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Un-deux-trois. Un-deux-trois.

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Message posté : Mar 14 Oct 2014 - 15:17 Message
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14 octobre 2014

— Curling ?

L’adolescent lança un regard perplexe à son amie.

— Ça t’apprendrait à passer le balai.
— Je sais passer le balai.
— Hmm hmm.
— Quoi ?
— Rien rien.

Jaina tourna la page du petit livret qu’on leur avait distribué à la station de métro et murmura comme pour elle-même.

— C’pas c’que dit l’parquet de ton salon.

Une petite étincelle fusa vers l’épaule de la jeune fille.

— Ayeuh !
— Faut pas mentir.
— Espèce de brute.

Jace adressa un sourire angélique à la jeune fille.

— Si tu continues, je t’inscris à la danse classique.

L’adolescent haussa les épaules. À deux pas de là, le club d’escrime avait étalé sa piste en plein air pour pouvoir donner une démonstration, tandis que d’autres clubs, moins spectaculaires, s’étaient réfugiés dans les immenses tentes blanches dressées un peu partout dans le campus. Chacun cherchait à attirer les étudiants qui, cette année comme à chaque fois, avaient investi depuis la rentrée le campus de Star City et devaient constituer les forces vives des associations sportives de la ville.

Jace avait quitté Star High depuis la rentrée. Là-bas, il n’avait plus rien à apprendre — sur les bancs du lycée, en tout cas. Sur les bancs de l’université non plus, d’ailleurs. Le développement de sa super-intelligence avait rendu inutiles toutes les pédagogies traditionnelles. Apprendre sur le tas, par lui-même, en autodidacte, était de loin la solution préférable. Alors il avait décidé de voler de ses propres ailes. Son emploi de coursier chez Lane & Robb s’était mué en apprentissage de l’assistant juridique, favorisé en cela par ses connaissances déjà encyclopédiques en la matière, et il avait troqué sa chambre dans les appartements familiaux de la Tour de la Paix pour un petit deux pièces du District Sud.

Il retournait souvent à Star High, bien entendu : là était par exemple le Quartier Général de la Team Alpha. Mais il se sentait déjà éloigné des camarades dont il était le moins familier et l’équipe de basketball du lycée, où il avait joué plusieurs années, lui fermaient évidemment ses portes. Jace se cherchait ainsi une nouvelle distraction. En somme, le jeune homme avait fêté sa majorité le dimanche précédent et il n’avait pas tardé à prendre son envol.

— Ah, voilà !

Jaina lui fourra le livret dans les mains. Elle avait trouvé le club de yoga qu’elle était venue chercher.

— J’te retrouve après. Va faire un tour et t’as intérêt à avoir trouvé un club quand je te remets la main dessus.

Le jeune héros haussa les épaules tandis que la jeune femme lui faussait compagnie. Elle faisait partie des amis qu’il avait conservés de Star High — et ils étaient encore nombreux. Jace rangea le livret dans la poche intérieure de son blouson et se mit à déambuler d’atelier en atelier, à l’extérieur. Il s’arrêta avec une curiosité quasi professionnelle devant les démonstrations d’un stand de karaté. La professeure posa les yeux sur lui et lui fit un signe de tête.

— Envie d’essayer ?
— Je crois que je vais passer mon tour.

Le sourire de la karateka se fit un peu entendu. Elle savait fort bien à qui elle avait affaire — tout autant que Jace qui pouvait reconnaître en elle, seul parmi l’assemblée des curieux, l’une des Légionnaires qui opéraient sous un masque. Il lui rendit son sourire et s’éloigna. Parfois, sur son chemin, il entendait un murmure — ou une exclamation qu’on n’avait fait aucun effort pour étouffer — et que sa célébrité croissante avait fait naître. Lui était un héros au visage toujours découvert et on le reconnaissait facilement.

— Hey, Thunder !

Le jeune homme rejoignit la demoiselle qui le hélait, depuis un autre stand. Il ne la connaissait pas, mais être traité familièrement par tout le monde était l’une des rançons de la célébrité, qui ne lui déplaisait guère.

— Le hockey sur gazon, ça te tente ?
— J’sais pas.

L’adolescent attrapa un prospectus.

— Ça a l’air un peu…

Jace releva les yeux vers les trois jeunes gens qui donnaient un petit aperçu du sport en question. Bizarre.

— J’vais y réfléchir.

Ou pas.

Il s’éloigna de nouveau. Patin à glaces ? Trampoline ? Course à pied ? Tennis de table ? Football américain ? Jace s’arrêta machinalement devant ce dernier stand. Il n’avait jamais pratiqué, pas vraiment, pas en dehors de quelques passes avec son père, quand il était plus petit, dans les parcs, et les entraînements ponctuels en cours de sport. Pour athlétique qu’il fût, il n’avait pas exactement la bonne carrure. Cela ne l’empêchait pas de conserver pour ce sport-là, comme pour beaucoup d’autres, un intérêt de spectateurs.

L’équipe de cheerleading recrutait d’ailleurs à côté et une file de jeunes femmes jaugeait les garçons qui écoutaient, à deux mètres de là, les explications sur l’équipe principale, l’équipe de réserve, les postes à pourvoir et les tarifs. Typique. Jace allait passer son chemin quand son regard fut brusquement attiré par l’un des coachs, un homme d’une cinquantaine d’années. Une vague intuition avait germé, comme souvent, dans l’esprit du mutant. Il plissa les yeux en fixant l’homme, qui expliquait une stratégie rudimentaire à l’aide d’un tableau d’appoint.

Quelque chose clochait. Peu à peu, le bruit des conversations tout autour de lui s’amenuisa dans l’esprit de Jace, à mesure qu’il se concentrait. Ses yeux bleus se firent un peu plus perçants. Comme il était immobile au milieu de l’allée, on était obligé de le contourner pour passer — certains le faisaient machinalement, d’autres observaient avec curiosité le visage d’un héros désormais bien connu. Quelque chose… L’esprit de Jace tout autant que sa perception électrosensible se déployait. C’était parfois dans une impression infime qui se découvrait la réalité.

Un-deux-trois. Un-deux-trois. Un-deux. Un-deux-trois. Un-deux-trois. Un-deux-trois-quatre-cinq. Arythmie cardiaque. Le coach acheva ses explications. Jace sortit brusquement de son immobilité, contourna un groupe de jeunes gens, passa derrière le stand et tendit la main gauche à l’homme. Celui-ci parut un instant indécis, avant d’échanger cette poignée de main inversée, sans doute en considération de l’héroïsme de l’adolescent.

Une petite décharge électrique courut le long du bras de Jace, remonta dans celui du coach, qui tressaillit. Jace lui lâcha la main et l’homme porta la sienne à son cœur. Un-deux-trois. Un-deux-trois. Un-deux-trois. Le jeune super murmura :

— Vous devriez consulter un médecin.
— J’ai un très bon boulot ici…

Avoua le coach. Et il était probablement l’un des employés les mieux payés de l’université.

— Mais pas un très bon cœur…

L’homme haussa les épaules.

— Il faut savoir prendre des risques, dans la vie.

Ainsi donc son problème lui était à la fois récurrent et familier. Il détourna le regard et marmonna, un peu à contrecœur :

— Merci.

Puis il s’éloigna pour parler à d’éventuelles recrues, sous le regard songeur de l’Alpha.
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Message posté : Mar 14 Oct 2014 - 20:28 Message
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    – Mec, c’est pas une bonne idée... J’t’ai dit, le coach voudra pas...
    – Laisse-moi essayer de lui parler, il va bien voir qu’il n’y a aucun risque. J’arrive à me contrôler, tu sais ? à peu près, devrait-il ajouter...

    Vincent était déterminé, comme son pas assuré le montrait. Derrière lui, Gareth le suivait de près en essayant de ramener son pote à la raison. Il ne croyait pas tout ce qu’on disait sur Vincent. Son pote et ancien colocataire n’avait pas changé... quoique les médecins aient pu dire, quoique Holly ait pu raconter. Gareth était du genre à croire ce qu’il voyait et rien d’autre. Ainsi ses liens avec son pote n’avaient pas changé. Pour lui, c’était comme s’il s’était simplement fait opéré de l’appendicite. Eve par contre réagissait autrement. Depuis cet horrible soir, la jeune étudiante avait essayé de s’éloigner de Vincent. Elle avait rapidement compris que les choses avaient changé ce soir là... Et qu’il s’en était fallut de peu pour que toute sa vie ait été bouleversée... Ca elle ne l’aurait pas supportait. Lorsqu’elle avait entendu un docteur dire que Vincent avait développé une sorte de mutation... elle avait fait son choix. Malheureusement, il différait de celui de son petit ami, Gareth... Sans parler de sa cothurne : Holly dont l’affection envers Vincent avait redoublé depuis cet affreuse soirée. Aujourd’hui, elle avait voulu se rendre au salon des sports de l’université, avec Lisa, toujours pour essayer de la consoler, et Gareth... Mais en parlant de ses projets à son copain, elle avait apprit que Vincent allait y être également. Il voulait essayer de convaincre le coach de le reprendre. Depuis l’incendie... de nombreuses rumeurs avaient circulé sur ce qui s’était passé et pourquoi. Certains propos s’éloignent beaucoup de la réalité, mais nombreux sont les gens qui pensent que Vincent avait quelque chose à voir avec ce départ d’incendie. A vrai dire, ni elle, ni Holly et ni Gareth n’étaient sûrs d’avoir bien compris les explications de Vincent. Ce genre d’histoire les dépassait largement... même pour Holly qui pourtant aimait ce genre de choses... Bref, les rumeurs avaient fait leur bout de chemin, décuplées par le réveil mouvementé de Vincent, un réveil qui impliquait apparemment un dragon. Oui un dragon... Holly avait bien tenu à conserver ce terme lorsqu’elle leur raconta ce qu’elle avait vu. Eve en conclut que Vincent était maintenant différent d’eux, et qu’il devait donc naturellement s’éloigner de leur vie. Le coach avait fait de même apparemment. Prétextant le devoir qui l’obligeait à prendre soin de ses joueurs et de la réputation de l’équipe, il avait demandé à Gareth de dire à Vincent que ce n’était pas la peine de revenir pour cette saison. Le jeune homme n’était pas de cet avis, comme le montrait sa progression rapide. Eve avait un peu de mal à suivre d’ailleurs, mais c’était sans doute parce qu’elle y mettait peu de volonté. Gareth était plus mitigé lui.

    – Vince ! Arrête, j’te dis ! Tu connais le coach... Têtu comme une mule. T’arriveras pas à le faire changer d’avis.
    – Si, je peux le faire.

    Gareth poussa un soupir d’exaspération. C’était pas la peine de lui parler dans cet état. Il ne comprenait pas pourquoi, mais Vincent était assez bougon en ce moment. Il refusait d’en donner la raison, mais G se dit qu’il devait s’agir de ses parents... Monsieur et Madame Nash s’étaient comportés bizarrement quand il était allé les voir. Et depuis que Vince s’est réveillé, il refuse de parler d’eux. Gareth n’est pas du genre à insister, si son pote ne veut pas parler d’un truc, faut le respecter. Mais là, ça risquait de lui retomber sur le nez. En fait, ça ne devrait pas tarder car ils arrivèrent devant le stand de football. Leur petit groupe dépassa un mec blond qui restait planté au milieu et Vincent alla droit vers le coach qui était en train d’accueillir des gens, à leur sortir son petit discours.

    – Coach ? Je peux vous parler ?

    Lorsqu’il se retourna pour voir qui lui parlait, le visage du coach passa du sourire charmeur de vendeur de tapis à l’embarras. Il n’aurait pas été plus déçu si un de ses gars avait marqué un point pour l’autre équipe.

    – Vincent... excuse-moi je ne peux pas te parler maintenant. Je suis occupé.

    Sa voix était sèche et en dépit de ses excuses, il ne montra aucune diplomatie et s’empressa de reporter son attention sur son public. Mais Vincent n’avait pas dit son dernier mot.

    – Gareth peut s’en occuper. C’est vraiment urgent.
    – Quoi ? euh... ouais, pas de problème. déclara le concerné tandis que Vincent le poussait d’une main en direction des potentielles futures recrues.

    Vincent profita de ce moment de répit pour s’éloigner un peu avec le coach qui, de toute évidence, aurait préféré souffrir de problèmes de digestion plutôt que d’être ici mais cela n’arrêta pas le jeune homme qui était plus déterminé que jamais. Il était hors de question de perdre l’équipe. Inconscient des problèmes cardiaques de son entraîneur, il commença sans prendre de gants.

    – Coach, il faut que je reste dans l’équipe.
    – Vincent...
    – Vous ne pouvez pas me virer comme ça sans raison... Je n’ai jamais causé de problème et je suis un très bon joueur, vous le savez !
    – J’ai vu mieux. Aïe... ça, ça avait été dit dans l’unique intention de faire mal, le temps de pouvoir en placer une : Et qu’est-ce que tu me chantes ? J’ai au moins cent raisons de t’écarter. Tu sais combien de mes gars ont été brûlés pendant ce maudit incendie ?! pas de réponse... Vincent ne connaissait que trop bien les conséquences de ce feu... il avait retenu le nombre de blessés... et de mort. Un nombre auquel le coach n’était manifestement pas étranger. Imagine que ça arrive sur le terrain, ou dans les vestiaires !
    – Ce n’était pas moi... Je n’ai pas incendié la maison.
    – Alors explique-moi comment t’as pu rester aussi longtemps dans ce brasier ? Pas d’explication. Vincent fut prit de court, il n’avait pas prévu de mentir à son entraîneur. Mais de toute façon, le coach n’avait pas terminé. Et puis c’est quoi cette histoire à l’hôpital ? Alors comme ça on fait ami ami avec des dragons, Nash ?

    Vincent rougit.

    – Coach...
    – Est-ce que tu peux me jurer sur ta vie, celle de ta mère et de toutes tes grands mères que t’es pas un danger pour l’équipe ? demanda-t-il en haussant un peu la voix, ce qui attira les regards de quelques curieux, mais il n’en n’avait apparemment rien à faire.

    Vincent baissa les yeux et ne jura pas. Sans doute pris par une espèce de culpabilité de dernier moment, l’entraîneur posa une main compréhensive sur l’épaule du jeune homme.

    – Ecoute... Ce n’est pas contre toi... Mais on ne peut pas laisser un super faire partie de l’équipe comme ça... C’est considéré comme de la triche. Et puis... tu es sûr de bien te contrôler ?

    Non il n’en n’était pas sûr. C’est sans doute pour cette raison qu’il ne répondit pas et s’en alla sans se retourner. Il voulait s’éloigner, s’isoler... il le devait. Vincent sentait la chaleur et le pouvoir bouillonner à l’intérieur de son corps. Lorsqu’il clignait les yeux, il revoyait ses horribles paysages infernaux qui le hantaient. Il adopta une allure vive, se déplaçant sans même y penser. S’isoler... vite. Quelques petites minutes plus tard, il se retrouva à l’intérieur d’un bâtiment de l’université. Il prit automatiquement la direction des toilettes. A l’intérieur, il fonça vers les éviers pour s’appuyer, essayant de reprendre prise. Il ferma les yeux pour se concentrer, pour mieux dompter le feu. Mais il n’y arriva pas. La manche droite de sa veste s’enflamma. Aussitôt, il se débattit afin de l’enlever et la jeta brutalement au sol. Sans perdre de temps, il enleva également son T-shirt. Il avait apprit que les habits qui couvraient la partie supérieure de son corps avaient tendance à brûler avant les autres. Il lança un regard noir au feu qui commençait à dévorer sa veste. A contrecœur, il se dit que c’était une bonne chose, au moins il pourrait se concentrer sur du concret. Le jeune homme tendit la main droite vers le tas de vêtements et se concentra sur les flammes. Celles-ci ne tardèrent pas à quitter le sol pour retrouver le confort de sa main. Vincent les y conserva un moment, les yeux fermés, il focalisa son esprit sur elles... pour les dompter... calmer leurs ardeurs. Lentement, le feu perdit en intensité... jusqu’à s’estomper complètement. Rassuré, le jeune homme finit de se calmer en expirant lentement. Il leva ensuite la tête et poussa cette fois un soupir las. Il l’avait échappé belle... mais d’un autre côté, ça prouvait bien qu’il ne contrôlait rien. D’ailleurs, il n’était pas certain que la crise soit passée, il sentait encore la chaleur vibrer à l’intérieur. Par précaution il décida d’ouvrir un robinet et de s’asperger la tête et le torse d’eau fraîche... Mais évidemment, à ce moment là, la porte s’ouvrit. Et évidemment, il n’avait pas encore ramassé ses vêtements dont certains fumaient encore par terre.


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Message posté : Mar 14 Oct 2014 - 21:17 Message
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Est-ce qu’il était censé appeler des secours ? Sans doute pas. Le coach était conscient de ses problèmes de santé. Il ne pouvait pas vraiment le forcer à consulter. Après tout, c’était son choix — et en tant qu’assistant juridique fraîchement engagé, Jace était bien sûr au fait des droits constitutionnels imprescriptibles en matière de santé. Dans la puritaine Amérique, se suicider était toujours un pêché, mais ne pas se soigner, en revanche, était un droit — parfois, presque un mérite. Le jeune homme soupira, mais se décida enfin à quitter le stand de football américain.

Il ralentit tout de même le pas en passant à côté de deux jeunes gens qui paraissaient se disputer. La curiosité l’incitait à laisser trainer une oreille et il s’arrêta même en faisant de lire l’un des prospectus qui s’accumulaient dans ses poches. En parcourant machinalement des yeux un exposé rudimentaire des règles du water-polo, un sport qu’il ne pratiquerait jamais, à moins de vouloir électrocuter par mégarde d’éventuels coéquipiers, Jace écouta des bribes de conversation qui touchaient aux tribulations du pauvre Vince.

Tout cela n’était pas très clair, sauf la position de la jeune femme, qui assurait que le refus du coach — à propos de quoi ? — pourrait avoir des conséquences désastreuses, si Vince ne parvenait pas à se contrôler. Jace leva brièvement les yeux. Jaina allait encore pester s’il s’embarquait dans une aventure, mais était-ce sa faute, à lui, si les aventures surgissaient toujours sur son chemin ? L’adolescent baissa à nouveau les yeux sur son prospectus, mais son esprit s’infiltrait déjà dans les téléphones d’Eve et de Gareth, croisant les informations de contact pour Vince — Vincent, supposait-il. Numéro récupéré, il ne restait plus qu’à localiser le téléphone, et Jace était devenu très fort à ce petit jeu-là.

Quelques secondes plus tard, le super-héros replia son prospectus et traversa la foule, en direction du bâtiment universitaire. Son propre téléphone se mit à sonner.

— Ouais ?
— Si on s’inscrit à deux, le prix de l’abonnement est divisé de moitié.
— Cool.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu viens faire du yoga avec moi ?
— Du yoga ?
— C’est bon pour le corps et l’esprit.
— Plutôt me faire dévorer par des belettes enragées.
— Pfff…
— J’te laisse, j’vais m’inscrire au saut à l’élastique.
— C’est vr…

Mais Jace avait déjà raccroché son téléphone hors d’âge, en pénétrant dans le bâtiment désert. Tous les étudiants affluaient vers les tentes et les allées principales et, à cette heure-ci, les couloirs du bâtiment dédié aux services administratifs n’attiraient pas la foule. Sans hésiter, l’Alpha gagna les toilettes, poussa la porte et… En un quart de seconde, Jace observa les vêtements calcinés puis le torse humide et musculeux d’un footballeur américain, nourrit des pensées peu catholiques qui ne devaient pas différer beaucoup de la file indienne de jeunes filles qui se présentaient au même moment au stand de cheerleading, chassa les dites pensées, ou tout du moins les remisa dans un coin de son esprit, à côté de ses fantasmes à propos de Billie Piper et de son affection inavouable pour Legolas, et déduisit ce qui s’était produit dans les toilettes — une intense activité cérébralo-fantasmatique qu’il traduisit par un laconique :

— Salut.

La perspective de se faire calciner par un pyromane en perte de contrôle n’avait pas l’air de beaucoup l’intimider. Les mains dans les poches de son blouson, Jace pénétra dans les toilettes et referma la porte derrière lui.

— C’est clément, la météo, pour un mois d’octobre, mais quand même…

Son ton dégageait ne cadrait pas tout à fait avec le regard perçant qu’il posait sur Vincent — et c’était cette fois-ci moins le torse de son interlocuteur, tout intéressant qu’il fût, que les signaux électriques de sa physiologie que le héros observait.

— J’me souviens, quand j’étais plus jeune, tu sais, genre, douze-treize ans, des fois, ma mère était obligée de prendre un autre appartement, quelques étages en-dessous, dans la Tour de la Paix.

Il ne se présentait pas : c’était probablement inutile. À Star City, désormais, sa réputation le précédait.

— Parce qu’en fait, j’avais du mal à garder le contrôle. L’électricité, c’est sympa, c’est utile, mais quand tu risques d’électrocuter ton entourage, c’est tout de suite moins fun. Du coup, je passais la semaine avec mon père, qui surveillait les crises. Lui évidemment, il peut encaisser. Mais c’est toujours super angoissant, même toutes ces années après, d’être avec des gens et de se dire que ça pourrait… disjoncter. Ou pas disjoncter, en fait, ce serait surtout ça, le problème.

Une manière de suggérer qu’il avait une compréhension toute personnelle de la situation.

— Le truc, pour commencer, c’est de pas essayer de tout contenir. Entre foutre le feu au bâtiment et rester parfaitement normal, il y a une sacrée marge. Par exemple…

Jace sortit une main de sa poche, la tendit dans les airs et de petits éclairs se mirent à danser entre ses doigts.

— Ça, c’est pas normal. C’est, je sais pas, un peu trop. Mais on s’en fout. Vois ça comme une soupape de sécurité. Ici, y a toi, moi et des toilettes. Au pire, tu brûles un rouleau d’essuie-main, mais voilà.

L’adolescent baissa la main.

— Puis le reste de tes fringues, aussi.

Mais qui allait s’en plaindre ?

— Faut pas confondre self-control et psychorigidité, si tu préfères. Quelques flammes à fleur de peau, ça te ferait peut-être pas de mal.

Jace recula pour s’adosser à la porte et empêcher des envies pressantes de se précipiter dans un spectacle pyrotechnique.

— Si ça peut te rassurer, dis toi que tu seras assommé par un grand coup de jus avant que ça dégénère.
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Message posté : Mar 14 Oct 2014 - 23:33 Message
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    « Salut »... ce n’était peut-être pas ce qu’aurait dit Vincent à la place de ce mec... Mais d’un autre côté, comme il s’en rendit rapidement compte, ce mec n’était pas n’importe qui. Même sans être un admirateur des super héros, Vincent était obligé de reconnaître Jace Roberts, le fils prodigue du dirigeant de la Légion des Etoiles. Merde... le voilà dans de beaux draps. Qu’allait-il penser devant une telle scène ? Allait-il croire que Vincent était sur le point de mettre le feu au bâtiment ? Après tout, cela devait avoir l’air louche. Mais au lieu de ça, le héros blond surnommé Thunder fit référence à la météo. L’ex footballer répondit par une expression de totale incompréhension qui n’aurait pas été différente s’il lui avait demandé de danser le cancan. Malheureusement, il ne trouva aucune aide dans le regard du jeune héros, celui-ci lui donnait l’impression de le passer au scanner. Cette inspection lui rappelait étrangement les regards que lui avait lancé le dragon lors de leur rencontre. Soudain, il comprit ce qu’il voulait dire.

    – Oh... Oui... je... désolé.

    Il se pencha ensuite pour ramasser ses vêtements calcinés et les enfiler. C’était sans doute ça qu’il essayait de lui faire comprendre. Ce n’était pas décent d’être en pareille tenue ici. En bon justicier faisant régner la justice, il voulait sûrement s’assurer que personne ne jouait les exhibitionnistes. Mais alors qu’il inspectait les dégâts causés par le feu, Thunder se mit à lui parler de son enfance. Bien que cela allait au delà de la compréhension de Vincent, celui-ci écouta poliment et ne regarda son interlocuteur dans les yeux en étant accroupi près de ses vêtements. Rapidement, il comprit où il voulait en venir... Le contrôle... Jace n’était pas la première personne à lui parler de maîtrise de soi concernant ses pouvoirs. Ce discours, Louis le lui avait déjà tenu. Mais ce qui surprenait le plus Vincent, c’était qu’il ait si facilement deviné qu’il s’agissait là d’une affaire de pouvoirs mal contrôlés. C’était écrit sur son visage ou quoi ? Mais Thunder semblait décidé à ajouter au stress de l’étudiant car il lui proposa une sorte d’entraînement. Lui aussi ? Ici ? Dans les toilettes ? Vincent ne crut pas qu’il était sérieux jusqu’à ce qu’il voit des étincelles jaillir entre les doigts du jeune homme. Oui il était très sérieux. Mais Vincent refusait de faire ce genre de chose... ici. A l’université. Sur le campus il était Vincent Nash, simple étudiant, membre de l’équipe... ex membre de l’équipe de football. Il n’était pas un lance flamme. Il était hors de question d’utiliser son pouvoir ici. D’autres pourraient, comme Jace, entrer dans la pièce et honnêtement, sa réputation était déjà assez entachée comme ça.
    Le pyrokinésiste se redressa et fit de son mieux pour paraître poli, conscient qu’il s’adressait à un des super héros les plus connus de la ville et qu’il ne tenait pas vraiment à finir enfermé par refus de coopérer.

    – C’est gentil... je crois... la partie sur le choc électrique le laissait un peu perplexe. Mais ça va... je contrôle. J’ai déjà eu droit à un cours de maîtrise de soi.

    Mais bien sûr, il n’allait pas s’en vanter, là encore son image risquerait d’en prendre un coup... entre ceux qui l’associaient maintenant à des phénomènes bizarres et ceux qui le croyaient complètement cinglé... un dragon, vraiment... lui-même se demandait parfois s’il n’avait pas rêvé. Comme pour illustrer ses propos, il ramassa ses vêtements et les leva en guise de preuve.

    – Tu vois ? Je gère.

    Il en était le premier étonné. Mais cela ne fit que l’encourager. Il s’approcha ensuite des éviers et y posa ses vêtements afin de faire le tri. Sa veste était un peu cramée... surtout au niveau des manches, mais elle était encore... en état d’être portée pour halloween. Son T- shirt lui se portait à merveille.

    – J’avais juste besoin d’une minute pour me ressaisir. Mais ça va... enfin sauf pour ma veste. Je l’aimais pas trop de toute...

    Ses tentatives de réconfort – qui le visaient plus lui qu’elles ne visaient Jace – cessèrent lorsque sa vision fut troublée par de la fumée. Ou plutôt de la vapeur. Vincent leva aussitôt les yeux et vit que le miroir était recouvert de buée. L’origine de ce phénomène était claire : cela venait de lui. Son pouvoir était en train de brûler l’eau dont il s’était servi pour asperger son torse et son visage, ce qui résultat en une évaporation. Bref... quelque chose qu’il n’avait pas contrôlé. Là, c’était un peu gênant. Le pyrokinésiste ferma les yeux le temps de se maudire... et surtout de maudire ce pouvoir. Cette attitude ne serait pas du tout cautionnée par le dragon, mais heureusement, il n’était pas présent dans cette pièce. Non à la place, il y avait juste le fils du Commander qui pouvait tout à fait le mettre aux arrêts s’il jugeait qu’il était dangereux. Ca lui manquait de ne plus être dans le coma.

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Message posté : Mer 15 Oct 2014 - 8:28 Message
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Jace réprima autant que possible son expression dubitative quand son interlocuteur affirma qu’il avait la situation sous contrôle avec autant d’assurance qu’une taupe qui se reconvertissait dans le tir d’élite. De la part d’un type qui venait de s’asperger en urgence dans les toilettes de l’université en plein milieu d’un forum des sports après avoir manqué de brûler tous ses vêtements, il fallait bien avouer que le numéro de self-control n’était pas exactement des plus convaincants.

Cette fois-ci, il fallut cependant plusieurs secondes au jeune héros pour comprendre que ses intentions pouvaient être mal interprétées. C’était qu’il ne se voyait pas spontanément comme le policier permanent de la ville qu’il était parfois aux yeux de ceux qui le connaissaient le moins. Les règles, selon Jace, étaient faites pour être assouplies et adaptées — et c’était sans doute la raison pour laquelle il trouvait tant d’intérêt à travailler pour un cabinet d’avocats. La justice, à ses yeux, donnait de la souplesse à la loi, de la même manière que la Légion permettait aux activités de police d’être moins rigoureuses et moins systématiques. À cas exceptionnel, mesures exceptionnelles et l’exception n’impliquait pas toujours une débauche de moyens.

La vapeur commença à s’élever du corps de Vincent, signe immanquable que la présence de l’Alpha n’avait pas, bien au contraire, diminué son anxiété. En d’autres circonstances, Jace aurait pu trouver flatteur de produire un tel effet sur un tel garçon, mais en l’occurrence, il était plutôt préoccupé par la découverte éventuelle de ce hammam clandestin. Le blond retira son blouson qui commençait en pareille atmosphère à devenir un peu pesant, l’accrocha au coin d’un radiateur et s’approcha de Vincent.

— OK.

Quatre-vingt ? Cent dix ? À quelle température pouvait bien être le corps de Vincent ? Une pareille manifestation constituait-elle un danger pour le jeune homme ? Jace était bien placé pour savoir que tous les mutants — ou quoi que fût Vincent — n’étaient pas immunisés, loin de là, à tous les effets désagréables de leurs propres pouvoirs.

— Des fois que ce soit pas clair, t’sais que je viens pas t’embarquer pour t’enfermer je sais pas où, hein ?

Jace adressa un demi-sourire de réconfort à son interlocuteur.

— Si on devait arrêter tous ceux qui perdent un tout petit peu le contrôle, d’un, on en aurait pas fini et de deux, j’crois que je serai plutôt dans une rébellion que dans la Légion.

Certains mutants voyaient peut-être la Légion comme la police des supers, mais la conception de Jace était toute différente.

— Moi, j’viens juste m’assurer qu’il t’arrive pas des bricoles. Je te parle pas de maîtrise de soi. Je te parle, je sais pas… D’équilibre. Quelque chose comme ça.

Jace tenta d’évaluer rapidement l’âge de son interlocuteur. Vingt ans ? Peut-être un peu plus. Assez vieux pour fréquenter l’université en tout cas et assez vieux pour avoir développé ses pouvoirs depuis presque dix ans. Si toutefois il était un mutant. Un sorcier aurait pu avoir des capacités semblables, mais il n’en aurait pas été surpris. Vincent, de toute évidence, se découvrait des aptitudes. Il ressemblait à s’y méprendre aux jeunes gens entrés dans l’adolescence qui voyaient se réveiller pour la première fois leurs aptitudes mutantes — mais en beaucoup plus vieux.

De la chaleur, du feu, une découverte récente. Les incidents des dernières semaines et même des derniers mois défilaient dans l’esprit de Jace. Les journaux et les rapports de police qu’il consultait pour la Team Alpha formaient dans sa mémoire une sorte de répertoire des étrangetés notables de Star City. C’était une science qu’il s’attachait à cultiver et à infuser en ses coéquipiers. Dans une ville de perpétuelle nouveauté, la connaissance des précédents n’était pas une mauvaise chose. Quelques entrefilets sur un incendie récent lui revinrent en mémoire. S’il ne se trompait pas, la semaine avait dû être rude pour son voisin d’évier.

— T’es pas de Star City, pas vrai ? T’as un accent. Quelque part dans le Middle West, je dirais. Je suis jamais allé dans le Middle West. À Star City, les choses sont sans doute un peu différentes. Plus… cosmopolites ?

Jace fit un geste de la tête vers les fenêtres épaisses, en hauteur, qui entrouvertes laissaient entendre la rumeur des étudiants qui arpentaient toujours le campus, en quête du sport qui leur conviendrait.

— Là-bas, doit y avoir, je sais pas, des dizaines, peut-être même une centaine de mutants. De mages. De créatures magiques. Peut-être même des extraterrestres. Star City, quoi. Ce qui t’arrive là, maintenant, c’est presque… Normal ? Disons habituel.

Une notion toute relative dans une ville comme la sienne.

— Mais habituel, ça veut pas dire que c’est pas douloureux. Ou tragique parfois. Ça veut dire qu’il y a plein de gens qui sont susceptibles de comprendre, là dehors, plus que tu t’imagines en ce moment. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une solitude irréductible à être un être spécifique. Au bout du chemin, c’est un tête-à-tête pour être à la hauteur de soi-même. Mais le chemin, il est long, et t’as le temps. En attendant, s’enfermer tout seul dans les toilettes, c’est pas forcément la solution.

Jace ouvrit l’eau froide de l’évier face auquel il se tenait et passa dessous sa main, pour pouvoir se tourner vers Vincent et la poser sur son épaule sans se brûler immédiatement. Un geste symbolique pour conjurer la solitude qu’il avait trop bien connu lui-même, à l’époque où ses pouvoirs étaient les plus instables.
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Message posté : Mer 15 Oct 2014 - 12:45 Message
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    Bien qu’il n’ait aucune emprise sur ce qui se passait autour de lui, Vincent était tout de même décidé à ne pas abandonner. Baisser les bras était hors de question, même s’il n’était pas à l’abri de moment défaitistes comme celui-ci... ce n’était que passager. Les Nash ne rendaient pas les armes comme ça, sans faire un peu plus d’effort. Il allait y arriver... Ou en tout cas il allait tout tenter pour. Voyez comme les choses s’arrangent ? Jace Roberts lui apprit qu’il n’était pas là pour le mettre dans une cage. C’était quelque chose de positif ! Visiblement rassuré, Vincent rouvrit les yeux et les posa sur le célèbre héros d’un air reconnaissant. Il lui accorda même un sourire amusé lorsque Jace fit remarquer qu’il préférerait se rebeller plutôt que d’arrêter tous les supers qui ne se contrôlaient pas à la perfection. Les choses étaient sans doute moins rigides que ce qu’il pensait... en fait il ne savait pas grand chose de ce monde. Il aurait pensé que des mesures spéciales et radicales étaient prises dans ce genre de cas, mais apparemment non. Déjà lorsqu’il était retourné à l’hôpital, les médecins se sont contentés de lui faire passer des tests avant de le laisser repartir, jugeant qu’il se contrôlait assez bien pour se balader en compagnie d’autres humains... Le problème, c’est que lui n’en n’était pas persuadé. Coach avait raison, il n’était pas en état de jouer...

    Néanmoins, cette exclusion ne semblait pas être l’avis de Thunder qui préférait parler d’équilibre plutôt que de sécurité. Vincent n’était pas sûr de comprendre ce qu’il entendait par là et observa son interlocuteur héroïque en espérant trouver une explication, mais il ne rencontra qu’un regard scrutateur. Un peu mal à l’aise, l’étudiant pyromane se rappela qu’il était toujours torse poil, il s’empara aussitôt de son T-shirt qu’il enfila par politesse. La nouvelle de sa non arrestation l’avait suffisamment rassuré pour qu’il conserve un minimum de self control. Et en dépit de sa réputation qui le rendait certainement populaire dans le monde entier, Roberts junior le faisait moins flipper que le dragon... La différence de langage aidait peut-être un peu. Jace alla même jusqu’à parler des origines de Vincent, le genre de sujet qui ne pouvait que le détendre... mais en même temps lui donner un arrière goût amer de nostalgie.

    – Kansas... Et ouais c’est pas du tout pareil. Enfin tout allait bien avant...

    Avant Elle... le feu... les pouvoirs... son feu... le dragon... ses parents... le coach. Tout allait bien alors. Mais tout était différent maintenant, à commencer par lui. Certes, comme le faisait remarquer Jace, la différence était une espèce de normalité à Star City... Mais il s’agissait surtout d’une normalité qu’il avait cherché à éviter. Plus que tout. Jace parlait de compréhension... de communauté... le genre de chose qu’il recherchait particulièrement en ce moment. Mais qu’en fait, il avait toujours désiré avant. Ses cercles d’amis et de connaissance, de soutien... tout était en train de changer. Certes, comme disait le jeune blond, il y avait des gens qui étaient capables de le comprendre. Dans cette ville plus qu’ailleurs. Mais il s’agissait de gens différents... des gens qu’il ne connaissait pas, surtout. Et l’inconnu avait de quoi faire peur. C’était ce qu’il avait toujours essayé d’éviter en restant dans des sphères qu’il maîtrisait, des personnes qu’il connaissait bien, qui parlaient de choses qu’il pouvait comprendre. Et ces gens... ses amis... ils appartenaient déjà à un monde différent du sien. Gareth avait beau prétendre que tout allait bien, ce n’était pas le cas. Vincent voyait bien le regard que lui lançait constamment Eve depuis son retour de l’hôpital. Il voyait bien l’étincelle qui animait l’œil de Holly... et si le fait de plaire à la jeune femme lui plaisait beaucoup dans le fond, la forme elle ne lui convenait pas du tout. Enfin, il suffisait de poser les yeux sur Lisa pour se rendre compte que rien ne pouvait plus être comme avant. Le comportement de ses parents le lui avait très bien fait comprendre... mais c’était dur à accepter, alors il s’accrochait. Vainement. Ses négociations avec le coach étaient perdues d’avance, mais il refusait de tout perdre sans faire quelque chose... sans essayer au moins. Perdu dans ses tristes pensées, Vincent ne vit pas Jace s’arroser la main afin de pouvoir établir un contact. Celui-ci le réveilla comme une décharge électrique. C’était la première fois que quelqu’un le touchait depuis qu’il était parti de l’hôpital. Gareth s’était contenté d’un signe de main à bonne distance. Eve ne s’était pas approchée... Holly allait le serrer dans ses bras avant de faire remarquer à haute voix que c’était bête et qu’elle avait oublié qu’il était peut-être trop tôt pour un contact physique. Il avait eut besoin d’un tel rappel... Et ses parents... l’ex footballeur préférait ne pas y penser, déjà que l’émotion était en train de l’envahir. Il lâcha un soupir pour reprendre de la contenance. Il n’était pas question de craquer.

    – Le truc, c’est que... Je veux pas être ça. Je veux pas t’offenser mais... tout ça... les pouvoirs, la différence... j’ai jamais voulu. Je me suis toujours tenu à distance de tout ça. Cette vie n’est pas pour moi. Tout ce que je veux, c’est être normal normal...

    Mais ce n’était pas prêt d’arriver. Et cela n’allait pas changer en se plaignant auprès d’un des supers les plus adorés de la ville. D’ailleurs, Vincent ne devrait peut-être pas parler de ce qu’il voulait ou ne voulait pas être car ce genre de rejet avait tendance à...

    – Merde...

    Il posa les deux mains de chaque côté de l’évier en face de lui et s’y agrippa comme si sa vie dépendant de ce support. C’était presque le cas. Petit à petit, son teint changea, prenant une couleur grisâtre. Le jeune homme refusait de voir ce qui se passait dans le miroir, ce qu’il voyait de ses bras lui suffisait : son corps était en train de se transformer en cendre, mais il luttait pour l’en empêcher... garder prise tout ça. En se focalisant sur sa prise et sur l’évier, Vincent parvint à garder son apparence humaine et évita de repasser par le stade de tas de poussière comme l’autre fois. Il s’était transformé deux fois déjà et l’expérience n’avait jamais rien de plaisant. Là il se concentra sur sa respiration... c’était la clé... Après tout lorsqu’il était en cendres, il ne respirait plus. Les cendres, ça ne respire pas. Aujourd’hui, sa volonté tenait bon et il reprit lentement des couleurs normales. Lorsque la crise fut passée, il se baissa vers le robinet en poussant un soupir de fatigue avant de faire couler l’eau et de se réasperger le visage, plus pour reprendre ses esprits que pour se refroidir cette fois. Une fois son baptême terminé, il lâcha un rire nerveux et leva le bouclier de l’ironie. Vaine protection contre la dure réalité.

    – Ouf... j’l’ai échappé belle. Tu vois, j’suis quand même content de m’être enfermé dans les toilettes. Ca l’aurait pas fait si je m’étais désintégré en plein campus.

    Car de ce qu’il avait compris, il ne lui restait plus que les cours pour lui assurer une vie normale. Pas question de perdre cela en plus du reste.

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Message posté : Jeu 16 Oct 2014 - 12:14 Message
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***

« Normal normal ». Jace sentit que sa main commençait à chauffer un peu trop et il la retira. Le commentaire de Vincent résonnait avec les propos de Prudence. La normalité. Se fondre dans la masse. Trouver des êtres semblables à soi — ce n’était pas exactement le problème. Le problème, c’était de passer assez inaperçu ? Ou d’appartenir ? Jace n’était pas sûr de comprendre. Il avait grandi dans la Tour de la Paix. Pour lui, la question était toute différente. Pour lui, l’exploit n’était pas de vivre avec des pouvoirs, de remplir des missions héroïques et de combattre des super-vilains — les vraies épreuves de la vie, c’était ce qu’il fallait dire à un joli garçon ou une jolie fille, c’était d’avoir un loisir, un sport, une distraction, des goûts cinématographiques ou un jeu vidéo préféré.

— Tu sais…

Il n’eut pas le temps d’aller beaucoup loin et, en un sens, c’était une chance, parce qu’il ignorait ce qu’il pouvait dire. Les inquiétudes de Vincent, comme un miroir inversé, le renvoyaient à ses propres démons. À l’angoisse qu’il avait ressenti, au début de la semaine, le premier soir passé dans son propre appartement, seul entre ses cartons, devant l’évidence qu’il allait devoir, désormais, se construire une vie, une vraie vie à lui, Jace Roberts, à côté de l’existence héroïque et médiatique de Thunder.

Une crise, c’était une excellente chose. Ça, c’était son terrain. Là, il n’avait pas peur. Des transformations élémentaires ou para-élémentaires, il en avait vu de nombreuses, à la Tour, à Star High. Ce genre de pouvoirs était répandu. Les processus connaissaient évidemment d’infinies variations mais, en gros, Thunder en connaissait les étapes principales. N’était-il pas lui-même capable de se métamorphoser en électricité ? Il savait combien l’expérience était troublante, les premières fois. Être sans être vraiment un corps. Sentir sans organe. Il s’était habitué depuis, mais Vincent, s’il avait bien compris, en était encore aux rudiments.

La transformation fut contenue sous le regard attentif de Thunder qui n’avait pas bougé d’un pouce.

— Tu sais quoi, aujourd’hui, j’pense qu’y a des endroits déserts du campus plus sympa que les toilettes du bâtiment administratif. Viens, on va faire un tour loin du forum des sports, de l’air frais, ça te fera pas de mal.

Jace se détacha de l’évier pour récupérer son blouson, puis ouvrit la porte des toilettes pour en sortir avec un Vincent plus ou moins chaleureux et humide. Ils n’avaient pas fait deux pas qu’une exclamation retentit :

— Je savais bien que tu étais là !

Jace se retourna vers Jaina. Difficile d’échapper au flair — littéralement — de la jeune mutante.

— T’échapperas pas comme ça aux cours de yoga. J’ai calculé que si…

Jaina s’interrompit en posant enfin le regard sur Vincent. Puis sur Jace. Puis sur la porte des toilettes. Puis sur les cheveux encore humides de Vincent. Elle haussa un sourcil, considéra Jace d’un air un peu surpris et finit par rougir un peu.

— Oh, euh… J’pensais pas que tu…

L’esprit souvent un peu trop chaste du jeune Roberts était loin de suivre les hypothèses farfelues qui se formaient dans celui de son ami.

— … avais de la compagnie.
— C’est Vincent. Et elle…

Rajouta Jace en se tournant vers Vincent.

— … Jaina.
— Oui, bon, écoute, je te laisse… Faire ce que tu as à faire. On se retrouve plus tard.

Jace n’allait pas protester : il doutait que Vincent voulût de la compagnie en plus. Jaina pivota les talons et s’éloigna à grands pas, tandis que l’adolescent comprenait lentement ce que son amie avait insinué et ce qu’elle avait supposé de leurs activités dans les toilettes. Un toussotement gêné plus tard, il précisa :

— Y a une sortie de l’autre côté, viens, on traverse le bâtiment.

Alors qu’ils reprenaient leur marche dans les couloirs déserts, Jace se sentit une obligation de se justifier, pour que son interlocuteur ne crût pas que son activité favorite consistait à embarquer de musculeux jeunes gens dans des toilettes universitaires pour concrétiser charnellement les charmes d’une camaraderie virile.

— Jaina, elle est sympa, mais tu sais, elle se fait toujours des films. Elle a beaucoup d’imagination.

Une imagination qui ne se fondait probablement pas sur rien, mais Jace évita soigneusement de creuser la question, en poussant une porte annexe du bâtiment. Ils avaient laissé le forum des sports derrière eux et l’attraction de la journée avait vidé les autres parties du campus. On entendait la rumeur au loin des différentes activités, mais un silence relatif régnait là. Jace fit un geste en direction du sud.

— J’crois que y a une espace de petit parc, par là-bas. C’est pas très grand, mais c’est pas très loin et tu seras un peu tranquille pour te reposer.

Jace jeta un bref coup d’œil à Vincent, le premier depuis qu’ils avaient quitté les toilettes. S’il n’avait pas hésité à s’approcher de lui alors même que les pouvoirs de l’étudiant menaçaient de dérailler, les hypothèses à demi-mot de Jaina avaient suffi à installer une distance de sécurité, presque comme une mesure diplomatique.

— Bref, à propos d’être normal normal… J’sais pas trop quoi te dire. Je sais pas ce que ça fait, d’être normal normal. Je m’suis toujours dit que c’était quelque chose… Un peu comme l’heure du thé un dimanche d’automne. Calme, confortable mais presque triste, tu vois ? Mais tu sais, y a plein de gens qui seraient super doués à la course qui font pas les jeux olympiques. Et des mecs vachement intelligents qui jouent pas aux échecs. Avoir des aptitudes atypiques, ça t’oblige pas à avoir une vie atypique. ‘Videmment, tu fais pas exactement les mêmes choses. Les gens te regardent pas toujours de la même manière. Mais ça, ça pourrait arriver pour des tas d’autres raisons. Après, j’t’avoue…

Le parc se profilait de l’autre côté d’une allée.

— C’est pas vraiment mon domaine de spécialité. Mais j’connais plein de métas qui mènent une vie super classique. J’peux t’présenter, stu veux.
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Message posté : Jeu 16 Oct 2014 - 15:36 Message
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    Petite victoire, grandes espérances. C’était la première fois qu’il arrivait à stopper la transformation avant qu’elle ne s’opère complètement. Il n’était pas peu fier. Par contre, ça l’avait autant épuisé qu’un match. Autant il n’avait aucun mal à mettre le feu à tout ce qu’il touchait – pour son plus grand malheur – autant cet aspect de ses capacités l’affectait réellement. Et surtout, honnêtement, il n’en voyait pas l’intérêt, même s’il comptait faire quelque chose de ses pouvoirs. Un peu embarrassé par son manque de contrôle, il se risqua un coup d’œil sur la célébrité qui se trouvait toujours à côté de lui. Il n’avait pas bougé. Jace Roberts devait sûrement avoir l’habitude de ce genre de démonstration. Mais pour Vincent, c’était toujours bizarre ne serait-ce que de parler de ça... A part avec les médecins... ou avec Louis... Mais cela faisait une semaine qu’il n’avait vu aucune de ces personnes. Son semblant de contrôle avait suffit à satisfaire le personnel de l’hôpital qui l’avait laissé partir après une seule journée de tests. En même temps, il n’aurait pas pu faire plus. A vrai dire, s’il devait se confesser là tout de suite, il dirait qu’il n’a pas vraiment cherché à s’entraîner depuis son réveil... enfin pas depuis son petit voyage dans les collines. Aujourd’hui, il se retrouvait confronté à une situation de crise qui avait des répercussions directes sur ses pouvoirs. Et évidemment, il se retrouvait aussi aux côté d’une figure de pointe dans le domaine. On pourrait presque croire que le destin s’amusait à fournir de l’aide à Vincent... Et s’il ne s’agissait pas de l’aide qu’il espérait, le jeune homme n’était pas assez ingrat – ni stupide – pour la refuser. Un « d’accord » pas très convaincu franchit ses lèvres. Sur ce, après avoir de nouveau examiné sa veste, il décida de ne pas la mettre et de la garder dans la main à la place. En sortant, l’étrange duo fut toutefois intercepté par une connaissance de Jace. Lui en tout cas ne la connaissait pas, mais en même temps, il n’avait jamais eut l’ambition de retenir les noms et identités connues de toute la Légion des Etoiles. Et si ça se trouve, cette jeune femme ne faisait même pas partie de la Légion. Le héros blond devait certainement avoir droit à une vie « normale », non ? Lorsque la demoiselle se rendit compte de la présence de Vincent, elle coupa court à sa phrase. L’étudiant lui adressa un salut de la main avant de la voir plonger dans une confusion qu’il n’était pas sûr de comprendre... Ah si. Forcément. Voir un héros comme Jace seul dans des toilettes qui ressemblaient encore un peu à un sauna devait être assez suspect... surtout si son regard se portait sur la veste qu’il tenait... et qu’il essaya de cacher en la mettant hors de vue, dans son dos. Il fit cependant de son mieux pour avoir l’air naturel lorsque Jace les présenta.

    – Salut Jaina.

    Il y mit un peu de conviction cette fois, mais d’un autre côté... il se demandait si elle était « normale » ou... comme eux. Une question qu’il jugea bien trop délicate pour qu’il se permette de la poser. Et aussi, la prénommée Jaina s’en alla aussi rapidement qu’elle était arrivée, mais Vincent n’était pas certain de comprendre le malaise... Il était loin d’avoir des pensées indécentes en ce moment. Le jeune pyromane accorda un regard interrogatif au super héros électrique avant de le suivre sur le chemin de la sortie. Sur le chemin, Jace lui fournit quelques explications sur cette Jaina.

    – Ouais elle a l’air sympa... la rencontre fut un peu trop brève pour se permettre une telle conclusion, mais Vincent préférait lui accorder le bénéfice du toute. Et puis, lorsqu’un super héros vous dit qu’une personne est sympa, c’est que ladite personne l’est certainement. Par contre, je vois pas ce qu’elle aurait pu imaginer... Enfin à part un problème de radiateur... Je ne donne quand même pas l’impression de tout chauffer en permanence, si ?

    La question était sincère... et celui qui la posait ne fit pas du tout attention au double sens qu'elle pourrait éventuellement renfermer. Et non, il ne voyait pas ce qu’elle aurait pu imaginer d’autre. Dans sa tête, il était impossible que deux hommes... dans des toilettes... Il savait que c’était possible, mais pas pour lui. Pour Jace peut-être ? A bien y réfléchir... non en fait il n’y pensait pas. Le trajet n’eut rien d’extraordinaire. Vincent marchait d’un pas normal, calme cette fois, et essayer de se vider la tête, de ne pas penser à ses problèmes. Ou plutôt de relativiser... prendre de la distance. Si bien qu’il ne fit même pas attention à celle qu’installait Jace entre eux. Mais encore une fois, il n’accordait pas trop d’importance à ce genre de chose, aucune en fait. Pendant ce temps, le super lui fit part de son point de vue et Vincent écouta avec attention, encore une fois, ça lui permettrait de relativiser... Ca le changeait des rapides conseils que les médecins lui avait jetés, des ordres menaçants d’une créature légendaire, des conseils improvisés par une Holly surexcitée et de l’avis on ne peut plus clair de ses parents.

    – Les dimanches d’automne m’allaient très bien commenta-t-il d’une voix nostalgique sans pour autant en vouloir à Jace. C’était son avis et il avait bien évidemment le droit d’être différent. C’était même attendu sachant à qui il avait affaire. Je sais pas si j’ai vraiment besoin de rencontrer d’autres... métas. Je dois t’avouer que pour l’instant, je me contenterais bien d’en rester là avec les rencontres que j’ai déjà faites... ce monde là l’effrayait encore, plus que jamais depuis l’incendie et depuis le dragon... déjà qu’il avait encore du mal à se faire à ces deux évènements, il préférait réduire le champ des nouveautés, sa santé mentale y tenait beaucoup. J’pense que c’est surtout le début qui est dur... ça va pas être facile, mais quand ça passera, quand je le contrôlerai mieux, ça ira mieux aussi. Ca fait quand même sept jours que j’ai pas eu d’accidents... enfin... si on oublie les fringues.

    Petites victoires...

    Alors qu’ils menaient cette petite discussion, les deux garçons suivaient le chemin du parc dont parlait Jace. C’est vrai qu’il n’y avait pas grand monde... en fait il n’y avait personne. Pour l’instant, car en pleine semaine et sur le campus d’une ville comme Star City, il ne serait pas étonnant de voir des étudiants les rejoindre pour se poser, fumer, ou plus si affinités. D’ailleurs, il commençait à se demander quelles étaient les intentions de Jace exactement, aussi il essaya de s’en informer une fois qu’ils arrivèrent à destination.

    – Ok... quelle est la suite du programme, Thunder ? Tu as des conseils de... méditation. Parce que je serais pas contre.



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Message posté : Jeu 16 Oct 2014 - 16:21 Message
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À la question sur les imaginations de Jaina et leur contenu précis, Jace avait répondu par un haussement d’épaules tout à fait évasif en regardant un pigeon passer avec un intérêt ornithologique aussi soudain qu’intense, puis la discussion avait repris sur le terrain plus sûr des métahumains et de la nouvelle vie de Vincent. Le super-héros ne put retenir un haussement de sourcil perplexe quand ce dernier affirma qu’il ne désirait pas en rencontrer d’autres et il lui fallut peser la portée traumatique des derniers jours, pour Vincent, afin de ne pas être froissé de la remarque.

— Appelle moi Jace.

Jace désigna la pelouse du menton et quitta l’allée pour s’asseoir sur l’herbe, en tailleur.

— La suite du programme, c’est que tu te poses, tu te calmes et après… Je sais pas, tu fais comme tu veux. Moi j’suis là pour parler, si t’as des questions, j’sais pas, besoin de quelqu’un qui sache ce que ça fait, mais après, tu fais comme tu veux. Encore une fois, j’suis pas là pour te surveiller. Enfin si, te surveiller si t’as envie qu’on veille sur toi, après, tu fais ta vie.

Brusquer les métahumains mal assurés n’était jamais une bonne méthode et Jace fréquentait assez de jeunes supers mal dans leur peau pour le savoir.

— Après, des conseils de méditation, j’en ai plein. C’pour ça qu’j’essaie d’échapper aux cours de yoga de Jaina, tu vois. Si c’est pour faire le même genre de trucs qu’à l’entraînement mais en moins bien, tu parles d’un loisir…

La méditation, pour Jace comme pour un très grand nombre de supers, avait été la première étape de son entraînement, bien des années plus tôt. Pour se contrôler. Il était loin de la pratiquer de manière aussi intensive que d’autres Légionnaires, que les mystiques ou les psis, chez qui elle constituait une discipline à part entière, mais il avait assez de bases pour une initiation et puis, en tant que leader de la Team Alpha, il avait l’habitude de gérer les pouvoirs émergents ou atypiques de ses coéquipiers.

— Si j’puis m’permettre…

Jace réfléchit une seconde ou deux avant de poursuivre.

— Apprendre à te contrôler, là comme ça, c’est cool, mais ça va jamais te permettre que de limiter les dégâts. À un moment ou un autre, faudra passer par une phase d’acceptation. Arrêter de penser à ça comme à une malédiction, ou des accidents, ou une grosse tuile. Après, j’dis pas que c’est pas difficile. Ce qui t’arrives. Et puis j’te connais pas et tout. C’est pas, tu vois, une accusation, ou un reproche. Du tout. Juste que contenir tant bien que mal et contrôler pour trouver un équilibre, c’est deux choses différentes. Après, c’est un peu une question de temps. M’enfin, tu vois ça à ton rythme et y a quand même pas mal de trucs assez simples qui peuvent fonctionner…

Tous les coéquipiers de Thunder avaient appris à se méfier des solutions assez simples de leur leader, qui impliquaient fréquemment des entraînements rudes de plusieurs heures ou de longues soirées à apprendre par cœur les cartes de Star City, celles du réseau des égouts ou le quadrillage sectoriel de la SCPD.

— Fais voir ton bras.

Jace attrapa doucement le poignet de Vincent.

— L’autre.

De sa main libre, le jeune homme prit celle de Vincent, lui fit étendre l’index et le majeur et les posa sur le poignet opposé.

— Là. Tu sens ton pouls ? OK, ferme-les yeux. Compte. Un-deux-trois. Recommence. Un-deux-trois. Essaie de sentir dans les autres veines. Sans les toucher. Là.

Jace posa deux doigts sur la tempe gauche de Vincent.

— Là.

Même opération sur le cou.

— Là.

Sur le tee-shirt, en haut du ventre. Jace retira sa main, pour livrer le corps de Vincent à lui-même.

— Un-deux-trois. Ça vient de ton cœur. Ça pulse. Et tu essaies de ralentir. Si t’y arrives pas comme ça, pense à un truc calme. Le sommeil. Le bruit de la mer. Les ventilos d’un ordi. N’importe, c’est une question de rythme. Plus facile ensuite : accélère. Là, y a pas mal de trucs qui marchent : tu penses à la course à pied, à un truc stressant, genre, je sais pas, un examen. Puis ralentis encore. Et au bout d’un moment, tu essaies de te passer d’intermédiaire. De rien imaginer. De plus compter. Juste de te concentrer sur le rythme du sang. Pour lui-même. Les pouvoirs, c’est toujours quelque part dans le corps. Même les plus psychiques. Arriver à sentir son corps, c’est la base. Le sang. La respiration. Les pensées. Vas-y.

Et Jace se tut — pour écouter lui aussi le corps de Vincent — un peu différemment : à l’affût de ses variations électriques.
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Message posté : Ven 17 Oct 2014 - 13:43 Message
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    Justement il n’était pas sûr de l’appellation qu’il devait utiliser. Thunder lui avait semblée appropriée étant donné le contexte métahumain de leur rencontre, cela dit, le nom avait encore des allures de graviers dans la bouche de Vincent. Ce genre d’expressions le confrontait à un trop grand décalage par rapport à son ancienne vie. Mais d’un autre côté, Jace lui avait semblé trop... personnel, surtout que le blond ne s’était pas présenté, ça aurait donc pu paraître impoli d’en user sans avoir recourt à cette formalité des plus évidentes. Au fait, il ne s’était toujours pas présenté lui. Il s’agissait pourtant d’une étape élémentaire dans les relations sociales... à croire que c’était différent dans le monde tordu – même d’un point de vue objectif, il fallait avouer que ce monde là était bien tordu – des supers.

    – Vincent. se contenta-t-il de préciser avant de passer à la suite du programme exposée par son nouveau conseiller.

    Se poser... A bien y réfléchir, il ne l’avait pas vraiment fait depuis son réveil... Mais deux semaines de coma, cela offrait une sacrée prescription, pas vrai ? Alors forcément, au saut du lit, il était normal d’enchaîner avec une rencontre draconique, un orchestre de médecins et leur symphonie de tests, quelques confrontations terriblement dramatiques avec ses parents, un retour à la réalité, le problème du logement vaguement réglé, son job qu’il risquait de perdre, ses cours à rattraper, sa place dans l’équipe de football dont il devait encore digérer la perte. Normal, quoi ! Il n’hésita donc pas longtemps face à la proposition de Jace. Vincent laissa tomber son reste de veste sur l’herbe et s’y installa en mode méditation. Il n’avait jamais fait de Yoga, n’en voyant pas l’intérêt, et trouvait cette pratique un peu ridicule à vrai dire. Toutefois, le ridicule était aujourd’hui beaucoup moins évident. Il se prêta donc volontiers à l’exercice proposé par le jeune Légionnaire tout en écoutant au préalable ses recommandations. Se faire surveiller... l’idée en elle-même ne lui plaisait pas vraiment... Vincent aimait son indépendance. Cela dit, il voyait les bienfaits d’une telle garde.

    – J’suis pas sûr que mon avis soit à prendre en compte... J’ai déjà failli mettre le feu à l’hôpital.

    S’il ne voulait pas forcément (du tout) que d’autres supers s’occupent de lui, il devait avouer qu’ils étaient probablement les plus à même à l’aider à gérer son problème... Peut-être même qu’ils pourraient l’aider à l’effacer complètement. Mais cette alternative n’avait pas été approuvée par Louis, et les propos de Jace ne mentionnaient du tout pas cette solution. Vincent en conclut qu’il valait mieux ne pas parler de cette envie qui serait certainement rejetée. Au temps pour la solution de facilité... celle qui l’arrangerait le plus. Il valait mieux ne pas y penser et se détendre... enfin au moins essayer. L’étudiant écouta les consignes du jeune héros. La base, ce serait toujours ça de gagné. Le blond parlait d’équilibre, ce terme était décidément à la mode, c’était peut-être là où résidait le problème de l’ex footballeur... Sûrement d’ailleurs car ce n’était pas la première fois qu’on lui en parlait. Mais comment atteindre un équilibre lorsqu’on ne le souhaitait pas vraiment ? Vincent était conscient qu’il s’agissait là d’une étape importante dans la maîtrise de ses « dons », il commençait à le comprendre, à force de se l’entendre dire, mais ce n’était pas facile de passer à la pratique lorsqu’on y mettait si peu d’envie... Il était cependant déterminé à ne plus être un danger public et écouta donc attentivement les instructions de Jace. Vincent laissa le héros le manipuler pour lui montrer sa technique. L’exercice n’était pas sans rappeler les prises de pouls qu’on leur demandait parfois de faire lors des entraînements afin de vérifier que tout allait bien. On avait beau dire de l’ambition de leur coach, il prenait soin de ses joueurs. Contrôler son pouls, il savait le faire, en tout cas l’évaluer et le baisser... à peu près. Mais maintenant, il fallait étendre sa perception jusqu’à l’intégralité de son corps. Le jeune pyromane respira profondément afin de se concentrer sur son rythme cardiaque. Ce n’était pas simple de sentir son sang là où Jace voulait qu’il le fasse, mais ça l’aidait un peu d’avoir une prise sur le poignet, un peu comme le courant d’une rivière qu’il devait juste suivre. Pas facile quand même.

    Un-deux-trois. Un-deux-trois.

    Essayer de suivre le rythme de la pulsation était un peu plus aisé que de suivre la pulsation elle-même. Il rouvrit les yeux lorsque Jace lui donna les consignes suivantes. Ce servir de son imagination... c’était facile pour augmenter le rythme cardiaque, mais pour le baisser... Maintenant toutes ses pensées positives ou presque le ramenaient à un bonheur révolu et la nostalgie qui l’accompagnait lui faisait mal au cœur justement. Il essaya tout de même. Le ralentir... Ca allait au début : penser au vent dans les arbres, un après midi d’été, la chaleur du soleil sur sa peau... ça marchait plus ou moins, l’important était d’essayer de ne pas associer ces sensations avec des événements précis. Vincent enchaîna avec des images stressantes, la tête du dragon marchait bien, courir après le ballon de football fonctionnait également, l’incendie marchait un peu trop... Si bien que revenir à un rythme plus calme devint problématique, il commença même à avoir du mal à respirer, se rappelant de la fumée qui avait envahi ses poumons... Le mieux était d’interrompre l’exercice, il rouvrit les yeux.

    – Désolé, je crois que je me suis laissé emporter dans une vision trop... il préféra ne pas la décrire. Y a un truc qui avait bien marché une fois... j’peux ptet essayer de combiner les exercices.

    Enfin « marcher », brûler serait le verbe le plus approprié et Vincent espérait que cette fois-ci, il ne finira pas à poil. En plein campus, ce serait vraiment embarrassant. Il tendit le bras et attrapa un petit morceau de bois qui traînait dans l’herbe. En fermant son poing, il le fit brûler puis rouvrit la main. Vincent se concentra sur cette flamme pendant quelques secondes avant de refermer les yeux et d’essayer de former un parallèle entre son rythme cardiaque et la flamme qu’il sentait palpiter dans sa main. C’était la première fois qu’il utilisait son pouvoir dans un lieu vaguement public mais cette idée de l’effrayait pas trop, ce n’était qu’une toute petite flamme et elle pouvait toujours passer inaperçue, tant qu’elle restait de cette taille là... Il garda cette position un moment, laissant son rythme cardiaque naviguait sur le même rythme que la flamme, celle-ci crépitait plus rapidement lorsque son pouls s’accélérait et se stabilisait quand son cœur ralentissait. Etrangement, cela était plus simple, le contact du feu l’apaisait et l’énervait en même temps, si bien qu’il n’était pas trop difficile de faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre avec un peu de concentration. Une question d’équilibre... L’exercice fut cependant interrompu au bout de cinq minutes, par un bip sonore qui venait de sa poche de jean. Le muté rouvrit les yeux et lança un regard d’excuse à son professeur improvisé. En trois ans, il était bien conscient qu’il valait mieux éteindre son portable en cours... Mais en même temps, Vincent ne pouvait pas ignorer cette notification, ultime symbole de sa vie sociale agonisante. Il referma le poing sur sa petite flamme avant de le rouvrir en laissant tomber les cendres qui s’étaient formées, désormais dépourvue de feu.

    – Excuse-moi...

    Dit-il avant de sortir son portable de la poche, une antiquité qui bénéficiait tout juste d’un écran en couleurs. Mais cette pauvreté technologique lui était indispensable, surtout après avoir fait cramer deux I-phones...

    Holly : T’es où ? ‘suis avec Eve. J’t’ai ptet trouvé un appart !


    Ça, c’était une bonne nouvelle. Le pyromane se dépêcha de répondre à ce texto encourageant. Se faisant, il fit également de son mieux pour ne pas laisser poireauter Jace.

    – J’crois que j’ai un peu chopé le truc... En tout cas, ça avait l’air de marcher, non ? Je sais pas pourquoi, mais j’arrive à mieux me concentrer quand je tiens une flamme...

    Il s’agissait là d’un des gros paradoxes de sa situation, mais le jeune homme ne s’était pas encore penché sur la question. Il avait des problèmes matériels plus importants que ces raisonnements métaphysiques qu’il avait, de toute façon, toujours cherché à éviter. Comme c’était le cas maintenant, son problème de logement lui revint en pleine figure, écartant son problème « immatériel » de contrôle de pouvoirs. Il espérait que Holly allait lui répondre rapidement car il n’était pas sûr de pouvoir reprendre la méditation avant d’avoir plus d’informations. Et puis, ça l’aiderait bien à se calmer de savoir qu’il n’allait pas rester dans une vieille chambre étudiante un peu moisie prêtée par l’université.

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Message posté : Dim 19 Oct 2014 - 17:09 Message
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Vincent ne se débrouillait pas trop mal — pour un néophyte quasi parfait, il avait une maîtrise certaine des exercices rudimentaires et en se souvenait de la carrure de son interlocuteur, plus ou moins innocemment gravée dans ses souvenirs, Jace supposait qu’une pratique sportive intensive devait aider celui-ci à comprendre les principes de ces entraînements. Pour l’Alpha, entre le sport et l’entraînement de super-héros, il y avait des passerelles innombrables. Au terme du premier exercice, il adressa un nouveau sourire encourageant à Vincent et il le laissa voler de ses propres ailes.

D’une certaine façon, il se sentait un peu en terrain connu. Le feu, ce n’était pas la même chose que l’électricité, bien sûr, mais au fil des années, à la Légion, Jace avait compris que les pouvoirs de ce genre entretenaient une certaine parenté les uns avec les autres. Il lui arrivait parfois d’avoir des discussions détaillées avec une hydrokinésiste de la Légion et ils s’étaient bien rendu compte que leurs expériences élémentaires résonnaient les unes avec les autres. La flamme dans la main de Vincent lui rappelait ainsi les étincelles avec lesquelles il jouait si souvent.

Citation :
T’es où ? ‘suis avec Eve. J’t’ai ptet trouvé un appart !

Les mots avaient fusé dans l’esprit de Jace comme des milliers d’autres, en permanence. Les premières semaines, le jeune homme avait eu souvent du mal à trouver l’équilibre, justement, entre l’écoute passive des myriades de signaux que son esprit était capable de percevoir et l’obsession d’un vacarme assourdissant. Depuis, il avait appris à doser son implication. Le portable de Vincent bippa et les mots lui revinrent en mémoire, eux qui avaient été relégués comme beaucoup d’autres dans un recoin de son esprit, en attendant d’être remplacés par des souvenirs plus utiles.

Par politesse, Jace détourna ses pensées de l’appareil, pour ne pas percevoir la réponse de Vincent et il se mit à observer des insectes qui escaladaient laborieusement un brin d’herbe. Quand son apprenti d’une journée eut fini, il releva les yeux et hocha la tête.

— Tu t’en sors vraiment pas mal. Forcément, c’est pas parfait, mais ça prend du temps, et c’est un sacré début. L’avantage, c’est que c’est des exercices faciles, t’as pas besoin de tonnes d’équipement, alors tu peux faire ça souvent. Et si tu peux utiliser une flamme, c’est mieux. C’t’une espèce de connexion élémentaire, tu vois, c’est une manière d’extérioriser ton énergie, de mieux la contrôler.

Et sans aucune transition, tout du moins sans formuler l’une des quatre ou cinq transitions qu’il avait l’esprit, Jace enchaîna :

— J’ai vu plein d’apparts quand j’cherchais le mien vers le centre-ville, je sais pas ton budget, mais des trucs pas trop chers. Pas forcément super modernes, évidemment, ou super grands, mais sérieux, biens et puis…

Le jeune homme s’interrompit soudainement. Le rose lui monta aux joues. Parfois, son enthousiasme le précédait un peu trop.

— Ah, ouais, euh… Désolé.

Il était décidément plus pondéré sur un champ de bataille. Hors des entraînements et des missions, Jace reprenait de plus en plus naturellement l’entrain énergique et aux milles intérêts divers qui marquait son tempérament. Il désigna le téléphone d’un mouvement de la tête.

— J’voulais pas espionner, mais les messages passent à travers mes pensées.

Ce n’était peut-être pas très clair. Avec un nouveau sourire, Jace balaya le problème.

— Longue histoire.

Ce pouvoir-là faisait partie des quelques-uns dont les médias n’avaient pas eu vent — et pour cause, ils étaient difficiles, entièrement immatériels, à observer.

— Bref, j’voulais pas être indiscret, mais juste, j’avais, t’sais, ces listes d’apparts à louer que t’imprime sur les sites, quand tu t’inscris, j’sais pas si tu vois ? J’ai toujours la liste quelque part à la maison, si des fois ça peut aider.

Pour sa part, il en avait visité une dizaine avant d’arrêter son choix ; en cette saison, à Star City, ce n’était pas les locations qui manquaient. Jace acheva sa proposition d’un haussement d’épaules.

— Voilà. Et donc, la flamme, tu vois, c’est cool. Après, tu peux même faire des choses… Bon, complètement inutiles, d’accord, mais assez sympa. ‘Tends, regarde, comme ça.

Jace tendit la main entre Vincent et lui, paume vers le haut, et aussitôt une petite étincelle, assez semblable à la flamme de Vincent, apparut. L’étincelle se mit à tourbillonner, elle grossit un peu et changea de forme, jusqu’à adopter celle d’un oiseau grossièrement dessiné. Les éclairs à l’intérieur se multiplièrent, devinrent plus denses et le dessin se précisa pour prendre la forme d’un aigle électrique. L’aigle minuscule étendit ses ailes et fit mine de s’envoler, avant de disparaître dans la main que Jace, avec un grand sourire, refermait.

— Les enfants adorent. Les chats aussi, c’est fun. Tu les fais chasser de fausses souris et tout, c’est trop drôle !

Parce que les super-pouvoirs, ça ne servait pas qu’à combattre les super-vilains !

— Bref, tu verras, à force d’exercices, la maîtrise s’améliore. Mais si t’as des trucs à faire avec ta copine et tout…

Ton dégagé impeccable : bien joué, Jace.

— … j’veux pas te retenir, hein.
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Message posté : Dim 19 Oct 2014 - 19:09 Message
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    Qu’est-ce que Holly avait bien pu lui trouver ? La question, pourtant innocente en apparence, du moins, comparée aux multiples nouveautés qui envahissaient la vie de Vincent, s’implanta dans son esprit au point de virer à l’obsession. Il avait beau adorer Holly, il savait aussi qu’elle était souvent imprévisible et qu’elle avait des idées bizarres, en tout cas bizarres d’après lui. Après tout, on parlait là d’une fille qui envisageait sérieusement de manifester nue dans les rues pour n’importe quelle cause se rapprochant vaguement de l’idéologie féministe. Obsédée par le monde des supers, geek et engagée... D’un point de vue objectif, il était difficile de comprendre pourquoi cette demoiselle attirait autant Vincent... Mais on dit après tout que les opposés s’attirent... sans parler du dicton qui dit que les sentiments n’écoutent pas la raison. Ce qui n’empêchait pas le pyrokinésiste de s’imaginer en train de dormir dans un squat de punks sous l’impulsion de son amie... Au moins, il saurait toujours comment se chauffer une fois que l’hiver arrivera. Jace le ramena dans le présent et la réalité en le félicitant sur ses performances pour cet exercice. Le jeune homme électrique parvint même à mettre des mots sur ce que Vincent faisait avec son pouvoir et sur la raison pour laquelle ça l’aidait d’avoir une flamme sur laquelle il pouvait se concentrer. La moitié du discours était du pur charabia pour Vincent, mais il écouta tout de même avec attention, suffisamment pour essayer de retenir les propos de Thunder. Peut-être que c’était comme ces conseils imagé que les gens plus expérimentés vous donnaient, qu’il fallait les garder précieusement en mémoire jusqu’à ce que leur signification se dévoile à vos yeux, telle une révélation divine. Cependant, il n’eut pas trop le temps de digérer ces paroles car Jace enchaîna avec un sujet qui était sans rapport avec ce dont ils parlaient. Vincent mit un moment à comprendre qu’il faisait référence au message de Holly... il mit encore plus de temps à comprendre comment cela était possible... si bien qu’il resta silencieux jusqu’à ce que Jace se justifie.

    – Wow... déjà que les pouvoirs « physiques » étonnaient toujours Vincent, il avait du mal à imaginer ce que cela faisait d’avoir des capacités qui affectaient l’esprit... Ca doit faire... bizarre.

    Bizarrement, il ne s’offusqua pas devant cet irrespect de sa vie privée. Nul doute que l’ancien Vincent, celui qui ne s’était pas retrouvé au cœur d’un incendie paranormal, aurait été plus qu’indigné dans cette situation. Mais l’homme qu’il était maintenant avait d’autres priorités. Après tout, lorsque tout un campus connaissait l’histoire la plus perturbante qui lui était arrivée (et qui lui arrive encore) et lorsqu’on avait passé toute une soirée nu à discuter avec un homme dragon, le concept de vie privée était beaucoup moins délicat...

    – C’est sympa... mais je vais voir ce que me propose Holly d’abord, j'suis sûr que c'est une bonne piste... Mais au cas où... je refuserais pas ta liste. il n’était pas en position de refuser toutes les opportunités qui se présentaient généreusement à lui. Mais au fait... j’croyais que les Légionnaires vivaient dans leur Tour de la Paix, c’est pas le cas ?

    Comme quoi même lui connaissait le minimum sur les super héros de Star City, cela dit il n’en savait pas assez pour avoir une idée claire du mode de vie de ces mêmes héros. Dans sa tête, les Légionnaires vivaient H24 et 7 jours sur 7 pour sauver la veuve et l’orphelin au mépris de leur vie privée. En y réfléchissant bien, qu’est-ce que Jace était venu faire ici à la base ? Vincent s’abstint néanmoins de poser la question... ce n’était pas ses affaires et il n’était pas quelqu’un de curieux, en tout cas pas avec les personnes qu’il connaissait à peine. En plus, il n’eut pas l’occasion d’orienter la conversation là dessus car le jeune Légionnaire, très professionnel, en revint au sujet de l’entraînement en faisant cette fois une démonstration. Encore une fois, il serait amusant de réunir l’ancien Vincent et le nouveau côté à côté sur la pelouse. L’ancien aurait probablement été mal à l’aise devant un tel spectacle et aurait trouvé une excuse pour s’éclipser et ne plus jamais revoir le super exhibitionniste. Le nouveau avait une réaction mitigée... le dégoût et le rejet ne furent pas au rendez-vous. Il y avait une bête appréhension ; la peur d’être surpris à cause de cette impression de faire quelque chose de mal, comme ces enfants qui approchaient leurs mains rusées vers la boîte à sucreries gardée par les parents. Mais il y avait aussi du respect, la maîtrise de Jace était impressionnante. Evidemment, leurs expériences ne pouvaient pas se comparer car le jeune Roberts avait ses pouvoirs depuis plus longtemps que Vincent. Mais ce dernier se demanda s’il était capable d’en arriver là... ne serait-ce qu’un jour. A l’heure actuelle, il avait plus d’une chance sur deux de brûler quelque chose lorsqu’il utilisait ses capacités... Enfin, on pourrait peut-être remarquer la présence d’une pointe d’admiration, comme celle que ces mêmes enfants mentionnés par Jace exprimeraient devant un tel spectacle. Cette once d’émerveillement trouvait son origine dans ces collines où il avait réussi à explorer ses nouveaux pouvoirs. Et si l’enthousiasme de Jace arrivait à toucher Vincent, celui-ci ne pouvait pas s’en imprégnait complètement.

    – J’aurais trop peur de brûler les pauvres bêtes... mais je vois ce que tu veux dire...

    Combien de bougies Holly lui avait-elle demandé d’allumer lorsqu’il lui apprit quels étaient ses pouvoirs. Holly encore... mais cette fois, ce fut le blond qui en parla. Enfin c’était ce qui semblait... Est-ce qu’il parlait vraiment d’elle ? « copine » qui d’autre pourrait-il mentionner ainsi ? A moins qu’il parle d’une copine dans le sens général du terme. Après tout pourquoi Vincent n’aurait pas de copine ? Vaste question... Aussitôt embarrassé, l’étudiant prit une teinte de visage si rouge qu’on aurait dit qu’il se trouvait au cœur d’un volcan... non en fait cette comparaison n’était probablement plus possible. Il s’empressa de ranger son téléphone avant de regarder ailleurs. Tiens, un arbre !

    – Holly ?! Non ce... ce n’est pas ma copine... Je suis célibataire... Oh merde !

    Et voilà. Un Vincent mal à l’aise, c’était un Vincent enflammé. Le col de son T-shirt s’embrasa et lui donna l’impression de porter un collier de feu. Immédiatement, car c’était malheureusement devenu un réflexe ces dernières semaines, il retira son T-shirt pour ne pas risquer de le brûler d’avantage... mais pas de bol, de nouvelles flammes jaillirent là où il avait posé les mains. Le pyromane dû se lever et jeter son habit au sol à un bon mètre de lui avant de tendre les mains et d’appeler les flammes à lui. Ca, c’était un exercice qu’il maîtrisait assez bien. Le feu retourné dans sa main, il se concentra un moment pour en réduire la taille jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une petite flammèche. Lorsque la possibilité de l’incendie fut écartée, Vincent jeta un regard désolé en direction de Jace.

    – Rythme cardiaque...


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Message posté : Dim 19 Oct 2014 - 20:34 Message
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Bizarre, ça, c’était rien de le dire. Pendant longtemps, les pouvoirs de Jace avaient été essentiellement physiques — en tout cas, c’était ainsi qu’il les avait perçus. Bien sûr, désormais, rétrospectivement, il comprenait que sa perception de l’électricité dans les objets et les bâtiments avait de longue date influer sur sa manière de considérer le monde, mais avant l’apparition de ses pouvoirs technopathiques, qu’il avait développé à force d’entraînement, le jeune mutant n’avait jamais mesuré combien son existence était spécifique. Désormais, aucun jour ne s’écoulait sans qu’il ne sentît se creuser le fossé qui le séparait du reste du monde, y compris de ses semblables métahumains.

L’adolescent haussa les épaules d’un air évasif et, de toute évidence, il n’avait pas vraiment envie de s’étendre sur la question. Il doutait que quiconque pût se rendre compte de ce qu’il éprouvait au quotidien et l’idée d’observer l’incompréhension des autres était douloureuse. Parler d’arrangements immobiliers, c’était beaucoup moins compromettant.

— Quelques-uns, oui. Mes parents ont un appartement en haut de la Tour, par exemple, mais maintenant qu’j’suis majeur, et puis j’ai un travail et tout, chez Lane & Robb, j’ai envie d’être un peu tranquille chez moi. J’veux dire, j’ai pas spécialement de problèmes avec eux, même si…

Il laissa sa phrase incomplète. Les mois passés avaient fait émerger bien des sujets de tensions entre les Roberts — et Jace s’en savait intégralement le responsable. Son refus de faire des études universitaires avait d’autant plus contrarié son père qu’en la matière son potentiel était devenu considérable. Sa bisexualité avait plongé sa mère dans des abîmes de perplexité. Et son désir un peu brusque de quitter le logis familial avait jeté un froid.

— Donc, pas mal de Légionnaires vivent à l’extérieur, en fait. Parce qu’ils veulent des maisons, parce qu’ils ont déjà un chez eux ou, je sais pas, pour pas être en permanence un Légionnaire. C’est important pour pas mal de monde, ça, tu sais, garder contact avec la réalité. Après, y a des gens qui sont plus, disons… monomaniaques.

Comme lui, sans doute. Il avait ses loisirs, il avait ses amis, mais son dévouement à la Légion prenait parfois des proportions un peu trop vastes pour sa vie de jeune homme dans la fleur de l’âge. Son propre appartement, un travail chez Lane & Robb, quelques conquêtes éphémères, c’était sa manière à lui de construire une existence dont il n’avait jamais pris soin jusqu’à lors : celle de Jace Roberts, plutôt que celle de Thunder.

Pendant un instant, Jace hésita à inviter Vincent à visiter la Tour de la Paix. Après tout, les touristes venaient nombreux aux visites guidées organisées dans les étages publics du célèbre édifice. Mais le jeune homme craignit que cette proposition fût un peu prématuré, tant l’embarras de son interlocuteur devant toutes les manifestations métahumaines étaient palpables. Au moins sa démonstration littéralement étincelante ne fut pas accueillie avec une trop grande hostilité.

Jace laissa échapper un petit rire devant les scrupules animaliers de Vincent.

— C’est une question de principe, mais j’avoue, je me suis entrainé sans personne avant. T’imagines si j’avais électrocuté le chat de Steelwing ?

L’héroïne aux ailes d’acier n’avait pas la réputation d’un tempérament très commode. Mais peut-être Vincent n’était pas très familier de cette Légionnaire dont la réputation n’avait pas encore dépassé le cadre étroit de la métropole stellacitadine.

Les chats et leurs infortunes aux mains de jeunes mutants trop joueurs furent cependant promptement éclipsés par la conjugaison captivante de la vie sentimentale de Vincent et d’un nouveau strip-tease. Par réflexe, Jace s’était levé d’un bond, prêt à intervenir, mais comme son disciple improvisé maîtrisait — à peu près — la situation, il en fut bientôt réduit à un statut d’observateur de moins en moins professionnel et de plus en plus intéressé.

Rythme cardiaque, hein. Jace murmura tout bas, pour lui-même :

— … à qui l’dis-tu…

Le jeune super-héros détacha à contrecœur les yeux des abdominaux du footballeur, faute d’avoir un prétexte innocemment médical pour les ausculter en détail.

— Tu, hm…

Là, il était sans doute censé reprendre son rôle de super-héros expérimenté, plutôt que de prier intérieurement pour que le pantalon de Vincent prît feu à son tour.

— … gères bien ce genre d’incidents, en tout cas. T’enlèves vachement vite ton tee-shirt, déjà…

Lumineuse observation, monsieur le génie.

— Ouais, enfin, j’veux dire… Bien joué.

Il y avait des gens qui essayaient de calmer leur rythme cardiaque, Jace, lui, essayait de calmer les caprices de sa testostérone — la faute, sans doute, aux températures printanières de ce début d’octobre. Difficile cependant de se contrôler, quand le simple fait de se sentir un peu idiot devant un joli garçon — ou une jolie fille — constituait une sorte d’interlude salvateur dans un quotidien désormais beaucoup trop mûrement réfléchi.

— Bon, ben, on dirait que t’es bon pour éviter les parties de poker pendant un moment, parce que le bluff, ça risque de pas être trop ça. Enfin, j’suis désolé, j’avais pas l’intention de fouiller dans tes affaires de cœur.

Ben voyons.

En tout cas, tout en parlant, Jace observait avec un intérêt constant la végétation du parc, somme toute bien ordinaire et beaucoup moins palpitante que son athlétique interlocuteur. Un bel exemple d’abnégation.

— Bref, ça change rien, l’appart et tout, elles doivent t’attendre. Si tu veux, j’peux t’laisser mon numéro.

Un temps.

— Si jamais tu veux m’appeler…

Un temps.

— Pour des conseils. Bien sûr.

Un temps.

— Ouais, voilà, je l’ai enregistré dans la mémoire de ton téléphone.

L’art du naturel en toutes circonstances. Ou presque.
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Message posté : Dim 19 Oct 2014 - 23:06 Message
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    Thunder ne s’attarda pas sur la bizarreté de ses pouvoirs et Vincent ne chercha pas à recentrer la conversation dessus. Il avait bien assez de mal à s’habituer à ses propres pouvoirs sans avoir à essayer de concevoir ou d’imaginer ceux des autres, surtout lorsqu’il s’agissait de capacités aussi déconcertantes. En même temps, il était encore en train d’essayer de se remettre de sa rencontre avec un dragon... mais le jeune homme serait sans doute condamné à vivre le reste de ses jours avec ce souvenir traumatisant. Restait à savoir dans quelles conditions sa vie allait pouvoir se poursuivre. Mine de rien, sans même s’imaginer en Légionnaire, il essayait de s’informer sur la façon dont les super pouvaient vivre. Jace était la preuve vivante qu’il était possible d’être un super et d’avoir une famille. Mais bien évidemment, Vincent était loin de se douter de toutes les particularités qui entouraient la vie de la famille Roberts. Ainsi, même en faisant partie d’un groupe aussi renommé que la Légion, il était possible d’avoir une vie à part. Intérieurement, l’étudiant ne put que se féliciter de ne pas avoir eut cette conversation avec Holly, son amie se serait immédiatement mise à sautiller sur place en imaginant Vincent dans la Tour de la Paix. Le concerné n’aurait pas pu supporter ça... Pas plus qu’il ne pouvait rester impassible en écoutant Jace mentionner ses problèmes ou son absence de problème avec sa famille. Un sujet qui, même s’il ne l’impliquait pas directement, remuait le couteau dans la plaie du pyromane. Il fit cependant de son mieux pour ne rien laisser transparaître et retourner tranquillement sur le sujet de l’entraînement. Beaucoup plus agréable comme sujet... et pas du tout contre nature.

    – Je ne savais pas qu’elle avait un chat. déclara-t-il avec tout le sérieux du monde dans sa voix et un sourire léger sur les lèvres. Il n’était pas sûr que la blague fasse rire ou même sourire le jeune héros. En tout cas, pour quelqu’un qui avait toujours fait son mieux pour en connaître le moins possible sur le monde des héros, parler du chat d’une héroïne était assez ironique.

    Blagues mises à part, Vincent dut encore se débattre avec ses pouvoirs qu’un rien (ou plutôt qu’une « Holly ») perturbait. Le tout, sans avoir conscience de l’intérêt qu’il pouvait porter au garçon électrique. Préoccupé par son pouls, Vincent n’entendit pas le commentaire de Jace, il l’entendit cependant lui parler de son « savoir faire ».

    – Ouais... commença-t-il d’un air un peu triste. Mais c’est toujours mieux que de finir à poil. C’est pas facile de remettre ses fringues quand il n’en reste que des cendres. Remarque... avec ça... j’pourrais toujours me reconvertir dans le strip tease ! lança-t-il pour essayer de minimiser ses problèmes... Quoique... ce serait une façon sympa d’arrondir ses fins de mois. Pas très honorable peut-être, mais à grands maux...

    Le Poker ? Non ça ce n’était pas possible, comme Jace le fit remarquer lui-même. Avec le stress, Vincent serait capable d’incendier ses cartes... ou l’argent mis en jeu. Enfin... que ce soit avec les jeux d’argent ou avec les jeux de l’amour, il n’était pas du tout dans sa bonne période et ses chances étaient complètement nulles. Déjà qu’il n’était pas spécialement doué pour ce genre de chose en temps normal. Il n’avait pas vérifié son horoscope récemment, ne croyant pas à ce genre de chose, mais il ne devait pas être brillant en ce moment. Pas de quoi le libérer du pessimisme qui le hantait.

    – T’inquiètes pas... y a pas d’histoire de toute façon.

    Il y avait juste lui, ses flammes, Holly, la passion de Holly et Jason... Décidément, la table de jeu était beaucoup trop pleine, il n’avait aucune chance de remporter la partie. Mais malgré ses mauvaises chances, il remporta tout de même un numéro de téléphone, celui d’un super héros en plus. Youpiiiiieuhhh quoi ? Pourquoi cette tension tout d’un coup ? Car il sentait qu’il y avait une sorte de malaise. Ou bien c’était son imagination...

    – O... Ok, pourquoi pas.
    Et c’était contagieux en plus ! Mais qu’est-ce qui se passait ?

    – Ouais...

    ...

    – Si jamais j’arrive pas à amuser les chats avec mes flammes...

    Mais qu’est-ce que tu racontes, Vince ? Vite reprends-toi ! Tiens, ramasse ton T-shirt et enfile-le, ça t’occupera les mains au moins.

    – Wow... c’était rapide. Merci... Euh... je sais pas si j’peux t’aider en retour mais... si t’as besoin d’un coup de main ou... je sais pas... N’hésite pas. Au fait, t’étais venu pour quoi ?

    Ah ben voilà, on retourne gentiment vers quelque chose de plus normal... Si ce terme était encore applicable de nos jours.

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Message posté : Lun 20 Oct 2014 - 14:07 Message
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— Voilà.



— Voilà voilà.

Jace essayait de trouver un moyen de relancer la conversation un peu plus élaboré que « et sinon, tu aimes les chats ou tu préfères les chiens ? », tout en tentant de ne pas songer à la belle carrière de strip-teaseur qui s’offrirait peut-être bientôt à Vincent et pour laquelle il aurait pu, secourable comme il l’était, lui proposer de l’aide, mais s’il avait beau exploser tous les tests de QI, il se sentait bien idiot en ce moment. (Comme tous les garçons — c’est bête, les garçons.)

Fort heureusement, Vincent lui tendit une perche providentielle quoique immatérielle.

— Ah, euh ! Chercher un nouveau club de sport.

En parlant de ça, puisque Vincent avait l’air plus nerveux qu’enflammé, le moment était peut-être venu de rejoindre la civilisation. Jace se dirigea vers l’allée. Il ne pouvait s’empêcher de se demander si toute la nervosité de son interlocuteur venait de cette fameuse Holly. Ou de ses pouvoirs ? Ou de son numéro de téléphone ? La dernière hypothèse lui paraissait stupide. Jace Roberts n’avait pas une très haute idée de ses charmes.

— J’étais au lycée, avant, mais maintenant que je suis majeur…

Il s’était senti obligé de le préciser. Pour ne pas avoir l’air trop jeune. Immature. Inexpérimenté. Comme si le leader de la Team Alpha risquait de passer pour un lycéen lambda.

— … j’peux plus jouer dans l’équipe de basket. J’faisais du basket, avant. Après, j’suis pas, tu sais, super doué. Je veux dire, pas mauvais, OK, ça va, mais je fais pas non plus deux mètres dix, et puis j’ai pas spécialement le temps de m’y consacrer à fond, alors jouer au niveau universitaire, c’est carrément exclu. Du coup, j’me disais, quelque chose d’autre. C’est l’occasion de changer. Mais je sais pas trop quoi choisir.

Jace tira des poches de son blouson la dizaine de prospectus qu’il avait récupérés en parcourant les allées du forum des sports.

— On m’a refilé plein de trucs pour des sports de combat, mais de ce côté-là, c’est bon, j’suis déjà servi.

Il avait dit ça comme une évidence, mais il se rendit compte que pour un humain fraîchement débarqué, semblait-il, du Kansas, sa réputation d’artiste martial n’était peut-être pas un fait bien connu.

— Je suis plutôt…

Doué en kung-fu. Les yeux posés sur Vincent, Jace ravala la fin de sa phrase, en comprenant qu’il avait eu l’intention de se faire mousser. Lui qui avait plutôt l’habitude de rester vague sur ses accomplissements les plus exceptionnels eut un peu honte de ce qui lui apparaissait comme une tentative mesquine. Il détourna le regard, haussa les épaules et reprit le fil de ses explications en faisant l’impasse sur les arts martiaux.

— Alors, je sais pas. Des trucs d’athlétisme, pourquoi pas, mais je me demande si c’est pas un peu chiant à la longue, et puis j’aime bien avoir des gens en face de moi. Le tennis, ça a l’air sympa, par exemple, mais j’en ai vraiment jamais fait.

En somme, Jace ne cherchait pas une activité physique — entre ses entraînements et ses missions, il n’en manquait pas — mais un divertissement.

— Après, maintenant, j’sais pas si ce s’rait très juste pour moi d’avoir un adversaire…

Comme il était devenu capable de sentir les réponses électriques des corps des autres et même, dans une certaine mesure, de prévoir leurs prochains mouvements, les face-à-face risquaient fort de tourner souvent à son avantage.

En parlant, ils avaient rapidement rejoint le forum des sports et sa foule. Jace se rapprocha de Vincent et lui glissa d’un ton spontanément protecteur :

— T’inquiètes pas, hein, j’suis là, et puis si tu l’sens pas, on coupe par les pelouses et on retourne au calme.

Il lui adressa un sourire confiant, avant de balayer les stands autour d’eux d’un regard.

— T’étais venu avec des amis, j’crois. S’tu veux, j’peux essayer de les retrouver. Enfin, de retrouver leurs téléphones, surtout. Pour peu qu’ils se les soient pas fait piquer, ça reviendra u même.

Il ne se mit pas immédiatement à la tâche cependant, parce que dans un pareil brouhaha électronique, un tel exercice exigeait une singulière concentration et si Vincent préférait ne pas rejoindre ses connaissances, Jace aimait autant s’épargner une migraine carabinée. Son propre téléphone vibra et, sans le sortir, Jace lut mentalement le message de Jaina.

Citation :
Alors, tu emballes ?

La réponse se composa d’elle-même dans la machine.

Citation :
N’importe quoi.

Aussitôt après, Jace s’exclama :

— Tiens, ça, ça a l’air trop cool !

L’adolescent attrapa le poignet de Vincent et l’entraina deux stands plus loin, pour contempler d’un air sincèrement ravi les mots qui s’inscrivaient en gros sur une bannière :

Courses d’orientation
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Un-deux-trois. Un-deux-trois.

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