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Une Rose dans une Main d'Or

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Message posté : Jeu 4 Déc 2014 - 23:29 Message
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    Samedi 5 Mai 2012

    A l’intérieur d’un magasin honteusement luxueux

    – Ceci est un très grand cru mademoiselle, il n’en n’existe que très peu de bouteilles sur ce continent. Je pense même qu’à l’heure actuelle, il ne doit y en avoir qu’une dizaine...
    – C’est déjà beaucoup, ne trouvez-vous pas ?
    – Hum... oui j’imagine, vous avez raison.

    Oui bien sûr, car le client était roi. En particulier dans ce genre d’enseignes réservées aux plus riches. De tels commerces offraient généralement des articles dont le prix à l’unité (déjà qu’il était impossible d’y trouver des coffrets à thème, cela donnait une bonne idée de l’étiquette en rigueur) dépassait le salaire mensuel d’un Américain moyen. Rosamund n’était, elle-même, pas excessivement riche. Mais sa famille l’était largement. Et aussi, il ne fallait pas oublier que son travail à l’opéra suffisait pour la faire vivre sans se préoccuper des détails financiers. Et Rosamund n’était pas une personne très dépensière. On pouvait facilement avoir des goûts de luxe sans dépenser une fortune toutes les semaines. Ainsi elle ne hantait pas les cauchemars du banquier de la famille. Cela dit, aujourd’hui, elle allait réclamer les services de son portefeuille.

    La sorcière était conviée ce soir à rejoindre une personnalité fort importante, aussi bien d’un point de vu personnel que professionnel. Une célébrité en plus de cela. Il était hors de question d’arriver les mains vides. Elle pourrait tout aussi bien concevoir un cadeau elle-même. Après tout, un enchantement de protection n’avait rien de sorcier. Mais avec Hans Veidt, mieux valait rester sur les valeurs sûres, le protocole. Ce serait parfait.

    – Voici un vin blanc d’une rareté incomparable, il vient lui aussi de Saxe. Un cru récent mais soigné. Un des plus chers sur le marché Allemand.
    – De Saxe...

    Rosamund d’approcha du vendeur pour examiner la merveille. Ce n’était pas une œnologue chevronnée mais elle s’y connaissait juste assez pour savoir que l’âge avancé d’un vin n’était pas forcément synonyme de bon goût. Deux fois sur trois, elle avait été amèrement déçue. Remarquez, elle ne buvait pas tant que cela. Un verre par repas, deux au grand maximum et dans tous les cas, jamais sans une tablée conséquente et digne des plaisirs de Dionysos. L’origine et le vignoble étaient généralement de meilleurs gages de qualité.

    – Je la prends.


    Quelques heures plus tard, chez elle.

    La jeune femme se faisait belle dans son élégante salle de bain. Devant le miroir, elle prenait soin d’apporter les touches finales adéquates à son maquillage. Rien d’exagéré bien sûr, il ne fallait pas arriver comme une fille de joie. La sorcière mit donc juste de quoi intriguer le regard sans pour autant l’agresser. Un tout petit peu de noir autour de ses yeux, des cils délicatement marqués, un rouge à lèvres discret... voilà pour le visage. Passons à la coiffure. Rosa avait opté pour un chignon élégant, assez serré pour mettre l’accent sur le sérieux qui la qualifiait, mais pas trop pour ne pas paraître trop distante. Quelques mèches étudiées vinrent donc quitter le nid de rigueur qu’elle avait confectionné à l’aide de sa rose, sa lance. La sorcière ne se déplaçait jamais sans elle et ses emplacements déterminaient souvent son humeur. Lorsqu’elle la portait dans les cheveux, tout allait bien, elle était détendue et ne comptait pas invoquer son arme ni se battre, sauf en cas de nécessité. Lorsqu’elle la portait sur ses habits, c’était autre chose... Ses habits, parlons en ! Une robe noire, il fallait rester classique. Gracieuse et classique, ne choquant pas la vertu, jamais, sans être trop pudique non plus, notamment au niveau des jambes... cela dit, elle portait des collants fins et noirs avec des escarpins assortis. Une petite touche de couleur tout de même : le sac à main rouge, le même que celui qui ornait ses lèvres, posé pour l’instant à côté du lavabo. Et voilà qu’elle achevait sa tenue.

    Il fallait faire preuve de décence et de dignité lorsqu’on rencontrait Hans Veidt, un ami de la famille qui méritait à la fois leur respect et leur amitié. D’autant plus que Rose était sa filleule. Faire bonne impression était une étape importante, même parmi ses proches... surtout parmi ses proches, dans le cas des membres de la famille Richter. Rosa avait terminé sa tâche et observait le résultat lorsque l’interphone résonna dans l’appartement. Le taxi commandé était arrivé. La sorcière attendit d’être satisfaite de son reflet avant de prendre son sac à main et d’éteindre la lumière de la pièce. Après avoir traversé son appartement et s’être emparée de la bouteille, généreusement emballée par l’employé du magasin, elle quitta son appartement.

    Manoir Veidt

    Rosamund se tenait bien droite devant la porte d’entrée après avoir été accueillie sur le domaine. Protocole, protocole, elle attendait maintenant que le personnel vienne la chercher pour la faire rentrer et la guider jusqu’à son hôte. Elle se demandait comment il allait. Hans était un homme d’affaire dont le travail tendait ses généreux fruits vers SHADOW, il devait être très occupé. Sans parler de son petit fils, Adriel, qui ne manquait pas de faire des siennes. La jeune Allemande ne put s’empêcher de sourire en pensant à Adriel et à leur rencontre... Le golden boy lui avait laissé un souvenir sympathique, sans parler de sa presqu’altercation avec Lothar. Elle s’était bien amusée ce soir là. Cependant elle fut tirée de ses rêveries par un majordome qui vint lui ouvrir la porte en s’excusant de son retard. Elle lui accorda un sourire poli et le pardonna généreusement avant d’entrer.

    Rose venait d’arriver à Star City et de se familiariser avec son nouvel environnement.
    Rose allait bientôt retrouver son parrain.
    Rose était de bonne humeur.
    Elle pouvait sourire aux domestiques sans problème.

    Rose alla ensuite retrouver Hans avec un sourire, sincère cette fois, sur les lèvres.

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Message posté : Dim 7 Déc 2014 - 18:15 Message
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Il n’était jamais facile de trouver du temps à consacrer à autre chose que le travail et pour quelqu’un dont c’était la passion première, c’était encore plus impensable. En réalité, même si Veidt quittait sa tour, son cerveau restait constamment connecté à son travail, à la gestion de la société et aux diverses manigances qu’il devait gérer s’il voulait pouvoir continuer à mener l’entreprise en tête de la course. Heureusement pour lui, il avait désormais Adriel pour le soulager grandement d’une partie du poids qu’il avait sur les épaules depuis de nombreuses années. A force, et depuis la mort de son épouse, son travail avait été son unique raison de rester en vie, du moins, jusqu’à ce qu’il découvre que son petit-fils soit encore en course. Se faisant vieux, il sentait désormais qu’il ne lui restait plus très longtemps avant de devenir complètement inutile à tout ce qui comptait pour lui.

Ses pensées vagabondaient d’un sujet à l’autre, penché sur un gros pavé retraçant les comptes de l’entreprise depuis près de 5 ans. L’avant et l’après Adriel pour ainsi dire. Et il n’y avait pas photo. Le vieux se savait efficace et puissant mais ses idées ne collaient pas toujours avec ce monde égoïstement moderne et Adriel en donnait le contre-pied. Un verre de liqueur allemande posé juste à côté de lui, il avait posé sur son front ses lunettes de lecture sans faire le moins du monde attention à l’heure qui tournait ni au temps qu’il passa à éplucher le volume, acharné à y trouver une erreur inexistante. Il manqua de sursauté lorsque le vieux majordome frappa doucement au battant de la porte entre ouverte. Redressant les yeux, il regarda en premier lieux la pendule avant de se redresser encore et de fixer la porte. Son invitée était donc arrivée. Bien. Il fit un signe de la main au vieil homme qui le servait toujours et lâcha un long soupire tout en se laissant aller contre le dossier de cuir. Avalant d’une traite la fin de son verre, il appuya ses mains sur le bureau et se mit debout, relayant cette activité là pour plus tard. Bien plus tard. Il avait de longues années à rattraper. Se passant une main dans ses cheveux blancs encore quelque peu parsemés de blond, il traversa la pièce d’un pas lent mais toujours énergique. Poussant la poignée, il s’attarda en entendant la porte du bas s’ouvrir et le majordome s’excuser poliment de son manque de rapidité. Veidt ne lui en voulait pas. S’il avait voulu quelqu’un de plus rapide, il aurait engagé un jeune de 20 ans et mit à la porte le vieil homme mais sa confiance était de plus en plus difficile à donner et engager du neuf pour sa demeure n’était pas à l’ordre du jour. Appuyé sur la balustrade qui donnait sur le hall décoré à l’ancienne, il souriait tout seul en découvrant la silhouette gracieuse de sa filleule. Il n’y avait pas à chipoter ; les allemands avaient décidément plus la classe que les américains. Lui-même en pantalon de lin clair et chemise assortie, il ne faisait pas le moins du monde honte à son pays d’origine. Il n’eut pas à l’apostropher, la jeune femme leva instinctivement les yeux sur lui depuis le hall. Son sourire s’accentua. Inclinant la tête sur le côté, il se remit en marche et descendit l’escalier en se ménageant, pas désireux de se retrouver les fers en l’air à 75 ans en bas des marches. Arrivé à la hauteur de Rosamund, il lui tendit sa main osseuse et porta celle qu’elle lui tendit à ses lèvres, comme il l’avait toujours fait. Et de lui offrir à nouveau un sourire amical. Elle était encore plus ravissante de plus près. « Encore plus ensorcelante que votre Grand-Mère, Fräulein Richter. » Contemporain de cette femme tout en charme, il avait été heureux de la rencontrer après sa propre épouse, sans quoi, il n’aurait donné cher de son âme. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vu des alliés inébranlables en la famille Richter et il était bien agréablement surpris de constater que Rosa faisait perdurer cette alliance. « Tu m’excuseras de ne pouvoir t’offrir meilleur compagnie qu’un pauvre vieil homme aigri, mais il semblerait que ce soit tout ce qu’il me reste sous la main. » Il avait enchaîné sur l’allemand, bien heureux de pouvoir pratiquer sa langue maternelle dans les murs de sa propre demeure. Il se moquait ouvertement de lui-même, sachant que la jeune femme n’était pas uniquement venue sur ordre mais que le plaisir de se revoir était partagé par les deux familles. Hans rêvait de pouvoir un jour les unir tous à une même table mais il avait cru comprendre que les deux fils n’étaient pas fait pour s’entendre. Ce qui enchantait le vieil homme. Non qu’il détestait Lothar mais ça n’était que le reflet de ce que lui avait été bien des années plus tôt, en constante compétition avec le grand-père de Rosamund alors que ce dernier était toujours en Allemagne. Une compétition bonne enfant, chacun désireux de briller plus que l’autre sans jamais orchestrer de coup bas et tout en restant adorablement fair-play. Juste pour l’amour du jeu.

Il avait rendu sa main à Rosamund et lui avait alors délicatement pris l’épaule en lui indiquant le chemin jusqu’à la pièce voisine qu’occupait la pièce gigantesque destinée au salon et à la salle à manger. « Comme je l’ai dit à ton père l’autre jour, j’aurai adoré pouvoir venir vous voir en Allemagne l’an dernier et je n’ai pas la moindre excuse valable pour ne pas l’avoir fait. » Il marqua un temps de pause pour la regarder et enchaîna. « Tu ne peux pas savoir le plaisir que tu me fais de t’être installée en ville. » Ca n’avait rien de faux mais il fallait avouer que le vieil homme n’avouait d’ordinaire pareilles choses qu’à ceux dont il avait besoin de service. C’était pour cette raison d’ailleurs qu’il était toujours imbuvable avec son petit-fils, sachant pertinemment que ce dernier ne marchait pas avec les mieleries. Ils passèrent tous deux la porte qui séparait le hall du salon et le vieil homme ne perdit pas de temps en explications ni en beaux discours, indiquant à sa filleule qu’elle pouvait sans autre prendre place en face de lui à la grande table. Le majordome fit à nouveau apparition pour s’enquérir de ce que les deux désiraient boire et heureux d’avoir vu la jeune femme arriver avec un présent, qu’il avait accepté non sans sourire, il décida d’en faire usage dès à présent. Par respect, et c’était une fâcheuse habitude qu’il avait gardée du travail. Une fois, une espèce de salopard avait voulu se jouer de lui et lui avait offert du vin – si on pouvait le qualifier comme tel – tout bonnement imbuvable et comme mu par un pressentiment, le vieil homme avait également décidé d’en servir à table. Son adversaire s’était retrouvé très con à devoir boire jusqu’à la dernière goûte de la boisson en plus de subir les foudres particulièrement salées du Veidt.


Mais contrairement à cette fois-là, il était persuadé que le vin était bon et avec l’aval de sa camarade du soir, il le fit servir. Un coude appuyé sur la table pour reposer sa tête parfois bien trop lourde, il fixait Rosamund d’un regard amusé et sans ombre. « Je me suis laissé entendre dire que tu avais fait la connaissance de Adriel. » Aucune remarque là-dedans, une simple constatation qu’il exposait avec amusement. Le majordome arriva avec deux verres et servit les deux invités avant de disparaître à nouveau pour s’occuper en cuisine. Veidt but une longue gorgée tout en savourant le nectar qui venait d’Europe. « Je constate que tu sais toujours autant me prendre par les sentiments… Tes parents et ton frère se portent bien ? » Il demandait par pure politesse, et ayant la demoiselle devant lui, il constatait tout seul qu’elle, elle avait l’air de se porter comme un charme.
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Message posté : Lun 8 Déc 2014 - 14:09 Message
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    Il ne fallut pas attendre longtemps avant de voir le maître des lieux arriver. Rosamund n’eut qu’à lever la tête pour l’apercevoir. Hans Veidt, son parrain, majestueux, noble en dépit de ce que le temps avait opéré sur son enveloppe humaine. La demoiselle Richter ne put s’empêcher d’arborer un sourire enchanté à la vue de son parrain. Cela faisait effectivement longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus. En bonne sorcière de l’Ordre, l’Allemande partait sans cesse à droite à gauche pour accomplir son travail, dérobé tel ou tel artefact ou secret mystique, capturer tel ou tel expert. Et lui en bon dirigeant d’une entreprise internationale dont l’importance était capitale pour le SHADOW, il ne faisait aucun doute que ses emplois du temps devaient être bien chargés. Aussi, Rosa était enchantée de pouvoir prendre le temps pour retrouver cet ami de la famille.

    Elle lui offrit de bonne grâce la main qu’il réclama et le laissa l’embrasser en parfait gentleman qu’il avait toujours été. Son sourire à elle conserva sa joie en guise de réponse et elle ne put s’empêcher de montre elle aussi un signe d’affection en posant brièvement sa deuxième main sur celle de son compatriote alors qu’il allait la libérer. Monsieur Veidt est une des personnes qu’elle avait toujours appréciées dans son enfance et elle se faisait une joie de chacune de leurs rencontres souvent trop courtes à son goût. Il lui faisait beaucoup penser à son grand père, Reginald avec qui il partageait un certain passé. Les deux hommes se ressemblaient presqu’autant qu’ils différaient l’un de l’autre et parfois, Rose pourrait presque croire qu’ils appartenaient à la même famille. Probablement parce que ces deux grands hommes étaient faits d’un matériau similaire.

    – Vous me flattez beaucoup trop, Herr Veidt.

    Le sourire de la sorcière s’était élargit en entendant l’adjectif utilisé par son hôte et elle ne pouvait qu’imaginer tout ce que ce mot pouvait amener à l’esprit de cet homme qui avait connu sa grand-mère alors qu’elle était au sommet de sa gloire.

    – Et vous vous sous estimez, votre compagnie est toujours un plaisir pour moi. Je ne peux que regretter le manque d’occasions qui nous permettent de nous retrouver.

    En plus du plaisir que Rosamund trouvait à retrouver la compagnie d’un visage familier, la jeune femme appréciait particulièrement de se retrouver en présence d’un homme de cette trempe et d’un tel prestige. Elle pouvait ainsi laisser ses origines et son éducation bourgeoises se manifester sans subir les regards intrigués de certains de ses collègues à l’opéra Beaudrie. Et elle tenait à vouvoyer cet homme pour qui elle éprouvait un immense respect, c’était, selon elle, une marque d’estime qui transmettait toute la considération qu’elle lui portait. Comme lui, elle passa à la langue de Goethe pour poursuivre leur échange, là encore, elle ne put s’empêcher d’y trouver un certain réconfort que l’on trouve chez soit. Mis à part quelques collègues de l’Ordre, la jeune femme n’avait pas encore trouvé beaucoup de personnes avec qui elle pouvait converser dans cette langue qui lui tenait naturellement à cœur et qu’elle trouvait si poétique en dépit de tout ce que les ignares ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez pouvaient dire... Une fois la tonalité linguistique définie, la jeune femme se laissa guidée par son hôte qui la conduit dans son magnifique salon. L’attention de la musicienne se focalisait principalement sur son parrain, mais elle ne put s’empêcher de remarquer le goût et le raffinement qui avaient été invoqués pour meubler et décorer ce manoir. C’était le genre de chose à laquelle elle était généralement sensible.

    – Il ne faut pas vous inquiéter pour cela, nous comprenons très bien que votre emploi du temps vous interdise de partir en voyage d’agrément. Nous ne vous en tenons absolument pas rigueur.

    Ils savaient parfaitement qu’en dépit de son âge, Hans Veidt continuait à œuvrait pour son entreprise et donc pour l’Ombre. Une tâche admirable qui demandait certainement quelques sacrifices. Et Rosa comprenait très bien que son parrain n’ait pas forcément le temps, l’énergie ou même la motivation nécessaires pour accomplir un tel voyage seul. Mais ils n’allaient pas rester sur les regrets car l’homme d’affaire enchaîna avec une déclaration qui renouvela spontanément le sourire de la jeune femme.

    – C’est un plaisir partagé. J’ai été ravie d’apprendre mon affectation dans cette ville que je rêvais de visiter depuis longtemps. Notamment pour vous revoir.

    Car les contacts réguliers entretenaient les amitiés et les alliances, or, pour Rosamund, Hans entrait dans les deux catégories. Ainsi il était important selon elle de nouer des liens étroits avec la famille Veidt, comme l’avait prouvé son histoire amusante avec Adriel. La sorcière en profita pour présenter le cadeau qu’elle avait amené et qu’ils allaient partager pour trinquer à leurs retrouvailles. Rose vit donc une coupe se remplir de ce liquide presque argenté dont le vendeur lui avait vendu les mérites. Elle avait su jouer avec les nerfs du commerçant jusqu’à ce qu’elle soit certaine d’obtenir un produit dont elle ne douterait pas de la qualité. Et d’après ce qu’elle goûta, après avoir levé gracieusement son verre – cela allait de soit – elle n’avait pas été trompée. Un petit peu sec peut-être, mais les arômes étaient intenses. Elle n’était pas déçue et espérait que ce vin soit au goût de son hôte de marque. Et quoi de mieux pour accompagner un bon vin qu’une conversation familiale ? Rosamund eut un sourire amusé.

    – Oui... Je ne m’attendais pas à avoir affaire à quelqu’un d’aussi franc et entreprenant. Je crois que cela a également surpris mon cher frère...

    Le souvenir de cette soirée anima en elle une étincelle d’amusement. Rose avait particulièrement apprécié l’audace d’Adriel. Quant au comportement de son frère, il l’amusait toujours. En parlant de la famille...

    – Ils vont très bien. Mon père poursuit ses voyages d’affaires et de découvertes. Mère termine l’éducation de la petite sœur, du moins elle s’y emploie. Quant à Lothar, il court un peu partout, partagé entre ses missions et ses recherches.

    Elle n’était pas sans savoir que son frère cherchait à maîtriser le pouvoir si particulier qu’il avait à sa disposition et dont les secrets lui échappaient encore un peu. Mais elle ne s’inquiétait pas pour lui, Lothar était un jeune homme déterminé et compétent, en dépit de ses nombreux défauts. Elle s’inquiétait plus des personnes qu’il pourrait utiliser pour tester ses capacités. Mais, pour le moment, elle n’allait pas poursuivre sa description des palpitantes activités de la famille Richter, consciente de l’aspect purement conventionnel de ce sujet. Elle aborda pour sa part un point qui pouvait mener à une discussion plus professionnelle. Mais d’abord en douceur.

    – Et comment se portent vos affaires à Star City ? La réputation de cette ville n’est plus à refaire, mais je ne sais pas encore ce que ces activités hautes en couleurs peuvent impliquer...

    Elle faisait là une discrète référence à des organismes comme la Légion et ses héros en costume ou encore l’UNISON dont les diverses branches pourraient peut-être mettre des bâtons dans les roues de Veidt Enterprises. La question était une manifestation d’intérêt poli et personnel à la fois.

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Message posté : Lun 22 Déc 2014 - 17:17 Message
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Le vieil homme faisait tourner son verre dans sa main avec un plaisir non feint. Il appréciait la boisson sans outre mesure et tenait très bien l’alcool. Du moins, il y avait bien longtemps qu’il n’avait plus franchi la limite qui le rendait ivre mort à danser sous la table. Il se demandait d’ailleurs s’il lui était déjà arrivé une fois de le faire. Probablement lors des séjours pour le service militaire oui. Mais lorsque son père était dans les parages, il évitait avec une crainte maladive de se montrer à son désavantage, sachant pertinemment que son militaire de paternel ne tolérerait aucun écart de conduite. Il pouvait en sourire aujourd’hui, apprécier à sa juste valeur ce père rigide et intransigeant mais autrefois, il l’avait autant craint que hait pour plus d’une raison aujourd’hui complètement dépassée. Il esquissa un sourire derrière son verre, se moquant de lui-même et de sa faiblesse tout comme de son aveuglement d’alors. Le seul regret qu’il avait, c’était de ne pas l’avoir compris plus vite et de ne pas avoir profité de son père avec autant d’honneur qu’il aurait dû. Son visage s’assombrit un instant. Il venait de songer au fait que lui-même avait été un misérable père et qu’il n’avait nullement été en mesure de faire honneur au nom de Veidt en laissant complètement dériver son propre fils et en ne protégeant pas ses petits-enfants d’une mort intolérable. Il porta le verre de vin à ses lèvres. Il avait réussi à porter à des sommets inégalés la société de son père et espérait ne pas se planter en offrant à son cadet la totalité de ce qu’il lui restait en héritage. Il porta à nouveau son regard sur sa filleule. Il n’avait pas menti en la considérant aussi dangereuse que sa grand-mère à bien des égards. Il se souvenait encore du jour où il avait rencontré l’allemande pour la première fois, un Reginald empressé et fou amoureux avait suffi à démontrer au Veidt qu’il n’aurait rien à y dire même s’il avait quelque chose à contester. Et il n’eut en effet absolument pas à le faire. Ils avaient plaisantés tous deux et Veidt avait nargué son ami en répliquant qu’il était heureux de voir que c’était Reginald qui l’avait trouvée en premier sous peine d’y succomber aussi. En réalité, il s’était très vite rendu compte que la nouvelle dame Richter était bien trop puissante pour lui et qu’il ne serait jamais en mesure de résister à ses charmes. Néanmoins, il l’avait toujours considérée comme une très grande amie, et il croyait savoir que la réciproque était tout aussi vrai.

«  Laisse-moi donc obéir à l’étiquette en répétant à nouveau que ma porte es toujours ouverte à toi et les tiens et qu’il n’y a nul besoin d’une convocation ou de raison valable pour venir me voir.  » Il inclina un instant la tête en avant, et la redressa pour porter à nouveau le verre à ses lèvres, se délectant du nectar tout en finesse. Veidt chassa d’un sourire et d’un détournement du regard, la remarque amusante de son invitée concernant son petit-fils. Oui, il y avait encore un sacré chemin avant qu’Adriel devienne admirable sur tous les points de vue. Mais le vieil homme était confiant et plus que tout, il aimait le dernier de sa lignée. C’était probablement cet amour qui le rendait encore plus irritable et intolérant aux caprices du Golden Boy d’ailleurs. Veidt ne fit aucun commentaire sur l’entente des deux garçons. Rosamund était sa préférée et il n’était nullement objectif lorsqu’il s’agissait d’Adriel. Aucun commentaire n’aurait donc été bien pertinent. A écouter sa voisine, la vie était des plus paisibles dans la fratrie Richter et il en était sincèrement heureux. La situation ne s’était jamais présentée mais il se savait assez proche des Richter pour les aider si besoin était. Et la réciproque était probablement vraie. Quoi que si Veidt en venait à sombrer si loin dans les limbes pour ne plus se suffire à lui-même, il doutait que les Richter soient assez puissants pour accueillir sa honte sans en souffrir. Et il ne voulait nullement entacher la réputation de la famille allemande. Pianotant sur la table, un air toujours amusé sur le visage, il quitta un instant son observation de son domaine pour revenir sur la demoiselle toute en grâce. «  Il n’y a qu’une seule Ombre qui plane sur l’entreprise Veidt et c’est celle que je sers.  » Répondit-il à ses questions pleines de métaphores. Il y avait eu plus d’une fois des procès perdus d’avance pour les adversaires de la société d’armements, des murmures et des rumeurs sans fondement dans le but de faire sombrer l’imposante tour pleine d’arrogance mais à chaque fois, la montagne qu’avait érigé Hans tint bon. Il se plaisait à le dire mais le vent pouvait bien hurler comme il le voulait, jamais la montagne ne ploierait sous ses cris. La demoiselle n’appartenait pas officiellement à SHADOW mais le vieil homme savait plus que quiconque à quel point l’Ordre du Thulé et l’Ombre étaient liés. Il ne risquait rien à parler ouvertement à sa filleule. «  Une expression très commune nous rappelle d’être proche de nos amis, encore plus de nos ennemis. Je crois que c’est ce qui s’applique à cette ville avec une facilité déconcertante. Officiellement, le nombre de héros revendiqués par Star City frôle des pourcentages extravagants et tous s’accordent à dire que la menace vient de l’extérieur. Cette ville agit en aimant pour la planète entière visiblement et vu le taux d’activité extraterrestre qui y est constatée, il ne me semble pas faux de dire que c’est un point important universel. Rester dans l’ombre semble être le mot d’ordre pour plus d’un organisme non considéré comme positif au développement de cette société et si des frappes apparaissent avec de plus en plus de fréquences, ce ne sont que de petites interventions bien vite canalisées par l’ONU et ses sbires.  » Il marqua un temps de pause avant de détourner son regard de la table pour voir arriver le majordome avec un plateau roulant  sur lequel tenait en équilibre deux assiettes froides en guise d’entrée pour les deux personnes attablées. Veidt garda le silence pendant que son homme les servait tous deux, le remercia et s’intéressa à nouveau à Rosamund. «  Cette ville offre un potentiel d’expansion sans précédent. Voilà plus de 70 ans que j’y séjourne et si certains de ses… défauts, sont toujours insurmontables pour moi, elle me permet un renouvellement constant. Jamais Veidt Entreprise n’aurait pu affirmer avec autant de suprématie son emprise sur le monde de l’armement si elle n’avait pas eu ses racines dans cette ville fertile.  » Et pour le plus grand malheur de Veidt. Il n’en parlait pratiquement jamais et il n’était absolument pas du genre à se plaindre d’une vie passée mais il aurait adoré pouvoir passer toute son existence en terres allemandes. Il restait à Star City pour une seule raison ; l’Ombre y avait élu domicile et elle avait besoin de lui ici.


Il leva la main en direction de sa voisine, l’enjoignant à manger sans plus attendre le plat froid qu’ils venaient de recevoir. «  Ce qui est amusant avec cette ville, c’est la richesse des rencontres qu’elle propose. J’ai retrouvé ici de lointaines connaissances que je pensais ne plus jamais avoir le droit de revoir et pourtant, nous nous sommes retrouvées ici. Il désigna sa filleule du menton. Heureusement d’ailleurs, sans quoi je me morfondrais dans une solitude digne d’un homme d’affaire à la tête d’une entreprise qui porte son nom.  » Car là était bien la vérité. Sans Adriel et Gustavo, Rosamund et la famille Richter, ou les nombreux alliés qu’il avait retrouvé ici, il passerait ses journées enfermé dans sa tour sans jamais prendre le temps d’en sortir.
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Message posté : Mer 24 Déc 2014 - 17:25 Message
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    C’était une grande fille aujourd’hui. Rosamund avait fait ses études en dehors de l’Allemagne et de la maison Richter, elle avait beaucoup voyagé... vivre loin du cocon familial ne lui faisait pas peur. Elle avait presque l’habitude, même si elle préférait de loin rester sur sa terre natale. Cela dit, la jeune femme était tout de même ravie de trouver un ami de la famille dans cette ville qu’elle savait complexe. Rosa hocha donc la tête avec gratitude lorsqu’elle entendit son hôte renouveler son invitation perpétuelle. Bien sûr, il n’était pas question d’abuser de la générosité de son parrain. La sorcière ne comptait pas s’abaisser jusqu’à demander de l’aide. Si elle faisait bien son travail, elle n’aurait jamais besoin de demander de l’aide. Evidemment, il fallait prendre en compte les spécificités de Star City. Rose ignorait encore quelles menaces pouvaient se trouver à Star City. Elle avait entendu parler de certaines d’entre elles, de ce Cartel de criminel de plus en plus organisé... de la Légion, qui semblait maintenir son cap héroïque... de ces autres individus plus ou moins indépendants et puissants qu’il fallait prendre en compte. Mais en tenant compte du passif de cette ville célèbre, il fallait imaginer que d’autres surprises se terraient dans ces rues, ou dessous. Ainsi, elle n’était pas capable de prédire l’avenir ni les obstacles qui lui tomberont assurément dessus. Mais elle préférait rester décente et ne pas abuser de l’hospitalité de son compatriote. Pas question de venir à l’improviste pour déranger cet homme d’affaires dont les responsabilités devaient imposer un emploi du temps de ministre.

    La jeune femme leva une nouvelle fois son verre lorsque Hans répondit de façon très astucieuse que l’Ombre était la seule chose qui planait sur son entreprise. L’homme d’affaire s’employa ensuite à expliquer brièvement la stratégie qu’il menait contre l’adversité locale, et certainement générale également. Au final, les propos de son aîné étaient plutôt rassurants et tendaient à relativiser le danger représenté par une ville remplie de Supers. Rosamund attendit tout de même que le premier plat soit servi pour poursuivre la conversation.

    – Eh bien j’espère que je pourrais saisir le potentiel de cette ville... Ou du moins qu’il n’entravera pas ma mission. J’en déduis donc que l’UNISON et la Légion ne sont pas trop à craindre du moment que nous restons dans l’ombre... Savez-vous ce qui en est pour la mafia locale ?

    Il était temps d’appeler un chat un chat. Rose savait bien que Hans Veidt ne servait pas le SHADOW sur le terrain, mais du sommet de son empire industriel. Mais elle se doutait bien qu’un homme aussi puissant devait posséder quelques informations. Quant à savoir s’il voulait, ou pouvait les partager, la suite le dira. En attendant, elle commença docilement son entrée. Elle n’avait pas particulièrement faim, mais en même temps elle s’assurait de ne jamais avoir le ventre complètement vide. Cela n’était jamais agréable d’être avec quelqu’un qui dévorait au lieu de manger convenablement. En contrôlant son appétit, Rose parvenait à contrôler ses manières. Une ruse que sa grand-mère lui avait inculquée très tôt et, bien qu’elle n’en n’ait plus besoin aujourd’hui, Rosamund en conservait la pratique. C’était devenu une petite habitude. Elle mangea donc avec un entrain retenu mais bien présent, facilité par la qualité du plat.

    – Voilà une bonne nouvelle. Utiliser les richesses de cette ville ne peut qu’être profitable... mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre cela.

    Le vieux singe n’avait besoin de personne pour faire ses grimaces.

    – Pour commencer, je ne sais pas si vous le connaissez, mais on m’a présentée à l’agent Louis D’Ax qui m’a permis de trouver un emploi à l’opéra Beaudrie. J’ignore si vous avez le temps ou l’envie à accorder à ces représentations, mais si jamais l’envie vous prenez de vous y rendre, vous y serez traité comme un roi.

    Rosa avait bien conscience que Hans n’avait pas besoin d’elle pour obtenir des places de choix si telle était l’envie de l’Allemand, mais elle exprimait surtout le plaisir qu’elle aurait à retrouver son parrain à l’opéra. Savoir qu’une de ses connaissances proches se trouvait parmi le public était un excellent facteur de motivation. Et comme certaines personnes n’aimaient pas forcément de se rendre à l’opéra seule, elle tenait à rassurer son hôte en lui offrant une raison supplémentaire de s’y rendre. Au cas où. Accessoirement, en mentionnant Louis, elle offrait à monsieur Veidt l’occasion de parler du Français s’il avait quelque chose à dire. Après tout, la musicienne allait travailler avec lui dans sa vie civile. Si elle devait apprendre quelque chose sur cet homme, elle aimerait bien le faire le plus tôt possible. Pour l’instant, mis à part l’incroyable talent de cet artiste, Rosa n’avait pas encore percé énormément de secrets. Il fallait dire que les relations cordiales qu’ils entretenaient pour le moment lui convenaient très bien.

    – En parlant de nos collègues... savez-vous s’il y a quelque chose que je devrais savoir au sujet de Mannheim ? J’ai cru comprendre que l’Officier de cette base ne portait pas l’Ordre dans son cœur, donc je multiplie les prudences, mais je suis prête à accepter le moindre conseil si vous en avez à partager.

    Tel était le rôle traditionnel d’un parrain. Néanmoins, Rosamund ne s’inquiétait pas tellement à ce sujet. Qu’importe les appréhensions de son patron, tant qu’elle faisait du bon travail et qu’elle n’attirait pas d’ennuis, il n’y avait aucune raison pour que les choses ne se passent pas bien. Cela tombait bien car c’était une maniaque du travail bien fait. En attendant la réponse de Hans, la jeune femme continua de vider son assiette en prenant son temps et en mâchant très lentement, peut-être encore plus lentement qu’en temps normal. La patience était une vertu à bien des niveaux.

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Message posté : Jeu 15 Jan 2015 - 22:32 Message
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Ecoutant avec attention sa cadette, il ne put s’empêcher de l’imaginer en pleine action. Piètre imagination en réalité, quand on savait qu’Hans n’avait jamais été un homme d’action et qu’il servait l’organisation d’une toute autre manière et qu’il n’avait jamais été complètement au courant des actions de sa propre épouse. Il l’avait néanmoins aperçue plus d’une fois revenir le soir tardivement avec une mine qui n’exprimait pas une journée au bord de la piscine. Néanmoins, ni l’un ni l’autre n’avait jamais abordé le sujet sachant que tous deux étaient voués à une cause qui dépassait de loin leur propre personne. C’est probablement son attachement à SHADOW et sa dévotion sans faille qui permirent à Hans de ne jamais s’inquiéter des allées et venues de son épouse ni de ne jamais lui demander si elle n’en faisait pas un peu trop. Elle n’en faisait jamais trop, elle avait vouée sa vie à l’Ordre, tout comme Rosamund aujourd’hui et lui mieux que tous comprenait ce que ce mariage comportait. Contrairement à un agent de terrain pur et dur, Hans était confortablement installé dans un fauteuil de cuir tout au long de la journée et physiquement, il ne risquait pratiquement rien à le faire. Et il était bien mieux caché aux yeux du monde en étant ainsi sur le devant de la scène que beaucoup de ses collègues. Cependant, il n’était pas dupe. Il savait que s’il venait à être découvert, sa chute serait d’autant plus longue. Chute qu’il ne souhaitait à personne.

«  Nous avons tous été suffisamment discrets et inactifs aux yeux des citoyens pour avoir pu garder secret notre présence ici. Du moins jusqu’à présent. Néanmoins, la discrétion n’est pas ce qui nous rend plus fort en cas de découverte, mais bel et bien notre avancée sur les autres. Du moins, lorsque nous pouvons être en avance.  » Il mâcha un instant ce qu’il avait en bouche avant de continuer à répondre à sa filleule. «  Il n’y a qu’une chose à dire sur les chinois ; ils sont extrêmement bons en affaires et ne reculent devant rien. Pour le moment, Veidt Entreprises reste le plus gros fournisseur d’armement sur la place et le marché noir n’a pas encore pris assez d’ampleur pour m’inquiéter. Cependant, je ne parle pas le mandarin et j’espère ne jamais avoir à le faire.  » Il ne faisait pas nécessairement exprès de ne pas répondre par oui ou non ouvertement à une question. Pure déformation professionnelle. Dire la vérité ou le mensonge pouvait toujours se retourner contre vous alors qu’un mélange des deux permettait souvent de se sauver de bien des situations délicates. Pour sa part, Veidt n’avait jamais traité avec la mafia locale et si son homme de main l’avait fait, il ne voulait le savoir. Il ne voulait en aucun cas avoir affaire avec les chinois de la ville et encore moins avec leur dirigeant sachant pertinemment qu’il serait vite hors course en économie, armement tout comme en combat. En vérité, Veidt préférait écraser ceux sur qui il avait pleinement pouvoir mais il n’était pas assez inconscient pour vouloir se frotter à plus fort et plus influant que lui. D’autant plus, que ça ne lui était absolument pas demandé. Sa place était bien claire et il n’avait jamais voulu la modifier sachant que c’était au sein de son entreprise qu’il était le plus bénéfique à l’ordre nazi.

Le vieux s’était légèrement laissé aller contre son dossier et portait à nouveau son verre de nectar aux lèvres. Il suspendit son geste, l’air songeur. Avant d’esquisser un large sourire et de reposer sa boisson tout en reprenant la parole. «  Eh bien, il semblerait que je n’ai même pas à jouer de mes relations pour que je leurs sois redevable. Il  mangea quelques bouchées avant de reprendre. La première fois que j’ai rencontré D’Ax, j’étais en voyage en Italie et j’ai eu l’incroyable honneur d’assister à l’une de ses représentations entant que chef d’orchestre. Si le Français est aussi doué avec une baguette qu’avec une arme, j’espère ne jamais avoir à me mesurer à lui. Il m’est néanmoins des plus agréable d’entendre que tu contribues au bénéfice de son empire musical. J’ai fait sa connaissance il y a plus de six ans de cela et le jeune homme de l’époque n’était pas encore des nôtres mais il était d’une présence des plus merveilleuses malgré son manque d’obscurité. » Et il était des plus sincères en louant les mérites de l’agent francophone. Les deux agents s’étaient d’ailleurs retrouvés à Dresde, la ville natale de Hans, quelques temps après leur première rencontre pour fêter les 800 ans de la ville. Occasion que le vieil allemand avait tout autant trouvée intéressante et pleine de charme que la première. En vérité, même s’il vouait une amitié sincère au jeune homme – et ne pouvait qu’espérer qu’il en soit de même en retour – leur vie respective ne leurs avait pas donné souvent satisfaction de se revoir. Et même s’ils partageaient désormais tous deux la passion de l’Ombre, leur situation à Star City n’avait pas fait que les rapprocher. «  Je serais des plus ravis d’assister à nouveau à l’une de ses représentations. Dus-ai-je en payer trois fois le prix de la place ! Il ponctua sa phrase en levant son verre en guise de promesse. Et si D’Ax n’est point le chef de celle que nous verrons, je serais tout autant ravi de pouvoir partager une soirée musicale en si étonnante compagnie que la tienne. Il regardait son assiette tout en parlant. En vérité, je ne saurais dire lequel de vous deux rendrait ma soirée royale.  » Il la narguait sur le fait qu’elle avait précisé, quelques temps auparavant, qu’il serait traité comme un roi en venant à l’Opéra. Il ne tenait pas à l’être, du moins, s’il n’y mettait pas le prix. Il n’avait jamais particulièrement apprécié les traitements de faveur, sachant que c’était le plus souvent pour obtenir quelque chose de lui et non lui permettre de profiter au mieux d’un événement. Cependant, même si son métier l’avait habitué à mensonge et tromperie, il savait qu’il n’en était rien en ce qui concernait Rosamund ou même D’Ax.

«  J’espère que ton intérêt pour l’opéra est des plus sincères et qu’il n’est nullement feint dans le but de faire plaisir à un vieil homme. Il plaisantait. Il savait la demoiselle bien assez caractérielle pour ne pas faire plaisir aux autres si elle-même n’y retrouvait pas le moindre intérêt. Tu m’envoies rassuré d’ailleurs. Avec ce que j’ai comme exemple de jeunesse (il faisait référence à Adriel) je craignais un désintérêt de tous pour les arts et un sérieux manque d’intérêt pour ce qui n’est pas d’ordre matériel. Mais je constate que ce garçon n’est pas l’exemple même de notre société. » Ca lui allait bien de dire cela, dans sa grande demeure, sa tour des plus imposantes et sa société des plus matérielles. Si sa manière de parler de son petit-fils traduisait un certain manque de confiance en ce dernier, là était bien le but. Non de dénigrer sa propre chaire, mais de lui permettre d’en mettre plein la vue à sa manière quand il en aurait décidé ainsi. Et il fallait le dire, pour Hans, Adriel serait toujours un petit garçon, son dernier petit garçon. Et le meilleur qu’il n’ait jamais eu.

La suite ne lui permit pas une réponse franche et rapide. Se concentrant sur la fin de son entrée et sur le vin, il ne jugea pas des plus opportuns de répondre dans la précipitation et attendit ainsi que le valet les rejoignent pour débarrasser les entrées et servir à nouveau du vin. Hans l’en remercia et à nouveau, le laquais s’en reparti en cuisine laissant seuls les deux convives. Le vieil Allemand s’attarda à regarder par l’extérieur cherchant probablement la meilleure formule ou la réponse la plus adéquate. Il commença à parler alors qu’il n’avait pas encore reporté son regard sur la charmante femme en bout de table. «  Sans exception aucune, il arrive un moment dans la vie des hommes où aimer et accepter leur père est tout bonnement impossible. Cette passade est rude, pleine de questions sans réponse. Et pourtant, nous finissons toujours par comprendre nos pères, même si pour certains, trop tardivement. Il marqua une pause avant de reprendre. Nous sommes une famille et c’est ce qui me pousse à te conseiller de ne jamais tourner le dos à qui que ce soit ou à remettre en cause l’engagement des uns et des autres. Différents points de vue, de ressentit, d’interprétation de ce qu’est l’Ordre est nécessaire à son bon équilibre. Les nouvelles générations souhaitent toujours apporter quelque chose de plus pertinent aux vieux adages et dépoussiérer les vieux meubles et nous devons faire avec. Il étancha sa soif avant de conclure. En définitive, ce n’est pas à moi qu’il faut demander si tu as besoin d’un avis critique sur l’un des nôtres. Même si je suis l’un des plus anciens, je ne suis guère le père des agents cadets et leurs avis sont tous aussi égoïstes et étroits que le mien. » Demander à Hans un avis impartial concernant l’Ordre, son évolution et ses recrues était tout bonnement impossible. L’Ombre faisait partie de sa vie depuis de si nombreuses années qu’il avait largement appris à faire avec les bonnes comme les mauvaises choses sans jamais les rejeter. Cependant, il savait que la question de la jeune demoiselle n’était nullement faite pour le retourner contre l’Ordre mais bel et bien dans le but d’en retirer un enseignement. Il avait accepté de très bon cœur d’être son parrain en publique comme en privé et ce n’était pas pour la rembarrer à la première question. «  Méfiance n’est probablement pas le mot le plus adapté pour définir ce que je te conseille… mais disons que les agents ne sont plus aussi fiables que nous l’étions dans le passé. Nous étions de simples soldats autrefois, qui ressortions à peine d’une guerre mondiale et nous ne prenions ni plaisir à nous critiquer, nous nuire ou à remettre en cause nos supérieurs. Nous fonctionnions comme une véritable armée et loisirs comme passe-temps n’étaient pas des mots de notre vocabulaire. Les temps ont évolués et je ne peux m’y opposer. Mais disons que les soldats d’aujourd’hui fonctionnent plus comme des agents de la société et non comme une armée d’Allemands sans scrupule.  » Il sous-entendait par-là que l’Ordre aussi avait dû évoluer et que si les agents n’étaient peut-être plus aussi fiables qu’autrefois, c’était simplement que les temps ne l’étaient plus et que pour tout le monde, vérité n’était souvent qu’un demi mensonge.
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Message posté : Sam 17 Jan 2015 - 0:12 Message
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    Attentive et respectueuse, Rosamund buvait les paroles de son aîné. Elle n’était pas sans savoir que Veidt occupait une position qui différait de la sienne sur de nombreux points, mais la différence était justement ce que Rosamund recherchait. De là où il était, Hans avait certainement une vision différente de celle des membres de l’Ordre qu’elle avait déjà rencontrés, ou même de Louis D’Ax. Tous les points de vue étaient bons à entendre. Contrairement à ce que certains pouvaient penser, y compris au sein de SHADOW, Rose croyait en l’importance d’avoir des profils et des approches différentes pour mieux réussir une entreprise. La conformité, aussi confortable et rassurante pouvait-elle être ne pouvait pas être une alliée sûre. Ainsi, la jeune sorcière était déterminée à ne pas rester cloîtrer dans les rangs d’un Ordre mis à l’écart. Elle voulait voir l’Ombre, le monde, apprendre, découvrir afin d’évoluer, de développer sa propre force et de renforcer son utilité pour les organisations qui lui tenaient à cœur. Et cela commençait naturellement par écouter les conseils de ce compatriote, vieil ami de la famille Richter. Des conseils plutôt voilés, d’après ce qu’elle pouvait entendre. Rien, dans les propos de l’homme d’affaire, ne révélait des détails explicites et directs. Pas de nom. Pas de date. Pas d’exemples. Juste des généralités qu’un sphinx aurait pu glisser dans ses énigmes. Sage comme une image, Rose les recueillit tout de même en conservant son attitude respectueuse. De ce qu’elle avait compris. Hans se préoccupait surtout – enfin préoccuper était peut-être un grand mot – de la mafia qui s’intéressait à l’armement. Sa référence asiatique trouva quelques échos dans l’esprit de la jeune Allemande qui y vit une allusion à cette Triade qui faisait parler d’elle dans le monde et qui, d’après ce que Rosa avait compris, se montrait plutôt actif en ville. Mais comme le langage invoquait semblait proche de la langue de bois, elle respecta le choix de son hôte.

    – Eh bien il est rassurant de voir que Veidt Enterprises prospère. J’imaginais que la faune locale vous opposerait des prédateurs gênants. J’ai peut-être surestimé la cité des étoiles.

    Pourtant, quelques années plus tard, lorsque Rosamund découvrira que la ville ne manquera pas de mettre des Supers sur son chemin pour l’empêcher de mener à bien ses plans, elle ne tiendra plus tout à fait le même discours. En attendant, le présent lui offrait les avantages non raffinés de l’espoir, de l’optimisme et de l’ambition. Le tout associé à un bon repas, d’une compagnie de charme et d’un bon vin. Pendant ce temps la conversation évolua. Des affaires générales, elle passa à l’art en s’appuyant sur la charmante personne de Louis d’Ax qui, apparemment, avait déjà bénéficié d’une rencontre avec cet hôte de marque. Que Hans Veidt connaisse et complimente Louis était une très bonne chose. Rosamund tenait déjà le Français en bonne estime, maintenant elle avait une sorte de confirmation. Assurément, elle ne lui accorderait pas une aveugle confiance. Après tout, Louis ne faisait pas partie de l’Ordre, et encore... mis à part les membres de sa famille, Rose ne préférait compter que sur elle-même. Sans pour autant négliger les talents qui étaient à sa portée, bien sûr.

    – Le monde est décidément empli d’agréables coïncidences.

    Il fallait avouer que c’était amusant d’apprendre que Louis avait rencontré un des piliers financiers et industriels de SHADOW avant d’intégrer le groupe. Certains remercieraient le destin pour cela. D’autres parleraient de bonnes (ou mauvaises, cela dépendait du point de vue) étoiles. Rose, en tout cas, ne croyait pas vraiment au hasard. Du moins pas lorsque cela concernait une organisation dont l’influence était à peine perçue par ses propres membres.

    – Eh bien ce serait un honneur de jouer pour vous, ou d’assister à une représentation en votre compagnie. Vous pourriez alors peut-être nous départager Louis et moi.

    Son intonation et son regard espiègles renchérissaient avec le trait d’humour lancé par l’homme d’affaire. Celui-ci eut également le bon goût de poursuivre sur un sujet qui leur tenait à cœur de façon légère tout en en profitant pour faire une comparaison avec une « jeunesse » différente de celle à laquelle il pensait. Le petit doigt de Rosa lui soufflait que Hans parlait sûrement d’Adriel ou encore de Lothar.

    – La jeunesse, dans sa majorité ne s’intéresse, malheureusement pas à cette forme d’art. Si toutefois le terme peut s’appliquer à ses goûts.

    Les plus vulgaires ne vivaient que pour regarder un « match » à la télévision. D’autres se contentaient de vénérer des « artistes » plus concernés par leur image que par leur art lui-même.

    – Mais heureusement, il y a quelques exceptions, suffisamment pour ne pas perdre espoir.

    Des perles perdues dans un océan de simplicité. Rosa savourait chacune de ses rencontres de talent. Et heureusement, dans le milieu dans lequel elle progressait depuis des années, elle en croisait assez régulièrement. Elle s’arrêta toutefois là pour son avis sur la question. Hans venait manifestement de comparer quelqu’un et Rose ne connaissait pas suffisamment Adriel pour pouvoir donner son avis sur la question. Elle savait pourtant qu’il était théoriquement possible d’initier quelqu’un aux plaisirs artistiques, mais certaines personnes restaient complètement hermétiques, par entêtement, le plus souvent. La musicienne était cependant persuadée que pour chaque individu, il restait au moins un domaine artistique pour lequel il développerait une sensibilité ou encore une aptitude peu commune. Il s’agissait sans doute d’un raisonnement un peu utopiste mais comme il était matériellement difficile de le réfuter, il la rassurait beaucoup.

    Suivant le courant d’une conversation qui retournait dans des eaux plus professionnelles, Rose attendit patiemment que son interlocuteur médite le sujet avant de formuler sa réponse. Pour patienter, elle prit soin de terminer son plat gracieusement, tout en gratifiant à son hôte quelques regards polis. Non, il était trop jeune et trop vif pour souffrir d’une déficience mentale... Et au bout d’un moment, la jeune femme reçut une réponse. Qu’elle prit soit de méditer et d’interpréter à son tour. De ce qu’elle comprenait, Hans jugeait qu’il n’était pas prudent d’ignorer la moindre branche appartenant à l’arbre que formait l’Ombre. Rose associa cette remarque à l’Officier qui, d’après ce qu’elle avait compris, n’accordait pas sa confiance à l’Ordre. Mais elle la considéra également comme un conseil qui visait à l’avertir de ne pas en faire autant. Cela dit, de son côté, était-il possible d’ignorer le dirigeant de Mannheim ? S’en suivirent quelques comparaisons avec l’ancien SHADOW, plus performant, selon l’homme d’affaire. Sur ce point, Rosa n’avait pas de moyen de le contredire. Et puis sachant que ses grands parents s’étaient eux mêmes montrés actifs à l’époque, elle voulait bien croire en leur zèle. Il lui confia également qu’une petite hostilité envers l’Ordre ne pouvait pas lui faire de mal. C’était un point de vue. Dans l’idéal, la méfiance de l’Officier pourrait encourager la branche de Thulé de redoubler d’efforts et d’accomplir du bon travail. Un procédé motivant qui aurait plus sa place dans une petite entreprise que dans une organisation secrète, mais pourquoi pas. Enfin, son aîné l’incita à rester prudente sur les opinions qu’elle pourrait avoir de tel ou tel agent. Mais là encore, peut-être que son jugement était altéré par une époque qui, pour le meilleur, comme pour le pire, n’existait plus.

    En somme, Hans Veidt venait de lui donner son avis, sans le lui donner pour autant. De l’art.

    – Voilà un discours d’accueil que les nouvelles recrues devraient entendre.

    Son sourire respectueux souligna le trait d’humour qu’elle venait de lancer.

    – Je tâcherai donc de rester objective dans mes jugements. Mais peut-être que l’Ombre a évolué simplement pour pouvoir s’adapter au monde qui a changé lui aussi. Et puis... les méthodes d’antan n’avaient peut-être pas rencontré le succès qu’elles espéraient.

    Loin d’elle l’envie de critiquer l’Ombre du passé. Mais si celle-ci s’est heurtée à un échec, peut-être que son fonctionnement entier et son approche était à revoir. Néanmoins, elle travaillait pour le SHADOW depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il était possible d’y trouver de parfaits petits soldats lorsqu’il le fallait. Pour elle, l’évolution des agents était une bonne chose afin de mieux se fondre dans la masse, récupérer des informations, prendre de l’avance avant de se dresser et de porter un coup fatal, décisif. Bien sûr, elle était loin de connaître toute la stratégie qu’érigeait l’organisation et elle ne faisait là qu’utiliser l’Histoire comme modèle. Pour Hans, les choses devaient être différentes. D’une certaine manière, il était l’Histoire, il l’avait vécue, y était. Sans doute savait-il plus de choses qu’il n’avait bien voulu dire, à moins que son seul attachement personnel n’ait parlé. Dans le doute, Rosa allait suivre les conseils qu’il venait de lui donner : recevoir ces propos de manière objective sans se laisser influencer. Elle s’accorda elle aussi une petite minute de silence, tenant son verre qu’elle contemplait rêveusement sans le terminer. Ses pensées furent interrompues par l’arrivée du domestique qui rapporta les assiettes terminées avant de passer à la suite. La jeune femme en profita pour reposer son verre et se relancer dans la conversation.

    – Pensez-vous que nous parviendrons à ne pas répéter les erreurs du passé ? On dit souvent que l’Histoire à tendance à se répéter et j’ai peur de ne pas avoir suffisamment vécu pour pouvoir en être convaincue.

    C’était une question objective, visant simplement à demander l’avis à un sage conseiller. Rosamund était plutôt optimiste pour sa part. Mais son côté perfectionniste la poussait à envisager tous les scénarios possibles et à recueillir toutes les informations et tous les témoignages qu’elle pouvait.

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Message posté : Dim 1 Fév 2015 - 22:37 Message
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Un second butler pénétra dans la salle où dînaient les deux convives. Avec une discrétion toute à fait inouïe, il se glissa jusqu’à Hans qui terminait tranquillement son entrée, souriant à sa cadette. Repérant son serviteur, il s’empara de sa serviette alors posée sur ses genoux et s’essuya le contour de la bouche avant de la poser sur la table à côté de ses couverts. Le butler portait un petit plateau en argent sur lequel était disposé un unique morceau de papier, plié en deux. C’était incroyablement vieux jeu quand on savait que le vieux Veidt avant dans la poche intérieure de sa veste un téléphone intelligent dernier cri, mais Hans tenait à cette nostalgie au sein de sa propre demeure. Tendant la main, il récupéra le mot qu’il déplia et parcourut du regard assez rapidement. Il avait pu le déchiffrer même en l’absence de ses lunettes. Ce dernier était en réalité un télégramme provenant d’Allemagne. Là aussi, il restait incroyablement vieux jeu. Mais c’était bien de jeu dont il était question cette fois-ci. Il avait gardé de très vieux contacts avec son pays d’enfance et il se plaisait à échanger quelques mots codés avec des amis de longues dates qui partageaient ses passions. Il reposa le papier et remercia son serviteur en lui demandant poliment de lui amener le jeu d’échec qui se trouvait dans la table basse du salon. Comme il n’était pas le moins du monde désireux de faire des cachoteries à sa filleule,  il se perdit en sourire pour lui expliquer le contenu du mot tout en attendant le jeu en marbre.

«  Tu n’es pas sans savoir que j’ai gardé quelques amis à Berlin et ailleurs. L’un deux, Peter – dont je tairais le nom parce qu’il importe guère – est médecin dans la capitale. Du moins, il l’était. Vu son âge aussi avancé que le mien, il vit paisiblement de sa retraite depuis déjà plusieurs années. Cependant, ce vieux renard et moi avons plusieurs passions communes dont le télégraphe (il indiqua de la main le précédent mot reçu) et les échecs. (indiqua-t-il en voyant arriver le jeu en question dans les mains du butler) Il fut un temps où nous avions le plaisir de nous croiser souvent et nombreuses furent les soirées au court desquelles nous bavardâmes avec un bon verre et une table de jeu. En souvenir du bon temps, nous continuons de jouer par correspondance. Il m’envoie un télégramme pour m’indiquer le mouvement de ses pièces, et j’en fais de même. Je bouge ses pièces sur mon jeu, Fou et E5 Mr Bernart je vous prie, et il fait pareil de son côté. Comme il nous arrive parfois d’attendre des semaines avant le nouveau mouvement, nous avons tout à loisir d’élaborer des stratégies tout à fait étonnantes. Merci Mr Bernart.  » Conclut-il en renvoyant son employer qui repartit aussi discrètement qu’il était venu. «  Des occupations de vieillards en somme.  » Il déplia à nouveau sa serviette et la redisposa sur ses genoux.

Après ce petit intermède, il revint à la première discussion. «  En vérité, la faune locale sait se montrer particulièrement gênante quand elle y voit un intérêt. J’essaye simplement de toujours avoir de quoi me retourner pour les empêcher de prendre le dessus. Mais il est vrai que c’était bien plus évident de le faire il y a de cela une vingtaine d’année. Désormais, mes coups d’avance sont très limités et reposent souvent sur un coup de bluff de l’entreprise. Ne sous-estime jamais cette ville, chère Rosa, elle a plus d’une carte dans sa manche.  » Il ne faisait que répondre à sa précédente réflexion sur la prospérité de l’entreprise d’armement.

Le vieil homme exprima un sourire en biais à son évocation des coïncidences. Il ne croyait pas le moins du monde en ce mot. Pour lui, les choses arrivaient parce qu’on les avait sollicitées et non l’inverse. Mais sachant la jeunesse particulièrement attachée à la part de mystère de ce monde, il se garda bien de commenter la réplique de sa voisine. On arriva à nouveau pour débarrasser l’entrée et amener le plat de résistance : bœuf, haricots et pommes de terre. Son sourire s’accentua. «  Alors vous savez déjà que c’est vous que je désignerai vainqueur de ce duel, ma chère ! Mon affection pour D’Ax a ses limites.  » De un, Hans n’était de loin pas capable de départager deux artistes dont le talent n’était plus à prouver et de deux, il choisirait toujours la famille, peu importait la question.

Il laissa lui échapper un rire poli lorsque la Richter repartit en humour. Il abaissa un instant la tête en guise de remerciement. «  Certes, mais je ne pense guère être en mesure de représenter le saint-patron que les nouvelles recrues recherchent.  » En tous temps, il avait toujours fallu un homme d’âge mur à la direction des formations mais certainement pas un vieux croulant, aussi vicieux, âcre et violent soit-il. Il enjoignit la demoiselle à commencer son plat sur cette plaisanterie bien lancée de la part de la fleur pas du tout délicate qui s’intéressait sur l’Ordre. Le vieil allemand n’était pas particulièrement amateur de viande rouge en soirée, sachant qu’il lui était devenu des plus difficiles de dormir après pareil repas mais sa nuit s’annonçait de toutes manières des plus courtes alors autant en profiter pleinement. Il attaqua en savourant chaque morceau. Non seulement parce qu’il ne pouvait engloutir un repas comme un adolescent en crise hormonale mais surtout pour ne pas perdre la saveur délicate du fumet. Il resta songeur sur les réflexions exprimées à voix haute de la part de Rosamund. Et il n’y donna pas réponse tout de suite. «  Certes. Je répondrai en disant qu’il y a du bon en chaque changement mais qu’il n’est jamais possible de prouver de l’efficacité d’une méthode quelle qu’elle soit en un laps de temps aussi court. Peut-être que les méthodes d’antan n’étaient plus adaptées à cette époque mais c’est probablement tout aussi vrai d’affirmer que c’est l’époque qui n’est plus adaptée. Devons-nous dès lors changer les fondements de l’Ordre pour répondre aux nouveaux besoins ou considérer que ces nouveaux besoins ne sont que fioritures de ce nouveau monde qui s’égare du véritable chemin dicté par nos prédécesseurs ?  » Il laissa là sa question en suspens, abaissant à nouveau le menton, comme pour avoir un meilleur angle de vue.


Réflexion qu’il balaya ensuite d’un revers de la main. «  J’ai tenu à peu de choses près exactement le même discours à ce bougre d’Adriel quand il est venu me questionner sur certains amendements de Veidt Entreprises qu’il trouvait absolument plus adaptés à l’époque. Ce à quoi j’ai répondu que quand il aura fait quarante ans dans la boîte il pourra venir la remettre en question. Toujours est-il, que c’est lui qui avait raison en fin de compte. Et j’ai été assez bête pour lui faire confiance sur ce coup là. Si l’Ordre doit être remis en question, ce chamboulement viendra de vous les jeunes. Reste à savoir si nous autres vieux seront assez faibles pour l’accepter.  » Il avait utilisé les thermes bêtise et faiblesse non pour critiquer les changements apportés par les jeunes générations mais bel est bien pour décrire la réalité. N’ayant connu qu’une seule vérité, il ne pouvait accepter qu’on la contredise. Donc c’était bien par lâcheté de conviction ou par faiblesse de l’esprit qu’il avait permis le changement au sein de son entreprise, en plus d’une confiance totale en Adriel.
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Message posté : Mar 3 Fév 2015 - 13:06 Message
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    L’œil intrigué de Rosamund suivit le manège du domestique qui apporta à son maître un message dans un style très old fashion que même ses parents ne pratiquaient pas. La jeune femme trouvait qu’il était charmant d’observer les habitudes de cet homme qui, selon certains critères, pourrait être assimilé à un autre monde pourtant pas si lointain que cela. Elle écouta ensuite avec attention les explications de son hôte et les trouva absolument charmantes. Elles collaient bien avec le caractère de cet homme. A la fois classique et moderne. Oui car les vieilles coutumes avaient tendance à revenir à la mode, surfant sur ce que les « experts » en la matière qualifiaient de vagues. La sorcière ne mit pas longtemps à comprendre ce principe qui évitait de faire appel à un ordinateur, mais elle écouta tout de même le discours de Hans avec attention. Rosa était amatrice d’échecs, mais elle n’avait pas beaucoup de temps à accorder à cette activité et peu nombreux étaient les partenaires dignes de son nom, son père et son grand-père étaient ses adversaires favoris.

    – Les échecs sont atemporels, il m’arrive de les pratiquer, lorsque je trouve le temps. Peut-être pourrions-nous nous affronter lorsque l’occasion se présentera ?

    Il y avait des personnes avec qui on préférait croiser le fer physiquement, Lothar en était l’exemple le plus parlant, mais il y avait aussi des individus dont l’esprit était mille fois plus passionnant que le poing. Et bien évidemment, il était hors de question d’entraîner le vénérable Hans dans un duel à l’épée. De toute façon, elle-même n’était pas une adepte de la lame, en tout cas pas sans sa chère lance.

    Passé le sujet des échecs et de leurs bienfaits psychologiques, le dialogue repartit sur les spécificités de cette ville. Fidèle à elle-même, Rosamund ne comptait pas se risquer à sous-estimer le danger. Elle serait folle de s’y laisser prendre. Star City bénéficiait en effet d’une réputation assez importante pour être prise au sérieux, surtout lorsqu’on voulait y mener à bien des projets spécifiques et, d’un point de vue objectifs, moralement douteux. D’où l’importance d’avoir des alliés à portée de main. Un peu comme une partie d’échec, il fallait prendre soin des autres pièces pour pouvoir se tisser une stratégie décente. C’est dans cette optique que la jeune femme ajouta :

    – J’ignore si mes compétences vous seraient utiles, mais sachez qu’elles sont à votre disposition si jamais vous aviez besoin d’une faveur personnelle ou professionnelle. Je suis relativement polyvalente.

    Si jamais Hans comptait obtenir une signature récalcitrante et qu’il était prêt à tous les moyens pour cela, il pourrait toujours faire appel aux services de la sorcière. La malédiction que celle-ci était capable de jeter pouvait se montrer particulièrement convaincante. Bien sûr, d’un point de vue légal, il serait possible d’annuler l’acte en lui-même. Mais dans un milieu aussi divers que celui de l’armement, Rosa se doutait que les choses ne passaient pas toujours par les voies officielles et qu’une enquête serait beaucoup trop embarrassante pour la victime en quête de revanche et d’explications. De plus, Rose pourrait mettre ses capacités mystiques au service de la lutte contre l’espionnage industriel dont pouvait être victime l’entreprise de son parrain. Certes, il devait déjà bénéficier de la protection de SHADOW, mais il était toujours agréable de savoir qu’un allié proche se chargeait de vous couvrir. Même si, techniquement, chaque homme et femme de l’Ombre se devait de fournir une dévotion sans faille à tout instant.

    Concernant le choix sur lequel se porterait l’évaluation artistique de Hans, Rosa eut un sourire flatté et le rose colora légèrement ses joues. La jeune femme pouvait parfois se révéler sensible à la flatterie, en particulier lorsqu’elle provenait des personnes qu’elle estimait. Ici, c’était d’autant plus le cas qu’elle estimait énormément les compétences musicales de Louis. La modestie l’empêcha cependant de répondre à cela. Si la musicienne appréciait les compliments, elle n’en n’abusait pas. Rosamund préféra donc repartir sur la perspective de faire de Hans un sensei pour les recrues de SHADOW, le sourire toujours aux lèvres, à la fois respectueux et amusé.

    – Tout le monde ne recherche pas exactement ce dont il a besoin... Je ne doute pas que votre point de vue et votre expérience soient instructifs. Un enseignement complet se doit de passer par la diversité. Pour ma part, je m’estime chanceuse de bénéficier de conseils provenant de tout bord.

    Bien sûr, une telle diversité d’idées ne faisait pas nécessairement partie des projets que l’Ombre nourrissait pour tous ses nouveaux membres. Cependant, d’après ce que Rosamund savait, Hans était passé maître dans son domaine. SHADOW devait certainement posséder d’autres entreprises telles que celle de l’Allemands, et peut-être que certaines d’entre elles pourraient avoir besoin de quelques conseils. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un monde auquel la sorcière était bien familière. En attendant la création d’une firme spécialisée dans les productions mystiques. Une perspective à la fois utopique et hérétique. Mettant ces considérations de côté, Rosamund vit son assiette remplacée par une autre, le plat de résistance. La jeune femme attendit l’aval de son hôte avant de commencer à couper gracieusement sa viande et de déguster chacune de ses bouchées. Le tout en patientant évidemment le temps de mâcher avant de reprendre la parole lorsque son tour était venu. La jeune femme écouta d’abord l’avis de son parrain sur la nécessité ou non à s’écarter des mœurs d’antan. Bien sûr, chaque situation était particulière et un exemple pouvait rapidement se voir contredit par un autre. Rosa comprenait la nostalgie de son aîné. Elle-même avait été éduquée dans le respect des traditions qui devaient rester au cœur de ses activités. Mais cela ne l’empêchait pas d’adopter parfois un point de vue que l’on pourrait considérer comme progressiste. La jeune femme attendit tout de même que son interlocuteur ait bien fini son exposé, tout en buvant chacune de ses paroles, naturellement.

    – Je ne pense pas, pour ce qui est de l’Ordre, que les changements n’impliquent de nouveaux chemins. Du moins, pas uniquement. A mon sens, et d’après ce que j’en sais, nous empruntons toujours les voies tracées par nos prédécesseurs, mais parfois nous faisons des détours qu’exige la situation d’aujourd’hui. Et parfois encore, nous découvrons des chemins différents. Mais au final, la destination reste la même.

    Pour elle, les divergences de point de vue au sein de l’Ombre étaient une bonne chose car elles pourraient permettre d’arriver à un meilleur résultat. Avec de la communication, de l’intelligence et de l’organisation, il était possible de prendre en compte le plus d’alternatives possibles, de les découper et de les réassembler pour former le meilleur passage possible. Alors certes, parfois, cela exigeait de faire table rase du passé, mais tant que cela se trouvait dans l’intérêt de l’organisation, elle n’y voyait pas d’objection. Bien sûr, la jeune femme bénéficiait encore de la fougue et de l’énergie de la jeunesse. Elle ne craignait pas de voir un monde d’habitudes se bousculer pour arriver à une révolution positive. Bien sûr, la sorcière ne s’amuserait pas à chambouler les usages d’une entreprise comme celle de Hans. Encore une fois, il ne s’agissait pas de son domaine de prédilection.

    – S’agit-il vraiment de faiblesse si cela mène à un dénouement positif ? Reconnaître que l’on puisse avoir tord peut parfois être une force, un signe de sagesse. Evidemment, cela ne doit pas signifier que nous devons abandonner les principes que nos aînés ont forgés. N’est-ce pas de cette façon qu’une société au sens très large du terme évolue ? Les jeunes apportent les idées et le progrès et les sages les guident et les contrôlent. C’est du moins la façon dont je conçois les choses et c’est pour cela que je prends toujours l’avis de mes pairs et de mes aînés en considération. Si la jeunesse et la maturité partaient chacun de leur côté, nous rencontrerions le chaos complet.

    Les uns n’avanceraient jamais tandis que les autres joueraient à pile ou face et fonceraient soit vers le succès soit droit dans un mur.

    – Pour en revenir à votre exemple, j’imagine que vous devez être fier d’Adriel. Pensez-vous qu’il pourrait être à la hauteur de Veidt Enterprises ?

    La question n’était pas uniquement là pour demander si l’enfant prodigue parviendrait à élever la société vers les sommets, mais plutôt pour savoir si Adriel pourrait perpétuer l’œuvre que Veidt composait pour l’Ombre.

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Message posté : Dim 1 Mar 2015 - 19:22 Message
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Autant dire que le sourire rieur du vieil homme s’accentua de plus belle en découvrant que son adorable filleule pratiquait elle aussi les échecs. D’un mouvement de tête, il indiqua qu’il se souvenait en avoir déjà été informé il y a plusieurs années de cela, probablement par le père ou le grand-père de Rosamund lors qu’une discussion tout à fait anodine. Il lui était- pour le moment encore – assez facile de se souvenir de ce qu’il utilisait tous les jours et ne souffrait point d’Alzheimer mais il était évident qu’il ne possédait plus la capacité mentale de sa jeunesse. Les informations secondaires – secondaires dans le sens qu’il n’en avait pas l’utilité pour gérer son entreprise – étaient relayées à un coin reculé de son cerveau. Il pouvait encore y avoir accès mais le temps de recherche était nettement plus long. Il répondit avec politesse et envie à son invitée qu’il serait des plus heureux de pouvoir se confronter à une si bonne élève. Il connaissait suffisamment le père et le grand-père de cette dernière pour estimer que la demoiselle serait une adversaire redoutable et à n’absolument pas prendre à la légère. Il était assez doué pour sa part mais son frustrant manque de pratique et sa vieillesse ne jouerait nullement à son avantage : il ne craignait point de perdre, il savait qu’il ne pourrait gagner. Il ne fit aucune remarque sur la polyvalence de la demoiselle, stratège qu’il était, il n’en restait pas moins un homme et il n’y avait pas besoin de grande imagination pour déceler à quel point la jeune femme possédait des charmes dévastateurs. Cependant, il doutait fort de faire un jour appel à la sublime créature de l’Ombre. Il avait dans sa manche une carte dénuée de tous scrupules et assez rusée pour exécuter les avancées d’Hans avant que ce dernier n’ait à exprimer la question. Carte qu’il avait été plus que chanceux de dénicher le premier et qu’il était le plus heureux des hommes de compter parmi ses plus fidèles amis. Carte d’autant plus précieuse qu’il était capable de l’éliminer de la surface de la terre pour empêcher de remonter jusqu’à la société alors qu’il serait humainement impossible pour Hans de porter une main sur Rosamund.

La fin du repas accueillit encore divers sujets anodins et polis, démontrant de la longue séparation qu’avait subie les familles Veidt et Richter. Le dessert ponctua le tout avec raffinement même si Hans ne put contenir une remarque pour cette fois pas si anodine à son butler en le réprimandant d’en avoir fait autant pour un dîner que le vieil homme avait voulu simple et accueillant. Par galanterie et habitude, Hans invita la jeune femme à l’accompagner jusqu’au petit salon qui leur permettrait moins de convenance et d’étiquette pour la fin de la soirée. Se faisant servir un café noir il ne manqua pas de se montrer d’humeur légère en indiquant à son invitée qu’elle pouvait sans autre se servir dans la commode si elle désirait un digestif plus corsé. Il comptait travailler après que la demoiselle demande congé, du moins, s’ils ne passaient pas la totalité de la nuit à converser. Peu importait, il aurait besoin de rester éveillé.

Debout proche de la fenêtre, il tournait momentanément le dos à Rosamund, observant avec une attention toute particulière le néant extérieur. Une légère pluie marquait de baisers délicats la fenêtre en produisant un agréable bruit de son. Le vieil homme sirotait paisiblement son café fumant dans une tasse démesurément grande. Il réfléchissait encore au point de vue et aux diverses questions qu’avait posées sa cadette alors qu’ils étaient encore à table et auxquelles il avait volontairement pas donné de réponse pour l’instant. Il faisait le point dans son propre esprit. «  C’est une faiblesse si on le considère comme tel. Il détourna son regard de la nuit apaisante pour faire face à la jeune femme qui s’était librement installée non loin de là. Le changement est un mal nécessaire. Cependant, même si je conçois parfaitement que chaque génération apporte un vent nouveau, je suis soucieux de ces constantes remises en cause. Il fit quelques pas pour se poster plus près de sa cadette. Je viens d’une époque où réfuter l’ordre établit n’était nullement chose commune. Il fallait être particulièrement malin et certain de son coup pour tenter de bousculer les choses. De l’extérieur – et par vieillesse sans doute – mon analyse de la société actuelle démontre que les hommes ont pris la désagréable habitude de ne plus se contenter de ce qu’ils possèdent pour toujours chercher plus loin, ou mieux. Il est rare de voir un jeune rester plus de trois ou quatre ans dans la même entreprise – pour diverses raisons que je trouve bien naïves d’ailleurs – alors que nous autres avions dessein de gravir tous les postes sous une seule et même enseigne. Les métiers se sont diversifiés et certain ont changé de nom et je conçois qu’il est probablement plus difficile et complexe de se décider sur sa voie aujourd’hui alors que par le passé, beaucoup d’entre nous choisissions le même chemin que nos pères et grand-pères. Mais ce besoin de renouveau constant – autant sur le plan privé que professionnel – est un mal induit par cette époque. Et qui ne signifie pas nécessairement évolution.  » Il s’autorisa une pause pour laisser couler un peu de liquide sombre dans sa gorge avant de reprendre. Il ne sermonnait pas le moins du monde sa cadette. Son ton était même très calme et posé. «  C’est ce qui me pousse à toujours observer de loin ces micros révolutions. Apportent-elles véritablement quelque chose d’essentiel à l’Ordre ou ne sont-elles que rêveries de jeunesse et présages d’un futur qui ne se dessinera qu’en science-fiction ? Je ne dis pas que la rêverie ou l’ambition soient à proscrire mais il me semble parfois difficile de déceler la différence entre nécessité de changement et besoin de chamboulement. Regarde la jeunesse : combien changent de métiers tous les cinq ou six ans alors qu’ils n’ont même pas eu le temps d’explorer l’incroyable potentiel que leur offre le premier ? Et combien sont-ceux qui changeront à nouveau comme ils changent de vêtements ou de femme.  » Son ton se fit accusateur sur la fin de sa phrase. S’il pouvait concevoir que la jeunesse était devenue impatiente et ressentait désormais le besoin de se réinventer constamment, il ne pouvait accepter le tour qu’avait pris l’amour. Si on pouvait encore parler d’amour. Pour avoir vécu toute sa vie avec la même femme, il était le premier à dire qu’il y avait des choses plus agréables que d’autres dans la vie d’un couple et que rien n’était jamais simple mais il ne lui serait jamais venu à l’esprit de quitter sa femme pour voir si l’herbe était plus verte ailleurs.


Se rendant compte que son discours devait être des plus moralisateurs, il esquissa un sourire en excusant sa vieillesse et prit place dans un large canapé en face de la jeune femme. Le regard qu’il darda sur cette dernière était indéchiffrable. Elle s’aventurait sur un sujet intime et des plus sensibles. Déposant sa tasse sur la table basse, il croisa ses jambes et joignit ses longs doigts décharnés dessus. Ses mâchoires s’étaient resserrées et il mit un temps considérablement long pour répondre à une autre question qu’avait énoncée la demoiselle et à laquelle il n’avait pas donné de réponse. «  Je ne suis pas fier d’Adriel. Il prononça sa réplique en accentuant sur le mot utilisé par Rosamund. C’est un gamin vif et incroyablement difficile à diriger, bourré d’idées préconçues et de défauts dus à l’enseignement de ses parents… Il stoppa net son discours, se rendant compte qu’il n’était nullement temps de déverser sa morgue contre son fils et sa belle-fille et que diriger sa colère à cet effet contre Rosamund n’était pas admirable. Il inspira profondément tout en se massant la tempe. Adriel n’est pas mon fils. Et soit certaine que je le regrette. J’ai été trop longtemps séparé de lui pour le comprendre et le cerner entièrement et m’avancer sur ses propres projets serait très mal juger de ses capacités d’évolution. Mais il y a une chose que je sais le concernant : s’il décide de prendre part à une aventure, il la mènera à bien quoi qu’il lui en coûte.  » Il était présentement incapable de dire si son héritier serait une bonne chose ou non pour Veidt Entreprises et si ce dernier suivrait les pas de son grand-père dans l’Ombre ou si, à l’instar de son père, il resterait neutre. «  Nous parlions de mal nécessaire tout à l’heure. Je pense que les épreuves qu’a traversées Adriel ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Il ne ressemble ni à son père ni à sa mère. Il est plus profond, plus enchaîné à ses blessures et regrets passés, persuadé qu’il aurait pu les éviter, tout comme mon propre père qui se morfondait de ne pas avoir pu être plus utile à notre pays. Je ne fonctionne pas de cette manière et c’est ce qui m’empêche de prédire ce qu’il deviendra. Il sera mené à faire de grandes choses j’en suis certain mais rien ne me dit qu’elles nous seront profitables.  » Il reporta son regard sur Rosamund et enchaina après une nouvelle pause. «  Je suis un monstre d’égoïsme parce que je n’ai toujours eu qu’à m’occuper de moi sans me soucier des autres. Le père d’Adriel avait un caractère très passif mais restait lui aussi fils unique et ne possédait pas cette attache à la famille – Ombre et entreprise confondues. Adriel… Ils étaient trois et je pense que tu sais mieux que moi quel genre de marque cela infligerait à ton âme si tu devais perdre ton frère. Les triplets étaient aussi soudés que les doigts de la main et aussi différents soient-ils, ils se complétaient, formaient un tout indissociable. C’est cette partie de l’équation que je ne peux déchiffrer et qui m’empêche d’être pleinement fier de mon propre sang : je redoute du jour où il s’écartera de moi en découvrant ce qu’être un Veidt veut dire et quels choix j’ai fait pour lui offrir un avenir sans encombre. »
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Message posté : Lun 2 Mar 2015 - 0:39 Message
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    Le repas se poursuivit de manière admirable. Les mets servis avaient quelque chose de simple et de riche à la fois. Cela prouvait sans doute que le chef était un génie, mais cela ne surprit pas Rosamund. Hans Veidt savait s’entourer, c’était indéniable. Elle fut amusée de le voir « gronder » son domestique pour son repas trop sophistiqué à son goût mais la jeune femme accorda au majordome un sourire poli qui prouvait bien qu’elle avait apprécié le repas. Certes, il était peut-être plus lourd que ce qu’elle aurait mangé par elle-même, mais ce n’était pas grave, elle se contenterait de s’imposer des repas légers pour le lendemain. La sorcière finit par suivre son hôte dans le salon où ils purent poursuivre leur conversation à leur aise. Rose ne s’indigna pas du discours peut-être moralisateur de son parrain, elle savait que les aînés étaient là pour cela. Sa mère continuait encore à l’abreuver de sermons et de conseils même si la jeune Allemande était devenue une femme et une sorcière accomplie. Il fallait toujours continuer d’écouter, de soupeser, de critiquer... parfois pour soi-même uniquement. Elle était assez patiente et ouverte d’esprit pour cela. Assise sur un des canapés du salon, le coude gracieusement posé sur l’accoudoir, Rosa s’imprégna des paroles de son hôte. Elle lui répondit après avoir commandé un thé léger auprès du domestique. Aaah, cela lui avait un peu manqué, elle devait l’avouer. Ici, elle ne disposait pas d’un tel personnel. Peut-être un jour... Enfin, ce n’était pas non plus indispensable, cela faisait juste partie des petits plaisirs de la vie.

    – L’ambition est évidemment un facteur potentiellement dangereux, mais exercé avec parcimonie, elle peut apporte de grandes choses. Vous n’êtes pas sans connaître le but premier de l’Ordre... Je pense que nous avons besoin de cet excès de motivation mais qu’il faut le contrôler pour éviter les débordements. D’où l’importance de nos sages. J’estime d’ailleurs que mes grands-parents et même mes parents contribuent à nous guider comme il se doit pour nous éviter des erreurs.

    Il était encore trop tôt pour dire si le cas de son supérieur direct à Star City collait également à cette définition. La première impression de Rose était que le professeur Sharan était quelqu’un de particulièrement ambitieux, mais elle ne savait pas encore si c’était une bonne chose ou non. L’avenir devrait le dire.

    – Mais sinon, je ne pense pas que la polyvalence et l’insouciant sens de l’aventure de la jeunesse soit une mauvaise chose. Je ne nie absolument pas les défauts que cela peut causer et que vous venez d’évoquer, mais je pense qu’ils pourraient éventuellement contribuer à fissurer le monde et nous permettre de mieux nous y glisser pour mener notre œuvre. Je comprends aussi que cette politique puisse apporter son lot de difficultés, mais l’Ombre devrait pouvoir en gérer les conséquences. Et je ne pense pas que cette... mode soit très pratiquée dans nos rangs.

    Même si, au sein de l’Ordre, et notamment avec les enfants de ses membres, les choses pouvaient parfois réserver des surprises. La famille Richter en avait connu quelques unes qui nourrissaient encore une immense amertume passée sous silence. Cependant, de manière générale, l’Ombre ne se permettait pas de laisser ses « jeunes » s’en aller aussi facilement. Cela faisait partie du « contrat ». Mais mieux valait peut-être éviter de se lancer sur ce sujet, surtout si Adriel, la descendance de Hans, se révélait problématique. A ce stade de leur discussion, Rosamund devina qu’elle venait de mettre l’orteil sur un sujet épineux et elle ne tenait pas particulièrement à s’ouvrir le pied. Eloignons-nous délicatement de ce jardin d’épines.

    – La famille est une chose complexe et on ne peut pas toujours la protégée d’elle-même.

    Elle pensait beaucoup à l’ambition de son frère et à la relative folie de sa sœur.

    – Mais bien sûr, je ne peux pas imaginer le quart de ce que votre situation peut impliquer.

    Après tout elle n’était ni mère, ni directrice d’une entreprise qui nécessitait un héritier pour en être à la tête. La jeune femme avait évité un destin semblable en ayant eu le bon goût de naître après Lothar, laissant ainsi la corvée à son grand frère. Cette discussion lui fit comprendre, l’espace d’un instant, qu’elle avait peut-être sous estimé le poids de la responsabilité qui pesait peut-être sur son aîné. Mais là n’était pas le sujet. Et Rosamund n’était pas du genre à se remettre en question aussi facilement, du moins pas devant les autres.

    – Tout ce que je peux vous promettre, c’est le soutien de ma famille qui sera prête à vous épauler lorsque ce jour arrivera, si vous en avez besoin.

    N’arrachons pas l’infime espoir qui animait peut-être les os de cet homme hautement respectable en dessous de cette série de faits. Selon elle, Hans souffrait peut-être de solitude, ce qui serait naturel. Aussi, elle jugea plus utile de lui faire comprendre qu’il n’était pas seul plutôt que de s’aventurer à donner des conseils sur un sujet complexe qu’elle était loin de maîtriser.

    – Et peut-être même que l’avenir me fera rester à Star City et que vous pourrez ainsi compter sur moi. En tout cas, je ne pense pas que qui que ce soit pourrait vous en vouloir pour ce que vous avez pu faire... Mais peut-être que je ne suis pas très objective.

    Un sourire charmant et bienveillant vint conclure ses propos pour illustrer la nature positive de sa subjectivité personnelle. Le thé de la jeune Allemande arriva et elle prit la soucoupe avec délicatesse avant de glisser dans sa tasse une unique cuillère de sucre. Lorsque le domestique repartit, elle planta un regard légèrement pétillant dans celui de son interlocuteur.

    – Voudriez-vous entamer une partie d’échecs avec moi ?



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