AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Attention ! Peinture fraîche

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
Message posté : Dim 23 Nov 2014 - 12:28 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
24 novembre 2014

— C’est moi.

Il ne prenait plus la peine de dire « c’est Jace ». D’abord, Vincent devait bien le voir, sur son téléphone. Ensuite, il l’appelait souvent. Tous les jours, presque. Depuis son retour de Russie, Jace avait commencé à fréquenter Vincent. Pour de vrai. Il ne savait pas trop ce que ça voulait dire. Ni non plus où ça allait. Le sport, les dîners, les soirées. Le sexe. Et non, justement, pas le sexe. Faire l’amour, précisément. C’était ça qu’ils faisaient. Et lui, il était content. Heureux, même. Il y avait des journées où il était heureux, de bout en bout.

Mais le film de sa propre vie que se tournait Jace avait parfois des incohérences. Un peu comme dans Inception. Ou dans un film d’espionnage. Il y avait des détails auxquels il fallait prêter attention pour voir que ça ne collait pas. Pas tout à fait. Des fois, dans la rue, ils croisaient un couple qui s’embrassait, ou qui se tenait la main, et Jace avait l’impression qu’on essorait son estomac. Puis c’était le silence embarrassé, ensuite ils recommençaient à parler, mais de tout et de rien, pour combler le vide, et faire comme s’ils n’avaient rien vu, comme si Jace n’avait pas envie d’un bras autour de ses épaules et comme si Vincent ne manquait pas à son devoir en le refusant.

Il n’empêche. Ce jour-là, quand Jace entendit la voix de Vincent à l’autre bout du téléphone, un sourire soulagé passa sur ses lèvres.

Ce fut ainsi que notre histoire commença avec une question grave et épineuse.

— Tu crois que je devrais me faire pousser la barbe ?

Elle était épineuse pour Vincent, surtout. Le pyromancien allait devoir trouver un moyen subtil de faire comprendre à Jace que, même s’il arrêtait de se raser, il n’était pas prêt d’avoir une barbe et qu’il allait devoir faire le deuil de cet attribut ô combien viril. C’était que ça se vexait parfois, pour ce genre de petites choses, un Jace Roberts.

— Non parce que je sors du rendez-vous chez Marton & Gosper, tu sais, je t’ai dit, là, au Bohnson Building.

La semaine précédente, le jeune homme avait expliqué à Vincent l’importance de ce rendez-vous, dans une société de courtage en assurance, le premier qu’il mènerait à bien tout seul. Ce n’était bien sûr pas, pour le cabinet, une affaire primordiale, mais pour sa carrière à lui, c’était une étape un peu intimidante, il avait bien dû l’avouer. Marton & Gosper avait son siège au Bohnson Building, un petit immeuble très moderne du centre-ville, assez fameux pour son architecture en spirale, qui en faisait un des points de référence pour les amateurs de construction audacieuse.

— D’ailleurs, l’intérieur est beaucoup moins fun que l’aspect extérieur, mais bon…

Jace avait progressé dans les couloirs. Il s’arrêta alors qu’il allait ouvrir la porte des escaliers : un panneau indiquait :

Attention !
Peinture fraîche
Empruntez les ascenseurs, SVP.

Le jeune homme se détourna et partit en quête des cabines, tout en poursuivant ses explications téléphoniques.

— Donc, le rendez-vous. J’ai eu l’impression qu’ils ne me prenaient pas vraiment au sérieux, parce que je suis trop jeune. Alors je me dis qu’une barbe pourrait me vieillir un peu, non ?

La barbe était la dernière en date des questions un peu incongrues que Jace avait posées à Vincent ces derniers temps. Il lui avait demandé si tel tee-shirt ne faisait pas trop « fashion ». Un autre jour, il avait cherché à savoir s’il ne parlait pas avec « trop de manières ». Une autre fois, il avait passé son après-midi à vérifier sa démarche dans les reflets des vitrines, partout où ils passaient.

Ces préoccupations très superficielles laissaient Jace un peu honteux, mais il ne parvenait pas à s’en défaire. Depuis sa première étreinte avec Vincent, chez le jeune homme, lorsqu’il l’avait découvert en train d’enflammer la pièce de la Muse, et que leurs rôles s’étaient distribués, Jace n’avait pas osé tenter de les renverser. Malgré ses désirs, il avait peur de brusquer son compagnon. Peur de le faire fuir avec des demandes que Vincent eût jugé, peut-être, répugnantes.

Mais lui, il commençait à se demander s’il ne manquait pas de virilité. Son statut d’idole pour les jeunes filles en pleine puberté ne l’aidait pas vraiment à se rassurer. Il se trouvait des traits trop délicats. Il aurait aimé être brun, ténébreux, deux fois plus imposant et avec de la fourrure sur le torse. C’était idiot, bien sûr, il le savait bien, il s’en rendait compte, mais en matière de sexualité, il exagérait très largement son assurance auprès de Vincent, et il enfouissait ses incertitudes, pour pouvoir apaiser celles de son ami.

Jace appuya sur le bouton de l’ascenseur.

— Enfin, bref, je ferais peut-être un essai.

Autant dire que Vincent n’était pas près de voir Jace débarquer en sosie de Gandalf.

— Et toi, ton devoir, là, ça s’est bien passé ?

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, Jace y pénétra, pressa le bouton du rez-de-chaussée et, alors qu’elles se refermaient derrière lui, il s’observa dans le miroir et passa sa main libre sur son menton, en tentant d’imaginer l’effet incroyablement masculin qu’aurait sur lui une belle barbe. L’ascenseur commença à descendre.

Quelques mètres plus haut, une araignée mécanique refermait ses pattes autour des câbles. Dans la cabine, Jace releva machinalement les yeux vers le plafond. Il avait bien senti quelque chose, là-haut, mais il s’intéressait plus à sa conversation avec Vincent qu’avec les détails de la mécanique locale.

— Tu sais, au pire, tu pourras toujours te rattraper aux partiels. Si jamais t’as besoin d’aide pour réviser… Ah et au fait, t’as vu que…

Autour des câbles, l’araignée avait explosé. Une petite explosion, certes, mais qui avait suffi à couper les filins. Une secousse et l’ascenseur fut précipité dans le conduit à toute vitesse. Jace fut projeté vers le plafond, son portable lui échappa et Vincent n’entendit plus que le vacarme d’une cabine qui menaçait de s’écraser. Les freins d’urgence de la cabine prirent le relai et arrêtèrent assez brusquement la chute. Jace n’eut pas le temps de compenser la rapide décélération par ses pouvoirs et il fut à nouveau jeté contre une paroi. Lorsqu’une seconde araignée explosa près des freins d’urgence et que la cabine descendit d’un coup plusieurs mètres, le jeune homme s’assomma définitivement contre une paroi.

L’ascenseur était bloqué entre le rez-de-chaussée et le premier étage. À différents endroits du bâtiment, les petites bombes incendiaires transportées par l’Essaim s’enflammaient. Il ne fallut pas longtemps à une camionnette de la télévision pour s’arrêter devant l’immeuble ; par chance, et même par un hasard très curieux dont ils n’avaient pas eux-mêmes tout à fait conscience, les journalistes étaient passés par là, alors que les pompiers, eux, se trouvaient prisonniers d’invraisemblables embouteillages à quelques blocs de là, parce que les feux de signalisation avaient mystérieusement cessé de fonctionner.

La journaliste et son cameraman débarquèrent pour prendre les premiers plans de l’immeuble où les flammes commençaient déjà à apparaître. Fort heureusement, l’alarme à incendie avait résonné peu avant les explosions, même si Jace, inexplicablement, ne l’avait pas du tout entendue, et l’immeuble était désert. C’était ce qu’expliquait la journaliste à la caméra, tandis que sa régie rediffusait, sur le site web de la chaîne, ce premier reportage en direct, en attendant de voir si la situation, pour l’heure assez banale, méritait une édition spéciale.

— … l’origine de l’incendie du Bohnson Building est pour l’heure un mystère. Fort heureusement, le bâtiment a été évacué avec le début des flammes et il devrait être désert, en ce moment, mais les pompiers espèrent tout de même arriver à temps pour empêcher l’incendie de se propager aux constructions voisines. Rappelons que le Bohnson Building, dessiné par Charles Bohnson, a été construit dans les années…

Dans un coffee shop de l’autre côté de la rue, une serveuse faisait remarquer à un client apparemment fasciné par les flammes :

— C’est terrible, heureusement qu’il n’y a personne là-dedans.
— Oui. Heureusement.

Et un sourire se dessina sur les lèvres de Noctis.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 23 Nov 2014 - 18:44 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    – Salut, toi !
    – C’est qui ?
    – Toi, ça fait trop longtemps que tu sors avec Holly, t’es plus curieux qu’elle, maintenant.

    Le colocataire de Vincent entama ensuite une série de ronchonnements plus au moins audibles, mais le pyromancien n’en n’avait rien à faire, il était trop occupé à reprendre sa conversation avec Jace... tout en évitant de se casser la figure avec l’« œuvre » qui encombrait son bras. Il portait effectivement une sorte de petit fauteuil customisé par les soins de son artiste d’ami. Jason avait exprimé le besoin de passer chez lui pour récupérer deux trois trucs et comme Vince devait encore le remercié pour son aide lorsque lui avait reçu ses affaires, aimablement envoyées par ses parents sans le moindre mot, il n’avait pas eu d’autre choix que d’accepter. Le voilà donc qui se promenait dans le quartier du centre avec un fauteuil sur lequel on aurait dit qu’un psychopathe avait commis son premier meurtre... Et ce n’était pas lui qui portait la pire... Ils n’arriveraient jamais à monter dans un bus.

    – Excuse-moi, je suis avec Jason...

    Puis vint la question fatidique.

    – Une barbe ?

    Vincent essaya alors d’imaginer son adorable Jace avec des poils au menton... Malheureusement pour le blond en pleine crise esthétique, Vince était trop honnête pour prendre des gants.

    – Faut voir... mais ça va te prendre combien de mois pour en avoir une ? Enfin, j’veux dire... ouais tu peux essayer mais pourquoi ?

    Puis vint l’explication. Ainsi que les commentaires de Jason.

    – Une barbe... pourquoi Holly te demanderait ça ? C’est moi son copain ! Elle devrait me demander mon avis en premier.

    Le barman eut beaucoup de mal à se concentrer après ça. D’un geste, il menaça de jeter le ridicule, léger mais encombrant fauteuil de son ami sur la route s’il n’arrêtait pas de dire des bêtises. Heureusement qu’il s’agissait de Jace à l’autre bout de la ligne, sinon il n’aurait pas pu se retenir de rire.

    – Ah oui... d’ailleurs on est pas loin, si tu veux, on peut se rejoindre.
    – C’est moi ou t’essaies de brancher ma copine barbue ?
    – Mais c’est pas grave s’ils t’ont pas pris au sérieux. Je suis sûr que tu les as épatés avec ta super intelligence...
    – Adieu, théorie de ma copine barbue...
    - ... c’t’une technique basique et vraiment stupide qui force les gens à se montrer méprisants. Ça leur donne l’impression de contrôler le truc, tu vois. Faut pas le prendre personnellement...

    Facile à dire pour un Jace Roberts qui était apparemment très préoccupé par son apparence. Vincent ne comptait plus les questions bizarres que son héroïque amant lui posait de plus en plus souvent. Pour un peu, il aurait presque l’impression d’être avec une fille. Mais la stratégie employée par l’étudiant l’empêchait de froisser – volontairement, n’excluons pas sa maladresse légendaire qui prenait des proportions titanesques lorsque cela concernait sa relation avec Jace – et s’employait toujours à essayer de le rassurer un maximum. Cependant, Vincent ne comprenait pas du tout l’origine des inquiétudes de son compagnon. Lui-même n’était pas du genre à se prendre la tête pour des choses comme ça... ce qui ne voulait certainement pas dire qu’il était un exemple à suivre. Il s’inquiétait déjà de leur relation et de la catastrophe inévitable qu’entraînerait sa révélation au grand jour... Accessoirement, il commençait à se demander ce que ça ferait d’embrasser un visage barbu...

    – Bof... Au moins personne n’a vomit pendant le contrôle...
    – Jace s’intéresse vraiment à tes études on dirait ?

    Demanda Jason d’une voix qui contenait une certaine dose d’ironie. Vincent lui lança un regard noir. Il avait donc compris qu’il parlait à Jace. En même temps il ne fallait pas être un génie pour le deviner d’après ce qu’il avait dit, et Jason était plutôt vif. Le truc, c’est que Vincent n’aimait pas trop les idées qui pourraient naître d’une telle déduction. Et il connaissait maintenant assez bien son colocataire pour savoir que son imagination n’avait presque pas de limite.

    – En même temps, s’il veut te recruter, je suppose que c’est normal de sa part...

    Et voilà qu’il recommençait avec cette théorie farfelue venue tout droit des fantasmes de Holly et concrétisée par le fait qu’ils savaient tous les deux que Jace et Vince étaient devenus amis et que Jace aidait le pyromancien à comprendre et maîtriser son pouvoir. Mais Vincent n’était pas d’humeur à supporter les complots de ce couple de tarés... Il était beaucoup trop content d’entendre la voix de Jace après cette journée qui n’avait pas très très bien commencé. Il n’était pas satisfait des deux tiers de ses réponses au devoir. Mais étrangement, la voix de Thunder l’aidait à relativiser.

    – Disons que j’ai fait mieux... mais que ça aurait pu être pire...

    Malheureusement, ce n’était pas assez pour dissiper les inquiétudes de Jace et celui-ci entama un adorable speech réconfortant qui fut interrompu par un vacarme métallique.

    – Jace ?

    Le vacarme ne cessa pas. Il ne parvint pas à entendre son ami.

    – Jace !
    – Qu’est-ce qu’il y a ?

    Les deux garçons s’étaient arrêtés juste après un passage piéton et Vincent arborait maintenant un visage empli d’inquiétude.

    – Je ne sais pas... on discutait et tout d’un coup...

    Il n’eut pas besoin de continuer car Jason s’approcha pour écouter à son tour. Mais il arriva lorsqu’un « silence » fit place au bruit... avant que la cacophonie reprenne sa place, plus brièvement.

    – Jace ! Qu’est-ce qui se passe ? Parle-moi !

    La panique était en train de s’installer dans son cœur si bien que le fauteuil qu’il tenait encore se mit à fumer. Voyant cela, Jason s’en empara et le jeta par terre avant de s’y pencher pour étouffer ce début de feu. Vince, lui, ne se détachait pas de son portable... En dépit du silence qui y régnait maintenant. Le jeune homme eut l’impression que son cœur avait été remplacé par une sorte d’enclume particulièrement lourde.

    – Tu crois qu’il s’est fait attaqué ?
    – Je... non, je ne pense pas, il était dans un ascenseur on dirait...

    Et le manque d’imagination de Vincent l’empêcha de lier les deux idées. Cela dit, il était à peu près capable de réfléchir. Sans doute grâce à la présence de Jason.
    – Il était où ?
    – Au Bohnson Building...
    – Génial ! C’est pas loin, allons y...

    Mais l’artiste barman fut interrompu par son téléphone qui se mit à vibrer furieusement, c’était Holly. Et quelles qu’en soit les circonstances, il ne fallait jamais s’abstenir de répondre à Holly.

    – Oui ma luciole ?
    – Tu vas pouvoir peindre le premier tableau de la salle de la Muse, ton rêve est en train de se réaliser.
    – Quoi ? souffla-t-il entre deux halètements, car suivre un Vincent pressé tout en se trimballant un héritage de son art adolescent n’était pas une chose aisée.
    – Flash info, le Bohnson Building est en train de brûler...
    – Quoi ?! Vincent !

    Celui-ci ne se retourna qu’à contre cœur, ce n’était pas le moment de perdre du temps.

    – Le Bohnson est en feu !

    Le barman resta immobile une seconde à observer son ami d’un air interdit tandis que son esprit faisait le calcul terrifiant que cette information entraînait. Holly, pendant ce temps, réclamait des explications depuis le haut parleur du portable de Jason. Lorsqu’il obtint le résultat de sa réflexion, Vincent laissa tomber le fauteuil psychopathe et piqua un sprint.

    ...

    Les journalistes et les badauds étaient déjà là. Normal, vu que ça passait à la télé. Le problème, c’est qu’ils bouchaient le passage et que Vincent ne pouvait pas les contourner, cela prendrait trop de temps et Jace était peut-être déjà en train de... Non ! Il ne fallait surtout pas penser à ça ! Pas Jace ! Il allait s’en sortir. C’était un héros, un super héros même. Il pouvait se changer en électricité vivante, il était super intelligent, il avait passé presque une semaine dans un réacteur nucléaire et avait survécu, il ne pouvait pas...

    – Laissez-moi passer !

    Mais il avait beau hurler, il ne reçut que des protestations et des tentatives d’apaisement. « Le bâtiment est désert » disaient-ils. « N’y allez pas, c’est dangereux. » disaient d’autres. « Y a pas l’feu au lac » osa quelqu’un.

    – Laissez-moi passer ! Mon ami est encore à l’intérieur. Je ne peux pas brûler, laissez-moi...

    Heureusement, ses muscles étaient plus efficaces que son parler et il finit par se frayer un chemin tout en esquivant la journaliste qui était à deux doigts de lui enfoncer son micro dans la bouche pour obtenir des explications. Mais il était rapide et fil droit vers le bâtiment en proie aux flammes, ignorant les cris de protestations de certains, les avertissements et les insultes des autres et les questions de la reporter. Malgré tout, personne n’osa avancer. Même sans les pompiers, les gens s’étaient réfugiés à l’intérieur une « zone de sécurité » qu’ils avaient improvisée et qui était encore trop près des flammes. Et alors que Vincent pénétra dans l’immeuble, Jason arriva vers le groupe de spectateur en hurlant « Vincent, n’y va pas ! ». La journaliste fit alors le rapprochement et décida d’interroger ce jeune homme par rapport à ce fou qui venait d’entrer dans un incendie sans aucune protection. « Il n’y a pourtant plus personne, l’alarme a évacué les lieux. » Mais Jason la corrigea :

    – Jace Roberts est à l’intérieur.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 23 Nov 2014 - 19:24 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Jace ? Jace… Debout.

L’adolescent ouvrit péniblement les yeux. Et aussitôt une vive douleur lui parcourut l’estomac. Il tenta de se redresser : en vain. Un tube métallique lui traversait le ventre de part en part. Un morceau du plafond bloquait ses jambes. À en juger par la flaque de sang qu’il voyait, quand il tournait la tête, juste sous ses yeux, il avait dû abondamment saigner de la tête, mais la blessure, bien entendu, était résorbée maintenant.

— C’est pas trop tôt.

Jace plissa les yeux, en tentant de faire abstraction de sa blessure au ventre, qui n’était plus béante seulement parce qu’elle s’était régénérée. Dans un coin libre de la cabine éclairée par intermittence à la lumière du néon défoncé et pendant, Christopher était assis.

— Chris ?
— Tu as l’air déçu. Tu préférerais quelqu’un d’autre, peut-être.

Christopher prit l’apparence d’Aishlinn. Puis d’Olga. Puis de Vincent.

— Tu es difficile à suivre.
— T’es pas… réel…

Vincent prit la forme d’un grand jeune homme noir au visage impassible.

— Je crois que ce que tu veux dire, c’est : pas matériel. Mais je suis très réel.

Jace tentait de réfléchir. Une vague odeur de brûlé lui parvenait aux narines. Il allait mourir. L’ascenseur s’était écrasé, l’immeuble était en feu, il avait une poutre métallique enfoncée dans le ventre et il ne pouvait pas bouger. Il allait mourir. La peur commençait à monter en lui. C’était plus facile de la contrôler quand on avait une mission. Une perspective d’avenir. Devant la mort certaine, un désespoir tout azimut paraissait en revanche beaucoup plus approprié.

— … Hallucination…

Noctis soupira.

— Je vais finir par croire qu’on surestime ton intelligence.

Dans le café, à quelques mètres de là, le mentaliste se concentra un peu plus.

— On va essayer de laisser plus de marge à ton esprit.

Dans l’ascenseur, la poutrelle métallique vibra avant de se soulever. Le bruit flasque des chairs sanguinolentes qu’on dérangeait accompagna le son du métal. La poutre retomba sur le côté, alors que Jace laissait échapper un hurlement de douleur. Lentement cependant, ses tissus repartaient à la conquête de l’espace redevenu libre. La plaie béante de la poutre fut rapidement occupée par des entrelacs électriques.

— Mieux ?

Jace essayait de reprendre tant bien que mal son souffle. Il n’avait plus expérimenté de blessures aussi douloureuses depuis son éjection du réacteur nucléaire sibérien, plusieurs semaines auparavant, et ses souvenirs de l’incident étaient vagues. Il avait eu l’occasion de voir les effets de sa régénération dans certains combats depuis, mais jamais à ce point-là.

— La douleur n’est qu’une partie de tes perceptions. Ton esprit est plus vaste que cela. Surtout le tien. Tu devrais pouvoir te concentrer sur autre chose.

Il n’en revenait pas. L’autre lui donnait des conseils. Ironiquement, Jace songea aux discours et aux exercices qu’il proposait à Vincent. Vincent. Est-ce qu’il l’avait entendu tomber ? L’adolescent chercha son téléphone des yeux. La cabine se mit soudain à trembler et, d’un ton plus autoritaire, Noctis ordonna :

— Concentre-toi.

Alors Jace se concentra. Après quelques secondes, il hasarda :

— Projection astrale ?
— Bien.
— Vous êtes un… démon… ?

Depuis qu’il étudiait la magie, au moins théoriquement, auprès d’Adrian, dans l’espoir de trouver la réponse au mystère des origines des pouvoirs reçus par Vincent, Jace avait des théories un peu plus exotiques qu’à son ordinaire. Le rire de Noctis se fit entendre dans la cabine défoncée.

— Pas vraiment. Peu importe. Je voulais te parler. Alors j’ai pris rendez-vous.
— Vous appelez ça… un rendez-vous… ?
— Disons qu’en même temps, j’étais curieux de voir ce que tu ferais dans ce cas-là. Apparemment, pas grand-chose.
— L’immeuble est plein de gens. Vous allez tuer des gens pour une conversation.
— Ah, oui, j’oubliais : le héros pense toujours aux autres avant soi-même.

Un ton sérieux se substitua au ton ironique.

— L’immeuble est évacué. Il ne reste que toi. Toi, tout seul. Mais c’est une sensation habituelle, je suppose.
— J’veux pas être… désobligeant… mais si on pouvait remettre… la psychanalyse… à plus tard.
— Je sais ce que tu ressens. Quand tu vois les autres. Quand tu les vois fonctionner, ensemble. Et qu’ils ne te comprennent pas. Le sentiment de t’éloigner chaque jour un peu plus de l’humanité. D’être radicalement, définitivement altéré. De ne plus pouvoir te connecter aux autres. L’effet de la mutation. Tu fais encore semblant. Tu travailles. Tu as des amis. Ils ne peuvent pas comprendre le dixième de ce que tu penses quand tu leur parles, mais tu leur parles quand même. Tu tombes amoureux. Tu essaies de combler le vide. C’est l’effort pathétique d’un vilain petit canard qui tente de vivre parmi les autres.
— Foutez-moi la paix.

Jace essayait de retirer ses pieds de sous le plafond effondré, mais il lui était difficile de ne pas prêter une petite partie de son attention au discours de son interlocuteur. Sa douleur le rendait plus influençable, moins capable de réfléchir et de se protéger des raisonnements pernicieux de Noctis.

— Je suis ici pour t’offrir quelque chose.
— Une mort lente et douloureuse ?
— De la compagnie. La compagnie d’autres êtres capables de comprendre la solitude qui te dévore. Capable de t’accepter. D’êtres qui n’exigeront pas de toi la normalité que tu ne peux pas donner. D’êtres qui ne te cacheront pas par honte.

Jace resta silencieux.

— Je n’ai besoin que d’une seule petite chose en échange.
— Quoi… ?

La voix de Jace avait été moins dégagée qu’il ne l’aurait voulu. Les yeux de Noctis, dans le café, s’étaient posés sur Vincent qui fendait la foule. Qu’est-ce qu’il faisait là, lui ? Sa démonstration de la solitude inhérente à la condition mutante serait bien moins efficace si un abruti venait jouer le prince salvateur. Il allait devoir accélérer la cadence. Dans la cabine, la projection astrale de Noctis se pencha en avant.

— L’accès au téléporteur de la Tour de la Paix vers le Phare.

Une contraction très violente força Jace à un nouveau cri de douleur puis, d’une voix entrecoupée de sa respiration courte, il siffla :

— Et puis quoi… encore… ? Cent balles… et un Mars ?

Un sourire se dessina sur les lèvres de Noctis.

— Je ne te demande pas une réponse immédiate. Prends le temps de réfléchir. De te rendre compte des illusions que sont les autres. De voir combien tes proches t’acceptent mal. Te comprennent mal. Et nous en reparlerons.

La partie effondrée du plafond fut parcourue de vibrations, puis elle se souleva à son tour pour libérer complètement Jace. La silhouette projetée de Noctis avait déjà disparu quand le plafond retomba sur le sol de la cabine, à côté de l’adolescent. Loin d’être entièrement résorbées, les blessures de Jace l’empêchaient toujours de bouger, mais d’une main tâtonnante, il cherchait son téléphone portable dans les décombres.

Dans le café, Noctis régla sa consommation, se leva et sortit dans la rue. S’éloignant du Bohnson Building, les mains dans les poches, il se demanda s’il n’avait pas méjuger Vincent Nash. Il avait cru, en explorant les sentiments de frustration et de tristesse de Jace inconscient, que cette relation-là était vouée à l’échec. Mais si Vincent se montrait un soutien plus solide que Jace ne le croyait lui-même, Noctis allait avoir besoin de moyens de pression plus considérables, pour faire plier le leader de la Team Alpha.

Il leva les yeux vers le ciel. Là-haut, le Phare l’attendait. Ça en valait le coup.

— Allez… allez…

Jace appuyait sans succès sur les boutons de son téléphone. Mais l’appareil était trop endommagé. La tête blonde retomba sur le sol. Désespéré, Jace restait allongé là. Il contracta une nouvelle fois ses abdominaux reconstitués. Nouveau frisson de douleur. Mais c’était un peu mieux. Dans quelques minutes, s’il n’avait pas été rattrapé par les flammes, peut-être qu’il pourrait bouger un peu. Peut-être.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 23 Nov 2014 - 23:38 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Le hall du bâtiment n’était pas envahi par les flammes... du moins pas complètement, juste à certains endroits qu’un esprit pervers aurait qualifiés de « stratégiques ». Vincent avait cependant d’autres choses en tête, comme sa survie, d’abord. Parce que mine de rien, être immunisé contre les flammes ne vous empêchait pas d’avoir un peu les pétoches, surtout lorsque votre dernière expérience dans un bâtiment en feu avait eu sur vous des conséquences tragiques... Mais heureusement, pareil destin n’était pas accessible à tous. Probablement parce que tout le monde n’était pas capable de supporter sans broncher la fumée qui envahissait les lieux. Vince n’y avait jamais fait attention, mais il la respirait sans aucune difficulté et ses yeux ne souffraient pas de cette atmosphère agressive. Néanmoins, il n’avait pas le temps de s’en émerveiller, juste d’apprécier la situation.

    – Jaaaaaaaaaaace !!!!!

    Ouais, bonne idée... Genre il pouvait entendre. L’immeuble était gigantesque ! S’il voulait trouver son ami, il allait devoir réfléchir un peu plus... Réfléchis, Vincent, réfléchis... Oui, l’ascenseur, Jace était apparemment dans un ascenseur la dernière fois qu’il l’avait entendu. Le barman se mit donc à la recherche des ascenseurs. Pour cela, il fallait traverser l’entrée ainsi qu’un couloir envahi par les flammes. Un mouvement de la main suffit à écarter les flammes de son chemin. C’était un réflexe, il savait que le feu avait tendance... à le dessaper. En progressant dans le couloir, il vit au loin les portes d’un ascenseur, en proie à des flammes agressives, telles des prédatrices qui savaient qu’un être vivant se cachait derrière ces portes. Vince ne perdit pas son temps et se précipita devant les portes et prenant soin d’écarter les flammes le plus loin possible en tendant les deux bras. La voie était dégagée... pour le moment. Maintenant il ne restait plus qu’à ouvrir ses portes. L’étudiant appuya sur le bouton.

    Rien.

    Évidemment

    Réfléchis... mieux !

    Pressé par l’urgence, Vincent essaya de se coincer les doigts dans l’ouverture de l’ascenseur pour la forcer, mais il ne fit que perdre quelques ongles. Sans prise, il ne pourrait rien faire, et impossible de passer à trav...

    Quelques seconds plus tard, Vincent avait fermé les yeux et se concentrait de tout son corps. Ce n’était pas l’aspect de son pouvoir qu’il maîtrisait le mieux, mais il avait fait d’énormes progrès depuis sa première expérience calamiteuse. Il arrivait maintenant à le déclencher sur commande... c’était la suite qui était plus délicate. Lentement, le corps du pyromancien prit une teinte grisâtre et se changea en cendres. Ces particules grises quittèrent les vêtements pour se glisser dans l’interstice qui lui faisait face. Le processus était lent et relativement désagréable, mais Vincent était déterminé et persévéra. A l’intérieur, le spectacle n’était pas des plus simples à percevoir, principalement parce que le jeune homme n’était pas un habitué des cages d’ascenseur et qu’il était guère plus habitué à ses transformations cendreuses. Il réussit cependant à repérer l’ascenseur et s’y approcha en espérant que ce soit le bon. En tout cas, d’après son état, cela correspondait aux horribles sons qu’il avait perçus à travers son portable tout à l’heure. Progressivement, la trainée de fumée qui composait maintenant son corps se glissa à l’intérieur de la cabine.

    Jace s’y trouvait. Sur le sol, en mauvais état. Malgré ses perceptions altérées, Vincent ne put retenir la vague d’émotion qui l’envahit et le poussa à reprendre sa forme humaine pour tomber à quatre pattes dans la marre de sang de Jace, nu comme un vers (il y avait longtemps).

    – Jace ! Oh mon Dieu ! Qu’est ce que... Est-ce que ça va ?

    Peu affecté par son propre état, que ce soit par l’absence de vêtements ou par les tâches de sang qui venaient lui servir de maquillage corporel, il s’approcha de son ami et glissa doucement une main sous cette merveilleuse tête blonde qui avait apparemment saigné. Mais ce n’était plus le cas... sans doute à cause des pouvoirs de guérison de Jace. Ceux-là, Vince n’hésiterait pas à les embrasser s’il pouvait. Il entreprit ensuite d’inspecter la blessure au ventre de son ami, elle n’était pas encore tout à fait guérie. L’étudiant avait mille questions à poser, mais il se retint, il avait d’autres priorités. Malheureusement, ce n’était pas un expert et le temps pressait. La cabine commençait à se remplir de fumée.

    – S’il te plait, dis-moi que tu as un plan pour te sortir de là. J’ai pas réussi à ouvrir les portes de l’ascenseur alors j’ai dû m’y glisser. Est-ce que... est-ce que tu peux te transformer pour te sortir de là ?

    Il énumérait à voix haute toutes les idées qui lui passaient par la tête, même les plus farfelues. Il ignorait exactement comment les pouvoirs de Jace fonctionnaient et ce que lui permettait de faire sa métamorphose électrique, mais il espérait que le mutant était capable de s’en servir pour s’extraire de cet endroit. Lui-même n’aurait probablement pas trop de mal à se sortir de là... et surtout, ce n’était pas une urgence vitale. A moins bien sûr que l’immeuble s’écroule sur lui et l’enterre définitivement... oui, il n’avait pas pensé à ça. Pourvu que Thunder ait un plan...

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 24 Nov 2014 - 23:47 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Il était tout seul.

Seul.
Il était tout seul.
Et inhumain.

Les propos pernicieux de Noctis continuaient de s'insinuer dans son esprit. Ils y trouvaient de quoi résonner. C'était le début de la conversion. Noctis avait manqué de temps et l'esprit de Jace était bien trop complexe pour être pleinement réceptif au pouvoir du mentaliste dans le domaine, mais en le plongeant dans la douleur, Noctis lui avait ôté un peu de ses facultés de raisonnement. Et les mots avaient percé. Dans le même temps, le souvenir de la conversation s'effilochait. Jace ne se souvenait plus exactement de ce dont il avait été question. Ni surtout de ce à quoi, finalement, avait ressemblé la projection astrale de son interlocuteur.

Il lui restait juste ce sentiment là, et des idées vagues.

La solitude était effroyable.
(Le Phare.)
Personne ne le comprenait vraiment.
Il avait besoin de compagnie.
Toujours tout seul.

Une nouvelle quinte de toux, en forçant sur sin ventre, lui tira un gémissement de douleur, alors que les cendres de l'incendie s'infiltraient dans la cabine. Voilà : c'était la fin et il allait mourir rôti. D'abord les centres, la fumée, puis les flammes et un splendide jeune homme entièrement nu.

...
Une seconde.

— V-Vincent... ?

Murmura Jace d'un ton incrédule, alors que son providentiel et exhibitionniste amant l'inspectait en s'ensanglantant. À la question préoccupée du jeune homme, Jace admit :

— J'ai connu mieux.

Pendant quelques secondes, il se laissa examiner, palper et envahir par la sensation consolatrice d'une sollicitude aimante. Il ne se demandait même pas ce que Vincent fabriquait là, comment il était arrivé, ce que cela impliquait : dans le vide que l'opération avortée de conversion de Noctis avait laissé derrière elle, la survenue de Vincent lui apparaissait comme une évidence. Les propos de son ami le ramenèrent cependant à des considérations plus immédiates et plus réfléchies. Il eût été dommage d'être consolé pour rencontrer une fin trop prompte.

Rapidement, Jace retrouva le Thunder en lui. D'une voix assuré, il décréta :

— Ça va bien se passer.

Quelques secondes plus tôt, avant l'apparition de Vincent, il avait été prêt à baisser les bras et à rencontrer son Créateur. Thunder se redressa sur les coudes. Remua les doigts de pied. Et étouffa un gémissement nettement moins enthousiaste que ceux que Vincent lui connaissait d'ordinaire.

— Enlève moi ma ceinture.

Non, il n'était pas subjugué par la nudité de son ami ; oui, il avait toujours conscience de l'ordre des priorités. Pendant que Vincent s'exécutait, Jace dénoua sa cravate, puis il releva la jambe gauche de son pantalon de costume. De toute évidence, la cheville était déboîtée.

— Je vais pas pouvoir marcher comme ça et ça régénérera pas si ça se met pas en place.

La conclusion n'était pas très enthousiasmante, mais Jace prit la ceinture des mains de Vincent, en le regardant dans les yeux.

— Il faut que tu réalignes les os.

Il essayait d'avoir l'air beaucoup plus rassuré qu'il ne l'était. Il savait en théorie que c'était la meilleure solution et une pareille situation avait été évoquée en théorie lors de ses formations de Légionnaire, mais il n'en avait pas vraiment l'expérience. L'heure n'était pas cependant aux hésitations.

— Je te fais confiance. Tu saisis bien, tu fais un geste sec et ça ira. Aie pas peur de me faire mal.

Il plia la ceinture en deux et la plaça dans sa bouche, prêt à mordre sans s'exploser les dents quand Vincent se mettrait à l'œuvre. Une longue plainte étouffée ne tarda pas à remplir la cabine, pendant la brève opération. Puis Jace retira la ceinture, les yeux un peu humides, et le souffle court. Quinte de toux. La fumée commençait à devenir très préoccupante.

— Aide moi à me relever.

Le jeune homme tendit un bras pour le passer autour des épaules de Vincent. Quand son pied gauche toucha le sol et qu'une partie du poids de son corps fit pression sur la cheville replacée, il trembla légèrement. C'était supportable.

— Écoute. J'vais pas pouvoir le transformer, mais j'peux ouvrir les portes. On va aller vers la sortie, mais j'pense pas qu'j'resterai conscient tout l'temps. Va sans doute falloir que tu m’portes au bout d'un moment. Si jamais c'est trop difficile de l'faire en contrôlant les flammes, si faut courir et que t'as pas l'temps de te concentrer, c'est pas grave. Traverse et mes brûlures guériront plus tard.

Enfin, supposait-il. Mais entre ça et une mort certzine par asphyxie, le choix était vite fait.

— On y va.

Jace tendit sa main libre vers les portes de l'ascenseur. Des étincelles parcoururent sa paume, d'autres jaillirent des mécanismes de la cabine, puis les portes s'ouvrirent lentement, laborieusement sans parvenir à offrir beaucoup plus qu'une brèche. Ça suffirait cependant. Jace clopina jusqu'à l'ouverture et jeta un coup d'œil à la distance qui restait à parcourir pour rejoindre le rez-de-chaussée. À la force des bras, en descendant par les parois du conduit, ce serait sans doute possible. Au moins, l'air était un peu plus respirable.

La progression commença. Sans son endurance inhumaine, Jace eut sans aucun doute été incapable de se lancer dans un pareil exercice d'escalade, malgré la fatigue des blessures et l'air raréfié. Il parvint cependant aux portes du rez-de-chaussée et recommença à les actionner comme il l'avait fait plus haut, pour celles de la cabine. Mais les quintes de toux étaient de plus en plus rapprochées, la douleur irradiait depuis son pied et le sang battait à ses tempes. Les portes s'écartèrent un peu. Et Jace s'effondra, inconscient, avec la respiration difficile, dans les bras de Vincent.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 16:53 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Voir Jace dans un tel état était quelque chose d’effroyable, une expérience qui nouait l’estomac de Vincent au point de lui donner l’impression d’être rempli de plomb. Miraculeusement, le plomb se changea en quelque chose de beaucoup plus doux et léger lorsque le jeune homme constata que le blond allait « bien ». Tout était relatif dans une cabine d’ascenseur en ruine, tâchée de sang et menaçant de prendre feu à tout instant. Le barman ne put s’empêcher de se sentir bêtement soulagé et dut résister à l’envie de prendre son amant dans les bras. Les câlins devront attendre. Il fallait d’abord penser à la suite. Jace était plutôt optimiste, tant mieux ! Vince avait craint que son ami héroïque n’ait perdu ses moyens et cède à la panique, mais bien évidemment, Thunder avait plus d’expérience que ça. Avec un peu de chance, cela suffirait pour eux deux. Par contre, maintenant, l’étudiant se demandait si le jeune mutant n’était pas encore sous le choc d’un traumatisme crânien. Il voulait se déshabiller maintenant ?

    – Quoi ? Là tout de suite ?

    Mais il se rendit rapidement compte de sa bêtise et finit par comprendre où Jace voulait en venir, même s’il n’aimait pas trop cette idée. Après avoir enchaîné autant de matchs dans un sport relativement violent, Vince avait déjà assisté à des interventions médicales plutôt spectaculaires. Lui y avait plus ou moins échappé, mais cela ne l’avait pas empêché de voir certains traitements assez... radicaux. Il voyait donc ce que Jace lui demandait de faire et savait à peu près comment y parvenir... même s’il n’avait jamais pratiqué la chose en elle-même. D’habitude, lorsqu’il assistait à ce genre de chose, il faisait partie de ceux qui essayaient de calmer ou de retenir les blessés. L’appréhension et la crainte de faire mal (et de mal faire) rendit ses mains légèrement tremblantes, mais il s’attela tout de même à la tâche et parvint à ôter la ceinture du blessé. Après la lui avoir donnée, le barman plaça ses mains de manière à pratiquer « l’opération ». En dépit de ses appréhensions, il conservait des gestes fermes, ce n’était pas le moment de faire une bourde.

    – Ok...

    Et il hésita un peu, juste un peu, le temps d’une seconde, mais cette hésitation déclencha tout un raisonnement qui l’empêcha de s’arrêter et déclencha la procédure médicale. Vincent exécuta donc un mouvement brusque afin de réaligner les os de son ami. Le gémissement du Légionnaire faillit lui donner un haut le cœur, mais il se concentra sur sa cheville et la palpa pour voir s’il s’était bien débrouillé. Sans être un expert en ossature humaine, il conclut qu’il avait réussi. Le pyromancien aida ensuite Jace à se mettre debout en se plaçant sous son bras et en mettant le sien autour de la taille du blessé pour le soutenir au mieux. Il écouta silencieusement la suite du plan. Il n’aimait pas trop ce plan. Premièrement, parce qu’il envisageait de rendre Jace inconscient et donc de laisser Vincent seul acteur de cette stratégie. Et si les choses n’allaient pas comme il fallait ? Si la voix était bloquée ? Si un nouveau danger se présentait ? Deuxièmement, il se demandait s’il parviendrait à porter Jace jusqu’à la sortie sans laisser l’incendie le réduire en cendres. D’habitude, il ne faisait pas plusieurs choses à la fois lorsqu’il utilisait ses pouvoirs – du moins, pas consciemment – alors il doutait sérieusement de pouvoir repousser les flammes tout en portant Jace...

    – Tu es sûr... ?

    « On y va. » Apparemment oui... sauf si cela voulait dire qu’ils n’avaient pas le choix. Jace ouvrit donc la porte de l’ascenseur avant d’entamer une laborieuse descente. Vincent le devança et se retrouva en bas avant lui afin de l’aider à se réceptionner. Le mutant électrique ouvrit ensuite la deuxième volée de porte avant de perdre connaissance. Vince s’en rendit compte en sentant peser sur lui tout le poids de son ami. Il faillit perdre l’équilibre mais se ressaisit, il n’avait pas le choix, surtout que les flammes étaient revenues et tentaient d’entrer pour les accueillir. Le muté leva un bras pour les écarter le plus possible. Mais avec un seul bras et un corps occupé à soutenir un Jace inconscient, il ne put se concentrer suffisamment pour les repousser très loin. Mais il avait maintenant assez de marge pour sortir Jace de cet ascenseur. Maintenant, comment le porter sans risque de voir les flammes le brûler ? Sur son dos, il ne pourrait pas le surveiller... Il n’avait pas d’autre choix que de le soulever « à la princesse ». Un bras sous les genoux, un autre dans le dos et hisse... Vincent pouvait se remercier de continuer à faire le plus de sport possible parce que même là, ce n’était pas facile. Mais il n’avait pas de temps à perdre. S’il restait là trop longtemps, Jace allait manquer d’air et mourir... ce n’était pas une option envisageable.

    – Tiens bon, Jace...

    Et le sauvetage continua. Vincent progressait tant bien que mal, aussi rapidement que possible. Mais ce n’était pas facile, même pour lui, d’y voir quelque chose entre les flammes et la fumée. D’autant que le feu semblait content de le voir et s’approchait de lui comme un chien accueillant son maître. Vince fit de son mieux pour le repousser, mais sans les mains, ce n’était pas facile. Impossible de se créer un espace de sécurité, les flammes étaient trop nombreuses et lui trop concentré par l’effort afin de ne pas laisser tomber le jeune Alphas, au sens propre comme au figuré. Petit à petit, les flammes vinrent donc lécher le corps de Vincent, telles des sangsues impatientes de nettoyer les pieds du nouveau venu sur leur territoire. Il ne pouvait rien faire pour les en empêcher, son esprit essayait maintenant de guider ses pas vers la sortie. Il s’en rappelait vaguement. Tout était tellement différent de ce qu’il avait vu en entrant. Pourtant cela ne datait pas beaucoup... Bien vite, le feu monta pour se glisser le long de ses jambes, mais il était hors de question qu’elles dépassent son nombril, sinon, elles brûleraient Jace. Le dos du pyromancien, lui, n’était pas épargné et arborait maintenant un magnifique manteau de feu fier d’avoir trouvé sa place. Une partie de ses bras commençait également à se recouvrir de flammes mais là encore, l’étudiant ne les laissa pas aller plus loin. Ne pas brûler Jace. Sortir. Sauver Jace... L’effort lui rappelait vaguement certains de ses matchs les plus intenses et ces moments où il tenait le ballon et où son équipe comptait sur lui... Mais la tension qu’il avait ressentie alors n’était rien comparée à celle qui l’envahissait aujourd’hui. C’était une force autrement plus grande qui l’animait et le poussait à progresser vers la sortie... trop lentement à son goût.

    ...

    Dehors, les gens commençaient à s’impatienter nerveusement. Les cris fusaient parfois. Car si les pompiers étaient enfin arrivés, ils hésitaient quant à la suite des évènements. Le feu était désormais beaucoup trop avancé pour envoyer quelqu’un à l’intérieur et il n’y avait pas d’autres choix que d’essayer d’éteindre le brasier. Mais c’était sans compter sur ce public particulièrement têtu qui réclamait à ce qu’on envoie quelqu’un sauver Jace Roberts... la nouvelle avait vite circulée... Malheureusement, les soldats du feu n’étaient pas très optimistes quant au sort du jeune Alpha ni de celui de ce garçon qui était entré. Mais quelque chose finit par attirer leur attention : une forme beaucoup trop dessinée apparaissait entre les flammes. C’était une forme humaine. Quelqu’un était en train de les traverser. Le spectacle provoqua un court instant de silence, parmi les pompiers, les badauds et même de la part de cette équipe de journalistes. Puis l’équipe d’intervention décida d’agir.

    ...

    Il y était arrivé. Ils étaient dehors. Plus de flammes... enfin si, celles qui dansaient sur le corps de Vincent, mais les autres étaient restées à l’intérieur. Tant mieux. La fatigue empêchait cependant le barman de s’arrêter et même de penser normalement. Ils étaient dehors mais Jace n’ouvrait pas les yeux. Il ne comprenait pas pourquoi. Il avait pourtant fait sa part du travail, pourquoi le blond ne se réveillait pas. Soudain, Vincent sentit une force le pousser et une autre, ou la même, lui arracher Jace des bras. Quelque chose enveloppa son corps et il se retrouva par terre, sur le côté. Et son esprit commença à retrouver ses facultés.

    – Qu’est-ce que... ?! Lâchez-moi ! Il faut aider Jace !!!

    Les priorités revinrent dans l’ordre alors que le jeune homme entendait le discours des pompiers. « Calmez-vous, ça va aller ! » Un discours accompagné de mouvements, des sortes de tapes assez violentes qui le martelaient un peu partout à travers le tissu qui le recouvrait. Vincent finit par comprendre ce dont il était question.

    – Laissez-moi ! Je vais bien, je vous dis ! Je ne peux pas brûler... C’est mes pouvoirs...

    Petit à petit, les gestes des professionnels du feu s’arrêtèrent et Vincent pu découvrir la situation. Il était au sol avec deux pompiers sur lui qui le tenaient sous sa couverture. Au loin, il vit d’autres secouristes chargés d’amener un Jace toujours inconscient vers un véhicule d’urgence. Sans prendre de gants, Vincent se redressa et repoussa les hommes qui, de toute évidence, étaient en train de comprendre que leur intervention avait été inutiles mais ne savaient pas trop quel protocole suivre maintenant. En sentant l’air frais de novembre sur sa peau nue, le pyromancien se rappela qu’il avait laissé ses vêtements à l’intérieur. A l’heure qu’il était, ils devaient avoir entièrement brûlé... Il maintint donc la couverture autours de sa taille avant de foncer vers son ami. Celui-ci avait été allongé et était en train de subir une procédure de réanimation, massage cardiaque et autres masques à oxygène tous azimuts. Lorsque Vincent arriva près du mutant, celui-ci ne s’était toujours pas réveillé. Aussitôt, la chaleur des flammes qui l’avaient entouré fit place à un froid angoissant qui lui perça le cœur. Il faillit trembler de tout son corps, mais il se refusa à y croire.

    – Allez, Jace... murmura-t-il, à moitié autoritaire, à moitié implorant.

    Puis, Jace Roberts se décida à rouvrir les yeux.


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 17:59 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Vide. C’était la deuxième fois en quelques minutes, mais les deux premières fois en quelques semaines, que l’esprit de Jace et son corps faisaient vraiment relâche. Devenu inépuisable, le jeune homme n’avait plus même l’habitude de dormir. Certaines nuits, il s’allongeait contre Vincent, mais il ne dormait pas : l’énergie de son corps inactif était tournée vers son esprit, il le déployait, le perdait dans la cybersphère qui entourait le monde des humains et là, il travaillait, il réfléchissait, il apprenait et il réparait même ce qui pouvait l’être. Jamais les virus informatiques n’avaient eu la vie plus rude.

Cette fois, c’était vide. La fumée emplissait peu à peu ses poumons. L’air était très rare. Il se régénérait, certes. Il était inépuisable, certes. Mais il avait besoin de respirer. Il ne pouvait triompher ni du manque d’oxygène, ni de la chaleur de moins en moins supportable. Tiré des bras de Vincent comme une poupée sans vie, à l’air enfin libre, Jace était dans un piteux état — mais un piteux état difficile à percevoir exactement pour les pompiers. Ils avaient déchiré sa chemise — comme on les comprend ! — et avaient découvert une peau sans brûlure, sans bleu, sans blessure. Le ventre était enfin intact.

Ce qu’il fallait faire n’était pas évident. Le défibrillateur paraissait un instrument dérisoire pour quelqu’un comme Thunder. À quelques kilomètres de là, dans un centre de recherche privé, une jeune scientifique entrait en trombe dans le bureau de son supérieur. L’homme ne prit même pas la peine de lever les yeux de ses dossiers.

— Dr. Van Moore, je vous ai déjà dit de frapper avant d’entrer…
— Thunder a eu un accident.

Van Moore tendit sa tablette à l’homme, qui observa, par les caméras des journalistes, comme une bonne partie des téléspectateurs de Star City au même moment, grâce à un zoom un peu maladroit, les actions des sauveteurs. Derrière eux, on voyait l’immeuble en feu sur lequel les pompiers s’affairaient, avec cette organisation méthodique dont l’efficacité n’était jamais criante pour le grand public.

— Asphyxie ?
— Apparemment.
— Qu’est-ce qu’ils ont fait ?
— Oxygène, réanimation.
— Vous avez chronométré ?
— Évidemment.
— Bien, bien…

Murmura distraitement le professeur, en continuant à regarder la scène. Là-bas, les paupières de Jace se soulevaient lentement, tandis que de nouvelles sirènes se faisaient entendre, de plus en plus proche, de l’ambulance qui devait l’emmener à l’hôpital. L’esprit de Jace était encore embrumé et il marmonna quelque chose dans son masque. On consentit à le lui soulever quelques secondes, pour entendre ces propos fort peu éclairants :

— … barbe… Vincent… au Phare…

Un pompier expliqua d’un ton lapidaire à l’autre jeune homme :

— Il n’est pas cohérent.

Sans blague. L’ambulance se rangea près d’eux.

— On va le transférer à l’hôpital central.

Les ambulanciers descendirent avec leur brancard et les pompiers, après une brève explication, cédèrent la place pour s’attacher à de plus urgentes occupations. Jace tendit faiblement la main en direction de Vincent, mais elle retomba sur le brancard, tandis qu’on lui injectait un sédatif, pour l’empêcher de trop bouger et prévenir, surtout, toute manifestation intempestive de pouvoirs qui échapperaient à son contrôle : une procédure standard, dans ce genre de situations. L’une des ambulancières détailla Vincent d’un coup d’œil rapide et professionnel.

— Vous pouvez marcher ? On vous emmène aussi. On fera un check-up aux urgences.

Il n’y avait pas de temps à perdre, selon elle. Le brancard fut hissé à l’intérieur de l’ambulance, Vincent eut le droit de s’installer sur l’un des bancs latéraux et le véhicule partit en trombe. À l’arrière, la femme prenait les premiers signes vitaux de Jace, tout en expliquant rapidement, et un peu comme une leçon qu’on récitait :

— Avec les métas, on fait toujours des vérifications complètes. La physiologie est trop imprévisible. On l’a sédaté. Dites moi ce qui s’est passé.

Elle ne s’intéressait pas vraiment aux détails croustillants : il était clair que sa préoccupation principale résidait dans les symptômes atypiques et proprement métahumains que Jace avait pu exprimer avant de s’évanouir.

***

— Je peux sortir ?
— Vous êtes arrivé il y a moins de deux heures.
— Oui, mais j’peux sortir, non ?

À l’arrivée de l’ambulance, Jace avait été séparé de Vincent. Mais rapidement, les examens des médecins, superficiels certes, puisque le corps de Jace ne se prêtait ni à la résonance magnétique, ni aux rayons X, ni aux électrocardiogrammes, ni au reste de l’arsenal électronique de la médecine moderne, n’avaient révélé rien de préoccupant. Après son éprouvante aventure, le jeune homme se portait comme un charme. Le sédatif avait cessé de faire son effet et, n’eût été le costume-cravate ensanglanté, noirci et déchiré qui reposait désormais dans un sac plastique, parce que Jace l’avait troqué contre un jogging prêté par l’hôpital, le jeune mutant régénérateur resplendissait de santé.

Le médecin soupira et fut bien forcé de reconnaître que le jeune homme avait raison.

— Vous pouvez sortir.
— Vous savez où est Vincent ?
— Votre ami ?

Jace hocha la tête.

— Il est arrivé avec vous aux urgences, mais son état ne nécessitait pas d’intervention poussée. Je suppose qu’il a été déchargé.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 20:15 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Lorsqu’il entendit Jace parler de barbe, Vincent faillit éclater de rire tant il était rassuré. Il faillit également pousser l’équipe de réanimation pour embrasser son ami, mais ce n’était peut-être pas recommandé pour la respiration du jeune homme. Mais c’était l’intention qui comptait. Les médecins déclarèrent alors qu’ils voulaient transférer le mutant et il allait s’interposer lorsqu’une ambulancière posa les yeux sur lui pour établir un diagnostique.

    – Mais je vais...

    Il se retint cependant d’expliquer sa condition en pensant qu’ainsi, il pourrait suivre Jace et garder un œil sur lui. Objectivement, l’Alpha n’avait plus besoin de son aide, mais Vincent ne pouvait se résoudre à le laisser tout seul. Probablement parce que toutes les cellules de son corps lui hurlaient d’aller le prendre dans les bras... Il écouta d’une oreille peu attentive les explications de la secouriste et essaya ensuite de lui résumer ce qui s’était passé. Il passa les détails de leur conversation téléphonique et alla directement aux faits en racontant qu’il l’avait trouvé dans l’ascenseur entouré d’une marre de sang et avec la cheville déplacée. Puis il parla brièvement de leur sortie en urgence et essaya vainement d’attribuer une durée au temps qu’il avait mis pour le sortir de l’immeuble, mais c’était impossible, l’effort avait été si grand et sa concentration tellement accaparée par ses pouvoirs et par la survie de Jace qu’il n’avait pas prit la peine de compter les secondes. Son récit ne transcenda pas son interlocutrice mais Vincent conserva tout de même son billet pour l’ambulance aux côté de Jace. Là encore, il dut composer avec l’envie de tendre la main pour s’emparer de celle du héros, mais il se retint et s’occupa l’esprit en posant le plus de questions possible par rapport à la suite. Ses mains n’eurent pas d’autre choix que de s’accrocher à la couverture qu’il avait conservée...

    Une fois arrivée, Jace fut directement amené pour procéder à une série d’examens adaptés à sa physiologie. Vince avait été prévenu, mais cela ne l’empêcha pas d’avoir envie de brûler le premier qui oserait l’empêcher de le suivre... Le barman se fit raisonnable et fit ce qu’on lui demanda. Il fut donc conduit aux urgences où on lui attribua un lit ainsi que la promesse de lui apporter des vêtements. Voyant que son cas ne nécessitait aucun soin urgent, les docteurs le firent patienter... patienter... patienter... Jason arriva même avant les docteurs.

    – Mec, c’était... c’était... waouh... Holly va tellement s’en vouloir de ne pas avoir vu ça... enfin, je suppose qu’elle trouvera le reportage facilement...
    – Jason ! J’ai pas du tout envie de penser à ça tout de suite. Je... je m’inquiète pour Jace.
    – Faut pas, je suis sûr qu’il a une carte de fidélité pour tous les hôpitaux de la ville...

    Vincent détourna le regard pour le poser sur le rideau qui les séparait inefficacement du reste des urgences.

    – Ouais...
    – Vince ?
    – Excuse-moi... j’ai dû respirer un peu trop de fumée... Tu peux y aller, va rassurer Holly, je vais bien. Je vais juste rester pour savoir comment va...
    – Ok !

    L’étudiant en arts (allez savoir quel était le nom complet de sa filière) amorça un mouvement pour s’en aller mais se ravisa avant de se tourner complètement vers Vince et de poser la main sur son épaule.

    – Vince... tu sais que tu peux me parler si tu veux... J’peux être plus discret que Holly.

    Vincent sourit tout en regardant son ami. Il le considéra un moment avant de répondre :
    – Ouais je sais. T’inquiète, tout va bien.
    – Ok, à toute !
    – A nous !

    Une jeune médecin au sourire particulièrement enthousiaste – quoique épuisé – fit son entrée en tirant le rideau brusquement et en portant un pantalon et un t shirt gris.

    – Wahou... vous savez que c’est contreproductif de donner un crise cardiaque à ses patients ?
    – Ah ?

    Sans demander son rester, Jason s’en alla, laissant derrière lui un médecin qui ne resta pas perturbée longtemps.

    – Bref... Tu dois être Vincent. elle eut confirmation en observant la tenue vestimentaire du jeune homme. Ca, c’est pour toi. elle posa les habits sur le lit. Mais avant, j’aimerais t’examiner. Il parait que tu as passé beaucoup de temps dans un incendie, tu dois avoir les poumons bien abîmés... Allez, respire à fond...

    Et pour accompagner les gestes à la parole, elle vint caler son stéthoscope contre la poitrine de Vincent afin de l’examiner. Le patient ne prit même pas la peine de s’expliquer et se laissa faire. Il prit de longues inspirations. Etrangement, cela lui rappelait les exercices que Jace lui avait appris le jour de leur rencontre. Un sourire passa sur ses lèvres avant de disparaître. Il ne voulait pas qu’elle se fasse des idées. Mais la jeune femme avait d’autres choses en tête, comme froncer les sourcils. Apparemment, il y avait un problème.

    – Quelque chose ne va pas ?
    – Eh bien... tu as les poumons d’un bébé en pleine santé. Tu es resté combien de temps dans la fumée ?
    – J’sais pas, dix minutes peut-être... ptet plus...
    – Et ça ne t’a rien fait ?
    – Non... pas plus que les flammes qui m’ont déshabillé...

    Regard scrutateur.

    – Serais-tu un super, par hasard ?
    – Wow, je vais pas commenter la communication qui règne avec les ambulanciers... Je suis celui qui a sorti Jace d’un bâtiment en feu... je ne brûle pas... et apparemment la fumée me fait rien.
    – Tu veux dire, Thunder ?
    – Oui... il va bien ?
    – Il est en train de se faire examiner. Il en a peut-être pour un moment.
    – J’peux l’attendre quelque part ? Je vais bien non ?
    – On dirait... nos chers ambulanciers ont du décidé de prendre des précautions avec toi... mais comme on est en train de s’occuper de Thunder, tout le monde n’a que ça en tête...
    – Je comprends...

    Il ne comprenait pas..
    .
    – Bref, habille-toi et suis-moi, je vais te conduire en salle d’attente. En échange, je compte sur toi pour me raconter ce qui s’est passé là bas.

    Peu désireux de perdre un tel avantage, Vincent s’exécuta. Il attendit qu’elle le laisse pour enfiler les vêtements qu’elle lui avait amenés et qui étaient deux fois trop grands pour lui, surtout le t-shirt. Puis il la rejoignit pour la suivre tout en lui raconta ce qu’elle voulait savoir. Il finit dans une immense salle d’attente qui ressemblait plus à celle d’un aéroport qu’à celle d’un hôpital, mais passons. Une fois débarrassé de la médecin curieuse, heureusement qu’elle avait un travail prenant, il se retrouva seule et commença à attendre. Rapidement, la fatigue l’assaillit. Il l’avait repoussée le temps de sortir Jace de l’immeuble en feu, puis il l’avait ignorée le temps de paniquer et un peu après à cause des restes d’adrénaline. Maintenant, il était lessivé et il n’avait même pas de petite monnaie pour s’offrir un café. Epuisé, il laissa sa tête tomber en arrière en poussant un long soupir.

    Au bout d’un moment, il sentit son corps s’engourdir. Le sommeil le gagnait et sa tête se faisait lourde. Jace n’était pas encore sorti. Il était hors de question de s’endormir ici. Décidé à se réveiller, Vincent se leva pour faire un petit tour. La salle d’attente était grande après tout... Mais pas assez. Rapidement, il fut obligé d’étendre son champ d’occupation et il trouva le couloir aux distributeurs, la caverne d’Ali baba des gens qui ne savaient pas quoi faire pour attendre. Pour Vincent, cela lui permit de se poser devant les machines et d’inspecter les produits et leurs descriptions. Au bout d’un moment, il se demanda s’il pouvait oublier un jour le descriptifs du café vanille. Jugeant que s’il restait là encore plus longtemps, à s’empêcher de penser aux choses qui comptaient, il allait devenir fou. Vince se détourna enfin de la machine pour retourner en salle d’attente lorsqu’il vit Jace. Combien de temps le mutant se tenait là, il n’en savait rien mais il s’en fichait. Sans rien dire, le barman se précipita sur lui et le prit dans les bras. Il était vivant, debout, en bonne santé, du moins apparemment... L’étreinte dura un peu trop longtemps pour être complètement platonique, mais il s’en foutait. Il avait faillit le perdre...

    – Comment tu vas ?


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 20:52 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Donc je peux aller le voir ?

Le médecin de Jace le fixa d’un air légèrement soupçonneux. L’insistance du jeune homme lui paraissait être beaucoup plus de l’impatience d’adolescent que du zèle de super-héros pour un citoyen qui avait traversé les flammes. Si le docteur n’était pas un grand amateur de journaux people, il n’en allait pas de même de sa fille de dix-sept ans, et il lui semblait se souvenir d’une quelconque explication sur la bisexualité du fameux Thunder, que sa progéniture jugeait « trop cool » et « tellement ouvert d’esprit ».

— Quoi ?
— Hmnon, rien, désolé. Je pensais à ma fille. Vous croyez que…
— Un autographe ?
— Si ce n’est pas trop demander…

Jace était rompu à l’exercice et il était trop heureux d’acheter à ce prix sa liberté. Une petite signature en forme d’éclair plus tard, avec un message lambda pour Jenny, la fille du médecin, et le super-héros s’enfuyait dans les couloirs, à la recherche de son chevalier brun. Les images des différentes caméras de sécurité défilaient dans sa tête ; c’était grand, un hôpital, il eut besoin d’un peu de temps pour les trier, mais il ne tarda pas à retrouver Vincent.

Quelques secondes plus tard, ses bras se refermaient autour du jeune homme et il serrait son corps contre le sien. Plusieurs des personnes dans la salle d’attente l’avaient reconnu, mais la plupart, trop fatiguées ou trop inquiètes pour leurs proches, ne prêtaient qu’une attention distraite aux deux garçons. Jace, lui, ne prêtait attention à personne qu’à Vincent. Pendant un bref instant, dans les couloirs, il avait senti à nouveau l’écrasante impression de solitude qui s’était saisie de lui dans l’ascenseur et une nouvelle fois, près de Vincent, il avait le sentiment d’être pleinement rassuré.

Les secondes défilaient. L’étreinte se relâcha un peu et les corps se séparèrent à regret. Quand ils rejoignirent ceux de Vincent, les yeux bleus électriques de Jace brillaient un peu. L’adolescent battit des paupières pour retenir quelques larmes, eut un rire nerveux très bref et murmura :

— Désolé. Tu m’as manqué. Enfin, pas manqué, tu sais, tu m’as… Je…

Il lui avait dit « je t’aime » une fois et, comme il l’avait promis alors, il ne l’avait pas répété depuis. Pour ne pas mettre la pression. Les mots brûlaient ses lèvres pourtant. Avec un sourire timide, il secoua la tête et conclut sans conclure.

— Bref.

D’un geste de la tête, il désigna l’accoutrement de Vincent, en tout point identique au sien.

— J’vois qu’toi aussi, t’as été relooké. Ça t’va bien. T’es déchargé ? On sort ?

Et ils se mirent en route. Jason n’avait pas eu tort : Jace connaissait l’hôpital comme sa poche et il savait notamment quel chemin emprunté pour s’éclipser sans passer par les portes principales et par les journalistes qui attendaient peut-être de l’autre côté. L’opération exigeait quelques détours, mais le très médiatique Thunder, qui n’avait pas de problèmes avec les caméras, préférait cette fois-ci un peu de discrétion et d’intimité.

Il essayait de marcher aussi près que possible de Vincent, incapable d’être trop séparé de lui, sans pour autant éveiller le malaise de son ami. Pour lui, c’était un exercice familier. Il faisait la même chose, parfois, dans la rue, quand ils étaient tous les deux et qu’il ressentait le besoin de sa présence, mais que les règles de secret imposées par son ami empêchaient tout contact physique. Pour Jace, c’était devenu une sorte de réflexe, au fil des jours : grappiller ce qui pouvait l’être.

— Bon, donc, ça va. Enfin, j’ai l’impression d’avoir le cerveau en bouillie. J’me souviens que j’étais en train de téléphoner, que la cabine tombait, et puis après, je suis allongé par terre avec le ventre en sang et la cheville en vrac. Je sais même pas trop comment j’ai été blessé à ces endroits-là. Mais ça a régénéré. Même pas d’cicatrices.

Il était plus perturbé qu’il ne voulait bien le dire cependant. Il se souvenait distinctement de la poutrelle métallique à côté de lui, dans l’ascenseur, dont l’extrémité était maculée de son sang. C’était de toute évidence l’objet qui avait transpercé son ventre. Mais alors, que faisait-il à côté de lui plutôt qu’à l’intérieur de lui ? Il avait été déplacé. Comment ? Par qui ? Et pourquoi ? En discutant avec le médecin, il avait appris aussi que l’immeuble avait été évacué peu de temps avant l’incendie. La coïncidence était pour le moins suspecte. Jace avait l’impression qu’un bout important de ses souvenirs lui avait été soustrait.

— Mais ça, c’est seulement parce que tu m’as sauvé la vie.

Les deux jeunes gens s’écartèrent pour laisser passer un fauteuil roulant poussé par un infirmier, avant de se rejoindre et de bifurquer dans un énième couloir.

— J’te jure, quand j’t’ai vu arriver, là-bas, dans la cabine, j’ai eu l’impression que…

Les mots lui manquaient. Il secoua la tête.

— Merci.

Son regard croisa brièvement celui de son amant, et puis il enchaîna :

— Toi, ça va, à ce que je vois.

Et Vincent savait qu’en matière de diagnostic médical, Jace « voyait » beaucoup mieux que la plupart des équipements de l’hôpital. Ils pénétrèrent dans une cage à escaliers : ce ne serait pas demain la veille que Jace reprendrait l’ascenseur. La porte se referma, Jace jeta un coup d’œil vers le haut, un coup d’œil vers le bas.

— Y a personne.

Un peu timidement, il rajouta :

— J’peux t’embrasser… ?
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 22:08 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Le corps de Jace pressé contre le sien, Vincent était pleinement capable de sentir sa chaleur, son odeur, il avait même presque l’impression de sentir son électricité. Tout cela créa en lui une réaction devenue régulière depuis quelques temps : la température de son corps grimpa en flèche et rapidement, la température corporelle de l’étudiant avait dépassé celle d’un grand fiévreux. D’ordinaire, il réagissait ainsi lorsqu’il était particulièrement excité, mais il avait l’impression que cela arrivait généralement lorsqu’il ressentait de puissantes émotions. Et ces retrouvailles n’étaient absolument pas dénuées d’émotions. Vincent aurait donné beaucoup pour qu’ils soient seuls en tête à tête en cet instant. Non pas pour assouvir des désirs charnels, mais pour être avec lui, juste avec lui. Finalement, l’étreinte cessa et Vince put voir le visage de son amant. Le bleu de ses yeux ainsi que ses premiers mots faillirent l’amener à lui caresser le visage ou même à le serrer encore une fois dans les bras. Mais il s’abstint, sa pudeur était devenue une habitude, un réflexe qui le bloquait. Et d’ordinaire il arrivait à se retenir, mais là, l’envie d’être en contact avec le mutant blond était tellement forte que l’étudiant avait du mal à respirer. Le monde entier pouvait brûler, aucune fumée ne pourrait arriver à un tel résultat. Il ne répondit rien à la déclaration de son ami et se contenta d’élargir son sourire. Puis l’Alpha enchaîna.

    – Je me suis jamais senti aussi beau... ironisa-t-il... Dans ses guenilles, il avait l’impression d’être anorexique, lui qui d’habitude occupait pleinement ses habits. ouaip, allons y. Je suis pas un grand fan des hôpitaux.

    Leur utilité était grandement appréciée pourtant, mais le jeune homme n’aimait pas l’odeur froide et distante qui y régnait. Il a toujours préféré les endroits chaleureux... même avant l’obtention de ses pouvoirs.

    Les deux garçons s’en allèrent donc, côte à côte. En dépit de l’absence de contact direct, Vince parvenait à sentir la chaleur qui se dégageait du corps de son ami. Mais dans ces couloirs, cela revenait à mater un pot de crème glacée en plein régime soupe / carottes (et ça, c’est de la torture...). Heureusement, ils avaient une conversation plutôt sérieuse pour s’occuper l’esprit. Sinon Vincent aurait effectué un de ses plus beaux plaquages au sol afin d’embrasser Jace comme il se devait. Mais le dialogue était beaucoup trop grave pour laisser son esprit se perdre (uniquement) dans ces scénarios passionnés.

    – C’est bizarre... ça t’es déjà arrivé d’avoir un blackout comme ça ? Je veux dire... t’as ptet déjà été assommé avant... non ? pour un super héros, d’après les faibles connaissances de Vincent Nash à ce sujet, cela devait être le b.a.ba.

    L’étudiant resta cependant silencieux lorsque le blond exprima sa reconnaissance. Il savait que s’il partageait son point de vue sur cette expérience, il ne pourrait s’empêcher de perdre ses moyens. Il se contenta donc de formuler un très sobre de rien tout en gardant ses mâchoires bien serrées. Un Jace attentif pourrait peut-être déceler là une mesure préventive contre les fuites d’émotion. Cela dit, le barman parvint à se détendre lorsque Jace parla de son propre état.

    – Ouaip. Je suis juste... complètement vidé. J’ai l’impression d’avoir enchaîné trois matchs.

    Avec un bonus émotionnel non négligeable.

    Finalement, le mutant les guida vers les escaliers. Vincent n’avait pas été très attentif par rapport au trajet qu’ils avaient emprunté. En fait il s’en fichait. Même s’il voulait bien quitter cet endroit, il voulait surtout être avec Jace, qu’ils soient seuls ou non était finalement optionnel. Une option qui se concrétisa merveilleusement lorsqu’ils se retrouvèrent en tête à tête dans la cage d’escalier. Le jeune homme n’eut aucun mal à comprendre ce que la phrase « Y a personne » émise par son ami voulait dire. Soudain, il sentit un pincement particulièrement désagréable lui serrer le cœur. Toute cette distance qu’ils prenaient lorsqu’ils n’étaient pas tous les deux, elle venait de lui, de ses propres peurs et problèmes... et Jace en souffrait. Vincent n’était pas aveugle, il voyait bien que son ami n’était pas totalement satisfait de leur relation et cela lui faisait toujours mal de le reconnaître. Mais en cet instant, le pyromancien se dégoûtait à un point inimaginable. Il faisait souffrir une personne à laquelle il tenait... peut-être celle qui comptait le plus... La question timide du blond finit de l’achever. Vincent leva doucement une main qu’il posa sur la joue du héros avant de poser les lèvres sur les siennes et de l’embrasser. Vince eut l’impression qu’il n’avait jamais embrassé quelqu’un avec autant de tendresse et de douceur avant. Mais progressivement, le baiser devint... humide. Les lèvres se séparèrent. Vincent pleurait.

    – Je suis désolé...

    Et il serra Jace dans ses bras. De toutes ses forces.

    – Je... j’ai eu tellement peur... J’ai cru que j’allais te perdre... Quand Jason m’a dit que le Bohnson était en feu, je t’ai imaginé... Et c’était insupportable. Je sais pas si j’ai déjà eu aussi peur...

    Il s’arrêta alors de parler et essaya de se calmer, et surtout d’arrêter de pleurer. De longues et profondes inspirations l’aidèrent beaucoup à se remettre et au bout d’un moment, il parvint à trouver les mots qui rendaient enfin justice à ce qu’il ressentait. Toujours dans les bras l’un de l’autre, il déclara sa flamme.

    – Je t’aime Jace.


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 25 Nov 2014 - 22:40 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Enfin. Enfin, il était réfugié dans les bras de Vincent, sans être prisonnier d’un immeuble en flammes, avec une cheville à peine reboitée et la tête mise en vrac par un mentaliste dont la bienveillance sentait fort la torture mentale. Ses mains caressaient un peu le dos de Vincent alors que le baiser s’attendrissait un peu plus, mais la réaction de son ami ne fut pas tout à fait conforme à ses espérances. Alors certes, Jace ne prétendait pas être un virtuose du baiser, mais enfin, il ne se débrouillait quand même pas si mal que ça…

Ou alors Vincent était blessé. Ou c’était la fatigue nerveuse. Ou… Jace s’apprêtait à poser à la suite une dizaine de questions inquiètes quand son ami le broya dans ses bras musclés. Loin de protester, le blond se colla un peu plus contre lui, pour écouter la voix qui se glissait dans son oreille. Ce fut à ce moment que la lumière dans la cage d’escalier doubla d’intensité. Puis les ampoules explosèrent et ils se retrouvèrent plongés dans le noir. Heureusement que Vincent n’avait pas fait sa déclaration à côté de la machine à IRM, sans quoi l’hôpital aurait manqué d’exploser.

La voix de Jace monta dans le noir.

— Désolé.

Oui, bon, il n’avait pas l’air si désolé que ça. À défaut de pouvoir localiser précisément les lèvres de Vincent, Jace embrassa ce qu’il avait sous les siennes — la joue de son compagnon, donc. Tout bas, timidement, mais avec une satisfaction évidente, il glissa à son tour :

— Je t’aime.

Et puis il serra Vincent dans ses bras. Ils devaient avoir l’air fin, ces deux-là, dans leurs vieux joggings hospitaliers, à se roucouler des niaiseries dans un escalier sombre.

— T’es fatigué, mon ange, on va rentrer.

Jace se détacha à contrecœur de Vincent, mais c’était éminemment nécessaire pour la suite des opérations. Il y avait de vieux magiciens qui éclairaient les mines de la Moria avec leur pierre magique, lui il illuminait les escaliers des hôpitaux avec sa main droite. Celle-ci fut rapidement entourée d’étincelles. D’ordinaire, ça servait à assommer les criminels, mais ce jour-là, ça faisait une excellente lampe torche. Ils n’en auraient de toute façon pas besoin très longtemps : deux étages plus bas, les ampoules avaient survécu à son euphorie.

Alors qu’ils descendaient prudemment les marches plongées dans la demi-pénombre, Jace avait l’impression d’entendre encore et encore la déclaration de Vincent. Elle avait effacé les interrogations sur sa brève amnésie et sur les circonstances suspectes de l’embrasement du Bohnson Building. Ce que Vincent lui avait dit, il l’avait supposé un peu, lorsque le jeune homme, à son retour de Russie, avait décrit les sensations qu’il éprouvait à ses côtés, mais c’était autre chose de l’entendre reconnu de vive voix.

Inévitablement, il se demanda ce que cela impliquait. Concrètement, est-ce qu’en avouant ses sentiments, Vincent entendait changer leur existence commune ? Peut-être pas. Sans doute pas. Jace craignait de trop espérer. Vincent lui avait déjà reproché de vouloir aller trop vite. D’aller trop vite, en tout cas. Mieux valait ne pas poser de questions qui risqueraient de gâcher le moment. Les étincelles se dissipèrent alors qu’ils revenaient à une partie plus éclairée et, en descendant les marches suivantes, le blond jetait de fréquents coups d’œil — et des sourires rayonnants — à son ami.

Quand ils débarquèrent dans ce qui ressemblait fort à une gigantesque buanderie, il devint très clair que Jace empruntait un chemin détourné. Il s’en expliqua aussitôt :

— On va sortir par une porte de service. Je répondrai demain aux questions des journalistes, et toi… L’hôpital va avoir ton nom, mais ils ne disent jamais rien, alors on aura le temps d’voir. Au pire, tu sais, dans cette ville, il s’passe toujours quelque chose de nouveau et si on s’débrouille bien, ça peut se tasser vite.

Il fallait jouer un peu de ses relations, mais dans le milieu journalistique, Jace n’en manquait pas. Alors qu’ils longeaient la buanderie, le jeune homme s’interrogeait sur les larmes de Vincent. Était-ce le contrecoup de la fatigue et de la peur qui les avait fait couler ? Ou bien dans les sentiments qu’il venait de lui avouer, Vincent trouvait-il moins de joie que lui ? Jace poussa une porte qui menait dans une cour et la cour vers la rue enfin. Ces questions-là, contrairement à celle sur le devenir concret de leur relation, il se sentait incapable de les retenir.

Finalement, il les risqua.

— Dis, Vincent…

Il avait vite compris que dans la rue, s’il ne voulait pas embarrasser son ami, il devait parler de leur relation à mots couverts et c’est ce qu’il fit, par réflexe, une fois de plus.

— Ce que tu as dit tout à l’heure. Moi, je me sens heureux, mais toi…

Il craignait presque d’avoir la réponse à sa question.

— T’es triste à cause de ça ? Toi et moi, ça te rend triste… ? Est-ce que, je sais pas…

Sans réfléchir, puisque Vincent était fatigué, Jace avait pris la direction de Kane Street. Que Vincent n’eût plus ses clés sur lui ne lui était pas venu à l’esprit.

— … est-ce que tu regrettes ? Est-ce que tu nous regrettes ?
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 26 Nov 2014 - 15:31 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Voilà, il l’avait dite... cette phrase ridiculement courte et d’une simplicité grammaticale des plus basiques. Pourtant, l’effet qu’elle eut sur les ampoules était... explosif. Et ce n’était rien comparé à ce qui se passait dans le cœur de l’énonciateur. Pour Vincent, c’était une évidence qui lui était apparue en même temps qu’il l’avait déclarée. La fatigue combinée à sa spontanéité naturelle l’avait empêché de garder cela plus longtemps. Son esprit et sa langue avaient enfin compris ce que son âme toute entière ne cessait de lui hurler depuis qu’il avait du vivre une semaine sans savoir où se trouvait Jace ni comment il allait. Et le voilà, dans un couloir désormais sombre, en train de découvrir ce que son esprit conservateur, pudique et stupide l’avait empêché d’apprécier lorsque Jace lui avait déclaré ses sentiments. Une véritable montagne russe d’émotions. Et la réponse du blond rajouta un énorme cran à cette ascension émotionnelle. Jace l’aimait. Bizarrement, même si ce n’était qu’un rappel, cette phrase parvint à apaiser le jeune pyromancien à un point qu’il n’imaginait pas. Sa crise nerveuse cessa et il se contenta de savourer cette étreinte qu’aucune lumière ne venait observer. Mais les bonnes choses ne duraient pas et bientôt ils durent partir.

    – D’accord...

    Pourtant Vincent n’avait pas envie de lâcher son amoureux, mais ce ne serait que temporaire. Les deux garçons descendirent donc, éclairés par le pouvoir de Jace. Vice envisagea d’utiliser le sien pour créer une source de lumière supplémentaire, mais il n’avait rien à brûler et il préférait conserver ses habits, aussi peu esthétiques étaient-ils... Ils passèrent par la buanderie de l’hôpital et Jace lui expliqua qu’ils allaient faire profil bas pour le moment. L’étudiant n’avait rien à redire à cela, lui qui tenait absolument à éviter le feu des projecteurs. Cela dit, la situation était un peu différente de celle des cannibales ou encore de l’incendie de septembre.

    – On verra, j’espère juste qu’on va me laisser tranquille. Enfin... j’ai pas honte de ce que j’ai fait pour le coup mais... j’ai pas spécialement envie qu’on fouille dans ma vie.

    Une volonté qui s’était déjà manifestée lors de son entretien avec Amy Davis. Toutefois, comme il venait de le signaler, ici, il n’avait pas honte de ce qu’il avait fait. Sauver une personne à laquelle on tenait était une chose qui lui paraissait normale, évidente même, surtout lorsqu’on en était capable. Le truc, c’est qu’il n’avait pas envie d’avoir à expliquer en quoi Jace était important exactement, ça il n’avait pas envie de le partager avec personne d’autre que le concerné... et accessoirement, il était encore en train de découvrir à quel pour il tenait à lui. D’ailleurs, il se demandait ce que ça allait changer, entre eux, dans leur vie. Il était amoureux de Jace, OK, et après ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Qu’il était prêt à se jeter dans un immeuble en feu pour secourir son aimé ? Soit. Mais encore ? Est-ce qu’ils allaient se voir encore plus souvent ? Ca serait bien... Jace voudrait peut-être laisser sa brosse à dents chez lui... mais qu’en penseraient Jason et Holly ? Comment réagiraient-ils ? Est-ce qu’ils avaient besoin de savoir ? C’était plutôt important tout de même. Mais d’un autre côté... Holly ne pourrait pas s’empêcher d’en parler... et comment prendraient-ils le fait qu’il soit amoureux d’un autre garçon ? Bien probablement... mais est-ce que ça changerait leur attitude à son égard. Jason était plutôt ouvert d’esprit mais, on ne pouvait jamais savoir avec ces choses là... Il était parfois très catégorique sur certaines choses... comme le classement des boîtes de céréales... Mais tandis que Vincent commençait à se faire peur, Jace l’interpela.

    – Hum ?

    Le mutant lui posa alors sa question... ou ses questions... mais c’étaient plus ou moins les mêmes, non ? Vincent n’était pas sûr de comprendre, et il n’était pas sûr de la réponse à fournir. Il avait très peur de dire quelque chose de maladroit et de lui faire de la peine. Heureusement, il y avait le trottoir sur lequel il pouvait poser les yeux. Il fallait toujours regarder là où on marchait. Surtout en ville... surtout à Star City.

    – Je suis pas triste, pourquoi tu... oh ! oui c’est vrai, il avait pleuré... soudain, Vincent devint rouge comme une tomate, il n’avait pas l’habitude de pleuré. Il ne pleurait quasiment jamais d’ailleurs, sa dernière crise de larmes datait de son départ de chez ses parents... et même lorsque ceux-ci l’avaient rejeté à cause de ses pouvoirs, il n’avait pas tant pleuré que ça. C’était les nerfs je pense... Je t’ai dit... mais je me suis sans doute mal exprimé, comme d’hab. J’avais eu vraiment vraiment peur quand j’ai su que tu étais dans un immeuble en feu et... et quand on est sortis et que tu te réveillais pas, je... Enfin je me suis retenu mais... faut croire que ça devait me retomber dessus à un moment.

    C’était une stratégie qu’il adoptait sur de nombreux points, comme leur relation d’ailleurs. Vincent avait beau ignorer la chose, faire l’autruche, à un moment ou à un autre, la réalité revenait s’imposer à lui en pleine figure.

    – Je regrette rien Jace... Nous, je... je regrette pas, je t’assure. Ca me rend même très heureux... et ça me fait peur aussi... J’ai peur de... de perdre ce qu’on a... en disant une connerie ou juste parce que la vie... il se retint de préciser qu’il pensait notamment à la vie héroïque du jeune Alpha vienne enlever tout ça... Et... et je sais que je suis pas... parfait... loin de là ... que c’est pas facile pour toi... à cause de moi. Vincent avait baissé le ton, mais c’était plus par honte que par réel besoin de s’assurer que personne venait les écouter. J’ai peur de ne pas te rendre heureux.


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 26 Nov 2014 - 15:55 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Il aurait voulu lui prendre la main, là maintenant, pour lui dire que ce n’était pas grave, ou pas si compliqué, ou peut-être que si mais qu’en vrai, on s’en fichait. Jace profita sournoisement d’un flot de passants pour se rapprocher encore un peu plus de Vincent. Pas sa faute si les rues de Star City étaient surpeuplées et qu’on était obligés de se coller les uns aux autres. Ses yeux cherchèrent sans grand succès ceux de Vincent, alors à la place, il murmura :

— J’suis heureux.

Les ampoules de l’hôpital en avaient d’ailleurs fait la cuisante expérience.

— OK, y a plein de trucs dont j’aimerais bien qu’ils changent. Dont j’espère qu’ils changeront. Mais j’suis plein d’espoir justement. Et heureux.

Ils empruntèrent de traverse une rue plus respirable.

— Avant toi, j’étais dans mon boulot, dans mes missions et… Je savais pas trop où ça menait. Maintenant, j’me sens… Bien. Mieux. Pas que quand j’suis avec toi, mais en général, tu vois. Parce que j’me dis que j’peux t’parler. Et que tu donnes du sens aux choses. C’est ton côté port d’attache, tu vois.

Jace n’avait jamais été très doué pour les belles déclarations romantiques et sa super-intelligence ne l’avait pas conduit à de notables progrès en la matière. Il regrettait de ne ps pouvoir expliquer ses sentiments avec plus d’éloquence, comme les personnages des films ou des séries télévisées, auxquels les scénaristes prêtaient toujours des inspirations inattendues au bon moment.

— Moi aussi, j’ai peur de tout ça, remarque. Mais ça va bien se passer.

Et il chercha une nouvelle fois le regard de son ami pour lui adresser un sourire plein d’assurance. Il ignorait qu’un mentaliste aux intentions nébuleuses et un laboratoire étrange s’intéressaient à lui, il ignorait que son compagnon était chaperonné par un dragon qui travaillait pour la plus grande organisation secrète de l’histoire, il ignorait que des êtres de feu dans une dimension lointaine n’étaient pas sans projet pour Vincent, mais l’eût-il su que sa conviction, peut-être, n’en aurait pas été moins forte.

— Allez, souris moi et on discutera du reste quand on sera rentrés.

Il avait hâte de se retrouver enfin seul avec Vincent et d’abandonner les réflexes d’éloignement que leur relation jusque là avait cultivés en lui. Alors il marchait d’un bon pas, et puis il ralentissait, en se souvenant que son petit ami était fatigué. C’était comme ça, maintenant, non ? Il avait le droit de penser à Vincent, pour de vrai, comme à son petit ami ? Il lui jetait de fréquents regards et, à chaque fois, il sentait son cœur s’accélérer.

Heureux, définitivement.

Ils parvinrent jusqu’à la Kane Street et, après quelques étages gravis, purent constater une faille majeure dans leur plan pourtant simple : il n’y avait personne chez Vincent. Et eux, ils n’avaient pas les clés, perdues dans les décombres du Bohnson Building, avec le reste des affaires de Vincent. Holly et Jason devaient être à l’hôpital, sans doute, et vu la salle d’attente, ils n’étaient pas prêts de revenir.

— Bouge pas, je vais voir si je peux passer par une fenêtre.

C’était au moins plus facile à forcer qu’une porte. Jace rebroussa donc chemin, contourna l’immeuble par une ruelle, fouilla un peu dans les débris en attente de collecte et, après avoir trouvé une tige métallique, prit appui sur le sol et s’élança dans un bond formidable. L’avantage des étudiants, c’était qu’ils n’avaient pas d’argent pour se payer des appartements avec des fenêtres neuves et du double vitrage. Jace n’eut pas trop de mal à en trouver une branlante et, bientôt, il atterrissait dans la salle de la Muse.

Après avoir accordé un regard pour le moins perplexe aux dernières créations en date, il descendit à l’étage inférieur et ouvrit la porte à Vincent.

— Définitivement, moi et la sculpture contemporaine, ça fait deux.

L’art de Jason n’était peut-être pas très représentatif de ce qui se faisait en ce moment, mais ça ne motivait pas Jace à arpenter les galeries. Il tendit la main pour entraîner son ami à l’intérieur, referma la porte derrière eux et, sans autre forme de procès, plaqua le dit ami contre la dite porte, puis plaqua son dit lui-même contre le dit ami contre la dite porte et célébra avec un peu de retard la déclaration de Vincent avec tout l’enthousiasme que ma pudibonderie bien connue m’empêche de décrire ici.

Finalement, Jace autorisa Vincent à respirer — trop sympa, je sais — et il retira ses mains de sous le haut de son ami, où elles avaient inexplicablement trouvé un chemin.

— Euh, oui, désolé, t’es fatigué. C’est juste, ça te va bien, en fait, les vieux joggings pourris.

Lui était en pleine forme, évidemment. Il était toujours en pleine forme. Promenant son sourire rayonnant tout autour de lui, Jace avait l’impression de découvrir un monde nouveau.

— On sent encore la fumée. On devrait prendre une douche et après, tu pourrais peut-être faire, je sais pas, une sieste. Je sais pas trop comment tu te sens fatigué, en fait. Possible que t’aies besoin de manger. J’peux t’faire à manger pendant que tu prends ta douche. J’peux…

À l’entendre, toutes ces activités étaient trépidantes et tout à fait réjouissantes. Les yeux de Jace rejoignirent ceux de Vincent et le blond lui martela son sourire ravi.

— Toi, j’vais tellement pas te laisser t’enfuir, tu vas pas comprendre ce qui t’arrive.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 26 Nov 2014 - 21:15 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    La voix du barman s’était fondue dans la masse des gens qui envahirent soudainement leur partie du trottoir, les forçant à se coller l’un à l’autre pour pouvoir continuer à circuler. Vince se retint de poser les yeux sur son compagnon, ce qui l’aurait poussé à l’embrasser en pleine rue... Mais lorsqu’il entendit la réponse de Jace, sa tête se tourna aussitôt vers celle du blond.

    – Port d’attache... Ok... Ben j’espère que je serai à la hauteur.

    Il ne savait pas trop ce que Jace entendait par cette expression, mais il la prit comme un compliment... formulé à la Jace Roberts. Pour sa part, il ignorait si leur relation donnait un sens à... beaucoup de choses... si on lui demandait, il dirait au contraire qu’elle en enlevait beaucoup... mais que ce n’était pas une mauvaise chose au finale... En tout cas, ce n’était pas désagréable... du tout.

    – Je souris tout le temps, tu sais ?

    Fausse modestie, quand tu nous tiens.

    Ils continuèrent leur chemin en direction de Kane Street. A chaque fois que son regard se posait sur le blond, Vincent ne pouvait s’empêcher de sourire bêtement... Alors il détournait la tête rapidement pour ne pas avoir l’air trop ridicule, le problème, c’était que le sourire ne partait pas tout de suite ce qui devait lui donner un air assez niais pour les passants. Il n’avait pas la force de lutter contre cette euphorie qui le rendait si léger et forçait ses lèvres à dessiner un sourire pour un rien. La fatigue était bien là et elle rendait le trajet moins agréable que ce qu’il aurait pu être. Paradoxalement, Vincent n’avait pas envie de dormir... ou bien si, il en avait envie sans en avoir envie en même temps. C’est compliqué les envies... et contradictoire.

    Jace et lui finirent par arriver à l’appartement, sans les clés... Mince, il n’y avait pas pensé, mais elles étaient restées dans ses poches... qui elles avaient joyeusement brûlé dans cet horrible incendie... Qui aurait cru que sauver la vie de son amoureux avait autant de contrecoups à la fois dérisoires et importants. Mais c’était sans compter sur l’esprit stratégique de Thunder qui vient à la rescousse en proposant une solution acrobatique. Vince avait une alternative plus rapide mais son ami était beaucoup trop rapide et avait déjà filé.

    – J’aurais pu passer par en dessous aussi...

    Alors il attendit que son héroïque serrurier s’occupe de ce problème des plus matériels. Assez vite, Vincent entendit du bruit provenir de l’intérieur, il avait apparemment réussi à rentrer... ou bien il s’agissait d’un cambrioleur. Le barman était d’humeur optimiste ce soir. Il s’appuya d’un bras contre l’encadrement de la porte et attendit que son sauveur le laisse entrer tout en faisant un commentaire sur l’art de son colocataire.

    – On est d’accord. Tu sais aussi que j’aurais pu passer sous la porte en me transformant ? C’aurait été plus simple...

    Mais il n’eut pas le temps de prouver qu’il aurait tout à fait pu rentrer par effraction dans son propre appartement car une main possessive l’attira à l’intérieur avant de refermer la porte et de le plaquer contre celle-ci. Décidément, cette porte était la star de la journée. A défaut de lui dérouler un tapis rouge, Vincent se laissa peloter par un Jace particulièrement en forme et démonstratif. Tout d’un coup, la fatigue se fit beaucoup moins forte. Les mains du barman s’activèrent alors à caresser chaque partie de ce corps qui le pressait contre la divine porte. Seigneur, il ne pourrait plus jamais l’emprunter sans rougir. Après une étreinte passionnée, le jeune mutant décida de laisser sa proie respirer – trop aimable – et en profita pour lui faire des compliments.

    – Joggings pourris... je note... mais les lèvres de Jace avaient beau s’être écartées, Vince comptait bien entretenir le plus de contacts physiques possible, une main fiévreuse vint donc caresser la joue du blond. Je suis fatigué... mais j’pense qu’une bonne douche suffira à me réveiller, surtout si tu l'aide un peu...

    Finalement, ses micro siestes volées dans la salle d’attente avaient peut-être fait leur effet... à moins que ce ne soit que la manifestation de ses phéromones réveillés par l’accueil de Jace... Celui-ci avait d’ailleurs de grands projets pour les heures qui suivaient.

    – Qui a dit que je voulais fuir ?

    Certainement pas lui.

    Les deux jeunes hommes s’en tinrent donc au plan et Vincent fut le premier à aller sous la douche. Jace aimait donc les joggings... Pour essayer de satisfaire son ami, il s’empara d’un des siens pour remplacer celui de l’hôpital après sa douche. Il avait beau « lui aller » d’après Jace, Vincent ne s’y sentait pas vraiment à l’aise... c’était sans doute psychologique mais il avait du mal à porter les habits des autres... surtout lorsqu’il ne connaissait pas leur propriétaire originel. L’étudiant alla donc prendre sa douche tandis que le blond jouait les cuistots dans la cuisine. L’odeur de la fumée était encore bien présente, en effet, et elle n’était pas facile à chasser. Ce n’était pas faute d’y mettre de l’ardeur... C’est donc après une douche accompagnée d’une bonne dose de savon et d’huile de coude qu’il sortit de la salle de bain, vêtu d’un simple jogging. Il se sécha un minimum avant de s’habiller, le reste partirait tout seul grâce à ses pouvoirs et effectivement, les gouttes d’eau récalcitrantes s’évaporèrent lorsqu’il arriva dans la cuisine où son amant s’affairait énergiquement.

    – Ca a l’air bon... Tu nous prépares quoi ?

    Mais il n’eut pas le temps d’avoir sa réponse car la porte d’entrée s’ouvrit pour laisser passer un Jason apparemment lessivé.

    – Vince... Holly est déchaînée... j’pense qu’elle va pas arrêter de nous poser des questions sur cet incendie... Je ne sais pas combien de fois je lui ai tout raconté en détail, mais elle n’est pas satisfaite alors je pense que...

    L’artiste s’interrompit lorsqu’il arriva dans la cuisine/salon et trouva Vincent en mode « sportif exhibitionniste » et Jace aux fourneaux.

    – Hey, salut Jace ! Que... tu vas bi... ?

    Mais il n’eut pas le temps de finir car Vincent se déplaçait pour s’approcher de l’Alpha de l’autre côté de la table/plan de travail. L’arrivée de Jason l’avait paralysé et il avait encore une bonne centaine de nœuds qui jouaient à Tétris dans son estomac, mais il était déterminé... et complètement effrayé. Jason pouvait savoir... c’était le seul qui pouvait... il comprendrait... Pitié, faites qu’il comprenne.

    – Jason... Ca va ne t’inquiète pas, j’suis juste un peu mort. Dis-moi, est-ce que... est-ce que tu crois que je pourrais avoir l’appart’ pour moi tout seul ce soir ?

    La question fut accueillie par un regard interrogatif de la part de son colocataire. Après un silence un peu embarrassé, Vincent tendit la main et pris celle de Jace avant de se justifier tout en faisant de son mieux pour ne pas trembler.

    – On aimerait bien rester tous les deux...

    Nouveau silence. Jason avait des yeux ronds. Il resta là à regarder son colocataire, puis Jace, puis Vincent, puis Jace, comme s’il s’attendait à ce que l’un d’eux dise « c’t’une blague » ou encore « bazinga ! » mais non... rien de ça. Petit à petit son regard se fit plus sérieux, embarrassé... et ému.

    – Oh, je... hum... Oui, bien sûr je... vous inquiétez pas, on va dormir chez mes parents Holly et moi... j’en profiterai pour la traîner devant le Bohnson. Ca va l’occuper. Vous inquiétez pas, vous aurez la paix.

    Et Vincent compris dans le regard de son ami qu’il ne dirait rien à Holly. Le regard presque humide, Vince hocha la tête et remercia silencieusement l’artiste qui s’éclipsa pour laisser les deux amoureux profiter de leur moment.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 26 Nov 2014 - 21:49 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Son plan était génial — évidemment, puisque c’était lui qui l’avait proposé — mais il avait tout de même un minuscule défaut dont Jace prit toute la mesure quand il se retrouva devant les placards.

— Hmm…

Ah, oui, ça lui revenait, maintenant : il ne savait pas vraiment cuisiner. Le blond ferma les yeux une seconde. Une seconde jacienne, riche de milliers d’informations. Internet se déversait dans l’esprit du jeune homme, tout du moins une partie d’Internet : celle qui était peuplée de recettes, illustrées par des vidéos qui détaillaient les gestes techniques. Il rouvrit les yeux puis les placards. La liste des ingrédients de l’appartement grandissait dans son esprit et se croisait avec les données récoltées.

Quelques minutes plus tard, Jace se félicitait d’être un excellent menuisier, parce que, somme toute, cuisinier, ça demandait à peu près le même genre d’habileté que travailler le bois. Il était habitué à façonner et peindre de petits automates et la patience précise qu’un pareil travail exigeait se reportait sans peine à ce nouveau domaine. Fort heureusement, les placards de Vincent, Jason et Holly ne lui imposaient pas d’expérimenter des ingrédients trop atypiques et le repas qui prenait forme restait assez traditionnel.

Le principal raté intervint quand Jace manqua de se sectionner l’index : Vincent sortit de sa douche avec un pantalon de jogging et l’Alpha, qui n’avait pas vraiment eu la tête à l’observation concupiscente quand son petit ami était venu le chercher, en nudiste invétéré, dans sa cabine d’ascenseur, se rattrapa instinctivement. La question de son hôte fut accueillie par un rêveur :

— Hmm hmm…

Heureusement, le bruit de la porte d’entrée lui rappela qu’il était censé cuisinier. Jace détourna donc sagement le regard et reprit sa découpe, avant d’ajouter les oignons à la préparation, tandis que Jason faisait son apparition. Il se retourna pour saluer comme il se devait le colocataire de Vincent, mais fut devancé, tout comme Jason, par la grande démonstration de celui-ci.

La main de Jace, tremblante elle aussi, mêla ses doigts à ceux de Vincent. Jason partit. Le silence s’installa. L’eau bouillait, les légumes rissolaient, un réveil faisait tic tac, ça klaxonnait dans la rue, mais Jace fixait la porte sans rien dire. Il se souvenait assez de ses propres aveux, à ses parents, à ses amis, quand il avait décidé d’assumer sa bisexualité, pour mesurer l’importance de ce qui venait de se passer.

Alors il dit :

— Merci.

Puis il se tourna et déposa un baiser sur la joue de Vincent. Il libéra la main de l’étudiant en laissant ses doigts en caresser le dos, le regarda une seconde, deux, trois, lui sourit et se retourna enfin vers ses casseroles.

— Je fais du riz parfumé, avec une poêlée de petites légumes aux épices et du poulet au lait de coco.

Pour l’instant, ça avait l’air de plutôt bien se passer, et puis ça ressemblait à peu près aux photographies sur Internet, mais il précisa quand même :

— C’est la première fois que je fais ça, mais je me suis dit, on va tenter l’expérience.

Parce que ce soir-là, les expériences leur réussissaient plutôt bien. Du reste, il n’avait plus grand-chose à faire, si ce n’était touiller ici ou là. Il fallait surtout attendre que le riz eût fini de cuire.

— Ça te dérange de surveiller un peu pendant que je me lave ? J’ai besoin de…

Cette fois, son sourire disparut. Il avait besoin de laver la fumée. Le sang. De mettre l’ascenseur et l’hôpital à la porte. Il s’éclipsa donc à son tour, en confiant à Vincent la difficile mission de retourner des cuillers en bois dans des casseroles à intervalle régulier, sans trop d’inquiétude : d’expérience, les compétences culinaires de son ami étaient beaucoup plus solides que les siennes.

La porte de la salle de bain se referma bientôt. Jace se déshabilla, se glissa dans la douche, ferma les portes de la cabine et les rouvrit presque aussitôt, parce que l’angoisse avait monté en flèche, dans cet espace confiné. Instinctivement, il porta la main à son ventre, comme si la plaie disparue avait laissé le souvenir de sa douleur. Le jeune homme inspira profondément et décida de prendre la douche les portes ouvertes, quitte à éponger le sol après.

Second obstacle. L’eau trop chaude lui rappelait l’incendie. Il baissa la température. Ce n’était pas très agréable, mais enfin. Finalement, la douche fut une épreuve plutôt qu’un soulagement, mais au moins l’odeur de la fumée se dissipait. Les cheveux propres. Le sang lavée. Jace regarda tourbillonner les dernières traces pourpres dans le siphon de la cabine, puis il sortit. Comme le mois de novembre commençait à se rafraîchir et que lui n’était pas animé par un feu intérieur, il avait attrapé des vêtements dans l’armoire de Vincent. Il refit son apparition dans le salon, vêtu d’un jean et d’une chemise noire qu’il achevait de boutonner. Mais pas trop. Faut pas exagérer.

Tout le repas était prêt. Jace adressa un sourire d’excuses.

— Désolé, ça a pris plus de temps que prévu. Y avait…

Beaucoup de sang dans ses cheveux. Une cabine qu’il ne pouvait pas fermer. De l’eau trop froide. Qu’il avait épongée en sortant. Jace secoua la tête.

— C’est pas important.

Et puis non, il n’avait pas envie de jouer au héros, pas avec Vincent en tout cas. Se ravisant, il passa aux aveux.

— J’crois qu’j’suis devenu un peu claustrophobe. Fermer les portes de la douche, ça m’a… Angoissé. Et puis l’eau chaude, je supportais pas. J’pense que ça va passer. Enfin bref, j’avais mis un peu le bordel, du coup, j’ai rangé. Du coup, c’est toi qu’as fini par tout faire ici, désolé.

Oui, enfin, Vincent avait égoutté le riz.

— Je ferai la vaisselle.

Jace s’approcha du courageux Vincent qui avait accompli toutes ces tâches surhumaines.

— J’t’ai emprunté des vêtements, aussi. Une chemise, je sais, c’était un peu audacieux. Maladroit comme t’es, je suis pas complètement sûr que tu arrives à l’enlever…
Revenir en haut Aller en bas



Attention ! Peinture fraîche

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant


Sujets similaires

-
» Attention ! Peinture fraîche
» Pots de peinture
» Peinture rapide de 6 truks
» Enlever la peinture
» Refonte de la gamme de peinture GW

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-