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Chassez le naturel, il revient au galop.

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Message posté : Mer 3 Déc 2014 - 21:55 Message
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Avec les heures d’entrainement qui s’enchaînaient et un étrange surplus de temps libre, physiquement, la coréenne était à un niveau record pratiquement jamais atteint depuis son arrivée en Amérique pratiquement sept années auparavant. Pourtant, même si son corps réagissait très positivement à cette période de remise en question et de changement, son esprit était des plus perturbés. Et croyez-le ou non, mais pratiquer un sport martial avec tout ce que ça implique en ayant un esprit fuyant, ça n’a rien d’agréable et de bénéfique. Pourtant la coréenne, fière et bosseuse comme pas deux, refusait d’admettre que tant qu’elle n’aurait pas fait de l’ordre dans sa tête, ses mouvements en Tae-Kwon-Do ne pourraient s’améliorer et c’était donc toujours sur la même parade qu’elle se faisait prendre par son aîné et qu’un crochet l’envoyait valser hors des tapis. Pour la troisième fois consécutivement, la demoiselle perdit l’équilibre et sentit son cerveau balloter entre ses deux oreilles avant qu’elle ne lève le poing pour demander une pause à son entraîneur qui, après un salut, s’en retourna donc coacher un autre sportif. Machinalement, la jeune femme s’en retourna jusqu’au banc de touche et déboucha sa gourde pour en boire pratiquement la moitié d’un trait. Elle respirait à grandes goulées et pourtant, son corps refusait tout bonnement de s’apaiser, répondant inconsciemment à la fureur qui battait dans son âme. Elle posa ses fesses sur le banc de béton et observa les autres avec un regard vide, tentant de se remémorer sa dernière attaque et d’y déceler la faute. Rien n’y faisait. Après plusieurs instants – quelques secondes, quelques minutes tout au plus – elle lâcha un long soupir et détourna le regard de la salle pour observer son sac comme s’il possédait les réponses à ses questions. Un bout de papier particulièrement chiffonné dépassait de la poche avant où elle avait prestement rangé les clés de chez elle. Se penchant en avant, elle extirpa la petite feuille pliée et la retourna pour identifier les signes coréens qui y étaient inscrits. Elle se rappela alors avoir noté cette inscription alors que sans le vouloir, dans les transports publiques, elle avait surpris une discussion entre deux hommes d’une quarantaine d’années qui parlaient d’un cabinet de consultations particulièrement efficace et qui avait fait ses preuves depuis bien des années. Sur le moment, mue par une envie de changement, la jeune femme avait noté l’adresse sur le coin d’un livre et déchirer la page pour s’y rendre le soir même. Sauf que le soir en question, elle était allé propre en ordre se boire bière sur bière pour oublier toutes ses bonnes résolutions. Deux jours plus tard, elle avait reçu la visite d’une connaissance qu’elle ne pensait pas revoir et son envie de remettre de l’ordre dans sa vie était revenue sur le tapis.

La conversation qu’elle avait eu alors lui revenait à l’esprit et elle sentit, tout en déportant son regard sur le terrain, qu’elle se devait d’agir si elle ne voulait pas finir aussi sèche que ce bout de papier fripé. Elle se leva, empoigna son sac, fit signe à son professeur qu’elle quittait le terrain et s’éclipsa jusqu’au vestiaire pour prendre une douche salvatrice et décampa.


D’ordinaire, elle ne revenait pas de nuit au centre-ville. Pas qu’elle ait peur de quoi que ce soit, mais elle préférait laisser le boulot au vestiaire et festoyer dans les quartiers plus sombres. Elle traversa l’énorme parc où certains joggeurs noctambules couraient à la lampe frontale tout en dégageant des volutes de vapeur en expirant. Son sac en bandoulière sur l’épaule gauche, ses longs cheveux remontés en chignon et son visage animé par le froid qu’il faisait désormais, on avait peine à croire qu’elle revenait à peine d’une séance particulièrement intense de sport. A peu de choses près, elle avait la même tête qu’au saut du lit. Elle secoua son poignet pour en faire coulisser sa montre de gamin, dénichée dans les boîtes de céréales. Elle allait être en retard. Hâtant le pas, elle s’arrêta à un passage piéton pour regarder à nouveau sa montre et le petit papier pour vérifier l’adresse. Elle ne devait être qu’à quelques rues de sa destination. Piaffant comme un cheval de course, elle pestait contre le feu qui refusait de passer au vert et piqua un sprint pour rattraper le temps perdu. Elle arriva enfin devant l’immeuble tant cherché, épuisée et particulièrement essoufflée. Elle s’autorisa une pause, laissant sans délicatesse tomber son sac au sol, et s’assaillant dessus comme l’aurait fait un adolescent turbulent. Les mains sur les genoux, elle resta ainsi plusieurs minutes pour reprendre son souffle et profita de l’ouverture de la porte de l’immeuble par un usager pour s’engouffrer dedans sans le moindre effort. Avisant la cage d’escalier en colimaçon, elle s’y engagea en avalant les marche trois par trois et ne manqua pas d’avaler un étage de trop en ne reconnaissant pas la devanture de la clinique. Redescendant après s’être rendue compte qu’elle était déjà au troisième, elle se pencha en avant pour relire attentivement le nom inscrit sur la porte. Il était indiqué « sonnez et entrez ». Ce qu’elle fit. Elle n’avait pas regardé sa montrer avant d’ouvrir et si elle l’avait fait, elle aurait su qu’il était largement plus tard que l’horaire d’ouverture mais ce qui lui mit la puce à l’oreille, c’était le peu de lumière présent dans le hall principal qui abritait une réception et donnait sur une salle d’attente. Du moins, c’est ce qu’elle crut deviner. «  Il y a quelqu’un ? » Lança-t-elle sans trop espérer de réponse. Elle lâcha à nouveau son sac qui s’écrasa sur le sol et main dans les poches elle fit quelques pas en parlant toute seule. «  Merde, j’aurai dû me décider plus vite…espèce de tarte d’Eun-Sil !  » Elle venait de jeter un coup d’œil dans ce qui devait être la salle d’attente lorsqu’elle loucha sur un point lumineux au fond du hall. Ça venait de s’allumer ou elle n’avait rien vu en entrant. Avançant sans trop faire de bruit, elle gagna la porte entrouverte d’où provenait la lumière et sans aucun scrupule, s’empara de la poignée pour la pousser contre l’intérieur et s’y engager. «  Excusez-moi, mais c’était ouvert alors je suis rentrée… Pendant plusieurs secondes, elle crut qu’il n’y avait personne dans la pièce mais elle sursauta lorsque son occupant fit un mouvement et arriva finalement dans son champ de vision. Oh la vache ! Vous m’avez fait peur ! La porte est ouverte. Celle du couloir, la principale je veux dire. Vous prenez encore des rendez-vous pour demain ? » Sautant du coq à l’âne sans trop se soucier du fait qu’il était très souvent très difficile de la suivre, elle abordait un visage complètement neutre même si elle cachait à peine sa surprise d’avoir devant elle un jeune homme.
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Message posté : Jeu 4 Déc 2014 - 4:05 Message
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-Si tu pouvais aussi vérifier que tout soit correctement verrouillé, cela serait bien aussi, demanda calmement madame Smith avant de quitter la clinique, suivit de près par son époux et les deux autres psychologues avec lesquels ils partageaient l'espace de cet étage. Cian acquiesça à sa demande, marmonnant son bref «uh hn» habituel avant que ceux-ci disparaissent derrière la porte menant aux escaliers du bâtiment.

La clinique avait fermé un peu plus tôt aujourd'hui, ils avaient le droit de le faire puisqu'il s'agissait un milieu de travail privé et que monsieur et madame Smith étaient les patrons. La raison de leur départ? Les funérailles d'un ami commun parmi la communauté des psychologues dans laquelle ils se tenaient. Cet ami était en train de donner une conférence importante à des étudiants lorsqu'il avait été pris d'une attaque de cœur soudaine. L'ambulance était arrivée rapidement, mais il avait été impossible de sauver le pauvre homme. L'empathe ne connaissait pas son âge, mais aux dernières nouvelles, il était dans la quarantaine et prenait décemment soin de lui. Sa fin était plutôt malheureuse et personne ne s'y attendait. Bref, les concernés quittèrent le bâtiment rapidement et Cian se retrouva seul avec ses affaires. Les psychologues étaient partis, mais il avait promis de rester jusqu'à la fermeture afin de faire les appels nécessaires, la vérification des rendez-vous, recevoir les demandes d'annulation, télécopier les documents désirés, etc. Cela n'aurait étonné personne qu'il oublie de verrouiller la porte principale lors de l'heure officielle de la fermeture.


L'Irlandais se leva nonchalamment avant de passer dans le couloir qui menait aux quelques salles de consultation. Il commença par fermer les lumières de la salle de réception, puis celle du couloir. Il n'y avait que les lumières de sécurité qui restaient ouvertes diligemment. Celles-ci seraient toujours efficaces en cas d'urgence ou perte de courant subite. Il vérifia l'état des salles, puis lorsqu'il remarqua le bureau maculé de travaux dans l'une d'elle, il soupira, puis pénétra à l'intérieur tout en allumant la lampe placée au plafond. Madame Smith était tellement tête en l'air qu'elle en oubliait de ranger correctement ses affaires. S'il s'agissait de notes ou de messages amicaux, cela passait, mais lorsqu'il s'agissait de dossiers confidentiels de certains patients... Le jeune homme saisit la clé désirée, puis ouvrit sans trop de difficulté le classeur de la psychologue. Un bruit provenant de l'extérieur attira son attention, puis se souvenant qu'il avait verrouillé la porte, il se dit qu'il devait avoir rêver. Il continua donc de chercher la case appartenant au nom apparaissant sur le dossier, puis sursauta quand il cru à nouveau entendre un bruit. Il enfouit le dossier rapidement dans sa case, saisit le bouquin massif qui traînait sur le bureau de travail de madame Smith et se déplaça le long du mur. Parce que oui, les théories freudiennes le protégerait d'une attaque, évidemment.

Il sursauta vivement lorsque la porte s'ouvrit, manquant presque de se la prendre sur le nez. Son cœur manqua un battement, puis il entendit la voix d'une femme.

« Excusez-moi, mais c’était ouvert alors je suis rentrée…

Son prédateur était donc une prédatrice. Quelle joie! Il avança de quelques pas, sortant de sa cachette improvisée derrière la porte, puis ses nerfs reçurent un autre coup face à la réaction de l'étrangère. Une peur mutuelle, qui l'aurait cru? Il en échappa Freud sur son pied. Il hoqueta sous le pincement qu'il ressentit au travers de son soulier et toisa la jeune femme d'un air tout à fait incrédule. Que faisait-elle ici? N'avait-il pas verrouillé la porte?

« Oh la vache ! Vous m’avez fait peur ! La porte est ouverte. Celle du couloir, la principale je veux dire. Vous prenez encore des rendez-vous pour demain ? »

Ah, il n'avait pas verrouillé la porte? Bon sang, il valait mieux pas que madame Smith l'apprenne. C'était le genre de femme qui pouvait faire toute les conneries et les erreurs possibles, cependant, il ne fallait certainement pas en faire une devant elle où elle perdait la tête. La brûlure au niveau de son pied lui fit mettre ses craintes de côté.

-Apparemment, j'ai oublié de verrouiller la porte de devant, admit-il sans être trop fier de lui. Vous êtes madame, hm? Votre visage ne m'est pas familier, vous n'êtes pas une habituée de cette clinique, est-ce que je me trompe?

Non, il ne se trompait pas. Il avait une bonne mémoire et travaillait assez régulièrement pour avoir une idée des habitués de la clinique. De plus, pour des raisons évidentes, Cian était persuadé que créer des liens sociaux positifs en étant familiers avec les patients pouvaient les aider avec peu importe les problèmes qui les tourmentaient. Il ramassa Freud qui traînait à ses pieds et alla le placer correctement sur le bureau parmi les papiers éparpillés un peu partout. Il revint ensuite à la demoiselle, un sourire poli aux lèvres.

-Je suis Cian O'Hara, je suis le réceptionniste ici, peut-être par pour longtemps si ma patronne découvre que j'ai oublié de verrouiller la porte principale après l'heure de la fermeture, ses pommettes rosirent doucement, si vous pouviez ne pas en parler à qui que ce soit, cela ferait bien ma journée. Il passa le cadre de porte et l'invita à faire de même d'un geste de la main. Une fois hors de la salle, il ferma la lumière, puis longea le couloir jusqu'au bureau de la réception. Je n'ai pas éteint l'ordinateur, donner moi quelques minutes et je vais voir ce que je peux faire pour vous. Je ne crois pas avoir de la place pour demain, mais peut-être dans les jours à suivre où la fin de semaine.

Il était embarrassé pour avoir oublier une tâche importante, mais il ne pouvait s'en vouloir indéfiniment. Il y avait eu plus de peur que de mal et l'asiatique ne ressemblait pas à une psychopathe en quête de sang innocent. Enfin bon, il ne fallait surtout pas se fier aux apparences, elle pouvait certainement le mettre à terre avec un bon coup de kung-fu. Oh là là, ce stéréotype raciste. C'est comme s'il avouait avoir un penchant pour la bonne bière, ah oui, ça c'était un peu vrai, mais il n'était pas un ivrogne! Il bougea la souris de l'ordinateur d'un mouvement vif de la main et l'écran reprit aussitôt ses couleurs. Cian ouvrit le programme gérant les rendez-vous de la clinique, puis fit une recherche pour un emplacement libre au courant de la semaine. Clic, clic, clic.

-Vous savez que nous travaillons dans le privé, ici, n'est-ce pas? lui demanda Cian en levant brièvement les yeux de son écran. C'est 75$ pour une première rencontre et ensuite cela dépend du nombre de rendez-vous que vous souhaitez ou du psychologue que vous consulter. Ensuite, il y a des cas où il y a transfert de dossier médical ou si vous avez été référé par un autre travailleur social.

Clic, clic, clic.

-J'ai de la place pour mardi prochain, en après-midi, mes choix sont à 13 heures, 15 heures et puis 18 heures, en soirée. Je vais aussi avoir besoin de votre nom et d'une preuve d'identité.

Il connaissait les démarches par cœur, cela faisait bien assez longtemps qu'il travaillait aussi. Cian s'adossa au dossier de son fauteuil et profita de ce bref moment de répit pour jeter un coup d'œil à la dame. Elle n'était pas très vieille, visiblement dans la vingtaine, si elle n'était pas plus jeune que lui, elle devait à peine être plus âgée aussi. En fait, il avait du mal à deviner le nombre de printemps qu'elle avait à son actif, il avait toujours eu l'impression que les asiatiques ne vieillissaient pas au même rythme que les Américains. Quoique, peut-être se faisait-il cette idée après avoir vu trop de télé internationale. Hormis le fait que son âge était impossible à deviner, elle était plutôt jolie malgré le bout de son nez encore marqué par les morsures du froid et le manque de chauffage à l'intérieur de la clinique.

-Il ne fait pas très chaud dehors, j'imagine? commenta Cian qui tentait de lancer un brin de conversation banale. J'ai bien fait d'apporter mon foulard, ce matin.

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Message posté : Sam 6 Déc 2014 - 22:37 Message
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Un sourire en coin éclairait le visage de la coréenne. De peu, qu’elle avait manqué d’envoyer la porte dans le nez du réceptionniste – c’était bien ce qu’il était non ? – alors qu’elle ne l’avait pas aperçu. Pour sûre, niveau premier contact, il y avait mieux. Mais étonnement, le jeune homme ne lui porta aucun reproche et se contenta de dire qu’il avait dû oublier la porte. Elle répondit en affirmant de la tête. Oui certes, elle avait une dégaine de mal propre mais elle n’était encore jamais de sa vie entrée quelque part par effraction.  Abstraction faite de la réserve du restaurant chinois pour siroter des bières en douce mais passons. Elle pencha la tête sur le côté, se demandant si elle n’avait rien compris de ce que venait de lui dire son voisin ou s’il connaissait véritablement tous ceux qui passaient par ici. Elle hésita un instant. Il avait un accent qui ne lui facilitait pas la tâche. « Lim. Le nom de famille. Lim. » C’était la routine, préciser qu’elle avait compris et que c’était bien le nom de famille et non le prénom qu’elle donnait. Là-dessus, elle était comme tous les étrangers ayant élus domicile à Star City. Pour un américain, ça n’avait rien de commode à comprendre la répartition des noms et prénoms coréens et elle avait le même problème pour faire la différence avec la méthode américaine. Elle haussa les épaules à sa deuxième question. « Pas véritablement, nan. » Elle le regarda filer jusqu’au bureau et revenir, tout sourire. Elle répondit en mimétisme. Elle ne sut trop pourquoi. A croire qu’il était communicatif. Elle haussa les sourcils et son sourire s’estompa en une moue de surprise quand il lui présenta son nom. Putain, pas moyen qu’elle arrive à retenir ça ! Dans sa tête, ça sonnait comme "Chi-Han o Ha-Ra" et ça c’était uniquement parce qu’elle possédait quelques bases en japonais. En coréen, ça sonnerait plutôt comme "Chi-anne Oh  Ara." Bref, elle était incapable de savoir s’il venait de lui donner son prénom, son nom de famille ou les deux en même temps et le prononcer lui était tout bonnement impossible. Elle se contenta donc d’un nouveau sourire. Elle ne retient pas son rire en voyant qu’il subirait les foudres de sa patronne si cette dernière avait connaissance du fait qu’il avait oublié de fermer la porte. « Ha Ha. Ne vous inquiétez pas pour ça ! Ca restera dans cette pièce. » Et elle était sincère. Qu’est ce que ça pouvait bien foutre à la patronne que la porte soit restée ouverte ? ça faisait une heureuse et il n’y avait pas eu de mal. De plus, Eun-Sil ne gagnait absolument rien à ébruiter ce détail.

Elle le suivit jusqu’au desk de la réception et pendant qu’il pianotait sur l’ordinateur, elle enfonça ses mains dans les poches et se perdit à regarder ce qu’elle pouvait percevoir du décor. Non par intérêt ou par curiosité, mais elle ne savait où autre poser ses yeux et ne voulait pas se montrer impatiente. Eun-Sil retourna son regard sur Cian (qu’elle continuait à associer à Chiannneohara sans savoir où partager le tout). Et ne comprit pas un foutre mot de ce qu’il lui expliquait. « hein ? » lâcha-t-elle lorsqu’il marqua une pause. Elle ricana avant de marmonner dans sa barbe en coréen et de revenir vers le desk sur un ton de la confidence. « La première séance n’est pas offerte ? » Elle se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude mais passons. Elle n’avait pas spécialement envie de balancer qu’elle ne pourrait décemment pas se payer des séances à ce prix-là mais ce qui lui faisait le plus honte, c’était de ne pas avoir un instant pensé à regarder le prix de ces trucs ! Depuis le début de l’année qu’elle était suivie, par le biais de l’UNISON mais pas un instant elle ne s’était imaginée que c’était aussi cher de se faire aider.  Elle baissa les yeux sur son sac dans l’idée d’en sortir une pièce d’identité en se souvenant que finalement, elle ne devait rien y avoir là-dedans. Quoi que si, la carte du club de tae-kwon-do. Elle quitta donc le desk pour revenir au centre du couloir et se mit à croupi pour fouiller son sac de sport noir pendant presque deux minutes entière avant de trouver finalement le petit bout de papier plastifié qui démontrait son appartenance au club. La photo qui était dessus datait de pratiquement 7 ans en arrière et pour faire court, la coréenne s’était améliorée. « J’ai tout laissé dans mon casier. Du coup j’ai que ça. C’est suffisant ? » Elle tendit la carte à Cian. Elle se gratta l’arrière du crâne. Elle réfléchissait. « Hum. Vous avez rien passé 18h ? » Elle parlait d’un rendez-vous possible, pas de l’emploi du temps du jeune homme. Elle fit un commentaire en coréen tout en esquissant un nouveau sourire. «  Je veux dire, c’est pas comme si je pouvais m’absenter dans la journée et j’ai jamais vu une de mes journées se finirent avant 18h. Vous avez rien à 6h le matin ? » Un peu sur sa planète. Mais à force de travailler dans un gigantesque organisme à huit clos et de s’approvisionner uniquement chez une vieille voisine qui faisait abstraction des heures d’ouverture, elle avait complètement déconnecté du monde réel. Une semaine, ça n’avait rien d’un espace-temps pour elle. Elle comptait en période d’éveil et en période de sommeil, ça s’arrêtait là. Se souvenant d’une question qu’il avait posée plus tôt elle répliqua. « J’ai pas de dossier. A transférer ou ce que vous disiez. » Oui, elle n’avait pas tout suivit. Et de renchérir en souriant. « Vous n’auriez pas de séances en action ? » Déconnectée, que je vous disais.


Elle se redressa à la question de Cian. Hein ? Et elle explosa à nouveau de rire. «  C’est l’hiver. Qu’est-ce que vous voulez que je réponde à ça ?! » Et de répliquer quelques secondes après en regardant la porte d’entrée. « Oh clair, ton foulard va te sauver la vie ! votre ! Votre foulard. » Se rattrapa-t-elle en revenant sur lui. Et d’ajouter plus sérieusement. « Il fait moins moche que hier, si c’est ce que vous tenez à savoir. La température, j’en sais trop rien, j’suis venue en courant. Et j’ai rarement froid. » A force de vivre avec le moins de ressources possible, on s’accommode de tout. « Pardon mais… j’ai absolument pas compris votre nom. Le prénom, enfin les deux ! Vous coupez où ? » Genre de formulations pas trop correctes qui venaient d’une traduction directe de ce qu’elle pensait en coréen.
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Message posté : Lun 8 Déc 2014 - 17:46 Message
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Cian devait admettre qu'il était heureux de ne pas tomber sur une possible future patiente difficile qui lui aurait fait une crise pour avoir oublier de faire la porte à double tour. Il s'imaginait devoir fuir une maniaco-dépressive prête à se jeter à sa gorge sous prétexte qu'il lui avait fait perdre son temps en lui faisant croire que la clinique était ouverte. Digressions. Elle lui avait dévoilé son nom de famille, avec même spécifié que c'était son nom de famille, ce qui le fit sourire bêtement. Grâce à ses origines orientales, elle devait avoir l'habitude de confondre les gens avec non seulement la prononciation de son nom, mains ainsi que la façon dont les noms et les prénoms étaient placés dans une phrase. Lorsqu'il lui avait présenté son nom, elle avait senti un fort choc lui traverser le dos. Tient, elle ne semblait pas plus habitué que lui aux noms de sa nation. Quel monde diversifié dans lequel ils vivaient! Il accueillit son rire avec un sourire gêné après lui avoir avoué qu'il serait dans un beau pétrin si sa patronne prenait connaissance de sa bévue.

« Hein ? », il leva les yeux de son écran en entendant la voix incertaine de la jeune femme. Les mains dans les poches, sa vision récemment perdue dans le décor chaleureux de la clinique, elle s'était tournée vers lui alors qu'il haussait un sourcil en apercevant son visible étonnement. « La première séance n’est pas offerte ? ». Ah, une autre personne qui allait s'énerver parce que les prix étaient exorbitants, qu'ils n'étaient pas n'importe qui et qu'ils pouvaient certainement trouver mieux? Non, il n'y eu aucune crise, aucune plainte, aucun plat de main s'effondrant brusquement sur le bureau et aucune porte claquée derrière un coup de vent. Seulement un calme et la confusion apparente dans l'expression de la dame avant que celle-ci ne s'écarte du comptoir pour se diriger vers ce qui semblait être un sac de sport de là où il était. Non, elle n'est pas offerte, pas ici ne tout cas, je suis désolé. Ce n'était pas de sa faute si le système de santé américain était pourri et refusait d'offrir une carte d'assurance maladie respectable à ses citoyens.

Elle s'accroupit et Cian osa un regard discret sur sa nuque dénudée, ses épaules porteuse d'un caractère qu'il ignorait pour l'instant et les lignes droites que causaient ses vêtements tombant sur le reste de son corps. Une sportive, évidemment, cela se voyait dans sa posture et dans ses épaules et même dans sa coiffure négligée.

« J’ai tout laissé dans mon casier. Du coup j’ai que ça. C’est suffisant ? » Elle lui tendit une petite carte plastifiée qu'il saisit doucement entre ses doigts aux bouts froid. Si c'était suffisant? Cian regarda la photo vieille de... visiblement plus d'un an et le minois que reflétait la Coréenne. Oui, il s'agissait d'une image d'une ancienne époque, cependant, elle était parfaitement reconnaissable et le nom y était. D'ailleurs, il profita de sa nouvelle possession pour taper correctement le nom de l'asiatique dans sa machine. Il lui remit ensuite sa preuve d'identité entre les mains pendant qu'elle lui demandait s'il avait une place de libre pour après 18 heures. Sa question fut aussitôt suivit de marmonnement dont la langue lui échappait, certainement pas les siennes, puis avant qu'il ne puisse dire quoique ce soit, elle poursuivit: « je veux dire, c’est pas comme si je pouvais m’absenter dans la journée et j’ai jamais vu une de mes journées se finirent avant 18h. Vous avez rien à 6h le matin ? »

Jamais son contrôle de soi ne fut plus utile durant ses quelques années de travaille en ces lieux, un rire lui brûlant les lèvres, mais il ne put dissimuler son petit sourire narquois. Avait-il bien entendu? Cette femme avait bien dit six heures le matin? Que pensait-elle donc, que des psychologues n'avaient que ça à faire, travailler aussi tôt durant la journée? Non, madame, la clinique ouvre normalement ses portes à dix heures le matin au cours de la semaine et la fermeture se fait à 18 heures. Cependant, nous fermons à 20 heures les mercredi et les jeudi soirs, il lui sourit, laissez moi regarder si j'ai de l'espace pour ses heures-là.

Clic, clic, clic. À peine avait-il eu le temps de faire un dernier clic qu'un rire s'échappa de la bouche de Lim. L'action le fit sursauter un peu de sa chaise, il ne s'attendait pas à une réaction aussi explosive. Au moins, cela était toujours mieux qu'une crise de colère. Qu'aurait-il fait si une femme sportive se jetait à sa gorge? Ah, il pouvait crier à l'aide, ou prendre la paire de ciseaux qui traînait juste à côté de la souris et les planter entre ses deux omoplates. Il pouvait aussi être un homme et lui mettre un coup sous le menton et espérer qu'elle tombe, s'assomme et perd conscience pendant qu'il prend ses jambes à son cou. Digressions, encore. « C’est l’hiver. Qu’est-ce que vous voulez que je réponde à ça ?! » Oh, il ne savait pas, une réponse un peu plus banale qu'un rire lancé au hasard? Cian resta là, à la regarder de manière hébétée. « Oh clair, ton foulard va te sauver la vie ! votre ! Votre foulard. » Il se détendit face aux mots qui s'emmêlaient dans sa belle bouche. C'est clair, certains avaient tendance à le vouvoyer, car il était un homme adulte et un étranger, certains le tutoyaient, car ils assumaient qu'un homme plus jeune qu'eux méritait pareille familiarité. « Il fait moins moche que hier, si c’est ce que vous tenez à savoir. La température, j’en sais trop rien, j’suis venue en courant. Et j’ai rarement froid. » Rarement froid? Cela devait être vachement bien surtout lorsqu'il pensait qu'il était incroyablement frileux. Il se souvenait de ces soirées, devant la télévision, emmitouflé dans une massive couverture doublée de laine avec un chocolat chaud entre ses doigts frigorifiés. Vous êtes venue en courant, ma foi, vous deviez être plutôt pressée! commenta l'Irlandais avant de se mordre la lèvre inférieure. Il s'agissait tellement d'un commentaire peu pertinent. Euh, qui ne courrait pas pour éviter les morsures du froid, hein? Il sourit nerveusement avant de se concentrer sur son écran.

« Pardon mais… j’ai absolument pas compris votre nom. Le prénom, enfin les deux ! Vous coupez où ? » demanda subitement la jeune femme, ce qui fit lever les yeux du concerné vers elle. Il devait avouer que sa question le surprenait un peu, mais il se souvint du choc qu'il avait ressentit au début de leur entretien après qu'il s'était présenté à elle. Habituellement, les gens massacraient son nom plutôt que de vérifier la prononciation avec lui. Pendant longtemps, l'étudiant avait permis qu'on le nomme «Cyan», une ombre à la façon dont s'écrivait son prénom officiellement. Il sourit à la dame avec gratitude. Mon prénom est Cian, il répéta doucement en mouvant lentement ses lèvres, Ki-anne, ensuite il y a mon nom de famille, il refit le même manège. O-Ha-ra. Je suis Irlandais de naissance, mes parents ont immigré aux États-Unis peu après ma naissance. J'avais déjà du mal à ne pas me faire regarder de manière étrange à l'école, heureusement que je n'avais pas les cheveux roux! Ils auraient jaser encore plus.

Voilà qu'il digressait encore, une bien mauvaise tendance chez lui. C'était mieux lorsqu'il se perdait dans ses pensées, mais pas lorsqu'il commençait à raconter les débilités de sa vie à la première jolie étrangère qui se présentait devant lui. Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux mal coiffés.

-D'après votre nom, je présume que vous êtes Coréenne ou c'est de là que vient vos origines? J'aime bien le cinéma coréen, quoique vous ne devez pas vous préoccuper de ce que je peux aimer, pardonnez-moi. Je dois admettre que je ne suis pas certain de la façon dont je dois prononcer votre nom moi-même. En même temps qu'il admettait cela, il s'amusait à se répéter le nom complet de la dame dans sa tête, pour être honnête, il avait l'impression qu'il allait sonner ridicule s'il osait le prononcer à voix haute. Avec son fort accent irlandais, il ne souhaitait pas l'insulter indirectement. D'expérience, il savait que cela pouvait être énervant lorsque les gens massacraient son nom, surtout lorsqu'ils le faisaient par exprès. Heureusement, ses études du français l'aidait à prononcer certains sons qui n'étaient pas naturel chez les anglophones.

L'Irlandais secoua alors la tête, se rappelant qu'il avait un travail à faire et qu'il ne pouvait pas rester là à jaser avec cette parfaite inconnue, ou du moins, pas dans la salle de réception alors que le temps passait et qu'il ne fallait pas titiller le hasard pour qu'une autre personne franchisse les portes non verrouillées de la clinique. Il baissa les yeux sur son écran.

-J'ai une place, jeudi prochain, à 19 heures, mais rien d'autre, si cela vous intéresse? D'après sa réaction d'un peu plus tôt, il ignorait si elle avait de quoi payer, mais cela était ses soucis à elle et non les siens, mais qu'il détestait envoyer poliment balader des gens sous prétexte qu'ils n'avaient pas les moyens de payer pour leurs soins. Saleté de système! Pour ce qui est de payer les frais, vous pouvez le faire après le rendez-vous, spécifia-t-il finalement avec un sourire poli.

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Message posté : Dim 14 Déc 2014 - 19:07 Message
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Soudainement, sa brillante idée de ne plus utiliser les frais médicaux offerts par l’UNISON et de voir ailleurs n’était pas aussi reluisante que tout à l’heure. Il fallait trouver un moyen de contourner le problème et franchement, pour le moment, la coréenne ne voyait rien de concluant. Et à la manière dont le réceptionniste s’excusait, il était clair qu’il n’y avait rien à gratter à ce niveau-là, il n’y pouvait absolument rien et n’avait rien à y faire d’ailleurs. Elle récupéra sa carte, grimaçant au passage en regardant de plus près, ce maudissant d’avoir à nouveau oublié de fournir une photo d’identité plus récente au club pour exécuter le changement. Elle la fourra dans sa poche et tourna à nouveau le regard sur le réceptionniste. Bordel ! Il était entrain de se foutre de sa gueule ou quoi ? Il affichait un sourire moqueur et au lieu de l’envoyer chier sans plus attendre, la jeune femme répliqua en miroir à sa visible bonne humeur. «  Oh… C’est que M’sieur est un lève tard… il est déjà pas foutu de fermer la porte après le travail, m’étonne pas qu’il arrive pas à l’ouvrir pour 6h. » Contrairement à son rentre dedans habituel, là, c’était relativement soft et des plus amicales. Elle opina du chef lorsqu’il proposa de regarder et s’accouda à nouveau au desk en se demandant comment faisaient les autres patients pour obligatoirement se libérer pendant les heures d’ouverture. Elle sourit à nouveau tout en répondant ; «  Nan, juste que j’avais décidé de le faire, alors je me suis pointée. Me suis dit qu’en courant, j’aurais peut-être encore la chance de trouver une porte ouverte. Ou pas fermée.  » Elle rit ouvertement à nouveau avant de lui envoyer dans les dents. «  Nop. J’coure parce que j’aime pas qu’on me rattrape.  » Très compétitive de nature, la demoiselle ne supportait pas de perdre, quel que soit le domaine.

Autant dire que même si le jeune homme se prit au jeu de lui expliquer clairement et calmement comment il se prénommait, ça restait une affaire perdue d’avance pour la coréenne qui se contenta de froncer le nez et de ne rien répéter de ce qu’il disait. Le O’Hara était tout bonnement imprononçable mais pour le Cian, elle avait finalement compris le truc. Elle se redressa soudain et abattit joyeusement sa main ouverte sur la table. «  Wha ! Alors si vous ne faîtes rien après, venez avec moi au White Horse. Histoire que j’éclaircisse une fois pour toutes si leurs bières sont véritablement imbuvables ! » Elle ne se moquait nullement de son origine nordique et ne fit aucun commentaire sur le fait qu’il avait ou non la tête d’un irlandais – elle ne savait pas la tête qu’ils avaient d’ailleurs et ne comprit pas son allusion aux cheveux de couleur orangée – mais était simplement contente d’avoir trouvé là un adversaire qui ne roulerait pas sous la table après deux verres. Du moins, c’est ce qu’elle espérait et ce que lui indiquait le préjugé monumental qu’elle associait au fait que tous les irlandais, sans exception aucune, savaient boire. «  Charriez pas, c’est pas comme si vous aviez des yeux bridés ou un nez aplati !  » Elle parlait d’elle mais n’avait pas la moindre idée du racisme qui pouvait habiter les américains pour les Européens et vice et versa. Pour elle, en dehors de l’Asie, tous étaient à mettre dans le même sac alors que pourtant, même chez elle, elle avait connaissance des différences raciales qu’il pouvait y avoir entre des peuples pourtant proches. Son sourire s’élargit encore. «  Yeap. » Heureuse de constater qu’il avait deviné juste son origine sans la cataloguer de chinoise ou de japonaise parce que c’était les deux peuples que les américains connaissaient en général. Elle s’affaissa un peu plus sur le desk. «  J’y suis née, c’est ma culture, mais je n’y ai pas remis les pieds depuis bientôt huit ans. Elle se redressa à nouveau en explosant de rire. Vous avez le droit de le dire, même si je m’en contre fou. Je saurais maintenant à qui demander pour m’accompagner au festival du film asiatique.  » Oui, là elle se moquait poliment de lui. Pas qu’elle n’avait pas l’intention de lui proposer de l’accompagner pour le festival, mais parce qu’il avait parlé du cinéma alors qu’elle n’avait absolument rien demandé à ce sujet.

Elle inclina la tête de côté. «  Vous pouvez m’appeler Vivian. C’est mon nom officiel ici. Pour le Eun-Sil, ça viendra avec le temps.  » Sous-entendu qu’elle avait bien l’intention de revenir par ici une fois ou l’autre. Et qu’elle espérait l’y recroiser. Première fois qu’elle se rendrait chez un docteur avec un entrain pareil d’ailleurs ! Juste pour papoter avec le réceptionniste. Bravo. «  Bah, j’ferai avec ça. Je négocierai la perm. Vous avez un stylo ? Elle n’attendit pas qu’il lui en donne un et se pencha par-dessus le desk pour en prendre un parmi les autres. Elle secoua son bras gauche pour faire descendre sa manche le long de son bras et inscrivit propre en ordre l’heure et l’endroit au creux de sa main pour qu’elle n’oublie pas. Jusqu’à sa prochaine douche du moins. Vous avez un numéro de téléphone ? » Elle parlait du cabinet mais certes, énoncé comme ça, ça portait largement à confusion. Elle replaça le stylo là où elle l’avait trouvé. Pour retenir une série de chiffre, elle n’avait pas besoin de l’écrire. Encore fallait-il qu’elle se souvienne à quoi appartenait la série.


Elle fit non de la tête avant d’hausser les épaules. «  En vérité, ça change rien avant ou après la séance. J’aurais pas plus de dollars en déversant mes "problèmes" à votre collègue.  » Elle avait accentué le mot problème en faisant une drôle de tête, comme si elle-même n’était absolument pas convaincue d’aller mal. Elle secoua à nouveau son bras et se recula pour récupérer son sac qu’elle balança sans douceur sur son épaule. «  Vous êtes chaud pour ce verre alors ?  » Sans gêne, comme à son habitude, parce qu’elle avait l’habitude de côtoyer des adversaires et jamais des intéressés. Et qu’il fallait l’avouer, entre mecs, on parlait franc au contraire des dames, qui se la jouaient sournoises. Ce à quoi la coréenne refusait de porter du crédit et en était venue à copier exactement le mode de faire des soldats qu’elle fréquentait.
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Message posté : Mar 16 Déc 2014 - 22:39 Message
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« Oh… C’est que M’sieur est un lève tard… il est déjà pas foutu de fermer la porte après le travail, m’étonne pas qu’il arrive pas à l’ouvrir pour 6h. »

«On se calme, princesse», songea l'Irlandais en fronçant des sourcils à la suite de cette exclamation tout à fait imprévue. Pensait-elle que les gens avaient juste ça à faire, se lever avant l'aube pour être au travail à six heures du matin? Ils n'étaient pas des travailleurs de la construction ou des policiers ou des gens de n'importe quel boulot demandant à se réveiller aussi tôt pour débuter une journée. Et puis, c'est quoi cette façon de l'attaquer lui alors qu'il était pas du tout celui qui avait inventé ce système d'heures d'ouverture et de fermeture? Si cette femme désirait se plaindre de ses heures impossibles, elle n'avait qu'à contacter son aimable patronne.

« Nop. J’coure parce que j’aime pas qu’on me rattrape», il haussa un sourcil à ce commentaire et il ne pu s'empêcher de lui rétorquer, vous avez quelque chose à fuir, alors?

Avec un caractère comme le sien, pas surprenant qu'elle se faisait poursuivre par n'importe qui. Il comprit aussi qu'elle n'avait rien saisit à la prononciation de son nom grâce à son expression incrédule. Enfin bon, elle pouvait l'appeler monsieur si elle n'avait pas la locution nécessaire pour prononcer son nom correctement. Il eu un mouvement de recul quand elle se redressa soudainement et abattit sa main sur le bureau de la réception. Ils étaient où déjà les ciseaux pour se défendre contre les fous? Ah, oui, juste à côté de la souris connectée à l'ordinateur.

« Wha ! Alors si vous ne faîtes rien après, venez avec moi au White Horse. Histoire que j’éclaircisse une fois pour toutes si leurs bières sont véritablement imbuvables ! »

Incrédule, Cian toisa la jeune femme, ignorant la façon dont il devait réagir à ses propos. Elle parlait d'une chose et ensuite d'une autre et elle avait beaucoup trop de mal à la suivre. Peut-être faisait-elle partit de ses gens qui parlaient trop pour absolument rien dire. Attendez une seconde, venait-elle de l'inviter à aller boire un coup avec elle? Une parfaite étrangère lui demandait de l'accompagner à une taverne? S'attendait-elle à ce qu'il accepte juste comme ça? Cependant, elle sembla satisfaite lorsqu'il affirma qu'elle était coréenne et non une autre ethnicité de l'Asie. Japonais, chinois, vietnamiens, coréens, ils avaient peut-être tous des yeux étroits et une vieillesse tardive, mais ils étaient très différents les uns des autres lorsque l'on savait comment les différencier.

« Vous avez le droit de le dire, même si je m’en contre fou. Je saurais maintenant à qui demander pour m’accompagner au festival du film asiatique. »

Quelle délicatesse! Il sentit aussitôt que son invitation n'était pas sincère ou plutôt qu'elle n'était pas réellement sérieux. En fait, il ne savait même pas s'il existait vraiment un festival du film asiatique dans les environs et si tel festival était réel, alors il n'était pas certain qu'il y irait accompagné de cette femme... énergétique. Oui, le mot ne pouvait être plus juste. Elle déclara par la suite qu'il pouvait l'appeler Vivian, un nom typique, certes, mais prononçable dans les sons anglophones, bien que Cian n'avait jamais été friand de ces immigrés qui se sentaient obliger de prendre un nom «américain» pour s'identifier sur les terres de la «liberté». Haha, terres de la liberté, elle était bien bonne celle-là. Est-ce qu'elle insinuait discrètement qu'ils allaient se revoir? Cela signifiait qu'elle allait prendre le rendez-vous, non?

« Bah, j’ferai avec ça. Je négocierai la perm. Vous avez un stylo ? » demanda l'asiatique qui se pencha par-dessus le comptoir avant même qu'il n'est eu le temps de lui donner une réponse convenable. Elle saisit l'un de ses stylos sans vraiment posséder la permission de s'en saisir. Elle agita ensuite son bras, faisant ainsi descendre sa manche le long de sa peau de pêche. Bordel, elle s'apprêtait à écrire sur son bras? C'était un truc d'adolescente, ça! « Vous avez un numéro de téléphone ? »

Elle parlait de son numéro de téléphone personnel ou celui du cabinet dans lequel il travaillait? Bon, personne ne lui demandait jamais ces coordonnées pour être en mesure de le contacter, alors forcément, elle devait lui demander celui de la clinique. Sa femme ne pouvait donc pas être un peu plus clair?

-Euh, cela ne serait pas nécessaire, madame, dit-il en pointant son bras du doigt avant de glisser la main près d'une pile de cartes trônant sagement près de l'écran. Il saisit l'une des cartes entre ses doigts, puis la tendit vers Vivian. Sur la carte reposait le numéro de téléphone de la clinique, le numéro du télécopieur et les noms des psychologues qui travaillaient sur les lieux. C'est plus efficace que de tacher votre joli bras, non?

Dans un milieu professionnel comme celui-ci, il était normal de posséder ce genre de cartes. Il était surpris qu'elle n'y avait pas pensé par elle-même. Appartenait-elle au monde contemporain? Elle osa un sourire de compassion lorsqu'elle avoua finalement avoir des problèmes, bien que son expression indiquait qu'elle n'en était pas certaine elle-même, ce qui était plutôt normal. Les problèmes mentaux et les soucis psychologiques étaient souvent difficiles à admettre. Premièrement, il y avait les préjugés que l'on attribuait à tout ceux qui voyaient des gens de sa profession, on les traitait de fous et de débiles, les gens normaux ne comprenaient rien à la maladie mentale ou à quel point le cerveau humain possédait un cruel sadisme. Les gens comprenaient ce qu'ils voyaient. Par exemple, il était plus aisé de se mettre dans les souliers d'une personne s'étant casser une jambe, mais quand on parlait de maux de l'âme, c'était plus difficile.

- Les problèmes, nous en avons tous, lui fit remarquer Cian qui se leva de sa chaise tout en rangeant quelques trucs rapidement dans les tiroirs placés à sa droite. En ce qui concerne ce verre, pourquoi pas, hein?

De toute façon, il n'avait rien d'autre à faire au courant de la soirée et une bonne bière le tentait bien, tant que l'endroit restait tranquille et qu'il n'était pas la victime de saoulons trop bruyants. Il ferma le programme de rendez-vous, puis éteint l'écran de l'ordinateur avant de se saisir de son foulard qu'il enroula deux fois autour de sa gorge avant d'enfiler son manteau de coton. Il contourna ensuite le comptoir et se dirigea vers la sortie. Il invita la dame à sortir avant lui afin qu'ils puisse éteindre les dernières lumières et verrouiller pour de vrai les portes de l'entrée. Le déclic distinctif se fit entendre, puis il descendit l'escalier qui menant vers l'extérieur. Le vent hivernal lui mordit aussitôt le nez et il remonta un peu plus son foulard au-dessus de son menton. Le soleil n'allait pas tarder à disparaître complètement.

-Si nous sommes pour devenir des compagnons de beuverie, puis-je avoir le droit de vous tutoyer, madame? la questionna-t-il de manière tout à fait légitime. Alors, vous disiez, le White Horse, n'est-ce pas? Je n'y ai jamais mis les pieds, il va falloir m'y guider. Et si vous pouviez éviter de courir, je ne suis pas en très grande forme, avoua-t-il finalement en espérant qu'elle ne le forcerait pas à faire un jogging contre son gré.


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Message posté : Sam 20 Déc 2014 - 22:59 Message
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La réplique, pas le moins du monde cinglante, mais des plus rapides de Cian crispa la coréenne qui voila toute réponse derrière un sourire moqueur. Sa remarque était des plus pertinentes et elle ne voulait en aucun cas que l’irlandais le découvre. Elle avait fait la démarche pour venir prendre rendez-vous dans ce cabinet mais elle n’allait pas se livrer avec facilité. Du moins, c’est ce qu’elle croyait, ignorant tout bonnement qu’on pouvait la déchiffrer aussi facilement qu’un livre. Elle ne lui répondit pas. Elle ne tenait pas à le faire et de plus, elle ne pouvait lui donner une réponse clair sur ce qu’il venait d’énoncer. Oui, par l’Empereur elle fuyait, depuis toujours, mais elle ne savait pas quoi ni qui.

Elle fixa le réceptionniste pendant plusieurs secondes. Il venait de lui réplique un « madame » pour la combientième fois ? Elle loucha en soupirant. L’étiquette bla bla… Elle ne comprenait pas pourquoi les gens de ce continent pouvaient être cul et chemise dès un verre descendu et en même temps incapable de parler ouvertement avec quelqu’un de la même condition qu’eux. Enfin, quand il y avait problème, alors là tout le monde dans le même sac mais quand il était question d’argent, cette foutue étiquette prenait le dessus et le ton poli bien souvent appliqué sonnait monstrueusement faux. Elle récupéra la carte. Elle se mordit la lèvre pour ne pas lui répliquer séance tenante qu’elle écrivait sur son bras pour ne pas oublier de le faire et non parce qu’elle n’avait pas pensé un instant qu’il possédait une carte. Elle secoua à nouveau la tête. Et par politesse, évita d’exploser de rire à nouveau. Elle ne savait pas si elle devait considérer Cian comme son égal ou se contenter de rester polie. Une phrase, il lui envoyait du Madame pour bien indiquer qu’il y avait une limite à ne pas franchir, et la suivante, il se perdait en compliment. Pour Eun-Sil, ça n’avait rien de charmant, elle riait à tout ce qui pouvait être dit de positif – ou de négatif – sur elle, ne voulant tout bonnement pas croire un instant qu’il y avait de quoi la complimenter. Elle se contenta donc d’hocher la tête sans contredire son voisin et enfonça la précieuse carte dans le repli de son manteau. «  Pour certains, moins problématiques que d’autres je suppose... » Elle avait répondu en marmonnant à sa remarque sur les problèmes qui étaient le quotidien de l’homme. Si elle avait un instant pris le temps de demander à sa famille ce qu’ils pensaient de sa situation, probablement qu’ils auraient répondu qu’elle s’y était mise toute seule. Sa grand-mère, aurait haussé les épaules en argumentant que les problèmes mentaux étaient chose du monde moderne et qu’elle ne souffrait pas de ce genre d’affliction lorsque les anciens n’avaient pas accès à la technologie. Mais la coréenne était loin des siens et au fond, elle se moquait bien de ce qu’ils pouvaient avoir à penser. Elle assumait ses choix, même si elle avait fait des erreurs plus que nécessaire pour évoluer et si elle avait poussé la porte du cabinet en ce début de soirée, c’était bien pour assumer d’autant plus ses actes, tous ses actes.

Mais elle oublia bien vite ce détail en se rendant compte que le jeune homme était tout à fait ouvert à la boisson, et son sourire s’agrandit encore. La soirée promettait pour une fois, de ne pas rimer avec solitude et nostalgie. Elle réajusta son large sac de sport et tenta de réprimer un sourire tout en observant son voisin s’activer à ranger ce qu’il devait avant d’éteindre les lumières. Certes, elle avait l’habitude de côtoyer des hommes plus… moins coquets ? Ca avait quelque chose de déstabilisant. L’irlandais était des plus classes et elle, toujours fidèle à son habitude bien être, n’inaugurait de belles tenues qu’en soirées dansantes alors avoir affaire à un parfait gentleman pour boire un verre, ça sortait de la routine. Et c’était bien. Elle se prit au jeu en passant devant Cian pour le précéder dans les escaliers, les descendant bien trop rapidement pour que ça soit charmant, mais elle s’en moquait. Elle esquissa à nouveau un sourire en coin en voyant son voisin remonter le col. Il étit véritablement frileux alors ? «  Ne vous en faites pas, je vous prêterai ma veste si vous avez froid.  » Oui, elle se moquait, mais c’était plus de la taquinerie que de la méchanceté. A force de se faire vanner à longueur de journée, la demoiselle avait fini par adopter le mode de fonctionnement de ses collègues sans se rendre compte que son comportement ne collait pas à toutes les situations et qu’il pouvait largement déranger. Ils se mirent en marche. Et elle manqua de tomber du trottoir lorsque son voisin l’apostropha. Elle était à nouveau en train de se retenir de rire. «  « Compagnons de beuverie » minauda-t-elle en imitant la réplique de son voisin. Si ça peut vous faire plaisir et si boire un verre rime avec tutoiement, j’ai rien contre ! » Et de répliquer quelques secondes après. «  Surtout, arrêtez avec vos « Madame » parce que j’ai l’impression que vous parlez à quelqu’un d’autre.  » Elle arrêta de marcher lorsqu’il précisa qu’elle n’avait pas besoin d’y aller au pas de charge. «  Yeap, j’peux marcher moins vite.  » Tutoyer, pour Eun-Sil, ça rimait aussi à utiliser un tout autre vocabulaire, et si son parlé n’était déjà pas bien fourni à l’origine, il devenait d’autant plus raccourci maintenant qu’elle avait la permission de considérer son voisin comme un confrère de boisson.


«  C’est pas loin. J’y passe souvent en fin de journée. C’est une toute autre atmosphère qu’autour de chez moi Elle marqua une pause pour le regarder et le désigner du nez. qui doit bien plus te correspondre d’ailleurs. J’veux dire, j’crois que c’est un repère britannique. Mais pour ce que j’en différencie entre les américains et les anglais… » Elle ponctua en haussant les épaules. Du pareil au même, pour elle. Elle était tout bonnement incapable de différencier leurs accents pourtant bien différents. Elle tentait de calquer ses pas sur ceux de Cian, ne se rendant absolument pas compte de ce à quoi ça correspondait de ne pas abuser sur le rythme et ils arrivèrent finalement au croisement de la plus grande avenue. Le passage piéton était au rouge. La coréenne pointa de l’index un bâtiment sur rue à près de deux cents mètres sur la droite. La devanture sombre qui allait de pair avec la pancarte blanche. Une tête de cheval décorait à plusieurs endroits l’établissement.  «  C’est juste là. Ils sont très agréables pour les nouveaux musiciens qui veulent se lancer et ils font assez souvent des soirées à thèmes, en fin de semaine. Le reste du temps, c’est… tranquille.  » Elle ne savait pas trop quel adjectif utiliser pour définir l’ambiance qui y régnait. Agréable ? Cosy ? Charmant ? Bah, il verrait bien. Et sa définition d’agréable n’était probablement pas la même que Cian. Ils purent enfin traverser la route et s’ils échangèrent quelques mots, se fut plus pour occuper le temps que pour autre chose. La coréenne allait s’élancer sur la porte, se rappelant alors qu’elle avait affaire à un homme bien élevé. C’était suffisamment rare pour en profiter. Elle répliqua un merci tout sourire dehors, plutôt amusée de constater que Cian était décidément véritablement courtois, plus le moins du monde habituée à être traité comme une demoiselle. Elle le suivit à l’intérieur où régnait un brouhaha constant rendant inaudible les discussions privées et permettait de l’intimité à chaque tablée. D’ordinaire, la demoiselle se logeait au bar, mais elle opta pour une table basse à quatre chaises qui donnait sur l’extérieur, attenant aux larges fenêtres. La demoiselle s’y posa en se relâchant complètement et fourra son sac à ses pieds tout contre le mur. Retirant son manteau, elle attrapa bien vite la carte des boissons et lança un regard par en dessus à son voisin. «  Blonde ou brune ? » Elle ne parlait pas de son type de fille. Ou d’homme. Peu importait son attirance. Grande amatrice de boisson sans pour autant être capable de différencier une "bonne" d’une mauvaise bière, elle ne savait laquelle choisir dans la liste vertigineuse et attendait donc de son voisin qu’il définisse la couleur.
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Message posté : Ven 26 Déc 2014 - 6:02 Message
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« Ne vous en faites pas, je vous prêterai ma veste si vous avez froid », rétorqua la jolie asiatique pour le taquiner gentiment, quoique Cian avait un peu de mal à savoir si ce qui sortait de sa bouche étaient de vilaines remarques ou des taquineries tout à fait innocentes. Il sourit. Il le méritait bien en fait, sa petite nature le faisait frissonner à un minuscule changement de température.

Il ajusta un bout de son foulard sur son menton et suivit l'étrange jeune femme docilement. C'était elle qui connaissait le chemin et il espérait simplement qu'il pourrait se retrouver parmi les rues une fois la soirée terminée. Même s'il fut confiant, il savait que la boisson avait le talent de nuire au sens de l'orientation d'un individu, aussi aiguisé fusse-t-il. Dans le pire des cas, il prendrait un taxi et n'aurait plus à espérer qu'il arriverait à se rendre à son dortoir ensuite et ne pas se tromper de porte.

Soudainement, Cian fronça des sourcils et leva les yeux aux ciel. À quoi pensait-il donc? Ce n'était pas comme s'il s'apprêtait à s'enivrer jusqu'aux petites heures du matin. Il prendrait une bière en compagnie de Vivian, peut-être deux, il se rincerait ensuite la bouche avec un verre de vin rouge. Après cela, il déguerpirai et irai se coucher, emmitouflé dans ses nombreuses couvertures. Entre deux pensées vagabondes, il l'entendit lui dire que le tutoiement ferait bien son affaire.

« Surtout, arrêtez avec vos « Madame » parce que j’ai l’impression que vous parlez à quelqu’un d’autre. »

L'Irlandais tourna la tête vers la concernée et lui lança une expression incrédule. Ses lèvres remuèrent, il hésita, puis reprit finalement la parole ensuite.

-Techniquement, par rapport à moi, vous êtes quelqu'un d'autre, dit-il avant d'hausser les épaules. À la suite de leurs quelques échanges, il avait finalement compris qu'il fallait oublier toute question de logique lorsqu'il discutait avec cette femme, alors il décida qu'il valait mieux de pas pousser sa chance et se taire.

Bref, c'était elle la meneuse, Cian ne faisait que suivre et obéir à ses ordres, enfin presque, il y avait quand même des limites à la façon dont il pouvait se faire mener par le bout du nez. Il s'était suffisamment fait marcher sur les pieds par le passé pour savoir poser ses limites. Cian faillit trébucher dans ses proches chaussures lorsqu'elle s'arrêta subitement après lui avoir demander de ne pas courir. Heureusement, ses bonnes bottes pour la saison hivernale le cramponna au sol froid.

-Vous, il s'arrêta et se racla la gorge, ils s'étaient bien entendu pour qu'il la tutoie dorénavant, tu te déplaces comme une soldate, même ton rythme que j'imagine être normal me semble être un pas de course! lui fit-il remarquer sans méchanceté ou reproche. Tu es du genre très sportive, j'imagine? demanda-t-il rapidement sans réellement s'attendre à une réponse de sa part.

Ils se déplacèrent vers l'avant, leurs pas se frottant contre le trottoir gelé par l'hiver. En marchant, Cian évita de justesse une sournoise flaque d'eau ayant soudainement apparu sur son chemin. Son réflexe fut tout à fait ridicule, ses bras s'étaient balancés sans grâce dans les airs avant qu'il ne reprenne un appui stable après cet affreux obstacle. Il cru que la dame allait à nouveau s'amuser à ses dépends, mais lui parla simplement de l'endroit où elle comptait l'amener prendre une bière, ou deux, ou trois... Il tiqua brusquement lorsqu'elle commenta sur les Américains et les Anglais. Il n'était aucun des deux. Quoique, il était officiellement un citoyen des États-Unis.

-Je suis Irlandais, déclara-t-il même si il se doutait qu'elle se foutait bien du mot exact représentant ses véritables origines. Oh et puis, j'abandonne, donne moi les noms que tu veux!

Les deux curieux individus arrivèrent à un passage piéton viré au rouge. Frileux et impatient à l'idée de se trouver à l'intérieur d'un bâtiment chauffé avec une bonne bière entre les mains, Cian se mit à sautiller sur place. L'idée était de conserver le peu de chaleur qu'il s'était créé précédemment à marcher en compagnie d'une fille qui se déplaçait aussi vite qu'un tir de canon. Elle lui pointa quelque chose dans le lointain et il suivit la direction que prenait le bout de son doigt. L'étudiant plissa les yeux à la recherche et n'aperçu que la devanture assez sombre d'un bâtiment. Il ne portait pas ses lunettes et n'avait pas pensé à les mettre sur son nez avant de sortir de la clinique.

-Je ne sais pas si je regarde la bonne chose, mais ça a l'air assez chaleureux! lui souffla-t-il avant de plonger à nouveau son nez dans son foulard lorsqu'il remarqua la grosse buée qui s'était formée sous ses paroles.

« C’est juste là. Ils sont très agréables pour les nouveaux musiciens qui veulent se lancer et ils font assez souvent des soirées à thèmes, en fin de semaine. Le reste du temps, c’est… tranquille. »

Pour les nouveaux musiciens, hein? La dernière fois où Cian s'était retrouvé dans une conversation concernant les jeunes musiciens indépendants, il avait découvert que la plupart des endroits possédant une scène demandaient en fait à être payé par les pauvres artistes afin qu'ils se fassent un petit auditoire dans leur établissement. Tant mieux s'il restait encore des endroits offrant de meilleures opportunités à la nouvelle génération de chanteurs de beuverie. Tant qu'il n'avait pas à monter sur la scène afin de cracher quelques horribles notes. En fait, il ne savait même plus la dernière fois qu'il avait tenter de jouer les rossignoles. Ça lui arrivait de fredonner et de marmonner quelques notes sous la douche, bien jamais il n'avait réessayer officiellement de chanter de pleine voix. Il avait fait du théâtre, sa voix ne pouvait être aussi moche, si?

La rouge devint verte et ils purent finalement traverser la rue sans avoir à se soucier des fous dans leurs voitures, vieilles ou neuves. Une fois à l'intérieur du bâtiment, Cian examina aussitôt les alentours. L'endroit semblait suffisamment calme à son goût et la décoration était chaleureuse et ne violentait pas ses yeux. L'éclairage un peu tamisé le détendit aussitôt, mais ce qu'il adora le plus fut la bouffée de chauffage à laquelle il se frappa tel un mur en mettant les pieds à l'intérieur. Il soupira d'aise. L'Irlandais suivit ensuite Eun-Sil jusqu'à la table dont elle prit rapidement possession. Il avait à peine retiré son manteau qu'elle avait déjà la carte des boissons entre ses mains. C'est qu'elle était pressée, celle-là!

« Blonde ou brune ? » s'enquit-elle en levant les yeux vers lui. C'était mignon de ne voir que sa jolie paire de yeux le considérer du haut de la carte avec ses sourcils qui s'agitaient doucement sous l'émotion quelconque qui la taraudait. Ils ont des blondes fruitées? demanda-t-il, lui répondant ainsi avec une autre question. J'aime la framboise, s'ils ont quelque chose à la framboise, je veux bien goûter.

Il fit rouler ses épaules et son manteau de coton tomba doucement sur le dossier de la chaise. Un frisson le parcourut et il crispa nerveusement ses longs doigts sur ses genoux. Pour se changer les idées, il arpenta la taverne d'un regard curieux, s'attardant sur les divers personnages qui occupaient déjà l'endroit.

-Si elle provient d'une brasserie ou micro-brasserie non américaine, ce serait génial, ajouta l'Irlandais sans dissimuler son petit sourire dédaigneux en pensant à une bière américaine. Au cours de ses premières expériences avec l'alcool, il avait effectivement touché à la bière populaire que l'on vendait aisément en boîte de vingt-quatre dans les petits dépanneurs de coin. Plus tard, il avait découvert les véritables bières, celles que les gens cool ne connaissaient pas du tout. La bière américaine, c'est comme se mettre une blague de mauvais goût dans la gueule et ça goûte l'urine plus qu'autre chose. Quoique, je parle des bières de grande compagnie et non celles des micro-brasseries.

Un deuxième petit-menu attira son attention et il s'en saisit avant que sa compagne ne puisse le faire avant lui. Il parcourut les premières lignes et sourit en voyant qu'il s'agissait d'un petit menu pour se commander de quoi à manger. Pour souligner sa présence affamée, son estomac fit un petit bruit peu gracieux pour se faire entendre de son propriétaire.

-J'ai faim, affirma l'étudiant en parcourant toujours la carte des yeux, tu veux partager un plat avec moi, c'est moi qui offre! lui proposa l'Irlandais avec un sourire poli. Un met particulier attira son attention. L'assiette infernale de nachos enflammés de-la-mort-qui-tue, cita le jeune homme en haussant un sourcil, je me demande à quel point c'est épicé, on essai?

Une serveuse habillée joliment se rendit alors à leur table et les questionna concernant ce qu'ils allaient prendre. Lorsque l'asiatique eut terminée de déblatérer ces choix, Cian ajouta son assiette infernale à la commande. Par prudence, il demanda un verre d'eau supplémentaire. Lorsque la jeune femme se fut finalement éloignée, Cian adressa un sourire timide à la sportive.

-Alors, tu habites près d'ici? demanda-t-il pour lancer un brin de conversation amical. Je veux dire, tu ne dois pas être trop loin, si tu connais bien cet endroit, si?

De nouvelles questions se manifestèrent ensuite dans sa tête. S'enivrait-elle souvent? Si oui, pourquoi? Toutefois, il cru bon de ne pas poser des questions aussi personnelles pour débuter cette soirée. Ayant un peu compris la personnalité de cette étrange Eun-Sil, l'Irlandais allait faire tout son possible pour ne pas terminer la soirée avec le contenu d'une bouteille sur la tête. Avec ce genre de personnage, il valait mieux être prudent. Elle semblait explosive et spontanée, des caractéristiques qu'il ne possédait pas et dont il s'éloignait habituellement.

-C'est vrai que le style fait très britannique, commenta ensuite Cian en jetant un œil à la fenêtre. La pénombre de fin de soirée commençait à régner sur les rues et les gens rentraient tranquillement chez eux.
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Message posté : Sam 27 Déc 2014 - 21:42 Message
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Comme ils étaient parfaitement bien installé et que la perspective d’avoir tout prochainement une bonne bière pour lui libérer l’esprit, Eun-Sil se prit au jeu des questions-réponses avec bonne humeur et comme il avait été convenu qu’ils pouvaient tous deux se tutoyer, elle n’y alla pas de main morte. Elle fit un signe de la main au barman qui était de l’autre côté du comptoir en désignant un paquet de chips qui y était accroché. Habitué à voir ici la coréenne, il ne mit pas long à comprendre ce qu’elle lui montrait du doigt et il fit voler le petit projectile jusqu’à la table des deux nouveaux venus. La coréenne l’attrapa avec précision avant de l’ouvrir sans délicatesse pour enfoncer deux trois pommes-de-terre croustillantes dans sa bouche.

«  Oui et non. J’suis sportive sans l’être. Ca, elle baissa le nez sur son sac noir c’est pour le Tae-Kwon-Do. Un art martial de chez moi. Tu l’apprends à l’école et j’ai gardé le pli. A force, c’est comme réciter chaque jour une chanson, tu ne te rends plus compte de la difficulté. Mais c’est le seul sport que je fais. Bon ok, je cours, mais ça c’est uniquement parce que je suis toujours en retard ! Elle esquissa un nouveau sourire avant de remettre des chips dans sa bouche. Sinon, tu avais vu juste. Elle fit le salut militaire. Je suis militaire. Depuis hum…huit ans. Donc oui, c’est habituel de marcher vite.  » Elle détourna le regard pour voir sur l’extérieur un instant et fit remarquer à son voisin que dans la rue, il n’y avait que deux types de personnes ; ceux qui marchaient très vite, et ceux qui marchaient au ralenti. Jamais d’intermédiaire. Du moins, pas à cette heure de la journée. Elle revint sur Cian en se souvenant de leur discussion à l’extérieur. «  Pourquoi ça t’a vexé, quand j’ai dit que t’étais anglais ? Elle marqua une pause tout en arrêtant de mâcher pendant un instant. Tu parles anglais non ? Je veux dire okay, moi aussi mais c’est deux continents différents dont il est question. Mais il n’y a qu’aux USA et en Angleterre où on parle l’anglais en première langue nan ? » Elle ne se moquait absolument pas de lui, loin de là. Juste qu’elle ne comprenait pas pourquoi il s’était emporté. Elle comparait à son pays d’origine et à ceux voisins sans savoir qu’il était possible de trouver la même langue nationale dans les pays totalement différents. «  Eh puis, j’en ai pas la moindre idée de où c’est moi, « l’irlandais ».  » Là non plus, elle ne se moquait pas, ça se voyait à sa tête et à sa manière de hausser les épaules comme pour dire que ce n’était pas du tout le truc qu’on apprenait en Corée.

Elle explosa de rire lorsqu’il apporta sa définition de la bière américaine et elle lui envoya une frappe sur l’épaule en ajoutant un « bien dit ! » tout en savourant ses chips. Mais pour elle, la bière, ça avait toujours le même goût et ça étanchait la soif. Peu importait la provenance. Elle s’était d’ailleurs commandé une bière mexicaine, de quoi faire pleurer l’irlandais. Même si elle ne lésinait absolument pas sur les friandises, Eun-Sil esquissa un large sourire pour confirmer à son voisin qu’elle était également de la partie lorsqu’il faisait référence aux plats qu’ils servaient en accompagnement. «  J’risque rien, en Corée, on mange toujours épicé !  » Et même si elle avait largement perdu l’habitude de consommer des plats épicés en arrivant ici, elle avait toujours ça dans ses gènes et était bien heureuse de voir que son irlandais de voisin était de la partie pour déguster pareille chose. «  Hum, j’crois qu’il est fort, mais que c’est pas extrême nan plus. On verra bien !  »


Elle lorgna le fond du paquet de chips qu’elle froissa jusqu’à en faire une boule qui tenait dans son poing ouvert et reporta son attention sur Cian. «  Hein ? Nan, du tout. J’suis du district est.  » La misérable banlieue de Star City. «  Et toi, du coin ? »  Elle se passa une main dans les cheveux pour les détacher, se rendant – finalement – compte qu’elle avait oublié de le faire en sortant de la salle de gym. «  J’bosse dans le coin. Enfin, mon employeur est domicilié dans le coin, moi je travaille un peu partout.  » Elle faisait référence au fait qu’étant militaire, elle devait souvent se rendre sur le terrain et que le terrain, bah c’était partout hors les murs du building du QG. Elle esquissa un large sourire en tapant dans ses mains lorsque la bière arriva, quelques minutes seulement après que la serveuse ait disparu. Eun-Sil avait une bière en bouteille, ayant pris l’habitude de la boire toujours ainsi vu qu’il n’y avait pas de boissons au verre dans les quartiers pauvres de Corée. Ni de Star City d’ailleurs. Elle leva sa bouteille teintée à l’adresse de l’irlandais. «  geonbae ! Elle fit cliqueté les deux verres avant de répliquer à son voisin. C’est comme ça qu’on dit santé, chez moi !  » Et de porter la bouteille à son gosier pour en descendre une large gorgée qu’elle ponctua d’un long soupir de soulagement. «  Il n’y a rien de mieux qu’une bière après une journée de merde et une séance de combat !  » Elle laissa ses épaules s’affaisser en se détendant et garda le silence pendant presque une minute avant de demander ouvertement à son compagnon de soirée. «  T’es psy alors ?  » Pure curiosité. Et le plat de nachos de la mort qui tue d’arriver. Eun-Sil loucha en voyant la taille du truc – carrément gigantesque – et le pointa du doigt à la serveuse tout mignonne qui lui expliqua d’un radieux sourire que c’était le chef qui offrait pour ce soir et que si les deux amis en voulaient encore, il ne fallait que demander. Eun-Sil se retourna pour voir le barman et leva sa bouteille à son adresse en se frottant les mains. Elle attrapa un cure-dent de sur la table et en piqua un nachos. Ok, c’était pas la meilleure manière de manger ça, mais la demoiselle avait toujours usé de baguettes et quand elle pouvait trouver un système D pour y arriver, elle le faisait. «  Le Chef a dû se souvenir que la dernière fois on lui a vidé un sacré bout du stock… on attaque ? »
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Message posté : Dim 28 Déc 2014 - 9:03 Message
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C'est avec une impassibilité surprenante que Cian aperçu un sac de chips voler sous ses yeux et atterrir dans la main agile de sa compagne de boisson. Elle ouvrit celui-ci sans difficulté et s'empiffra aisément sous ses yeux impressionnés par l'appétit de la dame. En fait, cela n'avait rien de surprenant, les sportifs avaient tendance à manger trois fois leur poids, et ce, sans prendre un kilogramme supplémentaire. C'était normal lorsqu'on savait qu'ils perdaient tout après une journée d'activités physiques à l'intensité aléatoire.

-Elles sont bonnes? s'enquit-il en désignant le sac de croustilles de son menton.

Il aperçu quelques miettes aventureuses tomber sur la table et il sourit en imaginait la dame faire des pratiques de Tae-Kwon-Do. L'irlandais ne connaissait pas grand chose à l'art du combat à mains nues ou n'importe quoi qui permettait de se défendre contre autrui, il n'avait d'ailleurs aucune connaissances sur les mouvements distincts de cet art martial en particulier. Les seules choses qu'il savait provenait de films d'actions et du genre wuxia. Évidemment, il ne s'agissait pas des meilleures références qu'un amateur tel que lui pouvait se vanter de posséder.

- Mais c’est le seul sport que je fais. Bon ok, je cours, mais ça c’est uniquement parce que je suis toujours en retard!

Un sourire narquois ourla ses lèvres.

-Ou alors, car quelque chose vous poursuit? ajouta l'Irlandais en posant ses mains crispées sur la table, délaissant ainsi ses pauvres genoux.

Il haussa un sourcil intrigué lorsqu'elle avoua définitivement être dans l'armée, et ce, depuis huit années. Pourtant, la jeune femme n'était pas si plus âgée que lui que cela et certaines parties de sa personnalité de semblaient pas sortir de la discipline militaire. Le gouvernement prenait ses soldats aussi jeunes, de nos jours? En fait, l'étudiant arrivait à imaginer cette femme se dévouer à une vie belliqueuse et de guerres vers la fin de son adolescente. Elle semblait être de nature explosive et prête à se jeter dans la mêlée. Quand à lui, il préférait s'éloigner de la mêlée, très, très loin même. Il se souvint alors de cette après-midi, dans son vieux lycée, où une bagarre puérile avait débuté entre deux abrutis délurés. D'après ses souvenirs, cela concernait la blondasse la plus populaire du lycée, à cette époque-là. Pendant que les autres adolescents idiots cerclaient le duo hostile et leur lançaient des encouragements aussi débiles que inutiles, Cian était tranquillement partie aviser un enseignant. Malheureusement, son geste n'était pas passé inaperçu et certains avaient cru bon de l'approcher la journée d'après pour quérir vengeance ou simplement s'en prendre au morveux à lunettes.

-Ça doit être vachement bien de savoir se défendre comme ça, soupira le jeune homme qui comptait distraitement le nombre de miettes accumulée sur le bord de la table du côté de la jeune femme.

Dehors, comme elle l'avait indiquer, les gens marchaient soit trop vite, soit trop lentement. À cette heure-ci, les gens avaient tendance à être presser à rentrer chez eux après le boulot, à rejoindre leur famille ou le confort de leur divan. Pourtant, Cian, le rêveur, se contentait de tenir compagnie à une étrangère aux manières exubérantes dans une taverne qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de fréquenter.

« Pourquoi ça t’a vexé, quand j’ai dit que t’étais anglais? la questionna-t-elle soudainement. «Tu parles anglais non ? Je veux dire okay, moi aussi mais c’est deux continents différents dont il est question. Mais il n’y a qu’aux USA et en Angleterre où on parle l’anglais en première langue, nan?»

Il sourit, mais il ne rigola pas. Cian se demanda si elle pensait réellement ce qu'elle venait de rire. Que les États-Unis d'Amérique et l'Angleterre étaient les seuls pays où les gens parlaient l'anglais en tant que première langue. La pauvre, était-elle si peu au courant des affaires du monde? Il décida de se concentrer davantage sur sa première question, car celle-ci était tout à fait légitime et il n'aurait pas du s'énerver pour quelque chose d'aussi futile.

-Parce que je ne suis pas Anglais, à proprement parler, lui répondit Cian en fuyant son regard pour se concentrer sur ce qui se déroulait derrière la fenêtre aux coins givrés. Si nous sommes pour créer des boîtes pour y classer spécifiquement les gens, aussi bien les mettre dans les bonnes boîtes, n'est-ce pas? Il pouvait bien lui pardonner son ignorance flagrante concernant l'endroit où se situait son pays d'enfance. Ce n'était pas tout le monde qui étudiait profondément la carte du monde. Je dois admettre qu'après un certain temps, ça devient compliquer de se souvenir de toute les boîtes attribuées à une seule personne. Par exemple, je pourrais te dire que je m'appelle Cian O'Hara, je suis né en Irlande, mais j'ai grandi aux États-Unis et y possède ma citoyenneté et je suis de religion catholique, bien que je sois, en fait, un athéiste.

Il s'esclaffa en se disant que toute ses informations allaient donner d'horribles migraines à sa charmante compagne.

-Ne t'en fais pas, ce n'était qu'un exemple, mais attend donc, je vais te montrer où se situe mon pays de naissance! s'exclama-t-il tout en saisissant son téléphone intelligent. En deux temps, trois mouvement, il se connecta sur le wifi gratuit du magasin d'à côté et fit rapidement une recherche pour une carte du monde. Voilà, dit-il doucement avant de déposer son téléphone en direction de Eun-Sil, puis il agrandit l'image en faisant glisser son pouce et son index vers l'extérieur. Dans le fond, nous sommes nés chacun à l'opposé de l'autre sur le continent, ça c'est l'Irlande, adjacente au Royaume-Unis, puis la Corée est là-bas, entre le Japon et la Chine.

Observer la carte du monde lui rappela que la planète terre était vraiment immense contrairement à ce qu'il pouvait penser autrefois. Une seule race humaine et pourtant si diversifié en populations et en cultures. Ensuite, il ne comptait pas ce qui se passait à l'extérieur de sa planète natale et les races extraterrestres qui vivaient au-delà des étoiles. L'univers était une création sublime et terrifiante à la fois. Il rit quand elle affirma que le plat de nachos épicé de pouvait être aussi extrême.

-Ça s'appelle l'assiette infernale de nachos enflammés de-la-mort-qui-tue, cita-t-il avec un grand sourire narquois, ça sonne plutôt extrême à mon goût!

C'est alors qu'il la vit lorgner le fond de son sac de croustilles et il poussa un sifflement admiratif tout en clamant un discret «déjà fini?» vers l'asiatique gourmande et se contenta d'hocher poliment la tête lorsqu'elle l'informa qu'elle vivait en fait dans le district est de la ville. Cian s'était longuement renseigné sur l'endroit avant d'y emménager avec sa mère. Il avait d'ailleurs noté que certains quartiers de ce fameux district Est n'étaient pas les meilleurs de la ville et que là-bas demeurait une grande partie du crime organisé. Belle soldate experte en art martiaux vivant par les membres de la mafia? Cian avait l'impression de se retrouver auprès de la protagoniste d'un roman!

-C'est pas là-bas que se trouve le Chinatown ? se questionna l'Irlandais à voix haute afin de ne pas s'attarder sur la vie lugubre qui pouvait se dérouler dans cette partie de la ville. Je n'ai jamais visité le Chinatown depuis que je vis ici, ou plutôt je n'ai jamais visité de Chinatown de toute ma vie, mais j'ai toujours voulu m'y rendre, surtout pendant le nouvel An chinois, ça doit être génial!

Il s'arrêta de parler un moment pendant qu'elle détachait ses cheveux et les laisser tomber librement sur ses épaules. Elle ajouta qu'elle travaillait un peu partout, cela ne le surprenait pas quand il pensait à son métier militaire.

-Ma mère habite dans le quartier du Centre, quant à moi, je demeure dans un dortoir pour étudiants près de l'Université de Star City, lui dit-il. J'ai pensé que vivre près de mon université était beaucoup mieux à long-terme. En été, il m'arrive de prendre mon vélo pour me rendre au travail ou alors je prends l'autobus, parfois le taxi quand je souffre de flemmardise extrême, il avait prononcé ces derniers mots avec un sourire moqueur.

Entre temps, la serveuse s'était approchée d'eux avec les bières sur son maigre plateau. Une bouteille teintée pour la dame et un verre allongé pour l'Irlandais qui la saisit entre ses mains. Il trinqua avec l'asiatique joyeusement.

-Sláinte! rétorqua Cian à la formule lancée par la sportive. Afin de l'accompagner dans sa soif, il bu goulûment une gorgée et soupira d'aise une fois qu'elle eut glissé le long de sa gorge. L'amertume resta longuement sur son palais.

Un court silence s'immisça entre les deux jeunes adultes avant qu'il ne soit finalement comblé par la voix distincte de la Coréenne. Étrangement, Cian trouvait que la voir une bière à la main avec une expression aussi satisfaite au visage lui allait plutôt bien. « T’es psy alors ? »

-Plus ou moins, dit-il avant de se faire soudainement interrompre par une grande assiette de la-mort-qui-tue atterrissant entre sa compagne et lui. Ses lèvres s'entrouvrirent en une expression impressionnée. Il ne s'attendait pas à ce que le plat soit aussi gargantuesque. L'état de sa commande fut rapidement expliquée par la serveuse qui indiqua qu'il s'agissait d'un cadeau de la maison de la part du chef. Contrairement à la Coréenne qui leva sa bouteille vers le barman, l'Irlandais se contentait de lancer un timide sourire. Je devrais accompagner les favorites de bar plus souvent.

Pour cela, il faudrait qu'il commence par se faire de véritables amis. Il cligna ensuite plusieurs fois des yeux en apercevant la dame s'armer d'une cure-dent et essayer de saisir les nachos avec celui-ci. Putain, qu'est-ce qu'elle faisait? Quelle bizarrerie! C'était aussi bizarre que la fois où elle avait voulu écrire sur son bras.

-Euh, je pensais que ça se mangeait avec les doigts, lui fit remarquer Cian avant de se pencher vers le plat pour en renifler les délicieuses effluves. Il pouvait clairement voir la présence de piments sur les grandes croustilles enduite de fromage fondu et de quelques épices dont les noms lui échappait. Étrangement, cette collation ne sentait pas aussi «fort» que cela? Peut-être n'était-ce pas aussi infernal que le laissait entendre le menu. Bon aller, il prit une gorgée de bière pour se donner du courage, à la bouffe!

L'étudiant affamé tendit une main vers une croustille, s'en saisit prudemment et s'est avec une formidable agilité qu'il réussi à mener celle-ci à ses lèvres sèches sans mettre du fromage partout. Il prit une bouchée et mâcha pendant quelques minutes. C'était pas mal du tout, en fait. Il s'attendait à cracher des flammes brûlantes, mais finalement...

-Eh, c'est pas si ma...putain! Il avait parlé trop vite. L'Irlandais se mit à tousser tellement fort et si subitement que la majorité des clients tournèrent la tête vers lui. Le temps que les épices commencent à faire entièrement effet sur sa langue, il n'avait pas pensé qu'un volcan allait exploser dans sa bouche.

La larme à l'œil, Cian harponna sa bière et but plusieurs gorgées fraîches, il avait l'air très intelligent à s'étouffer comme cela devant toute la clientèle présente et le personnel. Dans le coin de la salle, il remarqua la serveuse qui les avait servi un peu plus tôt se moquer gentiment de lui. Quand elle s'aperçut qu'il la fixait, elle détourna immédiatement le visage en rougissant et disparu dans ce qu'il devina être la cuisine de l'établissement. Le rouge aux joues, il se rinça à nouveau la bouche avec de la bière.

-Bordel de merde, je viens d'assassiner mes papilles gustatives, elles ne me pardonneront pas de si tôt! s'exclama-t-il avant de prendre un cure-dent afin de détacher les gros piments forts du fromage solidifié sur sa croustille. Il jeta ceux-ci sur un espace vide dans l'assiette. Espérant que l'aliment serait moins agressif sans ses soldats de piments, Cian prit une nouvelle bouchée et la trouva déjà un peu plus acceptable. Qu'est-ce qu'on disait déjà? Ah oui, si j'étais psychologue... et je disais plus ou moins. J'étudies les sciences humaines à l'Université de Star City, plus précisément la psychologie... et la sexologie.

Il avait hésité avant de dire la dernière, car les gens avaient tendance à le regarder bizarrement chaque fois qu'il parlait de ses plans de cours. Les plus ignorants disaient souvent des trucs du genre «ah, ces cours de cul, c'est drôle!» C'est en grommelant qu'il hochait poliment la tête afin de ne pas lancer une réplique cinglante aussi puérile que le commentaire de ces imbéciles.

-Je compte devenir un psychologue clinicien dans le futur, dans le fond, c'est peut-être moi qui travaillerai dans le cabinet où je joue les réceptionnistes, en ce moment, dit-il avec un sourire sarcastique, peut-être que rendu là, tu pourras me rendre visite et tu me raconteras tes aventures et tes tracas.

Il croqua à nouveau dans le nachos infernal et tiqua. C'était si douloureux et pourtant si bon! Sérieusement, il fallait être un drôle de masochiste pour apprécier ce succulent repas. Il mâcha longuement un cube de poulet épicé.

-Tu veux qu'on parle de ta journée de merde? s'enquit-il finalement avant de boire un peu de sa bière.

Au diable la joie d'apprécier tranquillement sa bière, sa bouche était en feu, il s'était ridiculisé lui-même devant plusieurs personnes, et ce, en compagnie d'une jolie femme un peu bizarre. Il avait besoin de s'enivrer!
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Message posté : Mer 31 Déc 2014 - 16:32 Message
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Alors qu’elle se débattait toujours avec son nacho pour tenter de l’attraper avec un cure-dent – téméraire en plus ! – elle releva les yeux sur son voisin qui venait de lui poser une question qui la laissa perplexe. Clignant des yeux à plusieurs reprises, elle ne savait pas trop comment répondre à ça avant de finalement hausser les épaules et de répliquer sans véritable intérêt pour sa propre réponse. «  Ouais. Enfin, si tu dois faire face à trois connards armés d’un couteau ou d’une batte de baseball, tu peux faire l’art martial que tu veux ; ils te planteront de la même manière. » Se rendant compte que sa réplique n’était probablement pas des plus agréables à entendre, elle enchaîna en souriant. «  Mais quand tu es face à un seul connard, c’est très efficace, en effet. » Enfin à nouveau, si l’autre n’attaquait pas dans une ruelle sombre, couteau à la main.

Son explication sur les boîtes la laissa complètement dans un flou subliminal. Après la deuxième fois où il prononça le mot, elle le regarda avec un air inquiet, se demandant si elle devait véritablement y comprendre quelque chose à ce qu’il essayait de lui expliquer. Elle mit ça sur son côté « psy » et laissa ses remarques lui passer au-dessus en abandonnant finalement son cure-dent sur le côté de la table. Croisant les bras, elle se pencha en avant pour observer avec attention la surface du téléphone. «  Wha… Oh purée, attends, dé-zoom voir ! Haha ! Comment tu voulais que je connaisse ce coin là ?! » Elle venait de relever la tête pour pointer du doigt l’Irlande qui était revenu principale information à l’écran. Elle se pencha à nouveau dessus et fit jouer son doigt sur la surface lisse de l’écran pour observer d’un peu plus près les îles au nord de l’Europe. Elle lui demanda si ce qu’il appelait Royaume-Uni était ce qu’elle appelait vulgairement Angleterre. Quand il fit jouer la carte pour revenir de l’autre côté du globe, elle l’arrêta pour zoomer sur son propre pays. Et tapota sur l’écran. «  Tu m’emmerdes avec L’Irlande, mais LA Corée, ça n’existe plus. Prétendre que c’est un seul et même pays est tout aussi faux que ce que j’ai dit avant concernant ton pays. Le Nord et le Sud sont des plus différents et même entant qu’habitant de l’un ou de l’autre, le droit de passage est des plus restrictifs. Je viens de l’extrême Nord, j’ai jamais foutu les pieds au Sud et je ne parle pas leur langue.  » Là, elle ne faisait qu’énoncer ce qu’elle en savait, sans faire aucune reproche à son voisin. Visiblement, ils avaient juste tous deux des visions erronées du pays de l’autre.

Elle répliqua un « ouaip » à sa question sur l’emplacement de Chinatown. Elle décroisa les bras tout en regardant un instant dehors et en revenant sur lui l’espace d’après. «  Tu peux venir avec moi.  » Proposa-t-elle sans aucune arrière-pensée. Indiquant juste par là qu’elle, elle festoierait au quartier chinois et qu’il était le bienvenu s’il avait véritablement envie de s’y balader. «  Tu peux y aller quand tu veux en fait. C’est un peu kitch à mort mais pas si irréaliste que ça comme endroit. On célèbrera l’année de la chèvre en 2015. Le 19 février. Sauf qu’il y a une semaine – voir deux – de festivités en général. L’achèvement, c’est le 19 et c’est généralement là que c’est le plus grandiose mais si tu veux y venir un autre jour de la semaine, c’est volontiers que je te sers de guide. Elle marqua une pause avant de répliquer. J’veux dire, je m’y perds moi-même alors un anglophone, pas certain qu’il s’y retrouve dans les rues chinoises mais ça ne t’engage à rien.  » Elle fit un geste de la main pour renforcer sa parole. En effet, son voisin, s’il désirait visiter Chinatown sans son aide, pouvait sans autre le faire et elle ne s’en trouverait pas le moins du monde affectée.

Elle demanda sans retenue. «  Ta mère est venue avec toi ? » Pas qu’elle considérait le jeune homme trop âgé pour être encore en compagnie de sa mère, mais parce que la famille de la coréenne n’avait pas fait le voyage jusqu’ici. «  Tu as de la famille ici alors, c’est…bien.  » Vraiment ? Elle n’en savait trop rien. Mais elle souriait toujours à son voisin. « Dortoir pour étudiants » était un concept tout à fait inconnu de la coréenne avant qu’elle ne débarque en Amérique et y soit confrontée. De l’extérieur, elle ne voyait que des aspects positifs à ce système. Elle agrandit son sourire en voyant que Cian se moquait de lui-même en parlant de sa flemme occasionnelle. Elle voulait bien le croire. «  Ha ha ! Favorite toi-même ! J’y suis venue que deux fois, et deux fois à cause d’un ami différent. C’est juste que… bah je suis habituée à manger beaucoup.  » Elle prouva ses dires en finalement optant comme son voisin, à la dégustation avec les doigts des nachos. Elle en enfonça un tout entier dans sa bouche. Comme elle n’avait pas spécialement mordu dans un piment, elle ne ressentit pas l’effet volcanique de la chips lors du premier passage, mais au bout du troisième nacho qu’elle s’envoyait. Elle explosa de rire, autant à cause des expressions de plus en plus colorées de son voisin qu’à cause de la violente explosion qui lui brûlait la gorge. Elle toussa légèrement avant d’en reprendre un dans chaque main. C’était fort, mais pas suffisamment pour l’empêcher de manger. Du moins, pas de suite. «  Psychologie et sexologie… et ça t’aide vraiment à comprendre les gens ? » Oui parce que la coréenne, ne voyait pas le moins du monde comment des études pouvaient donner un code capable de décrypter tous les êtres humains de la même manière. «  J’veux dire, tu as dit qu’on ne pouvait pas tous rentrer dans une boîte – ou un truc du genre. Bah, comment tu fais pour pouvoir débloquer tout le monde ? » Elle enfonça deux chips d’un coup dans sa bouche et se rua droit derrière sur sa bière pour soulager, l’espace d’un instant, sa bouche en feu. «  C’est noté ! » Répliqua-t-elle, tout sourire dehors et la bouche pleine de nachos. Si c’était proposé si gentiment, elle ne voyait pas pourquoi se priver d’une visite une fois ou l’autre, surtout qu’elle n’était pas loin du centre d’entrainement.


«  Ha…  » Indiqua-t-elle quand il parla de lui raconter sa journée. Elle allait répliquer en souriant qu’il n’y avait absolument rien et que c’était une expression rien de plus quand elle se ravisa. Elle avala une nouvelle gorgée de sa bière et fit jouer la bouteille dans sa main droite. «  C’est pas véritablement ma journée qui était merdique. Plus, la semaine. Nan le mois. Enfin l’année j’crois en fait.  » Ricana-t-elle en dégustant encore un peu de sa boisson. Elle n’était pas du genre à se confier du premier venu ni même à s’épancher sur sa vie pas forcément toujours des plus agréables mais l’attitude de Cian la mettait en confiance et elle avait l’impression que rien de ce qu’elle ne lui dirait ne sortait d’ici. A tort ou à raison d’ailleurs. «  Disons que j’ai un peu gaffé au mois de mars et que depuis, bah j’ai pas véritablement digéré la sanction.  » Explication tout à fait eun-silienne de sa situation.
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Message posté : Sam 10 Jan 2015 - 21:38 Message
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Cian avait sourit poliment lorsqu'elle avait déclaré venir de l'extrême nord de son pays d'origine et ne rouspéta pas lorsqu'elle insinua que les deux parties du pays étaient très différents. En un sens, elle avait raison, mais selon l'Irlandais, les deux côtés possédaient plus de traits communs qu'ils ne le pensaient, dont la langue qui n'avait pas particulièrement changé entre temps. Normalement, quitter la Corée du Nord était un crime sérieux et les frontières étaient diligemment protégés contre les ceux qui tentaient de fuir. Pendant un instant, l'étudiant se demandait si cette jeune femme lui racontait effectivement la vérité à son sujet, puis il se souvint que ce n'était pas sa place de juger, de plus les ondes qui se dégageaient d'elle indiquaient rien d'autre que l'honnêteté. S'il était aussi difficile de sortir du Nord de la Corée, comment avait-elle fait pour quitter son pays? Oui, Cian était curieux, mais il savait aussi que ce n'était pas sa place de la questionner sur un sujet qu'il considérait plutôt sensible.

Peu de temps après, elle lui proposa de l'accompagner au quartier chinois, ce qui le prit un peu par surprise. Ils se connaissaient à peine, sinon pas du tout et elle l'invitait juste comme ça. Maintenant qu'il y pensait, elle lui avait bien demandé de l'accompagner à ce bar et il avait suivi sans aucune protestation, hormis le froid qui lui mordait toujours les entrailles. Si un jour, Cian devait raconter à qui que ce soit la façon dont il avait fait la connaissance avec Eun-Sil, il savait qu'il recevrait des regards bizarres de la part de ses connaissances. Il pensait connaissances, car il possédait déjà bien peu d'amis.

-J'aimerais bien, surtout que tu dois connaître davantage les lieux que moi, lui répondit-il doucement. Oui, ça me plairait bien de m'y rendre, de toute façon, je ne fais rien pour le nouvel An et puis, ça doit être bien de fêter auprès d'une foule qui te connaît pas.

À ces derniers mots, il baissa les yeux vers la table et c'était renfrogné. Étrangement, bien qu'il ne fut pas le plus grand fan des grandes foules, il s'y sentait plus à l'aise que dans un endroit où il risquait aisément de se faire reconnaître, comme l'université, par exemple.

-Il faudra simplement éviter de me perdre parmi tout ces gens, parce que j'imagine que les rues sont bondées à ce temps-ci de l'année ou comme d'habitude, ajouta-il ensuite. Dans les films, les rues du quartier chinois sont toujours pleines, mais bon.

« Ta mère est venue avec toi ?», entendit-il au-dessus de la table. «Tu as de la famille ici alors, c’est…bien», ajouta-telle ensuite même s'il ne comprit pas l'émotion dissimulée derrière ces derniers mots.

Il haussa des épaules. Cian prenait pour acquis le fait d'avoir une famille qui vivait auprès de lui et avec laquelle il conservait une assez bonne relation, sauf avec son père, évidemment, avec lequel il n'avait plus parlé depuis longtemps, très longtemps. Les seules nouvelles qu'il détenait de lui provenaient de sa mère qui pour une raison ou une autre, lui parlait encore une fois de temps en temps. Ses yeux se froncèrent en pensant à cela. Il détestait peut-être son paternel, mais sa mère avait tout de même été marié avec lui pendant plusieurs années et ils avaient bien eu un fils ensemble. Peu importe à quel point il désirait être rationnel, Cian n'arrivait point à trouver une pointe de compassion pour son géniteur.

-Je n'ai que ma mère, en fait, le reste se trouve en Irlande, avoua-t-il simplement en évitant de mentionner son père, il n'était pas suffisamment important à ses yeux.

La jeune femme s'attaque aux larges chips avec une main, cette fois-ci. Le premier passa aisément, puis vint un deuxième. Cependant, au troisième, Cian pu apercevoir le changement de couleur de la jeune femme et devina qu'elle avait découvert le volcan, elle aussi. Il rit avec elle pendant qu'elle s'armait d'un nachos dans chaque main. Cian la regarda faire dans un silence admiratif pendant qu'il se débattait encore avec une chip pour envoyer balader les gros piments les plus visible. Il tenait encore à son sens du goût!

«Psychologie et sexologie… et ça t’aide vraiment à comprendre les gens ?» s'enquit subitement l'asiatique, ce qui attira aussitôt son attention. Il s'apprêtait à lui répondre, mais elle en ajouta davantage. «J’veux dire, tu as dit qu’on ne pouvait pas tous rentrer dans une boîte – ou un truc du genre. Bah, comment tu fais pour pouvoir débloquer tout le monde?»

Ses lèvres remuèrent, puis il referma la bouche, le menton légèrement relevé pendant qu'il pensait effectivement à ce qu'il avait dit.

-Touché, rétorqua-t-il en pointant du doigt du fromage qui dégoulinait de la chip que tenait présentement Eun-Sil avec un sourire amusé. À vrai dire, les processus mentaux de l'être humain sont des choses très complexes que même une personne concernée peut avoir du mal à déchiffrer elle-même. Il attrapa son verre, puis se rinça la gorge avec une bonne goulée fraîche. Il soupira ensuite d'aise avant de poursuivre sur un ton amical, mon rôle est surtout de décrire, évaluer et d'expliquer ces processus et les comportements des gens. Autrement dit, mon but est d'aider les gens à faire leur propre introspection et à prendre la voie de la guérison quant à leurs maux invisibles.

Il avait du mal à conserver son sérieux en disant tout cela en apercevant la bouche plein de nachos infernaux qui trônaient dans la bouche de la sportive et l'alcool qui commençait tranquillement à le bercer de ses doux effets.

-Désolé, je divague un peu, tu ne dois certainement pas comprendre la moitié des conneries que je te raconte, rigola-t-il en détournant son attention sur autre chose que sa bouche pleine de délices. Elle ne déconnait pas quand elle avait mentionné un peu plus tôt qu'elle aimait manger. J'apprend simplement à être un guide qui aide les gens à penser clairement, se contenta-t-il d'ajouter finalement.

Cian harponna une chip encore chaude et balaya les piments avec un cure-dent. Il souffla deux coups sur celle-ci, puis la mena à sa bouche aux lèvres volcaniques. Il croqua et mâcha rapidement, savourant le bon fromage épicé et encore fondant.

«C’est pas véritablement ma journée qui était merdique. Plus, la semaine. Nan le mois. Enfin l’année j’crois en fait.»

C'était une bien belle dégringolade qu'elle lui racontait là. Cian la considéra longuement en silence, son verre de bière à nouveau entre les mains. Il hocha doucement la tête avant de prendre une gorgée.

-J'imagine que c'était pire que d'échouer un examen universitaire? lui lança l'Irlandais qui vida ensuite sa bière d'un trait. Tu veux parler de cette sanction, parce que moi j'ai toute la nuit devant moi et il faut bien que l'un de nous deux prenne la parole, sinon on s'emmerdera avec nos bières!

Il salua la serveuse d'un geste timide de la main, puis elle s'approcha gracieusement. Il demanda à ce que l'on lui serve la même bière, puis il tourna à nouveau la tête vers la Coréenne.

-Au mois de mars? répéta-t-il en faisant un calcul mental rapide. Cela fait une dizaine de mois de cela, qu'est-ce qui t'es arrivé de si terrible? s'enquit-il innocemment, se doutant à peine des évènements qui avaient pu secouer la vie de la pauvre fille.

Au même moment, la serveuse revint, lui déposa son long verre sur la table et repartit sans dire un mot rejoindre le bar où elle sembla converser joyeusement avec le barman.





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Message posté : Dim 25 Jan 2015 - 21:11 Message
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La coréenne, en était venue à s’éventer la bouche avec l’une des serviettes qui étaient posées sur la table. Ok. Elle avait largement sous-estimé la puissance dévastatrice de ces petites chips épicées. Elle essayait de ne pas tousser pour garder un minimum de prestance mais ça devenait de plus en plus compliqué et elle frôlait la crise de rire en repensant qu’en début de soirée, elle s’était estimée tout à fait capable d’engloutir le plat à elle toute seule. Niveau bouffe, oui, sans aucun problème, mais niveau épice… ça frôlait le massacre gustatif. S’autorisant une pause, elle s’éventa encore un instant avant de descendre une longue gorgée de bière et de soupirer d’aise. Elle afficha un large sourire, mi amusée mi sérieusement heureuse de voir qu’il y avait véritablement des américains – enfin irlandais en l’occurrence – intéressés par sa culture pour autre chose que pour la cuisine qu’ils avaient importé ici. Elle ne savait pas trop pourquoi Cian la mettait en confiance, peut-être parce qu’elle croyait voir un homme différent sous les quelques phrases « grossières » qu’il avait lâchées et espérait bien en profiter d’avantage. Il avait quelque chose de sincère, pudique et noble. Une sorte de respect des autres qu’elle ne trouvait que rarement ici sur territoire américain. Mais elle se garda bien de le dire. «  Parfait ! Tu verras, c’est incroyablement fantaisiste. Mais je ne dois pas être très objectif quand il s’agit de ma culture.  » Elle ricana. Oui c’était vrai, elle comprenait et se retrouvait dans la culture asiatique qu’elle considérait au dessus du reste et ne pouvait s’empêcher de l’adorer. Du moins, elle n’avait que très peu d’éléments de comparaison, n’ayant nullement exploré l’Europe ou même l’Amérique en dehors de Star City. Manque d’occasion ou manque de temps, un peu des deux. Elle ne fit pas attention au fait que son voisin glissa dans sa réplique que de un, il était seul pour le nouvel an – en règle générale ou pour celui-ci en particulier ? – et de deux, que ça l’arrangeait bien d’être au milieu d’une foule qui ne le connaissait pas. Parce qu’au fond, c’était bien la raison que prétextait la coréenne pour s’y rendre. Certes, c’était normal de fêter le nouvel an, mais c’était cette foule compacte et totalement irréaliste qui lui permettait de se fondre dans le décor et d’être tout simplement elle-même l’espace d’une soirée. Contente d’avoir fait une conquête pour l’occasion, elle mit son soudain renfermement sur une éventuelle peur de se retrouver perdu au milieu des rues. Elle répliqua en lui administrant une tape sur l’épaule depuis l’autre côté de la table en se penchant en avant. «  Rhaa, ne t’en fais absolument pas ! J’ai aucune intention de te perdre de vue, le but c’est de partager, pas de te faire une farce à la con et de rire dans un coin en te voyant paniquer ! Surtout que c’est pas contre toi, mais pas certaine qu’un anglophone s’y retrouve ! » Elle était toujours souriante et riait amicalement.

«  ça arrache grave quand même ! » Remarqua-t-elle en désignant le plat de chips du nez. Elle n’allait pas avouer qu’elle aurait de loin préféré s’arrêter là plutôt que de mourir des suites d’une overdose de piment mais sa fierté l’empêchait tout bonnement de baisser les bras. Tout comme Cian, elle s’appliqua désormais à rejeter sur le côté les petits esprits démoniaques rouges et enfonça une nouvelle chips tout entière dans sa bouche espérant ne souffrir qu’une seule fois du feu infernal. Elle fit oui de la tête en entendant qu’il n’y avait que la maman de Cian qui se trouvait ici aussi. Elle ne le questionna pas sur le reste de sa famille, se moquant parfaitement de savoir s’il avait des frères et sœurs, un chien, un père délinquant ou une mère alcoolo. Sur ce point, la coréenne était toujours respectueuse, elle ne posait jamais de question concernant le cadre familial si la question n’avait pas été lancée par le principal intéressé. Pourquoi ? Parce qu’elle savait que si la question lui était retournée, elle aurait à l’éviter. Ne faîtes pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse.

Elle le nargua d’un sourire, alors qu’il avouait s’être fait avoir par ses propres mots. Elle remua la tête, comme si elle essayait de se redresser, savourant sa fierté de l’avoir démasqué. Elle baissa ensuite les yeux sur sa chips en ria de plus belle en récupérant le fromage qui commençait à lui dégouliner sur les doigts. Elle répliqua un merci avant de s’intéresser à nouveau à son voisin. Elle voulut bien le croire quand il expliqua que les humains étaient une espèce des plus complexes. «  Donc, en gros, tu possèdes les questions, mais c’est à nous de trouver nos propres réponses c’est ça ?  »Elle n’était pas certaine d’avoir tout compris dans ce charabia de mots savants. Elle réfléchit un instant avant de retourner le visage vers l’extérieur et d’observer la rue. «  Les maux invisibles hein… Et toi, qui c’est qui t’aide pour te défaire de tes démons ? » Elle ne sous-entendait nullement que Cian donnait l’impression d’être en proie à des maux nécessitant de l’aide mais elle était simplement curieuse de savoir s’il pouvait s’aider seul ou s’il devait recevoir de l’aide de la part d’un autre spécialiste pour poser les bonnes questions.

Cian eut raison du peu de sérieux qui lui restait, comme si une de tension avait maintenu une sorte de retenue les empêchant tous deux de franchement rire de cette situation des plus étranges et qui tournait au ridicule. «  J’sais pas si c’est des conneries que tu me racontes mais en effet, j’en comprends pas la moitié ! Elle ria de plus belle avant de répliquer. Mais tu sais, nous autres soldats, on est bon publique et pas véritablement très futés de là-dedans. » Dit-elle en se frappant sur le front. Elle se moquait des préjugés. Elle savait parfaitement que les militaires n’étaient pas tous des billes et qu’il y en avait même des salement intelligents. Et d’enchaîner avec un « ça me va » comme si l’explication de Cian sur son métier lui convenait parfaitement.

La discussion revenait des plus sérieuses et la coréenne évita pour le coup de reprendre une de ses petites friandises. Elle arqua un sourcil. Examen universitaire ? Elle n’en savait rien, elle n’en avait jamais passé un. «  J’ai pas fait d’études universitaires.  » Expliqua-t-elle simplement. Elle n’en voulut pas le moins du monde à Cian d’être curieux pour le coup, même si elle ne s’était nullement épanchée sur le sujet avec ses proches. Elle croisa les bras sur sa poitrine, comme pour se donner un peu de courage et ouvrit la bouche, avant de la refermer en voyant la serveuse faire des allés-retours. Elle ne savait pas comment empoigner le problème ni pas où commencer. Elle se pencha en avant en appuyant ses coudes sur la table. Elle avait perdu son sourire et son regard était des plus sérieux.


«  Une équipe de l’armée a été envoyée en reconnaissance sur un terrain étranger. Une sorte de mission de renseignement qui ne nécessitait aucun renfort militaire ni même d’intervention armée. Une sorte de sortie de courtoisie pour ainsi dire, histoire de dérouiller des agents en manque de pratique. Bref. Nous étions six. Cinq agents et le Capitaine. Pour résumé, le climat était désertique, on s’ennuyait à mourir et l’ambiance nous rendait endormi, parce que comme prévu, il n’y avait rien à signaler et que tout ce que nous croisons n’était que civils en fuite pour cause de famine et autre. Après un temps d’exploration, nous sommes arrivés dans les ruines d’une ville, ou disons un village qui avait l’air d’avoir subit des dommages conséquents et c’est là que tout à commencé. Elle marqua une pause tout en repoussant sa bière et se concentra pour retransmettre au mieux à son voisin le problème sans en exposer trop. Au fil des mots, le moral de la coréenne redescendait en flèche et sa jambe se mit à trembler sous la table redoutant de devoir mettre une explication sur ses troubles. Je te passe les détails mais nous nous sommes retrouvés face à une véritable armée qui avait mis sur pieds des atrocités sans nom. Nous avons lutés, pendant plusieurs jours, pour tenter de venir en aide aux populations. Nous avons retrouvé la base et mis la main sur les scientifiques fêlés qui avaient engendrés tout ça mais… Sa voix mourut dans sa gorge et elle baissa le visage en se passant soudainement une main sur la nuque, à l’endroit de sa cicatrice. Elle remonta la tête en souriant. La véritable partie pénible arrivait et elle n’osait y faire face. Donc elle enchaîna en tentant d’en rire. Disons que je me suis fait prendre par l’ennemi et qu’ils possédaient de quoi te retourner contre les tiens. J’ai rien géré du tout et je n’ai pas été en mesure de retenir une pulsion extérieure qui envoya dans le néant mon Capitaine et deux agents avec qui j’avais collaborés. » Elle souriait à nouveau mais sa jambe ne bougeait plus et probablement que si sa mère s’était trouvée dans la pièce à cet instant, elle aurait fondu en larmes. Au lieu de cela, elle empoigna sa bière et vida la fin d’un seul trait. 

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Message posté : Mar 3 Fév 2015 - 3:18 Message
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Les yeux verdâtres de l'Irlandais s'arrêtèrent momentanément sur le liquide orangé que contenait son grand verre. La bonne bière était une merveille pour les papilles capricieuses de Cian. En fait, son amour de la bonne bière semblait souvent être son seul trait faisant de lui un vrai homme. Il pouvait accuser son père de l'avoir rendu aussi conscient face à sa propre masculinité. Arrêter de pleurer comme une fille, arrête de courir comme un homosexuel stéréotypé. L'étudiant préférait dire homosexuel stéréotype que de poursuive cette honte du langage que de donner la peine de prononcer des mots vulgaires au sens péjoratif. Il redressa un peu la tête lorsqu'elle avoua que son opinion à propos de sa propre culture ne pouvait être vraiment objective puisqu'elle en faisait partie elle-même. Il sourit, ces mots lui rappelant les quelques cours d'anthropologie qu'il avait reçu lorsqu'il avait débuté le collège.

-Cela dépend de la façon dont tu en parles, il est possible de parler de sa propre culture de manière objective, ou du moins, d'essayer. Il est normal de penser que l'endroit d'où nous venons, nos origines et notre culture, nous semble être les meilleurs du monde, mais entre toi et moi, existe-t-il réellement une culture meilleure qu'une autre?

Il rigola aussi de son côté, s'imaginant se perdre parmi les grandes foules à la recherche d'une asiatique qui ressemblait à toute les autres, à ses yeux. Cette pensée ne serait-elle pas un peu raciste? Non, il y avait un mot pour expliquer ce phénomène qui faisait en sorte qu'un groupe d'individus aux origines distinctes avait du mal à distinguer les membres d'un autre groupe ethnique, il ne se souvenait plus du mot exact, cependant.

-Qui a dit que je paniquerais, je saurai probablement me débrouiller! rétorqua l'étudiant avec un sourire complice. Dans la vie, il faut apprendre à se démerder en situation de crise!

Il leva son verre pour rendre honneur à ses propres mots et prit une longue gorgée. Il sentit la chaleur typique de l'ivresse lui monter aux joues et s'adossa un peu mieux au dossier afin d'apprécier cette douce sensation. Cian sourit bêtement en entendant sa remarque au sujet des chips infernales et il en profita pour en reprendre une. Il valait mieux en profiter le plus rapidement possible avant que celles-ci ne refroidissent trop et que le goût de l'huile du fromage prenne plus de place sur sa langue. Il harponna une croustille, congédia froidement les bouts de piments les plus visibles. Soudainement, il ressentit une brève vague inconfortable provenant de la jeune femme sportive, mais celle-ci disparu aussitôt. Était-ce sa faute? Il leva les yeux et ne remarqua rien d'intéressant dans ses yeux sombres. Qu'est-ce lui était passé par la tête?

«Donc, en gros, tu possèdes les questions, mais c’est à nous de trouver nos propres réponses c’est ça ?» demanda ensuite l'asiatique dont il pouvait voir une certaine confusion dans le regard.

-Cela dépends des problèmes des gens, les gens de la profession peuvent guider effectivement les individus vers des réponses, mais parfois, on peut aussi les trouver pour eux, mais au final, c'est toujours aux patients d'interpréter ce que nous disons. Parfois ils interprètent mal, mais ce n'est pas notre devoir premier de changer la mentalité des gens, surtout s'ils sont fixés sur une idée particulière. Il suivit son regard vers l'extérieur, considérant silencieusement les espaces humides plantés un peu partout sur les trottoirs et les rues, possédant divers formes. Il sursauta lorsqu'elle mentionna la présence de ses propres démons. Cette question le prit de court, ses lèvres remuèrent un peu, mais il ne répondit pas immédiatement. Son cœur battait un peu plus vite, mais il lui répondit avec le sourire. Moi? Des démons? Pas en ce moment, non et je suis le genre de personne qui arrive à se gérer seul.

C'était un mensonge. Un très gros mensonge, mais sans malice caché derrière. Cian possédait des démons comme tout le monde, mais il faisait de son mieux pour les ignorer. Comment aurait-il pu raconter à une étrangère les futilités de sa pensée troublée? Comment lui dire que certains jours, il était difficile pour lui de se lever de son lit et faire face à la vie, les démons du passé qui enchaînaient ses pieds et le maintenaient au sol. Parfois, il en avait du mal à respirer. Toutefois, il avait fait du progrès depuis son adolescence.

« J’sais pas si c’est des conneries que tu me racontes mais en effet, j’en comprends pas la moitié ! Elle rit, il sourit bêtement. « Mais tu sais, nous autres soldats, on est bon publique et pas véritablement très futés de là-dedans.»

Ah, ce stéréotype des soldats ou de toute personne ayant pour but dans la vie de suivre des ordres et diverses directives.

-Allons, je suis certains que les soldats sont plus futés que ce que l'on pense. Comment certains pourraient être stratégistes ou avoir des rangs supérieurs si ils n'étaient pas capables de réflexions? répondit-il avec un sourire peu sérieux. Il se passa la main dans les cheveux lorsqu'elle avoua ne pas avoir fait d'études universitaires. Ha, cela allait bien avec elle qui disant que les soldats n'en avaient pas beaucoup dans le crâne. Disons que d'échouer n'importe quel type d'examen n'est pas très agréable.

Peu de temps après, elle lui raconta finalement son histoire, ce qui lui trottait dans la tête. Ce qui faisait des journées des derniers mois des jours de merde. Attentif, les oreilles tendues dans sa direction, il bu ses paroles silencieusement. Alors que ses paroles déferlèrent sur lui, il sentit une sensation frôlant le mal aise l'envahir. Il savait que cela venait de la jeune femme installée devant lui. Une histoire de scientifiques fous, dépourvus d'humanité, de massacres et de pertes. Son ton sembla devenir un peu difficile à mesure que sa voix mourrait dans sa gorge. Elle passa sa main sur sa nuque, signe de nervosité?

« Disons que je me suis fait prendre par l’ennemi et qu’ils possédaient de quoi te retourner contre les tiens. J’ai rien géré du tout et je n’ai pas été en mesure de retenir une pulsion extérieure qui envoya dans le néant mon Capitaine et deux agents avec qui j’avais collaborés. »

Cian déglutit, mais son visage resta de marbre. L'esprit humain était si influençable, que cela soit par bon gré ou mal gré. Certains individus étaient plus faciles à manipuler que d'autre, mais le fait restait que la pensée humaine était frivole et apte de partir à gauche comme à droite sans prévenir. En silence, il l'observa vider sa bière. En effet, elle avait une bonne histoire à présenter comme excuse face à ses beuveries.

-Peu importe tes pensées et tes souvenirs, tu dois comprendre que ces évènements ne sont pas de ta faute et que rien n'aurait pu prévenir ce par quoi tu es passé, il disait cela, mais il connait si peu de détails au sujet de cette opération à laquelle elle avait participée. De plus, il était certain qu'il valait mieux ne pas tenter d'en apprendre plus. Ce genre de mission ressemblait plus à un secret qu'à un fait public, mais peut-être était-ce simplement lui qui était prudent avec les informations qu'il arrivait à dénicher. Cela a dû être difficile pour toi de me raconter tout cela, mais je t'en remercie.

Il força un sourire pour la rassurer.

-Tu connaissais bien ce capitaine et ses agents avec lesquels tu collaborais au cours de cette mission? demanda-t-il prudemment d'une voix posée et calme afin qu'elle ne se sente pas attaquer. Elle souriait, certes, mais il savait qu'à l'intérieur d'elle-même, elle ne portait pas le sourire. On peut... parler d'autre chose, si c'est ce que tu désires, hésita-t-il ensuite à ajouter.

Il s'accouda à la table.

-Cependant, même si ce sont des souvenirs douloureux, sache que je suis là pour t'entendre et que je te jugerai pas, et ce, même si tu dois m'exterminer ensuite pour en savoir trop à ton sujet. Il avait prononcer ces derniers mots sur une note humoristique pour égailler son humeur. C'était bien lui ça, un je m'en foutisme timide et sarcastique un jour et chevalier servant pour une étrangère le jour d'après.

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Message posté : Dim 22 Fév 2015 - 19:47 Message
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La coréenne ne fit aucune remarque à son voisin concernant les cultures diverses et variées qui s’étaient développées sur la planète terre. Elle n’avait pas de réponse à lui donner. Elle en connaissait que très peu et être capable d’en donner une soit disant plus forte ou meilleure que les autres lui semblait tout bonnement impossible. Elle connaissait les défauts et les qualités de la culture coréenne et commençait à percevoir petit à petit ceux de la culture américaine mais de là à en trouver une meilleure que l’autre… c’était peine perdue. Il y avait du bon comme du mauvais dans les deux et probablement que c’était inévitable. Elle peinait à croire qu’une culture uniquement constituée du bon soit envisageable ou même efficace.

Elle afficha un sourire rieur à l’adresse de Cian. Se démerder en situation de crise, elle savait pertinemment ce que c’était. Et à quel point ça pouvait être énergisant après la période de stress intense passée. Un bras croisé au devant d’elle, elle tapotait la table avec la pointe de son cure-dent. Cela lui évitait pour le moment d’exécuter un mouvement assez similaire avec son pied contre le sol de pierre. Elle sursauta lorsque le bout de bois se brisa en deux et compris uniquement à ce moment là qu’elle était arrivée dans une zone instable. Elle jeta un regard inquiet à Cian, comme pour voir s’il avait remarqué et s’empara d’un nouveau morceau de bois qu’elle fit tourner à plusieurs reprises dans ses doigts avant de poser assez brutalement ses deux mains sur la table pour s’éviter des mouvements parasites. Et esquissa un sourire sans rire. Elle faisait écho à la remarque de son voisin qui lui avait expliqué ne souffrir d’aucun démon. Elle soupira tout en murmurant qu’il avait bien de la chance. Elle ne remit nullement en cause ses paroles, persuadée qu’il était assez puissant – ou doué – pour mettre en déroute ses problèmes et connaître assez de méthode pour se débarrasser des indésirables. Elle aurait adoré pouvoir en faire de même, être capable de se gérer seule. Elle avait cru y parvenir pendant l’année durant pour finalement se rendre compte que c’était l’exact opposé qui s’était produit. Ce qui lui faisait peur, son plus gros doute, c’était de croire que même si Cian – ou un autre – lui donnait les clés pour enfermer ses démons, débloquer ses idées noires, elle n’était pas certaine d’être en mesure d’y parvenir. Elle s’était longtemps crue forte et indépendante, capable de survivre dans un environnement qui n’était pas le sien avec une langue qui n’était pas la sienne. Mais face à la douleur et aux doutes, elle en était venue à se demander si le principal problème n’était pas là. Elle jeta un regard en biais à Cian. « Tu as déjà vu des patients qui souffraient du mal du pays ?Enfin je veux dire… de ceux qui ont dus quitter un lieu qu’ils considéraient comme leur chez-soi pour un autre et qui ne se sont jamais adaptés à ce changement ? » Elle pensait s’être bien adaptée à son train de vie d’ici, à son métier de militaire mais quoi qu’elle fasse, elle n’était pas chez-elle. Tout dans sa vision des choses, dans son physique indiquait qu’elle n’avait pas sa place ici et même si elle faisait de son mieux pour s’adapter, c’était génétique : elle était faite pour le climat de la péninsule coréenne. Elle se souvint alors que Cian lui avait dit quelques instants plutôt qu’il était lui-même un étranger dans la ville et elle s’excuse presque de sa question en riant. « Toi, ça ne te fais rien ? Etre si loin de ce qui fait de toi un irlandais ? Je veux dire, la langue est peut-être plus proche de ton pays natal que la mienne mais ça reste un endroit qui n’est pas fait pour nous nan ? » Elle le mettait dans le même sac qu’elle, sans savoir ce qu’il en pensait ou ressentait réellement.

Elle expliqua la suite sans aucun jugement, avec une franchise toute à elle. « Tu sais, qu’on soit petit soldat ou grand général, ce qui nous rend fort, c’est l’automatisme. On est formé et entrainé pour ça ; répondre aux ordres sans mettre en avant la morale, les sentiments ou un quelconque point de vue. Je veux dire, on est humain mais, sur le terrain, si tu commences à avoir des états d’âme et à réfléchir, tu ne serviras à personne. Notre capacité à ne pas réfléchir est mise en avant. Ca nous empêche pas d’avoir des remords ou des bonnes parties de plaisanteries en fin de journée, quand on est plus dans le feu de l’action. Les généraux sont passés par là aussi. Ils sont forts stratégiquement mais on ne leur demande pas forcément de penser au bienêtre des troupes. Je veux dire, si envoyer des hommes sur le terrain comporte des risques, c’est très souvent encore plus risqué de ne pas les envoyer. On est un sacrifice nécessaire si on peut dire. Pas que ça me fait plaisir de me mettre en danger mais si c’est nécessaire pour protéger toute une nation, je pense que c’est une bonne action. » Pendant longtemps, on avait considéré que les femmes n’étaient pas les bienvenues à l’armée pour une raison très simple et ma fois évidente : comment éliminer la partie affective qui se mettait automatiquement en place et d’une toute autre manière entre deux soldats du même sexe qu’entre deux soldats du sexe opposé. Eun-Sil s’était faite à cet environnement presque exclusivement masculin même si aujourd’hui, le pourcentage de femmes dans l’armée ou chez les supers avait largement augmenté. Cette faculté ou ce blocage appliqué aux soldats, les rendant automatiques à plusieurs fonctions convenait parfaitement à la jeune femme. Elle y voyait un moyen très efficace de brider le moindre de ses sentiments, doutes ou remise en question. Et de ne pas se morfondre dans une profonde nostalgie de ce qu’elle avait perdu en ayant accès à cette nouvelle vie.

Elle esquissa un sourire compatissant à Cian. Certes, les examens, elle n’avait jamais trouvé ça véritablement agréable. A part ceux dont elle était certainement d’obtenir la meilleure note à savoir en technologie militaire par exemple. Mais passons. L’école, elle n’y avait pas remis les pieds depuis pratiquement dix longues années et elle n’aurait voulu d’aucune sorte y retourner.
Elle fixa Cian avec insistance. « Cian. Je me suis faite prendre par l’ennemi. Même si les événements qui ont suivi ne me sont pas imputables, je n’aurais pas dû me retrouver en position de faiblesse et me faire prendre. C’est une grave erreur et je n’aurais pas du y survivre. » C’était crument dit mais c’était bien là la vérité. Elle ne savait comment elle pouvait encore arpenter les couloirs du Brett. Probablement parce que le Soldat en armure avait caché aux autres son implant à la base de son crane et qu’il n’était plus là aujourd’hui pour en témoigner. Elle sourit à nouveau à son voisin même si son attitude toute entière ne témoignait pas d’un bien être certain. Avant de baisser les yeux et de regarder ses mains sur la table. Elle garda le silence pendant un long instant, se mordillant l’intérieur des lèvres. « Non. Je ne suis jamais… enfin je suis très bien programmée pour ne pas m’attacher aux autres. Elle releva les yeux. Ils étaient des collègues et j’appréciais de travailler avec eux mais je ne connaissais pratiquement rien d’eux si ce n’est leur nom, leur fonction et leurs aptitudes. » ça, ça ne faisait pas partie du protocole de l’armée. C’était la coréenne qui s’appliquait à ne jamais s’attacher aux autres, également dans ce soucis d’automatisme et de barrière à ses propres sentiments. Elle regarda son voisin avec un air franchement surpris avant de rire de bon cœur et d’administrer une claque par-dessus la table à l’épaule de ce dernier. « T’en fais pas va ! Je ne te tuerai pas pour ça. Du moins, tant que tu ne tentes pas de me soutirer des informations confidentielles ! » Il avait fait mention du fait qu’ils pouvaient sans autre changer de sujet. La coréenne soupira pour se détendre et reporta à nouveau son attention sur l’extérieur alors que la nuit commençait à avoir pleine emprise sur la ville. « On m’a dit que je devais plus aller vers les autres, ou les laisser avoir une place dans ma vie. Je ne sais pas la différence que cela fait. Elle secoua la tête tout en riant bêtement et reporta son attention sur Cian. J’en sais rien en fait. J’avais l’impression de faire juste en restant « militaire » même en privé mais il semblerait que je fasse tout faux. Du moins d’après un…ami. » Elle avait longuement hésité sur le terme. Elle ne savait pas trop comment définir sa relation avec les autres et encore moins y mettre un nom dessus. Elle ne savait pas trop comment s’y prendre pour être plus « ouverte » aux autres sans en subir les frais. Elle croisa à nouveau les bras tout en regardant son voisin. « Quelles sont les questions qu’on pose normalement, quand on veut faire connaissance ? Je veux dire, j’ai l’habitude de dire bonjour, de me présenter par mon nom mais ça n’est jamais moi qui demande. Je me contente de répondre et de ne jamais chercher à savoir ce que les autres ne veulent pas me dévoiler. Comment on fait – comment tu fais – pour savoir si tu vas trop loin dans la curiosité ? » L’alcool aidant, elle s’ouvrait en réalité plus à Cian qu’à de nombreux amis qu’elle connaissait depuis plusieurs années.
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