone des Roberts. Le livreur de pizzas était arrivé. Apparemment, quand il s’agissait de livrer la Tour de la Paix, ils ne faisaient pas traîner les choses. Vince se sentit soudain affamé et ne mit pas longtemps à orienter la conversation sur une dégustation immédiate. Après avoir demandé à Jace s’il fallait prendre des précautions particulières pour manger chez lui, car il ne fallait pas oublier qu’ils étaient là chez ses parents et qu’il ignorait quelle était la politique domestique de Madame Roberts, l’étudiant rejoint son petit ami dans la cuisine afin de l’aider à réunir les serviettes et autres ustensiles éventuels. Oui, bon, c’était surtout une excuse pour s’isoler un peu seul avec son petit ami.

    – Tu sais... Noctis se prend vraiment pour un Dieu. En tout cas il n’a pas hésité à se qualifier comme ça. J’voulais pas en parler devant eux parce que je sais que Jason a pris psycho en mineure et qu’il aurait essayé de psychanalysé le truc...

    Vincent n’osait pas préciser qu’il n’était pas loin de penser que c’était le cas. Les démonstrations peu subtiles de Noctis l’avaient un peu convaincu.

    – Tu crois vraiment qu’on pourra l’arrêter ?

    « On »... mais pas forcément eux. Quelqu’un. La Légion... L’UNISON... n’importe qui.

    – Les gars ? J’espère que vous le faites pas dans la cuisine ! On risque de tout manger sans vous !

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