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Un électron au bord de la crise de nerfs

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Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 21:17 Message
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    Jeudi 30 octobre 2014

    Il était de la première équipe au bar ce soir. Le jeudi soir, il fallait bien les deux. Vincent rentra donc « tôt » ce soir. Epuisé, il arriva chez lui vers 21h34. Ces temps-ci, le jeune homme n’avait pas la forme. Fraichement en date : son aventure dans les bois avec Anna ; de quoi lui faire manquer sa confrontation avec le dragon Louis. Louis... parlons-en. Ou pas justement. Et puis il y avait Jace... Jace qui avait disparu comme ça d’un coup sous ses yeux. Des mecs étaient venus le chercher, juste devant lui. Holly avait vu leur badge apparemment, des agents secrets. Puis pouf ! Ils étaient partis avec Jace. Depuis, il ignorait où le Légionnaire se trouvait. Aucune nouvelle. Rien. Nada. Pour ne pas céder à l’inquiétude la plus totale, Vincent avait fait de son mieux pour ne pas y penser ces derniers temps... mais comment y arriver dans de telles circonstances ? Il avait demandé à Alan et Beverly, mais ils n’avaient pas l’air d’en savoir plus et lui dirent de demander directement à la Légion des Etoiles. Les héros en collants ne furent pas plus utiles. On l’informa simplement que Thunder était parti en mission secrète. C’était clair. Ca ne calma pas du tout les inquiétudes du pyromancien, au contraire. Et Holly n’arrangeait pas les choses, elle s’excitait toute seule et imaginait les scénarios les plus extravagants possibles, tous semblaient incroyablement dangereux et la seule issue que Vince leur trouvait était mortelle pour son ami. Bien sûr, il n’avait pas dit à son amie à l’imagination effilée qu’il avait des sentiments particuliers pour le jeune Légionnaire. Lui-même ne connaissait pas l’ampleur exacte de ces sentiments, mais la disparition de Jace lui confirma une chose : il tenait énormément à lui. Il avait besoin de lui. Jace Roberts était son roc et la Légion lui avait cruellement retiré. Pas étonnant qu’il se mette dans des situations pas possibles après ça.

    Le barman venait de passer la porte de son appartement. Il était seul ce soir. Jason était de la deuxième équipe au bar et Holly voulait faire une nuit complète à la bibliothèque. Eh oui, une étudiante en informatique pouvait elle aussi passer son temps dans un tel endroit ! La jeune femme était actuellement obsédée par un blog « fascinant » que Vince trouvait un peu bizarre, mais il avait au moins le mérite d’empêcher son amie de lui parler de Jace. Petite victoire, grand réconfort. Le jeune homme retira ses chaussures avant de se diriger dans sa chambre. Il n’allait pas faire long feu cette nuit. Une bonne douche et puis extinction des lumières. Le muté retira sa veste, son tee-shirt, son froc et ses chaussettes avant d’aller à la salle de bain pour se laver les dents. Il venait à peine de mettre son dentifrice sur la brosse qu’il entendit son portable le prévenir d’un message depuis sa chambre. Sûrement Holly, ou Anna peut-être... Tout en entamant son brossage, Vincent se déplaça pour voir de quoi il s’agissait. Avec un peu de chance, il aurait droit à un message qui le mettra de bonne humeur avant de se coucher. Il attrapa son portable. Trois textos envoyés par Jace Roberts. La brosse à dents cessa de bouger pendant une longue seconde, le temps nécessaire pour vérifier s’il s’agissait d’un rêve.

    Jace : Viens chez moi.
    Jace : Maintenant.
    Jace : Je t’en supplie.

    ...

    Le temps de finir de se laver les dents en express, de remettre ses fringues et Vincent s’était sauvé de son appart. Deux lignes de métro plus tard, il se retrouvait sur le chemin de l’appartement de Jace. Il n’y été jamais venu, mais le jeune mutant lui avait donné son adresse. Sur le trajet, Vincent dut composer avec ses émotions. Sa joie. Jace était revenu. Jace était vivant. Jace voulait le voir. Son soulagement était tel qu’il avait presque envie d’en pleurer. Mais il ressentait également de la colère, envers Jace, envers toute la Légion. Pourquoi ils ne m’ont rien dit. Pourquoi il ne m’a rien dit ? Ca aurait été trop dur d’envoyer un message pour dire : salut ! au fait j’suis vivant. Surtout avec ses pouvoirs, il aurait pu le faire sans problème. La peur : « je t’en supplie » ? Il devait y avoir un problème. Qu’est-ce qui s’était passé ? Dans quel état allait-il retrouver Jace ? Toutes ses pensées se bataillaient dans son esprit pour prendre la place de celle qui dominera les autres lorsque Vincent se retrouvera devant Jace. La bataille mentale continuait encore lorsque l’étudiant entra dans l’immeuble dans lequel vivait le garçon électrique. La peur grondait lorsqu’il frappa énergiquement à la porte. La colère reprit sa place quand la poignée se tourna.

    Toutes ses émotions s’unirent lorsqu’il vit dans quel état se trouvait Jace Roberts.

    Jogging déformé, vieux tee-shirt qui avait vécu de plus belles journées, cheveux décoiffés, visage creusé par le chagrin : Jace avait une tête horrible. Vincent demeura sur le pas de la porte comme frappé d’horreur. Il observait l’état dans lequel se trouvait son ami, son amant. Berto (oui il avait renommé le nœud qui se formait dans son estomac à chaque fois qu’il pensait à Jace) rugissait de colère et hurlait de chagrin. Vince resta stupéfait encore un moment. Puis il se jeta sur Jace et le serra dans les bras de toutes ses forces, comme si entre eux, plus rien ne pouvait arriver à son ami. Comme si cela suffisait à le réconforter. Comme si ça pouvait effacer ces horribles jours qui avaient apparemment fait ça au jeune super héros. Vincent tremblait, mais il sut se contenir, c’était à son tour de prendre soin de Jace, lui qui l’avait déjà bien assez ramassé à la petite cuillère. Ce fut avec une voix un peu dure qu’il prit la parole.

    – Que s’est-il passé Jace ? Qu’est-ce qui t’es arrivé ? Comment vas-tu ?

    Le pyromancien luttait pour contenir sa colère, celle qui nourrissait envers Jace pour s’être mis dans un tel état, envers la Légion pour l’avoir laisser faire, envers lui-même pour avoir été loin de Jace.

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Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 22:07 Message
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24 octobre 2014

La voiture s’éloignait dans la rue. Bien sûr, de l’autre côté, contre le mur, à cause des vitres teintées, Vincent ne pouvait pas le voir, mais c’était à peine si l’adolescent blond n’avait pas le nez collé à la vitre pour l’apercevoir jusqu’au dernier moment. À 99% de probabilité le dernier moment. L’agent Leonard Sodermeyer reprit la parole :

— Vous avez été averti de notre venue ?

Jace quitta la vitre des yeux.

— Disons que vos clés cryptographiques sont à peu près aussi complexes que les labyrinthes derrière les paquets de mes chocopops.

Une demi-heure plus tard, Jace pénétrait dans le salon d’une suite d’hôtel. Il donnait le change. Il en avait déduit beaucoup moins que ce qu’il laissait paraître. Le sentiment de sa propre mort. Le nom des agents secrets. Et c’était à peu près tout. Le reste demeurait embrumé quelque part dans son esprit, malgré ses recherches. La femme qui était assise devant lui croisa les mains.

— J’ai cru comprendre que vous parliez russe couramment.

Il avait appris pour draguer Olga. S’il avait su que ça l’emmènerait jusque là, il s’en serait certainement tenu à sa main droite. Peu importait désormais : la femme reprit la parole en russe et à son accent, Jace devina sans peine qu’elle était une native.

— Ce que je m’apprête à vous dire, vous ne pourrez le répéter à personne. Votre gouvernement a classé l’affaire secret défense et toute révélation de votre part constituerait non seulement un crime fédéral, mais un grave manquement diplomatique dans les rapports entre nos deux pays.
— Euh… D’accord.

Lui, d’habitude, il poursuivait les braqueurs de banque, occasionnellement deux ou trois affaires plus sordides et plus complexes, des cas de possession, du terrorisme, mais tout ça, c’était loin de lui. C’était une affaire pour les Légionnaires, les grands, ceux qui… Ah oui. Il était majeur maintenant. Merveilleux.

— Je souhaite d’abord m’assurer que les informations que nous avons sont exactes. Votre connaissance du russe parle pour elle-même. Êtes-vous également capable de le lire ?
— Oui.
— Les rapports transmis par la Légion indiquent que vous êtes capable de contrôler les machines et les programmes informatiques. Est-ce exact ?
— Oui.
— Combien de temps vous faudrait-il pour acquérir des connaissances avancées dans un domaine précis, pourvu que l’on vous fournisse une documentation abondante et entièrement numérisée ?
— Ça dépend. Quelques heures, je suppose.
— Bien.

La Russe poussa un dossier vers Jace.

— En 1988, un groupe de scientifiques de l’Union Soviétique a construit en Sibérie un accélérateur de particules et un réacteur destinés à développer la fusion nucléaire. Au fil des années, l’armée a tenté de perfectionner les expériences, mais les budgets pour cette recherche fondamentale ont peu à peu été redirigés vers des applications plus pratiques et plus immédiates. Notez, je vous prie, que ceci ne constitue en rien une reconnaissance de responsabilité de la part de mon gouvernement, mais force est de constater que le réacteur n’a pas été entretenu comme il aurait dû l’être. À seize heures, heure de Washington aujourd’hui, les premiers signes d’une réaction incontrôlable ont été détectés par l’équipe de maintenance. Nous avons évacué l’équipe, mais nous avons besoin qu’un ingénieur spécialisé parfaitement russophone capable de manœuvrer seul des équipements électroniques conçus pour une dizaine de personnes opère un diagnostic et une réparation.
— Et euh…

Jace feuilletait le dossier sans conviction.

— Vous ne connaissez pas d’autre technopathe super-intelligent qui parle russe ?
— Votre ensemble d’aptitudes est apparemment… atypique.
— À qui le dites-vous…

Jace referma le dossier et, pour la forme, fit remarquer :

— Je crains qu’une combinaison anti-radiation ne bloque mes pouvoirs.

Silence.

— Nous avons conscience, Mr. Roberts.

Et, avec une raideur professionnelle, la femme ajouta :

— Croyez que nous sommes navrés.

***

30 octobre 2014

Dans les bras de Vincent, Jace tremblait. C’était nerveux. Il inspira profondément. L’odeur de son ami. Peut-être qu’il se faisait des idées, peut-être que Vincent avait changé de gel douche, mais il avait l’impression que c’était son odeur, et ça le rassurait. Il n’avait songé à appeler personne d’autre à la rescousse. Le débriefing des services secrets achevés, il avait été déposé à la Tour de la Paix et il avait faussé compagnie à ses parents, pour s’enfermer chez lui, composer ses SMS et attendre dans son canapé, les yeux fixés sur la porte, guettant le système nerveux de Vincent.

Les questions de Vincent furent accueillies par un silence, mais il n’était pas certain que Jace les eût écoutées. Il s’était laissé bercer par la voix de son ami. C’était la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité que son 1% de chance lui paraissait avoir une véritable saveur. Finalement, Jace murmura entre deux pectoraux :

— … désolé, j’ai une tête affreuse…

Les Russes n’avaient pas menti : leur équipement était mal entretenu. Tellement mal entretenu que Jace avait dû stabiliser la réaction à la source. Ç’avait été une intuition. Heureuse ou malheureuse, il n’aurait su le dire. D’un côté, il avait évité Tchernobyl II, sans doute. De l’autre… Le Légionnaire s’était dématérialisé, la tornade électrique qu’était devenu son corps avait pénétré dans le réacteur et… Les jours avaient passé. Jace n’aurait pas su le décrire. Un peu comme une explosion permanente. Ou alors l’impression que ses os brûlaient de l’intérieur. Ou que sa peau se déchirait tout le temps.

Finalement, le réacteur l’avait recraché et il s’était éteint. C’était l’impression qu’il avait eue, en tout cas. Les équipes de décontamination n’étaient arrivées que le jour suivant. Il y avait eu les douches, et les tests, et les injections, et les tests, et les douches, et les tests, et l’avion, et le débriefing, pour donner une description détaillée du réacteur, de l’accélérateur, et les résultats des tests, avion, Tour de la Paix, studio, Vincent.

— Merci d’être venu.

Jace se dégagea de l’étreinte pour refermer la porte, avant de prendre la main de Vincent et de l’entrainer jusqu’à son lit. Il le fit s’y asseoir avant de l’y rejoindre, pour s’asseoir à son tour, entre les jambes de son ami. Son dos se reposa contre le torse de Vincent et il passa les bras du jeune homme autour de sa taille.

— J’ai eu peur que tu viennes pas. J’ai eu peur que tu sois fâché. J’ai eu peur que tu te souviennes plus de moi. J’ai eu l’impression que ça durait une éternité, là-bas. J’ai pas le droit d’en parler.

Secret défense, négociations diplomatiques, toutes ces choses qui le dépassaient pas. Jace ne s’était jamais senti aussi petit face à la Légion, aussi adolescent perdu dans un monde de grandes personnes dont les préoccupations lui étaient étrangères et les exigences écrasantes. Il n’avait aucune envie de se sacrifier. Ou bien il n’en avait pas le courage.

— Il y a un réacteur nucléaire en Russie. En gros. Enfin, il y avait. Y a plus maintenant. Il marche plus. Je l’ai… Désactivé. Absorbé, je crois. Ça a fait tellement mal. Pas du tout l’électricité. Ça déchirait. Ça a duré des jours. Personne est venu me chercher. Quand j’suis sorti, personne m’a approché. Ils m’ont mis dans un caisson. Personne m’a touché. Pardon.

Une précision s’imposait peut-être dans ce récit haché. Une précision qu’invitait le fait qu’il se fût réfugié dans les bras de Vincent.

— J’suis pas radioactif, ils ont testé.

Entre autres choses.

— En fait, ça va bien. Le corps. Enfin, compte tenu de… L’expérience. Je veux dire, j’ai pas de cancer. En tout cas pas encore. Et… Mes cellules ont encore muté, mais dans le même périmètre qu’avant. Enfin, ils supposent. C’était des tests génétiques rapides. Il y a juste des… trucs. Qui ne marchent plus. Disons que la lignée Roberts s’arrêtera avec moi.

Parce que ses spermatozoïdes s’étaient apparemment faits la malle. Comme ses globules rouges, pendant les premières heures, mais ceux-ci étaient revenus ; les autres, non. Et Jace, qui a dix-huit ans n’avait évidemment jamais pensé une seule seconde à ses futurs enfants, était traumatisé par cette nouvelle, parce que c’était le premier et le plus inattendu des dommages irréversibles que sa vie de super-héros lui imposait.

— J’avais tellement mal et tellement peur que…

Que…

J’ai pleuré. Devant les médecins. Et avant, j’ai hésité à accepter la mission. J’ai vraiment hésité. J’ai pensé à m’enfuir.


Et ça, ça ne correspondait pas du tout à son idéal du héros qui se sacrifiait sans hésiter, avec la mâchoire serrée et la lèvre rigide.

— … j’me sens tellement faible…

D’esprit, de corps, littéralement, métaphoriquement. Les mains de Jace serrèrent celles de Vincent — ou elles se crispèrent sur elles, c’était difficile à dire.
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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 0:11 Message
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    Au milieu de sa colère et de son chagrin, Vincent recevait de plein fouet une vague de soulagement et de plaisir : celui d’avoir de nouveau son amant entre les bras. Son corps, ses cheveux, son odeur. L’étudiant ne s’insurgea même pas contre le silence que lui offrait Jace en guise de réponse. Son esprit était encore en train de se remettre de la joie qu’il avait éprouvé en le retrouvant là, debout, vivant, avec une très mauvaise mine, certes, mais vivant tout de même. Vince ferma les yeux et huma silencieusement l’odeur de son ami. C’était Jace. C’était lui. Il était revenu. Et il était entre ses bras. Il y avait de quoi se permettre une blague, tout ça devenait trop riche en émotion.

    – J’te l’fais pas dire, t’as une mine horrible. jeta-t-il avec un sourire qui n’en n’était pas moins joyeux. Un sourire qui montrait bien à quel point il était heureux de le revoir.

    Le sourire ne tint cependant pas longtemps devant l’état de Jace. Celui-ci le remercia et alla fermer la porte. Mince, Vince n’avait même pas pensé à la porte, aux voisins qui auraient pu passer, à leurs portables et leurs objectifs qui auraient pu se pointer sur eux... ce devait être une sacrée crise pour qu’il oublie ce genre de détails. Le Super le guida ensuite jusqu’à son lit et lui exprima ses peurs que le pyromancien essaya de dissiper en exerçant une tendre pression avec ses bras. Il écouta ensuite le récit de son ami sans rien dire, même si au final, il lui en dit pas mal alors qu’il n’était apparemment pas sensé le faire, mais le secret d’état était bien la dernière préoccupation de Vincent. Mulder et Scully pouvaient toujours se pointer pour lui réclamer des comptes, il leur offrirait un accueil chaleureux. Vincent écouta donc. Ecouta. S’indigna silencieusement. Fut terrifié. Impressionné. Fier. Triste, voire même malheureux. Tout ça silencieusement. Ses seules réactions passaient au travers de ses bras qui serraient Jace selon le degré d’émotion qui circulait dans tout son être. Le récit faillit le faire pleurer tout en le rendant furieux. Ses mains tremblaient et il remercia presque l’état de choc dans lequel se trouvait le mutant pour ne pas le remarquer. C’était la première fois que Vincent se mit dans un tel état pour autre chose que pour sa pauvre condition. L’injustice qu’il avait ressenti face à la découvert de ses pouvoirs, de l’abandon de ses parents et de ses amis, du coach n’était rien comparée à celle-ci. Sans doute parce que dans son cas à lui, il ne pouvait pas blâmer de forces terrestres, physiques. Là il en voulait au monde entier. Sa fureur se dirigeait sur les gouvernements russe et américain, une première pour un jeune homme qui n’avait jamais osé critiquer son pays. La Légion aussi en prenait pour son grade. Comment avaient-ils osé envoyer Jace affronter seul une telle situation ? Son père n’était-il pas sensé les diriger ? il aurait pu faire quelque chose... n’importe quoi mais tout sauf abandonner Jace comme ça. Il s’en fallut de peu pour que la rage du barman ne consume l’appartement de Jace. Le bâtiment ne dut son salut qu’au blond qui se trouvé lové dans les bras de Vincent. Ce dernier parvenait à garder le contrôle uniquement pour lui. Parce qu’il n’avait pas besoin de gérer un incendie maintenant. Il avait besoin de lui, Vincent, pas de ses pouvoirs. Le jeune étudiant les repoussa donc de toutes ses forces en leur promettant de les laisser se déchaîner lorsqu’il en aurait l’occasion. Pour l’instant, il devait prendre soin de son ami. Il ne s’inquiéta même pas pour lui lorsque l’histoire de Jace sous entendit qu’il pouvait être radioactif, Vincent ne pensait pas à sa petite personne en cet instant.

    – Tu n’es pas faible. sa voix était dure, voire un peu froide en apparence, insensible. Simplement parce que Vince devait se contenir, se maîtriser. Maîtriser ses pouvoirs, sa colère.

    Avec des gestes délicats, il força Jace à s’allonger sur le côté. Il s’allongea également derrière lui et garda ses bras autours du blond. Il espérait que cette position aide Jace à se détendre, à se laisser aller.

    – Je suis désolé... il avait la voix rauque, cette fois la tristesse s’invitait et il n’avait pas la force de la retenir. Il ne pleurait pas, c’était déjà ça. Il devait être fort pour eux deux. Je suis désolé de tout ce qui t’es arrivé, Jace. Ca n’a pas d’importance que tu aies hésité... je ne t’en aurais pas voulu tu sais ? J’aurais compris... il était très bien placé pour ne pas en vouloir à qui que ce soit de refuser de se sacrifier Mais tu l’as fait, Jace... Tu as agis en héros... Je suis fier de toi. et il le pensait vraiment, l’émotion lui serrait la voix, mais il parvint à le dire, à exprimer l’admiration qu’il éprouvait pour Jace. Car son sacrifice lui faisait peur, c’était certain, mais il l’impressionnait et lui le respectait. Tu es un héros, Jace... répéta-t-il en un murmure réconfortant.

    Pendant qu’il essayait de trouver des paroles rassurantes, Vince caressait lentement la taille et le torse de son ami. Ce n’étaient pas des caresses sensuelles qui visaient à exciter son amant ou même à satisfaire ses propres pulsions. C’était des caresses douces, protectrices, apaisantes, chaleureuses. Il ne savait pas s’il s’y prenait bien, mais Vince faisait de son mieux pour rassurer son ami, même s’il était inconsolable, ce qui serait compréhensible, il voulait essayer, être là, présent, à l’écoute, à le tenir dans ses bras et lui promettre que tout irait bien. Pour l’aider à se relever et à reprendre le cours de sa vie, éventuellement. Comme lui s’était relevé... plus ou moins. Lentement, le barman finit par retirer ses bras et à s’écarter de Jace, simplement pour retirer sa veste qu’il lança dans un coin avant de retourner contre son ami et reprendre sa place, ses câlins, ses paroles qu’il espérait efficaces. Il s’abstint de parler de son problème de stérilité... Lui-même ne savait pas quoi en penser, comment il se sentirait s’il était à sa place. Et il ne maitrisait pas assez le sujet pour lui dire qu’il devait exister des solutions pour l’aider à avoir des enfants un jour. Vincent n’aimait pas dire des choses auxquelles il n’arrivait pas à croire.

    – Tu es une des personnes les plus fortes que je connaisse, tu sais? Ok, je sais que ça veut pas dire grand chose vu mon carnet d’adresses, mais... je le pense vraiment... et ce n’est pas grave si tu as pleuré... c’est même tant mieux. Ca veut dire que tu es humain. Délicatement, il força Jace à le regarder dans les yeux. Seigneur ! Ce spectacle lui déchirait le cœur. Et il n’y a rien de honteux à être humain. Il caressa la joue de son ami du bout des doigts et lui accorda un sourire chaleureux. surtout quand on est un humain comme toi.

    Sur ces mots, il se pencha doucement et embrassa tendrement son amant tout en lui caressant le visage avec la main. Il dut se retenir pour ne pas mettre toute la fougue, l’émotion et le désespoir qu’il avait envie d’y mettre. Préserver les émotions de Jace, à tout prix. Lorsque le baiser prit fin, Vincent ajouta quelque chose, quelque chose qu’il avait regretté de ne pas avoir dit lorsqu’il s’est retrouvé sans nouvelles de lui pendant tous ces jours.

    – Et... tu as le droit me m’appeler si tu as besoin de moi... Quoiqu’il arrive, je viendrais pour t’aider... comme tu l’as fait pour moi.

    A ceci près que Vincent n’avait jamais eu le courage de lui demander de l’aide. Mais c’était là où se trouvait tout le génie de Jace : sa faculté à être là quand il avait besoin de lui, même si Vincent lui-même l’ignore...

    Soudain, Vince eut un éclair de génie, ou plutôt une pensée hyper importante. Jace n’avait peut-être pas seulement besoin de réconfort moral, dans son état, il avait peut-être besoin d’une forme de réconfort plus consistante. Et c’était peut-être dû à son visage, mais le barman trouvait le mutant un peu faible. Habitué par son travail de barman, il trouva le moyen d’enchaîner avec ce qu’il venait de déclarer.

    – D’ailleurs... si tu as faim, je peux m’occuper de te préparer quelque chose. T’as une tête à avoir besoin d’un bon bol de soupe chaude.


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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 9:37 Message
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Dans les bras de Vincent, quand celui-ci reprit la parole, et que sa voix froide et lointaine résonna dans le petit studio, Jace se crispa. Dès qu’il avait été en mesure de rassembler ses esprits, dans l’avion qui le ramenait de Sibérie jusqu’à Langley, en Virginie, dès qu’il avait été capable de penser à autre chose que la douleur qui lui avait vrillé les os pendant des jours et des jours, ses pensées s’étaient tournées vers Vincent, avant ses parents, avant les Alphas, avant tous les autres, et il s’était inquiété de sa réaction.

Si lui-même était dépassé par l’ampleur du sacrifice que l’on avait exigé de lui, si lui-même estimait que cet héroïsme-là, à dix-huit ans, n’aurait pas dû le concerner, comment la réaction de Vincent, si hostile par principe à ce monde qui était le sien, aurait pu être consolante ? Jace s’était imaginé le rejet — mais au fond de lui, l’espoir de survivre autrement, le besoin des bras, du torse et de l’odeur familière, la nécessité de se sentir de plein droit Jace Roberts, comme ce week-end si troublant et si savoureux où, dans leur étreinte, il avait oublié de jouer au héros, tous ces sentiments, et une affection profonde, tendre, et désormais impossible à enfouir, avaient jeté la bouteille à la mer.

Il fut un peu rassuré quand Vincent l’allongea sur le côté et que son corps put épouser en courbe celui du footballeur. Quand celui-ci recommença à parler, Jace gigota entre ses bras pour se retourner et reloger sa tête entre les pectoraux de l’homme, un geste un peu puéril mais qui le réconfortait. Il avait agi en héros. Peut-être. Sans doute. Mais pour la première fois de sa vie, sur le terrain, il avait souhaité ne pas en être un. Il avait regretté ses pouvoirs, sa nature, son ascendance, son entraînement. Pourtant il avait accompli sa tâche, mais il ne savait pas si c’était du courage ou de la docilité. Et pire que tout : il avait failli être lâche.

Mais Vincent était fier de lui. Jace frissonna. Pour d’autres, le compliment eût été sans doute un peu anodin. Le blond en savait pourtant tout le prix. C’était la première fois que Vincent évoquait sans détour le mérite de son héroïsme. Humain et héroïque. C’était pas mal. Jace sourit faiblement et vint chercher le baiser qu’il lui offrit. Les mains sur son corps. Les lèvres sur les siennes. Enfin : il n’avait plus l’impression d’être un dangereux isotope, un électron sauvage, un Hiroshima ambulant. Plus de combinaisons antiradiations autour de lui, plus de caissons, plus de seringues et de compteurs qui bourdonnaient.

— Ben… C’est-à-dire…

Le sourire de Jace perça un peu plus.

— J’aime pas la soupe.

Il aurait bien répété cette phrase trois fois encore. Ça le changeait de : « quel type d’uranium vous avez utilisé ? » ou « est-ce que mon système immunitaire fonctionnera encore ? » ou « non, je n’ai pas pu télécharger leurs plans militaires ».

— Les haricots verts non plus. Crois pas qu’j’te vois pas venir. Bientôt, tu vas m’forcer à manger du poisson…

Son régime alimentaire était bien plus équilibré que cela, évidemment. Nécessité de l’entraînement. Héroïque.

— Viens, on va fouiller dans mes placards.

En conséquence de quoi, il décida d’embrasser Vincent. Ses placards n’allaient pas s’enfuir, de toute façon. Les mains sur le torse de l’étudiant, Jace chercha sa langue de la sienne, et toute cette chaleur dont il avait le souvenir. Lorsque le baiser se rompit, il poussa un soupir de soulagement et se détacha enfin de son compagnon, pour accomplir le périple interminable de cinq pas qui le porta jusqu’à ce qui lui servait de cuisine. Un mini-frigo, deux plaques de cuisson, un évier à un seul bac, un petit four et quatre placards formaient l’essentiel de son attirail : inutile de dire qu’il était parfois content de pouvoir rentrer manger chez sa môman.

Jace se retourna vers Vincent.

— Tu sais faire la cuisine, toi… ?

Oui, d’accord, il y avait eu une intonation légèrement suspicieuse dans sa voix. En cet instant, Jace mesura combien la vincentite aiguë qu’il avait contractée pouvait parfois le rendre heureux. Pas seulement soulagé et protégé. Heureux.

— Je veux dire, en dehors des pâtes. Les pâtes, ça compte pas. Embrasse moi.

Il avait attrapé Vincent par la ceinture et tracté jusqu’à lui — une jolie prise — pour presser encore une fois ses lèvres contre les siennes. C’était encore mieux que des spaghettis bolognaises. Jace profita autant que possible de se roboratif hors d’œuvre avant de consentir à se détacher pour laisser son cuisinier découvrir ses frustes fourneaux.

L’adolescent s’adossa au mur et garda les yeux fixés sur Vincent.

— Tu sais…

Jace hésita, avant de poursuivre assez timidement :

— J’pensais pas qu’tu serais dans un pareil état. J’pensais pas que tu serais fier, non plus, ou que tu tenais autant à moi. La…

Il dut réfléchir un moment et se souvenir de la date du calendrier.

— … semaine dernière…

Il avait l’impression qu’il parlait d’une éternité passée.

— … à la fête, là, j’étais injuste. Je crois. Parce qu’en vrai, quand tu viens me consoler, quand tu me parles, quand tu m’embrasses, quand tu me dis que t’es fier, que t’es désolé, quand je sens que t’es inquiet, et puis même, avant, quand tu me caresses, quand tu me déshabilles du regard, quand tu rigoles, j’me sens très en haut de la liste, en fait. Vraiment très haut. Genre, là, j’me dis que des fois, quand t’es seul dans ta chambre, tu penses à moi, et j’imagine ton cœur qui bat, et ton estomac qui stresse, et… Ouais. J’veux pas qu’tu crois qu’j’me rends pas compte de tout ça.

La vraie question était : Vincent, lui, est-ce qu’il s’en rendait compte ?

— J’étais paniqué à l’idée d’partir, de pas revenir, de mourir, et que… Et que plein de choses, ouais, mais entre autres, que tu saches pas ça. J’veux dire, j’avais conscience de ça la s’maine dernière et je l’ai pas dit. J’en ai encore plus conscience maintenant et j’ai pas envie d’avoir de regrets, parce que j’aurais fait mon caractériel, ou mon fier, ou un truc à la con qui comme ça.

Un truc à la con qui vous entrainait à démonter des centrales nucléaires.

— J’sais pas c’que c’est tout ça, et j’sais que c’est compliqué, et qu’il y a les autres, et qu’il y a le monde extérieur, et tout ça, mais quand on est tout seuls tout les deux, quand j’t’écris, quand j’pense à toi, à nous, j’me sens quand même vachement ton p’tit ami, et p’têtre c’est trop, ou c’est excessif, ou c’est pas comme ça qu’tu vois les choses, mais in fine, c’est cool.

Jace détourna les yeux du visage de Vincent.

— Voilà voilà.



Par contre, j’aime toujours pas la soupe.
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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 14:43 Message
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    N’allez pas croire que Vincent était OK avec toute cette histoire, non il était carrément indigné. Et si son ami n’avait pas l’air aussi fragile, il aurait eut beaucoup de mal à contenir à sa rage et à passer un coup de gueule... Il aurait d’ailleurs également beaucoup de mal à trouver des arguments convaincants. Jace était de la Légion, sauver le monde, consacrer leur vie à protéger celle des autres... c’était ça leur but non ? Comment Vincent pourrait-il critiquer cela ? ce système sur lequel semblait reposer la vie de son ami... Qu’avait-il à y redire ? Lui ? Il n’était que Vincent Nash et n’avait rien à voir avec tout ça. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était d’être présent pour le mutant blond. L’aider à se remettre, lui faire oublier ces dures épreuves... Une tâche apparemment impossible, mais il ferait de son mieux, avec ses faibles moyens.

    – Jace Roberts n’aime pas la soupe... là pour ton image en prend un coup. Attend de voir que je prévienne les médias ils vont te tailler un short. plaisanta-t-il en enchaînant avec plaisir sur le sourire du Légionnaire.

    Et entre les blagues et leur discussion culinaire, Jace réclamait des baisers. Vince se montra complaisant. Si c’était le prix à payer pour remonter le moral de Jace, il donnerait de sa personne... avec beaucoup beaucoup de plaisir. Après avoir perdu son ami de vue pendant autant de temps – pas beaucoup au final, mais en terme de perception émotionnelle, c’était énorme – et après avoir entendu ce récit, Vincent était bien décidé à profiter de chaque baiser, comme si ça pouvait être le dernier. Comme si, sans prévenir, le monde pouvait frapper à la porte et lui enlever le Super, son regard, son sourire, les lui mettre hors de portée sans aucune possibilité de communication... L’étudiant ne refusait pas les baisers de Jace, il aurait pu passer le reste de la nuit à l’embrasser, tant pis pour les crampes.

    – Tu sauras que je cuisine très bien et que je suis un homme parfait... enfin presque. assura-t-il avec un ton faussement orgueilleux et un sourire séducteur.

    Le barman entreprit ensuite d’explorer les placards et le frigo de Jace en quête de nourriture. La recherche n’était pas fructueuse. Quoi de plus étonnant après une absence aussi longue. L’adolescent n’avait pas eu le temps de faire les courses, le plein de légumes frais ou même de viande. Vince arriva cependant à trouver quelques boîtes qui pourraient faire l’affaire. En les mélangeant convenablement, il pourrait même préparer un petit quelque chose. Mais pas avant d’écouter les nouvelles confessions de Jace. Pendant que ce dernier livrait ce qu’il avait sur le cœur, le pyromancien s’obstina à s’affairer devant l’espace cuisine, tournant le dos à son ami. Ce qu’il entendait lui serrait le cœur, il avait raison... Vincent ne pouvait pas nier que son comportement avec lui trahissait des sentiments beaucoup plus forts qu’une simple aventure purement sexuelle. L’étudiant consenti enfin à se retourner lorsque le jeune héros lui dit qu’il comprenait les problèmes qui hantaient son esprit. Son cœur fit un bond spectaculaire lorsque Jace prononça le mot « petit ami » et le jeune homme ne parvint point à dire si le ressort d’un tel bond provenait de la peur ou du bonheur. Il détourna lui aussi les yeux avant de se décider à dire quelque chose. Pour clarifier sa situation, pour montrer à Jace qu’il n’avait pas tord.

    – Tu sais... la liste... Quand je suis avec toi... ou même quand je pense à toi... Y en a pas. Y a plus de liste, il y a juste... toi.

    Le jeune homme rougit. Il le pensait vraiment, même si les choses étaient compliquées, s’il avait plein d’appréhensions et qu’il n’était pas sûr de vouloir une relation, il ne pouvait pas nier ce que son cœur lui soufflait. Dommage que son cerveau de psychorigide du Kansas et son orgueil aient une plus grosse voix.

    – Mais je n’ai pas envie de parler de ça maintenant... Je... je ne sais toujours pas ce que je ressens... Ces derniers jours, j’ai compris que j’avais besoin de toi et que tu comptes énormément pour moi, mais je... je ne sais pas ce que ça veut dire. Et ce soir... la dernière chose dont j’ai envie, c’est de dire un truc qui pourrait te faire de la peine. Surtout après ce que tu as vécu... Je veux juste rester là pour toi. acheva-t-il en s’approchant de Jace et attraper son menton avant de l’embrasser, assez longtemps pour lui faire comprendre qu’il pensait ce qu’il disait, qu’il était là pour lui, qu’il comptait énormément, mais pas trop pour ne pas oublier sa mission « principale ».

    Le jeune Kansasais interrompit le baiser quand il jugea le moment propice.

    – Chili ?

    Petit silence. Ah, il devait se remettre de ses émotions, et préciser sa pensée.

    – Le repas. J’ai trouvé du riz, une boîte de haricot rouges, du maïs et de la sauce tomate. Il manque des ingrédients pour faire la recette traditionnelle mais avec ça on devrait pouvoir te nourrir convenablement.

    La nutrition c’était important, et Vincent, dont les préoccupations restaient relativement terre à terre, était prêt à croire que pendant toute cette histoire de menace nucléaire, Jace n’avait pas dû avoir le temps de prendre de repas décents. A défaut de lui offrir une relation officielle, Vincent pouvait toujours lui faire à manger.

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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 15:10 Message
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C’était mieux que rien. Les déclarations de Vincent avaient toujours ce petit goût amer qui rappelait à Jace qu’ils n’iraient pas non plus, ce soir-là, au cinéma en se tenant la main, et peut-être jamais. Mais c’était mieux que rien. Mieux, en tout cas, que de rester dématérialisé dans un réacteur nucléaire soviétique pendant plusieurs jours et mieux que de pleurer seul dans son lit. Un nouveau baiser scella le pacte auquel Jace n’avait pas d’autres choix que de souscrire et des préoccupations plus élémentaires et beaucoup plus simples à gérer vinrent se substituer aux impossibles indécisions sentimentales de Vincent Nash.

— Tu sais que le président Johnson avait une recette de chili si appréciée que sa femme l’a fait imprimer sur des cartes pour les envoyer aux gens qui écrivaient à la Maison Blanche pour la connaître ? C’était une version texane du chili, tu sais, celle sans les haricots rouges et…

Mais on s’en fout, peut-être, non ?

— ‘Fin, j’veux dire, chili, c’est cool.

Jace observa Vincent faire ses préparatifs pendant quelques secondes, avant de se décider à reprendre son existence en main, ou au moins ses cheveux.

— J’vais essayer de me rendre plus présentable, pour que t’aies pas l’impression de dîner avec un épouvantail.

L’adolescent se détacha de son mur, s’approcha de Vincent et déposa un baiser sur sa joue, avant de répéter d’une petite voix :

— Merci.

Direction la douche — ou la salle de bain, vu les dimensions, c’était à peu près du pareil au même — après un petit détour par le placard à vêtements. Jace se débarrassa de ses hardes une fois dans la salle de bain et rentra sous la douche, pour tourner l’eau. Et aussitôt, tout son corps se crispa. Les larmes montèrent. L’adolescent referma la main sur le porte-savon pour l’empêcher de trembler et inspira profondément. Il avait pris une douche à Langley. Une autre en revenant à Star City. Et à chaque fois, le bruit de l’eau, la cabine, il ne savait trop, lui rappelait les innombrables douches de décontamination sibériennes.

Pendant une seconde, il fut tenté de crier le nom de Vincent pour qu’il le rejoignît, puis il se souvint d’où il était et de ce qu’il était. L’instinct de survie lui souffla qu’il eût été peu judicieux d’électrocuter malencontreusement son cuistot. Alors Jace rouvrit les yeux. Inspira à nouveau. Et commença à se laver en essayant de mettre de l’ordre dans ses souvenirs. Penser qu’à quelques pas de là, Vincent était en train de préparer à manger pour lui joua assurément un grand rôle dans son sang-froid retrouvé.

En tout cas, la douche ne fut pas longue. Déjà enroulé dans une serviette, Jace entreprenait de se sécher les cheveux avec un sèche-cheveux qui n’était jamais branché, tout comme il ne mettait jamais à charger son rasoir électrique — dont, il faut bien le reconnaître, il n’avait pas exactement un besoin impérieux. D’ailleurs, le jeune homme avait coupé les cordons électriques de la plupart de ses appareils : c’était beaucoup plus pratique comme ça.

Quelques minutes plus tard, Jace réapparut dans le studio, et il avait assurément meilleure mine. Il avait enfilé un boxer et un jean, coiffé ses cheveux et retrouvé beaucoup de sa motivation pour l’existence. Avec un réflexe typiquement masculin — et féminin, si j’en crois l’état de la chambre de ma colocataire — l’adolescent balança ses vieux vêtements sur le lit, pour regagner la cuisine. Après avoir humé la casserole avec le désintérêt feint d’un chat venu surveiller l’air de rien la cuisson du foie de veau, Jace chercha le regard de Vincent.

— Y a quand même un truc, disons, positif, dans cette histoire. J’voulais t’montrer.

Il prit l’une des mains de Vincent, après s’être assuré qu’il ne l’interrompait pas dans une tâche culinaire capitale — sans quoi son estomac ne lui eût jamais pardonné — et la posa sur son pectoral gauche. Qui était… Curieusement lisse. Parce qu’il n’est jamais mauvais de souligner l’évidence, Jace fit remarquer :

— J’ai plus de cicatrices. Nulle part. Même plus celle de l’appendicite.

Il ne s’était pas rendu compte tout de suite. Quand le réacteur avait recraché son corps, son premier réflexe n’avait pas été de s’inspecter la peau et même après, il lui avait fallu plusieurs heures d’examens médicaux pour qu’il comprît la contradiction entre son dossier médical long comme l’annuaire de Manhattan et le corps qu’il avait récupéré. Alors il avait traqué les autres changements, mais il n’en avait pas trouvé.

— Bon, OK, c’est à moitié une bonne excuse pour que tu me caresses, mais quand même…

Plus sérieusement, l’adolescent murmura :

— … mais je sais pas trop ce que ça veut dire…

Ou si ça voulait dire quelque chose. Les médecins n’étaient pas beaucoup plus avancés. Il fallait croire que les pathologies des électromanciens qui faisaient des séjours dans des réacteurs nucléaires n’étaient pas l’un des sujets abordés à la faculté de médecine de Moscou. Jace haussa les épaules.

— Rien, peut-être.

Le jeune homme se décala pour laisser Vincent plus libre de ses mouvements et reprit son poste contre le mur, sans se rhabiller. Pour une fois que c’était lui qui jouait à l’exhibitionniste !

— Et toi, cette semaine ? Qu’est-ce que tu as fait ? J’ai pas pu te harceler de SMS, du coup, je suis plus au parfum. Il s’est passé des trucs intéressants ?

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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 18:53 Message
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    Et après cet intermède émotionnel, les deux garçons repartirent sur du conversationnel, un domaine avec lequel Vincent était mille fois plus à l’aise et qui, avec de la pratique et du temps, pourrait peut-être persuader l’étudiant d’aller plus loin dans sa relation avec Jace... Peut-être... mais avec deux Supers comme eux, rien n’était moins sûr. Néanmoins, pour le moment, le barman préférait mettre ses soucis de côté et profiter du moment... et de son ami.

    – Le chili façon cow boy ? Je connais... mais j’ai tendance à le faire moins épicé. Je suis une petite nature.

    Blague à part, il était content de voir que sa proposition de menu était acceptée. En même temps, avec ces réserves, le choix était plutôt limité. Il prit le temps de demander à Jace où il rangeait ses épices et ses herbes en espérant qu’il en ait, les gens qui ne cuisinaient que très peu avaient tendance à mettre de côté de tels ingrédients. Puis il s’activa pour préparer le repas, ça n’aurait rien de compliqué et le goût et vu qu’il utilisait des ingrédients en conserves, il comptait vraiment sur les assaisonnements dont pouvait disposer Jace pour faire toute la différence. Sinon tant pis, le repas comblerait au moins sa fonction première, à savoir nourrir le corps humain et lui permettre de vivre. L’étudiant fut abandonné à sa tâche par un Légionnaire qui décida de prendre soin de son corps, une initiative que son cuistot de la soirée ne pouvait qu’applaudir car cela laissait entendre que l’adolescent était en train de se remettre. A ce qu’on disait, c’étaient les petits détails du quotidien qui vous permettez de reprendre le cours de votre vie après une épreuve difficile. Allez savoir, Vince pour sa part avait du mal à se créer un quotidien régulier depuis qu’il était sorti du coma, donc il n’était pas sûr d’avoir bénéficié (de bénéficier) d’un tel traitement. Il espérait juste que Jace ne se serve pas de ce prétexte pour allait se morfondre dans sa salle de bain. D’après ce qu’il savait du mutant, ce n’était pas son genre, mais bon... on ne savait jamais... et on ne connaissait jamais vraiment les gens... surtout quand ils ont des pouvoirs... ok ça devient compliqué, mieux valait arrêter de réfléchir.

    – Tu sais, j’aime bien ta tête d’épouvantail... Ca te donne un côté rebelle.

    Cette blague fut suivi d’un petit intermède tout en douceur avec un nouveau remerciement de la part de l’Alphas, le cuisinier tourna la tête vers son ami pour lui décocher un nouveau sourire et lui répondre d’une fois tendre :

    – Y a pas de quoi.

    Puis il se remit à l’ouvrage, laissant Jace s’occuper de son corps... ce qui était bien dommage car il l’aurait bien rejoint sous la douche... Sauf que non. Prendre une douche pour prendre soin du corps séduisant d’une centrale électrique vivante n’était pas une bonne idée. Et accessoirement, Jace était peut-être émotionnellement trop fatigué pour ce genre de chose... peut-être... Non n’y pense pas Vince, si jamais Jace à envie... il te le fera savoir. Occupe-toi de ton chili.

    Et c’est donc inconscient de la crise que fit son ami sous la douche que le pyromancien s’attela à la tâche et entreprit de cuisiner un petit plat pour le jeune héros international. A défaut d’avoir tous les ingrédients qu’il aurait voulus, il compensa en y mettant tout l’amour dont il était capable en espérant que le palais de sa pile électrique blonde puisse déceler cette molécule immatérielle. Vincent garda toute sa concentration et ne vécut que pour la mini cuisine de Jace jusqu’à ce que celui-ci vienne mettre son nez dans la casserole, pendant que le blond inspectait le plat qui mijotait, Vincent lui laissa ses yeux se balader sur le corps de l’adolescent... Trop tôt, trop tôt... trop tôt ? Heureusement, l’Alpha lança un nouveau sujet. L’étudiant fronça les sourcils tandis que sa main se baladait, beaucoup moins lubriquement, sur le torse de son hôte. En effet, les cicatrices qui, dans ses souvenirs, ornaient le corps du Super avaient maintenant disparu, laissant derrière elle un Jace intact. Le barman n’y connaissait rien en la matière, il ne savait pas s’il fallait s’en inquiéter ou s’en rassurer... mais Jace avait l’air d’aller bien non ? D’après ce qu’il pouvait voir, et toucher, son corps débordait de vie. Que demander de plus ? Malgré tout, le blond était un peu préoccupé. Pour tenter de le rassurer, Vince lui leva le menton et l’embrassa, tel un coup de vent chassant les feuilles mortes de ses soucis... enfin essayant du moins.

    – Je suis sûr que c’est rien...

    Non il n’en n’était pas sûr, et son regard lui-même n’y croyait pas. C’était la deuxième raison qui empêchait Vincent de mentir : ses yeux le trahissaient toujours. Pour éviter de se faire avoir une deuxième fois, il les reposa sur sa cuisine pour éviter de montrer son malaise à Jace. Qu’avait-il fait d beau depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus ? Fallait-il mentionner son dimanche de jardinage avec Louis ? Non, sûrement pas, mieux valait ne parler de Louis à personne... Son exploration dans les bois en compagnie d’Anna ? Ca ne risquait pas d’inquiéter le super-héros qui sommeillait (ou restait éveillé) en lui. D’un autre côté... ça lui permettrait ptet d’oublier son expérience dans un réacteur nucléaire...

    – Oh tu sais... la routine. Des cours, de l’escalade, jogging tous les jours, je n’ai fait qu’un cauchemar cette semaine et ça ne m’a coûté qu’un seul drap, j’ai un exposé à préparer pour la semaine prochaine, j’ai sauvé une amie d’une bande de cannibales, j’ai presque réussit à faire une tarte à la rhubarbe, Jason a finit de décorer la salle de la Muse... j’te dis, la routine...

    Pour un Vincent Nash...

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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 19:19 Message
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J’en vois dans le fond qui doute des aptitudes culinaires de Jace. Jace, pourtant, excellait à toutes sortes de préparations : par exemple, il savait comme personne couper les pommes de terre pour faire des frites. Et il lui arrivait de ne pas s’empoisonner avec sa sauce vinaigrette. En tout cas, il avait des épices — une bien belle collection, même, pour un si piètre cuisinier, parce qu’à défaut de savoir correctement s’en servir, la curiosité de Jace, toujours encline au cosmopolitisme, le poussait à toutes les tester. Vincent avait donc pu relever son chili.

Vincent décida donc de lui cacher ses activités de jardinage et les conséquences éventuelles qu’elles eurent peut-être, ce qui était vraisemblablement une très, très mauvaise idée et un Jace sans soupçon écouta le récit condensé de quelques jours apparemment animés.

— Dans les bois ?

Interrogea flegmatiquement Jace. Un flegme qui tenait beaucoup moins à un tempérament de super-héros blasé qu’à la nécessité où se trouvait son esprit de digérer l’information. L’interrupteur « Analyse / Conversation » de sa belle intelligence venait de basculer en arrière et l’adolescent fixait Vincent d’un air songeur. La présence de cannibales dans les bois de Star City, ce n’était pas ça qui l’étonnait. Rien ne l’étonnait, à Star City. Vincent aurait combattu un crocodile-ballerine qui aurait décidé de détruire l’opéra après qu’on lui eut refusé l’entrée aux Petits Rats que le Légionnaire eût trouvé l’histoire des plus plausibles.

Mais que Vincent eût joué au héros, ça, c’était beaucoup plus surprenant. Et puisqu’il était là, puisque personne ne l’avait dévoré, malgré son petit (mais musculeux) corps appétissant, l’opération devait s’être bien passée. Jace sortit de ses pensées.

— Euh, désolé. Des cannibales, donc. Dire que Cal essaye toujours de me convaincre de faire des randonnées.

Il précisa :

— Un coéquipier.

Peut-être qu’il devrait le prévenir, d’ailleurs : ses lieux de villégiature étaient apparemment mal fréquentés. Mais Jace doutait que les cannibales les plus affamés fissent le poids contre le Loup Noir. Le jeune homme quitta son mur pour se rapprocher une nouvelle fois des fourneaux et du cuistot.

— En tout cas, tu as l’air de t’en être bien sorti. En même temps, ça me surprend pas. ‘Fin, ça me surprend que tu te sois embarqué d’une histoire comme ça, mais tu m’diras, t’as peut-être pas eu le choix. Ce qui me surprend pas, c’est que tu te sois débrouillé.

Jace posa une main dans le dos de Vincent, au creux de son dos.

— Je suis fier de toi.

Et pour le prouver, sa main se faufila sous le tee-shirt pour reprendre sa place, au bas du dos. Sur la peau. Un frisson parcourut Jace. La douce chaleur d’un corps étranger sous ses doigts éloignaient son esprit de ses souvenirs irradiés. Avec un peu d’incertitude, il poursuivit :

— Si tu veux en parler, on peut. Mais j’t’avoue… Star City et ses bizarreries, là, ce soir, j’suis pas sûr d’être à la hauteur. Ou de bons conseils. Ton exposé ou la tarte à la rhubarbe, ou l’escalade, ou, je sais pas, les trucs comme ça, ça m’intéresse plus.

Parce que si Jace avait à cœur de guider Vincent sur la voie de ses pouvoirs, à bien des égards, les deux jeunes gens partageaient une certaine aspiration à la normalité. Thunder voulait être Jace Roberts et Vincent Nash rester Vincent Nash. La normalité du premier laissait simplement, par principe, beaucoup plus de place aux variations que le monde bien réglé dans lequel avait vécu le second.

Jace retira sa main pour mettre la table — qui n’existait pas. Afin de gagner de la place et pour avoir ce qui ressemblait presque à un vrai salon, Jace, qui ne comptait pas vraiment recevoir à dîner chez lui plus de deux personnes à la fois, avait sacrifié la table pour se contenter de l’espèce de bar qui séparait la partie cuisine du reste du studio. Il avait ajouté trois tabourets et, pour l’heure, il trouvait que ça faisait très bien l’affaire — même s’il se comprenait peu à peu, en faisant ses comptes pour la première fois de sa vie, que son salaire lui aurait permis de louer quelque chose d’un peu plus grand.

Alors qu’il disposait les assiettes, les couverts et les verres, sans paraître d’ailleurs décidé à enfiler un haut, parce que le regard de Vincent, avec son intérêt plus ou moins habilement contenu pour ne pas le brusquer, était encore une confirmation que son corps avait survécu à sa trop longue dématérialisation, Jace continuait à parler.

— Un jour, je crois que je viendrais chez toi juste pour te voir travailler. J’t’imagine tellement avec un petit air studieux, devant ton ordinateur. Enfin, si on peut appeler ça un ordinateur. Il tourne mieux, maintenant, au moins, j’espère ?

Jace se percha sur un tabouret.

— Ça t’plait, au moins, l’économie ? Qu’est-ce que tu penses de l’actuelle politique gouvernementale sur le debt ceiling ?

Après un temps, soucieux de ne pas transformer la soirée en pré-partiel, Jace rajouta une question de secours pour les Vincent paniqués :

— Et tes professeurs, ils sont cools ? Parait que y en a plein de bizarres, à l’université. Faut dire, faut être un peu cinglé pour vouloir faire un doctorat… Enfin, j’dis ça, peut-être que tu veux faire un doctorat.

D’un air songeur, Jace répéta à haute voix :

— Docteur Vincent Nash. Professeur Vincent Nash.

Hmouais. Pourquoi pas.
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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 22:20 Message
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    Et voilà, Vincent savait qu’il n’aurait pas dû parler de son aventure dans la forêt de Watson. Mais ce n’était pas la réaction de Jace qui posa problème : c’était la sienne. Car le ton neutre et ordinaire que le blond adopta pour commenter ce fait comme s’il parlait d’un vendeur de hot dogs le crispa. Cette normalité qui venait s’insérer dans quelque chose qui n’était pas normal. Ce qu’il avait vu et vécu dans les bois n’avait rien eu d’ordinaire. C’était d’ailleurs ce qui avait nourri son cauchemar de la semaine, tout en y ajoutant les angoisses qui le tenaillaient en ce moment. Ce fut un miracle qu’il n’ait pas incendié tout l’immeuble cette nuit là. Et voilà que Jace parlait de ça comme si c’était une évidence. Peut-être était-ce là une manière de se préserver, combattre l’horrible en lui retirant son aspect remarquable. Mais ce n’était pas la façon dont lui réagissait. Et le ton purement conversationnel de son ami par rapport à ce truc qui, encore une fois, n’avait rien de normal, l’effrayait. Mais il ne dit rien, ne s’indigna pas, ne pris pas la peine de se plaindre ou de faire la moindre remarque, de prendre Jace dans ses bras et de lui parler de tous ses vêtements tâchés de sang qu’il avait vu et de toutes les morts que ces habits avaient impliquées... A la place, il se contenta de répondre d’une voix distante, sans lever la tête de son travail, car il fallait une concentration surhumaine pour mettre le riz dans de l’eau bouillante.

    – C’est ça.

    Heureusement, la remarque suivante du mutant balaya les sombres pensées de notre cuisinier du soir et les poussa sous un tapis. Vincent s’amusa même de voir Jace préciser qui était Cal. Marrant, lui ne s’était pas posé la question et se doutait qu’il devait s’agir d’un des amis du Légionnaire ou en l’occurrence un collègue de travail. Vince n’était pas du genre paranoïaque et surtout... rien n’était officiel avec Jace et celui-ci avait toujours sa propre liste avec son amie sex toy. Donc techniquement... ouais c’était bien de vouloir se rassurer, c’est pas comme si Jace avait été coincé dans un réacteur nucléaire depuis leur dernière rencontre ! Il était temps de trouver un sujet de conversation plus performant. D’un air décontracté, il posa une question toute bête.

    – Cal pour Calvin ?

    Super intéressant comme sujet d’ailleurs. Mais bon... c’était toujours mieux que de parler de ces cannibales qu’Anna et lui avaient affrontés. Mais apparemment, Thunder n’était pas de cet avis. Lui par contre n’était pas chaud pour en parler, alors il se contenterait du strict minimum.

    – Merci... Mais j’ai juste fait ce qu’un mec normal aurait fait. Une amie avait disparue, on l’a cherchée, on l’a trouvée... Les flammes en plus... Excuse-moi, j’préfère ne pas trop en parler... Les tartes à la rhubarbe... c’est mieux que le cannibalisme... enfin... il réalisa que sans le savoir, il venait de faire une blague pourrie sur l’alimentation. Embarrassé, il se permit tout de même de sourire faiblement. Mine de rien la dédramatisation commençait à marcher sur lui... Tu vois ce que je veux dire.

    Oui il voyait, Jace était un garçon super intelligent et il voyait bien que Vince n’avait pas envie d’avoir une conversation portée sur tous les trucs de cinglés qui avaient lieu dans cette ville. Là tout de suite, il avait envie d’avoir l’air normal... et apparemment, son ami partageait ce désir... et en plus il était fier de lui. Cela risquait de changer lorsque Jace allait entendre les malheurs du pâtissier Nash. Une histoire qui, du côté du barman, lui permettrait d’arrêter de frissonner d’envie à cause de cette main baladeuse.

    – En fait... tu vas te foutre de moi, mais j’ai laissé cramer la tarte... C’est le seul truc que j’ai planté mais Holly m’a appelé et m’a demandé de lui trouver sa paire de lentilles cyans. C’est impossible à trouver ces trucs. Bref, on peut dire que c’est pas ma faute au final... même si j’ai ajouté une couche en mettant le feu au moule quand j’ai essayé de le sauver du four... J’crois que l’univers essaie de me dire que je devrais arrêter les desserts.

    En tout cas, combustion de moule à tartes mise à part, on ne pouvait pas faire plus banal comme récit. Jace pouvait ainsi découvrir que celui qui était en train de lui préparer à manger n’était pas aussi doué qu’il le prétendait. Peut-être allait-il se mettre à composer le numéro d’une pizzeria pour s’assurer un repas ce soir. Mais cela dit, pour le coup, Vincent savait ce qu’il faisait, en général, tant qu’il n’y avait pas de four... il y avait de l’espoir. Toujours occupé à bien touillé son chili et à surveiller son riz, Vincent écouta le désir formulé par son ami pendant qu’il mettait le couvert. C’était lui ou bien l’Alpha était en train de se moquer de son vieil ordinateur ?

    – Il met vingt minutes à démarrer, mais à part ça il surfe comme un dieu. Et ne te moque pas de mon air studieux, on m’a dit qu’il me rendait très sexy, sérieux et mystérieux... ça en a fait craqué plus d... euh, encore cinq minutes pour la cuisson.

    Certainement, parler du nombre plus que raisonnable de conquêtes que Vincent avait pu ramener dans son lit à coup de révisions ou de dissertation n’était pas une bonne idée. Cela dit, le Légionnaire lui offrait d’autres perspectives de conversation et il sauta dessus sans hésiter.

    – J’pense qu’on va tout droit vers une nouvelle suspension du plafond... Ou bien le Congrès va prendre une nouvelle mesure exceptionnelle, mais ce serait sûrement une mesure placébo ou une simple expérimentation... Mais je dis ça parce que les trois quarts de mes profs sont défaitistes... ils ont dû me contaminer. Sinon ils sont plutôt cools pour la plupart. On en a un qui radote un peu, mais bizarrement c’est celui que tous les étudiants adorent, il note juste et il nous donne des citations qui passent partout. Après on a le jeune diplômé qui n’arrête pas de nous prendre de haut, la quadragénaire en pleine crise et pleine de regrets, celui qui drague les élèves et note les filles en fonction de la taille des jupes, mais j’crois que toutes les facs ont ce genre de modèles.

    Mais en dépit de son contenu sarcastique, Vincent ne se plaignait pas du tout, il avait même plutôt satisfait de chacun de ses profs. A défaut d’être parfaits, ils restaient dans son domaine de compréhension et il arrivait à peu près à travailler avec eux et à s’adapter à leurs méthodes. Aujourd’hui, ces professeurs, aussi imparfaits étaient-ils, demeuraient des points de repère pour le jeune homme qui était en train de vivre un enchaînement de bouleversements. Eux seuls s’étaient conduits de manière « normale » avec lui. Il les soupçonnait d’ailleurs d’avoir déjà eut des élèves dans une situation similaires à la sienne dans le passé. La quadra en phase de dépression avait même pris sur elle de ne pas parler de ses problèmes pour lui glisser quelques mots d’encouragement à la fin de son premier cours avec Vincent après son réveil. Alors certes, ils n’étaient pas parfaits, mais ils étaient quand même là. En sommes, c’étaient de bons profs. Bon, on ne pouvait peut-être pas en dire autant de l’équipe administrative qui était « sensée » accompagner les étudiants, mais ça, c’est un autre sujet.

    – Et non... je n vise pas le doctorat. Je me contenterai du master... enfin je pense... mes projets ont un peu changés depuis...

    Le ton que sa voix était en train de prendre ainsi que la façon dont il remuait le chili indiquaient clairement qu’il n’avait pas envie de parler de ça. Néanmoins, il enchaîna de lui-même.

    – Et toi ? T’as un boulot à côté de la Légion, si j’ai bien compris. Ça se passe comment ?

    Car aussi incroyable que cela puisse paraître, Vincent avait envie d’en apprendre plus sur la vie de Jace. Sa disparition lui avait fait réaliser qu’il ne savait pas grand chose de sa vie et que cela l’intéressait vraiment, même s’il n’était pas sûr de pouvoir s’y faire une place, ou même de le mériter.

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Message posté : Mer 29 Oct 2014 - 22:52 Message
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Parmi les multiples règles générales qui guidaient la vie du jeune Thunder, et dont certaines étaient à peu près aussi rigides, et donc susceptibles de changer, que celles de Vincent, il y en avait une qui lui imposait de ne pas s’étendre sur ses propres missions. Un vrai héros ne pouvait pas se laisser affecter par ce qu’il voyait quotidiennement : le visage le plus sombre et le plus déformé de Star City. Peut-être, en un sens, comme le supposait Vincent, s’était-il habitué. Habitué à voir cannibales et terroristes, sacrifices humains et sombres desseins, s’inviter au détour d’une conversation. Plus probablement, Jace eût été incapable de se lever le matin s’il n’avait pas fait ce que Vincent, exactement, venait de faire : pousser les histoires sous le tapis et continuer à avancer. Et c’était à cause de cette règle rigide, in fine, c’était possible, dangereuse et contre-productive, que Jace se sentait à la fois si coupable et si soulagé par cette soirée : parce qu’il avait pleuré, au-delà des interdictions, et qu’il en avait dit, un peu, sur ce qui s’était passé en Sibérie. Juste un peu — mais pour lui, c’était déjà un progrès considérable.

— Qaletaqa. C’est hopi.

Jace précisa :

— Amérindien. J’avoue, j’en avais jamais entendu parler avant de le rencontrer. J’te le présenterai, s’tu veux.

Et Jace se rappela que Vincent n’avait pas une envie folle d’être vu avec lui en public — alors il tira vers lui les prospectus qu’il avait récupérés dans sa boite aux lettres et se mit à les lire, pour ne pas avoir à croiser le regard du jeune homme, mais il fut bien obligé de relever les yeux pour sonder ceux de Vincent alors que celui-ci reparlait des cannibales. Sujet enterré, passage à la tarte à la rhubarbe, aux lentilles, à toutes les filles que Vincent avait emballées et dont le défilé fit sourire Jace.

La jalousie n’était certes pas le grand défaut de l’adolescent. Ce que jalousait Jace, ce n’était par exemple par les sentiments que Vincent pouvait avoir pour Holly, mais la place de celle-ci dans la supposée liste. L’idée que Vincent avait eu une vie sentimentale ou sexuelle bien remplie ne le perturbait guère, mais devant l’embarras du jeune homme, il s’abstint de tout commentaire et se contenta de sourire à une publicité pour les monte-escaliers, imprimée sur papier glacé.

Son sourire se fit un peu moins moqueur et un peu plus large quand Vincent évoqua ses professeurs. Jace avait l’impression de parler à un ami de Star High, sauf que les professeurs de Star High, Jace était capable de tous les imiter, un talent qui n’avait pas peu contribué à sa popularité.

— Encore heureux qu’tes projets changent, t’es encore vachement jeune.

Glissa Jace, même si Vincent venait de botter en touche. Mais mieux valait suivre le mouvement.

— J’suis assistant juridique, oui. Chez Lane & Caids. En fait, quand j’étais au lycée, j’étais coursier là-bas.

En partie pour protéger Charlie Lane, mais ça, c’était trop Légionnaire pour le thème de la soirée.

— À la base, j’cherchais un p’tit boulot pour économiser et me payer une voiture. Mais, euh…

Jace corna machinalement le coin d’un prospectus et avoua comme une faute :

– Disons que je suis pas super doué pour économiser, apparemment.

Une révélation un peu étrange, parce que rien dans son studio ne trahissait des habitudes dépensières. Ses vêtements lui allaient bien, certes, mais il ne les tirait pas des grandes boutiques et il n’en avait pas toute une collection. Il y avait bien quelques comics, mais récents. Deux ou trois jeux vidéos qui se battaient en duel. Un ordinateur portable. Pas de consoles, pas de télévisions, pas de bijoux ou de collections d’estampes japonaises ni de marbres précieux. À quoi diable Jace Roberts dépensait-il son argent ?

Pour un peu, à la vitesse à laquelle il enchaîna, on aurait cru qu’il avait un problème de jeu ou une addiction à la cocaïne qui ruinait son budget.

— Et, enfin bref, quand mon pouvoir intellectuel s’est déclenché, évidemment, il s’est posé plein de questions et tout sur ce que j’allais faire. Au début, je me suis dit que j’allais étudier, genre devenir un grand scientifique, un machin comme ça, même si j’avais pas du tout, mais alors pas du tout envie. Puis j’ai tapé ma petite crise…

Il s’interrompit. Jace Roberts ne « tapait » pas de petite crise.

— Ouais, enfin, disons que j’ai changé d’avis, je voulais ouvrir le magasin de jouets, là, t’sais, j’t’en avais parlé. Mais en vrai, transformer ça, le loisir, en travail, j’ai trouvé ça sinistre finalement, alors j’ai cherché un truc que je connaissais pas trop et qui serait assez stimulant, du coup, le droit. Pour apprendre sur le tas. J’dis pas que je ferai ça toute ma vie…

Ni même toute l’année.

— … mais ça va, c’est cool. Attends, j’vais t’montrer.

Jace descendit de son tabouret, non sans avoir jeté un coup d’œil au chili, et partit ouvrir un sac à dos posé près du bureau. Il en tira un volumineux dossier et revint s’installer.

— Ça, par exemple, c’est un truc sur le droit immobilier. Et moi, ben, je fais des recherches sur la jurisprudence, j’écris des mémos, je résume des rapports. Comme c’est plein de trucs nouveaux, c’est… Je sais pas comment expliquer, mais disons que ça soulage. Puis les gens sont sympas, globalement. Enfin, les avocats, ça dépend, y en a quand même qui sont vachement, euh…

L’adolescent haussa les épaules et proposa :

— Contents de leurs diplômes ? Genre, tu vois, les mecs qui dans les vestiaires se baladent trois plombes à poil pour que tout le monde ait bien conscience qu’ils sont bien montés, ben pareil, mais avec leur carrière. J’sais pas, j’trouve ça un peu spécial, comme mentalité, mais c’est pas tous, et le reste du personnel, ils sont cools. Cela dit, il y a cette secrétaire du bureau B326…

Et Jace se lança dans un portrait détaillée d’une administratrice revêche et psychorigide. L’adolescent avait l’œil pour les petits détails révélateurs, la façon de tenir le mug de café, le frémissement de la lèvre, qui rendait son personnage très vivant — particulièrement quand il y joignit une imitation, en prenant une posture rigide et pincée. Évidemment, le contraste entre le jeune adolescent blond torse nu et la vieille mégère jouait beaucoup dans la valeur humoristique de la scène. Et il conclut avec un sourire affectueux pour cette dame un peu étrange en concédant :

— … mais elle m’offre toujours des cookies. Enfin, un cookie par jour, et seulement si on se croise à dix heures, et des cookies parfaitement circulaires, j’te jure, dix contre un qu’elle les fait avec un compas, mais n’empêche, vachement bons.

Et toute la vie de Jace Roberts se peuplait soudain de cette foule innombrable de connaissances qui n’avaient strictement rien à voir avec Thunder : les collègues, les collègues qui étaient devenus des amis, les camarades de sport. La vie d’un adolescent normal, où tout le monde n’était pas Beverly, la gourou devenir, ou Alan, le coureur de boxers aussi coureur tout court.

— Après, tu vois, j’ai pas de grand projet de carrière. Avant, ça me stressait un peu, maintenant, j’me dis qu’on verra bien. C’qu’il me faut, là, surtout, c’t’un club de sport, j’ai pas pris le temps de prospecter.

Et avec un sourire malicieux, juste pour voir la réaction de Vincent, Jace rajouta négligemment :

— Parce que bon, me retrouver dans des vestiaires avec d’autres jeunes gens sués et musclants, mine de rien, ça commence à me manquer…

Et pour mettre la touche finale à son angélisme blond, l’adolescent prit un prospectus des Témoins de Jéhovah et entreprit de le lire consciencieusement — sans se départir de son léger sourire, bien entendu.
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Message posté : Jeu 30 Oct 2014 - 16:27 Message
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    Tant que la conversation ne portait pas sur la consommation de chair humaine, tout irait bien. Vincent avait encore du mal à s’en remettre. Il s’en était pourtant « bien » sorti ce jour là. Au moins, il n’a pas eu droit à un entretien avec docteur Cannibale, Anna n’avait pas eut cette chance. Alors parler des amis de Jace était un soulagement, qu’ils soient amérindiens ou martiens... ok ptet pas martiens quand même...

    – J’connaissais pas. en même temps, il ne s’est jamais targué de tous connaître. Il avait certes rencontré quelques étudiants d’origine amérindienne mais il y avait tellement de tribus qu’il était impossible de toute les connaître... surtout sans la motivation nécessaire. heu... si tu veux...

    Pourquoi avait-il dit ça ? Ah oui ! Pour faire plaisir à Jace et uniquement pour ça, lui-même n’en n’avait pas la moindre envie. Qaletaqa était certainement un adorable Hopi, mais Vincent n’avait aucune envie de faire une sortie entre amis... en assumant la relation que Jace et lui avaient. Quelle relation d’ailleurs ? Peut-être faudrait-il en définir les termes et conditions exactes... faire une sorte de contrat ? Nan Vince, t’as beau faire des études en économie, t’es pas assez froid pour faire un truc de ce genre. N’empêche qu’une clarification leur ferait peut-être du bien... Ou au moins l’aiderait lui à y voir plus clair. Mais pour l’instant, il se contenta d’approuver la proposition de son ami sans pour autant en être impatient, ça devait se voir sur sa tête, dans son maintient et dans sa voix d’ailleurs. Rappelons que Vincent Nash ne savait pas mentir, en général il éludait... mais ce soir il avait déjà utilisé pas mal de cartouches. Heureusement, tous les rapports qu’il entretenait avec Jace ne requéraient pas de mensonges.

    – Ouais enfin... en l’occurrence c’est plutôt la porte d’un rêve qui se ferme mais... j’suppose que je trouverai autre chose...

    Il n’en doutait pas. Mais Vince regrettait encore d’avoir vu cette issue se fermer à lui sans qu’il en soit responsable. Reprendre les affaires de son père avait été son rêve, il en était fier et son père aussi... du moins jusqu’à ce qu’il (ils) apprenne que son fils n’était plus très humain. Un changement qui voulait dire beaucoup pour une famille aussi pratiquante. Il n’était pas question de voir le nom de Nash associé à un pyromancien, vous comprenez ? Cela jaserait beaucoup trop, et le Père Jordan ne serait pas content du tout... Le jeune homme abandonna toutefois ces tristes pensées pour laisser l’enthousiasme de Jace le réchauffer comme un doux soleil de printemps. C’était surprenant d’ailleurs, la capacité du mutant à se montrer aussi... naturel, aussi vivant et énergique alors que, l’instant d’avant, il s’était réfugié dans les bras de Vincent comme un naufragé accroché à un rondin. La douche lui avait peut-être fait du bien. C’était un peu flippant d’ailleurs, mais Vince ne savait pas si Jace agissait ainsi pour le préserver du monde cruel des Supers, pour se préservait lui-même ou juste parce qu’il était en phase de déni. Vincent connaissait le déni, il l’avait pratiqué pendant longtemps par rapport à sa sexualité... en fait il la pratiquait toujours un peu... beaucoup. L’étudiant écouta donc le discours vivant du jeune Légionnaire en l’observant d’un œil attendrit tout en apportant la touche finale à son œuvre culinaire. Il rit de bon cœur devant l’imitation que lui offrait l’adolescent et ne put s’empêcher de sourire lorsque le blond parla des vestiaires. On y revenait.

    – J’me fais pas de soucis pour ta carrière. T’as l’air super polyvalent et en plus... j’pense que ton statut pourra t’ouvrir pas mal de portes. Donc je te vois mal finir sous les ponts.

    En abordant la situation de Jace d’un point de vue « professionnel », froid et purement économique, on ne pouvait pas ne pas y voir une mine d’or sur pattes. Un cerveau hyper performant, un charisme fou, une expérience... originale il fallait l’avouer, un nom célèbre. Les possibilités étaient infinies. Après, il restait à trouver quelque chose qui LUI plaisait et ça c’était toujours un peu délicat. Vincent lui avait des considérations beaucoup plus pratiques et préférait penser en termes matériel. Faire un métier qui ne lui plaisait pas ne le dérangeait pas, surtout si c’est pendant une période déterminée. Et puis, pour l’instant, barman c’était plutôt cool, alors en faire son choix de carrière n’était pas non plus une idée qui le rebutait. Mais il était encore un peu tôt pour penser à cela. En ce moment, Vince avait suffisamment de questions existentielles qui lui réclamaient des réponses urgentes, notamment par rapport à ses pouvoirs, sa famille, son attirance pour les hommes...

    – Et puis, tout le monde n’a pas besoin d’avoir une grande carrière dans sa vie... La tienne est déjà pleine, alors si t’as pas de projets dignes d’Alexandre Le Grand... c’est ptet que t’en as pas besoin. Je dis pas que t’en es pas capable, hein ! J’ai bien compris que tu pourrais faire ce que tu voudrais, t’as un potentiel de malade... mais si t’en as pas envie, faut pas te forcer. C’est le meilleur moyen de finir avec un ulcère ou en suicide arrivé à la crise de la cinquantaine... Pardon, j’traîne trop avec Jason... faudrait que je lui demande d’arrêter de me parler de sa conception de la vie.

    Pourtant, il était d’accord avec cette idée. Ok la conception des choses de Vincent a toujours été... étroite, mais depuis son arrivée à Star City, et surtout depuis l’acquisition de ses pouvoirs, sa vision s’était élargie. Enfin, sauf pour les vestiaires. A cette référence, le barman eut un sourire en quoi mais préféra ne rien dire si ce n’était :

    – C’est prêt.

    Le riz fut égoutté, les casseroles furent apportées et Vincent servit copieusement son client du soir. Son assiette à lui fut plus modeste, mais en même temps, il avait déjà mangé avant son service. Cela dit, il était plutôt content de pouvoir se remplir de nouveau l’estomac. Ses retrouvailles avec Jace lui avaient donné faim. Une fois le service accompli, Vince s’installa juste en face du blond et lui souhaita un bon appétit avant de reprendre leur conversation.

    – Je sais pas pourquoi, mais je t’imagine bien jouer au squash. Cela dit t’aurais aussi ta place dans une équipe de hockey...

    Il se garda bien de mentionner l’argument des vestiaires, lui-même avait un peu honte d’avouer toutes les pensées qu’il avait pu refouler dans de tels endroits.

    – Mais bon, entre ton job, sauver le monde et dépenser ton argent, tu dois être déjà super occupé... Au fait, tu achètes des actions ou bien tu place ton argent ?

    Il n’y avait pas besoin d’être fin observateur pour constater que les possessions matérielles de Jace Roberts n’allaient pas allécher les huissiers. Cela dit, il ne voulait pas être trop curieux, ce qu’il faisait de son argent le regardait après tout, aussi, pour alléger sa question, il enchaîna avec une autre qui n’avait rien à voir.

    – C’est bon au fait ?


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Message posté : Jeu 30 Oct 2014 - 16:54 Message
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Jace hocha la tête à la conclusion de Vincent, non pour confirmer qu’il comptait bien mettre fin à ses jours dans une trentaine d’années, mais pour le reste : il n’avait jamais rêvé à une carrière brillante. Son ambition, il la plaçait dans la Légion. Le reste était une nécessité économique, qu’il n’était pas particulièrement fâché de devoir accomplir. Il se serait mal vu sans emploi, mais il ne voulait pas devenir un scientifique renommé, un trader ou il ne savait trop quoi. Pendant toute sa scolarité, bien avant l’apparition de sa super-intelligence, il avait contourné plus ou moins habilement les questions de ses parents à propos de son avenir professionnel, pour éviter de leur répondre qu’entre chauffeur de bus ou jardinier, il n’avait pas de préférence, et que le compte ouvert pour son entrée à l’université ne servirait pas à grand-chose. Désormais, il était soulagé de pouvoir se laisser porter au gré des expériences professionnelles.

Ce point réglé, l’attention de Jace fut absorbée par le chili et il dut se contenir pour conserver un semblant de bonne manière et ne pas engloutir son assiette comme un mal propre en quelques secondes. Afin de se distraire entre deux (considérables) bouchées, il jetait des regards à Vincent, et à chaque fois il sentait son cœur battre un peu plus fort et son cerveau marcher un peu moins bien.

Puis il éclata de rire.

— Le hockey ?

Le squash, pourquoi pas, même si ça faisait un peu trop bourgeois à son goût, mais le hockey ?

— Tu veux dire, le sport où les mecs, ils font trois fois ma taille, six fois mon poids et qu’ils se broient contre les vitres ? Sérieux, je veux bien que tu passes ton temps à mater mon corps sculpté d’éphèbe…

Fit-il remarquer (innocemment, toujours) avec un sourire de satisfaction.

— … mais à côté de ces bonhommes-là, je suis une petite chose fragile et…

Et son souvenir disparut brusquement. En une seconde, hop, envolée la bonne humeur. Oui, il était une petite chose fragile : c’était ce dont il venait de prendre violemment conscience, en Russie. Fragile, blessée et abîmée. Cette fois-ci pour toujours. La douleur lui revint en mémoire. Perçante. Osseuse. Sa fourchette suspendue se mit à trembler un peu, mais Jace parvint à détacher son regard du vide, reposer son couvert et adressa un sourire forcé et confus à Vincent, pour conclure d’une voix beaucoup plus calme.

— Oui, non, c’est pas pour moi. Le squash, peut-être. Tu jouerais avec moi ?

C’était la deuxième fois ce soir-là qu’il proposait une activité extérieure à son ami et il s’en rendit compte. Peut-être qu’il essayait de pousser les choses. La résignation, somme toute, ça n’avait jamais été dans son tempérament, mais dans sa situation, il ne savait pas trop si son caractère volontaire ne jouerait pas contre lui. Et puis peut-être que Vincent penserait qu’il abusait de sa propre détresse pour lui faire du chantage affectif. Devant de pareilles hypothèses, Jace préféra changer immédiatement de sujet sans laisser à son ami le temps de répondre.

— J’achète pas d’actions. Je devrais. Enfin, je sais pas si je devrais, ce serait peut-être illégal. Les cours de la bourse sont tellement, tellement prévisibles…

Oups. Il n’était pas censé le dire, ça, peut-être. Quand Jace avait compris, en lisant au hasard la rubrique financière d’un grand quotidien, que ses prédictions mécaniques sur telle ou telle action étaient à peu près toujours exactes, il avait décidé qu’il serait plus éthique de ne pas utiliser ses pouvoirs pour faire fortune. Et il avait tiré sans hésiter un trait sur des millions qu’il aurait facilement gagnés.

— Hmmbref… Ben, je sais pas, j’ai acheté des arbres en Amazonie, pour faire repousser la forêt, je crois, avec Greenpeace, et euh… J’ai un peu financé un centre pour protéger les lémuriens des braconniers, à Madagascar. Puis y a eu l’ouragan, là. Et y avait une annonce dans le journal, sur la soupe populaire qui avait besoin de refaire son local. Ce genre de trucs.

Donc, il donnait quasi tout le surplus de son salaire à des œuvres caritatives ou écologiques, moitié par conviction, moitié par sens névrotique du devoir. Mais il n’en souffrait pas : il avait tout le confort qu’il pouvait souhaiter et économiser pour l’avenir… Eh bien, Jace Roberts ne songeait pas vraiment à son avenir.

— En tout cas, oui, c’est super bon. Bien sûr, j’pourrais manger n’importe quoi et si ça se trouve, tu vas être responsable de mon intoxication alimentaire, mais on va dire que j’ai confiance.

Il devait même avoir sacrément confiance, parce que son assiette était à moitié vide déjà.

— Bon, alors, du coup, tu aimes l’escalade, tu aimes cuisiner, tu aimes te promener tout nu et utiliser des hardwares vintage. Et quoi d’autres ? Quels sont les loisirs de Vincent Nash ? Hmm…

En engloutissant une fourchette de chili, Jace fixa Vincent.

— T’as dit que t’étais pas artiste, du coup, pas les musées ou ce genre de trucs. J’te vois bien… Faire de la mécanique. Réparer des voitures, avec les mains pleines d’huile de moteur, sous le soleil de l’été.

Ou alors, il était en train d’exprimer un fantasme à haute voix.

— Il te faudrait une moto. Tu serais trop bien avec une moto. Non, en fait, je sais, on va faire un questionnaire. Film préféré ? Série préférée ? Style de musique préféré ? Parfum de glace préféré ? Le pays que tu voudrais visiter ? La langue que tu aimerais parler ? Ton plat préféré ? Ton dessert préféré ? Ton animal préféré — et le Jace, ça compte pas ? Saison préférée ?

Jace était parti pour une longue liste encore, mais il se souvint à temps que tout le monde n’avait pas la même mémoire que lui.
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Message posté : Jeu 30 Oct 2014 - 18:18 Message
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    Fragile ? Jace Roberts ? Peut-être mais en tout cas pas dans l’esprit de Vincent. L’estomac blond qui se trouvait en face de lui avait apparemment passé plusieurs jours seul dans un réacteur nucléaire et se tenait là en train de s‘empiffrer de chili... ce n’était pas vraiment le genre de comportement qu’on pouvait attribuer à un faible. Sans oublier que le mutant pourrait sans aucun doute assommer tous ces gros muscles à grands renforts de décharges électriques... ce qui serait probablement considéré comme une faute, mais c’était l’intention qui comptait.

    - J’suis pas bien grand et j’ai bien tenu dans une équipe de football. Puis les muscles, ça s’obtient. Et je ne te propose pas de jouer contre des pros non plus. En tout cas, moi j’te vois pas fragile du tout... Et je ne passe pas mon temps à te mater. assura-t-il avec le rouge qui lui montait aux joues et qui n’avait rien avoir avec les épices glissées dans sa recette. ... c’est ton corps qui me saute aux yeux, nuance.

    Mauvaise foi quand tu nous tiens.

    Par contre, Jace se trompait lourdement en pensant que Vincent ne voulait rien faire avec lui en dehors d’une chambre entre quatre murs et les rideaux tirés. L’étudiant était tout à fait partant pour mener des activités avec lui. Mais pas en tant qu’amants ou en couple... juste en tant qu’amis. Et comme il adorait le sport, la nuance lui paraissait extrêmement claire, alors du moment que Jace ne lui demandait pas de l’embrasser à chaque point gagné.

    – Si tu veux... Mais je sens que ton super cerveau va pas me faciliter les choses...

    Tant pis si la défaite était assurée, Vincent aimait les défis sportifs. L’idée d’affronter un super-héros excitait même son esprit de compétition... ainsi que d’autres pulsions que l’on ne nommera pas forcément. Restons décents pendant le repas. Mais passons sur les considérations sportives et les muscles et la sueur qui allaient avec et revenons sur un sujet qui ne mettrait pas à mal les parties sud de ces messieurs : la bourse. Il était vrai qu’utiliser ses pouvoirs pour prévoir le cours et se faire de l’argent n’était peut-être pas le moyen le plus honnête de devenir riche. Mais si on était prêt à dépenser au moins la moitié de sa nouvelle fortune en avocats pour justifier ses gains devant la Cours, cela valait le coup. Mais apparemment, Jace avait d’autres préoccupations, et rien que pour cela, Vincent l’admirait encore plus. Le barman n’était pas un militant dans l’âme, mais il trouvait ces personnes extraordinaires et rien que le fait d’utiliser son argent pour des causes aussi solidaires méritait le respect. Ou en tout cas, de prendre deux ou trois fourchettes de retard.

    – Wow... et il avait vraiment l’air impressionné. Vincent fixait Jace dans les yeux avec un sourire d’admiration et un regard touché. je suis en train de manger avec un saint. C’est trop cool... Par contre, maintenant je me sens ridicule dans mon petit bar avec mon petit salaire qui me permet juste de vivre et d’économiser pour rentrer chez... Chez plus personne. Il s’interrompit, parut décontenancé pendant une seconde mais reprit avec entrain. Enfin quand même... wow !

    Pour une fois, Jace Roberts se montrait extraordinaire d’une façon que Vincent ne pouvait qu’admirer sans avoir d’idées trop arrêtées. Et son admiration ne diminua pas devant le courage gastronomique dont l’adolescent faisait preuve.
    – Un empoisonneur ne mangerait pas son poison... enfin sauf s’il a avalé l’antidote, mais comme je connais pas le moyen de contrecarrer le venin caché dans les haricots rouges, je vais me contenter de partager ton sort.

    C’était bien connu, les empoisonnements rapprochaient les gens. La nudité aussi d’ailleurs, même si, contrairement à ce que Jace sous entendait ce n’était, pour Vincent, une habitude.

    – Je n’aime pas me balader tout nu... enfin ça me dérange pas non plus mais... ohhh tu m’énerves. Pour ta gouverne, Vincent Nash adore faire son jogging, essayer de nouveaux sports, sortir avec ses potes et se perdre dans le centre ville et s’arrêter dans la première pizzeria venue pour faire son critique culinaire, d’où son professionnalisme comme tu l’auras remarqué, il affectionne aussi les soirées bowling, les soirées devant un match, les soirées tout cours, quand elles se passent bien, il adorait les randonnées mais en ce moment pas trop, un cinéma de temps en temps, mais ce n’est pas trop son truc parce qu’il s’ennuie facilement quand il n’aime pas le film, enfin il n’hésite pas à aller voir ses potes quand ils font un concert dans un bar, même s’il doit serrer les dents à chaque fois qu’il applaudit. Voilà... les petits plaisirs de Vincent Nash.

    Sans tous ceux qu’il avait l’habitude de partager avec sa famille, mais il ne fallait pas remuer le couteau dans la plaie.

    – Et j’suis pas très branché mécanique... J’m y connais mais juste le minimum quoi. Faut pas me demander d’assembler un moteur les yeux fermés. Mais j’aime bien l’odeur de l’huile. Perso, je préfère les animaux aux machines, avec mon frère on avait l’habitude de ramener les bêtes malades et de les soigner. J’voulais être vétérinaire quand j’étais gosse, mais la science, c’est pas trop mon truc...

    On pouvait maintenant observer un fait inédit : le Vincent Nash était en train de partager des choses qu’il n’avait partagées avec personne depuis son arrivée à Star City.

    – D’ailleurs, c’est le seul truc que j’arrive à regarder en dehors des matches à la télé. J’suis pas très émissions ou série mais j’aime bien les documentaires animaliers... et les docus sur la santé, mais on m’a interdit de trop en regarder parce que je deviens parano et insupportable après ça.

    Comme la fois où il avait décidé de boycotter le café auprès de tous ses amis après avoir vu un reportage apocalyptique sur les conséquences mortelles de la caféine et de sa surconsommation. Cette fois là, Eve avait faillit l’étrangler. Et c’est en partant sur ces « doux » souvenirs qu’il réfléchit pour répondre à l’interrogatoire de Jace Roberts. En pleine réflexion, il leva la tête et la fourchette et regarda en l’air avant de fournir ses réponses :

    – Rambo, le premier. Friends, mais ça fait des années que je ne suis plus de séries. Indie pop. Pistache. Le Canada. Le Latin. Les Wraps, surtout végétariens. La tarte aux noix de pécan. Le chien. L’été.

    Il but une gorgée de son verre d’eau. Avant de planter un regard amusé et intéressé dans celui de Jace.

    – Et toi ?

    Il s’abstint cependant de lui demander de répondre en chantant, un défis qui aurait put récompenser la curiosité de l’adolescent.

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Message posté : Jeu 30 Oct 2014 - 18:53 Message
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Saint Jace leva les yeux au ciel alors qu’on le canonisait, mais le sourire qu’il arborait n’était pas peu fier. Lui, il se trouvait un peu compulsif dans sa charité, mais c’était un vice beaucoup plus avouable que les casinos d’Atlanta ou les bars à strip-tease des Marais, alors il s’en consolait. Il possédait tout ce dont il avait besoin et plus encore et l’avenir était… flou. Peut-être que le jour où il devrait acheter une maison, il regretterait de ne pas avoir nourri son plan d’épargne logement, mais pour l’heure, il n’y pensait pas.

Pour l’heure, il était satisfait de sa salve de questions, dont les avantages étaient multiples. Premièrement, il découvrait un Vincent Nash beaucoup plus prompt à se confier qu’il ne l’aurait cru et tous les détails de la vie de son ami le fascinaient. Lui qui avait craint, de temps à autre, depuis leur première nuit passée en simple, que Vincent pût ne chercher qu’une expérience sexuelle inédite était ravi de constater qu’ils discutaient sans difficulté. Deuxièmement, il le trouvait charmant. L’imaginer devant les reportages animaliers ou en train de soigner un bébé loutre était terriblement attendrissant. Troisièmement, tant que Vincent parlait, Jace pouvait manger, et quand son ami s’interrompit, son assiette était vide et son estomac rempli.

— T’es…

Un vétérinaire contrarié avec un penchant hypocondriaque.

— … adorable. Mais j’vais pas trop de te le répéter, sinon tu vas prendre la grosse tête. Ah, au fait, je suis somapathe.

Non, ce n’était pas contagieux.

— Je sens le corps des gens et, dans une certaine mesure, leur état de santé. Alors le jour où tu seras en train d’agoniser sans le savoir, promis, je m’occuperai de toi.

Et c’était à son tour.

— Hmm… Ben. Je sais pas. Rien de spécial.

S’il y avait bien une chose que Jace faisait très mal, c’était de parler de lui. Il tourna de gauche et de droite sur son tabouret, visiblement très embarrassé.

— J’aime bien… euh…

Ça y est, il se sentait bête. Avec un petit rire nerveux, il avoua :

— Désolé, j’ai pas l’habitude. D’habitude, les gens veulent savoir ce que c’est mon art martial, à combien de volts les décharges, comment j’ai fait pour telle ou telle mission, ce genre de trucs. Ils posent des questions sur Thunder, et c’est sympa, parce que j’ai des trucs à dire, mais ma vie sinon est pas super intéressante.

Alors qu’en toute objectivité, la tarte aux noix de pécan de Vincent était fascinante. L’adolescent croisa le regard de son ami, y arrêta le sien et hocha la tête.

— Mais OK, pas de problème. Alors, j’aime bien… Mon film préféré, c’est Skyfall, mais c’est pas très original. Ma série… J’en regarde pas tellement, en vrai. Ce que j’aime bien regarder à la télé, c’est les comiques, alors disons que mon comique préféré, c’est Rowan Atkinson, mais dans les spectacles, pas dans Mr. Bean. Euh… J’écoute pas des masses de musique, mais le post-rock, c’est sympa, sauf si c’est pour aller à un concert, là, ce serait l’électro, mais du coup, plus à cause des machines et de l’électricité que du son. Glace à la framboise. Brésil. La langue, aucune en particulier, sinon, j’l’aurais déjà apprise.

Comme le russe, et on voit où ça l’avait amené.

— J’crois que le chili Vincent, c’est d’venu mon plat préféré, mais j’suis pas sûr que ça tienne entièrement à la partie chili. J’aime bien les crêpes. Et les canards. C’est trop mignon, les canards. Et le printemps.

Au fur et à mesure de ses énumérations, Jace paraissait se prendre au jeu.

— Loisirs… hmm… La menuiserie. Construire des trucs en bois, des jouets, tout ça. La mécanique, c’est sympa, après, j’y passerai pas ma vie, mais je sais me débrouiller avec un moteur. J’aime bien le sport aussi, surtout en équipe, sauf si ça s’passe dans l’eau, évidemment. J’aime bien être entouré, en fait, j’suis pas trop solitaire. Un peu plus, ces temps-ci, mais vraiment pas tant que ça. J’aime bien rencontrer de nouvelles personnes, et découvrir de nouvelles cultures, même si je voyage pas des masses. Faire du kart. Acheter des épices bizarres et jamais les utiliser, comme t’as pu constater. J’suis pas trop fêtes, en revanche, j’aime bien les soirées en petit comité, où on peut discuter. Hmm…

Jace fixa le plafond en quête d’inspiration, avant de redescendre le regard vers Vincent, un peu hésitant. Il se lança tout de même à l’eau.

— Y a des trucs dans ma vie de mutant que j’aime aussi, en fait, même si je sais que ça t’plait pas trop. Genre, voler. Voler, c’est juste… Génial. Si j’devais abandonner tous mes pouvoirs et en garder qu’un seul, ce serait trop celui-là. Et j’aime bien me battre. Pas dans la vraie vie, parce que les combats durent jamais que le temps d’une décharge électrique, mais à l’entraînement. C’est un peu comme la danse, quand tu t’entraines, je crois, même si je sais pas trop danser. Et, euh… ça va paraître un peu vaniteux et tout, mais j’aime bien être interviewé.

Jace descendit de son tabouret pour rassembler la vaisselle, parce que tout lent masticateur que Vincent fût, nous pouvons raisonnablement supposé qu’il a fini de manger son chili. Une fois calée dans l’évier, l’adolescent s’en détourna pour se glisser derrière le tabouret de son invité consolateur. Ses mains se faufilèrent sous le tee-shirt de Vincent, puis retirèrent le tee-shirt de Vincent, parce que le chili ça donnait chaud et que de toute façon, il avait besoin de chaleur humaine. Cette (sainte, ne l’oublions pas) opération accomplie, le Légionnaire passa les bras autour de la taille de son ami, collant son torse au dos de Vincent et déposa son menton sur la vaste et musculeux épaule du Légionnaire. Parfait.

— Tu pourrais ouvrir un refuge. Animalier, je veux dire. Pour accueillir les animaux abandonnés, et les soigner. Pas besoin d’être bon en sciences pour ça. Ou ces sortes de pension où les gens mettent leurs animaux en vacances. Si c’est ça qu’t’aimes, tu devrais pas hésiter. Moi, j’te vois très bien faire ça.

Et comme Jace était tout de même plutôt un pragmatique qu’un rêveur, il enchaîna :

— Il faudrait se renseigner sur les subventions pour la protection animale, que ce soit un peu viable économiquement, tu vois. Mais tu peux faire les deux, refuge et pension. Et si tu fais payer les adoptions, dans lesquels tu prévois un forfait arrangé avec un vétérinaire, qu’en plus tu contactes les associations, ça pourrait marcher. Le plus coûteux, c’est probablement de trouver l’endroit, parce qu’il faudra un peu de terrain, mais au début, tu peux t’faire de l’expérience aux services urbains de la protection animalière, le temps d’économiser.

L’adolescent resserra un peu plus son étreinte et inclina la tête pour déposer un baiser dans le cou de Vincent.
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Message posté : Jeu 30 Oct 2014 - 21:17 Message
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    Seules ses oreilles rougirent au compliment de Jace. Petite victoire. Bientôt il pourrait recevoir tous les compliments que pourrait lui faire son ami sans en manifester la moindre gêne. Mais avant d’avancer vers ce glorieux avenir, Vincent dut digérer une nouvelle information. « Somaquoi » ? D’abord il crut à une maladie en –pathe, ce qui, d’après les premiers mots qui lui venaient à l’esprit n’était pas du tout une bonne chose. Mais finalement, c’était bien... c’était même une très bonne nouvelle.

    – Ca c’est rassurant... il réfléchit un peu, en silence, parce qu’un Vincent silencieux, ça réfléchissait mieux. Il marche sur toi aussi ce pouvoir ? Je veux dire, t’arrive à dire quand tu es mal ?

    Il disait cela par rapport à son récent accident. Le barman n’était pas sûr d’avoir bien compris, mais de ce qu’il avait entendu, l’expérience que Jace avait vécue a provoqué un véritable traumatisme sur son corps. La question indirecte qu’il fallait interpréter était : ton état de santé à toi, il est bien, là ? Néanmoins, il ne voulait pas poser la question directement, alourdir l’ambiance si agréable... ni forcer Jace à repenser à tout cela alors qu’il l’avait fait venir pour oublier. Donc il écouta avec un plaisir non feint les confessions de Thunder. Et il était content de constater qu’en dépit de sa carrière héroïque, Jace était normal à bien des égards. C’était tout de même dommage que les gens ne s’intéressent qu’au vernis héroïque qui entourait l’adolescent. Il était tellement plus qu’un artiste martial original ou un défibrillateur sur pattes. C’était sans doute à cause de cet intérêt exagéré qu’il pensait qu’en dehors de sa, la vie de Jace Roberts n’était pas intéressante. Rien que pour cette raison, Vincent était prêt à assommer Holly plutôt que de la laisser embêter le Légionnaire. C’est donc un barman attendri qui découvrit ce qui faisait vibrer le cœur de cette pile électrique blonde. Non avare en compliment, le mutant se permit de mettre en avant le plat que son cuistot venait de lui préparer. Mais L’étudiant ne pouvait pas dire qu’il n’aimait pas que Jace lui fasse de la lèche. Vince leva les bras comme pour encourager un public imaginaire à applaudir et arbora son visage le moins modeste au point d’en être ridicule, mais il n’en n’avait cure. Thunder adhérait au Chili Vincent.

    Le barman se contenta de plisser imperceptiblement ses yeux lorsque son ami lui parla du plaisir qu’il avait à être un mutant, à avoir des pouvoirs. Vincent écouta avec attention et ne put s’empêcher de se sentir hypocrite devant son aversion des pouvoirs. Que ça lui plaise ou non, lui-même aimait justement les siens. En tout cas une partie. Lorsque des flammes lui léchaient le corps, la sensation qu’il en tirait était tout simplement délicieuse. C’était un mélange de plaisir charnel et de bien être instinctif avec l’impression d’être protégé... couvé même. Et puis il y avait sa transformation en cendres, comme il l’avait découvert avec Jace justement, les perceptions qu’elle lui offrait, son rapport au monde. Ce pouvoir avait beau être éreintant et le vider de ses forces, il n’en n’était pas moins particulièrement intense. Et voler... il avait déjà volé, à dos de dragon, certes, mais cela restait un vol... et quel plaisir il en avait tiré... Alors il ne pouvait pas ne pas comprendre la fierté de l’adolescent à pouvoir voler. Le rêve de tout homme. Mais la conversation ne s’éleva pas vers les sphères célestes. Jace se leva et expédia la vaisselle dans l’évier de manière efficace. Vincent allait lui demandait s’il voulait qu’il la lui fasse lorsqu’il sentit des doigts tirer sur son tee-shirt. Le sourire aux lèvres, il leva les bras et se laissa déshabiller.

    – Et après, je passe pour un exhibitionniste... ironisa-t-il gaiement.

    Une fois son méfait accompli, Jace vint se placer derrière lui et l’entoura de ses bras avant de coller son torse tout neuf contre le dos du footballeur. Vince ferma les yeux pour apprécier ce contact. Cela faisait plus d’une semaine que... Le corps de Jace lui avait manqué, et le pyromancien était obligé d’admettre que ce manque n’avait pas été uniquement sexuel. Toujours en gardant les paupières closes, il écouta le récit de son ami qui l’imaginait tenir un refuge. Une image fort sympathique qui plut à Vincent. Le jeune homme s’amusa à l’imaginer. Ce ne serait pas si mal... Ce serait même parfait. Une vie simple, proche de la nature. C’était une belle alternative... Malheureusement, il était trop tôt pour y penser... ou trop tard ? Il rouvrit les yeux et décida de mettre le problème de côté... un de plus.

    – Tu sais... il s’écarta un peu de l’étreinte de son amant et pivota sur son tabouret et posant les mains sur la taille de Jace. La tête levée, il le regardait dans les yeux avec un sourire insouciant. on verra ça le moment venu... Je vais déjà me concentre sur cette année. Voir si j’arrive à m’en sortir avec la fac sans incendier le campus. Après je pourrai peut-être faire des projets.

    Car la peur que lui procuraient ses pouvoirs était toujours présente. Ok il les maîtrisait plus ou moins, il parvenait à se faire à peu près obéir de ses flammes. Mais il lui arrivait toujours d’avoir des accidents. Et si cela arrivait dans ce beau refuge ? S’il brûlait tous ces pauvres animaux ? Les accidents, ça arrive vite. Ses multiples cadavres de chaussettes étaient là pour le prouver. Mais il n’avait pas envie de penser à ça maintenant.

    – Et puis, il y a plus urgent maintenant, il y a toi.

    Avec une expression exagérément désolée, il observa son ami tout en faisant rejoindre ses mains en bas du dos du jeune Légionnaire. Toujours avec une fausse expression d’enterrement, il déclara :

    – Alors comme ça, tu aimes les canards... Je ne sais pas si je vais pouvoir faire quoique ce soit pour t’aider. J’crois que ton cas est désespéré...

    Le sourire jusqu’aux oreilles, Vincent ne se gêna pas de taquiner Jace. C’était un bon moyen de détendre l’atmosphère et aussi d’éviter d’avoir trop conscience de se torse de rêve qui ne demandait qu’à être massé, caressé... et plus si affinités. Et puis franchement, les canards... mais pourquoi ?

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Un électron au bord de la crise de nerfs

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