AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

A chaque jour suffit sa peine, à chaque être sa famille ▬ Chase

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message posté : Mer 26 Nov - 17:57 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
26 novembre 2014

Cela faisait seulement deux semaines que Charlie était sortie de sa vie et pourtant, Jay avait le sentiment que cette discussion remontait à une éternité. En fait non. C'était lui qui avait quitté la vie de celle qu'il croyait être sa frangine, non le contraire. Charlie n'avait jamais été une Lane, il aurait dû le comprendre il y a bien des années, mais se voiler la face avait été plus simple. Blondie, c'était la seule frangine du lot, c'était aussi la seule personne pour qui le texan avait réellement éprouvé des sentiments. Leurs autres frères, ce n'était pas pareil. Le machisme texan faisant son œuvre, ils n'avaient jamais été du genre à se rapprocher ou à chercher à rendre l'autre heureux, tandis qu'avec elle, c'était ce qui occupait en permanence son esprit. Jusqu'à il y a peu. Depuis leurs retrouvailles l'année dernière, leurs discussions étaient toujours ponctuées d'incompréhension et de déception. Elle avait fini par devenir célèbre et côtoyait des types comme ce crétin de mentaliste – qui avait eu le bon sens de crever avant de saccager la vie de Charlie – comment est-ce qu'il pourrait rivaliser ? Il n'était rien de plus qu'un péquenot de base qui n'avait pas fait d'études et qui faisait des combats illégaux pour gagner le fric qui permettait à ses frangins de s'acheter leurs doses. Non, Jay ne comprenait vraiment pas pour quelle raison Charlie pourrait vouloir de lui dans sa vie.

C'était pour cette raison qu'il avait estimé préférable d'en sortir. Finalement, ils ne partageaient aucun ADN et elle n'avait plus de raison de les supporter. Il était préférable pour elle que la jeune femme ne fréquente que des personnes de son niveau et Jay se consolait en se disant que ce foutu mentaliste n'en ferait pas partie. Oui, il le détestait sans même le connaître, mais certainement parce qu'il le jalousait.

Pourtant, même s'il parlait avec une telle assurance, Jay était bien moins sûr de lui, installé dans ce squat. Depuis qu'il avait planté Charlie non loin des docks, le texan s'était réfugié ici. Il ne souhaitait pas rentrer chez les Lane et entendre ses frères dénigrer leur ancienne sœur, le plus logique avait donc été de se rendre dans un endroit où personne ne le connaîtrait et ne viendrait le faire chier. L'avantage du quartier de Lincoln, c'était qu'il abritait de nombreux bâtiments transformés en véritable « palace » pour sans abri. Celui où Jay avait posé ses valises – enfin, façon de parler vu qu'il n'avait rien de plus que ce qu'il portait sur le dos – était relativement ancien. Les murs étaient abîmés et certaines fenêtres n'étaient plus en place. Avec la fraîcheur de cette période de l'année, l'endroit ne risquait pas de devenir plus agréable, mais Jay s'en moquait. C'était un peu une manière de se punir d'avoir tourné le dos à sa sœur, mais sans oser se l'avouer.

Ce jour-là, le texan avait passé le plus clair de son temps à essayer de glaner quelques billets pour acheter des cigarettes, puis il était rentré en début de soirée. Plusieurs anciens « locataires » étaient installés dans la pièce principale et ne levèrent même pas les yeux lorsqu'il pénétra dans le bâtiment ouvert aux quatre vents. Sans perdre de temps, le trentenaire gagna l'une des pièces déserte au fond de l'étage et s'installa sur des agglos abandonnés là il y a des années. La nuit n'était pas encore tombée, mais l'obscurité ne tarderait pas à s'inviter et l'humeur du trentenaire risquait de s'en ressentir. En fait, il ne savait même pas quoi faire une fois posé ici : il n'avait personne à qui parler – ni l'envie de le faire en fait – et pas davantage les moyens de s'occuper. Finalement, sans sa frangine et le reste de sa famille, il ne servait à rien. Seth, l’aîné, avait bien raison : il n'était bon qu'à exécuter les ordres et certainement pas à décider seul. Pour la première fois de sa vie, Jay avait choisi de prendre sa vie en main et il se retrouvait à regarder les mouches voler dans un endroit si délabré et crade que même les rats n'osaient pas s'installer ici.

Il était à deux doigts de sombrer dans une pseudo-déprime lorsqu'un élément imprévu se présenta. Une silhouette se dirigea vers la zone où il se trouvait et, étant donné qu'il était le seul dans ce coin, la logique voudrait que ce soit pour lui parler. Ou pas. Les yeux posés sur le gars – puisqu'il semblait que s'en était un – Jay se demanda s'ils se connaissaient. Il n'en savait foutrement rien : il n'avait jamais été physionomiste. Cela dit, le bon raciste misogyne qu'il était le poussait à songer qu'il n'aurait jamais copiné avec un type pareil – enfin, ce n'était pas comme s'il copinait avec qui que ce soit. Toujours est-il qu'avant que l'homme puisse dire quoi que ce soit, le texan l'admonesta avec sa délicatesse habituelle.

« Qu'est-ce que tu fous là ? Y'a d'la place ailleurs, va faire chier quelqu'un d'autre. »

Oui, difficile de voir le lien familial qui l'unissait à Charlie. Peut-être parce qu'il n'y en avait pas, justement.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 27 Nov - 0:21 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Vous savez qui je suis ?

Le type hocha la tête aussi vigoureusement que possible, comme si en se déboîtant la nuque avec une feinte assurance, il pouvait rattraper l’air de panique complète qui s’était répandu sur le reste de sa personne. À tout hasard, il lança :

— J’ai rien fait !

On sait jamais, sur un malentendu, ça pouvait marcher.

Noctis fit quelques pas dans sa direction. Hélas pour le docker-parieur, qui aimait perdre sa paie aux combats clandestins, derrière lui, il n’y avait plus qu’un mur et pas vraiment d’endroit où s’enfuir. Un rat sortit de sous une poubelle et entreprit de franchir à toute allure la ruelle qui le séparait de l’autre mur, mais il s’arrêta en plein milieu, soudain très calme, entre Noctis et l’autre type.

— J’aime bien les rats. Les araignées, les insectes. Les rats. Les gens regardent toujours les animaux de compagnie. Les jolis chiens, les jolis chats. Mais ce qui vit dans l’ombre et les recoins, c’est toujours beaucoup plus intéressant. Plus atypique.
— J’ai… J’ai deux cents dollars… et euh…
— Parce que tu crois que je m’intéresse à son argent ?

Non bien sûr. Le type se sentait soudain très idiot. Il savait qui était Noctis. Enfin, en théorie. Vaguement, comme ça. C’était un nom que l’on murmurait de plus en plus, ces derniers temps, dans les arrières-salles, dans les tripots et les réunions un peu suspectes. Les plus habitués savaient en gros à quoi il ressemblait. La description tenait en peu de mots : grand, noir, jeune, assuré, le regard froid. En fait, c’était le surnom, surtout, qui était bien trouvé. On avait envie de se faufiler dans un trou du mur. Il fallait dire, avec les rumeurs qui couraient sur lui, les légendes urbaines, ça ne donnait pas envie.

— Je veux Jay Lane.

Le type poussa un soupir de soulagement. C’était pas à lui qu’on en voulait ! Si ça, c’était pas de la chance…

Jay, Alex l’avait cherché un bon moment. Parce que Charlie vivait mal l’absence de son frère. Il ne savait pas très bien ce qu’il en était. De leur relation à eux d’eux. Mais tous les problèmes de Charlie méritaient une résolution aussi efficace que possible. Et puis Alex était bien placé pour ne pas chercher la logique dans les histoires de famille. Charlie avait besoin de Jay, besoin de lui parler pour de vrai, pour de bon, et il allait le lui retrouver, ce frère prodigue qui avait disparu pour quelques futiles brins d’ADN.

Si Alex avait su qu’Abban avait déjà rencontré Jay, la traque eût sans doute été considérablement écourté. Il aurait suffi à l’Irlandais de ranimer ses souvenirs et de se concentrer pour localiser le fameux Lane. Mais le Passeur ne lui en avait jamais parlé et Alex avait commencé de zéro ou presque. Un souvenir prélevé dans l’esprit de Charlie, de quoi faire un portrait-robot, pour le donner à MÉDÉE, et la super-intelligence avait activé l’Essaim robotique.

Jay ne cherchait sans doute pas à être absolument discret, mais toute la puissance d’une enquête technologique reposait sur le nombre de caméras de surveillance dont on pouvait moissonner les images et, plus on s’enfonçait dans les quartiers pauvres, moins elles étaient nombreuses, les caméras de surveillance. Alors Alex avait travaillé surtout avec de l’ancien. Les docks, les connaissances de Jay, ce qui se savait de lui, ce qui se disait de lui et finalement, l’Essaim s’était replié et le mentaliste avait fait dans la relation humaine.

En d’autres termes, il avait terrorisé deux ou trois personnes, qui toutes avaient oublié son passage dès qu’il avait tourné les talons. D’ordinaire, Noctis n’effaçait pas ses traces : une réputation, ça s’entretenait et il préférait qu’on parlât de lui. Mais pour le coup, il n’avait pas envie que Charlie eût vent de ses méthodes et il préférait laisser ses informateurs involontaires avec des trous de mémoire. La toile s’était resserrée et puis Alex avait déployé un autre essaim, bien animal celui-ci.

Lorsque Jay pénétra dans son squat à Lincoln, cela faisait bien une heure qu’un pigeon le suivait à la trace. C’était difficile à repérer, un pigeon espion : Star City en était pleine. Le pigeon était venu faire son rapport, et puis il avait oublié lui aussi, il était parti vivre sa vie de pigeon et Alex s’était mis en route. Les anciens locataires ne se dérangèrent pas non plus quand il rentra, mais c’était parce qu’ils ne bougeaient absolument plus, figés par le pouvoir du mentaliste.

Les mains dans les poches, Alex considérait Jay, désormais.

— Je ne cherche pas un toit. Je vous cherche vous.

Alex fit un pas de plus pour mieux avancer dans le rayon de lumière lunaire qui tombait d’un reste de fenêtre. Un coup d’œil rapide à ses vêtements, à ses cheveux propres, à toute sa personne, suffisait à confirmer qu’il n’était pas un habitué des squats et même qu’il ne devait pas vivre à Lincoln. Cela dit, il n’avait pas l’air de s’inquiéter de son environnement, qui avait pourtant une réputation détestable. Moins que la sienne.

— Vous êtes un homme presque difficile à trouver, Monsieur Lane.

Il ne pouvait s’empêcher de le détailler d’un regard curieux — ce qui, chez Alex, s’exprimait par deux yeux analytiques et méticuleux qui ressemblaient un peu à un scanner surhumain. En un sens, dans deux styles bien différents, Jay et lui partageaient un certain sens de l’inadaptation sociale.

Alex cherchait la ressemblance avec Charlie. L’avocate du centre-ville et le clochard de la périphérie.

— Fort heureusement, vous ne manquez pas de relations prêtes à vous trahir, mais quand je vois la manière dont vous accueilliez les visiteurs, j’avoue que j’ai du mal à en être surpris.

D’un autre côté, Jay ne devait pas précisément s’attendre à des mondanités dans un endroit pareil. Alex décida donc d’en venir aux faits.

— Je suis un ami de Charlie. Apparemment, vous lui manquez.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 27 Nov - 13:01 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Il le cherchait lui ? Sur le coup, Jay pensa avoir mal entendu, parce que, techniquement, il n'y avait aucune raison que qui que ce soit veuille lui mettre la main dessus ! À moins qu'il ne s'agissait d'un membre du Circus et que la patronne n'avait pas apprécié que l'un de ses hommes de main se fasse la malle ? Non, c'était peu probable. Il n'était pas assez important pour attirer l'attention de la César et quand bien même serait-ce le cas, ce type n'avait pas la dégaine de ceux qui traînaient au Circus Maximus. Ils ne s'étaient jamais vus, Jay en était désormais persuadé. Pourtant, quelque chose dans son attitude laissait penser qu'il ne devait pas être parfaitement honnête : les gens qui avaient la conscience tranquille ne traînaient pas dans de pareils endroits, ou alors, pas avec une telle nonchalance. Oui, ce gars faisait tache dans le décor, mais pourtant il semblait y être à l'aise. Trop compliqué pour un type comme Jay qui cessa aussitôt son analyse. Il finirait bien par lui dire ce qu'il voulait après tout.

Dès que son nom fut prononcé, le texan ne put toutefois s'empêcher de penser à Charlie. Les gens du milieu n'utilisaient pas les patronymes, il ne devait donc pas être mêlé au Cartel. Aussitôt, une profonde irritation s'installa dans son esprit : il n'avait vraiment aucune envie d'entendre de nouvelles critiques ou informations sur ce que sa prétendue frangine avait pu dire ou faire. Ce n'était plus ses affaires. Son regard se détourna du gars, désintéressé, mais malheureusement cela ne suffisait pas à imposer le silence. Jay eut donc la confirmation qu'il avait été balancé par des types certainement trop ravis de pouvoir le dénoncer au premier venu qui était bel et bien lié à l'avocate. Il lui manquait. La réponse ne se fit guère attendre.

« Et alors ? »

La question était sincère. Qu'est-ce que c'était censé lui faire que d'apprendre qu'il pouvait manquer à une femme qui n'était même pas sa frangine. Peut-être qu'elle avait envie de passer au-dessus des gènes et de toutes ces conneries, mais Jay était un homme terre-à-terre et il n'avait pas envie d'imposer sa présence à quelqu'un qui ne partageait pas le même ADN que lui. Et puis, aujourd'hui il ne supporterait plus les éternelles remarques visant à leur faire savoir qu'ils ne se ressemblaient vraiment pas. Merci Captain Obvious. Malheureusement, il était peu probable que cette simple interrogation soit suffisante pour faire fuir « l'ami de Charlie ». Il estima donc nécessaire d'ajouter quelques arguments qui plaideraient en sa faveur.

« C'est pas mon problème. » En voilà un de poids, assurément. « Au cas où t'aurais raté un épisode, j'ai plus rien à voir avec elle. » Elle devait bien parler de ses problèmes avec ses potes, non ? « Puis si t'es au courant de rien, c'est qu't'es pas un de ces potes et du coup, j'en ai rien à carrer de c'que tu penses. »

En fait, c'était le cas même si ce gars était effectivement un ami à Charlie. Il n'avait pas envie de donner plus de détails, d’expliquer pour quelle raison est-ce qu'il n'avait plus envie de revoir la nouvelle célébrité de Star City alors qu'ils n'étaient rien de plus que des étranges, génétiquement parlant. Bien sûr que ça le désolait de savoir que celle qu'il considérait encore comme sa sœur il y a peu, n'était pas bien. Habituellement il se serait débrouillé pour tomber « par hasard » sur elle histoire de voir comment elle allait, mais maintenant c'était bien différent. L'espace d'un instant, le trentenaire se demanda si la jeune femme avait recruté ses amis pour essayer de lui mettre la main dessus uniquement pour se donner bonne conscience, mais il en déduisit que non. Elle était tellement certaine de tout pouvoir faire seul qu'elle ne ferait jamais une telle chose et vu que son emploi du temps était trop rempli, cela justifiait qu'elle n'ait rien tenté depuis qu'ils s'étaient séparés. Tout cela plaidait en faveur de l'hypothèse de Jay : elle était heureuse d'être enfin débarrassée de lui et il n'allait pas venir l'ennuyer à cause d'un emmerdeur qui jugeait utile de se faire le porte-parole de l'avocate.

« Elle t'a pas demandé de venir ici. » Ce n'était pas une question. « Qu'est-ce que tu viens m'emmerder ? » Là, s'en était une sincère. « J'ai pas l'intention d'aller la voir, alors évite de perdre ton temps et le mien et va la consoler tout seul. C'est c'que les potes sont censés faire, non ? » Il n'en savait rien, il n'en avait pas. « Si j'suis pas facile à trouver, c'est pour une bonne raison. »

Qu'il préférait toutefois garder pour lui. Mais techniquement, ce type devrait comprendre qu'il n'avait pas agi ainsi sans raison, sauf si c'était un emmerdeur de première qui se montrait persuadé de tout comprendre mieux que les autres. C'était un pote à Charlie, donc l'hypothèse était envisageable ! Après tout, son chouchou de mentaliste devait bien passer son temps à se comporter ainsi avec son Q.I de génie, non ? Une raison supplémentaire pour ne pas retourner voir la jeune femme : il en avait ras-le-bol de passer pour le plus crétin du lot sous prétexte que sa frangine ne fréquentait que des têtes d'ampoule.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 28 Nov - 19:49 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
On lui avait dit que Jay Lane n’était pas la personne la plus agréable du monde : il n’était pas déçu. Ceci étant dit, aussi peu disposé qu’Alex fût ordinairement à se laisser marcher sur les pieds, la situation de son interlocuteur lui inspirait, sinon de la compassion, du moins de la compréhension. Il n’était pas certain d’accorder, à sa place, la prédominance aux liens du sang sur ceux de l’habitude, mais en tout état de cause, la façon de penser de Jay ne lui paraissait pas inconcevable et à voir la manière dont celui-ci avait disparu de son ancienne vie pour se retrouver dans un vieux squat pourri après avoir appris la nouvelle, il était difficile douter des sentiments qu’il pouvait avoir pour sa sœur.

En tout cas, Alex avait l’impression de parler à un mur. Mais en un sens, quand il s’agissait de s’engager dans la diplomatie des relations sociales complexes, le jeune homme avait l’impression que le monde entier était fait de murs. Prédispositions génétiques obligeaient, il était doué pour analyser la complexité des psychologies étrangères, mais c’était une chose de les comprendre et une autre de parvenir à leur parler. La perspective de façonner les sentiments de Jay à la source était assurément séduisante, mais quelque chose lui disait que Charlie n’approuverait pas la méthode.

— Je ne console pas.

En tout cas, il n’était pas du genre à préparer un thé chaud, tapoter sur l’épaule d’un air compatissant et servir platitudes ou considérations originales pour apaiser la douleur des autres.

— Je ne suis pas doué pour les consolations. Je suis doué pour la traque.

C’était déjà ça. Maintenant qu’il avait senti l’esprit de Jay, il était à peu près sûr de pouvoir le retrouver beaucoup plus facilement à l’avenir, si d’aventure Charlie le lui demandait. Son opération de la soirée ne serait donc jamais totalement vaine.

— Vous ressemblez beaucoup à votre sœur, vous savez.

On ne devait pas le lui dire tous les jours, mais Alex le pensait sincèrement.

— Borné, têtu, braqué sur les décisions, prêt à agir sur un coup de tête, seul contre tous.

Évidemment, Charlie ne parlait pas de la même manière et elle n’avait pas les mêmes moyens d’action, mais Alex la connaissait assez pour savoir qu’une fois que l’avocate avait une idée en tête, il était difficile de l’en détourner. Elle préférait sourire et ruser que de brosser contre le sens du poil, mais en dehors de cela, les Lane avaient vraiment un air de famille.

— Ceci étant dit, il y a une question qui m’a taraudé pendant que je vous cherchais. Est-ce que vous savez comment on fait les bébés ? Personnellement, j’ai regardé sur Wikipedia quand j’étais petit, c’était extrêmement instructif. Dégoûtant, mais instructif. Vous voyez, le monsieur met son pénis dans le vagin de la madame. À la fin, il y a une mère et un père. Avec deux moitiés d’ADN. Alors, en admettant même que le premier type venu qui vous sert une histoire exotique sur votre filiation soit digne de confiance et que Charlie et vous ne partagiez pas le même père, vous avez au moins la même mère.

Vu la fratrie de Charlie et le silence éloquent de celle-ci sur la question, la plupart du temps, il supposait que ladite mère n’était pas exactement une présence aimante dans le passé des Lane, cependant.

— Alors peut-être que votre génitrice était une femme horrible, mais soit vous considérez sincèrement que les liens du sang priment sur tout et alors Charlie est votre sœur, soit vous considérez qu’ils ne sont pas si importants et alors Charlie est votre sœur, d’une autre façon. D’un côté ou de l’autre, il semblerait que vous ayez beaucoup à voir avec elle.

Alex n’espérait que vaguement la réussite immédiate d’un pareil argument : la raison n’était sans doute pas la meilleure des armes contre les traumatismes. Mais cette idée-là porterait peut-être ses fruits plus tard et, à défaut, elle l’aiderait à mieux cerner la position de Jay.

— Bref, quoi qu’il en soit, je ne crois pas qu’elle ait besoin d’être consolée. À mon avis, elle se sent moins triste que coupable. Telle que je la connais, elle doit se sentir comme un poids dans votre existence. Une complication superflue. Quelqu’un qui vous empêche de vivre comme vous le voudriez. Bien sûr, si on considère qu’au moment où elle est censée disparaître de votre vie, vous arrêtez de vivre comme vous viviez pour vous asseoir dans des immeubles vides à regarder la poussière voler, il y a de quoi se poser des questions sur votre sens respectif de la communication.

Et c’était le type qui n’avait pas parlé à sa fratrie depuis des mois, alors que celle-ci portait son deuil qui soulignait le manque de communication des autres.

— Donc non, elle ne m’a pas demandé de venir vous voir. Elle fait la même chose que vous : elle s’enferme et elle regarde dans le vide. Enfin, elle regarde des dossiers, mais le principe est à peu près le même.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 29 Nov - 14:35 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jay posa un regard sceptique sur son interlocuteur. Pas doué pour les consolations, mais doué pour la traque ? Il y avait quelque chose à comprendre ? En tous les cas, ça lui passait largement au-dessus de la tête ! Il avait un peu de mal à se représenter ce type en tenue de trappeur à se la jouer Davy Crockett, mais chacun son délire ! Le fait qu'il prétende que lui et Charlie se ressemblaient était une raison supplémentaire pour douter de son sérieux. À tous les coups, il disait ça juste pou « faire genre », histoire de s'attirer sa sympathie. Après tout, c'était bien la raison de sa venue ici, non ? Posant un regard morne et pas convaincu pour deux sous, sur le visage de l'homme, Jay préféra rester silencieux. Bien évidemment, il était plus que tenté de lui demander comment est-ce qu'il pensait réussir à le cerner en deux secondes et sans le connaître, mais vu qu'il avait touché juste ma foi... mieux valait faire profil bas.

La suite par contre, il ne l'avait pas sentie venir ! L'agacement céda le pas à la surprise et à l'incompréhension tandis qu'il entendait le type face à lui s'amuser à lui faire un cours d'éducation sexuelle en accéléré. Il ne se décida à répondre que lorsque l'inconnu – soit-disant ami de Charlie – termina sur une conclusion qui n'éclairait pas vraiment Jay.

« Et alors ? » Il se répétait. « J'capte pas trop la démarche. » C'était sincère. « Si elle se sent comme un poids dans ma vie, c'est p't'être mieux qu'elle n'en fasse plus partie, justement. » Il fronça les sourcils. « Si j'allais la revoir, j'vois pas en quoi ça arrangerait sa situation. »

C'était la stricte vérité : même s'il avait pu avoir ne serait-ce qu'un lien familial avec Charlie, le mieux c'était encore de ne plus l'embarrasser de sa présence. La preuve : alors que les Lane étaient sortis de sa vie, elle était devenue une avocate célèbre, avait occupé la une des magasines pendant un sacré moment, puis avait finalement ouvert son propre cabinet ! Il revenait auprès d'elle et elle se faisait enlever, kidnapper et menacer. Puis c'était sans compter que des personnes mal-intentionnées de sa connaissance l'utilisaient comme moyen de pression à son encontre. Tout cela pour dire que les choses n'étaient jamais aussi médiocres ou catastrophiques que depuis qu'ils se revoyaient. Donc non, franchement, Jay ne voyait aucune raison de revenir sur sa décision.

« Si j'ai envie de r'garder le vide, c'est mon problème. J'savais pas qu'c'était interdit par la loi. » C'était mieux qu'une soirée au bar en tous les cas. « Puis de toute manière, on avait que des problèmes. C'est pas plus mal qu'elle s'occupe de ses affaires et moi des miennes. » Parce qu'il en avait marre qu'elle veuille toujours l'aider. « J'ai pas besoin de son aide. »

Ni elle de la sienne. Il n'était pas fait pour aider les gens de toute manière et elle n'avait de cesse de le sermonner parce qu'il faisait « de mauvaise choses ». Franchement, ça ne lui manquerait pas de se sentir comme un con, incompétent et incapable de faire quoi que ce soit de sa vie. Bon, Charlie ne l'avait jamais clairement dit, mais il sentait bien ses regards désapprobateurs et honnêtement, les supportaient de moins en moins. Le regard du texan se posa sur le type qui n'était apparemment pas au courant du fait que Charlie et lui-même ne possédaient justement aucun brin d'ADN en commun. Le gars qui s'était présenté à elle était apparemment bien son père, mais ce n'était pas ça le problème.

« T'as pas l'air au courant d'un truc : Charlie c'est pas ma demi-sœur. Ils se sont juste plantés à l'hôpital. Elle s'appelle même pas Charlie, ils ont inversé deux gamines, c'est tout. » Il haussa les épaules. « J'étais même pas censé la connaître. » Ce qui aurait certainement été mieux pour elle. « J'en aurais rien eu à carrer sinon. J'ai jamais compte sur les vieux pour savoir c'que je pensais d'elle. »

Après tout, ils n'avaient jamais connu leur père, ou du moins Jay ne s'en souvenait pas. Non, apparemment ce gars était d'une bonne famille et avait eu sa fille avec son épouse, sauf que quelqu'un s'était planté à la naissance et que leur gamine parfaite s'était retrouvée dans une famille de dégénérés. C'était aussi simple que ça. Oh, bien sûr, il aurait pu demander à voir la véritable frangine, mais ça ne l'intéressait absolument pas. Un soupir lui échappa alors qu'il leva les yeux vers le type. Jay ne comprenait toujours pas sa démarche : à quoi bon venir le trouver alors qu'il apparaissait clair que leur relation ne faisait que parasiter sa vie. Ce n'était pas dans ses habitudes de faire étalage de ses sentiments, mais quelque chose lui disait que ce type ne lâcherait pas prise avant d'avoir eu droit à un argument digne de ce nom.

« Elle a eu que des emmerdes depuis qu'elle nous connaît. Et j'parle pas seulement de moi. » Des autres frangins aussi. « Alors si franchement t'as envie de l'aider, t'as qu'à lui dire que j'en ai plus rien à foutre d'elle et qu'elle tourne la page. »

Oh, ce n'était pas la vérité, bien au contraire, mais pour une fois qu'il pouvait faire quelque chose pour l'aide, ma foi.... si c'était de disparaître tout bonnement de sa vie, il n'allait pas chercher midi à quatorze heures !
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 30 Nov - 12:00 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Tout bien pesé, ça se passait un peu mieux que ce qu’il avait espéré. À entendre les types qu’il avait interrogés — ou bien, le plus souvent, à éplucher leurs pensées sans se soucier de leur accord éventuel — Alex s’était plus ou moins attendu à tomber sur une montagne de muscles enragée qui aurait tenté de lui dévisser le crâne et qu’il aurait dû figer pendant tout le temps de la conversation. Or, si Jay n’était certes pas mal bâti, Alex le trouvait plutôt posé à sa façon, même si le mentaliste se doutait que les dernières péripéties familiales de son interlocuteur n’étaient pas étrangères à cette paix morose.

— Ah, les bébés échangés. L’une des légendes urbaines les plus populaires de l’Amérique, avec les alligators dans les égouts de New-York. Des fois, je me demande si les gens croient que les maternités ressemblent au dernier niveau d’un magasin Ikéa où on peut embarquer par erreur le mauvais carton et se retrouver avec un meuble à chaussure à la place de sa table à langer.

D’accord, il n’avait jamais mis les pieds dans un Ikéa — pas fou ! — mais il en avait vus dans des séries télévisées et, à en croire les personnages, c’était à peu près l’un des cercles de l’enfer.

— Selon votre réputation, vous n’êtes pas étranger aux milieux un peu louches. Vous devez savoir à peu près comment se montent les arnaques. Alors, vous voyez, moi, il y a dans toute cette histoire quelque chose qui me laisse perplexe. Imaginez l’infime probabilité que dans une maternité, où les bébés sont accouchés par des équipes différentes, où on leur pose un bracelet d’identification dès la naissance et où ils sont étroitement surveillés, deux bébés soient échangés, qui soient justement des familles et qui se ressemblent justement assez pour que les parents qui les ont vus juste après l’accouchement ne s’en rendent pas compte. Un.

Alex se mit à faire les cent pas.

— Deux. Imaginez l’infime probabilité qu’après des années, quelqu’un s’en rende justement compte. Je veux dire, ce n’est pas comme si tout le monde développait des maladies héréditaires, faisaient des tests de comptabilité ou des vérifications ADN. Deux. Imaginez l’infime probabilité que s’étant rendu compte de l’échange, le père censément éploré parvienne à élucider une affaire vieille de plusieurs dizaines d’années et à retrouver l’identité de son véritable enfant, par définition impossible à retrouver, puisqu’il s’agit d’une erreur passée inaperçue et non d’une manipulation volontaire. Trois.

Imaginez l’infime probabilité qu’une fois cette affaire élucidée, le père parvienne à rassembler justement toutes les preuves nécessaires à persuader une vérité pour le moins difficile à croire — et vous savez que les mensonges les plus crédibles sont parfois les plus douteux. Quatre. Imaginez enfin l’infime probabilité que tous ces événements isolément presque impossibles se combinent, s’enchaînent et conduisent par hasard le père à retrouver Charlie au moment précis où sa carrière atteint un sommet, où sa célébrité est optimale et son influence considérable, si toutefois elle consentait à l’utiliser. Cinq.


Alex agita les cinq doigts de sa main gauche en se retournant vers Jay, avant de la baisser.

— Navré de ne pas croire aux histoires romanesques, mais je dois être d’un naturel sceptique. Avant d’avoir pris votre sang, le sang de Charlie et le sang de ce père présumé, de l’avoir mis moi-même dans ma centrifugeuse, d’en avoir moi-même isolé l’ADN et d’avoir procédé aux comparaisons sur mon ordinateur, je vais avoir du mal à être convaincu.

Il avait bien conscience toutefois que la distance critique était d’autant plus facile pour lui à adopter qu’il était un spectateur relativement extérieur de l’histoire, d’une part, et d’autre part un scientifique qui avait fort bien conscience que les preuves définitives n’avaient de définitifs et de preuves que les noms.

— Mais en admettant même que toutes ces péripéties exotiques et miraculeusement coordonnées soient effectives, en admettant que Charlie, à défaut d’être votre sœur biologique, ne soit que votre sœur de famille depuis plus de trente ans, j’ai du mal à vous suivre. Vous dites que votre présence dans sa vie a été une plaie pour elle. Passons sur le fait qu’elle ne serait peut-être pas devenu la brillante avocate qu’elle est, avec la réputation de charité et de probité qui est la sienne, si elle n’avait été elle-même issue du milieu qu’elle défend. Votre manière de compenser le mal que vous estimez lui avoir fait, c’est de disparaitre ? Je veux dire, de fuir ?

Pas très loin, certes. Alex se demanda si le fait que Jay n’avait pas quitté une ville à laquelle, a priori, rien ne l’attachait n’était pas un signe qu’il n’avait pas envie de rompre avec Charlie.

— Parce que, bon, mettons, par exemple, qu’elle vous ait prêté mille dollars. Je vois mal en quoi disparaître pourrait passer pour un remboursement des mille dollars. À vous entendre, elle vous a prêté beaucoup plus que de l’argent et c’est une dette que vous honoreriez difficilement en étant absent.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 1 Déc - 0:20 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Bon, Jay lui non plus n'avait pas été très convaincu par le coup des bébés échangés, mais si Charlie semblait y croire, mais foi.... Ce n'est que lorsqu'il fut question de sa réputation que le trentenaire jeta un regard interrogateur au type bizarre – dont il ne savait strictement rien d'ailleurs. De quelle réputation est-ce qu'on parlait exactement ? Qu'il avait trempé dans des choses pas forcément très légales ? C'était la vérité, cependant le texan voyait mal où ce gars avait pu pêcher ces informations : il n'en avait jamais parlé à Charlie et cela même si elle soupçonnait certainement quelque chose ! Ce fut donc d'un air plus méfiant qu'il dévisagea l'homme qui parlait de sa perplexité face à cette affaire. Tout ce qu'il comprit de cette histoire, c'était que ce type voulait prendre son sang pour le foutre dans je-ne-sais-quoi et vérifier si Charlie disait bien la vérité. Hors de question. Si Jay n'avait pas mis les pieds dans un cabinet de médecin depuis des années, ce n'était certainement pas pour permettre à un gars dont il ne connaissait rien, de se barrer avec son sang pour faire des tests bizarres dessus. Hors de question ! Tout simplement !

Quoi qu'il en soit, il semblait évident que personne ne pourrait comprendre comment le cerveau de Jay fonctionnait. Lorsqu'il parlait de sortir de la vie de Charlie pour éviter de lui causer du tort, les choses apparaissaient de manière limpides pour lui ! Par contre, dès que quelqu'un commençait à poser des questions, le trentenaire se rendait compte que tout n'était pas aussi évident pour le commun des mortels. Mais pour commencer, il devait remettre les points sur les « I » : il n'avait aucune dette vis-à-vis de sa frangine – ou pas frangine – et avait toujours obstinément refusé son aide pour éviter de se retrouver dans une pareille situation, justement. Sa réponse fut donc assez sèche.

« Elle m'a jamais rien prêté. J'ai jamais rien voulu d'elle ! J'ai pas besoin d'son fric ou d'son aide pour m'en sortir ! » Ça avait toujours été un sujet de discorde d'ailleurs. « Honnêtement, j'm'en fiche qu'elle soit ma sœur ou pas. De toute manière, elle a déjà fait des tests et elle y croit. Sinon elle serait pas venue m'en causer. Et si elle veut y croire, c'est qu'ça l'arrange. » Logique typiquement jayienne. « Puis même, une chance ça veut dire que c'est pas impossible. »

Défaitiste ? Légèrement ! En vérité ce gars était justement en train de souligner tout ce que Jay refusait de penser depuis les aveux de Charlie. C'était tellement plus simple de se dire qu'elle n'était pas sa sœur et qu'il n'avait plus rien à voir avec elle. Qu'il était banni de sa vie. La première fois, ça avait déjà été suffisamment compliqué de réussir à ne pas la revoir dès qu'il se demandait ce que sa sœur devenait, mais la deuxième fois... c'était encore pire. Peut-être que c'était une nouvelle forme de torture inventée par le Circus Maximus ? Il leva les yeux, décrochant un coup d’œil inquisiteur à l'homme avant de reprendre d'un ton toujours aussi peu amène.

« Et qu'est-ce que t'en sais de ma réputation ? » Lui n'en avait pas, c'était son surnom de combattant. « J'ai rien à voir avec ce genre de personnes. » Non, lui faisait plutôt dans la baston que dans la falsification d'informations. « Et tes tests, tu feras sans. » Ça, c'était non négociable. « Si tu crois pas son histoire de père, t'as qu'à aller faire le test avec elle et ce type. Mais me mêle pas à cette affaire. Si c'est l'sien, c'est tout ce qui compte. »

Parce que si ce gars était bien son géniteur, elle ne serait pas sa sœur. C'était aussi simple que ça. Et de toute manière, Jay n'avait pas l'intention de participer à ces recherches : Charlie avait fait son choix en lui parlant de cette histoire, il n'y avait donc aucune raison pour qu'il débarque avec ses grands sabots en lui cassant son rêve de famille idéale. Sauf qu'une chose lui murmurait que ce gars ne comprendrait pas quelque chose d'aussi simple. Il allait donc devoir lui détailler toutes les raisons qui le poussaient à ne plus vouloir être un boulet dans la vie de cette frangine qui n'était pas la sienne. Mais c'était dur, très dur : il n'en avait jamais parlé à qui que ce soit, pas même à la première concernée. Mais peut-être qu'il était temps d'avouer la vérité ? Inspirant profondément, le trentenaire retrouva un peu de son calme.

« Charlie avait une vie de merde avant de commencer ses études de droit. Elle s'est barrée d'la maison puis elle est devenue super célèbre. Je débarque à nouveau dans sa vie et elle se récolte emmerde sur emmerde. Si j'étais pas là, elle serait certainement largement plus heureuse aujourd'hui. » Ce qui n'était pas dur à imaginer vu la manière dont il parasitait sa vie. « Si elle était née dans la bonne famille, elle aurait nettement moins d'emmerdes. Puis y'a qu'à voir ses relations de maintenant. Elle traînait avec l'autre génie supra-connu. Elle fréquente des célébrités, j'vois pas au juste ce qu'on aurait à lui offrir de plus. » Le « on » concernant la famille Lane. « C'est mieux pour elle qu'elle traîne avec des gens de son niveau. J'm'en fiche. C'est plus mes oignons, on a rien à voir ensemble. » Il haussa les épaules. « Tout le monde le dit. » Ses ex, les médecins, les gens qui les rencontraient... « Alors, si tu veux lui rendre service, dis-lui juste que ce gars a raison. Elle s'en remettra tôt ou tard. »

Ce n'est pas comme si elle allait avoir le choix cela dit.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 1 Déc - 11:05 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jay avait décidément un sens très littéral de la conversation et Alex commençait à se demander s’il n’était pas préférable d’abandonner comparaison et métaphore pour se contenter d’affirmations plus directes. C’était dommage : la situation lui inspirait une bonne dizaine de parallèles avec les échecs ou la physique quantique. Hélas, personne ne comprenait jamais ses parallèles avec les échecs ou la physique quantique — à croire que les gens manquaient cruellement de sens poétique.

Devant la réticence de son interlocuteur à prêter un peu de son sang, Alex haussa un sourcil dubitatif. Se pouvait-il qu’un grand gaillard comme Jay Lane eût peur des piqûres ? Ou bien avait-il une conscience inattendue de ce que l’on pouvait faire avec l’ADN d’un autre ? Alex regretta de ne pas avoir proposé une méthode moins évasive — les follicules des cheveux ou un peu de salive eussent, après tout, aussi bien fait l’affaire. Maintenant, Jay s’était braqué. Enfin, un peu plus qu’avant.

Le mentaliste s’interrogeait alors sur l’opportunité de poursuivre une conversation dont il avait conscience de n’être pas le plus indiqué pour la mener. Il avait retrouvé Jay, il avait cerné sa présence psychique, il se sentait capable de le retrouver sans trop de difficulté si un jour Charlie voulait renouer les liens avec lui : c’était en somme le but premier de son expédition nocturne et tout le reste aurait tenu du bonus un peu illusoire. Et cependant, il ne pouvait se défaire de l’impression qu’à défaut de se montrer très coopératif, Jay était tout de même assez loquace et la prolixité inattendue de l’homme, quelle qu’en fût la raison, lui paraissait être un signe encourageant.

Or, une fois de plus, Jay choisissait de se livrer. Par résignation peut-être. Peut-être pour le convaincre de fuir. Peut-être parce qu’il avait besoin de parler — pas à lui, précisément, mais comme ça, à n’importe qui. Alex s’adossa au mur, les mains dans les poches, songeur. Toute cette histoire de filiation, de parenté, de bébés prétendument échangés, ne lui parlaient pas beaucoup. Il avait du mal à concevoir en quoi les liens du sang pouvaient l’emporter sur ceux de la culture. Les problèmes familiaux, en revanche, lui étaient beaucoup plus perméables.

— Vous avez peut-être plusieurs noms, Monsieur Lane, mais votre visage, c’est une constante. Quand je me suis mis à chercher votre visage…

Dans les souvenirs des gens.

— … je me suis retrouvé assez rapidement au Circus Maximus. J’aime le Circus. Pas nécessairement pour sa violence. Mais pour sa diversité. Bref… J’ai un ami qui croyait jadis que lorsqu’on fait quelque chose pour le Cartel, quelque chose de relativement anodin, voler un bijou, combattre un animal, on ne participait pas vraiment au reste des activités.

Il parlait d’Abban — mais les opinions de l’Irlandais, par la force des choses, avaient bien changé depuis.

— La vérité, c’est que vous êtes une part de la machine criminelle, aussi peu impliqué que vous vous pensiez.

Et à l’entendre parler, lui aussi en était une.

— Tout du moins, vous l’étiez. Vous allez manquer à vos spectateurs, si vous continuez à vous tenir loin de l’arène. Ceci dit pour qu’une chose soit bien claire : ne faites pas l’innocent avec moi. D’ailleurs, peu m’importe.

Sa morale à lui était plus flexible qu’une gymnaste russe au sommet de sa carrière.

— Vous connaissez le Passeur ? Par réputation, au moins. Transporteur, cambrioleur, trafiquant d’armes, espion pour le compte de Caesar. Un ami de Charlie. Noctis ? Maître-chanteur, voleur, pourvoyeur technologique, trafiquant d’informations et terroriste ? Un ami de Charlie. On pourrait sans peine, je suppose, en trouver d’autres. Votre sœur mène une vie animée, dangereuse et pas toujours très légale, que vous soyez là ou non. Ce n’est pas une criminelle. Elle n’a pas toujours conscience de l’étendue des activités de ses fréquentations. Mais entre vous et certains de ses amis, j’ai du mal à croire que ce soit le pur hasard qui la porte systématiquement vers notre milieu.

Du reste, avant son récent engagement à l’UNISON, Charlie avait été une avocate pénale — avocate des démunis, certes, mais elle n’avait pas défendu que des innocents.

— Vous savez, j’ai une fratrie moi-même. Nous étions quatre. Et c’était une fratrie très respectable, très… Comme il faut. Autant dire un monde auquel je n’avais pas l’impression d’appartenir. En tout cas pas complètement. Je les ai quittés. Je me suis dit que je serais mieux sans eux. Et qu’une chose était sûre, c’était qu’il serait mieux sans moi. Moi qui n’étais ni respectable, ni comme il fallait. Mais peu à peu, je comprends que les affections des gens ne reposent pas sur notre moralité. Ou sur le degré de perturbations que nous apportons à leur existence. Parfois, je les observe de loin. Mes frères et sœurs. Et je sens le vide que j’ai laissé dans leur vie. Et pour eux, pour moi aussi d’ailleurs, mais pour eux, c’est une douleur plus considérable que ne l’aurait été, je crois, la découverte de ma différence, parce que c’est une douleur sans parole, sans présence, sans sens. Juste ça, du vide, pour toujours. Quelque chose, et puis plus rien.

Il y avait des jours où il avait l’impression de ne plus penser qu’à eux.

— Vous essayez de quantifier le bonheur de Charlie comme si vous étiez une quantité de sa vie. De plus ou du moins de désagréments. Mais vous savez, je l’ai vue, je lui ai parlé, et elle n’est pas largement plus heureuse ou même un petit peu plus heureuse. Elle est juste… Vide. Pas totalement. Parce que vous n’êtes pas toute sa vie. Et c’est sûr, sa vie continuera. Mais avec une sorte d’amputation. Vous ne le sentez pas encore peut-être, même si ça m’étonnerait, mais croyez en mon expérience, dans quelques semaines, dans quelques mois, vous verrez.

Lui aussi avait cru pouvoir vivre éloigné d’une famille à l’endroit de laquelle il nourrissait bien du ressentiment.

— Peut-être qu’elle y croit, à cette histoire absurde, parce que ça l’arrange. Et de toute évidence, c’est ce que vous faites. Vous y croyez parce que ça vous arrange. Vous y croyez parce que ça vous donne une bonne raison de ne pas la voir, de ne pas avoir l’impression qu’elle vous juge, parce que ça confirme ce que vous pensiez depuis toujours. Mais la simplicité et l’évidence, ce n’est pas la vérité. Et ce n’est pas le bonheur ou la réussite. Ça m’arrangerait de croire que j’étais fils unique, mais ça ne remplirait pas le vide.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 1 Déc - 14:34 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Bon, Jay comprenait mieux la position de ce type. Il avait aussi des ennuis familiaux et peut-être qu'il ne se sentait pas capable de les régler, toujours est-il qu'en agissant pour Charlie, il devait certainement se sentir mieux. Le texan n'avait jamais cru à l'altruisme, pour lui c'était un piège à cons qui servait à pousser les bonnes poires à se faire abuser par les profiteurs. Charlie était une bonne poire. Et elle le resterait, il en avait l'intime conviction. Un soupir lui échappa tandis qu'il songeait que ce gars sans nom n'avait pas tort, bien au contraire. Combien de fois Jay avait-il reproché à ce Neutron-Grey de foutre Charlie dans la merde ? Il était loin d'être le seul à lui causer des ennuis, mais c'était différent. Jay était son frère – même cadet – donc son rôle était de s'assurer qu'elle était en sécurité. Raisonnement primaire, mais basé sur un caractère très entêté et certainement dépassé depuis des siècles. Les amis de Charlie n'étaient que des relations qui pourraient disparaître du jour au lendemain. On s'éloignait, on ne se parlait plus et tout était oublié. La preuve avec Andrea, les deux femmes se parlaient à peine alors qu'elles étaient meilleures amies à une période. Les liens familiaux c'était différent et ce gars-là venait de le souligner – même si les Lane n'étaient apparemment plus liés à l'avocate.

« Tu devrais plutôt t'occuper de régler tes soucis familiaux avant de t'occuper de ceux d'tes amis. » Il le regarda avec sérieux. « Ça fait généralement plus crédible de conseiller sur un truc qu'on maîtrise. » Ce qui n'avait pas trop l'air d'être le cas. « T'es aussi comme Charlie : fais c'que je dis, mais fais pas c'que je fais, c'est ça ? »

C'était un truc qu'il détestait chez la jeune femme : cette habitude qu'elle avait à lui dire de ne pas faire quelque chose alors qu'elle comptait le faire dès qu'il aurait le dos tourné. Oui, ils se ressemblaient pas mal en fin de compte. Comme quoi, il n'y avait pas besoin d'avoir un lien familial avec quelqu'un pour avoir quelque chose de similaire avec lui – ou elle ! De plus, s'il avait écouté ce type, lui avait coupé les ponts avec sa famille et se retrouvait donc seul. Jay avait encore le reste de la fratrie Lane et il pouvait sans mal combler le vide laissé par Charlie. De toute manière, elle n'était plus vraiment là depuis des années, alors bon... En réalité, plus il essayait de se convaincre du bien-fondé de ses pensées, plus les choses lui échappaient. Foutue conversation, elle venait semer le doute, il n'en avait vraiment pas besoin.

« C'est Charlie qui sera seule. Pas moi. » Il leva les yeux vers l'homme. « Elle t'a dit qu'elle venait jamais rendre visite à sa charmante mère parce que tous les autres la considèrent comme une traîtresse ? Ça changera pas grand-chose qu'je le fasse aussi. » Même s'il n'en avait pas l'envie. « Ta famille a l'air plus normale que la nôtre. Si t'avais idée de c'que Charlie a connu avant de se tirer de la maison, t'insisterais pas comme ça pour qu'elle continue à faire partie de nos vies. »

Mais au final, cette discussion tournait en rond. Charlie ne viendrait pas d'elle-même dans ce trou et Jay n'avait, pour le moment, pas l'intention de retrouver sa frangine pour discuter avec elle. À l'instant présent, il avait surtout besoin d'ordonner ses idées et de savoir ce qu'il déciderait de faire. Rentrer à Houston et planter tout ce qui le rattachait à Star City, ou rester dans ce trou à attendre je-ne-sais-quoi. Un dernier point l'inquiétait légèrement : même s'il ne reverrait peut-être plus l'avocate, Jay n'avait aucune envie qu'elle soit au courant de ses activités criminelles. Il avait déjà tué pour le compte du Circus – lors de combats – et ne tenait pas à ce qu'elle en ait vent. Elle risquait de perdre les dernières traces de respect qu'elle avait pour lui. Peut-être. Enfin, en y repensant, c'était peut-être la chose à faire, justement ? Elle couperait d'elle-même les ponts et tournerait la page. C'était sans aucun doute le plus sage, cependant Jay ne pouvait s'y résoudre, preuve qu'il tenait plus à elle qu'il ne voulait le prétendre.

« On verra. J'ai besoin de réfléchir. » Ça ne lui arrivait pas souvent. « Mais... » Il marqua une hésitation. « … ces histoire du Circus, elle a pas franchement besoin de le savoir. Elle s'imaginerait encore que c'est sa faute ou des conneries de ce genre. » Il le regarda avec sérieux. « Et vu qu'tu trempes aussi là-dedans, j'pense que tu comprends autant qu'moi qu'elle a pas d'intérêt à foutre son nez là-dedans ? » Sinon c'était un drôle d'ami. « Comme tes autres potes. » Noctis et tous ceux-là. « On verra. »

Un message de conclusion visant à dire qu'il réfléchirait à cette histoire. Mais si le gars s'attendait à avoir droit à une réponse en bonne et due forme qui l'informerait de sa date de retour, c'était peine perdue. Jay avait bien entendu parler des types cités, même s'il aurait été incapable de dire s'il les avait déjà croisés – ce qui était le cas – mais il se disait simplement qu'avec des amis comme ça, elle ne risquerait pas grand-chose. Avec de grands méchants parmi ses plus proches amis, ça assurait une certaine sécurité. Encore un truc qu'il n'était pas capable de faire vu sa réputation dans le domaine.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 1 Déc - 15:16 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Ah, ça, Jay n’avait pas tort : Alex lui conseillait de suivre une marche qu’il ne suivait pas lui-même. Pourtant, techniquement, il n’était pas plus difficile au Lane de franchir la porte du cabinet de Charlie qu’il ne lui était à lui d’arrêter les NG dans la rue ou même, avec ses aptitudes, de pénétrer dans le Bigsby Building et leur révéler sa résurrection. Il n’aurait su dire précisément ce qui l’en retenait. Un reste de ressentiment. Un peu de fierté. Beaucoup de peur. Et pas mal de prudence. Les NG étaient trop étroitement liés à l’UNISON, Tesla trop intelligente et Jack trop suspicieux pour que sa nouvelle vie, entièrement illégale, leur demeurât longtemps inconnue.

Tu parles d’une famille normale. C’était bien la première fois que l’on formulait ce genre d’hypothèses à son propos. Avant, on l’avait imaginé grandir dans un monde de science-fiction — pas tout à fait à tort du reste — et désormais, ceux qui croisaient Noctis n’étaient pas loin de penser qu’il était une espèce de génération spontanée et inquiétante — et ça non plus, ce n’était pas si éloigné de la vérité. Mais jamais on ne lui avait supposé une famille normale.

Alors que Jay terminait de formuler sa requête de discrétion, Alex se détachait de son mur.

— Hmoui.

Il ne savait pas exactement ce que Charlie devinait ou ignorait tout à fait des activités de son frère, mais il ne comptait pas lui en faire le menu de toute façon. Le mentaliste n’avait jamais eu de scrupules à mentir à son entourage. Comme Jay en un sens, il estimait que Charlie vivait dans un monde privilégié qu’il importait de préserver et il ne voyait pas de raison pour que sa réalité à lui coïncidât nécessairement avec celle de l’avocate.

— Juste une chose. Je ne me comparais pas à vous. Je me comparais à elle. La différence entre Charlie et moi, c’est qu’elle n’a pas choisi sa solitude. Vous l’avez choisie, à sa place. Mais in fine, la souffrance sera la même.

Sans doute pas. Pas vraiment. Charlie n’était liée qu’à Jay, s’il avait bien compris, et c’était assez dire que les liens qui l’unissaient éventuellement aux autres membres de la fratrie Lane n’étaient pas aussi étroits que ceux qui avaient soudé les NG. Mais la question n’était pas là.

— Ceci étant dit, ne vous inquiétez pas pour le détail de vos activités. Je suis très doué pour garder les secrets.

Ce qui devait clore la conversation. Un plus habile diplomate que lui, un psychologue plus patient, eût sans doute été à même de pousser Jay un peu plus loin dans la voie de la réunion. Alex, pour sa part, trouvait les résultats déjà inespérés. À croire que Lukaz allait définitivement le transformer en créature sociable. Le jeune homme se dirigea vers la sortie de la pièce — pour ainsi dire — que Jay occupait.

Il s’arrêta sur le seuil néanmoins et se retourna.

— Monsieur Lane…

Un dernier détail venait de lui traverser l’esprit.

— … quoique vous ne soyez pas attaché au Cartel par des liens trop inextricables, trop…

Mieux valait adopter un vocabulaire clair.

— … étroits, il n’est pas impossible que votre départ en laisse certains perplexes quant à votre loyauté.

Après tout, le Circus était une entreprise criminelle, une entreprise extrêmement rentable où s’imbriquaient tous les trafics, et Jay l’avait fréquenté assez longtemps pour que d’aucuns pussent estimer qu’il en avait trop vu.

— Si votre départ devait être définitif et que vous deviez vous en trouver dans une situation délicate, je serais sans doute capable de vous prêter assistance.

Sur quoi, Alex reprit son chemin. Il doutait que Jay fût vraiment du genre à appeler à l’aide, mais enfin, pourquoi pas ? Bien sûr, il ne lui laissait aucune autre information sur lui que son amitié avec Charlie, c’est-à-dire aucun autre moyen de le contacter que de passer par l’avocate. Tous les moyens étaient bons.

Dehors, le district est était plongé dans l’obscurité. Dans les rues les moins favorisées, là où les logements n’avaient pas toujours les moyens de payer les factures d’électricité et où les ampoules des lampadaires étaient brisées pour ne pas éclairer d’une lumière trop crue les petits trafics, les lumières de la ville reculaient parfois devant la misère. À cette heure, au centre-ville, en revanche, les fenêtres du Bigsby Building devaient être encore éclairées.

Alex chassa du mieux qu’il le pouvait ces pensées nostalgiques. Redressant le col de son manteau, il s’éloigna dans la rue, tandis que dans l’immeuble abandonné, le groupe de sans-abris recommençait à s’animer, libérés de la contrainte télékinésique. Alex se promit de contacter Abban. Lui pourrait mieux surveiller ce qui se dirait de Jay au sein du Cartel. Le mentaliste n’avait aucune envie que les retrouvailles de Charlie et de son frère se fissent dans une morgue du centre-ville.
Revenir en haut Aller en bas



A chaque jour suffit sa peine, à chaque être sa famille ▬ Chase

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» A chaque jour suffit sa peine, à chaque être sa famille ▬ Chase
» •°• A chaque jour ses emmerdes •°•
» Chaque jour est synonyme de renouveau
» Seul est digne de la vie celui qui chaque jour part pour elle au combat [Pv: Fiora, Atios]
» Chaque jour amène son pain [PV Leila]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-