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De gratouilles en vadrouille

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Message posté : Mar 9 Déc 2014 - 14:40 Message
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9 décembre 2014

— RrrrRRRrrrRRRRrrrRRRrrrRrrrr…

La journée avait été longue. Ambre avait mis un terme aux exactions de Chruk, le tueur poulpe de la planète Babor et il avait appris à jouer à la Wii avec Andrew, son ami-hébergeur-amant-pourvoyeur principal de nourriture. Difficile de dire des deux activités laquelle avait été la plus compliquée. Andrew ce soir-là rendait visite à ses parents et Ambre rendait visite à Charlie. Il avait eu comme une envie de thon.

Charlie, de son côté, avait probablement accumulé les affaires, dépouillé les dossiers, relu des rapports, préparé des rapports, dépouillé des relectures de rapports accumulés par d’autres préparateurs, et comme l’avocate n’était pas très douée pour prendre des pauses, elle était revenue épuisée du travail, comme souvent. Les restes de la pizza commandée trainaient sur la table de la cuisine, sans surveillance, une grossière erreur de la part de l’amatrice féline débutante.

Pour l’heure, Ambre cependant ne chassait pas la pizza sans défense : il ronronnait. Qui n’aurait pas ronronné à sa place, alors qu’il était en train de se faire gratter derrière l’oreille par une magnifique blonde ? Vautré sur les genoux de Charlie, sur le canapé, devant la télévision, les yeux fermés, le chat noir se contentait de profiter de ce qui devait équivaloir, dans son monde, à un massage au spa — sauf que c’était gratuit.

Au bout d’un moment, il ouvrit tout de même les yeux, se redressa, s’étira en baillant à s’en décrocher la mâchoire et descendit des genoux de Charlie pour s’asseoir à côté d’elle sur le canapé et fixer à son tour d’un regard perplexe les images qui défilaient sur l’écran de la télévision. Il ne s’était pas encore tout à fait habitué à ce système rudimentaire que les humains de la planète Terre utilisaient désormais pour se transmettre des informations et des histoires.

D’abord, il n’arrivait pas toujours à distinguer entre les histoires d’un côté et les informations de l’autre. Andrew lui avait expliqué tout de même que House of Cards n’était pas un documentaire sur la vie politique à Washington et que le journal télévisé de la Fox, censément authentique, ne représentait pas non plus la réalité du pays. Avec des subtilités de ce genre, le monde était décidément bien difficile à assimiler. En tout cas, ce soir-là, Ambre en était sûr : Charlie regardait une émission de reportages. Il en aurait mis sa patte à couper.

La caméra suivait de ravissantes demoiselles assez peu vêtues qui déambulaient sur une plage au sable fin, bordant une lagune. Sous les prétextes d’une enquête en immersion dans les paradis touristiques des îles tropicales, la caméra multipliait les gros plans sur des poitrines en train de jouer au volley-ball et des fesses en train de sortir de l’eau. De temps à autre, pour satisfaire aussi la ménagère de moins de cinquante ans, on voyait un musculeux sauveteur tout en abdominaux expliquer qu’il lui arrivait de sauver courageusement la vie à quelque baigneuse en détresse.

À en croire le reportage, la plage d’on-ne-savait-trop-où était peuplé de jeunes gens bien sculptés et souriants qui menaient une vie de plaisir et de distraction, loin des agitations futiles des grandes métropoles. Pour développer ce propos social d’une grande profondeur, le reportage consacrait désormais une séquence aux concours de tee-shirt mouillés. Ambre se remit à ronronner.

Il tourna le regard vers Charlie. Le reportage n’avait-il pas raison ? C’était vrai qu’elle vivait dans l’agitation d’une grande métropole occidentale, c’était vrai qu’elle avait l’air fatigué et en plus, elle était un peu pâle. Dehors, il faisait gris, nuit et froid. Charlie avait toujours été généreuse avec lui, elle lui avait toujours donné du thon et elle l’avait toujours gratté derrière l’oreille : il était plus que temps de lui renvoyer l’ascenseur. Le chat se remit à observer la télévision.

Quelques secondes plus tard, il sautait du canapé et partait d’un pas nonchalant en direction de la chambre. Il s’agissait maintenant d’attirer Charlie.

— Mroooou ?

Échec. Des mesures plus radicales s’imposaient. Ah, ces humains ! Il fallait toujours faire leur bien contre leur propre avis. Le chat sauta sur le lit, renifla le réveil-matin et donna un coup de patte négligeant pour faire tomber l’appareil sur le sol, avant de lancer un ton plus haut :

— MrrrrRRrroOooOOwwww !

Puis il entreprit de courir dans tous les sens pour attirer l’attention de Charlie. Un tour dans le salon, bondir sur le canapé, partir comme un dératé, retourner dans la chambre, balancer une chaussure gauche à travers la pièce, pousser un miaulement déchirant et se planquer dans le placard à vêtements. Cette étape cruciale accomplie, Ambre entreprit de miauler constamment, comme si on était en train de le torturer ou comme si quelqu’un l’avait privé de nourriture et de wifi pendant trois mois.

Charlie fut bien obligée de venir voir ce qu’il fabriquait, pour que ses voisins ne fussent pas persuadés qu’elle maltraitait des animaux les soirs de désœuvrement. Lorsqu’elle se mit à fouiller dans le placard pour retrouver son braillard de chat qui s’était finalement tu, la porte se referma derrière elle, quelqu’un la poussa en avant et elle atterrit dans la lumière éblouissante d’une plage de sable fin.

En dehors de ça et des deux soleils ocres suspendus dans le ciel au-dessus d’elle, tout était normal et à vrai dire conforme au reportage. Bien entendu, son chat avait disparu, mais un jeune homme blond en short de bain rouge pétant, avec des yeux violets, se tenait à ses côtés.

— J’irais bien nager, moi, pas vous ?

***

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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 11:28 Message
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En y réfléchissant bien, s’imaginer finir sa vie entourée de chats dans une maison à l’écart de tout n’était pas une bonne idée. Pas du tout. Ces petites bêtes avaient une volonté un peu trop prononcée, à faire ce qu’ils voulaient, quand ils le voulaient. Charlie avait testé plusieurs méthodes, la dernière consistant à prendre deux coussins pour les presser contre ses oreilles. Si elle n’entendait pas les miaulements, c’est qu’il n’y en avait pas. Mais la technique ne fut pas des plus probantes et, à un moment, il avait bien fallu se résigner à se lever pour aller voir ce qui se passait.

L’avocate était entrée dans la chambre et, quand elle entendit la porte se refermer derrière elle, il lui fallut moins d’une seconde pour avoir deux sentiments assez contradictoires. Une partie d’elle-même soupira presque en se demandant ce qui se passait encore alors que, l’autre partie, avait envie de sourire parce qu’il y avait quelque chose de pas normal. Sauf si on considère que, une bousculade plus tard, il était tout à fait normal de se retrouver sur le sable fin.

« C’est quoi ce… »

Charlie se redressa, ses doigts de pieds remuants dans le sable pour une sensation qui lui était inconnue. Une main en visière pour s’habituer à la nouvelle clarté, elle préféra se taire en voyant la mer devant elle. Ok, c’était quand même super beau, ce qui était suffisant à la faire taire pendant quelques secondes, avant de voir qu’il y avait comme un léger souci au niveau du soleil… Ou plutôt venant des deux soleils.

Entendre une voix, quand on ne s’y attend pas, ça a toujours tendance à provoquer un sursaut. Règle à laquelle Charlie n’échappa pas avant de se retourner vers… Ok… Un jeune homme qui aurait pu tout à fait jouer les mannequins dans un monde qu’elle connaissait.

« Je crois que je devrais porter plainte contre la pizzéria. » Logique. « Je ne sais pas ce qu’ils ont mis dedans mais il est évident que ça ne doit pas être très légal. »

Voilà, elle était encore sur son canapé, devant la télé, et était en train d’halluciner tout le reste. Ce qui était le raisonnement le plus censé qu’elle pouvait faire étant donné son état supposé. Bizarrement, et on se demande bien pourquoi, elle ne songea pas au fait que le chat n’était pas un chat et qu’il en avait profité pour l’envoyer ici. Donc, il convenait d’essayer de raisonner.

« Ok alors, la plage, tout ça, ça doit être à cause de ce qui passait à la télé. Si on oublie les deux soleils qui doivent seulement être quelque chose créé par mon esprit pour me prouver que ce n’est pas la réalité. » Il était quand même très gentil avec elle ce petit cerveau de lui donner des indices de ce genre. « Mais, ce que je ne comprends pas, c’est vous. »

L’avocate plissa légèrement les yeux, comme si cette action allait lui permettre de mieux voir et, par extension, de mieux comprendre ce que faisait un jeune homme comme lui dans son délire pizzariale.

« Je veux dire, vous êtes supposé représenter qui ou quoi de la part de mon subconscient ? »

Jusqu’à preuve du contraire, elle n’avait jamais eu un délire alerte à Malibu… Ou alors elle se cachait vraiment beaucoup de choses. Cela dit, après avoir reporté son regard sur l’eau, elle en oublia ses interrogations un petit moment pour se mettre à sourire. Étrangement – après vérification qui a été nécessaire – Charlie se trouve être le seul personnage qui aime foutre les pieds dans l’eau – on se demande bien ce que j’ai pu prendre ce jour-là pour écrire un truc pareil. Elle haussa les épaules, jeta un nouveau regard au jeune homme.

« Ce n’est pas important, en fait, les questions peuvent attendre. »

Sur quoi elle se dirigea vers le bord de l’eau pour faire ce qu’elle aimait faire : mettre les pieds dans l’eau. Pff, les gens avaient vraiment des envies bizarres. Qui aime s’approcher autant d’une grande étendue d’eau ? Charlie avait à peine foutu les orteils dans l’eau que le courant se mit à être un peu désordonné et que, au loin, on pouvait voir se former une vague bien plus grande que les autres.

« Ça, je suppose que ce n’est pas normal ? »

Question assez vague étant donné que rien n’était normal dans ce qui se passait actuellement. Bon, ce n’était qu’un délire à cause d’une substance mise dans sa pizza alors, dans les faits, elle ne risquait pas grand-chose.

« S’il ne fallait pas mettre les pieds dans l’eau, ils auraient pu mettre des panneaux. »
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 21:58 Message
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— Votre quoi ?

Demanda poliment Ambre, qui fixait poliment Charlie, tout en arborant un sourire tranquille — ou énigmatique, selon les points de vue. Subconscient ? Qu’est-ce que c’était que ça encore ? Les humains sur Terre avaient décidément inventé plein de choses ces quatre derniers siècles et Ambre avait l’impression qu’il n’en aurait jamais fini de rattraper son retard. Lui n’avait pas de subconscient, alors forcément, ça n’aidait pas à se concevoir la chose.

— Cela dit, je ne représente personne.

Même si tout le monde savait à Star City que Charlie Lane avait un goût prononcé pour les jeunes hommes blonds. Chase Neutron-Grey en tête. Et Dieu sait quel genre d’entretien d’embauche le jeune Roberts avait passé pour être recruté ! Son statut d’assistant juridique ? Une promotion canapé, à coup sûr.

— J’ai toujours été très indépendant.

D’une voix songeuse, Ambre remarqua :

— Moïse me le reprochait, d’ailleurs.

Sur ces bonnes paroles, il suivit Charlie jusqu’à l’océan et trempa lui aussi ses pieds dans l’eau. Comme il était normal, celle-ci s’agitait, et comme il était normal, une vague immense se présagea à l’horizon.

— C’est une vague décumane.

Ambre détourna ses yeux, devenus d’un vert profond, de l’océan pour les poser sur Charlie.

— Vous n’avez jamais lu Rabelais ? Il avait le goût sûr en matière de fromage.

Mais puisque l’avocate n’avait pas l’air de trouver la vague normale, Ambre lui prit soudainement la main et la fit se retourner. Devant eux se dressaient le vestibule immense d’un bâtiment qui sentait un peu l’Art Nouveau. D’ailleurs, le son de l’océan avait disparu. Derrière se trouvaient les portes monumentales du bâtiment en question. La plage était à quelques centaines de mètres au loin.

— Merveilleux !

Sans lâcher la main de Charlie, Ambre l’entraina jusqu’à un vaste guichet où se tenait une réceptionniste. Celle-ci ne parut pas émue de voir arriver une cliente pieds nus et un client en maillot de bain. Elle devait sans doute s’attendre à ce que les clients, en retour, ne fussent pas émues par son apparence de calamar géant.


(Là, c’est l’Amiral Ackbar, mais on aura compris l’idée.)

— Bonjour et bienvenue au Concordia. Je m’appelle Glblblbglblb. Que puis-je faire pour vous ?
— Je suis le Sénateur.

Glblblbglblb écarquilla les yeux — enfin, encore plus. Elle se releva soudainement, arrangea machinalement sa tenue et bafouilla :

— Oui, bien sûr, bonjour, Monsieur, Votre Grandiosité, votre…
— Appelez-moi Sénateur, ça ira.
— Bien sûr, Monsieur Sénateur. Je dois juste vérifier si vous êtes bien…

Elle avait fait un geste autour de son visage et Ambre hocha la tête.

— Je comprends.

Glblblbglblb se pencha en avant et entreprit d’étudier très attentivement l’iris d’Ambre, qui pour sa part gardait toujours la main de Charlie dans la sienne. Puis elle se redressa, visiblement très émue.

— Vous êtes vraiment… vous êtes…
— Est-ce qu’il serait possible d’avoir la clé de la chambre, s’il vous plait ?
— Mais oui, bien sûr, naturellement. Vous êtes prêts ?

Ambre hocha la tête. Glblblbglblb inspira profondément et se mit à siffloter.


Puis elle les interrogea du regard. Ambre hocha la tête et il pivota pour emprunter un ascenseur qui paraissait étrangement normal. Ce ne fut que lorsque les portes de la cabine se refermèrent qu’il libéra la main de Charlie, tout en précisant en souriant :

— On va vous trouver des vêtements plus adaptés.

En attendant, l’ascenseur ne bougeait pas. Ambre se mit à siffloter la même mélodie que leur réceptionniste et aussitôt, la cabine prit de la vitesse — un mouvement fluide, sans à coup, assez différent des ascenseurs terrestres. La cabine était vitrée : les deux premières secondes passées, elle quitta l’abri du bâtiment pour offrir un point de vue quasi panoramique sur l’océan, la plage, et la sorte de jungle bien domestiquée qui la précédait. Après avoir pris une dizaine de mètres de hauteur, la cabine s’arrêta lentement, puis fila à l’horizontal, en cercle autour du bâtiment, révélant que, selon toute apparence, ils se trouvaient sur une sorte d’île.

Un quart de cercle plus tard, la cabine ralentit de nouveau et s’enfonça à l’intérieur du bâtiment, en marche arrière, faisant défiler autour d’eux un couloir orné de teintures. Et elle s’arrêta. Les portes s’ouvrirent derrière eux, directement dans la « chambre » du « Sénateur ». Et la chambre en question était une suite : un salon, un bureau, une chambre à coucher proprement dite, une salle de bain et, dehors, une terrasse, avec une piscine — au cas où l’océan n’aurait pas suffi. Ambre désigna la piscine de l’index.

— Comme vous n’aimez pas les vagues…

Eh bien oui. C’était tout naturel, voyons.
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Message posté : Dim 14 Déc 2014 - 19:26 Message
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Ce qui était perturbant c’est que cette situation ne perturbait pas le jeune blond – non, non, elle ne fantasmait pas sur les jeunes blonds. Tout lui semblait logique à lui et, en fait, à bien y réfléchir, ce n’était pas sans lui rappeler Chase. La dernière fois qu’elle s’était retrouvée à changer de décors de manière aussi rapide c’était avec le mentaliste, surtout dans sa tête en réalité. Tout ici était carrément bizarre, de la vague à la réceptionniste en passant par la proximité que ce type mettait en lui prenant la main.

Et forcément, comme c’était bizarre, elle décida de ne pas s’inquiéter. Une logique qu’on ne referait plus. Tout était logique, ce n’était pas une hallucination, en fait, elle devait en être arrivée au stade où Chase estimait qu’elle s’était empâtée – merci bien – et qu’il avait décidé de pimenter un peu sa vie. C’était bien ce qu’il avait dit, non ? Donc, on aura compris, tout ça c’était de la faute de Chase.

Dans l’ascenseur, entre deux regards émerveillés, bouche ouverte, devant le décor, Charlie en arriva à se poser la question suivante : est-ce qu’Alex était encore mort et avait changé de corps ou est-ce qu’il pouvait prendre l’apparence quelqu’un d’autre ? Ou peut-être que, en fait, ce n’était rien de plus qu’une sorte d’illusion qu’il avait faite ? Tout devait être facile pour lui. Bref, voilà pourquoi elle ne s’inquiéta pas de la situation, ni de l’endroit où elle était. Charlie était forcément en sécurité – même s’il pouvait y avoir quelques rebondissements – puisqu’elle était en présence de Chase, ou d’une des formes qu’il devait avoir/emprunté/modelé.

« Tu sais ? Il y avait des piscines plus proches que celle-là. »

Oui, autant passer au tutoiement si on suivait sa logique. Peut-être une façon de lui faire comprendre qu’elle avait compris – strictement que dalle – et qu’il n’avait pas besoin de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Puisqu’on vous dit qu’elle avait tout compris ! Elle délaissa la piscine du regard pour se tourner vers Ce-n’est-pas-Chase.

« On est où en fait ? »

En combien de temps elle pouvait retourner dans son appartement ? Est-ce que son téléphone captait le réseau ici ? Non parce que si Sarah l’appelait pour une urgence, elle devait pouvoir répondre. D’ailleurs, il n’y avait pas que Sarah, les urgences ça pouvait venir de n’importe où et puis il y avait des appels qu’elle n’avait pas forcément envie de louper.

« C’est un endroit réel ou encore une partie de ton imagination ? Non parce que, tu vois, ce n’est pas que j’ai quelque chose contre ton esprit mais… » Elle bascula de son pied droit à son pied gauche. « Mais, c’est qu’il y a des choses que je ne tiens pas à voir ou à savoir. »

Pas la peine de préciser puisqu’elle avait décidé d’occulter les agents en bottes de cuir et aux menottes, puis il devait forcément savoir de quoi elle parlait. Ils avaient été trois dans cette expérience après tout. Notons qu’elle misait quand même sur une création parce que, entre savoir qu’il existait d’autres endroits et les voir par soi-même, il y avait quand même une foutue différence.

« D’ailleurs ça vient d’où Sénateur ? Sénateur de quoi ? »

Elle s’interrogea une petite seconde : est-ce qu’elle avait vraiment envie de savoir ? Peut-être qu’il y avait des envies de Chase qu’il était préférable de laisser de côté sans poser de questions. Elle secoua vivement une main.

« En fait, laisse tomber, je ne suis pas certaine de vouloir savoir. »

Non les humains n’étaient pas étranges. Non, ils ne changeaient pas d’avis toutes les deux secondes. Et non ils ne comprenaient pas les situations de travers. Charlie avait seulement les mauvaises données, ce n’était pas de sa faute. Tout le monde en serait venu à la même conclusion qu’elle.

« Pourquoi ici ? » Des questions elle en avait des centaines. « L’endroit est superbe, les gens peut-être un peu étranges, enfin, sérieux, je serais incapable de prononcer le nom de… euh… » De la tête de calamar ? « Non mais, sérieusement, tu penses vraiment que je commence à m’empâter ? »

Et par réflexe, elle essaya de baisser les yeux sur elle avec un air interrogatif. Franchement elle n’avait pas l’impression d’avoir une vie si tranquille que cela ces derniers temps, du coup, elle ne comprenait pas trop la décision du supposé Chase pour l’avoir trainé ici. Elle secoua la tête et releva les yeux vers lui.

« Tu as encore changé de corps, ou c’est autre chose ? »
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Message posté : Dim 14 Déc 2014 - 20:50 Message
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— Vous posez beaucoup de questions…

Les yeux verts, puis bleus, puis verts à nouveau du Trickster se plongèrent dans ceux de Charlie, avec une acuité scrutatrice peu commune. C’était un peu comme s’il essayait de regarder à l’intérieur de son cerveau. Puis les narines d’Ambre s’agitèrent quelques secondes. Et son visage fut bientôt éclairé d’un grand sourire.

— J’aime les questions ! Toutes les questions ! Ah, la curiosité humaine. À boire ? Je trouve l’eau de javel très rafraîchissante en cette période de l’année. Mais je ne sais pas s’il y en a ici. Je me suis toujours demandé pourquoi vos cheveux étaient si…

Et Ambre haussa les épaules avant de se détourner pour pénétrer dans le salon et ouvrir le minibar, qui contenait toute une série de bouteilles avec des liquides inconnus, aux étiquettes écrites en un langage inconnu, avec des symboles inconnus.

— Hmmm…

Le « jeune » homme effleurait du bout des doigts les bouteilles.

— Non. Non. Non. Non. Ah, l’Italie. Non. Non. Voilà.

Il en attrapa une et lut l’étiquette à haute voix.

— Naalaariel mou-nai.

Ambre adressa un regard entendu à Charlie.

— Le Nectar des Abysses.

Engageant. Le baigneur entreprit de verser deux verres d’un liquide violet vif.

— Nous sommes sur Acta Alectar. C’est réel, très réel. Même si je ne suis pas sûr de bien saisir la différence.

Qui n’était ni le nom de la dimension où ils se trouvaient, ni celui de la planète de cette dimension qu’Ambre avait choisie pour destination, ni même celui du pays de cette planète qui abritait le complexe touristique, mais bien le nom de l’île sur laquelle le complexe se trouvait — autant dire que ça n’allait pas beaucoup avancer Charlie.

Ambre revint vers elle pour lui tendre sa boisson. Celle-ci, un peu amère, curieux mélange semblait-il à un palais humain de pamplemousse et de cerise, n’avait rien d’alcoolisé. Mais elle était difficile à apprécier pour les non initiés. Ambre, lui, trempa ses lèvres et poussa un soupir de satisfaction.

— Merveilleux ! Donc. Je ne suis pas celui que vous croyez que je suis, qui que vous croyez que je sois. Je suis d’ailleurs rarement celui que l’on croit que je suis, qui que l’on croit que je sois : c’est comme ça que je suis, si vous voulez m’en croire.

Une seconde…

— Mais je suis bien le Sénateur. C’est une drôle d’histoire. Tout a commencé il y a trois siècles, sur la base spatiale mauritanienne en orbite de Jupiter Prime Prime Prime, quand la Confédération des Colporteurs…

Ambre s’interrompit, comme s’il venait brutalement de se rappeler de quelque chose.

— Les vêtements ! Des vêtements.

L’extraterrestre pivota sur ses talons et s’approcha d’un mur, devant lequel il siffla une nouvelle mélodie. La partie superficielle du mur devint petit à petit un peu plus translucide, jusqu’à disparaître totalement, révélant une sorte de cabine de photomaton, le tabouret coulissant en moins.

— Par ici.

Ambre prit le verre de Charlie pour le poser avec le sien sur une commode, puis la main de l’avocate pour l’attirer dans la cabine. De sa main libre, l’alien entreprit de tapoter sur l’écran tactile où défilait toute sorte de symbole, avec des images associées — hélas, bien trop vite pour que Charlie pût bien les regarder. Pendant ce temps, il continuait à faire la conversation.

— Vous avez besoin de vacances. Vous travaillez trop. Vous connaissez quelqu’un d’autre qui change de corps ?

Ce qui laissait entendre que lui aussi.

— J’ai toujours aimé les gens imaginatifs. Voilà. Parfait. Parfait, parfait, parfait. Surtout : ne. Bougez. Pas.

Ambre lâcha la main de Charlie, sortiti de la cabine et, en parfait gentleman métamorphe d’outre-espace qu’il était (parfois), il tourna le dos tandis que la machine fonctionnait. Une brume ne tarda pas à entourer l’avocate et, quelques secondes plus tard, elle se dissipa d’elle-même. Derrière elle, ce brouillard laissait Charlie dans une tenue beaucoup plus adaptée à la situation : un maillot de bain deux pièces et un pareo. Et un piercing au nombril. Classe.

Ambre fit volte face et regarda Charlie de la tête aux pieds. Verdict :

— Merveilleux !

(Dommage qu’Adrian ne fût pas là.)

— Vous êtes charmante, Mademoiselle Lane, tout à fait charmante. Vous devriez sortir plus souvent comme ça.

Dans l’hiver de Star City, c’était la tenue i-dé-ale.

— Il y a un masseur fneckien extrêmement réputé au Concordia. On devrait aller l’essayer. Ça vous ferait le plus grand bien. Si tendue, tout le temps. Ça se sent quand vous…

Ambre agita les doigts de sa main gauche à côté de son oreille, puis il baissa un peu la voix et, sur le ton de la confidence, murmura :

— J’ai toujours aimé les Fneckiens. Leurs huit pattes velues sont si… Hmmm ! Merveilleux. Et les baisers à la mandibule, ah, c’est un plaisir dont tout le monde devrait faire l’expérience.

Donc, les Fneckiens étaient des araignées géantes. D’un air rêveur, Ambre se remémora :

— J’ai connu une Fneckienne quand j’étais plus jeune, sa toile était si douce… Bref ! Le masseur s’appelle Rodrigo. On va voir Rodrigo ?



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Message posté : Mar 16 Déc 2014 - 14:42 Message
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D’accord. D’accord. Euh… A quel moment elle devait se mettre à paniquer ? Deux fois qu’elle émettait une théorie, deux fois qu’elle se plantait. Apparemment, elle était quelque part – dont le nom lui avait déjà échappé – avec un inconnu qui lui proposait un verre dont le liquide avait une couleur plus que douteuse. Boisson, d’ailleurs, qu’elle ne testa pas. On ne boit pas quelque chose de servit par un type – inconnu, il faut le rappeler – qui trouve l’eau de javel rafraichissante. Et puis ses cheveux, ils avaient quoi ses cheveux ? Avant d’essayer paniquer, elle attrapa une de ses mèches pour essayer de voir ce qui n’allait pas avec un regard interrogateur.

Aucune réponse, peut-être que maintenant, elle pouvait se mettre à paniquer mais, elle n’eut pas le temps de le faire, tout s’enchaina un peu trop vite pour avoir le temps de faire quoi que ce soit. Trois siècles ? C’était quoi cette histoire, il n’avait pas l’air d’avoir plus de 25 ans. Heureusement qu’elle n’avait rien bu parce qu’elle ne savait pas ce que le verre contenait mais, franchement, tous les dealers auraient envie de s’arracher ce genre de boisson.

Par-dessus l’épaule du jeune homme – qui se prenait pour un millénaire – elle essaya de suivre ce qui se passait sur un écran, dans une cabine, apparu après un sifflement. Un écran qu’elle lâche pour lever la tête vers le type, en protestant rapidement.

« Je n’ai pas besoin de vacances, les dernières datent de… »

Elle ne savait même plus quand mais, ce n’était pas une raison suffisante. Puis pas le temps de chercher dans son esprit la date de ses dernières vacances. Ne pas bouger ?

« Non mais attendez… »

Elle voulut sortir de la cabine mais, sans savoir dans quoi elle était mais elle s’immobilisa quand la fumée fit son apparition. Ok. Maintenant, elle pouvait paniquer ou pas ? Maillot de bain deux pièces, piercing au nombril. Évidemment qu’elle pouvait paniquer maintenant, en plus de ne pas être très à l’aise dans une telle tenue face à un parfait inconnu.

« Aucune chance. »

Qu’elle sorte de cette manière dans Star City. Et heureusement qu’Adrian n’était pas là, il aurait fallu appeler une équipe de réanimation, probablement à six bras, pour réanimer un mage qui n’avait connu que les maillots de bain allant des chevilles au col. Elle quitta la cabine, les bras autour de sa taille, pour aller jusqu’à la chambre où le lit fut défait en un clin d’œil afin qu’elle puisse ressembler à on-ne-sait-quoi avec un drap qui la recouvrit du haut de la tête, jusqu’aux pieds.

Une fois un peu plus couverte, elle fit demi-tour pour se pointer devant le blond. Bon, d’accord, elle n’était pas très impressionnante, enveloppée dans son drap de lit mais, elle faisait avec les moyens du bord.

« Je ne sais pas qui vous êtes. » Donc, autant en revenir au vouvoiement. « Ni dans quel monde vous vivez. » ce qui était plus une façon de parler qu’autre chose. « Mais, dans le mien, on n’embarque pas les gens sans leur demander leur avis. C’est, c’est… » Elle se mit à réfléchir. « Une forme de kidnapping, oui, voilà, c’est ça. Un kidnapping. »

Elle s’était faite enlevée, dans un endroit au nom imprononçable, bien loin de chez elle, pour être emmenée dans un endroit magnifique – si on oublie la tête de calamar de certaines personnes – près de l’eau – si on oublie les vagues inquiétantes. Bon, il y avait pire comme kidnapping mais, quand même…

« Puis je ne vois pas ce qui vous permets de dire que je suis tendue. » Là, tout de suite, il y avait de quoi le penser. « Ça veut dire quoi ça ? »

Elle mina de se gratter l’oreille parce que, de toute évidence, faire le rapprochement avec le chat qui venait chez elle n’était pas la première logique qu’elle avait envie d’adopter. Elle se regarda, ou plutôt le drap qui l’entourait avant d’essayer de lever un peu les bras dans un signe d’impuissance.

« Et mon téléphone, il est passé où ? Je fais quoi en cas d’urgence ? »

Ou pour appeler du renfort en cas de réel problème. Oui, oui, il devait bien y avoir un réseau téléphonique ici, parce qu’elle ne devait pas être à portée d’onde de Chase si les choses venaient à déraper. Un jour, promis, elle se débrouillerait toute seule en cas d’ennuis.

« Sérieusement, c’est vraiment supposé donner envie : un massage par des trucs avec huit pattes velues ? » Elle secoua la tête. « Ça a surtout l’air d’être carrément flippant comme concept. » Elle le désigna d’un geste de la main. « En même temps vous aimez l’eau de javel. » Donc leurs goûts devaient être bien différents. Décidée, une moue sur le visage, elle donna sa décision. « J’irais pas. »

Sur quoi elle tourna les talons, s’éloigna en relevant le drap après avoir manqué de se gaufrer en marchant dessus. Direction la piscine, où elle fut rapidement assises sur le bord, les pieds dans l’eau. Oui bon, d’accord, ce n’était pas si mal ici mais, quand même, on ne pouvait pas l’embarquer contre son avis, sans qu’elle ne dise quelque chose.
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Message posté : Jeu 18 Déc 2014 - 14:04 Message
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— Vous avez un sens de la mode très…

Ambre détailla Charlie emmitouflée dans son drap de la tête aux pieds.

— Très…

Très franchement, il la préférait avec un piercing au nombril, mais, d’un autre côté, Ambre aimait à peu près tout le monde, peu importe le nombre de pattes.

— Hmbref. Merveilleux.

Charlie ne fut de toute évidence pas très sensible à ce compliment pourtant si bien tourné, parce qu’elle partit comme une princesse, après toute une série de reproches et de réticences, pour tremper les pieds dans la piscine. Ambre inclina la tête sur le côté, un peu comme un chat, avec un air déçu, un peu comme un chat. Les humains étaient décidément des créatures si compliquées. On essayait de leur faire plaisir et ils se plaignaient tout le temps.

Dire qu’ils venaient sans doute de perdre une occasion de se faire palper par Rodrigo !

Après avoir poussé un soupir, Ambre se métamorphosa en Chat et Chat trottina jusqu’au bord de la piscine, pour s’y asseoir à côté de Charlie.

— Vous savez…

Parce que les chats, ça parlait, évidemment.

— … je crois que techniquement, c’est plutôt un Adult-napping. Non ? Et nap, je croyais que ça voulait dire faire la sieste.

Évidemment, les chats, il n’y a que ça qui les intéresse.

— Alors ça veut dire que vous êtes une adulte qui va dormir. Ou alors j’ai mal compris. Mais vous savez, j’ai réappris à parler l’anglais auprès d’un Chevalier Stellaire.

Comme tout le monde.

— La dernière fois que j’étais venu, la langue était très différente.

On ne pensait pas assez aux problèmes de linguistique diachronique des chats plurimillénaires. Ambre ferma les yeux, pour mieux profiter des soleils qui le réchauffaient. Il se mit à ronronner légèrement. Lui savait goûter sans se poser trop de questions les plaisirs simples de l’existence.

— Je suis Ambre, Gardien des Nénuphars Sacrés du Palais d’Améthyste, Découvreur de la Nébuleuse d’Oriphan Second, Grand Prêtre des Sentencieuses Sentinelles de Saindoux, Sixième Champion de Papouasie Stellaire en Lancer de Haricots, Commandant Suprême de la Flotte Nikkonienne.

Et Sénateur, aussi.

— Mais vous pouvez m’appeler Ambre. Ou Chat.

Chat se gratta d’ailleurs l’oreille gauche avec la patte arrière.

— Il fait chaud.

À cause du pelage, sans doute. Chat commença donc à remuer l’arrière-train, comme tous les chats qui se préparent à bondir, et puis il sauta dans la piscine dans un petit plouf sans proportion avec le jeune homme blond dont la tête émergea trois secondes plus tard, parce que Ambre avait repris forme humaine. Il rejeta ses cheveux en arrière et tenta de convaincre Charlie avec l’argument imparable de tout baigneur.

— Elle est bonne !

De toute évidence, l’éventuel trouble psychologique que pouvait ressentir une personne qui avait entendu son chat lui adresser la parole sur une planète lointaine avant de le voir se transformer en charmant jeune homme n’était pas un facteur très déterminant dans le choix des activités. D’ailleurs, Ambre replongea et il disparut une nouvelle fois.

Heureusement, l’eau était si translucide et la piscine si impeccablement entretenue que l’on pouvait apercevoir sans difficulté le petit poisson qui nageait désormais en tout sens et qui avait remplacé le chat et le jeune homme pour quelque temps. Mais bientôt, Ambre agita sa nageoire caudale, refit surface, happa un peu d’air et se transforma à nouveau en humain, pour pouvoir s’appuyer sur le rebord de la piscine et tousser de plus belle. D’une voix rauque, il fit enfin remarquer :

— Trop de chlore pour mes branchies.

Un autre problème injustement négligé. Le jeune homme se hissa sur le rebord pour s’y asseoir à son tour, à côté de Charlie. Il s’étira avec un reste d’aisance féline, avant de laisser les soleils le sécher et dorer sa peau — si toutefois le bronzage avait beaucoup de sens lorsque l’on était un métamorphe.

— Vous n’avez pas besoin de téléphone, vous savez. Les urgences peuvent se passer de vous un moment. La vraie question, c’est si vous pouvez, vous, vous passer des urgences. Vous vivez trop vite, Charlie Lane, même pour une humaine.

Et démonstration était à peu près faite que, pour sa part, il n’avait d’humain que l’apparence.

— Nous nous connaissons depuis un long moment, vous et moi…

Ambre esquissa une moue songeuse.

— Ou alors c’était hier. Je ne sais plus trop. J’ai un peu de mal avec vos chronologies.

Entre autres choses.

— Bref, nous nous connaissons depuis un moment…

Et se faire gratouiller, ça forge des liens.

— … Et laissez moi vous dire que si je dois vous adulte-sieste pour que vous puissiez profiter d’un peu de repos et de soleil, je n’hésiterai pas une seule seconde. D’ailleurs, je n’ai pas hésité. Mais vous préférez peut-être aller au ski ?

Parce que c’était possible : il suffisait de prendre la porte d’à côté.
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Message posté : Mer 7 Jan 2015 - 12:57 Message
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En réalité, aussi étrange que ça puisse paraitre, elle ne s’étonna que quelques secondes de voir Chat lui parler. Rien ne semblait réel, elle avait forcément été droguée contre son gré s’il n’était pas question de Chase. Alors, puisqu’elle divaguait complètement, pourquoi pas s’inventer un chat qui parle, qui plonge dans l’eau pour devenir humain, puis poisson, puis à nouveau humain. Sa tête allait vraiment exploser alors qu’elle soupira en se laissant tomber en arrière, allongée sur le bord de la piscine, ses pieds toujours dans l’eau.

Le chat qui venait chez elle estimait donc qu’elle avait besoin de repos et l’avait entrainé ici. La logique des délires était bien différente de la réalité. Elle secoua la tête, dans un soupir qui, en réalité, n’était pas si las que cela, c’est qu’elle commençait à apprécier la chaleur des deux soleils.

« Pas de ski, ça ira. »

Elle n’en avait jamais fait, du coup, elle voyait cela comme une activité dangereuse où, au mieux, elle passerait son temps par terre plutôt que de profiter d’une activité de glisse. Elle se redressa soudainement en posant son regard sur un corps qui lui paraissait pourtant très humain.

« Champion de lancer de haricots, sérieusement ? Et moi qui croyais qu’il n’y avait que les américains pour inventer des activités de ce genre… Oh et les anglais aussi avec leurs courses derrière du fromage, ou un truc comme ça. » Elle secoua la tête. « Il faut vraiment que je me réveille. »

Et la solution la plus efficace qu’elle voyait c’était de quitter son drap pour se laisser tomber dans l’eau jusqu’à s’immerger complètement. Elle ferma les yeux, sous l’eau, très fort, en s’ordonnant de se réveiller. Quand elle ouvrit à nouveau les yeux, le chlore lui piqua les yeux et elle remonta à la surface, toujours au même endroit. Son regard, semblant avoir acquis une nouvelle réalité, se posa sur Ambre et ses multiples titres.

« C’est vraiment réel, hein ? » Et elle lui poserait probablement cette question une bonne centaine de fois tellement ça lui semblait improbable. « Quelles sont les probabilités pour que ce genre de choses m’arrive aussi souvent ? Enfin, pas que je me sois déjà retrouvée dans un autre monde… Enfin sauf si on compte l’esprit de quelqu’un comme une sorte d’autre monde… Bref. »

Elle secoua la tête en se disant que, si ça trouve, elle n’était pas aussi humaine qu’elle voulait bien le croire. Son pouvoir consistait peut-être à attirer toutes les situations improbables à sa porte. Non, en réalité, son pouvoir était plutôt de s’entourer de personnes qui n’étaient pas ce qu’elles semblaient être et c’était eux qui lui faisaient vivre des choses qu’elle ne pensait même pas possibles.

Se rapprochant du bord, les coudes dessus, elle leva les yeux sur Chat-Newton-Ambre.

« Venir dans mon appartement, c’était un hasard ? » Non parce que, à force, elle allait finir par se poser des questions. « D’ailleurs vous entrez comment ? Parce que l’appartement est supposé être sécurisé, je n’ai pas très bien compris comment il l’était exactement. Je ne sais pas trop ce que vous pouvez craindre. » En tant que métamorphe voyageant dans plusieurs mondes. « Mais je m’en voudrais de vous voir finir électrocuter à cause d’une sécurité. »

En même temps, elle ne savait même pas s’il y avait quelque chose permettant de se faire électrocuter, puis Amber n’était pas la première « personne » à réussir à entrer dans cet appartement. Enfin autant éviter qu’elle ne soit à l’origine d’une blessure, ou pire, d’Ambre, Gardien des Nénuphars Sacrés du Palais d’Améthyste, Découvreur de la Nébuleuse d’Oriphan Second, Grand Prêtre des Sentencieuses Sentinelles de Saindoux, Sixième Champion de Papouasie Stellaire en Lancer de Haricots, Commandant Suprême de la Flotte Nikkonienne.

« Oh et pour information, je ne vis pas trop vite. » Ce n’était pas elle qui allait dans d’autres mondes et qui passait par trois formes différentes en moins de quelques minutes. « Je m’efforce juste de suivre une ville un peu folle. Tout le monde va vite à Star City c’est, je ne sais pas, une sorte de normalité ? »

En même temps il avait dit être venu quand la langue était différente et avoir du mal avec la chronologie, peut-être qu’il lui manquait quelques années… Peut-être plus ?

« Attendez, c’est quand la dernière fois que vous êtes venu ? Vous n’avez pas l’air bien vieux mais, d’un autre côté, vous pouvez prendre différentes formes alors je ne suis pas certaine que se baser sur votre apparence physique soit un bon indicatif. »
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Message posté : Jeu 8 Jan 2015 - 19:25 Message
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— C’est vraiment réel.

Il avait dit cela avec un sourire, comme si c’était plutôt une bonne nouvelle. Après tout, si Charlie venait de plonger dans la piscine, c’était sans aucun doute qu’elle commençait à apprécier la gentille attention qu’il avait eue en la conduisant jusque là.

En tout cas, il avait un don certain : celui d’embarquer dans ses périples des êtres humains (ou non) plutôt courageux et ouverts d’esprit. Sans nul doute y avait-il toute une tripotée d’humains, sur Terre, qui auraient fait une ou deux attaques cardiaques en découvrant aussi brutalement le vaste univers, ses espèces différentes, ses métamorphes enthousiastes et les économies touristiques stellaires d’autres civilisations. Or, si Charlie était bien surprise, elle prenait les choses avec une certaine philosophie. Un peu comme Prudence, qu’il avait emmenée dans l’Empire des Trois Planètes.

Comme les humains aimaient bien poser des questions, Ambre ne fut pas surpris de voir que la première de Charlie fût bientôt suivie d’autres. Il commença à répondre par la fin.

— Je n’étais jamais venu à Star City. La dernière fois que j’étais sur votre planète, c’était à Paris.

Dans le Royaume de France, qui était devenu depuis une République, s’il avait bien compris, même si les détails de l’affaire lui échappaient encore. Il parcourait bien de temps à autre quelques livres d’histoire locale pour rattraper le temps perdu, mais il avait souvent mieux à faire.

— Le 24 août 1572, pour être précis. Je crois que c’est ce que la plupart de vos historiens retiennent sous le nom de Saint Barthélémy.

Les guerres de religion européennes avaient été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase de sa patience. Des massacres, Ambre en avait vus d’autres, sur Terre comme ailleurs dans le Multivers. Il avait vu les Croisades, il avait vu le sac de Rome, il avait vu la chute de Heian. Et pourtant, la Saint Barthélémy l’avait convaincu de s’éloigner de la Terre. Elle avait cultivé en lui le désespoir chronique de voir les choses s’améliorer jamais. Il avait voyagé en solitaire pendant quelques décennies, avant de se décider à nouveau à intervenir dans les affaires du Multivers.

Bref, il s’était passé près de cinq siècles entre ses deux voyages sur Terre les plus récents. Avec un pareil empan temporel, pas étonnant que tout lui parût trop rapide.

— Bref. Quoi qu’il en soit…

Il passait sur la question comme s’il ne s’était agi que d’un simple détail de calendrier.

— Vous n’êtes pas obligée de rester tout le temps à Star City et de suivre tout le temps le rythme d’une ville un peu folle. Une belle jeune femme comme vous devrait profiter un peu plus de l’existence.

Ambre ne paraissait pas se préoccuper beaucoup de l’ambiguïté de ses compliments adressées à une nageuse si peu vêtue, beaucoup plus jeune que lui et, vraisemblablement, d’une autre espèce.

— C’est très bien, les voyages, vous savez. Ça forme la jeunesse.

Un cri strident se fit entendre au-dessus d’eux. Avec nonchalance, Ambre leva les yeux vers le ciel, en mettant une main en visière pour se protéger du soleil et il suivit du regard la silhouette d’un ptérodactyle qui volait indolemment. Il fallut une bonne minute au reptile volant pour disparaître de l’autre côté de l’hôtel, après quoi Ambre reporta son attention sur Charlie.

— Bref. Ne vous inquiétez pas pour ma sécurité, je ne passe pas par chez vous pour rentrer chez vous.

Une explication pour le moins obscure, mais qui décrivait très exactement la réalité, puisqu’il connectait différents endroits les uns aux autres sans passer par les lieux intermédiaires.

— Mais je suis curieux de savoir pourquoi vous avez besoin d’un tel système de sécurité.

À vrai dire, il ne savait pas précisément qui était Charlie Lane. Il avait plus ou moins compris qu’elle était un peu connue, mais il était mal placé pour faire la différence entre la célébrité circonscrite de l’épicier de quartier et celle de la star hollywoodienne : sur cette vaste échelle, il ignorait où placer Charlie.

— Je suis venu chez vous en suivant mon intuition. Je suis souvent mon intuition. On dirait que j’ai eu raison : on est fait pour s’entendre.

Sur quoi se fondait cette conclusion, mystère.

D’ailleurs, ce fut un sourire mystérieux qu’il adressa à Charlie.

— Vous les Terriens, maintenant, vous pensez toujours au probable et à l’improbable, à faire des calculs et des statistiques. Vous cherchez à compter tous les événements de vos existences et à mettre des chiffres sur tout. Mais parfois, il faut s’intéresser moins aux quantités du monde qu’aux qualités. La qualité de votre existence est d’être extraordinaire, parce que vous êtes extraordinaire. Les événements de votre vie sont les reflets de votre âme.

Ce n’était pas vraiment ce qu’il pensait. Il n’avait pas d’avis sur les destins de l’univers. Sur d’hypothétiques puissances supérieures qui pouvaient le gouverner. Il avait renversé trop de dieux et on lui avait érigé trop de temples pour croire que des consciences gouvernaient aux agissements des êtres. Pour lui, le Multivers était d’abord un amas absurde de circonstances dont une petite partie, celle-ci ou celle-là, tombait en partage à telle ou telle civilisation, qui lui prêtait un sens selon son imagination. Il croyait cependant en la vertu des regards extérieurs.

— Vous n’avez pas envie de voyager ? Tout le monde a envie d’ailleurs. Où est-ce que vous aimeriez partir ?
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Message posté : Mar 20 Jan 2015 - 20:00 Message
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Charlie n’était pas certaine des bienfaits des voyages. D’accord, en regardant Ambre qui avait plus de 500 ans, les voyages semblaient conserver plutôt bien, à moins que ça ne vienne de sa possibilité de changer d’apparence… Hmm, peu importe. Mais, de son côté, tout ce qu’elle en disait c’est qu’elle risquait de mourir bien avant l’âge avec le nombre de frayeurs, plus ou moins grandes, depuis qu’elle était arrivée ici. Si les voyages étaient associés à des mini-paniques constantes, son cœur ne tiendrait jamais plus de quelques années. Non parce que, à votre avis, combien de battements de cœur inutiles elle aurait pu éviter en ne voyant pas un ptérodactyle dans le ciel ?

Pendant une minute, elle avait cru que ce n’était pas normal – parce que ça ne l’était pas dans on monde – et qu’ils allaient tous y passer pendant que, tranquillement, Ambre regardait l’énergumène passer comme si c’était ce qu’il y avait de plus normal. On s’y faisait vraiment à ce genre de choses ou est-ce qu’elle n’était, simplement, pas faite pour les voyages de ce genre ?

« Je n’ai jamais songé aux voyages. » Elle haussa les épaules, toujours dans l’eau. « J’ai toujours vécu dans la même ville, jusqu’à ce qu’on décide tous de déménager. » Enfin, eux, ils n’avaient rien décidé du tout, ils avaient juste suivi l’avis de leur génitrice. « C’était supposé rendre les choses meilleures parce que la ville était plus prometteuse et, finalement, c’est la même chose. Alors, je crois que c’est là où j’ai arrêté de croire que ça serait bien de voir d’autres choses parce que, au final, l’architecture, les coutumes et les croyances sont peut-être différentes mais… Je ne sais pas, ça reste quand même la même chose. »

Un raisonnement qu’elle tenait parce qu’elle n’avait jamais vraiment pris la peine de réfléchir avec d’autres mondes, elle s’arrêtait à sa zone de confort et, donc, à la Terre qu’elle connaissait. Elle savait qu’il existait d’autres civilisations, que tout ne s’arrêtait pas à la Terre – Merci Alex – mais prendre cette notion en compte était compliquée quand on n’avait jamais quitté le sol américain.

« Je ne sais pas pourquoi on cherche toujours des statistiques dans tout. Peut-être qu’on a juste envie de penser qu’il y a une sorte de truc supérieur qui dirige certains évènements. Inconsciemment j’imagine que ce dire que ce n’est pas de notre fait évite d’avoir à déprimer ou rester planqué au fond de son canapé pour éviter qu’il se passe quelque chose. »

Pas croyante, elle ne savait pas trop. Franchement, jusqu’à présent, elle n’avait même pas eu l’impression de vouloir quantifier le nombre de choses qui pouvait lui arriver. Notons, tout de même, que rester au fond de son canapé, à caresser un chat, ne protégeait de rien puisque ça pouvait se finir dans un endroit inaccessible pour vraiment beaucoup de personnes.

« Oh et pour ce qui est de mon système de sécurité, et bien… Euh disons que j’ai un ami qui est très inventif quand il s’agit de protection et que mon appartement manquait cruellement de protection laissant la porte ouverte à beaucoup trop de personnes. Pas toujours de bonnes personnes. »

Lorsqu’il s’agissait de protection pour elle, de toute façon, il était clair que les autres étaient plus aptes à savoir ce dont elle avait besoin. Elle ne s’était jamais sentie vraiment en danger dans son appartement malgré les intrusions. Pourquoi s’inquiéter quand jamais rien de grave ne s’était produit ? Elle s’en sortait bien à chaque fois il n’y avait pas de raison que ça change maintenant.

« Mais je crois qu’il a fait ça parce qu’il aime bien construire tout un tas de trucs. »

Elle supposait, l’excuse de la protection était juste un bon argument à fournir. Et si elle était aveugle concernant de potentiels dangers, elle était aussi quand on lui disait quelque chose. Elle ne releva pas spécialement le compliment d’Ambre parce que, en fait, elle n’avait jamais vraiment vu ce qui pouvait être intéressant ou non chez elle. Puis de toute façon, elle voyait déjà quelqu’un alors, du coup, elle restait un peu hermétique aux autres personnes.

« Je n’ai jamais vraiment bien compris. Est-ce qu’il faut différencier les autres mondes aux mondes parallèles ? Est-ce que vous, par exemple, vous voyagez dans des mondes parallèles ? » Forcément ça lui parlait un peu plus que d’autres civilisations parce que, au final, ça restait son monde en complètement différent mais il y avait des bases communes, pour peu qu’on reste sur un monde parallèle à la Terre. « Parce que je me demandais, sur un monde parallèle, est-ce que euh… Par exemple, une fratrie sur Terre, est-ce que si ses membres existent dans un autre monde, ils sont aussi forcément frère et sœur, ou ça n’a rien à voir ? »

Question pas si anodine que cela. Si une fratrie restait une fratrie, peu importe le monde parallèle et qu’Ambre pouvait voyager à travers ces mondes, ça avait peut-être le coup d’y faire un tour, non ? Juste pour, tout à fait au hasard, voir si ailleurs ses frères sont toujours ses frères.
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Message posté : Mer 21 Jan 2015 - 18:28 Message
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Le discours de Charlie sur la conformité des coutumes et des croyances confirmait à Ambre qu’elle avait cruellement besoin de dépaysement. Les ptérodactyles ne suffiraient pas et le Trickster envisageait désormais de l’embarquer dans le monde en guimauve ou celui en crevettes. Mais l’humaine ne devait pas être si réticente que cela aux petites odyssées qu’il avait en tête, parce qu’elle en vint elle-même à exprimer sa curiosité à l’égard de certains points de la question.

— Hmmm…

Ambre inclina la tête d’un côté.

— Oui…

Puis de l’autre.

— Et non.

Sourire.

— Ça dépend.

Merci, Ambre, toujours très éclairant. Et le Trickster resta un moment silencieux, songeur, réfléchissant à la meilleure manière de présenter les choses pour un esprit aussi rudimentaire que celui d’une Terrienne du vingt-et-unième siècle. Il avait rapidement parcouru les livres d’astrophysique locaux, à la bibliothèque universitaire, quand il était venu y chercher des ouvrages d’histoire récente (et, plus tard, y mater les étudiantes et les étudiants), et de ce qu’il en avait compris, les humains demeuraient très schématiques.

— Vous, les humains, vous voyez le monde comme un continuum spatio-temporel dont la forme est affecté par la masse des corps célestes.

N’est-ce pas.

— Et c’est une manière, euh… disons…

Ambre se gratta la nuque.

— C’est sûr que ça clarifie beaucoup.

En d’autres termes, c’était simpliste.

— Mais le monde est plutôt l’ensemble des combinaisons expressives de ses possibilités fondamentales, simultanément, et ce que vous appelez des dimensions et que vous vous représentez distinctes comme les, euh… couches… d’un mille-feuille — c’est très bon, d’ailleurs, les milles-feuilles, j’ai goûté ça avec Andrew, une belle invention. Je me suis toujours demandé si…

Ambre avait beaucoup d’interrogation sur la pâtisserie, à son sens l’un des plus beaux progrès de l’esprit humain ces dernières années. Mais il se rappela que ce n’était pas son propos initial.

— Ah oui, ce que vous appelez les dimensions, ce sont ces combinaisons expressives en tant qu’elles sont vécues par ceux qui les perçoivent. Vous voyez ?

Probablement pas. Ambre fixa Charlie d’un air interrogateur pendant quelques secondes avant de se rendre compte que ses lumières sur le sujet n’avaient pas été très éclairantes. Il esquissa une moue pensive avant d’essayer une autre version d’une partie de la même idée.

— Chaque monde a des mondes parallèles, si vous préférez, qui sont plus ou moins parallèles.

Le paralléllisme, c’est une histoire de degré — c’est nouveau.

— Hmoui. Bon. Bref. Sur le point particulier de votre question, disons qu’il y a tout un ensemble de mondes, pour parler comme vous, où une fratrie restera une fratrie et tout un ensemble de mondes, assez semblables aux autres de bien des façons, où les gens de cette fratrie ne seront pas une fratrie.

Même si Ambre était un être unique de son espèce et qu’il ne comprenait pas de première main les sentiments qui pouvaient naître de l’attachement familial, il avait assez baroudé et la famille était un concept assez répandu pour le Multivers pour qu’il devinât que cette question n’était sans doute pas entièrement innocente. À vrai dire, de la ville de Charlie Lane, il ne savait pas grand-chose, si ce n’était qu’elle était une célèbre avocate, sans savoir cependant pour quoi, précisément, elle était célèbre. Mais il se risqua à une supposition :

— Pourquoi ? Des problèmes de famille ? Parce qu’on peut toujours…

Une nouvelle fois, Ambre se laissa glisser dans la piscine. Il prit sous l’eau la main de Charlie, l’entraîna vers le fond et ils émergèrent à la surface, au milieu des cris des enfants, entre deux couloirs de natation, dans le grand bassin d’une piscine municipale de quartier, quelque part à Star City — ou plutôt, dans une Star City. Ambre secoua ses cheveux et se diriga aussitôt vers l’échelle qui menait vers le bord.

Il y croisa un jeune homme d’une vingtaine d’années, lui fit un grand sourire et le suivit ostensiblement du regard alors que celui-ci contournait le bassin, avant de se souvenir qu’il n’était pas là pour draguer — un exploit, de sa part. Sagement, il ignora donc les formes sculpturales de la demoiselle qui lui emboita le pas sur l’échelle et attendit que Charlie sortît à son tour. Il lui fit signe de le suivre, ils passèrent le bassin pour les pieds en direction des douches et rentrèrent dans la salle de bain de quelqu’un, quelque part, à Star City.

Sans se gêner, Ambre se mit à fouiller dans les placards, pour pouvoir jeter une serviette de bain à Charlie. La propriété personnelle, ça ne devait pas beaucoup le préoccuper. La pudeur, non plus, apparemment, puisqu’il retira son maillot de bain pour se frictionner et quitta la salle de bain entièrement nu à la recherche de nouveaux vêtements, plus adaptés à une expédition urbaine.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 12:48 Message
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Ce n’était peut-être pas très étonnant qu’elle ait pensé à Chase. Ambre parlait des humains comme une espèce dont il ne faisait pas partie, ce qui était bel et bien le cas, mais qui n’était pas sans rappeler la façon de parler d’Alex. Et puis… Et puis il y avait des explications qu’elle ne comprenait absolument pas. Elle s’était trompée en choisissant des études pour devenir avocate, Charlie aurait dû essayer de faire des études scientifiques pour avoir une chance de pouvoir comprendre certaines personnes. Ouais, enfin, elle n’aurait jamais tenu dans ce genre d’études.

Bon, ce qu’elle comprenait c’était qu’une famille ne l’était pas forcément dans un autre monde, ce qui cassait un peu cette envie d’aller vérifier cette histoire de gènes. C’était con comme idée en même temps, elle avait juste à filer des échantillons à Alex pour qu’il fasse un comparatif, c’était tout de même bien plus simple que de vérifier en allant dans un monde parallèle.

Ce n’est pas qu’elle avait voulu expliquer quelque chose à Ambre mais, en réalité, elle était à moitié en train de s’étouffer après avoir avalé un peu trop d’eau de la mauvaise façon. Ce n’était pas bon de surprendre les gens en les entrainant ailleurs alors qu’ils avaient la tête sous l’eau. Suivre Ambre avait été un automatisme alors qu’elle ne comprenait pas trop comment elle s’était retrouvée là et, surtout, où se trouvait ce « là ». Sans compter que ce « là » venait de changer d’endroit. Ok.

« Euh ? »

Un peu paumée, elle en était carrément à se demander comment on se servait d’une serviette de bain. Charlie aurait aimé des explications mais elle ne savait pas par où elle devait commencer ses interrogations. Bon, à défaut de savoir ce qu’elle voulait demander, elle pouvait toujours rappeler la loi – si elle s’appliquait ici – et le fait de se servir chez les gens sans leur accord.

« Ambre, je crois que… Oh. »

Elle se détourna rapidement, dans un angle à 180° en voyant le fameux Ambre passé dans le plus simple appareil. Essayer de ne pas y penser et se persuader qu’elle n’avait rien vu. Rien du tout. Peut-être que l’auto-persuasion pouvait fonctionner dans ce cas. Et comme, maintenant, elle était devant une armoire autant se concentrer dessus. Des vêtements, ok, ça c’était une bonne chose.

« C’est là. »

Elle attrapa des vêtements et se tourna, approximativement, dans la direction d’Ambre pour lui tendre des vêtements. Bon, en réalité, elle tendait le bras un peu au hasard tellement elle fermait les yeux pour ne pas en voir davantage. Elle attendit de sentir sa main libérée des vêtements pour revenir vers l’armoire et prendre des trucs pour elle. C’est après s’être enfermées dans la salle de bain, qu’elle ressortit avec de nouveaux vêtements en sèche.

Un jean et un t-shirt à l’effigie d’un groupe de rock de ce monde, apparemment. Elle avait fait avec ce qu’elle avait trouvé, jamais, chez elle, elle n’aurait enfilé un jean avec autant d’entaille dedans. Elle revint vers Ambre, les yeux rivés sur son nombril à elle.

« Le fait de changer de vêtement n’a pas enlevé le piercing, c’est normal ? »

Tout était une question de priorité dans ses questionnements. Bientôt elle aurait l’impression d’avoir 15 ans et d’être dans une phase rebelle – qu’elle n’avait pourtant pas connue dans son monde. Lui manquait plus que le tatouage. Elle laissa passer un soupir, rebaissa son t-shirt et attrapa une paire de chaussures. Au point où elle en était dans le vol de bien d’autrui, elle n’était plus à une paire près.

« On sort ? »

Et là, pour le coup, il y avait un réel enthousiasme. Quitte à être ici autant voir comment les choses pouvaient être ailleurs, non ? La porte d’entrée, qu’elle avait rapidement atteinte, était bien sûr verrouillée par un système qu’elle ne connaissait pas. Hmm. Pas grave, elle se détourna pour aller à une fenêtre et l’ouvrit, Ambre ayant été assez bien inspiré pour aller dans un endroit qui se situait au rez-de-chaussée. Deux minutes plus tard, elle était dehors à regarder une ville qu’elle avait l’impression de connaitre sans vraiment la connaitre.

Quelques minutes plus tard, un petit drone volant se stoppa devant elle avant de s’agiter en tournant sur lui-même et en clignotant dans tous les sens. Le temps qu’elle lance un regard interrogateur à Ambre, deux policiers avaient débarqué sur des motos qu’elle aurait considérées comme futuristes.

« Plus personne ne bouge. »

Une phrase qui ne s’adressa pas réellement à tout le monde mais seulement à Ambre et elle. L’un des flics attrapa une radio pour laisser passer une information.

« C’est bon, on vient de retrouver la fille de la Sénatrice Lane. »
« Quoi ? »

Ça c’était carrément nouveau. La sénatrice ? Sérieusement qui aurait pu croire que, dans n’importe quel monde, sa génitrice aurait pu devenir autre chose qu’une larve dans un canapé ?

« Bravo Charlie, tu as battu ton record, cette fois tu auras réussi à disparaitre des radars pendant plus d’une semaine. » Son regard se posa sur Ambre. « Remarque, cette fois, tu sembles avoir réussi à trouver quelqu’un d’un peu plus malin pour te planquer, ça change des paumés habituels que tu dégottes. »

Génial. Vraiment, il ne lui manquait plus que le tatouage.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 15:07 Message
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Alors que Charlie se changeait dans la salle de bain, Ambre, qui avait rapidement enfilé les vêtements tendus par la jeune femme, sans vraiment comprendre pourquoi elle s’était détournée — Andrew, lui, en général, aimait bien regarder —, interrogea de l’autre côté de la porte fermée, en lisant son tee-shirt à l’envers :

— C’est quoi, Me… ta… li… ca ? Une guilde artisanale de ferroniers ?

Son accoutrement était tout à fait en accord avec celui de Charlie, lorsque celle-ci sortit de la salle de bain. Il avait dû débarquer dans la tanière d’un amateur de rock. Ambre vola à son tour des chaussures et ils sortirent par la fenêtre pour atteindre la rue. Quelques secondes plus tard, ils étaient arrêtés par la police. Une situation qui n’avait pas l’air de bouleverser le Trickster. Il fallait dire que les cellules n’étaient pas particulièrement impressionnantes, quand on pliait l’espace sur lui-même.

— Malin ? C’est moi ! Je suis Ambre, Seigneur de…
— C’est ça. Tends donc la main.

Comme Ambre était un vieillard docile — parfois —, il tendit sagement sa main. Le drone descendit de quelques centimètres et un tige s’étendit vers lui, pour lui piquer la paume. Ambre retira prestement sa main et le drone se mit à tournoyer de nouveau dans les airs. L’un des policiers sortit ce qui ressemblait un peu à un téléphone humain et lut les résultats du test ADN d’identification d’Ambre.

Puis il releva des yeux écarquillés vers l’intéressé. Avant de regarder une nouvelle fois son écran. Et de conclure au plus probable :

— Soit le RIP déconne, soit c’type-là est un extraterrestre…
— Très drôle. Prends le matricule du drone et envoie-le au service technique. On dépose Charlie chez la sénatrice et on fera un autre testa au central.
— Parce que moi, j’ai pas le droit d’aller voir la sénatrice ?

Les deux policiers échangèrent un regard perplexe. Possible que la politicienne voudrait rencontrer la nouvelle conquête de sa fille pour tenter d’acheter son silence sur les frasques de Charlie avant de le relâcher de la nature. En tout cas, ni l’un ni l’autre n’avaient envie de courir le risque de se faire taper sur les doigts.

— Hmouais. J’suppose qu’on ferait mieux d’voir ça avec elle…

L’un d’entre eux se tourna vers les motos et frôla l’écran de son téléphone. Les flancs des deux engins se déplièrent pour former entre eux une espèce de passerelle et, bien vite, la structure se mit à changer à toute vitesse, pour former quelques secondes plus tard une sorte de voiture. Ambre ne paraissait, pour sa part, nullement impressionné par cette prouesse technologique. Le deuxième policier fit un signe de tête vers le véhicule ; Charlie et Ambre étaient « invités » à prendre place à l’arrière.

Bientôt, la voiture de police filait dans les rues de Star City. Cette ville-là n’était pas très différente de celle de l’Univers Prime mais, en tout cas, Ambre ne croyait pas déjà l’avoir visitée. Elle paraissait un peu moins arriérée, du point de vue de l’extraterrestre, pour ce qui était de la technologie. Des hologrammes remplaçaient les panneaux publicitaires, tous les véhicules étaient évidemment électriques et des drones sillonnaient les avenues à quelques mètres au-dessus du sol.

Ambre adressa un sourire enthousiaste à Charlie avant de se remettre à regarder le paysage. Les policiers, parfois, échangeaient quelques rapides propos entre eux, essentiellement pour coordonner leur histoire, une fois qu’ils arriveraient chez la sénatrice. La voiture s’arrêta finalement devant un immeuble résidentiel de très haute gamme, en plein quartier des finances. Il s’enfonça dans le parking souterrain pour ne pas attirer l’attention et, un ascenseur silencieux et ultra-rapide plus tard, Charlie, Ambre et leurs deux geôliers attendaient dans un immense salon décoré avec une froide sobriété.

Placidement, Ambre remarqua :

— C’est mieux rangé que chez vous.

Quelques minutes plus tard, une femme d’une soixantaine d’années, sans doute un peu plus, fit son apparition, flanquée d’un jeune secrétaire qui devait avoir quelques années de moins que Charlie et qui, de toute évidence, la suivait à la trace. Fidèle à lui-même, Ambre adressa un sourire rayonnant à l’assistant politique, tandis que les policiers se répandaient en explications et en politesse auprès de la sénatrice. Celle-ci hochait la tête avec impatience et elle finit par les remercier un peu sèchement, pressée d’en découvre, fallait-il croire, avec sa charmante progéniture.

Quand les deux policiers se furent éclipsées, la sénatrice, les bras croisés, secoua la tête et lâcha :

— Si tes frères te voyaient dans cet état…

Elle soupira.

— Heureusement que Jay est à Washington. Tom. Un whisky, si vous voulez bien.
— Oui, madame la sénatrice…

Et Tom s’éclipsa. Ce n’était pas vraiment dans ses attributions, mais enfin, mieux valait ne pas discuter les ordres de Mrs. Lane quand elle s’apprêtait à avoir une discussion avec sa fille. La politicienne posa les yeux sur Ambre.

— Vous êtes qui, vous ?
— Je suis Ambre, Héraut des Septs Entités de…
— Épargnez-moi le couplet. Vous êtes clean ?
— Clean… ?

Tout ce qu’Ambre connaissait, c’était Javel Clean, le produit ménager dont Andrew se servait quand il devait réparer les expériences culinaires de son invité.

— Vous avez utilisé des seringues propres ? Des préservatifs ?

Le Trickster tourna un regard plein d’interrogations vers Charlie.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 17:45 Message
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Note pour plus tard : trouver un album de Metallica à faire écouter à Ambre, histoire qu’il comprenne que ça n’avait rien à voir avec une guilde. Une note difficile à garder en tête quand on voyait deux motos se changer pour devenir un autre véhicule et, encore plus surprenant, ça ne surprenait pas Ambre. Définitivement pas du même monde. Cela dit, tout ça n’était rien comparé à… Vraiment, une Lane sénatrice ? Le monde ne tournait pas rond. Tout cela était assez perturbant et empêcha Charlie de rappeler à Ambre que son appartement, le sien, dans son monde, là-bas, était très bien rangé quand un chat n’y foutait pas le bordel pour attirer son attention. L’avantage de ne pas vivre chez soi, c’est que ça restait propre, non maiho !

Mais rien n’était plus impressionnant que de voir sa mère, ou une mère parallèle – elle s’y perdait un peu – de cette manière. Il y avait une légende urbaine qui tournait dans la fratrie Lance – celle de la terre prime – comme quoi leur génitrice, un jour, avait été belle. Aucun des rejetons Lane ne croyait à cette hypothèse en voyant ce qu’elle était devenue mais, sérieusement, en voyant la Sénatrice ça mettait un nouvel élément en compte dans cette théorie.

« A Washington ? »

Et voilà qu’elle se mettait à sourire. D’une, elle essayait d’imaginer un Jay en gosse de riche, quelque part, à parler politique avec des personnes plus ou moins influentes. Deux, et là, c’était vraiment ce qui la faisait sourire, Jay restait son frère dans un autre monde, même si, apparemment, les rôles avaient été inversés. Mais, sans trop savoir pourquoi, sûrement à cause de la nature inattendue de la dernière question, Charlie laissa passer un bref rire.

« Parce que, en plus, cette situation t’amuse ? Est-ce que tu sais combien ça me coute, aussi bien sur un plan financier qu’en énergie, de devoir couvrir toutes tes frasques ? »
« J’imagine que, oui, j’en ai une petite idée mais... Juste deux minutes. »

Elle leva la main pour interrompre cette sénatrice et se tourner vers Ambre qui, pour le coup, ne semblait pas comprendre ce qui se passait. Pour une fois que ce n’était pas elle.

« Alors là, je suppose qu’elle fit mine de s’inquiéter. »
« Je ne fais pas mine de, je m’inquiète vraiment. »
« Autant pour moi. » Elle reporta son regard sur Ambre après un vague geste d’excuse. « Alors, elle s’inquiète de savoir si nous avons pris nos précautions quand on s’est drogués ensemble et, accessoirement, quand on a été plus intime. » Elle sembla réfléchir un instant avant de hausser les épaules. « Il semblerait qu’ici je sois, enfin que Charlie soit… Euh, c’est un peu compliqué pour moi. Bref que ce soit une personne de particulièrement instable qui cherche à défier l’autorité parentale en faisant tout ce qu’on lui peut lui interdire. »
« Tu planes encore ma pauvre fille. »
« Pour une fois, j’aimerais bien que ce soit le cas, il serait plus facile pour moi d’expliquer ces derniers temps. »
« Je ne sais pas ce qui n’a pas fonctionné avec toi mais, si seulement tu pouvais être un peu plus comme tes frères et moins… Moins toi. »

Charlie claqua des doigts dans un sourire alors que son regard passa de la sénatrice à Ambre.

« Au moins, il y a des choses qui ne changent pas. »

Les rôles étaient seulement inversés, peut-être qu’elle et Jay n’était simplement pas fait pour graviter dans le même monde ? Ou peut-être qu’ici, aussi, elle avait été échangé à la naissance ? La sénatrice soupira en délaissant Charlie du regard pour se concentrer sur Ambre.

« Vous êtes qui ? Notre système n’a pas pu vous reconnaitre mais vous exister forcément quelque part ? Sauf si vous êtes un métahumain renégat qui n’a pas voulu se faire ficher. »
« Vous fichez les métahumains ? »
« Depuis cinq ans, il faudrait peut-être que tu sortes de ta bulle. »

Surtout qu’elle était à la base de cette loi. Elle chassa le sujet d’un geste de la main pour revenir sur Ambre et ce passé inconnu qui était forcément suspect.

« Tout le monde est dans la base de données centrale, sauf ceux qui cherchent à éviter le système. C’était très imprudent de votre part de venir jusqu’ici, encore plus d’avoir voulu cacher ma fille. »

En fait, sa mère était une horrible personne avec son sourire qui se voulait adorable mais qui ressemblait plus à celui d’un requin. Ça peut sourire un requin, hein ? On fera comme si c’était le cas. Elle leva une main et, dans la seconde suivante, deux gardes firent leur apparition.

« Alors, vous êtes qui ? Et pas la peine de mentir sur toute une histoire, de toute façon, on le saura. »

Pas qu’elle ne s’intéressait pas au sort d’Ambre mais, là, dans l’immédiat, Charlie se demanda si Jay était vraiment à Washington étant donné que sa mère n’avait pas l’air d’apprécier les gens avec des pouvoirs… Enfin si Jay avait les mêmes gènes ici que sur la Terre Prime, la sénatrice ne devait pas voir son rejeton d’un bon œil.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 19:02 Message
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— Ah, je vois.

Il n’avait rien compris.

— Ça consiste en quoi, se droguer ?

Il connaissait les Renifleurs d’Épices de Jaa’rrr’aa’rr mais, à sa connaissance, on importait pas encore de semblables psychotropes sur Terre. Quant à l’intimité, le concept lui était de toute évidence un peu flou, aussi ne saisit-il pas ce à quoi Charlie avait fait allusion. Il n’eut pas cependant la chance de pouvoir demander de plus amples explications, parce que l’attention de la sénatrice se reposa sur lui, alors que Tom revenait, après une salve de questions pour le moins agressive, avec un verre de whisky pour la femme.

Les yeux d’Ambre avaient instantanément viré du vert au rouge vif quand la sénatrice avait commencé à déployer son mépris pour les métahumains. Il n’aimait guère la manière dont cette femme entendait s’occuper de ses enfants, d’une part, et d’autre part de son pays. Le paisible et loufoque Ambre se releva soudainement.

— Humaine.

Fini de sourire. D’ailleurs, le Trickster était en train de se transformer — en quelques secondes, il avait pris deux mètres et, même dans ce luxueux appartement, sa tête frôlait le plafond. Son corps d’un bleu sombre, constellé d’éclats dorés, rappelait à s’y méprendre les étoiles qui peuplaient le ciel d’été. À bien des égards, il ressemblait au génie d’Aladdin (notre fil de la rouge de la journée) — en beaucoup, beaucoup plus impressionnant.

Sa voix grondante résonna dans l’appartement.

— Je suis Ambre de la Galaxie de Santaros et je ne serai pas traité comme un vulgaire renégat. J’ai tenu dans ma main la naissance de cinq cents planètes et traversé six millénaires. Votre esprit ne peut saisir le concept de mon existence. Je suis Celui dont le Regard Contemple les Infinis.

Comme d’habitude, Ambre jouait de l’esbroufe — il n’était pas le Trickster pour rien. Si ce qu’il disait était véritable, ce n’était jamais qu’une petite partie de la vérité, et la forme imposante qu’il venait de prendre, à strictement parler, n’était pas plus sa véritable forme que celle qu’il adoptait en général lorsqu’il conversait avec des humains. Cela n’empêchait pas la démonstration d’être fort efficace. D’ailleurs, la sénatrice s’évanouit, rattrapée juste à temps par un Tom qui eut la présence d’esprit de détacher son regard sidéré du majestueux extraterrestre.

— Ma… madame la sénatrice…

Rapidement, Ambre reprit une forme humaine. Seuls ses yeux avaient conservé l’aspect de la nuit étoilée — et son visage avait gardé, lui aussi, une expression grave.

— Les errances de l’humanité sont décidément bien nombreuses.
— Vous… vous… vous êtes, vous l’avez, vous êtes…

Tom inspira profondément puis se mit brusquement à hurler :

— RENÉÉÉÉGAAAAT ! RENÉÉGAAAT DANS LE SALON !

Des bruits de porte se firent aussitôt entendre et, évidemment, la main d’Ambre se referma sur celle de Charlie.

— Temps de lever le camp, je crois.

Des agents déboulèrent dans le salon mais, déjà, le Trickster, en courant, entrainait Charlie vers la pièce voisine et quand des tirs explosèrent en échardes sur la porte qu’ils venaient de passer, le duo était déjà très loin.

— On peut savoir ce que vous fabriquiez là-dedans ?

La gérante du restaurant les regardait les bras croisés, l’air suspicieux. Ces deux-là, avec leur tee-shirt de rebelle, qui déboulaient des toilettes en se tenant la main, ça ne lui disait rien qui vaille.

— C’est pas un hôtel, ici, hein !
— Désolé.

Ambre lui adressa un sourire enjôleur avant de passer son chemin, entrainant Charlie à sa suite, dont il ne s’était toujours pas décidé à lâcher la main. Ils sortirent du restaurant pour déboucher dans une rue sans histoire, dont seuls quelques détails, sur les façades et les véhicules garés, suggéraient qu’ils n’avaient pas encore quitté la dimension de la Sénatrice Lane. Ambre avait bien cru percevoir l’intérêt de Charlie pour cette famille alternative.

— J’ai toujours eu envie de visiter Washington.

Ambre n’avait pas forcément tout à fait conscience que leur départ plus que précipité des appartements de Mrs. Lane devait avoir été suivi d’un mandat d’arrêt à leur encontre. Il était fort probable que d’autres drones circulaient dans la capitale américaine, semblables à celui qui les avait arrêtés à New York. Plus ils se rapprocheraient du centre ville, plus ils couraient le risque de se faire repérer. Comment savoir si on avait pas même ordonné de l’abattre à vue ?

Le Trickster, toutefois, ne devait pas être entièrement indifférent à la situation, parce que lorsque Charlie reposa les yeux sur lui, il ne ressemblait vraiment plus au baigneur qu’elle avait vu pour la première fois. On n’était pas près de le reconnaître.

— Donc. Une idée d’où on peut trouver un fils de sénatrice dans cette ville ?
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