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Enzo's

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Message posté : Mar 2 Déc 2014 - 17:12 Message
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29 novembre 2014

Quartier Général du Cartel Rouge, 82nd Avenue, Star City

— Tu devrais venir à la maison, un jour.

Abban manqua d’ouvrir des yeux ronds.

— Euh…

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que ça voulait dire quelque chose ? Qu’est-ce qu’il était censé répondre ? L’Irlandais avait beau travailler depuis plusieurs mois en étroite collaboration pour Caesar et effectuer pour elle d’innombrables missions dont il avait la primauté, l’exclusivité et l’entière discrétion, il ne s’était pas vraiment habitué à la graduelle familiarité qui s’était nécessairement installée entre lui et la leader de l’organisation. À vrai dire, la plupart du temps, et Atia comme Thabo n’étaient pas sans le lui faire remarquer, le Passeur ne prenait pas la mesure du pouvoir et du statut qu’il avait acquis au sein du Cartel.

Un peu nerveux, il répondit évasivement :

— Oui, M’dame…

Atia poussa un soupir amusé, avant de faire glisser, sur la table de la salle de réunion, un dossier vers Abban. L’Irlandais attrapa le dossier et se mit à le parcourir des yeux. Il s’agissait d’informations publiques d’une part, confidentielles d’autre part, sur un système d’armement coréen. L’armée de Corée du Sud, en partenariat avec le Japon et, à en croire certaines circulaires secrètes acquises par le Cartel, quelques subsides chinois, avait engagé une grosse entreprise d’armement pour mettre au point un système de contrôle a posteriori du guidage des missiles. Quand on savait que la Corée du Nord multipliait les essais pré-nucléaires, la préoccupation n’avait rien de surprenant.

Abban releva les yeux.

— Vous v’lez qu’j’vole ça ? C’est loin, la Corée…

Il s’empressa quand même de rajouter :

— Mais j’peux l’faire.

Évidemment. Depuis quelques semaines, Caesar l’envoyait bien plus loin que Star City. Dans tous les États-Unis. Au Canada. Une fois au Mexique et une fois à Cuba. La réputation du Passeur commençait à traverser les frontières. Atia secoua la tête.

— C’est déjà volé.
— Ah.

Elle voulait probablement qu’il assurât le transport.

— Pas par nous.

Abban haussa un sourcil. « Nous », c’était le Cartel et le Cartel, c’était vaste et parfois un peu vague, mais si Atia le disait, c’était qu’elle devait être sûre d’elle. Pourtant, le contrôle du Mandarin sur les activités criminelles asiatiques était considérable, si Abban devait en croire ce qu’il entendait dans l’entourage des Neuf Dragons, à certaines tables du Circus et, parfois, dans les réunions en comité large du quartier général.

— Et le voleur cherche à vendre. Ou la voleuse, pour ce qu’on en sait…
— Vous v’lez dire qu’quelqu’un a volé un truc pareil sans avoir d’circuit pour l’refourguer ?
— Apparemment.

Abban adopta un silence perplexe.

— On est d’accord, c’est un peu atypique. Bref, je veux que tu nous rachètes ça.
— Et, hm…

Abban croisa sagement les mains et tenta de trouver la formulation la plus prudente.

— Pourquoi c’est pas le Mandarin qui s’en occupe ? ‘Fin, moi, j’m’en fous, notez, j’fais c’que vous voulez, mais juste, c’est plutôt son territoire.
— Je crains que sa réaction ne soit trop soudaine. J’aimerais que tu expertises le marchand en même temps que la marchandise.
— Vous v’lez dire, pour un recrutement ?

Atia haussa les épaules.

— Ça ou autre chose.

« Autre chose », Abban le savait bien, c’était l’élimination. L’Irlandais baissa une nouvelle fois les yeux vers le dossier.

***

2 décembre 2014

Enzo’s, Little Italy, Star City

C’était un établissement calme et, pour le passant dans la rue, un établissement sans histoire. Chez Enzo, on servait des pizzas le midi et des pizzas le soir, des plats de pâtes aussi, rien de trop élaboré, mais avec des bons produits, et c’était une fierté. Il y avait une télévision au-dessus du bar, qui passait des courses de chevaux et parfois des matchs de football, le vrai football, celui des Européens, pas le sport brutal des Américains. Chez Enzo, on parlait en italien parfois, même si certains n’avaient jamais mis les pieds en Italie.

Enzo’s ressemblait à tous les établissements de la Little Italy. Et comme bien des établissements de la Little Italy, Enzo’s avait ses habitués qui n’étaient pas là seulement pour la pizza ou le petit vin de Sicile de la patronne, Enzo’s avait ses salles qui ne servaient pas qu’à entreposer les ingrédients et Enzo’s avait des recettes de soirées privées qui transformaient l’argent sale en argent propre, celui qu’on déposait dans les banques et qui retrouvaient, d’une façon ou d’une autre, après une légitime commission, son chemin vers les comptes de ses vrais propriétaires.

Le rendez-vous avait été fixé à Enzo’s, par intermédiaires. Le Passeur et le mystérieux voleur. Il avait été placé sous la parole de Caesar et la parole de Caesar, c’était quelque chose en quoi on pouvait avoir confiance. Le Cartel reposait un peu sur ça. Sur la probité, d’une certaine manière, sur l’efficacité de sa leader. On avait assuré que le Passeur venait seulement pour négocier. C’était qu’il commençait à avoir une sacrée réputation, le Passeur, justement. Il y avait des gens qui n’étaient pas à l’aise à l’idée d’un tête-à-tête avec lui. Des gens qui ne s’imaginaient pas que le Passeur était cet Irlandais aux traits androgynes et aux baskets dernière mode, qui tapotait nerveusement des doigts au comptoir, en regardant sans conviction les chevaux courir leurs courses de chevaux, sur la télévision.

— Un autre coca, mon grand ?
— Nan, merci, Silvia.
— Et quelque chose pour manger ? Un grand garçon comme toi, ça doit manger !

Abban baissa les yeux vers la patronne. Grand, lui ? Tu parles. Mais il savait que Silvia disait ça sans ironie. Elle l’appelait « mon grand » comme d’autres l’auraient appelé « jeune homme ».

— Ça va aller. Mon rendez-vous d’vrait pas tarder.
— Comme tu veux, mais ne te laisse pas dépérir !

Ça, non, entre les mains de Silvia, aucune chance de mourir d’inanition. En tout cas, ce soir-là, le protocole était simple. Le voleur — ou la voleuse, comme l’avait souligné Caesar — devait se présenter au bar, demander un cépage de 1983, se raviser, préférer 1982, et ce serait le signe que la conversation pourrait se transporter ailleurs. Alors Abban attendait.

Un homme entra. Le bar. 1983. 1982. Abban le détailla d’un coup d’œil, machinalement plus que par conviction. À Star City, on apprenait rapidement à ne pas se fier aux apparences. Il était l’exemple vivant qu’il y avait parfois entre l’allure et les réputations des fossés incommensurables. Abban descendit de son tabouret et s’approcha de l’homme. C’était à son tour de servir sa partie du code, nécessaire à l’identification réciproque.

— Y a de très bonnes bouteilles en réserve. Si vous voulez, j’vous montre…

Et ensuite, ils iraient dans l’une des salles de l’arrière-boutique, pour discuter plus à leur aise.
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Message posté : Mer 3 Déc 2014 - 10:54 Message
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Suite à ma petite escapade en Corée au mois d’août, j’avais pris contact avec quelques personnes susceptibles d’être intéressées par les plans que je détenais. Compte tenu de mon anonymat dans le milieu, je n’avais pas été pris très au sérieux par le gang auquel j’avais demandé de faire une offre à Star City, dont j’étais quasiment sûr qu’il était une des ramifications du Cartel Rouge. Ils avaient tenté de m’escroquer, puis de me descendre, accessoirement, avant que je ne leur file entre les doigts. Je m’étais attendu à ce genre de réaction de leur part. Quand bien même cela s’avèrerait être la véritable découverte du siècle, qui aurait fait confiance au premier illuminé venu, prétendant avoir découvert l’eau en poudre ?
Je fus accueilli de façon similaire par la Bratva, en Russie, ainsi que par la mafia Italienne.
Je ne m’étais pas laissé démonter par ces échecs, qui n’en étaient pas du reste. Il suffisait à présent de laisser le temps faire son œuvre. Le vol des plans ainsi que de toutes les données concernant le nouveau système de contrôle du guidage des missiles, mis au point par la firme Sud Coréenne, n’avait pas tardé à inquiéter les autorités du pays et celles de son voisin Japonais, ainsi que les divers milieux mafieux. Ce voleur anonyme avait finit par faire jaser et ceux qui avaient obtenu un contact indirect avec lui se mordaient à présent les doigts de l’avoir laissé filer. Personne ne savait rien à son sujet, et il ou elle, s’était volatilisé dans la nature et ne semblait appartenir à aucun groupe connu, agissait en cavalier seul, ou bien encore, quelqu’un avait déjà mis la main dessus, ainsi que sur les plans, et chacun redoutait de voir cet armement top secret refaire surface à un moment ou à un autre. Il n’en était rien.

J’étais patient. J’avais attendu sagement dans l’ombre, que l’échec de mes premières tentatives de négociation fasse boule de neige et remonte à bon entendeur, tôt ou tard, afin que mes interlocuteurs m’accordent le crédit escompté. Je m’étais constitué un réseau d’informateurs que je payais grassement pour me fournir les noms dont j’avais besoin. Puis j’avais repris contact avec les Yakuzas qui m’avaient fait une première offre. Officiellement, je m’étais présenté à eux, sous une identité d’emprunt, en tant que messager dudit-voleur, avec quelques gorilles soudoyés spécialement pour l’occasion, uniquement pour l’esbroufe. Comme si j’en avais besoin... Je savais que la mafia japonaise avait mis en œuvre des moyens pour me retrouver, mais étrangement, aucun des gardes du corps ayant escorté le négociateur ne se souvenait de lui. Je n’allais pas leur faciliter la tâche non plus, d’autant plus que cela commençait enfin à devenir intéressant et divertissant. Je me demandais justement quand ma tête serait mise à prix.

De retour à Star City, j’avais repris contact avec des informateurs du Cartel par divers intermédiaires et je fus satisfait d’être enfin parvenu à attirer leur attention. Mon interlocuteur serait Le Passeur et un rendez-vous avait été fixé avec lui dans une pizzeria de Little Italy, ayant pour objectif d’aboutir à une simple négociation. Cependant, la réputation qui précédait ce gars là, m’avait appris qu’il était particulier, et qu’il était risqué de se retrouver en tête à tête avec lui. J’avais hâte de voir à qui j’allais avoir affaire.

J’avais quelques connaissances parmi la communauté asiatique. Aussi, avais-je demandé aux frères Lee de m’accompagner au rendez-vous. Hyun-Seung, plus connu sous le pseudonyme de Thwix, était un jeune homme de 28 ans, parfaitement dégourdi qui trempait dans de nombreux trafics de drogue et d’armes notamment, et possédait un bon réseau de connaissances dans le milieu criminel. Il n’avait encore jamais eu personnellement affaire au Passeur, mais il le connaissait bien de par sa réputation. Il était mon principal informateur à Star City. J’avais plusieurs fois eu recours à ses services, sous un pseudonyme, naturellement, et il ne m’avait pas déçu. Il ne savait que le strict de nécessaire sur cette affaire, en plus du fait que lui et son frangin toucheraient un gros pourcentage une fois la transaction terminée. Il était posté en retrait de la pizzera, adossé au capot d’une voiture et jouait avec un briquet. Son frère Kwang, quant à lui, était un gamin de 16 ans, et s’amusait à rider et à faire des figures de skate avec quelques uns de ses copains un peu plus en amont de la rue. Ils étaient payés pour surveiller les alentours de la pizzeria et me tenir informé de toute activité anormale ou toute présence suspecte au cas où Le Passeur attendait du renfort. Ils avaient ordre de dégager à mon signal ou si cela tournait au grabuge.

Je pénétrai chez Enzo’s à l’heure convenue, en jeans, baskets, sweatshirt, la capuche rabattue sur la tête, les mains dans les poches, aucun sac, aucune mallette. J’avais un téléphone portable dans une de mes poches, différent du portable pro ou personnel de Raphaël Mercury, qui ne contenait que quelques numéros associés à des noms bidon, de faux papiers d’identités et un billet de cinquante dollars dans la poche arrière de mon jeans. J’avais l’air d’un jeune homme tout ce qu’il y avait de plus banal. Rien ne laissait présager par ma tenue, que je pusse être conservateur de musée la journée, ou encore ce voleur de génie qui faisait à présent parler de lui.

Les regards se tournèrent vers moi lorsque je franchis la porte. Je saluai les habitués d’un signe de tête et gratifiai la patronne d’un sourire, accompagné d’un : « Bonsoir ! » avenant.

Je n’eu pas le temps de me rapprocher du bar que cette dernière me lançait chaleureusement : « Qu’est ce que ce sera aujourd’hui jeune homme ? » J’avais fréquenté l’endroit quelques temps avant le rendez-vous afin de me familiariser avec les lieux, analyser les clients réguliers, et avoir le temps d’observer les scènes qui se jouaient ici pendant que j’étais occupé à sympathiser avec la patronne. Pour elle, je n’étais autre qu’un nouveau client, un jeune homme aimable et sans histoire qui se régalait des plats de pâtes qu’ils servaient ici. « Je vais prendre un bon verre de vin du pays… cépage 83, s’il vous plait. » La patronne paru surprise. Ce n’était pas le genre de choses que j’avais pris l’habitude de commander. Le gamin androgyne assis au bar, qui m’avait à peine jeté un coup d’œil quand j’étais entré, descendit de son perchoir pour venir à ma rencontre. Je le toisai brièvement des pieds à la tête avant d’esquisser un sourire amusé. Ainsi, c’était lui Le Passeur. Au vu du tableau que m’en avait dépeint Thwix, je m’attendais pas à quelqu’un d’aussi jeune… Les apparences étaient parfois surprenantes et trompeuses, j'étais bien placé pour le savoir. « … euh non ! Tout compte fait, je préfèrerais un cépage de l’année 82, c’est possible ? » Il prit la parole à son tour afin de m’inviter à venir découvrir les bouteilles en réserve. Je lui adressai un sourire pour toute réponse puis lui emboîtai le pas.

Nous passâmes la porte du fond de la pizzeria, que j’avais maintes fois vue s’ouvrir lors de mes quelques passages chez Enzo’s. Elle débouchait sur un couloir carrelé, conduisant vraisemblablement aux cuisines et aux espaces de stockage de la marchandise, mais pas uniquement. Mon hôte me conduisit jusqu’à la dernière porte à droite, donnant sur une salle simplement décorée, munie d’une table et de quelques chaises. Pour l’instant, il n’y avait aucun invité surprise. C’était étonnant. Soit le Cartel ne me prenait pas au sérieux, soit ce mec là était à la hauteur de la réputation qui le précédait. Je savais par expérience qu’il ne fallait pas se fier aux apparences. « Le Passeur c’est toi je présume ? » dis-je, lui tendant une main. « Moi c’est Herald. » Je contournai ensuite la table avant de reprendre la parole : « Bon, et bien, montre-moi ! Ils ont vraiment des bouteilles de vin aussi vieilles ici ? » demandai-je amusé. Je n’étais pas sûr que notre petit manège soit passé inaperçu, à moins que tous les clients de chez Enzo’s, la patronne y-compris, soient de mèche avec lui. Auquel cas, ils m’avaient attiré dans un joli guet-apens. J’étais toutefois serein, si tel était le cas.
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Message posté : Mer 3 Déc 2014 - 14:57 Message
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— C’est moi.

Abban serra la main de Raphaël. Est-ce qu’un jour quelqu’un dirait « c’est toi le Passeur ? bon c’est mais c’est bien sûr ! » ? Parfois, le jeune homme avait du mal à ne pas être froissé par la surprise, amusée ou perplexe, qui s’emparait généralement de ses interlocuteurs lorsqu’il se présentait sous son pseudonyme dont la réputation le précédait. Est-ce que c’était sa faute à lui, s’il ne faisait pas deux mètres vingt sur un mètre trente et s’il n’avait pas une balafre en plein milieu du visage et un air patibulaire ?

L’Irlandais fixa son interlocuteur. Il savait très bien que sa propre présence ici, de la part de Caesar, était aussi une mesure de sécurité. Maintenant qu’il l’avait vu, Abban serait capable d’appliquer efficacement son don de localisation à ce voleur si fuyant. C’était une sorte d’assurance pour le Cartel. Une manière de sortir du jeu de cache-cache.

Le voleur haussa les épaules.

— ‘Sais pas. J’bois pas d’alcool. Sans doute. C’est réputé, comme resto, Enzo’s.

Pas autant que le Malachi Road, certes, celui qu’il tenait avec sa jumelle, mais enfin…

— Bon, vas-y, mec, sois pas dessus. J’suis p’têt pas aussi typique que’c’t’aurais voulu, mais j’t’assure qu’si j’suis là, c’est qu’on t’prend au sérieux. En général, j’me déplace pas pour rien.

D’accord, il n’avait pas l’air d’un mafieux, il ne parlait pas comme un mafieux, mais en matière de hiérarchie, il était beaucoup plus mafieux que n’importe lequel des habitués d’Enzo’s. Abban retira son blouson pour le poser sur la table.

— S’tu veux fouiller…

Avant quoi, il releva son sweat pour montrer sa ceinture, l’élastique de son boxer — question de style — et, surtout, qu’il n’avait pas d’arme sur lui. Il rabaissa le vêtement.

— J’suis pas armé.

Naturellement, dans son cas, ça ne voulait pas dire grand-chose. L’arme pouvait bien se trouver à trente mètres de là et apparaître comme par magie dans sa main. Ou lui pouvait disparaitre, aller chercher ce dont il avait besoin à l’autre bout de la ville, et revenir aussitôt armé jusqu’au dent. Mais enfin, il fallait bien un peu de protocole, dans la ville.

— Et j’suis seul.

Cela dit, il ne retournait pas la question à Herald, comme s’il lui était indifférent que son interlocuteur fût armé ou non, en équipe ou en solitaire.

— Des fois qu’t’aurais peur. ‘Fin, vu les dernières semaines, tu dois pas avoir peur d’grand-chose. C’est bien, c’est sympa. Ouais, bon, à mon avis, c’t’un peu con des fois, mais pourquoi pas. J’aime les gens qu’ont d’l’ambition. C’la dit, dans l’intervalle, t’as fait chier pas mal de monde. La Triade est un peu vener. Les Italiens ont l’impression qu’on s’fout d’leur gueule. Et les Russes, ils aiment pas être dérangés. C’est susceptible, tu vois, un Russe.

Une manière détournée de suggérer à Herald que ses dernières initiatives n’étaient pas passées inaperçues et que, donc : 1. il avait conscience de ses échecs à la revente de la marchandise et donc de la baisse de prix de cette dernière et 2. il était bien informé et il savait ce qu’il faisait. Pour autant, Abban n’était pas particulièrement hostile. Des voleurs talentueux qui cherchaient juste à se faire une place, il y en avait beaucoup ; de très talentueux comme Herald, beaucoup moins, et l’Irlandais était plutôt disposé à une certaine sympathie à leur endroit qu’aux mesures radicales qu’auraient réclamé d’autres membres du Cartel.

— J’crois qu’y’a pas mal d’gens qui s’raient partisans d’te couler les pieds dans l’béton et d’te foutre à la flotte, mais ma position à moi, elle est beaucoup plus modérée. Comme quoi, tout arrive.

La réputation du Passeur n’était certes pas celle de la violence.

— Bref, toi et moi, on va discuter d’au moins deux trucs. Un, la marchandise. On est prêts à acheter. Manifestement, t’as du mal à vendre. J’crois qu’on est faits pour s’entendre. Deux, ta situation personnelle à toi.

La seconde discussion risquait d’être un peu plus compliquée que la première, mais Abban se demandait si le caractère spectaculaire de ce vol n’était pas aussi fait pour attirer l’attention du Cartel.

L’Irlandais attrapa une chaise, la retourna et s’installa à cheval dessus, les bras croisés sur le dossier, les yeux bleus toujours fixés sur Herald.

— T’as des questions p’têtre avant qu’on commence ? Genre, sur ta sécurité pendant les négociations, ou des trucs dans ce style. ‘Videmment, s’tu tentes un truc chelou, on parle plus, j’me casse, et j’passe la main à des collègues moins subtils dans leur manière d’faire les choses. Perso, ça m’f’rait chier, j’me dis qu’c’est pas la peine d’être un voleur doué si c’est pour déclarer la guerre, mais après, c’est toi qui vois.

Et si au contraire tout était clair, ils pouvaient passer à la transaction.
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Message posté : Ven 5 Déc 2014 - 10:04 Message
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Ma question n’était que pure rhétorique. Un moyen simple et efficace de faire les présentations. Je n’avais aucun a priori sur les compétences du jeune homme, au vu de ce que l’on racontait sur lui, que son apparence ne venait infirmer. « Biensûr. » répondis-je avant de me présenter à mon tour. Il en fallait un peu plus pour me décontenancer.

J’étais un peu sceptique quand au fait que l’on puisse trouver du vin d’aussi grand cru dans une pizzeria. C’était à se demander qui avait mis au point ce code. Même si j’étais amateur de bonne chère, je n’étais cependant pas encore au fait de tout ce que l’on pouvait trouver dans les divers restaurants de la ville. Donc après tout, pourquoi pas. Je haussai les épaules. Bref, là n’était vraiment pas le sujet du rendez-vous du jour.

« Oui, il paraît. » dis-je avec le sourire. Thwix m’avait dit de me méfier du Passeur qui était une pointure dans son domaine. J’observai le moindre de ses gestes avec une attention toute particulière. Il entreprit de se dessaper et posa son blouson sur la table avant de remonter son sweat pour me montrer sa ceinture. Je ne vérifiais pas. « Ca ira. » J’appréciais la démarche, bien qu’elle ne fût pas vraiment utile. Il m’était aisé d’esquiver n’importe quelle arme ou projectile et de désarmer quiconque en un battement cils. Je sortis mes mains de la poche du mien que je les lui montrai, bien en évidence au niveau de mes épaules. « Ca tombe bien, moi non plus. » , je n’étais pas armé. Je l’étais très rarement. Je n'étais pas violent et je n’aimais pas spécialement les armes à feu. Je n’avais jamais été vraiment très adroit avec ces trucs là - j’étais plus doué à l’arme blanche - de plus, je n’estimais pas en avoir besoin pour de simples négociations.
Pour le reste, la seule compagnie que je m’étais octroyée était uniquement destinée à me donner le signal d’alarme pour me permettre de mettre les voiles sans attirer de trop l’attention cette fois. Si à l’étranger je pouvais encore passer pour un parfait inconnu, j’avais ma couverture à préserver à Star City, et je ne tenais pas à voir entacher l’image publique de Raphaël Mercury à cause d’une maladresse puérile.

Je ne pu retenir un sourire face aux remarques du Passeur, notamment sur la susceptibilité des Russes. Je ne le lui faisais pas dire, et je ne me cachais pas que je m’étais vraiment amusé à jouer avec les nerfs de tout ce petit monde qui plus est. Je notais au passage que le jeune homme était relativement bien informé et qu’il savait comment flatter mon égo. Il savait donc que j’étais allé frapper à toutes les portes, que je n’avais pas froid aux yeux et que j’étais susceptible de disparaître à tout moment. Voilà qui me ferait gagner du temps. « La susceptibilité des Russes n’a d’égal que leur bêtise. S’ils avaient été fins, ils seraient peut être déjà les heureux propriétaires de la trouvaille Coréenne. » Ce qui pouvait passer pour du mépris, n'était en fait qu'un constat, fait avec le sourire. C’était une manière de nuancer mon échec. La négociation n’avait pas abouti car j’avais estimé que la proposition n’était pas satisfaisante. Ils ne s’étaient rendus compte que trop tard de la réelle valeur de la marchandise que je leur avais pourtant foutu sous les yeux. Il était assez amusant de constater qu’ils n’accordaient d’importance qu’à leurs semblables, membres d’une grosse organisation, composée d’innombrables sous-fifres servant à valoriser leur égo démesuré. C’était cela qui les énervait le plus, tous. D’avoir le sentiment de s’être fait biaiser par un seul mec sorti de nulle part qui les menait par le bout du nez.
Je savais également qu’il était dangereux de jouer à ce petit jeu. Pas pour ma sécurité, ça non. Mais pour les affaires. J’avais volontairement fait monter la tension jusqu’à son paroxysme afin qu’ils aient tous envie de me mettre la main dessus, voir pire. Le Passeur ne fit que confirmer mon succès en m’avouant que nombre d’entre eux voulaient me voir disparaître au fond d’un lac ou d’une rivière. J’esquissai un nouveau sourire à mi-chemin entre l’amusement et la satisfaction. Qu’ils essayent seulement !

Il était temps maintenant de passer aux choses sérieuses. « Je me doute bien, sinon tu ne te serais pas donné la peine de te déplacer, tu l'as dit toi-même, non ? Ce n’est pas dans les habitudes du Cartel d’envoyer leurs meilleurs éléments pour causer chiffon. » J’avais moi aussi mes sources, et j’étais satisfait de voir que l’information était finalement bien remontée. « Pour ce qui est de la difficulté de la vente, c’est une question de point de vue. Disons que je n’aime pas marchander avec des … amateurs. » dis-je, le regard brillant soudainement d’une lueur espiègle. Car c’était tout ce qui m’avait été donné de voir jusque là, des branquignoles et des incapables. Je tirai une chaise pour m’asseoir, en toute sérénité, comme si j’étais en compagnie d’un pote. « Je pense également que l’on est faits pour s’entendre. » Le deuxième point qu’il souhaitait aborder m’intriguait. Quand bien même nous ferions affaire, je me doutais bien qu’il ne me laisserait pas repartir sans s'octroyer quelques garanties. Nous verrions cela le moment venu.

Je rapprochai la chaise de la table sur laquelle je croisai mes mains, sans quitter le Passeur des yeux. « Ne t’en fais pas pour moi. Je ne suis pas venu te déclarer la guerre. Ce n’est pas ma façon de procéder, et je ne tiens pas spécialement à me frotter à la subtilité de tes ‘amis’. » dis-je, mimant les guillemets avec mes doigts. « Au moindre truc… chelou, comme tu dis, je me casse également. Un piercing entre les deux yeux n’irait pas avec mon faciès, et je ne suis pas fan des chaussures en béton, en plus de ne pas être très esthétique, ça ralentit considérablement les mouvements. » Je n’allais pas lui faire un dessin, si j’étais toujours en vie, ce n’était pas uniquement grâce à mon don divin d'immortalité, mais bien parce que j’étais le dieu de la disparition instantanée.

« Bien ! Venons-en au fait. La marchandise, comme tu le sais sans doute déjà, ce sont les plans d’un armement mis au point par une grande firme Coréenne, qui permettent de construire un équipement capable de pirater le guidage des missiles… de n’importe quels missiles… Il s’agit d’une toute nouvelle technologie inspirée de celle de nos voisins extraterrestres. Pour faire simple. Après c’est du jargon technique de scientifiques, je te passe les détails. Bref, la Corée du Sud et le Japon se félicitaient d’avoir mis au point ce truc là, et risquaient de faire quelques jaloux s’ils parvenaient à construire leur prototype dans les temps. Seulement, leur projet top secret à eu quelques fuites. Et voilà ce qui arrive… » Je me reculai pour prendre appui sur le dossier de ma chaise.
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Message posté : Ven 5 Déc 2014 - 18:21 Message
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Herald avait l’air bien sûr de lui, mais Abban n’était pas certain de la conclusion à en tirer. Il était peut-être très doué. Le jeune homme n’avait jamais entendu parler de lui, mais c’était la définition des voleurs talentueux — et il y en avait beaucoup — de rester discret. Qui lui disait que Herald n’avait pas opéré un moment sous un autre pseudonyme devenu trop connu à son goût et qu’il n’en avait pas changé pour repartir à zéro ? Ou bien ce voleur-là était l’un des innombrables outrecuidants de leur milieu, pas mauvais sans aucun doute, mais peu au fait des subtilités politiques du Cartel. Ou alors il était juste un peu con, mais Abban avait de sérieux doutes sur le sujet.

Il tentait de deviner les traits de Herald sous sa capuche. Plus par curiosité que par nécessité : il n’avait pas besoin de le voir pour le reconnaître. En tout cas, l’attitude de son interlocuteur lui était plutôt sympathique. Les Mac Aoidh n’étaient pas réputés pour leur docilité au sein du Cartel et Abban appréciait de voir des voleurs se distinguer des logiques implacables de la grosse organisation. Abban aimait le Cartel dans une certaine mesure, il avait été une sorte de famille, et il en reconnaissait l’efficacité, mais il opérait constamment à la marge de l’organisation, si ce n’était par ses alliances, toujours plus haut placées, du moins par ses méthodes non-violentes et son sens de l’irrévérence.

Bref, il était rassuré de voir qu’ils se trouvaient sur la même longueur d’ondes. La description de la marchandise fut accueillie par un hochement de tête et par un :

— Ouais, ouais, c’bon, j’sais, ça.

L’impatience du jeune homme n’avait rien d’agressif : c’était une seconde nature, quasi commandée par ses pouvoirs.

— C’était pas forcément passé en d’ssous des radards, ton machin, tu vois, mais on était pas certains qu’ce soit vraiment fonctionnel. En fait, la plupart des gens ont quand même un peu des doutes. T’as chopé ça à la fin d’la phase développement, mais j’crois qu’t’aurais trouvé des mecs plus enthousiastes si y avait eu deux ou trois tests. Parce que bon, des armes révolutionnaires, tous les clampins en fabriquent, et dans l’domaine, ça parle beaucoup, mais ça livre pas toujours.

Rien qu’à Hamelin, le marché de l’armement théorique était hyperactif, mais pour de nombreux observateurs, il donnait un peu l’impression de se résumer à une bulle spéculative. En dehors des très grosses entreprises comme la Veidt, qui bénéficiaient d’une confiance de principe, non dénuée de prudence toutefois, les innombrables start-ups à lancer leur propre projet suscitaient plutôt une attention dubitative.

— C’pas la première fois qu’on parle de guider et reguider les missiles, hein.

Le fantasme technologique était aussi vieux que la Guerre Froide, même si Abban n’avait pas vraiment la culture pour apprécier la densité historique de la situation.

— Puis c’est pas non plus le machin du moment, genre Étoile d’la Mort, parce l’missile, faut encore qu’quelqu’un le lance, tu vois. Alors c’est super pour les pays, parce que ça fait protection théorique, mais pour les clients habituels, chez nous, c’est tout de suite un peu moins fun. Y a des tonnes de groupes qui préféreraient large qu’on leur fourgue un vrai missile en état d’marche qu’un truc qui possiblement leur guidera rien du tout.

C’était histoire de mettre les choses en perspective.

— J’dis pas ça pour t’décourager ou pour faire genre ton colis, c’est d’la merde, hein, comprends bien. On est tout à fait chauds pour l’acquisition, juste à nos yeux, c’est pas la panacée. Et ça peut expliquer aussi qu’tes précédents interlocuteurs, i’ aient pas été aussi à fond qu’t’aurais pu l’vouloir. C’t’une chose d’voler un truc super protégé à la pointe du progrès et tout, et l’exploit en soi, c’est déjà vachement bien, mais après, y a la réalité du marché, qu’est pas la même pour les boites privées légales et pour nous.

Hé oui, parfois, le crime organisé tenait bien plus de la théorie capitaliste que des aventures romanesques — Abban l’avait appris tout jeune.

— D’ailleurs, j’vais être honnête avec toi, y a moitié d’chance qu’si on t’achète c’truc-là, jamais on l’revende, mais qu’on s’fasse payer par les gouvernements pour pas l’revendre à d’autres gouvernements. Une espèce de rentes, tu vois ? Seulement, c’genre de chantage, faut un réseau et des contacts politiques pour l’mener, et d’la logistique pour l’suivre dans la durée. Le genre de trucs super chiant, tu vois.

En même temps qu’il essayait de donner à Herald une idée circonstanciée et pas trop gourmande de la valeur de la marchandise, le Passeur lui suggérait discrètement tout l’intérêt d’une organisation comme le Cartel. C’était un moyen de faire d’une pierre deux coups.

— Après, j’t’ai dit, j’répète, on est super ouvert à la négociation. On peut transformer ton truc invendable en vraie ressource et on trouve normal qu’tu sois récompensé pour tes efforts. Alors vas-y, à toi l’honneur, t’peux p’têtre commencer par dire un peu l’prix qu’tu voudrais en tirer. C’est cash ou nature, hein, on est pas obligés d’voir ça en terme de pognon, si y a aut’ chose qui t’intéresse.
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Message posté : Mer 10 Déc 2014 - 13:30 Message
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Je ne connaissais effectivement pas tous les rouages d’une organisation criminelle, et c’était bien le cadet de mes soucis. J’avais compris le principal. Elles fonctionnaient en général selon le principe d’une hiérarchie qui leur était propre et qui plus est, et différait en fonction des organisations et des pays. Mais l’on retrouvait toujours à peu près la même logique de fonctionnement, composées d’un ou plusieurs dirigeants puissant et friqué qui géraient, d’une main de fer la plupart du temps, des tonnes de sbires exerçant dans des domaines plus ou moins variés et spécialisés. Les membres d’une telle organisation étaient donc conditionnés et peu à enclins au libre arbitre lorsque celui-ci interférait avec celui de leur groupe.

Pour négocier avec eux, il fallait attirer l’attention du gratin : les mecs situés tout en haut de l’échelle, ou leurs représentants. Et pour que ceux-là daignent s’intéresser à vous, il fallait soit être un de leurs équivalent, gravitant dans leurs sphères d’influences, soit se démarquer d’une toute autre manière. J’avais opté pour cette solution, que je trouvais nettement plus amusante que d’essayer de parlementer avec des caïds qui se croyaient tout puissants, sous prétexte qu’ils avaient les moyens humains et financier de réduire n’importe quel gêneur au silence. Je n’avais pas voulu entrer dans leur jeu par la voie la plus réglementaire, bien que depuis août, j’aurais eu largement le temps de m’immiscer dans un de leurs si prestigieux cercles. Je préférais édicter moi-même mes propres règles. Ainsi, c’était moi qui menais la danse, un ballet peu conventionnel, j’en convenais et je savais que je passais pour un illuminé. Mais je pouvais me féliciter d’avoir réussi à les intriguer suffisamment pour que le Passeur daigne faire le déplacement.

« Parfait. » répondis-je. Le jeune homme était déjà au parfum du dossier, je n’avais donc pas besoin de lui faire un dessin.
« Certes, tu as raison, il n’a pas encore été testé. Ce modèle-là du moins. Mais ce système fonctionne. Je peux te l’assurer. » Je le laissai terminer son argumentaire, qui était parfaitement louable. Normal. Il voulait s’assurer de la qualité de la marchandise que j’avais à proposer. Déjà, il s’y intéressait, c’était un bon point. Nous allions pouvoir débattre. J’esquissai un sourire amusé lorsqu’il fit référence à un monument de science fiction. Cela m’amusait d’autant plus de savoir que cette fiction n’était pas si éloignée de la réalité lorsque l’on prenait en considération quelques récents évènements. Cependant, le jeune homme était sans doute trop jeune pour avoir connu l’attaque Terminus.
« Tu sais, la protection contre ce genre de trucs ne se limite pas qu’aux missiles des quelques pays voisins, qui, s’ils sont malins, réfléchirons à deux fois avant de les envoyer sur leurs copains compte tenu de l’armement actuel qu’il existe. Il y a des menaces autres, au delà de la Terre. Et c’est notamment sur celles-là que bossaient les scientifiques Coréens. L’attaque Terminus, ça te dit quelque chose ? » Bon, certes, ce n’était pas tous les matins que la terre avait affaire à une attaque extraterrestre. Quoi que… à bien examiner la question… Il y avait eu récemment plusieurs incidents notables à proximité de Star City, dont le crash d’un vaisseau extraterrestre. On n’était jamais à l’abri de rien.

« Je comprends toutefois que vous soyez plus intéressés par un armement plus… terre à terre dirons nous, et qui soit utilisable dans l’immédiat. C’est plus confortable pour tout le monde de se dire qu’on acquière un truc en état de marche qu’une arme à monter soi-même. » Façon marchand de meubles suédois. « Surtout quand on n’a personne de qualifié sous la main pour la monter. Mais je me doute que des scientifiques capable de monter ce genre d’engins, vous devez en avoir quelques uns sous la main, histoire de faire de ces plans, une vraie ressource comme tu dis. Et si vous n’en avez pas, ça se trouve… Il suffit de se montrer suffisamment… convaincant. Je ne vais pas t’apprendre le métier, je suppose que tu sais déjà tout cela. » Même s’ils n’étaient pas tous dotés de mon don de persuasion, je ne doutais pas de leurs moyens de pression. Ca c’était pour le cas où ils voulaient vraiment faire fonctionner ce truc là pour en faire commerce, naturellement. Mais il y avait également d’autres moyens d’utiliser ces plans, que le passeur évoqua presque aussitôt. Mon sourire s’élargit.
« Oui, il y a cette solution là aussi, qui est tout aussi intéressante. Plus intéressante même ! Si tu veux mon avis. Vous aurez entre les mains un moyen de pression politique sur divers gouvernements et autres organisations comme les vôtres. Super chiant, peut être, dans sa mise en place, mais qui rapporte au final.
D’ailleurs, en parlant de cela, tu sais que les Japonais m’ont fait une offre intéressante la semaine dernière ? Après avoir essayé de me descendre bien-sûr ! Mais j’ai réussi à m’introduire dans les quartiers du chef de l’organisation à l’insu de tous ses gardes du corps. Du coup, bizarrement, il a lui aussi été plus enclin à la négociation. Mais je lui ai dit que j’allais réfléchir. Car c’est la dure loi du marché et il faut faire jouer la concurrence. Donc si vous êtes prêts à faire une offre plus intéressante que lui, je vous écoute. Vous savez déjà que vous pouvez obtenir des garanties financières de la part du gouvernement américain par exemple pour ne pas le revendre aux japonais. »
Ce que tout seul, je ne pouvais faire, car je serais accueilli exactement de la même manière que lorsque je m’étais présenté aux diverses organisations. Je n’avais aucun crédit, aucune renommée, aucun poids. Et cela ne m’intéressait pas spécialement d’en avoir. Je n’avais pas intérêt à ce que mon nom soit connu au grand jour car je savais que l’Archimage m’attendait au tournant. Je faisais simplement cela pour la beauté du geste.

« Après, je vais te dire les choses franchement, moi ce qui m’intéresse vraiment, c’est le challenge, la beauté du geste. Le vol est aussi naturel chez moi que de respirer. » Mon arrogance n’avait d’égal que ma nature divine. « Si je suis allé dérober ces plans, c’est uniquement parce que j’ai entendu dire qu’ils étaient entreposés dans une firme dont la sécurité était dernier cri, réputée inviolable. Je leur ai prouvé le contraire, voilà tout ! » Je marquai une pause avant de poursuivre, calmement. « Cela fait partie du processus de trouver acquéreur pour un tel butin. L’argent m’intéresse un peu, je ne vais pas te mentir. » En fait si, je mentais comme un arracheur de dents. La valeur pécuniaire de ce que je dérobais m’importait peu, mais j’avais compris que l’argent était ce qui régissait le monde des mortels. Je décidais donc de me prêter à leur jeu. « Mais si j’ai besoin de blé, je sais où en trouver. » Il y avait tout un tas de manières d’en obtenir. Casser une banque n’était pas quelque chose de très difficile en soit par exemple, malgré les progrès technologiques et justement, de nos jours, avec la dématérialisation de l’argent, il était assez aisé pour un très bon hacker de rajouter quelque zéros sur un compte en banque. C’était la manière la plus directe et la moins subtile. « Vois-tu, je pense que j’ai suffisamment énervé tout le monde et que bon nombre de gens cherchent à présent à me démasquer, voir même… à me tuer. Je ne suis pas dupe. » Je l’avais fait délibérément, en toute connaissance de cause. « Le problème d’un indépendant tel que moi, c’est que pour conclure des marchés avec des gros clients, il faut qu’il soit un minimum reconnu. Seulement, le propre d’un voleur ce n’est pas de s’afficher en public, tu me suis ? Et tu vois… voler, c’est plus fort que moi. »
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Message posté : Mer 10 Déc 2014 - 14:12 Message
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Une organisation telle que la leur ? La concurrence ? Abban réprima un sourire. De toute évidence, son interlocuteur ne mesurait pas l’ampleur du Cartel et il ne devait pas non plus être très familier de son mode de fonctionnement. À tout le coup, il se représentait le Cartel comme une espèce de giga-Mafia à la tête de laquelle, loin de la stratosphère du crime, veillait une sorte de Moriarty qui tirait les ficelles. Du reste, il n’était pas le seul à nourrir cette idée à la simplicité un peu trop belle de la manière dont les choses fonctionnaient.

Pour Abban, tout était clair, mais il avait grandi avec le Cartel et son fonctionnement : ce n’était pas vraiment un mérite de sa part, ou la preuve d’une intelligence particulière. Il lui avait même fallu se rendre à Star City et y discuter avec les petites frappes aux marges du territoire pour comprendre combien l’extérieur pouvait avoir une vision faussée de l’organisation. Herald croyait apparement que les Yakuzas incarnaient une alternative au Cartel. Mais la Triade s’étendait jusqu’au Japon et le Mandarin, à la tête de la Triade, siégeait à la table du Cartel — qui, elle, fonctionnait comme une démocratie du consensus. Ironiquement, à bien des égards, le Cartel était plus démocratique que bien des institutions légales — et par d’autres côtés, il fonctionnait comme un vaste système féodal.

Si Herald lui disait la vérité, Abban jugea donc que son interlocuteur devait être placé devant un faux choix : soit il vendait l’arme aux Yakuzas, donc à la Triade, donc au Cartel, soit il la lui vendait à lui, donc à César, donc au Cartel. Bien sûr, toutes les organisations qui composaient la vaste nébuleuse du crime n’avaient pas les mêmes intérêts, mais lorsque l’ordre venait directement de César, c’était qu’il y avait une sorte de consensus et que le Cartel agissait comme un seul homme, remisant pour un temps les rivalités éventuelles. Tel était le rôle d’Atia à la tête de cette organisation complexe où la politique interne était assurément plus subtile encore que celle du Congrès à Washington.

Le Passeur secoua la tête.

— Mec, ça va pas pouvoir fonctionner comme ça.

Il ne comptait pas jouer aux devinettes avec lui.

— Soit tu vends ton truc, contre du pognon ou autre chose, mais tu le vends. Soit tu t’en fous pour de vrai, et dans c’cas, tu l’voles et tu l’rends à ceux qu’t’a volés. Mais t’as pas tellement d’autre choix. Tu t’es fais jeté par un peu tout l’monde. T’es p’têtre un voleur super doué, personne le conteste, t’as p’têtre infiltré la base de Machin et la base de Bidule et tu les as faits flipper, c’est très bien. Mais ça suffit pas à faire l’café.

La carrière criminelle était une carrière complexe qui ne requérait pas qu’un seul jeu de compétences.

— Tu veux vendre ton truc. Moi, j’viens parce que t’as un truc à vendre. Tu dis ton prix. On en discute. On trouve un arrangement. Tu vends, j’achète et chacun repart. Si tu veux passer trois plombes à m’expliquer comment tu t’en fous d’le vendre, c’était pas la peine de réveiller tout le monde, t’aurais pu foutre ton disque dur dans un garde-meuble et on en aurait plus parlé.

Ou alors il serait allé le revoler lui-même.

— Après, si trouver acquéreur, ça fait partie du processus, comme tu dis, ben ton processus, t’es en train d’le foirer, j’suis navré de t’le dire. Les gros clients, ils vont pas venir parce que t’peux choper des objets rares. Sérieux, mec, tu crois quoi ? Tout le monde peut choper des objets rares. OK, pas tout l’monde, mais ces plans-là, t’étais carrément pas l’seul à pouvoir les embarquer. J’aurais pu l’faire. La Pie aurait pu l’faire. Et probablement douze autres personnes à Star City, j’te parle pas du monde entier. La difficulté pratique, la difficulté physique d’voler un truc dont tout l’monde sait où ça s’trouve, elle existe plus depuis longtemps. Pas sur un plan mondial, en tout cas. Les problèmes, i’ sont ailleurs.

L’heure était aux objets encryptés, impossibles à localiser, fractionnés, possiblement inexistants, aux rumeurs et aux faux-semblants. À l’âge des coureurs, des sauteurs de dimensions, des téléporteurs et des passes-murailles, les sécurités dernier cri, quand elles ne s’exprimaient pas en termes d’auto-destruction totale et immédiate de ce qu’il y avait à voler, étaient toujours déjà obsolètes.

— Encore une fois, comprends bien. J’veux pas dire que t’es naze, que t’as pas un talent exceptionnel, que t’as eu tort d’voler ces plans ou qu’i’ valent rien. Juste, OK, la beauté du geste, ça va cinq minutes. T’as kiffé, j’ai kiffé, ceux qui s’y connaissent auront applaudi, mais maintenant c’est fini. Maintenant que les plans sont là, à la rigueur, on s’en fout si vous étiez quarante et qu’v’z’avez bousillé le labo à coup d’bazookas pour récupérer les pans ou si t’étais tout seul avec ta bite et ton couteau, c’qui compte, c’est combien t’en veux, combien on veut t’en doner, si on peut s’arranger. Et ça…

Abban haussa les épaules.

— Ça, c’est chiant, c’est fastidieux, c’est pas du tout rigolo, y a aucune beauté spéciale là-dedans. Mais sérieux, quitte à faire dans l’esthétique, autant repartir maintenant ce soir avec du pognon et comme ça t’es débarrassé. On a pas à en discuter pendant trois plombes, hein. On a tous les deux bien conscience de c’que ça vaut, de c’qu’on peut en faire, etc. C’juste une question d’chiffres, après.

L’Irlandais s’interrompit brusquement et tourna le regard vers le mur. Quelque chose avait attiré son attention dans la salle principale, que son regard surveillait machinalement de temps à autre, au-delà des murs, grâce à son pouvoir. Un lieutenant d’une famille italienne venait d’entrer. Il avait l’air de regarder le mur, mais c’était bien l’homme qu’il suivait. L’homme s’assit à une table. Et commanda une pizza.

— Fausse alerte.

Le Passeur reporta son attention sur Raphaël.

— Ouais, donc. Honnêtement, j’veux bien t’faciltier les choses. T’as l’air sympa et même si on dirait pas, là maintenant, ta façon d’voir les choses, c’t’un peu ma façon d’voir la chose. En plus, t’as plutôt une belle gueule, ça gâte rien. Du coup, j’veux bien commencer par t’faire une offre, mais pense pas qu’ça fonctionne comme ça d’habitude.

Difficile de savoir si cette proposition naissait vraiment du bon cœur d’Abban ou si tout le discours précédent n’avait été qu’une manière de lui donner le beau rôle. Sans doute un peu des deux.

— Tels qu’on voit les choses, y a trois prix, en fonction d’la nature. On t’propose dix millions en diamants bruts ou sept millions en cash ou cinq en virement. Vu la situation actuelle et le côté difficile à exploiter d’la marchandise, ça nous parait plutôt généreux.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 10:01 Message
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Bien. J’avais affaire à un dur à cuire et malgré son jeune âge, il avait oublié d’être idiot. Je me doutais bien qu’un coup pareil, d’autres virtuoses auraient été en mesure de le réaliser, et je l’espérais bien. C’était un héritage qui leur avait été transmis, j’osais espérer qu’ils s’en montraient dignes. J’avais moi-même coiffé sur le poteau quelques japonais bien organisés, que j’avais salués du reste. Je ne doutais pas que sans mon intervention, ils se seraient emparés des plans et ils auraient mené leurs petites affaires bien tranquillement. L’ordre de l’univers mafieux n’en aurait pas été bouleversé, mais il avait fallu que je vienne semer la zizanie dans leurs plans.

Je n’avais pas vraiment idée de ce dans quoi j’avais réellement mis les pieds. Pensant avoir négocié avec un groupuscule adverse, indépendant de la Triade, je n’imaginais pas que l’ombre planante du Mandarin ai eu une quelconque influence sur cette négociation, et que si ces derniers m’avaient fait une offre un peu basse, c’était uniquement dans le souci de ne pas concurrencer leurs pairs et de ne point s’attirer les représailles de plus fort qu’eux. Mon petit tour de force n’avait fait qu’alimenter le moulin en eaux tumultueuses, en somme.

Je notais au passage que le vol faisait aussi partie des compétences du Passeur. Voilà qui était intéressant. Et à ses dires, en plus d’être négociant, s’il s’estimait être capable de réussir pareil coup, il ne devait pas être mauvais. J’enregistrai scrupuleusement les noms de tous les virtuoses qu’il me cita mais ne l’interrompis pas. Je me contentai de l’écouter, un sourire énigmatique fendait mon visage.

A entendre la réaction du jeune homme, je m’aperçus que je ne mesurais pas toutes les subtilités de la négociation à leur juste valeur. Cela se révélait plus corsé que prévu. Soit j’avais réussi à l’énerver et il montait sur ses grands chevaux, soit je me fourvoyais sur un point, ou deux, même plusieurs. Difficile à dire. Mais était-ce vraiment important ? Ce gamin était bon. C’était indéniable. Un vrai petit génie comme je n’en avais rencontré depuis des lustres. Il m’intriguait fortement à présent, et il me tardait de le voir à l’œuvre dans d’autres domaines.


« Ca va, ca va, ne t’énerve pas ! » répondis-je riant presque, pour calmer le jeu. « Si on ne peut plus causer !... » Le Passeur n’avait pas l’air d’être du genre à vouloir plaisanter, ni perdre son temps en palabres inutiles. Je pensais les jeunes de nos jours plus patients. Comme il me le suggérait si prestement, il était temps d’en venir au fait, et d’en finir. « Très bien, tu veux parler pognon, parlons pognon ! » Je ponctuais son histoire de chiffres d’un « Certes ! » avant que son attention ne soit attirée par autre chose du côté du mur. Un silence s’installa.

Je tendis l’oreille sans pour autant quitter le jeune homme des yeux. « Aurais-tu commandé un menu spécial ? » m’enquis-je sur un ton léger, peu approprié au milieu d’une telle conversation, j’en convenais. C’était un peu ma manière de détendre l’atmosphère. J’entendais par là qu’il attendait probablement de la compagnie. Mon téléphone ne vibra pas dans ma poche, ce qui voulait dire que mes deux avant postes n’avaient rien remarqué d’anormal. Je restai sur mes gardes néanmoins. Mais pour l’heure, je n’entendais rien de plus que les bruits normaux du restaurant. Peut-être le jeune homme était-il doté d’une ouïe sur-développée ou quelque chose de ce genre. Tout était possible dans une ville comme Star City.

Le Passeur repris le fil de la conversation comme si celle-ci n’avait été interrompue, mais cette fois, son discours se fit un peu moins agressif. Voilà qu’il me caressait dans le sens du poil maintenant. J’ignorais s’il était sincère, et cela m’importai peu. Il était s’était montré brillant et je trouvais que ce gosse était plutôt doué pour son âge, très doué. Il me plaisait déjà, et je voyais en lui l’aune d’un héritier du XXIème siècle on ne pouvait plus intéressant. Non seulement il connaissait les rouages du Cartel, mais était bien plus au fait du fonctionnement mafieux, politico-économique contemporain que je ne l’étais pour l’heure. « On peut dire que toi, tu sais comment parler aux gens ! » Je souris. Je comptais bien que nous fassions affaire, mais pas uniquement sur la vente de ces quelques plans.

Effectivement, l’offre était légèrement plus généreuse que celle des Japonais qui ne m’avaient pas du tout proposé de diamants. Je devais avouer que cette proposition était nettement plus alléchante que du simple cash. « Va pour le diamant ! » Cela me donnerait un prétexte supplémentaire pour voyager et me frotter au marché économique du monde moderne afin d’en apprendre les subtilités. « Douze millions. » ajoutai-je, simplement pour la forme et pour le sport. Il allait de soit que j’étais prêt à accepter n’importe quel prix entre dix millions et douze millions, tout dépendait de l’humeur joueuse de mon interlocuteur.
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Message posté : Jeu 11 Déc 2014 - 21:09 Message
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Les diamants, c’était beaucoup plus sûr. Plus difficiles à suivre, beaucoup plus faciles à transporter et à blanchir. Il suffisait d’un joailler un peu complaisant — le Cartel n’en manquait pas — pour les transformer et escamoter leurs propres certificats d’origine sous le poinçon du bijou auquel ils servaient, quand on ne les revendait pas purement et simplement, très simplement même, sur le marché noir. Les criminels peu confiants envers l’argent virtuel et ceux qui ne voulaient pas s’encombrer de valises de billets pleins de numéros de série trouvaient dans les diamants un excellent substitut économique. Comme les diamants coûtaient moins à « produire », au Cartel, que de l’argent propre, comme par ailleurs, de l’autre côté, ils exigeaient un peu plus d’effort, de la part de celui qui les recevait, pour les rentabiliser, la somme était plus élevée.

Douze millions. C’était tout à fait dans la marge suggérée par César. Abban fixa Raphaël sans ciller. Peut-être qu’il était encore possible de faire baisser le prix. Mais Abban estimait que douze millions était un bon encouragement pour un voleur qui volait par passion de l’art. Après tout, ce n’était pas son propre argent, il avait rempli sa part de la mission et il n’avait pas besoin de faire dans l’excès de zèle.

— Entendu. ‘Tends ici cin’ minutes, j’reviens.

Le Passeur se leva et sortit de la pièce. La seconde suivante, il était dans l’entrepôt qui servait de quartier général au Cartel.

— 12.

La femme hocha la tête et désigna le coffre-fort, dans un coin.

— Je ne te donne pas la combinaison.

Fit-elle avec un demi-sourire. Inutile en effet. La mallette contenant les diamants apparut sur la table, à côté d’Abban.

— Et pour le reste ?
— Pas encore discuté. À voir.

Atia hocha une nouvelle fois la tête et Abban disparut avec sa mallette, pour faire son apparition dans le sous-sol de Nalebo Hall. Il resta immobile cinq secondes, le temps que les scanners biométriques pussent confirmer son identité, puis composa le code de la chambre forte devant laquelle il était apparu. Le lourd battant métallique de la porte coulissa, révélant une succession de coffres semblables à ceux d’une banque, qui contenaient une collection considérable d’œuvres d’art, de liasses de billets enveloppées dans du cellophane, de disques durs aux informations précieuses et de prototypes technologiques. Certains objets n’étaient là qu’en attendant d’être revendus, d’être été entreposés le temps de prendre de la valeur, d’autres encore servaient de filets de sécurité.

Abban composa la combinaison d’un coffre vide et y glissa la mallette, avant de l’ouvrir pour en retirer un quart des diamants.

– Fermeture.

La porte en alliage de la chambre fort se referma, mais Abban avait disparu bien avant que le vide d’air ne se fît dans la chambre forte. Il ne s’était pas écoulé trois minutes entre le départ d’Abban et la réouverture de la porte, dans la petite salle d’Enzo’s. L’Irlandais pénétra à nouveau dans la pièce et tendit une enveloppe en papier épais à Raphaël, qui contenait des diamants.

— Le quart. On n’fait pas l’échange ici. Broca dîne dans la grande salle. C’probablement rien, mais j’ai pas envie d’prendre d’risques. On s’retrouve dans une demi-heure à c’t’adresse.

Abban sortit un papier et un stylo de sa poche pour écrire, avec une graphie dont l’élégance et la précision avaient de quoi surprendre pour un jeune homme de son âge, une adresse dans l’un des districts.

— C’t’un immeuble de parking, abandonné, très isolé. T’peux amener d’la sécurité, s’tu veux, mais pas plus d’deux types. Idem, moindre signe d’embrouille, etc.

Il ne lui refaisait pas tout le discours en entier et puis, de toute façon, il avait une confiance (relative) en son interlocuteur, maintenant qu’ils étaient tombés d’accord. Il y avait toujours la possibilité d’un piège, mais Abban préférait courir le risque que de s’exposer à des oreilles indiscrètes en plein cœur de Little Italy. Enzo’s était un bon endroit pour commencer à négocier, mais un échange plus discret lui convenait mieux.

— Apporte les plans, j’apporte l’reste du paiement. À toute.

Sans autre forme de procès, l’Irlandais sortit à nouveau de la pièce et deux pas dans le couloir plus tard, il était de retour à Nalebo Hall.

Une demi-heure plus tard, Abban était au rendez-vous. L’immeuble de parking, sur quatre étages et deux sous-sols, avait été une partie d’un ambitieux projet immobilier de centre commercial, mais le centre n’était jamais sorti de terre et, dans la friche inexploitée qui l’entourait, l’immeuble était devenu inutile. Il appartenait toujours à quelqu’un, comme nombre de ces constructions fantômes à Star City, mais il ne se vendait pas. Quelques mois auparavant, l’Irlandais l’avait repéré et avait jugé qu’il ferait un excellent lieu de rendez-vous, un jour.

Derrière, la silhouette de Macha, sa super-voiture, se dessinait. Abban, lui, faisait les cent pas, un peu par impatience, beaucoup parce qu’il faisait moins chaud dans l’immeuble exposé aux vents qu’à Enzo’s. L’Irlandais avait relevé le col de son manteau et il se frottait les mains. La mallette était négligemment posée au sol, mais il gardait son esprit fixé dessus. Ses réflexes étaient aiguisés. Très aiguisés. Elle n’était pas prête de lui échapper.

Lorsque Herald se présenta, Abban s’exclama :

— Ah, super, j’commence à plus sentir mes doigts ! C’qui fait froid dans c’te ville.

Parce que Dublin, c’était paradisiaque peut-être ? Abban inclina la tête vers la mallette.

— Les trois autres quarts. J’peux avoir les plans ?

Il les confierait à Macha pour qu’elle attestât de leur authenticité et cette partie-là de l’affaire serait réglée.
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Message posté : Mer 17 Déc 2014 - 13:47 Message
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J’observais attentivement le jeune homme qui ne chercha même pas à surenchérir. Bien au contraire, il m’intima de l’attendre bien sagement. J’arquai un sourcil, sous ma capuche lorsqu’il quitta la pièce. Une envie pressante ? En plein milieu d’une négociation ? Ou bien son service spécial à réceptionner ?
Je jetai un œil à l’heure sur mon portable. Toujours aucun message. Rien à signaler. Je le rangeai, me levai de ma chaise et fis le tour de la pièce. Il n’y avait rien d’intéressant ni de notable. Le mobilier était on ne pouvait plus simple et la décoration quasiment inexistante. La seule issue, hormis la porte d’entrée, était une lucarne donnant sans doute sur la ruelle derrière le restaurant.

Cinq minutes plus tard, le Passeur, fidèle à ses promesses, revint avec une enveloppe qu’il glissa sur la table. Je l’observai un instant, soupçonneux. « Rapide ! » fis-je remarquer, me saisissant de l’enveloppe contenant les diamants. J’étais un peu surpris de le voir revenir si vite avec la monnaie d’échange. Cette pizzeria abritait-elle une planque du Cartel ? Rien n’était moins sûr. Si j’avais demandé du cash, m’aurait-il aussi remis une mallette ? Je décachetai rapidement l’enveloppe afin de m’assurer de son contenu, puis la refermai aussitôt, puisque le jeune homme me fixait déjà rendez-vous en un tout autre lieu pour le reste de la transaction. De toute évidence, il demeurait des risques à ne pas prendre à la légère. J’ignorais pour l’instant qui était Broca, il faudrait que je le renseigne auprès de Thwix à l’occasion. Comme je ne tenais pas non plus à me faire remarquer outre mesure, j’acceptai les conditions de l’échange sans broncher. « Parfait ! » Trente minutes, c’était plus qu’il ne m’en fallait pour faire authentifier les diamants, récupérer les plans et me rendre au point de rendez-vous indiqué sur le billet qu’il me remis, orné d’une fort belle écriture, du reste.

Je quittai la pièce derrière l’Irlandais, mais il avait déjà disparu lorsque j’arrivai dans le couloir, sur ses talons. J’avisai la sortie, envoyai un message à Thwix pour l’informer que lui et son frère pouvaient disposer et que je les retrouverais plus tard, à l’endroit habituel pour leur du. Après m’être assuré d’être à l’abri de regards indiscrets et de caméras de surveillance, je m’engouffrai dans le mur par un portail dimensionnel afin de rendre une petite visite de courtoisie à un expert en matière de pierreries en tout genre : ce très cher Héphaïstos. Après que le dieu des mineurs et des forges m’eut confirmé l’authenticité des pierres, je lui en laissai quelques unes pour le service rendu puis allai récupérer les plans dans ma demeure, à Marina.

Vingt minutes plus tard, je me rendis au rendez-vous, seul, par mes propres moyens, afin d’aviser les lieux : ce parking désaffecté en prise aux quatre vents. Il n’avait jamais été question de sortir ma voiture et de prendre le risque de la faire repérer. D’autant plus que je venais d’en changer suite à ma précédente altercation avec la police. De plus, c’était un bon moyen de trahir mon identité d’emprunt.

Dans l’intermède, j’avais pris soin de revêtir une partie de ma combinaison hermétique ; mes bottes en l’occurrence, que je portais sous mon jeans car ces dernières étaient plus résistantes à ma vitesse démesurée que n’importe quelles autres chaussures - cela m’éviterait le désagrément de laisser fondre mes semelles sur le bitume - ainsi que la Kunée, afin de me faire le plus discret possible lors de mon arrivée sur les lieux, aussi invisible et rapide qu’un courant d’air.
Du quatrième étage du parking, j’aperçus le doux ronronnement d’un véhicule qui ne tarda pas s’évanouir dans la nuit. Un coup d’œil par-dessus l’armature de béton me permis de distinguer les traits félins et sportifs dudit bolide qui s’était garé juste derrière le bâtiment. La portière s’ouvrit, je reconnu la silhouette du passeur. Il déposa une mallette au sol avant de s’en éloigner pour faire les cents pas. Il n’avait pas peur le garçon !

En toute discrétion, j’ôtais la Kunée, tronquant ma parfaite invisibilité contre le simple voile de la nuit, afin de ranger le casque de mon oncle dans mon sac à dos. En quelques secondes, j’avais atteint le rez-de-chaussée, je réajustai ma capuche, remontai mon écharpe jusque sur mon nez, puis sorti tranquillement du bâtiment, les mains dans les poches de mon sweat-shirt, l’air de rien. J’allais à la rencontre du Passeur qui s’impatientait, visiblement, et frigorifié aussi, apparemment.

Je suivis son regard et avisai la mallette posée sur le sol. Il était assez audacieux de sa part de la laisser à une telle distance, sans avoir pris soin de la ‘sécuriser’ au préalable en cas de vol à l’arrachée. N’importe quel ‘rapide’ aurait vite fait de s’en emparer. Je doutais qu’un voleur aussi talentueux que celui qu’il prétendait être eu pu commettre cette erreur de débutant. Impossible ! Je pris plutôt cela pour une provocation, une sorte de test. Je n’avais pas l’intention de le tromper, de le détrousser, et encore moins de me mettre le Cartel à dos car je tenais à l’aboutissement de cette transaction dans les règles de l’art, mais j’étais joueur. Un sourire se dessina sur mes lèvres, sous mon écharpe. « Bien-sûr. »

Dé :
Réussite : Je m’emparai de la mallette sous le nez d’Abban qui se trouva pris au dépourvu malgré ses supers réflexes.
Echec : Abban avait vraiment de bons réflexes et il parvint à intercepter Hermès lorsque celui-ci posa la main sur la poignée de la mallette, surpris par la dextérité du jeune homme.

Je vins ensuite me planter devant le Passeur, à qui je tendis une enveloppe contenant les plans sur disque dur que j’avais eu le temps de dégainer pendant mon petit tour de passe-passe à 400 km/h. « . « Jolis réflexes ! » le complimentais-je cependant, le regardant droit dans les yeux. C'était sincère pour une fois. « Petit tu es doué, très doué. Mais tant que je serais dans le métier, tu ne seras jamais que le second. » dis-je avec le sourire. Les miens, de réflexes, étaient nettement supérieurs. Ce petit jeu était puéril, certes, mais la tentation avait été trop grande.

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Message posté : Mer 17 Déc 2014 - 13:47 Message
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Le Hasard

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Message posté : Jeu 18 Déc 2014 - 15:06 Message
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— Petit ?

Abban arqua un sourcil surpris. Il avait probablement affaire à un inconscient. Un inconscient talentueux et très rapide — un peu trop rapide pour ses réflexes, même à lui, mais un inconscient tout de même. La ville grouillait de métahumains auxquels la vitesse ne posait pas de problèmes particuliers et l’assurance de son interlocuteur lui paraissait tout à fait disproportionnée. L’Irlandais attrapa les plans que lui tendait Herald et se détourna pour se pencher, par la fenêtre de la portière conducteur, à l’intérieur de sa voiture. Il déposa le disque dur sur le table de bord et revint vers son interlocuteur.

— T’sais, vu la manière dont t’fais les choses, t’es pas tellement d’dans. L’métier, j’veux dire. L’métier, c’pas seulement faire des tours d’magie. Tu vois, c’t’un peu comme les gens qui croient qu’les espions, i’ sont tous des James Bond, sans s’dire qu’la majeure partie du temps, i’ doivent l’passer à prendre des cours de langue, ou un truc dans l’genre.

Une légère lumière monta dans la montre à son poignet. Abban y jeta un coup d’œil. La super-intelligence de Macha, la voiture, avait confirmé l’authenticité des plans et ceux-ci étaient déjà envoyés sur un serveur sécurisé du Cartel, avant d’être effacé du disque dur. La première partie de la transaction était finie et l’audace de Herald avait fourni une transition toute trouvée vers la seconde partie.

Qui commença par la disparition d’Abban — et l’allègement simultané de la mallette que Raphaël tenait. Les diamants en plein dans la zone téléport du mutant, celui-ci les avait embarqués avec lui à l’autre bout de la ville, dans les sous-sols de Nalebo Hall. L’avantage de la téléportation, c’était qu’elle n’exigeait aucun mouvement, aucun signe avant-coureur (c’était le cas de le dire), rien qu’une intention : il aurait fallu être un mentaliste très doué et surtout très rapide pour la prévoir. Sans parler de l’empêcher.

Privés de leur contenant, les diamants étaient tombés en une pluie de pierres précieuses, sur le sol de Nalebo Hall, à côté d’Abban, à la distance exacte qui l’avait séparé de la mallette. Quelques mois plus tôt, il eût été incapable d’accomplir ce tour de force. Celui-ci exigeait une précision et une adaptabilité de la téléportation de très loin supérieures à celles dont disposaient les téléporteurs ordinaires. L’ascension du Passeur au sein du Cartel était certes due à son professionnalisme et à son travail acharné, mais elle reposait tout de même en bonne partie sur l’évolution constante de ses pouvoirs, depuis qu’il était arrivé à Star City.

Il fallut quelques secondes à Abban pour connecter la caméra de sécurité de la salle dépouillée où il se trouvait à Macha. Mais très vite, au-dessus du capot de la super-voiture, un hologramme du jeune homme apparut, debout à côté du petit tas de diamants. La voix synthétisée du Passeur s’éleva à son tour de la voiture, devant Herald.

— Comme vous le constatez, on est deux à pouvoir jouer à ce genre de petits jeux-là. En fait, beaucoup plus que deux. Ceci dit…

L’hologramme disparut, laissant place à un Abban en chair et en os — et la mallette de Herald redevint aussitôt plus pesante, alors que les diamants y reprenaient leur place légitime. Comme Herald, le Passeur avait révélé une partie de ses pouvoirs. Cela dit, il se gardait bien de tirer des conclusions sur ce qu’il avait vu de la part de son interlocuteur. Il était bien placé pour savoir qu’un pouvoir pouvait en cacher beaucoup d’autres.

Comme ni lui ni Herald n’avait vraiment eu l’intention de dépouiller son vis-à-vis, la conversation pouvait reprendre cependant. D’ailleurs, Abban s’avança vers Herald, le regarda droit dans les yeux et, en prenant le même ton que celui que l’homme avait emprunté quelques secondes auparavant, il déclara :

— Grand, tu es prétentieux, très prétentieux.

Abban ne put réprimer un sourire.

— Sérieux, c’pas tellement mon trip. J’fais pas dans la compétition, juste, y a des gens qui sont un peu mauvais perdants, fais gaffe à pas tomber sur des types qui manquent d’humour. En plus, quand tu cours, ça fait du vent, d’jà qu’on s’les pèle…

Considération terre à terre, certes, mais Abban était parfois un peu frileux.

— Puis sérieux, t’peux laisser tomber la capuche et l’masque, hein. J’saurai t’jours où tu t’trouves. J’sais où s’trouvent les deux mecs qui t’ont accompagné tout à l’heure.

Il donna l’adresse de Thwix sans hésiter. Il ne comptait certes pas le surveiller indéfiniment : en dehors de sa jumelle, il n’y avait personne qu’Abban suivît en permanence à la trace. Il le faisait pour les besoins de la démonstration.

— J’dis ça, c’est juste qu’là, tu ressembles à un type qui balance des cocktails molotov dans une manif contre l’OMC, avec tes grolles de sécurité et ton écharpe anti-fumigène. S’tu cherches vraiment l’anonymat…

Alors il était préférable de commencer par tuer Abban sur le champ et peut-être une bonne dizaine des pisteurs les plus performants du Cartel dont les pouvoirs étaient sérieusement problématiques à tous ceux qui espéraient vivre une existence personnelle secrète tout en occupant par ailleurs le devant de la scène.

— … faut trouver un vrai costume. Un truc classieux. Genre avec des ailes aux pieds.

Et dans un grec homérique prononcé avec un accent irréprochable, Abban déclama les hexamètres dactyliques de l’Iliade sans hésitation :

— À ses pieds aussitôt, il attache ses belles sandales, divines, toutes d’or, qui le portent sur la mer et sur la terre infinie avec les souffles du vent.

La Pierre Orphique avait choisi, comme souvent, fort à propos les vers où Hermès ouvre le passage à Priam. Abban, lui, n’avait pas conscience d’avoir touché en plein cœur de cible et, repassant dans un anglais beaucoup plus contemporain, il dit :

— Ouais, fais pas attention, j’aime la poésie.

Il avait dit cela un peu à contrecœur. Certes, il apprenait à s’accommoder des manifestations de la Pierre Orphique, mais dans sa vie professionnelle, il craignait toujours qu’elles pussent nuire à sa crédibilité. En tentant, grâce aux leçons d’Adrian, d’organiser son esprit pour apaiser l’artefact qui partageait ses origines avec celles de son interlocuteur et qui, en de pareilles circonstances, avait du mal à demeurer silencieux, Abban poursuivit :

— Bref, c’que j’disais, c’est qu’i’ faut qu’on discute de ton avenir, toi et moi. Que ton tempérament joueur s’finisse par des tombes qu’on creuse. La tienne ou celles de tes associés.

Apparemment, Herald ne craignait pas le danger pour lui-même, mais il était peut-être sensible au sort de ceux qui l’entouraient ?

— Ce s’rait dommage d’gâcher ton talent.
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Message posté : Lun 22 Déc 2014 - 12:09 Message
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La remarque d’Abban me fit sourire de plus belle. Des tours de magie… Il me prenait donc pour un grand naïf ou encore un débutant. J’avais certes, une vision quelque peu erronée, voir… différente des méthodes contemporaines et sans doute en grand décalage avec celles habituellement pratiquées par le Cartel - qui devait probablement préméditer chacun de ses coups avec minutie - mais mes techniques, tout aussi archaïques qu’elles soient étaient toujours aussi efficaces, et je leur avais prouvé.
Si je l’avais voulu, j’aurais pu disparaître avec la mallette avant que le jeune homme n’ait eu le temps de cligner des yeux et il ne m’aurait jamais retrouvé. Du moins, c’était ce dont j’étais persuadé à cet instant avant de savoir qu’il était capable de me retrouver n’importe où.

La donne avait quelque peu changé ces dernières décennies, depuis que le nombre d’individus dotés de capacités surhumaines avait considérablement augmenté, et s’était particulièrement concentrée à Star City. Je ne tardais pas à découvrir que le Passeur faisait partie de cette minorité lorsque celui-ci disparu sous mon regard amusé, tout comme le contenu de la mallette que j’avais sentis s’alléger dans le même temps. Je laissai échapper un éclat de rire légèrement teinté de jaune. Il m’avait bien eu, je devais le reconnaître. Je m’étais peut être montré légèrement imprudent, mais au moins j’avais vu ce que je voulais voir. Ce mec était aussi talentueux qu’il le prétendait, en effet.

« Intéressant ! » dis-je à l’hologramme qui venait d’apparaître au dessus de la super voiture. La technologie qu’il utilisait était toute aussi fascinante que les pouvoirs du jeune homme. Pour le reste, j’avais déjà eu affaire à un autre voyageur dimensionnel quelques mois plus tôt, lui aussi, très à l’aise avec les nouvelles technologies, du reste. Je me doutais bien qu’il devait exister quelques autres individus dotés de pouvoirs tout aussi intéressants et s’ils mettaient leurs talents au service du meilleur des métiers, c’était pour moi une aubaine. Je n’avais rien contre la concurrence, bien au contraire ! Cela ne rendait le jeu que plus amusant et plus palpitant et je ne demandais que cela, avoir des adversaires suffisamment retords et intéressants pour me pimenter un peu le change. Cela faisait un certain temps que je n’avais vraiment exercé mes talents sur terre. Je m’étais à peu près tenu à carreau depuis que j’étais arrivé à Star City et je m’étais tenu à l’écart des criminels sur le devant de la scène. Je n’avais rien à prouver dans le domaine. J’étais un dieu, et tout cela pour moi n’était qu’un divertissement. Certes, le monde avait quelque peu changé depuis les années soixante, et je voyais là une belle opportunité de remettre le pied à l’étrier.

Je devais avouer que le Passeur me plaisait, à bien des égards. Ce jeune homme avait un potentiel prometteur, et visiblement, il savait déjà bien comment en tirer profit et je devais reconnaître que son pouvoir était de taille à rivaliser avec le mien. Lorsque l’hologramme repris une constance humaine, je senti aussitôt réapparaitre le contenu de la mallette. Et en plus il était fairplay !

Abban emprunta le même ton que moi pour me faire ravaler ma prétention, ce qui me fit sourire. Je ne démenti pas. « D’avantage que la compétition, ce que je préfère, c’est le défi. ». Je ne cherchai pas spécialement à rivaliser avec les mortels. Le jeu était simplement un moyen de tuer mon ennui. Et j’étais plutôt satisfait de constater qu’il existait encore de bons joueurs dotés d’un bon sens de l’humour, ce qui me fit sourire une fois de plus. « Ravi de voir que tu n’en es pas dénué. » Et encore… il ne m’avait pas vu voler ! « Tu devrais essayer la course ! Ça réchauffe. » ajoutai-je sur le ton de la plaisanterie.

Cependant, mon sourire se figea légèrement sous mon écharpe quand le passeur me parla de mes deux acolytes, - ainsi il les avait repérés - et disparu complètement lorsqu’il me donna l’adresse de Thwix. Soit il était relativement bien informé à son sujet, ce qui ne me surprendrait pas trop vue la réputation qui le précédait, soit Thwix s’était montré particulièrement imprudent. Je n’avais aucun doute sur le fait que le Cartel se soit doté des meilleurs informateurs, ce qui m’intriguait d’avantage, c’était comment Le Passeur pouvait-il affirmer toujours retrouver ma trace, avec ou sans masque. « Vraiment ? » demandai-je, sans me défaire de mon sourire, mais le ton employé laissait filtrer une once de défiance. Il avait réussi à captiver suffisamment mon attention pour que je cesse mes pitreries.

La suite fut des plus étrange, d’abord lorsqu’il commença à me parler d’un costume avec des ailes aux pieds… il ne croyait pas si bien dire ! S’il savait… Puis la conversation pris une tournure quelque peu surréaliste lorsqu’il commença à s’exprimer en grec ancien, citant un passage de l’Iliade que je connaissais bien, relatant l’un de mes vieux souvenirs sur ma venue en aide à Priam afin de lui permettre d’aller implorer Achille de lui rendre le corps de son fils. Et ces vers plus particulièrement, portaient sur les sandales que j’avais aux pieds. Du moins, une version améliorée où les ailes n’étaient qu’une gravure dans le cuir des bottes, mais leur effet n’en était pas amoindri. Que lui prenait-il de me citer cela tout à coup ? Savait-il ? Les pouvoirs du jeune homme commençaient vraiment à m’alarmer. Jusqu’où était-il capable de me pister ? Que savait-il à mon sujet au juste ? J’étais suffisamment maître de moi-même pour ne pas réagir à la provocation, si d’aventure s’en était une. J’étais joueur, certes, mais pas complètement stupide et je savais où je devais m’arrêter. J’avais envie de le pousser à se dévoiler d’avantage, mais une part de moi m’incitait à la prudence. S’il en savait trop, j’allais malheureusement devoir l’éliminer. Simplement.

Le trouble qu’il venait de faire naître dans mon esprit ne transparu pas sur mon visage. Je me contentai d’arquer un sourcil. « Plait-il ? » demandai-je, comme si je n’avais pas saisi la référence ou compris le dialecte dans lequel il venait de s’exprimer. Et pourtant, ce n’était pas l’envie qui me manquait de poursuivre ces vers dans ma langue natale. Cependant, il en savait bien assez à mon sujet sans que je n’ai besoin de fanfaronner d’avantage. Je me félicitai d’avoir choisi un métier de couverture lié à l’histoire et je me devais de préserver encore un temps mon identité d’emprunt, même si elle risquait d’être découverte, si j’en croyais les dires du Passeur qui prétendait être capable de me retrouver n’importe où.

« La poésie étrangère ? Tu m’en diras tant. » répliquai-je avec ironie. « C’est original ! »… et inattendu surtout. D’autant plus que ces vers contrastaient avec son habituel langage peu châtié. Il cachait bien son jeu. Je fis aussitôt le lien avec l’espion dont il me parlait, qui, quand il ne passait pas son temps à espionner, prenait des cours de langues. Sans doute étais-ce plutôt le cas du jeune homme… Je maîtrisai moi-même plusieurs dialectes terriens, appris au cours des quelques millénaires durant lesquels j’avais multiplié mes séjours sur terre.

Bref, sur ces petites démonstrations techniques saupoudrées de touches poétiques, la conversation repris son cours, mais je me montrais cette fois plus méfiant. Je ne me sentais pas spécialement concerné par la mort, j’étais invulnérable. Cependant, j’aurais été chagriné qu’il arrive quelque chose à mes compagnons de fortune. « Quels associés ? » répliquais-je, de but en blanc, sur le ton toujours aussi léger du mec qui ne prend jamais rien au sérieux. Mais l’heure n’était plus à plaisanter. Il y avait tout d’abord des i sur lesquels j’allais devoir mettre quelques points, dans un premier temps. Ensuite, nous pourrions potentiellement discuter avenir, si j’estimais que cela ne nuisait pas au bon déroulement de mon séjour sur terre. L’Archimage m’avait à l’œil, et je savais quels risques j’encourais en entrant en contact avec le Cartel. J’aimais jouer avec le feu, mais ces gamins qui m’accompagnaient, m’avaient rendu de fiers services et je ne souhaitai pas les mêler à mes affaires plus que de raison. Je leur devais la tranquillité d’esprit et je ferais en sorte que personne ne connaisse le lien qui les unissait à moi.

« Dommage, oui. Tu l’as dit. » Aussi, je plongeai mon regard clair dans les prunelles du jeune homme afin d’exercer sur lui mon pouvoir de persuasion pour le dissuader du fait que ces gamins aient un quelconque rapport avec moi et que lui, ni personne du Cartel n’avait intérêt à tenter quoi que ce soit à leur encontre et que je comptais sur lui pour y veiller. Ces petites choses mises au clair, nous pouvions maintenant discuter. « Bien, parfait ! L’avenir tu disais ? » Il était temps de passer aux choses sérieuses.
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Message posté : Dim 4 Jan 2015 - 13:01 Message
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Abban était contrarié. S’il pesait bien l’avantage qu’une démonstration de ses aptitudes de voleur et de la merveille technologique que constituait Macha pouvait lui accorder dans une négociation, parce qu’elle lui permettait d’asseoir sa crédibilité, il n’avait eu aucune dessein d’étaler ses pouvoirs de nature plus ésotérique. Hélas pour lui, la Pierre Orphique, malgré les conseils d’Adrian, continuaient parfois à se réveiller comme bon lui chanter et à faire partager ses interlocuteurs de ses intuitions polyglottes et la plupart du temps difficilement compréhensible. L’Irlandais n’était pas sûr que de pareilles sorties poétiques eût beaucoup de valeur aux yeux des autres criminels.

S’il commençait à apprivoiser la Pierre, il était loin de se douter de la perspicacité dont celle-ci pouvait faire preuve et des sens cachés qu’il fallait souvent déterrer dans la poésie qu’elle trouvait appropriée pour telle ou telle circonstance. Cette nuit-là en particulier, il était loin de supposer que, pour une fois, la Pierre Orphique ne parlait pas par métaphores mais décrivait très précisément — et même littéralement — des épisodes de la vie révolue de son interlocuteur. Il n’y prêta pas plus d’attention que de nombreux incidents du même genre que l’artefact provoquait et quand Herald souligna le caractère original de ses passe-temps littéraires, Abban se contenta de hausser les épaules, comme si tout cela n’était pas digne d’intérêt.

Et pourtant, c’était une situation bien particulière qu’ils vivaient, une situation que le monde réuni et trop moderne de l’acier et de l’industrie avait rendu depuis longtemps improbable : le face-à-face inconscient entre deux héritiers des époques lointaines. La Pierre Orphique et Hermès avaient tout à se dire et pourtant, l’un et l’autre étaient contraints à préserver leur anonymat. La conversation reprit son cours beaucoup plus présent et concret, Herald feignit l’ignorance à propos des associés et Abban se laissa d’autant plus aisément convaincre par les pouvoirs de son interlocuteur qu’il n’avait pour sa part aucun goût pour les menaces de ce genre-là. S’il était prêt à admettre, dans de très rares occasions, la nécessité d’une violence exercée sur ceux-là même qui s’étaient engagés dans le jeu du crime sous le feu des projecteurs, s’en prendre aux seconds de couteaux lui paraissaient tout à fait douteux.

Il y eut un temps de silence. Dans les yeux d’Abban, une étrange lueur smaragdine, reflet de la Pierre Orphique, passa brièvement, alors qu’Hermès y exerçait ses pouvoirs, et puis ils reprirent leur teinte bleue. Abban sortit de son silence.

— Ouais, donc…

Atia avait évoqué la nécessité d’un recrutement. Fort heureusement, le Cartel n’était pas une organisation trop centralisée et les collaborations pouvaient prendre des formes multiples. Abban avait bien compris que César cherchait une forme de compromis qui permettrait à tout le monde de fonctionner dans une relative quiétude d’esprit — c’était le sens de l’équilibre, après tout, qui justifiait sa position à la tête de l’organisation.

— Tu peux pas continuer comme ça.

Par « comme ça », il désignait à peu près la manière dont Herald s’y était pris pour revendre les plans de l’arme. Sa manière de les acquérir, elle, était irréprochable.

— Ça met l’bordel, et l’bordel, c’t’un peu comme la peste : ça s’répand et ça finit par toucher les innocents. J’veux dire, y a deux aspects des choses. Y a l’fait qu’ça fait chier tout l’monde d’traiter avec des électrons libres incontrôlables. Ça, c’t’un problème interne, à la limite, j’veux dire, un truc de toi à nous. Bon, c’t’un vrai problème, ‘videmment, mais à la limite, s’tu veux une vie courte et mouvementée, voilà. Moi, voilà, j’m’en fous. S’tu continues à jouer les trouble-fêtes, c’est plus mon problème. J’fais pas dans la chasse aux canards sauvages.

Ça, ils en avaient déjà un peu parlé. Atia avait beau suggérer souvent à Abban que ses talents seraient magnifiquement employés à appliquer les sanctions radicales du Cartel, l’Irlandais ne se rêvait pas le moins du monde en nettoyeur.

— L’truc, c’est qu’plus t’es doué, plus les mesures qu’les gens prendront contre toi s’ront radicales. J’veux dire, si t’es trop rapide pour un sniper, on f’ra des bombes. On empoisonnera des réserves d’eau. C’genre de choses. C’t’un peu comme les guerres de territoire qui finissent à la mitraillette dans les rues des villes, tu vois. Y a toujours des, disons, civils, qui finissent par payer. Moi, j’suis la version amour et douceur du Milieu, t’vois, mais à l’aut’ bout, y a la version carnage et rivières de sang.

Et il n’exagérait pas vraiment. Les Russes, en particulier, avaient une nette tendance à se montrer trop susceptibles.

— Ce s’rait bien d’être un peu, disons, collaboratif. J’dis pas d’venir à des séminaires de team building pour construire des pyramides en taille-crayons, hein. Juste, arriver à trouver un périmètre d’action. Dev’nir un part’naire privilégié plutôt qu’l’ennemi public. Ça empêche pas d’conserver son indépendance, tu vois. Au contraire, même. Ça évite qu’les gens s’montrent trop curieux.

S’il était proche du centre du Cartel et de la manière dont le cœur de l’organisation fonctionnaient, les criminels associés de beaucoup plus loin avec le célèbre syndicat du crime n’étaient pas rares.

— C’t’un peu comme un parti politique. T’peux être sympathisant sans être militant. Ça t’laisse pas mal de défis quand même, ça facilite le côté fastidieux d’la revente, ça fait circuler les infos sur les coups intéressants. C’genre de trucs.
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Message posté : Ven 9 Jan 2015 - 17:37 Message
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Même si je n’avais pas renchéri au sujet de la déclamation poétique du jeune homme, ses vers m’avaient laissé une saumâtre impression. D’où sortait-il cela ? Pourquoi maintenant ? Le Grec antique n’était plus parlé sur terre à ce jour. Je fus d’autant plus surpris que ce jeune homme ai appris par cœur des passages de l’Iliade et qu’il soit capable de me les restituer on ne pouvait plus à propos en pareille circonstance. Se payait-il ma tête ? Je ne pouvais m’empêcher de me montrer soupçonneux à son égard malgré la nonchalance dont il semblait faire montre. Je ne croyais pas au hasard, ou alors celui-ci faisait étrangement bien les choses, encore une fois. Quoi qu’il en soit, ce petit incident, si l’on pouvait dire les choses ainsi, me déterminait à garder l’œil ouvert sur le Passeur.

Le regard du jeune homme s’était teinté d’une subtile lueur verdâtre lorsque j’avais entrepris de le persuader de laisser mes compagnons en paix. Ce petit détail pouvant paraître insignifiant ne m’avait pas échappé. Il n’était pas rare que mes cibles soient soumises à une absence passagère, mais c’était la première fois que je constatais ce phénomène sur l’une d’elles. Qu’est ce que cela signifiait ? Se pouvait-il… ? Je pensais aussitôt à un bouclier psychique. Si le passeur en était pourvu, cela allait considérablement compliquer mes affaires, car j’avais énormément misé sur mon pouvoir de persuasion pour limiter les traces de mon passage. Il n’y avait pas trente six façons de le savoir. Je jetai un rapide coup d’œil vers le véhicule du jeune homme.

« Je suis curieux… » commençais-je sur le ton de la conversation, « Je suis moi aussi amateur de voiture et la tienne m’a l’air on ne peut plus… intéressante. » Je fis une nouvelle fois usage de mon pouvoir de persuasion :
« Montre-moi voir ce que ce bijoux a dans le ventre ? » Je ne lui laissai pas particulièrement le choix. Autant allier l’utile à l’agréable. De cette manière, je serais fixé sur ses résistances psychiques.

Cela ne pouvait pas continuer comme cela. Abban ne croyait pas si bien dire.
« Je te demande pardon ? » mon ton était plus froid que je ne l’aurais voulu, mais avant que la contrariété n'achève de me gagner, il m’apporta bien vite quelques précisions.
« J’en conviens. » acquiesçai-je. J’avais conscience du raz de marée que j’avais provoqué. Enfin… en partie. Même si je ne mesurais pas avec exactitude toute l’amplitude du bordel que j’avais semé. Je savais m’être suffisamment fait remarquer. C’était mon objectif premier et j’étais plutôt fier de l’avoir atteint. Je n’avais pas besoin des conseils du jeune homme pour savoir que maintenant, j’allais devoir calmer le jeu. Cela faisait aussi partie du plan. La vague n’avait eu lieu d’être que pour focaliser l’attention des uns sur un détail, pendant que j’établissais ma stratégie, par ailleurs. Celle-ci pouvait paraître douteuse, mais c’était le principe même d’un tour de passe-passe, non ?

Le discours imagé du Passeur me fit sourire. Ce qui était amusant avec les humains, était qu’ils ne pouvaient s’empêcher de répondre par la démesure lorsqu’ils étaient dépassés par les évènements. Sans doute essayait-il de m’atteindre ou de me prendre par les sentiments en me parlant des innocents injustement impliqués, mais j’avais une notion quelque peu différente de la justice que le commun des mortels. Il n’était question que de moyens pour parvenir à ses fins. S’il y avait des dégâts collatéraux, cela m’était égal. Même si Pennigton avait lui aussi essayé de me sensibiliser sur les conséquences de mes actes auprès des mortels, je ne voyais pas en quoi je serais responsable des pertes occasionnés par les méthodes qu’ils emploieraient pour me neutraliser.

« Rassures-toi, ce n’est pas dans mon intérêt non plus de continuer à jouer les trouble-fête, comme tu le dis si bien. Tout ce que je voulais, c’était trouver un interlocuteur avec qui traiter. Voilà chose faite. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je ne suis pas là pour foutre le bordel… » enfin… plus maintenant. Il n’était pas la peine de faire un dessin, nous savions tous deux où mon cirque nous avait menés, « … ni spécifiquement marcher sur vos plates-bandes. Je suis un voleur. Talentueux qui plus-est. » Pour ne pas dire le meilleur, mais déjà, je devais lui paraître suffisamment arrogant. « Et toi… vous… Le Cartel, vous savez comment fonctionne le marché aujourd’hui, vous êtes partout, et en plus, vous êtes ouverts à la négociation ! On ne pouvait mieux rêver ! Parce que, vois-tu, les Russes, eux… ils n’ont rien voulu savoir. Si toi, tu es effectivement le Eros du marché contemporain, eux ils sont exactement la version Arès qui répand le carnage ainsi que les rivières pourpres sur leur passage. Je ne te le fais pas dire ! » Si je n’avais pas été le dieu de la disparition, je serais plus froid que le marbre à l’heure qu’il était.

« Je suis satisfait que l’on ai enfin pu échanger toi et moi. Pour être honnête avec toi, je sais que personne n’a voulu me faire confiance parce que j’ai l’air nouveau et novice dans le métier… » et que les rouages du marché contemporain m’échappaient encore, mais justement, c’était l’occasion rêvée de me mettre à la page. « … mais… il ne faut pas se fier aux apparences. Et je ne demande pas mieux qu’une collaboration en bonne et due forme. Enfin… façon de parler.» Il n’y aurait rien de légal là dedans, bien entendu. « Et puis… je n’aime pas non plus les gens trop… curieux. Ne t’en fais pas. Je sais me faire oublier. Je peux être aussi discret que tapageur et me rendre complètement invisible. » Dans le sens littéral du terme qui plus est. Mais je ne pris pas la peine de le préciser. « Mon périmètre d’action est plutôt vaste, je n’ai pas de souci avec les frontières et… j’apprends vite. » mon regard se teinta d’une lueur espiègle.
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Enzo's

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