AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

La plus enchantée des deux

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Ven 17 Oct 2014 - 10:21 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Le monde se bouscule déjà devant l'opéra Beaudrie. Je suis contente d'être venue en avance, j'avoue que je déteste être en retard et plus encore me retrouver chahutée au milieu de la foule. A mon stade, cela revêt presque de la phobie. C'est d'ailleurs pour cela que je ne vais jamais à un concert sans avoir une place assise, histoire d'avoir mon espace vital autour de moi. Toutefois ce soir je suis là pour assister à une version de la Flûte Enchantée, composée comme tout le monde le sait par Mozart. Pour l'occasion, j'ai opté pour une robe du soir noir, plutôt classique. Je porte pour protéger mes épaules nues contre l'air frais une étole bleu turquoise en soie. L'ouvreuse me réclame mon billet, je suis un peu triste d'assister à un tel spectacle seule. Malheureusement si j'attends d'avoir de la compagnie pour sortir, je risque de rester encore longtemps cloîtrée chez moi. Remerciant l'employée qui me rend ma moitié de papier et m'indique ma place, je me faufile dans l'élégante allée jusqu'à mon siège. Posant mon étole sur mes genoux après m'être installée, je cale ma pochette entre le fauteuil et moi. Mon regard se pose sur le rideau encore baissé, sur les autres spectateurs qui prennent place peu à peu. Me voilà située dans l'allée centrale, à quelques rangs de la scène, une bonne place en somme qui méritait ce que je l'ai payé. Pendant les quelques minutes qui restent avant le début du spectacle, je me plonge un peu dans mes pensées. A côté de moi un couple bruyant prend place.

J'adore l'opéra, l'ambiance, les décors, comment les voix se mêlent à la féerie des instruments. Rien de tout cela ne peut me laisser indifférente. Alors tandis que l'histoire prend vie sous mes yeux, je me retrouve vite captivée. La barrière de la langue n'est rien, même si je n'apprécie pas beaucoup l'allemand, je trouve que c'est une langue trop gutturale. L'entendre ainsi chantée la rend plus séduisante à mes oreilles. Mes voisins de siège nuisent quelque peu à mon plaisir, ne se retenant pas de jacasser et de glousser sans interruption. Je suis assez tolérante et respectueuse en général, du moins pour ceux qui offrent le même respect en retour. Ce n'est pas leur cas et il me démange de les faire taire. Je ronge mon frein en attendant l’entracte. Et quand il arrive, que les lumières sont revenues, je lance un regard assassin aux deux inconnus.


« Auriez-vous l'amabilité de vous taire et de nous laisser profiter du spectacle ?

La jeune femme baisse un peu les yeux penaudes et acquiesce d'un signe de tête. Son compagnon doit certainement espérer l'impressionner lui en me tenant tête.

- On a payé nos places comme vous.
- Cela ne vous offre pas le droit de faire autant de boucan et d'empêcher les autres d'écouter.
- Ce n'est pas parce que vous être seule et aigrie qu'il faut faire chier le monde.
- Vous avez raison, c'est certainement réservé aux connards de votre espèce. »


Je me lève de mon siège, véritablement agacée par le comportement de cet abruti notoire. Si je reste une minute de plus, je risque de perdre vraiment mon sang froid et je ne voudrais pas lui faire ce plaisir. Quelques pas me détendent un peu. J'évite de penser à ce que je ferais s'il continue à l'acte suivant. Je risque fort de le bâillonner avec mon étole. En l'évoquant, je m’aperçois que j'ai dû la laisser à ma place. Trop de monde autour de moi, je me décide à retourner à mon fauteuil. En arrivant je surprend mon voisin malotru qui s'en sert comme d'un tapis. Sa compagne a l'air un peu gênée.

- Vous devriez sortir sans votre australopithèque la prochaine fois, ou bien emmenez-le au parc zoologique, je pense qu'il se sentira plus dans son élément.

Je me penche pour récupérer mon étole. Comme il me démange furieusement de planter mes griffes dans la jambe de ce rustre ! J'en suis rouge de colère.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 17 Oct 2014 - 14:55 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Le travail, c’est la santé.

    Rosamund était plus que prête à croire en cet adage. Elle-même chérissait le travail et s’en accommodait avec un plaisir non dissimulé. Mais en ce monde, tout pouvait devenir une addiction, un poison. L’esprit et l’âme humains n’étant pas à l’abri des excès, il fallait savoir exercer un contrôle, une régulation, pour tout. La magie, la musique, le travail, le travail de l’Ombre, la mission de Rose... tout, tout devait tenir au sein d’un équilibre maîtrisé un minimum. La jeune Allemande était plus que convaincue d’avoir fourni un excellent travail pour l’ordre avec l’affaire du Trident Noir. Certes, pour l’organisation, le travail ne manquait jamais, mais pour Rose, elle avait bien travaillé. Sa propre mission se déroulait avec moins de facilité, entre les interruptions imprévues et une cible au comportement mystérieux, il y avait de quoi perdre la tête. Il fallait également prendre en compte son travail à l’opéra Beaudrie, et même si ce dernier s’apparentait plus à un plaisir qu’à autre chose, il fallait s’en accommoder sérieusement, surtout lorsque l’un de vos éminents collègues de l’Ombre en faisait également partie. Pas question de prendre ce front là à la légère. Mais ce soir, non. Pas de travail que ce soit pour l’Ombre, l’Ordre ou Beaudrie. De la détente, pour elle-même. Rosa ne s’était pas permis un tel écart depuis longtemps... Et comme elle faisait partie de ses rares personnes qui prenaient du plaisir dans leur travail, elle retourna avec joie à l’opéra. En simple spectatrice, cette fois. Pas pour observer le travail de ses collègues, analyser, critiquer. Non, elle voulait simplement plonger dans la musique, dans l’histoire de cet opéra qui trouvait en elle quelques échos mystiques qui n’étaient pas sans la faire sourire. Un bon moment, c’était tout ce qu’elle voulait.

    Robe rouge bordeaux aux épaulettes fleuries, collants, escarpins rouges assortis à sa robe et petit sac rouge. Rosamund s’était également munie d’une petite veste en laine noire, assortie à ses sombres cheveux. La sorcière avait choisi de mettre sa lance en broche ce soir, ajustée élégamment près de son épaule gauche. Pour la soirée, Rose avait réussi à venir avec Anne, collègue musicienne qui était également en repos et qui avait accepté de venir, principalement pour pouvoir parler avec Louis d’Ax... Vain espoir pour une vaine demoiselle, mais Rosamund n’eut pas la cruauté de mettre fin à ces rêves d’enfant, l’espoir l’amusait à vrai dire... Ce qui l’amusa moins, c’était de se retrouver juste devant un énergumène insolant et vulgaire qui osait gâcher le plaisir de ses voisins en faisant du bruit pendant la représentation. Mademoiselle Richter avait assez de maîtrise pour porter l’intégralité de son attention sur le spectacle, la musique, les chants, la délicieuse voix de la Königin der Nacht, personnage qui la fascinait. Et la langue de Goethe ne lui posa pas le moindre problème, bien au contraire, à ses oreilles, elle était comme une douce couverture natale qui l’accueillait contre son sein chaud. Mais Anne elle n’avait pas cette patience et enchaîna les regards noirs à l’encontre de son voisin de derrière. La jeune musicienne allait certainement fâcher l’impoli pendant l’entracte, mais elle fut prise de court par une femme assise juste à côté de ce porc. La réponse du mufle faillit transformer la pauvre Anne en furie, aussi Rosa l’attira avec elle afin de sortir de la salle. Un peu d’air frais. La sorcière pour sa part, était déterminée à ne rien laisser gâcher sa soirée. La compagnie d’Anne lui était généralement agréable, comme le chant des oisillons, elle n’avait rien à voir avec ses propres préoccupations et lui rappelait mélodieusement que la vie était pleine de choses simples et naturelles. Oui la demoiselle était rafraichissante, et même son envie de lacérer le visage d’un malotru amusait Rosamund. Celle-ci écouta d’une oreille amusée tous les supplices que sa collègue réservait au blasphémateur tout en se repassant mentalement les notes du premier acte

    – ... je vais dire deux mots au personnel, il est inadmissible de laisser de tels idiots gâcher le plaisir du public, déjà que ce comportement m’insupporte au cinéma, ici c’est... c’est...
    – Peut-être devrais-tu le signaler à la sécurité... déclara distraitement Rosa.
    – Mais oui ! Je vais le faire. Tu sais que je ne suis pas pour la violence, mais là j’espère qu’il se fera...

    Anne au sommet de sa forme.

    De retour pour le second acte, le duo de musicienne reprit place et constata que la vulgarité de cet être ignoble ne s’était pas émoussée, de même que sa bêtise. Les deux musiciennes observèrent la scène avec leur voisine de derrière qui revenait également. Cette fois, c’en était trop pour Anna, du haut de ses trois pommes et demie et de ses petits talons blancs, elle s’apprêta à rentrer dans le lard de ce malappris lorsqu’un ouvreur à la carrure athlétique vint mettre en garde l’énergumène. Plusieurs spectateurs s’étaient plaints et Anne avait profité de la petite remise en beauté de Rosa pour se joindre aux plaintes. Joshua, l’ouvreur baraqué, amateur d’escalade et de randonnée, fut particulièrement clair. A l’opéra Beaudrie, on ne plaisantait pas avec le plaisir du public.

    – Monsieur, plusieurs personnes se sont plaintes à votre sujet. Si vous continuez à déranger, nous n’aurons pas d’autre choix que de vous faire quitter la salle... en vous remboursant vos tickets bien sûr. L’opéra Beaudrie est plus que disposé à payer pour assurer le confort de ses clients.

    Le lâche s’abstint de faire le malin cette fois, sans doute parce qu’il avait affaire à un homme, un qui avait quelque chose dans le pantalon. Anne remercia Joshua de vive voix à rands renforts de sourires complices. Rosa pour sa part accorda un sourire solidaire à la femme qui avait eut le courage de confronter l’impoli en premier lieu. Maintenant, tous pourraient profiter pleinement du spectacle. Avant de se retirer, Joshua salua les deux musiciennes qui purent se lover dans leurs fauteuils, impatientes de replonger dans la magie de Mozart.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 21 Oct 2014 - 10:14 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
J'accueille mon sauveur d'un sourire reconnaissant après avoir récupéré mon châle et m'être redressée. L'idée de passer l'autre moitié du spectacle à côté de ce mufle ne m'enthousiasme pas réellement. Enfin s'il se tient tranquille je devrais réussir à supporter sa présence. Il fait moins le fanfaron devant l'employé et je suis contente que quelqu'un le remette aussi à sa place. Il semble que d'autres ont trouvé sa conduite déplacée, seulement j'ai préféré tenter de régler le souci seule. Leur méthode a mieux fonctionné. Je remercie l'ouvreur en personne avant de reprendre place sur mon siège. Mon regard croise celui d'une belle jeune femme qui me sourie. Elle a probablement assisté à toute la scène, j'avoue que je n'ai pas pensé à ceux qui m'entouraient, trop contrariée par l'abruti de service. Je lui souris aimablement en retour. Mon attention se porte ensuite sur le vêtement que je tiens. Mes mains tentent tant bien que mal de débarrasser l'étole des marques de chaussures. Déjà la lumière baisse, signe que le spectacle reprend. L'orchestre joue quelques notes comme pour mieux intimer le silence et bientôt les artistes sont de retour sur scène. Rapidement la colère que j'éprouvais retombe au son des chants mélodieux et de la musique. Sans les bavardages de mes voisins pour troubler ma concentration, je peux toute entière me laisser emporter. Et je m'en serais voulue de manquer ne serait-ce qu'un peu un des clous du spectacle : l'air de la Reine de la nuit. Sa puissance et sa perfection me laissent une seconde éblouie, émue. J'en tremble un peu, et la suite est tout autant à la hauteur. Parfois je ferme les yeux, laissant de côté la mise en scène pour me concentrer sur les voix et les notes qui s'accordent si parfaitement. Je voudrais demeurer ici des heures entières, à profiter de l’acoustique de la pièce, de cet orchestre et de ces chanteurs qui ainsi semblent ne jouer que pour moi.

Seulement les meilleures choses ont elles aussi une fin, ma rêverie se termine. Les spectateurs commencent dès le tombé de rideau à se lever pour partir. Je n'ai aucune envie de me retrouver au milieu de cette foule bruyante alors je demeure un instant à ma place, m'isolant dans ma bulle pour profiter encore de ce que j'ai vécu. J'ai la tête pleine d'images et de notes. Quand les chaises autour de moi se sont en grande partie vidées, je me décide à gagner la sortie à mon tour. Elle est encore bloquée par l'amas de personnes impatientes de rentrer chez elles. Je demeure en retrait, mon regard parcourant la salle où seuls subsistent quelques passionnés qui, comme moi, n'étaient pas pressés de voir finir cet opéra. Je reconnais la jeune femme de tout à l'heure, elle avance et passe à mes côtés. Je lui souris à nouveau lorsqu'elle est à ma hauteur.

« Bonsoir, je crois que je dois vous remercier d'avoir fait prévenir les employés. Je ne voulais pas en arriver là même si cet homme l'a bien mérité.

Peut-être que je me fourvoie mais comme son amie a échangé quelques mots avec l'ouvreur, je pense qu'elles n'étaient pas étrangères toutes les deux à son intervention.

- J'espère que vous avez pu profiter de la suite. Avez-vous aimé ? J'ai trouvé cette mise en scène grandiose et l'interprétation époustouflante. Vous venez souvent assister à ce genre de spectacle ?

Cela semble peut-être malvenu que j'entame la discussion avec une parfaite inconnue. Je suis sans doute un peu trop sociable et je n'ai pas envie de rentrer chez moi sans avoir pu parler un peu de ce que j'ai ressenti. C'est réellement l'inconvénient de la solitude pour moi, j'ai toujours aimé pouvoir partager. Je verrai bien si la demoiselle est encline à la discussion ou si au contraire je l'importune. Dans le second cas je la saluerais et la laisserais partir.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 21 Oct 2014 - 12:42 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Le problème sembla être réglé. L’ignoble individu venait de perdre de sa superbe arrogance et fut forcé à faire ce qui devait certainement être contre sa nature : à savoir la boucler. Anne vibrait de satisfaction. Rosa, pour sa part, restait indifférente à cette manifestation de justice humaine et se lova dans son fauteuil après avoir sourit à leur voisine de derrière. Le spectacle allait reprendre et elle pourrait enfin quitter ces basses sphères pour en explorer d’autres plus célestes, transportée par l’art, la musique, les chants, l’histoire...La mélomane ne tirait pas son plaisir directement de ces figures humaines qui déambulaient sur la scène, mais de l’âme de la pièce. Elle ferma les yeux et laissa la beauté de l’opéra imprégner son esprit et son âme qui écoutaient l’histoire d’amour de Tamino et de Pamina, les malheurs de Papageno, la lutte de la Reine de la Nuit... Que de beautés transcendées par la langue de Goethe et par la magie de l’opéra Beaudrie. Elle était fière d’en faire partie. Vraiment, cet endroit était l’un de ses préférés à Star City. Parfois, comme à l’instant présent, elle s’y sentait plus à l’aise que chez elle. Là, assise dans ce fauteuil, simple spectatrice, Rosamund ne pouvait espérer mieux. Elle vivait un rêve éveillée. Les applaudissements et le tombé de rideau eurent sur elle le même effet qu’une aurore et un réveil matin. La nuit pleine de rêves et de merveilles était terminée, pourtant la beauté demeurait.

    Aussi bien pour féliciter ses collègues que pour applaudir l’art lui-même, Rosamund se joignit aux clameurs, le sourire aux lèvres. Anne était également aux anges, elle applaudissait avec une vigueur sincère, rayonnante, faisant de grands signes à ses amis qui étaient « de service » ce soir. Rosa était plus modérée, mais tout aussi heureuse, ceux qui la connaissaient pouvaient le percevoir dans son regard encore pétillant, tel celui d’une enfant un matin de Noël. Mais comme Noël, la célébration prit fin. Les applaudissements se tarirent au fur et à mesure que le public quittait les lieux. Habituées à ce genre de mouvements un peu chaotique, les deux musiciennes restèrent à leur place encore un peu le temps de laisser leur allée se vider complètement. Les deux demoiselles discutèrent passionnément de l’opéra auquel elles venaient d’assister. Donnant leur avis sur les chanteurs, les musiciens, la mise en scène. Partageant leurs idées personnelles. Rosa était plus classique, traditionnelle, et Anne plus moderne avait une approche originale. Devant l’impossibilité à se mettre d’accord, Rosamund orienta la conversation sur le chef d’orchestre. Une stratégie qui « calmait » toujours les ardeurs de sa collègue. Les deux femmes discutaient encore avec animation lorsqu’elles se levèrent pour quitter les lieux à leur tour. En rejoignant la sortie, encore bloquée par les moutons qui s’y entassaient, elles furent interpelées par la victime du rustre du premier acte.

    – Oh je vous en prie, c’est elle qu’il faut remercier. Rosa montra son amie d’un délicat mouvement de bras. La concernée ne mit pas longtemps à intervenir.

    – C’est tout à fait normal, il ne faut pas hésiter avec ce genre d’imbéciles... Ils ne comprennent rien tant qu’ils ne sont pas confrontés à plus hauts qu’eux... les hommes.

    Toujours aussi directe. Rose gratifia Anne d’un petit rire amusé avant d’accorder une oreille attentionnée à la demoiselle qui leur parlait. La jeune Allemande adorait rencontrer de nouvelles têtes à l’opéra Beaudrie et ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait à converser ainsi avec une personne qui lui était inconnue. La question de la présente inconnue fit sourire les deux demoiselles.

    – Eh bien... oui et non, d’habitude nous sommes de l’autre côté de la salle. déclara-t-elle en montrant la scène d’un mouvement de visage. Mais il nous arrive parfois de nous asseoir dans la salle simplement pour apprécier le spectacle. Et je suis d’accord avec vous, cette représentation était magnifique.

    Anna abonda en ce sens avant de céder à sa curiosité naturelle.

    – Avez-vous déjà assisté à d’autres représentations ici ?

    Voilà qui annonçait une conversation sympathique en attendant que le torrent de moutons se calme.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 26 Oct 2014 - 10:58 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Pochette dans une main, étole dans l'autre, je me tiens donc face à ces deux femmes. Elles semblent enclines à prendre le temps de discuter un peu. Comme quoi la bêtise des uns rapproche parfois. J'espère que le rappel à l'ordre de l'ouvreur aura passé à jamais l'envie de ce rustre d'ouvrir encore la bouche pendant un spectacle. Moi qui pensais qu'à l'opéra les gens savaient mieux se tenir que dans une salle de cinéma. S'il y a bien une chose qui m'horripile, c'est le manque de respect et de civisme. Et comme ce soir, je ne peux pas m'empêcher de le faire savoir lorsque quelqu'un se comporte mal devant moi. Ian disait souvent qu'un jour cela m'attirerait des ennuis. Il était protecteur, même si en réalité cela l'amusait de me voir être piquante avec ces personnages impolis. Revenant au moment présent, parce qu'il m'est toujours douloureux d'évoquer son souvenir même après un an, je souris à la deuxième femme. Je ne sais comment je dois prendre sa remarque, petite pointe de féminisme ou tout son contraire ? Elle peut prêter à interprétation différente. En tous cas elle a l'air de ne pas avoir sa langue dans sa poche, un peu comme moi en somme.

- Alors je vous remercie également. J'avoue qu'en général je préfère intervenir moi-même plutôt qu'aller déranger le personnel. Il suffit parfois de quelques mots et d'un peu de bon sens pour que certains réalisent qu'ils ne sont pas seuls au monde. Malheureusement, ce ne fut pas le cas ce soir. Au moins nous avons pu profiter de la seconde partie.

Je suis des yeux son petit mouvement de tête, mon regard se posant sur la scène. La surprise autant que l'enthousiasme doivent se lire sur mon visage tandis que je comprends qu'elles sont toutes deux artistes. Pour une passionnée comme moi, avoir la chance de rencontrer des chanteurs ou musiciens est toujours une aubaine.

- Oh vraiment ? Vous chantez ou bien vous jouez d'un instrument ? J'aurais aimé apprendre, j'ai un peu l'oreille musicale je crois. Je me suis essayée au piano, chercher les notes à l'oreille vu que je n'y entends pas grands choses en solfège. Je serai bien incapable de déchiffrer une partition. Et il vaut mieux pour les autres que je me cantonne à ne chanter que sous ma douche.

Je souris malicieusement. Oh je ne chante pas si faux, néanmoins je suis loin d'avoir une grande voix. J'adore chanter quand je mets de la musique, je peux même difficilement m'en empêcher. De là à affliger ce spectacle à d'autres, non sans façon.

- Je suis venue quelques fois oui, j'adore ce style musical et l'opéra en général. Peut-être que j'ai assisté à une de vos représentations sans le savoir. Vous faites partie de l'orchestre symphonique de Star City ou bien vous êtes des musiciennes itinérantes ? Ce doit être un peu intimidant non de se représenter devant une si vaste salle. En même temps vous faites partie d'un ensemble, c'est rassurant j'imagine.

Elles ont l'air de bien se connaître et de bien s'entendre en tous cas. Je ne crois avoir jamais eu une véritable amie ou même une confidente comme on le voit partout. Une copine oui à l'école ou pendant mes études. J'avoue que cela me manque parfois, une personne à qui me confier, encore que j'ai vraiment du mal à parler de moi. Quelqu'un à qui parler des patients qui me tiennent à cœur et pour m'accompagner lors de mes sorties. C'est un peu un cercle vicieux, vous êtes seule alors vous n'avez pas beaucoup l'envie de sortir, vous restez enfermée alors vous ne rencontrez personne.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 26 Oct 2014 - 15:06 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Une bonne malédiction bien placée pouvait aussi efficacement régler le problème. Mais Rosamund préférait ne pas en venir à de telles extrémités dans sa vie civile et surtout pas à l’opéra. Déjà qu’elle avait eu pas mal de réticences lorsqu’il avait fallut qu’elle enchante sa cible lors d’une récente mission... Cela dit, elle aurait certainement apprécié d’amener le rustre à se mordre la langue, un châtiment qui aurait été amplement mérité. Mais cela aurait été futile et indigne d’elle et de la réserve que lui avait inculquée sa mère. La patience était une vertu et il allait toujours économiser ses forces pour un ennemi qui en valait vraiment la peine. Eduquer les porcs était beaucoup trop en deçà de ses compétences. Et puis, laisser l’opéra protéger sa propre institution n’était pas une mauvaise chose. Elle avait beau travailler dans une organisation qui convoitait un certain chaos, cela ne voulait pas dire qu’elle prônait l’anarchie des règlements de compte. Anne semblait partager son point de vue... ou plutôt, la flûtiste était contente de ne pas avoir sorti les ongles pour les planter dans le visage du malotru. D’après ses propres dires, enfant, elle n’arrêtait pas d’attaquer les garçons qui la malmenaient. Aujourd’hui, elle était plus subtile.

    – Je comprends, mais surtout ne vous gênez pas, le personnel est là pour ça, même si officieusement, on préfère que le spectacle soit gâché par ce genre d’individus plutôt que par l’incompétence des artistes.

    Rosamund répondit à ce trait d’humour en lâchant un léger rire amusé. Après coup, mieux valait rire de ce genre d’accident plutôt que s’en lamenter car, la nature humaine étant ce qu’elle était, la décence n’était pas prête de retrouver sa gloire d’antan. Heureusement, on pouvait parfois avoir la chance de tomber sur un spécimen doté de bonnes manières comme c’était apparemment le cas avec cette mélomane. Et Rosa qui commençait à croire qu’il était impossible de trouver ce genre de perle en dehors des employés de l’opéra.

    - Anne est flutiste dans l’orchestre de Star City. Moi pour ma part, je reste fidèle à l’opéra et offre mes compétences au piano, violon et violoncelle selon les besoins du moment. Avec l’entraînement et la modestie adéquate, Rosamund était passée maîtresse dans l’art de fournir de telles réponses sans avoir l’air « de se la péter » comme avait l’habitude de dire sa petite sœur. Je comprends, le solfège bloque beaucoup de personnes, mais c’est une question d’habitude, et puis, beaucoup de musiciens autodidactes disposent d’un talent en or sans pour autant maîtriser ce langage. L’oreille musicale est tout ce qui compte.

    Bien sûr, elle n’était pas certaine qu’aucun orchestre n’accepte jamais d’embaucher quelqu’un qui n’est pas capable de lire une simple partition, mais cela ne fermait pas pour autant les portes du métier musical. Pas plus que cela n’empêchât de jouer pour le simple plaisir de jouer, pour un public privé. La comparaison n’était cependant peut-être pas adéquate. Et puis elle ignorait même si cette demoiselle jouait pour quelqu’un d’autre qu’elle-même... un tel public pouvant déjà être amplement suffisant pour un mélomane.

    – Eh bien... les premières fois son souvent intimidantes, mais on s’y fait. Et puis, comme vous dites, c’est plus facile lorsqu’on joue en groupe, ça nous permet de sortir de nos petits nombrils et de penser en tant qu’entité collective.
    – Ce que ma philosophique collègue essaie de vous dire, c’est qu’on a moins peur à plusieurs.

    Nouveaux rires. Anne ne partageait pas forcément les points de vue émerveillés de Rosamund.

    – En tout cas les récitals sont beaucoup plus impressionnants, mais en général, le public vous met en confiance, même si on fait une fausse note.
    - Ca te va bien de dire ça, miss perfection !

    Rosamund hocha la tête en signe de dénégation, même si elle ne pouvait pas contredire le commentaire de sa collègue. Rien que l’idée de faire une fausse note en public, ne serait-ce que devant un chat, lui donnait la nausée.

    – Est-ce qu’il vous arrive encore de jouer du piano ? Vous savez, l’opéra organise parfois des soirées ou même des après midi d’initiation à la musique. Chacun est libre de venir s’essayer à un instrument et de recevoir des commentaires constructifs.

    S’il y avait bien un sujet sur lequel Rosa était prête à ouvrir les bras pour embrasser la Terre entière, y compris ses déchets, c’était bien la musique. La musicienne ne refusait jamais d’écouter les autres jouer, une pratique qui venait sans doute de ses pouvoirs magiques qui associaient la musique à l’expression de l’âme. Or une âme était quelque chose de magnifique et pur, même si son propriétaire ne l’était pas toujours... Dans tous les cas, c’était une chose fascinante. Mais avant d’en apprendre plus sur cette charmante mélomane, l’Allemande fit quelques pas en avant car, mine de rien, la salle se vidait enfin. Les ouvreurs faisaient du bon travail, même s’il n’était pas possible de presser le public d’un opéra, souvent constitué de personnes fragiles. L’art touchait souvent les âmes et les corps les plus délicats.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 10:42 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
La conversation en vient tout naturellement à tourner autour de la musique. C'est un peu attendu lorsque l'on se retrouve à échanger après un opéra. Pourtant je ne m'attendais pas à avoir devant moi des musiciennes, de talent qui plus est puisqu'elles se représentent devant un public dans une salle prestigieuse. Je suis vite intriguée par les deux jeunes femmes et si je m'écoutais je les mitraillerais rapidement de questions. Depuis le temps, j'ai appris que c'était la meilleure chose à faire pour voir fuir son interlocuteur. Aussi je vais les dispenser l'air de rien au compte-goutte.

- Si je devais choisir un instrument duquel jouer, je pense que j'opterai plutôt pour les cordes. J'aime énormément leurs sonorités, même si ce qui est magique dans un ensemble comme celui que nous avons entendu ce soir, c'est justement la manière dont ils s'accordent tous. La flûte traversière est également un ravissement pour mes oreilles. Comme les morceaux de Robert Aitken, notamment.

Je souris aux deux jeunes femmes, espérant ne pas en avoir froissé une des deux avec ma trop grande sincérité habituelle. L'une d'elle souligne que l'on peut se passer de solfège pour jouer, même bien parfois. Loin de moi l'idée de lui donner tort, j'arrivais bien à jouer un ou deux morceaux rien qu'en trouvant les notes à l'oreille. Même si un vrai mélomane m'aurait peut-être dit que je me trompais, allez savoir.

- Vous avez très certainement raison, oui. J'aurais aimé avoir un peu de talent en la matière, comme ces virtuoses qui n'ont pas besoin d'effort pour vous enchanter. J'ai peur que dans mon cas la maîtrise d'un instrument demande beaucoup de pratique et de persévérance. Or j'ai déjà dans ma vie deux passions qui prennent énormément de place.

D'une certaine manière je suis aussi chanceuse que mes interlocutrices. Je fais chaque jour un métier qui me plaît, et chaque jour est un renouveau. Même si l'on peut aisément imaginer qu'aux yeux de certains ma profession paraisse d'un ennui mortel. Je les écoute évoquer leur art et ses contreparties. On sent leur complicité. Elles se renvoient la balle l'une à l'autre comme un duo longtemps exercé. Je ne peux presque qu'être spectatrice et me sentir de trop dans ce binôme. Ce qui ne veut pas dire, loin de là, qu'elles m'excluent de leurs échanges. Elles ont bien au contraire l'amabilité de me faire la discussion. D'ailleurs l'une d'elle m'adresse rapidement une question à son tour. Je secoue doucement la tête.

- J'ai bien peur que je n'ai pas touché un piano depuis de très longs et très nombreux mois. J'ai pourtant l'instrument chez moi, il appartient... enfin appartenait à mon compagnon.

Et je l'ai remisé dans une pièce comme bon nombre des choses qui me le rappelaient et que j'avais du mal à souffrir de voir au quotidien. L'endroit est devenu une sorte de sanctuaire où je fais pèlerinage quelques fois. Je le revois s'asseoir devant ce piano blanc et ne jouer que pour moi. Je me souviens des heures passées à l'écouter en souriant, cela nous suffisait, pas de mots juste des notes. Ces moments étaient rares autant que précieux. Et pour me sortir de ce passé encore trop présent, je me tourne vers les musiciennes.

- Honnêtement à part de vrais spécialistes, je défie quiconque de retrouver une fausse note dans votre ensemble même si l'un de ses membres en faisaient une. Non ? Pour ce qui est des initiations, cela pourrait être une idée intéressante, même si je suis un peu rouillée. Je crois que je préfère, et de loin, venir vous écouter vous. L'effet sera immanquablement plus réussi !

Nous avançons à petits pas de la sortie. Je ne suis pas pressée parce que j'imagine fort bien qu'une fois sur le trottoir, nous n'aurons d'autres choix que de repartir chacune dans notre direction.

- Oh, je ne me suis même pas présentée. Raven Walden.

Ma phrase se ponctue d'un sourire et d'un petit signe de tête. Je trouve la poignée de main trop conventionnelle.

- D'où venez-vous toutes les deux ?

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 20:19 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Pendant que les trois femmes continuaient leur discussion, le personnel de l’opéra s’activait pour ranger leur lieu de travail. Ils avaient prévu de prendre un verre pour célébrer la représentation, une pratique assez courante. Rosamund s’y prêtait par obligation, y trouvant un plaisir souvent mitigé, parfois agréable ceci dit. Anne, elle, y voyait une occasion de réunir les ragots et aussi de tenter une approche stratégique sur sa cible actuelle. Pour cette raison sans doute, un de leur collègues, un jeune joueur de clarinette se glissa jusqu’à elles et interpella la flûtiste pour l’inviter à participer à la célébration. Loin de s’en trouvée offensée – au contraire, Rosamund considéra cette mise à l’écart comme une marque d’attention, l’Allemande n’était peut-être pas la plus sociable des employés de l’opéra – et se concentra davantage sur la femme qui leur prêtait une oreille aussi attentive.

    – Je ne peux qu’approuver votre choix. Les instruments à cordes sont, selon moi, les plus propices à communiquer tout le talent d’un artiste. Car il faut savoir manier le rythme, la force et la délicatesse pour tirer toutes les subtilités de ces instruments. A mon sens, ils peuvent requérir encore plus d’implication que les instruments à vents qui pourtant consomme le souffle de son musicien.

    Anna s’abstint de répondre, toujours accaparée par le clarinettiste qui se permit de lui faire une blague. Bon public, la musicienne lui accorda un rire joyeux. Rosa ne savait pas si elle le voyait, mais Anne était en train d’être courtisée. Tant mieux pour elle. La sorcière pour sa part ne l’enviait pas vraiment, ce jouvenceau semblait beaucoup trop jeune et inexpérimenté pour elle. Mademoiselle Richter était certaine de trouver plus de plaisir à converser avec cette charmante mélomane.

    – Pour ça, je vous comprends. Je suis bien contente que mes parents m’aient initiée tôt à la musique. Tenez, j’adore la peinture, mais je me suis découvert ce goût beaucoup trop tard et je serai bien incapable de tenir une palette de manière convenable.

    Ce qui ne l’empêchait pas d’apprécier la théorie qu’elle maîtrisait infiniment mieux que la pratique. Rosamund pouvait en effet passer de longs après midi dans un musée, à s’arrêter pendant un temps infini devant un tableau et décortiquer et s’émerveiller devant tous les détails. Malheureusement, comme pour la musique, elle était plutôt exigeante. Et en matière d’art pictural, elle n’était pas du genre à apprécier un Picasso. Et aussi, l’inconvénient dans un musée, c’était qu’elle y étai rarement seule... combien de fois un visiteur s’était permis de perturber sa contemplation pour se placer devant elle ou pour lui demander de se décaler ? La jeune femme modérait donc ce plaisir afin de ne pas sombrer dans une réaction sanguinaire. Dans certaines conditions, elle pouvait se montrer aussi sauvage que sa sœur.

    La jeune femme effleura sa vie personnelle en mentionnant un compagnon, mais Rosamund préféra ne pas laisser sa curiosité s’attarder sur ce point. L’hésitation de la demoiselle ainsi que l’utilisation d’un temps passé la mettait sur ses gardes. Une première rencontre n’était pas propice aux questions délicates, sans compter qu’elle n’aimerait pas chagriner cette charmante personne. Anne choisit ce moment pour revenir dans la conversation.

    – Excusez-moi. Je vais bientôt vous abandonner, à mon grand regret. En tout cas, je suis heureuse que le talent de l’opéra sache être apprécié par des personnes de goût. Je m’appelle Anne au passage, ce fut un plaisir de vous rencontrer Raven. A demain, Rosa !
    – A demain.

    Anne s’en alla d’un pas à la fois élégant et pressé. Tout un art.

    – Je ne peux qu’appuyer ses dires. Pour ma part, je suis Rosamund Richter. Et comme mon nom vous l’insinue peut-être, je viens d’Allemagne.

    Un pur produit de Düsseldorf, parfaitement éduquée et formée de telle sorte qu’il était impossible de déceler un accent germanique dans son anglais tout à fait correct. Ses intonations un peu aristocratiques la faisait parfois passer pour une Anglaise, cependant. Ravie qu’on lui témoigne de l’intérêt, Rosa se dirigea donc vers la sortie en compagnie de Raven, sa curiosité toute déployée.

    – Et dites-moi, si ce n’est pas trop indiscret, pourrais-je vous demander quelle est votre profession ?

    La musicienne était toujours fascinée par la réalité qui se cachait derrière les masques des spectateurs de l’opéra. Pour le public, il était facile de savoir à qui ils avaient affaire : des artistes, des musiciens professionnels ou parfois, dans certains cas, amateurs. Mais l’inverse était plus délicat. Alors oui, on pouvait sombrer dans les clichés et s’imaginer que tous ces gens sont des retraités bourgeois, mais l’âge de mademoiselle Walden contrecarrait ce merveilleux préjugé. Tout en conversant, les deux femmes continuaient leur bout de chemin en direction de la sortie. Elles arrivèrent dans le grand hall d’entrée et aucune d’elles ne remarqua encore le regard hostile qui leur était adressé : celui du goujat bavard.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 31 Oct 2014 - 13:48 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Son analyse des instruments à vent a de quoi impressionner. J'avoue que je ne me suis jamais vraiment posé la question de leur maîtrise, du doigté nécessaire ou autre. Ce sont surtout les sonorités qui me parlent voir me transportent, à elles et ce qu'elles véhiculent que je suis sensible. C'est là que l'on voit qui n'est qu'une amatrice et qui baigne réellement dans cet univers. Je lui souris avec douceur. Après un rapide coup d’œil à son amie qui semble en si charmante compagnie qu'elle en oublie sa collègue, je m'efforce de lui répondre.

- Je me fie à votre jugement les yeux fermés ! Je ne doute pas que vous maîtrisiez votre sujet.


Elle me confie être tombée dans la musique dès son jeune âge et évoque une autre forme d'art. Il est vraiment plaisant d'échanger avec cette jeune femme. Elle a l'air posée, cultivée et ouverte, des qualités que j'apprécie, et que j'espère partager. Même si je ne suis calme qu'en apparence, car en vérité je suis une grande boule de nerfs. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai souvent besoin d'aller me défouler en courant sur la plage ou tout simplement d'avoir l'esprit occupé par quelque chose.

- Vous vous êtes essayée à la peinture ? J'ai toujours été nulle en dessin, à mon plus grand regret. Je n'ai pas tenté de manier le pinceau, j'aurais trop peur du résultat. Ou alors il faut que je me lance dans l'abstrait. Mon sourire se teinte de malice. J'ai voulu me mettre à la sculpture, ce n'est pas que je manque d'idées mais ma médiocrité dans ce domaine est assez déplorable. Pourtant c'est une activité que j'aime, je trouve cela relaxant de manipuler la glaise. Vous avez un courant pictural favori, un maître en peinture ?

Je l'imagine aimer tout comme moi arpenter les galeries d'art ou les musées, s'imprégner d'une œuvre, admirer la recherche sur les couleurs, la finesse des traits d'un portrait... J'ai remarqué que souvent ceux qui s'intéressent à la musique classique aiment également la peinture. Je trouve que ce sont deux formes d'expression qui se marient relativement bien, un peu comme le cinéma et la musique d'ailleurs. Voilà pourquoi les bandes originales de films rencontrent un si franc succès.

Alors que nous nous découvrons sans vouloir l'une ou l'autre trop en dire, la seconde musicienne nous rejoint. Elle se désole de devoir nous laisser. Pour ma part je devine qu'elle est encore plus enthousiaste de répondre à l'invitation que l'on a dû lui faire et qui la soustrait à notre compagnie. Cela ne m'offense pas le moins du monde. Et puis il est souvent plus facile de converser à deux, cela évite qu'un des interlocuteurs se sentent mis de côté.


- Je suis également ravie d'avoir fait votre connaissance, Anne. Je vous souhaite une bonne fin de soirée, peut-être à une prochaine fois.

Elle ne tarde pas à voler vers sa nouvelle distraction, m'abandonnant avec son amie. Cette dernière se présente à son tour, précisant qu'elle est originaire d'Allemagne. J'ouvre un peu plus grand les yeux, surprise. Je n'avais pas noté d'accent particulier dans ses intonations, pourtant je suis assez attentive à ces détails en règle générale.

- Vraiment ? Et vous avez quitté votre terre natale il y a longtemps ? Je suis originaire de Star City de mon côté, j'ai toujours vécu ici. Je suis allée en Europe une fois, un séjour de quelques semaines. Je n'ai pas eu l'occasion de visiter l'Allemagne malheureusement. De quel coin venez-vous au juste ?

Alors que nous passons la grande porte de l'opéra, le tumulte de la rue me saisit en même temps d'ailleurs que la fraîcheur de la nuit. A cette heure la circulation devrait être un peu plus calme, seulement les spectateurs comme nous sont en train de regagner leurs habitations respectives. Je me tourne vers Rosamund, prête à m’enquérir de son moyen de locomotion, voir pourquoi pas de lui proposer de continuer cette discussion autour d'une boisson chaude. Avant que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche, je reconnais le rustre de tout à l'heure. Il nous a emboîté le pas visiblement. J'espère qu'il ne nous attendait pas pour faire toute une histoire de l'incident. Il me fixe un moment sans bouger. Le trottoir s'est vidé autour de nous. Je me dis que je ferai mieux de l'ignorer, de ne pas lui donner matière à de nouvelles hostilités. Baissant le ton pour que seule mon interlocutrice puisse entendre et n'accordant plus un regard à l'importun, je réponds à sa question.

- Je suis psychologue, j'ai un cabinet dans le quar...
- Inutile de baisser le ton, je sais que vous parlez de moi ! Vous croyez que je vais laisser une sale petite pétasse blonde m'insulter ? Il n'y a plus personne derrière qui te cacher à présent...



Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 3 Nov 2014 - 17:01 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    Un peu qu’elle connaissait son sujet, cela dit, Rosamund aurait tout de même bien aimé avoir l’avis de Raven. Même les non initiés pouvaient décocher de véritables traits de génie concernant un domaine auquel ils ne sont pas experts. Après tout, la pomme n’avait aucun diplôme lorsqu’elle a inspiré Newton... Mais la sorcière n’allait pas risquer de froisser sa nouvelle connaissance, sa compagnie était, jusque là, fort plaisante. Et de toute façon, elle ne pouvait qu’admirer sa modestie et son respect, ces valeurs n’étaient que trop rares de ce côté de l’atlantique... Mais en compagnie de mademoiselle Walden, de même qu’à l’opéra en règle générale, Rosa avait l’impression de retrouver l’environnement hautement créatif et sophistiqué du conservatoire où elle avait étudié. Douce nostalgie... La musicienne répondit donc avec un sourire flatté avant de laisser leur conversation dériver vers une autre sphère artistique. Oui elle s’était essayé à la peinture, mais beaucoup trop tard. Rosamund n’arrivait pas à se détacher de ses inspirations, des œuvres qui l’avaient marquée et qui influençaient beaucoup trop sa main. Cette mauvaise pratique se combinant avec un manque de technique, on obtenait un résultat beaucoup trop imparfait pour une maniaque comme elle.

    – Oui, mais on ne peut pas dire que ces essais aient été concluants... J’ai donc décidé de me cantonner à la musique. Je trouve la sculpture fascinante, mais j’ai beaucoup plus de plaisir à voir des sculpteurs à l’œuvre qu’à manipuler la terre moi-même... Sans doute à cause de mes réticences de femme rigide... ajouta-t-elle avec une pointe d’humour qui n’était pas totalement écartée de la réalité. Je crois que l’Impressionisme a sur moi beaucoup d’effet, j’aime la manière dons les formes et les couleurs sont exposées et si je devais citer un nom, ce serait peut-être celui de Liebermann car je trouve son style à la fois épuré et profond... Mais je dois vous avouer que le côté mystique des symbolistes me parle beaucoup.

    Ô doux euphémisme.

    Pendant ce temps, Anne termina de leur fausser compagnie et la discussion se dirigea sur leurs origines respectives. Rosamund fut agréablement surprise de constater qu’une native de Star City était capable de se révéler être une si charmante interlocutrice. Et l’Allemande qui commençait à croie qu’en dehors de l’Ombre ou de l’Opéra, elle ne trouverait aucun esprit digne d’intérêt.

    – Cela fera bientôt trois ans. Vous devriez si jamais vous en avez l’occasion, c’est un pays charmant, et je ne dis pas cela uniquement parce que j’en viens. Certes, je vous accorde qu’il a une histoire compliquée et que cela affecte encore un bon nombre d’habitants, mais c’est une terre où il fait bon vivre. Je suis plus précisément originaire de Düsseldorf, vous connaissez ? Cela se situe dans l’ouest, près du Pays-Bas.

    Si jamais cette délicieuse Raven se révélait connaître l’emplacement de la ville natale de Rosa, celle-ci n’hésiterait pas à l’inviter à boire un café ou un thé, elle aurait également du mal à se retenir pour ne pas la prendre dans ses bras. La sorcière se souvenait encore avec dépit de la fois où elle avait essayé d’expliquer à Anne où Düsseldorf se trouvait. Et si, c’était possible. On pouvait travailler dans un opéra sans connaître les bases de la géographie européenne... Enfin les bases, il fallait admettre que Rose avait des critères plutôt exigeants.

    – Donc vous êtes allée en Europe ? Quels endroits avez-vous visités ?

    Voilà un sujet qui allait lui donner des étoiles dans les yeux. Rosamund n’allait pas se plaindre de sa vie à Star City, pour une ville Américaine, elle aurait pu tomber sur pire, mais l’Europe lui manquait beaucoup, son histoire, son amour des arts et sa culture, sa politique amusante, ses paysages, sa magie vieille comme le monde et si familière pour la Richter qu’elle était. Mais avant de faire une escale en Europe, les deux femmes durent affronter le regard du goujat de tout à l’heure. Un amusement mêlé de mépris anima l’esprit de la sorcière mais elle décida de faire comme Raven et de l’ignorer, même si elle n’avait pas forcément envie de baisser le ton pour autant. Les brutes de ce genre ne l’avaient jamais empêchée de vivre sa vie comme elle l’entendait et ce n’était pas ce soir que cela allait changer. Mais au moment où elle apprit que son interlocutrice était une psychologue, l’autre rustre se manifesta et exprima une vive rancune à l’encontre de Raven. Rose le vit même approcher une main indélicate de l’épaule de la psychologue mélomane.

    – Monsieur, veuillez-nous laisser tranquille et préserver le peu de dignité qu’il vous reste.

    C’était un avertissement en bonne et due forme. Rosamund n’allait pas se risquer à déployer son attirail de sorcière contre ce simplet, mais elle n’hésiterait pas à mettre en pratique l’entraînement qu’elle avait reçu, et si elle n’était pas capable de mettre quelqu’un KO avec le petit doigt, elle était tout à fait apte à leur offrir un magnifique crochet. Cela dit, elle avait envie de voir comment Raven allait s’en sortir. Peut-être que la violence ne serait pas nécessaire, en tout cas, la musicienne était prête à intervenir au cas où. En attendant, la main du malotru se posa sur l’épaule de la psychologue au même moment où ce gentleman du soir répondit à l’avertissement de Rose.

    – Toi fermes-la, on t’a rien sonné !


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 12 Nov 2014 - 11:38 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Je fixe étrangement mon interlocutrice lorsqu'elle parle d'elle comme d'une femme rigide, essayant de deviner s'il s'agit d'humour ou de sincérité. J'aimerais surtout comprendre ce qui l'empêche de profiter du travail de la terre glaise elle-même. Tout ce qui touche au psyché des autres m'intéresse de toute façon. Rosamund m’apparaît rapidement comme une passionnée d'art comme moi. La perspective de notre échange à ce sujet me réjouit. Et si je ne peux sans doute pas rivaliser avec ses connaissances de la musique, elle a l'air toute aussi calée au sujet de la peinture.

- En quoi estimez-vous être une femme si rigide et pourquoi pensez-vous que cela vous prive de d'apprécier la sculpture de la glaise ? Pour ce qui est de la peinture, tout comme vous mes courants préférés sont le symbolisme et l’impressionnisme. J'aime aussi énormément le romantisme. J'apprécie les œuvres de Liebermann, notamment ces tableaux représentants des enfants ou des scènes de baignades. C'est tellement dommage que le public se cantonne aux noms les plus célèbres, il passe bien souvent à côté de véritables chef d’œuvre. Quelles sont les œuvres symbolistes qui vous enchantent le plus ?

Un nouveau sourire se dessine sur mes lèvres tandis qu'elle évoque sa terre natale. Moi qui suis toujours avide de découvertes et de voyages, cela me donne envie de retourner en Europe. Et je prévois avant de me laisser charmer par l'Amérique latine. Dommage que j'ai manqué ma vocation d'aventurière. Avec mon investissement auprès de mes patients je ne prends pas suffisamment le temps de m'échapper d'ici.

- Je connais de nom surtout, c'est la capitale allemande de la mode non ? Il me semble que la ville a aussi un très beau musée d'art moderne. J'avoue que pour le reste je n'en sais pas grands choses. C'est vrai en tous cas que l'image de votre pays a beaucoup été terni par les cicatrices historiques. Je suppose que cela s'apaise avec le temps et c'est heureux. On ne peut pas reprocher à tout un peuple l'inhumanité d'un seul homme. Dire qu'il voulait au départ mener une vie d'artiste...

J'imagine qu'il n'y a rien de surprenant à ce que je m'intéresse aussi à la psychologie d'un tel homme. Malgré ses convictions, il m'aurait plu de l'analyser pour comprendre le cheminement qui l'a poussé à devenir le dictateur si tristement célèbre. Je suis certaine que si on lui avait trouvé un peu de talent artistique toutes ces horreurs ne seraient jamais arrivées. Enfin, même si l'idée est intéressante à débattre elle n'a rien de très constructive et ne pourra pas réparer les torts commis.

Par chance, c'est de voyage qu'il est à présent question et même si y repenser me provoque un pincement au cœur, cela m'évoque surtout de bons souvenirs. Une période heureuse et insouciante où seul comptait le bonheur dont nous profitions Ian et moi. Un peu comme la lune de miel que nous n'avons jamais eu puisque nous n'avons pu nous marier même s'il en a été quelques fois question.


- Il s'agissait d'un circuit organisé autour de quatre capitales européennes : Londres, Paris, Madrid et Rome. Et nous en avons profité pour faire une escale en Grèce quelques jours supplémentaires où nous étions un peu plus libres et sans le reste du groupe à la fin de ce périple planifié. Je regrette de ne pas avoir pu mieux profiter de chaque pays, d'autant que certains paysages européens semblent grandioses. Enfin, j'espère bien y retourner un jour. Et vous, vous avez du beaucoup voyager non, de par votre profession ?

Le moment et l'échange me sont délicieux. Il fallait donc que quelqu'un vienne troubler ce partage. Le rustre d'un peu plus tôt ne peut pas s'empêcher de venir me chercher querelle. Il semble avoir la rancune tenace. Il n'a pas du apprécier qu'on le remette à sa place devant tout le monde. Quelques hommes ont décidément leur fierté bien mal placée. Bien que l'entendre m'insulter me titille sérieusement, je décide de ne pas relever. Je n'ai pas envie de m'emporter comme tout à l'heure, d'autant que là plus rien ne m'oblige à supporter sa présence, le spectacle est terminé. Celle avec qui je discute lui répond de façon courtoise alors qu'il n'en mérite pas tant. Pour preuve, la grossièreté avec laquelle il lui répond. Cela finit par me sortir de l'indifférence dans laquelle j'avais décidé de me draper.

- Écoutez, je ne sais pas d'où vous vient ce complexe déplacé de supériorité sur la gente féminine. Ne comptez pas sur nous pour satisfaire votre ego. Je n'ai besoin de me réfugier derrière personne. Si vous pensez m'effrayer parce que vous êtes un homme alors vous vous trompez. Je ne peux même pas compter sur votre intelligence pour comprendre que vous feriez mieux de rentrer chez vous au lieu de chercher absolument le conflit.


Mon ton se veut ferme et je m'efforce de ne pas sembler agressive par ma posture. Il n'attend qu'une chose, un prétexte pour s'en prendre à nous. Et bien que je sache qu'il le trouvera, je ne compte pas lui faciliter la tâche.


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 12 Nov 2014 - 18:14 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    La discussion prit un tour un peu plus personnel lorsque Raven demanda à Rosamund les raisons pour lesquelles elle pensait être trop rigide pour la sculpture. Large sujet. La jeune Allemande pourrait lui dire qu’il s’agirait simplement de son côté snobinard et duchesse et que les activités impliquant de se salir les mains – dans le sens littéral uniquement – n’avaient pas sa préférence... Hormis peut-être la cueillette d’herbes et autres ingrédients nécessaires à la fabrication de potions et autres poisons, mais cela, il était hors de question d’en parler. Le personnel s’éloigna ensuite pour faire un détour vers l’art avant de revenir vers le plus privé, car tout ce qui s’apparentait à l’Allemagne avait des airs d’intimités pour cette sorcière qui souffrait d’un léger mal du pays. L’histoire aussi lui offrit un brin de nostalgie. De par son appartenance à l’Ordre de Thulé, Rose s’abstint de commenter cette « triste Histoire » qui pourtant était si fascinante et avait permit de grandes choses. Il n’était pas question de laisser ses idéaux personnels se glisser dans la conversation, même si ceux-ci étaient bien moins extrêmes que ceux promus pendant cette sombre époque... « sombre » dans le sens. Puis la conversation rebondit vers quelque chose de plus général avec les voyages. Mais Rosamund n’eut point l’occasion de poursuivre l’échange.

    L’insolent du spectacle se permit de les interrompre et d’envoyer la musicienne sur les roses, chose que la concernée n’appréciait pas du tout, en dépit de cette charmante expression. L’envie de lui arracher les yeux à mains nues était tentante, mais Rosa n’en fit rien et laissa son interlocutrice prendre la parole. Sa défense avait une légère odeur de psychanalyse, mais l’Allemande ne pouvait pas lui en vouloir, nous avions tous nos déformations professionnelles. Elle-même se demandait quel poison serait le plus approprié pour punir ce goujat. Même s’il n’était pas possible de procéder à un tel jugement dans l’immédiat, l’imaginer se noyer dans d’atroces souffrances était déjà suffisamment réconfortant en soit. Mais peut-être qu’il serait nécessaire de passer aux actes, car cet énergumène insistait farouchement.

    – Mais pour qui tu te prends espèce d’idiote ? Je ne vais pas me laisser insulter de la sorte par une...
    – Que se passe-t-il ici ?

    Joshua venait de rappliquer. Il fallait dire que l’autre imbécile ne faisait pas preuve d’une grande discrétion. Aussitôt, le concerné ferma la bouche, mais Rosamund n’aimait pas trop ces manières sexistes. Avec une insolence mesurée, elle prit la parole pour expliquer la situation à son collègue.

    – Ce monsieur ici présent nous en veut d’avoir désiré assister à la représentation dans le calme. Il profite donc de l’absence de présence masculine pour venir insulter deux femmes qui ne lui ont rien demandé.

    Le regard noir du macho aurait presque pu empaler la sorcière sur place. Cependant, elle ne s’en souciait guère. Rose avait croisé bien pire. Joshua pour sa part était scandalisé et aurait certainement laissé parler ses poings s’il ne se trouvait pas en présence d’autant de témoins.

    – Vous devriez rentrer chez vous monsieur et maintenant. Vous ne voudriez pas que ces dames portent plainte, n’est-ce pas ?
    – Je... non... mais...
    – Vous auriez dû suivre mon conseil au sujet de votre dignité...

    Incapable de justifier davantage sa présence sans se prendre un coup de poing de la part de Joshua ou encore un coup d’ongle bien placé d’une Rosamund formée pour se défendre, ce triste individu reprit son chemin en récupérant son accompagnatrice qui avait pris soin de regarder ailleurs depuis le début. A l’égard de cette femme, Rose ne savait pas si elle devait faire preuve de compassion ou de dégoût. Mais il y avait plus urgent à faire. La musicienne remercia chaleureusement son collègue de travail et lui souhaita une bonne soirée. Peut-être aurait-elle préféré qu’il les laisse se débrouiller par elles-mêmes, au nom du féminisme, mais c’était tout aussi bien. Au moins, la poésie de cette soirée restait un minimum préservée. La jeune femme se tourna donc vers sa compagne de fin de spectacle.

    – Je suis vraiment attristée de constater que de tels individus fréquentent cet opéra. Que diriez-vous d’aller boire quelque chose afin de nous remettre de ces émotions. Il y a un café plutôt charmant au bout de la rue. Bien sûr, je comprendrais que vous préfériez rentrer chez-vous.

    Pour sa part, l’Ordre et l’Ombre la laissaient tranquille en cette délicieuse soirée. Mais comme Rosa était maintenant habituée aux journées – et aux nuits – bien remplies, elle ne se sentait pas spécialement fatiguée. Et elle commençait vraiment à apprécier cette femme qui avait su conserver tous ses moyens devant une agression aussi indélicate. Le caractère était un des traits de personnalité que la sorcière admirait chez une femme. Mais si Raven préférait en rester là, Rose la laisserait partir, en essayant peut-être d’obtenir ses coordonnées, et rentrerait elle aussi. Un ouvrage sur les cérémonies mortuaires des druides gaulois l’attendait sagement sur sa table de chevet.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 15 Nov 2014 - 11:08 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Je ne sais pas si je dois être soulagée ou contrariée que ce soit encore un homme qui nous vienne en aide. Personnellement je me moque bien des histoires de féminisme, par contre je n'aime pas donner raison à l'idiot du village qui va repartir avec cette même agressivité envers les femmes, convaincu une fois de plus qu'elles lui sont inférieures. Je plains tellement celle qui l'accompagne, j'espère pour elle qu'elle ne partage pas sa vie. J'ai du mal à comprendre comment une personne peut aimer un individu tel que lui, enfin il paraît qu'on a tous droit à l'amour. Personnellement j'aurais bien trop de fierté pour l'entendre raconter toutes ces idioties sur la place de la gente masculine. Je ne pourrais pas m'empêcher de lui clouer le bec ou de le planter là à la première sortie. Enfin, certaines femmes aiment les machos qui se pensent supérieurs, c'est loin d'être mon cas. Je me tourne vers mon nouveau sauveur et le gratifie d'un sourire reconnaissant.

- Merci pour votre intervention. Je vous souhaite une bonne soirée.

Nous nous retrouvons seules et au calme Rosamund ainsi que moi-même. Elle me propose d'aller boire quelque chose. Sa compagnie m'est réellement plaisante et à part Clyde, mon chien, personne ne m'attend chez moi. Hormis le fait que je dois me lever de bonne heure demain matin, rien ne m'en empêche.

- J'ai bien peur que l'on trouve beaucoup d'abrutis un peu partout. Et le pire, c'est qu'il n'a sans doute pas su apprécier la beauté de ce spectacle. Il est plus à plaindre que nous, de vivre avec un esprit aussi étriqué. J'accepte avec plaisir.

Je la suis donc jusqu'au dit café qu'elle semble connaître. Cela n'est pas surprenant puisqu'elle travaille ici, la musicienne doit venir régulièrement seule ou avec ses collègues, comme son amie qui nous a quitté.

- Vous n'avez pas répondu à mes questions, je ne souhaite pas vous y obliger évidemment. Je me dis simplement que nous avons probablement été interrompu alors je me permets de vous les rappeler.

Elles n'avaient rien de bien indiscret qui pourraient la dissuader de reprendre sur ce sujet. Et je n'aime pas l'idée que l'autre idiot ait par sa conduite interrompu notre échange. Puisque nous avons l'opportunité de le reprendre, autant la saisir. Arrivé au café, le regarde le décor autour de moi, sobre et élégant. Un peu à l'image de la musicienne d'ailleurs, je comprends pourquoi elle vient ici. Nous nous installons à une table côté vitrine qui donne sur la rue. J'aime bien la voir illuminée, presque paisible à cette heure. A part quelques habitués accoudés au bar, l'endroit n'est pas bien bondé. Tant mieux, un peu de calme sera le bienvenu pour notre conversation. Un serveur au sourire charmant vient prendre notre commande.

- Ce sera un chocolat chaud pour moi s'il vous plaît.

Ma voisine de table indique ce qu'elle souhaite également. Une fois l'homme reparti son plateau sous le bras et son carnet à la main, je glisse à la demoiselle d'un air complice :

- Est-ce que c'est ce beau serveur qui attire ici votre fréquentation.

Mon ton est taquin, amusé. Pas une once de sérieux dans ce que je dis. J'aime bien plaisanter, m'amuser. Même dans mon cabinet, quand l'ambiance se veut trop sérieuse je ne peux pas m'empêcher de faire un trait d'humour. J'adore rire, et la vie parfois ne prête pas à le faire. J'en sais quelque chose, alors autant se créer des occasions.

- Vous qui connaissez si bien la musique, quels sont vos compositeurs et opéras favoris ? Est-ce que vous appréciez la musique plus contemporaine ?

Au bout de quelques minutes, l'employé revient avec nos consommations. Il dépose devant moi la tasse fumante. Je lui souris et le remercie. Une fois qu'il est reparti, mes mains se posent autour du contenant. Il ne fait pas excessivement froid encore pour la saison, mais j'aime bien ce contact contre mes paumes. Il m'arrive parfois en hiver de m'en faire un le soir. Je me souviens que Ian adorait en prendre un aussi, il déposait une guimauve dedans et s'amusait de la voir fondre comme un enfant. Par certains côtés nous nous entendions si bien, par d'autres nous étions quelques fois opposés, ou du moins complémentaires. Sans même y réfléchir, je lui pose directement la question un peu indiscrète cette fois.


- Il y a quelqu'un dans votre vie Rosamund ?

J'imagine que c'est encore de me remémorer mon fiancé qui me fait dire des choses irréfléchies. Je lui adresse un sourire doux, presque une demande d'excuse silencieuse. Et comme pour briser ma propre mélancolie soudaine, je précise d'un ton plus léger.

- Rassurez-vous, je ne demande pas cela pour tenter de vous séduire. Seul un homme serait capable de ravir mon cœur. Sauf qu'un autre l'a déjà et là où il est je doute qu'il puisse facilement le rendre.


Pourquoi ai-je dit cela ? Il ne me ressemble pas de me confier un peu et surtout si vite. Mon trait d'esprit a légèrement dérapé.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 17 Nov 2014 - 14:49 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
    L’impolitesse du rustre fila bientôt, ne laissant derrière elle qu’un éphémère souvenir à peine fumant dans l’esprit de la sorcière. Un tel imbécile ne méritait pas l’effort de nourrir du ressentiment à son égard, le mieux qu’on puisse faire était de l’oublier au plus vite. Un peu comme les moustiques, ils étaient particulièrement agaçants lorsqu’ils vous tournaient autours et qu’ils vous piquaient, mais une fois partis, vous n’y pensez plus. Dommage qu’il faille s’adapter à leur présence...

    – Oui j’en ai bien conscience, mais ce qui m’attriste le plus c’est qu’ils se permettent de perturber les autres qui pourraient savourer ces instants. Je ne plains pas la bêtise humaine, ne dit-on pas que les ignorants sont des bienheureux ?

    Elle-même n’y croyait pas trop et préférait passer son temps libre à remplir son esprit, mais de toute évidence, les idiots n’étaient pas tous complètement dépressifs et suicidaires, donc ils devaient avoir des raisons de vivre. Et heureusement, tous n’adoptaient pas un comportement similaire à celui dont elles venaient d’être témoins. Le choc était tel que Rosamund en avait oublié de répondre aux questions de son interlocutrice. La musicienne tâcha donc de s'excuser puis de compenser cet oubli sur le trajet du café. Elle expliqua donc qu’elle répugnait bourgeoisement à toucher la terre, sauf pour effectuer de délicates tâches jardinières qu’elle préférait déléguer quand cela était possible. Ensuite elle décrit quelques œuvres symbolistes pas forcément connues qui l’enchantaient tout particulièrement. La sorcière s’abstint cependant de parler d’Hitler dont le travail se rapprochait trop des origines de l’Ordre. Heureusement, ses origines Allemandes pouvaient justifier d’elles-mêmes sont silence. En revanche, elle n’hésita pas à mentionner les voyages qu’elle avait accomplis. Surtout en Europe, car rien qu’avec ses études musicales, elle avait pu explorer de nombreuses contrées. Elle parla également de son voyage en Asie et en Océanie ainsi que de son désir d’étendre ses explorations, un jour, à l’Afrique et à l’Amérique du Sud. D’ailleurs, l’Amérique du Nord attendait encore d’être découverte par ses yeux. Rosa s’était beaucoup plus confiée que d’ordinaire lorsque les deux femmes arrivèrent au dit café. Sa commande consista en une simple tisane apaisante, histoire d’être certaine de se remettre du vulgaire comportement de cet homme. Et pour achever d’oublier cet affront, quoi de mieux qu’un rire franc ?

    – Oh grands dieux, non ! Enfin... il est charmant, c’est certain, mais je viens ici principalement pour le calme. Mais je vous avoue que ce n’est pas un facteur repoussant. déclara-t-elle d’un air malicieux avant de repasser à un air plus sérieux avant de laisser ledit serveur revenir avec les commandes.

    Le sérieux demeura ensuite le temps d’un sujet fort passionnant qui aurait de quoi nourrir plusieurs heures de conversations. Mais la musicienne en resta à une réponse aussi brève que possible, se doutant que Raven avait posé la question par politesse.

    – Cela reste classique, mais je suis une grande admiratrice du travail de Beethoven, je trouve qu’il a fait un travail extraordinaire, surtout dans de telles conditions. et surtout qu’une théorie circulait ardemment en impliquant une inspiration mystique au travail du compositeur. Quant à la musique contemporaine, j’avoue être moins enthousiaste mais il m’arrive d’en écouter avec plaisir. Par contre je ne suis pas du tout nostalgique des années 90 et du début des années 2000 qui, m’ont offert de très désagréables surprises.

    Elle pourrait également passer des heures à critiquer la pauvreté et la vulgarité qui avaient peuplé cette période musicale. Autant elle trouvait les années 80 amusantes quoiqu’un peu ridicules, autant la décennie suivante l’avait laissée dans un pessimisme musical sans fond. Néanmoins, la conversation ne tarda pas à la sortir de ces tristes souvenirs car Raven passa à un sujet bien différent qui fut récompensé d’un haussement de sourcils. Voilà qui était bien vindicatif. Quoique non, les explications qui suivirent furent un peu plus claires. Même si la sorcière n’était pas certaine de comprendre les raisons qui poussaient la jeune femme à parler de cela maintenant. Quelque chose lui disait qu’elle cherchait peut-être à se confier. Rose n’était pas du genre à partager ce genre de confessions facilement... mais il fallait dire qu’elle manquait d’amies de cette trempe.

    – Non, je suis mariée à mon travail. à tous mes travails, devrait-elle dire. Je n’ai malheureusement pas le temps de faire de nouvelles rencontres sentimentales. A noter que cela ne la perturbait pas plus que cela, elle arrivait amplement à satisfaire ses besoins. Par contre, elle fut plus sensible aux non dits de son interlocutrice. Je suis désolée pour votre perte. Rosa n’était pas bête au point d’être incapable de lire entre les lignes et parvenait bien à comprendre ce que les propos de Raven signifiaient. Sans avoir l’air trop grave, afin de lui laisser une échappatoire, elle posa une question. Cela fait longtemps ?


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 22 Jan 2015 - 19:35 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Je ne peux pas lui donner tort sur les ignorants bienheureux. Le propre de l'homme est parfois de se poser trop de questions ce qui l'empêche de savourer l'instant présent. Il est bien connu que nous sommes presque tous d'éternels insatisfaits. J'évite toutefois de lancer ce débat, je ne voudrais pas paraître trop pénible avec mes discussions sur la psychologie humaine. J'aime bien mieux parler d'art et de musique comme nous le faisons. Bien vite je me mets à taquiner la belle musicienne qui par chance ne s'en offusque pas. J'apprécie les gens qui ont de l'humour, bien que le mien semble parfois tomber littéralement à plat. Je l'écoute ensuite me parler de son compositeur favori.

- Je comprends votre admiration oui, ses compositions sont extraordinaires et quand en plus on sait qu'il était frappé du pire mal pour un amoureux de la musique... Cela force le respect. Je trouve que cela devrait rester une belle leçon pour tous ceux qui baissent si facilement les bras dans l’adversité.

Je m'amuse de l'entendre décrier la musique d'aujourd'hui. Je suis bien moins critique qu'elle à ce sujet, même si bien sûr à mes oreilles la pop rock ou la variété est certes moins vecteur d'émotions que les morceaux joués par un orchestre symphonique. Il est quand même des groupes et des chansons actuels que j'aime passer chez moi ou dans ma voiture. Ce qui est fort avec la musique, c'est qu'elle vient souvent teinter nos souvenirs. Et certaines coïncident avec des périodes de ma vie plus ou moins heureuses. Un peu comme la madeleine de Proust, les entendre me renvoient au passé. Je peux tout à fait comprendre quoi qu'il en soit que les compositions actuelles fassent figure d'hérésie pour une puriste telle que miss Richter. Surtout quand on entend certaines mélodies ou paroles de chansons...

- Je serais curieuse de savoir quel genre de chansons d'hier et d'aujourd'hui vous écoutez. D'une certaine manière vous avez l'air... intemporelle. J'espère que vous le prendrez comme un compliment car c'en est un.

Comme bien souvent, la suite de notre échange me ramène au manque de l'homme que j'ai aimé. Je n'apprécie pas réellement de montrer un visage aussi mélancolique. Il va falloir que je trouve une énormité à dire pour me sortir de là. Pour ce qui est d'être mariée à son travail je crois que j'entre aussi désormais dans cette case. Je me suis abrutie de dossiers, de cas, de patients pour ne pas me noyer dans le chagrin. De toute façon je n'envisage pas de faire des rencontres sentimentales comme ma voisine de table les appelle. Je lui adresse un sourire doux lorsqu'elle me dit être navrée pour le décès de mon ami. Sa question m'ennuie dans le sens où je ne souhaite pas m’appesantir sur le sujet car j'ai la larme facile, même après tout ce temps.

- Un jour, un mois, plus encore ? En réalité cela remonte à un an; seulement par certains côtés ma vie semble s'être arrêtée cette nuit-là. Le temps est une chose curieuse, il file ou s'étire au contraire. Enfin mieux vaut ne pas s'attarder sur ce sujet, je n'aurais pas dû le lancer. Je suis juste trop curieuse, je ne sais pas si c'est une déformation liée à ma profession ou si au contraire c'est ce défaut qui m'a poussé vers ce métier.

Ma tasse tourne doucement entre mes doigts avant que je ne la porte à ma bouche pour une nouvelle gorgée. J'attrape la serviette pour m'essuyer les lèvres.

- Qu'est ce qui vous manque le plus de votre pays natal et qu'est ce que vous aimez ici en Amérique ? Vous êtes partie pour votre carrière ? Le berceau de la musique classique est pourtant là-bas. N'hésitez pas à me dire si je vous assomme avec mes questions ou à m'en retourner.

J'ai l'intuition que cette femme est plus qu'intéressante. Déjà les artistes me fascinent, sans doute parce que j'adore bon nombre de disciplines artistiques et que j'aurais aimé avoir un petit talent moi aussi dans l'une d'elles. Ce n'est pas le cas malheureusement, même si sans doute qu'avec du travail je pourrais m'améliorer. Il faudrait que je trouve du temps pour cela, le temps d'avoir de nouveau envie. Moi qui me suis obstinée si longuement à ne plus trouver goût à rien. Serait-ce que ma période de deuil touche à sa fin ? Je n'aime pas beaucoup cette idée, je ne me sens toujours pas prête à laisser partir Ian.



Revenir en haut Aller en bas



La plus enchantée des deux

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» La solitude c'est mieux à deux ( pv Tom )
» Deux âmes perdues sur les falaises. [Nagate SEUL]
» Duel entre deux âmes soeurs. [PV Luke Kayan]
» Deux humoristes virés du poste
» SUJET TERMINE - La suite de la soirée~Juste nous deux! [Alec]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-