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Coupe, feinte, quarte du pied, escarmouche

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Message posté : Mer 12 Nov 2014 - 14:14 Message
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Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...

Hé la donc !

À la fin de l'envoi, je touche.

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, I, 4

***

12 novembre 2014

— Le curling ?

Camille releva les yeux d’As I Lay Dying pour fixer Clara. Il répéta avec une nette incrédulité :

— Le curling ?
— C’est original.
— Ça s’appelle passer le balai.
— Mais non, il y a des règles, et tout.
— Plutôt mettre deux doigts dans une prise.

Clara soupira et recommença à faire défiler la liste des activités proposées par les associations sportives du campus. Jusqu’à présent, Camille n’avait eu que deux réponses à ses propositions : « déjà fait » et « bof ». D’accord, le « bof » était souvent coloré de formules alternatives, comme « peut-être si j’étais un babouin unijambiste » ou « est-ce que j’ai l’air d’avoir soixante-quatorze ans et une prostate en plastique ? », mais dans l’ensemble, tout se résumait à un manque d’enthousiasme flagrant.

Mais la jeune femme était bien décidée à trouver à Camille une activité parfaite. Son talentueux — et caractériel — collègue avait trop tendance à broyer du noir quand elle demeurait inactif pour qu’elle n’essayât pas de le sortir un peu. Sa suggestion initiale avait été certes de « tirer un coup », ce qui eût, à son sens, grandement amélioré l’humeur de Camille, mais le jeune homme lui avait adressé le même regard que si elle lui avait suggérer de sauter d’un pont avec cinquante kilos de fonte autour du cou, alors elle s’était rabattue sur de plus chastes et non moins sportives activités.

— Babyfoot.
— Non.
— Karaté.
— Non.
— Escrime.
— N…

Une nouvelle fois, Camille releva les yeux.

— Hmm…

Clara, qui avait été à deux doigts de lui envoyer l’iPad droit dans le front, avait soudainement l’air d’une petite fille qui venait de rencontrer, au terme d’une veille de plus en plus désespérée, le Père Noël en chair et en os. D’une voix songeuse et encore pas très convaincue, Camille murmura :

— … peut-être…
— Mon cœur, sois tu vas à l’escrime ce soir, soit je kidnappe ton chat et tu le reverras plus jamais.
— Mrouuu ?

S’enquit Tybalt, avant de replonger aussi sec dans sa sieste qui n’avait jamais duré que cinq heures.

— D’accord, d’accord.

Et Camille reprit sa lecture, non sans marmonner préventivement :

— Mais je suis sûr que ça va être chiant.

***

Après avoir échappé à une tentative de meurtre à coups d’iPad, rempli l’estomac dans son chat, qui lui faisait souvent l’effet d’un puits sans fond, accompagné Clara jusqu’au club où elle danserait plus tard dans la soirée, Camille avait gagné l’une des quelques salles de sport du campus qui abritaient les activités des associations. Les jours commençaient à raccourcir et, quoique l’heure ne fût pas très avancée, la nuit commençait déjà à tomber. Pourtant, le campus ne désemplissait pas. Certains avaient cours pour quelques heures encore, d’autres vaquaient à leurs occupations. Les bibliothèques, elles, restaient ouvertes toute la nuit.

Camille s’était rapidement changé dans le vestiaire, sans prêter attention à ses camarades du jour qui, comme lui, étaient arrivés un peu en avance. Maintenant que l’un de ses emplois consistaient à côtoyer des hommes nus en permanence, il avait perdu son ancienne émotivité d’adolescent pour de semblables spectacles. Il quitta les vestiaires et le maître d’armes les embaucha bientôt pour installer les pistes et distribuer les équipements, tandis que les autres membres du groupe, une petite vingtaine en tout, des filles comme des garçons, arrivaient les uns après les autres.

— Non, ne…
— Oh la vache.

La jeune fille à ses côtés lui adressa un sourire désolé.

— J’allais te dire de ne pas sentir le gant.
— C’est plus un gant, c’est une expérience en armement bactériologique.

La jeune fille se fendit d’un petit rire.

— Amy.
— Camille.
— Tu es anglais, non ?

Difficile de penser autrement, à son accent distinctement britannique.

— Français.

Et la conversation s’engagea, sur la France, sur les études, sur la Grande-Bretagne, une conversation au cours de laquelle Camille demeura, comme à son ordinaire, tout à fait évasif. Heureusement, Amy parlait pour deux et le jeune homme n’avait qu’à l’interroger sur sa vie à elle pour relancer la machine. Du coin de l’œil, il vit quelques visages familiers arriver. Il y avait une fille qu’il avait déjà croisée dans un cours de yoga et un garçon qu’il avait rencontré à plusieurs reprises et qui, comme lui apparemment, devait écumer les clubs de sport du campus.

Les conversations se rompirent alors que la séance débutait. Comme Camille l’avait prévu, elle fut soporifique. Pas pour bon nombre de ses camarades, qui peinaient à assimiler les enchaînements de pas et de gestes d’un maître d’armes pour le moins exigeants. Camille, lui, se sentait mal à l’aise. Son aisance ne lui procurait aucune satisfaction. Il ne se sentait pas à sa place. Pas dans son monde. Premiers petits combats improvisés, premières petites victoires. Ses adversaires, à ses yeux, combinaient la pire des maladresses aux réflexes les plus lents.

Quittant pour la quatrième fois l’une des pistes après une victoire sans enjeu, Camille retira son masque. Il n’attendait plus désormais que la fin du cours. Le maître d’armes l’avait surveillé d’un regard intéressé. Une excellente recrue, pensait-il sans doute. L’excellente recrue, elle, se sentait très seule. Il restait par courtoisie, parce qu’il l’avait promis à Clara, par résignation aussi. Fin du cours : Camille était le premier aux vestiaires, le premier sorti des douches et le premier à marcher, son sac de sport sur l’épaule, les yeux fixés au sol, dans les allées nocturnes du campus.
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Message posté : Mer 12 Nov 2014 - 19:33 Message
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    – De l’escrime ?
    – Ouais, j’en faisais pas mal quand j’étais gosse. Mes parents aimaient bien me voir en collants...
    – C’était avant ta crise d’hippie pacifiste, j’imagine ?
    – Avant mes quinze ans, oui.
    – Je vois...

    Sourire aux lèvres, bouteilles à la main, Vincent et Jason étaient de service ensemble ce soir. Petite soirée, soit dit en passant. En cette période de l’année, les étudiants étaient en pleine révision ou en plein rush de dissertations à préparer pour être les plus tranquilles possible pour la fin de l’année. Une lutte sans fin car les professeurs adoraient en rajouter, encore et encore... Mais ça, c’était un autre problème. Pour l’instant, le New Star était tranquille et comptait une toute petite dizaine de clients. Les deux barmans s’étaient alliés pour répondre à une « grosse » commande : trois margaritas, un cosmopolitain et un Sex on the Beach. Car heureusement, dans ces moments là, on pouvait compter sur les anniversaires pour occuper ces soirées de services tranquilles. Les deux étudiants en profitaient donc pour discuter de tout et de rien.

    Jason et Vince n’avaient pourtant pas grand chose en commun, à part Holly ainsi qu’un appartement. Jason était un artiste engagé, militant dans plusieurs associations, cool à plusieurs niveaux ouvert d’esprit, curieux et éternel rêveur. Vincent était... eh bien à peu près l’opposé de tout ça. Enfin officiellement, car ces derniers temps, il devenait de plus en plus ouverts... par la force des choses. Et comme il passait de plus en plus de temps avec Holly et Jason, il commençait à bien les connaître et à comprendre leur façon de penser. L’étudiante l’avait bien remarqué, Vince était de plus en plus tolérant et de moins en moins « coincé », oui parce qu’il avait appris (merci la téquila) que la jeune femme l’avait toujours trouvé un peu trop coincé à son goût. Sans doute à cause de son héritage du Kansas et de son ancienne appartenance à une fraternité étudiante. Il était justement en train de parler de cela avec Jason et lui expliquait que ces relations avec les autres membres de la fraternité avaient toujours été excellente principalement parce qu’il faisait partie de la même équipe de football. La conversation finit alors par dériver vers le sport et leurs activités réciproques. Car oui, c’était le scoop du soir, Jason faisait du sport. A des intervalles particulièrement espacés et aléatoires, mais il faisait du sport tout de même. Pour l’avoir maté par hasard aperçu sous la douche de leur salle de bain d’exhibitionniste, Vincent ne s’en serait pas douté car son colocataire était particulièrement mince. En même temps, tout le monde ne pouvait pas avoir la carrure d’un sportif comme lui. Il apprit donc que son ami pratiquait l’escrime.

    – Et tu veux que je vienne ?
    – Absolument ! Mais pour être honnête, c’est surtout pour te voir te ridiculiser parce que je suis sûr que ça sera pas ton truc.
    – Ah ouais ? Ben on va voir ça ! Demain soir, t’as dis ? J’y serai.

    N’allez pas croire que Vincent venait de tomber aveuglément dans le panneau, il avait bien conscience que son collègue venait de le piéger en défiant son esprit de compétition, mais en même temps, il était curieux. Ok, l’escrime n’avait jamais fait partie de sa liste des sports à essayer. Il trouvait ça trop... féminin peut-être, un peu ridicule aussi. Et il le serait certainement. Cela dit, il avait envie de voir Jason en action... enfin une épée à la main... bref. Une bonne occasion d’apprendre à connaître son colocataire, Vince commençait justement à penser qu’en dehors du boulot et de Holly, il ne connaissait rien de lui. Il allait pouvoir remédier à ça.

    ...


    – Déjà, tu pourrais commencer par regarder ton opposant.
    – Hum... AÏE !

    Le petit coup eut le mérite de lui faire tourner la tête vers son vis à vis qui venait de le frapper pour attirer son attention. En parlant d’attention, le cri de douleur du pyromancien attira les regards de quelques élèves sportifs. Il fallait dire que Vincent avait passé les trois quart du temps à observer un gars qu’il avait reconnu et qui était drôlement suspect. On pouvait donc comprendre la frustration de son ami.

    – T’es pas très attentif. On dirait que quelqu’un est en train de draguer ta grand-mère... Tu regardes quoi ?
    – Rien... j’sais pas...
    – C’est encore plus précis que la fois où on t’a demandé de nous raconter ta petite randonnée en forêt...
    – Chhhhhhhuuuuuuuut...

    L’étudiant ne voulait pas que cette histoire se sache. Même si c’était déjà foutu. Il avait bien vu la photo de lui qui avait été postée sur ce maudit blog. Heureusement, il avait pu contacter l’administration du site et leur demander de la retirer, ce qu’ils firent sans même lui répondre, mais Vince se demandait combien de personnes avaient pu le voir... D’après Holly, le nombre de visites quotidiennes était plutôt impressionnant. Toute cette histoire le mettait mal à l’aise parce que, justement, Vince ne voulait pas faire d’histoire. Sauver Kristen, c’était la chose la plus naturelle qu’il y avait à accomplir, alors autant ne pas en faire tout un plat. Mais si Jason respectait ce souhait, Holly était moins docile, ce qui amusait grandement son petit ami.

    – Seulement si tu te concentres... Ca fait dix minutes que t’as pas réussi à porter un coup correct. Pourtant t’es pas si nul que ça...

    Et cela faisait vingt minutes que le cours avait commencé. Comme il s’y était plus ou moins attendu, Vincent avait pu voir son ami se débrouiller de manière tout à fait convenable. De ses yeux de novices, il le trouvait même excellent. Quant à lui-même, il s’était montré légèrement moins ridicule que ce qu’il avait prévu. Une bonne chose donc, mais les mouvements et les déplacements propres à l’escrime n’avaient rien de naturel pour lui et exigeaient une trop grande concentration de sa part, d’où la plupart de ses défaites. Mais bien vite, il avait reconnu un garçon qu’il avait déjà croisé à plusieurs activités sportives et à chaque fois, ce Camille s’était montré particulièrement brillant. Trop pour que ça soit naturel... Aujourd’hui encore, le jeune homme se montrait exceptionnellement doué. D’où la déconcentration de Vincent. Il n’arrêtait pas d’observer ce mec afin d’essayer de comprendre où était le truc. Au début, il pensait que c’était un dopé qui prenait allez savoir quoi pour booster ses performances, mais il n’avait pas l’air si camé que ça... En même temps, les sportifs les plus dopés n’avaient pas forcément la tête de l’emploi. Et puis il y avait autre chose de suspect : s’il prenait des stimulants ou autres produits dopants, pourquoi ne se cantonnait-il pas à un sport ? Pourquoi venir à des activités aussi variées ?

    Vous allez dire que c’est l’hôpital qui se foutait de la charité. Peut-être bien. Pourtant lui ne venait pas en coup de vent comme ce mec. Car Vincent était resté à plusieurs clubs quitte à ne plus savoir où regarder, mais il n’avait rarement vu Camille venir plus d’une fois à un sport. C’était... vraiment étrange. Ainsi le pyromancien n’arrivait pas à se l’enlever de la tête, et pas moyen de se concentrer sur le cours, même si, d’après Jason, il se débrouillait. La fin de la séance arriva et il vit que ce curieux individu fila vers les vestiaires. Vincent s’apprêtait à le suivre pour lui poser des questions lorsqu’une main se posa sur son épaule. Jason voulait rester discuter un peu avec l’instructeur. Comme il était venu, à la base, pour passer du temps avec lui, Vince décida de rester quelques minutes...

    ...

    Une douche bâclée plus tard, l’étudiant s’empressa de remettre ses vêtements, quitte à avoir une chaussette mal mise, et de saluer Jason qui, de toute façon devait se diriger vers le bar, afin de rattraper sa cible. Dehors, il le vit marcher au loin dans une allée du campus. Un sprint plus tard, Vincent se retrouvait derrière lui.

    – Hey ! Attends !

    Camille se retourna. En bon ex footballeur, Vincent n’avait pas besoin de reprendre son souffle pour s’exprimer, même s’il respirait plus fort que la normale.

    – Je sais pas si tu te souviens de moi, j’étais à l’escrime... J’t’ai aussi vu au tennis, au Tai Chi et au tennis de table je crois. Je voulais te demander... il prit une petite seconde pour réfléchir à une formulation correcte, pas trop agressive comment tu fais ? C’est pas que je suis jaloux ou rien... enfin si un peu, mais c’est pas l’problème. Mais j’ai jamais vu quelqu’un devenir aussi doué en aussi peu de temps... et dans des sports aussi variés. Alors... je me demandais... c’est quoi ton truc ?

    Un petit recul lui fit dire que sa méthode n’était peut-être pas parfaite, surtout si Camille prenait effectivement des substances illicites pour augmenter ses capacités.

    – T’inquiète pas, je te cherche aucun problème, je veux juste savoir. C’était quand même... enfin, t’avais l’air presque plus doué que le prof !

    Un peu plus et il allait passer pour une groupie.

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Message posté : Jeu 13 Nov 2014 - 12:29 Message
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Des bruits de pas précipités derrière lui. Aussitôt, les nerfs de Camille se tendirent. Les gens normaux se retournaient pour voir ce qui se tramait derrière eux. Le jeune homme prévoyait les dix moyens de neutraliser un éventuel agresseur, tout en observant la silhouette de Vincent le rattraper, sur la surface réfléchissante d’un panneau de signalisation. La routine habituelle. Heureusement pour tout le monde, il le reconnut et lorsque Vincent surgit à ses côtés au terme de son sprint, Camille n’eut pas le réflexe malheureux de lui défoncer la pomme d’Adam du tranchant de la main. Il y avait des agents du Mossad qui n’avaient pas eu cette chance.

Ça n’empêcha tout de même pas le faux Britannique de détailler son nouvel interlocuteur de la tête aux pieds d’un coup d’œil rapide et analytique. C’était plus fort que lui. Il y avait toujours cette méfiance de principe. Il l’avait vu dans trois clubs différents, quatre maintenant. Carrure athlétique. Coïncidence ou filature très maladroite ? Camille s’imaginait déjà tout un scénario : le GRU, qui avait mal encaissé l’affaire de Belgrade, deux ans plus tôt, avait envoyé sur ses traces un agent américain. Les agents du GRU n’étaient pas des parangons de subtilité et celui-ci n’avait rien trouvé de mieux que de se pointer à chaque soirée sportive, mais ce soir-là, il se décidait enfin à tenter de l’assassiner.

Alors que Vincent, lui, entamait une discussion beaucoup moins rocambolesque, Camille parvint à se raisonner et à se souvenir que, dans sa vie, tout n’était pas perpétuellement une affaire d’espionnage. À son air fermé se substitua un sourire amusé quand Vincent eut terminé de louvoyer entre les écueils de sa curiosité.

— Comment ça, « presque plus doué que le prof » ?

L’accent britannique de la bonne société londonienne tranchait avec celui du Kansas.

— Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi maladroit.

Il était beaucoup plus doué que le prof, voyons !

— Je plaisante.

Enfin, pas entièrement.

— Il n’empêche, tu poses des questions un peu étranges, Vincent. C’est bien Vincent, ton prénom ?

Sa mémoire était excellente — une nécessité, dans son domaine professionnel — alors Camille ne doutait pas trop de lui. Cela dit, il n’en savait pas beaucoup plus sur son interlocuteur. Il n’était pas de Star City, ça, il le repérait à l’accent, mais il n’était pas aussi doué que l’aurait été un natif Américain pour le replacer dans le bon état. Étudiant, supposait-il, mais en quelle matière, il l’ignorait. Sportif bien entraîné sans aucun doute, mais dans aucun des sports qu’il l’avait vu essayer. Il avait dû se priver de son activité principale, pour écumer ainsi les clubs à la recherche d’un remplacement. Vu sa carrure mais son embarras au Tai Chi, Camille excluait les sports de combat et tablait sur le hockey, le rugby — peu probable, aux États-Unis —, ou le football américain.

— Ou alors tu ne vis pas ici depuis assez longtemps pour former l’hypothèse qui viendrait en premier à l’esprit de n’importe qui dans cette ville.

Camille avait de toute évidence un sens tout personnel de la conversation. Si Vincent avait pris la peine d’y mettre les formes, le Britannique présumé, lui, ne faisait pas le même effort.

— J’ai des gènes biscornus, apparemment.

Bref, il était un mutant et à Star City, c’était quasi une affaire commune. Plus le temps passait, plus Camille trouvait du charme à cette ville. Le fait qu’il ne fût pas toujours nécessaire de cacher sa nature était indubitablement l’un d’entre eux.

— Ils rendent la plupart des sports très…

Faciles.

— … frustrants.

Gagner un défi devait être incroyablement satisfaisant. Gagner une partie d’échecs contre une otarie de cinq ans, ça n’avait pas la même saveur.

— Enfin, ça pourrait être pire, je suppose. J’imagine les gens qui sont super-intelligents, comme la Neutron-Grey. Ça, ça doit être infernal. Le reste du monde doit sembler si… inintéressant. Les gens fades et idiots. Bref, peu importe. Tu n’as pas de raison d’être jaloux, il n’y a pas grand-chose à jalouser. Quand je viens dans un club, je préférerais largement être à ta place.

Il ne regrettait pas ses pouvoirs, enfin, pas tout le temps, mais il fallait bien avouer qu’ils avaient singulièrement compliqué ses tentatives de divertissement.

— Toi, tu as quelque chose à conquérir, ça doit être intéressant. Tu te débrouilles plutôt pas mal et en même temps, il y a des perspectives d’évolution. En f ait…

Camille secoua la tête et afficha un nouveau sourire.

— Oui, bon, bref, désolé. Je m’appelle Camille Saint-Clair et je me plains tout le temps, enchanté.

Ça, pour le coup, ce n’était définitivement pas un nom britannique.

— Je ne sais pas exactement où tu vas, mais j’ai laissé ma voiture sur le parking du département de biologie. Je peux te ramener au centre, si tu veux.
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Message posté : Jeu 13 Nov 2014 - 17:46 Message
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    La réaction de Camille décontenança un tout petit peu Vincent, mais après tout c’était peut-être lui qui se comportait de manière bizarre, comme le surdoué le lui fit bientôt remarquer. Ce qui embêtait surtout le barman, c’était qu’il avait du mal à savoir si Camille plaisantait ou non, heureusement que celui-ci lui fit la remarque. Voilà ce qui arrivait lorsqu’on avait perdu l’habitude de discuter avec des sportifs, on oubliait parfois leur sens de l’humour un peu prétentieux. Il faut dire que Vince ne s’était pas attendu à cela de la part de ce garçon... cela dit, il ne savait pas trop à quoi il aurait dû s’attendre. Ce gars était vraiment trop mystérieux, voire même carrément bizarre, et pourtant, l’étudiant en économie commençait à être habitué au bizarre. Vincent émit un petit rire en réponse à la plaisanterie de Camille avant de faire ce qu’il aurait dû faire dès le début : se présenter.

    – Oui, c’est ça. Excuse-moi pour ces questions étranges mais... ça commençait à me faire cogiter depuis un petit moment.

    Et pourtant il avait d’autres choses plus importantes qui lui trottaient dans la tête, mais malgré tout, le mystère Camille était plutôt décontractant comparé à tous ces soucis extraordinaires. Se concentrer sur autre chose qu’une affaire de cannibales en furie, un pouvoir destructeur ou encore une relation particulièrement inédite avait de quoi lui faire du bien, ou au moins le faire penser à autre chose. Pourtant, comme il n’allait pas tarder à le constater, rien dans cette ville de fous n’était normal. Comment avait-il réussi à passer trois ans loin de l’agitation surnaturelle de cette cité relevait du miracle.

    – Je suis un peu long à la détente.

    Beaucoup même, surtout pour ce qui concernait tout ce qu’il n’arrivait pas à comprendre, et cela incluait un paquet de choses. Y compris la génétique.

    – Biscornus... oh !

    Très lent même. Heureusement, les expériences de ces derniers mois l’avaient aidé à rattraper son retard en la matière. Ainsi donc il s’agissait encore une fois d’une histoire de pouvoirs. Finalement, Vince ne savait pas s’il devait être satisfait de la réponse, frustré, ou encore déçu de ne pas avoir affaire à une « banale » histoire de stéroïdes. Il devait être d’ailleurs sacrément atteint pour regretter ce genre de chose, mais il valait mieux ne pas se lancer dans un bilan psychologique.

    – J’ai du mal à comprendre... comment ça marche ?

    D’ordinaire, les pouvoirs, leurs causes et leur fonctionnement ne l’intéressaient pas le moins du monde, mais là, vu que cela concernait un univers auquel il tenait beaucoup – le sport – il se devait de fournir quelques efforts. Et puis cela l’intéressait réellement. Toutefois, il se dit que si Camille était un peu comme lui – même s’il en doutait – il aurait peut-être des réticences à parler de ce genre de chose. Lui-même préfèrerait éviter de parler de ses propres pouvoirs. La technique de l’autruche, quoi.

    Apparemment, Camille lui avait plus de connaissances au sujet des pouvoirs et de leurs implications. Il lui parla notamment de la super intelligence et Vince ne put s’empêcher de penser à Jace. Est-ce que l’Alpha était aussi blasé par rapport à sa perception du monde ? De ce qu’il avait vu, non, ce n’était pas le cas, Jace était un peu plus enthousiaste que ça. Cela dit, Vincent ne connaissait pas très bien l’exemple que nommait le jeune homme. Certes il connaissait les Neutron-Grey... de noms... et pas au point de connaître par cœur les pouvoirs de chacun d’entre eux.

    – Merci... toutefois, il n’était pas sûr que Camille lui ait fait un compliment, quoique... le jeune surdoué ne tarda pas à expliciter ses propos. Ah si, c’était un compliment.

    Il s’interrompit pour se présenter en bonne et due forme. Pour ponctuer cette cérémonie d’introduction, Vince tendit une main pour serrer celle de ce monsieur Saint-Clair, drôle de nom au passage, probablement pas américain, comme l’accent d’ailleurs. Mais ce n’était pas comme si ce genre de détail était important, l’étudiant avait déjà rencontré des camarades venus d’autres pays. En général, il n’était pas trop curieux à leur égard, ses amis s’occupaient déjà à leur poser toutes les questions du genre : « mais pourquoi tu es venu ? » « c’est comment là-bas ».

    – Vincent Nash... Et j’me plains assez souvent moi aussi.

    Surtout en ce moment, quoique, il s’était calmé par rapport au mois dernier. Il devait avouer que les choses s’étaient pas mal arrangées toute de même... en gros.

    – J’habite Kane Street, mais tu n’es pas obligé tu sais, surtout si ça te fait faire un détour.

    Vincent n’était pas du genre à chercher tous les moyens possibles pour éviter d’utiliser les transports en communs qui ne le dérangeaient plus, plus après les premiers mois folkloriques. Ici, il ne voulait pas être une gêne et tenait à être un peu plus poli. Surtout après son introduction un peu directe. En attendant de voir si Camille était toujours décidé à jouer les taxis, il continua la conversation. Tout en évitant de mentionner ses propres pouvoirs. Un peu par honte, parce qu’il ne savait pas comment les introduire dans la conversation et parce qu’il pensait que, finalement, c’était pas si important que ça.

    – Alors... du coup, tes pouvoirs t’empêchent de t’amuser... et t’a jamais pensé à faire du sports avec des gens qui ont les mêmes pouvoirs que toi ? Ca pourrait t’offrir un challenge.

    Parce qu’en bon ignare, Vincent pensait qu’il était possible de trouver facilement d’autres personnes dotées de pouvoirs similaires. Surtout qu’apparemment, il ne pouvait plus faire un pas sans rencontrer un Super. D’ailleurs, ça l’étonnait un peu de ne pas avoir rencontré quelqu’un qui possédait des capacités proches des siennes.

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Message posté : Jeu 13 Nov 2014 - 18:36 Message
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— Vaste question.

La première réponse de Camille aux questions de détail de Vincent fut pour le moins elliptique. Il fallait dire que lui-même ne savait pas comment ça fonctionnait. Il savait ce que ça faisait : deux connaissances bien différentes. La formation précoce qu’il avait reçue au sein d’une école pour mutants ne s’était jamais beaucoup intéressé au fonctionnement théorique ou scientifique des différents pouvoirs. Là-bas, ce qui comptait, c’était la perception que l’on pouvait en avoir. Et de fait, Camille était en phase avec les siens — beaucoup plus que la majorité des mutants, qui avaient dû découvrir seuls les leurs, durant l’adolescence.

— Ce n’est pas un détour, j’habite au centre-ville.

Ils bifurquèrent donc pour gagner le bâtiment de biologie, que Camille connaissait uniquement pour ce qui constituait, à ses yeux, son principal mérite : un parking étonnamment vaste, toujours ouvert et assez peu utilisé.

— Si je trouvais des gens semblables à moi, je crois que pour l’essentiel, on resterait immobile à ne rien faire.

C’était pour lui une évidence, mais le raisonnement n’était peut-être pas très intuitif.

— Toi, de l’extérieur, tu perçois mon pouvoir comme une performance physique. Et c’est un peu ça. Mes réflexes sont presque dix fois plus rapides que les vôtres. Et mon corps répond toujours de manière parfaite à mon esprit. En tout cas, pour les gestes. Je n’ai pas de mouvements involontaires, pour te donner un exemple. Mais la capacité à exécuter le bon geste ne repose pas uniquement dans l’aptitude physique à le faire, mais aussi dans l’aptitude intellectuelle à le concevoir.

Camille désigna sa voiture d’un geste de la main, avant d’ouvrir les portes. Les phares clignotèrent. Le véhicule n’avait rien de très luxueux : l’une de ces nombreuses voitures sans personnalité, grise, aux formes indifférentes, que l’industrie automobile américaine produisait à la chaine. Le jeune homme avait les moyens de s’offrir (beaucoup) mieux, mais la discrétion lui avait imposé ce choix fade. L’intérieur n’était pas non plus très personnalisé : aucun gris-gris, une boite à gants vides, tout était fait pour que la voiture, même repérée par hasard, ne laissât pas de souvenir impérissable.

— Et donc, le meilleur geste à accomplir quand tout le monde peut accomplir le meilleur geste, c’est de ne pas agir, parce que l’action est inutile. Si j’étais avec des personnes comme moi et qu’on agissait dans un sport, on réaliserait simplement le meilleur match théorique et ce serait très ennuyeux. Ou alors ce serait de la danse artistique, mais certainement pas, je ne sais pas, du foot…

Il parlait du vrai foot, le foot européen. Pas cette espèce de rugby incompréhensible que pratiquaient les Américains.

— … ou, en l’occurrence, de l’escrime.

La voiture avait démarré et, après avoir décrit une courbe parfaite qui l’emmena exactement à la sortie du parking avec une élégance géométrique, elle s’élança dans les allées du campus, en direction du centre-ville. « Fluide » n’était pas un adjectif suffisant pour rendre justice au style de conduite de Camille. « Irréaliste », en revanche…

— Quant au fonctionnement… Disons que ça dépend si tu es des penchants mécanistes ou pré-socratiques.

Camille jeta un coup d’œil à Vincent. En dehors de sa petite vantardise pour ouvrir la conversation, le jeune homme ne versait apparemment pas dans le style ordinaire de l’après-match. Son anglais, maîtrisé, développé, avec sa syntaxe élaborée, trahissait une éducation d’élite et ses références recherchées achevaient de confirmer ces premières impressions.

— Tu peux concevoir les choses de plusieurs manières. Soit tu estimes que l’univers répond à des lois mathématiques dont la compréhension intuitive rend théoriquement possible un calcul effectif d’un mouvement optimal et que c’est ce que je fais, en faisant suivre en plus le calcul de son actualisation gestuelle.

Certes.

— Soit tu considères que j’ai le sens du kairos. Tu sais, chez les Grecs, le kairos, c’est le moment parfait pour accomplir une action. C’est une modalité de passage du temps. C’est…

Camille jeta un coup d’œil à son passager, tout en s’arrêtant à un feu rouge aussi délicatement que s’il avait prévu de toute éternité que le feu serait rouge, à ce moment précis. Il avait l’impression de perdre son interlocuteur dans ses explications.

— Désolé. Plus prosaïquement, je suis très adroit, très agile, très rapide à la réaction et très doué pour apprendre ce qu’il faut faire avec son corps. Cela dit, il pourrait y avoir plein de challenge. Par exemple, je suis rapide, mais pas super-rapide. Et de toute évidence, je ne suis pas un haltérophile. Il y a beaucoup de facteurs de puissance physique sur lesquels mes pouvoirs n’ont aucune prise, mais que je pourrais compenser par eux. Mais ça concerne des sports assez particuliers et ça exige un assez haut niveau. Difficile de se pointer dans un club de première division…

Ah, oui, football, Américain, tout ça.

— Je veux dire, dans un club de… ligue… dans un club… Disons à la NBA, voilà, et de demander aux gens de jouer avec soi. Alors, à la place, je varie. Et toi, pourquoi tu ne joues plus au… comme ça, à vue de nez, je dirais football américain. Blessé ? Déménagé loin de ton équipe d’origine et pas envie de t’intégrer dans une nouvelle ?
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Message posté : Jeu 13 Nov 2014 - 22:54 Message
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    Vaste, oui c’était un adjectif sans doute universel pour qualifier la complexité des pouvoirs de chacun. Vincent serait bien en peine de comprendre les siens, lui qui déjà n’arrivait pas à comprendre les explications de Jace au sujet de ses pouvoirs électriques et de leurs effets secondaires. C’était probablement arrogant de sa part de croire qu’il pourrait comprendre ceux de Camille sous prétexte qu’un de leurs effets touchait le sport. Mais c’était plus une part de bonne volonté que d’orgueil.

    – Ok alors...

    Il accepta donc de laisser le jeune homme le déposer. Le trajet pourrait également lui permettre de mieux comprendre les mystères de ces pouvoirs. Vincent pouvait comprendre l’ennui que Camille voyait dans ses capacités, mais lui-même aurait préféré être doté de tels pouvoirs, les siens ne lui permettraient certainement jamais d’améliorer ses performances sportives... D’un autre côté, c’était sans doute une bonne chose. Déjà que le coach l’avait viré sous prétexte que l’étudiant aurait pu mettre le feu aux vestiaires, si ses pouvoirs avaient directement influencé ses capacités physiques, il aurait probablement été interdit de jeu par soucis de fair play. On allait donc dire que c’était une bonne chose.

    De toute façon, il n’était pas certain de comprendre comment fonctionnaient les aptitudes de Camille. Les explications de ce dernier ne semblaient pas extrêmement claires pour le jeune étudiant. D’après lui, s’il se retrouvait devant un autre mutant du même genre, il y aurait une sorte d’égalité et ça, le barman avait du mal à le concevoir. Même si deux hommes avait chacun deux mains, cela ne voulait pas dire qu’ils pouvaient s’en servir de la même façon... mais bien sûr ce raisonnement ne prenait pas en compte les spécificités propres aux dons de ce surdoué. Mais Vincent essaya tout de même de prendre la première phase d’explications en compte.

    – Donc ton pouvoir se situe plus au niveau du cerveau qu’au niveau musculaire ?

    Grosso modo... même si le premier entraînait des améliorations chez le second. Non ? En tout cas, la réflexion était si grande que Vince ne fit pas trop attention à la voiture et à son manque de personnalisation, sa banalité en elle-même était une bonne raison pour ne pas y faire attention. Il s’installa donc et s’attacha sans perdre le fil décousu de ses pensées qui tentaient d’imaginer deux Camilles face à face, les yeux dans les yeux.

    – Ennuyeux pour les joueurs j’imagine... et sûrement bénéfique pour les observateurs externes qui se serviraient d’un tel match pour apprendre... Mais je suppose que ce n’est que l’avis d’un sportif aux réflexes ordinaires...

    Un entraîneur digne de ce nom pourrait alors utiliser une telle vidéo en guise de référence pour former ses recrues. L’équipe de Vince avait déjà eu droit à quelques sessions d’analyses de ce genre. Et tandis que le jeune homme s’imaginait en train de regarder le match parfait, il ne fit pas attention à la conduite hyper précise du chauffeur. Surtout alors que son esprit avait de quoi s’occuper avec les explications de Camille.

    – heu... désolé tu m’as perdu chez les Grecs... Mais je crois que j’ai à peu près compris l’histoire de maths.

    Du moment qu’on ne lui demandait pas de la résumer à haute voix avec ses mots à lui. Heureusement, le mutant opta ensuite pour des explications beaucoup plus simples et concrètes, comme le barman les aimait. Mais bien vite, la conversation se détourna de ces réflexion théoriques si compliquées mais si passionnantes. Camille posa une question, sûrement pour être poli, et toucha la où sa faisait mal. Pourquoi Vincent Nash errait de club en club, telle une âme perdue. Holly l’avait déjà comparé à une certaine Marla Singer des clubs de sport, ce qui n’avait pas l’air d’être un compliment. A vrai dire, en faisant cela, Vincent cherchait surtout à occuper son corps tout en permettant à son esprit d’oublier... Malheureusement, il n’avait pas réussi à trouver la perle qui lui permettrait de compenser son manque...

    – Viré.

    Une réponse simple, clairement évasive et d’une brièveté tranchante. Le barman laissa un tout petit silence s’installer avant de ce dire que ce n’était pas de la faute de Camille et qu’il serait injuste que celui-ci soit mal à l’aise.

    – Je crois que je comprends ta frustration. Je ne sais pas ce que je ferais s’il m’était impossible de trouver un moyen de m’améliorer ou même de trouver des défis stimulants

    Si, devenir fou... A moins qu’il arrive à se débarrasser de ses pouvoirs, là il pourrait peut-être se permettre de relativiser et accepter sa perte. Mais il commençait à se dire qu’il était maintenant impossible de faire marche arrière à ce niveau et que, de toutes façons, ses pouvoirs avaient déjà impliqué beaucoup trop de changements.

    – Du coup, ta essayé quoi en tout ?

    Et tandis que leur conversation se poursuivait, la voiture s’arrêta à un nouveau feu situé en face d’une ruelle légèrement agitée par une bagarre ou peut-être une poursuite. Il était impossible d’être plus clair car Vincent ne voyait rien. Il était trop occupé à essayer de comprendre ce mutant qui semblait résigné dans sa quête de divertissement sportif.


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Message posté : Jeu 13 Nov 2014 - 23:23 Message
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— Mon pouvoir est une mutation, par conséquent il est contenu dans chaque version de mes chromosomes, donc dans toutes mes cellules, donc dans mon corps entier.

Si Camille était rigoureusement incapable d’expliquer de quelle manière on pouvait accomplir aussi bien que lui tel ou tel mouvement, en revanche, les discussions qui échappaient au pur protocole gestuel lui étaient plus familières. Sans doute celle-ci était pour lui assez facile, parce qu’elle portait sur un sujet qu’il avait appris, dès le début de son adolescence, à traiter, lors de sa scolarité à l’école Abzany. Là, les jeunes mutants apprenaient tout autant à se servir de leurs aptitudes qu’à en parler, parce que la Pr. Abzany, ayant pris conscience de l’insondable diversité des mutations, estimait que la capacité à en donner une compréhension, même approximative, était essentielle à l’existence sociale harmonieuse des mutants et des humains.

Camille avait ainsi des dizaines de manières de parler de ses pouvoirs, même si, en dehors de l’école, il avait rapidement découvert que ces techniques rhétoriques servaient assez peu. Les questions comme celles de Vincent étaient souvent assez rares. D’abord, tout le monde n’avait pas l’expérience sportive nécessaire pour percevoir clairement ce qui distinguait les capacités de Camille des processus dans lesquels les sportifs normaux étaient ordinairement impliqués. Ensuite, rares étaient les humains qui cherchaient à pénétrer le fonctionnement des pouvoirs, en plus de leurs effets.

Quant à lui, il n’insista pas sur la réponse laconique de son nouvel interlocuteur. « Viré ». De prime abord, Vincent lui apparaissait calme et il l’imaginait mal en train de tricher ou d’utiliser des substances illégales. Pourquoi diable avait-il été viré de son équipe ? Mais Camille tenait trop à ce qu’on ne se montrât pas trop indiscret avec les détails de sa propre existence pour risquer de se lancer dans des questions trop précises sur celles des autres. Échange de bons procédés.

— En sports ? Plein de choses. Foot… Le nôtre, pas le vôtre. Pas mal de sports de raquettes, le patin de vitesse, l’arc, le biathlon, à peu près tout en skis, je suppose, et en snowboard, et en surf, et en skate, et…

Camille s’interrompit. Occupé à ses souvenirs, il n’avait pas prêté attention d’abord à la ruelle animée. Le feu était passé au vert, mais il l’avait vue maintenant et son sang d’aspirant super-héros avait fait un tour, puis deux, puis trois, à mesure qu’il évaluait la situation. Devait-il intervenir ? Ce n’était sans doute pas les bagarres de rue qui manquaient à Star City. D’un autre côté, ce n’était pas parce que la violence était courante qu’elle devait être ignorée. On commença à klaxonner derrière lui, il redémarra, mais emprunta bien vite la rue transversale pour se garer en quelques secondes, grâce à un créneau vraiment irréel.

— On va juste jeter un coup d’œil. Enfin, je vais jeter un coup d’œil. Tu peux rester dans la voiture si tu as…

… peur. Lui, il estimait ça tout à fait normal, et même assez raisonnable, d’avoir peur des bagarres. Son époque de héros sans peur et sans reproche était révolue depuis bien longtemps et il avait rapidement découvert que la peur, c’était un sentiment très utile sur le terrain. Mais un grand (pas verticalement, mais au tour de biceps) gaillard comme Vincent, ça n’aimait peut-être pas trop avouer ce genre de choses.

— … envie.

Camille sortit donc de la voiture en laissant les clés derrière lui, manifestement pas trop inquiété à la perspective qu’il avait pu embarqué un apprenti escrimeur franchement malhonnête qui lui piquerait sa bagnole, plutôt que de l’assister dans son héroïque entreprise. Mais franchement, Vincent avait une tête qui inspirerait confiance à l’huissier le plus méfiant.

Avec une démarche assurée — comme d’habitude — Camille avait rapidement — et élégamment — contourné le coin de la rue pour longer l’immeuble et rejoindre le feu rouge, puis la ruelle où il avait aperçu l’échauffourée. Et ça échauffourait sec. Une quinzaine de jeunes y était aux prises et, à en juger par les tenues, Camille supposait qu’il y avait là deux gangs différents qui se disputaient pour… Pour n’importe quoi, sans doute. Du territoire, un mot de travers, une fille, la marque de leurs blousons de cuir ou la couleur du bitume.

— Ahem.

Indifférence générale. On préférait se démolir la dentition que de prêter attention à lui.

— AHEM.

Toujours rien à foutre. Dire que cette ville regorgeait de jeunes femmes presque mariées avec leurs cohortes d’amis et de messieurs plus ou moins pervers qui payaient très cher le privilège de le regarder, c’en était presque vexant. Camille poussa un soupir, s’approcha d’une poubelle métallique, attrapa le couvercle et le lança dans la ruelle. Le couvercle heurta un premier front, rebondit sur un deuxième, tomba vers le sol, pile dans la trajectoire d’un coup de pied qui partait et qui, en le percutant, l’envoya dans un troisième front, d’où il rebondit sur un quatrième, avant d’enfin finir sa course en un angle douloureux sur la cheville d’une cinquième victime.

Donc, le combat s’arrêta.

— Maintenant que j’ai toute votre attention, est-ce qu’il serait par hasard possible de savoir ce que c’est que tout ce raffut ?
— Dégage, connard.

Un type s’était dégagé du groupe avec un couteau à cran d’arrêt. Dans son français natal, Camille glissa :

— Moi j’te dis : laisse béton.

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Message posté : Ven 14 Nov 2014 - 16:00 Message
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    Une mutation donc, oui ça il l’avait à peu près compris. Mais Vincent voulait surtout parler des effets concrets de cette mutation et ceux-ci, d’après ce qu’il avait compris, semblaient se situer au niveau du cerveau de Camille, mas forcément comme celle de Jace qui, pour le coup, transformait chaque partie de son corps en centrale électrique. Enfin, il n’était pas nécessaire de rappeler que Vince n’était pas un spécialiste en la matière. Cependant il commençait à se demander si son propre cas était aussi éloigné de la mutation « naturelle » dont semblait être doté les mutants comme Camille et Jace... D’après les médecins, sa mutation à lui se serait ancrée sur ses gènes en dehors de leur développement naturel, un peu comme une maladie particulièrement attachante. Le jeune homme s’était donc contenté de l’explication : il était impossible de s’en débarrasser, même si la pilule avait toujours du mal à passer.

    Alors non, il n’était pas prêt à parler des conséquences apportées par ces pouvoirs, écouter la longue liste de sports que Camille avait apparemment pratiqué serait amplement suffisant. Au début il en fut étonné et faillit même ouvrir la bouche d’admiration, mais rapidement il se souvent de tous ces mouvements qu’il l’avait vu faire et il se dit que c’était tout à fait possible de la part d’un tel prodige. Il l’imaginait déjà se déplacer sur une piste de ski avec une aisance surnaturelle, ou encore manier les différentes raquettes avec une précision de tireur d’élite. Quelque part, le sportif en Vincent ne pouvait s’empêcher de l’envier un peu, en dépit de l’ennui apparent qui découlait de telles performances. Néanmoins, il fut tiré de son imagination de champion universel par l’interruption de Camille. Apparemment, le chauffeur avait vu quelque chose de suspect. Le barman se pencha un peu pour jeter un œil là où le regard du conducteur était posé et vit de quoi il s’agissait ; un beau début (milieu ?) de bagarre. L’étudiant n’était pas spécialement habitué à ce genre de spectacle, mais en même temps, il n’avait rien d’extraordinaire. Cependant, Camille ne semblait pas décidé à passer son chemin. Aussitôt Vincent fit le calcul : jeune avec des pouvoirs plutôt cools (de son point de vue), il était tout à fait possible qu’il ait affaire à une graine de héros. Et si ça se trouve, Camille était en fait une des multiples célébrités de la ville dont le succès était passé loin au dessus de la tête du pyromancien peu concerné.

    – J’suis pas sûr que ce soit une bonne idée... Tu devrais juste appeler les flics et...

    Et sortir de ta voiture pour aller voir ce qui en était par toi même. Evidemment.

    Ok Camille était incroyablement doué avec son corps, ses muscles et possédait probablement une coordination qui devait frôler, voire même dépasser, la perfection. Mais de là à partir seul contre deux gangs de la rue, il y avait un monde. Vince poussa un soupir d’agacement. Pourquoi il tombait toujours sur des têtes brûlées ? Jace qui n’hésitait pas à sortir à la chasse au tireur fou même en étant dans un état lamentable, Anna qui ne semblait vivre qu’en se mettant dans des situations dangereuses, Holly qui, même sans pouvoirs, était attirée par les évènements extraordinaires... comme s’il n’avait pas assez de travail en gérant sa propre malchance ! Que devait-il faire, maintenant ? Il n’allait pas le laisser tout seul. Il l’avait vu quoi, quatre fois dans sa vie, ce n’était pas assez pour risquer la sienne ! Non, mais ce n’était pas insuffisant au point de le laisser tomber.

    Vincent ouvrit la portière et sortit.

    Tout en conservant ses distances, Vincent s’approcha de la scène et observa Camille, son tir précis au couvercle de poubelle ainsi que son attitude face à ses individus supérieurs en nombre. Et le pire, c’est qu’il ne semblait pas avoir peur. Lui-même n’était pas spécialement rassuré. Ok ça ne valait pas un tête à tête avec un sniper cannibale, mais ce n’était quand même pas une situation de rêve. Il tenta une nouvelle fois de dissuader le jeune surdoué.

    – Camille, tu devrais ptet...

    Rien du tout.

    Un des bagarreurs s’approcha de Camille avec un couteau à la main. Le Français ne semblait pas inquiet outre mesure, et pour cause : il se débarrassa rapidement de son agresseur qu’il envoya au sol sous le regard impressionné de Vince et des autres violents.

    – T’es de quel côté toi ? demanda un jeune homme à peine majeur qui avait le mérite de conserver son pantalon en dépit de la vue qu’il offrait sur son caleçon.

    Malheureusement, Vince n’eut pas le temps d’entre la réponse de Camille car quelqu’un venait de se glisser derrière lui et de le plaquer au sol. Les salauds, ils l’avaient pris par surprise et Vince ne s’y était pas du tout attendu, autrement, il aurait certainement réussi à éviter le plaquage. Le barman tomba donc par terre en poussant un cri de surprise. Il dut se faire quelques égratignures en tombant, mais il avait vu pire, ce qui l’inquiétait le plus, c’était le couteau qu’un venait de glisser sous sa gorge.

    – Passque, selon c’que tu dis, ton pote risque de se retrouver avec un deuxième sourire.

    La blague fit rire les membres de son gang, même quelques uns de l’autre groupe se permirent un sourire, amusés par ce trait d’esprit hautement intellectuel.

    – C’est pas une bonne idée... tenta d’avertir un Vincent qui faisait de son mieux pour conserver son calme.
    – Toi, ferme là... répondit son agresseur qui le maintenant au sol.
    – Vraiment pas une bonne idée...
    – J’t’ai dit de... Wouaaaaaaaaaaarrghhhhhhh !!!!!

    Le gangster au couteau lâcha rapidement son arme lorsqu’il réalisa que la main qui maintenant sa cible en clé de bras était en train de brûler. Il se mit à courir dans tous les sens pour finalement s’éloigner de la scène afin d’essayer d’éteindre ce feu. Dommage pour lui, s’il était resté, Vincent aurait peut-être pu rappeler ses flammes. Encore allongé au sol, le pyromancien portait un cercle de feu au niveau des bras et du dos, autours de la zone où sa victime avait pris appui. Lentement, pour éviter d’autres accidents, il se redressa et se releva avant de lever les avants bras vers les côtés pour rappeler les flammes qui couraient encore sur son dos. Sous la poigne du jeune homme, le feu se calma et finit par s’éteindre. Le muté fit un triste commentaire.

    – Je l’avais prévenu.


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Message posté : Ven 14 Nov 2014 - 17:29 Message
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Camille avait quand même quelques scrupules. À quinze contre un, le combat était un peu inégal. Pour ses adversaires. S’il avait eu affaire à quinze commandos des forces spéciales de n’importe quel pays, le jeune homme eût été beaucoup plus pondéré dans son approche, mais un rapide coup d’œil à la bataille de rue lui avait confirmé que ces combattants-là étaient plus enthousiastes que bien entrainés. Camille, lui, était enthousiaste, très bien entraîné et il avait des gènes adaptés. Définitivement pas du jeu.

Le jeune homme jeta un bref regard à Vincent et précisa en anglais :

— T’inquiètes, je gère.

Les autres allaient commencer à le trouver vexant. Cela dit, Camille gérait bien mieux quand il était tout seul qu’accompagné. Il ne doutait pas de la bonne volonté de son acolyte et admirait même, d’une certaine façon, son courage, mais s’encombrer d’un civil dans une pareille situation n’était pas exactement son rêve. Mais il était sans doute un peu tard pour suggérer à Vincent de retourner l’attendre sagement dans la voiture.

La petite frappe au couteau était toute proche de lui. Camille soupira, fit un peu vers elle, un petit pas sur le côté pour éviter le couteau, lui attrapa le poignet, tordit le bras, extirpa un cri de douleur de sa victime, lui balaya les jambes et l’envoya le sol, non sans récupérer, au passage, le couteau que l’autre avait lâché. Un silence consterné suivit cette opération exécutée avec une sorte de froide désinvolture.

— Du côté des riverains. Vous faites beaucoup de bruit.

Ça ne s’arrangea pas quand Vincent tenta de carboniser un autre type. Tout le petit groupe avait suivi la scène avec intérêt, Camille parce qu’il avait cherché un moyen de résoudre la situation sans défoncer le crâne de l’agresseur — un peu de pondération, ça ne faisait jamais de mal —, les deux gangs parce qu’ils étaient persuadés que cette menace règlerait la fâcheuse irruption. Un nouveau silence consterné suivit cette démonstration de force.

Maintenant, les membres du gang ne savaient plus exactement de qui ils étaient censés avoir peur. Entre le Jackie Chan flegmatique et la torche ambulante, c’était un peu la peste et le choléra. Camille, lui, comprenait mieux l’intérêt de Vincent pour le fonctionnement de ses pouvoirs : les autres métahumains étaient toujours plus curieux de ce genre d’explications que les humains normaux. À Star City, cette découverte ne tenait pas vraiment de la surprise, et ce qui intriguait désormais le Français, c’était moins les pouvoirs de Vincent en eux-mêmes que la volonté apparente de l’Américain de les dissimuler, dans la voiture.

— On essaye d’éviter d’en tuer, hein.

On n’était jamais trop prudent. Camille avait déjà travaillé avec des associés peu scrupuleux et il préférait ne pas transformer leur petite intervention en méchoui géant.

Sur quoi, le Britannique pas si britannique que ça se retourna vers l’assistance, frappa dans ses mains et déclara :

— OK. Voilà ce qu’on va faire. Tout le monde pose gentiment ses armes au sol, vide ses poches et attend l’arrivée de la police.

Un jeune d’une vingtaine d’années se détacha du groupe et, pour toute réponse, lança son couteau droit sur Camille. Lequel attrapa le manche de l’arme en plein vol et la rangea dans sa ceinture, avec le premier.

— Il y a de l’idée, mais j’envisageais quelque chose de moins circassien, à vrai dire.

Silence. Ils étaient décidément peu communicatifs.

— C’est le mot « circassien » qui vous trouble ?

Quelques murmures partirent dans le fond de la ruelle, puis des bruits de course. Certains belligérant savaient décidé de remiser leur animosité réciproque pour prendre la poudre d’escampette. Une sage décision que tous ne partageaient pas, à en croire les mines basses de ceux qui restaient. En tout cas, Camille ne comptait pas se lancer dans une course-poursuite. Il n’espérait pas vraiment réaliser un grand coup de filet, simplement disperser cette bagarre-là, épargner aux combattants des blessures trop sérieuses, peut-être un mort. Un projet somme toute assez modeste.

Les membres des deux gangs s’entreregardèrent et, par une sorte d’accord instinctif, deux des plus massifs de leurs groupes respectifs se détachèrent, chacun armé de poing américain. Ils faisaient une bonne tête de plus de Camille et ils étaient largement plus épais.

— Bon, bon, ça va…

La discussion était finie, manifestement. Alors que les deux colosses s’approchaient, Camille sortit son téléphone portable, composa le 911 et attendit que la standardiste lui répondît.

— Oui, allo… Je suis au croisement de Grant Street et de la douzième. Il y a des jeunes qui… Une seconde, je vous prie.

Camille évita un très gros poing au tout dernier moment, avant de propulser prosaïquement son genou gauche dans les testicules de son opposant. Mastodonte ou pas, c’était toujours fort efficace. L’autre Hercule s’était dirigé vers Vincent — avec circonspection.

— … se battent sous mes fenêtres. J’ai très peur.

Le jeune homme raccrocha et entreprit de faire le ménage, en attendant l’arrivée de la voiture-balai.
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Message posté : Ven 14 Nov 2014 - 22:51 Message
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    Décidément, Camile avait l’air bien sûr de lui. Soit il s’agissait d’un expert en arts martiaux capables de briser les os avec le petit doigt et les yeux fermés, soit il était tout simplement fou. Croyez-le ou non, d’après ce qu’il savait de ce jeune homme et après tout ce qu’il avait vu, Vincent était maintenant plus enclin à croire la première hypothèse. Et effectivement, la petite démonstration de l’artiste était impressionnante. Cela dit, il n’était pas certain que ce soit suffisant pour traiter avec tout ce petit monde. Cela dit, lorsque Vincent se fit plaquer au sol, il eut d’autres problèmes en tête. L’étudiant n’aimait pas utiliser son pouvoir sur les autres. Il l’avait déjà déchaîné sur un tireur fou doublé d’un cannibale et en avait conçu une grande honte avec tout les remords qui allaient avec. Cela dit, en cet instant, il relativisait. Son pouvoir n’avait apparemment blessé que la main de son agresseur, normalement, s’il ne se débrouillait pas trop mal, celui-ci devrait pouvoir sans tirer sans trop de séquelles. Le tireur cannibale s’en était moins bien sorti. Alors non il n’allait pas regretter le réflexe défensif que ses pouvoirs avaient eu et qu’il avait pourtant réussi à contenir le temps d’avertir son plaqueur. Toutefois, il n’allait pas non plus en tirer une grande fierté.

    – Flammes de légitime défense.

    Tuer, bien sûr qu’il n’y pensait pas. Vincent n’avait même pas envie d’envoyer ces gars à l’hôpital. Sans doute le méritaient-ils, mais ce n’était pas son but. A vrai dire il n’était venu ici que pour s’assurer que Camille s’en sorte. Et de toute évidence il s’en sortait très très bien tout seul. Vince avait encore eu une idée de génie en sortant de la voiture. En même temps, rester à l’intérieur lui aurait donné l’impression d’être un lâche, et il n’aurait pas supporté cette idée. Déjà qu’il avait du mal à s’endormir sur des pensées positives en ce moment. Quoiqu’il en soit, pour l’instant, Vincent n’avait qu’à observer et attendre patiemment. En parlant de patience, ces gars là pourraient bien en avoir besoin... ainsi que de jugeote d’ailleurs. A leur place, Vince se serait taillé fissa, mais fort heureusement, il était incapable de comprendre toutes les subtilités qu’impliquaient une situation comme celle de ces individus. Déjà, on ne devrait pas chercher à comprendre une personne qui lance un couteau au visage de quelqu’un. Question de principe. Mais de toute évidence, les principes n’étaient pas de la partie.

    Deux gorilles quittèrent le groupe pour foncer sur Camille. En voyant leur carrure, Vincent se rappela ce que le mutant lui avait dit au sujet de ses performances physiques et des limites qu’il ne pouvait pas dépasser. Pendant un instant, il s’inquiéta pour lui avant de penser à son propre cas, car il constata qu’un des deux costauds se dirigea vers lui. Mais pourquoi ? Il n’avait rien fait ! Enfin si, il s’était défendu. Ok, dans la « logique » des gangs, ça devait certainement valoir une déclaration de guerre.

    – Mec, j’ai pas envie de me battre et j’ai encore moins envie de te faire mal, alors tu devrais ptet...

    Foncer sur Vincent comme une boule de bowling dur un tas de quilles. Oui, pourquoi pas. Seulement la cible en question fit un pas de côté au dernier moment – merci aux entraînements au football – et esquiva la charge. Malheureusement, l’autre avait des réflexes et ses bras se levèrent pour s’emparer du torse de l’étudiant. Mais ce n’était pas une chose aisée lorsque ces épaules étaient en cendres. L’agression physique avait amené Vince à utiliser son pouvoir et il se changea en cendres ce qui rendait la prise beaucoup plus compliquée. Le gorille se retrouva donc simplement avec la veste du pyromancien. Ce dernier avait la forme d’un garçon fait en cendres, celles qui s’étaient dissipées à cause de l’impact revinrent vers le corps principal pour le compléter.

    – Me dis pas que tu vas...

    Et si, il allait recommencer. Et cette fois, le bagarreur réussit à plaquer Vincent contre le mur. Ou plutôt à plaquer les cendres de Vincent contre le mur. Petit à petit, les particules se dispersèrent avant de revenir vers celles qui étaient restées dans le jean et les chaussures de leur propriétaire. L’agresseur lui avait réussi à se cogner la tête contre le mur et à retomber en arrière comme une mouche. Pour le coup, le barman n’eut aucune pitié pour lui. C’était vraiment un imbécile. Mais en y réfléchissant bien, sa tentative n’était pas si stupide que ça. Après tout, autant essayer, avec les pouvoirs on ne savait jamais ce qui allait se passer. Les résultats pouvaient être négatifs comme positifs. Voyant que son « adversaire » n’allait pas se relever tout de suite, Vince se tourna vers Camille et reprit forme humaine.

    – Wow... Tu les as tous ?

    Vu le nombre de corps inconscients qui gisaient autours de lui, le jeune surdoué n’avait pas chômé...

    – Ouais finalement j’aurais dû rester dans la voiture... Ca m’aurait éviter de brûler la main de l’autre mec...


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Message posté : Lun 17 Nov 2014 - 14:05 Message
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— Hmm…

Camille para un coup de pied d’un revers du poignet en observant Vincent d’un air songeur. Est-ce qu’il était censé prêter secours à son nouvel ami, là ? Pas facile à dire, quand l’ami en question venait de se changer en… Il ne savait trop quoi. Poussière, cendres. Est-ce que c’était une sorte de pouvoir biblique ? Après avoir fréquenté pendant des années l’école Abzany, véritable repaire de mutants en tout genre, Camille avait vu bien des pouvoirs, mais il était toujours très compliqué d’estimer le fonctionnement de ceux des autres.

Bon. Vincent avait l’air de se débrouiller. Mieux valait se concentrer sur les lourdauds décérébrés et dyspraxiques qui tentaient de le frapper. Dans le combat qui suivit, alors que Camille était en plein milieu des belligérants, ceux-ci passaient plus de temps à se frapper les uns les autres qu’à atteindre le jeune homme. Et lorsqu’ils parvenaient à le toucher, c’était pour se retrouver prisonnier d’une étreinte à la douceur discutable, dont la fin était invariablement une rencontre brutale et soudaine avec le mur, le sol ou le crâne de quelqu’un d’autre.


(Sauf que lui, il vole pas.)

Quatorze hmps, treize ouilles et cinq « aaaaah, mon genoouuu » plus tard, Camille laçait à neuf sa chaussure gauche, au milieu de ses victimes. Il se releva et sourit à Vincent.

— Ah, excellent, tu as fini !

Il se sentait de bien meilleure humeur. Ce petit combat avait certes été rudimentaire, mais un peu d’exercice ne faisait jamais de mal, et après la soporifique séance d’escrime pour gastropodes à deux ventres gauches qu’il venait de subir, le jeune mutant n’était pas fâché d’avoir pu se dépenser. Son enthousiasme n’était apparemment pas partagé par les gens tout autour de lui, dont les plus alertes se contentaient de gémir en se massant un membre ou l’autre.

— La police va bientôt arriver, on va faire un petit détour.

Camille s’approcha de l’une des portes qui reliaient sans doute les locaux à poubelles de chaque immeuble à la ruelle où passaient les éboueurs. Il sortit de la poche intérieure de sa veste un petit étui en cuir, pour en tirer deux tiges métalliques. Jamais serrure n’avait été forcée plus rapidement. Camille remballa son matériel, attrapa la main de Vincent et le tira à l’intérieur du local à poubelles et à vélos, avant de fermer derrière eux.

Il s’expliqua sobrement :

— Après, il faut répondre à des questions, donner des dépositions, c’est très fastidieux.

Et du coup, il se promenait avec un kit de cambriolage sur lui en permanence. Normal.

— Tu as de sacrés pouvoirs. J’avais une amie qui était pyromancienne, quand j’étais jeune, mais elle n’avait pas cette espèce de métamorphose.

« Avait », parce que ses contacts avec ses anciens camarades de l’école Abzany étaient tous rompus. Enfin, presque tous…

Camille se détacha de Vincent pour ouvrir la porte qui conduisait du local au hall de l’immeuble. Ils purent ainsi sortir dans une rue transversale à la ruelle où ils avaient laissé leurs victimes, tandis qu’en effet, une voiture de police s’arrêtait à l’entrée et deux agents en descendaient pour observer un spectacle qui eût été étrange, dans n’importe quelle autre ville.

Après ces démonstrations de ses talents beaucoup moins respectables que ses exploits sportifs, Camille se tourna vers Vincent et lui offrit une considération pour le moins prosaïque :

— Se garer sur la Kane Street, ça risque d’être l’enfer, à cette heure-ci. On peut peut-être rentrer à pied, plutôt que de reprendre la voiture.

Dans cinq minutes, il allait lui demander de faire une halte pour acheter le pain, après avoir fui la police. Imperturbable, et de toute évidence d’excellente humeur, Camille reprit la conversation sur un ton enjoué :

— C’était sympa. Mais enfin, je crois deviner que tu n’interviens pas beaucoup. Ça doit être un peu stressant, des pouvoirs comme tu les tiens, mais tu as l’air de gérer. Tu t’entraines, je suppose, non ? Tu fais ça tout seul ou tu as un groupe ?

Il y avait la Légion à Star City, mais Vincent n’avait pas l’air assez expérimenté pour être Légionnaire. Camille supposait que, dans une ville comme celle-ci, il devait exister d’innombrables petits regroupements pour les métahumains, des associations les plus insipides aux cercles de combat. Sans parler des simples amitiés et des collaborations de mutant à mutant.

Le jeune homme marchait d’un pas très rapide, débordant d’énergie. C’était à se demander s’il n’espérait pas retomber sur une nouvelle bagarre, pour se distraire à nouveau.

— Dire que la soirée avait si mal commencé. Tu as bien fait de venir me parler, sinon, je ne serais jamais passé par là et on aurait manqué ça.

Ça aurait été vachement dommage, hein.

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Message posté : Lun 17 Nov 2014 - 21:52 Message
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    Et maintenant Camille se relevait comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé. A l’entendre, ils venaient juste de finir un set de tennis. L’attitude décontractée et naturelle du surdoué contrastait un peu avec les yeux ronds que faisait Vincent. Cette expression de surprise ne s’arrangea pas lorsque le Bruce Lee des allées constata que Vince avait « fini ». Il avait rien fini du tout parce qu’il n’avait rien commencé. C’était l’autre qui...

    – J’ai pas... j’ai juste...

    Allez savoir pourquoi c’était aussi difficile à expliquer. Allez savoir pourquoi le Super tenait à s’expliquer.

    Par contre, il était tout à fait d’accord avec l’idée de s’éloigner de la police. Vincent se voyait mal expliquer comment et pourquoi il avait brûlé son agresseur. Même en cas de légitime défense, il n’était pas certain qu’on lui accorde le bénéfice du toute, mais c’était peut-être dû à ses restes de préjugés concernant les Supers. Il jeta tout de même un œil à leurs précédents agresseurs pour vérifier qu’ils ne s’amusent pas à leur lancer des objets pointus mais ils avaient manifestement d’autres préoccupations, comme vérifier si leurs membres fonctionnaient encore. Vu la maîtrise don Camille avait fait preuve, Vince ne s’inquiétait pas trop pour leur état de santé, mais il imaginait bien leur douleur. Mais lorsqu’il vit le mutant sortir le nécessaire du parfait cambrioleur, le barman se demanda si c’était une bonne idée.

    – Attends, tu te trimballes souvent avec l’équipement du petit voleur ?

    Parce que quitte à suivre un Super, autant s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un Super vilain ou d’un Super criminel. Quelle dénomination était la plus appropriée, il n’en savait rien. Vincent laissait ce genre de débat à de véritables adeptes comme Holly. Pour lui, c’était la même chose. Et il avait bien assez de trucs compliqués à gérer pour s’inquiéter d’un tel sujet. Là tout de suite, par exemple, il se demandait s’il n’était pas préférable de rester avec la police. Cependant, il n’opposa pas de résistance lorsque Camille s’empara de sa main et le traîna à sa suite. Peut-être était-ce là une preuve de crédulité, mais la méfiance de Vince n’était pas non plus importante au point d’avoir peur. Juste assez pour avoir des réticences et se montrer un minimum prudent. Et puis, après avoir vu une demoiselle comme Anna se ramener avec un équipement qui ferait pâlir d’envie le Scooby gang, il n’avait pas de quoi s’étonner réellement. Relativiser, toujours relativiser, c’était devenu une façon de vivre. Un peu comme se montrer discret avec ses pouvoirs.

    – hmhm...

    Autant il appréciait les compliments sur ses performances physiques (donc sportives, bien évidemment) ou intellectuelle, autant ceux qui concernaient ses pouvoirs lui laissait toujours un arrière goût amer. Probablement parce qu’il les considérait comme étant quelque chose d’externe. Il n’avait rien fait pour les mériter et leur existence n’était pas de son fait à lui. Qu’il soit capable de manipuler le feu ou de se téléporter n’aurait pas fait la moindre différence. La seule chose dont il était fier, c’était de ne pas s’être changé en lance flamme ambulant. Et encore, il mettrait de telles félicitations sur le dos de Jace et même de Louis.

    – J’aimerais juste qu’ils soient moins... dangereux...

    Et moins onéreux. Parce qu’il commençait à être fatigué de devoir refaire sa garde robe toutes les semaines. Et même pour les autres, c’était problématique. Holly et Jason se sont cotisés pour fournir un extincteur à chaque pièce de l’appartement. De quoi l’aider à dormir sur les deux oreilles, plus ou moins... Il finit de traverser le hall en silence pour se retrouver dans une rue voisine avec des policiers qui arrivaient juste à côté. Le pyromancien se demandait ce qu’ils allaient faire avec les personnes que Camille et lui avait affrontées. Sans les responsables – eux – il n’y aurait pas grand chose à faire. Quoique... il suffirait sans doute qu’un des policiers ait un regard de travers pour que les autres profèrent quelques paroles malheureuses, leur offrant un billet pour une nuit au poste. Vincent n’était pas certain que leur intervention ait changé grand chose au final. Il se serait donc bien gardé de sortir de la voiture. Voire peut-être d’avoir laissé Camille le ramener. Et bien sûr, alors qu’il remettait tout ce cheminement en question, Vince accepta la proposition de son « partenaire de combat ».

    – Si tu veux... excuse-moi mais t’as pas l’air plus perturbé que ça. Ca t’arrive souvent ? De refaire Matrix comme ça ?

    Remerciez Holly pour avoir forcé Vincent à regarder Matrix. Par contre ne demandez pas au barman de vous expliquer le film, il risquerait de s’y perdre avec un ou deux agents Smith. Mais il préféra laisser Néo et Trinity tranquille pour le moment et se contenta d’attendre de s’être un peu éloigné de leur ring improvisé pour reprendre.

    – Sympa ? On aurait pu blesser quelqu’un ! J’ai blessé quelqu’un ! Ok, c’est ma faute et je te blâme pas pour ça mais... sympa ? Vraiment ? Casser la figure à ses gars qui sont probablement juste paumés ?!

    Et Camille qui se vantait maintenant d’avoir passé une bonne soirée grâce à cet affrontement... Vincent avait de plus en plus l’impression d’avoir affaire à un fou. Mais il se dit que c’était surtout le caractère inconnu du jeune homme qui lui donnait cette impression. Il avait déjà suivi Jace en pleine escapade héroïque alors ce n’était pas la situation en elle-même qui le dérangeait, c’était de ne pas savoir à qui ou à quoi il avait affaire. Est-ce qu’il faisait partie de la Légion lui aussi ? Jace s’était montré enclin à mentir à la police lors de leur duo improvisé, peut-être qu’il s’agissait là du niveau 2 des acrobaties légales du groupe de héros. La marche et l’éloignement de la scène de crime parvinrent à calmer l’étudiant qui se décida à répondre aux questions de son karatéka de camarade.

    – Ils sont récents. Je les ai eus il y a moins de deux mois. Et j’ai... On m’aide un peu à les maîtriser. Mais il n’avait pas envie de s’étendre sur les sujets Louis et Jace... pas plus qu’il n’avait envie de parler de ses pseudo entraînements qui lui permettaient à peine de mener une vie « normale ». Et toi ? T’es allé à une école d’arts martiaux ou bien tu passes ton temps à mater les gangs ? Parce qu’au pire, si ça te permet de prendre ton pied, ça pourrait remplacer les clubs. J’comprends toujours pas pourquoi t’es intervenu. Au pire ces idiots se seraient blessés entre eux.

    Et là on s’attaquait à un vaste sujet. Pourquoi se mêler des affaires des autres quand ils ne constituaient pas une menace ? Est-ce juste pour exprimer un stupide sentiment de supériorité et pour montrer qu’il y a un modèle à suivre ou bien parce que la violence, c’est juste mal ? Déjà qu’il ne comprenait pas trop l’intérêt des activités héroïques, il comprenait encore moins les raisons qui avaient poussé Camille à se lancer dans l’action. Personne n’y a rien gagné. Si, une grosse brûlure, des bleus, et une frustration sportive comblée... Même s’il montrait son désaccord, Vincent avait vraiment envie de comprendre, en tout cas il essayait. Camille arrivait après Jace, Anna et Holly, et maintenant Vince était en train de se dire que c’était peut-être lui qui était dans le faux...

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Message posté : Mar 18 Nov 2014 - 12:20 Message
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Moins dangereux, ça, Camille pouvait tout à fait le comprendre. Les pouvoirs de Vincent, s’ils étaient admirables comme un objet esthétique, avaient quelque chose de terrible que le jeune homme n’enviait guère. Avec tous les désagréments psychologiques qu’ils lui apportaient, le Français était plutôt content d’avoir des pouvoirs qui ne risquaient pas d’exploser/électrocuter/lobotomiser/noyer/carboniser qui que ce fût à la moindre saute d’humeur. Les siens, il les trouvait simples, stables, fonctionnels et il en était ravi.

Aux premières questions de Vincent, le jeune homme haussa les épaules, mais alors que celles-ci se multipliaient, il comprit bien vite que la curiosité de son acolyte ne serait pas aisément distraite. Du reste, il ne voyait pas d’objections sérieuses à lui en apprendre un peu plus — sa première discrétion avait relevé plutôt d’une déformation professionnelle que d’une vraie nécessité stratégique. Et puis, maintenant qu’il savait que les pouvoirs de Vincent étaient très récents, il ne pouvait s’empêcher de se poser des questions lui aussi. Il avait été formé avec des mutants et s’il savait fort bien que ceux-ci ne constituaient pas la totalité de la métahumanité, les autres groupes lui demeuraient un peu mystérieux.

Un sourire passa sur ses lèvres.

— Du calme, ça va aller.

Dommage, il n’avait pas de chewing gum à proposer à Vincent. Ça l’aurait peut-être aidé à passer son stress.

— On est en plein centre-ville. Les quartiers sont des territoires. Des territoires pour des groupes beaucoup plus compliqués et mieux organisés que les gangs de rue. En plein centre-ville, les gangs sont toujours une partie de quelque chose de ce genre-là. Un peu comme la rangée de pions aux échecs, si tu veux. Dans les périphéries, les banlieues, je ne dis pas. Peut-être qu’il y a juste des groupes de jeunes un peu paumés. Les jeunes un peu paumés, ils ne sont pas aussi armés, et surtout, quand ils voient quelqu’un débarquer, leur premier réflexe, c’est de parler beaucoup, pas de lancer des couteaux.

Il y avait une sacrée différence entre jouer aux gros durs et tenter de tuer quelqu’un.

— Là, ce qui compte, c’est de laisser des proies faciles à la police. Crois-moi, il n’y a aucune chance que dans le petit groupe qu’on a laissé derrière nous, personne n’ait déjà son petit casier judiciaire. Ils vont être conduits au poste, interrogés, et peut-être que la majorité sera libéré, mais il y en aura un ou deux qui passeront un moment plus difficile. Les autres seront au moins fichés pour la suite. Si tu veux, on vient de livrer des moyens de pression à la SCPD. Des leviers pour manœuvrer les rouages supérieurs.

Ces considérations stratégiques lui paraissaient assez solides, mais elles n’ôtaient rien à la solidité de la raison d’abord avancée par Vincent : il avait aussi besoin de se défouler.

— Mais je n’interviens pas très souvent, non.

Un mensonge éhonté.

— Vois ça comme une sorte de responsabilité citoyenne. Puisque j’ai les moyens de le faire, puisque je ne cours à peu près aucun danger dans des situations comme celles-ci, pour moi, c’est à peu près comme aider une grand-mère à traverser. Il y a toujours une infime chance qu’un chauffard fou déboule dans l’avenue et nous écrase, mais ça reste très improbable.

Camille ou l’art des sophismes, leçon 1 : comparer l’incomparable et donner à son tour de passe-passe rhétorique des airs de vérité.

— Mais j’ai été formé, oui. Dans une école pour les mutants, en Écosse. Ce n’était pas une école spécifiquement tourné vers le combat ou, je ne sais pas, l’héroïsme. Pas une sorte de Légion pour les jeunes, si tu veux. C’est juste que mes pouvoirs… Offrent certaines possibilités. Ont certaines exigences. Mais j’avais un ami qui était illusionniste et on lui a appris à créer des sculptures irréelles et mouvantes. Maintenant, il est artiste à Amsterdam. Il y en avait une autre qui était télékinésiste, et je crois que maintenant, elle travaille sur des chantiers compliqués, en haute altitude. Moi, j’ai besoin d’agir et d’agir dans l’environnement le plus imprévisible possible. Je ne sais pas, disons que toi, si tu étais venu à notre école…

Camille réfléchit pendant quelques instants aux applications possibles des pouvoirs de Vincent, un exercice typique de la pédagogie Abzany, auquel il était depuis longtemps rôdé. De sorte que les hypothèses ne tardèrent pas à affluer :

— Ils auraient pu t’apprendre à devenir pompier, ou bien garde-forestier, pour organiser les incendies contrôlés qui permettent de régénérer la végétation, ou joaillier ou ferronnier, pour contrôler précisément les flammes au moment de la forge, ou chargé de la sécurité des équipements dans les hauts fourneaux, ce genre de choses.

À suivre son raisonnement, il y avait bien sûr d’innombrables activités beaucoup moins violentes qui lui eussent convenu tout autant : ce n’était pas les métiers où une agilité et une adresse extraordinaires étaient nécessaires qui manquaient. D’ailleurs, même s’il ne le disait pas beaucoup, il était un musicien à la technique irréprochable. Mais cette carrière-là, comme bien d’autres, il ne l’avait pas embrassée.

— Ceci étant dit, je suis désolé si ça t’a perturbé. Je pensais que tu resterais dans la voiture, à vrai dire. Mais tu vois, au risque d’enfoncer les portes ouvertes…

Plutôt que de forcer les portes fermées.

— … on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Tu ne peux pas espérer intervenir dans un combat et qu’il n’y ait pas de blessé. Personnellement, je considère que quand les gens commencent à se battre, ils acceptent les règles du jeu et le jeu est dangereux. Évidemment, on tente de minimiser les incidents. Et c’est ce que tu as fait. Une petite brûlure à la main pour la victoire, contre des gens qui étaient armés et qui menaçaient ta vie, c’est tout de même une belle réussite. Tu as le droit d’être fier de ce genre de choses. Tiens, par exemple, imagine un chirurgien qui fait une opération aux effets secondaires douloureux pour le patient, mais nécessaire à sa survie. Ce n’est pas parce que tout n’est pas parfait que c’est une victoire à la Pyrrhus.

Camille s’arrêta brusquement de marcher : le fumet d’un libanais à emporter avait atteint ses narines.
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Message posté : Mar 18 Nov 2014 - 22:14 Message
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    Dubitatif, Vincent écouta les explications de Camille afin de justifier la scène d’action qu’ils venaient de vivre et qui aurait pu être reprise dans un film de Sylvester Stallone. A l’écouter, la ville était noyée sous la violence et le joug des gangs de rue. Est-ce que le prodige des sports exagérait ou bien était-il en train de dévoiler une partie de la vie urbaine que Vince avait ignorée plus ou moins consciemment ? Il lui été déjà arrivé d’avoir affaire à un groupe un peu provocateur voire même violent, mais jamais au point de voir des couteaux sortir des poches. L’étudiant devait avoir eu une chance pas possible...

    – Ils n’avaient pas l’air d’être des assassins hors paire tout de même... Mais je suppose qu’ils sont bien mieux avec la police qu’à se taper dessus n’importe où.

    Ce qui, dans le langage Nash, voulait dire : je ne suis toujours pas d’accord avec la forme, mais je vais valider ton explication. Il fallait dire que les arguments de Camille se tenaient. Vincent pouvait désapprouver pour la morale, il n’était pas capable de trouver de contre arguments. La seule référence qui lui vint fut... Jace. Mais il ne connaissait pas assez le monde de l’héroïsme et de la Légion pour poser un œil averti sur les actions de ce maître du Kung Fu. Celui-ci déclara préserver ses interventions, cela ne correspondait pas à la vision qu’avait eue Vincent, mais après tout, avec ses pouvoirs, il disait peut-être la vérité... Non, cela n’expliquait pas le calme souverain dont il avait fait preuve.

    – Si tu le dis...

    D’ordinaire, Vincent était prêt à croire ce que les autres lui disaient, mais il n’était pas crédule pour autant. Ce qu’il avait vu contrastait un peu trop avec ce qu’il entendait maintenant. Néanmoins, il n’allait pas réclamer la vérité. Si Camille ne voulait pas la partager avec lui, c’est qu’il avait ses raisons. Vince respectait cela, même s’il n’aimait pas trop qu’on lui raconte des bobards. Le jeune homme préférait franchement qu’on lui dise que ce n’était pas ses affaires plutôt que d’essayer de lui faire croire quelque chose. Il n’était cependant pas pointilleux au point d’exiger une telle honnêteté d’un gars qu’il venait tout juste de rencontrer. Quoique... si Camille venait à le forcer à risquer sa vie une nouvelle fois, le barman serait peut-être plus curieux. Et s’il s’abstint de faire d’autres commentaires, c’était aussi parce que la suite des propos énoncés le renvoyait un peu à sa situation. L’argument était d’agir parce qu’on le pouvait. Est-ce que lui-même devrait le suivre ? Sous prétexte qu’il ne pouvait pas brûler, devait-il s’amuser à faire le tour des maisons et autres bâtiments en feu pour en sauver les occupants ? Est-ce que lui aussi avait cette responsabilité qui passait apparemment avant ses désirs ? Non, Vincent ne voulait pas y penser, il refusait de succomber à cette fatalité, ses pouvoirs ne lui dicteraient pas sa vie, ils en avaient bien assez imposé comme cela ! Non, il ne voulait pas laisser cette idée le préoccuper. Ce fut donc instinctivement qu’il riva son esprit et son attention sur Camille, quitte à explorer ce sujet insensé.

    – Et s’ils avaient tous sorti un flingue de leurs poches, tu t’es serais aussi bien tiré ?

    Voilà un facteur à prendre en compte : l’inconnu. Comment avait-il été sûr de pouvoir maîtriser la situation ? Est-ce que ses pouvoirs, d’une manière ou d’une autre, le lui avaient indiqué ? A moins que ses capacités le préservent même des balles ? L’assurance du jeune homme l’étonnait particulièrement et l’étudiant en vint même à se demander si Camille n’avait pas tout prévu depuis longtemps... en tout cas pour ce qui était de la baston. Vincent se demandait d’où lui venait une telle assurance. Quelques instants plus tard, il reçut une partie du cv du jeune mutant et appris qu’il avait suivi une espèce de formation. Cette histoire restait un peu vague, mais elle pouvait peut-être expliquer le professionnalisme du surdoué.

    – Et donc, on t’a apprit à botter les fesses des gangsters ?

    La question avait été formulée comme une blague, mais le pyromancien s’interrogeait vraiment sur les activités de Camille. Cependant, comme celui-ci ne s’était pas pris pour exemple, il se demandait s’il valait mieux éviter de poser la question directement. Mais bientôt cette considération devint caduque car son interlocuteur émit des hypothèses assez agaçantes.

    – Je n’ai pas envie que ses pouvoirs influencent ma vie plus que ce qu’ils ont déjà fait.

    Le ton était net, un peu cassant même, mais Vince ne haussa pas le ton et ne s’énerva pas, même s’il y avait de quoi. Mais ce serait injuste envers Camille, ce n’était pas sa faute. Néanmoins, le barman aimerait bien que son interlocuteur voit autre chose en lui qu’un homme pouvant contrôler le feu. Mais ça, il avait l’impression que c’était impossible maintenant, et pas uniquement avec ce jeune homme.

    – Je ne suis pas traumatisé, si c’est ça qui t’inquiète. Il avait vécu pire. Mais je n’avais pas envie de me battre, juste vérifier que tu ailles bien ou... je sais pas... pourquoi avait-il quitté la voiture ? Excellente question. Il n’était pas du genre à risquer sa vie pour un inconnu pourtant... C’était juste la bonne chose à faire. Monsieur et madame Nash, félicitations, vous avez élevé un garçon très responsable, un chouia trop peut-être. Et je me sens pas vraiment fier, si j’avais été futé, je me serais juste changé en cendres, comme ça il m’aurait lâché mais... je le contrôle pas très très bien...

    Lorsqu’il était émotif, stressé, le pouvoir de Vincent avait deux réactions en fonction de l’intensité de l’émotion du moment. Niveau 1 : il brûlait tout ou il faisait danser les flammes autours de lui. Niveau 2 : il se changeait en cendres. Et pour le niveau 2, il devait sacrément se concentrer. C’est pour ça qu’il y est arrivé avec son deuxième agresseur, il l’avait vu venir et s’était préparé mentalement à utiliser ses pouvoirs pour se défendre. Le premier l’avait surpris, il avait donc reçu le premier pouvoir qui s’était manifesté. Vincent avait juste exercé un contrôle suffisant pour ne pas transformer le plaqueur en méchoui.

    – Enfin je suppose qu’au moins il y réfléchira à deux fois avant d’attaquer quelqu’un... A moins qu’il soit stupide. Tu crois que ça lui servira de...

    Mais Camille avait été stoppé par un arôme paralysant : celui de la nourriture appétissante. L’expression sur son visage intrigua l’étudiant, mais l’odeur qui régnait près d’eux lui donna un semblant d’explication. Surtout que son propre ventre répondit présent lui aussi. Mais il avait d’autres projets pour lui.

    – Vas-y, j’ai une salade qui m’attend.

    Et on ne plaisante pas avec la diététique ! Holly se mordait encore les doigts d’avoir osé utiliser l’aubergine que Vincent s’était réservée. Le jeune homme était facile à vivre sur beaucoup de niveaux concernant les tâches ménagères, le bruit, les soirées, la salle de bain, mais son emploi du temps alimentaire était sacré. Il accompagna donc Camille qui répondit à l’appel de son ventre. Le sien manifestait sa désapprobation, mais ce n’était pas important, il sera servi plus tard. En attendant que le super ninja reçoive sa commande, les deux garçons continuaient leur conversation et Vincent osa poser une question qui commençait à lui trotter dans le crâne.

    – Tu fais quoi en dehors de tes visites aux clubs de sport et de tes « rares » interventions ? T’es à la fac ?

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Message posté : Mar 18 Nov 2014 - 23:00 Message
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Le faux Britannique réfléchit très sérieusement à la première question de Vincent. Il y réfléchissait même mieux que quiconque : une scène alternative de la bagarre se composait d’elle-même dans son esprit, avec des pistolets en plus, une scène qui se déployait en différents scénarios. C’était la partie la plus intellectuelle et la plus abstraite de ses pouvoirs, celle qu’il ne parvenait jamais à partager avec les autres, faute de savoir bien s’expliquer : sa manière à raisonner dans l’espace, ou plutôt qu’à raisonner, à percevoir intuitivement le développement d’actions possibles. Après quelques secondes, il finit par lâcher d’une voix encore un peu songeuse :

— Hmoui, je m’en serais aussi bien tiré.

De toute évidence, ce n’était pas de la vantardise, mais une espèce de conclusion logique, comme si Vincent lui avait demandé de résoudre un problème d’échecs, s’il y avait un mat possible en trois coups, et la réponse était oui.

Le jeune homme laissa échapper un rire léger à la seconde question.

— Non, on ne m’a pas exactement appris à faire ça. On m’a appris à me battre. Enfin, à faire plein de choses, mais me battre, c’était ce qui m’intéressait le plus. Ça et l’accrobranche. Tu sais, les parcours, dans les arbres.

Les professeurs de l’école Abzany eussent d’ailleurs largement préféré que Camille fît un choix de carrière un peu plus calme.

La conversation roula sur les pouvoirs de Vincent. Enfin… Juste assez longtemps pour que celui-ci balayât les suggestions de Camille, sur un ton qui ne plut guère au Français. Et Camille n’essaya pas vraiment de le cacher.

— Ouais, OK, c’est bon, laisse tomber.

Et le Français bouda juste assez longtemps pour être distrait par la nourriture. Ils s’approchèrent du comptoir extérieur du libanais et Camille commanda un sandwich aux falafels, parce que je suis un garçon super imaginatif et que c’est ce que j’ai mangé ce soir. Les remarques de Vincent sur le degré de maîtrise des pouvoirs avaient été accueillies, un peu plus tôt, par un silence hostile ; il était probable que la question à demi-formulée de l’Américain sur le destin de sa victime du jour aurait connu le même sort.

Le changement de conversation fut accueilli par la détente de cette mini-Guerre Froide.

— Je fais du service. En faisait, je faisais jusqu’à la semaine dernière, mais j’ai été viré.

Théoriquement, rien ne s’opposait à ce qu’il dévoilât son métier de couverture, mais Camille n’avait pas vraiment envie de détailler ses activités de strip-teaser. Il attrapa le sandwich qu’on lui tendait, régla sa commande et reprit la marche à côté de Vincent.

— J’ai un peu de mal à suivre les ordres.

Ce mensonge-là était bien rôdé. Il fallait dire que la question revenait souvent. Alors Camille avait une histoire toute prête : il enchainait les petits boulots et il venait toujours d’être licencié du précédent. Un coup, c’était les ménages, l’autre, les services. Ou alors il était gardien de nuit, laveur de vitre, caissier. Toutes ces activités parfaitement banales paraissaient sans doute un peu étrange, de la part d’un jeune homme qui, à en juger par son accent et sa syntaxe, avait de toute évidence reçu une éducation britannique de haute volée, mais entre ça et la vérité, Camille préférait encore ses affabulations…

— Tu sais, pour un type qui se fait ramener chez lui, tu es quand même un peu désagréable.

Ah, Camille, toujours un don pour se faire des amis.

— Pas besoin de dire rares sur ce ton-là. Si tu ne me crois pas, tu n’as qu’à le dire franchement.

La politesse et le « faisons comme si » n’étaient pas ses deux grands principes, en matière de relations sociales. Évidemment, sa réaction reposait sur une sacrée dose de mauvaise foi, dans la mesure où la méfiance de Vincent visait juste.

— Enfin bref…

L’avantage des reproches de Camille, c’était qu’ils passaient aussi vite qu’ils arrivaient.

— À part ça, je ne fais rien de particulier. Je vais voir des amis, je m’occupe de mon chat, des fois, je tente des activités manuelles plus artisanales, tu sais, la sculpture, la peinture, le tissage, n’importe quoi. Mais ça aussi, ça me lasse vite. Ah, et puis je mange. Beaucoup.

Parce qu’une hyperactivité pareille, ça devait bien s’alimenter.

— L’université, ce n’était pas pour moi. J’aime bien apprendre des choses, mais c’est le côté rester assis pendant plusieurs heures que je n’aime pas. Enfin, ce n’est pas trop que je n’aime pas, c’est que la plupart du temps, j’en suis incapable.

En tout cas, il avait un sacré coup de dent : le sandwich était déjà à moitié fini.

— Et toi ? À ton accent, je dirais que tu n’es pas d’ici, mais j’avoue que les accents américains et moi, ça fait deux. Et puis, dans une ville aussi cosmopolite que celle-ci, je ne suis pas trop sûr de savoir s’il y a un accent typique. Tu es venu là pour les études ? Tu as déjà visité les sous-sols de l’ancienne bibliothèque de sciences humaines ? Ça vaut le détour.

Attention, Vincent, c’est le début du piège Camille : une question innocente et on se retrouvait à sillonner les endroits les plus improbables de la ville.

— Ah, oui, j’aime bien l’exploration urbaine. Les friches industrielles, les chantiers en construction, ce genre de choses.

Ce qui pouvait expliquer le matériel du petit voleur.

— Si jamais ça t’intéresse. Comme tu m’as l’air aventureux…

Il avait dit cela avec un sourire en coin, pas dupe du numéro de Vincent, qui ne voulait pas intervenir, mais qui intervenait quand même dans les bagarres de rue. Tout ce qui lui fallait, c’était un petit coup de pouce pour apprendre à s’amuser un peu. Et s’amuser, dans le monde de Camille, impliquait des lampes torches et des décors peu recommandables.
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