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I want to ride my bicycle, I want to ride my bike...

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Message posté : Mer 10 Déc 2014 - 23:47 Message
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Et voici l’addition, signore,
Merci, ragazzo. Tiens, pour toi.
Vous savez que je dois partager, signore.
Je glisserai un mot au patron pour toi, garde, garde. Tu le mérites.
C’est très aimable, signore.

Ce genre de scène, Demetrio le vivait plusieurs fois par service. La plupart des habitués qui venaient manger à la pizzeria Mancini l’avaient pris en affection et aimaient à lui glisser un petit billet en pourboire, et lui s’empressait de rappeler les règles. Mais c’était devenu comme un petit jeu : il travaillait bien, il était efficace et ne rechignait pas à la tâche, il avait le contact facile avec les clients, et ses notions d’italien lui permettait de montrer qu’il « appartenait » au lieu.

Bon après-midi, signore, salua-t-il le client, après avoir reçu son règlement.

Après le départ de l’homme, il n’y eut plus personne dans la salle. Il souffla tout en verrouillant la porte d’entrée, quand le patron, Giuseppe, fit son apparition, un balai à la main.

Allez, un petit coup de balai, et t’es libre jusqu’à 19h, annonça-t-il en désignant vaguement l’horloge, qui affichait quatorze heures trente passées.

Demetrio retint un soupir et prit le balai sans rechigner. Un quart d’heure plus tard, il avait fait le tour de la salle et s’était assuré que toutes les tables étaient de nouveau dressées pour le service du soir. Il rejoignit les vestiaires pour ôter la tenue réglementaire, chemise vert pale, pantalon noir et tablier blanc avec le logo de l’établissement, et passer en civil, dans un accoutrement plus confortable : jean, t-shirt ample blanc, veste en cuir et grande écharpe rouge. Pour son temps de repos, il allait tout bêtement rentrer chez lui et se prélasser en écoutant de la musique. Un programme qui le bottait bien.

Il grimpa sur son vélo, attaché à l’arrière de la pizzeria, et s’élança dans les rues de Little Italy. Il avait une belle descente pour arriver jusqu’à la voie rapide, qu’il devait ensuite traverser pour rejoindre le quartier des Théâtre, où il vivait avec sa mère. Sur le trajet, il faisait une entorse à la prudence en ayant ses écouteurs dans les oreilles, son téléphone diffusant le dernier album de Within Temptation, Hydra. Mais il savait anticiper et connaissait suffisamment le quartier et les habitudes des gens pour éviter les accidents. Ses horaires étant de toute façon à peu près les mêmes tout le temps, il savait que la circulation était moins dense par moments et par endroits.

Quand il atteignit enfin son quartier, il fut coupé dans son élan par ce qui semblait être une opération de police : la rue était bloquée. Il tenta malgré tout de se faufiler, mais fut bien vite renvoyé dans ses pénates. Tant pis, il ferait un détour, qui allait le rallonger de cinq bonnes minutes, à ce rythme-là. Ôtant ses oreillettes pour être plus attentif à ce qu’il faisait, il grimpa sur un trottoir, en évitant bien les gens. Deux ou trois l’insultèrent, sans même à un seul instant avoir été menacés par lui, qui passait à au moins deux mètres des passants, mais il les ignora. Puis, il tourna à l’angle d’une rue, sans doute un peu vite. Un homme d’une quarantaine d’années le vit arriver et eut un réflexe assez étrange, voire stupide.

Il sursauta et, au lieu de s’écarter sur la droite, il fit un bond sur la gauche, ce qui le mit pile sur la trajectoire de Demetrio, qui avait pourtant fait en sorte de l’éviter. Dans le mouvement, l’homme accrocha une jeune fille qui passait par-là et la bouscula, lui faisant perdre l’équilibre. Et le jeune rital vint s’encastrer dans la mêlée, la roue de son vélo heurtant le genou de l’individu. Il parvint à maintenir son véhicule debout, alors que l’homme sautait sur place en se frottant la zone endolorie, ignorant totalement la demoiselle qu’il avait poussée, et qui n’avait rien demandé.

Désolé ! J’ai voulu vous éviter, mais vous vous êtes jeté devant moi…
Tu m’as fait mal, petit con !
Oui, j’ai dit que j’étais désolé, c’est bon… et puis, vous avez poussé quelqu’un… fit remarquer Demetrio, un peu vexé de s’être fait traiter de « petit con », alors qu’il était poli. Ça va, mademoiselle, pas de mal ?

Il déposa son vélo contre le mur le plus proche, juste le temps de s’assurer que la fille n’avait pas été blessée dans le processus. L’autre « victime » continuait d’en rajouter, marmonnant qu’il aurait pu avoir la jambe cassée, ou pire, arrachée, et qu’il aurait un bleu pendant au moins six mois. Il ne fallait pas pousser, non plus. Demetrio, d’ailleurs, avait choisi de l’ignorer. Ce qui le préoccupait, c’était l’état de la demoiselle, qui avait l’air un peu plus jeune que lui.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 1:42 Message
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Il était de ces jours qui étaient définitivement, véritablement très mauvais. Vous commenciez sur une note mauvaise, un simple désaccord, et puis les cours se mettaient à vous ennuyer, alors vous vous disiez que, finalement, la vie valait peut-être la peine d'être vécue d'une autre façon, et vous vous mettiez à fuir les tracas de la société moderne en allant vous noyer dans la foule des quartiers les plus folkloriques de la métropole des héros. Qu'importe que vous soyez fille richissime ou travailleuse des rues, là-bas, vous n'étiez qu'une illustre inconnue au milieu de tant d'autres inconnus. Tant de personnes vacants à leurs occupations, fébrilement, sans jamais se poser de questions, sans jamais observer, sans jamais considérer ce qui dépassait de leur sphère directe.

Anna, là-dedans, avançait comme une entomologiste observant une fourmilière, trop contente, elle, de pouvoir savourer le plaisir de l'architecture folklorique du quartier des théâtres en levant des yeux candides vers les cimes de cette forêt bétonnée, quand tant d'autres oubliaient cette chance, cette opportunité, qu'il y avait à vivre ici. Le bonheur permanent qui était celui d'un être curieux lâché au sein d'une cité aussi cosmopolite que Star City, qui n'avait que peu d'équivalents dans le monde.
Evidemment, l'oisillon volage que la jeune LeBlanc ne manquait pas d'être était, elle aussi, copieusement taxée de "foutue touriste", murmuré dans autant de barbes de cafards - ou de crapauds, si l'on se risquait à aller assez peu subtilement à la métaphore par trop usitée du crapaud et de la colombe. - trop enfoncés dans leur propre sentier médiocre pour se risquer à essayer même de commencer à imaginer la possible compréhension d'un être qui ne voulait pas penser comme eux. Une jeune fille, par bien des aspects, radicalement différente d'eux, et certainement plus encore par ses pensées que par sa nature. Une métahumaine, oui, au milieu de tout cela, incognito. Une métahumaine qui ne cherchait ni à sauver le monde, ni à le détruire, ni à se montrer. Une personne observant le monde avec une curiosité presque toujours enfantine ...

Mais hélas, trois fois hélas, une telle situation ne pouvait décemment durer, et la médiocrité du jour revient à la figure de l'héritière LeBlanc avec une force toute prodigieuse, comme une sorte de poussée d'Archimède métaphorique : tout le désespoir et la désespérance qu'elle avait noyé dans un bain de je-m'en-foutisme et d'émancipation, retrouvait la surface avec vigueur, et sautait hors du bain comme un diable en dehors de sa boîte.

Ou comme un cadre bancaire de quarante ans tout ce qu'il y avait de plus lambda dans cette ville, avec son petit pavillon de banlieue, ses trois mignonnes automobiles, son fils sportif et sa fille vulgaire, le tout projeté dans sa figure - et son esprit - dans un bond qu'une telle corpulence laissait à paraître insoupçonnable.
L'être humain ne cessait de vous épater, tant par ses prouesses physiques, que par la stupidité de vouloir éviter un vélo en se jetant en travers de son chemin - et sur la première fille qui passait par là. -

Et dans cet histoire, le pire aurait été qu'Anna aurait au moins eu un début d'orgueil personnel, si elle pouvait au moins se vanter d'avoir fait tourner l'œil d'un homme qui était allé jusqu'à se jeter à son col, touchant la peau de son cou avec ses mains grasses, en utilisant un prétexte fallacieux. Une pointe d'orgueil qui se serait sûrement muée en colère ; mais le fait était que cela était simplement le résultat d'une erreur de calcul dans un esprit étroit et plein d'autosatisfaction. Un péquin lambda.
Oui, sa jambe aurait pu être arraché dans une telle circonstance, et, sans mauvais jeu de mot, cela en aurait fait une bonne jambe à Anna : au moins ce médiocre personnage aurait-il eu quelque chose à raconter à ses petits enfants.

Etalée de tout son long sur le trottoir dégoûtant, sonnée, son manteau suintant de l'humidité ambiante et des vapeurs d'hydrocarbures ambiantes et sa chapka ayant roulée à quelques pas, en libérant au passage sa chevelure poivre et sel, Anna n'en menait pas large. Pourtant, elle était d'une sérénité presque olympienne.

" Je vais bien, sugah, plus de peur que de mal. " soupira la jeune femme, son accent sudiste tranchant avec d'éventuelles habitudes italo-américaines, alors qu'elle portait la main à son crâne. Elle souhaitait en savoir plus sur cette douleur dont elle n'avait même pas le courage de se plaindre, tant le verbe piaillant s'en allait résonnant tant à l'intérieur de son esprit qu'à l'extérieur.

Elle en retira deux tâches écarlates sur son gant, ce qui entrait en contradiction directe avec ses propos : il n'y avait, pour être parfaitement honnête, jamais eu de peur. Anna n'avait tout bonnement pas eu le temps de redouter quoique ce soit. Tout était arrivé trop vite, malheureusement.

Elle se laissa donc aller à une remarque toute critique, qui commençait sur le même ton calme, avant de se mettre à tonner avec une espèce d'autorité creuse. Une autorité que l'on aurait peut-être, sûrement, pu attendre du chef de bureau de son agresseur qui se posait en victime de tout ceci. Ce genre de déclaration qui commençait calme et neutre, reflétant l'égalité d'humeur de leur énonciateur, avant de devenir nerveuse et sanguine, reflétant d'autant plus le danger qu'il y avait à tenter de discuter et de faire falloir ce qui n'était qu'un point absurde aux yeux de tous.

" En revanche, je serais grée à Philip ici présent de simplement fermer le dispensaire à mouscaille qui lui sert d'orifice buccal. "

Avant d'ajouter, après avoir porté à sa bouche son gant, et l'avoir subrepticement léché pour le débarrasser des traces sanguines.

" Merci. "

Anna LeBlanc, égale au soi-même qu'elle se forgeait récemment, en train de se vider paisiblement de son sang, qui n'aurait finalement rien trouvé à répondre à son sauveur du moment qu'un acide "Vous auriez au moins pu le finir, ce connard.", si tant est que son langage l'eût permis.

Lancer de dés

  • Réussite : Il neige, joyeuses fêtes !
  • Échec : Il fait juste froid. Morne hiver que voilà.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 1:42 Message
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 20:53 Message
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La demoiselle, étalée de tout son long sur le trottoir, décontenança quelque peu Demetrio lorsqu’elle lui répondit qu’elle n’avait pas de mal… Même s’il avait l’habitude des accents, celui-là était particulier, et il lui fallut un léger temps de réflexion pour être sûr qu’il avait bien compris ce qu’elle avait dit. Le « sugah », notamment, le laissa perplexe. Il comprenait l’idée, le sens du mot, mais ne parvint pas à définir l’origine. D’où est-ce qu’elle pouvait bien venir, pour s’exprimer ainsi ? Soit elle était arrivée récemment à Star City, soit elle était résistante à la conformité et conservait malgré tout le parler de chez elle. Le jeune italo-américain remarqua qu’elle s’était malgré tout légèrement blessée, mais il ne le souleva pas, puisqu’elle avait annoncé aller bien. Même s’il n’avait pour autant pas envie de la laisser là sans en être vraiment sûr.

Il fit quelques pas pour récupérer la chapka qui avait roulé plus loin, libérant une étrange coiffure noire méchée de blanc. Un poil d’observation permettait de discerner que les racines-mêmes étaient blanches, comme si une telle chevelure était naturelle… ce qui dans cette ville n’aurait de toute manière pas été étonnant. Et alors que la jeune fille adressait, dans un langage soutenu mais clair, un message à l’homme qui l’avait bousculée, Demetrio lui tendit la main pour qu’elle se relève, avant de lui rendre son couvre-chef.

Qu’est-ce qu’elle a dit, là ?
C’est bon, monsieur, vous pouvez reprendre votre chemin, l’incident est clos.
Elle m’a insulté, là, non ?
Non, mademoiselle vous a demandé de vous taire, en fait. Et elle a raison, c’est assez soûlant, de vous entendre baragouiner, comme ça.

Le regard de Demetrio quitta le quadragénaire, mi-abruti, mi-ahuri, pour se poser sur la demoiselle aux cheveux bicolores. Là seulement vit-il que la petite blessure qu’elle avait saignait : les doigts, c’était une extrémité, et les hémorragies étaient difficiles à arrêter.

Oh, ça ne s’arrête pas de saigner. Attendez, je dois avoir un pansement quelque part… fit-il en fouillant dans les poches de sa veste.

Pendant ce temps-là, à côté, l’homme avait pivoté et se dirigeait d’un pas décidé vers une femme qui attendait le bus. En sortant enfin ce qu’il cherchait d’une poche intérieure, Demetrio réalisa qu’elle avait appelé le malotru Philip. Alors, soit elle piochait au hasard des prénoms pour s’adresser aux gens dans la rue, soit elle le connaissait, soit elle avait appris le prénom durant le très court laps de temps que durait leur rencontre.

Tenez… en serrant bien fort, ça devrait arrêter le saignement… Au pire, il y a une pharmacie pas très loin, ils devraient pouvoir faire quelque chose.

La voix de Philip s’éleva alors, mêlée à celle de la femme qu’il était allé importuner.

C’est pas normal ! Et vous, vous faîtes rien !
Laissez-moi tranquille !
Toutes les mêmes, la solidarité féminine, hein ! Toutes liguées, avec le petit con, en plus !
Laissez-moi, ou j’appelle la police !

Peut-être valait-il mieux s’éloigner, ne serait-ce que pour ne pas avoir en fond les cris insupportablement bestiaux de l’homme.

Il y a un banc, pas très loin, peut-être voulez-vous récupérer un peu ? Avec un choc pareil, ce serait normal…

Finalement, l’après-midi de Demetrio était plus animée que prévue. Mais il ne s’en plaignait pas, c’était sans doute mieux que de glander, même si ça n’était pas ce qui allait lui permettre de se reposer. Il récupéra son vélo, dans l’attente d’une réponse de la demoiselle. Si elle refusait le banc, il allait lui proposer de l’accompagner un peu, pour s’assurer qu’il n’y avait aucune séquelle du choc. Et puis, il préférait ne pas la laisser seule, au cas où Philip aurait décidé de s’en prendre à elle. Il semblait ne pas avoir suffisamment de jugeote pour oublier l’incident et passer à autre chose.

L’homme, après s’être fait rembarré par la femme, venait d’aborder une petite vieille, et il lui servait un discours à base de « je me suis fait agresser », « tout le monde est contre moi », « toutes des salopes », ce genre de choses désagréables à entendre, qui allait finir par lui jouer des tours, s’il continuait. D’ailleurs, quand un autre individu vint s’interposer pour qu’il laisse la petite vieille en paix, Philip opta pour une solution plus frontale. Il fonça directement vers les deux jeunes gens, avec la claire intention de faire mal à quelqu’un.

Lancers de dés

    Réussite : Philip atteint les deux jeunes gens.
    Échec : Philip se mélange les pieds et s’étale violemment au sol.

    Si Réussite au premier lancer :
    Réussite : Philip bouscule encore Anna et renverse Demetrio.
    Échec : Demetrio réagit à temps pour écarter Anna et parvient à faire trébucher Philip.


Demetrio sursauta, mais ne put se retenir d'éclater de rire quand Philip tomba de façon vraiment ridicule devant eux. Encore hilare, il glissa à la jeune femme :

Le mieux, c'est quand même de ne pas rester là, il a l'air vraiment furax.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 20:53 Message
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Message posté : Ven 12 Déc 2014 - 1:35 Message
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" Vous ne méritez même pas que je gaspille ma salive en noms d'oiseaux. "

Telles furent les mots de l'Acadienne, en réponse à cette allégation sortie des affabulations d'un senior en devenir profondément arriéré intellectuellement. Il était certain que la CBS n'était pas la demeure par excellence de l'élite intellectuelle du pays, et que même si cela eût été le cas, le pauvre bougre aurait trouvé tout de même le moyen de s'abrutir devant un programme de téléréalité ou une quelconque sitcom à valeur culturelle parfaitement nulle - sinon même négative -. De là à dire que l'adolescente avait choisi un dessein d'utiliser un vocabulaire qui sonnait à ses oreilles comme une affreuse langue slave, il n'y avait qu'un pas, que l'on pouvait toutefois allègrement franchir, car cela était vrai. Sa lassitude s'était manifestée à travers sa langue.
Une bonne chose, au demeurant, tant il aurait été possible qu'elle s'exprime par ses pieds ou ses poings, et il semblait que le trublion caressait l'idée de faire escalader cette rencontre dans des proportions au moins aussi absurdes que les fortunes qu'il gaspillait en cartes de centres de fitness, pour n'y mettre les pieds que deux fois par mois, tout au plus.

Tout cela, et bien d'autres détails, ressurgissaient et se manifestaient à l'esprit d'Anna subitement, et de manière parfaitement incontrôlée, et pour elle, c'était autant de facteurs qui lui hurlaient à la figure "Achevez-moi ! Ma vie n'a aucun sens ! ". C'était à s'arracher les cheveux, et il aurait été probable que si ils n'avaient été sa fierté, la lycéenne l'aurait fait : les héros s'acharnaient à sauver le monde pour qu'une engeance aussi dérangée que celle-ci en dispose, et pourquoi, sinon pour la polluer ? Il était des moments où même la bonne volonté d'Anna, même sa capacité à voir le bon en toutes choses, trouvait ses limites.

Oh, certes, Philip avait quelques belles choses à son actif, mais même celles-ci ne suffisaient à compenser la stupidité de son comportement actuel.

" Merci, " fit-elle en recevant la compresse, et en se l'appliquant.

Elle n'avait pas même remarquée qu'elle était debout, à présent, mais elle était suffisamment en état pour se rendre compte de sa propre désespérance.

" Je crois toutefois que je préfère me vider de mon sang que de rester face à un tel spectacle. "

Difficile de dire si il était à ce moment question de sarcasme ou de réalité, mais il était vrai que sa lassitude contaminait un regard qui avait quitté son vis-à-vis parti cherché son vélo, qui lui avait proposé semble-t-il en vain ce banc - ou cette pharmacie. -

Elle ne trembla pas, ne sursauta pas, ne leva même pas un sourcil, en voyant arriver vers elle d'un pas décidé le gredin quadragénaire, tout particulièrement remonté - bien que pas autant que son taux de cholestérol ... -, qui s'effondra lamentablement. Cela, elle le savait aussi, il était bien plus fort en gueule qu'en actes.

Oh, certes, Philip agissait, mais même cela ne suffisait pas à faire de lui un vrai pilier moteur de la société. Il brassait du vent, et rien ne le prouvait aussi bien que son comportement actuel.

" Voilà. " soupira-t-elle en le regardant planté par terre comme une grosse otarie trop chargée en houblon fermenté, " C'est précisément ce pourquoi j'aimerais ne plus avoir à subir mes simiesques congénères. "

Impériale, elle rajusta sa casquette slave, se tournant vers son chevalier blanc providentiel, qui semblait près à fuir la scène sur un commode destrier métallique.

" Je ne pourrais être plus d'accord. " acquiesça-t-elle, " Une minute de plus en présence de cet outre à rinçure, et je risque de me jeter dans le trafic pour abréger mes souffrances. "

Avant de quitter la scène, toutefois, elle s'avança vers le bougre ventripotent, s'accroupissant sur lui alors qu'il se relevait péniblement en piaillant des choses que les oreilles d'Anna ne cherchaient même pas à concevoir dans le domaine de l'audible immédiat. Elle voulait simplement l'enfoncer, encore, et lui asséna donc un coup de grâce professionnel :

" Juste pour que tu réalises ... disons ... "

L'héritière LeBlanc s'éclaircit la gorge, se mettant soudain à sa portée lexicale.

" La ... merde, dans laquelle tu aurais été si tu avait levé la main sur moi : je suis Anna LeBlanc. La fille de ton patron. La fille du nain sympathique qui t'a félicité pour ta récompense d'employé du mois. Tu as de la chance, aujourd'hui, alors profites-en, et prend ce mot avec la même mine réjouie stupide que tu as adopté avec mon père : fais quelque chose, trompes ta femme, sombres dans la drogue ou la boisson, n'importe quoi ... parce qu'en l'état, même le mur de ma salle de bain est moins navrant que toi, et pourtant, le marbre est fêlé. "

Vidée, libérée, elle se releva et se dirigea vers le sauveteur improvisé, le sourire retrouvé en dépit de la douleur.

" C'est bon, allons-y ! "
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Message posté : Ven 12 Déc 2014 - 12:25 Message
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Cette demoiselle à la chevelure originale était… impressionnante. De force et d’indifférence mêlée, comme si elle était désabusée par la vie mais faisant en sorte de ne pas être trop atteinte par ce qu’elle pouvait lui infliger. À son âge, il y avait quelque chose de triste : comment pouvait-on, si jeune, se comporter comme ça ? Et sa manière de parler laissait Demetrio quelque peu perplexe. Soit elle avait appris à s’exprimer de cette étrange façon et se montrait totalement imperméable à l’évolution moderne du langage, soit elle en faisait une vraie marque de différence. Dans tous les cas, elle ne pouvait pas vraiment passer inaperçue, une fois qu’on l’avait repérée. En fait, réalisa l’Italien, elle devait avoir en tête une longue liste de mots tirés des recoins les plus oubliés du dictionnaire, et se faisait un plaisir de les partager avec le premier malotru venu. Là, Philip était servi. Quoiqu’elle opta pour la clarté et opéra un switch et s’adressa au quadragénaire en des termes bien plus compréhensibles.

Demetrio, tenant son vélo, resta admiratif, à écouter. Elle commença par se présenter : Anna LeBlanc. Le nom évoquait vaguement quelque chose au jeune homme, une référence au gratin de la ville. Ainsi, elle était la fille de Monsieur LeBlanc, qui était le patron de l’individu toujours étalé au sol. Comment pouvait-elle le savoir ? À moins que son père ne dirige une boite d’une dizaine d’employés, elle n’avait aucune chance de connaître tous ceux qui travaillaient pour lui. Et de toute façon, le quadra l’aurait reconnue et aurait évité de se tourner en ridicule, au point de risquer de perdre son job. La conclusion ne manqua pas de faire sourire Demetrio, quand elle déclara trouver plus d’intérêt au mur de sa salle de bain qu’au spectacle qui lui était offert. Vrai qu’il était particulièrement pathétique. C’est finalement avec un air assez réjoui qu’elle revint vers lui, annonçant être prête à s’éloigner.

Euh… oui. Bien… Votre main, ça n’a pas l’air d’aller mieux… On va passer à la pharmacie, juste pour être sûrs.

Il y en avait une à une cinquantaine de mètres. Demetrio se sentait responsable de la situation. Même si, en soi, il avait fait en sorte d’éviter la collision, l’intention avait conduit à un échec cuisant et Anna avait été blessée. Il aurait aussi pu rouler moins vite… Tout en avançant, tenant son vélo à côté de lui, il jugea bon de se présenter, puisqu’il connaissait déjà le nom de la demoiselle.

Au fait, moi, c’est Demetrio. Désolé pour tout ça, c’est un peu ma faute… fit-il, avant d’enchaîner. En tout cas, bien joué, je pense qu’il avait vraiment besoin d’être remis à sa place, vous avez fait ça très bien.

Ils parvinrent devant la pharmacie. L’Italo-américain laissa son véhicule contre la vitrine, bloquant la roue avec un cadenas, avant d’entrer. À cette heure-ci, il n’y avait personne. Ou quasiment, puisqu’une personne devant eux semblait dérouler une liste impressionnante de médicaments. Demetrio en profita pour poser la question qui le taraudait.

Je veux pas être indiscret, mais… vous ne pouvez pas l’avoir reconnu, si ? Il aurait eu plus de chance que de savoir qui vous êtes que le contraire, si vous êtes la fille du patron et qu’il connaît personnellement le patron… Enfin, j’ai l’impression que vous avez un truc. Vous n’êtes pas télépathe, quand même ?

À Star City, on pouvait croiser des dizaines et des dizaines de mutants, par jour, dans les rues, sans le savoir. L’inconvénient avec les télépathes, s’ils étaient subtils, c’est qu’ils pouvaient s’introduire dans votre esprit sans que vous en soyez conscients. Demetrio regrettait parfois de n’avoir aucun pouvoir, même s’il relativisait en se disant qu’il aurait aussi pu avoir une capacité handicapante, comme un troisième œil derrière la tête, ou totalement inutile, comme pouvoir éjecter du shampooing doux.

Après, ça ne me regarde pas, bien sûr… mais c’est assez troublant.

Très curieux de nature, Demetrio pouvait difficilement aller à son encontre. Et même s’il tâchait souvent de faire comme si ça n’était pas important, quelque chose en lui faisait qu’il ne pouvait pas en démordre. Et maintenant qu’il avait rencontré Anna LeBlanc, demoiselle aux cheveux noirs et blancs, fille d’un grand patron et disposant apparemment de la capacité à reconnaître les employés de son père, il lui était devenu impossible de passer son chemin sans en apprendre plus.

Ça va être notre tour, ajouta-t-il, alors que le client devant eux s’apprêtait à régler.

Il n’était pas vraiment mal à l’aise, mais il avait conscience de s’adresser à une fille avec une éducation de la haute-société, et il n’avait pas forcément les armes pour le faire correctement. L’avantage de la pizzeria où il travaillait, c’est que ça restait un restaurant familial et traditionnel, et que la politesse suffisait, sans avoir besoin de se répandre en formules compliquées et mots soutenus.
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Message posté : Ven 12 Déc 2014 - 23:57 Message
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Vers la pharmacie la plus proche, donc, si il fallait vraiment que réelle guérison de son cas il y ait. Il fallait dire que, après avoir été transpercée et trouée par balles - à plusieurs reprises -, la jeune héroïne à temps partiel en était venu à véritablement considérer comme particulièrement élevée sa capacité à encaisser les blessures. Etait-ce une bonne chose ? Peut-être, peut-être pas... Anna vivait avec. La douleur, comme le danger, avait fini par créer en elle une sorte de dépendance. Une dépendance à l'adrénaline et au péril, et avec elle, une vision toute personnelle et assez cartésienne de ces influx nerveux : oui, ça faisait mal, mais finalement, n'était-ce pas qu'une sensation désagréable comme une autre ? Elle réussissait à survivre quand l'air charriait une quelconque puanteur, si terrible fut-elle. Elle ne criait pas de surprise quand un son strident et soudain, tel qu'une craie crissant, un larsen sauvage de micro furibond, ou même un coup de feu, - pour sortir du strict cadre scolaire où ses spectateurs l'auraient enfermé à tort. - résonnait.
Pourquoi alors en aurait-il été différent de la douleur ? Elle faisait avec tout le reste, alors elle encaissait, aussi, serrait les dents plutôt que de se plaindre, et attendait que ça passe.

Evidemment, c'était sans considérer les éventuelles infections, pour ne citer, cette fois-ci, que ce à quoi elle pouvait être familière sans études poussées. Anna LeBlanc, de ce point de vue, se cantonnait à une vue héroïque et imaginative. Encaisser sans broncher, attendre une guérison spontanée ... La vie ne fonctionnait pas comme ça, malheureusement, mais la lycéenne n'en avait cure : elle avait son propre mode de fonctionnement, qui s'apprêtait à éclater à nouveau au grand jour, à l'aune d'un aveu de culpabilité de son accompagnateur.

" Oui, c'est de votre faute. " approuva-t-elle, " Rien de tout cela ne serait arrivé si vous l'aviez solidement percuté, au lieu de vous arrêter. "

On pouvait vouloir sauver le monde, caresser un idéal de protection du plus grand nombre, mais, dans son optique, on pouvait tout autant garder des inimitiés. Le monde n'était pas rose, pas blanc ou noir, pas même en nuances, non ... Il était tout en schémas de couleurs intriquées et compliquées, en format que l'on ne pouvait pas même concevoir d'un être à l'autre, à moi d'avoir une ouverture d'esprit certaine. Anna était persuadée de l'avoir, et quand elle rencontrait des personnes qui n'en avait pas, quand ces personnes la touchait, elle avait réellement, authentiquement, envie de leur coller le pot de peinture dans la gueule, pour reprendre la métaphore artistique. Le bidon de dix litres en vecteur direct main-visage, à plusieurs reprises, puis lui faire avaler le pinceau à poils durs, à coups de bottes cloutées si nécessaire.

On ne rigole pas avec l'ouverture d'esprit et la démarche de compréhension de l'autre.

Ni avec la télépathie, d'ailleurs, puisque c'était apparemment ce que le consciencieux Demetrio, attachant son vélo devant la pharmacie, pensait être une spécificité d'Anna. Ce devait être les cheveux, qui lui avait mis la puce à l'oreille. C'est vrai, les mutants avaient tous des particularités physiques évidentes, et on avait bien pris Anna pour une fille avec le fabuleux pouvoir de changer de couleur de cheveux, une fois.
Elle aimerait ne pas parler de cette fois, toutefois.

" Grands Dieux ... " soupira-t-elle comme réponse initiale, " Je me suis trahie, semble-t-il. "

Comment expliquer son cas, toutefois ? Elle était dans une file d'attente, blessée de manière superficielle, à attendre son sort, avec un individu qui semblait tout particulièrement curieux à son propos. Evidemment, qu'elle n'aurait pu le reconnaître, et l'inverse aurait sûrement, également, été plus aisé. La mèche blanche n'avait pas été des plus subtiles, ni des plus discrètes, dans sa remise en place de forban, et il fallait dire que sa blessure n'arrangeait nullement sa patience. La douleur, elle la supportait, mais elle ne faisait pas d'elle un personnage particulièrement social, alors, quand ce fut son tour, presque instantanément après la fin de cette intervention, à vrai dire, elle s'avança vers le pharmacien, posant sa main sur le comptoir, et lâchant d'une voix parfaitement neutre une série de fantasques fabulations :

" Bonsoir, je suis Chase Neutron-Grey, j'aimerais éviter que ma deuxième enveloppe corporelle ne succombe aussi bêtement que la première, auriez-vous des antiseptiques, des pansements, des bandages et ... voyons ... des analgésiques, aussi ? Je vous remercie par avance, et je sais à quoi vous pensez, oui, je suis bel et bien en mesure de lire vos pensées. "

Et comme si elle était certaine de cette affirmation, elle fourra sa main dans poche, en sortit son porte-monnaie en cuir, et dégaina une paire de billets de cent dollars.

" Allez, pssst ! " fit-elle en secouant la main de manière fort peu courtoise, comme pour éloigner un moustique, " Hâtez-vous, c'est très douloureux. "

Le deuxième client, qui n'était pas encore sorti, ne put s'empêcher de jeter un regard par-dessus son épaule, qu'Anna lui rendit, noir et particulièrement peu affable. Il fallait croire qu'il suffisait de voir une jeunette en chapka résolue pour faire suivre sa voie à un homme, de nos jours, car il s'enfuit et ne demanda pas son reste. L'imposteur, elle, se contenta de se tourner vers Demetrio, pour deviser plus avant :

" Je me demande ce que me vaut tout ce foin autour de mes pouvoirs ... Certes oui, je suis une mutante, et fière de l'être ! Est-ce que cela pose un problème ? Vous ne vous sentez pas menacé, au moins, ou jaloux ? "

Elle était accoudé au comptoir, et ramassa prestement ses produits quand le pharmacien en revint à elle, sans même prendre la peine d'écouter ses consignes, ne se fendant que d'un "gardez la monnaie." négligent.

" C'est dire. " lâcha-t-elle en se dirigeant vers la porte, " Je me demande sérieusement si les humains devraient être jaloux de moi, ou moi jalouse d'eux... "
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Message posté : Mar 16 Déc 2014 - 17:57 Message
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À mesure que le temps passait en compagnie d’Anna, Demetrio comprenait une chose sur elle : elle était parfaitement taillée pour vivre à Star City. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, elle avait son caractère, elle devait aussi avoir de l’argent, et ses idées semblaient bien arrêtées sur des notions comme l’intelligence et la stupidité, la volonté, et le fait de rentrer dans quelqu’un sans retenue. À l’intérieur de la pharmacie, à l’évocation d’un éventuel pouvoir, comme la télépathie, elle avoua qu’elle avait été découverte. Sans pour autant préciser la nature exacte du pouvoir qu’elle semblait posséder. Le jeune Italo-américain, loin d’être parfaitement au courant la diversité des capacités des Mutants, tâchait de réfléchir à une hypothèse qui tiendrait la route quand Anna s’avança devant le comptoir.

Le discours qu’elle tint au pharmacien laissa Demetrio ébahi. En peu de temps, elle venait de mentir, de parler d’un super décédé, du potentiel sort qui aurait pu lui arriver, tout en confirmant qu’elle pouvait lire les pensées. Chase Neutron-Grey avait en effet été un télépathe, mais il était mort… Était-il possible qu’il ait transféré son esprit dans un autre corps ? La probabilité pour que ça soit celui d’Anna était… plutôt faible, d’après Demetrio. Il aurait certainement opté pour une enveloppe masculine. Le petit rital constata que le commerçant avait eu la même réaction que lui, ce qui provoqua un petit moment assez discourtois, la demoiselle, armé de deux billets de cent dollars, lui demandant de se dépêcher.

L’Italien resta muet quand elle se tourna vers lui pour parler de sa mutation, et de la fierté qui en découlait. Il n’avait aucun problème avec ça, il n’éprouvait ni peur, ni envie, ni jalousie. La conclusion le laissa quelque peu désarçonné. Il sortit de son blocage pour la suivre à l’extérieur. Quand ils furent dehors, il rassembla ses esprits pour répondre. Il était conscient qu’il valait mieux choisir ses mots, parce qu’elle paraissait, de ce qu’il ressentait, être le genre de fille à se vexer ou à vous prendre en grippe pour une petite maladresse.

Je suis juste… curieux. On dit que c’est un vilain défaut, mais je sais m’arrêter quand ça va trop loin… Si j’avais un problème avec la mutation, les pouvoirs, si j’avais peur, je n’habiterais pas à Star City. Je ne sais pas si je suis jaloux, j’imagine que ça dépend du type de pouvoir, mais de toute façon, on ne peut pas faire grand-chose, du moment que c’est génétique…

Il se rappelait une conversation avec sa mère, qui lui avait parlé de ce qu’on savait sur l’origine des pouvoirs, sur les mutations, sur ce qui les déclenchait. Il y en avait une très grande variété, et il était presque impossible d’en faire une liste exhaustive. D’autant qu’il fallait aussi compter avec les aliens et les artefacts conférant des pouvoirs.

Vous avez besoin d’aide, pour vous soigner ? Ma mère est médecin, ce genre de petite blessure, je dois pouvoir gérer… proposa-t-il, lui qui se sentait toujours responsable de l’accident.

Le quadragénaire avait beau avoir payé, après avoir en quelque sorte reçu l’intégralité du blâme et de la peine, ça n’empêchait pas Demetrio de vouloir s’assurer qu’Anna allait bien quand il la quitterait. Même si elle était forte, ça ressemblait plus à une carapace qu’à autre chose. Même si elle avait beaucoup de ressource.

Il y a toujours le banc, juste là, sauf si vous préférez, je sais pas, un café, ou un bar, pour être plus au chaud. Mais je veux pas non plus m’imposer, vous avez peut-être des choses à faire…

Après une poignée de secondes de réflexion, il décida qu’il était temps d’arrêter de s’excuser ou d’offrir des alternatives où il n’était pas présent :

En même temps, à faire soi-même, ce n’est pas pratique, et ça peut devenir handicapant… Venez, on va aller au café, là-bas, je vais jeter un œil.

Il déverrouilla son vélo et prit la direction de l’établissement qu’il avait indiqué. Elle pouvait le suivre si elle le désirait, ou bien estimer qu’elle avait assez vu sa tête. Mais il considérait qu’il avait utilisé les bons arguments pour la convaincre. Il était vraiment capable de lui faire un pansement après avoir désinfecté, et c’était toujours plus simple quand on ne le faisait pas soi-même, ne serait-ce que parce qu’on avait besoin de ses deux mains. Il rattacha son vélo devant le café, qui avait l’air presque désert, et ouvrit la porte.
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Message posté : Mer 17 Déc 2014 - 1:58 Message
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C'était donc un humain qui l'avait sauvé. Un autre membre de cette immense et anonyme masse grouillante d'individus vaquant à leurs occupations dans cette futuriste métropole aux innombrables facettes. Un humain qui avait cependant pour lui l'apparent avantage de ne se sentir aucunement offusqué par quoique ce fut qui composa sa personne. Pas de remarque déplacée sur sa chevelure, sur son pouvoir, sur son argent, la provenance de celle-ci ou même sur sa chapka. Pas de jalousie, de sentiment d'infériorité ou de supériorité, juste l'individu le plus lambda qu'il eût été possible de trouver.
L'individu que l'on aurait aimé trouver, plutôt, car l'individu lambda typique aurait été cet horrible cadre braillard et imbu de sa personne qui les avait accosté de manière aussi fracassante que tonitruante. Le membre typique de cette horde d'habitants qui se complaisaient dans l'innocence que leur normalité leur accordait supposément. L'un de ceux qui se plaisait sûrement à se visser dans son siège et à regarder la télé en saluant à chaque intervention les supers, puis, dès que pointait le début d'une défaillance, dès qu'une victime collatérale s'ajoutait au tableau, manifestait sa désapprobation de manière vocale, n'hésitant pas à ajouter, pour faire bonne mesure un "Ah, moi, si j'avais ses pouvoirs, voilà ce que j'aurais fait ! " de circonstance. En fin de compte, il était probablement l'un de ces innombrables jaloux qui se prenait à rêver en secrets de disposer de capacités fabuleuses, sans se soucier le moins du monde des complications qui pouvaient leur être inhérentes. L'un de ceux qui faisait dans leur pantalon à l'idée de tomber sur une once de début de pouvoir en pleine rue pour le racketter, plus encore que si il était en face d'une arme, pour la seule raison qu'il ne comprenait pas... Avoir des pouvoirs était bon pour la société. Ah, cela ne faisait aucun doute, tant que ces pouvoirs allaient dans le sens de la société, tant que l'on ne posait pas de question, que l'on ne remettait rien en cause.

Commencez à vous amuser avec. Commencez à les prendre à la légère ... Commencez, vous, héros, à vous plaindre, et ils deviennent tous fous.

" Non, ce genre de petites blessures, vous ne pouvez pas gérer. " répondit-elle sèchement, " C'est génétique : on ne peut pas faire grand chose. "

La génétique : la mention du terme l'avait passablement frisée, quoi qu'on en dise. On ne choississait pas sa famille, pas ses parents, pas ses pouvoirs ... C'était la raison précise du port de ses gants, après tout, car de l'aide, oui, elle en aurait eu besoin : la douleur était là, et tout les cris qu'elle étouffait se transformait en une mauvaise volonté évidente, qui se convertissait à son tour en sarcasme, ou en méchanceté pure et simple, mais que pouvait-elle faire ? Elle avait mal, et la dernière chose qu'elle aurait pu s'admettre accomplir aurait été d'avouer sa faiblesse, sa propre vacuité, le propre caractère inutile et tout nombriliste de son mystère et de son existence, au grand complet ...

" Excusez-moi ... " esquissa-t-elle, en attrapant d'un main distraite un paquet que lui tendait le pharmacien, dos à lui et sans même prêter attention à ses directives.

Elle se mit à le suivre, et fut toute contente qu'il ne se soit pas offusqué, alors qu'elle-même cherchait à trouver un moyen de s'excuser, ou de racheter sa tendance à l'irascibilité. Quand il se retourna pour quérir son avis, il put la trouver avec un sourire absurde, se mordant la lèvre inférieure, debout à côté d'un mur : elle venait de le frapper avec force, simplement pour tenter de distraire la douleur qui la tiraillait avec une sourde violence.

" Oui, je ... ça me semble une bonne idée. "

Sa voix avait perdu de sa superbe, elle était redescendue du nuage de coton où la chute l'avait placée quelques minutes plus tôt, et donc elle se dirigea tout comme son sauveur de circonstance vers le café qu'il désignait, mordant sa langue dès qu'il avait le dos tourné, et fonçant la première dans le bar, pour s'installer à la première table libre sur laquelle ses yeux purent se poser, lâchant dessus le sac en plastique.

Elle attendit que Demetrio s'installe, avant de s'expliquer, en retirant ses gants, dévoilant par là des mains graciles et plus pâles encore que le reste de sa peau, dévolues de toute once de vernis ou d'autres artifices, comme si elles n'avaient jamais connues l'extérieur de leur cocon protecteur.

" Je suis désolée pour tout à l'heure, " fit-elle en fuyant son regard, préférant le regarder entre les deux yeux, pour simuler ce fameux contact, " Je ... voilà, le fait est que je ne suis pas télépathe ... Si vous voulez m'aider ... Eh bien, dites-vous que j'ai le pouvoir d'être un Docteur Maboul sur pattes, pour ce qui est du domaine médical, voilà pourquoi je n'ai pas trop voulu d'aide ... Le fait est que vous avez raison, et qu'en plus, vous m'êtes sympathique, ce qui vous qualifie sûrement plus que n'importe quel boucher ou pharmacien ... Mettez juste mes gants, avant de toucher à quoi que ce soit. "

Elle rougit, en détournant le regard, la carapace se fendant sans même que la demoiselle ne s'en rende compte...

" C'est juste que ... si nos peaux entrent en contact ... Ce ne sera agréable pour aucun d'entre nous. "
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Message posté : Sam 20 Déc 2014 - 16:43 Message
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Demetrio resta un peu bête quand Anna lui répondit sèchement qu’il ne pouvait rien y faire, en lui retournant ses propres mots dans la face. De ce qu’il avait pu constater depuis quelques minutes, elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, mais elle pouvait aussi parfois s’emporter. Il décida de mettre ça sur le compte de la douleur et des émotions, consécutives à l’accident. D’ailleurs, elle sembla réaliser sa réaction et présenta ses excuses, tout en ignorant superbement le pharmacien. L’Italien secoua la tête, balayant ainsi le petit malaise, le bref incident était déjà oublié. Il voulait désormais se concentrer sur les soins de la demoiselle.

Peu après, ils se retrouvèrent donc dans un bar voisin. Anna avait choisi la première table venue, et ne semblait pas vraiment à l’aise, même si elle tenta en prenant la parole de se montrer assurée. Mais Demetrio fit comme si de rien n’était. Elle réitéra d’abord ses excuses, en le regardant dans les yeux, avant d’avouer qu’elle n’était pas télépathe. Ainsi, elle avait un pouvoir qui lui permettait d’obtenir des informations, mais sans entrer dans la tête des gens. Après avoir été qualifié de « sympathique », il comprit que c’était le contact direct entre les peaux qui servait de vecteur à tout ce qu’elle pouvait apprendre des gens. En soi, même si ça pouvait être pratique, il était forcé de constater que c’était plutôt handicapant… Ne pas pouvoir toucher quelqu’un sans risquer de lui piquer ses souvenirs…

Ne vous excusez pas, c’est pas grave. Vous avez vécu un moment de choc, mais ça va passer.

Il observa les gants, seule barrière à l’activation du pouvoir, et vit qu’il lui serait impossible de les enfiler sans les abîmer : ils étaient trop petits. Fort heureusement, pour l’hiver, il avait aussi des gants à portée, dans ses poches. Il les sortit et les posa sur la table, avant de se saisir du sac en plastique. Un serveur vint alors à leur rencontre pour leur demander s’ils désiraient quelque chose. Demetrio laissa Anna parler, avant de répondre :

Un double expresso, s’il vous plaît. Ristretto.

Puis il se mit à la tâche.

Vous pouvez retirer le pansement ? Que je voie la blessure.

Il y avait une petite coupure, profonde de quelques millimètres, et la peau autour était râpée. Rien de bien méchant, mais qui pouvait s’infecter et risquait de saigner à nouveau. Il enfila ses gants et commença par appliquer le désinfectant.

Attention, ça va piquer un peu, dit-il, pour la prévenir.

Une habitude, ça évitait d’être surpris, même si ça n’arrêtait pas la douleur.

Quand vous touchez la peau des gens, directement, vous avez des informations sur eux ? Et c’est vraiment douloureux, ou juste… désagréable ?

Il ne voulait pas se montrer indiscret, mais sa curiosité était bien présente, et c’était quelque chose contre lequel il ne pouvait absolument pas lutter. S’il avait souvent eu droit à la maxime « la curiosité est un vilain défaut », il s’était toujours contenté de considérer qu’il fallait bien en avoir, des défauts, d’autant que celui-là lui permettait d’apprendre des choses plus souvent qu’il ne lui causait d’ennuis. Il se saisit d’un pansement assez large et l’enroula autour du doigt, serré mais pas trop.

Voilà. N’y touchez pas avant ce soir, le temps que le désinfectant fasse son effet. Après, il faudra changer le pansement, et demain, le retirer, pour que l’air libre aide à ce que ça sèche, et pour la cicatrisation.

En parlant ainsi, il avait l’impression d’être un grand spécialiste, mais il avait juste tellement souvent vu sa mère faire que c’était automatique pour lui. « Le temps est le plus important dans la guérison, » disait-elle. Demetrio retira ses gants et rassembla tout ce qu’il avait utilisé pour le ranger dans le sac. Et alors que les commandes arrivaient, il sentit son téléphone vibrer dans sa poche.

Excusez-moi… un message.

C’était sa mère. Il avait l’habitude, en rentrant chez lui après le service du midi, de lui envoyer un SMS mais, n’étant pas arrivé jusque-là, il ne l’avait pas fait. Et donc, même si elle devait avoir la tête dans le travail, une partie ne pouvait se détacher de son fils. Il répondit brièvement qu’il avait fait un arrêt sur le chemin, qu’il la préviendrait quand il serait rentré. Ces derniers temps, elle se montrait un peu plus inquiète, comme si elle sentait qu’il pouvait arriver quelque chose à Demetrio. Et ça n’avait rien à voir avec un accident de vélo.

LeBlanc… Votre père est un grand patron, non ? J’ai déjà entendu le nom… glissa-t-il ensuite, en prenant sa tasse de café.

Encore sa curiosité. Il trempa les lèvres dans le double expresso… pas mauvais. Mais pas assez serré à son goût. On avait du sang italien dans les veines, ou on en n’avait pas. Le café, ça ne devait pas avoir un goût de flotte.
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Message posté : Dim 21 Déc 2014 - 0:46 Message
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La commande fut rapide, un "simple" chocolat chaud. Anna avait parfois pour habitude de se camoufler derrière un accompagnateur plus âgé pour justifier de la commande d'alcool, et cette fois-ci aurait été particulièrement, tant la douleur lui donnait des idées absurdes, mais elle ne connaissait pas vraiment bien son sauveur, ni l'établissement où elle mettait les pieds. Ainsi donc n'allait-elle pas tenter encore ce mouvement qui, du reste, n'en restait pas moins assez curieux tant on ne l'attendait pas de la jeune fille de bonne famille qu'elle était : elle fumait déjà sans ambages, et si elle tenait sa langue, n'en demeurait pas moins odieuse la plupart du temps, et en toute connaissance de cause. Ce n'était pas la richesse qui motivait cela, pas autant que sa propre désillusion. Toute la bonté du monde ne vous immunisait pas contre ce cafard qui aurait, à n'en pas douter, pu venir à bout de l'optimiste le plus profondément motivé.

La douleur était peut-être exagérée, mais elle était bien présente, et quand elle retira le pansement, suivant les conseils de son sauveteur personnel improvisé, il lui vint en tête un précepte finalement assez absurde, mais qui semblait particulièrement adapté à la situation : "Plus c'est petit, plus c'est teigneux."
Et cette blessure, était particulièrement teigneuse. Difficile à croire que la guerrière qu'elle se présumait être pouvait souffrir davantage d'une si petite coupure alors qu'elle portait sur le corps les sévices de plusieurs blessures par balles. Le monde ne manquait pas d'ironie, et le traitement n'en fit qu'en rajouter à son fardeau déjà difficilement tenable.

Elle frappa du poing sur la table, pour tout dire, faisant vibrer les condiments laissés négligemment pour les clients du soir, en serrant les dents, et il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits, et pouvoir envisager de répondre à cette question curieuse et même légèrement indiscrète ... Mais du reste, qu'avait-elle à perdre à répondre à cela ? Elle ne s'était jamais risquer à décrire ce qu'elle ressentait en touchant quelqu'un. Cela avait toujours été pour elle une sensation qui dépassait n'importe quel babillage qu'une langue humaine eût pu formuler : il aurait fallu inventer un mot, pour la qualifier, car ajouter au spectre des sensations humaine celle de s'immiscer dans le corps d'un autre tout en le subtilisant, et sans même quitter le sien, voilà qui était quelque chose de bien compliqué ...

" Ce n'est pas désagréable ou douloureux. Pas pour moi. " tenta-t-elle en relevant les yeux pour affronter celui de son vis-à-vis avec tout ce que sa contenance lui permettait, ce qui équivalait en fait surtout à appliquer cette technique bien célèbre du regard visant l'arcade du nez, " C'est pour l'autre que c'est douloureux. Pour moi, c'est ... spécial. Disons que je récupère les souvenirs, c'est très rapide, une fraction de seconde tout au plus. Là-dedans, il y a aussi toute cette douleur que j'inflige, très vive, car présente dans la mémoire la plus immédiate. Je sais à quoi elle ressemble, sans jamais l'avoir expérimenté ... "

En le remerciant, elle récupéra ses gants pour les renfiler derechef, ne continuant qu'après quelques secondes posées à rassembler son esprit et ses forces.

" En somme, ça pourrait être aussi douloureux pour moi que pour l'autre, mais je ne ressent rien. Parfois, c'est même jouissif. C'est triste à dire mais ... Et bien, tu te sens comme un personnage de jeu vidéo, qui récolte un bonus quelconque. La plupart du temps, cependant ... "

Elle lâcha un soupir sonore, en sirotant son chocolat après l'avoir violemment chargé en sucre.

" ... C'est que je récupère des souvenirs entiers d'une existence navrante, des décennies d'une vie passée dans un confort pantouflard, à effectuer la même routine, le même boulot abrutissant ... Cela me désespère, quand on voit tout ce que l'être humain est capable d'accomplir, avec un peu de créativité ... De le voir se vautrer ainsi dans la médiocrité. Dans le cas de Phillip, j'ai craqué. Je n'ai pas supporté son attitude, sa personnalité ... Et elle est encore là, en dessous. C'est affreux. J'ai des formules plein la tête ... Ici, telle que tu me vois, je suis devenue une spécialiste en comptabilité, à cause de lui. Je ne suis même pas censé savoir ce qu'est un damné plan comptable, et je ne pense qu'à des satanés chiffres ! "

Alors que la lycéenne se plongeait la tête entre les mains, désolée, elle ne paya pas vraiment d'attention au message qu'envoyait Demetrio. Toute son attention était maintenant tournée vers cette espèce de curieuse lubie rampante, comme à chaque fois, de s'approprier passivement ce qui faisait l'être qu'elle avait absorbé. Ici, c'était son travail qui avait fait sa vie, et à son corps défendant, comme un ordinateur en tâche de fond, elle ne pouvait pas s'empêcher de tout imaginer en termes de chiffres, de prix et de dépenses : une dernière notion qui n'avait jamais réellement été d'une quelconque signification pour Anna LeBlanc.

Elle ne releva la tête, finalement, qu'à la mention de son père, pour s'autoriser à glousser.

" Ca ne m'étonne pas. Tout le monde a entendu le nom, à un moment où à un autre : il fournit l'UNISON en matériel de pointe, autant que les Labos Astro ... ou même Veidt, dans une certaine mesure. Quand les Grues ont débarqué, le nain en costard-cravate qui apparaissait dans les talk-shows pour rassurer tout le monde quant au fait qu'on leur botterait aisément les fesses avec toutes ces jolies notions de "résilience terrienne" ou d'"esprit de corps face à l'adversité", c'était lui. "

Elle reprit une innocente gorgée de chocolat, s'essuyant la bouche avec une serviette en papier après cela,

" Dans les faits, c'est aussi et surtout l'un des plus gros banquiers du monde, et c'est dans sa poche qu'atterrissent un tiers des revenus du carburant dans le pays, et je te parle même pas des légumes, des pesticides ou des médicaments. Je suis sûre que si vous cherchez bien, sur au moins une ou deux boîtes que j'ai acheté, on trouvera le nom d'une filiale de son Groupe. Il est partout ... J'imagine que ça doit vous changer du quotidien, non ? "
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Message posté : Lun 5 Jan 2015 - 12:00 Message
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Demetrio avait beau avoir prévenu, cela n’empêchait jamais la douleur de survenir. Pour extérioriser, Anna frappa du poing sur la table, qu’elle fit trembler, attirant l’attention de la poignée de clients du bar. Et alors qu’il poursuivait ses soins, elle releva le regard vers lui pour répondre à la question sur les sensations que causait le contact entre sa peau et celle d’un autre individu. Ainsi, c’était surtout la personne touchée qui ressentait quelque chose de désagréable, tandis que la jeune femme, elle, se contentait de récupérer les souvenirs, ce qui causait une souffrance vive et brève. L’Italo-américain, muni de cette information, se félicita intérieurement d’avoir suivi le conseil d’utiliser des gants. Quand il eut terminé, il les retira, alors qu’elle remettait les siens.

Puis Anna explicita un peu la manière dont elle recevait toutes les informations. La plupart du temps, elle disait qu’elle pouvait aller jusqu’à ressentir une forme de plaisir… L’analogie avec les jeux vidéo, bien qu’inattendue, parla à Demetrio. Il imagina une barre d’énergie dans le coin supérieur gauche de l’écran, se remplissant à chaque contact direct. Sauf qu’elle n’avait sûrement pas de limite. Peut-être qu’à mesure que le temps passait, les souvenirs s’estompaient, remplacés par d’autres, plus vifs. Mais il y avait un sacré revers à la médaille : l’être humain moyen menait une existence navrante, sans excitation, et il n’y avait donc aucun intérêt à apprendre quoi que ce soit sur ces vies-là. Sauf qu’Anna ne pouvait pas vraiment choisir.

Je peux comprendre… Des comptables, il en faut, et comme ça, nous, on a pas besoin d’apprendre tous ces chiffres et tous ces plans… compatit Demetrio, qui s’imagina aligner des nombres et des opérations mathématiques de façon compulsive, simplement pour se les sortir de la tête.

Un cauchemar. Après l’envoi du texto, la demoiselle releva la tête à la mention du nom de son père. Puis le jeune rital se remémora les images qu’il avait de George LeBlanc. Il se rappelait en effet un nain en costard-cravate, sûr de lui, affirmant que l’humanité avait, grâce à lui, les moyens de combattre toutes les invasions. Ou quelque chose du genre, il n’y avait en réalité pas vraiment prêté attention. Le principal, c’était que tout aille plutôt bien aujourd’hui. Sortant de ses pensées, Demetrio but une gorgée de café. Non, décidément, pas terrible. Personne ne faisait aussi bien un espresso que les Italiens. Il remarqua aussi qu’Anna ne semblait pas vraiment se décider sur la manière de lui adresser la parole : tu, vous ?

Je me rappelle, je l’ai vu à la télé. Du coup, avec tout ça, il doit être super riche… et toi aussi, en fait, fit-il, optant pour le tutoiement, cette fois-ci, histoire de voir sa réaction, et si elle allait aussi se fixer. Je comprends mieux, à la pharmarcie…

Le coup des deux-cents dollars sortis nonchalamment pour régler des médicaments et du « gardez la monnaie » qui laissait une belle somme à se mettre dans la poche, ça ne se voyait pas tous les jours, et avec des explications sur la fortune paternelle, tout s’éclairait.

Même si on trouve le nom d’une filiale sur une boite de médocs, je saurai même pas la reconnaître, j’y connais rien, et je vais sûrement pas apprendre tout ça. C’est bien qu’il soit partout, il est utile, du coup, et peut-être qu’il me change le quotidien, j’en sais rien, mais en vrai… ben je vis ma vie, et voilà, je fais pas attention à ce genre de choses.

Il haussa les épaules et goûta à nouveau au café. La troisième gorgée était pire que les précédentes. Il était plus à l’aise, maintenant, et ça se ressentait dans sa manière de parler. Apprécierait-elle qu’il soit un peu plus familier ? Il n’allait de toute façon pas changer sa manière d’être. À la pizzeria, il était un serveur poli qui s’exprimait correctement, mais le reste du temps, il était Demetrio, et il n’avait pas besoin de se forcer pour apparaître comme quelqu’un de distingué.

T’as une grande famille ? Des frères et sœurs ? Ça doit être cool d’être héritier d’un truc aussi gros et qui fait autant de chiffre…

Disait le bâtard de la mafia italienne, abandonné par la totalité de sa famille, rejeté avec sa mère, qui avait eu le malheur de tomber sur Francesco Mancini. Enfin, le malheur… Demetrio ne serait pas là aujourd’hui s’ils ne s’étaient pas rencontrés à l’hôpital.
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Message posté : Mer 7 Jan 2015 - 2:15 Message
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Est-ce qu'il était utile ? Est-ce que Georges LeBlanc, le Patriarche et le grand architecte de tout ses soucis, pouvait se révéler être quelqu'un d'utile ? Est-ce que cela était possible ? Dans l'absolu, probablement, toutes ces filiales, tout ces médicaments qu'il produisait, tout cela devait aider des gens, par milliers et peut-être par millions ... Anna, pourtant, ne voyait que les coulisses, que la vie privée d'un homme - un nain - qui avait toujours traité sa fille de manière différente. Elle était atteinte d'un syndrome de Waardenburg-Shah, hérité de sa chère mère. Elle avait été chanceuse, pourrait-on dire, car plutôt que de la surdité ou des déformations congénitales, elle s'était retrouvé avec des mèches blanches et des yeux d'un vert vibrant - trop, même -, jusqu'à ce que les pouvoirs de ses pères ne créent un cocktail détonnant : de là à imaginer que c'était cette condition précise qui lui offrait ses pouvoirs, il n'y avait qu'un pas qu'elle ne se dérangerait certes pas pour franchir, et d'autant moins pour critiquer son père qui avait préféré l'expédier loin et la ramener à lui que de lui trouver un traitement et de la guérir.

Aujourd'hui était trop tard, évidemment, car elle n'abandonnerait ses pouvoirs pour rien, pas en abandonnant sa soif de découverte et sa curiosité, mais il n'en avait pas toujours été ainsi, loin s'en fallut. Sa première utilisation avait été terrible et traumatisante, et se la remémorer ou entendre à nouveau les voix du jeune homme dans son esprit, ses pensées ; le sentir vivant, même, voilà qui suffisait à la faire frissonner, et elle n'y manqua pas d'ailleurs.

Non, elle devait évacuer tout ça.

" Un grand frère, des petites sœurs " confessa-t-elle en se prenant le front, comme pour évacuer un mal de tête, " mais aussi idyllique que cela puisse paraître, je ne le souhaiterais à personne. Honnêtement, ma vie est ... dure. "

Un sacré euphémisme, cela allait sans dire. Sa vie était une véritable guigne, qui ne pouvait se reposer sur aucune relation stable ou normale, qui avait subi plus que profité d'un séjour à la Légion, et qui se devait d'être prisonnière de sa propre enveloppe corporelle, ne pouvant se permettre de toucher les autres sans les déposséder de ce qu'ils étaient. Elle en était rendu à un point tel qu'elle n'apprécierait probablement la compagnie d'un être normal, même si elle le pouvait le toucher sans risque : elle voulait expérimenter plus de sensations, plus de capacités, plus de souvenirs fantastiques ...

" Lincoln disait que tout les hommes pouvaient supporter l'adversité, que c'était en leur donnant du pouvoir qu'on testait leur valeur, " formula-t-elle entre deux gorgées de chocolat et un regard songeur vers l'extérieur, " je suis née dans le pouvoir, j'ai grandi dedans ... on peut même dire que j'ai été façonné par lui, vu ce qu'il m'oblige à faire, et maintenant, je sais que je vais hériter de l'une des plus grosses fortunes mondiales et d'une compagnie qui a pied partout. "

Elle se détourna vers Demetrio, après avoir réfléchi à une conclusion simple. Une conclusion qui aurait à n'en pas douter des aspects hauts-perchés. Des aspects curieux. Dans l'esprit parfois très imagé d'Anna, elle se sentait la dame noble s'adressant au gueux dans un contexte médiéval, et elle n'était certainement pas fière du tout d'avoir pensé à cela, elle qui se faisait forte d'avoir un esprit aussi ouvert que cela était possible, ne voulant pas se fermer de portes.

" Merde, " pesta-t-elle en français, plus familière que de coutume dans son accent tout colonial " ce que tu dis, c'est grave. C'est de gens comme toi dont on a besoin, de ceux qui vivent leur vie, de ceux qui ont encore une valeur des choses ... De ceux qui savent ce que c'est, de vivre. Lèves la tête et ouvre les yeux, le monde est plein d'opportunités, trop plein, même, et je fais partie de ceux qui font tout pour les cacher, ces opportunités, parce qu'elle aimerait bien rester où elle est... T'as pas besoin de mon père pour te faciliter la vie ou pour aider les gens. Tu pourrais le faire toi-même, si tu le voulais. "

Elle soupira, avec tout le poids de ce que ses connaissances lui offrait, et notamment de tout ce qu'était son père.

" Putain, je préférerais mille fois que quelqu'un comme toi soit à sa place, ou même quelqu'un comme moi ... "
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Message posté : Sam 10 Jan 2015 - 12:37 Message
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Demetrio laissa un peu de temps à Anna, avant qu’elle prenne la parole. Et quand elle commença à répondre, il sentit comme une lassitude dans ses propos, une envie de tout envoyer balader. Bien sûr, il ne pouvait être certain que c’était vraiment ce qu’elle voulait, mais elle précisa tout de même que sa vie était « dure ». S’il n’avait pas eu, en direct, une démonstration de ce pouvoir d’absorption de souvenirs, il ne l’aurait pas crue. Elle avait une grosse fortune, elle dépensait sans vraiment faire attention… mais tout ça avait une contrepartie qu’elle ne contrôlait pas. Il pouvait donc comprendre que ça n’était pas facile tous les jours. Quant aux frères et sœurs, il n’avait pas la moindre de ce que ça pouvait avoir « d’idyllique ». Ce genre de relation était plutôt aléatoire…

Anna cita ensuite Lincoln. Là, Dem était bien forcé de lui faire confiance. S’il savait très bien qui était Lincoln, il séchait sur les paroles de l’ancien Président. Il s’imagina qu’on lui confiait un peu de pouvoir, la responsabilité d’une entreprise, d’une circonscription, de plusieurs personnes. Ce serait probablement une catastrophe, il n’avait pas envie d’avoir à gérer quoi que ce soit qui puisse avoir des conséquences. Son petit monde, entre la pizzeria et la danse, lui convenait très bien. La jeune femme, elle, n’aurait pas le choix. Il viendrait un moment où son frère, ses sœurs et elle devraient hériter du conglomérat international paternel. Puis, elle se tourna vers lui, après avoir longuement réfléchi en regardant dehors. La suite fut assez surprenante.

Demetrio saisit sans souci l’interjection en français, très proche de sa traduction italienne, mais c’est plutôt ce qui vint après qui le laissa sans voix. « Grave » ? Tout ce qu’elle lui dit ressemblait presque à du reproche, parce qu’elle avait l’air de considérer qu’il ne vivait pas pleinement sa vie, ne saisissait pas les opportunités, alors qu’elle-même en voyait tellement qu’elle choisissait de les ignorer. C’était bien la preuve qu’ils ne venaient pas du même monde. Elle termina en énonçant clairement que l’un d’eux aurait pu prendre la place de LeBlanc Sr. Si un jour Demetrio se retrouvait au sommet de cet immense groupe touche-à-tout, la première chose qu’il ferait, ça serait sûrement de démissionner.

Toi, peut-être, mais moi, ce serait une catastrophe… Tu as grandi là-dedans, tu connais les travers du pouvoir, et même si je ne te souhaite pas d’être confrontée de sitôt à toutes ces affaires, tu saurais comment faire. Moi, j’aurais trop peur de prendre une décision, du coup, ça serait d’autres qui les prendraient, et du coup, je ne servirais à rien…

Il termina sec son café. Avant de lever une main vers un serveur et de désigner sa tasse.

Je cherche pas les opportunités, je sais déjà ce que je veux faire, j’attends juste le bon moment pour décoller, pour commencer une carrière… Au moins, j’ai la chance de pouvoir faire ce que je veux, même si c’est pas aider les gens… Au moins, ça divertit…

Il laissa quelques secondes, avant de réaliser qu’il était peut-être un peu flou quant à ses projets.

Je danse, et je vais prendre des cours de chant. Mon objectif, c’est la scène, les grandes productions… Mais toi, en fait, vu que tu as un grand frère, c’est pas lui qui doit hériter ? Même si j’imagine que ça peut se partager entre les frère et sœurs, mais si tu ne veux pas, t’es pas obligée, si ? Tu dois bien avoir des envies, des trucs que tu veux faire sans forcément que ça soit lié à ton père ?

Peut-être se montrait-il là indiscret, mais il voyait les questions d’héritage avec une certaine logique. Un conglomérat international, ça devait avoir une personne à sa tête. Plusieurs pour le contrôler, d’accord, mais ça n’était pas eux qui dirigeaient l’entreprise… Mais ça, c’était la logique de Demetrio, qui voyait de très loin la famille qui le rejetait et l’hérédité pour être Parrain.
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