AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Pourquoi notre héros n'apprit pas à jouer au billard

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 16:16 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
24 octobre 2014

— Y a une fête à la Zeta Fraternity, ce soir.
— Ah.

Alan fixa Jace du regard. Cinq secondes plus tard, il fut bien contraint d’expliciter son propos.

— Ça te dit d’aller à une fête à la Zeta Fraternity, ce soir ?
— Non.
— Pourquoi pas ?
— Pas envie.
— Il y aura de la bière.
— Je bois pas.
— On pourra danser.
— Je sais pas danser.
— Une piscine.
— Fait trop froid.
— T’es pas drôle.
— Je travaille.

Jace leva les yeux de ses dossiers.

— Pas que tu comprennes le sens de ce terme, évidemment.
— Hey ! Je travaille aussi, j’te signale.
— Eh ben on se demande quand.

L’étudiant haussa les épaules.

— Pas tout le temps.

Ce qui expliquait qu’il se retrouvait, ce vendredi après-midi là, à lire des comics books sur le lit de Jace, pendant que celui-ci se livrait à l’une de ses activités les plus régulières et, de l’avis général des autres Alphas, qui essayaient systématiquement d’échapper à la corvée, la moins palpitante : l’établissement de données croisées sur les crimes à Star City. Alan, lui, était censément étudiant en histoire de l’art, ce qui, du point de vue de Jace et à en juger par les activités de son ami, consistait essentiellement à tenir un annuaire mondaine des fêtes étudiantes de Star City et à les classer grâce à un complexe système multifactoriel, dont les principales variables étaient : 1. la présence d’un billard dans le lieu des festivités, 2. la qualité de la musique, 3. la quantité d’alcool gratuit et 4. le sex appeal de la population mâle du lieu.

D’un ton entendu, Alan lança :

— Y aura pleeeein de mecs…
— Je suppose : c’est une fraternité.

Ce Légionnaire était désespérant.

— Tu pourrais enfin te trouver quelqu’un.

Un soupir exaspéré s’éleva derrière une pile de dossiers sur les vols à mains armées, puis la tête de Jace apparut et la voix de l’adolescent se fit entendre :

— Sache que, contrairement à toi, toute ma vie n’est pas guidée par le besoin impérieux d’interactions génitales, que j’ai beaucoup mieux à faire que de me mettre en chasse d’un mâle qui arriverait dans ma vie comme un chien dans un jeu de quilles, que ça ne m’intéresse pas du tout et que quand bien même j’aurais la vague envie d’avoir une relation quelconque, ce ne serait certainement pas vers la population alcoolisée dont le QI est inversement proportionnel à la consommation de stéroïdes que je me tournerais.

Quelques minutes plus tard, Alan était encore en train de sangloter dans les bras d’un Jace bien décontenancé, qui n’arrêtait plus de se confondre en excuses. Il avait été particulièrement irritable toute la semaine et, sans le savoir, Alan avait retourné le couteau dans la plaie. Depuis qu’il était rentré de chez Vincent, le week-end précédent, et qu’il avait passé la nuit seul, terré au fond de son lit, à pleurer comme un parfait crétin, Jace se sentait écrasé par un mélange de honte, de culpabilité, de frustration, d’impatience, de tendresse, de désir, d’amusement et de migraines émotionnelles. Il ne souriait guère que lorsqu’il échangeait une slave de SMS à Vincent, voire — exploit — un coup de fil — après quoi il passait au moins une bonne heure à ruminer l’étendue de ses échecs personnels.

— Là, j’suis désolé, ça va aller… J’pensais pas c’que j’ai dit… On va y aller, à ta fête.

Alan leva ses yeux de Chat Potté vers Jace. À peine s’il ne pétrissait pas le torse du Légionnaire en ronronnant. Tous les moyens étaient bons.

— C’est vrai… ?
— Oui…

***

Quelques heures plus tard…

— Tu vas pas mettre ça ?
— Il est très bien, ce tee-shirt !
— Pour refaire les plâtres, ouais.
— C’est ma mère qui l’a acheté !
— Mec, des fois, pour un super-génie, t’es vachement con. Enlève ça.

Jace s’exécuta, tandis qu’Alan retournait son placard. De sous un tas de pulls, il entendit un second ordre :

— Enlève ton jean, aussi, il est moche.
— Euh… J’suis pas sûr que…
— Ouais, ouais, c’est ça. Allez, traine pas, on va être en retard.

***

Deux heures plus tard…

— Carrément qu’on accepte !
— Euh, Alan…

Jace tira discrètement le tee-shirt de son ami.

— On double même la mise !
— OK.
— Alan.
— Quoi ?

Alan se retourna pour entamer avec Jace un conciliabule.

— À propos de cette partie de billard…
— Ouais, on va les écraser, et le mec là-bas, il sera trop impressionné. J’ai un ticket, j’te dis.

Jace jeta un coup d’œil au mec en question.

— Tu parles du type qui est en train d’embrasser la Brésilienne, là ?
— Ouais.

Parfois, l’optimisme de son ami le sidérait. Il regarda encore une fois la Brésilienne et le prétendu prétendant d’Alan, avant de lever les yeux au ciel et de les reposer sur ce dernier.

— Oui, donc, la partie…
— Quoi, la partie ?
— Eh ben, le billard, en vrai, c’est pas trop mon truc, tu sais…
— Comment ça, pas trop ton truc ?
— J ‘ai joué une fois et j’ai failli assommer quelqu’un.



— Mais on vient de parier 200 dollars !
Tu viens de parier deux cents dollars.

Alan se gratta la tête, avant de hausser les épaules avec insouciance.

— Tu me serviras de faire-valoir.
— Splendide. Tu veux pas attendre que Bev revienne et qu'elle me remplace ?

Mais l'étudiant en histoire de l’art se retourna vers la table, fit pivoter rapidement la canne entre ses doigts et s’exclama aux deux étudiants en droit qui lui faisait face, sous le regard des cinq ou six autres personnes qui avaient rejoint le billard au fil de la fête :

— Prêt à prendre votre raclée ?

Et pour lui-même, Jace murmura :

— … mon dieu mais qu’est-ce que je fous là…

Et l’article Wikipedia sur le billard se mit à défiler dans son esprit.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 19:27 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Le silence. Quelle beauté, quel calme. Assis les yeux fermés, Vincent avait l’impression que c’était la première fois depuis une éternité qu’il avait la paix. Plus de questions, de sa part ou de celle des autres. Plus de remarques, commentaires, blagues, critiques, félicitations, compliments. Rien. Le silence. Ici, le jeune homme n’avait plus conscience que de son corps et du monde qui l’entourait... ou plutôt de l’eau qui l’entourait car il était assis au fond d’une piscine, le dos collé à la paroi. Au fond pour retrouver son nouveau pote, celui qui l’embêtait pas, qui le laissait vivre sa vie : le silence. Un peu plus et Vincent allait prendre son pied avec le manque d’oxygène. Réalisant qu’il était temps de retrouver de l’air, il ouvrit les yeux, s’éloigna de la paroi et remonta vers la surface.

    – Bon alors, tu viens ?

    Vendredi 24 octobre

    16h54

    Holly et son magnifique bonnet de bain rose et jaune lui agressaient la vue et les oreilles. L’envie de lui faire boire la tasse était grande. Les deux étudiants étaient à la piscine du campus. Nager était l’un des rares sports que la jeune fille daignait pratiquer. Quant à Vincent, il aimait bien être dans l’eau, un plaisir qui s’était décuplé depuis qu’il avait compris que dans un milieu aquatique, ses pouvoirs étaient beaucoup moins problématiques. Il avait accepté de l’accompagner, dans un moment de faiblesse, même s’il préférait l’éviter depuis le weekend dernier. Holly n’avait pas arrêté de le harceler pour qu’il lui dise avec qui il était, lui refusait de lui en parler. Lui qui d’ordinaire ne pouvait rien lui refuser, l’étudiante en informatique fut rapidement atteint d’une crise de caprice comme elle n’en n’avait pas eu depuis que ses parents avaient refusés de l’envoyer à Star High. Vince maudissait la Holly capricieuse.

    – Allez ! Ca va être cool, tu verras !
    – Sérieux, moi. Dans une maison de fraternité. Pour une soirée. Un mois après...
    – Faut bien célébrer notre survie.
    – Au cas où t’aurais pas remarqué, des fois j’aurais préféré avoir brûlé là bas.
    – Dis pas ça... allez vient, qu’est-ce qui peut arriver au pire ?
    – On serait en train de regarder un film d’horreur, tu insulterais ton personnage pour avoir dit ça.
    – La vie n’est pas un film d’horreur, tu sais.
    – Des fois, je le regrette...

    Les choses seraient tellement plus simples. Un groupe. Un environnement hostile. Des morts, un survivant... ou pas. Simple, radical. Pas besoin de se remettre en question après ça. Lui c’était ce qu’il faisait à peu près tous les soirs avant de dormir depuis un peu moins d’un mois. Il en était tellement épuisé qu’il avait marre d’en faire la liste des raisons. La dernière en date était particulièrement vicieuse, à la fois délicieuse et épineuse, non il ne s’agissait pas d’une fleur... mais d’un garçon.

    ...

    18h23

    – Tu vas pécho ce soir ?

    Vincent n’entendit pas la question depuis sa chambre. La jeune fille sauta sur la conclusion qu’elle attendait de tirer.

    – HAHA ! T’as des sentiments pour elle !
    – Quoi ? Non ! J’avais pas entendu ta question.

    Normal pour deux personnes qui se parlaient depuis leur chambre respective. Holly et Vince s’habillaient pour la soirée. Elle avait réussi de convaincre le jeune homme en mettant en avant que cela allait lui rappeler le bon vieux temps, lui faire du bien, l’aider à digérer ces dernières semaines. De bons arguments en somme. Surtout qu’il avait du mal à ne pas penser à Jace... leurs échanges de messages le mettaient toujours dans une joie particulière et il arrivait alors à oublier la majeure partie de ses soucis, même celui que posait leur relation, quelle qu’en soit la nature. Il avait essayé d’y réfléchir, à cette relation. Mais pas moyen de venir à une conclusion. Il aimait bien Jace... il l’aimait même beaucoup en fait, il était adorable, drôle, intelligent (c’en était un peu flippant d’ailleurs), terriblement sexy, il avait envie de le revoir... mais en même temps il n’osait pas. La peur... d’avoir mal, de lui faire mal surtout car quoiqu’en disent les médias, le jeune homme qui se cachait derrière Thunder était extrêmement fragile. En tout cas il devait l’être pour que lui, Vincent Nash, bouseux venu du Kansas soit capable de lui faire de la peine. Car c’était ça le truc, lorsqu’ils étaient ensembles, Jace souffrait... de leur relation, de son état, de Vincent. Il devait être masochiste d’ailleurs pour lui envoyer des messages. Lui aussi en même temps, car il y répondait... Etrangement, quand il envoyait des messages au Légionnaires, le soir, il dormait plutôt bien la nuit suivante. Et lorsqu’ils s’étaient appelés, Vince n’avait pas pu se défaire de son sourire pendant un bon moment. Pourtant il avait peur. D’eux deux. Du monde. De ses parents, de ces amis qu’il espérait récupérer mais sans rand succès. Gareth ne répondait plus à ses messages, et lorsqu’ils se croisaient sur le campus, il lui répondait qu’il avait oublié et qu’avec les entraînements, il n’avait plus le temps... Pas besoin d’un dessin.

    – Alors, tu vas pécho ?
    – J’sais pas... on verra bien...

    Holly arriva dans la chambre du pyromancien. Elle avait mit un jean qui mettait bien ses fesses en valeurs ainsi qu’un tee-shirt blanc qui faisait de même avec son motif de geek.

    – Vince... t’es sûr que ça va ?
    – Ouais... j’ai juste cramé ma paire de chaussette préférée en éternuant mais ça va.
    – Tant mieux... alors pense à mettre un tee-shirt volant.
    – Mais c’était au programme. déclara-t-il en retrouvant un sourire sincère.

    ...

    La soirée

    Vincent se trouvait avec Jason et Holly dans le jardin de la maison des Zetas. Il avait reçu un accueil assez sympa. Au moins personne ne le fuyait comme la peste. Il soupçonna Holly d’avoir parlé avec les organisateurs mais fit comme si tout était normal. Il parvint même à rire de bon cœur lorsque quelqu’un arriva vers lui et lui fit une blague sur une histoire de barbecue. Vince eut également la surprise de retrouver Kristen qui était présente le soir de l’incendie, la demoiselle avait gardé la joie de vivre en dépit de ses problèmes pulmonaires et elle le prit dans ses bras lorsqu’elle le vit ici. Pour la première fois depuis longtemps, il avait l’impression d’être lui-même. Un étudiant normal qui faisait la fête et qui avait des amis. A un moment, le trio fut abordé par un rigolo un peu éméché qui provoqua Holly juste avant de parler d’une star qui jouait au billard au premier.

    – Qu’est-ce que tu racontes, toi ! La star ici, c’est moi ! déclara Holly dans un pur esprit de contradiction pour refermer le caquet de ce gars qu’elle n’aimait apparemment pas. La jeune femme venait de faire un cul sec. Tu vas voir, j’vais te le prouver. Tiens moi-ça. demanda-t-elle à Vincent en lui tendant son verre juste avant de glisser une main sous son tee-shirt. Et toi ça. elle sortit son soutient gorge qu’elle tendit à Jason. Il le mit sur son épaule comme on y pose une veste, et d’un air fier. – C’est parti ! lança-t-elle avant de reprendre son verre.

    Le provocateur avait l’air complètement surpris. Les deux autres éclatèrent de rire et reprirent leur conversation. Le rigolo resta là avec eux à faire des commentaires plus ou moins à côté de la plaque. Jason n’en montra rien, mais ce gars lui tapait aussi sur le système. Vince lui s’en foutait, il était sur son petit nuage. Soudain, des voix s’élevèrent au dessus d’eux. Ils levèrent la tête et comprirent que cela venait de la fenêtre du premier. Des voix s’unissaient pour scander : HOLLY ! HOLLY ! HOLLY !

    – Mais qu’est-ce qu’elle a fait ?
    – A mon avis, elle doit être en train de montrer ses seins. déclara Jason d’un air indifférent.

    A ce moment là, le verre que tenait leur pot de colle fit splash et l’aspergea de son contenu. Et pour cause, une boule de billard venait d’y tomber. Il resta penaud pendant plusieurs secondes pendant que Jason éclatait de rire. Vince lui se contenait tant bien que mal. L’aspergé finit par se réveiller et sortit la boule blanche. Ah, elle était importante celle-là. Mais il manifesta rapidement l’envie d’aller casser la gueule à celui qui l’avait lancée. Vincent s’interposa alors en faisant remarquer que c’était sûrement un accident. Il promit d’aller punir le maladroit si l’autre restait ici. L’étudiant récupéra donc la boule et partit la rendre aux joueurs en les félicitant pour leur précision. C’est là qu’il tomba nez à nez avec Jace Roberts.

    – Hey !

    Moment de silence. Remets-toi du choc mec ! Dis quelque chose...

    – Salut !

    Nan, pas remis...

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 19:53 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jouer au billard était une expression audacieusement flatteuse pour ce que Jace était en train de faire.

— Tu plaisantes…
— Je t’ai dit que je savais pas jouer.

La boule blanche propulsée par la canne du super-héros venait de zigzaguer entre sept boules différentes sans en toucher aucune. En soi, c’était une forme d’exploit.

— Hey, je sais pas faire des claquettes non plus, ça arrive.
— Je vais perdre 100 dollars…

Marmonna Alan d’un ton dépité. Jace s’empressa de corriger :

— 200.

Sous le regard outré d’Alan, Jace afficha un sourire angélique.

— Pas moi qui ait parié !

La partie reprit. Alan avait beau être très, très doué, son boulet de partenaire ne lui félicitait pas la tâche. Lorsque Holly se joignit aux curieux qui regardaient la partie — ou le massacre, pour être plus précis — Jace n’y prêta pas attention, trop occupé à viser une boule orange séparée par la boule blanche par quelques centimètres, en droit alignement avec le trou le plus proche. Un jeu d’enfants. Cette fois-ci, il était sûr de son coup. Puis les tétons provoquèrent une explosion de joie, Jace sursauta, les lumières clignotèrent une seconde et la boule blanche atterrit dans le jardin.

Tout le monde avait raté ça, fort heureusement, le spectacle de Holly se substituant à la partie de billard, sauf Alan, évidemment, que les féminins tétons n’étonnaient pas. L’étudiant pointa un doigt accusateur vers Jace Roberts.

— Je suis sûr que tu le fais exprès.
— Relax. Y a une meuf qui vient d’enlever son haut et ton ticket, c’est toi qu’il regarde.

Alan pivota aussitôt sur ses talons et l’instant suivant, Jace se retrouvait avec deux cannes entre les mains. Il se retourna pour constater l’enthousiasme général que l’exhibitionnisme de la jeune femme suscitait et son regard intéressé aurait sans doute pu se joindre à celui des autres garçons si le prénom de Holly n’avait pas amené celui de Vincent dans son esprit, si son regard ne s’était pas dirigé vers la porte, où la sensation familière d’un système nerveux particulièrement séduisant s’approchait.

Les lumières clignotèrent une nouvelle fois.

Hey.
Salut.

Les yeux de Jace restèrent fixés dans ceux de Vincent.

Holly, Holly, Holly scandait la foule.
Le numéro 1 sur la liste avait décidément beaucoup de succès.

Le regard de Jace se détourna.

— Son grain de beauté au-dessous du sein droit, elle devrait faire surveiller ça par un dermatologue.
— Salut.

Alan venait d’apparaître à côté de Jace. Littéralement. Enfin, presque littéralement : le mutant avait traversé à une vitesse phénoménale les quelques mètres qui le séparaient de son ami.

— J’t’ai déjà dit de pas faire ça, tu vas filer des attaques cardiaques aux gens.

Alan haussa les épaules avec insouciance. « Insouciance », ça devait être son second prénom. Il était jeune, il était mignon, il était rapide : pourquoi se serait-il préoccupé des règles ? Jace était déjà parvenu à lui faire comprendre, depuis deux ans qu’ils se connaissaient, qu’il était censé payer ses courses, plutôt que de partir en courant (très vite) : c’était un exploit.

— Il est totalement à fond.
— Cool pour toi…

Répliqua Jace d’un ton nettement agacé.

— Tu d’vrais pas être en train de lui explorer le caleçon dans une des chambres, dans ce cas ?
— Waow, elle s’arrange pas, ton humeur, dis moi. Tu me présentes pas ?
— Alan, Vincent. Vincent, Alan.
— Et ?
— Vincent, Alan est un ami, même si parfois, je sais vraiment pas pourquoi.
— Parce que sans moi, tu vivrais enfermé et grincheux. Grâce à moi, tu es juste grincheux.
— Alan, Vincent est…

Micro-silence.

— … un ami.
— Tu m’en as jamais parlé.
— Nouvel ami. C’est bon, satisfait ?

Alan posa une main sur l’épaule de Vincent.

— Mec, enchanté de faire ta connaissance. Hélas, j’vais être occupé pour le reste de la soirée. Je te confie ce gremlins. Ne lui donne pas à manger après minuit et ne le mouille pas, sinon, son humeur va devenir encore plus massacrante et c’est moi qui le ramène chez lui.

Et Alan disparut dans un courant d’air. La mâchoire toujours un peu contractée par la nervosité, Jace commenta :

— C’était Alan, donc. C’est lui qui m’a trainé ici. Et ça, c’est notre boule.

Il désigna ce que Vincent tenait dans la main.

— Mais si tu pouvais faire semblant de pas l’avoir trouvée, ça me libérerait de cette partie infernale.

Lui n’aurait plus qu’à se débarrasser discrètement des cannes, et le tour serait joué. Mais il n’était pas au bout de ses épreuves festives : Holly n’était pas si occupée du succès de sa poitrine qu’elle n’eût remarqué que son ami Vincent parlait à la star de la salle de billard (à coups de « hey » et de « salut », mais quand même) ni que cette star fût Thunder. Elle était bien décidée d’en apprendre plus sur cette relation mondaine que Vincent lui avait dissimulée.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 21:00 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Pas de réponse... Puis, ça fit tilt dans l’esprit de Vincent : Holly ! Jace... dans la même pièce ! Il déglutit. La raison était double : il n’avait pas envie que son amie le voit discuter avec Jace Robert, a.k.a. Thunder, fils prodigue de la Légion des Etoiles et il ne voulait pas que Jace le voit avec Holly parce que cela risquerait de lui faire de la peine. Il allait certainement se mettre à fuir en courant lorsque le super-héros fit un commentaire perturbant sur un grain de beauté.

    – Quoi ?

    Ce fut tout ce qu’il trouva à répondre avant de voir arriver une véritable flèche qui le fit sursauter. Alan. Jace n’était pas venu seul, chouette ! Ah non... c’était juste un ami. On ne cherchera pas à comprendre le soulagement que Vincent entendit chanter à l’intérieur de ses tripes.

    – Salut !

    Mais à peine avait-il fini que le prénommé Alan fila comme il était venu. Vincent préféra ne pas s’émerveiller ni s’interroger sur une telle vélocité, ce genre de particularités devenait un peu trop régulières... Eh puis, l’électrochimie du cerveau de l’étudiant était déjà bien assez lente comme ça, alors autant ne pas ajouter un élément comme Alan.

    – Notre boule ? Que... Oh ! il capta enfin. Ok il posa la boule dans un verre qui traînait par là. Pourquoi ? t’aimes pas le billard ?

    Génial ta question mec. T’as rien de mieux en stock ? et d’abord ? comment ça se fait que vous soyez encore là ? Mec ! T’es à découvert là ! Holly va vous repérer, si c’est pas déjà fait. Barre-toi ! BARRE-TOI !

    – C’est bizarre... j’pensais que tu serais doué pour ce genre de trucs.

    Il faut claquer le soldat Nash...

    Pendant ce temps, Holly récoltait les dernières gouttes de son succès. Sa démonstration lui avait remporté une bonne rasade de bière qu’elle avait bu sous les encouragements des hommes ici présents. Et voilà comment on force les hommes à lâcher leur queue de billard avec des seins ! L’ironie était juste magnifique ! Elle en était à sa cinquième embrassade lorsqu’elle vit Vincent à l’autre bout de la pièce. Enchantée par sa venue, elle s’apprêta à sauter sur place lorsqu’elle reconnut la personne avec qui il parlait : Jace Roberts. L’étudiante en informatique se figea pendant presque une minute avant de reprendre vie et de chuchoter :

    – Oh... Mon... Dieu... Et elle était athée.


    – J’veux dire... la précision et tout... Avec tes pouvoirs, ça devrait...

    Il ramait comme un malade, et le pire, c’était qu’il en avait conscience et qu’il ne pouvait rien faire pour s’arrêter. Heureusement, quelqu’un décida de foncer sur lui et de s’emparer de son bras. Hourra ! Vincent était prêt à donner le bras au premier dictateur venu juste pour pouvoir se remettre des absurdités qu’il venait de proférer. Mais il déchanta lorsqu’il réalisa qu’il s’agissait de Holly. Naturellement, la demoiselle elle était aux anges, il pouvait sentir son excitation sautiller à l’intérieur d’elle. Pas besoin de lire les systèmes nerveux pour le voir.

    – Vincent ! Tu m’avais pas dit que tu connaissais le fameux Thunder !

    Vincent déglutit.

    – Heu... non. Jace, je te présente...

    Il n’arriva pas à terminer sa phrase, aussi bien parce qu’il était désolé pour Jace et qu’il avait l’impression de lui infliger le pire des supplices. Et aussi parce que Holly était...

    – Holly ! Je suis vraiment trop... oh mon Dieu c’est un honneur de vous rencontrer ! J’ai tout lu ce qu’on pouvait lire à votre sujet et je peux vous dire que j’admire ce que vous faites. C’est vraiment...

    Vincent essaya de sauver son ami des débordements de l’étudiante.

    – Hey, Holly... reste cool enfin. On est dans une soirée là... Tu crois vraiment qu’il veut entendre ce genre de truc ?
    – Nan t’as raison... désolée... Je peux vous chercher un verre ? demanda-t-elle pleine d’espoir.

    Bon, au moins, il avait réussi à calmer ses ardeurs, mais Vincent savait que c’était seulement temporaire. Purée, la situation pouvait pas empirer. Comment allait-il persuader Holly de laisser une de ses idoles tranquille sans avoir à l’assommer. Parce qu’il fallait savoir que la demoiselle lisait tout de tous les Supers les plus connus et que, de toute façon, elle aurait certainement déroulé le tapis rouge à Wildcard. En cet instant, Vincent ne savait plus où donner de la tête, ce qu’il devait faire et on pouvait nettement lire l’embarras sur son visage. Il essayait donc de lancer un regard d’excuse à Jace, mais encore fallait-il pouvoir rencontrer celui du Légionnaire super star.


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 21:29 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Sérieusement, c’est pas moi qui aime pas le billard, c’est le billard qui m’aime pas. À chaque fois, il essaie de me tuer. Je préfère encore faire une descente chez des narquotrafiquants, au moins, là, j’ai mes chances.

Non, il n’essayait pas du tout de faire de l’esprit — ni de se faire mousser. D’ailleurs, ce n’était pas du tout, oh que non, d’un ton désespéré pour l’approbation qu’il précisa, au commentaire de Vincent :

— Hey, mais j’suis doué pour plein d’autres trucs. Par exemple le…

Jace s’interrompit, parce qu’elle était là. Génial. Alors que l’adolescent avait cherché à se faire valoir, son regard avait retrouvé un bref instant celui de Vincent — il le quitta aussitôt pour se poser sur Holly. La jeune femme ne fut manifestement pas perturbée par l’entreprise de scannage en règle que lui infligèrent les yeux analytiques de Thunder. Après avoir déduit la marque de son gel douche, ses deux derniers repas et que son coiffeur était gaucher et d’ascendance suédoise, Jace fut bien contraint d’en revenir à des interactions plus sociales avec Numéro 1.

La question qui le taraudait, c’était : en quoi est-ce qu’elle était mieux que lui ? Il ne doutait absolument pas que ce fût le cas. En dehors de ses exploits héroïques, et même dans le domaine parfois, Jace avait une piètre opinion de lui-même. Mais il cherchait à quantifier sa médiocrité en la comparant aux qualités sans doute exceptionnelles qui classaient Holly tout en haut de la liste de Vincent. Avoir un vagin était vraisemblablement l’une d’entre elles, mais Jace était persuadé que son propre déclassement ne se fondait pas sur des critères purement anatomiques.

Un verre.

— Pour que j’y lance une boule de billard ? Ça ira merci.

D’ailleurs, il se retourna pour déposer les deux cannes sur la table de billard que n’intéressait apparemment plus personne. Tant mieux pour lui : c’était déjà ça de gagné.

— J’ai beaucoup entendu parler de toi, Holly, en fait.

Pas tant que ça, c’est vrai.

— Même si apparemment, la réciproque n’est pas vraie…

C’était sorti tout seul et Jace regretta aussitôt cette pique gratuite. Son regard croisa celui de Vincent brièvement et le téléphone du pyromancien vibra alors qu’un SMS de Jace venait de lui arriver avec le mot « Désolé ».

— En fait, j’ai pas encore trouvé de boisson non alcoolisée, alors finalement, si ça te dérange pas trop et que tu sais où c’est…

Comme c’était elle qui l’avait proposé, il ne l’envoyait pas vraiment paître, pas vrai ? OK, il comptait s’éclipser avant son retour, mais il n’était qu’à demi-coupable d’impolitesse. Lorsque la jeune fille s’éloigna pour accomplir la mission qui lui permettrait de se rapprocher définitivement du célèbre Thunder, le célèbre Thunder murmura :

— Elle est jolie.

Ça avait l’air de lui fendre le cœur.

— Écoute, tu lui diras que j’ai… dû passer un coup de téléphone. J’vais vous laisser tous les deux, hein. Elle est un peu trop motivée pour moi, et j’suis pas très bon comédien.

Et Jace faussa compagnie à Vincent. Comme il savait très bien où l’on trouvait des boissons non-alcoolisées dans cette fête, il élabora un savant détour pour être sûr de ne pas croiser Holly et atterrit par une portée de côté dans les jardins entourant la maison de la fraternité. Malgré la fraicheur, ils étaient tout aussi peuplés que l’intérieur, d’abord et principalement par les fumeurs.

— Bon, Jace Roberts.
— Crise cardiaque, tout ça.
— Oui, oui, désolé.
— T’es pas avec ta conquête ?
— C’est bon, on s’en fout. Je renifle le Jace triste à des kilomètres, t’sais.

Jace esquissa un sourire. Alan était hyperactif, souvent très impoli, mais c’était un ami fidèle. Et tactile. Le bras du coureur entoura les épaules de Jace.

— Tu dors pas assez.
— Je sais.
— Tu t’amuses pas assez.
— Je sais.
— Pourquoi ?
— Parce que j’suis un looser dans la vraie vie ?
— N’importe quoi.
— Je suis lunatique, désagréable, c’est toi qui l’as dit, difficile à suivre, trop émotif, ou alors trop froid, trop intelligent et trop immature en même temps, et les gens ont honte de moi.
— Les gens ont honte de toi ?

Jace hocha vigoureusement la tête comme un enfant têtu.

— Et les gens ont un nom en particulier, je suppose… ?

L’adolescent hésita. Il n’avait parlé de Vincent à personne. Il fallait préserver le petit secret de son ami. Et puis il trouvait sa situation tellement humiliante qu’il n’avait pas envie d’en parler. Il secoua la tête.

— Jace Roberts, tu es mauvais au billard, tu es un piètre comédien mais t’es pas un looser. Vas-y, dis moi qui te fait de la peine et Bev et moi, on va aller lui casser la gueule.

Jace laissa échapper un rire triste.

— Allez, viens, t’as le droit à un câlin.
— Euh…
— Oui oui, super-héros, macho, besoin de personne, viril et tout. Viens dans mes bras, promis, mes mains descendent pas en dessous de la taille.
— …OK.

Pendant ce temps, Beverly inspectait la salle de billard à la recherche de ses deux turbulents camarades de soirée.

— Ils tiennent pas en place, ces deux-là…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 23:31 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Pendant un instant, un merveilleux instant, Vincent parvint à oublier ses appréhensions, ses sentiments bizarres qu’il ne comprenait pas, ou qu’il ne voulait pas comprendre, sa paranoïa, Holly, la fête, le monde. Il discutait avec Jace. A l’instar de leurs échanges de sms ou de leur conversation téléphonique, Vincent eut l’impression de se retrouver dans un bulle ou rien ne pouvait l’attendre, ou rien ne comptait en dehors de ce qui se trouvait à l’intérieur : Jace et lui. Le temps d’un court dialogue, car la bulle fut percée. Avec Holly se réinstalla le malaise, la peur, l’embarras. La jeune femme laissait sa personnalité s’exprimer et en cet instant, le barman aurait bien aimé qu’elle s’en abstienne et soit discrète et posée... Mais ce n’était pas le genre de la maison. Et malheureusement, le Légionnaire n’était pas non plus très facile. Du moins, lorsque quelque chose, une situation par exemple, ne lui plaisait pas, il le faisait savoir. Quitte à être un peu cassant. Mais Holly n’était pas du genre à s’arrêter pour si peu. Vincent, lui par contre, se sentit blessé... et il savait qu’il le méritait.

    – Ah bon ? Ben ça m’étonne pas, je lui pourrie tellement la vie. Par contre, je comprends pas qu’il m’ait pas parlé de toi. lança la jeune femme d’un air interrogateur avant de partir répondre au besoin de son idole.

    Vincent ne savait pas s’il pouvait se sentir soulagé ou non. Il avait toujours un espèce de poids dans l’estomac, un nœud doué de la parole qui lui hurlait : « T’es nul ! T’es nul ! T’es nul ! » Et il n’avait aucune défense à opposer. Jace lui dit qu’elle était joli. Ok... et que pouvait-il répondre à ça maintenant ? Le Super avait le don de poser des questions auxquelles Vincent ne pouvait rien répondre sans lui faire du mal. Il allait finir par croire qu’il était masochiste. Ou bien qu’il aimait lui donner le mauvais rôle. Oui c’est ça, Jace Roberts est en fait maléfique, ça tombe sous le sens ! Ouf, le vilain s’en allait !

    – Ok... j’lui dirai... Merci.

    Ce fut tout ce qu’il parvint à dire. Ah tu parles d’une réplique cassante, ça allait lui fermer son caquet à ce génie du mal. Même avec le départ de ses deux amis, Vincent se sentait toujours le cœur lourd, comme s’il venait d’apprendre à un enfant que le Père Noël n’existait pas. Il vit qu’un mec le regardait bizarrement, sans doute parce qu’il devait faire une tête d’enterrement. Vincent afficha un sourire colgate, un de ceux qui marchaient si bien au bar et arrivait même à lui attirer de bons pourboires. Le mec leva son verre, rassuré avant de retourner boire et trouver la réponse aux mystères de l’univers. Pendant ce temps, Holly était revenue avec un verre de jus de fruits.

    – Bah, il est où ?
    – Répondre à un coup de fil du Corbeau. improvisa-t-il avant de s’emparer du verre ramené par l’étudiante et de le boire. L’émotion, ça vous assèche la gorge.
    – Oh ! C’est trop cool ! Tu sais pour quoi ?

    Le regard qu’il lui lança répondit de lui-même.

    – Ah, c’est vrai... Mais comment ça se fait que tu le connais ?
    – J’ai faillit mettre le feu au forum des sports et il m’a aidé, mais je m’en suis pas vanté. Voilà ! Heureuse ? On peut s’amuser ?

    Il y avait de l’agacement dans sa voix, plus que de raison, mais la jeune fille n’en prit pas offense. Vincent était un peu soupe au lait ces temps-ci... et elle savait exactement comment régler la question. Elle passa alors en mode recherche et scruta la salle en quête d’une proie. Tout en répondant à son ami, parce qu’elle avait l’option multifonction.

    – Mais bien sûr ! Et on va de ce pas faire un jeu.
    – Dieu m’en préserve.
    – Laisse-le tranquille, celui-là. Allez viens.

    Elle lui attrapa le poignet et le força à la suivre pour traverser la pièce et s’approcher de la table de billard, et plus particulièrement d’une jeune fille qui s’y tenait, seule, comme si elle cherchait quelqu’un. La proie idéale. Sans cérémonie, Holly lâcha la main de Vince et tapota la demoiselle à l’épaule. Elle se retourna.

    – Salut ! J’te présente Vincent !

    Et elle s’en alla. Merci Holly. Tout penaud, Vince regarda la jeune fille dans les yeux avant de lâcher un rire gêné. Il n’était pas sûr d’avoir envie de jouer le jeu, il n’était même pas sûr d’être en état, il avait toujours ce nœud à l’estomac. On l’appellera le Hollyberts pour l’occasion. Mais bon, il n’allait pas non plus faire son sauvage avec cette fille, elle n’avait rien fait. Et de toutes façons, il était là pour se détendre, se vider la tête. L’étudiant décida d’essayer.

    – Salut ! Bon...ben moi c’est Vincent.
    – Salut Vincent ! Moi c’est Beverly


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 27 Oct 2014 - 23:57 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Alan ?
— Oui ?
— C’est vraiment beaucoup plus bas que ma taille, ça.
— Oh… Tant pis.

Le Légionnaire se détacha de son ami un peu indélicat, pour lui adresser un regard de reproche.

— C’est une manière comme une autre de se consoler, non ?
— T’es sérieux, là ?

Alan réfléchit un instant, avant de répondre prudemment :

— Ça dépend…
— J’suis pris, j’te signale.

Il avait dit ça sans réfléchir.

— Enfin, non, enfin… Laisse tomber, tu m’fais chier.

Et Jace le planta là. À l’étage, Vincent s’apprêtait à découvrir que les amis de Jace avaient tous une façon très particulière d’aborder les relations sociales — le jeune Légionnaire avait un goût certain pour les profils atypiques.

— Tu ne devrais pas être aussi triste à une fête, tu sais, Vincent.

Salut, moi c’est Beverly et j’ai le don d’empathie.

— C’est normal d’avoir des sentiments contradictoires, tout le monde a des sentiments contradictoires : les sentiments ne sont pas soumis au principe du tiers exclu, parce que les sentiments ont…

Combien de fois pouvait-elle dire le mot « sentiments » dans une même phrase ?

— … chacun leur propre individualité, presque leur interdépendance. Tu me rappelles un ami que j’ai. Je suis venu avec lui, ce soir, d’ailleurs. En ce moment, il est toujours mélancolique. Je me demande s’il est encore malade. La dernière fois, à l’hôpital, on a vraiment eu peur.
— Bev.

La jeune fille replaça flegmatiquement une mèche de cheveux que l’arrivée en bourrasque de son ami avait déplacé.

— Tu m’as l’air bien excité sexuellement, Alan. Et contrarié. Ta soirée de drague se passe mal ?
— Euh…

Alan jeta un regard embarrassé à Vincent, avant de marmonner :

— Qu’est-ce qu’on avait dit sur le fait d’exprimer les sentiments des autres à haute voix ?
— C’est indiscret.
— Voilà.
— C’est bon, c’est bon, désolée. Vincent, c’est Alan. Alan, Vincent.
— Oui, oui, c’est bon, on s’est déjà croisés. T’as vu Jace ?
— J’allais te poser la même question.
— On était en train de… euh… discuter. Et il est parti.
— Je t’avais dit.
— Quoi ?
— De rien tenté : il est pris.
— Mais…
— Ça se sent.

Au moins, on comprenait rapidement qu’il était malavisé de confier ses secrets à Beverly. D’un autre côté, il était difficile d’avoir des secrets pour Beverly.

— Bon, écoute, tu veux parler de mes traumatismes d’enfance à Vincent, pendant qu’on y est, comme ça ce sera fait ?[/color]
— Ah ? Eh bien, quand il était petit, la mère d’Alan avait l’habitude de…
[b]— C’était un sarcasme, Beverly. Un sarcasme.

— Oh.

La jeune fille adressa un regard interrogateur à Vincent.

— Tu avais deviné, toi ?
— Excuse-la, hein, elle est un peu déphasée. Bon, Bev, tu peux pas essayer de renifler Jace ?
— Je ne renifle pas les gens, ça, c’est Jaina.
— Non, ouais, bon, cool, ‘fin, faire c’que tu fais, là, tu sais bien.

Beverly secoua la tête.

— Trop de monde, trop d’émotions. Déjà, rien qu’avec lui, là…

Elle désigna Vincent.

— Ça perturbe mes radars.

Pendant ce temps-là…

— Alors, le Corbeau ?

Jace manqua de se prendre un lampadaire dans la figure.

— Holly.

Joie.

— Quoi, le Corbeau ?
— Elle voulait quoi ?

Ah, oui, le prétendu coup de fil. Jace haussa les épaules.

— C’est secret.
— Cool ! T’as vraiment sauvé Vincent au forum des sports ?

Allonger le pas ne suffirait pas à se défaire de cette admiratrice insistante. Jace fut bientôt contraint de ralentir et, voyant qu’il ne s’échapperait pas, il se laissa finalement de désespoir tomber sur l’un des sofas inoccupés et à moitié défoncés qui entouraient le bâtiment de la fraternité.

— Il se sauve très bien tout seul, il est très doué.

Bravo, Jace : ouvrir les yeux de Holly sur les mérites de son colocataire qui ne rêvait que d’inspecter ses grains de beauté bien placés, c’était une idée géniale.

— Tu pourrais l’entraîner régulièrement, alors ! En faire un super-héros !
— Je crois pas qu’il en ait envie.

Et pour remuer le couteau dans sa propre plaie — un sport national à Jaceland —, l’adolescent rajouta :

— C’est pas tout en haut de sa liste de priorité.
— Mais si ! Dis, j’ai quelques questions. À propos de l’affaire des boites à musique, le mois dernier, quand tu as…

Et Holly se lança dans un interminable résumé de sa carrière héroïque qui donna à Jace l’envie de fondre en larmes.

— Ah, si, je crois que je l’ai repéré.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 1:27 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    – Pardon ? demanda-t-il d’un air qui se voulait décontracté.

    Mais la réponse qu’il reçut l’enfonça dans sa confusion. De quoi cette fille voulait parler ? Comment pouvait-elle savoir ? Et puis qu’est-ce qu’elle racontait exactement ? D’ordinaire, Vincent était plutôt attentif lorsqu’il s’entretenait avec une charmante demoiselle, pouvant aller jusqu’à comprendre des concepts assez compliqués juste pour pouvoir capter l’intérêt de sa proie. Mais là, sa surprise l’avait désarçonné et il perdit le fil, si bien qu’il ne comprenait pas du tout ce que cette Beverly était en train de lui dire. Il arrivait tout de même à comprendre que cela le concernait. Vince allait s’excuser et lui demander de s’expliquer lorsqu’il vit le mec super rapide qui avait ramené Jace à la soirée. Là il commença à comprendre le comportement de cette fille. Décidément, il était maudit ou quoi ? Il pouvait plus rencontrer de nouvelles filles sans que ce soit une Super dotée de capacités bizarres ! C’en serait déprimant si le jeune homme n’était pas déjà aux prises avec une vague de sentiments... contradictoires, oui. Il se força donc à suivre leur conversation, espérant y mettre un peu de sens lorsqu’ils parlèrent de Jace. Les informations affluèrent... Alan essayait apparemment de séduire le blond... et celui-ci était pris. Vincent ne pouvait pas dire quelle était la partie qui le bouleversait le plus, ni dans quel sens ce bouleversement s’opérait. Il avait limite envie de demander à Beverly de l’éclairer. Celle-ci devait d’ailleurs bien s’amusait si elle captait ses émotions en ce moment. Il ne répondit pas lorsqu’elle l’interrogea au sujet du sarcasme, par contre, il profita de sa remarque sur ses radars pour s’éclipser.

    – Excusez-moi.

    Il se dirigea alors dehors, laissant derrière lui les étranges camarades de Jace. Il entendit la fille déclarer :

    – Bon, on va chercher Jace ? Il a l’air d’aller mal.

    Et en plus Jace souffrait. C’était vraiment génial. Au moins, ils étaient tous les deux gâtés. Le barman se faufila jusqu’aux toilettes du premier, il n’hésita pas à doubler pour entrer. Cela lui attira des cris de désapprobation, mais on le reconnut rapidement. Valait mieux laisser passer le gars de l’incendie. Il se réfugia donc dans les toilettes, non sans remarquer l’ironie de la situation. Il devait être destiné à se réfugier dans les WC. Il ôta rapidement son tee-shirt et s’appuya sur le robinet pour essayer de reprendre ses esprits. Faire le tri dans ses émotions. Jace et Alan. Si, c’était une bonne idée, non ? Alan avait l’air cool. En tout cas il était à l’aise avec ses pouvoirs, beaucoup plus que Vincent. Il était carrément à l’aise avec sa sexualité en tout cas. C’était parfait. Voilà la solution ! Alan le rendrait heureux. Ils pourraient devenir des héros ensemble, lutter contre le crime, la faim dans le monde, les gens qui crachent par terre. Finir par se marier, adopter des jumeaux. Jace serait heureux... libre de se montrer avec la personne qu’il aime, une personne fière de lui... parce qu’il y avait de quoi être fier de quelqu’un comme Jace. OK ! Alors pourquoi Vince avait l’impression qu’on essayait de lui arracher une partie de ses entrailles ? Pas de réponse ? Ok, passons au deuxième problème : Jace était pris ? Mais par qui ? Il ne lui avait rien dit... à moins que... Beverly parlait peut-être de lui ? Non ce n’était pas ça, il ne pouvait pas être la seule personne dans la vie du grand Thunder, ses amants devaient faire la queue jusqu’au Pérou pour aller dans son lit, il ne pouvait pas être le seul en course ! Et si c’est lui ? Vincent ne savait pas quelle réponse il préférait. L’une le renvoyait à sa réaction par rapport à Alan, lui arrachant les tripes, l’autre lui fourrait des putains de papillons dans l’estomac... et ces trucs étaient à la fois léger comme des plumes et lourd comme du plomb, c’était possible ça ?

    Vince arracha un morceau de papier toilette et se concentra. Le papier prit immédiatement feu et Vincent concentra les flammes en une sphère. Il essaya d’y concentrer ses émotions... son cœur... son rythme cardiaque. La sphère se débattit au début et il eut peur qu’elle n’explose... mais elle finit par se calmer et se stabiliser... puis à vibrer au rythme de son cœur. Voilà... ça allait mieux. Il était en sueur, mais au moins il n’avait pas brûlé ses fringues, Jace serait fier de son nudiste d’élève... Cette pensée lui donna cependant du chagrin. Il dissipa la sphère de feu et entreprit de remettre son tee-shirt. Jason en profita pour user de son timing parfait et frappa à la porte.

    – Vince ? T’es là ? On m’a dit que t’avais pas l’air bien.
    – Ca va, t’inquiète ! lança-t-il depuis l’intérieur avant de s’asperger d’eau et d’ouvrir.

    Son colloc’ se tenait là, dans l’encadrement de la porte, l’air inquiet, le soutif de Holly toujours négligemment posé sur l’épaule. L’image le fit rire. Holly et Jason s’étaient bien trouvés. Ils avaient la même fantaisie. Holly servait d’élément déclencheur et motivateur tandis que Jason était la force calme, prête à tempérer les folies de l’étudiante. Est-ce qu’il aurait pu faire ça lui ? Est-ce qu’il aurait pu laisser Holly rester elle-même ? la contrôler sans la brider ? Sans lui enlever son grain de folie ? Il n’en n’était pas sûr. En cet instant, le barman était content de ne pas être sorti avec elle, de ne pas avoir entaché leur amitié.

    – Tu fais quoi là. Elle est où Holly ?
    – Elle discutait en bas avec le super, le blond là...

    Vincent observa son ami d’un air interdit sans pour autant bouger et libérer le passage pour les vessies les plus urgentes ou les problèmes de maquillage vitaux.

    – Tu laisses ta copine seule avec un super-héros et sans son soutif ?

    Jason considéra son collocataire d’un air interdit avant de tourner la tête vers le vêtement qu’il arborait fièrement.

    – Dis comme ça...

    Exaspéré, Vincent se fraya un chemin pour descendre au rez-de-chaussée. Il resta planté dans le passage en fouillant les pièces du regard. Il finit par apercevoir une tête connue sur un canapé : Holly. D’un pas déterminé, il s’avança dans sa direction, mais fut rapidement stoppé. Un nouveau joueur de l’équipe de foot le pris dans ses bras.

    – Hey ! Regardez ! Tout le monde !!! C’est lui ! C’est le survivant !!! hurla-t-il au point de couvrir le son de la musique. A moins que quelqu’un se soit chargé de baisser le son...
    – Et ouais, c’est moi... Allez laisse-moi.

    Le mec était manifestement ivre. Un saoul exubérant, génial. Vincent tenta de prendre ça à la rigolade et de se dérober gentiment, mais l’autre ne voulait pas le lâcher.

    – Allez ! Fais nous voir ! On veut voir comment ça se fait que t’aies pas brûlé toi ! lui en tout cas ne baissait pas le volume.
    – Non, ça va aller... j’ai pas envie. Laisse-moi.
    – Allez ! Soit cool !
    – Lâche-le ! ordonna Jason depuis les escaliers, mais avec sa silhouette d’allumette, il ne pesait pas grand chose.
    – Regardez !

    D’une main il réussit à lever celle de Vincent comme un arbitre lève celle d’un boxeur victorieux, de l’autre il plaça un briquet sous la main du barman et l’alluma. Le spectacle obtint un ooooh. Vince abandonna la lutte et porta un intérêt tout particulier au sol. Le plancher était incroyablement propre à ce stade de la soirée. Les plus ivres applaudirent, d’autres crièrent, on pouvait également lire plusieurs expression dégoûtées. Ceux qui connaissaient les victimes de l’incendie notamment.

    – Allez, viens on va voir ce que ça donne avec la cheminée !
    – Non !
    – Mais si ! Ca sera cool !
    – LACHE MOI !!!

    Il avait hurlé cette fois. Sous le coup de la colère, il réunit toutes ses forces et tira brutalement son poignet de la prise du jeune sportif. Il l’avait enfin lâché. Mais un silence de mort suivit ce coup d’éclat. Vincent regarda autours de lui et vit tous ces regards ébahis posés sur lui. Quoi ? Juste pour ça ? Mais en regardant bien, il vit de la peur et du dégoût sur certains visages... plus que tout à l’heure. Il réalisa alors que sa main était grise. Comme le reste de son corps. Il était à mi chemin entre sa forme humaine et sa transformation en cendres. Le pyromancien sentit la panique arriver, mais il ne lui laissa pas le temps de se manifester en public. D’un pas pressé, il se dirigea vers la sortie. Les étudiants qui s’y trouvaient s’écartèrent d’un seul mouvement pour le laisser passer. Le jeune homme se dirigea ensuite dans la rue, loin de ces regards accusateurs, écœurés, effrayés...


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 1:58 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— … et là, Megastar défonce le mur de l’aéroport. Mais l’un des otages était en fait un terroriste déguisé qui…

Finalement, c’était facile de faire taire Holly : il suffisait de lui raconter des histoires. Ça, Jace savait faire : il avait tout un stock d’anecdotes cocasses ou de récits épiques, sur la Team Alpha, sur la Légion en général, et il puisait dedans lors de certaines séances d’autographes, quand il croisait des fans dans la rue ou, semblerait-il, aux fêtes de fraternité. Finalement, ç’avait été un peu comme d’enclencher le pilote automatique : il jouait à Thunder pour satisfaire la curiosité de Holly et il essayait de ne penser à rien d’autre.

Les terroristes étaient en train de tirer sur le torse métallique de son ancien petit ami quand le remue-ménage derrière eux, à l’intérieur de la bâtisse, força Thunder à s’interrompre. Holly et lui ne tardèrent pas à voir Vincent émerger furibond de la maison et s’éloigner dans la rue. Jace était déjà debout quand Alan apparut à côté de lui.

— Ah, enfin.

Beverly le suivait en courant.

— On t’a… cherché… Partout.
— Beverly, rentre là-dedans et calme-les.
— Qui ? Que ? Quoi ?
— Alan, fais le tour, vérifie qu’il n’y a pas de blessés.
— Euh… OK.
— Holly, accompagne Beverly et aide-la à maîtriser la foule.

Thunder était bien en train de lui confier une mission — héroïque pour de vrai, celle-ci.

— J’vais aller calmer Vincent.

Thunder partit au pas de course, tandis qu’il entendait derrière lui la voix de Beverly qui disait à Holly :

— J’aime beaucoup ton tempérament passionné et téméraire. On y va ?

Pendant ce temps, Jace appela :

— Vincent.

C’était plutôt pour l’avertir que par espoir de l’arrêter — un bond gigantesque conduisit l’adolescent juste à côté de son amant.

— Tu sais, je crois que là, plus personne peut te voir.

Un temps.

Nous voir. Arrête de marcher.

Et il s’interposa entre Vincent et le reste de la rue.

— Regarde moi.

La forme cendreuse était un peu intimidante, mais Thunder n’en était pas à son coup d’essai et, surtout, il voyait dans la manifestation une forme de progrès : Vincent était capable de contenir sa transformation ou de la maîtriser. Le pyromancien ne manquait décidément pas de talents.

— Je suis là, d’accord ? T’es pas obligé d’y retourner. Bev va s’occuper de calmer les esprits. Et je t’assure, elle est très douée pour ça.

Au même moment, le footballeur qui avait agressé Vincent fondait en larmes et expliquait d’une voix sanglotante :

— Et Papa a fait piquer mon lapin…
— Je comprends. Quelqu’un d’autres veut partager ses expériences avec le groupe ?

Alan se pencha à l’oreille de Holy et murmura :

— Une fois, je l’ai vue transformer un témoin de Jéhovah en hippie, c’était très impressionnant.

Dans la rue, Jace continuait à essayer de connecter avec Vincent.

— Je crois que tu te transformes comme ça quand tu essayes de te protéger. De prendre de la distance. Peut-être pas que, mais quand même. T’as pas à te protéger, là. J’vais pas te faire de mal. On est juste tous les deux. On peut continuer à marcher, si tu veux. S’asseoir dans l’herbe. J’peux appeler Holly et elle te ramènera à la maison.

Cette fois-ci, le nom de la jeune fille n’avait pas été accompagnée de l’habituelle contraction de mâchoire. Devant la détresse de Vincent, ses propres frustrations lui apparaissaient futiles ; tout ce qu’il sentait, c’était l’envie de le protéger. À cette tendresse toute personnelle, toute intime, s’était joint ce soir-là une solidarité métahumaine, celle-là même qui avait d’abord soudé son amitié avec Beverly et Alan, comme avec tant d’autres, malgré leurs innombrables particularités parfois difficilement supportables, celle-là même qui lui faisait trouver odieuses les réactions des invités.

— Je suis désolé si j’ai été désagréable tout à l’heure. C’était pas contre toi.



Enfin, si, un peu, peut-être. Mais faut pas faire attention, c’est la fatigue. J’espère que c’est pas ça qui t’a mis dans cet état-là. Tu sais, je te serrerais bien contre moi dans mes bras, mais j’ai pas envie que tu t’effrites…


Désormais, dans la maison de la fraternité, une musique calme et apaisante avait remplacé le hard rock et Beverly adressait des sourires plein de compassion à tout le monde. La fête avait curieusement tourné à la méditation bouddhiste et les gens ne se souvenaient plus exactement comment. Dans les autres étages, là où on n’avait pas assisté à la crise de Vincent, la soirée poursuivait son cours sans se douter de la sérénité du rez-de-chaussée.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 12:49 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Quelle merveilleuse soirée il vivait là. Se retrouver là au milieu d’une soirée à faire la bête de foire pour le plaisir et l’horreur des gens qu’il croisait tous les jours. A la fac, en cours, au bar, en sport... Leur expression défilait dans l’esprit de l’étudiant tandis qu’il avançait dans la rue à grandes enjambées. Il ignorait s’il avait repris forme humaine, mais de toute façon, il n’était plus à ça près, alors qu’est-ce que ça changeait ? Vince fit de son mieux pour ne pas imaginer toutes les photos ou pire les vidéos qui devaient maintenant se diffuser sur internet, joyeusement offertes par les portables qui quittaient de moins en moins les mains de leur génération. Il préférait également ne pas penser à la réaction de ses amis, il ne leur avait jamais montré sa transformation. En fait... il essayait de ne penser à rien. Juste à partir, s’isoler. Une voix le fit sursauter sans pour autant l’arrêter. Jace, évidemment. Le jeune héros se retrouva rapidement à ses côtés mais il ne s’arrêta pas pour autant. Vincent obtempéra cependant lorsque son ami se posta devant lui. Il le regarda. Mauvaise idée. Il détourna les yeux. Le lampadaire qui se trouvait au loin derrière l’épaule du Super était fascinant.

    – Elle peut leur faire oublier ce qui vient de se passer ? Parce que ça m’aiderait pas mal en fait. sa voix était brisée, mais le jeune homme parvenait à garder le contrôle de son corps et s’empêchait de trembler et de pleurer. L’honneur était sauf. La blague.

    Jace lui servit ensuite un exposé sur ses pouvoirs et sa théorie pour justifier les métamorphoses du barman. Il pouvait enfin y voir plus clair. Révélation ! Merci Jace

    – C’est vraiment génial ça ! Heureusement qu’il est là c’pouvoir ! J’me sens vachement protégé. Ma vie sociale a pris vachement de distance, ça c’est sûr !

    Il n’en voulait pas à Jace, mais au monde. La preuve il ne le regardait pas. Bon ce n’était pas la seule raison. Vincent fit quelques pas en arrière puis demi-tour, sa confusion émotionnelle se reflétait sur son corps. Corps qui d’ailleurs ne parvenait pas à retrouver sa forme originelle. Et Jace qui s’excusait pour son comportement. Bizarrement, cette petite attention ne calma pas le pyromancien car elle remit au premier plan un problème auquel Vincent n’était pas en train de penser. Eux. Leur relation. Ce bordel émotionnel qui habitait le cœur de Vincent. C’était un miracle qu’il ne se disperse pas en cendres, il ne devait sa contenance qu’à son besoin viscéral de s’exprimer... il voulait en fait hurler.

    – Non, là tout de suite, c’est pas ça. Mais ça n’arrange pas les choses non plus, Jace. Le mec qui était là-bas à cette fête, qui vient de faire une scène et de partir... c’était pas moi ! Là-bas... c’était pas moi... C’était un gars paumé et effrayé. Il a la trouille de ses pouvoirs qu’il comprend pas et que ses émotions rendent transforment en bombe prête à exploser. Et des émotions j’t’assure que ce pauvre mec, il en a eu dans cette fête. Tu peux demander à Beverly. Et je... je sais que tu es pour rien. Excuse-moi...

    La colère et la frustration redescendirent suite à cet éclat. Ca faisait du bien d’ouvrir les vannes, mais maintenant il sentait venir la culpabilité. Son pouvoir choisit ce moment pour le laisser tranquille et, petit à petit, il reprit sa couleur et sa texture humaines. Lentement, il réussit à poser les yeux sur ceux de Jace. Cela ne calma pas sa culpabilité, Hollyberts reprit sa place dans son estomac. Il ne savait pas s’il préférait ça à la colère qu’il venait de quitter.

    – J’suis désolé pour Holly... Je sais qu’elle peut être fatigante... surtout quand on n’est pas habitué...

    Surtout lorsqu’on était dans une situation aussi tendue que celle dans laquelle se trouvaient Jace et Vincent... et Holly, à son insu.
    – En tout cas... ils sont sympas tes potes... Alan est cool... J’crois que tu l’intéresses. Enfin, si j’ai bien compris.

    Silence gêné. Ces mots lui avaient coûté. Et les cailloux qu’il sentait encore dans sa gorge, après leur passage ne l’aidèrent pas à se détendre. Il essaya de changer de sujet.

    – Mais, Beverly a dit que tu avais déjà quelqu’un apparemment, c’est bien...

    Génial comme changement de sujet, décidément, t’enchaînes les bonnes idées Vince. Heureusement, leur conversation fut interrompue par l’arrivée d’une voiture. Les deux garçon s’enlevèrent de la route et Vincent alla s’appuyer contre un muret en poussant un soupir silencieux.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 13:18 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Réflexion faite, Jace se dit qu’il n’avait peut-être pas tourné les choses de la manière la plus intelligente possible. Pour celui qui avait grandi dans la Tour de la Paix, il était facile d’oublier combien Vincent abordait ses propres pouvoirs avec hostilité. L’adolescent sentit sa gorge se serrer et il baissa les yeux, à la recherche d’un moyen subtil de concilier les aspirations de son ami à la normalité et sa situation actuelle de créature échappée de Doctor Who, mais il fallait bien se rendre à l’évidence : c’était impossible.

Le héros désemparé conserva le silence juste assez longtemps pour permettre à Vincent de déverser son trop plein d’émotion et, si Jace ne s’était pas senti aussi coupable d’être inapte à le consoler, il aurait sans doute compris combien ces confessions de Vincent faisaient de lui quelqu’un de privilégié dans la vie du jeune homme. Il ouvrit la bouche pour tenter de calmer le jeu, mais déjà Vincent s’apaisait, par contre-coup de sa colère, et après quelques excuses et une voiture, les deux jeunes gens se retrouvèrent dans une situation pour eux habituelle désormais : plongés côte à côte dans un silence embarrassé.

Après un moment de réflexion, en partie consacrée à goûter toute la mauvaise foi que Vincent avait mis dans le « c’est bien » qui avait conclu sa dernière phrase, Jace se pencha en avant, jeta un regard à droite, jeta un regard à gauche, murmura « y a personne » et vint déposer un baiser sur la joue de Vincent. Puis il se remit à regarder la route.

— T’inquiètes pas pour Holly. En vrai, j’ai l’habitude, et c’est pas la pire fan que j’aie rencontré. De toute façon, Alan m’a trainé de force ici et j’étais pas parti pour m’amuser, alors bon…

C’était dommage, d’ailleurs : il aimait bien cela, d’ordinaire, les fêtes, mais il avait l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis la dernière dont il avait vraiment profité.

— Il est sympa, Alan, tu sais, mais c’est pas mon genre. Et Bev a toujours une façon très personnelle de comprendre la situation des gens. Pour elle, la réalité compte moins que les sentiments. Enfin, les sentiments sont une réalité, je suppose, mais une réalité personnelle et parfois non-réciproque.

Oh, et puis qu’il y était, puisque Vincent avait au moins le mérite d’exploser de temps à autre pour dire ce qu’il avait sur le cœur, il pouvait bien y aller aussi. Sauf que Jace n’explosait pas. Pas son genre. Il exposait le monde avec une patience résignée et mélancolique, et ce n’était pas beaucoup plus rassurant.

— Si tu veux tout savoir, j’ai ma liste aussi. Y a une fille que j’aime bien, elle s’appelle Aishlinn, mais elle est difficile à vivre et fuyante. Un coup on dirait qu’elle veut, un coup on dirait qu’elle veut pas, mais en tout cas, il s’est rien passé. Y a une autre fille, elle s’appelle Olga, elle était dans ma classe avant et maintenant on est… Amants, je suppose. Elle, elle veut rien de sérieux. Pour elle, le sexe, c’est amusant, c’est distrayant. Je l’aimais bien au début, j’avoue, mais elle commence un peu à… Disons que j’ai l’impression d’être un sex toy, et autant c’est excitant les premières fois, autant après, on se sent surtout humilié. Y a un garçon que j’ai rencontré dans la rue, avec les mêmes pouvoirs que moi, et c’est vraiment spécial, mais ça s’arrête là. Des fois, quand j’me sens vraiment seul, j’me dis que si Chris voulait qu’on se remette ensemble, je dirais oui. Voilà, c’est ma liste.

Jace considéra un instant ce qu’il venait de dire et il murmura :

— Maintenant, j’ai l’impression d’être un garçon facile.

C’était peut-être le cas.

— Enfin bref, tout à l’heure, quand je suis parti du billard, j’étais très triste. J’étais en train de me dire que tu avais honte de moi. Que tu aurais eu honte de moi, si on était venu à la fête ensemble. J’étais dans le jardin, Alan m’a retrouvé, il m’a pris dans ses bras, ses mains se sont fait indiscrètes, je me suis dégagé et instinctivement, là comme ça, j’ai déjà que j’étais pris. Sur le coup, c’était juste, tu sais, une évidence, et je pensais pas aux autres en disant ça, je pensais à toi.



C’est tout.


C’était tout, en effet : à ce point, il atteignait le mur que constituait sa propre place supposée sur la liste de Vincent. Alors il enchaina :

— Tu devrais parler de tes émotions à quelqu’un. Quand ça bouillonne, tu te transformes. Quand tu parles, tu reprends ton apparence humaine. Je suppose que t’as besoin de parler. Je sais pas c’qu’on pense des psys dans les Kansas, mais franchement, ça a l’air d’être utile.

Jace adressa un sourire amer au bitume.

— Peut-être que si tu en vois, je suivrais mes propres conseils et que je prendrais rendez-vous. Après, un Jace Roberts équilibré, ça doit quand même perdre pas mal de son charme. Avoue que tu te ferais sacrément chier sans mon courant alternatif…

Et après cette petite tentative de plaisanterie, Jace tourna les yeux vers Vincent et risqua beaucoup plus sérieusement :

— Tu m’as manqué…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 15:35 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    L’étudiant ferma les yeux lorsque les lèvres de Jace vinrent se poser sur ses joues. Le contact lui procurant des frissons de plaisir qui parvinrent à calmer les nerfs du pyromancien. Vincent avait envie de tourner la tête et de placer ses lèvres sur celles de Jace... Mais il ne le pouvait pas. Encore une fois, il y avait plusieurs raisons : la crainte qu’on le voit, d’être jugé, de devoir s’expliquer, alors qu’il en était incapable, et aussi, il ne le méritait pas. Qui était-il, après tout, Vincent Nash, pour embrasser Jace Roberts ? Qu’est-ce qu’un simple étudiant, barman à ses heures perdues, rejetant ses pouvoirs, avait à lui offrir ? Pour l’instant, rien de bien. Il écouta ensuite Jace faire son héros et utiliser ses super mots pour le rassurer. Le pire, c’est qu’il y arrivait. Même en racontant sa mésaventure avec Alan. La partie sur la vision de Beverly était un peu floue, mais l’étudiant s’attarda surtout sur la désinvolture de son interlocuteur. Puis vint la liste... encore une histoire de liste. Lui ne voyait pas les choses comme ça. Les gens n’étaient pas des noms sur un morceau de papier représentant une carte de choix, un menu comme ceux que l’on trouve dans un restaurant. On ne pouvait pas mettre tous les gens sur le même plan, chaque relation était différente, unique. Pour lui, il était impossible de les comparer. Lui ne se comparait pas avec les noms indiqués par Jace, il ne reconnaissait rien de leur relation dans celles que décrivait le mutant. Il ne comparait pas ce qui n’était pas comparable. Il ne put cependant s’empêcher de faire un commentaire, à la fois triste et résigné.

    – Ils ont tous l’air de pouvoir t’offrir plus que moi.

    Puis le mutant enchaîna avec la raison de sa tristesse. Lui aussi avait besoin de se confier apparemment. Mais Vince ne pouvait pas en croire ses oreilles. Comment pouvait-il penser ça ? Il était sensé être super intelligent ou un truc comme ça, alors comment Jace pouvait-il avoir une vision aussi fausse ? Vincent se leva et alla se poster devant Jace, pas trop près... distance de sécurité... les apparences, toujours essayer de sauver ses apparences, c’était la seule chose qui lui restait encore.

    – Comment... Jace... il le regarda dans les yeux et essaya de se reprendre et les quelques bières qu’il avait bues vinrent l’aider à mettre des mots sur quelque chose qu’il n’avait jamais formulé. J’ai pas honte de toi... Y a rien de honteux chez toi. Tu comprends pas ? C’est de moi dont j’ai honte ! Quand je suis avec toi... je suis pas le même... enfin j’suis pas celui que j’ai toujours cru être... avec toi je me sens... différent. Et j’aime ça mais ça me fait peur... C’est comme mon pouvoir. Quand je me lâche avec lui, je me sens bien, comme si je me connectais avec une part de moi dont j’ignore tout. Et c’est flippant tout ça parce que ça me fait découvrir des choses totalement différentes de la façon dont j’ai toujours évolué dans le monde. Alors je... je sais pas comment faire... pour rester moi-même... pour m’accepter... et pour que le monde m’accepte comme je suis...

    Car on avait beau dire, il était impossible de vivre totalement isolé du monde, et même si c’était le cas, Vincent ne le voudrait pas. Il aimait beaucoup trop se sentir appartenir à une communauté, être avec les gens... le plus de gens possible... la majorité... C’était pour ça qu’il avait accepté de travailler dans un bar, parce qu’il aimait les gens et parce qu’il voulait que les gens l’aiment. Et c’était tellement plus facile lorsqu’il pouvait se concentrer sur une partie précise de l’humanité. La majorité... ceux qui suivent le courant principal... Pourtant il n’avait pas d’autre choix que de prendre les autres en compte maintenant. Et à bien y réfléchir, cela ne datait pas uniquement de ses pouvoirs mais d’avant. On ne pouvait pas se rapprocher de Holly sans faire preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit.

    – Et je veux pas parler de ça à quelqu’un d’autre. Dans l’Kansas, les gens pensent qu’ils n’ont pas besoin d’un psy. Tu sais pourquoi ? Parce qu’ils peuvent déjà parler avec les personnes qui comptent, et des personnes qui les comprennent. Ca veut ptet dire qu’on est tous pareils là-bas, mais au moins ils sont en paix... Et puis... Je crois que j’ai déjà quelqu’un qui me conseille vachement bien... avec mes pouvoirs... avec d’autres trucs...

    Il resta silencieux et observa Jace un moment d’un air sincère.

    – Et si tu veux mon avis, Jace Roberts n’est pas déséquilibré... il n’est pas équilibré non plus. Il est juste... Jace Roberts.

    Nouveau regard attendri.

    Puis Vincent retourna s’installer à côté de Jace avant de lever un bras et de lui tapoter maladroitement le dos. Il voulait se comporter comme un mec réconfortant un autre mec. Donc forcément, c’était pas crédible, surtout lorsqu’on mourait d’envie de se contenter de prendre son ami dans les bras et de le couvrir de bisous pour le rassurer et le remercier.

    – Tu m’as manqué aussi... il hésita à ajouter quelque chose, puis se rappela que le Jace Roberts avait tendance à faire de mauvaises déductions. et je me ferais super chier sans toi.

    Et ça, pour un Vincent récalcitrant, c’était un début de déclaration.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 16:10 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Aishlinn lui offrait de la frustration permanente, Chris le renvoyait à sa culpabilité, Olga lui donnait l’impression d’être utilisé et Suzaku était… Suzaku. Jace haussa les épaules. À son humble avis, avec toutes ses complexités, Vincent était encore la meilleure chose qui lui fût arrivé ces dernières semaines. Un presque petit-ami pas vraiment petit-ami peut-être ou pas du tout, refoulé et explosif. Jace ne devait décidément pas aimer se faciliter l’existence.

Mais, lui qui avait un faible immodéré pour les oiseaux tombés du nid, comment n’aurait-il pas fondu devant les airs paniqués et sincères de son ami ? Une nouvelle fois, les yeux électriques retrouvèrent ceux du footballeur et Jace sentit son cœur s’accélérer alors que Vincent lui contait combien il était en proie à l’incertitude et à l’angoisse. Le blond eut besoin de rassembler toute sa stoïque maîtrise de soi pour ne pas se détacher du muret, l’envelopper de ses bras et le bercer en lui chantant une comptine à propos des petits électrons qui n’étaient pas comme les autres.

À la place, ils conservaient leurs distance. L’instant était à la fois attendrissant et cruel — cruel précisément parce qu’il était attendrissant. Jace écoutait Vincent se confier avec la sincérité qu’il lui connaissait depuis le début ou presque, et tous les gestes de Vincent, eux, étaient le produit d’un mensonge, une retenue forcée qui empêchait la réalité de rattraper ses mots. Vincent reprit sa place sur le muret. Il lui tapota le dos. Et Jace eut l’impression d’avoir entendu tout en même temps une déclaration et une fin de non-recevoir.

— Tu sais, s’il y avait quelqu’un pour s’approcher, je le sentirai…

Une façon mutante de lui dire qu’il aurait pu le prendre dans ses bras.

— Si j’avais su qu’on se verrait ce soir, j’t’aurais invité chez moi, au moins, j’aurais pu sentir ta peau. On aurait pu r’garder la télé. Enfin, techniquement, j’ai pas la télé, mais pour toi, j’aurais pu acheter un écran. En fait, ça doit pas être bien compliqué à fabriquer.

Lui, il se contentait de capter les ondes et son esprit recomposait tout seul l’image des programmes dans ses pensées. C’était plus économique et le son était meilleur.

— J’ai tellement froid, l’matin, quand j’me lève, maintenant, que…

Jace s’interrompit brusquement. À côté d’eux, le lampadaire grésilla un tout petit peu, alors que le jeune homme fixait avec intensité le sol devant eux. Ses amis avaient pris l’habitude de ces moments d’épiphanie à eux inaccessibles : Jace était en train de prédire l’avenir. Une prédiction fragmentaire, une intuition, un sixième sens en vérité plutôt qu’un pouvoir de prophétie. Quelque part dans les profondeurs de son esprit, sa super-intelligence avait intercepté une, deux ou trois données, les avait reliées et en avait déduit quelque chose que le héros tentait de faire émerger à sa conscience.

— Quelque chose est arrivé… va arriver… m’arriver… Je vais…

Jace écarquilla les yeux. Toutes les étapes du chemin déductif lui manquaient mais la conclusion s’était imposée à lui soudain, avec ses 99% de probabilité.

— C’est Woodstock, là-bas, maintenant.

Jace sursauta. OK, ce quelqu’un là, il ne l’avait pas senti s’approcher.

— Ta copine Bev’, elle a une carrière de gourou devant elle, c’est impressionnant.
— Quoi ? Qui ça ?
— Bev.

Holly chercha le regard de Jace, puis en jeta un à Vincent, et, devant l’air déboussolé du jeune Légionnaire, elle interrogea suspicieusement (ou malicieusement, il n’était pas très sûr) :

— Vous avez fumé un truc, tous les deux ?

Pour toute réponse, Jace fronça les sourcils et porta la main à sa tempe, pour masser son début de migraine. Portée par une compassion douteuse, Holly s’exclama beaucoup trop fort au goût du jeune homme :

— JE SAIS !
— Hmpf.
— C’est le Sixième Sens.

On pouvait toujours compter sur ses fans. Très fière de sa déduction à elle, Holly se tourna vers Vincent et entreprit de combler la crasse ignorance de son colocataire en matière de super-héros, une croisade de tous les instants.

— Thunder est capable de prédire l’avenir en déduisant des scénarios probables à partir des données qu’il intercepte du présent. Les déductions se font toutes seules dans son esprit et il lui reste des intuitions sur lesquels il enquête. C’est comme ça en juillet dernier, il a pu arrêter le Sculpteur de Banques !
— Vincent…

Murmura très bas Jace, tandis que Holly poursuivait imperturbablement :

— Aussi, en septembre, il a prédit la tempête en Caroline du Sud et a permis l’évacuation de trois cents personnes.

Une autre voiture se profila sur la route mais celle-ci, au lieu de passer devant eux, s’arrêta. Deux hommes descendirent de la berline noire, en costume-cravate, et ils n’étaient sans doute pas venus pour participer à Woodstock II, ni pour énumérer les exploits de Thunder et de son formidable pouvoir de prédiction. Instinctivement, et malgré la nécessité de préserver les apparences, Jace attrapa la main de Vincent sur le muret et la broya anxieusement dans la sienne, tandis que Holly détaillait les nouveaux venus.

— Mr. Jace Roberts ?

Jace libéra la main de Vincent, poussa un soupir et se détacha du muret.

— Oui.
— De la Légion des Étoiles ?
— Oui.

Le premier homme sortit un badge de l’intérieur de sa veste.

— Agent Leonard S…
— Je sais, je sais. Je peux dire au revoir ?
— Notre plan de route est serré.

Les services secrets étaient toujours si conciliants. Jace se retourna vers Vincent. Fit un petit geste de la main. Un sourire évasif. Et grimpa dans la voiture, qui démarra aussitôt.

— Trop cool !

Et ce fut ainsi que, conformément à ses prédictions, Jace Roberts mourut dans un réacteur soviétique mal entretenu.

Ou presque.
Revenir en haut Aller en bas



Pourquoi notre héros n'apprit pas à jouer au billard

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Pourquoi notre héros n'apprit pas à jouer au billard
» Pourquoi ce déclin à notre rendez-vous du Samedi soir?
» Dites moi pourquoi vois-je son reflet à chaque flaque d'eau que je croise ?
» NOTRE TERRE EST SI BELLE........POURQUOI L'ABIMER
» JOEL POURQUOI VOTRE PETIT INOSANG A SI PEUR DE LA PRISON ET DE L'EXIL ???

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-