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L'instant culture

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Message posté : Sam 4 Oct 2014 - 19:22 Message
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Le musée des Arts de Kirby, le petit frère injustement boudé des autres "grands musées" de Star City. Si il ne présente certes pas les spécificités fabuleuses que peuvent être les incroyables reproductions super-héroïques du Musée des Supers ou la flamboyante architecture du Musée Historique et ses ludiques expositions à forte valeur informative, il a bien des atouts à faire valoir auprès des férus de culture de tout horizons. Son architecture, tout d'abord, qui détonne par sa modernité évidente des autres structures culturelles de la ville, en fait une cible privilégiée des explorateurs urbains en quête de nouveautés, dans le paysage de cette cité futuriste du New Jersey en évolution perpétuelle. A la fois garant de la tradition et porte ouverte sur l'avenir, le musée des Arts de Kirby occupe une place toute particulière dans un paysage culturel par bien des aspects fascinants. Plutôt que de se risquer dans l'exercice unique de la présentation d'œuvres classiques ou moderne, il a adopté la stratégie risquée de proposer sous un seul toit un contenu à même de satisfaire tout les appétits, en affichant une volonté marquée d'éduquer petits et grands à considérer l'art récent sous l'oeil ouvert de l'initiative savante qui caractérise bien souvent l'art de la Renaissance : non, ce n'est pas parce que c'est uniquement blanc, ou uniquement bleu que le travail artistique et l'innovation n'en est pas moins présent. L'Art, par définition, n'est pas figé, et il se doit d'évoluer pour coller au mieux possible avec son temps, et il est évident qu'à l'âge de la photographie, la volonté de l'approche réaliste n'attire plus comme elle a pu le faire dans le passé. Est-ce pour autant qu'elle aurait dû disparaître ? Non, et bien au contraire. Ainsi, cette approche transversale et transcendantale se veut transpirer sur chacune des œuvres représentées dans cette vénérable et honorable structure. Peinture, sculpture, architecture, gravure ... il n'est pas virtuellement un seul art qui n'ait pas le droit à son traitement de faveur et à l'explication détaillée de sa technique, de son auteur et des conditions qui ont présidées à sa création.

Ainsi, si il est un musée éminemment informatif, le musée des Arts de Kirby semble chercher à compenser le moindre influx de visiteurs par une image de marque plus grande et une présentation novatrice dans le principe mais on ne peut plus classique dans la mise en oeuvre. Ce musée, au sein de la communauté artistique de Star City, est et restera le musée des Beaux-arts, des arts nobles et des personnes de bonne éducation. Une structure vénérable qui ne se risque que très partiellement dans les fioritures que pouvaient être les représentations holographiques ou même les films, attirant un public moins grouillant et impressionnable.

Sans grand étonnement, son caractère plus calme et son standard intrinsèquement plus "élevé" en faisait le musée préférée de la jeune Anna LeBlanc, à Star City. Elle aime s'y perdre et s'instruire, et chacune des occasions pour y retourner semble pour elle une raison suffisante pour foncer tête baissée, et cela même alors que ses pieds avaient déjà foulés son sol la semaine précédente. Cette fois-ci, c'était un compte-rendu que leur avait commandé le professeur d'Arts, une option qu'Anna avait choisi avec une certaine délectation. Au fond d'elle, l'héritière potentielle de l'empire LeBlanc se sentait une âme d'artiste : elle jouait du Hautbois, elle dessinait et produisait ses propres vêtement, elle se laissait parfois à écrire et se révélait être une dessinatrice qui, si elle n'était pas fulgurante et pénétrante par son trait par trop académique, n'en demeurait pas moins douée. Elle se rendait le cœur en liesse à la rencontre de l'œuvre d'Edward Hopper, à qui était donc dédiée l'exposition de rentrée du musée.
A partir d'Octobre, et ce pour six mois pleins, c'est donc toute une aile du bâtiment qui est tout entière voué à la découverte de l'œuvre prolifique de ce peintre d'origine New-Yorkaise. Intitulée "Un réaliste à l'épreuve des héros", elle part du postulat intéressant de considérer l'œuvre d'Edward Hopper comme celle d'un homme qui, ayant vécu à l'époque charnière où les héros et les vilains ont commencé à réellement sortir des rumeurs et des légendes pour apparaître sur la scène publique et dans la vie quotidienne, a pourtant choisi de consacrer son parcours à la vie des gens "normaux". Comment un homme, à l'âge des merveilles et des miracles, a pu choisir de tourner le dos à tant de prodiges pour se consacrer à ce qui apparaissait comme morne et plat à plus d'un de ses contemporains ? Comment a-t-il, pour autant, se révéler être une influence non négligeable pour bien d'autres artistes admirables qui ont admiré son sens de l'instant et son trait singulièrement attirant ?

Tant de questions auxquelles se proposaient de répondre les différentes parties de l'exposition retraçant, à l'aides d'œuvres prêtées par des musées et des collectionneurs du monde entier, le parcours d'une vie passée sous les influences de l'Europe comme de l'Amérique, avec une salle entièrement dédiée à son passage en France ou à sa vision de sa jeunesse et de la vie, pour ne citer que les parties les plus remarquables.

L'exploration d'Anna avait commencé de manière relativement commune, en partant de Star High avec un groupe d'autres pensionnaires de l'internat de son groupe, en bus, afin de réaliser ensemble leur travail et de comparer leurs trouvailles. Une démarche intéressante, en considérant le fait que la jeune Acadienne, en temps normal, rechignait tant à perdre son temps dans les transports en commun, ou avec d'autres personnes que la Team Alpha. Ses "amies" n'étaient guère qu'une bande de copines qu'elle voyait en dilettante et avec lesquelles elle entretenait des relations acides particulièrement curieuses, ne réussissant pas à entrer dans cette curieuse pratique des jeunes filles de sa génération qui consistait à ne garder qu'un cercle proche, et à cracher sur toutes les autres. Elle était en ce sens à la fois extrêmement sociale et antisociale, puisque ses capacités mettaient entre elles un impénétrable mur qui était autant la source de railleries que de jalousie : tous à Star High n'avaient pas de pouvoir, même si, par rapport à aucun autre établissement de la ville, des Etats-Unis ou peut-être même du monde, les méta-humains représentaient une frange démographique énorme de l'établissement, ils n'en composaient pas la majorité. Ainsi, disposer de capacités, quelles qu'elles fussent, faisaient de leur détenteur la cible d'une drôle d'attention, et Anna occupait à ce titre une place privilégiée, puisque son incapacité à toucher quiconque, si elle était unanimement vue comme une malédiction, n'en demeurait pas moins une certaine source de jalousie : Anna était vue comme l'éternelle mélancolique, cette ténébreuse torturée, le regard dans le vague, qui a dû connaître de terribles épreuves... Elle n'avait pas besoin de simuler son mal de vivre, il était bien présent, et il en était pour la jalouser, dans sa curieuse souffrance.

En ce jour, pourtant, aux côtés de la bande de studieux lycéens de son groupe d'art, elle se lançait à l'aventure vers le monde de la peinture, des carnets dans les poches et une sacoche en bandoulière, une discussion endiablée tournant sur le cours de la veille, des anecdotes fusant sur tel ou tel élève qui s'était assoupi, ou qui avait tenté une boutade quelconque. Evidemment de tels échanges n'intéressait guère la jeune LeBlanc, trop occupée à projeter son esprit sur la tâche à venir, et elle se demandait si elle avait bien fait d'accepter, mais elle finit par se livrer elle aussi, participant à hauteur de quelques réparties bien senties.

Et finalement, ils arrivèrent, après un temps qui ne parut étonnamment pas si long. Ils descendirent du métro, pour lequel ils avaient déjà abandonné le bus, et s'aventurèrent à l'extérieur vers le bâtiment à l'architecture excentrique. Ils prirent leur billets au guichet, profitant de leur statut pour récupérer des entrées gratuites, et se lancèrent à l'aventure.
Bien vite, toutefois, il apparut que la jeune LeBlanc avait une certaine motivation à poursuivre l'exposition que ses comparses ne semblaient pas partager. Tandis la silhouette à la longue robe jade et onyx que l'on aurait pu croire sortie des tréfonds d'une penderie victorienne et son long manteau anthracite que l'on aurait quasiment pu comparer à une cape de voyage se perdait encore à alimenter son cahier de maints détails, croquis et schémas sans même avoir encore dépassé les premières salles, ses comparses en étaient rendus à aller l'attendre à la cafétéria, eux qui avaient entrepris de bâcler leur visite pour pouvoir retourner d'autant plus vite à leurs affaires. Ils ne semblaient évidemment pas partager ce goût de la curiosité et de la culture qui caractérisait tant la jeune fille aux mèches blanches, qui se perdait dans ses rêveries, s'en allait à imaginer la vie fantasmée d'un peintre issu des temps passés, ses crayons, emprisonnés dans d'élégants gants de cuir beiges, grattant ses feuilles.

Aspirée, elle l'était, et peut-être même trop, lorsque qu'elle entra en collision frontale de manière parfaitement fortuite avec une femme qui, malgré son allure indéniablement jeune, n'en était pas moins sans aucun doute son aînée de bien des années. Sous le choc, elle en laissa tomber tout son matériel sur le sol, et ne put s'empêcher de se répandre dans des excuses pitoyables, par leur mièvre sincérité :

" Oh, excusez-moi ! Je suis véritablement, profondément navrée ! J'espère que vous n'avez rien ! "

Et puis, entreprenant de ramasser tout le fatras qu'elle avait fait tomber, elle ne pouvait s'empêcher de s'épandre à nouveau, bien trop gênée pour laisser son masque s'effondrer derrière le rouge timide de tomate qui montait à ses joues d'albâtre :

" Croyez bien que ça n'était pas volontaire !.. C'est terrible, je suis confuse et désolée !.. C'est ... J'étais trop prise dans cette exposition. J'adore la peinture, j'adore Hopper, c'est plus fort que moi ... Quand je suis dans un musée, je n'arrive plus à rester sur Terre !.. "

Finalement, elle se releva, se rendant compte probablement de l'inutilité de son intervention et du temps qu'elle faisait perdre à cette inconnue...

" Enfin ... Je suis lycéenne, c'est ... pour ... Je suis là pour ... Enfin j'espère que ... "

Oui, voilà. Sa langue lui jouait encore des tours. Sortie d'un domaine qu'elle maîtrisait, dans des conditions sur lesquels elle n'avait aucune prise, elle perdait tout ses moyens, et elle cafouillait, de manière on ne pouvait plus ridicule.
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Message posté : Ven 10 Oct 2014 - 0:55 Message
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Le musée des arts de Kirby, s’il ne jouissait pas exactement de la même médiatisation que ses pairs, n’en restait pas moins un ouvrage d’exception. Un joyau discret enclavé entre la Veidt Tower et le Brett building, merveille esthétique de la fracture entre Modernisme et Déconstructivisme architectural accueillant en son sein les plus belles expositions que Star City était en mesure de s’offrir. L’aile centrale était, de fait, réservée à l’exploitation des œuvres de nombreux artistes reconnus aux États-Unis et à l’international. Les ailes adjacentes, quant à elles, pouvaient librement servir à la présentation d’artistes locaux anonymes, dont la modestie actuelle ne leur permettait guère plus que de se partager le pieduccio avec d’autres de leurs confrères. Et c’était précisément ce à quoi travaillait Giulia Mancini.

Depuis de nombreuses années maintenant, jouant de sa notoriété et de ses finances, elle s’était évertuée au travers de la branche Sponsorship de son entreprise à valoriser l’image de jeunes artistes au travers de projets artistiques haut de gamme, souvent par l’attribution de moyens financiers et matériels, parfois en leur permettant de s’exposer au grand public lors d’événements exceptionnels à l’intention de ses clients particuliers, mais ouverts à tous les habitants de la ville. Ces représentations, à raison de plusieurs par trimestre, nécessitaient la mise en œuvre de moyens coûteux, à commencer par l’attribution d’un local destiné à accueillir les œuvres des artistes dont elle était la mécène. Si d’ordinaire, l’opéra Beaudrie lui était ouvert – en raison de sa proximité avec le neveu de la directrice – Giulia avait cette fois choisi de jeter son dévolu sur le sobre, mais non pas moins réputé, musée des Arts de Kirby. La raison en était aussi simple qu’évocatrice ; L’exhibition contextuelle d’Edward Hopper, à l’heure où semblait plus que jamais se poser la question de l’identité des supers, attirait, il fallait l’avouer, des pèlerins de tous les horizons et la sicilienne ne doutait pas que, dans leur lot, quelques curieux sauraient s’attarder sur ce que les ailes pétiolées du musée renfermaient en leur sein. Encore fallait-il convaincre le corps administratif. Les convaincre ? Une formalité ! Les chèques conséquents qu’elle leur signait chaque mois suffiraient amplement à couvrir les frais occasionnés. Et, disons-le, que le directeur ne ferait-il pas pour elle, la généreuse donatrice ?

Elle avait tendu une main professionnelle, dont il avait saisi la pulpe du bout des doigts et pressé avec délicatesse pour la saluer. Il l’avait conviée à lui rendre visite plus souvent, ce qu’elle avait accusé d’un sourire coupable, laissant sous-entendre qu’elle n’avait malheureusement que peu de temps à accorder aux visites de courtoisie. Une vérité d’une cruelle justesse qui la blessait souvent au plus profond d’elle. Si juste que bien qu’après que la porte ne se soit refermée sur leur bref entretien, après que ne se soit évanoui le sourire qui avait maculé ses traits d’une généreuse candeur, elle résonnait encore de sa justesse implacable. Alors même qu’elle traversait les longues allées dont les regards vivaces des tableaux d’Edward Hopper suivaient son chemin, ce n’était pas vers eux et vers leur sublime simplicité que son regard s’était tourné, mais vers son agenda électronique qui lui déclamait en silence son prochain rendez-vous.

Elle semblait avoir perdu le goût de l’extase et de la contemplation. Bien entendu, il n’en était rien ; À dire vrai, elle n’avait même jamais autant éprouvé d’amour pour les beaux-arts. C’était ce même amour qu’elle avait à cœur de transmettre, partager à son tour, en organisant ces événements destinés à la jeunesse et aux plus démunis, et ces autres qui visaient à faire connaître de jeunes talents. Malheureusement, pour cela, il avait fallu faire des sacrifices. Des sacrifices qu’elle s’efforçait au mieux de contrebalancer par un sens aigu de la fibre artistique, entretenue avec soin.
Sa façon à elle de relâcher la pression

« Eléanore ! Glissa-t-elle dans le creux de son téléphone. J’ai besoin que tu me prennes rendez-vous avec monsieur Pasolini. Si, rapidamente… Oh ! » In extremis, la Sicilienne rattrapa la téléphone qui lui avait échappé des mains – au prix qu’il coûte ! – et s’excusa auprès de sa secrétaire en observant la pauvre hère qui venait de la percuter se confondre en excuse en ramassant les affaires qui s’étaient éparpillées au sol. Lorsqu’elle se releva enfin, Giulia voulut se fendre d’un sourire amène destiné à rassurer la jeune femme qui semblait ne plus savoir où se mettre. « Y’a pas de mal voyons… Ça arrive à tout le monde d’être distraite. J’étais comme vous à votre âge, alors je sais ce que c’est. Distraite à ses heures perdues, bien trop terre à terre lorsqu’il s’agissait des affaires de famille. Quel lycée vous envoie ? » Demanda-t-elle soudainement animée d’une franche curiosité.
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Message posté : Ven 10 Oct 2014 - 12:44 Message
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Plus de peur que de mal, après le choc. C'était le principal, du moins pour la grande majorité des personnes. Pour Anna, ce n'était qu'une étape au sein d'une liste de tâches bien plus importantes, qui comportait, en plus de ce simple constat de n'avoir rien cassé ou de ne pas avoir blessé la personne qu'elle avait percuté, la nécessité de s'assurer qu'elle ne l'avait pas touché, ou plutôt, qu'il n'y avait pas eu de contact physique. Heureusement pour elle - comme pour sa "victime", d'ailleurs- , cela ne semblait pas être le cas. Pas de nouvelle voix inconnue dans sa tête, pas de souvenirs qu'elle ne se remémorait pas avoir déjà possédé, pas de sensation étrange quelconque. Plus encore, la femme qui lui faisait ne semblait pas affecter du moindre symptôme négatif relatif à une exposition au drain d'Anna. Pas de vertiges apparent, pas de paroles nonsensiques, pas de grand yeux dilatés, pas de perte de conscience, pas de soudaine crise de folie ou de déclarations millénaristes ou messianiques sur la vie et la mort.

Non, la liste semblait complète. On pouvait procéder dès lors à l'engagement d'un contact "normal". Normal, en cela qu'elle n'aurait pas à appeler le 911, à se confondre en excuses et à inventer une théorie quelconque pour éviter aux autres personnes présentes aux alentours de se sentir réellement menacées : évidemment, en public, il valait mieux cacher que l'on avait des pouvoirs, ou plutôt, des pouvoirs comme les siens. Dire que l'on en possédait n'était certes pas des plus dommageables, puisque les capacités surnaturelles n'étaient pas des plus inhabituelles, en ce début de 21ème siècle. Dire que l'on était un siphon à souvenirs et à personnalités qui, en plus de tout cela, était en mesure de vous tuer en vous touchant le plus simplement du monde tenait d'une autre catégorie. Pour beaucoup, elle serait vue comme une arme de destruction massive ambulante.
Ce côté de la métahumanité qu'on voulait vous cacher ... Comme si tout ceux qui disposaient de capacités n'avaient que des capacités sans contreparties ...

Toujours était-il qu'elle était maintenant là, confuse, en plein milieu d'un musée d'art, face à une femme qui, loin d'être aussi confuse ou hâtive pour vaquer à ses occupations que bien d'autres citadines ou visiteuses de l'exposition, semblait curieuse vis-à-vis de la personne d'Anna. Quelque chose de relativement nouveau, tant la jeune lycéenne se sentaient en permanence insipide et dévalorisée, au point de devoir tenir une éternelle carapace pour se donner un semblant de contenance. Une carapace qui avait fondu, ici, puisque la soudaine curiosité de son interlocutrice semblait l'enfoncer dans un curieux mélange de confusion et d'entrain. Comme à chaque fois qu'on lui adressait la parole seule à seule, en dehors des sentiers battus et dans des conditions aussi improbables, l'Acadienne ne pouvait s'empêcher de penser qu'on avait une bonne raison, et elle ne pouvait s'empêcher de trouver tout de suite sympathique ceux et celles qui en profitaient pour lui parler :

" J'ai ... euh ... " commença-t-elle, ajoutant à son accent marqué une hâte enjouée, " Je ... Star High, madame. J'ai un compte-rendu à faire pour mon cours d'Histoire de l'Art ... Mais j'avoue que ... euh ... je flâne un peu ... J'adore ce style de peinture et ... C'est sympathique, et c'est culturellement très intéressant et ... euh ... Ah ... pardon, excusez-moi, je dois vous embêter avec mes histoires ... "
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Message posté : Dim 12 Oct 2014 - 1:12 Message
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« Star High, vous dites ? » Elle fronça délicatement les sourcils, dans un effort notable de se souvenir où elle avait entendu ce nom pour la dernière fois. Il y avait fort à parier que ce n’était pas lors de ses interminables discussions d’affaire, pourtant quelque chose la rattachait indéniablement à une sphère haute et très privée. En un instant le déclic se fit ; Ses yeux s’écarquillèrent soudain tandis qu’elle lui demandait nonchalamment : « Le lycée privé tenu par l’héritière Stevens, c’est bien ça ? »

Jadis une prestigieuse école privée des hauteurs de Bayview, fondée en 1871 par le docteur Charles Claremont et destinée à des étudiants triés sur le volet, elle était rapidement tombée en désuétude lorsque d’autres lycées privés avaient émergé. Sous l’égide de Scott Stevens, l'école – devenue très sélective – rouvrit ses portes dans les années 2000. La coïncidence lui arracha un sourire. Elle-même avait passé la majeure partie de ses études dans des écoles privées catholiques. Plus précisément, dès qu’elle fut en âge d’aller sur les bancs de l’école jusqu’à son entrée dans la Star School for the Arts. Elle n’avait pour ainsi dire connu que ça, lâchée en jeune adulte dans l’univers si particulier de l’enseignement supérieur. Des années dont elle rougit encore aujourd’hui.

La jeune femme lui apprit rapidement – en bégayant – qu’elle s’était rendue au musée dans l’optique d’établir un compte-rendu qu’on lui demandait dans un cours d’Histoire de l’Art, ce qui ne manqua pas de faire sourire la Sicilienne. Un sourire mi-amusé, mi-attendri. Mais un sourire surtout intrigué. Par les temps qui couraient, les adolescents qui s’intéressaient à l’Art n’étaient pas légion et Giulia pouvait se le tenir pour dit. Après tout, n’était-ce pas elle qui se chargeait d’initier les plus jeunes au monde parfois abstrait et obscur des Beaux-Arts ? Avec de précieuses aides, cela s’entendait.

Toujours était-il que le manque de culture aux États-Unis était, il fallait l’avouer, un problème de société que l’on ne retrouvait que peu dans les pays, par exemple, de l’Union Européenne. Plus encore, l’inculture tendait à croître lorsqu’on s’enfonçait dans les couches sociales les plus basses, à des niveaux parfois critiques. C’était pour pallier à ça qu’elle avait mis en place Impulse, la branche caritative de sa société, destinée à la valorisation des domaines et métiers de l’art par l’élaboration d’événements artistiques accessibles au grand public. Mais voir qu’il subsistait tout de même au sein d’une population aisée un semblant d’amour pour la culture de l’esthétique, voilà qui lui faisait chaud au cœur.

« Il ne me semblait pas que l’Histoire de l’art soit un enseignement obligatoire. Une option peut-être ? La jeune femme se fendit d’un sourire qu’elle masqua derrière des prunelles brillantes d’espièglerie. Je ne vois guère accompagnée, en tout cas. Seriez-vous donc la seule à vous intéresser à ce que peut receler le naturalisme nostalgique d’Hopper ? Ses sourcils s’arquèrent d’étonnement alors que sa question était sincère. Par ailleurs, une autre interrogation vint s’imposer à elle : Sur quoi donc porte votre compte-rendu ? »
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Message posté : Dim 12 Oct 2014 - 12:47 Message
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Il semblait que la jeune Anna était tombée sur une personne qui était bien renseignée. Cela avait tendance à disparaître, dans une métropole qui, sous couvert de progrès galopant, se réfugiait peu à peu, imperceptiblement, dans une sorte de mélasse intellectuelle particulièrement nauséabonde.

" C'est cela même, madame. " acquiesça-t-elle, en répondant à la première question en hochant subrepticement la tête.

Evidemment, l'école avait été reconstruite, et son itération actuelle que les reliquats de l'Invasion Terminus avait vu naître n'avait plus grand chose à voir avec le lycée original tel qu'il avait pu être au tournant des XIXème et XXème siècles. C'était maintenant plus proche d'une école d'apprentis Supers qu'un véritable lycée privé dédié aux enfants des plus riches familles de Star City. Un point que l'on prenait un soin méticuleux et particulièrement appuyé à tenir secret, au point de faire signer des contrats de confidentialité et de pousser jusqu'au tribunal les (enfin, l'unique, jusqu'à ce jour.) contrevenants.
Un détail auquel, d'ailleurs, Anna avait déjà songé. Comment pouvait-on, envers et contre tous, garder cette institution et gagner des procès alors que les preuves qui faisaient de l'école un institut étaient tout de même accablantes ? Dans son esprit, la réponse était d'une simplicité (et d'un certain manichéisme) biblique : Sydney Stevens n'était pas une enfant de cœur. Du coup. Malgré tout ce que son étiquette d'héroïne et de membre de la Légion voulait signifier, l'héritière LeBlanc ne pouvait s'empêcher de la voir comme un véritable requin qui ne devait pas reculer devant pots-de-vin et coups de pression pour garder son secret. Le Corbeau, enfin de compte, serait devenu pour elle un fort bon maître-chanteur supplantant un certain Renard de la Fontaine dans ce domaine. Douce ironie.

Toujours était-il que son interlocutrice soulevait un point intéressant : Etait-elle la seule à s'intéresser à Hopper ? Il semblait. Ses compagnons de chemin étaient trop occupés à dépenser leurs sous à la cafétéria du musée en déblatérant sur les dernières modes, elle ne se faisait pas trop d'illusion. Ils avaient sûrement pris ce cours parce qu'on obligeait les élèves à prendre un certain nombre d'enseignements facultatifs, à des fins d'ouverture intellectuelle, principalement. Anna admirait cette démarche, et trouvait qu'elle manquait à bien des établissements, mais c'était sa curiosité naturelle qui parlait, et le fait que les cours, par la passion de leurs professeurs et des intervenants, disposaient d'une réelle valeur ajoutée : Star High, de par son statut, n'employait que les enseignants les plus émérites, les mieux renseignés et les plus expérimentés. Ils connaissaient leurs sujets, et avaient à cœur de le faire partager. Une telle mentalité ne pouvait que plaire à la jeune fille, et à son épistémophilie chronique.

" Je ... suis avec d'autres camarades de classe, " objecta-t-elle timidement, en détournant légèrement l'émeraude de ses globes oculaires, " mais ils sont partis à la cafétéria en ayant paré au plus pressé pour leur visite, je pense ... Donc, je pense que l'on peut théoriser que je suis en effet la seule qui soit intéressée par Hopper, du moins dans ma classe. J'imagine que les autres ont pris l'option par défaut, mais je ne peux guère m'avancer pour eux. C'est peut-être simplement qu'ils ne trouvent pas l'artiste à leur goût. "

Evidemment, c'était là son côté farouchement optimiste à l'égard des personnes qui s'exprimait. Elle ne pouvait pas décemment voir le mal en quelqu'un, il y avait forcément une raison ... Et puis, comment reprocher à des jeunes de ne pas s'intéresser à l'art ? Cela viendrait un jour, forcément ... peut-être.

" Mais, quant à moi, " tenta-t-elle pour changer de sujet, revenant sur son compte-rendu, " et bien, je prend à cœur de faire mon travail, même si je trouve dommage que l'on ait à visiter l'exposition avec une contrainte de travail : pour tout dire, je ne sais même pas sur quoi je vais l'axer, encore. Le sujet est extrêmement riche, trop, même, peut-être ... "

Et puis, interrompant sa logorrhée pour s'accorder une seconde de réflexion, elle se rendit compte d'un petit détail qui pouvait toutefois faire toute son importance :

" Où avais-je la tête ? " fit-elle en se frappant le front avec la paume de sa main libre, " Je suis Anna LeBlanc, enchantée de faire votre connaissance ! "

Et elle lui tendit la main - gantée, évidemment. -
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Message posté : Lun 13 Oct 2014 - 0:44 Message
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Avec appréciation, Giulia fut heureuse de constater qu’elle ne s’était pas trompée sur l’identité – si on pouvait ainsi parler d’un établissement – du lycée Star High. Elle se rappela dans un même temps au creux de quelle bouche était dans un premier temps survenu le nom du réputé établissement privé, et se trouva forcée de concéder qu’il s’agissait bien là d’un établissement non seulement sélect, mais aussi excessivement cher. Aussitôt elle en conclut que la jeune femme qui lui faisait face était d’un milieu aisé, et cela s’en ressentait dans sa façon de s’exprimer et dans celle, peu commune, de se vêtir.

La dernière fois qu’elle avait entendu parler de Star High, c’était dans un gala de charité. Gala qu’elle avait organisé avec l’un de ses collaborateurs – le neveu Beaudrie, à dire vrai – afin de récolter des fonds pour préparer des événements artistiques dans l'objectif de rapprocher les jeunes et les défavorisés de l'art et de la culture. Une part conséquente de son travail consistait en l’approche et en la séduction des classes les plus aisées, et cela passait par le contact essentiellement. Le contact et la promesse de dons. Qui oserait dire non à de pauvres enfants défavorisés sous une pléthore de flashs et de micros ? L’une des invités, une femme éminemment riche, qui avait à cœur de les aider financièrement, plus par acquis de conscience que par réelle volonté de tendre la main, lui avait fait par des dépenses énormes qu’occasionnait la scolarité de ses petits-enfants. Lesquels, sans surprise, appartenait à la très coûteuse institution Stevens. Que s’était-elle retenue de lui dire qu’au moins, eux, bénéficiaient d’une éducation.

Giulia reporta son attention sur la jeune femme, laquelle lui faisait part du fait que, si elle avait bien été accompagnée jusque-là par des camarades de classes, ceux-ci avaient rapidement déserté les lieux pour se focaliser sur ce que la cafétéria avait à leur offrir. Du café bas de gamme et des muffins à un prix tout à fait exorbitant. Indécent, même. Elle laissa également sous-entendre que ses compagnons ne devaient pas autant s’intéresser à l’art de Hopper qu’elle-même et avaient peut-être même pris l’option par défaut ce que la Sicilienne accueillit avec une moue amusée, quoiqu’un tantinet désapprobatrice. Cependant, il fallait avouer qu’elle n’avait pas tort sur un point : tout le monde ne pouvait trouver le naturalisme. Il fallait avouer que l’homme avait un style assez particulier, qu’elle-même avait mis un certain temps à apprécier à sa juste valeur.

Toujours était-il que la passion et l’implication de la jeune femme faisait plaisir à voir. « L’Art est assez vaste pour que tout le monde y trouve son content, sourit-elle. Mais certains n’en prennent conscience que tardivement, il ne faut pas les blâmer. Elle fit une pause pour jeter un regard circulaire aux tableaux qui lui rendaient son œillade. La nostalgie d’une Amérique passée, le conflit entre nature et monde moderne, entre l’exceptionnel et la normalité. Et cette mélancolie ! Ça a de quoi déranger, et tout le monde n’y est pas sensible. Toujours est-il, reprit-elle, que c’est agréable de voir une jeune personne s’y intéresser avec tant d’application. Surtout pour un tel sujet, si vaste. Vous avez des pistes d’étude, j’imagine ? Demanda-t-elle innocemment. Oh et, enchantée Anna. Giulia Mancini. » Sourit-elle en serrant la main de sa jeune interlocutrice.
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Message posté : Lun 13 Oct 2014 - 16:47 Message
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C'était des paroles censés. Il était vrai que l'Art prenait bien des formes, et que chacun pouvait, dans ce domaine, trouver chaussure à son pied. Ce n'était d'ailleurs pas nécessairement sur le simple art pictural qu'il fallait se reposer, car, après tout, on pouvait tout aussi se prendre de passion pour la musique, le cinéma, la sculpture ou la danse... Certains, et c'était l'opinion que partageait également Anna, pensaient que tout forme d'ouvrage pouvait connaître une forme artistique. Tout pouvait devenir de l'art pour peu que cela soit fait avec un véritable talent et une véritable démarche, ou au moins une volonté artistique.

C'était un point de vue comme un autre, bien qu'il ne soit sûrement pas des plus répandus - dans la réalité, du moins, puisque c'était une théorie particulièrement alléchante, posée sur le papier. -

Elle ne savait trop d'ailleurs quel pouvait être le point de vue de cette Giulia Mancini sur le sujet, car son discours et sa tenue semblait dire deux choses différentes, à vrai dire. Cette tenue fort élégante que n'aurait pas renié une femme de la haute société - et les clichés devaient aller bon train, si, tel qu'elle l'imaginait, son nom sous-entendait en effet qu'elle était italienne -, une tenue qui ne sous-entendait pas réellement une grande ouverture d'esprit culturelle ; une tenue qui tenait plus de la personne ne jurant que par les "arts nobles". Son discours, lui - et son âge, car Anna ne lui donnait pas plus de la trentaine -, semblait plutôt tenir, justement, de l'ouverture et de la souplesse. Cela dit, c'était là l'une des caractéristiques principales d'Anna que de voir une part non-négligeable de bien en toute chose, même dans les criminels et les psychopathes les plus endurcis, alors dans la première civile croisée, qui semblait en plus venir d'un milieu proche du sien ...

Pour en revenir à des problématiques plus terre-à-terre, la jeune fille n'avait pour ainsi pas la moindre vulgaire idée de ce sur quoi son compte-rendu pourrait tenir, à vrai dire. Elle avait surtout tenu à voir l'exposition, avant d'y penser. Elle avait voulu en profiter, malgré cette curieuse épée de Damoclès qui trônait au-dessus de sa tête comme au-dessus de celles de ses camarades de classe. Malgré cela, elle ne pouvait paraître parfaitement inculte, et elle se décida à improviser, repensant à tout ce qui avait pu se dire en cours, et à l'intitulé de l'exposition, tout en se mettant à s'en convaincre elle-même... Mettre en lien Hopper et l'Héroïsme, et s'interroger sur la nature de son œuvre et si oui ou non, elle avait un lien avec ce sujet qui était plus curieux et intéressant aujourd'hui que jamais ... Voilà finalement, qui pourrait faire un sujet intéressant, pensa-t-elle.

" Eh bien, à vrai dire, je pensais aller dans le sens de l'exposition. Interroger l'oeuvre de Hopper, voir si il y avait dedans un lien avec l'Héroïsme, si on pouvait y voir soit une célébration d'une certaine forme d'Héroïsme ordinaire, ou au contraire, si il cherchait réellement à s'en détacher pour tracer sa propre voie ... Mais ce ne sont guère que des pistes, pour l'instant. A vrai dire, je me contentais surtout de ... ahem ... visiter. "

Il y avait quelque chose d'autre qui lui brûlait les lèvres, en fait, et elle toisait de pied en cap sa vis-à-vis en brûlant de lui demander si elle était italienne. Elle aurait aimé parler de sa fascination pour Florence ou pour la Renaissance, mais elle avait peur de passer pour une parfaite américaine clichetonesque, et surtout, elle avait peur de commettre ce qu'elle avait appris il y a des années à ses dépens comme étant l'un des plus grands fossés séparant l'Italie : la séparation Nord/Sud. Parler de la Toscane à un Sicilien ou de Palerme à un Milanais était le meilleur moyen de vous attirer ses foudres.
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Message posté : Ven 17 Oct 2014 - 22:40 Message
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Dans sa jeunesse, Giulia s’était offusquée que la jeunesse délaisse l’art au profit d’occupations moins nobles. Son éducation supérieure avait mis l’accent sur une certaine forme d’érudition et elle s’était forgée une culture durant la majeure partie de son enfance. Une culture qu’elle s’efforçait toujours plus d’étoffer, bien que son emploi du temps ne le lui permette plus réellement, à son grand désarroi. Elle n’avait jamais souffert de délaisser quelques-uns des autres médias pour se focaliser sur celui qui attisait sa curiosité, quoique ses connaissances recouvrent des sujets variés. Plus tard, elle avait réalisé que ce désintérêt n’était que la conséquence d’un manque d’intéressement au sens le plus strict du terme ; Ils n’avaient pas appris à s’intéresser, on ne les avait pas intéressés. C’est pourquoi elle avait manifesté le désir de vulgariser l’Art.

Un Art qui, vu au travers des yeux d’une génération neuve, ne devait pas être restreinte aux arcs des élites. Plus tard, elle avait diversifié son action en proposant des actions visant à apporter l’Art – et plus généralement les arts et la culture – aux populations les plus défavorisés. Car son entreprise ne s’intéressait pas qu’aux arts graphiques ! Avec l’aide de l’Opéra Beaudrie, elle initiait à la musique, avec celles d’écrivains reconnus, elle leur permettait d’accéder à la littérature, notamment à la poésie chère à son cœur. Même si la démarche pouvait sembler dérisoire, en comparaison aux personnes qui offraient de leur temps et de leur argent, Giulia considérait que c’était ce qu’elle avait de mieux à apporter à ces populations. Populations dont sa jeune interlocutrice, qui ne cessait de l’étonner, ne semblait pas faire partie.

La jeune femme lui expliqua par ailleurs, pour la seconde fois, qu’elle ne savait pas sur quoi allait porter son compte-rendu, se contentant, disait-elle, de visiter l’exposition pour le moment. Elle précisa néanmoins qu’elle allait peut-être se pencher sur la question de la démarche de l’artiste. Une piste qui ne manquait certainement pas d’hypothèses. Elle lui en présenta deux, pertinentes, qui se défendaient : héroïsme ordinaire ou désintérêt de l’héroïsme ? L’une témoignait d’un penchant pour le commun, pour ces héros de tous les jours que les médias délaissaient, l’autre reflétait une acidité passive, une lassitude aliénée vis-à-vis de l’Amérique moderne qui n’était pas sans transparaître dans ses personnages anonymes et archétypaux, dépossédés de l’authenticité de l’existence. Son expérience du naturalisme du XXème siècle l’aurait poussée à se pencher sur cette dernière hypothèse, mais elle n’en fit pas part à Anna, préférant largement la laisser se forger sa propre idée du sujet et de ses conséquences. Après, la Siclienne n’était pas pour se leurrer, ce genre de domaine demeurait fondamentalement subjectif et il fallait avant tout que ses idées, étayées de faits judicieux, soit en adéquation avec ce quel l’on attendait d’elle. C’est pourquoi l’étude de la théorie de l’art graphique était si compliquée.

Au fond de son sac à main, son téléphone vibra de nouveau, à de nombreuses reprises. Un coup d’œil à l’écran indiquait plusieurs appels manqués, et un SMS, dont la prévisualisation lui permit de constater qu’elle était en retard pour son rendez-vous programmé Amerigo Pasolini, qu’elle avait pourtant elle-même réclamé. Déportant son regard sur la jeune femme, un sourire ourlé ses lèvres pleines : « Je regrette mademoiselle LeBlanc mais je dois y aller, des affaires m’attendent. La jeune femme s’arrêta quelques instants. Je vous souhaite une bonne visite et une bonne chance pour votre compte-rendu. » Elle fouilla quelques instants dans son sac, en ressortit son porte-cartes et lui en tendit une, sur laquelle on pouvait trouver son numéro de téléphone personnel et le nom de sa société. Pour peu que la jeune femme s’intéresse quelque peu au monde de l’art moderne, elle devait avoir entendu parler des événements qu’elle mettait en place pour la promotion de l’art. « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler. Ce sera un plaisir. » C’était toujours un plaisir de discuter avec de véritables passionnés. Et qui sait ? Peut-être l’adolescente pourrait-elle un jour l’aider à transmettre la culture au sein de populations plus jeunes !

Sur cette pensée, la Sicilienne adressa un sourire franc à la jeune femme et se détourna d’elle pour retourner vaquer à ses occupations. Saisissant son téléphone, elle composa le numéro de sa secrétaire pour lui demander d’informer son client qu’elle était en route, et s’évanouit du regard de la lycéenne au détour d’un couloir, entre un Queensborough Bridge et un Self-Portrait.
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Message posté : Sam 18 Oct 2014 - 2:18 Message
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Et voilà, aussi vite et abruptement qu'elle avait commencé, la rencontre s'achevait. Une rencontre plus enrichissante, au demeurant, que l'exposition elle-même ... dans un sens. Celle qui, quelques instants plus tôt, n'était rien de plus qu'une inconnue percutée avec une mégarde proprement terrifiante et parfaitement irresponsable - surtout pour une détentrice de capacités du calibre d'Anna LeBlanc ! - se révélait en fait n'être pas seulement Giulia Mancini, dont le nom ne lui avait pas réellement caressé l'oreille, mais aussi et surtout la Mancini de la Mancini Art Consulting. Une société qu'elle connaissait pour les liens étroits qu'elle entretenait avec la promotion de l'art au sein de Star City.

On aurait pu dire ce que l'on voulait sur l'exposition d'Hopper - et il y avait matière ! -, c'était une opportunité en or qui s'offrait à elle. Une opportunité fabuleuse : par hasard, elle venait de rentrer dans l'une des plus admirables mécènes de toute la ville, et elle avait même réussi à lui taper dans l'œil ! C'était donc avec une ferveur quasi-religieuse qu'elle reçut la carte, la lisant avec une précaution infinie qu'une réunion d'entreprise japonaise lui aurait probablement enviée.

" Je ... Merci ! " répondit-elle, après quelques secondes, alors que Giulia reprenait déjà son chemin. Elle levait la tête, sur la pointe des pieds, comme si cette curieuse manie que l'on apercevait dans bien des films et des séries aurait pu, à elle aussi, lui permettre de se faire mieux entendre, " Je n'y manquerais pas, madame Mancini ! "

Elle se reposa, et une fois encore, s'imprégna du bout de papier cartonné. C'était définitivement une curieuse journée, qui, ayant commencé sous un auspice favorable, avait embrayé sur une curieuse période de calme, de platitude et d'abandon, qui n'avait pourtant semblé duré que quelques minutes. Avec toute cette minutie qui la caractérisait, la jeune Acadienne rangea cette carte dans un petit carnet qui renfermait les principales informations sur ses contacts : c'était une habitude qu'elle tenait de son père, et de toute sa lignée, en général. Les LeBlanc, sous leurs apparences modernistes, n'en restaient pas moins que des traditionnalistes convaincus, et Anna elle-même, sous ses atours, ne dérangeait aucunement à la règle, avec cette prédominance du papier et de l'encre sur les circuits imprimés et les puces que les assistants modernes intégrés aux téléphones renfermaient dans leurs insondables entrailles. C'était peut-être ça, d'ailleurs, qui motivait ce caractère conservateur. Une volonté d'organisme, peut-être intimement liée aux capacités familiales ... Qui pouvait réellement le savoir ?

Toujours était-il qu'elle reprit, guillerette, sa visite, toute chargée d'espoirs, d'illusions et de fantasmes. Peut-être que cette idée qu'elle avait eu pour son compte-rendu était la bonne ? Après tout, c'était une critique émérite qui n'avait pas flanché devant ses perceptions ... Non, ce n'était pas le moment ... Elle devait savourer l'occasion, se laisser prendre par la fureur du moment, noter ses observations et ses convictions...

Il lui fallut plusieurs heures encore pour rejoindre à la cafétéria ses compagnons d'infortune. Ceux-ci ne manquèrent pas de remarquer et de souligner sa "lenteur", pour laquelle elle tenta néanmoins de se défendre, un temps. Aucune de ses raisons ne semblait les convaincre, et elle dut vite se rendre à l'évidence :

Non, ils ne vivaient pas dans le même monde...

Ce fut dans sa bulle, qu'elle retourna à Star High, en caressant l'idée de recontacter Giulia Mancini...
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