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Underground

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Message posté : Mer 26 Nov - 15:25 Message
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29 novembre 2014

— Alors… ?
— C’est…

Dans la salle de la Muse, Camille observait la dernière sculpture de Jason.

— Eh bien, ça me fait penser à l’œuvre de Duncan Wylie, mais d’un point de vue plastique, évidemment. La destructuration post-moderne de l’espace est clairement sensible.


Jason observa Camille d’un air peut-être un peu surpris. Pour une fois que l’un des amis de Vincent était sensible à ses créations artistiques ! Enfin, il ne savait pas trop si Camille était un ami de Vincent : c’était la première fois qu’il le voyait. Le Français était venu tenir sa parole : Vincent avait réclamé — enfin, plus ou moins, mais Camille l’avait pris au mot — une expédition dans les ruines urbaines de Star City et Camille comptait bien lui faire découvrir le charme de ces endroits mystérieux.

Il était donc venu, ce samedi-là, avec son sac à dos bien rempli et la tenue de circonstance : des chaussures de marche, un pantalon de toile épaisse, un tee-shirt et un sweat. Il avait prévu Vincent un peu au dernier moment, comme à son habitude. Heureusement pour lui, ce jour-là, Jace assistait à un palpitant séminaire sur le droit de la fiscalité internationale à New York, Holy était plongée dans des révisions de toute dernière minute, Jason engagé dans une grandiose et incompréhensible création artistique. Bref, Vincent était libre : il se préparait.

En attendant, Camille observait la salle de la Muse.

— Je dois avouer que personnellement, j’ai plus d’affinités avec le nom figuratif ou les épures…
— Tu peins ?

Camille croisa le regard de Jason. La question l’embarrassait un peu. Il n’avait pas l’habitude d’exposer sa sensibilité artistique. Il haussa les épaules et répondit évasivement :

— C’est beaucoup dire.
— Tu devrais me montrer, un jour.
— Je crois que Vincent est prêt.

Le jeune homme tourna les talons, dévala l’escalier et, après avoir récupéré son sac à dos et son nouveau camarade d’aventure, il quitta les liens pour rejoindre sa voiture.

Leur point d’accès était à l’extérieur du centre-ville, dans l’une des plus anciennes zones industrielles de la ville. Le trajet n’était pas trop long et puis Camille avait l’air d’excellente humeur. Après avoir donné son impression de Jason, très positive, il se lança dans un récit long et assez animé du dernier club de sport qu’il avait visité, cette semaine-là, une association de bowling peuplée, à l’entendre, de joueurs tous plus étranges les uns que les autres.

Son récit fini, il interrogea Vincent sur sa semaine, ses cours et ils finirent par parler de choses et d’autres, jusqu’à ce que la voiture se rangeât le long d’un grillage défoncé, à côté d’une usine en ruines, au milieu d’une friche. Camille descendit, récupéra son sac dans le coffre de la voiture et tourna le dos à l’usine et se dirigea vers d’immenses tubes en béton qui sortaient du sol, à quelques mètres de là.

— On va visiter une partie de l’ancien réseau de métro de la ville, dans les tunnels. Certains des tunnels sont encore connectés au réseau actuel et on aurait pu y accéder par le centre-ville, mais c’est un peu trop surveillé. Ici, ça n’appartient plus à personne et tout le monde s’en fiche.

Comme souvent, Camille avait rapidement acquis une connaissance encyclopédique des détails d’urbanisme et d’architecture les plus inattendus de la ville où il avait élu domicile.

— Enfin, si, ça appartient bien à une espèce de promoteur plus ou moins en liquidation judiciaire, mais d’ici à ce qu’il se passe quelque chose, on sera déjà vieux. Il y a une histoire avec la mairie, et un problème de cadastre, mais je n’ai pas cherché plus loin.

Alors qu’ils étaient presque à l’embouchure des tuyaux, Camille fit pivoter le sac à dos vers le devant et fouilla à l’intérieur. Il tendit bientôt une lampe frontale à Vincent.

— Tiens, pour t’éclairer. Ça se met comme un bandana. Ce n’est pas très, très élégant, mais ça garde les mains libres.

Vincent avait ses pouvoirs pour ça, évidemment, mais Camille précisa :

— Mieux vaut la jouer traditionnel pour commencer, on ne sait jamais trop sur quoi on peut tomber.

Ce principe de précaution était un peu nébuleux, mais la prudence, chez lui, était une seconde nature.

— J’ai aussi de la corde, de quoi ouvrir des portes, une trousse de premiers secours, un GPS au cas où. Un peu à manger. À boire, évidemment. Plus deux ou trois autres trucs.

Les deux ou trois autres trucs, c’était des armes, mais il n’allait pas s’étendre sur la question : ils n’en auraient sans doute pas besoin. Le sac retrouva sa place, bien arrimée, sur les épaules du jeune homme et Camille, avec sa propre lampe, prit la tête de l’expédition en s’enfonçant dans l’un des tuyaux. Celui-ci se terminait sur une porte métallique rouillée — et promptement forcée. Elle, elle ouvrait sur un escalier métallique qui s’enfonçait dans les profondeurs. Une ancienne entrée de service vers le monde fabuleux des souterrains de Star City.
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Message posté : Mer 26 Nov - 21:15 Message
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    – VINCENT ! Y a un de tes potes !!!

    Pote était peut-être un grand mot pour qualifier la relation qui liait Camille à Vincent. Connaissance serait plus approprié, mais Jason n’était pas au courant de toutes les subtilités qui régissaient la vie sociale de son colocataire. L’appellation la plus simple et la plus commune était souvent la meilleure pour lui. Comme quoi, les artistes pouvaient aussi se montrer pragmatiques.

    Camille lui rendit donc visite en ce beau (tout est relatif) samedi de Novembre. Pourquoi ? Pour honorer la proposition qu’il avait faite lors de leur dernière conversation : partir en virée urbaine. Il tombait bien le Français, aujourd’hui, Vince n’avait pas grand chose de prévu. Il avait pensé se rendre au bar pour donner un coup de main même s’il n’était pas de service. Les profs étaient plutôt calmes en ce moment avec le travail, à part quelques articles à lire, il n’avait pas grand chose à faire. L’étudiant se retint d’exprimer sa joie, mais elle était bien présente. Il s’empressa donc de se préparera après avoir demandé quelques conseils vestimentaires, c’était sa première randonnée urbaine. Au final, son équipement, n’était guère plus différent de celui d’une randonnée plus traditionnelle, ainsi que son sac à dos qui datait d’avant Star City, une relique solide comme on n’en faisait plus. Après avoir récupéré un Camille initié à la Salle de la Muse, les deux jeunes hommes s’en allèrent vers de nouvelles aventures.

    – Et rentre avant minuit, ma puce !

    Merci Jason...

    Le trajet se déroula plutôt bien. Vincent ne s’attendait pas à avoir une conversation aussi normale avec le Français, pensant qu’il s’agissait là de sa connaissance « mutante » la plus bizarre. Comme quoi, on avait toujours tord. Vince lui parla un peu de ses études qui se déroulaient plutôt bien même si ce n’était pas toujours facile, de sa collocation qui se passait assez bien elle aussi, en dépit des « surprises » artistiques que Jason lui réservait parfois. Cerise sur le gâteau, il lui confia que le coach de l’équipe universitaire de football l’avait recontacté pour lui demander de revenir dans l’équipe. Vincent ne l’avait encore dit à personne pour éviter de se faire de faux espoirs, mais l’idée lui plaisait beaucoup. Son égo le poussait tout de même à se faire désirer un tout petit peu avant de réintégrer l’équipe. Mais il ne resta pas trop sur ce sujet, il savait que Camille avait du mal à trouver un sport assez épanouissant, alors autant éviter trop remuer le couteau. Une fois les civilités passées, la discussion s’orienta sur le thème principal : leur sortie, une conversation qui s’alignait sur leur localisation car ils arrivèrent à destination. Le conducteur expliqua alors quelle était leur objectif.

    – Ca veut dire que c’est légal de les visiter ? ... Non, tu sais quoi, ne me réponds pas, je préfère pas savoir.

    Il était sûr à 80% que la réponse était négative. Pour ne pas y penser, il se concentra sur la lampe qui lui fut confiée. L’objet faisait très chercheur d’or dans une mine, mais il ne dit rien, ne qui ne l’empêcha pas d’avoir une pensée nostalgique pour son frère qui se serait probablement bien amusé à jouer aux archéologues avec un tel matériel. Il orna son front de la lampe et ne put s’empêcher de penser qu’il devait avoir l’air ridicule. Heureusement, ce n’était pas à l’intérieur de ces tunnels qu’il croiserait une de ses connaissances. Il se serait toutefois bien contenté d’utiliser la lampe torche qu’il avait pris – au cas où – mais n’osa pas aller à l’encontre des indications de Camille, plus par politesse que par crainte du danger.

    – Tu crois qu’on pourrait tomber sur une fuite de gaz ?

    C’était là le scénario le plus catastrophique que Vincent était capable de s’imaginer. C’en était presque mignon.

    – J’ai aussi de quoi boire et manger...

    Il était en train de se demander s’il fallait mettre la trousse de secours sur le compte de la précaution ou si c’était vraiment le genre de chose dont il avait besoin pour ses aventures.

    – Ok... c’est parti... marmonna-t-il pour s’encourager. Cela dit, il ne pouvait s’empêcher de noter qu’il ne ressentait pas tant d’appréhension que ça...

    Les deux Supers entrèrent donc dans le tuyau pour finalement arriver devant une porte métallique qui ne résista pas longtemps aux dons de Camille. Vince ne put s’empêcher de e demander, encore une fois, si on lui avait enseigné ça dans son école pour Supers ou s’il avait appris ça sur le tas... là encore, l’étudiant n’était pas sûr de savoir quelle réponse le perturberait le moins. Une fois la porte passée, ils se trouvèrent en haut d’une série d’escaliers qu’ils empruntèrent pour s’enfoncer dans les profondeurs souterraines. Le barman n’était pas claustrophobe, mais déjà, sa préférence se dirigea sans conteste vers les randonnées ouvertes, quitte à se retrouver harcelé par la pluie ou le vent. Les sons de la nature étaient beaucoup plus rassurants, même ceux qui provenaient d’animaux invisibles. Là, le son de leurs pas sur les marches métalliques avait quelque chose de lugubre. Pour un peu, Vince se croirait dans un film d’horreur... Holly aurait adoré... quoique non, elle était très maladroite, elle se serait certainement tordu une cheville dès les premières marches... comme dans un film. Indépendamment des préférences du jeune homme, celui-ci se demandait quel était l’intérêt de se promener ici...

    – Alors... est-ce que je dois faire attention à la beauté de ces merveilleux escaliers ? demanda-t-il avec un soupçon d’ironie taquine.

    En attendant la réponse de son compagnon de voyage ténébreux, Vince garda le regard rivé sur les marches qu’il foulait pour ne pas glisser, et aussi parce qu’il se méfiait de leur état.... Vu celui de la porte qu’ils avaient dépassée, ces escaliers ne devaient guère être plus entretenus. De temps en temps, il regardait ailleurs, sur les côté pour examiner les murs, en bas au loin pour essayer de voir où ces marches allaient les mener, Camille, pour voir comment il avançait... Rien dans tout ça n’était particulièrement extraordinaire... sauf bien sûr la démarche du Français, mais ça, Vince n’y faisait attention que parce qu’il savait que les pouvoirs mutants du jeune homme lui donnait un petit quelque chose de surréaliste. Pas une fois il ne pensa à regarder derrière lui, pourtant cela lui aurait peut-être permis de voir l’ombre qui était apparue devant l’entrée qu’ils venaient d’emprunter...

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Message posté : Jeu 27 Nov - 11:49 Message
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— Une fuite de gaz comme dans les mines, tu veux dire ?

Camille secoua la tête.

— Et quant aux canalisations, elles n’ont pas tellement de raison de passer pour les anciennes voies de métro. Principalement, c’était électrifié. Mais c’est fini depuis un bon moment, ça.

C’était à peine si Camille paraissait regarder les marches qu’il empruntait. Le Français dévalait les escaliers, s’arrêtait pour laisser Vincent le rattraper, et recommencer sa descente, comme si son pied trouvait à chaque fois miraculeusement la bonne position pour conserver son équilibre, ne pas glisser, ne pas se tordre la cheville. Du reste, ce n’était pas la première fois qu’il empruntait cette entrée, mais il avait prévu, plus loin, de s’engager dans un tunnel jusque là inexploré.

Le Français sourit dans la pénombre à la question ironique de Vincent.

— T’es bête. Ce n’est pas toujours une question de beauté, c’est aussi une question de souvenir, de mystère ou d’aventure.

Ils atteignirent enfin le sol bétonné d’une cursive de service.

— Tu imagines qu’il y a des dizaines d’années, des gens sont venus ici pour creuser ces couloirs ? Pour couler le béton, installer les escaliers. Tu imagines le chantier que ça a été ? Et quand ça fonctionnait, il y avait de la lumière, de la vie, des activités, des préoccupations et de petites satisfactions. Maintenant, il n’y a plus que nous deux. Sors ta lampe torche.

Maintenant qu’ils avaient descendu les escaliers périlleux, Camille estimait qu’ils pouvaient éteindre leur lampe frontale, au moins jusqu’au prochain obstacle vraiment considérable, et sortir les torches, plus maniables quand il s’agissait de les diriger.

— Tu es Américain, vous avez Edward Hopper, tu devrais comprendre ce genre de mélancolie là.

Il se souvint après coup que Vincent lui avait confié n’être pas un très grand amateur d’art. Il commençait à se demander si une sortie au musée de peinture n’eût pas été un préliminaire nécessaire à cette première expédition.

— Tous les Britanniques devraient aimer la mer de Turner et la campagne de Constable et tous les Américains devraient aimer les villes de Hopper.

Et sur le même ton taquin que Vincent avait employé pour poser sa question, Camille ajouta :

— Je vais devoir parler à ton coloc’ pour qu’il refasse ton éducation artistique, tu es insortable.

Parce qu’elle n’était pas belle, peut-être, cette nouvelle porte métallique, sur laquelle on lisait clairement « Accès aux voies — Danger — Personnel autorisé seulement », malgré les quelques lettres que le temps avait effacées ? Indifférent à ces avertissements d’une autre époque, Camille la força à son tour.

— Attention à la marche.

Et il sauta de l’autre côté pour atterrir sur les voies. Les rails s’enfonçaient à droite et à gauche dans l’obscurité d’un tunnel. Par endroit, des morceaux de plafonds étaient tombés. Sous les faisceaux des lampes torches, la poussière de roche volait. Là aussi, le paysage offrait ses bruits. Au loin, on entendait le goutte à goutte d’une infiltration d’humidité. Sur les rails métalliques, parfois, les pas précipités d’un rongeur que leur présence mettait en émoi.

— On va à gauche. À gauche, je ne sais pas où ça va.

Ce qui aurait sans doute été une raison de ne pas aller à gauche. Camille s’engagea donc dans le tunnel, en marchant entre les deux rails.

— Bon, en tout cas, tu as l’air bien joyeux aujourd’hui. Enfin, pas joyeux. Rayonnant. Il n’y a pas à dire, les gens heureux, c’est perturbant.

C’était une plaisanterie, bien entendu. Camille ne jalousait pas le bonheur des autres : c’était une espèce de truc incompréhensible et lointain dont il n’imaginait pas qu’il pouvait être l’un des buts de sa vie. Alors il l’observait juste, de loin, comme une curiosité.

De temps à autre, Camille s’arrêtait, pour éclairer un morceau de rocher. Il poussait certains gravats du bout de sa chaussure, plissait un instant les paupières et reprenait la marche. Il trouvait pour sa part le silence souterrain tout à fait fascinant — apaisant en un sens, et en un autre propice à une tension expectative.

— C’est la perspective de retrouver ton équipe de football qui te met dans cet état-là ou il y a autre chose ?

Lui-même conservait par intermittence cet air légèrement pensif et préoccupé qui lui était caractéristique, comme si son calme n’était pas seulement une disposition de son caractère, mais une manière de se tenir sur ses gardes. Déformation professionnelle. Alors que Vincent lui répondait, Camille s’arrêta un instant de marcher, ferma les yeux et se mit à agiter les narines.

— Il y a une arrivée d’air frais quelque part.

Le Français dirigea le faisceau de sa lampe vers le plafond.

— C’est bizarre, là-dessus, ça doit être compact et plus loin, il ne devrait pas y avoir d’ouverture. On va continuer un peu.
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Message posté : Jeu 27 Nov - 13:19 Message
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    – Alors y a aucun risque si j’utilise mes pouvoirs du coup ? Non pas que j’y tienne absolument, remarque.

    Cela dit, en cas de panne de piles, un éclairage à la « bougie » serait mieux que rien. Vincent pensait surtout au côté pratique. Et vu qu’il commençait à mieux maîtriser ses pouvoirs, il se dit qu’il pourrait créer plus de lumière avec eux qu’avec de simples lampes comme les leurs. Mais comme il l’avait remarqué, ce n’était pas une obligation, il pouvait très bien passer une journée sans les utiliser... du moins consciemment. Jason lui ayant fait remarquer que sa chambre était glaciale vu qu’il n’y mettait pas de chauffage.

    – D’aventure... je vais essayer de me concentrer là dessus alors... répondit-il ironiquement.

    Et en dépit de son originalité, Vincent ne pouvait s’empêcher de penser que cette sortie était la plus ordinaire de ses péripéties du moment. Il était donc d’excellente humeur, quoiqu’un peu sceptique, mais on ne se refaisait pas... en tout cas pas totalement, le jeune homme était déjà en train de retaper l’architecture de sa vie sentimentale. Il était donc un peu tôt pour revoir les fondations de ses goûts et passions.

    – Tu dois t’éclater sur les sites de fouilles archéologiques...

    Vincent lui était nettement moins sensible à ce genre de spectacle et d’imagination. Son admiration s’était contentée, au début de sa vie à Star City, de s’exprimer les premières fois qu’il se retrouvait face à un building particulièrement imposant. Lui-même devait avouer que les constructions de cette ville étaient plutôt spectaculaires. Mais il s’était habitué maintenant, et le jeune homme n’avait jamais accordé beaucoup de pensées à ces ouvriers qui avaient contribué de la sueur de leur front à l’élévation de telles constructions.

    – On a quoi ?

    Une maladie ? Un virus ? De quoi parlait Camille exactement ? Vincent était en train de se dire que le Français avait peut-être trainé le mauvais locataire. Le barman suivit des yeux le faisceau de lumière que dirigeait maintenant son guide. Mais il ne trouva guère plus de beauté dans ces murs que dans les sculptures de son ami

    – S’te plaît, lui demande pas ça, déjà qu’il me force à écouter ses lectures de Dickinson...

    Une activité qui ne manquait jamais d’arracher au pyromancien son record de bâillements.

    – Vu.

    Et il sauta à son tour pour rejoindre le meneur de l’expédition qui décida de la direction à prendre.

    – Elle mène où la droite ?

    Une question un peu curieuse qui lui permettrait peut-être d’imaginer ce sur quoi ils pourraient tomber en allant à gauche. Plus ou moins la même chose, s’imaginait-il. Les tunnels de métros ne devaient rien receler de particulièrement original. Mais son imagination revint bien vite sur des considérations plus immédiates et concrètes car Camille fit un commentaire sur l’humeur manifestement joyeuse de son comparse. On pouvait dire qu’il avait vu juste, mais Vince se demandait s’il pouvait lui en parler vraiment. Après tout il ne le connaissait pas plus que ça... puis il se rappela que Camille avait plus ou moins fait référence à son orientation sexuelle lors de leur première discussion.

    – Excuse-moi, j’imagine que ce n’est pas la bonne attitude à avoir dans de sombres tunnels. plaisanta-t-il avant de poursuivre. Disons que j’ai l’impression d’être en train de remonter la pente et que les choses vont mieux dans ma vie... Bien sûr, ça aide d’avoir quelqu’un...

    Ca aidait beaucoup même, ne serait-ce que pour le moral.

    Mais la conversation ne resta pas longtemps sur cette douce euphorie et s’orienta sur leur situation. Camille mentionna une arrivée d’air et en se concentrant un peu, Vincent la ressentit également, mais pour être sûr, il sortit son briquet de sa poche, il ne le quittait plus depuis sa mésaventure en forêt avec Anna. Il l’alluma et déplaça la flamme sur son index qu’il leva afin de voir comment se comportait la flamme. Effectivement, il y avait de l’air. Les deux aventuriers continuèrent le progression pendant un moment. L’analyse de Camille indiquait qu’il n’y était pas sensé y avoir d’ouverture dans cette zone. Vincent se mit alors à lui poser des questions pour essayer de justifier ce phénomène. Mais rapidement, une réponse s’imposa à eux. Il n’y avait plus de rail à suivre et plus de sol sur lequel marcher, et pour cause : un immense trou ornait le tunnel et s’enfonçait dans les entrailles de la terre. Du sommet, on pouvait ressentir l’air qui provenait de là, mais comment était-ce possible ?

    – Des théories, docteur Jones ? demanda le jeune homme d’une voix un tout petit peu tendue maintenant.

    Une drôle d’atmosphère émanait de ce trou et elle n’était pas particulièrement agréable.

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Message posté : Ven 28 Nov - 20:11 Message
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(Alors, on arrête tout : Dickinson est ma poétesse préférée et Hopper l’un de mes peintres préférés. À la première fois critique, je fais effondrer le tunnel du métro et je tue tout le monde. Voilà.)

— Quand on suit, on finit par retomber sur la ligne 17.

Autrement dit, à droite, ce n’était pas très palpitant, même si, de l’avis de Camille, il y avait quelque chose de saisissant à suivre pendant longtemps un tunnel désaffecté depuis des années et de se retrouver soudainement dans le métro moderne de Star City.

Bientôt cependant, l’arrivée d’air concentra leur spéculation. Devant le très gros trou, le jeune homme resta un moment silencieux.

— Hmm…

Le faisceau de la lampe de Camille caressa les rebords du gouffre, avant de se diriger vers le plafond. Là-haut, rien de notable. De l’autre côté du trou, le tunnel continuait, mais ils n’y voyaient pas très loin.

— Il y a sans doute un second réseau de galeries plus en profondeur. La différence de pression peut forcer l’air à s’évacuer par ici, parce que le dénivelé est brutal. Ça veut dire tout de même que le second réseau a aussi des ouvertures en surface. Pas forcément aussi élevée que celle qu’on a empruntée, il y a du relief à Star City.

Ces explications étaient un peu condensées, mais comme la plupart des agents de terrain, Camille avait une perception de la géométrie spatiale très développée et très intuitive et il n’était pas toujours conscient que les considérations de ce genre-là pouvaient être obscures pour d’autres.

— Les bords du gouffre sont très réguliers, alors ça ne me parait pas très naturel. On va estimer la profondeur.

Il poussa un caillou du bout du pied à l’intérieur du trou, tout en gardant un œil fixer sur sa montre. Ils entendirent bientôt monter d’en-dessous le bruit du caillou qui heurtait le sol et puis un petit bruit de roulement. Camille calcula rapidement de tête, avant de livrer sa conclusion :

— Sept mètres et ça tombe sur un plan incliné. Ça, c’est étrange…

Ah, parce que le gros trou artificiel au milieu de l’ancienne voie de métro, en revanche, c’était parfaitement normal.

— Pourquoi forer en profondeur si c’est pour laisser un plan incliné en bas ? À moins que le plan incliné ne mène vers autre chose et que le trou soit un piège, bien sûr. Un piège pour quelque chose qui va soit très vite, soit qui ne voit rien.

Le faisceau de la lampe torche se dirigea brusquement sur les rails qui s’arrêtaient net devant le trou. Camille s’accroupit et caressa le métal.

— Regarde…

Quand Vincent l’eut rejoint, il attira son attention sur les rails.

— La porte métallique en haut était rouillée, ça veut dire que l’atmosphère est humide, et pourtant les rails ne le sont pas. Ils ne sont pas non plus en très, très bon état, alors ils ne doivent pas être très bien entretenus, mais ça veut quand même dire que des wagons continuent à passer dessus régulièrement.

De de la circulation sur une voie désaffectée, voilà qui commençait à devenir intéressant !

— Le trou doit être là pour capturer les wagons. Ou alors c’est un endroit pour décharger leur contenu. J’ai dix mètres de corde, je propose d’aller jeter un œil.

En réalité, ce qu’il voulait dire, c’était que lui allait jeter un œil et que Vincent pouvait soit rebrousser chemin tout seul, soit le suivre. Camille avait déjà retiré son sac à dos pour en sortir la corde et il commença à en nouer une extrémité aux rails. Ses nœuds multiples étaient solides et experts, des nœuds de marin, qui trahissaient une solide expérience dans ce genre d’exercice. Le jeune homme jeta l’autre extrémité de la corde dans le gouffre, puis ralluma sa lampe frontale, éteignit sa lampe torche et sortit une paire de gants, pour faciliter la descente sans se brûler les mains.

— La corde est assez solide, mais au cas où, on va descendre l’un après l’autre. J’y vais en premier pour m’assurer qu’il n’y a rien de trop dangereux. Quand je serai en bas, je tirerai trois coups sec, puis trois secondes, puis deux coups, puis trois secondes, puis trois coups et ce sera le signal que tu peux me rejoindre.

Ce qui était bien avec la prudence professionnelle de Camille, c’était qu’elle avait le don de rendre les situations pour le moins inquiétantes : on se demandait toujours quelles genres de complications le Français envisageait pour la suite, s’il avait besoin de prévoir de semblables mesures. En tout cas, il attrapa la corde et se mit à descendre dans le trou. Pendant quelques secondes, sa progression était encore audible, puis plus rien.

Finalement, la corde fut tirée deux fois.

Et ce fut le silence.
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Message posté : Ven 28 Nov - 21:49 Message
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(Les opinions mentionnés dans mes rps ne concernent que les personnages et ne représentent en rien ceux de leur auteur.
PS : Touché !)

    C’était un bon gros trou.

    Assez pour engloutir ce qui pourrait passer dans ce tunnel, comme Camille n’allait pas tarder à le faire remarquer. Vincent n’était pas un expert, mais il aurait lui aussi deviné qu’il ne s’agissait pas là d’un phénomène naturel d’érosion ou de quoique ce soit de ce genre. L’hypothèse de l’accident ne semblait pas vraiment possible, dans le cas contraire, ou dans celui d’un simple effondrement, le reste du tunnel, y compris la partie qu’ils venaient d’empruntée se serait affaissée elle aussi. Là, l’ouverture était beaucoup trop précise. Le hasard n’avait pas sa place dans les explications possibles. Cela dit, Vince n’était pas sûr d’avoir envie de les connaître. Ce qui, bien sûr, n’était pas le cas de son aventureux compagnon d’exploration.

    – Donc je résume...

    Pour commencer.

    – Quelqu’un a placé ce trou pour piéger des wagons qui, de toute façon, ne sont plus sensés circuler et toi, tu veux aller y jeter un œil ?

    Les préparatifs d’une imminente descente en rappel lui servirent de réponse.

    – Tu ne regardes jamais de films d’horreur, n’est-ce pas ?

    Lui non plus en temps normal, mais ses amis étaient de grands amateurs... et lui était juste assez curieux pour quitter sa chambre et voir ce qui générait tant de rires et de cris de leur part. Quoiqu’il en soit, la situation dans laquelle les deux garçons se trouvaient présentement lui donnait l’impression que tout ça était une très mauvaise idée. Il avait l’impression de savoir que rien de bon n’allait arriver s’ils ne faisaient pas demi-tour sur-le-champ. Mais il n’avait aucun argument à opposer, ils étaient venus là pour explorer, de toute façon, et Camille était déjà en train de descendre après avoir crée un système de communication plus compliqué que nécessaire... du moins selon le barman, mais peut-être que le Français avait l’habitude de ce genre de codage.

    Après avoir rallumé sa propre lampe frontale, Vincent s’agenouilla près de la corde et se pencha pour observer la descente de Camille. Le trou n’était pas très profond, mais comme apparemment, il se terminait sur une pente, il arriva bien un moment où il ne put continuer de voir son camarade. Il se contenta donc de l’écouter attentivement jusqu’à ce que les sons disparaissent. Intrigué, Vince leva la tête pour essayer de scruté la pénombre, mais il ne vit rien. Un peu stressé, il décida d’attendre un peu pour voir si la corde allait remuer. Ce quelle fit. Une secousse. Ouf, au moins Camille ne s’était pas brisé la nuque en tombant ou quoique ce soit du genre. Deux secousses. Quelle idée d’attendre la troisième... et pourquoi trois d’abord ? Pourquoi le chiffre trois était-il toujours si important partout ? La réponse ne vint pas pour le moment car la troisième secousse n’arriva pas.

    – Camille !? Est-ce que ça va ?

    Mais il n’eut aucune réponse. Juste l’écho peu rassurant de sa propre voix. Et rien d’autre. Le silence... Un silence passablement bruyant si vous voulez l’avis de ce barman peu habitué à traîner seul dans de sombres tunnels. Qu’est-ce qui pouvait empêcher Camille de lui répondre ? Rein, objectivement rien... S’il y avait eu quelque chose susceptible d’être dangereux, il l’aurait probablement repéré lors de sa précédente visite, même en allant à droite. Il n’y avait qu’une explication possible.

    – Mort de rire... Ok j’ai compris, j’aurais pas dû parler de films d’horreur. Allez réponds maintenant !

    Toujours rien.

    Vincent marmonna un juron avant de réajuster son sac à dos et de saisir la corde, prêt à descendre. Mais son attention fut captée par un éclat de lumière provenant du tunnel, de là où ils étaient arrivés. En dirigeant sa lampe frontale en direction de cette lumière, il discerna deux yeux, semblables à ceux d’un animal en pleine nuit. Puis la lumière de sa lampe commença à vaciller, puis à s’éteindre pour le laisser dans le noir. Le noir complet, accompagné par des grondements sourds... des sortes de grognements bestial. Les poils de Vincent se hérissèrent et il sentit la peur générer en lui de froids tremblements. Il ne mit pas longtemps à fouiller dans sa poche pour en ressortir son briquet, mais la peur l’empêcha de l’allumer convenablement et il ne généra qu’une petite étincelle. Ce fut suffisant pour voir l’espèce de chien enragé se jeter sur lui.

    Le jeune homme lâcha un cri qui s’étouffa bientôt. La peur et la tension l’avaient amené à se changer en bonhomme de cendres et lorsque la bête le percuta, une partie de ses cendres se dispersa, le reste perdit son équilibre et cette forme mi humaine mi cendreuse tomba dans le trou pour s’écraser au sol et se disperser. Laissant derrière elles des habits dépourvu de leur propriétaire. Celui-ci était maintenant un peu partout. Petit à petit, les cendres se rassemblèrent et Vincent essayait de reprendre connaissance, mais ce n’était pas facile, surtout lorsque ses transformations étaient involontaires... et surtout lorsqu’il faisait aussi noir et que ses sens ne lui permettaient pas de voir quoique ce soit. Ses « oreilles » par contre fonctionnaient plutôt bien et entendaient encore le grognement provenir du sommet du trou qu’il venait d’emprunter violemment. Et alors que ses cendres se trouvaient encore en haut de la pente, il entendit des pas approcher... et une voix humaine dire « chut » à l’animal... si, bien sûr, il s’agissait d’un animal.

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Message posté : Sam 29 Nov - 19:01 Message
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— Camille ?
— Sarah ?



— Ravi de te revoir.

Quelques minutes plus tôt…

Camille avait atteint le sol, puis passé la partie la plus abrupte de la pente, avant d’arriver sur un terrain de moindre inclinaison, propice au dénouement de la corde. Il tira une fois, deux fois, avant d’entendre un bruit derrière lui. Arrêtant aussitôt la communication qui signalait l’absence de danger, il fit tourner son sac et fouilla rapidement dans une poche latérale. Bien lui en prit : une sorte de tentacule sec tenta de s’enrouler autour de son cou.

C’était sans compter les réflexes surhumains du jeune homme, qui bloqua l’impétrante strangulation avec son avant-bras droit, tandis que sa main gauche sortait le poignard militaire de la poche. Camille se laissa tomber sur le sol et se retourna aussitôt en un cisaillement qui fit trébucher son adversaire. L’agent bondit sur sa proie, tout poignard dehors. Les deux corps roulèrent encore plus bas sur la pente, dans la poussière du tunnel, en se débattant l’un contre l’autre, puis le calme accent britannique du Français formula une proposition fort raisonnable :

— Ce que vous sentez contre votre vente est la pointe d’un poignard de quinze centimètres. Si je pousse un peu plus, je vous perfore le poumon. En admettant même que vous surviviez à l’exsanguination ici, perdu au milieu de nulle part, l’arrêt respiratoire vous causera des dommages cérébraux irréversibles. Je vous conseille donc de vous calmer et de répondre à mes questions.

Et donc :

— Camille ?
— Sarah ?



— Ravi de te revoir.

En l’occurrence, il ne voyait pas grand-chose : sa lampe frontale s’était cassée dès le début du combat et ils avaient roulé ensemble dans l’obscurité la plus complète. La voix féminine reprit :

— Est-ce que tu pourrais enlever ton couteau ?
— Mais certainement.

Camille se redressa.

— J’ai une lampe torche.
— Moi aussi.

Les deux belligérants sortirent le précieux ustensile de leur ceinture et Camille put bientôt éclairer le visage d’une femme qui devait avoir à peu près quarante ans, les cheveux bruns et longs, le physique athlétique. Longs, les cheveux ? Très longs, même : ils s’étaient tressés d’eux-mêmes et se tordaient comme une immense chevelure de Méduse. Mais ils ne tardèrent pas à raccourcir à une vitesse incroyable, pour laisser finalement leur propriétaire avec un carré impeccablement coupé.

À voix très basse et en arabe, Camille interrogea :

— Qu’est-ce que le Mossad cherche dans le vieux réseau de métro de Star City ?

Dans la même langue, l’agent israëlienne répliqua :

— Je ne fais que passer. Et toi ?
— Je me promène avec un ami.

Silence. Les voilà bien avancés.

— Je me promène vraiment avec un ami. Tu peux me dire ce que tu fais là…

Sarah hésitait.

— Comme ça, je pourrais t’aider. En souvenir de Téhéran.
— Je ne suis pas sûr d’avoir les moyens de m’offrir tes services.
— C’est la maison qui paie.

Sarah hocha lentement la tête. Puis elle avoua :

— Je cherche quelqu’un.

Camille haussa un sourcil perplexe. Mais il commença par désigner la pente.

— On remonte un peu par là, il faut que je récupère mon ami.

Un demi-sourire entendu se dessina sur les lèvres de la femme.

— Juste ami ou bien… ?
— Juste ami.
— Tss, tss, tss. Toujours trop sérieux.
— Ça doit être ça. Allez, viens. C’est un civil, alors parle vite.

Les deux agents se mirent à remonter la pente, tandis que Sarah fournissait ses explications.

— Notre réseau a repéré un ancien criminel de guerre nazi à Star City et j’ai remonté la piste jusqu’à ces souterrains.
— Vous faites toujours la chasse aux reliques du Reich ? Mais ce type-là doit avoir au moins…
— 143 ans. Il aurait trouvé un moyen de survivre. C’était un biologiste. On pense qu’il est passé en Amérique latine avant de remonter, ces dernières années, vers le Nord. Son nom est Octavius Schöttler. Il étudiant les transplantations et les greffes dans les camps. Connu pour ses expériences de vivisection.
— Pourquoi le Mossad t’a envoyé toi ? J’aurais cru qu’ils avaient des agents sur place de toute façon.
— Eh bien… Il s’est passé quelque chose, après Téhéran, à vrai dire. Quelque chose dont…

Sarah s’était tue dès qu’elle avait vu luire le reflet de la lame de Camille. Ils venaient d’arriver à l’endroit où la pente s’adoucissait, où il avait fini sa descente lui-même, quelques minutes plus tôt, et où Vincent était finalement atterri. Pour l’avoir observée une fois dans la ruelle, lors de leur première rencontre, Camille reconnaissait la métamorphose de son acolyte. Il avait dû se passer quelque chose. Il échangea un regard attendu avec Sarah et, pendant que celle-ci remontait le reste de la pente à grands pas, Camille se posta à côté de Vincent, en attendant sa reconstitution, prêt à la protéger si la chose s’avérait nécessaire.

Sarah revint bientôt et murmura, toujours en arabe :

— En haut, c’est Schöttler.

Et Camille de répondre en anglais :

— Vincent, Sarah. Sarah, Vincent.
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Message posté : Dim 30 Nov - 14:40 Message
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    Des images floues vinrent s’ajouter, ou suivre, les sons qu’il avait entendus. Des traits de lumières... des rayons, quelque chose du genre. Des ombres aussi, mais Vincent avait parfois l’impression de revoir les mêmes se répéter, sans doute à cause de son ou plutôt de ses angles de perceptions. Puis de nouveaux bruits... des voix. Dont une qu’il parvint à reconnaître. Camille...

    Pendant ce temps, les cendres continuaient de se réunir à l’intérieur du tas de vêtements. Les particules finirent par reformer un corps qui avait retrouvé une bonne partie de sa forme originelle lorsque Camille fit les présentations. D’une voix un peu altérée par sa transformation, Vincent parvint à répondre un bref et vaguement sincère « enchanté ». Il parvint également à se relever le temps que sa reconstitution se termine. Ce n‘était pas forcément douloureux, mais c’était tout de même loin d’être agréable. Il fit donc de son mieux pour se concentrer afin d’oublier ces étranges sensations et surtout pour essayer d’accélérer le processus. Cependant, il devait également leur faire part de ce qu’il avait entendu... enfin, entendu était peut-être un grand mot.

    – J’crois qu’il est parti et... y‘avait un...

    Vincent hésita, il ne savait pas exactement comment décrire ce qu’il avait vu, ce qui l’avait attaqué. Premièrement parce qu’il n’avait pas spécialement envie de se concentrer pour revisualiser la chose, et deuxièmement, parce qu’il n’était pas capable de dire exactement ce dont il s’agissait. Lui qui était simplement « habitué » à des créatures plus traditionnelles comme les soldats et docteurs cannibales et autres dragons humains.

    – Une espèce de monstre avec lui... une sorte de chien...

    Une information que Sarah prit soin de commenter, mais pas en anglais.

    – Sûrement une de ses expériences... il y en a peut-être d’autres.
    – J’ai dit un truc qu’il fallait pas ?

    Mais Vincent ne recevra aucune réponse réponse ni aucune tradition car de nouveaux bruits leur parvinrent d’en haut. Des grondements sourds, plus puissants que ceux qu’il avait déjà entendu. Le jeune homme fit donc le rapprochement avec ce qu’il venait de vivre.

    – Y a plusieurs monstres comme ça ?

    L’espace d’un instant, il faillit se tourner vers Camille et l’engueler pour ne pas l’avoir prévenu de ce genre de scénario. Mais ce serait de la mauvaise foi, pure et simple. Pour avoir été plongé au cœur de la vie « incroyable » de Star City depuis septembre, Vince était bien placé que ce genre de chose pouvait arrivait n’importe quand dans cette ville de fous. Accessoirement, il n’eut pas le temps de se plaindre ou de réclamer d’avantage d’explication car le grondement se rapprocha et se fit plus clair.

    Il devint alors évident que ce bruit ne venait pas de gueules déformées par de quelconques expériences tordues, mais d’une technologie plutôt reconnaissable : quelque chose roulait dans leur direction. Ils n’allaient donc pas tarder à voir ce qui arrivait aux wagons qui fonçaient dans ce piège installé sur mesure. Voir au sens propre d’ailleurs car une source de lumière apparut pour ensuite s’intensifier d’en haut. Ils pouvaient alors avoir l’impression qu’une voiture s’approchait du trou, mais quelque chose dans le bruit des rails leur disait qu’il s’agissait d’un véhicule un peu plus gros.

    – J’croyais qu’il n’y avait plus de métro, ici ?!

    Et on pouvait remarquer une légère teinte d’accusation dans cette question... Merci Camille pour cette incroyable aventure. Effectivement, c’était fascinant de voir comment une telle construction avait été autrefois utilisée par les hommes... le truc c’est qu’elle l’était toujours utilisée mais que les raisons leur étaient encore inconnues. Quoiqu’elles n’allaient peut-être pas tarder à leur tomber sur le nez.
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Message posté : Dim 30 Nov - 15:55 Message
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Un gros chien. Ça va, ça se gère, un gros chien. Même un gros chien qui n’était probablement pas un gros chien, manipulé par une espèce de de biologiste fou centenaire qui vivait dans des souterrains peu riants, afin d’y poursuivre ses expériences. Camille laissa échapper un soupir résigné. Il n’avait pas vraiment d’affection pour ce genre de péripéties inattendues. Il avait vraiment espérer mener une promenade calme, enfin, relativement calme.

Lorsque Vincent l’interrogea sur la taille de la population muto-canine de leur nouvel environnement, Camille hocha la tête.

— Peut-être.

Hélas, ils ne purent spéculer plus longuement sur l’ampleur du chenil de ce cher Herr Schöttler, parce qu’un métro menaçait de leur tomber dessus. Vincent dirigea son regard courroucé vers Camille, qui dirigea son regard courroucé vers Sarah, qui expliqua en anglais et avec un peu de retard, au goût de ses deux compagnons :

— Il utilise une ancienne rame pour transporter des matières premières.
— Ça aurait peut-être été une bonne idée de le préciser plus tôt.

Pas le temps pour se disputer, cela dit.

— Il y a un chemin de traverse, plus bas.

Sarah dévala la pente. D’un geste de la tête, Camille fit signe à Vincent de lui emboîter le pas et lui-même suivit l’Américain. Quelques mètres plus loin, Sarah bifurquait dans une petite ouverture qu’il eût été aisé de négliger, dans l’obscurité et les trois fuyards s’enfoncèrent juste à temps dans un tunnel transversal, alors que la rame, en haut, s’arrêtait après avoir freiné dans un bruit métallique long et strident. Et une avalanche suivit — une étrange avalanche de choses obscures et informes, qui tombaient dans le trou et roulaient dans la pente avec un bruit mou et mat.

Une odeur assez particulière en émanait. Une nouvelle fois, les narines de Camille s’agitèrent et le Français murmura :

— Ça sent… ça sent…

Ça allait lui revenir.

Ah, oui !

— … les produits d’embaumement.

Comment il pouvait reconnaître l’odeur des produits d’embaumement, ça, c’était une autre histoire. Le jeune homme dirigea sa lampe torche vers Sarah, par dessus l’épaule de Vincent.

— Des matières premières, hein ?
— Je crois que Schöttler remplace au fil du temps ses membres défectueux par des arrivages frais. Et le reste nourrit les chiens, je suppose.
— Charmant.

Même s’il avait chassé la vampirette quelques semaines plus tôt en la compagnie d’Aleksandr Suvorov, Camille devait bien avouer qu’il n’était pas au bout de ses surprises à Star City. Habitué à des considérations non moins complexes mais beaucoup plus terre à terre, qui impliquaient la géopolitique internationale et les arcanes du renseignement militaire plutôt que les mystères des sciences et des magies ésotériques, le Français se sentait un peu perdu dans le vaste monde que sa nouvelle vie offrait à sa considération.

— Par là.

Sarah reprit la marche en ouvrant le cortège. Camille suivait toujours Vincent. Comme ils ne pouvaient pas marcher de front dans la petite galerie en briques, le Français dut se résoudre à parler au dos de son camarade, afin de lui fournir des explications de rigueur. Il parlait juste assez fort pour que Sarah l’entendît et assimilât ce qui, dans ses propos, tenait du mensonge, à mesure qu’il tricotait la couverture de l’espionne.

— Sarah est un peu Van Helsing israëlienne. Elle chasse les phénomènes étranges partout dans le monde et les documente, pour le compte d’une société internationale de cryptozoologie. Tu connais peut-être ses travaux sur les reptiles métamorphes des catacombes de Paris…

Heureusement qu’il ne manquait pas d’imagination. L’improbable Star City avait au moins le charme de rendre plausible de pareilles élucubrations.

— C’est là que je l’ai rencontrée. Bref, elle a traqué jusqu’ici un ancien savant allemand, et quand je dis allemand tu vois ce que je veux dire, qui se distinguerait par sa longévité. Une longévité apparemment nécromantique, si j’en crois la cargaison à laquelle on vient d’échapper.

Sa version de l’histoire de Sarah ne changeait pas grand-chose à leur situation. Que Sarah fût une cryptozoologue de l’extrême ou une agent du Mossad cherchant à venger l’Holocauste, ils en étaient toujours au même point : perdus dans un réseau de galeries arpentées par un biologiste fou et en perpétuelle décomposition, qui élevait des meutes de molosses-ou-à-peu-près.

La galerie qu’ils avaient empruntée déboucha dans un petit espace circulaire, d’où partaient à leur tour d’autres tunnels. Ils émergèrent l’un après l’autre et Sarah expliqua dans un anglais fortement accentué :

— Je n’ai pas réussi à tout cartographier. Ce que je crois, c’est que le laboratoire de Schöttler se situe à ce niveau. Au-dessus, c’est sa connexion avec le monde réel. Il a acheté une espèce de foreuse laser sur le marché noir pour continuer à creuser l’ancien tunnel de métro et le trou d’évacuation pour sa rame. C’est comme ça que j’ai remonté sa piste jusque ici. L’ancien tunnel, au niveau supérieur, s’arrête sous un vieil entrepôt. Je suppose qu’il stocke là-bas des corps volés, avant de les descendre ici. Si on trouve son laboratoire, on devrait avoir de plus amples informations.

Camille retrouvait bien là toute l’obstination d’un agent de terrain qui tâchait de remplir sa mission coûte que coûte. Mais ses préoccupations à lui, ce jour-là, étaient autres.

— Hors de question qu’on cherche son labo. On remonte à la surface.
— Si on s’en va maintenant, il va déplacer son opération ailleurs et ça me prendra des mois, peut-être des années, pour le retrouver, en admettant même que je le retrouve.
— Je ne risquerai pas la vie de Vincent pour mettre la main sur quelqu’un qui se contente de voler des morts.
— Qui se contente de voler des morts ?

Sarah abandonna l’anglais pour asséner en arabe, la langue en commun que Camille et elle maîtrisaient le mieux.

— C’est un criminel de guerre.
— Je sais et je comprends l’importance qu’il a pour vous. Mais je n’ai pas envie de transformer Vincent en victime du présent pour apaiser les victimes du passé.
— Tu as dit que tu m’aiderais.
— Et je t’aiderai à le retrouver quand on sera sortis d’ici et que Vincent sera en sécurité.

Leur dispute fut cependant interrompue par de sourds grognements.

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Message posté : Dim 30 Nov - 18:14 Message
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    La prénommée Sarah semblait conserver un calme assez impressionnant. Quant à Camille, eh bien... c’était Camille, il avait l’air calme en permanence. Vincent moins. Mais présentement, il était aussi las de toutes ces histoires et avait la nostalgie du Kansas. Non pas pour retrouver sa famille, mais pour retrouver le bonheur d’une vie simple et dont les seules surprises consistaient en de petites tornades curieuses. C’est ça, Vince ! Dis-toi que ce ne sont pas des chiens mutants ni des métros fous, juste des tornades et tu pourras supporter tout ça... Non, ça ne marchait pas. Bon ben, dans tous les cas, cours !

    Il courut donc derrière Sarah, devant Camille. Ils empruntèrent un passage qui semblait être apparu juste pour eux et purent se mettre à l’abri de justesse. Un vacarme de tous les diables suivit leur échappatoire et fut bientôt rejoint par une odeur particulièrement forte qui rappela vaguement quelques souvenirs lointains. Trop pour que Vince parvienne à mettre un mot sur ce puissant arôme. Camille vint bientôt à la rescousse et nomma la source de cette interpellation olfactive. Le barman faillit avoir un haut le cœur et ne put s’empêcher de faire un commentaire, explicitant au passage ce que le Français voulait sans doute dire.

    – C’est dégoûtant...

    Pas plus que ce qu’il apprit lorsqu’ils reprirent leur marche. Camille le mit donc au parfum et lui expliqua plus précisément qui était cette Sarah. Vincent ne put s’empêcher de remarquer, avec tristesse, qu’un tel scénario ne l’étonnait presque pas. En fait, son esprit se concentrait surtout pour ne pas penser à ce qui aurait pu lui arriver s’il n’avait pas eu le réflexe heureux de se transformer en cendres lorsque le chien de Frankenstein l’avait attaqué. Autre chose qu’il évitait de concevoir dans son esprit : la façon dont ce cinglé pouvait utiliser ces matières premières pour augmenter sa longévité... Vite, il fallait qu’il se concentre sur autre chose, sinon il n’allait pas pouvoir s’empêcher de gerber.

    – Et pourquoi ce charmant monsieur est à Star City ? Il n’aurait pas pu se planquer dans un endroit plus... tranquille ?

    Tranquille comme désert, éloigné, lointain, très très loin de lui. Et même, ça serait logique pour un pervers de cette engeance de se cacher dans un endroit reculé.

    – Star City est un peu un aimant à super criminels...
    – C’pas une raison, ‘sont bêtes ces criminels...

    Mais il n’avait pas envie de poursuivre la conversation, ni d’essayer d’entrer dans la tête d’un criminel qui faisait des trucs aussi dégueulasses pour rester en vie. Objectivement en tout cas, entre la Légion des Etoiles et l’UNISON, ça semblait être une mauvaise idée pour un super criminel d’établir sa base dans une telle ville. Bien sûr, Vincent, innocent comme il était, ne se doutait pas que c’était principalement pace qu’à Star City, ce genre d’individus avait le plus de chances de trouver de quoi accomplir leurs sombres desseins. Sans parler d’hypothétiques raisons plus personnelles qui pourraient pousser cet Allemand à venir dans la cité des étoiles. Pour se préserver de telles considérations, Vince se concentra sur sa progression en veillant particulièrement à ne pas se casser la figure ou à ne pas marcher sur leur guide. Ils finirent par arriver dans un espace un peu plus large qui leur permettait maintenant de ne plus rester l’un derrière l’autre. S’ensuivit une explication stratégique qui n’était pas sans rappeler le plan qu’Anna avait dressé lorsqu’ils étaient partis à la recherche de Kristen... mais en plus professionnel encore. Les sociétés employaient des pros, même celles qui englobaient un domaine bizarre.

    Bien sûr, il y avait un hic dans ce plan : Vincent n’avait aucunement envie de se retrouver mêlé à cette histoire. Le seul coup de main qu’il avait envie d’apporter était de tout raconter à la police ou aux autorités adéquates pour qu’ils s’occupent de cette histoire. Heureusement, il bénéficiait déjà d’un excellent avocat qui défendit son cas sans qu’il n’ait à se manifester. Camille l’avait apparemment bien saisi et il en fut touché. Il se serait bien permit de le remercier mais les deux connaissances passèrent bientôt à une autre langue que Vince ne maîtrisait pas du tout... en même temps il ne connaissait que deux langues, encore que son espagnol prenait un peu trop la poussière en ce moment... Celle qu’ils utilisaient était beaucoup trop éloignée de tout ce qu’il connaissait. Par moments, il avait l’impression qu’ils communiquaient simplement avec des grognements... mais il réalisa que ces bruits là ne venaient pas d’eux, mais d’un des tunnels qu’ils avaient emprunté.

    – Heu... écoutez...

    Ils n’écoutèrent pas. Mais les grondements se rapprochèrent. Ceux-là parvinrent à interrompre les deux négociateurs.

    Les chiens réassemblés ne venaient d’ailleurs pas que d’un seul tunnel... Au moins quatre d’entre eux déversaient les créatures monstrueuses qui essayèrent d’encercler les trois aventuriers du samedi. Ceux-ci essayèrent de bouger pour ne pas finir complètement piégés mais cela ne fonctionnerait pas longtemps.

    – Vous avez un plan là ? En anglais si poss...

    Vincent ne put terminer sa phrase car un de ces monstres se jeta une nouvelle fois sur lui. Cette fois la créature parvint à le plaquer au sol. Mais il put placer ses mains sur ce cou visqueux pour repousser la gueule du chien et l’empêcher de l’égorger. Il ne put s’empêcher de remarquer qu’il y avait quatre rangées de crocs. Vince se demandait pourquoi les deux autres ne l’aidaient pas mais les bruits qui l’entouraient lui indiquaient qu’ils avaient déjà d’autres priorités à gérer. Le pyromancien n’eut pas d’autre choix, d’autant plus que la gueule super acérée se rapprochait de son visage. Il activa son pouvoir et brûla le cou du « chien ». L’animal poussa un gémissement et s’éloigna pour essayer d’arrêter le feu. Bon au moins ces trucs brûlaient, c’était une bonne chose, il pourrait au moins s’en protéger. L’étudiant se releva et regarda où en étaient ses deux comparses. Il vit alors que Camille étaient aux prises avec au moins quatre des ces monstres mais quelque chose d’autre attira l’attention de Vincent. Une forme particulièrement immense s’avançait vers le Français et finit par émerger d’un des tunnels. C’était une espèce de colosse qui n’avait rien d’humain. Vince compta au moins quatre bras.

    – Camille ! Attention ! Derrière-t...

    Mais il n’eut pas le temps de finir car il subit une nouvelle attaque et se retrouva une nouvelle fois au sol. Mais là, il eut droit à trois chiens pour lui tout seul. L’un d’eux avait deux têtes au passage. Trois et demi donc... Et Vincent ne trouvait plus son briquet...

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Message posté : Dim 30 Nov - 18:59 Message
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Sarah et Camille se turent et tendirent l’oreille. La mâchoire du Français se contracta légèrement. Le sac à dos glissa de ses épaules. Et c’était parti.

Camille ne s’inquiétait pas pour Sarah et, dans une certaine mesure, il avait une confiance relative dans les aptitudes de Vincent. Mais en tout état de cause, ce dernier était sa priorité absolue. Sarah avait beau être une excellente connaissance, elle était entraînée et elle se trouvait là dans l’exercice de ses fonctions : Camille avait rapidement appris à admettre que les agents de terrain n’avaient pas besoin de protection, non qu’ils pussent se sortir de toutes les situations, mais bien que la mort, ou la capture et la torture, étaient des options pour eux envisageables. Inéluctables, d’aucuns diraient.

Le Français jeta son sac à dos droit dans la mâchoire d’un chien qui ressemblait à moitié à un rat et dont il supposa que, d’une certaine façon, il était à moitié un rat. L’animal déchiqueta consciencieusement le sac, conformément aux espérances du Français qui, en attendant, évita promptement l’assaut de l’un de ses molosses à lui. Il sortit le poignard qu’il avait glissé dans sa ceinture et le lança droit dans le front d’un troisième animal, où la lame s’enfonça pile entre les deux yeux, arrachant à la bête un gémissement plaintif qui ne suffit pas à arrêter sa course.

Pendant ce temps, Sarah se défendait avec une arme toute personnelle. Les cheveux de l’agent avaient poussé brusquement de plusieurs centimètres d’abord, puis d’un bon mètre et de deux, et ils traversaient désormais la pièce en tout sens, tressés en de solides lianes qui s’enroulaient autour des chiens, les soulevaient et les projetaient contre les parois. L’arme eût été imparable si elle n’avait requis de la mutante une solide concentration. En tout cas, la prétendue Van Helsing israëlienne n’était pas une spéléologue sans défense.

Camille roula sur le côté pour éviter une nouvelle attaque et il se retrouva non loin des débris de son sac et de ce qu’il contenait. Les rations de survie, la gourde, des pièces d’équipement et, surtout, les armes. Le Français attrapa un second poignard qui aussitôt, en un même mouvement fluide et anormalement précis, fut projeté dans la mâchoire d’un animal, tandis que sa seconde main se refermait sur la crosse d’un pistolet. Il sentit une haleine chaude non loin de lui. L’espion roula sur le dos, attrapa un chargeur au passage, arma son revolver et fit feu, dans une série de gestes dont la coordination parfaite eût été impossible à un humain normal.

Le crâne de la bête explosa, projetant de la matière cérébrale partout aux alentours. Un chien-rat géant vola à travers la pièce, propulsée par la chevelure tentaculaire de Sarah et écrasa en retombant l’un de ses congénères. Camille se précipita vers la nouvelle victime, arracha son poignard du front de l’animal, trancha la gorge du chien assommé dont Sarah s’était défaite et, sans se retourner, lança le poignard dans l’œil de celui qui le chargeait. La bête glapit, Camille vit volte-face, tira une seule et unique fois, puis dirigea son arme vers le quatrième de ses assaillants et l’abattit à son tour, sans ciller.

L’avertissement de Vincent incita Camille à se retourner et à lever les yeux vers son nouvel adversaire. Il avait eu tout de même le temps d’apercevoir la périlleuse situation dans laquelle se trouvait son comparse et, sans détacher le regard du colosse, il lança à son amie :

— Sarah ! Occupe toi de Vincent.

Un dernier chien atterrit en pleine face du géant qui vacilla, tandis que Sarah, défaite de ses propres adversaires, s’élançait vers Vincent — ou, plutôt, sans bouger de la place qu’elle occupait depuis le début des combats, élançait sa chevelure vers Vincent. Alors que les animaux monstrueux qui attaquaient l’Américain se retrouvaient broyés par les étreintes de Sarah, Camille profita de l’équilibre perdu par le Tétrachire. Un premier coup de feu défonça l’arcade sourcilière gauche de la créature, qui fit un pas en arrière, avant de reprendre sa progression.

Incapable de savoir si le cerveau avait un rôle essentiel dans sa mobilité ou s’il se trouvait bien dans le crâne, Camille jugea préférable de se concentrer sur les évidences. Une série de tirs chirurgicaux atteignirent les différentes articulations du monstre, aux jambes, aux bras, alors que Camille reculait. Désormais, la progression du Tétrachire tenait plus de l’échouement permanent que de la traque. Camille laissa tomber son pistolet et courut à la rencontre de son adversaire, pour terminer sa course en une glissade, qui le fit passer entre ses deux jambes et arriver au cadavre d’un chien dans le front duquel l’un de ses poignards était toujours planté.

L’agent se redressa, retira son arme et courut à nouveau vers le géant qui se retournait péniblement. Cette fois-ci, Camille bondit, prit appui sur un bras, passa au-dessus de la tête et dans un saut retourné, atterrit dans le dos du géant. Les doigts de sa main gauche s’enfoncèrent dans la plaie à l’arcade sourcilière pour se retenir. Un cri de douleur résonna dans la caverne circulaire, mais il fut bientôt coupé par la lame qui s’enfonçait dans la gorge et sectionnait rapidement trachée, œsophage et système sanguin.

Le Tétrachire s’effondra à terre et Camille roula sur le côté, les mains ensanglantées. Sarah tendait la sienne pour aider Vincent à se relever.
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Message posté : Lun 1 Déc - 15:56 Message
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    Vince essaya d’agripper un de ses agresseurs pour lui mettre feu mais il n’y arrivait pas, il ne pouvait pas s’empêcher d’essayer de se protéger le visage des coups de griffes et autres morsures. Soudain, les chiens le laissèrent tranquille, et pour cause, les tentacules capillaires de Sarah les avaient rudement repoussés. En quelques secondes, elle maîtrisa les animaux modifiés qui ne posèrent plus aucun problème. Puis elle s’approcha pour l’aider à se relever tandis que Camille achevait son géant.

    Wow.

    – Merci.
    – De rien... Écoutez, nous devons faire vite. Je suis sûre que Schöttler nous a envoyé sa meute pour gagner du temps, il doit être en train de s’enfuir. Nous devons l’arrêter tant que nous avons cette chance. Dieu seul sait combien de ces monstres peuplent les tunnels, si on se sépare, on est morts.

    Vincent jeta un œil à Camille, il avait l’air partagé entre l’envie de s’en aller et celle d’aider cette connaissance qui, de toute façon, était plus que décidée à se lancer dans cette guerre avec des créatures mutantes. Le jeune homme regarda son bras et ses vêtements qui avaient subis de rudes assauts et repensa à ce que Sarah venait de dire. Elle avait raison. S’ils se séparaient, ils risqueraient de se faire tuer ou découper en morceaux pour participer à ces horribles expériences. Il pourrait peut-être s’en sortir en restant en cendres, mais il ne pourrait jamais maintenir un tel état très longtemps. Accessoirement, cette femme venait de lui sauver la vie et Vince n’avait donc pas envie de l’abandonner comme ça. Le jeune homme avait un minimum de reconnaissance.

    – J’crois qu’on n’a pas l’choix... lança-t-il à Camille.
    – Bien... Je propose donc qu’on se rende dans la partie que je n’ai pas encore explorée, ce doit être là que se situe son laboratoire.

    Et sans perdre de temps, elle se mit en route. On pouvait dire qu’elle était super pragmatique comme personne. D’une certaine façon, cela lui faisait penser à Camille et aussi un peu à Jace lorsqu’ils avaient un objectif en but. C’était sans doute l’apanage des personnes engagées dans une cause qui leur tenait à cœur. A ce sujet... Vincent ne savait toujours pas à quelle « cause » adhérait son compagnon de randonnée. Cependant, l’heure n’était pas aux questions. Le barman préférait demeurer silencieux afin d’être attentif au moindre grognement ou bruit suspect. Il espérait qu’il ne tomberait sur rien de plus horrible que ces chiens réassemblés ou ce colosse de chair... d’ailleurs il espérait tout simplement qu’il n’y en avait pas d’autres des comme ça. Avant de partir mener leurs recherches, Vince vit son briquet tombé sur le sol, il se dépêcha d’aller le ramasser avant de rejoindre les autres.

    Sarah les mena dans un tunnel et progressa comme si elle connaissait bien l’endroit. Le pyromancien fouilla dans son sac et en sortit une bouteille d’eau afin de s’hydrater un peu. Parce que mine de rien, se changer en cendres, tomber dans un trou, échapper à un métro en folie, survivre à une meute de monstres enragés, ça donnait soif. Une fois désaltéré, il rangea sa bouteille et reprit la marche en silence. Ses lampes avaient été cassées et ne pouvaient donc plus l’éclairer, il n’avait pas d’autres choix que de compter sur celles des deux autres. Sur le trajet, il se demanda dans quelles circonstances exactes ces deux là s’étaient rencontrés. Il trouvait qu’ils se ressemblaient pas mal... Vu que Sarah avait elle aussi des pouvoirs, il se dit qu’ils avaient peut-être fréquenté la même école... en dépit de leur différence d’âge. Vincent ignorait comment les choses se passaient dans de telles institutions. Peut-être devrait-il se montrer un peu plus curieux... au moins en interrogeant Jace, lui avait fréquenté un lycée assez particulier un peu de ce genre. Quoiqu’il en soit, il se demandait à quel point ils se connaissaient sans oser poser la question, combien de temps avaient-ils pu passer ensemble dans ces catacombes ? Le barman trouvait qu’il y avait entre eux une sorte de lien... un peu comme ceux qui l’unissait (l’uniront encore, peut-être) avec les membres de son équipe de football. Mais c’était peut-être là le fruit de son imagination.

    Celle-ci essayait surtout de ne pas se concentrer sur cet endroit, sur ce qui y était arrivé, sur les choses qui le peuplaient désormais et sur lesquelles ils pourraient tomber à tout moment, sur le laboratoire qu’ils essayaient de découvrir. Mais au bout d’un moment, son imagination ne put s’empêcher de s’activer, notamment lorsqu’ils arrivèrent à une espèce de carrefour. Deux voies s’offraient alors à eux et Sarah fit rapidement un calcul mental.

    – Je prends le chemin de droite, vous allez à gauche. Le premier qui trouve quelque chose digne d’intérêt tire un coup de feu.

    Et sans attendre de réponse, elle prit son chemin.

    – Ben on peut dire qu’elle est déterminée. osa Vincent pour essayer de détendre l’atmosphère, plus pour lui-même que pour Camille, il se doutait bien que le Français devait être relativement à l’aise. Alors comme ça tu prends un flingue avec toi pour tes randonnées urbaines ?

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Message posté : Lun 1 Déc - 18:27 Message
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Un soupir se fit entendre alors que Camille, relevé à côté du cadavre de son adversaire, qui pour être de taille n’avait pas semblé aussi coriace que cela, une fois aux prises avec le Français, alors que Camille, donc, s’essuyait les mains sur son pantalon. Le jeune homme fit ensuite le tour de la salle pour récupérer ses armes et attraper la gourde qui avait survécu aux assauts des chiens. Il en vida une bonne partie d’une traite, ramassa une barre de céréales pas trop piétinée et l’avala sans attendre, tandis que Sarah exposait son plan.

Il était prêt à lui répéter que de Schöttler, il se fichait complètement. Il avait bien conscience qu’une bonne partie de l’enjeu de cette traque lui échappait. Souvent, il avait remarqué que les agents du Mossad étaient plus que des patriotes. À bien des égards, ils lui faisaient penser à certains des anciens du KGB que la chute du bloc soviétique n’avait pas précipités dans un pragmatisme désillusionné et qui gardaient, pour les anciennes ambitions socialistes, une affection nostalgique et sincère. Ou bien à quelques artificiers de l’IRA, qui attendaient sur la scène internationale la résurgence d’un sentiment national et d’une volonté de libération. À chaque fois, il y avait le patriotisme plus quelque chose d’autre, et pour lui qui n’était ni patriote, ni idéaliste, cet engagement avait parfois la saveur d’une accusation, comme si la détermination de Sarah l’accusait, en négatif, d’être trop terre-à-terre et de manquer de principes.

Nouveau soupir. Vincent abondait dans le sens de l’Israëlienne et s’ils étaient d’accord, raisonner les deux à la fois prendrait trop de temps. Camille maugréa :

— Alors on y va…

Maintenant, il regrettait simplement de ne pas avoir emporté avec lui un fusil à pompe. L’arme de poing avait été assez efficace contre les molosses, un peu comme contre le colosse et Dieu sait ce que la suite leur réservait. Près de Vincent, lampe torche dans une main, revolver dans l’autre, les poignets croisés pour que l’un soutînt l’autre, avec un professionnalisme évident, Camille emboîta le pas à Sarah. Ils ne tardèrent pas à se séparer en deux groupes et, tandis que Vincent et lui empruntaient la galerie de gauche, l’Américain reprit la parole.

Il l’interrogea sur son armement.

— Toujours. On n’est jamais trop prudent.

Ce qui ressemblait à une réponse évasive n’était que la stricte vérité. Camille n’avait pas anticipé le tour sinistre que prendrait la randonnée, lorsqu’il l’avait proposée à Vincent, et pourtant, il avait tout de même empaqueté une arme de poing et des armes blanches. Le Français jeta un bref coup d’œil à son acolyte.

—  Je suis désolé. D’habitude, c’est beaucoup plus calme que cela.

Peut-être pas beaucoup plus calme, sans quoi son équipement ne comporterait pas des rations de survie et des mètres de corde. Mais enfin, tout de même, ce n’était pas tous les jours qu’il tombait sur des biologistes fous lors de ses promenades.

— Si ça peut te rassurer, Sarah est très efficace. Si ça peut te rassurer, je suis très efficace.

Ça, il y avait des cadavres de chiens-rats-mutants et de géant tétrachire pour le prouver, dans la salle qu’ils venaient de quitter. La (brève) bataille contre le gang des rues avait déjà donné à Vincent un aperçu des aptitudes de Camille, mais le sang-froid dont le jeune homme avait fait preuve devant ces adversaires d’un autre genre dans des circonstances qui n’avaient rien de familières trahissaient assurément une aisance qui ne tenait pas seulement à l’assurance d’une quelconque supériorité technique.

Un coup de feu retentit. C’était le signal. Les deux jeunes gens tournèrent donc les talons et rebroussèrent chemin au pas de course, bifurquèrent dans le couloir de droite que Sarah avait emprunté et y progressèrent rapidement. Camille s’arrêta un peu brusquement que le faisceau de sa lampe torche attrapa un éclat métallique au sol. Il poussa l’objet du pied : c’était une douille.

— 41 Action Express.

Le faisceau de la lampe remonta.

— Ça va avec le Jericho 941. Équipement classique de Tsahal.

Il n’était pas certain que Vincent fût aussi familier que lui des habitudes des différentes forces armées du monde en matière d’armement, ni même qu’il comprît qu’il lui parlait de la nature de la douille, de celle du pistolet et enfin de l’armée israëlienne. Plus pour lui-même que pour son acolyte, Camille murmura :

— Pourquoi elle ne nous a pas attendus…

Un second coup de feu se fit entendre et aussitôt, Camille se mit à courir — et il courait, comme toute personne non-sensée, dans la direction du coup de feu. Des bruits d’écoulement d’eau ne tardèrent pas à monter de l’autre bout de la galerie et celle-ci déboucha en effet sur des structures métalliques branlantes qui desservaient d’anciens bassins de retraitement et d’évacuation, qui avaient dû être jadis reliés au système des égouts de Star City, pour servir de filtre entre les usines de la surface et le réseau général. Mais ils étaient déconnectés depuis longtemps, depuis que les usines étaient désaffectées. Pourtant, l’eau continuait à s’écouler, une eau visqueuse et verdâtre, qui charriait une partie des déchets biologiques produits par les expériences de Schöttler.

Des bruits de pas et de course se faisaient entendre à l’autre bout de l’immense tunnel qui accueillait ce dispositif. Sur des galeries métalliques semblables à celles où Vincent et lui se trouvaient, reliées par des jeux d’escaliers d’un état plus ou moins douteux, deux silhouettes bougeaient à vive allure, l’une poursuivant l’autre.

— C’est Sarah et Schöttler.

Naturellement, Camille s’élança à leur suite.
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Message posté : Lun 1 Déc - 20:14 Message
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    – Oh je suis rassuré, ça, ça va... mais je suis surtout intrigué... Des bestioles mutantes c’est pas comme un gang de rue et t’as pourtant...

    Mais on ne saura pas ce que que Camille avait pourtant fait car un coup de feu résonna et interrompit Vincent dans sa phrase. Aussitôt, le Français fit demi-tour pour rejoindre sa camarade, Vince sur ses talons. Les deux jeunes hommes arrivèrent devant un spectacle qui stoppa Camille dans sa course. Le mutant scruta alors le sol pour découvrir une douille qu’il parvint à nommer. Ayant grandi dans une famille plus que tolérante avec les armes à feu, Vince comprit plus ou moins le discours technique de son compagnon d’infortune. Il en fut d’ailleurs très impressionné. Une telle expertise avec un simple coup d’œil... Bien sûr, il avait peut-être tord, mais l’étudiant ne serait pas capable de le certifier et la situation ne prêtait pas trop aux manifestations d’arrogances. Le barman ne pensa donc pas que son camarade randonneur essayait juste de l’impressionner, il devait certainement avoir d’autres priorités comme son amie Sarah par exemple.

    Celle-ci se fit connaître à l’aide d’un deuxième tir qui attira immédiatement Camille. Vince pour sa part hésita un instant avant de se décider à suivre le Français. Encore une fois, ce n’était pas le moment de se retrouver tout seul, il risquerait de se perdre. Cette nouvelle course les entraîna dans un endroit plus large en deux parties reliées par des escaliers qui n’inspiraient que peu de confiance. Cela n’arrêta absolument pas le mutant qui s’élança afin de participer à la course poursuite qui avait lieu en face d’eux, de l’autre côté. Vincent essaya de suivre, non pas qu’il manqua de vitesse, mais il n’était pas aussi sûr de lui que le Français. Cette incertitude, combinée bien sûr à l’absence de coordination surhumaine, le fit glisser dans les escaliers au point de le faire presque tomber. Le jeune homme parvint cependant à se rattraper. Voyant qu’il tenait bon, il s’empressa de rassurer Camille.

    – Ca va, je me débrouille, vas-y !

    Et il se hissa pour se retrouver dans les escaliers qu’il parvint cette fois à passer sans accident. Le voilà qui se retrouvait seul maintenant, justement ce qu’il voulait éviter, mais tant pis... Après tout qu’aurait-il pu faire pour attraper ce scientifique fou ? Les deux autres semblaient parfaitement maîtriser leur affaire. Vince décida donc d’attendre ici en espérant qu’ils feraient l’effort de revenir lorsqu’ils auraient terminé leur affaire. Après tout, ils n’allaient pas s’abstenir de visiter le laboratoire de ce gars. Laboratoire qui produisait encore des son électroniques qui parvinrent aux oreilles de l’étudiant maintenant qu’il ne se souciait plus de courir dans tous les sens.

    Une part de lui lui criait de ne surtout pas s’y approcher, mais une autre cédait à la curiosité, si bien que le pyromancien traversa l’espèce de passerelle qui menait vers l’antre de Frankenstein. Il se retrouva alors dans une pièce dont il était impossible de déterminer l’usage initial tant elle était recouvertes de tables « d’opérations », de bureaux, d’appareils non identifiables et probablement dégoûtants et de cuves remplies de liquide verdâtre. Le bruit provenait assurément de cette pièce. C’était une sorte de bip régulier qui n’était pas sans faire penser à un cardiogramme... pour avoir passé plusieurs heures dans un hôpital le moins dernier, Vincent n’eut aucun mal à reconnaître un tel son. Il provenait d’ailleurs d’une sorte d’ordinateur situé au fond. Le jeune homme passa devant quelques tables, certaines tâchées de sang, d’autres recouvertes par un drap sale. Il n’y avait rien d’autre à par ces cuves et ce bruit... L’ordinateur en question se situait juste à côté d’un rideau qui recouvrait le mur du fond. En s’approchant encore, Vince vit que l’écran indiquait une sorte de rythme cardiaque, ainsi que plusieurs chiffres dont il ne comprit pas la signification. Ce qu’il comprit cependant, ce fut le prénom qui figurait dans un coin de l’écran : Berthe.

    Il ne vit rien d’autres d’intéressant sur cet appareil et essaya de trouver à qui pouvait appartenir se rythme cardiaque et ces relevés mais l’engin n’était relié à aucune table ni à aucune cuve. Juste au mur couvert par le rideau. Vincent tendit donc la main pour le retirer. Il le fit maladroitement tomber et celui-ci révéla ce qu’il dissimulait : une autre cuve, à l’eau claire cette fois. Elle renfermait une femme nue au teint pâle et aux nombreux points de suture, sur le vendre, la poitrine, un sein, le visage. Un des bras semblait même avoir été reconstitué à l’aide d’un autre donneur car le teint était divisé en deux parties distinctes. Mais en dehors de cela, Vincent ne vit rien « d’horrible » dans ce corps. Pas de bras supplémentaire, pas d’appendice superflu... « Berthe » était même plutôt jolie en dépit de ses cicatrices. Elle avait l’air jeune, la trentaine au maximum. Mais en observant ce spectacle, le jeune homme ne fit pas attention à ce qui se passait dans la pièce. Un des draps se souleva avant de glisser sur le sol, révélant la créature qu’il dissimulait. Vince ne la vit que lorsqu’elle s’était rapprochée de lui et que son reflet était apparu sur la vitre de la cuve.

    Le barman se retourna juste à temps pour voir un nouveau colosse de chair se dresser devant lui. Cette fois, le monstre n’avait qu’un seul bras et sa bouche était pourvue de pinces ou de mandibules. Mais il n’eut pas le temps d’esquiver ce bras qui se tendit pour le saisir à la gorge avant de le plaquer brutalement contre le verre. Vince crut l’entendre se briser, mais il n’y fit pas attention, trop préoccupé par la douleur et la frayeur. Ses mains essayèrent de le dégager en luttant contre ces doigts visqueux et puissants. Mais ceux-ci commençaient à lui serrait la gorge et il avait maintenant du mal à respirer. Le pyromancien parvint à enflammer l’avant bras de ce monstre, mais la créature ne réagit pas à la chaleur et conserva son étreinte qu’elle resserra. Vincent continua à se débattre pendant un instant avant que la panique ne prenne le contrôle de ses pouvoirs. Il se changea en cendres et son cou glissa entre les doigts du monstre pour le libérer. La créature se vengea alors en donna un coup de point qui perça la cuve, déversant son contenu sur Vincent. Le contact du liquide força ce dernier à reprendre sa forme humaine mais il parvint à se glisser hors de portée du colosse. Toussant et crachotant, l’étudiant essaya de se remettre, mais il n’avait pas le temps car le monstre s’approcha de lui. Soudain, il se rappela de son briquet et le sortit de la poche afin de l’actionner et de projeter la flamme générée sur le titan. Mais il n’avait pas vu la bouteille d’oxygène qui se situait tout près et provoqua malgré lui une explosion.

    Le souffle le projeta contre un mur en l’assommant. Heureusement, il ne se fit pas attaquer par le monstre car celui-ci était en train de carboniser.

    Cela dit, lorsqu’il reprit conscience, quelques minutes plus tard, Berthe avait disparu.

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Message posté : Lun 1 Déc - 22:51 Message
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Les escaliers étaient branlants. En mauvais état. Instables. Rouillés. Glissants. Et Camille ne paraissait même pas s’en rendre compte. Le jeune homme les avait empruntés à toute vitesse. Alors même que la coursive métallique sur laquelle il s’était engagé ensuite avait tangué dangereusement, le mutant n’avait pas perdu son équilibre un seul instant. Comme il lui arrivait souvent, il oublia que Vincent ne jouissait pas de la même agilité que lui et il s’engagea sans regarder en arrière dans une nouvelle galerie de briques par où Sarah et Schöttler avaient disparu.

Celle-ci remontait vers la surface. Elle débouchait bientôt sur des escaliers, en pierre cette fois-ci, tout aussi glissants mais beaucoup plus solides. Schöttler perdait du terrain : Sarah, beaucoup plus jeune, beaucoup mieux entraînée et avec deux jambes de même origine les grimpait sans peine quatre à quatre. Comme elle avait entendu Camille derrière elle, elle lança :

— Abats-le !

Adressée à un être humain, cette suggestion eût été vaine : l’obscurité, la cible mouvante, l’étroitesse du couloir et la nécessité de tirer rapidement rendaient l’opération presque impossible. Presque — et ce fut sur ce « presque » que se fondaient les chances de l’agent. Il visa en une fraction de seconde Schöttler, tira une fois, deux fois, trois fois. Il n’avait jamais tué personne, mais il était entraîné et bien entraîné. Et puis, il y avait de la différence entre abattre un fuyard et procéder à un assassinat.

Évidemment, les trois balles atteignirent le savant — et évidemment, elles ne l’arrêtèrent pas. Mais il perdait l’équilibre à chaque impact, glissa finalement sur une marche et tomba à la renverse. Sarah s’écarta brusquement pour le laisser dévaler tête la première les marches. Alors que le crâne de Schöttler (si toutefois il s’agissait bien du sien) percutait violemment le sol en un craquement sinistre, une explosion retentit sous terre. Camille fit volte face et murmura :

— Vincent…

Et le jeune homme repartit aussitôt, alors que la culpabilité d’avoir abandonné sans le vouloir son acolyte dans le réseau des galeries peuplées par les dangereuses créations de leur cible montait en lui. Il entendit Sarah l’appeler mais n’y prêta pas attention. C’était sans importance. Sa mission, puisqu’il s’agissait pour lui d’une mission désormais, était simple : trouver Vincent, le protéger et le ramener à la surface.

Camille ne tarda pas à atteindre la salle de retraitement des eaux. Pour la troisième fois de leur escapade, ses narines remuèrent. Sur le terrain, le jeune homme avait rapidement compris qu’il y avait un avantage certains à exploiter les trois sens que les agents négligeaient parfois, au profit exclusif de la vue et de l’ouïe. L’odeur de chair brûlée le guida vers le laboratoire et, pour une fois, il la trouva réconfortante : il savait que Vincent avait bien plus de chance que ses éventuels adversaires de survivre à une fournaise.

Le Français déboula dans le laboratoire du savant pour tomber sur un Vincent dans le brouillard et un colosse manchot en train de se consumer. Tout était normal. Le colosse n’avait pas l’air de souffrir beaucoup de ce regrettable développement. Simplement, il n’était pas aussi mobile qu’auparavant. Camille regarda tout autour de lui. Des instruments chirurgicaux le disputaient, sur les tablettes roulantes qui jouxtaient les tables d’opération, aux ustensiles de boucherie. Camille posa son pistolet sur une tablette, attrapa un large hachoir et, d’un élégant geste circulaire, fit rouler au sol la tête de toute façon mal fixée de leur dernier ennemi. Le corps s’effondra à son tour.

Camille laissa tomber son arme de décapitation pour se précipiter vers Vincent. Il s’agenouilla près de lui, fixa ses pupilles, prit son pouls et l’aida à se relever.

— On va sortir. On a trouvé une sortie. Je suis désolé. Viens.

Et il le guida vers la porte du laboratoire, récupérant son arme au passage. L’escalier que Schöttler avait essayé d’emprunter devait mener à l’extérieur : c’était la voie la plus sûre. La cuve vide et brisée, dans le laboratoire, ne lui avait pas échappée, pas plus que le cardiogramme plat, ni que les traces de pas humides qui menaient à la sortie. L’une des expériences du savant s’était échappée, mais pour l’heure, ce n’était pas son affaire.

Histoire d’éviter d’éventuelles montées d’héroïsme de la part de son camarade, il exposa la suite des opérations.

— On remonte et on appelle l’UNISON. C’est eux qui gèrent ce genre de choses.

Ils étaient même spécialisés dans les affaires de ce type-là, particulièrement lorsqu’elles avaient des répercussions internationales. Ce qu’il évitait simplement de dire, c’était qu’il laisserait à Sarah et à celui qui devait être, désormais, son prisonnier, une sérieuse longueur d’avance : question de courtoisie professionnelle. D’ailleurs, ils ne tardèrent pas à tomber sur l’agent du Mossad, qui tenait ligoté dans sa chevelure le savant fou. Celui-ci ne bougeait plus.

Sous le regard interrogateur de Camille, la femme précisa :

— Il est vivant.

Un temps.

— Enfin, plus ou moins.

En arabe, Camille interrogea :

— Tu as une extraction ?
— Un hélicoptère. Une fois qu’on sera à la surface. Mais, Camille, je ne peux pas vous…
— Je sais, on se débrouillera.

Les cheveux de Sarah soulevèrent Schöttler et ils entamèrent par les escaliers en pierre leur ascension vers la surface.
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