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Just like an hangover || PV Anna

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Message posté : Mer 8 Oct - 13:14 Message
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C'était un immeuble de standing, avec un réceptionniste de standing, un appartement qui était de standing, et il fallait bien l'avouer, Edward LeBlanc se traînait une gueule de bois de standing. S'il avait arrêté la came, il n'avait jamais réellement réussi, ou même essayé, d'arrêter de sortir, et puis de toute façon, il avait l'excuse d'essayer de travailler. Oui, dans les bars. Parce qu'on y trouvait des groupes de musique. Que les producteurs produisaient des groupes de musique, ce qui paraissait à peu près logique. Qu'il était producteur. Et que donc, il se retrouvait dans les soirées en question pour trouver des gens à produire. Ça marchait souvent, mais là, non. La soirée avait été d'une inutilité totale et pour tromper son ennui, il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de se saouler – sans penser aux conséquences. Edward LeBlanc pouvait se révéler être un véritable gosse se foutant éperdument de ce que pouvaient engendrer ses actes lorsqu'il le voulait. Ou qu'il ne le voulait pas, d'ailleurs. Souvent il agissait sans réfléchir, ce qui entraînait des situations bizarres, ou compliquées, et en attendant, il les regrettait toujours. Il s'amusait, et puis après, tombait des nues lorsqu'il revenait à la réalité.

Pour ce cas précis, rien de bien méchant sinon un vilain mal de crane dont il n'allait pas se débarrasser de si tôt. Plus problématique avait été son retour chez lui : c'était un miracle qu'il ne se soit pas égaré, ou qu'il ne soit pas tombé à l'eau sur le port, des choses comme ça. A force de se mettre minable comme ça, le réveil était difficile, aussi. Il était bien arrivé à bon port, mais s'était écroulé comme une loque sur son lit, toujours habillé. Un miracle qu'il n'aie pas vomi. Ou quelque chose de plus dégueulasse. Il était clean. Pas très frais, mais clean ; c'était une satisfaction suffisante pour Ed qui ne demandait pas grand chose et dont les objectifs étaient assez réduits en ce moment. Voir sa fille, éventuellement, pour l'instant elle vivait chez son grand-père, mais pas dans cet état là, foncièrement. Il comprenait lui même que en l'état, ce n'était pas possible. Il admettait. Puis de toute façon, en fait, là, il ne pensait à rien sinon à dormir et se remettre de cette gueule de bois.

Il faudrait qu'il se confronte avec la réalité, un jour. Pas mal de gens lui disaient qu'il faudrait peut-être qu'il allait voir son père, qu'il tente de reparler à sa sœur. Son père, il n'avait pas grand chose à lui dire, et pas très envie de subir le regard de mépris qu'il aurait fatalement pour ce fils prodigue revenu de son trip en Europe parce qu'il accusait le coup de ce qu'il y avait fait. Non,il irait voir Georges quand la RSR n'aurait rien à envier à personne, ce qui au train où allaient les choses, irait vite, quand il n'aurait plus à rougir d'être revenu. Et puis Anna...Anna, en fait, très franchement, il en avait peur. Il n'avait pas envie que tout ce qu'il avait fui recommence. Et puis de toute façon, qu'est-ce qu'ils auraient eu à se dire ? Qu'il était désolé ? Il l'était sincèrement, mais ça, il n'était pas sur qu'elle l'entende. Ça ne réparait rien ; ça n'effaçait pas non plus le passé. Et quelque chose lui disait qu'il allait un peu payer s'ils se voyaient.

Surtout maintenant. Il avait un comportement un peu lâche, il l'admettait. Mais Edward était quelqu'un d'assez centré sur lui même et il se fichait assez de l'avis des autres. Seule sa petite personne l'intéressait, et en l’occurrence, il ne demandait rien à personne sauf qu'on le laisse là, étalé comme une loque sur son lit après un lendemain de soirée. Ce qui était sur, c'est que le réveil allait être difficile...et évidemment, il fallut que quelqu'un cogne à la porte. Il n'ouvrit pas tout de suite les yeux. Le bruit l'agressa de manière abrupte, tout était à un volume de décibel trop fort pour lui, mais il se retourna simplement dans le lit. Sauf que le bruit continua. Edward ouvrit un œil qui mit un temps certain à identifier l'endroit où il se trouvait. On frappait toujours. Ça voulait dire que la personne avait passé le réceptionniste, donc voulait le voir lui en particulier. Et dire qu'il ne voulait voir personne :

« Foutez moi le camp ! Je veux voir personne, m'entendez ? Je suis pas là, tiens, repassez plus tard. Je travaille, je peux pas vous voir. »
Tout plutôt que se lever. Tout plutôt qu'affronter quelqu'un ce matin – même si en réalité, on était plutôt le midi. « Je suis trop mal pour répondre, tiens, oui. Je suis en manque, ouais voilà. » Ouais, non mauvaise idée de dire ça. Surtout si c'était la nouvelle psy – la vieille, pas la sexy – qui venait le voir. «  Non, bon, pas en manque et pas défoncé non plus. Je suis clean. La seule drogue que vous trouverez dans cette maison, c’est de l’aspirine, et j’aime autant vous prévenir que si vous détruisez cette porte, vous en aurez besoin ! Parce qu'à cogner dessus comme ça... »

Le bruit était monstrueusement amplifié et accentuait son mal de crane, alors même que la personne était peut-être en train de frapper normalement à la porte. Edward opta pour une autre technique : faire le mort en priant pour que la personne, qui qu'elle soit, famille, ami, psychiatre, dealer, mouton, chien ou chat, se lasse et parte. Cela eut l'air de marcher puisqu'elle arrêta, pour reprendre juste deux minutes plus tard.

Il fallait se rendre à l'évidence : il ne pouvait plus y échapper. Se hissant en position debout, il tenta de se lever, manqua de se casser la figure par terre, et traversa l'appartement pour ouvrir la porte.

« Oui, oui, ça va, ça va, j'arrive, j'ouvre. »


Il déverrouilla la porte avec un brin de circonspection.

Anna. Et merde. Ce n'était pas du tout le bon moment pour une telle conversation. Il ne s'en sentait ni le courage, ni la capacité, ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Qu'est-ce qu'il aurait pu dire à cette sœur qu'il n'avait pas vu depuis quatre ans, qu'il fuyait un peu car plus puissante que lui, sans doute, totalement opposée au caractère qu'il avait et qui en plus, le faisait un peu flipper. Rester calme, posé. Surtout pas de vague. Parler normalement. Oui, mais pour dire quoi ? Il n'en savait fichtre rien, ne sachant absolument pas ce que sa sœur pouvait bien lui vouloir...

« Oh. Salut. »
Il avait décidément trop mal à la tête pour tenir une discussion sensée. «  Désolé, je pensais pas que c'était toi. Sinon j'aurais ouvert plus tôt. Hem...tu veux entrer ? Entre, viens, on va pas rester sur le pas de la porte. » Il ouvrit un peu plus largement la porte et laissa sa cadette entrer à l'intérieur. Certes l'appartement était un foutoir sans nom, mais ça valait toujours mieux qu'un palier. « Tu veux un café ? » Il se dirigea vers la cuisine, se servit un verre d'eau et y plongea une aspirine. « Je devrais être mort à l'heure qu'il est, vu ce que j'ai bu, mais j'ai survécu, je crois. Et ce qui ne me tue pas me rend plus... bizarre. Tu m'excuseras d'avance, je suis pas réellement en état de parler, je crois. »

Il but une gorgée d'aspirine. Il ne savait pas trop ce qu'elle fichait là et se demandait quelle attitude adopter. Tenter de la jouer grand frère normal, comme s'ils s'étaient vu le jour d'avant ? Non, il ne se sentait pas capable de parler de la pluie et du beau temps et de banalités dans le même genre, il n'en avait pas envie de toute façon.

« Et, euh, sinon, tu voulais quoi ? »
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Message posté : Jeu 9 Oct - 12:58 Message
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Edward Georges LeBlanc, le fils prodigue, le seul, d'ailleurs. L'Alpha et l'Omega, celui par qui tout ses tourments avaient commencés, avant même que son père et que son grand-père ne se révèlent sous leur véritable jour, avant qu'ils ne démontrent à quelle point ils pouvaient dénigrer les liens les plus basiques et ancestraux de la piété filiale, au nom d'une logique familiale surannée et absurde. Ils n'étaient que les personnifications de leur époque, les reliquats d'un temps effrayé par les changements. Comment réagir, d'ailleurs, à la fin du vingtième siècle, dans une période qui a connu plus de bouleversements en quelques décennies que dans l'intégralité des deux mille années qui l'ont précédé ? Qu'est-ce qui pouvait bien vous préparer à voir, au sein même de votre famille, les bases les plus anciennes et celles qui semblaient les plus immuables sombrer dans les abysses, pour laisser place à l'inconnu ? Comment réagir à une Anna, alors que tout semblait aller si bien avec un simple Edward ?

La réponse ne fut pas trouvée, à vrai dire. On pensait qu'en laissant le temps faire son œuvre, la situation trouverait sa solution par elle-même. Ce n'était pas le cas, bien au contraire. Pour reprendre une expression populaire, on aurait pu simplement décrire la situation que traversait la famille LeBlanc, en ce moment, par l'adage suivant : "Tout fout l'camp."

Une fille dotée de puissants pouvoirs, un fils désespéré s'exilant sur un tout autre continent, loin de ses terres natales, un froid glacial séparant chacun des membres de la famille...

Personne ne voulait voir l'autre. Personne ne voulait même imaginer l'autre, car chacun avait peur de l'autre. Edward pouvait avoir peur d'Anna, mais la réciproque était vraie, pour une raison bête : c'était l'héritier. Celui qui, un jour, n'hésiterait probablement pas à la jeter plus bas que terre, à lui faire payer tout les agissements qu'elle avait perpétuée au nom d'une vengeance qui, même dans son point de vue, était puérile.
Puérile, mais cathartique.

Elle avait appris qu'il était de retour en ville. Qu'il avait entrepris une cure de désintoxication, par les rumeurs dont son père, éternel garant de la sûreté de son fils qu'elle ne pouvait deviner que privilégié sous l'apparent vernis de dédain, l'avait abreuvé. "Il reviendra", lui avait-elle dit, "et lui, peut-être, saura où est le bien de la famille LeBlanc, puisque tu n'es pas en mesure de penser à autre chose qu'à me faire tourner en bourrique."

Oh, il était revenu, cela était sûr, mais elle ne pouvait pas le laisser tenir ce rôle. Sa haine était trop grande, trop sourde, elle ne pouvait décemment laisser l'héritage de son père perdurer sur d'autres générations, elle ne pouvait laisser cette petite raclure qui avait pour seul privilège de disposer d'un bout de viande entre les jambes perpétuer une trop longue tradition d'oppression patriarcale.

Elle devait terminer son office. Elle devait le briser. Elle devait récupérer la direction des LeBlanc, et mettre à terme à une trop longue lignées d'oligarques et d'apprentis despotes...

Avec une curieuse impulsivité, elle s'était donc rendue à l'adresse qu'elle avait réussi à récupérer auprès de la comptabilité de son père, faisant ronfler dans le parking de l'immeuble le puissant moteur de sa Shelby, arguant au personnel qui surveillait les lieux qu'en sa qualité de membre de la famille LeBlanc, elle avait tout droit d'être ici et d'agir comme il lui convenait : sa famille payait des sommes folles pour l'épave qui leur servait d'héritier ! -Evidemment, elle n'utilisa pas ces termes, enrobant la réalité dans un charmant cocon de "visite de courtoisie pour souhaiter un bon rétablissement" -
C'est pour cela aussi, qu'elle frappa bien fort, bien sourdement à la porte. Elle souhaitait déranger, et cette voix pâteuse qui lui répondit était déjà, en elle-même, une victoire.

Et pourtant, l'espace de quelques minutes, elle fut prise de doutes, et s'interrompit dans son assaut : Qu'allait-elle lui dire ? Et si il avait changé et n'était aucunement le même que le Edward qu'elle avait vu partir il y avait quatre années de cela ? Que ferait-elle ?

La réponse lui vint de cette personnalité intrépide de Vadóc, à vrai dire. Il fallait agir, réfléchir ensuite, dans le feu de l'action, et elle reprit ces frappes sourdes avec une vigueur redoublée. Il fallait qu'elle le voit. Il fallait qu'elle s'assure de son état. Oui, il fallait qu'elle enfonce le clou : une gueule-de-bois, fut-elle liée à un quelconque désespoir, ne suffisait pas.

En fait, elle voulait peut-être même qu'il se suicide.

Il ouvrit, et elle accueillit son frère avec un visage de marbre hautement condescendant et réprobateur que son père, avant elle, avait tant de fois arboré, et elle ne répondit pas. Aucunement, le laissant s'enfoncer, entrant pour constater l'état de l'appartement.

D'un coup, elle ne savait plus trop quoi dire ou faire, elle-même. Elle lui en voulait, réellement. Elle voulait toujours sa déchéance, mais être confrontée à elle de pareille manière, c'était une tout autre affaire.

Il était pitoyable, au-delà de toute description. Ce n'était plus le Edward LeBlanc qu'elle avait connu. C'était une épave, un déchet, pas même en mesure de porter avec dignité son patronyme.
Une fin de race, dans l'imaginaire idéalisée de la jeune fille, et son ton ne manqua pas de le faire savoir, car Anna se laissa aller. Elle se laissa aller d'une manière que peu de personnes avaient auparavant pu constater, si tant est qu'elle l'ait déjà fait.

Son vernis craqua, et elle jura, adoptant un langage parfaitement grossier et ordurier, à la mesure de la colère qui était la sienne en découvrant cet état de fait :

" Putain de merde ! " fustigea-t-elle son frère en tapant sur le comptoir de la cuisine, " C'est quoi ce foutoir, nom de Dieu ? Tu crois que Papa se casse le cul pour te payer de la vodka et de l'aspirine ? Tu t'es regardé dans une glace ? On dirait un mendiant ! Un putain de clodo ! "

C'était plus fort qu'elle. Derrière sa haine, elle voulait en fait l'aider. L'héroïne, peut-être, ou la LeBlanc, allez savoir...

" Et c'est à ça que te sert ta cure ? " continua-t-elle, furibonde, avant de s'interrompre pour se passer une main sur le visage. " Si j'avais su, je n'aurais même pas fait le déplacement ... Putain, quelle épave ... "
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Message posté : Sam 11 Oct - 23:49 Message
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Qu'est-ce qu'on pouvait dire à propos d'Edward LeBlanc en voyant cet appartement ? Qu'il était bordélique, sans aucun doute. Des papiers, journaux, partitions, contrats, livres, dans tous les coins, la vaiselle pas faite. On pouvait aussi dire qu'il était musicien, à cause de la guitare qui reposait sur le canapé, à une place de choix, sans parler du piano dans le salon – il n'était pas un musicien classique, mais jouer, lorsqu'il était tout seul et qu'il n'arrivait à se concentrer sur rien, l'aidait à reprendre pied et à faire le point. On pouvait noter les murs de disques, du rock, pour la plupart. Peu de ses albums – il ne les écoutait presque jamais, il se contentait de les jouer, quand, de temps en temps, on lui demandait de le faire. Peu de photos. Une seule en fait, celle de Liz, lui, et Juliet, prise peu après la naissance de leur fille. Quand Edward était encore à peu près clean. Il avait connu ses années noires, sa période de déchéance : en était-il revenu ? Il n'en était pas sur. S'il avait arrêté la came, elle avait encore ses effets sur lui. Il pensait à sa fille, qu'il ne voyait plus. Et à Liz.

C'était le 14 Février, la Saint Valentin. Les roses étaient là, mais elle était si loin, maintenant. Il pouvait user d'artifice pour atténuer la souffrance. Il devait rester calme, mais la vérité restait là : elle était partie. Et il y a des jours où il en perdait la foi. Parce-que cette femme n'était pas seulement bonne et juste, elle était grande. Elle disait que la musique est une demeure pour la douleur. Et elle expliquait, Edward était jeune, elle disait : "Prends cette rage, mets-la sur une feuille. Emmènes cette feuille sur scène. Et casse la baraque"...il en aurait pleuré. Pleurer pas seulement pour lui même, de rage et de douleur de l'avoir perdue, mais aussi de honte de l'avoir entrainée là dedans, parce qu'elle méritait mieux que ça, sa Liz. En ce qui concernait cette mort ci, c'était la seule fois dans son existence ou Edward LeBlanc n'avait pas été totalement égoïste. La seule fois où il avait pu regarder les gens autour de lui et se dire que chacun, tout le monde, luttait comme lui contre la mort. Et si quelqu'un avait perdu une soeur, alors quelqu'un avait perdu une mère. Et si quelqu'un avait perdu un père, alors quelqu'un avait perdu un fils.

C'était sans doute à partir de ce moment là qu'il avait commencé à avoir honte, vraiment honte, de ce qu'il avait été étant jeune – un mauvais frère, un mauvais père, un junkie. Sans aucun doute un sale con et un minable. Ca ne l'empêchait pas d'essayer de redresser la barre. Ca ne l'empêchait pas d'essayer. Même avec Anna. Il en avait peur, bien sur, et il avait surtout honte. Bien sur qu'il avait changé, mais est-ce qu'elle le savait ? Probablement pas à voir la tronche qu'elle tirait. Il jeta un œil dans le miroir, tout proche. Ed estimait qu'il n'avait pas tant que ça une gueule de pouilleux, mais il fallait bien l'avouer : en général, il avait meilleure gueule lorsqu'il ne buvait pas. Une meilleure conscience lorsqu'on ne venait pas lui faire ce genre de reproche, mais il s'y attendait, et c'était plutot le bruit qu'elle faisait qui motiva une réponse assez acerbe de sa part.

« Normalement, là, n'importe qui serait en train de demander : 'comment tu vas ?' et là je répondrais 'Mieux. J'ai arrêté la came, j'ai repris du poids – parce qu'avant, tu sais, je devais peser la moitié du poids normal pour un mec de ma taille – et j'arrive à dormir. Mieux, je suis clean, je suis plus un junkie.' Je demande pas de pitié parce que ce qui est arrivé, c'est ma faute, mais un minimum de politesse, ça je serais pas contre. »


Il marqua une pause. Le regard bleu s'était fixé dans les yeux d'Anna, pour ne plus les lâcher, avec quelque chose de sauvage, de presque dérangeant, dans la manière qu'il avait de fixer les gens. Il n'avait pas peur de regarder, il s'en foutait. Il provoquait, simplement en regardant. Soit les gens n'avaient pas peur et ils continuaient à regarder, soit ils avaient peur, ils ne voulaient pas affronter, que ce soit parce que c'était par peur, ou par facilité. Il dérangeait. Il était le vilain ex-junkie, le type qui ne rentrait pas dans les cases. Il ne passait pas bien dans le monde habituel d'où il était issu. Edward LeBlanc méprisait les convenances et à coté de ça, il restait plus sympathique que le gratin de la bonne société. Il parlait franchement, clairement. Et surtout, il n'était pas hypocrite, pas méchant. Dans ces milieux là, on prenait un nom, et détruisait le nom ; gratuitement, par pure méchanceté. S'il était parfaitement capable de se défendre, car Edward savait être sarcastique, presque autant que son père, il évitait en général d'être mauvais ou particulièrement agressif. Simplement, il n'avait pas envie d'entendre quelqu'un hurler, il était trop fatigué pour ça. Trop fatigué de la soirée, certes, mais aussi de tout. Il avait traversé toutes sortes d'épreuves. Ce n'était pas pour que la gamine qui lui servait de sœur vienne lui en rajouter une.

« Sérieusement, tu étudies vraiment dans une école prestigieuse ? On dirait plutôt que tu as été élevée par des loups, je t'assure...eh, ça ferait un bon titre de chanson, ça. Des loups. Attends un peu, doit y avoir une chanson qui parle de ça... » Il attrapa la guitare sur le coté et commença à jouer : « Ouais, c'est ça, c'est de U2, je crois. Face down on broken street
There's a man in the corner in a pool of misery
I'm in a white van as a red sea covers the ground
Metal crash I can't tell what it is
But I take a look and now I'm sorry I did.
5:30 on a Friday night 33 good people cut down
I don't believe anymore
I don't believe anymore
Face down on a pillow of shame
There are some girls with a needle trying to spell my name
My body's not a canvas
My body's now a toilet wall
I don't believe anymore
I don't believe anymore
Raised by wolves
Stronger than fear
Raised by wolves
We were raised by wolves
Raised by wolves...
»


Une pause. Bon, il fallait sans doute l'admettre, cette conversation n'avait mis qu'un temps très limitée à devenir totalement improbable. Il sourit, amusé de lui même, jugeant que s'il était parvenu à ses fins – c'est à dire qu'en réalité, il adorait rendre la journée de tout un chacun un peu plus surréaliste – c'était tant mieux. Même si en l’occurrence, dans le cas d'espèce, c'était simplement que son esprit dérivait totalement parce qu'il se remettait assez difficilement de sa gueule de bois. Monumentale, il l'admettait bien volontiers. Il reposa la guitare :

« Alors quoi ? Tu viens faire quoi, à part m'insulter ? Me faire culpabiliser ? Pas de chance, ici, je paye tout. Tu croyais quoi ? Que papa m'entretenait ? C'est ça qu'il t'a dit ? J'y crois pas, franchement ! Il l'a fait ! Il y est arrivé ce vieux dégénéré...rien de tout ça, rien, n'a a voir avec papa. Et quant à ma cure, je suis clean. Je vais bien. »


Ce n'était pas vrai, pas entièrement. Il était parti trop loin pour en revenir totalement. Il avait plongé, plongé gravement, et le regard qu'il lui lança revenait de très loin – c'était celui d'un homme qui avait tout perdu. Mais également celui d'un survivant :

« Tu peux rien me faire, Anna. J'ai déjà tout perdu. Quoique tu fasses, ce sera pas pire que ce qu'il s'est passé avant. Ca ne peut pas l'être. »


Il sourit, patiemment, et finit son aspirine. Tranquillement, comme si rien n'avait d'incidence sur sa vie : il fixait le cadre derrière lui, sans réellement voir sa sœur, puis il revint à elle un instant :

« Tu ne m'as pas dit ce que tu voulais, au passage. Mis à part me traiter de clochard. J'ai l'air aussi pouilleux que je crois ou je me trompe ? »
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Message posté : Lun 13 Oct - 15:14 Message
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Quelle folie s'était emparée de son frère ? Anna ne le savait trop. Elle le détestait, certes, mais il dépassait là toutes les bornes. Il n'avait plus de limites. La raclure pourrie gâtée qu'elle avait laissé fuir le domicile s'était transformée en quintessence même de l'absurdité et de la déchéance d'une société. La face écorchée de la famille LeBlanc, en quelque sorte. Cette face qui se dérobait à ses obligations, cette face qui n'avait que faire du sang qui coulait dans ses veines et de tout ce qui avait pu être et pourrait un jour être sien.
Cela, plus que tout, mettait en fureur la soeur. Cette confrontation fantasmée, formidable, n'aurait probablement jamais lieue, parce que c'était une loque qu'elle avait en face d'elle. Rien de plus qu'une serpillère en dessous de tout. Ca oui, il pouvait chanter, danser, faire l'amuseur public ... Il était réellement, véritablement, aussi pouilleux qu'il le laissait paraître.

Anna avait pour frère un héritier LeBlanc, celui qui aurait dû être le seul. Elle n'avait pas un bouffon.

Edward était face à elle, les yeux dans les yeux. Il avait le regard dans le vague, un regard qui en disait long. Un regard qu'elle aurait qualifié de guerrier de la vie. Ce regard de celui qui, tout les matins, se lève pour plus sûrement démolir son existence. Un véritable kamikaze lancé à pleine vitesse sur l'épave déjà perclus de voies d'eau que pouvait encore représenter tout ce qu'il avait entrepris auparavant.

C'en était trop, et les yeux dans les yeux, la face des plus sévères, elle répondit aux lamentations, aux suppliques et aux sarcasmes par une simple claque. Une claque forte, réelle, sincère. Ce genre de claque qui vous chauffait la joue, et que le cuir qui l'enrobait ne faisait que rendre moins agréable. Une soufflante, une claquante.
Ce que son père aurait du lui administrer depuis longtemps.

" C'est bon, tu as fini ? " souffla-t-elle, en levant un sourcil dont l'expression signifiait un curieux mélange entre la lassitude et la rage, " Tu veux un trophée ? "

C'était au-delà de tout ce qu'elle avait cru possible, en fait. Le voir se mettre à pousser la chansonnette sur ce qui était parmi les plus mauvais titres de U2 pour la jeune fille - car nouveau. Pour elle qui ne jurait de toutes façons que par Sunday Bloody Sunday . -, se persuader qu'il était au-dessus de tout, ou bien en-dessous - Cela variait selon les interprétations qu'elle en faisait. - ... C'en était trop, véritablement trop. Il lui avait fallu tout juste une poignée de minutes pour déclencher l'ire de sa soeur. Elle se sentait investie d'une mission restauratrice, dans la droite lignée de ce qu'aurait dû faire son père ou son grand-père ... Cette bande de vieilles épaves surannées préféraient encore sauver les meubles que de rester fidèle à leurs idéaux, et elle se devait, ne serait-ce que parce qu'ils ne se sentaient pas le faire, remonter ce véritable déchet.
Il était un LeBlanc, que diable ! Même si elle le détestait, elle ne pouvait se résoudre à le laisser comme cela.

Elle s'était imaginé un adversaire. David contre Goliath, L'Est contre L'Ouest, une confrontation formidable. Elle ne s'était pas imaginé un punching-ball, pas une tête à claques de ce calibre !

" Tu me connais, je te connais, et nous savons tout les deux très bien que ça peut être pire. " énonça-t-elle très clairement, " Tu n'es pas clean. Tu es complètement déchiqueté. Tu empestes l'alcool et tu chantes comme une foutue passoire ... Alors dis-moi ce qui pourrait aller mieux, tête de noeud : tu as toujours été le fils chouchouté, et tu le seras même si tu l'insultes comme tu viens de le faire. Il te passe tout, même tes conneries de chansons pour midinettes en fleur. Il te bouffe dans la main, et toi, tu fais quoi ? T'affiches des photos des fans que tu as sauté dans ton putain d'appartement. Elle a une gosse en plus ... Non, mais j'hallucine. "
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Message posté : Mer 15 Oct - 12:27 Message
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Situation familiale ? Bordel, il détestait cette question. Edward haussait les épaules et ne répondait en général que par un laconique « compliqué » à tous les psys qu'il avait pu voir et qui fatalement, lui demandaient ça. Comment est-ce qu'il voyait sa famille ? Non, ça c'était la mauvaise question, il ne possédait pas de réponse, pas de réponse nette, du moins. La personne avec qui c'était le plus simple était assurément sa mère. Avec son père...il avait un peu honte de ce qu'il avait fait, de ce qu'il était devenu. Il ne voulait pas revenir comme ça. Edward LeBlanc, le fils prodigue. Ça craignait. Mais il ne voulait pas non plus revenir à cette attitude de fils parfait, qu'il n'avait par ailleurs jamais eu de toute façon, qui consistait à totalement obéir à son paternel et à son grand-père. Il craignait le moment de la confrontation, le moment en particulier où on voudrait lui faire reprendre un rôle quelconque au sein du groupe LeBlanc, parce qu'il était plus ou moins encore l'héritier officiel. Ed savait qu'il ne supporterait pas ce moment où il devrait se pointer, rasé, en costume, à un conseil d'administration quelconque. Il ne voulait pas mettre de cravate. Les cravates craignaient. Pour en revenir à sa famille, avant que son esprit ne dérive complètement, oui, rien n'était simple. Pas même avec Juliet. Encore moins avec Anna. Comment pouvait-il se sentir aussi coupable alors qu'au final, il régnait chez elle la même intolérance et la même capacité à savoir tout mieux que tout le monde qu'il avait eu ? Elle déchanterait, ça, Edward en était sur, mais d'ici là...oui, d'accord, comme grand-frère aussi il craignait. Ok, il voulait bien l'admettre. Mais il n'était pas non plus préparé à ça. Comment est-ce qu'il était sensé s'amender ?

Le problème, avec cette fichue famille, c'est qu'il en était fier. Fier de s'appeler LeBlanc, oui. Ce qui ne voulait sans doute pas dire que l'ancien musicien comptait totalement abandonner sa vie. Il ne manquait pas de caractère : si au départ il avait fui, il avait pris sa décision et choisi son style de vie. Avec les erreurs, les coups et les échecs qui allaient avec. Oui, c'était vrai. Parfois même, dans ses bons jours et moments de lucidité, Edward admettait qu'il s'était parfois, souvent, planté. Il en avait conscience. Mais il avait rebondit. Et payé le prix fort. Alors quoi ? Il fallait qu'il oublie tout ça et qu'il se plie à toutes les coutumes familiales ? C'était ça, le plan ? La famille avant les individus, il disparaissait dans un gloubi-boulga de consciences se résumant par un nom ? Eh bien non. Il entendait bien prouvé que ça n'était pas incompatible.

Mais ça, allez l'expliquer à sa sœur, c'était encore autre chose – d'autant qu'elle ne semblait pas réellement prête à l'entendre. Mauvais état d'esprit, aurait dit les psys...Il ne s'attendait certes pas à la claque, mais réussit à rester stoïque. Ou a peu près.

« J'ai envie de me lancer dans une analyse totalement freudienne de cette gifle, mais je crois que je vais pragmatiquement me contenter de constater que ça confirme ce que je pensais, t'as vraiment été élevée par les loups. »


Et U2 n'avait pas tort en écrivant cette chanson. Pas l'une des meilleures, quoiqu'en acoustique, l'album claquait assez, tout ça c'était un problème d'orchestration.

C'était ça. Tout était un problème d'orchestration. C'était pas mal pour se rassurer, cette idée. Ca le ramenait à la seule chose qu'il maitrisait vraiment, à savoir la musique. Parce que cette conversation, Edward ne la maitrisait pas. Elle était même salement en train de dériver.

« Non, ça ne peut pas. J'ai perdu pas mal de choses entre temps. Peut-être un peu paumé mon chemin, aussi, je sais pas. À quoi ça sert d’être en vie si on a pas de raison de l’être ? Pas de réponse ? Moi non plus. Je cherche, pourtant, et j'ai toujours pas trouvé. »

Des conneries, tout le reste. De grosses et magnifiques conneries. Non, Georges ne lui bouffait pas dans la main. Il n'osait même pas aller le voir, parce que quand il faudrait raconter tout ce qu'il s'était passé, ça allait mal, mais alors très mal se passer. Quand il aurait quelque chose qui se tiendrait sur pied, quand il pourrait prouver qu'il n'avait pas simplement fait n'importe quoi, alors il irait voir son père. Pas avant. D'ici là, Edward l'avait bien compris, ce statut d'héritier qu'il avait était en sursis.

« Je suis clean. J'étais un putain d’héroïnomane, j'ai jamais été alcoolique, me rajoute pas des addictions que j'ai pas eu, c'était déjà compliqué d'en sortir d'une seule. Là, j'ai juste eu l'idée de sortir, j'ai pas le droit ? Tu t'es jamais pris de cuite de ta vie, ou quoi ? Bon Dieu, t'es sensée être lycéenne, ça devrait être ton rayon... »

Et c'est là qu'elle commit l'erreur. La seule chose qu'il ne fallait pas dire à Edward. Le reste, il pouvait tout supporter, il s'en foutait ça n'avait pas d'influence sur lui, pas de problème. Mais pas qu'on critique Liz. Pas qu'on parle de Juliet. Jamais. La gifle, juste retour du bâton de la claque précédente, résonna sèchement.

« Jamais tu ne parles comme ça d'elles. Tu m'entends ? Jamais. Je te l'interdis. »
Il y avait cette fois dans ce qu'il disait une autorité telle que ce n'était pas négociable. « Je sais pas à quoi tu joues, Anna, ni ce que tu penses, mais qui que l’on soit au fond de nous, nous ne sommes jugés que d’après nos actes. Et vu comment t'agis, t'es juste une petite conne de plus. » Quelque chose était devenu très dur dans la manière qu'il avait de parlé. Il prenait un ton qui ne tolérait pas la contestation. Il n'y avait que des ordres dans ce qu'il disait. Il s'empara du cadre : « Elle est morte. Et elle était la seule qui comptait. Quant à la gamine, comme tu dis, ce n'est pas juste une gamine. C'est ma fille. Ta nièce. Juliet. Alors tu lui fous la paix. Elle, elle ne t'a rien fait. » Une gosse de quatre ans. Il ne voulait pas la mêler à ses problèmes. Il ne voulait pas qu'elle patisse de ce qu'il disait ou faisait. « Alors maintenant, on va faire simple. Ou tu t'excuses, ou tu te tires. On est chez moi, tu piges ça ? Chez moi, mes règles. Pas les tiennes ou celle de papa. »
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Message posté : Jeu 16 Oct - 0:26 Message
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Pour qui se prenait-il ? Se décharger sur elle de la sorte, réclamer des excuses, la menacer. Un toupet extraordinaire, une grande gueule qui n'avait parfaitement rien à envier à son père. Tout aussi exécrable et détestable que celui-ci! Voilà ce qu'il était, rien de plus qu'une parodie comique. Il pouvait adopter des grands airs, pouvait s'égosiller et se rêver autoritaire ... Cela aurait pu fonctionner sur quelqu'un envers lequel il avait un quelconque ascendant, mais voilà. Avec Anna, ce n'était pas le cas. C'était le cas de figure presque stéréotypé de la force irrésistible rencontrant l'objet inamovible. Elle ne bougerait pas, elle non plus. Elle ne cillerait pas, et elle le lui fit bien savoir, lorsqu'il se crut en mesure de pouvoir la menacer.

Elle le gifla, à nouveau. Bruyamment, pour seule réponse.

Enfin, non. Ce ne fut pas la seule réponse.

" Tu crois pouvoir me dire ça ? " trancha-t-elle, " Tu crois pouvoir me prendre de haut comme ça ? "

Une troisième gifle fendit l'air. Elle aussi, était résolue.

" Ça, c'était pour m'avoir traité de conne, et pour avoir laissé crever une fille, et ... pour avoir laissé ... ma nièce ... quelque part. "

Elle ne savait trop que dire, en fait. La nouvelle était subite, mais n'en était pas moins un ravage dans les yeux de la soeur : elle ne savait que trop bien ce qu'Edward faisait avec les filles. Elle l'avait elle-même expérimenté ! Si il était resté le quart de la moitié de la raclure qu'elle avait connu, il lui faisait sûrement subir tout les outrages ...

" Tu crois que tu as le monopole de la souffrance. Tu te crois encore le meilleur, comme à la belle époque ? " rétorqua-t-elle, en soulevant légèrement son flanc pour lui montrer la cicatrice résultante du coup de lance qu'elle avait reçu. Une blessure particulièrement violente, dont elle s'était remise heureusement en un temps record ... Bien que son drain n'y fut pas totalement étranger. Elle devrait sûrement être encore dans un lit, en ce moment, et son "bien-être" n'était sûrement qu'une illusion créée par l'énergie drainée sur le pauvre homme, la nuit du drame. " Voilà. Tu veux me dégager ? Bien, je te mets au défi. Si ça peut te rassurer, j'ai moi aussi eu des journées particulièrement mouvementées et désagréables, ces temps-ci. Tu crois pouvoir te prendre pour le grand frère que tu n'as jamais été, ou pour une figure paternelle, mais je peux te le dire : tu n'as ni l'étoffe de l'un, ni de l'autre. J'ai pris trop de coup sur la gueule pour que tes menaces me fassent de l'effet. A moins que tu ne caches un .357 Magnum dans cette cambuze, je ne bougerais pas, et je vais continuer. Tu es peut-être chez toi, mais Star City, c'est ma ville. Les Etats-Unis, c'est mon pays, et c'est pas une rockstar en perdition qui s'est chié dessus parce qu'il perdait le seul petit élément qui faisait de lui quelque chose d'un peu plus intéressant que la normale qui va me briser une paire que je n'ai pas. "

C'était un fait, la colère était partagée.

" Maintenant, tu va me dire comment on en est arrivé, et où est ma nièce. Oses me dire que tes âneries l'ont fait échouer en foyer, et je te jure que je t'ouvre le ventre avec le premier tire-bouchon qui me passera sous la main. "

Oui, Anna énervée. Une vision de terreur.
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Message posté : Ven 14 Nov - 9:41 Message
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On ne choisit pas sa famille. Vérité première que Edward avait admis depuis bien longtemps même s'il aurait largement préféré qu'il en soit autrement. Au passage, il avait établi une deuxième vérité essentielle, par expérience : on la subissait. Et là, réellement, lui avait subi le nom de LeBlanc et la vision, ainsi que le modèle, donnés par son père et son grand-père. Cela avait-il fait de lui un salaud ou un pauvre type ? Sa sœur, et peut-être même ses sœurs, auraient indubitablement répondu les deux. Lui n'y croyait pas. Il avait été un salaud. Au début. Un gamin arrogant, qui cachait son manque d'assurance en gueulant, en provocant et en claquant des doigts comme le bon gosse de richards, talentueux dans son domaine, désabusé de tout, ayant tout vu. Le monde était trop petit, à huit ans, il en avait déjà fait le tour en jet privé des centaines de fois...C'était à désespérer de l'existence, ce genre de type, et à vrai dire, il était un peu désespéré lui même. Et dégoûté de lui. Paumé ? Il l'était peut-être un peu. Mais il estimait avoir payé son attitude de sale gosse – un sale gosse méchant et cruel, mais un gosse tout de même, ce que sa sœur, elle avait volontaire, ou non décidé d'occulter – par la vengeance du à la maîtrise bien plus grande que la sienne qu'avait Anna de ses pouvoirs.

Elle était revancharde. Rancunière. Un trait de caractère qu'il ne partageait pas avec elle. Edward était beaucoup de choses, il admettait avoir beaucoup de défauts – ce qui constituait parfois un véritable miracle, tant il pouvait être imbu de lui même. Edward LeBlanc pouvait être un connard, il le savait – en réalité, il l'assumait totalement, ça faisait partie intégrante de sa personnalité s'il était tout à fait honnête. Il était un flambeur. Se foutre de tout, c'était facile, ça permettait de tracer, et de continuer, en claquant tout, en buvant du champagne, et en se prenant pour le roi du monde. Ensuite, quand venait le retour à la réalité, c'était dur, bien plus dur. Mais pourquoi s'en occuper maintenant, on verrait après. Remettre à plus tard. Toujours. Jusqu'au jour où il avait réalisé qu'il était au fond du trou, et il en était sorti. Ed LeBlanc était allé au fond de l'enfer. A ce stade, il n'était pas encore tout à fait sur d'en être revenu.

Mais ça, Anna LeBlanc s'en foutait. Il avait payé ce qu'il avait fait. Dieu n'aimait pas les salauds. Les salauds se prenaient toujours le retour du bâton. Il n'était pas parfait, mais il essayait de changer. Et ce n'était pas facile avec une telle boule de colère face à lui : il n'était pas en colère. Il ne lui en voulait pas. Mais ce n'était tout de même pas facile d'essayer de parler comme ça, de se faire entendre. Cette conversation ne menait à rien. Il lui adressa un regard calme, presque indifférent.

« Et tu comptes faire quoi ? Me haïr comme ça toute ta vie ? »
Ça lui rappelait une autre chanson, tiens. « C'est un peu triste. Un peu inutile. Et tous les jours de ta vie vont être comme ça. Et les gens te manqueront, tous les jours, parce qu'à force de faire ça, tu les perdras tous. »

Il le savait. Il avait eu cette manie là. Celle du rejet de tout. Maintenant, qu'est-ce que ça faisait ? Il avait tout perdu, ou presque. Il ne se sentait pas tout à fait vide. Il n'avait pas encore tout perdu. Mais il ne voulait pas lui parler – il ne voulait pas raconter. Il n'avait aucun compte à rendre. A personne, pas plus à elle qu'aux autres. Un jour, peut-être, dans très longtemps. Aujourd'hui, non, il ne voulait pas, il était trop claqué.

« Tu crois être impressionnante ? Hm ? » Il tira une cigarette et l'alluma. « Tu as choisi de vivre comme ça. Tu as choisi d'utiliser tes pouvoirs, maintenant, ne viens pas te plaindre qu'il y aie des conséquences, moi je connais un moyen très simple de les éviter, il suffisait de ne pas essayer de jouer à la justicière. » Il secoua la tête. « Tu crois pas que ta vie est suffisamment compliquée comme ça sans en plus jouer à l’héroïne ? Non ? » Il sourit. « Je sais pas, je dois être taré, mon avis ne compte pas, bien sur – moi j'ai arrêté de jouer au con avec ça, en tout cas.  »

Il se méfiait de ses pouvoirs. Il avait appris à ne plus les utiliser. Il avait été un sale gosse poussé par sa famille a être cruel. Et ça l'avait amusé. Mais il était jeune. Et particulièrement stupide. Le temps s'était chargé de le punir. La vie était cruelle : Anna s'était vengée. Il avait été brisé. Maintenant, il était peut-être revenu. Est-ce qu'on ne pourrait pas, enfin, tourner la page ?

« Toute cette histoire, ça ne te regarde pas. Je suis parti, je suis revenu. J'ai tué personne. Point final. J'ai fait des conneries, oui. Je suis un connard et un mauvais frère, oui ; et même si tu t'en fous, j'en suis désolé. Si c'était à refaire... fin bref. Le reste, ce n'est pas de ta vie dont on parle. Et comme j'ai strictement aucun compte à te rendre, je vais m'arrêter là. »

Il ramassa une veste sur un des fauteuils.

« De toute façon, il va falloir que j'aille bosser. Tu ne veux pas partir ? Très bien, reste. Mais t'obtiendras rien de plus de toute façon. »
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Message posté : Jeu 20 Nov - 15:20 Message
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C'était bien comme ça qu'elle se le rappelait. Nébuleux, sombre, arrogant. C'était même ce qui nourrissait sa rage toujours plus avant. Evidemment, Edward LeBlanc était plus que cela, et tout détestable qu'il ait pu être à une période de sa vie, il n'en demeurait pas moins un être vivant qui avait ses propres motifs, sa propre vision de la vie et sa propre expérience. Une expérience qui avait dû grandement évoluer, par ailleurs, depuis le temps où sa sœur avait fait usage de ses pouvoirs sur lui.
Cela, pourtant, ne l'excusait en rien. Rien ne l'excusait, pour Anna, et moins encore maintenant qu'elle avait connaissance d'une belle famille et d'une nièce, un fait qui avait été porté à sa conscience d'une manière prompte et brutale. Bien trop brutale pour que son esprit se raccorde de manière cohérente à son esprit ... une boule de nerf, ça oui, Anna LeBlanc n'était pas grand chose de plus

Au-delà de ça, pourtant, qu'est-ce qu'elle aurait pu faire ? Rien, à la vérité, car il avait raison : le haïr, le frapper comme cela, à répétition, pour la première raison - qui n'était, sommes toutes, pas néanmoins la plus mauvaise. - qui lui passait par la tête ne l'avancerait en rien, ne lui apporterait strictement rien. Peut-être devrait-elle également apprendre elle aussi à laisser couler, à laisser aller. Cela faisait des années que son frère, tout inconscient, tyrannique et dangereux qu'il ait pu être, avait quitté le territoire américain. Il avait forgé sa vie, forgé une carrière - et quelle carrière, si Anna avait entendu parler de lui ! -, et malgré cela, elle ne pouvait dépasser le stade de gamin pourri gâté. C'était comme si elle cherchait ce conflit ... Peut-être, après tout, était-ce la dernière chose qui la rattachait à son ancienne vie, l'une de ces dernières choses qui lui rappelait sa jeunesse, son ... "innocence", quand elle n'était rien d'autre qu'une jeune fille rêveuse, pas encore à Star High, pas encore soumise à son baptême du feu ...

" Je ... " hésita-t-elle, quelque peu désemparée, laissant un blanc assez malvenue de quelque secondes dans sa verve de guerrière, " ... Ouais, c'est ça ... Evidemment que ça me regarde, c'est de ma nièce que tu parles ... Mais c'est ça, Fuis ! Fuis comme tu l'as toujours fait ! "

Le ton était curieux, à vrai dire. A mi-chemin entre de la fureur et du renoncement, car Edward, finalement, avait tapé au bon endroit : Non, ce n'était pas ses affaires. Trop de temps avait passé, trop de choses s'étaient déroulées ... Rien ne pourrait vraiment être comme avant...

Et avant de sortir, elle exprima sa rage dans un ultime coup de poing dans l'encadrement de la porte. N'eût-elle porté des gants, un tel acte aurait, à n'en point douter, laissés des marques sur sa peau. Cela ne l'empêcha pas de devoir serrer les dents pour ne rien laisser entrevoir de la douleur d'un acte aussi stupide. Aussi stupide que de frapper son frère, à vrai dire, mais qui prenait tout son sens en cela qu'elle avait préféré s'acharner sur un objet inanimé que sur un membre de sa famille... Pour une fois.
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Just like an hangover || PV Anna

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