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Ordalie

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Message posté : Sam 6 Déc - 19:55 Message
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Ensemble parlerent sovent
e s'entr'amerent lëaument
e celerent a lur poeir,
que hum nes puïst aparceveir.
la suffrance mut lur greva;
mes li vallez se purpensa
que meuz en volt les maus suffrir
que trop haster e dunc faillir.
mut fu pur li amer destreiz.
Marie de France, Les Dous Amanz

10 décembre 2014

Chase avait toujours été amateur de football américain. De baseball et de basketball, aussi. Des goûts sportifs patriotiques, pour ainsi dire. Il n’avait jamais pratiqué lui-même, parce qu’il préférait la course et la nage, les épopées solitaires et de longue haleine, mais il avait toujours pris plaisir à regarder les matchs à la télévision en bricolant des robots. Les goûts d’Alex en la matière n’avaient pas changé, mais cela faisait longtemps que le jeune homme n’avait pas pris le temps de regarder un match.

Ce n’était pourtant pas l’amour du sport, ce matin-là, qui lui avait fait prendre place dans les gradins du stade où s’entrainait l’équipe universitaire en un match amical interne. Il n’était pas le seul à observer, dans le froid de décembre, les silhouettes s’entrechoquer et le ballon voler, entre les titulaires et les remplaçants. Il y avait les aspirants, les curieux, les petites amies, les bons camarades. Pas de recruteur des équipes professionnelles ce matin-là ; dommage pour les joueurs.

Les yeux d’Alex étaient fixés sur une seule silhouette : celle de Vincent Nash. Le fameux. Le petit ami de Jace Roberts. Celui qui avait explosé le sentiment de solitude qu’il avait placé à la hâte dans l’esprit du jeune Légionnaire, lorsqu’il l’avait piégé dans le Bohnson Building. Depuis, le rôle de Jace avait un peu changé dans ses plans d’ensemble. Lorsque de son entrevue avec Tesla, le représentant de SHADOW, auquel il avait présenté son projet de démanteler la Légion des Étoiles, les deux hommes avaient convenu que Jace Roberts ne serait pas le meilleur véhicule pour la première étape du projet : l’infiltration du Phare, pour y déposer des données compromettantes pour l’UNISON, afin de nuire au partenariat entre la Légion et l’organisation de l’ONU.

Mais Thunder continuait à intéresser Noctis. À l’inquiéter, aussi. Si le mentaliste ne craignait guère les prouesses de combattant du fils du Commander, il était en revanche beaucoup plus prudent lorsqu’il s’agissait de ses intuitions toujours plus fines et de son aptitude à capter les données qui peuplaient la cybersphère. La sécurité de ses réseaux était essentielle à nombre de ses opérations et, en tout premier lieu, au bon fonctionnement de l’Essaim, son armée de robots insectoïdes et arachnoïdes qui continuait à se répandre dans tout Star City, depuis son laboratoire situé sous Fallaenn.

Noctis avait beau protéger ses données, fragmenter ses systèmes, créer des ruptures physiques entre les différents serveurs, les dons toujours en maturation de Jace Roberts étaient un sérieux obstacle à ses futurs projets. Il ne pouvait pas diffuser Médée, la super-intelligence virale et autoévolutive qu’il avait créé à partir du noyau logiciel copié de la voiture du Passeur, si sa création s’exposait à l’action d’un cyberpathe trop talentueux. Il avait besoin d’agir, et peut-être rapidement, pour circonvenir cette menace éventuelle.

Encore fallait-il savoir comment. Et à quel point il en avait envie. De bien des manières, Jace lui rappelait sa propre existence. Son intelligence résonnait avec celle de la plus âgée de ses sœurs. Et sa passion pour Vincent le touchait, parce qu’elle lui rappelait celle qu’il éprouvait lui-même pour Lukaz. Du reste, si le Légionnaire n’entretenait pas une relation très suivie ni très étroite avec Aishlinn, Alex savait que la Mac Aoidh l’appréciait plus qu’elle ne voulait bien le dire et il n’avait aucune envie de s’attirer la colère d’Abban, son plus proche ami, en s’en prenant à un ami de sa jumelle.

Bref, la situation était compliquée. Il avait des scrupules. Des scrupules qui tenaient moins à sa morale qu’à sa situation personnelle, mais des scrupules tout de même. Alors il voulait faire un test. Mettre Vincent Nash à l’épreuve. Savoir s’il en valait la peine. Il l’avait un peu étudié, Vincent Nash. L’ancien humain. L’ancien hétérosexuel. Pendant plus de vingt ans, Vincent avait mené la vie qu’Alex détestait. La vie normale. Avec ses principes d’homme normal. Maintenant, son existence avait été chamboulée et il avait résisté à ces changements.

Alex espérait à moitié le faire plier. Lui faire tourner la page. Le faire rentrer dans son trou d’humain. Si Vincent se couchait face à l’étrangeté, s’il abdiquait devant Star City et ses mystères insondables, alors il n’avait aucune importance. Alors le couple Vincent-Jace était voué à l’échec et Alex ne se sentirait plus responsable de préserver le petit miracle, le précieux miracle qu’était à ses yeux une relation homosexuelle et mutante. Dans le cas contraire… Dans le cas contraire, peut-être, à leur manière, Vincent et Jace pouvaient devenir des ferments de révolte, et alors, il serait temps d’envisager de nouvelles options.

Un coup de sifflet retentit. Le match était fini. Les joueurs se congratulèrent les uns les autres et ils disparurent vers les vestiaires, tandis que le froid vidait rapidement les gradins. Alex se leva à son tour, mais au lieu de se diriger vers les sorties du stade, il descendit en direction de la pelouse, enjamba la rambarde qui la séparait des gradins et fut reçu vertement par l’entraineur.

— Qu’est-ce que tu crois que tu fous, là, jeune, homme ?

Les yeux de Noctis se posèrent dans ceux de l’entraineur. L’homme cligna des paupières avant de se détourner, l’air absent, tandis que le mentaliste reprenait son chemin, jusqu’à pénétrer dans les vestiaires. Ils étaient pleins de jeunes hommes musclés, suants ou humides, selon qu’ils avaient pris ou allaient prendre leur douche. Le regard de Noctis passa sur eux avec indifférence. Depuis sa réincarnation, son désir était définitivement dépendant de celui de Lukaz. Jadis, la situation l’aurait charmé — mais il était désormais trop peu humain pour cela.

Il fit un petit geste de la main et le corps de tous les footballeurs, Vincent y comprit, se figèrent, dans une étreinte tout autant télékinésique que télépathique, qui leur ôtait la possibilité de se mouvoir et de penser. Alex longea les bancs et jeta un coup d’œil dans les grandes douches communes. Vincent était là qui se lavait. Nouveau geste de la main. L’arrivée d’eau était coupée. Alex marcha jusqu’au centre de la grande pièce carrelée, puis il se tourna vers Vincent et le libéra seul de son figeage. Tandis que le pyromancien retrouvait sa liberté de mouvement et de pensée, Noctis prenait calmement la parole.

— Monsieur Nash…

Noctis esquissa une moue dubitative.

— Ça ne vous va pas très bien. Nash. C’est une lettre de trop. Je vais vous appeler Ash.

Il laissa ostensiblement son regard descendre le corps nu de Vincent, avant de remonter tout aussi lentement vers ses yeux.

— Je suppose que je vois pourquoi Jace est si enthousiaste. Permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Noctis. Je suis la personne qui a torturé votre ami et détruit le Bohnson Building. Enchanté.

Noctis leva un index et enchaîna aussitôt.

— Avant que vous ne cédiez prématurément à un funeste désir de vengeance ou aux tourments émotionnels qui, apparemment, vous habitent en permanence, j’attire votre attention sur votre ami Mat.

Noctis inclina la tête vers un autre footballeur, toujours parfaitement immobile, la main pleine de gel douche. La tête de Mat commença lentement à tourner, avant de s’arrêter.

— Un peu plus et je lui brise la nuque. Avouez que ce serait fâcheux.

Les trois autres footballeurs présents de la douche tournèrent à leur tour la tête jusqu’à un angle douloureux, ainsi que ceux des vestiaires.

— Je suis sûr que vous seriez triste de sortir de cette douche entouré de cadavres. Et puis, pensez à la femme de ménage. Ceci étant dit, rassurez-vous : je suis venu vous fournir quelques informations précieuses. Pour me faire pardonner.

Qu’est-ce qu’il est sympa, ce Noctis.

— Dans deux heures, les premières années de philosophie ont un cours en promotion complète dans l’amphithéâtre 7 de leur faculté. Je compte envoyer un groupe pour les tuer. Un par un. Voyez ça comme un service rendu au matérialisme. Mais je suis persuadé que si vous intervenez, vous avez une petite chance d’éviter le massacre. Et quand je dis vous, je dis vous et vous seul. Si d’aventure nous devions remarquer un super-héros, un agent de police, un Légionnaire dans les parages, nous serions contraints d’employer des mesures radicales. Et sanglantes. C’est un cadeau de moi à vous, Ash. Voyez ça comme l’occasion de faire une démonstration publique de vos aptitudes. Sur ce…

Les membres de Vincent furent à nouveau emprisonnés dans un étau télékinésique. Le corps de Noctis, lui, se mit à luire d’une lueur pâle, mais de plus en plus aveuglante — la lueur de la Pierre de Lune dont il était composé. La lueur s’étendit en une sphère lumineuse éblouissante qui engloba Matt, Vincent et les trois autres footballeurs, avant de se dissiper brutalement. Tous les hommes des vestiaires revinrent à eux.

On aurait dit que Noctis avait disparu. Qu’il s’était téléporté ailleurs. En réalité, il venait de prendre possession du corps de Matt, qui adoptait comme tous les autres un air hébété, en se massant le cou. Le mentaliste, dans sa nouvelle enveloppe corporelle, se retourna vers son coéquipier.

— Vince… ça va… tu… tu sais c’qui s’est passé ?
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Message posté : Sam 6 Déc - 23:47 Message
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    Aujourd’hui avait lieu le premier match de Vincent depuis sa réinsertion dans l’équipe universitaire. Le jeune homme était enchanté, et incroyablement excité depuis quelques jours. Invivable avec Holly et Jason qu’il abreuvait continuellement de commentaires sportifs, il était devenu impossible de partager un repas avec lui sans le voir commenter les assiettes de ses voisins. Le jeune homme aurait certainement été un amant particulièrement fatiguant si son petit ami n’était pas doué d’une endurance infinie. Tout ça pour un simple match amical... C’est bête les sportifs... mêmes ceux qui ont des pouvoirs. Les règles étaient d’ailleurs simples à ce sujet : ne pas brûler le ballon. Ne pas brûler les joueurs. Cela devrait être dans ses cordes. Le jeune homme ne s’inquiétait pas trop pour ses pouvoirs. Il les contrôlait mieux maintenant. Et il avait passé une bonne demi-heure ce matin à faire les exercices de self control que Jace lui avait inculqués. Et autre mesure de précaution : le jeune homme avait passé une bonne partie de sa soirée sous sa forme de cendres. C’était un état physique qui exigeait généralement le maximum de ses pouvoirs et le fatiguait beaucoup. Au final, son feu intérieur était calme aujourd’hui. Sauf accident, il ne devrait y avoir aucune flamme non désirée. Et les accidents, ça n’arrivait pas tous les jours, n’est-ce pas ?

    Le match en lui-même se déroula sans accroc. En tout cas pas plus que la moyenne. Seulement deux yellow flags pour leur équipe. Et aucun ne concernait le pyromancien. Celui-ci eut droit à sa part de gloire en réceptionnant comme il fallait les passes du quaterback. Il put également tirer profit de sa vitesse et de sa petite taille pour faire avancer le jeu à plusieurs reprises. Le jeune homme eut même une pensée reconnaissante envers Camille qui l’avait accidentellement piégé dans des tunnels envahis de créatures pleines de mauvaises intentions. C’était important de s’entraîner en permanence. La rencontre était un peu frustrante cependant, l’équipe en face ne semblait pas particulièrement motivée et la plupart de ses joueurs n’hésitaient pas à en venir à des coups bas. Gareth faillit d’ailleurs en éborgner un tant cela l’énerva. Mais la colère ne serait pas du côté de leur vestiaire et ils l’emportèrent. Une victoire qui se jouait à trop peu de choses diraient certains, mais une victoire quand même. Vincent resterait focalisé sur cette information. Il était un peu déçu que Jace ne soit pas venu pour l’encourager, mais c’était ce qui arrivait quand on sortait avec un hyperactif pourvu d’une vie hyper pleine. Allez savoir quel problème juridique ou héroïque le jeune Roberts était en train d’affronter au lieu de se frigorifier sur des gradins à regarder une troupe d’athlètes se courir après. Sa perte. Sans parler de l’étape obligatoire des vestiaires... cela dit, dans sa situation, Vincent n’était pas certain que cela soit un avantage en soit. Maintenant qu’il avait avoué ses désirs homosexuels, il se devait plus que jamais d’éviter de poser les yeux sous la ceinture absente des sportifs en nage. Surtout qu’il savait à présent quels plaisirs ces armes pouvaient lui offrir... Fermer les yeux pendant la douche était la meilleure des solutions. Ne pas les ouvrir, même lorsque Matt raconta sa blague sur l’étudiante en littérature espagnole.

    Par contre, quand le silence s’installa dans les vestiaires, il se dit qu’il valait mieux ouvrir les yeux pour voir ce qui se passait. D’autant plus que les douches s’étaient arrêtées. Vince trouva l’origine de ces changements en la personne d’un grand inconnu tout habillé donc le regard ne lui plaisait pas du tout. Autre détail perturbant : les autres ne bougeaient plus et restés figés comme des statues. Mais avant que l’étudiant n’ait pu prendre la parole, l’inconnu l’avait devancé... en précisant qu’il le connaissait et en faisant ce jeu de mots qui n’avait pas manqué de franchir les lèvres des colocataires de Vincent lorsqu’ils ont observé la métamorphose du pyromancien. Comment pouvait-il savoir ? a cause de ce maudit blog ? Et pourquoi est-ce qu’il le regardait comme ça ? Jace ? Comment... ?

    Et l’explication vint.

    Le footballeur fit un pas en avant et l’eau et la mousse qui le recouvraient s’évaporèrent rapidement. Ses yeux s’embrasèrent et Vincent fut sur le point de déchaîner tout son pouvoir ainsi que ses poings sans réfléchir lorsqu’il entendit les propos de ce Noctis. Le regard du brun se posa immédiatement sur son équipier et vit son cou bouger... tout seul. Horrifié, Vince calma ses ardeurs, même si son regard continuait de s’animer d’un feu violent. Il finit de se calmer lorsqu’il vit la même chose arriver aux autres et que le discours meurtrier de ce monstre se fit entendre. Et le mentaliste, parce que le terme lui revenait maintenant, enchaîna sans laisser à Vincent le temps de répondre ou même de reprendre ses esprits. Il lui lança alors une espèce d’ultimatum tordu qui, pour le coup, lui fit penser à ces terroristes qui, d’après Camille, n’existaient pas. Et à peine venait-il d’apprendre que tout une promotion d’étudiants allait bientôt se faire attaquer que son corps fut complètement paralysé... impuissant... incapable de faire quoique ce soit pendant que Noctis se changeait en une sorte de lumière avant de disparaître... Voilà qui répondait à la question du : comment il était sorti de l’ascenseur dans lequel Jace a été prisonnier.

    Puis Vincent reprit le contrôle de son corps, de même que tous les autres qui vinrent bientôt à se poser des questions. Mais ils ne trouvèrent pas de réponse auprès de leur « expert » local en phénomène étranges car celui-ci était plongé dans sa contemplation du mur des douches. Que fallait-il faire maintenant ? que pouvait-il faire ? Est-ce qu’il devait prévenir quelqu’un ? Est-ce qu’il « devait » faire quelque chose ? C’était la première fois qu’il se retrouvait jeté dans un tel problème. Vincent avait l’impression qu’on venait de lui lancer un ballon et de lui demander de jouer à un jeu dont il ignore tout mais dont l’issue était potentiellement mortelle. Et d’après ce fou, elles le seraient assurément s’il ne faisait rien. Vince n’avait plus aucun repère... du moi venant de sa propre expérience... Il connaissait au moins trois personnes qui auraient su quoi faire à sa place : Anna, Camille... et Jace. Et les trois auraient probablement fait la même chose.

    – Où est la fac de philo ?

    Il avait posé la question à tout le monde et personne à la fois. En bon sportif pragmatique, Vincent n’était pas du genre à s’intéresser à ce genre de matière et encore moins à traîner dans les bâtiments qui y étaient consacrés. Cela dit, dans ces vestiaires, il y avait peu de chance pour qu’un d’entre eux connaisse la réponse. Ses équipiers étaient de toute façon trop occupés à le fixer comme s’il était devenu fou. Sauf l’un d’eux.

    – Entre le bâtiment d’éco et de psycho.

    Tout le monde se tourna vers celui qui venait de répondre.

    – On l’a fait là bas la semaine dernière avec ma copine.

    Le barman ne perdit pas plus de temps et fila récupérer se rhabiller et récupérer ses affaires en vitesse. Toujours sous le regard surpris de ses partenaires sportifs. Notamment celui de Gareth, devenu en quelques sortes le deuxième expert local.

    – Mec, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi on avait tous le cou...
    – Pas le temps... un truc horrible va arriver... faut que j’y aille...

    Et sans donner plus de détail, il y alla.

    Il aurait peut-être pu leur demander de venir l’aider. Mais si les étudiants de philo étaient effectivement en danger, quel avantage y aurait-il à entraîner ceux-ci dans cette menace ? Ce psychopathe avait précisé : « lui seul » devait intervenir. Alors il se mit en route et traversa le campus... dans deux heures... Ça lui laissait le temps de réfléchir... lui qui était bien connu pour ses capacités de réflexion. Toute une promo de philosophie... ça revenait à combien de personnes ? Quel était le meilleur moyen de mettre autant de gens à l’abri ? Bien vite, la réponse lui vint... Ce n’était pas une idée parfaite, c’était même probablement stupide... mais au moins les cibles de ce taré seraient hors de portée... du moins Vincent l’espérait.


    Une heure et cinquante minutes plus tard

    Il avait réussi à trouver le bâtiment de philosophie. Il avait un pseudo plan. Mais il avait aussi des tas d’appréhensions... et si c’était un piège ? Si c’était ce que Noctis voulait qu’il fasse ? Ou au contraire, si ce n’était pas ça ? L’étudiant était envahi de doutes et de craintes. La peur de ne rien faire, de mal faire... Elle le rongeait petit à petit et il faillit bien appeler Jace à plusieurs reprises pour lui demander de rappliquer... mais à quoi cela servirait-il ? Ce mec avait déjà blessé l’Alpha sans que celui-ci n’ait rien pu faire. Qu’est-ce qu’il changerait s’il venait maintenant ? Et comment on se bat contre un mentaliste, d’abord ? Tant de questions auxquelles Vince n’avait aucune réponse. Ce qu’il savait cependant, c’était que le temps avançait. Pas le choix. Il devait faire quelque chose. Rapidement et aussi discrètement que possible, il passa à l’action et se glissa dans un couloir désert. Des bureaux probablement. En levant la tête, il trouva ce qu’il cherchait et sorti le tract qu’il avait ramassé en passant.

    « Donnez votre sans » se déforma rapidement dans la main de Vince tandis que les flammes dévoraient le papier. Le barman leva ensuite la main et mit l’objet incinéré juste sous le détecteur de fumée. Celui-ci ne tarda pas à remplir son office et à résonner dans tout le bâtiment.

    La procédure d’évacuation commença sans grande panique. Tant que personne ne voyait de flamme, personne ne paniquait. Or Vincent avait bien prit soin de ravaler le feu qu’il venait de créer. Il fit alors genre de suivre les étudiants vers le point d’évacuation tout en attendant à ce que la promo de philosophie quitte l’amphithéâtre qu’elle avait commencé à envahir. Et il ne sortit pas avant que le dernier d’entre eux se soit bien éloigné de la salle. Il avait un air sans doute un peu nerveux et cela contribua peut-être à la question qu’on lui formula bientôt :

    – Ca va ? T’as l’air bizarre...

    Le muté se tourna vers la jeune fille qui venait de l’interpeler. Une demoiselle avec une queue de cheval soignée.

    – Ouais... j’aime pas les incendies, j’suis venu pour vérifié que tout le monde soit en sécurité.
    – Pourquoi tu... oh je sais... ah mais oui ton visage me dit quelque chose ! C’est toi le mec de l’incendie. Celui qui a sauvé la fille des cannibales. J’adore le blog !

    Cette fois il lui accorda son entière attention le temps de se dire qu’il n’avait pas le temps, ni l’envie, ni même l’énergie pour mener une discussion de ce genre.

    – Ouais... c’est moi...
    – Et c’est toi qu’a mis le feu là ?
    – Quoi ? Non ! J’suis juste venu voir parce que j’ai entendu l’alarme. J’crains pas le feu moi donc...
    – Donc t’es venu faire la même chose que tu as faite en sortant Thunder de cet immeuble... C’est admirable. Les gens devraient être plus solidaires comme toi...
    – hmhm...

    En tout cas, il aimerait bien que ce Noctis le soit. Mais Vincent ne se fit pas plaisir en abandonnant sa nouvelle fan car il s’inquiétait trop de voir ce qui allait se passer lorsque les 17 heures sonneraient. Ce qui allait arriver...

    Maintenant.

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Message posté : Dim 7 Déc - 0:15 Message
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Mat suivit Vincent du regard. Le pyromancien quitta les vestiaires. Et un mince sourire se dessina sur les lèvres de son coéquipier possédé. Peu à peu, les footballeurs abandonnèrent leurs vaines spéculations pour se sécher et se rhabiller. Mat les imita, évidemment. Personne n’avait plus envie de s’attarder dans les vestiaires. D’y raconter des plaisanteries. Des histoires un peu lestes. L’ambiance avait changé. Le froid de l’extérieur avait pénétré dans les murs de ce petit sanctuaire sportif. Dans les os. Dans les pensées.

Les garçons quittèrent les lieux. Mat s’interrompit.

— ‘Tain, j’ai oublié mon portable. J’vous rejoins.

Le footballeur rebroussa chemin et retrouva les vestiaires déserts. Son corps se mit à briller. Enveloppé par une lumière lunaire. Puis il s’effondra, tandis que le corps de Noctis reprenait forme à ses côtés. Le mentaliste fit craquer les os de son cou. Son échine frissonna. Les reconstitutions étaient toujours un peu douloureuses. Machinalement, il agita les doigts. Il avait encore un peu de temps devant lui.

Deux heures plus tard, l’amphithéâtre 7 était désert. La promotion d’étudiants en philosophie attendait impatiemment sur la pelouse, devant le bâtiment. D’ordinaire, les alertes à incendie étaient salvatrices, surtout quand elles interrompaient un cours de logique, mais en plein mois de décembre, c’était une toute autre histoire, et la chaleur relative des amphithéâtres était beaucoup plus propice à une torpeur collective.

Les couloirs du bâtiment eux aussi étaient vides. Mais on ne tarderait pas à se rendre compte que l’alerte était une fausse alerte, même si la fan de Vincent répandait la bonne parole dans le rang des élèves et des personnels attroupés dehors. Derrière le pyromancien cependant, le bruit de pas s’élevèrent. Et bientôt une voix familière.

— Ash.

Noctis adressa un sourire à Vincent.

— Je vous suggère de maîtriser vos ardeurs.

C’était un peu une règle générale.

— Qui sait ce que j’ai prévu ? Qui sait ce qui pourrait advenir des étudiants massés dehors, exposés en terrain découvert, avec tous ces toits autour d’eux. Vous savez le prix de quelques bons snipers sur le marché, ces derniers temps ?

Noctis s’arrêta à quelques mètres de Vincent, les mains dans les poches.

— Pour quelqu’un comme moi, presque rien. Ou bien pensez à Jace, au palais de justice, à attendre son tour de parler au greffier. Ces endroits sont pleins de criminels. C’est très dangereux, un palais de justice. Surtout à Star City. On n’y pense pas assez.

C’était tout le charme des mentalistes : on ne savait jamais vraiment si ce qu’ils disaient était vrai ou non. Ce qui tenait du bluff ou de la menace réelle. L’art de manipuler les esprits s’accompagnait souvent de l’art du mensonge et Chase avait mené des existences multiples pendant des mois sans éveiller les soupçons. Mentir était pour lui une seconde nature.

— Je ne suis pas un très grand amateur d’histoire, mais j’ai appris qu’à l’époque médiévale, en Europe, lors des affaires difficiles, on soumettait les gens à une épreuve, une épreuve qui devait décider de leur destin et dont le résultat était interprété comme un signe de Dieu. Une ordalie. D’une certaine façon, cette journée est votre ordalie.

Et lui, il était Dieu. Normal. Tout en modestie.

— Vous êtes peut-être enclin à ne pas me prendre au sérieux. Pour ne pas vous laisser vivre dans le doute, je veux bien vous faire une démonstration.

Et soudain, tout autour d’eux, les murs se fissurèrent. Une violente onde de choc télékinésique se propageait dans le bâtiment et seul Vincent, entouré par un bouclier tout aussi solide, en était protégé. Les vitres explosaient, des blocs de béton tombaient du plafond, les chaises, les tables, les ordinateurs étaient propulsés contre les murs. Puis ce fut le silence. Le chaos avait été audible de l’extérieur et des cris effrayés montaient de la pelouse. On était désormais beaucoup plus enclin à croire la fan de Vincent.

— Ça ne vous parait peut-être pas très évident, mais je suis venu pour vous aider. Vous et Jace. Dans une certaine mesure. À ma façon. Dites moi, Ash, est-ce que le nom de Proteus Biotech vous dit quelque chose ?

C’était le laboratoire qui était venu récupérer un échantillon du sang de Jace, dans l’ascenseur du Bohnson Building.

— Personnellement, j’ai été… très contrarié. D’apprendre qu’ils avaient profité de mon entrevue avec Jace pour avancer leur propre agenda. Tenez, d’ailleurs, en parlant de Jace, vous savez que c’est grâce à moi qu’il a fini par assumer ses désirs pour les hommes ? On pourrait dire en quelque sorte que j’ai favorisé votre rencontre.

Et pour une fois, tout ce qu’il venait de dire n’était que la plus stricte vérité.

Noctis tourna un instant la tête vers le mur.

— Ah.

Son regard revint sur Vincent.

— Je crois que votre admiratrice fait preuve d’un courage excessif. Elle craint pour votre vie et a décidé de se lancer à votre recherche dans le bâtiment. Je crains cependant que ma petite démonstration ait endommagé l’intégrité de la structure. Elle pourrait bien s’effondrer sur votre nouvelle amie. Elle est entrée par la porte sud, si je ne m’abuse…
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Message posté : Dim 7 Déc - 18:23 Message
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    Personne... pas de machine à tuer, rien. Pas de danger. Rien. Non... il avait parlé trop vite. Le cœur de Vincent fit un bond lorsqu’il entendit des pas approcher. Lui. Noctis. Mais bon sang, qu’est-ce qu’il lui voulait exactement ? Il ne lui avait jamais rien fait qu’il sache ! D’ailleurs Jace non plus ne le connaissait pas cet homme qui pourtant l’avait torturé sans modération. Jamais Vincent n’avait autant détesté quelqu’un. Blesser les gens comme il le faisait, menacer de les tuer juste... juste pour quoi au fait ? C’était écœurant, et incompréhensible. Et lui se contentait juste de... l’évaluer. Tout ça pour ça ? Le tester !

    Vincent devint blanc comme un linge lorsqu’il imagina Jace devenir la proie d’un sniper. Est-ce qu’il pourrait guérir suite à une blessure de ce genre ? Il n’en n’était pas sûr. Ce dont il était certain par contre, c’est qu’il ne voulait pas qu’on tire sur son petit ami. Et qu’il n’ait plus jamais à souffrir comme il avait souffert dans ce maudit ascenseur. Le jeune homme donnait l’impression d’avoir envie de vomir tout en voulant frapper ce monstre qui lui faisait face. Quelle était l’envie la plus puissante ? Difficile à dire. Mais avant qu’il puisse en concrétiser une, Vince eu droit à un aperçu des pouvoirs de Noctis et vit le bâtiment en subir le courroux. Malgré la protection qui semblait l’entourer, l’étudiant ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul pour se protéger. Est-ce que c’était possible d’être aussi puissant ? Vince avait plus l’impression de voir une tornade à l’œuvre qu’un être humain... En cet instant, il se rappela pourquoi il avait craint les Supers. La peur commença à l’envahir ainsi que l’incompréhension. Finalement, il parvint à prendre la parole, parce qu’il n’était pas du genre à laisser « Dieu » faire ce qu’il voulait sans ouvrir la bouche.

    – Pourquoi ? Pourquoi vous faites ça ? Qu’est-ce que vous lui voulez à Jace ? Pourquoi me mettre à l’épreuve ?

    Et ce n’était là que le sommet d’iceberg constitué de questions qui se formait dans l’esprit de Vincent. L’iceberg prit même de la hauteur lorsque le mentaliste vient à parler de Proteus Biotech dont il avait déjà entendu le nom et avec qui il avait apparemment joué à cache-cache dans des toilettes calcinées. Mais les questions qu’il pouvait se poser par rapport à une entreprise aux intentions douteuses fondirent comme neige au soleil lorsque son interlocuteur se désigna responsable des... attirances de Jace.

    – Vous voulez dire que sans vous, Jace ne serait pas...

    Que sans l’intervention d’un Super Vilain, Jace Roberts aurait conservé l’existence hétérosexuelle qui lui aurait tant simplifié les choses ? Et que si ça se trouve, sans les manipulations mentales de ce type, Jace ne serait pas... ou plus... La nouvelle fut un choc presque aussi conséquent que la démonstration de force qu’il a observée à l’instant. Vincent ne trouvait plus ses mots et ne savait quoi dire... Son esprit se remit en marche, par automatisme, lorsque Noctis parla d’une admiratrice en danger. Porte sud... Le jeune homme ne fit même pas l’effort de réfléchir, ses pensées étaient trop confuses. A la place, il laissa son corps agir et se mettre à courir. Traverser le couloir, tourner, traverser, encore tourner, courir, vite... Puis il l’a vit arriver vers lui l’air inquiète. Il réussit à utiliser sa voix pour lui crier de faire demi-tour, mais elle était trop lente, elle ne comprenait pas. Pendant ce temps, le mur juste à côté d’elle commençait à bouger. Vincent réalisa avec horreur qu’il était en train de s’effondrer. Il piqua un sprint et sauta pour pousser la fille de toutes ses forces loin de la chute. Il arriva à la toucher et à la pousser mais ne vit pas ce qui se passa ensuite car le mur s’approcher de lui. Incapable de se déplacer assez vite, il laissa son pouvoir se manifester et attendit que le choc passe.

    En tombant par terre, le mur s’est brisé, révélant ainsi les vêtements de Vincent qui gisaient au sol au milieu d’un tas de cendres inanimé. Au bout de quelques secondes, les cendres prirent vit et se déplacèrent pour former un corps humanoïde à l’intérieur des vêtements qui donnait l’impression de se regonfler. Quelques secondes plus tard, Vincent se tenait allongé sous quelques débris, épuisé. Le dos au sol, il avait du mal à se relever. Son corps lui faisait un peu mal. Le choc qu’il avait subit était brutal. Il réalisa qu’il lui manquait la moitié de sa veste, elle était restée sous un bloc de mur trop lourd pour être sauvée. Et alors qu’il reprenait conscience, petit à petit, il vit et entendit quelqu’un s’approcher : Noctis, encore. Toujours incapable de penser à autre chose que ce qu’il était parti faire, il demanda :

    – La fille ? Elle va bien ?

    Il n’avait pas vu ce qu’elle avait fait après qu’il l’ai poussée et espérait qu’elle ait réussi à sortir comme il lui avait crié de faire.

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Message posté : Dim 7 Déc - 18:51 Message
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De la graine de héros, ce Vincent Nash. Noctis le suivit du regard, alors que le jeune homme partait en courant dans les couloirs. Les émotions de Vincent étaient plus fortes et plus sincères qu’il ne l’avait cru d’abord. S’il ne s’était certes pas attendu à ce que Ash tournât le dos sans remord aux civils en danger, il avait un peu douté de sa résolution à conserver sa place dans la vie de Jace Roberts. Sa principale hypothèse avait été que Vincent, devant la complexité de la situation, aurait fait l’expérience d’une résurgence de ses anciens regrets — sa vie normale, sa vie banale, sa vie d’être humain. Au lieu de cela, il avait l’impression que le jeune homme essayait de préserver ce que sa vie était devenue. Jace, en tout cas.

La fille ne se retourna pas quand Vincent cria. Le mur s’effondra. Et la fille disparut — comme font toujours les illusions. Les mains dans les poches, Noctis remontait le couloir d’un pas tranquille, en réfléchissant. Avec un pareil homme à ses côtés, Jace n’était pas prêt de se laisser convaincre par ses discours sur la solitude inhérente à la condition métahumaine. Pas littéralement, en tout cas, pas simplement. Et Noctis n’avait aucune envie de tuer le jeune Roberts. Mais peut-être pouvait-il prendre conscience de la spécificité de la Légion. Servir à l’entreprise d’antagonisme entre l’UNISON et l’organisation de super-héros que Tesla de SHADOW et Noctis mettaient en place.

Les vêtements de Vincent reprenaient leur forme, sous les yeux de Noctis.

— La fille ?

Un demi-sourire se dessina sur le visage du mentaliste.

— Vous êtes victime de votre imagination, Ash.

Puis il concéda :

— Ou de la mienne.

Noctis fit un geste de la main et les derniers gravats du mur se soulevèrent pour aller se ranger sagement dans un coin du couloir. Des kilos et des kilos de béton déplacés sans effort apparent. Il enchaîna aussitôt, sans laisser à Vincent le loisir de reprendre ses esprits — une autre forme de manipulation que de surfer sur les chocs d’adrénaline.

— Vous avez un sens des priorités intéressants. Je vous parle de snipers, je vous parle d’une mystérieux société de biotechnologie qui prélève des échantillons de matériel génétique mutant et la question qui vous intéresse le plus, c’est celle qui concerne votre petit ami et ses préférences sexuelles.

Autant dire que Vincent avait exactement le même genre d’ordre des priorités que lui-même.

— Pour être tout à fait honnête, je crains que personne ne puisse vraiment prévoir ou imaginer ce que Jace Roberts aurait été ou ce qu’il sera. Cet esprit-là est… Un petit peu trop instable. Parmi tous les garçons qui auraient pu vouloir profiter de vos…

Noctis esquissa un vague geste de la main pour désigner Vincent.

— … attributs, vous en avez choisi un compliqué, Ash. Cela dit, comme vous avez aussi fricoté avec Louis d’Ax, je suppose que vous avez un goût certain pour les gens compliqués. Tenez, d’ailleurs, je me demandais… Est-ce que vous êtes sincère avec Jace ? Ou est-ce que vous lui mentez ? À propos de Louis. De ses… aptitudes. De ses activités. Vous savez, Louis est l’un de mes associés. Pas très proches, mais tout de même. Nous avons un projet en commun.

Des projets, Noctis en avait beaucoup. Celui qui l’unissait à Louis était personnel pour ce dernier et professionnel, pour ainsi dire, aux yeux du mentaliste : il s’agissait de la chute du Docteur Otaku. Selon Noctis, la ville était trop petite, et surtout le milieu criminel, pour deux roboticiens de génie.

— Je me demande combien de secrets vous gardez de Jace. Et combien de temps ça lui prendra pour découvrir que votre honnêteté est, disons, sélective. Bref…

À l’entendre, pour une raison ou pour une autre, la relation entre Vincent et Jace était vouée à l’échec. Il ne le disait pas nettement, mais il ouvrait pour Vincent des pistes de réflexion qui conduisaient à des conclusions plutôt funestes.

— Vous me pardonnerez si j’abrège la menue conversation, mais les secours ne vont pas tarder à arriver et combattre les policiers est toujours une activité très fastidieuse. J’ai une proposition à vous faire. Vous avez dû vous rendre compte que les pouvoirs des êtres comme nous dépendent de l’esprit. De notre volonté. De nos émotions. De nos aptitudes à ressentir, à commander, à percevoir. Tout cela peut être… Contrôlé. Par des exercices. Mais un contrôle bien plus efficace est possible. Il est possible de contenir les émotions trop fortes, de créer une sorte de filet. De forcer l’esprit à oublier comment utiliser ses pouvoirs. Y compris de manière volontaire. La mutation est toujours là, génétiquement, mais les pouvoirs disparaissent, parce que la source de leur manifestation est tarie. En d’autres termes, Vincent…

Et non pas Ash.

— … vous pourriez redevenir un être humain comme les autres. Naturellement, une pareille opération aurait des séquelles. Elle impliquerait de contenir les émotions trop fortes et trop radicales surgies en même temps que les premières transformations. Dans votre cas, elle impliquerait de supprimer les sentiments que vous pouvez ressentir pour Jace. Et une bonne partie de vos désirs nouveaux. Vous seriez… Humain. Et hétérosexuel. Vos souvenirs de ces dernières semaines s’effaceraient avec le temps. Perdraient de leur force. Et tout redeviendrait comme avant.

C’était de la pure fiction, à vrai dire. Mais Noctis venait de ravager un bâtiment en clignant des paupières, après avoir détruit le Bohnson Building, subjuguer toute une équipe de football américain et déterrer certaines des pensées les plus intimes de Vincent : de sa part, la limite entre la pure fiction et ses capacités réelles était bien difficile à percevoir.

— Je vais être sincère. Je considère que vous tirez Jace en arrière. Avec votre besoin de normalité. Alors je suis prêt à vous offrir cette normalité perdue. Pour que vous libériez Jace. Mais mon offre n’est valable qu’une minute. Après cela, les caméras arrivent. Et vous resterez, comment dirait votre famille ? Un monstre. Et un pédé.
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Message posté : Dim 7 Déc - 22:32 Message
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    Le regard de Vincent se fit interrogateur... Pas de fille ? Une illusion ? L’étudiant se sentit incroyablement stupide. Il avait l’impression d’être un de ces chats (comme tout le monde parle de chat tout le temps) qu’on provoque avec une lumière qu’il ne pourra jamais attraper. Impuissant, incapable de comprendre une logique qui n’était pas à sa portée. Un mouvement de la main plus tard, Noctis dégagea les gravas qui traînaient pour les repousser dans un coin. Combien de personnes aurait-il fallu pour en faire autant sans le moindre pouvoir ? Le footballeur entreprit de se relever prudemment. Son corps était toujours un peu endolori mais fonctionnel... Assez pour échapper à ce monstre ? Probablement pas. C’était sans doute une tâche qui relevait de l’impossible. Mais une fois sur ses deux pieds, Vincent fut bientôt rabaissé par la honte que le mentaliste lui imposa : la sienne, celle de ses apparentes priorités. Le jeune homme ne put s’empêcher de rougir de honte et de baisser les yeux. C’était petit... Il se sentait petit...

    Il releva la tête lorsqu’il entendit le Super lui expliquait qu’on ne pouvait pas savoir comment Jace évoluerait. Puis l’embarras se dessina une nouvelle fois dans l’esprit de l’étudiant lorsqu’il l’entendit parler de Louis. Ainsi il le connaissait... Cette nouvelle n’était qu’une claque de plus dans le chapitre des révélations qui s’était ouvert aujourd’hui. Que devait-il en penser ? Il savait que Louis était riche et puissant mais ignorait tout de ses activités. Il n’avait pas posé la question... Mais peut-être s’était-il abstenu parce que, quelque part, il sentait que la réponse ne lui plairait pas. L’autruche... encore et toujours... il devrait en faire son animal totem. Et encore une fois, Noctis mit le doigt où il fallait en parlant des secrets que Vincent cachait à son petit ami. Ce n’était pas tellement qu’il lui cachait des choses, le barman jugeait que cela ne le regardait pas et qui n’avait pas à tout partager avec le blond. Louis était... particulier, c’était Jace qu’il aimait. Alors non, il ne comptait pas trahir un ami, car Louis s’était comporté en ami, pour exprimer des doutes probablement imaginaires. Le mentaliste essayait juste de le manipuler... c’était ça... il voulait le faire douter comme il avait fait douté Jace dans cet ascenseur. Mais Vincent ne comptait pas tout remettre en question. Et il voulait croire en sa relation avec Jace, même si, malgré tout, Noctis avait réussi à fragiliser la conviction de Vincent. Que se passerait-il si Jace se réveillait (au sens figuré) un jour en pensant qu’il avait fait fausse piste et qu’il n’aimait pas les hommes en fait ?

    – Je ne cache rien à Jace. Il sait pour Louis et moi... et j’ignore tout des activités de Louis... Je ne sais même pas comment il gagne sa vie... Et je n’ai pas de secret pour Jace... Je ne lui cache rien. Ce genre de chose ne suffirait pas à...

    A les séparer ? Il aimerait que sa voix soit plus assurée pour élaborer sa défense. Mais pourquoi argumenter d’ailleurs. Surtout avec lui. En tout cas il ne voyait pas où il voulait en venir. Si, à la fi apparemment. Ou plutôt le grand final, comme on dit dans le monde du spectacle. Vincent écouta le discours de Noctis sans en croire ses oreilles. Il n’osait pas y croire. Ce n’était tout simplement pas possible. Et pourtant les mots de ce décorateur en puissance portaient un arôme particulièrement doux. Cette solution. Ce bouton off qu’il avait tant rêvé au début, que Louis avait enterré sous les flammes et que personne n’avait envisagé. Camille en avait vaguement parlé mais sans aucune conviction. Le cœur de Vincent manqua quelques battements. D’imaginer... une vie sans pouvoirs... et sans les souvenirs qui allaient avec... les horreurs... C’était beaucoup trop beau pour être vrai... beaucoup trop même. Et de la part de l’homme qui avait torturé Jace, menacé de mort tout un vestiaire rempli de sportifs et malmener un pauvre bâtiment de philosophie qui n’avait rien demandé à personne. Comment lui faire confiance ? Et surtout... qu’arriverait à Jace si cet homme avait la voie libre ? Vince ignorait comment il pouvait poser problème à un être qui se comparait à Dieu, mais il n’avait pas envie d’abandonner l’Alpha. Comment-celui-ci réagirait-il s’il le laissait tomber au profit de la vie dont il rêvait ? Comment lui réagirait s’il perdait Jace de cette façon ?

    – Non...

    Sa voix commença faiblement mais reprit de l’assurance.

    – Je ne peux pas l’abandonner...

    Mais il ajouta, plus faiblement cette fois :

    – Je ne veux pas...


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Message posté : Dim 7 Déc - 23:03 Message
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Ah, c’est beau, l’amour ! C’était exactement la pensée qui tournait dans l’esprit de Noctis alors que Vincent rejetait sa proposition, même si, pour l’heure, Noctis avait surtout l’air d’être prêt à retourner la peau de Vincent comme un gant et à se faire un manteau une fois qu’il l’aurait écorché vif. Pas facile de concilier des activités que d’aucuns auraient jugées relever du répertoire du franc psychopathe et un goût immodéré pour les romances masculines, né de vingt ans de frustration avec l’hétéronormativité de ses films de science-fiction préférés. Comme quoi, la survie de certains super-héros, à Star City, tenait à peu de choses.

— Vous n’avez pas l’air si sûr que ça.

Question de point de vue. À vrai dire, pour quelqu’un qui avait vu sa vie bouleverser en moins de quatre mois, Vincent faisait preuve d’une conviction exceptionnelle. Une conviction qui invitait Noctis à revoir sérieusement ses projets. Manigancer la séparation de Vincent et de Jace lui aurait fendu le cœur. Plus que ça : elle allait contre certains de ses principes. La défense de la marginalité. La reconquête du monde, pas pour asseoir sa domination personnelle, mais pour permettre à tous ceux qui, comme lui, évoluaient loin des codes rigides d’une société étroite de vivre leur vie pleinement.

Sa torture de Jace, dans l’ascenseur, n’avait pas eu pour seul but de faire plier rapidement un esprit trop déterminé. Elle avait placé l’Alpha dans une situation mortelle pour n’importe quel être humain et dont il avait réchappé grâce à ses pouvoirs. Elle l’avait forcé à prendre conscience de sa radicale différence, de son inhumanité, de la même manière que Noctis imposait, ce jour-là, dans le bâtiment à moitié détruit de la faculté de philosophie, à Vincent d’accepter volontairement tout ce qu’il était et à rejeter, par son propre choix plutôt que par les vicissitudes d’un destin cruel, ce qu’il avait été — les pouvoirs plutôt que l’humanité, Jace plutôt que la confortable monotonie d’une existence dans les clous.

Vincent, Jace, et la plupart des Légionnaires, et son frère, et ses sœurs, Noctis les considérait comme une famille — une vaste famille, compliquée et diverse, qu’il devait protéger. Parfois malgré elle. La Nova était là pour cela. Pour exploser la société qui risquait toujours de les cataloguer, de les ficher, de les contraindre. Pour revoir les lois qui étaient faites pour protéger les humains et la régularité de leurs institutions oppressives. Et Vincent, le barman du Kansas porté par son équipe de football et devenu en quelques semaines le compagnon d’un mutant notoire et un pyromancien aux talents indéniables, était la vivante incarnation que son rêve pouvait toucher les plus convaincus des humains.

— Félicitations, Vincent. Vous vous êtes converti.

Cette fois, il n’y avait plus une once de sarcasme dans sa voix.

— Je vois que vous me considérez comme un monstre.

Il le voyait dans ses pensées.

— Vous vous rendrez compte bientôt que je suis tout au plus un… résistant. Ce pays abrite une guerre. Vous ne la voyez pas encore. Mais bientôt vous comprendrez que le conflit est inévitable. Bientôt vous comprendrez qu’entre les gens comme eux…

Noctis tourna les yeux vers un mur — mais le mur se dissipa pour laisser place à un écran géant qui retransmettait l’image des étudiants en philosophie attroupés, les regards rivés vers les camions de pompiers et les voitures de police qui arrivaient près de la faculté. L’écran était une illusion et l’image de l’illusion venait des perceptions d’un étudiant parmi d’autres pris dans la foule.

— … et les gens comme nous…

L’image se dissipa.

— … il y a un fossé impossible à combler. Je suis un monstre pour vous, vous êtes un monstre pour eux. Peu importe leurs acclamations, leurs congratulations, la célébrité dont vous allez jouir pendant quelque temps, quand vous sortirez de ce bâtiment. Peu importe la Légion et l’UNISON. L’UNISON vous trahira. La Légion vous décevra. Et vous vous rendrez compte que leur admiration est dénuée de compréhension. Leurs acclamations emplies de méfiance. Vous entendrez parler de contrôle. De fichage. De paix civile. Et alors vous comprendrez ce qui est arrivé ici, aujourd’hui. Ce n’est pas une question de futur, d’évolution ou de progrès. C’est une question de survie et de liberté. C’est pour cela que nous nous battons. Et tout combat fait des victimes.

Depuis quelques secondes, les membres de Vincent étaient contraints par la même immobilité que celle qu’il lui avait été imposée dans les vestiaires. Les policiers pénétraient prudemment dans le bâtiment.

— Vous survivez aujourd’hui, parce que j’ai de l’estime pour vous. Même une certaine tendresse. Essayez de vous mettre en travers de mon chemin… Et j’ôterai toute affection dans l’esprit de Jace. Vous le regarderez s’éloigner inexorablement. Se tourner vers quelqu’un d’autre. Puis vos amis partiront aussi. Holly. Jason. Garreth. Camille.

Menaces de pure façade, mais le bluff était une seconde nature. Tout autour de Noctis, le monde commençait à vibrer. Les images à se distordre. Le saut dimensionnel du mentaliste était en préparation.

— À propos de Proteus Biotech. Stanford Journal of Medicine, volume 24, numéro 3, 1999. Je suis persuadé que vous trouverez l’article du Dr. Lee et de son équipe absolument fascinant.

La voix de Noctis n’était plus déjà qu’un écho. Son corps acheva de disparaître. Et la réalité reprit sa consistance normale. Et, alors que le mentaliste prenait pied dans un tout autre univers, deux pompiers faisaient leur apparition au détour d’un couloir.

— Il y a quelqu’un ici !
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Message posté : Lun 8 Déc - 18:53 Message
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    Vincent Nash était peut-être un grand nostalgique de sa vie ordinaire, humaine, hétérosexuelle et ennuyeuse, il n’était pas non plus désespéré au point de faire un trait sur ces derniers mois. Son existence n’était pas parfaite, mais il y avait des choses qu’il ne regrettait pas. Jace était en tête de liste. Et comme sa famille, avec notamment la visite surprise de sa sœur, était parvenue à le dégoûter, les points de repère de Vincent se comptaient sur les doigts d’une main et l’alpha en était devenu l’élément central. S’en arracher pour retrouver un passé révolu était impensable. C’était extrêmement stupide à dire, mais Vince était le genre de personne qui écoutait son cœur et celui-ci se montrait particulièrement réticent à l’idée de vivre sans le blond électrique. Si Noctis était arrivé vers lui avec cette offre un mois auparavant, il n’aurait probablement pas donné la même réponse. Alors il n’était pas sûr de lui, Vincent Nash n’était presque jamais sûr de lui, mais il resta sur sa position... et reçut le résulta de l’ordalie imposée par ce mentaliste. Apparemment, il avait réussi.

    Le jeune homme eut des yeux ronds. Il ne comprenait pas du tout l’intérêt de ce stratagème ou même de cette mascarade. C’est tout ? Ce Super avait fait tout ça ; annulé un cours de philo, presque détruit toute une faculté, lancé toutes ces menaces juste pour... ça ? La colère de Vincent joua de nouveau les montagnes russes alors qu’il écoutait la conclusion de ce malade qui était effectivement capable d’entrer dans sa tête. L’étudiant écouta et regarda l’exposé de ce cinglé sans rien comprendre de ses intentions véritables. Une guerre ? Mais de quoi parlait-il ? Entre qui et qui ? Les humains et les autres ? Les pro Supers et les anti Supers ? C’était insensé, jamais les choses iraient jusque là. Mais il faut dire que l’attention que le barman accordait à ce mec glissa sur autre chose lorsqu’il commença à réaliser qu’il ne pouvait plus bouger. Mais avant de devenir incapable d’ouvrir la bouche, Vince ne put s’empêcher de se manifester, comme pour se défendre de ces idées tordues que Noctis essayait d’insérer en lui.

    – Il n’y aura pas de guerre ! Ce sont les gens comme vous qui sèment le chaos !

    Comme lui, comme ce scientifique aux expériences écœurantes, comme cette créature qui l’avait piégé pour lui donner ses pouvoirs, comme ces cannibales qui avaient fait tant de victimes... Mais est-ce que cela servait à quelque chose de discuter avec cet homme ? Probablement pas. Et de toute façon, l’envie d’user de raison et de parole s’envola lorsque Noctis exposa ses menaces. Des menaces effrayantes qui auraient probablement forcé Vincent à s’effondrer si la fureur ne s’était pas jointe au flot d’émotions. Ses yeux avaient reprit leur couleur enflammée. Cela dit, Vincent eut assez de retenu pour ne rien dire, même si ses pensées devaient être plus que limpides. Mais avant de disparaître dans un jeu de lumière et d’espace, Noctis délivra une dernière information que Vincent fit de son mieux à assimiler en dépit de sa peur et de sa colère. Les sourcils haussés, il se demandait pourquoi il lui disait cela. En quoi cela l’arrangeait de les voir résoudre cette histoire de avec Proteus Biotech ?

    Cependant il n’eut pas le temps, pas plus que l’envie, de lui poser la question car il se volatilisa. Laissant Vincent seul dans le couloir où il fut bientôt rejoint par des pompiers.

    – Ca va, ptit ?
    – Il... il est parti...

    L’étudiant se tenait encore debout mais il tremblait. Il était terrifié. Cet être surpuissant lui avait fichu la trouille de sa vie. C’était pire que la peur qu’il avait ressenti devant Louis sous son apparence de dragon, mais il pensait peut-être cela parce que maintenant, avec le recul, il savait que Louis était quelqu’un de bien... en tout cas avec lui... mince... ce mec l’avait vraiment perturbé sur plein de niveaux, Vincent ne savait plus trop quoi penser, qui croire... que faire... Son silence et son air paniqué inquiéta un peu les soldats du feu.

    – Qu’est-ce qui t’arrive mon garçon ? T’es tout pâle. Qui est parti ?

    Le jeune homme leva les yeux vers lui. Son regard ne rassura pas beaucoup son collègue qui se demandait ce qui avait pu arriver à sa veste.

    – Il est en état de choc on dirait... on devrait l’évacuer...

    Et le duo l’évacua non sans continuer de lui poser des questions sur le chemin. Le pyromancien parvint à leur répondre une fois sur trois ce qui lui offrit un petit examen médical une fois sorti du bâtiment. Mais il n’y avait apparemment pas de traumatisme crânien... il était donc bien en état de choc. Vince se laissa traîner vers l’arrière d’un camion de pompier et reçu une couverture même s’il précisa vaguement qu’il n’avait pas froid. L’esprit de Vincent était encore en train de digérer l’entrevue qu’il venait d’avoir. Il commençait à comprendre pourquoi on n’entendait plus parler d’ordalie en ce moment, ce n’était pas quelque chose d’agréable... Le regard du barman se perdit dans le vide mais parvint à capter un mouvement au bout d’un moment. Une fille lui faisait des signes au loin. Il reconnut celle qui lui avait parlé devant le bâtiment et qu’il avait crue en danger pendant un moment. Elle avait l’air de s’inquiéter pour lui et il essaya de la rassurer d’un signe de la main. Quand il pensait qu’elle aurait pu mourir juste pour assouvir le caprice d’un cinglé doté de supers pouvoirs... et l’équipe... il les avait tout menacés juste pour obtenir ce qu’il voulait... Et Jace... torturé comme un animal... c’était effrayant et révoltant... Ce n’était pas normal... Ca ne devait plus arriver... jamais... Mais qu’est-ce qu’un homme pouvait faire contre de telles puissances ?

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