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Prise de conscience #Abban

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Message posté : Mar 9 Déc 2014 - 12:19 Message
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« Pose ton cul sur cette chaise ! »

Vas-y, si ce type lui donnait encore un ordre comme celui-là, elle lui faisait bouffer le sol en moins de deux minutes. Elle resta à sa place, à regarder l’homme qui lui faisait face.

« Ne fait pas comme si tu venais de t’en acheter une paire. »

Une fois de plus il désigna la chaise et, elle fut bien forcée de s’asseoir. En temps normal, évidemment, elle l’aurait envoyé balader assez rapidement mais on n’était pas en temps normal et, là, elle devait se plier aux exigences sans faire sa forte tête.

« ‘Coute… »
« Non c’est toi qui vas m’écouter, ça fait deux mois que tu nous promets un tas de choses et qu’on n’en voit pas la couleur. On veut bien faire preuve de patience mais là, on a dépassé de loin le seuil toléré. »
« Les choses s’passent pas comme prévu. »

Le type tourna autour de la chaise où elle était assise. Pourquoi les gens faisaient toujours ça quand ils voulaient se donner un air menaçant ? Elle lui aurait bien dit de sortir un peu des clichés et d’être un peu plus convaincant mais, elle devait se taire. Jouer le jeu.

« Ça fait deux mois que tu me trouves des excuses. Pourtant c’est toi qui as dit : t’en fais pas, ça va se passer comme sur des roulettes, la morveuse me bouffe dans la main et mon abruti de fils l’écoutera. »
« Traite encore Abban d’abruti et… »
« Et quoi ? C’est bien ce que tu as dit, non ? »

Ne pas répondre, baisser la tête et se mordre la lèvre inférieure pour s’empêcher de s’emporter.

« On en a marre d’attendre. T’es qu’un parasite toléré uniquement parce que tes rejetons ont un intérêt. Tu as une semaine pour me ramener ma marchandise. »

Elle n’ajouta rien, se releva retenant une furieuse envie de pleurer. Serrant les poings, elle se dirigea vers la porte quand elle fut à nouveau interpellée.

« Patrick ? Si t’es pas capable de t’faire obéir, comme tu disais pouvoir le faire, on va se charger nous-même de les motiver tes gamins. »
« Ouais, ben p’t-être qu’tu d’vrais faire ça toi-même. »

Sur quoi elle quitta la pièce pour traverser un couloir et retrouver l’air libre. Elle s’enfonça dans le premier bâtiment sur son chemin, ferma les yeux, murmura quelques mots en mimant un symbole du bout de son doigt. Quelques secondes après, le corps de son père se transforma en celui d’Aishlinn. Une gamine qui se laissa tomber contre le mur, rabattant les genoux contre elle en pleurant. Elle le savait, quelque part, elle l’avait toujours su. Elle avait juste eu besoin d’une confirmation.

***

Aishlinn avait pas mal trainé durant la nuit, pas vraiment de but précis, juste besoin de prendre l’air et de marché un peu, d’aller sur des toits, de regarder la ville, de faire le point. Le jour se levait à peine quand elle passa les portes du manoir, trouvant Thabo dans la cuisine.

« Sérieux, jamais tu dors ? »
« Jamais tu ne rentres à des heures convenables ? »
« Un petit truc à vérifier. »
« Tu veux en parler ? »
« Pas tellement. »

Pas avec lui en premier en tout cas. L’avantage c’est qu’il n’insista, il avait probablement mieux compris le fonctionnement étrange de jumeaux mieux que quiconque. Et c’est pour cette raison que, de manière silencieuse, il aida Aishlinn à préparer un petit déjeuner. Le tout fut posé sur un plateau et, sans qu’il n’ajoute un mot, Thabo lui lança un regard encourageant quand elle quitta la cuisine, son plateau à la main. Vraiment, il comprenait beaucoup de choses.

Direction la chambre où la porte fut traversée. C’était quand même bien plus pratique que de l’ouvrir et risquer de tout faire tomber… Comme si elle n’était pas assez habile pour gérer un plateau d’une main et une poignée de l’autre. Le petit déjeuné fut posé sur une table de chevet et la seconde d’après, Aishlinn se glissa dans les draps pour aller trouver refuge dans les bras de son jumeau. Quelques minutes silencieuses passèrent avant qu’elle ne relève doucement la tête.

« Abban ? » Elle inspira, ne sachant pas vraiment comment dire les choses. Les mots n’étaient pas compliqués à trouver, ils étaient juste compliqués à prononcer tellement elle les pensait. « J’suis désolée. Vraiment désolée. » Ne pas pleurer, ne pas repenser à ce qui avait été dit. « T’avais raison, j’ai été stupide. »

Vraiment stupide même de croire que son père avait un autre intérêt pour elle que les capacités qu’ils pouvaient avoir tous les deux. Pas besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre qu’elle avait dû faire quelque chose pour finir par prendre conscience des faits. La démarche avait mis du temps à venir, peut-être parce qu’elle avait envie de se voiler la face le plus longtemps possible.

« J’ai fais l’p’tit dej’, c’t’un peu naze comme truc. » Disons que ce n’était pas le cadeau du siècle pour demander pardon. « Tu m’pardonneras, dis ? » Pas pour le petit dej’ mais pour ce qu’elle avait fait.
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Message posté : Mar 9 Déc 2014 - 16:32 Message
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— Pose ton cul sur cette chaise !

Les bras croisés, Abban arborait un air terrible.

— Ne fais pas comme si tu venais de t’en acheter une paire.
— Ben si.

Abban secoua vigoureusement la tête.

— Des baskets, pour courir.
— J’appelle pas ça des baskets.
— Tu sais, j’ai assez de chaussures, hein.
— On n’a jamais assez de chaussures.

Si Alex avait accepté de passer l’après-midi avec Abban, c’était parce qu’il devinait sans peine le malheur de l’Irlandais. Il ne savait pas très bien ce qui se passait et, comme toujours, Alex se refusait à jouer de ses pouvoirs de mentaliste pour enquêter sur les émotions de ses proches. Mais il supposait que ça concernait Aishlinn. Il voyait beaucoup Abban, ces derniers temps, et il savait qu’Abban travaillait beaucoup par ailleurs, ce qui impliquait nécessairement que le jeune homme ne passait pas autant de temps qu’il l’aurait souhaité avec sa jumelle.

Il y avait une histoire de famille là-dessous. Abban avait avoué quelque chose à demi-mot à propos de son père, mais les questions d’Alex étaient rapidement restées sans réponse. Alors, pour ne pas se mettre l’Irlandais à dos, le mentaliste essayait de trouver des activités qui lui fissent plaisir. Acheter des chaussures, par exemple. Même s’il était convaincu de ne pas en avoir tant besoin que cela.

Le téléphone d’Abban sonna. Rapidement décroché, rapidement raccroché.

— J’dois y aller.
— Boulot ?
— Boulot.

Et Abban disparut.

***

— Jamais tu ne rentres à des heures convenables ?
— Roh, vas-y, ça va, l’est trois heures du mat’, relax.

Thabo replia le journal. Il s’était encore endormi sur la page des mots croisés. Au début, Abban s’était moqué de ce passe-temps — avant que Thabo ne lui expliquât que c’était l’un de ses moyens de contacter certains de ses amis, grâce à des mots codés cachés dans les grilles. Accessoirement, le Sud-Africain trouvait ça très divertissant.

— Elle est là ?

Thabo retira ses lunettes et, d’une voix aussi calme et douce que possible, répondit :

— Pas encore.

La mâchoire d’Abban se contracta.

— Je suis sûr qu’elle ne va pas tarder.
— Hmm hmm.
— Tu travaillais ?
— Ouais…
— Ça s’est bien passé ?
— Ouais. D’la récup. Classique.
— Où, cette fois-ci ?
— Québec.

Thabo hocha la tête. Entre la vitesse de Macha et les progrès considérables accomplis par Abban en matière de téléportation ces derniers temps, le rayon d’action du Passeur était devenu international et sa réputation commençait à franchir les frontières. Thabo ne pouvait s’empêcher de le regarder avec fierté.

— Tu me racontes ?

Abban haussa les épaules, avant de répondre sans conviction :

— Ouais, nan, plus tard, p’têtre…

L’Irlandais disparut. Dans leur chambre, il évita de justesse Ashan et Abline qui poursuivaient du vide avec beaucoup de conviction. Le jeune homme se déshabilla rapidement pour gagner la douche et — preuve que ça n’allait pas faire — il ne sortit de la salle de bain qu’une petite heure plus tard. Après avoir replié avec soin ses vêtements — on ne plaisante pas avec ces choses-là — il enfila un bas de pyjama et se glissa dans le grand lit vide.

Les larmes lui montèrent aux yeux, mais heureusement, personne ne l’entendait pleurer.

***

Abban s’était endormi finalement. La fatigue était plus forte que la tristesse, de toute façon. Il n’avait toujours pas écouté les conseils de Lorenzo, alors que l’Italien lui avait suggéré de prendre un peu de repos. Il travaillait au Cartel, il travaillait au restaurant et quand il ne travaillait pas, il cherchait à se distraire avec Alex ou au skatepark. Des journées bien remplies, trop remplies, pour éviter de se retrouver au manoir quand Aishlinn n’y était pas, pour éviter à son esprit de se fixer sur l’endroit où elle se trouvait et sentir à côté d’elle la présence de leur père.

La porte grinça un peu.

— Hmmmmmm…

Les narines d’Abban s’agitèrent. Ça sentait quand même le chocolat chaud. Une paupière pesante se souleva, puis l’autre, et les bras du jeune homme s’ouvrirent pour y accueillir sa jumelle, le temps d’émerger. Abban marmonna quelque chose qui voulait sans doute dire « quelle heure est-il ? » ou « j’ai plus de crème hydratante », mais ce n’était pas compréhensible.

Et puis Aishlinn prit la parole. Le petit cœur sous tension d’Abban s’accélérer, et pas seulement parce qu’Ashan venait d’essayer de lui mordiller les orteils à travers l’épaisse couette, avant de s’approcher subrepticement du plateau du petit-déjeuner puis de se retrouver mystérieusement téléportée dans la pièce voisine, mais parce qu’il avait imaginé plusieurs fois cette scène sans y croire vraiment, le moment où Aishlinn se rendrait compte qu’il avait eu raison, que Patrick était une erreur de parcours dans l’histoire de leur vie à deux, et qu’elle reviendrait à lui, pleine de regrets et d’espoirs.

Abban poussa Aishlinn à s’allonger sur le dos, pour pouvoir se redresser sur un coude et la regarder. Elle avait l’air fatigué, mais tout de même, qu’est-ce qu’elle était belle !

— J’t’aime, bébé.

Heureusement que les psychologues de leur enfance n’étaient pas là pour les voir, eux qui avaient tenté de dépouiller les démonstrations d’affection des jumeaux de tout ce qu’ils leur trouvaient d’ambigu. Les idiots.

— ‘Videmment qu’j’te pardonne. C’pas ta faute.

Oh, bien sûr, il lui en avait voulue pendant des semaines, en même temps qu’il s’en était voulu à lui, mais le ressentiment pour Aishlinn, c’était au-dessus de ses forces.

— C’est de la m…

Abban se retint. Sa psychologue lui avait bien expliqué qu’il y avait une différence entre prendre ses responsabilités et s’estimer seul responsable des déboires d’Aishlinn. Qu’il devait accepter d’attribuer une certaine indépendance à l’existence de sa jumelle, dans ce qu’elle avait de mauvais comme de bon.

— … sienne.

Abban se redressa un peu plus pour s’asseoir contre un coussin. Il prit soin évidemment de passer une main dans ses cheveux pour les arranger un peu. Le tee-shirt qui formait le haut du pyjama apparut entre ses mains et il l’enfila. Maintenant qu’il avait émergé de la couette, il avait un peu froid.

D’un coup d’œil à la tenue d’Aishlinn, il avait compris qu’elle n’était pas rentrée de la nuit. Peut-être même venait-elle à peine d’arriver.

— I’ s’est passé quoi ?
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 12:19 Message
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En réalité, c’était de sa faute à elle. C’est elle qui avait été cherché son père. C’est elle qui l’avait fait venir à Star City. C’est elle qui s’était arrangée pour le loger. C’est elle qui avait un foutu problème avec l’image paternelle et qui n’avait pas été capable de prendre conscience de la réalité des faits plus tôt.

« Je t’ai écouté. ‘Fin, t’sais, j’t’ai entendu la dernière fois surtout mais j’voulais pas écouter, pas comprendre. J’savais qu’tu m’aim’rais pas mon choix alors, j’voulais juste avoir du temps, pas voir les choses, pour prouver qu’j’avais raison. »

Un peu naïvement, Aishlinn avait fini par croire qu’elle pourrait prouver que Patrick était quelqu’un qui tenait à ses enfants sans avoir la bonne manière de faire. Peut-être qu’il avait juste oublié de lire le manuel « comment être un père pour les nuls » mais qu’il avait un bon fond. En tout cas, elle avait voulu y croire et elle avait voulu le prouver. Elle secoua la tête, allongée sur le dos, les yeux rivés sur le plafond.

« Mais j’avais tort. »

Elle s’en voulait d’y avoir cru parce que ça lui avait fait du mal et, surtout, ça en avait fait à Abban. Si Aishlinn pouvait tolérer de se faire beaucoup de choses, ce n’était pas vrai quand ça concernant Abban. Elle le voulait heureux, elle le voulait bien et, en aucun cas, elle ne voulait être la cause d’un mal. Se redressant, elle termina en tailleurs, sur le lit, pour faire face à Abban.

« J’ai essayé d’oublier c’que j’voulais croire, d’écouter c’qu’il m’demandait et d’comprendre c’que ça voulait dire. »

Elle entortilla ses doigts entre eux, le temps de ses explications, pas très fière d’elle-même. Oui, voilà, ce qu’elle avait fait : essayer de voir la situation de manière objective, autant que le pouvait pour une Mac Aoidh et, franchement, des fois ça relevait de l’exploit.

« Il arrêtait pas d’me parler d’un type, près des Docks, qu’il voulait qu’j’aille voir. Mais j’sais pas, j’la sentais pas c’tte histoire alors j’repoussais l’truc à chaque fois, t’vois. »

Si elle avait décidé de devenir indépendant c’était justement pour choisir ses plans, pas qu’on lui en impose. Puis là, ça avait vraiment été louche de toute façon… Comme un peu près tout ce qui pouvait venir de Patrick, fallait-il encore bien vouloir l’admettre.

« Puis, c’tte nuit, j’m’suis dit qu’il était temps d’aller voir d’quoi il r’tournait. J’suis allée voir l’type en question mais j’y suis allée en f’sant passer pour Patrick. »

Notons que, au moins, elle parlait de lui en donnant un prénom et non pas en utilisant le qualificatif de père. Et passons sur le fait que ça avait été une épreuve de se retrouver dans le corps de quelqu’un qui marchait d’un pas extrêmement lourd, qui avait une coordination assez sommaire et un sens de l’équilibre qui n’avait rien à voir avec les deux Mac Aoidh nés le même jour.

« J’crois qu’j’voulais savoir comment il négociait ses trucs, comment il gérait un peu sa vie. » Elle voulait surtout savoir si elle n’était qu’un pion dans la vie de son père. « J’suis pas certaine qu’ce soit utile de t’dire comment ça s’est passé. » Elle haussa les épaules un peu piteusement. « T’avais raison. »

Évidemment qu’il avait raison, roh, c’était Abban tout de même. Sérieusement il avait toujours été plus critique sur son père que ne l’était Aishlinn, du coup, ça lui donnait l’avantage, surement, d’être un peu plus objectif que ce qu’elle pouvait être.

« Mais en gros, il promet à qui veut bien l’entendre, qu’lui faire confiance c’est s’assurer notre coopération. » Elle secoua la tête. « Non, ‘fait c’est pire qu’ça. Il a dit que j’f’rais tout c’qu’il m’demande et qu’du coup, moi, après j’pouvais t’convaincre facil’ment d’m’aider. »

Ce qui, finalement, avait été un peu l’élément déclencheur. Qu’elle soit utilisée était une chose, après tout, si elle avait envie d’y croire. Mais là, on se servait d’elle pour atteindre Abban. Il ne s’agissait pas que d’elle, en même temps, il ne s’agissait jamais que d’elle. Elle s’était lui, une notion peut-être un peu oubliée ces derniers temps mais, ça restait d’actualité.

Dans les faits leur père avait probablement raison. Si Aishlinn avait été demandé de l’aide à Abban pour une mission, elle ne doutait pas tellement du fait qu’il l’aurait aidé, même s’il n’était pas d’accord avec le pourquoi de la mission. Et c’est parce qu’il avait raison qu’elle avait pris conscience de la problématique de sa relation, à sens-unique, avec son père. Aishlinn baissa les yeux.

« T’avais raison parc’que c’pas nous qui l’intéresse mais c’qu’on peut faire pour lui. »

En avoir conscience c’était compliqué, le dire à voix haute, ça l’était encore plus. Mais elle s’était plantée lamentablement et, à un moment, il fallait savoir être adulte – elle avait vingt ans quand même ! – et l’avouer ouvertement à son jumeau qui avait compris les choses bien avant elle.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 23:27 Message
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Abban restait là, à l’écouter, les cheveux encore en bataille : c’est vous dire combien il était ému. La tâche n’était pas facile. Il avait envie de disparaître, de retrouver Patrick et de le téléporter à trois cents mètres au-dessus d’une base militaire, juste pour voir ce que ça ferait. Il avait envie, là maintenant, de régler une fois pour toute ce problème. Ce n’était pas souvent qu’Abban avait des envies de meurtre. De vraies envies de meurtre. Ce jour-là, il sentit la noirceur monter en lui.

Mais il fallait réfléchir aussi. Il fallait réfléchir à tout ce que son père avait pu faire, tout ce qu’il avait pu dire, à qui, quand, pourquoi et comment, combien de fois il avait pu utiliser le nom d’Aishlinn, et son nom à lui surtout, ce qu’il pouvait avoir compris de sa position au sein du Cartel. Parce que c’était sa position et qu’il y tenait, déjà. Ensuite, parce qu’il avait des ennemis — de plus en plus, à mesure qu’il multipliait de l’autre côté les alliés puissants — et que ceux-là attendaient patiemment un faux pas pour le compromettre et lui régler son compte. Enfin, parce que la place qu’il avait conquise au sein du Cartel lui offrait du pouvoir et qu’une grande partie de ce pouvoir, il le désirait pour que personne n’eût l’idée de poser trop de questions sur Aishlinn et ses désirs d’indépendance. La vie de sa jumelle dépendait peut-être plus que la sienne encore de ce qu’il était devenu dans la cour des grands.

Et puis il y avait toutes les autres émotions, contradictoires, brutales, jetées l’une contre l’autre. La honte de n’avoir pas été un jumeau plus attentif, plus intelligent, plus persuasif surtout. La culpabilité de n’avoir pas été un roc assez solide pour faire oublier à Aishlinn qu’ils n’avaient pas de peur. Le ressentiment à l’endroit d’Aishlinn, de toute cette histoire où elle avait agi en cavalier seul, en commençant par lui mentir, puis en continuant à lui cacher des choses, et brisant définitivement la belle illusion dans laquelle ils avaient si longtemps vécu de ne faire qu’un. La compassion pour la tristesse de sa jumelle. Et l’amour.

Tout cela ne le disposait pas à prêter attention au petit déjeuner.

— Bébé…

Abban tendit la main à Aishlinn, et quand elle l’eut attrapée, il la tira vers lui pour la forcer à s’allonger dans ses bras. Il déposa un baiser dans ses cheveux avant de les caresser, les yeux fixés sur la grande télévision éteinte, en face du lit.

— J’vais arranger ça, mon cœur. J’vais tout arranger.

Même si, pour l’heure, il ne savait pas précisément ce qu’il y avait à arranger. Ce qui le rassurait un peu, c’était que Patrick était un complet looser et que quelques années en prison n’avaient pas dû affiner ses aptitudes. Il était peu probable que son père eût fait beaucoup de dégâts à sa réputation.

— J’suis… J’sais que…

Abban soupira. Lui aussi, maintenant, il avait un peu envie de pleurer. Parce que c’était communicatif. Et parce qu’il ne se sentait pas aussi soulagé qu’il l’aurait rêvé. Il avait cru que quand Aishlinn ouvrirait les yeux, tout serait réparé, mais c’était plus compliqué que cela. Maintenant, il avait peur. Peut-être qu’ils étaient cassés pour toujours ?

— J’sais qu’c’tait important pour toi et ç’a du être difficile, d’aller voir. Et…

Et il ne savait pas trop quoi dire de plus. Il avait l’impression que sa voix allait flancher à tout moment. Comme c’était plus facile, il préféra parler de l’aspect pratique de la chose.

— Va falloir qu’on soit un peu méticuleux. Faut qu’on sache un peu à qui il a causé, c’qu’il a promis à notre place, les gens qui y’ont vraiment cru et comment ça peut nous r’tomber d’ssus. Faudrait qu’t’essaies de t’souvenir de c’qu’il a dit, d’ses contacts, c’genre de trucs.

Maintenant, Abban savait y faire. Il avait enquêté sur des affaires autrement plus compliquées que cela pour César et d’autres membres importants du Cartel.

— J’pense ça s’rait bien d’avoir l’avis d’Thabo.

À Thabo, il faisait confiance. Tout son scepticisme à l’égard des intentions du Sud-Africain avait disparu depuis longtemps et même si Abban ne se livrait pas facilement à lui, il n’hésitait pas à se reposer sur son expertise pour les affaires professionnelles — et pour les questions personnelles, à défaut de lui parler, il lui arrivait souvent de venir lire dans le même salon que lui, parce que sa présence le rassurait un peu.

— Mais c’toi qui vois. On peut aussi s’en sortir seul. Par contre, l’autre, là…

Patrick.

— On peut pas l’laisser courir.

Et il ne pouvait pas le tuer non plus, même si la solution était séduisante. Lui parler ? Il ne le prendrait jamais au sérieux. Envoyer quelqu’un de beaucoup plus baraqué lui parler ? C’était peut-être une bonne solution. Patrick n’était pas particulièrement courageux : il retiendrait vite la leçon.

— Faut qu’i prenne sa r’traite. Définitivement.
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Message posté : Dim 14 Déc 2014 - 22:31 Message
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Elle aurait voulu rester là, dans ses bras, la discussion en moins. Juste là, contre lui, sa main dans ses cheveux et ne penser à rien d’autres qu’eux. Ils s’étaient perdus. Sa faute à elle, probablement, de ses envies, de ses craintes, de ses conneries. Aishlinn avait merdé, elle en était parfaitement consciente, elle en avait même conscience au moment où elle avait sorti Patrick de prison. Elle avait juste cru que c’était une bonne idée, que ça le serait avec le temps mais, maintenant, elle ne savait même plus comment elle avait fait pour y croire. L’Irlandaise avait un fichu problème, voilà ! Et, à cause ça, elle avait tout foutu en l’air.

Elle avait envie de réparer ses erreurs, sans savoir si c’était suffisant, sans même savoir comment elle devait s’y prendre exactement. Cette nuit n’avait été que le premier pas d’une plus longue démarche. Elle n’avait pas besoin de son père, c’était d’Abban dont elle avait besoin. Du coup, elle n’avait pas tellement envie de parler de ce que ça lui avait couté d’aller prendre la place de Patrick pour qu’elle perde toutes ses illusions sur un père qui pouvait se sentir fière d’elle, de ses enfants, et non pas les voir comme des outils de travail pour servir ses intérêts à défaut de pouvoir se débrouiller seul.

Aishlinn se redressa un peu, assez pour pouvoir avoir son jumeau dans son champ de vision.

« OnOn va arranger ça. »

Il n’était pas question qu’il fasse ça tout seul. Elle avait perdu quelque chose cette nuit et n’avait aucune envie de perdre Abban, en le regardant arranger les erreurs qu’elle avait faite. Elle plongea une main dans la poche arrière de son jean pour en sortir une feuille de papier.

« C’toutes les personnes dont’il m’a parlé. »

Peut-être qu’elle n’était pas enquêtrice dans un groupe comme le Cartel mais pendant quelque temps, elle avait quand même été capable de monter des plans. Assez en tout cas pour avoir pris ce genre d’initiative en se disant que Patrick n’était pas le seul problème à régler, tout ce qu’il avait pu dire était aussi à voir.

Lui donnant la feuille, elle se recala dans ses bras. Peut-être que, cette fois-ci, c’était pour éviter qu’il voit son visage alors qu’elle comptait reprendre sur le sort de Patrick.

« Une cellule d’isol’ment, c’tait pas si mal comme idée. »

C’était son père, il mettait Abban en danger et elle devait bien accepter de faire quelque chose mais, voilà, c’était son père et elle n’envisagea même pas une solution plus que définitive. Les menaces, elle y avait pensé mais elle n’y croyait pas vraiment, c’était prendre le risque qu’il se terre dans un coin jusqu’à ce qu’il décide d’en ressortir et de recommencer.

Elle resta là, un moment, blotti dans les bras d’un frère décoiffé – où va le monde – sans rien n’ajouter d’autre. Elle aurait voulu occulter tout le reste mais, finalement, il y avait trop de choses à régler pour rester là à profiter de lui. Aishlinn se redressa une bonne fois pour toute.

« On va voir Thabo. Il a un tas d’relations, sait comment les gérer, il aura forc’ment d’bons conseils. Laisse-moi juste deux minutes, le temps d’être présentable. »

Un temps à multiplier par dix, facilement. Elle passa à travers les murs jusqu’à la salle de bain. Se laver, c’était le plus important. Près de quarante minutes plus tard – oui, il fallait multiplier par deux le temps qui était déjà multiplié par dix, c’est une fille ! - Aishlinn se retrouva dans la cuisine avec Thabo et Abban. Le moment qu’elle n’avait pas trop envie de voir venir en réalité. Avouer à Abban ses erreurs était une chose, les avouer à quelqu’un d’autre en était une autre. Pas envie d’être jugée. En même temps, elle pouvait éviter certains éléments.

« Ouais bon, voilà l’topo. Y a un type en ville, là d’puis quelqu’mois, pas plus, qui en gros dit à plein d’gens qu’il peut nous… Me convaincre d’bosser pour lui et, par conséquent, qu’j’pourrais convaincre Abban d’le faire aussi. Du coup il a promis plein d’choses à plein d’gens et, t’vois, ça pose un souci. »
« Et il a des raisons d’être pris au sérieux ? »

Il n’était pas impossible qu’une personne lambda décide de jouer les malins en prétendant connaitre le Passeur, dont la réputation ne cessait de croitre, et assurant qu’il pourrait se procurer son aide. Mais, à moins d’une bonne raison, il y avait peu de chances qu’on le prenne au sérieux.

« Ben… » Et voilà, elle recommençait à s’agiter et chercha Abban du regard, navrée. « Euh... » Elle reporta son attention sur Thabo. « C’notr’père » A dire le plus vite possible. « Et, j’ai p’t-être dit qu’j’ferais c’que j’peux pour l’aider. »

Tout le monde interprétait les choses à sa manière aussi, elle parlait logement, finance, ce genre de chose.

« Je vois. » Aucun signe de jugement dans sa voix ou dans son regard.
« C’tout ? »

Il n’allait pas l’engueuler, lui dire qu’elle était stupide et ce genre de chose ? Ben non, au lieu de ça, il laissa passer un sourire bienveillant comme il avait le secret avant de reprendre un air bien plus professionnel. Il retira ses lunettes qu’il posa sur le comptoir.

« Je vais me renseigner un peu, voir un peu qui propose quoi en ce moment et qui peut avoir promis de rendre quelque chose. Si on veut votre aide, on peut déjà enlever ce qui est à portée de tout le monde, ça va réduire considérablement les recherches et ça permettra de voir où il a pu promettre votre aide. »
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Message posté : Lun 15 Déc 2014 - 0:17 Message
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Le Passeur parcourut rapidement la liste du regard.

— Lui j’connais. Lui aussi. Lui. Et lui. Et lui.

Évidemment, sur la liste, il n’y avait que des hommes — Patrick était un peu machiste.

— ‘Fin, j’connais les gens qui leur donnent des ordres. Plus ou moins.

Abban n’évoluait plus vraiment au bas de l’échelle. Ceci étant dit, il ne comptait pas demander des faveurs à droite à gauche pour régler ses problèmes. Faire jouer ses relations avait toujours une contre-partie : on était redevable aux autres des services qu’ils voudraient bien vous rendre.

L’Irlandais replia la liste qui disparut, rangée quelque part dans la chambre. Une cellule d’isolement. C’était une solution qui lui convenait, mais il était désormais à moitié convaincu qu’elle convînt à Aishlinn. Abban n’était plus certain de pouvoir lire correctement les sentiments de sa jumelle — une incertitude qui lui fendait le cœur. Qui lui disait qu’une semaine plus tard, la jeune femme ne regretterait pas les mesures qu’ils auraient prises ce jour-là ? Qu’elle ne lui reprocherait pas d’avoir été trop prompt à exécuter un plan qu’elle avait elle-même préconisé ?

Il décida de ne pas s’attaquer immédiatement à cette discussion délicate et de laisser, d’un hochement de tête, sa moitié aller se préparer. D’ailleurs, il lui emboîta le pas et ce fut un Abban bien peigné, bien habillé et à l’haleine fraîche qui se retrouva devant Thabo à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Parce qu’il se lavait les dents avant et après. Être « présentable », c’était tout un sacerdoce.

L’Irlandais buvait très lentement son jus d’orange en écoutant les confessions d’Aishlinn à Thabo. Lui ne s’attendait de la part du Sud-Africain qu’à une réaction bienveillante. Paternelle, à vrai dire. Il n’avait cessé de se rapprocher de lui et ce qu’Aishlinn avait cherché en Patrick, Abban avait commencé à le trouver en Thabo. L’homme posa les yeux sur Abban.

— Tu me déposes ?
— Sûr. Où ?
— La chambre syndicale des dockers.

Abban reposa son verre, Thabo récupéra ses lunettes et les deux disparurent, pour se matérialiser dans un local technique du bâtiment en question.

— Je vous téléphone dans la matinée.

Abban hocha la tête.

— Thabo…

Le Sud-Africain, qui allait sortir, se tourna vers lui.

— Merci.
— File.

Abban apparut dans la cuisine de Nalebo Hall. Il grimpa sur son tabouret et se mit à dérouler consciencieusement son croissant, en silence.

— À propos d’la cellule…

Pendant que Thabo rassemblait ses informations, eux allaient bien devoir s’occuper. Sans quitter son croissant des yeux, Abban poursuivit :

— On peut pas juster l’planter là-bas. Va falloir lui construire une fausse identité, altérer les registres d’la prison, placer deux ou trois pots d’vin. On pourrait l’faire arrêter, mais i’ s’rait trop content d’nous balancer. Ça va être un peu compliqué. Va nous falloir un très bon faussaire. Des relations dans un pénitencier. Et, hm…

Abban attrapa une partie du croissant pour l’avaler. Il n’avait jamais fait quelque chose de ce genre, mais il supposait que désormais, une pareille opération était tout à fait à leur portée. C’était l’occasion de mettre à profit les ressources financières et sociales accumulées au cours des mois passés.

— Ben, même en isolement y aura des gardes, puis p’têt les prisonniers s’poseront des questions. L’idéal, ce s’rait qu’personne pense à s’poser des questions. L’idéal, ce s’rait doubler les traces papiers avec une intervention plus en profondeur. J’veux dire, tu sais…

Abban passait par des tours et des détours pour formuler sa suggestion.

— … l’idéal, ce s’rait d’utiliser un très bon mentaliste.

Pour convaincre tout un pénitencier de l’existence de longue date d’un prisonnier sorti de nulle part, il allait même leur falloir un sacré bon mentaliste, du genre qui ne courait pas les rues. Ça ne laissait pas trop de mystère quant à la personne qu’Abban avait en tête, mais comme l’Irlandais n’était jamais certain de l’état des relations entre sa jumelle et Alex, il se hâta de proposer une alternative.

— ‘Videmment, on peut aussi l’renvoyer d’là où i’ vient, mais ça veut dire l’rapatrier à Dublin. Ou… Je sais pas. Trouver un autre moyen. Thabo, il aura p’têt une idée.

Le Sud-Africain n’était pas vraiment un grand spécialiste des intimidations et des coups montés, c’était un peu loin de son domaine ordinaire d’expertise, mais il avait vécu suffisamment longtemps au sein du Cartel pour avoir à peu près touché à tout.

— Comment tu…

Le croissant restait là, à moitié entamé, sur son plateau. Abban à la place jouait machinalement avec la cuiller dans son thé.

— Comment tu l’as ram’né d’Dublin ? J’veux dire, il a des papiers solides ou c’est comme nous ?

Les jumeaux avaient eu des passeports provisoires, une identité d’emprunt superficielle, le temps de passer les deux douanes, irlandaise et étasunienne, avant de disparaître dans Star City. Là, Abban ne s’était jamais soucié de construire une identité solide et détaillée — encore moins depuis que Thabo pouvait leur servir de prête-nom dans leurs rares démarches officielles, autour du Malachi Road.
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Message posté : Mar 16 Déc 2014 - 16:54 Message
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Aishlinn manqua de s’étouffer avec un bout de croissant qui, finalement, tomba sur le sol après une dématérialisation contrôlé. Elle n’allait quand même pas mourir à cause d’un bout de croissant coincé dans la gorge, pas avec son pouvoir, ni avec celui de son jumeau. Cela aurait été profondément décevant. Et ce n’était pas la réapparition d’Abban qui avait créé cette situation, ça lui semblait tellement normal qu’elle avait cessé de sursauter depuis un bon moment. Non, en fait, son problème avait été d’entendre Abban parlé d’Alex.

Ce mentaliste était aussi sensible qu’une boite de conserve oubliée dans un placard depuis des années. Alors ouais, il pouvait faire croire n’importe quoi à n’importe qui. Mais ça se trouve, il mettrait aussi d’autres idées tordues dans la tête de gardiens de prison. Puis, tient, pourquoi pas dans la tête des jumeaux ? Les mentalistes, sérieux ça craint. Alex, c’est encore pire que tous les mentalistes réunis. Elle lui accordait seulement le bon point qu’il méritait pour lui avoir permis de retrouver Abban quand il avait été embarqué ailleurs.

« Alex ? Sérieus’ment ? » Elle ouvrit de grands yeux en direction d’Abban. « Il est carr’ment flippant c’type. »

Elle ne comprenait pas trop ce qu’Abban appréciait avec Alex, peut-être que c’était à elle d’essayer de faire des efforts, de baisser un peu ses préjugés sur le mentaliste pour essayer de voir ce que voyait Abban. Mais elle se passa de dire à son jumeau qu’elle ne comprenait pas cette relation. La dernière fois qu’elle avait critiqué les relations de l’Irlandais, il avait fini par se séparer de Jake – et, oui, elle se sentait fautive.

« Puis si on lui d’mande un coup d’main, il va en parler à Lukaz, qui va en parler à Su’, qui va… dans deux jours tout Star City va être au courant. »

Déjà que venir dire à Abban qu’elle avait été stupide n’était pas évident. De devoir le dire à Thabo, pas plus évident. Elle n’avait pas envie que toute la ville sache qu’elle avait un fichu problème et qu’elle était assez bête pour croire que l’amour paternel pouvait exister dans toutes les circonstances. Cela dit… parce qu’il fallait pouvoir être objective de temps en temps, il était clair que de pouvoir s’assurer que personne ne s’interroge n’était pas un détail à exclure.

« T’as pas un autre mentaliste qu’peut faire ça dans tes contacts ? »

Une façon de dire qu’elle n’était pas contre cette idée mais qu’elle préférait se tourner vers quelqu’un d’autre, tout en sachant qu’il n’y aurait pas meilleur résultat que celui d’Alex. Des fois, elle n’aimait pas trop qu’Abban ait de bonnes idées.

« Et non, il n’a rien d’solide comme papiers. » Autant revenir à l’essentiel, le temps de peut-être devoir se faire à l’idée d’un Alex dans cette affaire. « C’est comme nous, il m’fallait quelqu’chose rapid’ment donc ça a été survolé. »

Pour sa défense, elle ne pensait pas avoir besoin de le renvoyer quelque part. Dans sa vision idyllique, tout aurait du bien se passer, elle aurait eu le temps de lui faire une identité plus solide et elle vivrait dans le monde merveilleux des arcs-en-ciel. Elle repoussa son croissant. Trop dangereux ces petites choses.

« Un faussaire, j’en ai un. Enfin, j’en ai une. » Une charmante jeune femme aux yeux… Elle secoua la tête. « Elle fait vraiment du bon boulot. » Et ça coutait, au moins, trois bras. Mais ce n’était pas tellement le problème. « Par contre des relations dans un pénitencier… »

Ils étaient tellement fan des institutions que ce n’était pas étonnant qu’elle ne s’approche pas trop de ces personnes-là.

« Mais avec des recherches poussées, on d’vrait pouvoir savoir qui est pro pot-d’vin et qui ne l’est pas. » Elle se détestait déjà de penser à Alex pour ce genre de recherches poussées. « Mais t’sais ? j’ai d’jà pensé à l’renvoyer là-bas. Mais, ‘fait, plus ça va, plus j’me dis qu’il recommenc’ra à un moment ou à un autre. »

Qui sait ce qu’il avait déjà pu dire dans la prison où il était pour ne pas être trop malmené ? Enfin ce n’était que des suppositions mais, l’isolement… Disons que c’était la solution pas trop définitive tout en s’assurant d’un silence définitif.

« J’veux juste qu’ça s’arrête avant qu’ça d’vienne vraiment problématique. »

Ce n’était pas la phrase qu’elle avait envie de dire avec toute la joie du monde mais, en réalité, elle voulait éviter les ennuis à Abban et son ascension. A se demander comment elle avait pu oublier où était sa priorité. C’était peut-être qu’on devait foutre au fond d’une cellule.

« J’ai même pensé à l’envoyer dans une autre dimension mais… » Elle secoua la tête. « J’suis pas douée avec les portails et, j’vais pas d’mander un truc comme ça à Adrian. » Elle laissa passer un soupir, un peu résignée. « Tu d’vrais p’t-être allez chercher Alex. »
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Message posté : Jeu 18 Déc 2014 - 14:31 Message
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— Il est pas flippant, il est…

Abban haussa les épaules. Chase Neutron-Grey n’avait jamais été particulièrement rassurant et Alex Kirk avait porté l’art du « je te regarde et tu te demandes si je ne suis pas en train de te tuer déjà » à un tout autre niveau, mais l’Irlandais avait fini par l’apprécier. Au moins, à ses côtés, il n’y avait pas besoin de faire d’efforts. Pas besoin de paraître normal. Alex avait un goût si prononcé pour tout ce qui sortait de l’ordinaire que ce qu’il avait de plus compliqué rendait certaines choses plus simples.

— T’sais, j’pense qu’les gens du métier sont capables d’garder un secret. J’veux dire, c’pas comme si on avait affaire à des p’tites frappes. Et puis Su’, voilà quoi, c’pas comme si…

Et Abban fit un vague geste de la main pour décrire la relation entre Aishlinn et Suzaku, qui ne lui plaisaient toujours pas, certes, mais dont il avait bien dû s’accommoder. Et il préférait encore de loin voir sa jumelle fricoter avec ce crétin de Japonais que de se retourner vers leur père. Après tout, Suzaku était de la maison et il faisait du bon travail, deux arguments auxquels Abban n’était jamais insensible.

— J’en connais deux ou trois, des mentalistes, mais j’leur fais pas forcément confiance, et j’pense pas qu’i’ soient du niveau.

À la Renarde, par exemple, il ne se voyait pas confier le moindre travail. C’était peut-être une amie de Lukaz et d’Alex, c’était peut-être une criminelle assez douée, c’était peut-être une bonne cliente, mais aux yeux d’Abban, elle n’avait rien de fiable et l’Irlandais n’aimait pas compter sur des électrons libres dans sa vie professionnelle, ce n’était pas pour les introduire en plus dans sa vie personnelle.

Pendant un temps toutefois, la conversation aborda des rivages plus familiers.

— Bon, alors, la faussaire, c’est réglée. On ira la voir.

L’argent n’était pas vraiment un problème.

— Pour l’pénitencier, j’demand’rai à César.

Les relations d’Abban avec la leader du Cartel étaient excellentes et celle-ci serait sans doute la ressource la plus indiquée pour une opération si près du système judiciaire.

— J’aurai pas b’soin d’rentrer dans les détails, j’dirai qu’c’pour l’boulot.

César ne posait pas trop de questions quand elle avait confiance — elle savait que chaque criminel individuel, comme le Passeur ou la Pie, avait besoin de sa marge de manœuvre et leur participation volontaire au Cartel, sur laquelle reposait une partie de l’équilibre délicat de l’organisation, était assez importante pour que cette marge de manœuvre fût aussi entretenue par celle-ci.

L’hypothèse d’une autre dimension offrait le mérite d’être plus expéditive et plus radicale, et l’un comme l’autre, ils connaissaient la personne la plus appropriée pour ce genre de choses. Abban releva les yeux vers sa jumelle. Et hocha la tête, avant de sortir son téléphone. Il composa rapidement un message qui partit en direction de Fallaenn. La maison de Solar et Noctis était l’un des nombreux endroits où le jeune homme ne se téléportait pas à l’improviste : aucune envie de se faire désintégrer par un système de sécurité inattendue.

Le portable vibra, Abban jeta un coup d’œil au message laconique — « OK » — qui l’autorisait à venir.

— J’reviens.

La seconde suivante, il apparaissait à côté d’un Noctis assis en tailleur, en lévitation, dans le froid u petit matin, sur le falaise, devant l’océan.

— La vache, on s’les pèle.

Noctis, qui va changer de couleur d’écriture, sinon ça va devenir illisible, esquissa un sourire.

— Ça revigore.
— Euh. Ouais. Sans doute. Tu peux v’nir à la maison cin’ minutes ?

Le mentaliste ouvrit un œil. Avant de se relever.

— J’te…

Abban et Alex apparurent dans la cuisine.

— … suis.

Alex remercia intérieurement sa propre pratique des voyages dimensionnels, qui lui permettait de survivre aux téléportations à l’improviste d’Abban. Son regard se posa sur Aishlinn.

— Salut…

Le ton était prudent et spontanément pas très chaleureux : ses relations avec l’Irlandaise relevaient plutôt du néant.

— Ça s’rait possible d’envoyer quelqu’un dans une autre dimension pour nous ? T’veux du thé ?
— Euh. Oui. Non. Merci.

Alex enfonça les mains dans les poches de son pantalon de jogging. Ses yeux passèrent d’Aishlinn à Abban, d’Abban à Aishlinn.

— Pardonnez le commentaire, mais de votre part, c’est une mesure un peu… radicale.

Les jumeaux n’étaient pas réputés pour leurs solutions violentes et même si celle-ci, techniquement, n’attentait guère à l’intégrité physique de la mystérieuse cible, elle impliquait de l’arracher à son monde, à sa famille, à tout ce qu’il connaissait, pour le jeter dans un ailleurs plus que lointain.

— Si vous avez des problèmes, je vous aide, la question n’est pas là.

La solidarité métahumaine et le sens de l’amitié étaient deux traits particulièrement prononcés chez Alex et il avait d’ailleurs accepter sans ciller la demande d’Abban.

— C’est juste… On veut un truc un peu définitif. On veut qu’i’ s’fasse oublier.
— D’accord…

Vu l’air embarrassé des Jumeaux, Alex se risqua à une hypothèse guère difficile :

— Vous parlez de votre père ?

Abban hocha la tête.

— Je vois.

Enfin, façon de parler : les parents, ce n’était pas sa grande spécialité.

— C’compliqué. Il nous fout dans la merde, faut qu’ça s’arrête.

Abban passait soigneusement sous silence la responsabilité de sa jumelle dans toute l’histoire.

— Vous savez qu’il peut aussi vous oublier. C’est une solution moins… plus… Je ne sais pas. Mais c’est possible aussi. Définitif, cela dit.

Comme il n’était pas mentaliste, Abban n’avait pas envisagé cette possibilité. Supprimer leur existence de l’esprit de leur père ? Assurément, après ça, il ne risquait plus de vendre leur aide à qui voudrait bien l’entendre. Mais cette perspective avait quelque chose d’un peu refroidissant.
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Message posté : Mer 7 Jan 2015 - 12:15 Message
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Encore heureux qu’il n’est pas proposé Ginger pour les aider, c’était un coup à voir Aishlinn arracher les yeux de quelqu’un, sans même avoir besoin d’utiliser son pouvoir. A bien y réfléchir, elle préférait de loin Alex que cette fille. Les choses commençaient donc à se dessiner doucement, jusqu’à ce qu’Abban disparaisse pour revenir, quelques secondes plus tard avec Alex. Aishlinn joua avec son croissant, sans vraiment relever la tête vers le nouvel arrivant.

« ‘lut »

Le minimum de politesse demandé dans ce genre de circonstance. N’empêche qu’elle se demanda pourquoi elle le détestait tant. Après tout, il l’avait quand même aidé à retrouver Abban, ça aurait dû être un putain d’argument en sa faveur, non ? Mais, elle ne savait pas trop, elle l’avait trouvé trop insensible sur place ou, du moins, bien plus préoccuper par le sort des machines que des gamins. Puis peut-être qu’elle jalousait un peu la relation qu’il commençait à avoir avec Abban alors qu’elle déconnait plein tube de ce côté-là.

« Hors d’question ! »

Elle sembla se réveiller d’un coup, lâchant son croissant du regard et des bouts des doigts pour relever son regard sur les deux autres dans la cuisine. Au moins, on ne pouvait pas faire plus catégorique que la réaction qu’elle venait d’avoir.

« On n’touche pas à son cerveau. Tu n’touches pas à son cerveau. »

Oui parce que, dans les faits, c’était Alex qui allait faire quelque chose. Elle, tout ce qu’elle pouvait faire avec un cerveau c’était de le sortir d’un crâne, et c’était beaucoup trop crade et définitif comme solution. Et Abban… Ben, Abban, il pouvait en venir au même résultat qu’elle avec sa téléportation. Cela dit, il devait pouvoir faire ça plus proprement qu’elle. Aishlinn secoua la tête de manière vraiment négative.

« Qu’ce soit clair, j’veux pas qu’il oublie. » Son regard alla vers Abban. « Pas qu’j’compte changer d’avis un jour, hein. » Autant être clair sur ce point-là. « Mais j’veux qu’il se souvienne, j’veux qu’il sache qu’on était sa seule échappatoire, sa solution à tout et qu’il a perdu ça. »

Patrick avait fait l’erreur de s’en prendre, indirectement, à Abban et ça avait une fâcheuse tendance à rendre Aishlinn plus qu’irritable, voire mauvaise quand il s’agissait de trouver une solution pour régler le problème.

« C’est juste trop facile d’lui faire simpl’ment oublier. » En guise de bonne foi, elle posa un court instant son regard sur Alex. « J’dis pas ça contre toi. » Ce n’était pas de faire oublier qui était simple mais bien le fait que son père vivrait tranquillement sans souvenirs. « J’veux qu’il vive avec ça. »

Peut-être qu’elle espérait qu’il finirait par comprendre ce qu’il avait fait, qu’il regretterait. Et, là, à ce moment bien précis, elle ne comptait pas revenir vers lui mais espérait bien qu’il devrait vivre avec ses regrets. On ne s’en prenait pas à Abban.

« J’vote pour une autre dimension. »

Puis cette solution permettait de ne pas avoir affaire avec la faussaire, ni à César. Pas qu’elle avait quelque chose contre cette dernière – quoique, en réfléchissant bien, elle pourrait trouver plein de choses à dire – mais, au moins, Abban ne se redevable de rien à cause de Patrick. C’est vers Alex qu’elle posa son regard.

« T’as b’soin d’quoi pour faire un portail ? »

S’il n’avait besoin de rien, elle comprendrait mieux pourquoi elle lui en voulait. Un an qu’elle se prenait la tête avec des cours de magie, à s’entrainer dans une salle, à apprendre des nouveaux sorts et lui, le télépathe, pouvait faire un portail en claquant des doigts. Foutu monde injuste.
Elle revint sur Abban.

« On l’emmène là-bas, on laisse et après on s’occupe des gens a qui il a parlé. »

Elle regard un bref instant Alex avant de revenir sur Abban… Mouais, peut-être que là, la solution de facilité était encore de faire oublier Patrick dans l’esprit des gens à qui il avait promis des choses. Est-ce que trop en demander à Alex n’était pas dangereux ? Mouais, déjà s’occuper de Patrick, elle aurait le temps de réfléchir à cette solution.

« Il est encore dans notre ancien appart’ment, t’veux bien aller l’chercher ou t’veux qu’je le fasse ? »

Ce serait plus long mais elle comprendrait s’il ne voulait pas avoir trop de contact avec lui. Aishlinn en avait oublié l’existence de son petit déjeuné, les larmes qu’elle avait pu avoir un peu plus tôt et la déception ressentie s’était transformée en une haine certaine vis-à-vis de son paternel.

« Alex, dans l’idéal, j’voudrais un monde où il n’aurait plus ses repères habituels. C’possible ? »

Il devait bien pouvoir faire preuve d’inventivité, non ?
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Message posté : Jeu 8 Jan 2015 - 18:28 Message
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Alex leva les mains en signe d’acceptation quand Aishlinn repoussa nettement l’idée d’une amnésie sélective. Après tout, ce n’était pas tellement son affaire : il se contentait d’être l’instrument efficace des volontés des jumeaux. Le mentaliste n’était pas vraiment du genre à s’immiscer dans la vie privée de ceux qui l’entouraient ni à contredire les décisions qu’ils prenaient pour la gouverner. Il se permettait deux ou trois conseils avec Charlie, et encore, de vagues et en de très rares occasions. Sa curiosité n’était jamais insistante et il s’estimait de toute façon beaucoup trop inexpérimenté en matière de famille pour juger ses opinions en la matière préférables à celles des autres.

Du reste, la volonté d’Aishlinn était parfaitement claire et parfaitement compréhensible. Elle voulait une vengeance édifiante, quitte à ne pas pouvoir en profiter. Ce serait donc une autre dimension : le Multivers ne manquait pas de lieux d’asile.

— Besoin de rien. Cela dit, c’est pas vraiment…

Un portail. Ses portails, pour l’heure, ils étaient instables et destructeurs — or, Alex doutait que les jumeaux voulussent engloutir Nalebo Hall dans un trou noir de sa conception. Mais il jugea que l’heure n’était pas à un cours de physique hautement spéculative et il se contenta de hausser les épaules.

— Faudra juste le faire se tenir tranquille pendant quelques secondes, le temps de passer de l’autre dimension, mais ça ne devrait pas être un problème.

Pendant ce temps, Abban sondait silencieusement sa propre conscience. Le jeune homme ne prenait jamais les décisions graves aux implications morales complexes à la légère. Alors il voulait s’assurer qu’ils étaient fondés à prendre les mesures qu’Aishlinn proposait — et surtout, s’il s’en sentirait, de son côté, coupable. Il lui semblait que tout cela n’était pas déraisonnable. Après tout, s’ils avaient un jour des regrets — il en doutait — ils pourraient demander à Alex de rapatrier leur père.

— J’vais l’chercher. J’vous r’trouve dans l’une des salles, en-d’ssous.

« En d’ssous », c’était les sous-sols secrets de Nalebo Hall, où les jumeaux et Thabo entreposaient leurs équipements et certaines pièces de leur butin, où se trouvaient aussi leurs lieux d’entraînement. Certaines salles vides pouvaient fort bien faire office de cellules ou de salles d’interrogatoire, même si Abban soupçonnait qu’elles n’avaient pas beaucoup été utilisés : Thabo n’était pas du genre à détenir des gens dans sa cave. Au moins Patrick ne pourrait pas s’enfuir — si toutefois on pouvait échapper à la vigilance combinée des Jumeaux et de Noctis.

Le téléporteur ne disparut pas immédiatement. Il lui fallut quelques secondes pour rassembler ses esprits, en quelque sorte son courage, se composer un visage égal et se préparer à affronter son père. Il prit une profonde inspiration, adressa un sourire un peu crispé à Aishlinn et, la seconde suivante, il apparaissait dans le salon de leur ancien appartement. Alex, dans la cuisine, en face de la jeune fille, n’était pas vraiment très à son aise.

Pour éviter qu’un silence pesant ne s’installât, il décida de répondre à la dernière question de l’Irlandaise.

— J’connais une dimension qui ressemble à peu près à la Terre, j’veux dire, niveau climat tout ça, mais genre, médiéval. Pas d’électricité, pas d’égout, quasi que la campagne. Et ils ne parlent pas anglais, ça, c’est sûr. Niveau perte de repères, je crois que c’est pas mal, sans aller chercher dans le…

Alex chercha le mot approprié. S’il savait fort bien la position d’Abban à l’égard de la violence et des mesures expéditives, il ignorait si Aishlinn partageait ou non toutes les répugnances morales de son jumeau.

— Disons qu’il y a des dimensions plus atypiques et plus inhospitalières, mais vu les conditions, ce serait plus ou moins comme un arrêt de mort à peine retardé.

Et prudement, il ajouta :

— Cela dit, c’est possible aussi, évidemment.

Parce que sur la question, c’était Aishlinn surtout qui avait l’air de mener la danse, ce jour-là, et la jeune femme était de toute évidence remontée.

Abban, lui, observait Patrick assoupi devant la télévision. C’était un bien piètre spectacle. L’envie de l’expédier sans plus attendre onze kilomètres dans l’atmosphère était bien présente. L’Irlandais parcourut du regard cet appartement dans lequel il avait vécu avec sa jumelle et que celle-ci avait offert à Patrick — lequel l’avait transformé en son repère. L’endroit était un douloureux symbole du fossé qui s’était ouvert entre Aishlinn et lui.

La télévision disparut, pour s’écraser quelques mètres plus haut, dans un cour intérieure. Patrick grogna, changea de position, grogna à nouveau et ouvrit enfin les yeux dans un soupir alcoolisé. Le temps pour lui de faire le point et il accueillit son fils cadet en ces termes :

— Qu’est-ce t’fous là, toi ? Elle est où, l’autre ?
— L’autre…
— Ouais.

Patrick s’extirpa péniblement de son sofa et se gratta le bas du dos. La mâchoire d’Abban se contracta.

— Reste pas planté là. Fais moi un café.

Le plancher craqua sous les pas de Patrick — et, comme la Nature est toujours riche en miracles, de ce bois mort naissait de petits branchages, et ces tiges poussaient rapidement, très rapidement. À vrai dire, en quelques secondes, l’homme se retrouva empêtré dans un buisson roncier férocement constricteur. Les yeux d’Abban étaient devenus d’un vert émeraude.

L’Irlandais murmura en français :

— Aussi barbare époux qu’impitoyable père…
Spoiler:
 

Patrick aurait sans doute aimé répondre quelque chose, mais une branche pleine d’épines entourait sa gorge et se resserrait lentement. La Pierre Orphique était beaucoup moins qu’Abban l’apôtre de la non-violence — mais Abban était beaucoup moins, depuis qu’il s’entrainait avec Adrian, la marionnette de son artefact. Le jeune homme ferma les yeux, inspira, les rouvrit : ils avaient retrouvé leur couleur habituelle. Le buisson de ronces s’enfonça à nouveau dans le parquet et Patrick tomba à genoux, le corps couvert d’éraflures.

— Espèce… de…

Les deux Irlandais disparurent et Patrick lâcha son dernier mot sur le sol immaculé d’une pièce épurée.

— … monstre.

Abban tourna le regard vers Alex, puis Aishlinn. Le premier s’abstint de formuler toute question à propos de l’état dans lequel Abban avait ramené son père.

— Ce sera quand vous voulez. Vous voulez venir voir aussi ou je me contente de l’embarquer ?
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Message posté : Mar 20 Jan 2015 - 19:59 Message
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Aishlinn, avant le départ d’Abban, chercha à l’encourager dans un regard, préférant oublier que pendant un instant elle allait devoir se retrouver seul avec Alex. Elle se raisonna en se disant que ça serait beaucoup moins éprouvant pour elle que pour Abban qui avait la tâche délicate de se retrouver face à leur père. Après son départ, elle avait quitté sa chaise haute avec l’idée de se rendre dans les sous-sols mais Alex fut plus rapide qu’elle en reprenant la parole sur les différents lieux où il pouvait emmener leur père.

« L’but c’pas d’le tuer, hein, ça reste… » Leur père. « Ça reste une personne. »

Aishlinn n’allait pas se mettre à tuer la première personne venue juste parce qu’elle avait un problème avec. Ça n’avait jamais fait partie de sa philosophie et elle ne comptait pas s’y mettre maintenant. La seule personne qui avait failli lui faire manquer à cette jolie morale, c’était il y a plus d’un an quand un type s’en était pris à Abban de la pire façon qu’il soit selon elle. Il n’était pas question de condamner Patrick.

« L’genre médiéval, c’est bien. Puis franch’ment, c’est juste l’horreur là-bas pour l’hygène. Un bain par mois ? Non mais sans déconner, puis v’là comment ils galèrent pour avoir un semblant d’eau chaude. Une vraie plaie. »

Bon, pas sûr que ce genre de détail puisse perturber son père mais elle, en tout cas, ça l’avait marqué. Ça et les longues balades à cheval qui faisaient vraiment mal. Elle secoua la tête pour oublier la ville ses souvenirs de Raz-le-bourg et de sa capitale, des mondes médiévaux ils devaient y en avoir des tas, il y avait peu de chances qu’il envoie Patrick dans celui où elle était connue comme une sœur.

« Vas-y, on descend. »

Abban était plutôt du genre rapide dans ses téléportations et, du coup, histoire qu’il ne patiente pas tout seul avec leur père, Aishlinn décida d’accélérer un peu la descente. En passant à côté d’Alex, elle monta sur la pointe des pieds pour aller poser une main sur l’épaule du mentaliste et, à coup de dématérialisation, ils arrivèrent rapidement dans les sous-sols. Sans plus d’informations elle se dirigea vers une salle qu’elle ouvrit pour laisser entrer Alex et, après une petite attente, les deux autres Mac Aoidh firent leur apparition dans une fin de phrase prononcée par Patrick.

L’État de son père était difficile à ne pas voir et, sur le coup, elle posa un regard interrogateur à Abban avant de secouer la tête pour dire qu’elle ne voulait pas savoir. Le père Mac Aoidh avait beau être profondément stupide, il y avait quand même des choses qu’il comprenait. Et là, voir ses deux rejetons, plus une autre personne, ça ne sentait pas très bon. Du coup voilà que gentil papa essayait de cacher son animosité pour poser un regard tout malheureux sur sa fille.

« Aishlinn, ma chérie, dis-moi ce qu’i s’passe. Ton frère a essayé d’me tuer, t’sais ? »
« Jumeau. »
« Hein ? »

Dans un hochement de tête elle essaya de faire comprendre à Alex qu’il pouvait faire son truc et se retourna vers Patrick devant qui elle s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Même pas foutu de se relever ce type, vraiment, elle ne comprenait pas comment elle avait réussi à voir quelque chose de bien chez lui… Ou peut-être que ça reviendrait avec le temps et que là elle était seulement aveuglée par ce qu’il avait fait. Peu importe, elle ne voulait pas se poser de questions.

« Abban c’pas mon frère mais mon jumeau, une notion qu’tu sembles pourtant bien comprendre dans certaines situations. »
« J’comprends pas, qu’est-ce qu’i s’passe ? »
« On règle juste un problème. »

Là, pour le coup, Patrick décida de se relever ce qu’elle fit aussi et il commença à s’agiter, cherchant une issue de secours comme il le pouvait. Alex n’avait-il pas dit que Patrick devait rester calme pour l’envoyer ailleurs ? L’Irlandaise soupira et sortit un stylo de sa poche pour se mettre à dessiner un symbole sur le dessus de sa main gauche, quelques mots prononcés avec et voilà que Patrick se figea sur place.

« Au moins, il est calme, non ? » Elle posa son regard sur Alex. « Il faut au moins qu’j’y aille, j’sais pas trop combien d’temps ça dure. »

Et bon, elle n’allait pas le laisser statique pendant un temps incertain parce que, là aussi, c’était un peu signer son arrêt de mort. Sur le coup, elle allait dire à Abban qu’il pouvait rester là, s’il le voulait, qu’ils n’en avaient pas pour longtemps mais elle ravala sa phrase. Il était temps de retrouver ce jumeau qu’elle avait un peu perdu. Plutôt que de lui proposer de rester, elle s’approcha et lui prit la main, histoire de lui faire comprendre qu’elle voulait faire ça avec lui… Et, forcément, avec Alex aussi.
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Message posté : Mer 21 Jan 2015 - 18:01 Message
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Patrick était figé, Abban s’était collé à Aishlinn et Alex regardait cette dernière d’un air songeur. Il savait approximativement, par Abban, qu’elle pratiquait la magie mais le Mac Aoidh ne lui avait pas donné beaucoup de détails sur la question, à la fois parce que ça ne le concernait pas tellement et qu’il n’y comprenait pas grand-chose. Voir Aishlinn utiliser la magie pour obtenir un effet a priori identique à celui qui aurait été le sien, grâce à un pouvoir, voilà qui le ramenait à ses réflexions, partagées un jour avec Adrian, sur le caractère fluide de certaines compétences psi.

— Hmoui, bref. On y va. Personne ne gigote dans tous les sens.

Son regard se posa en particulier sur Abban. Celui-ci ne l’écoutait pas de toute façon. Il était occupé à souffler à l’oreille de sa jumelle, juste au cas où le moindre doute persistât dans l’esprit de celle-ci :

— J’ai pas essayé d’le buter, hein. C’juste… hmm…

Il préférait se taire, parce que le monde commençait à se tordre dans tous les sens et que, s’il était habitué aux joies (selon lui) de la téléportation, il n’en allait vraiment pas de même pour les affres des voyages dimensionnels. La méthode de Noctis avait beau être relativement indolore, ce n’était tout de même pas aussi simple qu’un portail et elle n’en laissait pas de paraître un peu étrange. Les trois passagers du mentaliste passèrent ainsi d’un grand moment de flou à celui d’une obscurité complète, sans sens, sans sensation aucune même, qui fut suivie de la constitution progressive d’un monde nouveau.

— NASHALOM TEBE EKHTEM ! NASHALOM AKH’LEM !

Le champ de bataille s’ouvrit soudainement en deux et le précipice se creusa en quelques secondes, pour séparer les deux camps par un gouffre profond. Les super-réflexes d’Abban n’attendirent pas l’effondrement du bord de ce nouveau relief pour se déclencher : le jeune homme attrapa le vêtement d’Aishlinn et la tira en arrière, tandis que Patrick et Alex s’éloignaient à toute vitesse de l’autre côté.

Des volées de flèches passaient au-dessus de leurs têtes. Une voix féminine s’écria :

— Yakhtam !

Il y eut un son étrange, comme si un immense élastique était tendu et soudain détendu, puis les flèches tombèrent comme une pluie de bois et de métal sur le champ de bataille. La même voix grondante qui les avait accueillis alors qu’ils avaient débarqué à l’improviste sur le champ de bataille se mit à lancer de nouvelles imprécations et bientôt le ciel se remplit de nuages pourpres. La bataille faisait rage — de toute évidence, elles opposaient deux partis armés et chacun avait son propre mage.

Alex n’avait pas menti sur l’ambiance médiévale : les montures des chevaliers en armure piaffaient de chaque côté du précipice, des archers assez semblables aux grands archers anglais étaient désormais debout et désœuvrés sur des buttes. Au bord du précipice, de part et d’autre, une figure unique. D’un côté, celui d’Aishlinn et Abban, un vieux qui ressemblait décidément beaucoup, avec son bâton à pierre luminescente, à Gandalf ; de l’autre, une femme qui avait l’air beaucoup plus jeune (mais comment savoir si elle l’était vraiment ?) et qui n’était pas très habillée, comme si sa tenue avait été dessinée par un créateur de jeux vidéos pour adolescent.

Abban ne tarda pas à penser rejoindre Alex et Patrick, mais bientôt, la voix du mentaliste résonna dans ses pensées comme dans celles d’Aishlinn.

* J’sais pas vous, mais j’ai pas envie d’me faire frapper par je sais pas quel Expelliarmus perdu, alors j’suis d’avis qu’on fasse profil bas, niveau pouvoir. *

Le ciel grondait au-dessus d’eux et des boules de feu roulaient à quelques mètres au-dessus des soldats. Abban trouva les arguments d’Alex assez solides. Cela dit, ils ne pouvaient guère espérer passer inaperçus, accoutrés comme ils l’étaient. Pas indéfiniment, en tout cas, même si pour l’heure, les belligérants étaient légitimement plus préoccupés par l’enfer qui se présageait dans le ciel que par le sens de la mode des nouveaux arrivants.

Soudain, une vive lumière, blanche et non plus pourpre, perça les nuages de feu et une étrange et céleste musique résonna sur le champ de bataille. Tout autour des voyageurs dimensionnels, des murmures s’élevèrent, qui se répétaient, un peu comme un psalmodie. Les nuages magiques se séparèrent en deux et une figure humaine à première vue se distingua dans les airs. Humaine ? Pas tout à fait. Aux deux ailes immaculés on reconnaissait un ange. De part et d’autre du précipice, les armés mirent genoux à terre.

Abban fixait les yeux écarquillés et la bouche bée cette manifestation pour lui divine. L’ange tint un bref discours avant de remonter et de disparaître dans un ciel qui avait retrouvé un aspect plus normal. Les deux mages avaient baissé les bras ; les armés commencèrent à s’en retourner. Abban, lui, continuait à fixer le ciel, subjugué.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 13:38 Message
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Tout ce qu’elle avait eu le temps de faire, avant de quitter le Nalebo Hall, ce fut de serrer un peu plus la main d’Abban. Juste pour lui dire qu’elle le croyait, qu’elle ne s’inquiétait pas de ce qu’il avait fait et que, de toute façon, Patrick avait perdu tout bénéfice du doute. C’était lui le menteur, n’est-ce pas ? Des interrogations qui n’eurent plus tellement leur place dans ce champ de bataille trouvé et une séparation des troupes qui n’avaient pas été réfléchie, juste un réflexe. Heureusement qu’Abban était là et en avait des bons, de réflexes.

Pour le dépaysement, Alex avait tout bon. Aishlinn ne comprenait pas ce qui se passait, ni sur quoi elle devait se focaliser, jusqu’à l’arrivée divine. Là, au moins, tout le monde s’accordait pour regarder vers le ciel. Ça lui semblait bizarre, à elle, quand même. Deux camps se foutent sur la tronche et, hop, après tout le monde baissent les armes. Limite, dans deux heures, ils seraient tous en train de boire un verre ensemble à la taverne du coin. Aishlinn était bien moins prompte à croire aux interventions divines qu’Abban, elle penchait plus vers un sort, une sorte d’illusion envoyée par un camp ou l’autre afin de calmer les ardeurs de tout le monde.

Pendant qu’Abban restait les yeux rivés sur le ciel, Aishlinn se détourna pour faire face à Gandalf, qui n’était pas Gandalf mais qui lui ressemblait – les créateurs de leur monde n’inventaient plus rien, ils piochaient juste leurs idées dans d’autres mondes, pfff. Déception. Mains en évidence, histoire de montrer qu’elle n’avait rien d’hostile, elle fit deux pas dans la direction du mage.

« ‘Lut, dites, c’qu’vous z’êt… Aioutch ! »

L’homme venait de lui envoyer la paume de sa main sur le front, une lueur blanche passant de cette main à son crâne. La douleur n’avait pas été bien grande mais assez surprenante, cela dit la douleur étant partagée en deux, ça devait aider.

« ‘Tain mais ç’va pas, z’êtes dingue, prév’nez avant d’faire c’genre d’trucs. »
« Étrange. »

L’homme ne porta pas vraiment d’attention à Aishlinn, il regarda avec une interrogation non feinte la paume de sa main, ne comprenant visiblement pas quelque chose.

« Cela fonctionne bien d’habitude. »

Ce sort de traduction, ce n’était pas la première fois qu’il le faisait. Jusqu’à présent le résultat escompté avait toujours eu lieu, les gens le comprenaient et, en retour, ils les comprenaient parce que, sans qu’ils ne s’en rendent compte, les gens communiquaient dans sa langue. Mais là, cette inconnue continuait de parler de manière trop étrange, il y avait bien des sonorités qu’il comprenait mais, de toute évidence, il avait à moitié foiré son sort.

« J’sais pas c’qui fonctionne d’hab’ mais ç’fait mal vot’ truc. »
« Vous me comprenez ? »
« Ben ouais. »

Euh… Elle cessa de se masser le front en levant les yeux vers l’homme. Oui, elle le comprenait ce qui, de toute évidence n’était pas normal puisque, pendant la bataille, tout le monde parlait dans une langue qui lui était inconnue.

« Z’avez fait quoi ? Parc’qu’franch’ment c’… AOUTCH ! » Mais il allait arrêter de lui frapper le front ce type ? « Z’avez un p’tain d’problème. »
« Vraiment étrange. » Il secoua la tête. « Le problème doit venir de vous. »

D’elle ? Non mais pour qui il se prenait ? C’était lui qui ne devait pas être assez doué – ou qui avait sous-estimé l’accent que pouvaient avoir des Irlandais. Mais le mage, persuadé de ne rien pouvoir tirer d’Aishlinn se rapprocha d’Abban, dans un sourire bienveillant et balança quelques mots qui visaient à le rassurer, ce qui n’était peut-être pas compris par Abban.

« Aie mais, sans dec’ mec ! »

Ce fut au tour d’Abban d’être frappé par l’homme pour qu’il puisse faire son sort de traduction sur un sujet probablement mieux qu’Aishlinn. Bon, il ne comprit pas tellement pourquoi la fille avait senti le choc dans la mesure où il ne l’avait même pas touché. Le mage ignora Aishlinn pour se concentrer sur Abban.

« Sur vous, je suis certain que ça fonctionne très bien, après tout vous avez été sensible à l’apparition de l’ange Al’Idris, contrairement à… » Il fit un geste vague en direction d’Aishlinn. « L’autre. »

Ce qui sonnait tellement comme une insulte que l’autre en question dû retenir de lever son majeur juste pour lui faire comprendre ce qu’elle en pensait. Persuader qu’Abban était un bien meilleur sujet qu’Aishlinn et que son sort fonctionnerait très bien sur lui, l’homme continua de s’adresser à lui.

« On vous attendait. La prophétie dit que, quand les cieux s’ouvriront sur la messagère entre les Dieux et nous, l’Étranger viendra pour rétablir les forces sur notre monde. »

Objection votre honneur, eux ils venaient seulement pour déposer quelqu’un qui, de toute évidence, ne méritait aucune prophétie. Il y avait erreur sur les personnes.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 15:41 Message
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— Maïeuh… Non mais sérieux, v’z’êtes un putain de psychopathe. On vous en fout, nous, des torgnoles dans la tronche ?

De l’autre côté du fossé…

— Oui, maître…
— Relevez-vous…

Noctis acheva de se masser la tempe. Apprendre une langue en cinq secondes grâce au transfert de connaissances, c’était assurément très pratique — et très douloureux. Mais il avait l’habitude des migraines et cela ne l’avait pas empêché de convertir la mage de l’armée, qui en était de toute évidence, en même temps, la commandante en chef. Celle-ci était venue droit à lui et pour cause : le plan du profil bas avait eu une faille considérable — Alex était le seul homme à la peau noire de toute l’armée et, à en juger par la manière dont on le regardait, de tout le coin.

Patrick avait essayé de profiter de la confusion pour se faire la malle et c’était pourquoi il se trouvait désormais retenu par deux musculeux belligérants, qui attendaient les ordres de Maël-Naya, la commandante en cheffe, elle-même inféodée à l’Étranger — celui de la prophétie, de toute évidence.

Le même titre que l’on venait de décerner, mais avec moins de déférence, aux Jumeaux malmenés.

— Ouais, alors, nous, tu vois, on rétablit rien du tout. Y a pas marqué l’ONU, là, hein…

Abban désigna son front, qu’il avait douloureux. Tout ce dont il avait envie, désormais, c’était de chopper Alex et de s’enfuir sans demander son reste. Un coup de tonnerre retentit au-dessus d’eux et il se mit à pleuvoir. Abban poussa un soupir résigné.

— ‘Tain, génial, en plus, j’vais ruiner mes pompes, paie ton excursion…
— C’est la Pluie des Dieux, qui apaise le cœur des hommes, ainsi que l’annonce la prophétie.
— Pour l’cœur, j’sais pas, mais pour les ch’veux, c’est la mort…

Gandalf leva les deux bras vers le ciel. Ça devait être une sorte de salutation. Et puis, tout autour d’eux, les guerriers commencèrent à s’écrouler sur le sol — pareil, dans le camp d’en face. Abban agrippa la main d’Aishlinn.

— Euh… C’est normal ?

D’accord, elle n’en avait sans doute aucune idée mais c’était elle, après tout, la magicienne des deux. De l’autre côté, Patrick venait de s’évanouir dans les bras de ses gardes — qui avaient à leur tour perdu connaissance. Les paupières lourdes d’Alex se refermèrent et il tomba à son tour dans la boue. Les Jumeaux s’assoupirent quelques secondes plus tard. Bientôt, il n’y eut personne debout sur ce qui avait été un champ de bataille.

***

— Hmphff… d’jà eu… des croqu….ettes…

Abban leva finalement une paupière pour se rendre compte que ce n’était pas Ashan — pour une fois — qui réclamait son septième déjeuner mais un chant lointain qui l’avait éveillé. Le jeune homme se redressa sur son vaste lit circulaire chargé de coussin et s’étira, comme après une très longue nuit de sommeil. Tout autour de lui, la chambre était décorée de lourdes tentures dans un style qu’il jugeait, peut-être à tort, oriental.

On ne lui avait pas laissé ses vêtements, d’ailleurs. Nu sous les couvertures, Abban téléporta jusqu’à lui le seul vêtement de la pièce et bientôt, il se retrouva vêtu en tout et pour tout d’un pantalon bouffon. Désespéré, le jeune homme murmura :

— ‘Tain, j’ressemble à Aladdin…

En plus petit, certes. À quelques kilomètres de là…

— Super, je ressemble à Aladdin…

Alex se passa une main sur le visage. Partir faire un jogging et se réveiller déguisé dans il-ne-savait-trop-quel sérail, c’était bien des trucs qui n’arrivaient qu’à lui. Toujours était-il qu’il n’avait désormais qu’une idée unique : remettre la main sur les jumeaux et rentrer au plus vite au bercail. Il quitta donc sa chambre, imité par Abban, dans un autre palais pas si lointain.

— Euh… J’vais m’promener.

Déclara Abban à une paire impressionnante de pectoraux avec laquelle il tombe nez à tétons en sortant de sa luxueuse chambre. Il leva finalement le nez vers le visage de son garde.

— Nous allons accompagner votre Sainteté.
— Euh…

Machinalement, Abban essaya de se recoiffer, l’air de rien, parce que ce type-là était tout de même vachement bien sculpté et qu’il ne devait pas être beaucoup plus vieux que lui.

— Ouais, OK, cool.

La Sainteté interrogea donc :

— V’sauriez pas où crèche Aishlinn, du coup, des fois ?
— Vous voulez dire votre jumelle ?

Abban se fendit d’un large sourire.

— Hé, ouais, carrément, bien vu !

Enfin quelqu’un qui comprenait tout. Le garde fit un signe de tête pour désigner la porte d’en face, qu’il gardait aussi bien que celle d’Abban. L’Irlandais posa la main sur la poignée et se retourna vers le garde.

— Dites, euh… C’est quoi vot’ nom ?
— Ashir, votre Sainteté.
— Sympa. Ouais, donc, j’vais rentrer tout seul, hein, si ça dérange pas…

Parce que si Aishlinn était dans la même tenue que lui au réveil, hors de question qu’Ashir avec tous ses abdominaux posât un regard sur sa Sainteté à elle.

— Qu’il en soit fait selon votre désir…
— Ouais, on reparlera d’ça plus tard, p’têtre…

Et Abban rentra dans la chambre de sa jumelle.
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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 17:03 Message
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« Pff, j’ressemble à Jasmine… »

Voilà le seul constat qu’elle put faire en voyant son reflet dans le miroir, après avoir enfilé les seuls vêtements présents dans la chambre. Bon, au moins, personne n’était là pour l’aider à s’habiller ou à la coiffer. Bien, ici, on devait estimer qu’ils étaient capables de se débrouiller tout seul. Un nouveau soupir se fit entendre en même temps que la porte qui s’ouvrit.

« Ouais bon les gars, sont où mes vêt’m… »

Forcément, en pivotant sur elle-même, elle comprit assez vite que c’était Abban qui entra dans la chambre. Enfin…Elle dut, tout de même, ouvrir et fermer les yeux plusieurs fois pour être certaine que c’était lui. Trop peu habituel de le voir dans ce genre de tenue… Euh, c’était même une grande première.

« Wahou, c’est euh…Nouveau. »

Mais, à bien y réfléchir, Abban aurait carrément fait de l’ombre à Aladdin, il avait carrément plus de classe – et, surtout, on ne met pas en doute l’objectivité d’Aishlinn. Puis, en réalité, elle était bien trop contente de le retrouver pour faire toute une analyse sur les vêtements de son jumeau, c’était bien plus important de s’approcher et de le prendre dans ses bras.

« J’suis contente qu’tu sois là, c’était vraiment zarbe. »

Gandalf, son sort tout pourri, la pluie, et plein d’autres choses. Elle relâcha un peu Abban, gardant quand même la main de son jumeau dans la sienne, pour l’interroger sur l’absence d’Alex. Une pensée qui l’étonna, après tout, elle était supposée se foutre un peu de ce que pouvait devenir le mentaliste. Son inquiétude devait venir du fait qu’il était celui qui pouvait les ramener chez eux. Oui voilà, c’était ça et rien d’autre. Mais avant qu’elle ne l’interroge, une nouvelle arrivée un peu précipitée se fit dans la chambre.

« Navrée, vraiment navrée, je suis en retard. Très en retard. » Le regard de la jeune femme se posa sur Aishlinn. « Oh, vous êtes déjà habillée ? Ça ne va pas du tout, non, non, pas du tout. Mon maitre ne va pas être content, je devais vous aider à vous habiller, pour une fois qu’il me faisait confiance pour une tâche. »

Et voilà qu’elle se frappa le front avec la main, ce qui fit penser à un certain elfe dans Harry Potter. Bientôt elle s’insulterait pour son manque de compétence. Elle faisait trop de peine cette jeune femme.

« On dira que vous m’avez aidé. »
« Vous voulez bien faire ça ? Oh merci, merci beaucoup. » Aishlinn se força à sourire en disant que, finalement, elle avait un côté un peu flippant cette fille. « Attendez, je vais arranger vos cheveux. »
« Mes cheveux vont très bien, merci. »
« Ah non, non, ça ne va pas du tout. Vraiment pas. »

Aishlinn posa un regard interrogateur sur Abban pour savoir si quelque chose foirait de ce côté-là, sans qu’elle ne s’en rende compte quand elle avait regardé dans le miroir. La jeune femme s’approcha pour prendre une brosse sur un meuble, qu’elle fit tomber à cause d’un côté un peu gauche. Et elle voulait toucher aux cheveux d’Aishlinn ? Très drôle. L’irlandaise décida qu’il était hors de question que cette femme s’approche d’elle quand elle attrapa une paire de ciseaux.

« Whoa, whoa. » Aishlinn, une main en avant, secoua la tête. « On laisse mes cheveux comme ils sont. »
« Mais, mais ? »

Un pouce lever, Aishlinn reprit la main d’Abban pour l’attirer, doucement mais surement, vers la sortie pendant que la jeune femme se demandait pourquoi elle ne pouvait s’occuper des cheveux d’Aishlinn. Une fois dehors, un torse lui barra le passage et, comme une débile, elle releva les yeux vers un visage avec un sourire à la con sur les lèvres.

« Hey, ‘lut toi ! »
« Si vous êtes prêt, veuillez me suivre, s’il vous plait. »

Pff, encore un mec pour Abban parce que, forcément, il n’y avait pas d’autres explications pour rester aussi insensible !

****

Aishlinn avait lâché l’affaire, devant les explications de Gandalf, quand il avait expliqué le rôle qu’ils devaient jouer. Les explications prenaient trop de temps, il avait une voix soporifique et puis, elle avait décidé que ce type l’ennuyait.

« … Vous comprendrez donc l’importance de votre rôle dans toute cette histoire. »
« Ouep, non, ‘fait l’truc c’est qu’moi, c’qui m’intéresse c’est d’savoir où sont les deux autres personnes qui étaient avec nous. »
« A l’ennemi. »
« Mais encore ? »
« A l’ennemi. »
« Mais ils sont dans l’coin ? »
« A l’ennemi. »
« C’qui l’ennemi ? »

Le type se releva soudainement de son siège, prenant une voix qui résonna dans toute la vaste pièce.

« Vous n’écoutez donc rien de ce que je peux vous dire. »
« Ah si, j’ai bien compris qu’les gens qu’j’cherche sont à l’ennemi. Mais pour l’reste, non, pas vraiment. J’veux dire faudrait revoir votre façon d’expliquer les choses, pas assez de rythme, pas assez d’intérêt on décroche assez vite en fait. »
« Allez dans la forêt enchantée, récupérer le cœur d’or et l’ordre sera rétabli quand vous me l’aurez apporté. Vous pourrez retrouver vos amis ensuite. Ashir et Alys vont vous accompagner. »

Alys qui, une fois de plus, arriva en retard et manqua de glisser sur le sol en se postant à côté d’Ashir. D’ailleurs après avoir jeté un coup d’œil à l’homme, elle se posta bien droite, la tête bien haute, pour avoir aussi fière et vaillante que lui.
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Prise de conscience #Abban

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