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Sister Act

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Message posté : Sam 6 Déc - 13:53 Message
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    6 décembre 2014

    Clarisse avait passé plusieurs heures dans un bus odorant. Le véhicule en lui-même n’empestait pas, mais un de ses passagers ne connaissait apparemment pas l’existence du déodorant, et bien évidemment, il transpirait abondamment. Mais la jeune fille tînt bon et ne montra pas la gêne que cela lui causait, même si l’envie de vomir se faisait parfois sentir. C’était une jeune fille déterminée et parfois un peu dure. Elle tenait surtout à rester forte en toute circonstance et ne pas paraître faible. Avec trois frères, c’était un peu devenu une question de survie. Ses frères, parlons-en. Ou plus précisément, du plus jeune : Vincent. Celui avec qui elle était le plus proche. Ok, de part son caractère, elle s’entendait très bien avec Benjamin et Clarisse et lui étaient très complices mais Vince... c’était pas pareil. C’était le sensible, celui avec qui elle pouvait parler sans être obligée de brandir sa carapace qui était devenue la tenue obligatoire lorsqu’il fallait parler à un Nash. Elle pouvait se confier, être elle-même, partager ses peurs, se laisser rassurer. C’était le seul de ses frangins qui parvenait à lui parler sans passer systématiquement par des blagues plus ou moins drôles ou des explications médicales qui vous donnaient l’impression d’avoir votre place dans une clinique. Vincent lui manquait...

    Ses parents avaient coupé les ponts. Complètement. Ils ne parlaient même plus de lui. Même ses deux autres frères. Simon avait essayé, au début, d’étudier le cas de son cadet d’un point de vue scientifique, mais il n’y connaissait rien dans ce domaine particulier et ses commentaires ne rassuraient pas vraiment ses parents. Maman détournait le regard et Papa serrait les dents avant de changer de sujet. Benjamin était aussi le pro des non dits. Et Clarisse observait, sans rien dire, en regrettant son grand frère. Elle comprenait la réaction de sa famille. Elle-même n’était pas à l’aise à l’idée d’avoir un frère avec des pouvoirs... C’était assez effrayant en fait. Surtout que, d’après ce qu’elle avait compris, il avait failli mettre le feu à l’hôpital lorsqu’il est sorti de son coma. Effrayant. Mais il lui manquait tout de même... Ses parents lui avaient interdit de reprendre contact avec lui et de l’approcher. Et elle avait obéit... au début. Puis elle avait fini par apprendre l’adresse où son père avait renvoyé les affaires de Vincent. Et il lui avait suffit d’entrer dans l’ancienne chambre désormais vide de son frère pour être déterminée. Clarisse allait partir pour Star City. La jeune femme avait assez d’argent de poche pour se payer le voyage, remporter quelques concours à l’arc pouvait parfois être assez lucratif. Ne pas avoir des goûts de luxe aidait aussi. Maintenant, l’occasion. Quand est-ce qu’elle pourrait partir ? La réponse lui vint rapidement : décembre. Avec les fêtes de Noël qui approchaient, ses parents étaient largement occupés par leurs activités citoyennes. Ils aidaient notamment leur église à préparer les fêtes de fins d’années. Benjamin était en mission. Simon avait toujours beaucoup de travail. La voie était libre.

    Son bus arriva en ville.


    Appartement de Jason, Holly et Vincent – 20h29

    – C’est une référence graphique à Andy Warhol. précisa Jason à un footballeur un peu indécis devant une sorte de tableau/sculpture à la forme particulière... et plutôt dérangeante.

    La salle de la Muse accueillait une vingtaine de personnes. Jason et Holly avaient organisé une petite soirée pour célébrer plusieurs occasions : la fin de la décoration de la pièce qui abritait maintenant les dernières œuvres de Jason superposées au travail enflammé de Vincent, le premier entraînement de Vince depuis son retour dans l’équipe universitaire de football, l’approche de Noël, pour oublier l’arrivée des examens et enfin pour féliciter le nouveau couple du moment, mais ça, c’était une raison implicite, un des deux concernés ne tenait pas vraiment à ce qu’on en fasse un grand évènement. Du coup Vincent parlait volontiers du travail artistique de son colocataire en dépit de son ignorance.

    Le barman avait tenu sa promesse et terminé le mois de septembre en parlant de sa relation à ses proches venus à cette soirée. Ainsi, la plupart des gens ici présents étaient au courant. Kristen, Lisa, Gareth et Eve (revenus comme par magie), les autres joueurs, même si tous n’étaient pas venus – Vincent avait tenu à jouer cartes sur table avec le coach, et bizarrement, celui-ci était plus ouvert à l’idée d’avoir un joueur bisexuel qu’un Super aux pouvoirs incontrôlables – Alan, Beverly et quelques autres amis de Jace venus pour l’occasion – mais naturellement, c’est l’Alpha qui leur en avait parlé – et les autres, Vince ne les connaissait pas trop. C’étaient des amis de Holly et Jason, mais de manière générale, aucun d’entre eux ne faisait vraiment attention au bras du pyromancien qui entourait les épaules de Jace sur le canapé qu’ils occupaient avec Gareth. Ce dernier semblait encore mal à l’aise et jetait parfois des coups d’œil maladroits vers les deux amoureux, mais il compensait en racontant des histoires extravagantes, c’est qu’il s’en est passé des choses pendant « l’absence » de Vincent. Celui-ci écoutait les récits de son ami avec un sourire amusé. Même s’il n’avait pas forcément apprécié la distance que Gareth avait prise depuis octobre, il devait avouer que son ami lui avait manqué. Cela dit, l’histoire du sportif fut interrompue par l’arrivée de Beverly qui lui offrit une rapide inspection de ses sentiments ainsi que son opinion personnelle sur la question et quelques conseils « bien être » qui firent éclater de rire le jeune barman.

    Pendant ce temps, les autres invités était dispersés un peu partout dans la salle qui avait la taille d’un appartement dépourvu de murs. Jason avait mis la main sur trois canapés qu’il avait installés en demandant bien sûr une contribution musculaire à son colocataire. Holly s’était occupée des deux tables de « service ». L’une avec les verres et les boissons, l’autre avec les chips, les pizzas et les crudités que Eve et Lisa avaient apportées, parce que ce n’était pas parce qu’on était en soirée qu’on devait forcément se bâfrer de cochonnerie. Une philosophie qui avait fait lever les yeux de Holly au ciel. L’étudiante en informatique était en train de discuter avec Alan avec enthousiaste tandis que son compagnon avait abandonné son cours d’histoire de l’art pour descendre chercher un de ses fauteuils personnalisés. Comment avait-il pu oublier de les monter ? Il fallait dire que le jeune homme avait bu ses verres de vin un peu trop rapidement et que ses goûts variaient à une vitesse folle lorsqu’il était inspiré par l’alcool. En arrivant à l’étage inférieur, il entendit la sonnette de la porte d’entrée que quelqu’un pressait sans interruption. Mince, ils avaient mis un peu de musique et même si le son n’était pas extrêmement fort, les conversations devaient avoir noyé le bruit. Il fallait vite répondre à cet appel de détresse ! Jason s’empressa donc d’aller ouvrir la porte et de laisser entrer la petite sœur de son colocataire.

    ...

    – Alors tu penses que je devrais aller en parler avec mon oncle ?
    – Ca me parait être la seule solution envisageable.
    – Je vois...
    – Excuse-moi, mon chéri... je peux te parler un instant ?

    Le concerné répondit à l’affirmative et prit la main de sa petite amie pour la laisser le guider, mais c’était sans compter sur Beverly qui les suivait, déterminée à bien faire.

    – Il faudrait aussi qu’on parle de ta propension à te laisser dominer par ta compagne...

    Vincent était mort de rire. Mais maintenant qu’il était libéré, il décida d’accorder son attention à l’homme de sa soirée... Ou pour être plus précis : à l’homme de ses nuits. Il se tourna vers l’Alpha et lui accorda un large sourire tout en récupérant son propre bras et poser la main sur le genou de son petit ami.

    – Je vais me chercher à boire, tu veux quelque chose ?

    On ne se refait pas, Vincent était un barman, et il aimait son travail. C’en était peut-être devenu une obsession. En tout cas il espérait que son compagnon se sente à l’aise et passe un bon moment. Sa main lui caressa doucement le genou tandis qu’il attendit la réponse mais il ne l’entendit pas car son regard s’était posé sur l’entrée de la salle de la Muse. Un nouvel invité venait d’arriver. Une nouvelle invitée, plus précisément. Et l’étudiant ne mit pas longtemps à la reconnaître. Il ne tarda pas non plus à voir l’expression de surprise et de dégoût qui animait le visage de sa sœur alors qu’elle le regardait comme si elle voyait un monstre. Aussitôt, Vincent prit conscience de sa main sur la jambe de Jace et la retira vivement avant de s’écarter de son petit ami en se levant.

    – Clarisse... murmura-t-il encore sous le choc.

    La jeune fille fit demi-tour et dévala les escaliers.

    – Clarisse !

    Cette fois il avait parlé plus fort. Quelques personnes se tournèrent vers lui pour voir ce qui se passait mais il les ignora et entreprit de rattraper sa sœur, sans accorder un regard à l’adorable petit ami qu’il venait de laisser sans prendre le temps de le désaltérer.

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Message posté : Sam 6 Déc - 16:58 Message
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— Ton…

Beverly plissa les yeux, avant de porter une main à sa tempe gauche.

— Ouh là…
— Ça va ?

Demanda Jace depuis la salle de bain, en retirant pour la troisième fois une chemise avant d’en essayer une autre, tandis que par la fine ouverture de la porte, qu’il avait laissé entrebâillée pour pouvoir parler à ses deux amis, Alan essayait d’apercevoir le reflet de l’Alpha torse nu dans le miroir, sans grand succès.

— Oui, oui. Tes sentiments sont juste… Très divers.
— Désolé.

N’en déplaisait aux vieilles métaphores, tout se passait dans le cerveau et le cerveau de Jace allait très vite. Pire encore : depuis son retour en Sibérie, il superposait les niveaux d’esprit. Pour Beverly, les émotions de Jace étaient toujours aussi perceptibles, mais elles étaient devenues beaucoup moins lisibles. C’était comme lancer trois vidéos à la fois sur Youtube et tenter de leur donner du sens.

— T’es décidé ou bien ?

L’impatience d’Alan n’avait rien d’agressif. Quand Jace avait appris à ses deux amis, comme à plusieurs autres, qu’il s’était mis en couple avec Vincent, le coureur s’était contenté d’une moue légèrement déçue, avant de demander si Vincent avait des amis mignons. Depuis que Jace l’avait invité à une fête où il y aurait peut-être une troupe de footballeurs musclés, Alan était d’excellente — et impatiente humeur.

Jace, lui, était stressé (entre autres). D’accord, ce n’était pas une présentation en bonne et due forme, mais ce serait la première fête qu’ils passeraient vraiment ensemble, Vincent et lui. Et, à vrai dire, la première fête que Jace allait passer en couple. Il ne savait pas très bien comment se comporter dans ces cas-là. Il craignait d’être trop collant et, dans le même temps, il redoutait que son naturel sociable et assez peu démonstratif en public ne parût froid et indifférent à Vincent. Surtout, le jeune homme tenait à paraître sous son meilleur jour.

Il émergea enfin de la salle de bain.

— Alors ?
— Tourne toi.

Jace tourna docilement le dos à ses deux amis.

— Hmm…

Alan en profita pour soupeser du regard les fesses du Légionnaire, avant d’être victime d’un coup de coude de Beverly.

— C’est parfait. Allons-y.

Et ils y furent.

Désormais, Jace était installé sur le canapé. Pour certains des invités, il constituait une petite attraction, à la fois parce qu’il était le petit ami de Vincent Nash et que, bien ou mal accepté, la bisexualité du footballeur restait pour beaucoup une sorte de mystère, et parce que récemment, les journaux télévisés avaient fait état du sauvetage par Thunder, en solo, spectaculaire et héroïque, de la Pr. Amanda Tilbert, qui avait été capturée par un groupe terroriste. Il fallait dire que depuis qu’il ne dormait plus, le jeune héros ne chômait pas. Le traumatisme du Bohnson Building n’était pas oublié, mais Jace avait rapidement repris du service.

La main de Vincent arriva sur le genou du blond, qui détourna le regard de Beverly et de ses nouvelles proies, tandis qu’Alan déployait tous ses sourires et l’une de ses fameuses histoires en discutant avec un type qui devait bien faire deux mètres dix. Les yeux posés sur Vincent, Jace murmura tout bas :

— T’es super beau.

Parce que son petit ami était le plus beau de l’équipe de football, c’était évident, et de l’appartement, du quartier, de la ville et du monde entier. Voilà. Intelligent et drôle, avec ça, et en plus il sentait bon et il se promenait toujours à moitié nu. Que demander de plus ?

— Un coca, steupl.

Par exemple.

Mais Jace n’eut pas son coca, parce qu’une jeune femme était entrée. Il suivit le regard de Vincent et perçut celui de l’invitée surprise. Vincent s’écarta de lui. Et plus de Vincent. Son petit ami beau, intelligent, drôle et temporairement habillé l’avait planté là, comme un sac de chaussettes sales. Aussitôt, à l’autre bout de la pièce, Beverly tourna les yeux pour les poser sur Jace. Cette fois-ci, les émotions du jeune homme étaient très simples à interpréter.

— Et donc, tu sors avec Vincent, comme ça… ?

Un footballeur venait de s’asseoir sur le canapé que Jace occupait seul. Le jeune homme détacha les yeux de la porte par laquelle Vincent avait disparu.

— Quoi ? Euh. Oui.

Ancienne petite amie ? Un peu trop jeune. Une amie ? Jamais entendu parler. Une sœur ? Vincent ne s’était pas beaucoup ouvert à propos de sa famille, du coup Jace évitait de parler de la sienne et le sujet n’avait jamais été abordé, mais le blond savait confusément que son petit ami n’était pas fils unique. Peut-être qu’il avait une sœur. Peut-être. Voilà qui justifierait amplement sa réaction, songea Jace rationnellement, mais il ne parvenait pas à apaiser la colère et la déception que la réaction si spontanée de rejet avait suscité en lui.

— Et euh… Ça s’passe comment ?
— Bien. Très bien.

À part qu’il venait de se faire planter sur le canapé, mais en dehors de ça.

— Non mais je veux dire, concrètement.
— Concrètement ?

Le sportif avala une gorgée de bière et, avec un sens discutable de la diplomatie, il interroga :

— Ben, j’me demandais, qui fait la femme, tu sais. Tout ça.

La colère de Jace monta en flèche et Beverly surgit à côté du footballeur.

— Tu bois beaucoup, ça ne doit pas être facile.
— Quoi ?
— Tu devrais parler de ce besoin d’évasion du réel.

En attendant, c’était Jace qui s’évadait en quittant le canapé. Il parcourut l’assemblée du regard, puis se faufila vers les escaliers et rejoignit le premier étage de l’appartement.
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Message posté : Sam 6 Déc - 18:27 Message
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    Le jeune homme dévala les escaliers en vitesse. Clarisse avait laissé la porte du bas ouverte et il n’eut aucun mal à la rattraper alors qu’elle était sur le point de récupérer le sac qu’elle avait posé dans le salon. C’était une jeune femme maintenant. Peut-être à cause de tout ce qu’il avait vécu récemment ou tout simplement parce qu’il ne la voyait plus beaucoup ces dernières années, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle gagnait en maturité à chaque fois qu’il la retrouvait. Et en dépit de ses vieilles baskets, la jeune Nash portait un beau jean surmonté d’un haut simple de couleur verte et des cheveux plus longs que la dernière fois qu’il l’avait vue, mais ils étaient attachés pour une fois. Physiquement, d’un point de vue objectif, elle n’avait pas trop changé. Sauf que l’expression de son visage n’était pas un de celles qu’il lui connaissait le mieux.

    – Clarisse, attend...

    Sa sœur laissa tomber son sac et jeta son manteau sur le canapé avant de se tourner vers son frère comme si elle allait le trucider. Ou pas... quelque chose la fit se raviser et elle détourna le regard. Vincent sentit un nœud atroce se former dans son estomac ; elle ne pouvait pas le regarder. Par contre elle pouvait lui parler. Ou plutôt lui crier dessus.

    – J’arrive pas à y croire... mon frère est homo... Tu crois pas que t’aurais pu m’envoyer un post-it ?! C’est... c’est écœurant !
    – C’est pas ce que tu crois...
    – Ah oui ? Tu lui touchais la cuisse pour t’amuser alors ? Et le sourire gnangnan que t’avais avec ce blond... J’l’avais vu qu’une seule fois ce sourire. Quand tu nous as ramené ta première copine. Alors me dit pas que tu couches pas avec lui !
    – C’est juste que... je suis pas gay.
    – On va jouer sur les mots maintenant ? T’es devenu un expert ? On t’a appris à baiser avec des mecs sans être gay dans cette ville ?
    – Hey ! Me parle pas comme ça !
    – Et pourquoi pas môssieur ? Tu me traites avec tellement de respect depuis qu’il t’est arrivé ce truc ! J’ai pas vu ton nom apparaître souvent sur l’écran de mon portable ces temps-ci...
    – Tu t’fiches de moi ! J’ai pas arrêté de vous appeler au début ! A chaque fois on me raccrochait presque au nez. Et toi ? Ca t’aurait coupé la main de m’appeler une fois ?
    – Oh excuse-moi, je voulais pas t’embêter entre tes rendez-vous entre monstres et tes partouzes !

    Là il reconnaissait le sale caractère et la mauvaise foi de sa sœur. Elle se montrait toujours exécrable de cette façon lorsqu’elle se retrouvait confrontée à une situation qu’elle n’aimait pas. Vince aurait pu essayer de calmer les choses et de jouer les psychologues, mais il était en colère. Pas seulement d’ailleurs... Il n’y avait pas que de la colère en lui. Il ressentait de la joie, de la tristesse, de la peine, de la nostalgie et de la honte. Une véritable tornade d’émotions qui lui fit donna rapidement des yeux rouges, flamboyants. Le visage de Clarisse se figea puis elle recula d’un pas. Elle était cependant plus écœurée qu’effrayée.

    – Alors c’est ça ton truc...

    Il était impossible de ne pas entendre le soupçon de mépris qu’elle venait de mettre dans sa voix et qui asséna au pyromancien une blessure de choix, en plein cœur. Elle faisait toujours mouche, que ce soit avec ses flèches ou avec ses mots. Vincent ouvrit la bouche pour s’expliquer mais il fut pris au dépourvu par des pas qui résonnèrent derrière lui. Il vit alors que Jace était descendu pour les rejoindre. Clarisse aussi l’avait vu. Le barman se retourna immédiatement vers elle et lui décocha un regard empli d’appréhension. La jeune fille avait déjà enfilé son manteau.

    – T’inquiète pas frangin, j’compte pas gâcher ton conte de fées.

    Et sans attendre de réponse, elle se pencha pour ramasser son sac et se dirigea vers la porte. Bien évidemment, la peste qu’elle pouvait être se retourna une dernière fois pour lancer une nouvelle pique :

    – Je passerai le bonjour aux parents de ta part. Ils seront ravis d’apprendre que leur fils est pédé.

    Puis elle sortit. En prenant soin de claquer la porte. Ah, souvenirs de la préadolescence de la petite Nash et de ses crises et autres éclats.

    Vincent resta figé un moment, le regard planté sur la porte qui venait d’être refermée. Ses yeux brûlaient toujours autant. Il savait que Jace était là à l’observer, mais il ne pouvait pas le regarder maintenant... il avait trop honte. Le barman baissa la tête et regarda le sol un instant avant de déclarer d’une petite voix mal assurée :

    – Faut que j’aille prendre une douche...

    Et il y alla. Sans refermer la porte de la salle de bain. Sans se déshabiller. Sans prendre le temps de fermer la porte de la douche derrière lui. Il fit couler l’eau... la plus froide possible... Lorsque le liquide lui tomba dessus, le jeune homme du contenir un frisson. Pour le coup il était capable de sentir le froid. Mais c’était exactement ce qu’il voulait. Maintenant qu’il était arrosé, il pouvait se laisser aller. Et son pouvoir se manifesta en embrasant ses vêtements. L’eau étouffa rapidement les flammes mais celles-ci revenaient sans cesse... puis s’éteignaient... et encore... et encore. Vince se laissa glisser pour s’asseoir dans la douche, dos contre le mur, jambes pliées sous son menton. Et il resta là à essayer de se remettre... de réfléchir sans sentir cette lame qu’il imaginait être en train de lui transpercer la poitrine...

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Message posté : Sam 6 Déc - 18:52 Message
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Des cris montaient de l’étage résidentiel et, quand Jace s’en rendit compte, le volume de la musique à l’étage supérieur augmenta insensiblement, petit à petit, pour que personne ne se posât trop de question, mais assez finalement pour couvrir les éclats de voix sans devenir insupportable aux invités. Finalement, Jace était arrivé, à la fin de la conversation et le regard que Clarissa lui adressa était à l’avenant du premier qu’elle lui avait jeté, un peu plus tôt, le découvrant dans les bras de son frère.

Jusqu’à présent, jamais Jace n’avait été exposé à l’homophobie. Un petit peu, ponctuellement, des remarques, mais rien de vraiment significatif, rien qui le touchât de près. L’air de dégoût sur le visage de la jeune fille donnait de la profondeur aux premières réticences de Vincent et à ce qu’il avait essayé de faire comprendre à Jace à propos de sa famille et d’une étroitesse d’esprit que le jeune héros avait fini par admettre théoriquement sans la concevoir très concrètement.

Clarissa partit en claquant la porte, Vincent contourna Jace et, bientôt, le jeune homme entendit l’eau couler. Un instant, il se demanda si c’était un moyen de le mettre à l’écart. Après tout, ils ne prenaient jamais de douche ensemble. Dans le hall, Clarissa bousculait un jeune homme qui, avait une politesse toute britannique, s’excusa, même si on venait de lui foncer dedans. Dans l’appartement, Jace prenait son courage à deux mains et décidait de s’imposer.

Le super-héros retira ses chaussures et ses chaussettes, puis il poussa la porte de la salle de bain, déjà emplie de vapeur. Il tentait de maîtriser les battements de son cœur et les émotions contradictoires qui tempêtaient dans son cerveau. Surtout, ne pas électrocuter Vincent pour ajouter à sa déconvenue. Il savait bien qu’en théorie, la précaution était inutile. Il maîtrisait bien mieux ses pouvoirs qu’au début de son adolescence et ce genre d’incidents ne lui arrivait plus depuis longtemps.

— Hey…

Le regard de Jace passa de la douche qui crachait son eau à son Vincent alternativement enflammé et éteint qu’il était assis dans un coin de la cabine. L’opération était périlleuse, mais Jace y pénétra à son tour, pour s’adosser au coin opposé. L’eau coulait sur ses vêtements et la distance qui le séparait des flammes de son petit ami n’était pas bien considérable, mais c’était sans importance. Au-dessus, la fête battait son plein : plus forte, la musique avait convaincu quelques personnes de danser — et Alan chauffait la piste de danse.

— Si tu veux, euh…

Il ne savait vraiment pas quoi dire. Fils unique, il avait des difficultés considérables à imaginer le lien qui pouvait unir un frère et une sœur. Et il avait du mal à se résoudre à tempérer les déclarations de Clarisse, à tenter de peindre une réconciliation avec celle qui l’avait considéré comme une sorte de rebut de l’humanité.

Pendant ce temps, Camille avait sonné deux fois sans succès à la porte, alors, puisqu’il entendait la musique et qu’il était sûr de ne pas s’être trompé d’appartement, il la poussa.

— Bonsoir ?

Ou pas. Le Britannique se dirigea vers les mélodies pas tout à fait à son goût de l’étage supérieur.

— Si tu veux, je peux la retrouver. Passé la surprise, peut-être que vous pourrez discuter à tête reposée.

Ça n’avait pas l’air de l’enchanter, mais ses propres sentiments n’étaient pas d’une grande importance. Jace rejeta en arrière ses cheveux trempés qui lui barraient le regard et il s’agenouilla dans la douche, pour s’asseoir sur ses talons, en face de Vincent, même si ça réduisait encore un peu plus la distance entre lui et les flammes.

— Tu veux pas venir dans mes bras ?

Et au pire, qu’est-ce qu’il risquait vraiment à être un peu brûlé ?

— Salut, je m’appelle Alan.
— Camille. Camille Saint-Clair.
— Un ami de Vincent ?

Bonne question.

— En quelque sorte.

Alan afficha un sourire enjôleur — perd pas l’nord.

— Jace m’avait pas menti, alors.
— À quel propos ?
— Que Vincent avait des potes mignons.
— Certes.

Camille ne put réprimer un sourire, tout en parcourant l’assemblée du regard.

— Ils ne sont pas là, d’ailleurs ? Jace et Vincent ?
— Ils sont descendus, j’crois. Ils doivent… poursuivre la soirée. Si tu vois c’que j’veux dire.
— Ah.

Ainsi donc, les gens s’éclipsaient vraiment à leur propre fête pour faire l’amour.

— Avec le temps, comme toi, elle finira peut-être par accepter… ?
— Je te montre la buvette ?
— Ce serait dommage de la laisser repartir sans essayer de la rattraper. Au moins pour montrer que tu tiens à elle.
— À moins que tu veuilles danser. Tu sais danser ?

Camille afficha un sourire mi-amusé, mi-triste.

— Oh.



Un peu.
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Message posté : Sam 6 Déc - 22:01 Message
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    Jace finit par le rejoindre dans la salle de bain. Du moins, Vincent estima que c’était lui. Qui d’autre ? Quoiqu’en fait... non... L’Alpha ne pouvait pas s’approcher d’un endroit humide s’il n’était pas seul. Apparemment, le blond faisait des exceptions. Vince tourna lentement la tête vers son petit ami lorsque celui-ci fut installé. Le barman essayait encore de se détendre et de calmer ses ardeurs... au sens propre. Mieux valait peut-être éviter de poser les yeux sur quelque chose qui pourrait le conduire à des pensées encore plus perturbantes que celles qui l’avaient mis dans un tel état. Qu’avait pensé Jace de sa sœur ? de cet échange ? que ressentait-il ? est-ce qu’il était fâché ? L’étudiant s’interrogeait tout le temps sur les sentiments de son compagnon. Il craignait tout le temps de mal faire ou de les orienter vers de l’hostilité. Il fallait dire que sa maladresse n’avait pas un casier judiciaire des plus vierges. Et bien sûr, présentement, il y avait le problème Clarisse en lui-même qui venait s’ajouter à l’équation. Et Jace qui se montrait adorable... Voilà une forme de douce torture à laquelle le pyromancien ne s’habituerait jamais.

    – Tu sais que c’est la plus ouverte d’esprit de la famille ? déclara-t-il d’un air sarcastique.

    Et le pire, c’est que c’était vrai. Cela dit, Clarisse était aussi la personne avec qui il était le plus proche.

    Cela ne suffit pas à repousser Jace Roberts. Au contraire.

    Vincent tourna lentement la tête vers lui et posa son regard dans le bleu électrique de celui du blond. Les flammes du muté se calmèrent bientôt. Seuls ses yeux continuaient de brûler. Mais on pouvait y déceler un éclat d’émotion. Quelques secondes plus tard, Vince s’était rapproché de Jace et s’agrippait à lui comme s’il était au milieu d’une tempête et qu’il risquait de s’envoler vers une mort certaine en le lâchant. Le jeune homme abandonna complètement sa virilité et son orgueil pour enfouir son nez dans le cou du mutant. Il aurait fait n’importe quoi pour rester là à attendre que ses émotions arrêtent de lui remuer l’estomac. La chaleur se répandait déjà en lui malgré le froid de l’eau. Comme si la bonne humeur du pyromancien influençait sa température corporelle. Son camarade de douche l’abreuva encore de paroles rassurantes et douces qui aidèrent le barman à reprendre confiance en lui... en eux. Il n’aurait jamais dû laisser Clarisse insulter son petit ami... Et en même temps, il ne pouvait pas laisser sa petite sœur partir comme ça.


    – Tu sais... tu devrais vraiment arrêter d’être Super en tout... je vais finir par complexer... lança-t-il avec humour avant de s’écarter – à regret, toujours – pour regarder le mutant dans les yeux. Tu pourrais la retrouver ?

    Cela n’aurait rien d’étonnant en soit. Les pouvoirs de Jace lui permettaient d’accomplir de véritables miracles.

    – Tu as raison, je... je dois lui parler.

    Et arrêter de rester sous la douche à se lamenter comme une loque. Surtout que son pouvoir ne menaçait plus d’incendier tout l’immeuble. Il était temps de réagir. Vincent se releva donc en aidant son petit ami et soutien moral à en faire autant et ferma le robinet de douche avant de sortir. Il était encore sur les nerfs... et cela l’aida un peu à se sécher en allumant légèrement ses vêtements. De toute façon, entre l’eau froide et les flammes, ils n’allaient pas être réutilisés. Dommage, il aimait bien cette chemise. Vincent guida se rendit ensuite dans sa chambre pour s’y changer, Jace sur ses traces. Pendant qu’il se déshabillait et se rhabiller (sans trop regarder son petit ami, pour ne pas se déconcentrer) Vincent lui demanda s’il pouvait la retrouver et lui dire où elle était. Il devait pour sa part juste remonter pour prévenir Holly et rejoindrait le mutant électrique par la suite. Elle ne devait pas être partie bien loin de toute façon. Vince la connaissait encore bien. Dans son état, elle serait tout simplement incapable de rester dans une voiture ou dans n’importe quel véhicule. Elle devait bouger. Donc elle devait être en train de marcher. Normalement.

    Laissant son adorable, fantastique, intelligent, fort et – oh mon Dieu, est-ce qu’il existait sur Terre un vêtement incapable de lui donner des fesses aussi belles – parfait petit ami, Vincent grimpa les escaliers quatre à quatre après avoir enfilé un vieux jean et un tee shirt bleu clair.

    – Vincent !? Ben qu’est-ce qui s’est passé en bas ? Pourquoi t’as pas gardé ta chemise ?
    – Brûlée... Dis Holly, j’suis désolé, faut que j’y aille. Clarisse est partie et... faut qu’on la retrouve avec Jace...
    – Ok... ça va aller ?
    – J’espère.
    – C’est vraiment dommage, j’adorais ta chemise.

    Aaah, le sens des priorités de Holly Greenberg., tout un mythe. Vincent s’apprêta à partir lorsqu’il croisa le regard d’un Camille occupé sur la piste de danse. Le Français était en train de bouger – avec sa grâce surhumaine, soit dit en passant – à côté d’un véritable bolide du dancefloor : Alan. Désolé Camille, Vincent serait probablement venu à ta rescousse, mais là, il avait une urgence. Un signe de main désolé plus tard, le barman s’excusa et quitta la salle de la Muse. Avant de sortir, il examina son portable pour voir si Jace avait trouvé Clarisse et quelle direction il devrait prendre pour les retrouver. Le barman priait également de toutes ses forces pour que sa sœur n’essaie pas d’agresser le Légionnaire...

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Message posté : Sam 6 Déc - 22:28 Message
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— On s’inquiètera du reste de la famille un autre jour, alors.

Ou pas. Jace n’avait pas vraiment envie de faire l’expérience d’un dîner avec les Nash, qui, à en juger par la réaction de Clarisse, seraient disposés collectivement à le considérer comme le dernier des fléaux, un « pédé » doublé d’un « monstre ». Tout un programme. Pour l’heure, les bras de Jace se refermaient autour de Vincent. La meilleure manière dont le jeune homme parvenait à concevoir ce qui se passait dans l’esprit de Vincent et à ne pas se laisser submerger par le ressentiment qu’avaient fait naître malgré tout en lui les insultes de sa sœur et le départ précipité du canapé, c’était d’imaginer Sydney en train de le rejeter lui.

Jace déposa un baiser sur le front de son ami et ils se relevèrent. L’adolescent n’avait pas le luxe de se sécher aussi vite que son petit ami, alors il se débarrassa de ses vêtements trempés, attrapa une serviette et se frictionna aussi efficacement que possible. Oui, il pouvait la retrouver — en tout cas, il avait de bonnes chances. Jace rejoignit la chambre et piocha dans l’armoire de Vincent, comme il l’avait fait de si nombreuses fois en des occasions bien plus riantes que celle-ci.

— Tu danses merveilleusement bien.

Cette fois-ci, ce n’était pas de la flatterie intéressée. Alan regardait Camille comme la septième merveille du monde — et il n’était pas le seul. Le coureur avait du mal à ne pas se rapprocher encore de lui, pour le toucher, par désir un peu, beaucoup pour se rendre compte si Camille était réel. Alan aimait la danse et il savait sans peine reconnaître un sens du rythme impeccable.

— C’est, euh… C’est ton métier ?

Camille se pencha à l’oreille d’Alan et se contenta de murmurer :

— Danse.

Il n’avait vraiment pas envie de parler de ses métiers.

Vincent était remonté à l’étage. Jace avait enfilé un jean et une chemise. Il soupçonnait Vincent de trier son armoire de sorte à lui ménager une place à part pour les vêtements qu’i lui prêtait le plus souvent, parce qu’à chaque fois qu’il piochait là où il avait l’habitude, par réflexe, de piocher, il tombait sur des tenues que son compagnon avait un jour complimentés. Cette pensée l’attendrit et cet attendrissement n’était pas inutile pour le motiver à retrouver une personne qu’il n’avait vraiment aucune envie de revoir.

Le mutant s’installa en tailleur sur le lit et ferma les yeux. Ses pensées se concentrèrent sur les signaux qui l’entouraient. Téléphones portables en légion à l’étage du dessus ? Sans intérêt. Ordinateurs, réveil-matin, four à micro-ondes, télévision, consoles de jeux, machines de la laverie automatique, caméras de surveillance. C’était ça qu’il cherchait. Les supérettes, les distributeurs automatiques de billets, les caméras de circulation. Clarisse, Clarisse, Clarisse. Elle marchait vite, elle était énervée, mais on ne marchait jamais assez vite, quand on n’était qu’une humaine, pour fuir la surveillance multifocale d’une métropole moderne.

Mais elle s’éloignait et plus elle s’éloignait, plus les signaux étaient difficiles, pour Jace, à démêler du reste des communications de la ville. Vincent ne revenait pas. Jace rouvrit les yeux. Il allait devoir la suivre elle, s’il ne voulait pas perdre sa trace. Le Légionnaire quitta le lit, enfila des baskets, ouvrit la fenêtre et bondit sur le toit voisin, pour entamer une course de toit en toit, aux sommets de la ville.

Le regard de Camille s’arrêta sur Vincent. Il haussa un sourcil perplexe. Et s’arrêta de danser. Alan aussi. Sauf qu’Alan ne fixait que Camille.

— Qu’est-ce qui lui arrive ?

Le coureur tourna à son tour le regard vers Vincent qui achevait de parler à Holly. Le portable de Vincent vibra.

Citation :
Vers les Marais. Je la suis.

— Qui ça, Vincent ?

Camille hocha la tête.

— Je sais pas, tout à l’heure, une meuf à taper une crise.

Vincent s’éclipsa pour rejoindre Jace. Camille décrivit rapidement Clarisse, en tout cas la fille qui lui était rentré dedans en bas de l’immeuble, à Alan, une description physique beaucoup plus efficace que celles que fournissaient d’ordinaire les témoins oculaires.

— Euh, voilà, c’est elle. Si tu veux plus danser, on peut p’têtre aller s’promener.
— Je reviens.

Et Camille, comme à son habitude, planta son interlocuteur en plein milieu de la piste de danse sans explication. D’ordinaire, Alan passait à une autre proie. Mais cette fois, son regard restait accroché à la démarche féline du Français.

Clarisse n’avait pas vraiment choisi le voisinage le plus sûr. Peut-être commençait-elle à s’en rendre compte, parce qu’elle avait arrêté de marcher pour regarder tout autour d’elle. Du haut de son toit, Jace la couvait cette fois de ses propres yeux. Les Marais, ce n’était pas exactement le pire des coupes-gorges, mais mieux valait être prudent. De temps en temps, le regard de l’Alpha quittait la jeune fille pour scruter les environs. Une bande de types ne lui inspirait pas trop confiance. Des petits voyous, des emmerdeurs tout au plus, mais c’était suffisant pour une personne seule, femme ou non.

Camille avait dévalé les escaliers. Il s’apprêtait à sortir de l’immeuble quand une voix s’éleva brusquement à côté de lui.

— Tu veux…

La seconde suivante, Alan était plaqué contre un mur — pas vraiment de la manière dont il l’aurait espéré : la main de Camille s’était refermée sur sa gorge. Les super-réflexes du Français avaient parlé et au moindre geste suspect, le coureur était bon pour l’étranglement. Assez vite, les doigts de Camille se rouvrirent.

— Désolé.
— La vache, t’es nerveux.

Nerveux genre James Bond. Alan ne savait pas trop s’il trouvait ça séduisant ou franchement flippant. Camille, lui, était bien embarrassé.

— Je suis vraiment désolé.
— C’est pas grave.

Répondit Alan en se massant le cou.

— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis Vincent. Il avait l’air perturbé.
— C’est beaucoup d’sollicitude. T’sais qu’il est pris ?

Camille secoua la tête pour écarter l’hypothèse d’Alan.

— Je sais. C’est purement amical. Mais Vincent perturbé, c’est parfois un peu flamboyant. Et puis il a un don pour se fourrer dans le pétrin.
— Alors on le prend en filature ?

Le Français haussa un sourcil.

Je le prends en filature.
— Si tu crois que je vais te laisser t’enfuir comme ça, c’est mal me connaître.

Un demi-sourire passa sur le visage de Camille.

— Semblerait-il.

Il hésita.

— Allez, viens, il a pris de l’avance.

Alan afficha un sourire satisfait.

— Personne prend de l’avance sur moi.
— Salut ma mignonne…

Le groupe s’était réuni autour de Clarisse.

— T’es perdue, on dirait ? Tu veux qu’on t’indique le chemin… ?

Quelqu’un se racla la gorge derrière eux.

— Elle est avec moi.

Le chef du groupe se retourna et considéra le blond qui lui faisait face de la tête aux pieds.

— Dégage.

Un autre type tapota sur l’épaule du chef.

— Euh, John, j’suis pas sûr que c’soit vachement très judicieux, là…
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Message posté : Dim 7 Déc - 15:48 Message
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    D’après ce qu’il avait compris de la situation, Vincent n’était pas près de voir débarquer le reste de sa famille pour lui faire une visite surprise. Jace pourrait probablement dormir sur ses deux oreilles... ou pas d’ailleurs. Le fait que Clarisse soit arrivée comme ça était plutôt étonnant mais en même temps pas tant que ça de sa part. Elle avait toujours été l’électron libre de la fratrie, têtue et déterminée à faire ce qu’elle voulait... et à dire ce qu’elle voulait, comme l’Alpha l’avait peut-être remarqué.

    Mais malgré ses manières pour le moins rustres, Clarisse était la petite frangine de Vincent et il ne tenait pas vraiment à la laisser seule dans une ville comme Star City. Heureusement qu’il avait un habitué de la traque comme petit ami. Vince allait devoir faire en sorte de remercier Jace comme il se devait pour tout ce qu’il faisait. Lui qui pensait que cette soirée serait reposante et que la seule touche d’action qu’il y aurait viendrait d’une Holly militant pour que les garçons s’occupent du ménage... Mais d’après le portable de Vincent, la nuit pourrait prendre un tournant bien différent. Les Marais... ok, y avait pire... mais connaissant Clarisse et dans son état... mieux valait se dépêcher. Allez, au pas de course.

    ...

    Pendant ce temps Clarisse continuait d’effectuer des pas de géant pour évacuer toutes les émotions fortes qui l’animaient. Comment pouvait-il faire ça ? Après tout ce qu’il avait vécu ensemble ! Tout ce qu’ils avaient partagé... Elle s’était confiée à lui comme personne, et lui n’avait même pas pris la peine de... Non... il faut arrêter d’y penser. Se contenter d’avancer et de quitter cette ville de fous. Mais à force d’essayer de ne pas penser, Clarisse ne remarqua pas que sa présence avait attiré des regards mauvais et ne le réalisa que lorsqu’on l’interpella. Elle se retourna alors en levant un sourcil. Elle ne connaissait personne ici, alors qui voulait lui parler ? Oh... Ce genre de mecs... Apparemment, Star City n’était pas exempt de ce genre de racaille. La jeune Nash comptait tout simplement les ignorer et continuer son chemin lorsque quelqu’un prit sa défense. Elle se retourna et vit alors... lui. Comment osait-il être ici ? Il l’avait donc suivie ? Qu’importe le danger, il était hors de question pour elle de se laisser couver par celui qui se tapait son frère.

    – Avec toi ? Mais tu rêves !

    Sa réaction fit rire les gentlemen qui l’entouraient et l’un d’eux tenta même de pser un bras sur ses épaules, mais elle lui offrit un magnifique coup de genoux dans les roubignolles avant de répéter le mouvement de self défense que Ben lui avait appris et de lui casser le nez. On saura qu’une Clarisse Nash, c’est un peu farouche. Par contre, ce n’était pas non plus l’héritière de Jet Lee et contre tout un groupe, elle ne ferait pas long feu. Mais croyez-la, elle comptait bien se battre bec et ongles. D’ailleurs, elle fit la paix avec son Créateur lorsqu’elle vit les autres racailles sortir des couteaux avec toutefois un air hésitant... Quoi ? Elle leur faisait si peur que ça ? Les voyous de cette ville étaient donc des femmelettes ? Non. Ce n’était pas ça. Ils regardaient l’autre blond et... quelqu’un qui arrivait vers eux. Lorsqu’elle se retourna, elle vit son frère courir vers eux... ses bras étaient recouverts de flammes.

    ...

    Vincent n’avait pas traîné, surtout lorsqu’il avait vu sa sœur au loin se faire aborder par des racailles. Il était encore essoufflé et sentait venir le point de côté mais il ignora tout cela pour faire appel à ses flammes pour Brûler quelques parties de son tee-shirt et les mettre sur ses bras. Il ne sera pas trop présentable après ça, mais au moins il ne finira pas à poil. Lorsqu’il arriva sur place, il se sentit à la fois léger de voir que ça sœur ne s’était pas faite poignardée ou pire, et à la fois enragé de voir de telles crapules être aussi près d’elle. Bon, maintenant qu’il était là, il allait pouvoir jouer au grand frère. Donc il prit une voix particulièrement grave et menaçante.

    – Voilà ce qu’on va faire : vous allez vous barrer tout de suite si vous ne voulez pas avoir des ennuis. Je vous présente Thunder : le fils du Commander de la Légion... un brusque courant d’air faillit lui faire perdre son équilibre et sa crédibilité, mais après une légère pause, il reprit comme si de rien n’était. Ca c’est Alan, et comme vous pouvez le voir, c’est un rapide. Et moi je suis le frère de la demoiselle.

    Finit-il par préciser avant de monter Clarisse d’un signe de tête. Les flammes du pyromancien ronronnaient joyeusement, prêtes à en découdre si nécessaire... même si Vincent ne comptait pas les utiliser. Respectueux des traditions, il comptait bien donner une leçon aux abrutis qui embêtent sa sœur avec la bonne vieille méthode : ses poings. Un auquel il ne serait pas le seul à s’adonner car Camille ne tarda pas à arriver sur les traces de Alan. Mais le barman n’avait pas encore remarqué le Français, trop occupé à finir son petit topo.

    – Vous êtes encore là ?

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Message posté : Dim 7 Déc - 16:13 Message
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Génial. Jace aurait regardé la réaction de la jeune fille avec beaucoup d’indulgence et même un peu d’amusement, car rien n’était plus réjouissant que de voir le harcèlement de rue tourner au vinaigre pour ceux qui s’essayaient, mais en l’occurrence, Clarisse ne lui paraissait pas très prudente. Le frottement métallique des lames se fit bientôt entendre et Thunder fit un peu en avant. Il avait espéré résoudre cette situation par le calme ou un peu d’esbroufe — les démonstrations électriques, c’était toujours très impressionnant — mais l’attitude de Clarisse avait mis un terme à la diplomatie et peut-être à la manipulation.

— Tu ne pourrais pas me précéder un peu ?

Alan hocha la tête. Et disparut. Seul le souffle d’air qui fit voler les cheveux de Camille permettait de distinguer son départ précipité d’une téléportation. Camille se mit à courir à son tour — mais un peu moins rapidement, il fallait bien l’avouer, même s’il avait la foulée extraordinairement régulière et efficace. Vincent, lui, était déjà arrivé sur les lieux et offrait la petite démonstration de force que Jace avait prévu. Le Légionnaire fixait néanmoins son petit ami avec un rien d’appréhension. Vincent avait un tempérament parfois un peu impétueux et s’il maîtrisait beaucoup mieux ses pouvoirs, l’Alpha n’était pas certain d’anticiper correctement le degré d’émoi dans lequel le plongerait un groupe de jeunes s’en prenant à sa sœur.

Alan apparut à côté de Jace, qui manqua de sursauter.

— Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
— C’est Camille qui m’a envoyé en reconnaissance.

Jace avait entendu parler du fameux Français, par Vincent, mais il ne l’avait jamais vu.

— Un jour…

Camille inspira profondément pour reprendre son souffle.

— … je vais finir par m’acheter une trottinette. Pour aller plus vite.
— Salut.
— Bonsoir. Cette fête est beaucoup plus épuisante que prévu.

Les jeunes gens devant eux avaient échangé des regards pour le moins circonspect. Un type enflammé, le fils du Commander, un Britannique qui avait l’air de prendre tout cela à la légère, un coureur qui mourrait d’envie d’en découdre et une demoiselle qui vous cassait le nez quand vous la touchiez, de toute évidence, ce n’était pas leur soir. L’un d’entre eux levait les mains en signe d’apaisement.

— Ouais, vas-y, c’est bon, on s’calme. On voulait juste discuter.

Les couteaux disparurent dans les poches. Et les voyous détalèrent à toute vitesse. Ce qui ne manqua pas d’amener une question pleine d’espoir :

— On les poursuit ?
— Non.

Jace avait répondu naturellement. Alpha Leader un jour, Alpha Leader toujours.

— On est pas v’nus pour ça.

Et il inclina la tête vers Clarisse, la véritable raison de leur expédition nocturne. Camille s’éclaircit la gorge.

— Je ne voudrais pas interrompre ce qui doit être, si j’ai bien compris, une touchante réunion de famille, mais les effets pyrotechniques ont un peu attiré la population.

Il jeta un regard à Jace et précisa :

— Accessoirement, tu n’es pas vraiment passe-partout.

Certains passants les regardaient et Camille avait repéré deux ou trois fenêtres, sur les façades, dont les rideaux avaient été écartés. L’animation n’était pas rare, la nuit, dans les Marais mais, déformation professionnelle obligeait, le Français n’aimait pas être au centre de l’attention.

— Il a raison.
— Et puis il fait froid.

Lui, ça allait, il avait mis son blouson, mais Jace était sorti bras nus avec les cheveux encore mouillés.

— Je suggère que nous nous replions vers le CFE au coin de la rue.
— Oh ouais, trop cool !

L’enthousiasme d’Alan devint clair quelques mètres plus loin, quand le petit groupe put lire sur une enseigne les lettres lumineuses :

COOKIES FOR EVERYONE

— Il faut du chocolat chaud dans des tasses en cookie qu’on peut manger après ! C’est trop bon.

Il y en avait au moins un qui s’amusait. Alan se tourna vers Camille et précisa tout de même :

— Je cours beaucoup, ça entretient ma ligne.
— Je n’en doute pas. Après toi.

Ces deux-là pénétrèrent dans le café, beaucoup plus accueillant que certaines rues des Marais. Jace fermait la marche. Il avait laissé Vincent et sa sœur le précéder, pas vraiment pressé à la perspective d’assister à une nouvelle conversation où il jouerait le rôle moderne de la Putain de Babylone. Il imaginait qu’apprendre qu’il était le fils du Commander ne jouerait jamais qu’en sa défaveur et manifestement, son intervention serviable n’avait pas été non plus un bon point.

De temps en temps, quand il arrêtait de regarder ses pieds, il fixait le dos de Clarisse et repensait à la scène dans l’appartement, sur le canapé, quand Vincent était parti, et puis la suivante, en bas, quand Vincent avait laissé Clarisse parler sans rien objecter. C’était normal évidemment. Le coup de l’émotion. Il ne lui en voulait pas — mais tout de même, il ne se sentait pas très bien.

— Un thé.
— Attends, non, essaie la Cookie Cup !
— Euh…
— Il va prendre une Cookie Cup. On va tous prendre une Cookie Cup.

Quand l’employée annonça le prix, Alan blêmit un peu. Le paradis du cookie avait toujours un prix. Mais Camille sortit une liasse de billets sous le regard rond de son nouveau camarade, en tendit quelques uns à la femme et rempocha le reste.

— Waw. Euh. Faudra faire gaffe à pas renverser le plateau.
— Je crois que je vais m’en sortir.
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Message posté : Dim 7 Déc - 19:51 Message
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    La manœuvre d’intimidation fonctionna heureusement et les clowns de service ne mirent pas longtemps à partir. Le problème, Comme Camille le souligna bien vite, c’était que maintenant, ils avaient attiré l’attention sur eux. Aussitôt, Vincent éteignit ses flammes avant de s’approcher de sa sœur. Celle-ci prit un soin particulier à détourner le regard pour éviter tout contact visuel avec Vincent. Le barman reconnut bien là le caractère de cochon de sa sœur et décida de la laisser, espérant qu’elle en profite pour se calmer un peu. Déjà le silence, c’était une phase intermédiaire. Généralement, ça précédait le calme et la réconciliation, mais d’habitude, ça se terminait avec un paquet de marshmallows. Jace indiqua un endroit où ils pouvaient se rendre en attendant que l’effet du spectacle se dissipe.

    – Tu viens ? demanda gentiment l’étudiant à sa sœur.

    Clarisse parut hésiter. C’est qu’elle avait sa fierté. Mais en même temps, elle comprenait qu’elle avait intérêt à le suivre. Voir ces mecs sortir les couteaux l’avait impressionnée, même si elle n’en n’avait rien montré. Car il fallait préserver les apparences, bien sûr, ne jamais montrer qu’on avait peur. Lui aussi avait essayé de faire ça... mais un dragon, quelques cannibales et créatures reconstituées plus tard, il avait appris que cela ne servait à rien de faire semblant. Mais avec un peu de chance, sa cadette serait préservée de tout ça. Il espérait bien qu’elle ne comptait pas rester longtemps d’ailleurs. Mais avant de se débarrasser d’elle, il fallait déjà essayer de tout lui expliquer. Et sans marshmallow de la paix, ça ne sera pas une partie de plaisir... Bon ben un cookie de la paix alors ?

    En entrant, Vincent prit soin de sourire à Jace en essayant d’être le plus optimiste possible. Mais le fait était qu’il ne savait pas comment ça allait se passer ni comment Clarisse allait se comporter. L’adolescente avança dans le café et alla poser son sac près d’une table avant de se tourner vers le groupe sans observer personne, le café était bien assez intéressant comme ça. Aaah, la technique de la gamine capricieuse, bravo. Mais papa n’était pas là donc ça n’allait pas marcher... Ah ben si, elle gagna une consommation gratuite, comme tout le monde.

    – Merci, Camille.

    Et ils se trouvèrent tous là à table à déguster la cookie cup qu’Alan et Camille leur avait commandée. Quelle magnifique tablée. Jace, Alan, Camille, Vincent et Clarisse. Ca avait quelque chose de surréaliste. Vince ne doutait pas de l’inspiration que Jason pourrait tirer d’une telle scène. Accessoirement, le silence qui y régnait était plus que gênant. Certes, ils buvaient tous leur chocolat chaut, mais il y avait une espèce de tension. Vincent la sentait très bien mais ne pouvait rien y faire, il essayait déjà de réfléchir au maximum pour réussir à s’expliquer auprès de sa sœur. Et de toute évidence, le silence dérangea sa petite sœur car, après plusieurs gorgées de chocolat et quelques gorgées de cookie, elle décida de poser une question à voix forte, histoire que tout le monde dans le café en profite :

    – Alors... Qui d’autre ici s’est tapé mon frère ?

    Erreur stratégique : ne jamais laisser la Clarisse silencieuse et méditative se nourrir, ça avait tendance à la rendre cynique. Pire qu’un Gremlins.

    Alan faillit s’étouffer. Camille réagit en bon Anglais/Français/professionnel en toute circonstance. Jace... Vincent n’osa même pas regarder Jace. De toute façon il était trop en colère. Il se leva brusquement et traîna sa sœur par le bras afin de lui parler dehors. Une fois sortis il l’entraîna encore un peu plus loin pour être sûr de ne pas être entendus. Une fois arrivés dans une ruelle relativement tranquille – juste un mendiant – il la lâcha et se posta devant elle, bien décidé à mettre les points sur les i.

    – Ok j’ai compris, t’es dégoutée. C’que j’suis devenu te plait pas. J’comprends. Mais je suis toujours ton frère, tu me dois un minimum de respect. Pareil pour mes amis...
    – Du respect ?! Parce que toi tu nous respectes peut-être en nous laissant ?!
    – Vous l... Tu plaisante ? C’est vous qui m’avez laissé. C’est vous qui m’avez renvoyé mes affaires en me laissant me démerder avec tous mes problèmes !
    – Ca change rien au fait que tu sois un sale pédé ! Comment...

    Mais Vincent l’avait interrompue en mettant son index sur la bouche de sa sœur.

    – Nan, nan, tu vas pas me sortir ce couplet. T’as pas le droit... aucun de voux n’avez ce droit ! J’ai passé les pires mois de ma vie et vous n’étiez pas là ! Vous m’avez laissé comme une merde sans prendre de mes nouvelles, sans vous inquiéter, sans rien faire pour moi. Et maintenant que j’arrive à être heureux tu viens pour m’insulter et t’en prendre aux gens que j’aime. Ce mec, Jace, il s’appelle, il est la seule chose qui me reste aujourd’hui. C’est lui qui m’a aidé, qui a été là pour moi. Ce gars est la famille que vous n’êtes pas capable de m’offrir. Et toi... toi tu viens sans rien dire, t’arrives, tu juges et tu insulte mon petit ami sans rien savoir... Tu vas retourner là-bas et t’excuser auprès de lui... auprès de chacun d’eux. Si tu veux continuer à me détester et à me trouver ignoble, ça me va, je suis pas à ça près avec ma chère famille. Mais t’as intérêt à respecter les gens qui font partie de ma vie.

    Cette tirade passionnée fut suivie par un long silence. Clarisse regardait son frère comme si on venait de mettre un marteau piqueur contre son ventre. Elle se sentait incroyablement bête et lamentable en plus. Ses yeux étaient brillants, presque sur le point de pleurer, sans doute parce qu’elle voyait la détermination qui brillait dans le regard de son frère. Il avait changé... il avait souffert... il souffrait toujours on dirait. Elle ne savait pas quoi dire... elle se sentait toujours trahie mais en même temps... elle ne pouvait pas lui en vouloir. Pas maintenant. Le silence fut interrompu par un bruit dans la ruelle. Le mendiant qui l’occupait avec eux se racla la gorge avant de demander timidement quelques pièces. Ce rappel à la réalité fit réagir les deux Nash. Vince plongea la main dans sa poche pour chercher son portefeuille et en tirer deux billets d’un dollar qu’il tendit vers le demandeur sans entendre ses remerciements. Clarisse en profita pour regarder ailleurs et renifler avant de retrouver un regard un peu plus sec.

    – Alors, on fait quoi ?

    Le ton était toujours un peu froid, mais il s’était radouci.

    – J’t’ai dis, tu va retourner dans ce café et...
    – Ouais ouais, c’est bon. Je vais m’excuser, mais après ?
    – Oh... Ben... tu va retourner avec nous à l’appart parce que j’imagine que t’as nulle part où aller et tu vas y rester jusqu’à demain. Et demain on verra. En tout cas t’as pas intérêt de sortir toute seule la nuit.
    – C’est bon, j’aurais pu les gérer...
    – C’est ça... allez, rentre.

    Quelques minutes plus tard, Clarisse se rassit à sa place et prit le temps de s’excuser auprès de tout le monde, en particulier de Jace, avant de baisser les yeux sur sa cup qu’elle entreprit de finir en silence. Elle détestait s’excuser, c’était évident. Et même si elle n’y avait pas mis beaucoup de grâce, on sentait qu’elles étaient sincères. Vincent entreprit alors de savourer lui aussi sa cup en espérant que l’humeur redevienne plus légère. Le barman ne put s’empêcher de jeter de nombreux coups d’œil discrets en direction de son petit ami pour voir comment il allait. Parallèlement, il fallait bien ranimer l’ambiance. Le groupe avait plongé dans le silence lorsque les deux Nash étaient revenus de leur discussion.

    – Alors, Camille, on va devoir rester « repliés » combien de temps d’après toi ?

    C’était ptet pas une bonne idée de demander ça. Camille n’était pas vraiment un expert pour remonter le moral des troupes... Mais il avait plus confiance en ses capacités qu’en celles d’Alan. Et il n’osait pas regarder Jace dans les yeux...

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Message posté : Dim 7 Déc - 20:45 Message
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— Le parfum de ce cacao est très subtil.

Fut la réponse d’une politesse toute britannique, c’est-à-dire un peu déconnectée de la réalité, que Camille fournit à la question de Clarisse, tandis qu’Alan essayait de faire passer le cacao très subtil loin de ses poumons et que Jace fixait obstinément le mur d’en face. Comme Vincent avait pu le constater, dans sa vie personnelle, le blond ne faisait pas toujours preuve du sang-froid qui le caractérisait sur le terrain et il devait fournir des efforts considérables pour ne pas remballer brusquement la sœur de son cher et tendre ou, plus simplement, planter là la tablée et aller voir ailleurs si on le trouvait moins répugnant.

Alan récupérait son souffle, Camille admirait la facture de la tasse en cookie et Jace regardait toujours le mur, quand Vincent attrapa sa sœur pour une conversation dans la ruelle. Quand les deux Nash eurent disparu, Camille souligna l’évidence :

— Elle a du caractère.
— J’la déteste.

Jace chercha le regard de son ami Alan.

— C’est mal de la détester, hein ?

Alan secoua la tête.

— C’t’avec lui que tu sors, pas avec toute sa famille.
— Non, mais j’suppose que je devrais me montrer compréhensif.
— Si tu es là, c’est que tu te montres compréhensif, non ?

Le regard de Jace se reporta sur Camille.

— Je ne veux pas m’immiscer, navré.
— Non, c’est rien.

Machinalement, Jace jeta un œil en direction de la porte du café, par où Clarisse et Vincent étaient partis.

— Vous croyez qu’il est en train de me défendre ?
— Évidemment.

Jace haussa un sourcil. Camille avait l’air bien sûr de lui.

— Bon, je ne suis pas un expert de ce genre de choses…

Alan essayait de ne pas avoir l’air très intéressé par l’expertise ou l’absence d’expertise de Camille en matière de couple, mais il laissait trainer son oreille.

— … mais la première fois que Vincent m’a parlé de toi, il avait l’air très heureux. Très… Je ne sais pas exactement comment décrire cela. Si. Passionné. Quelque difficulté que vous puissiez avoir par ailleurs, je ne doute pas de sa volonté de brosser de toi un portrait engageant.

Jace hocha lentement la tête. Après un silence, il remarqua d’une voix pensive :

— On m’avait jamais traité comme ça. Appelé comme ça. Pédé. Je pensais pas que ça ferait aussi… Violent.

Les yeux de Jace s’arrêtèrent sur Alan et il murmura :

— T’es encore plus courageux que c’que j’pensais.

Il parlait des circonstances de leur rencontre. Alan haussa les épaules, alors que Camille observait l’air de tristesse sur son visage. Mais le Français n’eut pas le loisir d’en apprendre plus sur le passé d’Alan et ce qui lui donnait une expertise particulière en matière d’homophobie, parce que les deux Nash refirent leur apparition. Vincent s’assit, Clarisse s’assit et cette dernière commença sa tournée d’excuses. Alan répondit par un haussement d’épaules. Camille répondit comme Camille.

— Oh, tu sais, j’ai toujours aimé les promenades nocturnes.

Et Jace lâcha d’une voix neutre :

— Pas grave.

Puis le silence revint. Jace ne pouvait s’empêcher de songer à la belle soirée qu’il aurait dû passer. Une fête avec des amis de Vincent, le premier grand événement public où son petit ami se montrerait officiellement tel. Il avait été tellement heureux quand Vincent s’était assis à côté de lui et qu’il avait passé le bras autour de son épaule. À la place, il avait froid, dans un café des Marais, à boire une cookie cup dont il n’avait pas vraiment envie, à côté d’une fille qui l’avait insulté. Évidemment, parce que Jace était Jace, il se sentait horriblement coupable de nourrir un mécontentement aussi égoïste.

Vincent brisa le silence. Camille quitta des yeux le menu qu’il lisait pour la troisième fois, histoire de s’occuper pendant cette ère glaciaire et adressa un sourire réconfortant à son nouvel ami.

— On pourra partir quand tout le monde aura fini. Ce n’est pas comme si les rues manquaient d’attractions. Les gens regardent, ils sont curieux cinq minutes et puis ils oublient.

Il était bien placé pour le savoir. Les civils avaient un don certain pour ne pas prêter attention à ce qui se déroulait juste sous leur nez.

— Ceci étant dit, il est sans doute préférable que nous nous séparions, afin d’éviter d’être trop reconnaissable. Alan et moi, on va prendre un peu d’avance.
— Mais j’ai pas fini mon cookie !
— On peut sans doute emporter.

Alan fixa Camille d’un air interrogateur avant de comprendre deux choses : 1. il allait pouvoir passer un moment en tête-à-tête avec le meilleur danseur de l’univers (et son cookie) et 2. Camille invoquait sans doute un prétexte pour laisser Vincent, sa sœur et son petit ami régler un peu plus tranquillement leurs affaires. Alors le coureur hocha la tête.

— On vous r’trouve à la fête.

Camille et Alan se levèrent avec leur cookie et quittèrent les lieux. Ils n’étaient pas partis depuis longtemps quand Jace proposa au mur d’en face :

— Peut-être que j’devrais y aller aussi. Maintenant qu’j’vous ai réunis…

Il n’avait pas pu résister à la tentation de souligner son implication dans ce second épisode des retrouvailles.

— … j’vais p’têtre rentrer chez moi, en fait. Pas mal de boulot, tout ça.

D’ailleurs, il n’était pas le seul à vouloir déserter la fête de Jason et Holly, parce que dans la rue, avec un air aussi innocent que possible — et donc pas très innocent — Alan faisait remarquer :

— Sinon, à la place, on pourrait aussi aller chez moi…
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Message posté : Dim 7 Déc - 23:37 Message
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    Finalement, Vincent était plutôt content de la présence de Camille, sauf lorsque celui-ci déclara vouloir séparer le groupe. Et bien sûr, la séparation se fit d’une manière assez délicate. Le Français et le bolide d’un côté, les trois autres de l’autre. En fait, l’étudiant ignorait quelle combinaison aurait eu sa préférence. Il jeta un coup d’œil à sa soeur qui se concentrait sur les restes de son cookie sans lever les yeux. Mieux valait l’ignorer pour l’instant. Elle avait l’air de bouder... cela dit, Jace aussi, comme il le montra en déclarant vouloir les laisser. Vince le connaissait maintenant assez bien pour entendre la petite pique que le blond glissa. Non, Jace... s’il te plait, ne fais pas ta tête de cochon... pas quand Clarisse est là, il y a déjà du haut niveau, pas la peine d’en rajouter.

    – Quoi ? Non ! Jace... la soirée.

    Oui parce que tout le monde était d’humeur festive maintenant. Les deux plus enthousiastes venaient de partir, probablement pour rejoindre des terres plus joyeuses. En tout cas le barman ne croyait pas à l’excuse de Jace. Il n’avait pas eu tant de boulot que ça pour venir à la fête, donc c’était probablement autre chose. Le pyromancien se leva pour s’installer tout prés du mutant. La proximité en public n’était pas encore dans son agenda, mais à situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Clarisse pour sa part, accorda un exceptionnel intérêt à ses miettes de cookie.

    – Qu’est-ce que... Hey mais... bon sang, t’es gelé !

    Ca l’étonnait ? Dans cette tenue, après un petit moment sous une douche froide, en début du mois de décembre ? Mais apparemment, tant de considération exaspéra Clarisse qui décida de sortir de son silence de pierre.

    – Je dois aller aux toilettes...

    Elle ne précisa pas pourquoi faire, mais Vincent préféra ne pas savoir ce qu’elle aurait pu ajouter. Une étape à la fois. Laissant sa sœur s’éclaircir les idées, il décida de se concentrer sur son petit ami. Le truc, c’est qu’il avait peur de mal faire. Le Jace sauvage était un gibier capricieux. Mais tant pis pour les convenances, l’Alpha avait froid, il était hors de question de le laisser se frigorifier. Le pyromancien posa une main chaude sur le bras gelé du blond et commença à le frotter pour le réchauffer un peu de manière à la fois tendre et viril. Avec un peu d’habitude, on arrivait à atteindre le parfait équilibre.

    – Je suis désolé Jace... C’est pas du tout la soirée que je t’ai promise. Mais s’il te plait, reste avec nous... il arrêta de frictionner le bras de son compagnon pour exécuter une caresse plus tendre. On rentre, j’attache ma sœur sur le canapé, on repasse à la fête, aussi longtemps que tu le voudras, au moins jusqu’à ce que tu retrouves le moral et quand tu auras atteint ta limite... je me ferais pardonner.

    Les derniers mots avaient été prononcés tout près de l’oreille du jeune Alpha. Cependant, Vincent ne comptait pas étouffer le problème avec le sexe, ce n’était pas son genre. Mais il savait que Jace était plus disposé à se confier dans l’intimité d’un lit... ou à défaut, de la nudité. Et vu la tête qu’il faisait, il était apparemment important de faire un petit point. Lui-même avait envie de discuter et de retrouver la sécurité des bras de Jace. Vince avait peut-être tenu tête à sa soeur le temps de lui dire ses quatre vérités, il avait besoin de se décharger de ses émotions qui étaient encore là et qui le forçaient parfois à remuer la jambe comme s’il avait un tic nerveux.

    Et évidemment Clarisse avait choisi ce moment pour revenir.

    Vincent n’avait pas enlevé sa main du bras de son voisin, mais il n’en fit rien même si sa cadette y jeta un regard dédaigneux qui, il le savait, aurait pu être beaucoup plus vénéneux.

    – J’propose qu’on coupe le cordon et qu’on rentre. J’me coucherais dans un coin et vous pourrez retourner à votre fête. On y va ?

    Elle avait déjà ramassé son sac de voyage mais Vince attendait de voir la décision de Jace en espérant qu’il ne rentre pas chez lui ou mettre en pratique les mille et uns plans B que son cerveau avait certainement produits pour lui faire oublier la désagréable mademoiselle Nash.

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Message posté : Lun 8 Déc - 0:13 Message
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Un.

Deux.

Trois.

Et voilà, il s’en voulait déjà. Pas facile de pratiquer le chantage affectif quand on a un sens de la culpabilité trop développé. Vincent n’avait même pas ouvert la bouche que Jace était prêt à raccompagner Clarisse jusqu’au Kansas et à lui lire des histoires tirés du manuel de propagande du Tea Party s’il le fallait, pour se faire pardonner de ce qu’il considérait comme son odieux égoïsme.

— Non mais c’est…

Il n’eut pas le temps de se justifier que Vincent était déjà en train de le frictionner et Clarisse était partie vers les toilettes. Pour préserver sa bonne conscience, Jace essaya de ne pas perdre la trace du corps de Clarisse. Elle était bien capable de se faire la malle. Ce petit exercice ne l’empêchait pas de prêter une oreille attentive aux propos de son compagnon et un sourire timide naquit sur ses lèvres.

— Vincent… J’suis désolé. Je t’ai…

Il n’eut pas le temps de finir : Clarisse était de retour. Sac de voyage sur l’épaule. Jace hocha la tête et le trio se leva, sans même avoir fini ses cookies — je sais, c’est bouleversant. Ils sortirent de l’échoppe et reprirent le chemin de l’appartement. Même s’il n’avait pas embarqué son téléphone, Jace n’eut aucune difficulté à envoyer un message à Alan.

Citation :
Vous êtes déjà arrivés à la fête ?

— C’est Jace. J’crois qu’ils sont en train de rentrer.
— Je devrais probablement aller dormir.

Depuis qu’Alan avait proposé à Camille de troquer l’assemblée réunie dans la Salle de la Muse pour une soirée plus intime dans sa chambre étudiante, le Français s’était lancé dans de grandes manœuvres d’évitement et le coureur ne savait plus où se mettre. Se prendre un râteau, c’était une chose, mais Camille mettait tant de cœur à faire cela avec délicatesse que ça en devenait une torture.

Il répondit (trèèès) rapidement au message de Jace.

Citation :
Presque. J’essaie d’apprivoiser le pote de Vincent, je crois que je l’ai froissé. Tu connais un bon moyen de convaincre un Britannique un peu coincé qu’on est pas un obsédé sexuel ?

Les doigts du coureur se déplaçaient à une vitesse surhumaine sur l’écran du téléphone. Quelques rues plus loin, alors que le message traversait son esprit, Jace eut un bref rire. Il croisa le regard de Vincent.

— J’te raconterai.

Il n’allait certainement pas partager les déboires de drague d’Alan devant Clarisse. Aucune envie d’entendre un nouveau couplet sur la corruption morale dans laquelle Vincent était plongé dans cette Sodome moderne. À la place, il accéléra le pas, essentiellement parce qu’il avait froid. Quand ils eurent rejoint l’appartement que Vincent partageait avec Jason et Holly, Camille et Alan y étaient arrivés depuis un bon moment et ils avaient investi l’un des canapés, où ils discutaient à voix basse : Alan avait apparemment trouvé le moyen de ne pas effaroucher d’avantage Camille.

Mais cela, Jace n’en vit rien. Une fois rentré, il leva les yeux vers le plafond d’où tombait encore la musique. La fête n’était pas prête de se terminer. Clarisse s’était laissée tombée sur le canapé du salon qui n’avait pas été réquisitionné pour la fête, sans doute pour le sauver des bières renversées. Elle avait attrapé la télécommande et commençait à zapper devant la télévision.

Près de la porte d’entrée, Jace se retourna vers Vincent.

— Écoute, mon ange…

Il parlait très bas. Pas envie que ses surnoms affectueux fussent accueillis par un soupir réprobateur de la part de Clarisse.

— J’suis désolé d’avoir fait un peu la gueule, tout à l’heure. T’as assez à gérer et j’comprends ça. J’vais prendre une douche. Chaude, c’te fois. Très. Et choper un pull. Profites-en pour l’aider à s’installer et puis, je sais pas…

Il lança un regard à la jeune fille qui continuait à surfer de chaîne en chaîne.

— … si vous avez b’soin d’parler et tout, j’peux t’attendre, tu sais. Au pire, j’vais sauver Camille des griffes d’Alan, parce qu’il a l’air vachement motivé. En même temps, tu vas m’dire, il est tout l’temps motivé, mais bon…

Jace vérifia que Clarisse ne regardait pas, avant de déposer un baiser sur la joue de Vincent. Un sourire plus tard, il se détourna et gagna la salle de bain, pour aller se réchauffer.

— Je peux ?

Les doigts d’Alan venaient de frôler le dos de la main de Camille. Le regard du Français se posa dans celui du mutant. Son hésitation était aisément perceptible. Mais il finit par hocher la tête. Holly, qui les observait, se fendit des sourires, avant de songer que si ces deux-là étaient de retour, peut-être que Vincent avait aussi refait son apparition. Elle abandonna donc un moment sa fête pour descendre les escaliers et s’enquérir du sort de son ami.
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Message posté : Lun 8 Déc - 22:12 Message
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    Vincent ne comprenait pas pourquoi Jace s’excusait comme ça, il n’avait rien fait de mal. A vrai dire, c’était plutôt au barman de remercier son petit ami pour ne pas avoir court-circuité (au sens propre) sa sœur lorsqu’elle s’est montrée aussi insultante. Vince était plus que jamais persuadé d’être le pire petit ami de la planète, d’autant plus qu’il n’eut droit qu’à un petit bisou sur la joue avant que son compagnon ne parte vers des contrées plus savonneuses. Oui, il devait vraiment être horrible. Toutefois, une part de lui – celle qui n’était pas constamment en manque – lui était reconnaissante de lui avoir épargné un moment trop sensuel en présence de sa sœur. Celle-ci faisait certes la sourde oreille, elle n’en demeurait pas moins présente et Vincent sentait que cela l’aurait mise mal à l’aise. Elle a beau s’exprimer comme une bourrine, elle n’en demeurait pas moins sensible elle aussi. Et même si c’était stupide, il ne voulait pas faire de la peine à sa petite sœur. Après tout, il n’y a pas si longtemps que ça, l’idée même de sortir avec un garçon l’aurait écœuré lui aussi. Autant dire que l’eau salée des océans se changerait en milkshake.

    Quand l’Alpha partit à la conquête de la douche, Vince hésita un petit instant avant de s’approcher du salon et de rejoindre sa sœur sur le canapé, juste près d’elle. La râleuse ne broncha pas et ne bougea pas, se contentant de regarder fixement la télé. D’ailleurs, l’étudiant la soupçonnait de ne rien regarder du tout. Il fit genre d’observer l’écran lui aussi pendant un petit moment sans rien dire. On n’entendait plus que le son de la musique qui venait du plafond ainsi que celui de la télé qui voguait de chaine en chaine. Cela dit, il y avait une sorte de tension. Et c’était bien le genre de chose que Vincent n’aimait pas, donc il allait tout faire pour la dissiper, quitte à ce qu’il entende des trucs difficiles.

    – Allez, dis-le.
    – Quoi ?
    – Tu sais...
    – Non.
    – Allez.
    – Tu vas m’engueuler...
    – Tant que t’insultes pas mes potes, non...
    – Pédé.
    – Ben voilà... Mais j’suis pas pédé par contre. J’aime toujours les filles.
    – Pervers.
    – Benjamin a toujours les photos de tante Albertine ?

    Longue histoire. Un souvenir qui fit atterrir l’ombre d’un sourire sur la jeune Nash.

    – Elles sont introuvables...
    – Aaaah, le mystère s’épaissit.
    – Il a une copine maintenant.
    – Ah bon ?
    – Une fille de l’armée, mais c’est un secret. En même temps elle a des bras plus gros que les siens.

    Les deux se mettent à rire.

    – Et Simon ? Toujours aussi prude ?

    Pas de réponse.

    – Hm ?
    – Madame Keller l’a vu entrer dans une maison clause.
    – Non ?!

    Nouveaux éclats de rire. Suivis d’un silence. Puis Clarisse pose sa tête sur l’épaule de son frère. Les deux restes silencieux un petit moment avant que la plus jeune ne reprenne la parole avec une voix un peu triste :

    – J’l’aime pas, tu sais ?

    Vincent n’eut pas besoin d’avoir de nom. Il compensa avec un ton enthousiaste :

    – C’pas grave, j’l’aime pour deux.
    – Tu l’aimes ?

    Le visage de Vincent redevient soudain sérieux. Silence. Hochement de tête.

    – Faut que je dorme...
    – Clarisse...

    Mais Holly choisit ce moment pour intervenir. Son petit doigt lui disait qu’il valait mieux éviter une deuxième guerre des Nash pour ce soir.

    – Hey, Clarisse, salut ! Tiens je t’ai trouvé ces couvertures. Tu peux prendre les coussins comme oreillers. Désolée pour la musique... et pour l’absence de porte... J’ai des bouchons si tu veux.
    – Je veux bien, merci.

    Vincent se leva alors du canapé pour aider à préparer le lit, mais les filles s’y mirent toutes les deux et obtinrent un résultat assez confortable. Après ce travail d’équipe silencieux, Holly indiqua la salle de bain à la jeune fille qui s’y rendit – Jace l’avait quittée depuis un petit moment – une fois seuls, Vince remercia sa colocataire qui décida de retourner à la fête pour surveiller Jason. Peut de temps après, Clarisse revint. Elle avait beaucoup de défaut, mais elle ne s’attardait jamais plus que nécessaire dans une salle de bain. Sans faire attention à son frère, elle termina ses préparatifs avant de se glisser sous la couverture et de fermer obstinément les yeux. Même s’il était agacé par le caractère de cochon de sa sœur, le barman ne pouvait pas s’empêcher de se sentir heureux de la revoir. Sans lui demander son avis, il se pencha vers elle et l’embrassa sur le front. Elle ne réagit pas, mais il se doutait qu’elle devait être un peu émue elle aussi. Même si c’était une peste...

    Après avoir dit bonne nuit à sa cadette, Vincent prit la direction de la Salle de Muse pour retrouver la fête. Il ne tarda pas à voir qu’Alan avait bien progressé avec Camille. Pourvu que ça se passe bien. L’étudiant ignorait ce qui se passait exactement dans la vie sentimentale du Français, mais d’après ce qu’il avait compris, ce n’était jamais simple. Si au moins il pouvait passer une bonne soirée, ça serait déjà ça. Un rapide tour d’horizon lui indiqua la position de sa cible : elle se trouvait avec Beverly. Logique. Conscient qu’il l’avait certainement déjà repéré, Vincent s’approcha discrètement de Jace et l’enlaça doucement avant de poser sa tête sur une de ses épaules.

    – Ça va ?

    Et pour commencer la longue série d’excuses qu’il ne manquera pas à formuler de diverses façons ce soir, il déposa un baiser sur la joue du jeune mutant.

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Message posté : Lun 8 Déc - 23:08 Message
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Le verrou de la salle de bain tourna, Jace se défit de ses vêtements, pénétra dans la cabine et ferma les portes — exploit. Sa claustrophobie temporaire s’était considérablement améliorée depuis l’incident au Bohnson Building. L’eau chaude fit frissonner sa peau, puis il posa le front contre le carrelage de la douche. Il se demandait à présent s’il aurait dû être plus gentil. S’il y avait eu une occasion ratée qui aurait pu lui donner le beau rôle aux yeux de la sœur de Vincent. Ou s’il était condamné à être un dégénéré à ses yeux.

Même dans la salle de bain, on entendait la musique. L’adolescent repensa aux regards gênés des coéquipiers de football. En fait, une grande partie de l’entourage de son petit-ami le rejetait, d’une façon ou d’une autre. À cause de sa sexualité. Pour lui, c’était une expérience tout à fait inédite. À part Holly et Jason, qui ne l’avait pas considéré avec embarras — au mieux — ou dégoût — au pire — ce soir-là, parmi les connaissances de Vincent ? Jace sentit son estomac se nouer.

C’était une drôle de sensation. Le découragement. Il avait pensé qu’en conquérant Vincent, la grande épreuve était finie. Il n’avait pas pensé qu’il lui resterait à conquérir tous les autres. Jace inspira profondément, se redressa et entreprit de se laver rapidement, avant de quitter la douche et de se sécher les cheveux. Une fois rhabillé, il se fit aussi discret que possible dans le salon, sans regarder où en étaient Clarisse et Vincent, et rejoignit la fête.

Par acquis de conscience, il jeta un regard à Alan, sur son canapé. Son ami paraissait faire progresser son affaire, ce qui n’était pas sans inquiéter Jace. Il appréciait beaucoup le coureur, mais il fallait lui reconnaître un don certain pour souffrir en matière de sentiments — et faire souffrir les autres. Jace craignait tout à la fois qu’Alan fût responsable des déboires d’un ami de Vincent et qu’un ami de Vincent fût responsable des déboires d’Alan. Mais il se voyait mal posté à côté d’eux pour les chaperonner, alors il chercha un visage familier et amical dans la foule et rejoignit Beverly, qui achevait d’analyser les rapports d’une jeune fille avec son chat.

La jeune fille en question s’éloigna l’air très perturbé, laissant Beverly se retourner vers Jace. La mutante tendit la main vers l’épaule de son ami, avant de se souvenir que les contacts de ce genre-là n’étaient pas son fort. Elle la baissa et murmura :

— Tu veux qu’on aille faire un tour ?

Jace secoua la tête.

— Tu as l’air… fatigué.
— Tu sais bien que j’ai une endurance surhumaine.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Il le savait bien. Il haussa les épaules.

— Ça va passer.
— Tu sais que tu n’es pas coupable de tout ?
— Si j’étais plus doué, les choses se passeraient sans doute mieux.

Beverly se mordit la lèvre. Elle le connaissait bien, ce raisonnement-là : c’était du Jace typique. Elle avait essayé de lui faire voir les choses autrement en un nombre incalculable d’occasions, tant elle trouvait le jeune homme trop exigeant avec lui-même. C’était pour cela qu’elle l’appréciait, en un sens. Jace avait toujours eu des émotions subtiles, changeantes, complexes. Pour quelqu’un comme elle, c’était reposant. Ça lui permettait de ne pas avoir toujours une longueur d’avance. D’entretenir une relation plus égalitaire. Comme avec Alan, sous ses airs superficiels.

D’ailleurs, elle tourna un instant les yeux vers leur ami commun, sur le canapé. Jace suivit son regard.

— Toi aussi, ça te stresse ?
— Ils ont l’air de bien s’entendre.
— Ça veut dire oui, ça.

Le visage de Beverly s’assombrit un peu plus.

— J’ai pas envie que ça recommence.
— Ça ne recommencera pas.

Jace se sentit un peu coupable de se servir des problèmes d’Alan pour détourner la conversation. Ce que Beverly ne manqua pas de percevoir, évidemment.

— Pas coupable de tout, tu te souviens, de ça ?

Et ce fut sur ce énième martèlement de la même vérité que Vincent passa ses bras autour de la taille de Jace. Et posa sa question. Beverly était à portée d’oreille, de sentiments et, comme à l’ordinaire, de sincérité. Elle ne manqua donc pas d’y répondre.

[color=purple]— Il ne va pas très bien. Il se sent rejeté par tes amis et ta sœur et il en souffre énormément. Jace a toujours eu une peur terrible de l’abandon. Il a l’impression d’être constamment en dessous des attentes des autres et il tient beaucoup à faire bonne impression, alors cette situation est très pénible pour lui. Il se sent coupable de ne pas être à la hauteur du défi, et surtout coupable de ne pas parvenir à éprouver des émotions plus positives envers ta sœur. Il est déçu que la soirée ne se soit pas passée comme prévu et il t’en veut de l’avoir abandonné plus tôt, et du coup, il se sent coupable d’être déçu et de t’en vouloir. Il aimerait pouvoir avoir des sentiments de saint, mais si je lui répète toujours que ce n’est pas possible. Plus fondamentalement, il éprouve un amour passionné pour toi qui l’effraie un peu et quand tu l’as touché, il y a eu une vague de désir en lui. Je crois que…[/purple]
— Beverly ?
— Jace ?
— Il y a un type vachement mignon là-bas qui te regarde depuis tout à l’heure, tu devrais l’inviter à danser.
— Non non, je reste avec vous.
— Si si, tu y vas.
— Oh. Euh… Oui. D’accord. Désolée pour le… Désolée. À plus tard.

Et Beverly partit couver son embarras ailleurs. Sans doute pour faire d’autres victimes.

— Bon…

Jace ne savait plus où se mettre, alors il resta dans les bras de Vincent. Tant qu’à faire.

— Si tu veux, tu peux te concentrer sur la fin, l’histoire de la vague de désir, et oublier le reste, hein. Parce que là, j’suis juste en train de mourir de honte…
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Message posté : Mar 9 Déc - 0:07 Message
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    Beverly, douce Beverly que ta sincérité était rafraichissante... mais Dieu qu’elle pouvait faire mal.

    Vincent reçut donc cette douche glacée qui finit sur quelques paroles chaleureuses pleines d’amour et de désirs. Mais les petites touches finales ne parvinrent pas à sauver le reste. Jace eut le réflexe de demander à son amie de s’en aller, ce qu’elle finit par faire. Vince lui restait paralysé un peu crispé et mal à l’aise. En dépit de la chaleur de son petit ami, il se sentait gelé. L’Alpha essaya une manœuvre désespérée pour lui faire oublier ces informations. L’étudiant devrait un jour apprendre à ne plus poser ce genre de questions devant Beverly. Mais pour l’instant, il devait essayer de sauver la situation. Et manifestement, cela ne pourrait pas se produire ici. Et dire qu’Holly et Jason avaient essayé d’organiser tout ça pour leur faire plaisir. Le jeune homme libéra son petit ami avant de lui demander d’une voix neutre :

    – Viens avec moi.

    Et il le conduit près d’une fenêtre avant de changer d’avis. Il laissa son ami ici un tout petit moment le temps de piquer le manteau de Jason. Allongé comme il était sur le clic-clac de la Muse, il n’en n’aurait pas besoin ce soir. Une fois le vêtement pris, il le tendit à Jace et s’approcha d’une fenêtre qu’il ouvrit afin d’accéder à l’issue de secours. Après avoir refermé derrière eux, il guida Jace jusqu’en haut pour arriver sur le toit. La vue n’était pas bien belle car il y avait deux autres immeubles plus grands que le leur qui leur bouchaient la vue mais au moins ils arrivaient à voir le ciel. Et il n’y avait pas trop de nuage. Ca va, y avait pire niveau romantisme. Sur le toit, Vincent se retourna vers son petit ami et mit les mains dans les poches, manifestement embarrassé.

    – J’suis vraiment désolé, Jace... J’aurais aimé que tu passes une bonne soirée, mais je suppose que ce n’était pas une bonne idée. J’pensais... j’pensais que ça serait important pour toi que je montre que... que j’ai pas honte.

    Dire qu’il avait fait tout ces efforts pour rassurer son petit ami ne serait pas totalement faux. Mais ce n’était pas tout. Vincent reprit la parole, et là encore, on pouvait voir la buée se former à chaque fois qu’il parlait. Il fallait dire qu’en dépit de son tee shirt, le barman avait une température corporelle plutôt élevée.

    – J’suis désolé que tu te sentes exclu par mes amis... Tu sais c’est encore nouveau pour eux. J’crois que la plupart n’avaient jamais rencontré de personnes non hétérosexuelles avant. On s’était dit qu’une soirée aiderait tout le monde à s’y faire. A mon avis, ils vont finir par s’habituer avec un peu de temps... et s’ils y arrivent pas... ben... c’est qu’ils sont pas si géniaux que ça alors, et du coup c’est pas grave.

    En même temps quand on s’était mis toute sa famille sur le dos pour quelque chose dont on n’était pas responsable, on apprenait à relativiser avec ce genre de chose. L’important était de rester avec les gens qui comptaient.

    – J’aurais du t’en parler... voir ça avec toi, avoir un plan... Au lieu de ça j’ai essayé de faire le truc tout seul et ben forcément ça a planté...

    Il n’était plus à une boulette près.

    – Pour ma sœur... j’suis désolé de t’avoir planté là... mais... c’est ma sœur... je l’avais pas vue depuis si longtemps et... et quand j’ai vu sa tête je... j’ai paniqué. Mais tu sais... si c’était à refaire, je serais tout de même parti la retrouver. C’est comme ça... Toi tu es un héros, tu voles au secours des gens au moindre cri ou coup de feu... moi je suis un frère, je cours après ma sœur quand elle devient folle...

    Il n’y avait pas d’amertume dans cette partie là, juste du réalisme qu’il avait tenté d’assaisonner avec une pointe d’humour. Vincent avait fait son deuil d’une relation avec un civil sans histoire, mais en même temps, Jace était au courant de ces différences de priorités. Pour L’Alpha, c’était la veuve et l’orphelin, pour le barman, c’était ses proches. Et dans le feu de l’action, le cas de Clarisse lui avait semblé bien plus urgent que le cas de Jace.

    – Par contre... t’as pas trop assuré toi non plus... Enfin pas avec ma sœur ça je t’en veux pas... mais avec tout ça...

    Vincent s’approcha de son petit ami avec un air grave.

    – Tu te rappelles de ce que je t’ai dis la première fois qu’on s’est embrassés ?

    Il fit une petite pause pour laisser ce souvenir reprendre sa place.

    – J’t’ai dit de ne pas faire une sale tête par rapport à un truc que t’as pas fait... T’as pas à te sentir coupable de tout, Jace... Tout n’est pas uniquement de ta faute. Les autres aussi font des conneries. Et bien plus que toi si tu veux mon avis. J’en suis ptet la preuve vivante.

    Ca, il en était persuadé. Mais après ce petit intermède d’autodérision, Vincent redevint sérieux, amoureux-sérieux. Il se rapprocha encore de Jace au point de sentir son souffle contre lui.

    – Et tu me fais toujours une bonne impression... Tu es largement au dessus de mes attentes et...

    Cette fois encore, il prit son ami dans les bras avant de terminer à voix basse.

    – Je ne vais pas t’abandonner.

    Une promesse qui fut scellée par un long et doux baiser.

    Une fois celui-ci terminé, les deux garçons restèrent un petit moment dans les bras l’un de l’autre. Puis Vincent reprit la parole. Sa voix était un peu timide et hésitante, mais il voulait être honnête avec Jace. Surtout parce qu’apparemment, il ressentait la même chose.

    – Moi aussi je... parfois ça me fait peur quand je réalise à quel point je suis amoureux de toi...

    Peur au point de ne même plus hésiter entre sa famille et lui apparemment. Peur car maintenant Jace était officiellement le centre de gravité de sa vie et qu’il ne savait pas ce qu’il deviendrait si jamais il venait à le perdre. Peur car il sentait qu’il était en train de changer profondément grâce/à cause de/ pour Jace.

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