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Parce qu'il était temps. #Chase

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Message posté : Dim 9 Nov - 19:18 Message
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Dans un sens, les premières semaines, ça lui allait bien de ne pas avoir de tellement de nouvelle d’Alex. Elle avait beau se dire qu’elle ne lui en voulait pas, la rencontre dans son bureau avait quand même été assez révélatrice : Charlie ne connaissait pas aussi bien que ça les gens de son entourage. Alex n’était peut-être pas le modèle angélique qu’elle imaginait ou qu’elle avait simplement eu envie d’imaginer. En réalité, l’avocate n’arrivait pas à lui en vouloir mais, ce petit temps sans nouvelles lui permettait de ne pas avoir à réfléchir à comment elle devait réagir face à lui. Non, en fait, elle se sentait cruellement coupable et n’était pas des plus à l’aise avec cette idée : si Alex n’avait pas tout dit c’est parce qu’elle n’avait pas été des plus présentes.

Charlie aurait dû savoir que le retour de Chase n’avait peut-être pas été aussi simple que ce qu’elle avait pensé. Peut-être qu’elle avait seulement minimisé les choses parce que, en fait, elle n’avait aucune idée de la manière dont elle pourrait l’aider. Alex était dans une autre sphère, avec une vie qu’elle n’était pas certaine de pouvoir comprendre, alors… Faire semblant de ne pas voir les problèmes, c’était probablement la meilleure manière de ne pas y faire face. Ouais, en fait, Charlie était probablement la plus mauvaise amie qu’on puisse avoir, à croire que dès que ça devenait trop privé, elle était incapable de garder une relation stable.

Puis les premières semaines passées, l’inquiétude avait pris le pas de manière plus importante. Elle aurait voulu croire que le fait qu’ils ne se voient pas était un problème d’emploi du temps mais, à un moment, il faut arrêter de se voiler la face : Alex lui en voulait. Et si Alex lui en voulait, Charlie s’en voulait encore plus. Preuve qu’elle n’était pas faite pour les relations sociales puisque, à bien y réfléchir, ça n’allait pas avec personne de son entourage. D’accord, là, elle visait Alex et Jay. Dans les faits, ça ne faisait que deux personnes mais comme c’était les deux plus importantes dans sa petite vie, elle avait vite tendance à tout généraliser.

« Charlie ? … Charlie ! »
« Hein ? »

Secouant la tête, elle releva les yeux vers Sarah qui avait l’air de ne pas comprendre, un dossier dans les bras.

« On fait quoi ? »
« Pour ? »
« Le dossier Maxell… Celui dont je viens de te parler. »

En signe de preuve, elle agit le dossier qu’elle tenait en se disant que, vraiment, elle venait de prendre cinq minutes à donner des explications dans le vide. Et, pour ne pas arranger les choses, Charlie décrocha à nouveau pour regarder son téléphone qui venait de vibrer. Aucune idée, pour Sarah, de ce qui venait de s’afficher à l’écran mais elle vit l’avocate se relever.

« Faut que j’y aille. »
« Mais… Pour le dossier ? »

La fin de sa phrase fut dite pour l’air autour d’elle, Charlie ayant déjà quitté son bureau. Un Alex qui proposait de se voir, c’était assez inattendu – mais attendu – pour qu’elle laisse tout en plan au moins quelque temps. c’est en traversant le couloir qu’elle tomba sur une autre tête connu et prit deux secondes pour s’arrêter.

« On devait se voir aujourd’hui ? »
« Non, non… C’est seul’ment que… »

Le premier « non » avait suffi à Charlie pour qu’elle reprenne sa route sans vraiment se demander ce qu’une Irlandaise faisait dans les couloirs du cabinet. Un taxi plus tard, des embouteillages et beaucoup coup de klaxon, Charlie se retrouva dans un parc du centre-ville où elle n’eut pas besoin de beaucoup de temps pour repérer Alex. Et vu le sourire qui s’afficha naturellement sur son visage en le voyant, Charlie fut bien forcée de reconnaitre qu’il lui avait réellement manqué. Un sourire qui, cependant, s’effaça un peu, laissant le pas à la culpabilité ressentie ces derniers mois.

« Salut. Ça me fait plaisir de te voir. Comment tu vas ? »

Cinquante mille choses à dire, et une seule question banale au possible qui ressortait. Il y avait des cours pour les interactions sociales ? Pour quand on appréciait réellement les gens et qu’on voulait apprendre à faire en sorte que ça ne se finisse pas en plusieurs mois d’absence ou, en dispute récurrente ? En fait, c’est seulement qu’elle ne savait pas par où commencer et n’avait pas non plus d’idée sur où il voulait qu’elle commence. Peut-être qu’il n’avait aucune envie de revenir sur ce qui s’était passé dans son bureau.
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Message posté : Dim 9 Nov - 21:48 Message
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Lui ? Une autre sphère ? Une vie que Charlie ne comprendrait pas ?

Toute sa vie durant, Alya Vagnor-sor’t avait rêvé de poser les yeux sur son dieu. En tout cas, elle en était persuadée. Elle se souvenait très précisément des fêtes de ses sept ans, des premières légendes racontées par sa mère, de l’ombre dans le palais. Comme tous les habitants du village, elle croyait que le culte du dieu était millénaire. Immémorial. Pas une seule seconde, elle n’aurait soupçonné que sa dévotion et celle de tout son village était plus jeune qu’elle.

— Relève toi, Alya Vagnor-sor’t.

La jeune femme s’exécuta, mais ses yeux n’osaient pas contempler l’ombre auguste qui voilait la face divine. Alors elle regardait le sol en marbre du palais.

— Tu as vu le cristal.

Elle hocha la tête.

— Tu guideras les premières expéditions.
— Merci, ô Seigneur des Ombres.

Derrière le Voile des Ténèbres qui n’existait pas mais que tous les habitants du village qui franchissaient la porte du Sanctuaire avaient vu, un sourire se dessina.

— Tu es une prêtresse, maintenant. Appelle-moi Noctis.

***

Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis sa dispute avec Charlie. Comme à son habitude, Alex n’avait pas chômé. Il avait cultivé avec un soin renouvelé sa relation avec Lukaz, en même temps que la réputation conjointe de Solar et Noctis, les deux criminels. Il avait poursuivi ses recherches scientifiques, développé l’Essaim de robots qui grouillait désormais un peu partout dans Star City. Fondé un journal. Donné naissance à un réseau national de cellules pro-mutantes, dont certaines méditaient déjà leurs premiers plans terroristes. Parcouru le Multivers, comme à son habitude, érigeant ici ou là une réputation de circonstance, quand il trouvait un monde qui l’intéressait.

Par exemple, il y avait une dimension où il était le dieu d’un petit village dont les montagnes recélaient des quantités infimes d’un minerai qu’il n’avait jamais rencontré dans ses périples de voyageur dimensionnel. Ailleurs, il était le parrain particulièrement absent d’une modeste mafia. Dans tel monde, il s’était fait engager pour un jour comme assistant dans un laboratoire de recherches dont l’avancée technologique dépassait de loin celle de la Terre ; dans tel autre, il avait été la star éphémère d’une sorte de série télévisée, pour pouvoir extraire les pensées d’un scénariste extralucide.

En somme, la vie quotidienne suivait son cours. L’inaltérable curiosité d’Alex l’emportait toujours haut la main sur de quelconques principes moraux, au sens conventionnel du terme, et son opinion en la valeur intrinsèque de la diversité métahumaine continuait à lui faire regarder comme des barrières ineptes les lois érigées par la société. En somme, son avis, depuis sa dispute avec Adrian et Charlie, n’avait pas changé, quant au fond du problème. En se réconciliant avec Adrian, Alex n’était jamais revenu sur le contenu théorique de ses propos — d’ailleurs, Adrian et lui n’avaient pas vraiment rediscuté de ce qui avait nourri leur différend.

Mais le jeune homme regrettait assurément que la conversation eût été aussi mouvementée. Il se reprochait de ne pas avoir fait preuve de plus calme, et surtout d’efficacité argumentative. Sans doute Charlie ne pouvait pas adhérer à ses vues. Elle était humaine. Elle était compréhensive, surtout. Deux caractéristiques qui auraient suffi à la classer dans n’importe laquelle des nombreuses catégories où se rangeaient ordinairement les adverses de Noctis. Mais Charlie était Charlie, comme Adrian était Adrian, et à l’ombre de ces tautologies, les proches de Chase étaient bien gardés, car avec tous ses défauts considérables d’apocalypse en perpétuelle gestation, Alex-Chase avait au moins une qualité inaliénable : il était un ami fidèle.

Charlie lui manquait. Charlie, ses dossiers, sa vie compliquée, son aptitude à être perpétuellement perdue dans sa propre existence, son don pour se retrouver, en simple humaine, au cœur d’intérêts violents et contradictoires, ses conseils bienveillants et clairvoyants de cordonnière mal chaussée, sa faculté, si semblable à celle d’Alex lui-même, d’oublier tout ce qui faisait de certains de ses amis des personnes si peu recommandables, pour s’élever au-delà de ce qui aurait dû la définir elle-même, elle, l’avocate humaine sortie de son Texas natal, qui aurait eu bien plus sa place au CODE, sans aucun doute, que dans les affaires des Mac Aoidh, que dans le manoir d’un Archimage, que de l’autre côté d’une conversation dans l’interlocuteur principal était l’un des mentalistes les plus talentueux du Multivers.

— J’ai découvert un élément transuranien à l’état naturel, alors plutôt bien. Et toi ?

Alex désigna l’allée du parc d’un geste de la main, pour inviter Charlie à s’y promener. Il était beaucoup plus intimidé qu’il ne voulait bien le laisser paraître. Même si sa réconciliation avec Adrian s’était plutôt bien passée, il mettait cette réussite sur le compte de leur aventure avec les nécromants, qui avait fourni un constant sujet de conversation et une occasion de se serrer les coudes. Hélas, pas de sorcier mal intentionné à l’horizon : des joggeuses, des chiens et des enfants, qui ne faisaient pas des ennemis formidables.

Alex jeta un coup d’œil au profil de Charlie, qui marchait à côté de lui. Il lui en avait voulu, certainement. Il s’était attendu à ce qu’elle prît sa défense, à ce qu’elle fût de son côté, nécessairement de son côté, et constater tout ce qui la séparait d’elle, et qu’il aurait dû connaître depuis longtemps, avait ouvert un vide de frustration et de déception dans son cœur. Depuis son retour, Charlie avait pris une place plus importante encore dans son existence, maintenant que Tesla et Victoria en avaient été chassées — par sa faute, il est vrai. Il n’avait jamais eu de mère, il n’avait plus de sœurs, et Alex avait attendu de Charlie ce qu’il attendait toujours de ceux qui lui étaient les plus proches : une dévotion sans faille et une volonté à le considérer toujours, lui, le pauvre petit Neutron-Grey, comme la victime permanente d’un monde qui ne le comprenait pas.

Lukaz le soignait jour après jour de son complexe de la princesse sans défense et du génie incompris, mais c’était un travail de longue haleine. La maturité d’un jeune homme qui avait longtemps vécu dans sa tour aux robots, pour regarder le monde de loin, n’était pas aisément conquise. Lentement et sûrement cependant, Alex commençait à comprendre. Il comprenait que Lukaz n’était pas son chevalier blanc et il comprenait que Charlie n’avait pas une indépassable obligation morale à approuver la moindre de ses décisions.

— Tu m’as manqué.

Il avait imaginé tout un tas de formules introductrices, mais aucune ne l’avait vraiment satisfait.

— L’autre jour, je suis allé voir Adrian, mais c’était plus facile, j’avais une prophétie sinistre à propos d’une résurrection diabolique à lui soumettre. Avec un prétexte pareil, c’est difficile de manquer de courage.

Hélas, ce genre de choses n’arrivait pas tous les jours.

— Tu vas me dire, j’aurais pu me faire arrêter et incarcérer, ça m’aurait donné une raison de t’appeler, mais ils auraient voulu prendre mes empreintes digitales et mon numéro de sécurité sociale, et ça…

Alex esquissa un sourire entendu. De numéro de sécurité sociale, il n’en avait pas, et pour cause : il n’existait pas. En tout cas, son corps n’avait aucune identité officielle. Alex Kirk était une pure invention. Et le jeune homme n’avait toujours pas jugé utile de se procurer une fausse identité. À quoi bon ?

— Et puis bon, j’ai visité pas mal de prisons, avant…

Quand il avait mené sa petite enquête, dans son existence précédente, avec un chercheur en psychologie, sur les raisonnements des tueurs en série. Des centres d’intérêt toujours très sains.

— … et ce n’est jamais très accueillant. Tiens, d’ailleurs, tu as fait réparer l’infiltration dans ton appartement ?
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Message posté : Mar 11 Nov - 13:22 Message
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« Attends…Parler de prison, te fais penser à mon appartement ? » Elle pointa du doigt, avec un air faussement sévère. « Elle est très bien cette infiltration, il y en a qui ont des tableaux, moi, j’ai ça. »

Une moue faussement boudeuse apparut pendant une courte seconde à l’idée que son appartement puisse faire penser à une cellule. Fallait pas déconner, on entrait quand même beaucoup moins facilement chez elle… Quoique ça dépend de qui veut entrer.

« Puis, au moins, personne ne peut dire qu’il a la même que moi. »

Ceci est une infiltration. Il y en a beaucoup comme elle mais, celle-là, c’est la mienne. Je ne suis rien sans mon infiltration et, sans moi, mon infiltration n’est rien.

« Plus sérieusement, je ne vais pas te dire que tu aurais pu te faire arrêter. En fait, je préfère, même si c’est plus long, qu’on se voit quand c’est le bon moment, plus que parce que quelque chose nous y oblige. »

De toute façon le cas de figure ne pouvait pas se présenter : Alex ne risquait pas de se faire arrêter. Même s’il était en position délicate, il soumettrait sûrement aux autorités d’aller boire un café ailleurs. Chose à laquelle elle n’aurait probablement pas pensé quelques mois en arrière. Charlie aurait, aussi, pu s’interroger sur comment elle devait prendre le fait qu’il avait été voir Adrian avant elle mais, en réalité, ça ne lui traversa que vaguement l’esprit. Alex l’avait dit, ils avaient une mission qui les avait rapprochés, la démarche n’était donc pas d’aller uniquement lui parler de ce qui s’était passé.

« Si ça ne te dérange pas, je préfère qu’il n’y ait pas de résurrection diabolique aujourd’hui, je ne sais déjà même pas ce que c’est qu’un élément Trans-truc. »

Elle savait à peine envoyer un mail alors comprendre tout ce qui pouvait graviter dans la vie de Chase – Alex, pardon – c’était juste mission impossible. D’ailleurs, elle était bien forcée de constater qu’elle ne comprenait pas grand-chose de la vie qui gravitait autour d’elle. Même l’archéologue qu’elle « connaissait », un peu hors du temps – tu m’étonnes ! – n’était pas ce qu’il disait être. Finalement, le laveur de vitres à la vie des plus banales, ce n’était pas si mal que cela.

« Tu sais ? En général je m’appuie sur des lois et des codes pour m’exprimer mais, il n’y en a pas pour ce genre de situation alors je ne suis pas certaine d’avoir les bons mots mais… »

Mais elle essayait de faire de son mieux. En tout cas, l’intention y était.

« On ne peut pas être d’accord sur tout, tout le temps. Tu vois le monde d’une manière dont je ne le verrai jamais et, j’imagine que nos idées sont inspirées par notre vécu. A partir de là, je suppose qu’on rencontrera d’autres points de divergence, des manières de faire sur lesquelles on ne tombera pas d’accord. »

Pas la peine de donner toutes les raisons qui faisaient qu’ils venaient de deux univers totalement différents, ou d’expliquer en quoi leur vécu était différent. Ça ne constituait pas une critique, on choisissait rarement l’univers dans lequel on avait grandi.

« Ça ne veut pas dire que tu es moins important ou que je t’aime moins, au contraire, c’est même pour ces raisons que je me sens obligée de dire ce que j’en pense. Je te demande encore moins d’être d’accord avec moi et de penser de la même manière. »

Elle aurait été très mauvaise avec un pouvoir de mentaliste et aurait probablement fait une très mauvaise vilaine, incapable d’insuffler sa façon de penser aux gens autour d’elle. Pas qu’elle aimait les conflits – quoique, vu sa relation avec Jay, on pouvait se demander – mais, les différences c’étaient ce qui permettait d’évoluer. Enfin, elle supposait.

« Au mieux, je te demande juste de réfléchir à ce que je peux dire mais, en réalité, c’est sûrement très injuste de te demander ça parce que, en réalité, je n’ai pas été un très bon modèle. C’est moi qui n’ai pas su t’écouter, qui n’a pas vraiment été très présente. En fait, je crois que tu as eu raison sur un point : je me suis juste arrêtée à une image que j’avais de toi, fermé les yeux sur le reste. »

Ne l’avait-il pas comparé à son oncle à un moment – enfin, il me semble.

« La première fois que je t’ai rencontré, tu sortais d’une tour, avec des problèmes et des inquiétudes bien humaines. Alors, je ne sais pas, cette première image de gamin un peu paumé, je crois que je l’ai gardé de manière un peu injuste. Tu es loin d’être dans une catégorie aussi banale et clichée, je crois que quelque part je n’ai pas voulu voir certaines choses parce que… Parce que, en réalité, ça me dépasse complètement et que c’est très frustrant de vouloir d’aider sans avoir la moindre idée de comment je dois m’y prendre. »
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Message posté : Mar 11 Nov - 15:30 Message
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— Transuranien.

Glissa Alex. L’explication de physique fondamentale sur les éléments transuraniens lui brûlait les lèvres, évidemment, et malgré le désir tout aussi brûlant que nous avons tous de glisser dans cette histoire un bel exposé sur les propriétés des éléments superlourds, le jeune homme réfréna ses ardeurs pédagogiques (ou, en tout cas, scientifiques), et se tint silencieux pour que son amie pût poursuivre.

Il regrettait amèrement d’avoir comparé Charlie à son oncle. Son oncle l’avait chassé du Bigsby Building — ou il l’avait poussé à s’en chasser tout seul — tandis que Charlie lui avait conseillé de se jeter dans les bras de Lukaz et de vivre pleinement sa carrière de criminel. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas exactement ce que l’avocate avait essayé de dire, mais c’était en tout cas ce que Chase, à l’époque, avait déduit de ses explications. Charlie et Lukaz avaient été les premières personnes à le traiter comme un être impossible à réduire à sa famille ou à la dangerosité éventuelle de ses pouvoirs, les premiers, en tout cas, qui lui eussent donné constamment le sentiment d’être autre chose qu’un Neutron-Grey, et il leur en était pour toujours reconnaissant.

— Paumé, moi ?

Alex esquissa un demi-sourire.

— Je découvre des éléments transuraniens, c’est te dire si je suis connecté avec la réalité.

Paradoxalement, plus son existence devenait étrange, plus il s’améliorait en matière de relations sociales — essentiellement grâce à l’insistance de Lukaz. Mais avec tous ses progrès, Alex restait Chase, un roboticien très imaginatif qui préférait des réalités mouvantes et inédites à un monde trop stable et trop monotone.

Le sourire du jeune homme s’effaça et il reprit plus sérieusement :

— Je suppose que je grandis.

Et il ne disait pas ça seulement parce que son corps actuel avait une bonne tête de plus que le précédent. Pour ce qu’il en savait, il n’était pas à l’abri d’une prochaine réincarnation en gnome.

— J’ai toujours des problèmes et des inquiétudes bien humaines, tu sais. Enfin, de mon point de vue, l’humanité n’a pas le monopole des problèmes et des inquiétudes de ce genre-là…

Ce qui avait été l’un des points essentiels de son argumentation, quelques mois plus tôt, et ses nouvelles découvertes transdimensionnelles, dans des mondes peuplés d’être pas du tout humains et pourtant parfaitement pensants, ne l’avait pas convaincu du contraire. Il haussa les épaules, peu désireux de s’engager dans une nouvelle controverse.

— Enfin, peu importe la sémantique, tu vois ce que je veux dire.

En vérité, cette sémantique-là lui importait beaucoup, mais il était venu pour se réconcilier, pas pour lutte contre le colonialisme intellectuel de l’humanité.

— Si je n’avais pas ces inquiétudes-là, je ne serais pas venu ici aujourd’hui. Je ne serais pas en couple, je n’aurais pas d’amis. C’est vrai que parfois, j’ai l’impression que je suis devenu radicalement différent du gamin que j’étais quand je suis venu dans ton bureau la première fois. Et parfois j’aimerais bien l’être. Après tout, ce serait beaucoup plus facile d’être une sorte de…

Il chercha une comparaison et finit par hausser les épaules.

— D’être dépersonnalisé.

Et il l’avait presque été, pendant les quelques semaines de sa désincarnation.

— Mais ça aussi, je crois, c’est une catégorie banale et clichée. Je ne peux pas attendre des autres qu’ils soient compréhensifs, je suppose, si je ne sais pas moi-même ce qu’ils sont censés comprendre.

Ou peut-être que les autres étaient mieux placés que lui pour comprendre ce qu’il ne savait pas de lui-même, ou peut-être que… Alex soupira. Les introspections, c’était beaucoup moins amusant que la physique atomique, y a pas à dire.

— Peu importe. Ce qui compte, c’est que j’ai réfléchi à ce que tu as dit. Quant aux moyens d’arriver à ses fins. J’ai fondé un journal.

C’était une version très édulcorée de ses activités. S’il avait inclu les moyens proposés par Charlie dans ses perspectives, il n’en avait pas pour autant retiré les siens et ce que Charlie avait condamné, ses méthodes plus concrètes, il continuait à les développer. Charlie avait en quelque sorte ajouté une arme supplémentaire à son arsenal — comme souvent, Alex comprenait d’une manière toute personnelle les conseils de l’avocate.

— La Nouvelle Aube, tu as peut-être vu ? C’est en ligne.

Le journal commençait un peu à faire parler de lui, comme un journal pro-métahumain et progressiste, pour l’heure assez modéré, quoique revendicatif. Il était dirigé par une rédactrice en cheffe fraîchement sortie des geôles d’un pays lointain et paraissait disposer de ressources financières assez considérables — pour quelqu’un qui n’était revenu d’entre les morts que quelques mois auparavant et qui n’avait pas d’existence civile, une pareille réalisation avait de quoi laisser songeur.

— Bon, après, je me suis contenté de lancer le truc, parce que ce n’est pas vraiment mon domaine, mais tu vois, j’ai été réceptif à tes arguments.

Il se gardait cependant de demander à Charlie si elle avait été réceptif aux siens. Les regrets de l’avocate avaient l’air d’être beaucoup plus personnels que politiques.

— Bref, on devrait faire plus de choses ensemble, peut-être. Tu sais. Trouver de la place dans nos emplois du temps. Ça nous permettrait sans doute d’éviter ce genre de situations. Ces derniers mois, je crois que j’ai eu un peu tendance à venir te voir quand c’était la crise. D’accord, ma vie, c’est un peu la crise permanente, mais t’es pas ma coach existentielle, t’es mon amie. Je voudrais qu’on partage des trucs un peu plus simples.

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Message posté : Dim 16 Nov - 19:46 Message
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Transuranien, trans-truc, c’était la même chose, non ? Sérieusement, elle le remercia intérieurement de ne pas partir dans des explications sur cet élément parce que, soyons honnête, elle n’aurait rien compris. Avoir le cerveau de Chase, ça devait être fatiguant quand même. Personne pour comprendre tout ce que vous racontez et des idées à ne plus en finir. L’écouter ne posait pas de problème à Charlie mais, dans ce genre de sujet, ce n’était pas vraiment elle qui pourrait suivre un véritable échange : son discours serait ponctué de hochement de tête et de froncement de sourcil pour marquer une incompréhension. En fait, les relations sociales étaient surement plus simples que de parler Trans-truc-machin-uranien.

« Tu sais ? Quand je parle d’humanité, ce n’est pas vraiment pour dire qu’il n’y a que les humains. C’est seulement que je n’arrive pas à avoir une vision d’ensemble, j’ai cette tendance à rester sur le fait qu’il n’y a que nous alors que tout indique le contraire. Mais, je ne sais pas, j’ai l’impression d’être tellement loin de tout ça que je schématise au plus simple. »

Avant d’être américaine, elle était texane. C’était eux les être dominant avec leurs armes et leurs jurons. La dernière invasion extra-terrestre tendait à dire que les aliens étaient les Méchants de l’histoire. Bon, en même temps, tout ce qui n’était pas un bon puritain américain était un Méchant. Chase voyait des choses, des milliers de choses alors que, elle, de son côté, elle restait cloitrer dans son bureau à examiner des dossiers. Celui qui était probablement le plus dans le vrai, qui avait une meilleure vision d’ensemble, c’était lui.

« Il y a, je suppose, bien trop de choses qui me sont inconnues pour que j’arrive à avoir une vision d’ensemble. Mes raisonnements sont conditionnés parce que je vois ou je perçois et pas par un ensemble. Je ne suis pas d’accord avec l’action menée contre la Cooper mais, très honnêtement, si on entre en guerre, c’est toi qui gagneras. Parce que je ne suis pas capable de voir des répercussions, je vais juste rester bloquée sur le fait qu’une action est contre mes principes. »

Elle ne s’en prendrait pas à une personne dans un orphelinat, seulement à cause des enfants présents. Chase voyait plus loin, pas qu’elle était d’accord avec les principes mais, oui, clairement, il aurait plus de chances de réussite qu’elle qui resterait dans des actions que sa morale accepterait.

« Je n’ai jamais voulu dire que tu étais immoral ou quelqu’un de pas « bien », seulement que ça n’entrait pas dans ma morale. Ça ne change pas ce que je peux penser de toi mais je ne peux pas, non plus, te féliciter et te dire que ce que tu as fait est une bonne chose si je ne le pense pas réellement. »

Elle n’était pas certaine de s’exprimer comme elle le souhaitait ou même de véhiculer comment elle ressentait les choses. Charlie faisait avec les moyens du bord. Elle releva les yeux sur Alex.

« Je ne te dirais pas ce que tu dois faire ou ce que tu ne peux pas faire. Par contre, oui, je te dirais comment je vois les choses mais, ce que je dis n’est pas une solution miracle. On peut ne pas être d’accord et que, dans un désaccord, ce soit toi qui sois dans le vrai. »

De toute façon Charlie ne ferait pas un bon stratège, elle serait capable de refuser de condamner deux personnes si c’était pour en sauver dix de l’autre côté. Donc, oui, Alex était probablement dans le vrai mais elle ne pouvait pas, moralement, se le dire.

« Pour le journal, c’est Sarah qui m’en a parlé. Sérieusement, c’est en ligne… ça devrait répondre à ta question pour savoir si je l’ai vu de moi-même. »

Un sourire sur les lèvres, elle rappelait à quel point les choses pouvaient être un peu compliquées quand il s’agissait de trouver quelque chose sur internet.

« Hey ! J’ai encore des dossiers fait de papier et d’encre, je te rappelle. »

Bien sûr, elle était contente que ses arguments aient trouvé répercussion chez Alex. Après est-ce que c’était une bonne chose ? Elle n’en savait rien parce que, forcément, elle se souvenait de la comparaison avec l’oncle de NG et que, par conséquence, elle en venait vraiment à se demander si cette comparaison n’était pas justifiée. Elle ne voulait pas lui imposer des choix, seulement lui dire comment elle voyait les choses.

« Et, je serais contente qu’on fasse d’autres choses ensemble mais, même si tu ne venais qu’en temps de crise, je ne t’en voudrais pas. En fait, la seule chose que je voudrais, c’est que tu ne me vois pas comme ton oncle. Je n’essaye pas de diriger ta vie, faut vraiment voir ce que je te dis comme ma façon de voir les choses. Pas comme des choses que tu dois faire parce que je l’ai dit. »

Non, en vrai, la question existentielle c’était de savoir si oui, ou non, les deux pouvaient se rencontrer sans qu’il ne se passe quelque chose, ou sans problème à aborder ! Un peu difficile de croire que « simple » soit possible dans la vie de Chase mais, en même temps, c’est ce qui faisait qu’il était lui. Elle n’allait pas s’en plaindre.
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Message posté : Lun 17 Nov - 15:15 Message
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Alors que Charlie lui parlait de principes, de morale, de ce qui était condamnable et de ce qui ne l’était pas, Alex n’était pas certain de vraiment comprendre ce que lui racontait son amie. Enfin, en théorie, si. En théorie, tout cela lui parlait encore. Il l’avait appris comme elle. Au Bigsby Building, au sein des NG, à l’UNISON. Mais est-ce que ça lui parlait vraiment, il n’en était plus sûr. Et il n’était pas sûr non plus d’avoir les principes opposés, de préférer l’anarchie à l’ordre, la diversité radicale à l’homogénéité, le pouvoir de la force à celui du consensus. Il avait ses idées, mais elles étaient sans cohérence — ou, lorsqu’elles en avaient, il ne les poussait pas lui-même, dans sa vie quotidienne, jusqu’à leurs conclusions logiques.

N’était-il pas en train de parler à une humaine, dans un parc public, dans la quiétude de l’après-midi ? N’était-ce pas, de son point de vue, comme pactiser avec l’ennemi ? Adrian Pennington, le nouveau Légionnaire ? L’ennemi. Pourtant, Alex se sentait incapable de laisser l’idéologie guider son existence, tout comme il était incapable d’ignorer ce qu’il observait et les réflexions que lui avait finalement inspirées sa propre frustration. Il se sentait partagé entre sa philosophie politique et son existence personnelle et dans ce partage, il n’avait pas l’impression d’être déchiré. Pas de dilemme. Peut-être que, finalement, il n’avait pas de morale.

L’idée que Charlie pût ne pas approuver son action à l’endroit de Heather Cooper ne le blessait pas, elle ne faisait pas naître en lui de honte ni de culpabilité : elle le frustrait. Il aurait aimé que Charlie pensât comme lui sur ce point, exactement comme lui, tout comme il eût aimé que Lukaz partageât son affection pour les robots insectoïdes de l’Essaim ou qu’Abban ne trouvât pas que les expéditions dans d’autres dimensions fussent « sérieusement flippantes ». Se résoudre à être, comme tout le monde, incompréhensible et toujours un peu seul, Alex n’y parvenait pas.

Le jeune homme jugea plus prudent d’abandonner les rivages dangereux de ces considérations morales et de laisser la conversation prendre un tour plus personnel.

— T’es pas comme mon oncle.

Il y avait quelque chose d’agréable à entendre Charlie le souligner. Savoir que son amie avait été blessée par cette comparaison le rassurait un peu.

— J’aurais pas dû dire ça, je suis désolé. Tu m’as jamais rien imposé. Au contraire, tu m’as même plutôt encouragé à faire ce que je voulais.

Et elle n’en mesurait sans doute pas toutes les conséquences.

Alex secoua la tête.

— Des fois, je me dis que je devrais retourner les voir. Mon frère, mes sœurs. Mon oncle. Elles, elles me manquent. Eux…

Maxime et son oncle. Des hommes, des vrais. Des héros. Droits. Pleins de principes. Pleins de certitudes.

— Je suppose que ça ne servirait à rien.

Il avait imaginé, de temps à autre, ces dernières semaines, la scène. Lui au Bigsby Building. Quelques démonstrations de ses pouvoirs pour prouver qui il était. La surprise. Et après ? Il n’allait pas tout révéler, toute sa vie radicalement opposée aux idéaux des NG. Alors, qu’est-ce qu’ils auraient à se dire ?

— J’y pensais pas avant, mais maintenant, je me demande à quel point mes parents auraient été déçus par moi.

Ses parents avaient toujours été une réalité lointaine, une sorte d’abstraction du passé, une image pas très chaleureuse, faite de vidéos, d’écrits, et du témoignage des autres. Ils ne lui avaient jamais manqué. C’était tout du moins ce qu’il avait supposé.

— Si t’étais pas là, il n’y aurait personne pour être fier de moi. Enfin si, Lukaz, mais je veux dire, personne de plus… Âgé.

Elle n’était pas beaucoup plus vieille que lui, pas assez pour être sa mère, mais assez pour être sa grande sœur.

— Et ce jour-là, quand on s’est disputés, je me suis dit que t’étais peut-être pas fière de moi. Peut-être que tout le monde trouve juste que je suis bizarre, que j’ai des idées bizarres.

Alex sentit que ses yeux devenaient un peu humides. Il battit rapidement des paupières. Depuis qu’il était devenu Noctis, depuis qu’il s’était hissé à la hauteur de la nouvelle vie qu’il avait forgé par pur effet de volonté, il avait pris de l’assurance, sans aucun doute. Trop d’assurance, peut-être. Il avait compensé ces incertitudes passées par les parts les plus fortes de son tempérament, quitte à oublier lui-même qu’il n’était, finalement, qu’un orphelin de vingt-deux ans.

— Désolé.

Alex ravala ses larmes.

— Je crois qu’en fait, je sais juste pas très bien ce qu’on a, comme relation. Et pourquoi tu es là. Tu sais, pourquoi tu traines avec un ingénieur fou qui vit dans un monde que tu trouves incompréhensible. J’ai un peu peur que ce soit par une sorte de… Je sais pas. Charité.
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Message posté : Lun 24 Nov - 17:17 Message
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C’était rassurant de l’entendre dire qu’elle n’était pas comme son oncle. C’était rassurant mais, en même temps, ça voulait aussi dire qu’elle avait réellement vexé Chase, assez en tout cas pour avoir le droit à cette comparaison. Du coup, elle trouva le moyen de s’excuser du regard. Encore. Cela dit, c’était assez flatteur de se dire qu’il écoutait ses conseils parce que, en réalité, elle n’était jamais certaine d’avoir un impact sur lui. Parler à Alex, qui vivait dans un monde différent du sien, c’était un peu comme deux cultures se rencontrant : les conseils qu’elle pouvait essayer de donner n’étaient pas forcés d’être compris comme elle les entendait.

En fait, pouvoir avoir une influence sur quelqu’un, c’était une notion assez étrange. Elle avait essayé, pendant des lustres, à essayer d’établir un dialogue avec Jay, d’essayer de le sortir de la situation dans laquelle il se trouvait. A chaque fois, elle s’était heurtée à un mur. Si elle n’arrivait pas à avoir un impact sur les gens de sa famille – ou des gens avec qui elle avait vécu – comment pouvait-elle en avoir sur quelqu’un comme Chase ?

Des considérations et des doutes qu’elle laissa bien vite de côté parce que, au final, c’était bien moins important que Chase s’interrogeant sur la déception de ses parents. Sujet un peu compliqué, parce que, en matière de famille, elle n’était franchement pas une référence pour donner un avis supposé être objectif. Ce qui était encore plus difficile quand elle ne connaissait pas les parents NG. Ça l’ennuyait de ne pas trop savoir quoi lui dire, ni comment le faire. Ça l’ennuyait encore plus de le voir comme ça.

Des yeux qui commençaient à s’humidifier, ce n’était pas le moment où les gens décidaient d’être tactiles ? Le genre de comportement qu’elle n’avait jamais connu dans sa famille, le genre de geste qu’elle ne connaissait pas. Du coup, de manière maladroite, elle balança un sourire et, d’un petit pas sur le côté, elle lui mit un très léger coup d’épaule. Son geste « câlin » à elle.

« Ça n’a jamais été une question de charité. A aucun moment. » Aller, dans le pire des cas, on pouvait dire qu’elle avait eu envie de faire du social – mais ce n’était pas ça – mais, en aucun cas, il avait été question de charité. « Tu as débarqué un jour et, disons, que j’ai une vision assez injuste et pas très flatteuse des gens qui naissent et grandissent dans des milieux financiers importants. »

Les préjugés, une grande histoire chez elle. Même si, comme beaucoup de monde, elle avait envie de croire qu’elle n’était absolument pas soumise à ce genre de considérations et qu’elle était la plus ouverte d’esprit.

« Bref, tu as débarqué avec tes problèmes qui étaient, au final, les mêmes problèmes que beaucoup de gens. »

Ce n’était pas une critique mais, vouloir sortir un ami de prison parce qu’on le pensait innocent, Chase NG n’avait pas été le premier à le faire et il ne serait pas le dernier.

« Tu avais à peine fini d’exposer ce qui t’amenais que je me prenais déjà une leçon par quelqu’un de beaucoup plus jeune. »

Parce que, pour elle, quelqu’un qui avait les moyens ne s’encombrait pas d’avocat, il payait bien les bonnes personnes. Que quelqu’un qui avait les moyens, dictait juste comment les choses allaient se passer sous prétexte qu’il avait de l’argent et ainsi de suite. Mais si Charlie avait des préjugés, elle essayait quand même d’apprendre et, un gamin qui débarque, qui fout en l’air une idée reçue… Ouais, il y avait sûrement beaucoup à apprendre de lui. EN tout cas, ça avait plus ou moins été le raisonnement au début.

« Puis, après, c’est devenu autre chose. On n’a pas du tout la même histoire, ni les mêmes expériences mais…De manière très large, il y avait des similitudes. Par exemple, le fait de se sentir différent du reste de sa famille, dans un sens, c’est quelque chose qui me parle. » Elle prit une seconde ou deux réflexions. « En fait, c’était sûrement très égoïste mais, je crois juste que j’avais envie de t’aider comme j’aurais voulu qu’on m’aide à un moment. »

Etre différent du reste de sa famille, en fait, ce n’était pas vraiment une tare. Mais quand on est jeune, qu’il n’y a personne pour vous le dire, c’était facile d’y croire.

« Aujourd’hui, je crois que… Enfin, de mon côté, c’est plus quelque chose de fraternel, je suppose. Je ne sais pas comment expliquer mais, j’ai seulement envie que les choses se passent bien pour toi. Que tu sois bien. Ce n’est pas parce que je ne comprends pas ce que tu peux faire que tu es quelqu’un de bizarre. Et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec une action que je vais me mettre à te pointer du doigt en te disant de partir loin. C’est un peu comme avec Jay, il y a un tas d’activités que je ne cautionne pas chez lui mais, pas grave, ça reste la personne avec qui j’ai grandi. Je tiens à lui et qu’importent ses choix, ça restera Jay. »

Et qu’on n’aille pas interpréter que Jay pouvait supprimer toute une galaxie qu’elle tiendrait toujours à lui… Euh… Ouais, en fait, c’était le cas. Au stade où elle était, avec Chase, il y avait de grandes chances qu’elle réagisse de la même manière pour le jeune homme. Un cas désespéré.

« En fait, c’est ça, c’est comme avec Jay. D’ailleurs, tous les deux, vous pouvez être hyper frustrant, tu sais ? Comme lui, je ne sais même pas ce que tu peux faire alors que quelqu’un, comme Adrian, est au courant de certaines choses. »

Non mais sérieusement ? Comment Adrian savait ce qui s’était passé à l’orphelinat alors que, elle, de son côté, elle serait toujours dans l’ignorance si elle n’avait pas été en compagnie des deux personnes en même temps ?

« Enfin, je ne dis pas que tu es Jay, ou que je te vois comme lui. Mais s’il fallait définir ce qu’on avait tous les deux, ça se rapprocherait plus d’une relation fraternelle. »

Les liens du sang en moins et une vie en commune absente aussi.
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Message posté : Mar 25 Nov - 22:03 Message
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Alex n’eut d’autre choix que de repenser à leur rencontre. Il se demandait s’il était bien différent du jeune homme qui avait à l’époque franchi la porte du cabinet où Charlie travaillait encore. Là où elle avait servi de bonne conscience à d’autres avocats plus lucratifs. Différent, sans doute. Désormais, il n’avait plus besoin d’avocat. Il était la mesure de sa propre justice. Quand il avait besoin d’intercesseurs, c’était pour traiter avec d’autres criminels, pour établir des collaborations avec ceux qui se méfiaient des indépendants, et alors il passait par Lukaz ou par Abban. Par les Dragons, à la limite.

Et pourtant, il était semblable au Chase d’alors. Capable de remuer ciel et terre pour un garçon. Décidé à agir sur ses certitudes, sans se soucier de celles des autres, de leurs préconceptions, de la force des preuves et de la difficulté de l’entreprise. Il avait toujours le même tempérament volcanique aux allures nonchalantes. Simplement, l’écorce de timidité et d’incertitude s’était fendillée avant de tomber en morceaux et à ce processus, Charlie n’avait pas été étrangère.

Elle était une sœur pour lui. Il avait pour elle la même affection que pour Victoria. La même affection qu’il avait toujours pour Victoria, mais de loin, alors que celle-ci menait une vie radicalement différente de la sienne, et sans doute pour toujours. La comparaison que Charlie fit avec Jay, loin de le vexer, lui parut ainsi très parlante. Il y eut un silence, puis Alex murmura :

— Merci.

Alex s’arrêta de marcher, se tourna vers Charlie, hésita un peu, mais se pencha et déposa finalement un baiser sur sa joue. Il eut un sourire amusé en songeant aux spéculations que leur relation avait pu nourrir par le passé.

— Peut-être que demain, il y aura un article sur toi et la relation torride que tu entretiens avec un grand black.

Mais il espérait le contraire : s’il y avait bien une chose qui ne lui manquait pas de sa vie passée, c’était l’attention soutenue des journalistes. Il était ravi, ce jour-là, dans le parc, d’être l’anonyme qui marchait à côté de Charlie Lane. Ils reprirent leur chemin dans les allées et le fil de leur conversation.

— Tu sais, Adrian et moi, on évolue dans des mondes semblables. Et on a certaines préoccupations en commun. Certaines préoccupations…

Quelques mois plus tôt, il aurait dit « héroïques ».

— … stratégiques.

Ce n’était pas vraiment le bon terme. Alex avait un peu de mal à reconnaître que toute son éducation de Neutron-Grey n’avait pas été en pure perte. Ses retrouvailles avec Adrian avaient été commandées en grande partie par son désir de sauver Star City d’une menace encore indistincte et il lui arrivait plus souvent qu’il ne l’admettait de prêter secours aux héros de la ville. Ses interventions providentielles, parce qu’elles se jouaient entièrement dans l’esprit de criminels se transformant soudain en agneaux, avaient pour elles le mérite d’une parfaite discrétion.

Mais il était difficile de concilier une existence criminelle, une existence révolutionnaire et une existence héroïque. Alex n’en avait jamais été à une contradiction près, mais pour jongler entre ses aspirations parfois très différentes les unes des autres, le jeune homme avait toujours la même technique : regarder ailleurs et faire comme si de rien n’était.

— Je veux bien venir vers toi la prochaine fois que j’entends des rumeurs sur des rituels nécromantiques, mais franchement, je ne suis pas sûr que tu apprécies. Enfin, je vois ce que tu veux dire, évidemment…

Il se doutait bien que Charlie ne lui réclamait pas une participation plus active dans ses aventures les plus dangereuses.

— Je crois que je suis un garçon secret.

Merci, Captain Obvious.

— Mais ce n’est pas parce que je ne parle pas de tout, ou même parce que je parle de peu, que ça veut dire que je tiens moins à toi ou que je te considère moins proche. Tu sais, je n’ai pas vraiment de confident.

Même à Lukaz, il ne disait pas tout, sans pourtant rien lui cacher. Le Français lui avait assez souvent reproché son incroyable propension à garder les affaires de sa vie pour lui-même. Depuis, Alex se forçait à partager plus amplement ses impressions et ses péripéties, avec Lukaz, avec Abban, avec Charlie même, mais il lui était difficile de lutter toujours efficacement contre l’un des traits les plus appuyés de sa personnalité.

— Pour Jay, je ne sais pas trop quoi te dire, je ne le connais pas. Mais enfin, disons que le simple fait que je ne l’aie jamais rencontré me laisse penser que tu n’es pas la dernière non plus quand il s’agit de compartimenter ton existence.

De la même manière, Charlie n’était pas la reine des confessions.

— C’est pas un reproche, hein. Juste que d’une certaine façon, je crois qu’on s’est bien trouvés, toi et moi. Mais puisqu’on en parle…

Ils avaient fait le tour du parc. La fraîcheur ne rendait pas l’option du banc très attrayante, alors Alex se dirigea vers la sortie pour poursuivre la promenade au hasard des rues.

— … si jamais je peux faire quelque chose, pour Jay. J’ai pas toujours très bien compris quels étaient les problèmes, mais peut-être que je serais un peu plus familier de son monde que toi.

Une manière un peu détournée de confirmer qu’il était loin de son premier emploi à l’UNISON.
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Message posté : Mar 25 Nov - 23:27 Message
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C’était parfaitement injuste de retourner ce qu’elle disait contre elle. Voyons, Charlie était la personne la plus ouverte sur la vie qu’elle menait, elle racontait tout, tout le temps, à tout le monde. Du moins, je suppose que ça doit être le cas pour une Charlie vivant dans un de ces mondes parallèles qu’elle n’avait jamais explorés. Bien forcée d’admettre que Chase – penser « Alex », elle avait vraiment du mal – marquait un point. Lui reprocher ce qu’elle faisait n’était pas très judicieux surtout que, de mémoire, il lui avait déjà fait remarquer qu’elle ne parlait pas tellement. Elle voulait… Elle voulait vraiment faire des efforts à ce niveau-là, avec lui, c’était seulement un manque d’habitude. Peut-être aussi qu’elle estimait que ses problèmes n’avaient pas de grande importance à côté de ceux de Chase qui voyait et vivait des expériences qu’elle ne soupçonnait même pas.

L’espace d’un instant, elle eut l’impression que les rôles étaient inversés. C’était elle qui lui avait dit que ne pas beaucoup parlé ne voulait pas dire qu’elle tenait moins à lui. Qu’est-ce que vous vouliez dire à ça ? Elle n’allait pas le contredire puisqu’elle lui avait dit la même chose. Avec un air innocent, qui n’était pas si bien imité que cela, elle fit une légère moue.

« Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire. » Mais, elle reprit bien vite un air plus sérieux. « Je ne cherche pas à être secrète, je n’ai pas le réflexe de parler. Et, pour être honnête, je me dis que ce qui peut me tracasser n’est pas bien important comparer à ce que tu peux vivre ou voir. Je suis un peu comme une sorte de goute dans un océan que je ne perçois pas dans son intégralité alors que toi, en revanche, tu le distingues. »

Plusieurs fois Alex avait parlé des humains comme un groupe auquel il n’appartenait pas. Ce n’était pas une critique mais, parfois, elle ne voyait pas en quoi ses problèmes bien humains pouvaient intéresser quelqu’un comme lui.

« Tu parles de choses avec Adrian qui me dépasse, tu trouves des machin-truc je ne sais où. En quoi des problèmes familiaux ont une importance à côté de tout cela ? »

Ce n’était même pas une question de dénigrement de soi mais un constat. Elle imaginait Chase sauver le monde quand il entendait parler de rituels nécromantiques, d’être à la recherche de nouvelles inventions en trouvant des matériaux sur une autre planète. Franchement, à côté de tout cela, la situation de Charlie était bien dérisoire.

« Et puis, je ne saurais même pas te dire où le trouver. Notre dernière discussion a été… Assez compliqué, en fait. Je crois que vu la manière dont il m’a dit au revoir, ce qu’il ne fait jamais, veut dire qu’il n’a aucune envie de me revoir. »

Ce qui était entièrement de sa faute. Enfin, il l’avait quand même énervée à ne pas l’écouter et, elle avait fini par lui sortir deux ou trois trucs qu’elle pensait sur sa manière de gérer les choses. Pourtant elle le savait qu’il était beaucoup trop fier et qu’il allait tourner les talons.

« On est tombé sur un problème, tous les deux, et on n’a pas su le gérer. Le ton est monté et… » Elle passa une main sur son visage. « En fait, mon père a refait son apparition sauf que mon père n’est pas celui de Jay. » ça simplifiait l’histoire. « Et je crois que, pour Jay, en fait il n’y avait que ce lien qui comptait et qui faisait qu’on se parlait. Ce lien de sang en moins, il a juste tourné les talons. »

En tout cas, c’est de cette manière qu’elle percevait les choses. A croire que Jay ne faisait des efforts que parce qu’elle était sa sœur et que, maintenant que ce n’était plus le cas, il n’avait aucune envie d’en faire d’autres. Ou peut-être qu’elle avait juste envie de croire à cette vision des choses parce que lui en vouloir ça aidait à accepter la séparation.

« Franchement, je ne vois pas trop ce qu’il y a faire et puis c’est une tête de mule qui, de toute façon, n’écoute personne et préfère croire en ses versions des faits. »

L’idée d’un lavage de cerveau la tentait bien, ou lui demander d’effacer la dernière conversation qu’elle avait eue avec lui de l’esprit de Jay, était très tentante. Mais, en fait, elle ne se résoudrait pas à faire quelque chose comme ça à Jay et encore moins de le demander à Chase. Comme elle ne voyait pas de solution apparente, le mieux était encore de partir sur autre chose, non ?

« D’ailleurs, sur le registre des nouveautés, je crois que je dois te dire quelque chose avant que tu ne l’apprennes autrement. » Elle posa son regard sur Chase. « J’ai accepté un poste à l’UNISON. Enfin, disons que, pour le moment, je vais plus servir de consultante sur un plan juridique. On m’a dit, y a quelque temps que, en fait, de mon bureau je ne voyais que le haut d’une fourmilière et que je faisais que taper dessus. Je me dis que l’UNISON permettrait d’avoir une vue d’ensemble sur la fourmilière et que ça ne peut pas être une mauvaise chose. »
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Message posté : Mer 26 Nov - 12:22 Message
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Alex, qui était le premier à prendre de haut les vicissitudes des existences humaines, secoua la tête quand Charlie entreprit de comparer ses préoccupations à celles du mentaliste.

— Ce n’est pas une question de hiérarchie.

Ben voyons. Quand ça l’arrangeait.

— Je t’aime, alors tes problèmes sont les miens.

D’un amour entièrement platonique, on le devinait bien. Il écouta donc attentivement ce que l’avocate lui exposait de ses difficultés fraternelles. Il n’était pas certain de mesurer l’importance de la question, avoir le même père ou un père différent, d’abord parce qu’il ne comprenait pas précisément ce que c’était, d’avoir un père. Les liens du sang, en revanche, ne lui échappaient. Malgré toute sa volonté de se séparer de sa fratrie, Alex ressentait de plus en plus le manque de leur absence.

Cela dit, Jay avait tort. Par principe, puisqu’il s’opposait à Charlie, puisqu’il la faisait souffrir, il avait tort. Et Alex n’était pas du genre à rester les bras croisés devant un problème — il était du genre à ressusciter. Peut-être qu’il pouvait le retrouver, ce fameux frère turbulent et le raisonner ? Bon, sans doute pas le raisonner. D’abord, Jay n’avait pas l’air très raisonnable. Et puis, lui-même, il n’était pas très bon raisonneur. Mais lui parler pour… Il ne savait pas trop. Il improviserait sur le tas.

Tout ce qui lui manquait, c’était une idée de ce à quoi Jay pouvait rassembler. Heureusement, l’esprit de Charlie devait être plein de souvenir. Alex s’apprêtait à y cueillir un portrait-robot quand son amie se lança dans un exposé sur son changement de carrière. Le jeune homme s’arrêta brusquement de marcher. Et posa un regard noir sur la femme qui l’accompagnait. Lentement, il répéta, avec une pointe d’incrédulité :

— L’UNISON ?

C’était son ennemi numéro 1. Juste avant La Menace Fantôme et les gens qui n’aimaient pas les robots. La première impression qui s’empara de lui fut celle de la trahison. L’UNISON était l’exacte incarnation de ce qu’il honnissait dans le monde humain : une entreprise systématique de police, de contrôle, de régulation et d’enfermement de l’exotique et de l’inédit, de la magie, des extraterrestres et de la métahumanité. À ses yeux, l’UNISON ne faisait régner que l’ordre humain. Sous le couvert de principes internationaux, elle se substituait à la démocratie, acquérait un pouvoir sans cesse croissant, développait ses propres projets secrets et tentait d’uniformiser les êtres et les cultures. L’UNISON, c’était SHADOW avec le sourire aux lèvres.

Mais Charlie ne pouvait pas le trahir, puisqu’il ne lui avait jamais exposé ses vues. En tout cas, pas systématiquement. Il les avait laissées voir, de temps à autre. Ponctuellement. En passant, pour ainsi dire. Elle ne se rendait pas compte, sans doute. Normal, songea-t-il un instant, elle était humaine. Elle comme les autres avait un intérêt immédiat aux entreprises de l’UNISON. Alex tâcha de chasser ces pensées. Toute la discussion qu’ils avaient eue aurait été veine s’il n’avait été capable de faire abstraction de cette nouvelle déconvenue.

Il détourna les yeux et recommença à marcher.

— Tu devrais parler à Jay. Vous vous êtes séparés en vous discutant, ce n’est pas très significatif.

Autrement dit : l’UNISON était un non-sujet auquel il opposait un silence obstiné.

— Je suis pas un expert en matière de parents, mais vous êtes ensembles depuis trop longtemps pour qu’un simple hasard biologique l’emporte sur le reste. Les liens du sang, je dis pas que ce n’est pas important, mais ça ne devrait pas être absolument déterminant. À mon avis, il faut juste un peu de patience.

Il ne savait même pas s’il avait vraiment envie de l’aider à retrouver son frère. Peut-être que si. Peut-être qu’à ses motivations premières s’en ajoutaient d’autres désormais : en apprendre un peu plus sur le passé de Charlie Lane, mieux connaître son amie et parvenir, un jour, à la convaincre qu’elle se trompait lourdement sur l’UNISON. Il avait commis cette erreur avant elle et il estimait qu’une sorte de devoir lui imposait de détourner Charlie d’un chemin corrompu.

Et si ça ne fonctionnait, il pouvait toujours tenter des stratégies alternatives. La destruction de l’UNISON, par exemple. C’était sans doute possible, avec un peu de réflexion.

En marchant, il avait repris le chemin du cabinet de Charlie, sans s’en rendre compte. Les choix de carrière de l’avocate lui avaient malgré tout donné envie d’abréger la conversation.

— J’aurais bien dit qu’en plus, vous avez au moins la même mère, mais apparemment, ça n’a pas l’air d’être un super argument.

Il ne savait pas grand-chose de la situation familiale de Charlie.

— Je ne veux pas être indiscret, hein. Mais, je veux dire, il y a ça. Et puis ton père, il n’est pas obligé d’avoir raison. Techniquement, les hommes ne sont pas les mieux placés pour savoir de qui ils sont les pères ou non. Ça mériterait quand même un examen posé, ton histoire.

Et avec des échantillons de sang, si possible.
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Message posté : Ven 28 Nov - 11:13 Message
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Voilà, c’est pour ça qu’elle préférait lui dire plutôt que de le laisser apprendre son changement de carrière via un journal ou autres. Évidemment, Charlie n’avait pas tout le raisonnement d’Alex concernant l’UNISON – elle n’avait pas toutes les informations d’un tas de choses en réalité – mais, dans la mesure où il l’avait quitté cette organisation, elle ne devait pas lui convenir.

La réaction d’Alex était probablement vexante et blessante, surtout quand la discussion sur Jay n’était pas loin. L’impression, un peu, d’être face à quelqu’un qui, une fois de plus, n’était pas d’accord avec ses choix. Alors peut-être que c’était elle qui s’acharnait à prendre les mauvaises décisions, tout le temps, en toutes circonstances. Typiquement dans ce genre de moment que la version « tu n’es pas une Lane » lui convenait bien, au moins, ç a prouvait qu’elle ne venait pas de la bonne famille, que ses choix auraient été mieux appréciés ailleurs. Qu’elle aurait été mieux acceptée.

Alex ne s’attarda pas trop sur le sujet et, dans le fond, elle n’était pas certaine de vouloir insister. Elle le voulait pour éviter tout problème avec lui, pour ne pas se retrouver avec un nouveau silence radio pendant quelque temps qu’elle trouverait toujours trop long. Et, d’un autre côté, elle en avait marre de devoir toujours justifier ses choix. Peut-être que l’UNISON ne lui conviendrait pas mais, au moins, elle aurait essayé. Rien ne l’empêchait de revenir au cabinet à temps plein si ça n’allait pas, elle ne se fermait pas de porte. Charlie demandait juste à essayer et surtout qu’on ne vienne pas critiquer ses choix ou d’être une déception parce qu’elle ne prenait pas le chemin que les autres préféraient.

Tout bien réfléchi, elle décida de ne rien dire face à la réaction – ou manque de réaction – d’Alex au sujet de l’UNISON. Puis, le fait qu’ils prennent le chemin du cabinet devait vouloir dire beaucoup, non ?

« Évidemment, un type est venue me voir pour me dire que je n’étais pas la sœur des autres et je l’ai cru sans lui demander plus de preuve ou sans faire d’examen, type test d’ADN. »

Les gens – Jay et Chase, en fait – croyaient quoi au juste ? Qu’elle avait simplement accepté cette version des choses parce que ça lui convenait ? D’accord elle était blonde. Ok, elle était hyper-crédule. Mais là on parlait de toute une enfance remise en question alors non, bien sûr que non, elle ne s’était pas contentée de croire un inconnu sur parole.

« Cela dit, je suis d’accord sur le fait que les liens du sang ne devraient pas être aussi déterminants mais là on parle de Jay et, je crois que pour lui c’est très important. Et la dernière fois qu’il y a eu un réel désaccord avec Jay, la patience, ça veut dire qu’il a fallu attendre presque 8 ans pour lui reparler. »

Alors dans les faits, elle voulait bien être patiente mais, avec Jay dans l’histoire, ça voulait vraiment dire attendre longtemps. Si sa relation avec lui voulait dire se voir en pointillés pendant 1 an, et ne plus se revoir presque 10 ans derrière, ça commençait à être compliqué à gérer.

« De toute façon, c’est peut-être mieux comme ça. Je veux dire, mes choix n’ont pas convenu au reste de la fratrie Lane. » Pas qu’à eux, apparemment. « Jay était toujours entre deux feux, à vouloir suivre l’avis des autres, tout en voulant continuer à me voir. Au final, ça lui apportait plus de problème qu’autre chose. Là, au moins, il n’y a plus de soucis puisque, en fait, on n’a même pas une mère en commun. En fait, sur un point de vue génétique, on n’a juste rien à voir ensemble. »

Ce qui expliquait des années de « Charlie, elle ne ressemble vraiment pas à ses frères, franchement on dirait vraiment qu’elle est née dans la mauvaise famille ». Ce qui était certain, pour Charlie, c’était que Jay était retourné chez lui, qu’il avait dû expliquer ça aux autres et que, maintenant, tout le monde était content. Depuis qu’elle avait 25 ans, les autres avaient décrété qu’elle n’était plus de la famille. Maintenant c’était officiel.

« Le truc, c’est que je veux juste que ça aille bien pour lui. Si je ne suis plus dans les parages, ça lui évite tellement de conflit avec les autres Lane que c’est probablement mieux comme ça. »

Elle se souvenait encore de la fois où Seth les avait surpris en pleine conversation et, franchement, vu les manières violentes qu’il avait de réagir, les choses étaient bien mieux comme ça. Un discours qui aurait été différent si elle avait su qu’il squatter dans un immeuble abandonné mais, comme d’habitude, on ne jugeait pas bon de la prévenir de certaines choses.

« Mais laisse tomber, ce n’est pas très important. »

Évidemment que ça l’était mais bon, si on s’acharnait à ne pas vouloir comprendre ses choix professionnels, elle n’allait pas demander qu’on comprenne ses choix personnels. Choix sur lesquels elle n’avait franchement pas envie d’être jugée parce que c’était le sujet sur lequel elle pouvait être beaucoup moins tolérante et patiente.
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Message posté : Ven 28 Nov - 21:27 Message
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Pas très important, hein ? À d’autres. Alex ne comptait pas rester en retrait sur le plan personnel et professionnel, sans quoi, il ne lui resterait plus grand-chose de la vie de Charlie Lane à partager. Naturellement, la réaction immédiate de l’avocate à ses soupçons concernant les fondements de toute cette histoire l’invitait à procéder avec prudence, aussi commença-t-il par préciser ces fameux soupçons.

— Je ne dis pas que tu l’as cru sans examen, je te dis que les examens peuvent être trafiqués.

Et en tant que manipulateur émérite, il commençait par soupçonner ce genre de trafics avant de se laisser persuader par la vérité.

— Techniquement, les tests ADN sont fiables. Enfin, pas à 100%, c’est comme n’importe quel test, mais en gros, pour ce genre de choses, c’est assez fiable. Le truc, c’est que si tu récupères les résultats d’un test, tout ce que tu sais, c’est si les deux échantillons comparés ont une parenté. Encore faut-il savoir d’où viennent les échantillons comparés. Rien ne ressemble plus à un prélèvement de sang ou de salive qu’un autre prélèvement de sang ou de salive, et c’est pas comme si c’était la chose du monde la plus facile à substituer. À moins de faire les prélèvements et le test soi-même ou de le faire faire par quelqu’un en qui tu as vraiment confiance, c’est… Dangereux.

Il fallait certes être sacrément paranoïaque pour envisager de pareilles possibilités.

— La preuve scientifique, en un sens, c’est la preuve idéale à trafiquer, parce que tout le monde y prête foi. Personne ne se dit que ce fait-là peut être construit et interprété comme beaucoup d’autres. D’accord, ça demande pas mal de moyens et une sacrée détermination…

Enfin, lui, il trouvait ça assez simple et il supposait que pour quelqu’un comme Lukaz, les Mac Aoidh ou les Neuf Dragons, échanger des échantillons pour un test ADN devait relever du jeu d’enfants, mais utiliser des super-criminels de premier ordre comme point de référence n’aurait sans doute pas eu une grande valeur pour son argumentation.

— … mais tu es quelqu’un de très célèbre. Pas forcément très riche, enfin, si j’en crois ton appartement, mais célèbre et influente. Plus que tu ne veux l’admettre. Et si, quand même, assez à l’aise financièrement pour que ce soit intéressant. Tu as accès à beaucoup d’informations et d’institutions, ça fait de toi une cible stratégique de choix. Sans parler de tous les détraqués que le simple fait d’être célèbre attire.

Alex avait toujours eu l’impression que Charlie vivait sans vraiment prendre la mesure de sa popularité à Star City, de sa réputation qui n’avait cessé de croître au fil des mois. L’avocate n’était peut-être pas une Légionnaire de tout premier plan, mais elle était une personnalité médiatique qui devait attirer l’attention et nourrir certaines imaginations détraquées.

— Plus tes ennemis. Et je ne connais pas ton frère, mais il peut en avoir aussi. Tous ces gens-là pourraient très bien avoir la patience de fabriquer des preuves. Tu fais ce que tu veux, mais à mon avis, indépendamment de tes intentions par rapport à ton frère, une double voire une triple vérification ne serait pas de trop.

De la part de quelqu’un qui avait voulu installer un couloir de la mort dans le nouveau cabinet de Charlie et une porte blindée à capteurs multiples à l’appartement de l’avocate, de pareilles précautions paraissaient presque banales.

— Après, pour le reste, pour Jay, tout ça… Je suppose que s’il venait te voir, c’était qu’il y trouvait son compte, d’une certaine manière. Avoir des problèmes avec sa fratrie, c’est peut-être mieux que de vivre loin de sa fratrie.

Ils étaient au centre-ville et la silhouette du Bigsby Building se dessinait entre d’autres bâtiments. Les yeux d’Alex s’arrêtèrent sur la façade de l’immeuble de sa famille. Il sentit son estomac se noua, baissa les yeux et reconnut un peu piteusement :

— Après, c’est fais c’que j’dis, pas c’que j’fais, alors bon…

Là bas, Tesla était en train de mener ses expériences, Maxime de préparer sa prochaine mission, Victoria de réviser ses partiels, et peut-être que sa chambre à lui était restée intacte depuis sa mort.

— Je suis pas sûr que mon code génétique ait encore beaucoup à voir avec le leur, mais ils me manquent de plus en plus chaque jour.

C’était la première fois qu’il l’avouait — y compris à lui-même.

— L’ADN, jamais tu le vois, jamais tu le sens, et je suis sûr que dans cette rue, là, il ne doit pas y avoir deux personnes qui comprennent exactement comme ça fonctionne. Et pourtant, tout le monde a l’impression que c’est plus réel que le reste. Eh bien, en tant que scientifique, je crois que c’est important de rappeler parfois que certains faits de la science sont vraiment sans importance.

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Message posté : Mer 3 Déc - 12:19 Message
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Pourquoi elle devrait douter de tests ADN ? D’ailleurs pourquoi est-ce qu’il fallait être aussi suspicieux avec tout le monde. D’accord l’histoire était étrange, carrément irréelle mais, en même temps, elle avait été complété par des preuves. Et puis, peut-être qu’elle avait envie d’y croire parce que, après tout, cette version de l’histoire était bien plus simple à encaisser que le fait de ne pas avoir su entrer dans le moule Lane. Ouais c’était plus facile de se dire qu’elle n’avait pas de liens avec cette famille, plutôt que de se dire qu’elle avait enchainé les mauvais jusqu’à ne plus avoir de liens avec le reste de ses frères.

Un état d’esprit qui n’était, probablement, que passager mais, de toute évidence, Charlie était bien moins sujette à remettre tout en doute que ne l’était Chase. C’était presque déconcertant de voir avec quelle facilité il était capable de penser à une arnaque, comme si c’était si facile que cela de trafiquer des tests ADN. Bientôt, il allait lui dire qu’il faisait tous les jours entre son café et la lecture de son journal, que ce n’était qu’une formalité. Et, en parfaite naïve, avec une capacité toute particulière à fermer les yeux sur des évidences, Charlie laissa cette pensée de côté. Il était seulement parano, en aucun cas il était spécialisé dans les arnaques en tous genres. Un peu comme Jay qui, évidemment, ne faisait que des combats sans danger. Euh… Pour sa défense, elle est blonde, ça pardonne la moitié de son aveuglement.

« Si tu veux, je te donnerais de quoi faire un test, toi-même ou par quelqu’un que tu connais. »

Elle était amenée à revoir celui qui était apparemment son père alors, si ça pouvait rassurer tout le monde – et, surement elle la première, au final – récupérer un peu d’ADN ne devait pas être bien compliqué. Un cheveu était si vite perdu…Ou peut-être qu’elle avait seulement envie de prouver que tout le monde ne pensait pas forcément à mal, juste parce qu’une des autres personnes est connue. Tout n’était pas manipulation dans ce monde. La preuve, elle avait rencontré une personne parfaitement désintéressée par la situation qu’elle avait… Euh, ouais, ok, très mauvais exemple puisque cette personne était tout sauf désintéressée.

« Peut-être que tu devrais suivre tes conseils ? »

Elle ne lui demandait pas de faire une double, voire une triple, vérification pour aller comparer son ADN avec celui des Neutron-Grey. Puis, de toute façon, ça ne servirait pas à grand-chose, il devait avoir changé avec son changement de corps mais, il le disait lui-même, l’ADN n’était pas le fait scientifique le plus important.

« Je ne connais pas ta famille. » Et après, c’était elle qui l’avait laissé en retrait de sa propre famille. « Mais, de ce qu’on peut en entendre, il y a Victoria, non ? Peut-être que ça pourrait être un bon début. »

C’était assez hypothétique, justement, parce qu’elle ne connaissait pas les NG. Mais, de la vision qu’elle en avait, Maxime n’était pas forcément le premier choix le plus judicieux à faire, peut-être un peu trop droit dans ses bottes. Tesla…Tesla était une scientifique, Charlie se disait qu’avant de revoir son frère, elle verrait le côté scientifique de la réincarnation en Alex. Du coup, l’avocate n’était pas certaine que ce soit la meilleure approche à avoir. Puis, il y avait Victoria, sûrement la plus discrète de la famille, celle sur qui Charlie avait le moins d’informations.

« Peut-être que je me trompe à son sujet mais, du peu qu’on peut entendre d’elle, c’est sûrement celle qui est le plus… Euh… »

La plus « famille » sans pour autant être extrémiste dans un sens ou dans l’autre. La plus humaine sur le papier. Mais elle n’était pas certaine que ce terme soit à donner à Chase.

« Enfin, je n’en sais rien, tu la connais mieux que moi. Mais si ta famille te manque, pourquoi rester à l’écart ? Mais, ce que je veux dire, c’est que tu ne manques pas de possibilités. Tu n’es pas obligé de débarquer en disant ce qui s’est passé et qui tu es. »

Il avait changé sur un plan physique – pas que sur ça, d’ailleurs – il avait la possibilité de bloquer l’accès à son cerveau, il avait… Il avait tout pour tenter une approche discrète, en quelque sorte, d’aller tâter un peu le terrain, de voir ce qu’il était possible de faire ou non.

« Peut-être qu’aller les voir est une très mauvaise idée mais, est-ce que tu ne finiras pas par réellement le regretter si tu n’essayes pas ? »

Les regrets pouvaient être pires que beaucoup de choses. Et, si l’ADN n’était pas plus important que d’avoir vécu ensemble, ça devait être un peu la même chose pour les résurrections.
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Message posté : Mer 3 Déc - 15:21 Message
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Alex haussa les épaules.

— Moi je veux rien. C’est à toi de voir.

Il comptait sérieusement tenter de retrouver Jay, peu importe la décision de son amie, mais il n’empêchait qu’il n’allait pas forcer Charlie à participer activement à son enquête si elle était satisfaite de la situation. Il pouvait très bien se contenter d’en observer l’évolution de loin, pour se tenir prêt à intervenir le cas échéant.

— C’est ce qu’on disait tout à l’heure, non ? On a le droit de donner son avis sur la situation de l’autre, sans que ça soit forcément…

Dramatique, accusatoire, envahissant.

— … voilà. Après, voilà. Si tu veux que je vérifie, je vérifierai. Je suis là pour ça.

Et en matière de commentaires sur la vie de l’autre, Charlie n’y alla pas de main morte. L’avocate formula tout haut ce qu’il pensait tout bas depuis quelques semaines. Victoria. Ce n’était pas la sœur dont il avait été le plus proche, c’était certain, mais comme Charlie, il l’imaginait plus compréhensive. Ou plus réceptive. Maxime, il n’y songeait même pas. Il s’était bien rapproché de lui, peu de temps avant sa mort, mais la communication avait toujours été laborieuse entre les deux frères que quasi tout opposait. Et Tesla… Tesla n’était pas vraiment une source inépuisable de chaleur humaine, ni d’ailleurs une référence sûre quant aux réactions des autres.

Alex ralentit alors qu’ils approchaient du cabinet. À la dernière question de Charlie, il répondit par un sourire triste.

— Évidemment que si. Je le regrette déjà.

Mais le comportement d’Alex était loin d’être toujours rationnel.

— Qu’est-ce que tu veux, donner des conseils, c’est facile, les suivre, ça…

Il reconnaissait volontiers que leurs deux situations se prêtaient à de multiples parallèles et qu’une bonne partie de ce qu’il avait dit à propos de Charlie et des Lane, plus tout ce qu’il dirait, quelques jours plus tôt, lorsqu’il aurait retrouvé Jay dans son squat de Lincoln, s’appliquait sans difficulté à son propre problème.

— Parfois, j’ai du mal à me convaincre que les gens peuvent m’aimer moi indépendamment de ce qu’ils attendent de moi.

C’était ce qui s’appelait souligner une évidence. Tenter de se conformer à l’image que les autres se faisaient de lui était souvent le fonctionnement par défaut d’Alex-Chase. Il était devenu criminel pour Lukaz, mais en rencontrant quelqu’un d’autre, la voie qu’il eût empruntée aurait sans doute été toute différente. Sa touche personnelle, c’était de s’approprier cette image-là et de la transcender, de la faire fructifier de sa propre imagination et de ses rêves grandioses, quitte à ce que ses proches, comme Lukaz, en vinssent à lui rappeler parfois qu’ils désiraient aussi une vie un peu plus normale.

Il avait été un NG pendant des années. Il avait essayé d’être le parfait NG. À bien des égards, il avait réussi. À bien des égards, l’éphémère équipe Argos avait été l’aboutissement de sa vie de NG. Elle avait marié le goût pour l’histoire de Victoria, la scientificité de Tesla et le sens militaire de Maxime. Et si la vie personnelle de Chase n’avait pas été un perpétuel ouragan, elle aurait peut-être survécu longtemps encore.

— Je suis plus rien de leur monde, maintenant. Peut-être que si j’y retourne, ils seront contents de me voir. Sans doute, même. Ça me parait assez évident. Je m’imagine, des fois, tu sais, les retrouvailles. Et puis après, je songe à la suite. Aux questions. Aux reproches voilés. Aux airs préoccupés. À leur conviction à peine cachée que je suis un gamin paumé engagé sur un mauvais chemin qu’il importe de raisonner. Je sais pas si je pourrais encore supporter ça. Encore supporter d’être leur cadet. Alors je me dis que c’est plus simple et satisfaisant pour eux de pleurer ce que j’ai été plutôt que de s’accommoder de ce que je suis.

Ils étaient arrivés au pied de l’immeuble qui abritait le cabinet de Charlie. Alex se retourna vers son amie et reconnut :

— Évidemment, c’est totalement idiot. Mais dans ce domaine, je suis plutôt totalement idiot, faut pas se leurrer.

Alex avait assurément beaucoup de talents — et gérer sa vie personnelle de manière harmonieuse et indépendante n’était certainement pas l’un d’entre eux.

— Mais bon… J’ai déjà du mal à me dire que quand tu me regardes, tu me trouves pas trop changé, pas assez Chase, alors eux, je t’en parle pas. J’suis revenu pour les gens que j’aimais et parfois, j’ai l’impression qu’en revenant, je les ai laissés tomber. Tu sais. En quelque sorte.

Lukaz, d’une certaine façon, avait failli ressentir son retour comme une nouvelle absence, enfermé à Fallaenn, et dans des pensées incompréhensibles. Avec lui, Alex avait redressé la barre — tout du moins lui semblai-il. Avec Charlie, il essayait encore de sauver ce qui pouvait l’être. Mais les NG, c’était un exploit qui lui paraissait encore plus compliqué à accomplir.
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Message posté : Lun 8 Déc - 11:14 Message
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Ce n’était pas stupide, du moins, elle n’en avait pas l’impression. Elle comprenait que ça pouvait être compliqué de revenir quand on avait l’impression de ne plus avoir grand-chose à voir avec le reste de sa famille. Évidemment, cela devait être encore plus compliqué quand vous étiez officiellement mort. Si Alex pouvait être assuré sur certains points, ce n’était pas le cas pour d’autres sujets. Elle n’était pas certaine qu’il soit si sûr de lui sur un plan personnel, il avait l’air de douter d’un tas de choses, de ce qu’il était, de ce qu’il était devenu.

« Niveau changement, tu te poses-là, quand même. » Elle laissa passer un sourire. « Tu es, physiquement, à l’opposer de Chase. »

Cela dit, elle était consciente que le problème n’était pas si physique et qu’il ne parlait pas de ce genre de changement. Du moins, elle n’en avait pas l’impression.

« Sérieusement, même sans changer d’enveloppe, tu aurais changé sur un plan psychologique. »

C’était de son âge. L’adolescence, la sortie de cette période, la recherche de soi, les expériences et les personnes rencontrées. Tout ça favorisait le changement, c’était un peu le lot de tout le monde. Elle l’avait rencontré à une période où il se construisait et cela devait être d’autant plus vrai qu’il quittait sa tour dans laquelle on l’avait laissé durant son enfance.

« Les gens ne restent pas des enfants toute leur vie, ils évoluent, changent et se construisent avec leur expérience et leur entourage. Je ne m’attendais pas à ce que tu restes comme tu étais le jour où je t’ai rencontré. Je crois que je me serais plus inquiété si tu n’avais pas changé depuis ce premier jour parce que, dans le fond, je me serais dit que tu cherchais à garder l’image que tu pensais que j’avais de toi. »

Ce qui aurait donné une impression pas totalement honnête. Évidemment, il n’était pas non plus un modèle de vérité absolue, il gardait beaucoup de choses pour lui – ou du moins qu’il ne partageait pas avec elle. Et puis, comme tout le monde, Charlie devait aussi avoir une vision faussée, les sentiments rendaient toujours les avis moins objectifs.

« Je préfère te voir changer, plutôt que de me dire que tu cherches à correspondre à une image qui pourrait me convenir. Tu sais ? Je crois que certaines personnes sont capables de t’accepter comme tu es, pas seulement pour l’image qu’il voudrait avoir de toi. »

D’un autre côté, quand tout une partie du début de sa vie avait été conditionné pour coller à l’image d’un nom de famille, ça devait être compliqué d’essayer de se créer sa propre identité et encore plus compliqué de se dire qu’une différence allait être acceptée facilement.

« Ce n’est pas parce qu’une personne prend une voie différente qu’elle est forcément paumée. J’imagine qu’il faut expérimenté plusieurs voies pour tenter de trouver la sienne, qui correspond à ce que l’on veut et non pas à ce que les gens veulent. »

Vas-y Chase, expérimente bien le crime, tente même de devenir le maître de plusieurs planètes, faut trouver sa voie dans la vie. Autant essayer de prévoir comment pouvait être interprété ce qu’elle venait de lui dire. Cela dit, peut-être qu’il l’avait déjà trouvé, son orientation.

« Je te dirais bien que ta famille devrait comprendre ce genre de chose, que ce que tu décides de faire de ta vie ne change pas le fait que tu es leur frère. Mais… » Elle haussa les épaules. « En réalité, je n’ai aucune idée de la manière dont ils peuvent voir les choses. »

Etre une sœur n’avait pas empêché de se voir renier par ses frangins, juste parce qu’elle avait décidé de ne pas suivre la même voie que tous les autres. Ouais, peut-être que l’ADN n’avait aucune importance, que pour être d’une famille, il fallait correspondre à une image imposée… Pas vraiment très encourageant comme vision des choses.

« En fait, je ne saurais pas te conseiller dans la mesure où je n’ai pas réussi à faire valoir le fait qu’avoir vécu ensemble prévalait sur le reste. »

Elle leva les yeux sur le bâtiment qui servait à son cabinet avant de revenir sur Chase.

« Je suppose que tu nous as entrainé jusqu’ici parce que c’est le moment où tu vas me dire que tu as d’autres choses à faire et que tu dois y aller ? »

Ou une façon polie de dire que, comme elle avait accepté l’offre de l’UNISON, il préférait fuir le plus loin possible. Après tout, c’était bien depuis qu’elle avait parlé de ça, qu’il avait commencé à prendre la direction du cabinet.
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Parce qu'il était temps. #Chase

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