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Cabinet de l'horreur

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Message posté : Mar 9 Déc 2014 - 1:21 Message
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L'endroit n'avait rien de chaleureux, rien d'agréable. L'endroit n'annonçait pas du tout un futur où les tracas disparaissaient et le bonheur était à portée de main. L'endroit puait, oui, puait la propreté exagérée tel un couleur déprimant d'un hôpital. Les murs blanchâtres étaient aussi pâles que le blanc de ses yeux et il évitait de baisser la tête afin de ne pas apercevoir son reflet déformé sur le plancher luisant. La poussière semblait fuir les lieux comme la population du quatorzième siècle fuyait la peste noire. Enfin, qui ne fuirait pas la peste? Un horrible fléau oublié de l'humanité, ou presque. Même le nom du cabinet lui donnait le goût de se prendre une dépression en pleine gueule, tellement qu'il en avait oublié le nom désuet. Les lieux n'avaient rien de rassurant, le décor sortait tout droit du plus terrible des films d'horreur. L'apparence d'hôpital n'arrangeait à rien, évidemment. À tout moment, un mauvais esprit pouvait s'échapper d'un sous-sol abandonné et prendre possession du corps d'une personne déjà suffisamment troublée. Ensuite, les lumières situées au plafond cesseraient de fonctionner parce que être plongé dans le noir allait jamais manquer de popularité auprès des scénaristes blasés. Seule les quelques lumières de sécurité illumineraient un peu les lieux et les malchanceux qui étaient encore sur les lieux débuteraient à disparaître les uns après les autres. Des cris de terreurs et de douleurs se feraient entendre dans les diverses pièces et avec un peu de chance, Cian ferait partie de ces élus qui vivraient ou alors il mourait juste avec la glorieuse finale en un noble sacrifice pour sauver la belle et simple femme du film qui survivrait sans avoir à enlever son chandail. Quoique, c'était toujours les premiers à se déshabiller qui mourraient les premiers, espèce de sauvages frustrés sexuellement!

Ah, il digressait encore. Les mauvais esprits, ça n'existait pas voyons! Quoique, quand des gens se m'étaient à voler au travers du ciel et que des extraterrestres envahissaient sa planète, tout pouvait être possible. Peut-être que les fantômes allaient bientôt faire partie de son lot quotidien. Ah putain, non, pas des fantômes.

L'Irlandais porta la main à une poignée, puis ouvrit la porte qui s'étendait devant lui. Celle-ci grinça bruyamment lorsqu'il passa au travers du cadre de porte. Que pensait-il déjà? Ah oui, un film d'horreur avec des portes grinçantes, encore mieux! Il pénétra à l'intérieur et eut déjà une meilleure impression que lorsqu'il était arrivé à la réception. Il rejoignit le bureau qui était au fond de la petite pièce plus agréablement décorée que l'extérieur et prit place sur la chaise inconfortable. Avec un peu de chance, le fauteuil placé au centre de la salle de consultation serait un peu plus confortable, avec son beau cuir et son bois qui devait valoir une fortune. Pour une clinique de riches, il était un peu déçu de voir le manque de chaleur à l'extérieur des lieux. Peut-être allaient-ils décorés un peu mieux prochainement? Au salaire que devaient faire les travailleurs ici, ils avaient bien les moyens de mettre un peu de peinture et non des peintures qui ne voulaient rien dire. Ah, l'art moderne, il ne comprendrait jamais.

Cian remarqua une note sur la surface du bureau, puis la saisit avec de consulter les divers noms étrangers inscrit sur le bout de papier. Visiblement, une femme devait avoir écrit le mot, car les «i» élégamment écrits étaient surplombés par des cœurs tout à fait ridicules. Il y avait encore des filles qui faisaient ça? Peut-être qu'il l'avait séduite avec sa nouvelle chemise blanc et son joli veston gris, un cadeau de noël de l'an dernier de la part de sa mère. Ah merde, noël approchait à grands pas, il avait presque oublié.

L'étudiant soupira doucement, il devait se concentrer davantage sur son travail à venir. Il allait faire un stage d'une durée encore non déterminée en ces lieux et il devait absolument s'habituer à ce nouvel environnement, à ces nouveaux collègues et aux prochaines personnes qui entreraient dans sa vue. Il passa paresseusement sa main dans ses cheveux. Il avait l'impression qu'il était chargé de travail et ses examens ne tarderaient pas, les vilains! En plus, il devait aussi apprendre à avoir l'air professionnel et ne pas se laisser intimider par des jeunots riches et malpolis. Un bruit venant de l'entrée attira son attention et il eut un mouvement de recul en voyant une jeune femme se manifester à l'intérieur de la salle de consultation. Ah putain, il était quel heure? Il regarda discrètement son téléphone intelligent et manqua de s'étouffer en voyant le temps qui avait passé un peu trop vite à son goût. En bon jeune homme, il s'approcha d'un air décontracté.

-Bonjour, la salua-t-il en tendant respectueusement sa main gelée. Je suis Cian O'Hara, au plaisir de vous aider! Ces mots sonnaient tellement bizarres venant de lui, pas qu'il détestait venir en aide aux gens, c'est pour ça qu'il avait choisit cette profession, mais il devait admettre que se retrouver devant une jeune dame au faciès adolescent, cela l'intimidait un peu. Vous allez bien aujourd'hui?

Il l'invita à se mettre confortable sur le divan approprié pendant qu'il allait ranger son sac à bandoulière et consultait la pile de dossier qu'il n'avait pas pensé à regarder lorsqu'il était arrivé. Quel professionnalisme, Cian!

-Ce ne sera pas long, je serai tout à vous dans une minute ou deux, il disait ça pendant qu'il cherchait nerveusement le bloc note approprié et un stylo, à l'encre noire de préférence. Au bout de quelques secondes qui parurent interminables, il se retrouva avec tout son arsenal et alla prendre place sur son fauteuil attitré. Vous n'avez eu du mal à venir ici, j'espère?
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Message posté : Mer 10 Déc 2014 - 12:04 Message
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" Anna, voyons, tu sais que ces consultations sont obligatoires ! "

Georges LeBlanc, patriarche émérite, ne savait guère sur quel pied danser. Une épée de Damoclès pesait au-dessus de sa tête. Rien qu'un homme de sa stature - métaphorique, évidemment. - ne pouvait gérer : tout juste une information judiciaire concernant sa fille, mais une telle affaire ne pouvait surgir à un plus mauvais moment. Son fils avait quitté le navire, le laissant avec une fille qui, si elle n'était pas réellement plus stable d'apparence, était astreinte par son établissement - cette satanée école pour petits génies à pouvoirs qu'il avait suffisamment longtemps payé pour faire disparaître Anna des problèmes qu'elle pourrait venir à lui causer d'un point de vue dynastique - à des consultations auprès de psychologues.
Depuis que la jeune fille avait causé quelques problèmes en blessant une fille de basse extraction lors d'une opération de routine et qu'il s'était rapproché de sa fille, il se retrouvait à subir les pressions de la mulâtre de directrice de l'institution pour que l'affaire ne soit pas divulguée auprès du grand public. Après tout, cette sotte de fille, idéaliste jusqu'au bout, avait choisi de rendre la justice sans masque, sous son nom réel. Sous le nom de son père.
Il n'était rien de plus irritant, à vrai dire, car si il était inattaquable, il n'en était pas de même pour elle, et tout ce qui la toucherait, elle, ricocherait forcément sur lui. Il en est ainsi, toujours, et il en sera toujours ainsi pour les gens différents. Peut-être que ses enfants comprendraient ce qu'il faisait pour eux, un jour, mais tel n'était pas le cas, pour le moment.

Pour le moment, il devait se taire, baisser les yeux et hocher la tête timidement. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait d'engager un bras de fer et de faire cracher les gencives des Stevens au bassinet, mais les liens étroits qu'entretenait son institution - et probablement elle - avec la Légion des Etoiles rendait la situation trop compliquée. Il était bien plus aisé de se présenter en victime que d'offrir à ses détracteurs la trop tentante occasion de le surnommer "le nain enragé", qui s'attaquait à l'inattaquable ...

Non, tout juste avait-il négocié que ces consultations soient faites dans un cabinet de confiance, par des praticiens d'expérience, en terrain connu, en même temps que le retrait de sa fille de l'internat - et, bientôt, de l'établissement. -

" Qu'est-ce que ça peut changer ? " rétorqua la jeune femme, " Tu ne peux pas juste les envoyer paître, cette bande de parvenus ? Tu m'as fait revenir simplement pour pouvoir refaire de moi ton petit bonhomme à torture psychologique ? Cela t'amuses de me voir descendre de ta limousine en traînant les pieds ? "

" Anna. "

C'était Athene qui s'interposait, la secrétaire la plus proche de Mr. LeBlanc et, en considérant les incroyables facultés sociales de la jeune fille, ce que l'on pouvait accoler à la case "sa meilleure amie". Elle faisait partie des rares personnes à être au courant à propos d'Anna, de son père, de la famille LeBlanc en général ... Tout cela faisait d'elle, depuis plusieurs années maintenant, une membre de la famille. Presque, même, pouvait-on la qualifier de grande sœur de substitution.

" Evidemment que l'on pourrait. " fit-elle, compréhensive, en mettant une main sur l'épaule de la lycéenne, " Ce qu'essayes de te dire ton père, c'est que nous sommes arrivés à un point critique. Les prochaines semaines seront capitales pour le Groupe : nous ne pouvons nous permettre une seule fausse note. Négocier avec le Pentagone et Veidt est suffisamment compliqué, et ils n'attendent qu'une fissure de notre part pour s'engouffrer dans la brèche et nous placer un traité inégal sur la tête. Je sais que c'est difficile pour toi ... mais il faut que tu sois forte. On ne te demande de te livrer, on te demande d'y aller, de faire bonne figure. "

" Je veux bien ... mais j'y gagnes quoi, moi ? "

La secrétaire passa successivement du père - qui soupira lourdement en levant les yeux au ciel. -, à la fille - qui avait un sourire aussi machiavélique qu'intéressé dirigé directement vers son paternel. -, et tenta, sur un ton blasé :

" On ira faire les magasins ensemble ? "

Anna leva la main vers la portière de la limousine, du côté trottoir, la vitre teintée ne laissant guère d'occasion de voir - ou l'insonorisation d'entendre - ce qui se tramait à l'arrière du véhicule.

" Bien ! Je crois que je vais aller toucher ce psychologue ... "

" Bien, bien ! " se reprit la secrétaire, feignant presque la panique en levant les mains, désemparée, " On laissera Proyas t'emmener en Asie ce week-end, et on le laissera prendre le jet ! "

Le visage d'Anna se fit tout à coup enjoué, tandis que George se passait une main sur le visage, en signe évident de désaccord avec l'absurdité de la scène. Que pouvait-il dire, cependant ? Tout cela était un jeu, entre elles. Une relation qu'il n'avait tout bonnement jamais eu avec sa fille.
C'était d'ailleurs certainement avec des regrets, qu'il la laissa quitter la voiture, alors qu'elle, elle gloussait.

" Ça aurait pu être pire... " souffla-t-il à sa secrétaire.

Dehors, la jeune Anna se décida à entrer dans le peu commode établissement. Une vraie clinique de riche. Un endroit qu'elle détestait déjà. Elle était de ce genre de jeune rebelle qui n'aimait pas le vieux, juste pour avoir l'insigne plaisir d'exécrer ce que son père exécrait. Le neuf ? Il ne fallait pas que ça soit trop neuf, pas que ça soit trop crasseux, non plus. Ni trop contemporain, ni trop ancien, ni trop grandiloquent, ni trop modeste.
Son environnement favori ? En présence de n'importe quel inconnu ? Cela aurait été le néant ... Et encore, elle aurait détesté le néant, pour le simple fait de détester. La critique était facile, et l'aînée de Georges LeBlanc, dans ce domaine, adorait la facilité.

" Monroe ", par exemple, du nom du Professeur qui y officiait, un diplômé d'on ne savait trop quelle université de l'Ivy League, était un nom de cabinet d'un commun affligeant. Elle aurait préféré un professeur Hongrois, Estonien, Russe, Macédonien, même. Qu'importe du moment que le nom lui eût arraché un petit sourire.
Le plancher ? Trop propre. Comme les murs. Comme le plafond. Comme l'intégralité du bâtiment. L'imagination débridée d'une jeune fille que l'on pourrait penser par trop fantasque se porta même à conserver à l'intérieur sa chapka et à remonter sur son nez une écharpe couverte d'un motif de camouflage à hexagones grisâtres et blancs : la peur de mourir intoxiquée par le trop-plein de produits chimiques, probablement.

Elle se présenta à la réception, où une secrétaire d'âge moyen l'accueillit avec un sourire un peu trop brillant pour être honnête - à moins qu'il ne soit réellement honnête, ou qu'elle soit tout bonnement sotte, mais cela ne regardait pas vraiment la LeBlanc. -, auquel Anna répondit avec l'air parfaitement enjoué et poupin dont elle seule avait le secret - et qui était lui, parfaitement simulé. Grands dieux, son imagination traînait même à s'imaginer affichant ce sourire alors que le sang lui giclait au visage à mesure qu'elle la découpait avec une machette ! - avant de l'orienter vers la salle de consultation où elle était assigné. On lui assura d'ailleurs que l'homme qui y pratiquait était fort compétent, bien que jeune.

A d'autres. C'était un psychologue.

Quand elle ouvrit, elle put voir que la praticien d'écrit était en effet plutôt jeune. Sûrement une blague. On aurait presque dit qu'il était encore en études !

Ce qui attira l'attention d'Anna, toutefois, était son regard : des yeux verts, comme elle, et forts intéressants, d'ailleurs. Un point commun !
Ca ferait peut-être un sujet de discussion, pour faire passer le temps.

Et le temps allait être long, parce qu'elle ne s'apprêtait certes pas à se faire ausculter le cerveau. C'était bien la seule place de son corps qu'elle maîtrisait - avec une certaine difficulté, il était vrai, tant elle sentait en permanence ces personnes qu'elle avait touché à l'intérieur, tapant aux portes de sa psyché pour en prendre le contrôle ... -, et elle ne voulait absolument pas en offrir les clés à quelqu'un d'autre, et encore moins à un inconnu !

" Je vais très bien, merci. " fit-elle avec une politesse de façade, en négligeant la main tendue, tant elle ne se sentait certainement pas en confiance ici, et alors qu'elle posait chapka, écharpe et manteau sur le porte-manteau.

En dessous de toutes ces couches, on pouvait finalement voir apparaître un sous-pull à col roulé couleur sable arborant un champignon nucléaire, surmontant une mention " Spoiler alert : Everybody dies" dans une écriture rappelant les plus belles heures du début de l'informatique. Elle portait sinon une jupe noire et des bas de laine assortis, montrant une certaine volonté, sûrement, de maintenir l'été le plus longtemps possible sous les latitudes frisquettes d'un New Jersey qui voyait poindre déjà les neiges de Noël.

" Non, pas de problèmes. " répondit-elle à la première question, alors qu'elle se décidait après un rapide tour de la salle et des breloques, à s'allonger sur le divan, joignant ses mains - encore couvertes de ses gants chauds - sur sa poitrine, après se l'être époussetée, comme si elle s'apprêtait à piquer un petit somme.

" Bon, si on pouvait aller au plus vite : posez-moi vos questions et dites-moi ce qu'il faut que je réponse pour être classée comme parfaitement saine d'esprit. "

Mêlé à son curieux accent du bayou, on aurait certainement pu prendre cette remarque pour une plaisanterie, alors qu'elle se mettait à regarder fixement le plafond d'un air pensif, mais le fait était qu'elle le pensait réellement : elle avait d'autres choses à faire que de perdre son temps chez le psychologue...
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 7:18 Message
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Dès que ses yeux avaient croisé cette jeune femme, visiblement peu contente d'être ici, Cian avait aussitôt ressentit son hostilité, bien qu'elle cacha celle-ci plutôt bien. Évidemment, la lueur choquée qu'il avait à peine aperçu dans son regard le renseigna sur l'opinion qu'elle s'était fait immédiatement de lui. Cian était trop jeune à son goût et elle s'était fait à l'idée qu'elle allait perdre son temps dans cette salle de consultation. Elle avait éviter sa main tendue comme la peste et lui avait répondu sous un ton qui laissait présager qu'elle n'était pas ici de son plein gré pendant qu'elle plaçait ses vêtements des temps froids sur le porte-manteau à proximité. Pour ce qui est de la tenue qu'elle avait dissimulé jusqu'à maintenant, elle lui rappelait carrément l'époque des adolescentes blasées et coincées qui ne savaient que se vêtir de noir et de chandails comportant des messages tantôt déprimant tantôt ridicules. Spoiler alert : Everybody dies. Un sourire discret avait ourlé le coin de ses lèvres alors qu'il se disait qu'au moins, cette jeune dame était réaliste. Peut-être serait-elle suffisamment rationnelle pour comprendre qu'il était son allié dans toute cette histoire et qu'ils pouvaient parfaitement tisser un lien de confiance entre eux.

Pendant ses réflexions peu digne de ses cours en sciences humaines, elle s'était installée aussi confortablement que possible sur le divan généralement attribué aux patients. Étrangement, elle n'avait pas retiré ses jolis gants. Peut-être étaient très frileuses aux niveaux des extrémités comme lui l'était? Saleté de froid hivernal qui empoisonnait ses lobes d'oreilles, les bouts de ses doigts et l'extrémité de son pauvre nez. Auparavant, on aurait juré que le mot «morveux» avait été inventé pour lui.

" Bon, si on pouvait aller au plus vite : posez-moi vos questions et dites-moi ce qu'il faut que je réponse pour être classée comme parfaitement saine d'esprit. "

Cian ferma les yeux un instant, se remémorant que quelques années avant aujourd'hui, il avait déblatérer des paroles semblables aux nombreux psychologues et psychiatres que ses parents l'avaient apporté consulter durant sa jeunesse. Une ancienne époque, certes, mais ces troubles étaient encore là aujourd'hui, quoique son opinion sur les praticiens de la psychologie et le métier en général avait grandement changé.

-Entre vous et moi, madame, vous êtes parfaitement saine d'esprit, il sourit, croyez-vous être saine d'esprit? Quelle est donc votre définition de la folie?

Il nota quelques phrases sur son calepin de notes. D'ailleurs, il appréciait la qualité du papier ligné. Digressions. « La folie est le propre de l'homme », avait-il songé à ajouter à voix haute, mais il garda cette citation de Blaise Cendrars pour lui-même. Même s'ils étaient deux étrangers, Cian devait trouver un moyen d'attirer la confiance de la jeune fille et il ne voulait pas se fier aux techniques et aux solutions que ses enseignants partageaient avec eux durant les cours, il voulait y aller avec sa propre façon. Il désirait que ça vienne de lui, personnellement. Il décida qu'il valait mieux ouvrir la voie en allant chercher discrètement des réponses et la forcer à parler sans qu'elle ne s'en rende compte. Cependant, sa patiente semblait loin d'être sotte et comprendrait rapidement son manège.

-Dites moi, ce n'était pas votre choix de venir ici, n'est-ce pas? mentionna l'Irlandais en baissant les yeux sur son calepin soudainement très intéressant. Vos parents, je présume? Il leva ensuite la tête vers elle avant de s'adosser plus confortablement au dossier de son fauteuil. Souhaitez-vous parler d'eux et de l'héritage important qu'apporte votre nom?

L'étudiant croisa les jambes, trouvant cette position bien plus confortable, mais il restait droit comme un «i». Malgré sa jeunesse et son manque d'expérience, il avait étudier et fait ses devoirs. Cian se sentait prêt à mettre ses connaissances en pratique et venir en aide à son prochain du mieux qu'il le pouvait.

-En fait, madame LeBlanc, nous pouvons converser sur ce que vous voulez: votre famille, vos amis, vos ennemis, vos amours; vos rêves, vos passions, vos regrets, vos frustrations; vos expériences ou votre sexualité. Il avait prononcer le dernier mot sans aucune gêne, même si ce sujet avait tendance à mettre les gens mal à l'aise. Aussi libre que la sexualité pouvait sembler être de nos jours, elle restait tout de même un sujet sensiblement controversé, sinon tabou. Surtout dans un pays où une grande partie de la population croyait plus aux anges qu'au réchauffement climatique. On peut se parler du mauvais temps qu'il fait dehors aussi, si vous voulez, ajouta-t-il en dernier avec un brin d'humour dans la voix. Sachez que je ne suis pas assis ici pour vous jugez ou rapportez quoique ce soit à qui que ce soit. Ce qui se dit dans cette salle, reste dans cette salle.

Oui, c'est ça Cian, bâtit ce lien de confiance que seul un psychologue peut avoir avec son patient! Discuter avec elle comme on parle à son voisin de l'autre côté de la haie ou un ami que l'on croise dans la rue.

-Sachez aussi que je ne peux vous garder ici contre votre gré, mais je ne peux falsifier mes informations à votre sujet en inventant des choses qui ne viennent pas de vous, admit-il finalement à la suite de sa tirade.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 15:43 Message
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C'est bon, elle n'avait rien à lui dire. Rien à dévoiler ... A vrai dire, ce n'était pas comme si elle pouvait dire quelque chose, tant il existait de parties de sa vie sur lesquelles elle ne pouvait honnêtement parler, et pourtant, elle appréciait le travail - la tentative, tout du moins -, qu'opérait ce jeune irlandais.

" Ma ... définition de la folie ? " pouffa-t-elle, en tournant le visage vers lui.

Si elle se sentait saine d'esprit, la réponse était évidemment oui. C'était une question rhétorique, et même si, dans l'esprit du psychologue, il aurait pu être possible qu'elle ne fut pas posée ainsi, elle resterait comme cela, rhétorique, sans réponse ; précisément car la réponse était logique.

La folie, par contre. Intéressant concept, sur lequel elle avait une idée qui, il était vrai, n'était pas la sienne, et n'était pas celle de penseurs particulièrement éclairés ... Mais qui restait une vision qu'elle appréciait tout particulièrement, et à laquelle elle adhérait, parce qu'elle définissait beaucoup de ce qu'elle faisait, finalement.

" La folie, c'est ... "

Pensivement, elle se gratta le menton, en s'asseyant sur le divan : une position bien plus confortable, et un témoignage véritable de l'intérêt qu'elle portait nouvellement à cette discussion.

" Voyons ... La folie, c'est simple, c'est la vie. " exposa-t-elle, avant de lever la main vers le fenêtre, à l'extérieur de laquelle la neige tombait paisiblement, et la population passait, innocemment. " C'est faire comme eux, la même chose, le même emploi, répétitif et abrutissant, rentrer tout les soirs pour regarder la même absurdité à la télévision, jour après jour, encore, et encore, et encore, et encore ... Et se dire : "

La jeune fille porta les mains à sa tête, et prit une voix nasillarde, sans accent, au ton très sarcastique :

" "Tout va changer, tout va aller mieux !" ... "Non, non, non... Allez, cette fois-ci, c'est la bonne !" "

Elle reprit sa voix normale, avec son accent, et un timbre qui ne laissait aucun doute sur son amour de la cigarette, et les porta les mains droits devant elle :

" Surprise ! " s'exclama-t-elle, remuante, " Ça ne change pas, ça ne changera pas ! La vie, telle que tu la conçois, elle est nulle. Pas d'action, pas de nouveauté, pas de rebondissement, pas de ... vie. Ciel ! C'est ça, la folie ! "

Après tout, elle pouvait lui exposer cela, comme elle pouvait exposer certains aspects de sa personne - ou de son personnage, en fait. -, la sexualité en tête. C'était peut-être pour ça qu'elle appréciait le ton direct du bonhomme. Elle ne manqua d'ailleurs pas d'embrayer sur ce sujet.

" Tenez, regardez, je sais que ça va vous donner l'impression que je passe du coq à l'âne, par exemple, mais pour ce qui est de ma sexualité, elle est au point mort. Merci de vous y intéresser. "

Elle leva ses gants, secouant ses mains comme pour illustrer quelque chose qui laisserait sûrement une impression assez tacite.

" Point qu'elle n'ait eu un point de départ, ceci étant, " soupira-t-elle en portant le regard à sa main gauche encore levée, avant de continuer, après l'avoir baissée calmement, " pourtant, j'ai réfléchi, et ce n'est pas faute d'aimer des personnes ... Non, très sérieusement, je ne sais pas si vous apportez ça sur le tapis parce que vous voulez me mettre en confiance, ou parce que vous êtes l'un de ces clichés de praticien motivé par le butinage, mais je doute même que si j'en avait l'occasion, j'accepterais de me faire ... Hum ... Voyons ... "

Quelques secondes d'intense réflexion semblèrent apporter une réponse à la lycéenne :

" "Trousser", je pense, serait le terme le plus imagé que je pourrais utiliser sans sombrer dans une vulgarité inutile. Une seule tentative avortée aura été suffisante. "
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Message posté : Ven 12 Déc 2014 - 21:33 Message
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Sa première question l'avait fait réagir, visiblement. La jeune dame pouffa de rire, mais au moins, elle s'adonna à un moment de réflexion. Quelle était donc sa définition de la folie? Une question digne d'un examen ou un débat philosophique. Elle s'était tournée vers lui, son sourire amusé aux lèvres. Son corps bougea, elle décida de s'asseoir plus confortablement sur le divan, elle avait l'air pensive. Cian avait toujours aimé jeter des questions à ses connaissances pour les forcer à réfléchir prudemment. L'homme moderne était empoisonné par les médias et une imagination décroissante, il était très surprenant à quel point certaines personnes pouvaient raconter des bêtises sans même s'en rendre compte, de nos jours.

" Voyons ... La folie, c'est simple, c'est la vie," lui raconta-t-elle finalement en levant la main vers la fenêtre où il pouvait apercevoir quelques flocons flotter doucement au gré du vent. "C'est faire comme eux, la même chose, le même emploi, répétitif et abrutissant, rentrer tout les soirs pour regarder la même absurdité à la télévision, jour après jour, encore, et encore, et encore, et encore ... Et se dire : "Tout va changer, tout va aller mieux !" ... "Non, non, non... Allez, cette fois-ci, c'est la bonne !"

Sa mère lui avait souvent citer de telles phrases en espérant qu'elles remonteraient le moral déclinant de son unique fils. Le fait était que les choses avaient été plus difficiles que cela, mais en effet, Cian avait réussi à passer par dessus les obstacles et les absurdités de la vie contemporaine et se sentait mieux. Peut-être pas aussi bien qu'il le désirait, mais oui, il allait mieux.

" Surprise ! " clama-t-elle subitement en s'agitant, "ça ne change pas, ça ne changera pas ! La vie, telle que tu la conçois, elle est nulle. Pas d'action, pas de nouveauté, pas de rebondissement, pas de ... vie. Ciel ! C'est ça, la folie !"

Ses réflexions n'étaient pas mauvaises, mais maintenant il lui restait à comprendre pourquoi elle avait une telle vision concernant la vie en générale et la routine quotidienne. Certaines personnes, comme Cian d'ailleurs, se plaisaient à rester dans le confort de la routine, tandis que d'autre devaient chercher l'action et la nouveauté, parfois où il n'y en avait pas. D'ailleurs, ce genre de personnalité ambulante à la recherche de plaisirs nouveau avaient tendance à ne pas durer longtemps en couple, trop porté à la passion des premiers mois qu'à la relation stable et routinière à long-terme.

-Vous semblez abhorrer la routine, madame. Certains individus prennent plaisir à conserver une routine, ce qui leur apporte un confort agréable, mais d'après ce que vous me dites, j'aurais tendance à penser que vous êtes le genre de personne à être à la recherche d'excitation et d'expériences nouvelles, lui fit remarquer l'Irlandais avec une expression affable tout en prenant quelques notes dans son calepin. Il souligna d'ailleurs quelques mots d'un petit trait noir.

Puis, elle enchaîna avec sa sexualité, ce qui étonna légèrement l'étudiant qui se souvenait qu'il s'agissait du sujet le plus prisé et le plus détesté des adolescents. Ils aimaient faire des blagues et en parler biaisement entre eux. Son ton de voix laisser présager qu'il s'agissait d'un sujet plus important chez elle qu'elle même si elle osait vouloir le nier. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, elle n'avait pas du tout relever son commentaire lorsqu'il avait mentionné qu'elle n'était pas ici à la suite de sa propre décision. Avait-elle omit de répondre ou alors le sujet de ses parents étaient quelque chose qu'elle ne souhaitait pas inclure dans cette première conversation, qui d'ailleurs, allait mieux qu'il ne l'avait prévu?

"Trousser", souffla-t-elle finalement, je pense, serait le terme le plus imagé que je pourrais utiliser sans sombrer dans une vulgarité inutile. Une seule tentative avortée aura été suffisante. "

Une tentative avortée, disait-elle. La sexualité était un sujet très vaste et incluait mille et une choses différentes. Cian ne pouvait pas clairement savoir ce qu'elle voulait insinuer par une tentative avortée, mais elle affirmait que ce n'était pas faute d'aimer les gens. Il existant une faible pourcentage de la population qui étaient parfaitement en mesure d'aimer romantiquement une autre personne et qui possédaient une sexualité aussi présente que chez les gens de la norme, toutefois, certains individus ne cherchaient pas le contact sexuel avec le partenaire et ce n'était pas une mauvaise chose. Il lui adressa un regard confiant.

-Je cherche évidemment à établir un lien de confiance avec vous, madame, mais seulement à votre rythme, admit Cian honnêtement, et si jamais nous échouons à faire cela, je peux toujours vous recommander à un autre membre de ma profession. Il ne voulait pas utiliser le mot «collègue» alors cela affirmait qu'il était d'une quelconque façon à ses personnes, pas que cela lui déplairait, mais il préférait ce tenir à l'écart de personnes envers lesquelles il pouvait s'attacher d'une quelconque façon. Vous me dites « trousser », un bien joli mot pour éviter d'être vulgaire, comme vous dites, mais je crains de ne pas comprendre votre dédain envers les vrais mots. Vous parlez aussi d'une tentative avortée et vos paroles me porte à croire que cette tentative ne s'est pas déroulée agréablement. Si vous vous sentez à l'aise de partager votre expérience, je veux bien vous écouter, ou alors, nous pouvons aborder une autre conversation, comme l'école, par exemple?

Les pensées de Cian se firent prises d'assaut par des souvenirs pur joyeux de son époque au lycée. Les parents avaient tendance à faire la sourde d'oreille quant aux plaintes des adolescents face au travail que l'éducation représentait, mais la vérité était qu'aller à l'école, pour plusieurs, était fort épuisant. Chaque année, le nombre de devoirs semblaient même augmenter. Les doigts de l'Irlandais se crispèrent alors sur son calepin, quelques doigts ramassant de l'encre mal séchée au passage. Certains évènements n'allaient jamais être oublié.

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Message posté : Sam 13 Déc 2014 - 1:34 Message
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" J'ai du dédain envers les vrais mots parce que j'ai un rôle à tenir. "

Voilà qui semblait clair. Une princesse de glace représentant son royaume en tout lieu et en tout temps, voilà ce qu'elle était et ce qu'elle devait être, mais il avait raison, pourquoi s'embarrasser de fioritures ?

" Si cela peut vous arranger, je n'ai aucun problème à enlever mes gants métaphoriques. " énonça-t-elle, " Le fait est, simplement, que j'ai été éduqué très tôt à parler comme cela, et que j'ai, semble-t-il, développé un certain goût pour la matière, comme au fait de m'exprimer en français ou en hongrois, mais je doute que cela soit, du reste, d'un grand intérêt. "

Elle remit ses cheveux en place d'un geste négligent, en balançant sa tête comme une espèce de diva d'opérette, peut-être pour accentuer d'avantage encore la métaphore quasi-princière qu'elle avait placé en filigrane.

" Simplicité, donc, soit. " émit-elle sobrement, les yeux se hasardant au-delà du regard du psychologue, comme pour regarder le mur, au lieu de le regarder lui, " Je ne parlerais pas de l'école : ce sont des gros cons et ce sont eux qui veulent que je sois ici. En fait, même si je voulais - et l'envie ne m'en manque pas. -, je n'aurais pas le droit d'en parler. Reste à savoir ce que vous cherchez à entendre par "vrai mot" pour définir l'acte sexuel. Si vous voulez que j'utilise "rapport sexuel", qui est sûrement le plus adapté, je peux le faire, mais préférons-lui tout les substantifs plus cours que notre superbe langue a su trouver pour l'habiller. A défaut d'être précis, ce sera cathartique. "

Sans s'interrompre, elle en venait à se gratter les mains, comme si la simple évocation de ce sujet, et de ses souvenirs, provoquait en elle une sorte de réflexe, une gène, ou quelque pulsion secrète ...

" On a donc tenté de baiser, avec mon copain, il y a quelques années, quand j'étais encore en Louisiane, et que ses parents étaient en week-end. On a fait ça comme des adolescents confrontés à la chose pour la première fois, on s'est mis tout nus, on a commencé et ... pouf. "

La lycéenne claqua du doigt pour appuyer sa démonstration, une capacité étonnante, à travers un gant ... Presque un pouvoir à elle seule.

" Il est mort. Crise cardiaque, ou un truc du genre. Voilà pourquoi une seule fois a été suffisante. "

Evidemment, l'héritière à mèches blanches cachait fort benoitement ses capacités, et le rôle qu'elles avaient joué dans le processus, mais elle ne gommait à aucun moment la réalité des sentiments qui avaient été les siens à ce moment : cette mort avait réellement été une expérience traumatisante pour elle, à telle point que, pour honorer la mémoire du défunt, elle l'avait emmené sur la tombe de son aïeul, à Arlington. Un vétéran auquel il avait toujours souhaité offrir ses respects, et connaître, mais avec lequel ses parents étaient fâchés.
Traîner un cadavre à travers une dizaine d'états et plusieurs milliers de kilomètres. Un traumatisme plus violent que ce qui avait pu motiver une simple fugue, voilà, ce qu'elle avait expérimenté, et voilà pourquoi elle avait tendance à voir son pouvoir comme une malédiction, quand son père ou son frère, ou même son grand-père, se vantaient encore comme parangons de l'évolution génétique humaine...
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Message posté : Lun 15 Déc 2014 - 7:09 Message
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" J'ai du dédain envers les vrais mots parce que j'ai un rôle à tenir. "

Cian ne sourcilla même pas sous ce commentaire, car tout au sujet de cette jeune dame insinuait ses derniers mots. Un beau minois entretenu par de bons gênes ou alors des concoctions pour la vanité féminine, une attitude frôlant la prétention d'un haut rang et des manières agréables semblant tout droit sortir d'un livre sur la courtoisie. En manque de réponse pertinente, il se contenta d'hocher la tête tout en notant quelques mots dans son calepin. D'ailleurs, il était très fier de lui, il avait réussi à dénicher quelques informations intéressantes qu'il prendrait un malin plaisir à mettre tout ensemble. Évidemment, les informations étaient bonnes si sa patiente ne lui racontait pas de mensonges ou si elle ne déviait pas trop de la vérité. Quoique, elle était plutôt bonne, elle n'avait toujours pas débuté une phrase avec «c'est arrivé à l'ami d'une amie» ou une baliverne de la sorte!

"Si cela peut vous arranger, je n'ai aucun problème à enlever mes gants métaphoriques," dit-elle ensuite, ce qui attira aussitôt son regard sur les gants non métaphoriques de celle-ci. La pièce n'était pas particulièrement froide même pour une personne frileuse comme lui et cela faisait un moment qu'elle était à l'intérieur, elle aurait dû se réchauffer depuis le temps. Peut-être avait-elle un complexe concernant ses mains? "Le fait est, simplement, que j'ai été éduqué très tôt à parler comme cela, et que j'ai, semble-t-il, développé un certain goût pour la matière, comme au fait de m'exprimer en français ou en hongrois, mais je doute que cela soit, du reste, d'un grand intérêt. "

Une jeune fille de bonne éducation qui parlait plus d'une langue. Le français, il connaissait pour se l'enseigner lui-même dans ses heures perdues et pour des raisons de curiosité et d'envie de maîtriser une troisième langue. Le hongrois, il ne connaissait pas un seul mot de hongrois, il n'en connaissait même pas l'accent ou des sons spécifiques à cette langue.

-Pour une femme de votre âge, votre langage est très soignée et vos connaissances en différentes langues sont impressionnantes, évidemment, je ne dis pas que le langage de personnes de votre classe d'âge laisse tous à désirer, la complimenta-t-il avec un modeste sourire. Il ne cherchait pas à rabaisser les adolescents en général, mais il devait admettre que l'avenir du langage laissait à désirer lorsqu'il entendait ces jouvenceaux parler dans les rues ou aux arrêts d'autobus. Ce n'était pas surprenant que les adultes les prenaient tous pour des abrutis peu éduqués. En tout cas, elle n'avait pas une meilleure opinion du lycée que lui à son âge et encore même aujourd'hui. «Des gros cons, hein, je ne pourrais pas dire mieux», songea le jeune étudiant.

"On a donc tenté de baiser, avec mon copain, il y a quelques années, quand j'étais encore en Louisiane, et que ses parents étaient en week-end. On a fait ça comme des adolescents confrontés à la chose pour la première fois, on s'est mis tout nus, on a commencé et ... pouf. "

Une situation bien ordinaire. Les chats avaient quittés les lieux et les souris avaient décidé de danser. Danser tout nus entre des draps en toute quiétude, oui. Une histoire normale d'adolescents normaux qui profitent de leurs hormones. Cependant, le pouf de la fin le laissa énormément perplexe et accueillit le claquement de doigt comme une mauvais présage. Il ne s'attendait pas du tout à la suite. Une érection ratée, une éjaculation trop hâtive ou le classique des parents qui reviennent pour une raison quelconque, ça il pouvait s'y attendre, mais la véritable raison...

"Il est mort. Crise cardiaque, ou un truc du genre. Voilà pourquoi une seule fois a été suffisante."

Son expression changea à peine, ne serait-ce que ses sourcils qui s'étaient agités un peu et qu'un nouvel intérêt s'était allumer dans ses yeux verdoyants. Il regarda longuement et silencieusement sa patiente, l'information prenant largement son temps pour se rendre à son cerveau et où nombreuses réflexions se faisaient. Un adolescent, de son âge, avait fait une crise cardiaque et était mort entre les mains de cette pauvre fille aux mains gantées. Cian déglutit, à la recherche d'une explication rationnelle à tout cela. Avant qu'il ne laisse le temps à la dame de croire qu'il était choqué par cet évènement, il décida de reprendre la parole le plus calmement possible, et ce, en maîtrisant sa forte envie de dire un truc du genre «ça tue l'ambiance, quelque chose comme ça».

-Tout mes condoléances quant à votre perte, madame, dit-il par courtoisie avant de prendre une courte pause pour ensuite enchaîner. Vous me dites qu'il s'agissait d'un truc du genre, dois-je comprendre que vous n'en êtes pas certaines vous même de la raison qui a entraîné le décès de votre ami?

Une question tout à fait légitime, même si ça ne pouvait qu'être elle cherchant à amoindrir la triste réalité de cet évènement en camouflant la véritable raison de sa mort. Véritable raison? Cette idée le poussa à réfléchir un peu. Quelle véritable raison? Cian douta qu'il avait une psychopathe en face d'elle prête à étrangler le premier venu de ses propres mains ou d'utiliser une technique plus sournoise comme du poison ou une drogue en trop grande quantité. Ah, voilà que son imagination le poussait à penser un peu trop et pour rien.

-Désirez-vous parler de cet évènement? demanda finalement l'Irlandais après avoir déglutit. Les circonstances qui ont mener à ce décès sont intrigantes et peu ordinaires et pourtant, vous m'en parlez aussi aisément, cela ne le dérangeait pas, bien au contraire. Certains individus avaient plus de facilité que d'autres à accueillir les mauvaises nouvelles ou les mauvais évènements et à fonctionner correctement dans la société, mais il devait admettre que la situation dans laquelle s'était retrouvée mademoiselle LeBlanc n'était pas du tout ordinaire. Cela lui rappelait un peu ce qui lui était arrivé au lyc... Non, il s'était promis de ne plus jamais y repenser. Cette expérience à dû être traumatisante pour vous, lui souffla l'étudiant qui ne pouvait même pas imaginer le traumatisme avec lequel devait vivre cette femme. Comment s'est déroulé votre deuil?
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Message posté : Sam 20 Déc 2014 - 19:34 Message
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" Je sais comment il est mort, pas pourquoi. " corrigea Anna, une fois les cartes rebattus et les questions reposées, " Médicalement, c'est une condition assez compliquée que je serais incapable d'expliquer correctement. Ca a été bref, violent, et extrêmement douloureux ... j'imagine. "

En fait, elle ne l'avait pas imaginé, elle l'avait ressenti, à travers lui. Elle avait ressenti quelque chose d'extrêmement douloureux, sans pour autant le sentir en elle-même. Elle en avait la connaissance, et en avait même l'expérience, sans pour autant ne jamais l'avoir expérimenté elle-même. Ce "J'imagine" illustrait toute l'ambiguïté des capacités d'Anna, en quelque sorte, car toute copieuse et draineuse qu'elle pouvait être, elle n'avait que des souvenirs et des expériences passées, et jamais actuelles et concrètes, sinon les siennes propres. Quelle était la différence, dans les faits ? Aucune, dans l'absolue : c'était l'expérience qui forgeait l'individu, et l'expérience, elle l'avait par les autres. C'était purement et simplement dans son esprit que se jouait le doute, le léger décrochage. La demoiselle savait que ce qu'elle avait, tout concret qu'il était dans son application, n'était qu'artificiel : il n'était pas sien, et elle ne l'avait jamais vécu d'elle-même, et c'est peut-être ce qui rendait d'autant plus troublant certains de ses rêves ou cauchemars, qui n'étaient pas les siens : comme si elle était spectatrice d'un film qu'elle n'avait pas choisi de voir et qui, dans l'absolu, avait aussi de forte chances de l'ennuyer.
Et cela faisait probablement d'elle l'une des seules personnes au monde à avoir ressenti la mort sans jamais être réellement morte : parlez d'un véritable casse-tête à expliquer...

" Et le plus drôle, dans tout ça, " se plut-elle à ajouter, non sans sourire, " c'est que même après tout ce temps, je refuse encore de m'avouer qu'il est mort. Il n'y a jamais eu de deuil, à vrai dire : tout juste une déconnection, parce qu'au fond de moi, il y a toujours une petite voix qui n'arrête pas de murmurer qu'il est toujours vivant, quelque part, au fond de moi. Allez savoir si ce sont toutes ces années d'éducation religieuses qui me font penser ça ... "

Non, de toutes évidence, ce n'étaient pas elle. Tout juste lui permettaient-elles peut-être de donner un sens à cette voix, qui n'était peut-être qu'un écho de son âme, ou quelque chose de la sorte. La spiritualité était certainement quelque chose d'extrêmement complexe à exprimer, réguler ou quantifier.

Et malgré tout cela, elle se passa une main navrée sur le visage.

" Putain, " jura-t-elle, son accent retrouvant alors les tonalités populaires et coloniales dans lesquelles il était né, " j'arrive pas à croire que je parle de ça. J'avais juré que j'ouvrirais pas la bouche sur quoique ce soit de personnel. Putain de Jésus ... Ca vous dérange si je m'en grille une ? "
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Message posté : Mar 23 Déc 2014 - 1:56 Message
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-Vous ne savez pas pourquoi? répéta Cian qui n'est pas surpris d'un tel commentaire. La mort était une chose qui pouvait frapper n'importe quand, par la maladie ou un accident, au détour de la mauvaise rue ou au bout de sa vieillesse. Plusieurs individus avaient tendance à voir le décès d'un proche telle une injustice. "Médicalement, c'est une condition assez compliquée que je serais incapable d'expliquer correctement. Ça a été bref, violent, et extrêmement douloureux ... j'imagine. "

Bref et extrêmement violent. L'Irlandais déglutit, puis nota les derniers mots sur son calepin. Il ignorait comment un adolescent pouvait mourir aussi subitement d'un arrêt cardiaque, la classe d'âge ne correspondait pas exactement aux statistiques, mais bon, s'il y avait des bambins qui pouvaient mourir d'un cancer, il pouvait bien y avoir des jouvenceaux au cœur fragile. Si sa mère aurait été sur les lieux, elle lui aurait dit qu'il n'y avait pas d'âge pour la maladie. Sa mère connaissait bien ce genre de chose, elle était infirmière et avait travaillé auprès d'enfants, adultes et vieillards en phase terminale.

-La fatalité est une chose subite et souvent très difficile à prédire, on peut savoir comment elle survient, mais rarement pourquoi, je suis désolé pour cette terrible expérience, lui lança-t-il avec une expression réconfortante. La mort pouvait être traumatisante, mais la recevoir entre ses mains devait être une sensation des plus désagréable.

Cian n'avait personnellement encore jamais vécu le décès d'un être proche . En fait, il devait admettre que sa listes de personnes auxquelles il tenait vraiment était médiocrement petite. Sa mère était au-dessus de la liste et ensuite il y avait... Il n'y avait personne, en fait. En silence, il fronça des sourcils face à cette soudaine constatation. Peut-être devrait-il être celui en train de suivre une thérapie quelconque. Visiblement, ses traumatismes de jeunesse et ses habilités sociales le touchaient plus qu'il ne l'aurait penser. Misanthrope et introverti, mais parfois la solitude se faisait sentir douloureusement.

"Et le plus drôle, dans tout ça," dit-elle ensuite avec un sourire sans joie, " c'est que même après tout ce temps, je refuse encore de m'avouer qu'il est mort, ajouta la patiente en admettant de ce fait son propre déni. Il n'y a jamais eu de deuil, à vrai dire : tout juste une déconnection, parce qu'au fond de moi, il y a toujours une petite voix qui n'arrête pas de murmurer qu'il est toujours vivant, quelque part, au fond de moi. Allez savoir si ce sont toutes ces années d'éducation religieuses qui me font penser ça ... "

Cette jeune femme était donc enfermée dans un cercle contenant les deux premières étapes du deuil, c'est-à-dire le choc même au déni. Une réaction tout à fait normale et comme s'il y avait pensé un peu plus tôt, chacun avait sa façon d'encaisser un évènement aussi cruel qu'un décès. Il nota aussitôt qu'elle avait reçu une éducation religieuse. Religieuse à quel point? Il ne savait pas trop, mais peut-être l'information viendrait d'elle-même un peu plus tard.

-Certains se plaisent à penser que le défunt se retrouve dans un meilleur endroit, paradis, réincarnation, cela dépends des croyances, mais peu importe vos idées, si vous vous sentez mieux ainsi, alors ce n'est pas forcément une mauvaise chose, il croisa les jambes et ses mains sur son genoux supérieur, la foi est propre à chacun.

Cian avait reçu une éducation relativement catholique en bas âge, ses parents étant tout les deux des croyants, sa mère plus que son père. Heureusement, lorsque sa mère avait compris le manque d'intérêt que possédait son fils pour la religion, elle avait cessé de lui forcer le passage, l'encourageant à croire en ce qu'il voulait. Cependant, elle n'avait pas arrêté de lui inculquer les valeurs qu'elle considérait importantes et feraient de lui un meilleur homme dans le futur.

"Putain," jura la dame, ce qui attira aussitôt son attention. Son accent sonnait davantage à ses oreilles dorénavant. L'Irlandais avait toujours apprécié les accents, un vestige agréable d'une origine distincte. "J'arrive pas à croire que je parle de ça. J'avais juré que j'ouvrirais pas la bouche sur quoique ce soit de personnel, sa remarque le fit sourire narquoisement, oui il avait réussi à lui soutirer les vers du nez, il était pleinement conscient que lui partager ce genre d'informations n'était pas son bruit premier dès l'instant où elle avait mise les pieds dans la pièce. "Putain de Jésus ... Ca vous dérange si je m'en grille une ?"

L'étudiant jeta un œil à la porte où il y avait expressément une affiche indiquant qu'il était interdit de fumer à l'intérieur du cabinet et encore moins dans les salles de consultations. Ah, vive ses nouvelles lois contre les fumeurs! Cian lui adressa une expression digne d'un adolescent qui s'apprêtait à commettre une connerie afin de faire suer le système. Vive l'anarchie!

-Tant que vous grillez quelque chose de légal, je ne vous empêcherai pas, lança-t-il en jetant un œil intrigué à ses mains toujours gantées. Par contre, si vous pouvez éviter d'envoyer la fumée de mon côté, je compte bien éloigner le cancer du poumon le plus possible.

Il parlait de cancer du poumon lorsqu'il ne faisait même pas de sport quelconque. Ah, il marchait, certes, et l'été il se promenant souvent en bicyclette, mais rien de bien extrême, aucune source de fierté mâle. Avant qu'il ne reprenne à nouveau la parole plus sérieusement, il attendit qu'elle s'en allume une afin de retrouver un certain confort. Cian devait cependant admettre qu'il était plutôt fier de lui pour avoir réussi à la faire parler. Les patients récalcitrants étaient les plus compliqués et les patients jaseurs étaient les plus chiants. Il était heureux d'avoir une patiente de la première catégorie.

-Vous dites donc avoir reçu une éducation religieuse? s'enquit l'apprenti psychologue peu après. Une jeune femme de la haute société, bien habillée, suivant des thérapies et qui parlait bien, c'était tellement typique, Cian se serait cru être dans un roman. Je dois aussi admettre être curieux quant à vos sentiments envers votre défunt petit-ami, en étiez-vous sérieusement amoureuse?

Il demandait cela, une lueur curieuse dans les yeux. Sa réaction aurait été différente si elle en avait été follement amoureuse, mais elle avait peut-être eu le temps de guérir un peu depuis le temps. Ce n'était pas comme si la mort violente de son ami avait eu lieu hier.

-Avez-vous assister aux funérailles de votre ami? demanda-t-il ensuite avant qu'il de la questionner aussi sur autre chose. Quels sont devenus les sentiments des parents de ce jeune homme envers vous par la suite? Entretenez-vous encore des contacts avec eux?
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Message posté : Mer 24 Déc 2014 - 1:26 Message
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Ah, le panneau d'interdiction. Anna l'avait vu, et bien vu, même, et du reste, elle s'en fichait éperdument. C'était l'accord du psychologue qu'elle cherchait, car un vestige de ses manières, derrière ce masque tombé, la forçait à s'enquérir de la sensibilité à la fumée de ses interlocuteurs : l'amende, elle n'en avait rien à faire. Pas le moins du monde. Elle pouvait payer, et même, pire que ça, le faire tout en payant une deuxième amende pour la cigarette qu'elle allumait devant l'agent. Et même l'amende pour outrage. Non, vraiment, on arrivait à ce niveau à un tel état de déconnexion des réalités communément admises tel que cela en confinait au sublime.

Alors elle alluma sa cigarette, ne prêtant pas vraiment attention à la remarque concernant les substances légales ou illégales. Tout, là aussi, était une notion d'argent. En elle-même, Anna n'aimait pas fumer, c'était un exutoire, mais un exutoire duquel elle était devenu malheureusement dépendante. Pourquoi, toutefois, cela serait-ce mauvais ? Du point de vue de la santé, oui, certainement, mais de là à en faire la némésis de toute une société, la drogue à l'origine de tout les maux ... L'alcool rendait dépendant, aussi, et il était bien moins pénalisé. Il suffisait d'avoir une pièce d'identité justifiant vos vingt-et-un printemps pour pouvoir vous livrer à une joyeuse orgie où que vous puissiez être, pour peu que vous cachiez dans un autre contenant votre liqueur, une tâche bien aisée.

" J'y penserais, " lâcha la mutante en aspirant sa première bouffée de fumée, " loin de moi l'idée de vous retirer de l'espérance de vie. Vous me facturerez les chimios, en temps voulu. "

Elle retira le tube de papier et de tabac, avant de se mettre à l'observer en le tournant, comme pour l'étudier, le tout en exhalant lentement, d'un air préoccupé.

" Putain, faut vraiment que j'arrête la cigarette, moi. " reprit-elle, " C'est vraiment un truc qu'il faut que je fasse ... Ouais. Tiens, ça va être ma bonne résolution de l'année. On va arrêter la clope, et on va s'y tenir... "

Son visage se figea dans une moue sarcastique, avant qu'elle ne soupire :

" Et le pire, c'est que je risque de vraiment essayer. "

Son attention se reporta sur la psychologue, alors, qui semblait avoir une certaine appétence vis-à-vis du fait de fixer ses gants : sûrement se demandaient-ils ce qu'ils faisaient là, alors qu'elle s'était détachée de son manteau et de sa veste ... Cela attendrait, sûrement.

" Pour ce qui est de mon éducation religieuse, ma famille est catholique, pratiquante, et très fervente. J'ai donc eu le droit à la totale : La communion, la profession et la confirmation, à la Cathédrale Saint-Louis de la Nouvelle-Orléans. L'Archevêque était très sympathique, d'ailleurs ... "

Référence au fait qu'il ait su, pour son pouvoir et sa nature, et les complications que cela impliquerait, et il fut probablement le plus qualifié pour assurer à Anna que, non, elle n'était pas une "créature démoniaque". Une pensée qui la hante souvent, encore, et à laquelle l'assistance du ministre de la foi est d'une aide précieuse.
Voilà ce qui explique peut-être sa tendance à se rapprocher d'un agnosticisme catholique plutôt que de l'athéisme pur et dur.

" ... Enfin, cela tient du détail. Je prie des fois, quand j'ai le temps ou que j'y penses, mais ce n'est clairement pas ce qui me définit au quotidien. "

Et elle se mit à enquiller sur les autres questions, aussi sec, relativement hâtive. Il fallait dire que ce n'était pas un sujet sur lequel elle avait envie de s'attarder plus avant.

" Pour ce qui est de l'amour, je pense que oui, je l'aimais vraiment. Après, mes parents et moi-même avons préféré éviter ses funérailles, et je crois que, de toutes façons, sa famille ne me tient pas en très haute estime. Je ne leur ai jamais parlé, depuis, de toutes façons. "

Pour changer de sujet, s'évader de ces remembrances sordides, elle se devait de trouver quelque chose, et là, ce fut sa bouche et ses yeux qui trouvèrent, de manière instinctive, une échappatoire avant même que son esprit ne puisse se sanctionner de l'absurdité de ce qui était à venir,

" Vous savez, vous pouvez me demander, pour les gants, " glissa-t-elle nonchalamment, en lâchant une autre bouffée de fumée loin du praticien, " c'est à peu près aussi discret de leur balancer des coups d'œil furtifs que de le faire à ma poitrine. On a tendance à remarquer ce genre de choses. "
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Message posté : Mar 6 Jan 2015 - 6:14 Message
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-Vous savez, dit-il doucement, avec toute les matières chimiques que l'on retrouve dans ce que l'on mange, la pollution et divers autres facteurs, mon espérance de vie a certainement déjà été réduite.

Ce pourquoi il préférait les aliments frais et biologiques que sa mère utilisait pour concocter ses succulents repas. Après les fins de semaine, lorsqu'il retournait à son dortoir, il revenait avec plusieurs petits mets à réchauffer de la part de sa charmante maman. Elle était aussi obsédée à le nourrir qu'une grand-mère retraitée avec ses petits enfants. Madame O'Hara était comme cela avec tout le monde. Il ne fallait surtout pas déclarer devant elle être affamé, sinon elle vous sortait de quoi manger.

-C'est une bonne résolution, en effet, bonne pour les gens qui vous entoure et vous-même, fit-il remarquer lorsqu'elle affirma qu'elle ferait de sa résolution le fait de cesser de fumer pour la nouvelle année qui arrivait à grands pas. D'ailleurs, cela lui rappelait qu'il n'avait toujours rien de prévu pour le nouvel an. Ah, il allait certainement aller tenir compagnie à une bière dans la taverne du coin. Il est important d'avoir des plans à long-terme.

Son éducation religieuse attisa sa curiosité. Ils avaient tout les deux reçu les pieux enseignements, mais contrairement à elle, il ne pratiquait pas du tout. Quand avait-il cesser de croire à une source de pouvoir supérieure tel que le Dieu catholique? C'était difficile à dire. Il se souvenait avoir longuement accompagné sa mère à des messes quelconques ou à des rencontres avec le gentil ministre de l'Église dans la ville où ils demeuraient. Il s'agissait d'un homme très éduqué ainsi que très pieux. Toutefois, il était aussi ouvert d'esprit et n'avait pas rechigné en voyant le manque d'intérêt grandissant envers la religion de la part du petit O'Hara.

-Un ami à vous, je présume? dit-il quand elle commenta sur l'archevêque apparemment plutôt sympathique envers elle. Chacun vit sa foi à sa façon et à son rythme. Si vous trouvez votre confort dans une prière lancée une fois de temps en temps, cela est aussi bien qu'une pieuse personne priant fervemment.

Cian replaça ses jambes perpendiculairement à son corps, puis croisa à nouveau ses jambes, utilisant la seconde cette fois-ci.

-Vous n'avez pas visité ses funérailles, cela est compréhensible en vue des circonstances entourant le décès de votre ami, mais avez-vous déjà parcouru le cimetière pour vous rendre à sa tombe? C'était une chose de se rendre aux funérailles d'un défunt apprécié au cours de sa vie et joindre sa tristesse à celle de ses proches, il en était une autre de visiter de bon gré la tombe de la personne concernée. Parfois, il s'agissait d'une étape importante pour les gens en proie à un deuil plus difficile.

"-Vous savez, vous pouvez me demander, pour les gants," dit-il subitement en le prenant par surprise. S'était-il autant attardé sur ses mains joliment gantées? Pardonnez-moi, mais j'ai présumé que vous aviez froid que vous possédiez que un certain complexe au niveau de vos mains.

Il lui sourit poliment.

-Dans ce cas, souhaitez-vous me raconter à propos de ce désir de porter des gants à l'intérieur? s'enquit-il ensuite. Je dois admettre que je suis plutôt curieux.
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Message posté : Mar 6 Jan 2015 - 16:01 Message
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Et voilà. Bingo, on entrait dans le vif du sujet. Le plat de résistance. Le plus gros complexe qui pesait sur la tête d'Anna, plus encore que le fait de fumer, de ne pas pouvoir voler ou de se ruiner les cheveux en teintures qui disparaissent comme par magie. Le fait de devoir se balader avec des gants. Est-ce qu'elle allait se livrer comme cela ?

" Je suis une mutante. " exprima-t-elle simplement en réponse.

Il semblait alors que tout était dit. Que tout allait pouvoir se déminer, que tout le poids qui pesait sur elle allait s'évaporer, là aussi, comme par magie.

" Mais ce n'est qu'un détail. Un menu détail qui déplait à beaucoup de personnes. "

Voilà qui semblait avoir raison de beaucoup de choses, peut-être de sa volonté calme et candide de s'étendre ? Il s'était dit beaucoup de choses, à ce moment. Elle s'était livrée sur beaucoup de choses, et probablement ne l'aurait-elle pas fait avec n'importe qui. Toutefois, il était une chose sur laquelle elle-même comme ses parents s'accordaient : trop en dire pouvait causer plus de tort que de bien.

Il fallait donc reformuler cette affirmation, et elle s'accorda une bouffée de fumée - et une quinte de toux subséquente - pour réfléchir.

" En fait, c'est surtout parce que je crois que j'aime beaucoup ça, le contact du cuir sur mes mains. " explora-t-elle, étonnamment rêveuse, " Au début, c'est juste étrange, et puis, au bout d'un moment, on s'y fait, et maintenant, je ne m'en sépare plus. C'est passé du stage "fétichisme" au stade "mode de vie", j'imagine. A moins que ça ne soit parallèle, ou même l'inverse. J'avoue que je ne me suis pas posé la question sérieusement en fait. "

Anna soupira, reprit une bouffée de cigarette, souffla dans la direction opposée à celle du psychologue, et reprit avec le même air de curiosité étonnante et presque même malsaine au vu du sujet que l'on aurait pu prêter d'avantage à un cliché d'écolière japonaise qu'à elle-même. Un air ravi de gaieté simulé avec entrain.

" Remarquez, c'est sûrement parce que j'ai un gros problème avec le fait d'avoir une identité propre. Il faut à tout prix que je montre que je suis quelqu'un ... Les gants ... " elle attrapa sa mèche blanche et la remonta de toute sa longueur, " ... même ma poliose, en fait. Il faut que je m'attache à un truc, un truc qui me définisse, et je pense que les gants, c'est ce truc. Plus qu'une curiosité génétique ou une foutue condition capillaire congénitale. "

Ce qui était vrai, en un sens. Elle avait besoin d'une ancre dans la réalité pour ne pas se noyer dans l'océan de son esprit ...
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Message posté : Dim 18 Jan 2015 - 5:07 Message
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« Je suis une mutante. »

Les mots le choquèrent brièvement Cian et celui-ci déglutit dans un silence olympien. Toutefois, une lueur étrange s'était allumé dans son regard verdâtre. Une mutante. Cela expliquait tant et pourtant si peu sur son caractère. L'Irlandais cligna des yeux à deux reprises, cherchant la vérité dans les yeux de sa patiente. Ses paroles lui donnait un élan d'introspection.

« Mais ce n'est qu'un détail. Un menu détail qui déplait à beaucoup de personnes. " »

C'était davantage pénible lorsque la personne dite être mutante était dégoûtée par son propre don. Les doigts de l'étudiant se crispèrent sur son stylo et son bloc note. Était-il dégoûté par son unique habilité? Pas spécialement, non. Était-il lasse d'avoir se fardeau sur la conscience, oui, peut-être. Autrefois, sa mère lui avait qu'il ne fallait pas dédaigner ce que Dieu nous donnait ou ce que nos parents nous offrait. Personnellement, il n'avait aucune pensée pour le dieu catholique ou une autre religion, mais les mots de madame O'Hara n'étaient tout de même pas tombée dans l'oreille d'un sourd.

-Les gens ont tendance à être effrayer parce ce qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes, souffla doucement l'Irlandais, le visage dans la vague. Ils se plaisent dans le confort de la norme et dédaignent la présence de l'étranger. Un instinct de préservation, dirais-je. Sinon, j'imagine qu'il s'agit d'un détail dont vous ne voulez pas vous étendre dessus, je peux comprendre.

Il comprenait que trop bien l'envie de ne pas s'étendre sur une telle chose. De plus, il ne savait pas trop si elle lui avait menti, là, maintenant, où qu'elle utilisait ses mots comme une expression purement adolescente. Quel jouvenceau n'utilise pas ce genre de terme pour décrire sa différence comparée aux autres membres de sa tranche d'âge. Il leva les yeux vers la jeune fille, quelque chose dans son regard lui disait qu'elle ne mentait pas. Sa bouche s'ouvrit, puis elle parla des fameux gants qui couvraient toujours ses mains.

-Quand on parle de fétiche relié à un objet, il est bien difficile de donner une raison à cette affection. Comme vous le dite, vous en appréciez le contact et c'est bien le strict nécessaire pour considéré un objet comme un fétiche.

Sa bouche s'était refermée sur sa cigarette et elle en extirpa son poison avec une certaine gaieté. Il porta davantage attention à la mèche blanche qui maculait ses beaux cheveux. Ce qu'il avait prit pour une mode de jeunot était en fait le résultat d'une condition physique? En tout cas, la vieillesse était a rayée de sa liste. Cette fille n'avait pas encore vingt ans, il le savait pas observation et par le nombre qu'il avait aperçu dans son dossier.

- Vous désirez montrer que vous êtes quelqu'un? répéta-t-il en appuyant ses avant-bras sur le fauteuil en la considérant longuement. René Descartes a bien dit « je pense, donc je suis » et vous me semblez capable de penser et donc, d'être quelqu'un, à votre façon.

Peut-être qu'elle pensait trop, justement.

-Pourquoi ce désir d'être identifier à quelque chose? s'enquit-il ensuite. Avez-vous peur de n'être personne d'importance ou alors tentez-vous d'impressionner une personne en particulier? Comme des parents, par exemple.

Ah oui, les parents. Pendant combien d'années Cian avait-il tenté de rendre son père fière de lui ou de partager un quelconque centre d'intérêt avec celui-ci. Aucun de ses essais n'avaient fonctionner jusqu'à aujourd'hui et cela les avaient entraînés tout les deux vers une haine mutuelle. Ou plutôt, un dédain de la part de son unique fils. Un père devait être là pour son fils et non former un mur d'ignorance et d'insultes mal dissimulées entre eux.



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Message posté : Sam 31 Jan 2015 - 0:22 Message
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" Est-ce que René Descartes a formulé un jour quelque chose sur ces personnes qui pensent trop ? Est-il possible de trop penser, de ne se sentir personne car l'on se prend à trop penser ? "

Une question qui pouvait paraître étonnante, mais une question qui, à demi-mots, trahissait un certain mal-être propre à Anna LeBlanc et à sa lignée. Le mal-être qui était la cause précise de la folie qui semblait héréditaire dans cette dynastie pourtant si prestigieuse, une dégénérescence qui venait de ce trop-plein d'esprit, de ce trop-plein "d'existence". Là, assise dans ce bureau de psychologue, c'était une interrogation qui l'avait prise, et qui pourrait peut-être aller jusqu'à trahir la véritable nature de ses tracas, car c'était bien parce qu'elle pensait qu'elle était plus, ou qu'elle n'était tout simplement pas. Trop de pensées, trop de parasites, trop de coups frappés à la frontière de sa conscience. Quelque peu gênée, elle se prit à se masser les mains nerveusement, en détournant un peu le regard.

" Je pense trop, je pense ... " avisa-t-elle, " Je pense que les gants ... C'est une ancre. Quelque chose qui me permet de savoir qui je suis. Je les regarde, et je n'ai pas de doutes. Dans ma tête, il n'est pas question d'importance ou de fierté ... Je pense ... Je pense que tout cela n'est qu'une vague question d'identité, en fait. .. Là-haut ... " elle porta sa main gauche à sa tête, pour illustrer sa métaphore, " C'est parfois brouillé ... J'ai, fait des choses ... J'ai, vu des choses ... Pensé, des choses, même, et il se passe des moments où je ne sais plus trop qui je suis, ce que je suis, ce que je veux faire ou ce que j'ai à faire. C'est comme si j'étais déconnectée de la réalité, en une certaine forme ... Comme si j'étais juste... témoin. "

Non, véritablement, tant de souvenirs, tant d'existences condensées dans un seul esprit ne pouvait réellement faire bon ménage, et alors qu'elle tira une bouffée si longue que l'on put voir se consumer le papier à vue d'œil, et qu'elle fut prise d'une quinte de toux particulièrement prodigieuse dans l'immédiat après-coup, elle avait bien à cœur d'oublier tout cela. Il semblait bien que le simple fait d'évoquer cette curieuse sensation la rappelait à elle, à sa condition, comme si elle s'apprêtait à perdre le contrôle et à devenir tout autre chose. On atteignait là un stade de la consultation que jamais elle n'aurait imaginé atteindre, si elle avait seulement pu l'imaginer. En l'état, c'était la panique.

" Ecoutez ... Je crois que ... On devrait arrêter là, non ? " tenta-t-elle, en portant une main à son front.
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Message posté : Mer 25 Fév 2015 - 23:03 Message
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" Est-ce que René Descartes a formulé un jour quelque chose sur ces personnes qui pensent trop ? Est-il possible de trop penser, de ne se sentir personne car l'on se prend à trop penser ? "

Cian s'arrêta un moment de la regarder et tourna la tête vers une direction autre que la sienne. Était-il possible de trop penser? Il ne savait pas trop s'il existait réellement l'action de trop penser, car comme le disait Descartes, le fait de réfléchir prouvait bien notre existence et le fait que nous ne vivions pas que par nos instincts. Enfin, la philosophie était un sujet très complexe qui pouvait souvent être interpréter différemment et individuellement.

-Est-il possible de trop penser? Je ne sais pas vraiment, mais la pensée est humaine n'est-ce pas? Il sourit doucement avant de reporter son attention verdâtre sur elle. Préfériez-vous être un animal qui ne vit que par ses instincts et par conditionnement?

Il connaissait des gens qui ne vivaient que pour faire la fête et commettre des bêtises qu'il considérait personnellement débiles, dépassés ou immatures. C'était le genre d'individus qu'il avait appris à mépriser pour des raisons qui lui appartenaient. Il écouta attentivement lorsqu'elle reprit la parole. L'Irlandais avait beaucoup de mal à figurer la manière de penser de la jeune femme. Parfois, il avait l'impression d'avoir plusieurs personnes face à lui emprisonner dans le même corps ou alors une personne d'expérience. Cependant, malgré quelque d'aussi horrible que la mort de son ami dans une situation plutôt délicate, il ne pouvait pas imaginer une adolescente ayant eu autant d'expérience pouvant expliquer la façon dont elle s'exprimait. Qu'avait-elle dit plus tôt? Qu'elle était une mutante? Il fronça des sourcils.

Cian sursauta légèrement lorsqu'elle s'étouffa avec sa propre bouffée toxique. Visiblement, le tabac n'était réellement pas bon pour la santé.

-Vous dites être témoin de tant de chose et pourtant, n'est-ce pas l'expérience de notre vie qui nous façonne? lui demanda-t-il avec un sourire rassurant. Peut-être serait-ce le temps de faire davantage d'introspection et vous concentrez davantage sur vous-même. Je vous conseillerai de passer plus de temps sur vos passions et ce que vous aimez en général. En faisant cela, je suis certain que vous aurez une meilleure idée de qui vous êtes vraiment. Faite des activités concrètes qui viennent de vous, rencontrer de nouvelles personnes. À long terme, cela vous fera du bien.

-Ecoutez ... Je crois que ... On devrait arrêter là, non ? " tenta-t-elle, en portant une main à son front.

Il ne fallait pas pousser plus que nécessaire les gens à se confier et c'est avec une certaine élégance qu'il déposa son stylo sur son carnet de note poser calmement sur ses genoux. Il fit glisser une mèche de cheveux derrière son oreille.

-C'est à votre rythme, mais je suis heureux d'avoir conversé avec vous, avoua-t-il finalement. Il trouvait cette fille fascinante, à sa façon, mais évidemment, il ne pouvait dire cela à voix haute de peur qu'elle pense qu'il la prenait pour un rat de laboratoire. Il se leva et se dirigea vers son bureau où attendait une cruche d'eau et quelques verres en carton blanchâtre. Il attrapa l'un des contenants et y versa un peu d'eau.

Cela fait, il pivota à nouveau dans la direction de l'adolescente et une fois devant elle à une distance respectable, il lui tendit le petit verre de carton dont les parois rafraîchissaient ses doigts.

-Tenez, dit-il doucement, comment vous sentez-vous maintenant?

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