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Vapeurs de café et paroles d'esclaves

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Message posté : Mer 1 Oct - 23:24 Message
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Sköll frémit. La longue main de Loki s’enfouissait dans son pelage avec un mélange de douceur et de brutalité. Le geste dénotait un instinct dominateur et possessif. Et le loup n’aimait guère ce contact. Face à une autre créature, il n’aurait pas hésité à mordre la main qui osait ainsi l’assujettir. Hélas, cette main appartenait à son grand-père. Il jeta un regard de côté. Hati frémissait de concert. Le Grand Tricheur ne paraissait voir en eux que des chiens de guerre obéissants, et non réellement son neveu et sa nièce. Ce jeu avait déjà trop duré. Les Managarm, privés de l’autorité quasi-sacrée de leur célèbre père, le redoutable Fenrir, appelaient la liberté de leurs vœux. Ainsi que la vengeance. Une froide vengeance, violente et dévastatrice, promis par Loki. Ils supportaient de plus en plus mal le joug de ce dernier. Chaque jour, chaque nuit, leur rêve s’éloignait. La revanche des Managarm et l’appel du Ragnarök s’évanouissaient un peu plus à chaque instant passé sous la tutelle de Loki.

Le rire perlé du Grand Tricheur retentit. Il brisa son emprise sur le pelage des loups et battit des mains comme un enfant. Le son de ce rire avait quelque chose d’à la fois très jeune et très ancien, de fou et de terrifiant. Mais ce n’était rien comparé à la lueur prédatrice qui brillait dans les prunelles de Sköll et Hati.

« Allez, mes petits ! Allez jouer les trouble-fêtes ! »

Le loup rouge retint un mouvement de colère. Il ne servait à rien de s’attaquer à Loki. Il était l’égal d’un dieu et leur ancêtre. Leur grand-père leur tournait maintenant le dos. Les yeux d’or de Sköll étincelaient. Puis il fit demi-tour, suivant sa sœur à la fourrure argentée. Prêts à faire gronder la terre sous leurs pas et à tracer de sanglants sillons dans les légendes. N’attendant qu’une occasion de briser les chaînes qui les retenaient à Loki.


***
1er octobre 2014

La machine émit un bruyant gargouillis, presque semblable au son que produirait un évier en train de se déboucher. Le liquide brun acheva de se déverser dans le gobelet en plastique. D’après l’actuel consommateur, il s’égouttait d’ailleurs très lentement. Un fragment d’éternité plus tard, celui-ci peut enfin se saisir de son café noir brûlant. Il le porta à ses lèvres, humant son arôme artificiel, prêt à le déguster…

- Hey, salut Nik’ !

Un choc sur son omoplate manqua renverser le café sur la chemise blanche. Sköll ne se retourna pas pour autant. Il devinait aisément de qui il s’agissait. Un type avec un air de fouine, qui raffolait des énigmes et doté d’un accent parfaitement insurmontable pour toute oreille habituée à une certaine harmonie linguistique. De plus, il n’y avait qu’un seul imbécile dans ce monde pour s’entêter à le surnommer « Nik’ » comme s’ils étaient « potes » depuis des années. En dépit des mises en gardes, ce crétin continuait de croire qu’ils pouvaient être amis. Sköll répondit froidement :

- Bonjour.
- J’t’ dérange pas ? Quoi de neuf, aujourd’hui ? Hey, tu savais que…
- Un nouveau jouet vient d’arriver dans ton laboratoire, il me semble, non ? l’interrompit le Scandinave en contemplant son café.
- Ouais, comment tu le sais ? Ah, il est fabuleux ! C’est machine va pouvoir… !
- Eh bien, retournes-y. La réussite appartient aux hommes zélés.

Il était aisé de deviner le large sourire que devait arborer la Fouine en cet instant. Sköll oubliait sans arrêt son nom. Etant dans l’impossibilité de le nommer, le premier sobriquet venu lui avait permis de mettre un visage sur cette voix désagréable. Dorénavant, même s’il retrouvait le véritable nom de cet importun, il était trop tard. Il était la Fouine et rien de plus.

Ce dernier s’éloigna en continuant de vanter les mérites de son travail. Laissant Sköll, mâle de la fratrie des Managarm, fils du terrible Fenrir, et loup divin destiné à dévorer le soleil à la fin des temps… seul, à méditer sur la couleur anormalement parfaite de son café industriel. Cette machine à café, presque cachée dans un renfoncement d’un des couloirs principaux de la base, se révélait fréquemment la cible des commérages. Ici, les agents à double-visage de SHADOW se comportaient comme de vrais humains : le babillage le plus futile devenait une convention sociale obligatoire. Mais l’agent Niklaus Mikkelsen, lui, combien de visages masquait-il, à l’instar de sa sœur ? Cette pensée apportait du réconfort au loup rouge, lorsqu’il s’ennuyait trop fortement ou que son enveloppe charnelle devenait subitement trop inconfortable pour sa vraie nature. Ecouter le bavardage des humains le berçait, lorsqu’il allait chercher son café entre deux rapports de mission.

Jusqu’alors, SHADOW ne les avait jamais déçus. Les jumeaux d’Asgard s’épanouissaient sous la protection de l’Ombre et jouissaient de leur liberté sur Midgard, profitant de chaque occasion pour semer la discorde et la violence. Sköll fronça imperceptiblement les sourcils. Cependant, lorsque l’ennuie l’étreignait jusqu’à le pousser à hurler, il se demandait si ce n’était pas une autre forme d’esclavage. Différente du joug de Loki, différente aussi de l’autorité d’un roi ou d’un jarl. L’Ombre faisait miroiter des rêves de grandeur, des ambitions individuelles et les rassemblaient pour mieux se forger une armée dévouée. Mais tous les agents de SHADOW n’étaient-ils pas, au final, esclaves de leurs ambitions ?

- Je déteste le café.

Tout compte fait, aujourd’hui, Sköll avait décidé de ne pas aimer le café. De même qu’il avait décidé que le bavardage de ces êtres inférieurs, qu’il côtoyait par la force des choses, l’ennuyait…
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Message posté : Mer 8 Oct - 0:15 Message
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Mercredi 1er octobre. Elle détestait le mercredi, comme les week-end d’ailleurs. Les après-midis étaient remplis de gamins qui couraient partout, braillant, hurlant, bavant. Dès qu’elle le pouvait, elle essayait de faire en sorte d’être en repos, sur son boulot de couverture, pour ne pas avoir à être dans la vie civile ces jours-là, préférant de loin être à la Base de Shadow. Bon, des fois, elle se demandait si certains agents n’étaient pas comparables aux gamins qu’elle détestait tant : qu’est-ce qu’elle s’en tapait, elle, qu’il n’y ait plus de sucre dans la salle de repos ? Ce n’était, quand même, pas si compliqué de sortir, prendre ses petits pieds, et aller se chercher du sucre !

Evey avait essayé, assise derrière son bureau, de faire des rapports de mission mais, toutes les deux minutes – à croire qu’ils s’étaient passé le mot –, quelqu’un débarquait pour lui poser une question aussi inutile qu’ennuyante. Finalement, elle avait pris la décision de quitter ce bureau, d’aller vers une machine à café dans l’espoir de pouvoir avoir un peu de tranquillité. Hmm. A bien y réfléchir, c’était vraiment une idée de blonde : qui allait à la machine à café, accessible à tout le monde, pour être tranquille ?

Avant d’arriver à la machine à café, elle croisa la route d’un type et, sans gêne particulière, Evey fit semblant d’être dans une conversation téléphonique des plus importantes. C’est qu’elle n’avait pas envie de se retrouver, à quelques mètres de son café, bloqué par un gars qui allait lui faire un descriptif détaillé de la nouvelle machine reçue dans son laboratoire. Elle avait autre chose à faire. Sa technique, qui était utilisée par beaucoup de citoyen lambda, fonctionna parfaitement et l’Américaine arriva au moment où un agent, café en main, laissa entendre qu’il n’aimait pas le café.

« J’ai plusieurs théories. » Enfonçant une main dans la poche arrière de son pantalon, elle attrapa une piécette pour la machine. « Mais, je penche plutôt pour un côté masochiste. » Elle désigna le café de l’agent, avant de mettre sa monnaie et d’appuyer sur le bouton lui permettant d’avoir son propre café. « Décider de prendre cette boisson sans l’aimer c’est… » Être maso ou alors… Le visage de l’officier s’éclaira, comme si elle venait de faire une nouvelle découverte. « Ou alors, vous ne savez toujours pas que chaque bouton est associé à la description de la boisson faite à côté. »

Quelques rencontres en arrière, Evey s’était presque interrogée sur le fait de le tutoyer. Pas vraiment par manque de respect mais plus comme une sorte de provocation supplémentaire, juste pour lui rappeler que, de manière hiérarchique, elle était sa supérieure. Une idée qu’elle n’avait pas retenue parce que, même si elle aimait bien jouer sur ça avec lui, elle n’avait pas grand-chose à lui reprocher sur ses états de service. Provoquer, même un peu, était une chose. Rester objective sur une personne, en était une autre.

« Mais, si vous voulez, je peux demander à ce qu’on mette une grosse pastille de couleur vive sur les boutons associés à des cafés, pour vous éviter de vous retrouver avec une boisson que vous n’aimez pas. »

Elle laissa passer un sourire amusé, avant de se tourner vers la machine pour attraper sa boisson qui venait de se finir. Honnêtement, elle ne pensait pas qu’il était incapable de lire ou que le choix du café était une erreur. Elle imaginait plus qu’il n’aimait pas spécialement le café mais qu’il l’avait pris pour les effets que pouvait avoir la caféine. Bon, en réalité, elle n’avait pas tellement de théorie. Sans que ce soit contre lui, elle se fichait un peu de savoir pourquoi il avait pris un café plus qu’autre chose. Les gens, hormis Renan, étaient bizarres de toute façon.

« Journée compliquée ? »

Pour le coup, il n’y avait aucune sorte d’ironie. La question était plutôt sérieuse et il pouvait en faire ce qu’il voulait. Peut-être que, finalement, il était comme tous les autres, à venir se pointer à une machine à café juste pour parler de ses petits malheurs de tous les jours. Ce serait, quand même, un peu décevant. L’agent Mikkelsen était ce qu’il était mais il y avait toujours eu un certain répondant, chez lui, qu’Evey appréciait. Devoir le mettre dans la catégorie des autres personnes ennuyeuses à souhait n’avait rien de particulièrement réjouissant.
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Message posté : Mar 14 Oct - 23:22 Message
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Il en était encore à contempler vaguement son café, les sourcils froncés par une irritation devenue coutumière, lorsqu’une voix familière s’éleva. De nouveau, il n’eut pas besoin de se retourner pour en identifier le propriétaire. En l’occurrence, la propriétaire. Et s’il n’y avait eu cette voix, il était facile de deviner de qui s’inspirait ces petites piques, que seules de rares personnes osaient proférer devant lui. Des gens qui se comptaient sur les doigts d’une main, voire moins.

- Bonjour, agent Shapley, répliqua-t-il d’une voix tranquille.

La froideur hivernale avait laissée place à la courtoisie la plus professionnelle possible. Avec les années, le loup rouge avait appris à moduler sa voix pour crier la vérité sous la forme du plus beau des mensonges, à hurler à l’infamie pour un crime qu’il venait de lui-même commettre… Et à être poli selon les circonstances. La politesse. Intéressante notion typiquement humaine. Elle variait selon les époques et les civilisations. Dans chaque foyer, fut-il celui d’un roi ou d’un voleur, ce concept prenait d’énormes proportions. La politesse s’étendait aux droits des hommes, sur leur façon de se comporter, de parler et même de regarder autrui. Quelqu’un de faible devait généralement être poli face à quelqu’un de plus puissant. Sköll avait intégré le concept tant bien que mal au fil des siècles, sans réellement parvenir à le comprendre. S’il en maîtrisait les nuances, cela ne signifiait pas pour autant que cet exercice lui plaisait.

- Je déplore chaque jour la médiocre qualité de ce café, ajouta-t-il avec un léger demi-sourire. Sans toutefois me résoudre à ne plus y toucher. Quelle étrangeté humaine !... Je crains parfois d’avoir été contaminé par cet aberrant besoin de consommer et de communiquer à toute vitesse, qu’ont la plupart des gens de ce siècle, y compris dans cette base.

Niklaus Mikkelsen, agent infiltrateur de SHADOW et bras armé du duo des Managarm, coula un regard amusé vers sa supérieure. Evey Shapley se révélait dotée d’une énergie et d’une force de commandement assez remarquables, compte tenu de son physique relativement passe-partout. Mince et élancée comme une brindille, ses mots mordaient tels les crocs d’un serpent ; et la blondeur de ses cheveux, bannière flottant dans le sillage de l’agent, n’avait rien à envier à ceux d’une actrice de publicités.

Sauf, bien sûr, face à Hati. Lorsque la louve blanche revêtait sa forme humaine habituelle, celle d’Ida Mikkelsen, son frère ne pouvait songer que comme sa toute-puissance et sa beauté éclipsaient l’éclat même des astres. Il avait appris à aimer cette enveloppe charnelle, pour ce qu’elle révélait de l’âme divine de sa jumelle parmi les mortels. Même si, au fond, il la préférait toujours sous forme animale.

- Je vous aurais volontiers offert mon café si vous n’étiez pas déjà servie. Votre palais est assez brut pour l’apprécier.

Quand il songeait au merveilleux café des colonies, bu bien avant la naissance de l’agent Shapley, il ne pouvait que regretter cette époque. Envolée la plantation. Envolés les grains frais moulus. Aujourd’hui, dans les locaux ultra-sécurisés et ultra secrets de SHADOW, une machine fabriquait une liqueur brûlante qui n’avait de café que de nom. SHADOW s’était modernisé, certes mais pas vraiment dans le bon sens, d’après Sköll.

- Les journées ordinaires m'ennuient.

La lame de son sourire, trop éclatant pour ne pas paraître inquiétant, n'était pas réellement celle qu'aurait arboré un homme normalement constitué.
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Message posté : Mar 11 Nov - 12:59 Message
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C’est avec la plus grande courtoisie et un sourire qui allait dans le même qu’elle glissa un « officier » quand il la salua. Un petit rappel de la hiérarchie au sein de SHADOW qui ne donnait pas un sentiment de mépris mais, disons qu’avec lui, elle aimait bien faire ce genre de rappel. C’était loin d’être le même ton qu’elle pourrait employer avec un autre agent qui avait envie de se sentir supérieur à tout le monde, là, ça entrait plus dans une sorte de jeu, une façon d’échanger avec lui qui avait fini par s’installer toute seule. Puis, cela aurait été dommage d’oublier de lui rappeler ce fait quand, quelques secondes plus tard, il faisait part d’un fait typiquement humain auquel il se pliait. Au regard amusé de l’agent, Evey lui servit un sourire de la même trempe, l’air de lui dire muettement que, lui, l’immortel, allait finir par réellement se ramollir s’il continuait dans cette voie.

« Vous devriez faire attention, ça commence par un café dont vous n’avez pas envie et… ça se finit autour d’une bière avec des collègues à parler de tout et de rien. »

Ce qu’elle imaginait assez mal venant de lui et, dans l’esprit d’Evey, ne pas l’imaginer faire ce genre de choses étaient plutôt un compliment. Elle n’avait jamais compris cette proportion, qu’avaient les gens, à se retrouver ensemble pour parler de lui pluie et du beau temps et de se plaindre d’un système dont ils faisaient partis. D’un autre côté, l’américaine n’était pas un modèle de sociabilité. Même avec Renan, avec qui elle n’avait jamais à se forcer de rien, leurs discussions étaient rarement dans un but inutile. Un simple « comment tu vas » n’était même pas prononcé systématiquement mais uniquement quand l’autre donnait l’impression d’avoir réellement quelque chose à dire.

« Et, je préfère vous laisser votre café. »

Une pointe d’amusement avait transpercé dans sa voix, comme si elle trouvait intéressant de le voir se plier à une sorte de coutume – qu’il qualifiait de parfaitement humaine. De toute façon, se faire offrir un café, par esprit de contradiction, elle aurait quand même été en prendre un elle-même. En règle générale, Evey n’aimait pas être redevable de quelque chose à une personne, cette habitude l’avait entrainé à ne pas accepter les choses venant des personnes, même si ce n’était qu’un simple café imbuvable venant d’une machine dans une base secrète.

« J’ai toujours pensé qu’il y avait des personnes qui étaient capables de choisir comment allait se dérouler leurs journées. En général, les gens entrent tous dans un schéma de routine ennuyante mais, il y en a d’autres qui ont plus de volonté et qui décident de l’orientation que va prendre leur journée. »

Pour avoir une vie de couverture, avec un boulot minable, Evey avait l’occasion de côtoyer des personnes totalement ennuyeuses. Celles qui se levaient sans la moindre envie, recommençant indéniablement les mêmes journées. Elle n’arrivait même pas à comprendre comment les gens se plaisaient dans une vie comme celle-là. L’officier avait beau être humaine, elle se sentait à des années-lumière de la façon de faire des autres de son espèce.

« Je vous imaginais plus dans la catégorie des personnes qui choisissent leur journée. »

Elle haussa les épaules, l’air faussement déçu, que ce ne soit pas le cas, sans y croire pour de vrai. Après elle pouvait parfaitement se tromper sur son compte mais, elle l’imaginait assez mal s’avachir sur un canapé en se plaignant à longueur de temps de l’ennui perpétuel qui régnait autour de lui.

« Il y a toujours des choses plus intéressantes à faire que rester devant une machine à café. »

Ce n’était qu’une phrase mais elle cachait une proposition, libre à lui de s’en apercevoir ou non et d’y répondre de la manière qu’il voulait. SAHDOW ne manquait pas d’activité, il y avait toujours quelque chose à faire et, étant donné leurs rôles respectifs, il y avait toujours quelque chose à faire qui nécessitait le terrain et non pas les bureaux de SHADOW.

« Enfin, évidemment, vous pouvez toujours rester ici. Je suppose qu’il n’y aura pas longtemps à attendre avant qu’une autre personne arrive et, avec qui, vous pourrez partager tout le mal que vous pensez de ce café. »
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Message posté : Mar 25 Nov - 15:55 Message
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Niklaus détourna le regard, son sourire se muant en une grimace frappée par le dégoût. Il émit un bref ricanement, tandis qu’il faisait tourner le gobelet de café dans sa paume. L’absurdité de cette situation lui sautait aux yeux. Il n’aurait jamais dû se trouver là, dans cette base artificiellement ventilée, devant un café industriel et à discuter avec une femelle humaine – quand bien même serait-elle sa supérieure hiérarchique. Il se languissait du véritable Sköll, le loup rouge qui arpentait l’ombre des pages de l’Histoire, pour y semer le chaos. Cette existence fictive prenait de plus en plus de place dans son esprit. Cela lui jouait des tours. Plusieurs fois, en quelques années, il s’était rendu compte avec quelle facilité il avait adopté certaines coutumes humaines. Cette simple idée le répugnait. D’autant plus que ce genre de situations ne cessait de se répéter…

- Je crains de devoir vous décevoir, Officier Shapley. Je ne puis complètement choisir mon emploi du temps. Et la discrétion est une vertu que je me dois de cultiver. N’est-ce pas là le but de ma présence ici ? Que mes activités servent l’organisation ?… Je suis un spécialiste dans mon domaine. Il m’est difficile de m’en éloigner, puisqu’il s’agit également de mon passe-temps favoris. Mais si je passais mes journées comme je le souhaiterais, SHADOW en pâtirait, ajouta-t-il avec un demi-sourire carnassier.

Ce qui incluait les verbes d’action suivant : tuer, traquer, espionner, mentir, tromper, égorger, massacrer et autres synonymes de toutes les formes de torture imaginables. Libre à Evey Shapley de songer à lui comme d’un homme ordinaire aux goûts douteux ! Cela lui facilitait grandement la tâche pour mieux se fondre dans le milieu si méfiant de la base.

- Hélas, mon domaine de compétences s’adapte mal à la vie en société.

Ni regret, ni amertume ne teintaient sa voix. A la vérité, ce n’était qu’un constat. Sköll aurait pu, par exemple, briser la tête de la Fouine contre la machine à café – comme l’envie le lui prenait souvent -, pourtant il n’en avait rien fait. Il fallait penser sur le long terme. Sköll ne perdait pas ses objectifs de vue. Sur le court terme, il s’agissait de profiter des opportunités inégalées de SHADOW. Et au bout du voyage, il y avait le Ragnarök. Il en rêvait encore. Le loup rouge n’avait jamais perdu la foi.

La subtilité de la tirade suivante ne lui échappa pas. L’immortel releva ses yeux fauves sur la jeune femme. Une proposition se cachait ici, la relèverait-il ? Avec des gestes mesurés, il posa le café sur le haut de la machine, bien en évidence pour le prochain client. Il s’esclaffa délibérément, avec ironie, avant de s’exclamer :

- Grands dieux, non ! Tout mais pas ça ! Cette seule idée m’épouvante… Quittons la compagnie de cette machine à café, avant que je ne m’enracine dans vos dépravantes mœurs du XXIe siècle.

Avec sa voix rauque et grave, Sköll maniait les mots comme des armes. Le ton s’était voulu policé mais cela n’atténuait pas l’insulte faite à la race humaine dans son ensemble. L’officier Shapley pouvait bien tiquer et protester, ce genre d’échanges à double tranchants était devenu un jeu au fil du temps. Ils rythmaient ainsi leurs conversations depuis l’arrivée des Managarm à la base Mannheim.

Sköll emboîta le pas à sa supérieure sans plus attendre. Une lueur dangereuse, que démentait son précédent éclat de rire, venait de s’allumer au fond des yeux sombres. Si un autre énergumène était apparu à cet instant pour lui raconter sa vie, il l’aurait volontiers étranglé sans se poser de questions. Ravalant un accès de rage for malvenue, il reprit :

- J’espère que vous ne proposez pas de faire du shopping – tout du moins au sens conventionnel du terme – car je déteste voir une femme se parer d’artifices. En revanche, si vous souhaitez vous débarrasser d’un ex particulièrement collant, je suis votre homme.

Cette dernière remarque le fit sourire. Il n’avait pas plus d’atomes en commun avec un homme qu’avec une poêle à frire. Ce discours laissait également à penser qu’Evey pouvait posséder une vie privée, des déboires féminins comme n’importe quelle autre femme de cette planète, ce qui était loin d’être un compliment.

- Il se trouve que j’ai faim.

Faim de dévorer le monde et de répandre le sang.


Libre à elle d’interpréter cette allusion comme l’entendait.
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Message posté : Mar 25 Nov - 18:59 Message
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Il y avait, selon elle, toujours quelque chose à faire, d’un peu intéressant, pour le compte de SHADOW. Difficile pour elle de penser différemment dans la mesure où elle était née pour devenir un agent de l’Ombre. Son père n’avait que faire de la paternité, tout ce qu’il voulait c’était endoctriner quelqu’un, dès la naissance, pour en faire un parfait petit agent loyal. Sa mère ? Choisie par ses capacités, histoire d’essayer d’offrir un ADN pas trop pourri et tuée après l’accouchement. Alors, du coup, tout gravitait autour de l’organisation où il y avait toujours quelque chose à faire.

Elle haussa les épaules dans une mine faussement déçue par les paroles de l’homme qui vivait, définitivement, depuis trop longtemps pour trouver le moyen de s’ennuyer. Évidemment, il aurait été plus facile de comprendre les choses si Evey avait l’intégralité du pédigrée de l’agent face à elle.

« C’est bien dommage, savoir adapter ses compétences en société est une capacité très demandée. »

Et, là, on était libre de comprendre que c’était peut-être pour cette raison que, malgré l’âge qu’il pouvait avoir, il était toujours un agent sous les ordres d’autres personnes mieux placées, plus jeunes et qui, en plus, se payait le luxe de n’être qu’humaines. Après, chacun est libre d’interpréter les choses à sa manière, ne privons pas les gens de leur faculté de penser. Face à une personne qui était capable de dénigrer les humains dans une phrase bien prononcée et polie, il fallait bien essayer de faire comprendre que ces mêmes humains pouvaient avoir de qualité.

Elle secoua la tête après avoir bu une nouvelle gorgée de café.

« Pas d’ex trop collant. J’aime à croire que je suis une femme indépendante et qui préfère régler ses problèmes toute seule dans ce genre de circonstance. Pas que je ne vous fais pas confiance pour mener à bien ce genre de mission mais, vous savez ce qu’on dit ? On n’est jamais mieux servi que par soi-même. »

Jamais elle ne laisserait à quelqu’un d’autre la possibilité d’aller tuer un ancien amant. Un ex impliquait déjà un peu trop le terme de « relation » pour que ça lui convienne. Il faudrait déjà que les gens représentent quelque chose d’intéressant pour elle pour se lancer dans des histoires pareilles. Non, définitivement, elle ne donnait l’air de s’impliquer avec quelqu’un que quand il s’agissait d’une mission.

« Et, en réalité, dans une certaine mesure, si… Nous allons faire du shopping. »

Donc, non effectivement, pas dans le sens conventionnel du mot. Elle termina son café avant de jeter le gobelet dans une poubelle à côté de la machine qu’ils quittèrent à la suite. Elle attrapa son téléphone, le temps d’envoyer un message avant de relever la tête vers l’homme à sa dernière remarque.

« Je suppose que vous ne parlez pas du hamburger qu’on trouve à tous les coins de rues. Cela serait vraiment navrant. » Message envoyé, elle enfonça le téléphone dans sa poche. « J’ai un sac à récupérer, si vous avez quelques affaires à prendre, profitez-en, on se retrouve à la sortie dans 5 minutes. » Elle enclencha le pas pour aller chercher ce dont elle avait besoin avant de s’arrêter et de reporter son regard sur lui. « On va en forêt. »

Autant qu’il sache dans quel environnement il allait les mettre les pieds. Trois minutes plus tard, elle était dehors, un sac sur les épaules et c’est à ce moment qu’elle décida de donner un peu plus de précisions.

« Il y a un homme, Alek Fitz, il est responsable du pôle recherche pour une société d’armement basée à New York. On laisse entendre qu’il aurait inventé une nouvelle arme et que les plans et le procédé sont sur une clé USB qui ne le quitte jamais. »

Il y avait beaucoup de sources fiables mais, des fois, ce n’était pas une assurance à 100%. Dans le cas présent ce n’étaient que des rumeurs rapportées par un agent dans l’entreprise. Si cette invention existait, si c’était vraiment révolutionnaire, ça devenait forcément intéressant pour SHADOW.

« Il se trouve que ce cher Fitz est en ville pour quelque temps et que, intéressé par les randonnées, il a pris rendez-vous pour en faire une cette après-midi. Le genre d’activité de groupe, où tout le monde suit un type qui donne la direction à prendre… Oui, enfin, je suppose que vous savez ce que c’est. »

Et évidemment, c’était dit sur un ton des plus polis avec un sourire parfaitement innocent. Pas le genre à sous-entendre que, lui aussi, devait suivre des directives.

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Message posté : Mar 25 Nov - 21:48 Message
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L’adaptation. En voilà une notion compliquée à définir et plus encore à comprendre, pour un loup immortel qui clame une origine divine. Hati se débrouillait mieux que lui dans ce domaine. Ses pouvoirs empathiques et son instinct féminin lui permettaient de comprendre plus facilement les humains. Dans l’âme étriquée de ces êtres inférieurs sommeillaient tant d’émotions et de codes sociaux que l’on risquait de s’y noyer. Surtout pour Sköll. Depuis plusieurs décennies, il s’obligeait à côtoyer d’encore plus près les humains, en solitaire et non plus aussi souvent qu’il le voudrait en duo, en espérant mieux se faire accepter d’eux. Une révoltante tactique, qui l’enrageait en silence, lui qui avait passé tant de siècles à préférer se faire respecter en tant qu’être supérieur et non comme l’un des leurs.

Mais, au moins, ça vous payait un petit confort non négligeable.

Il laissa l’officier Shapley poursuivre son discours. Il feignit d’être attentif autant que possible. Jusqu’à ce qu’une remarque à propos d’une balade en forêt ne lui fasse dresser l’oreille – au sens figuré du terme. Sous le vernis policé de l’agent d’infiltration, Sköll ressentit les prémices de l’impatience et de l’excitation avant un combat. Plus généralement, cela signifiait qu’il allait pouvoir profiter de sa journée au maximum. Sortir en plein air était un bonus. Le loup d’airain aimait les grands espaces, l’immensité du ciel au-dessus de sa tête et la puissance solaire pour nourrir ses pouvoirs. Acquiesçant d’un signe de tête, l’agent Mikkelsen s’empressa de regagner son bureau – un endroit qu’il fréquentait peu, à la vérité -, y récupéra son arme, vérifia le chargeur, empocha le communicateur et verrouilla sa porte. Il laissa derrière lui l’équipement de protection. Même s’il s’agissait d’une mission officieuse, il ne voulait pas s’encombrer d’équipement inutile. Il était fils de Fenrir, de quoi aurait-il dû se protéger ? Il rejoignit sans tarder Evey Shapley qui l’attendait devant la porte de sortie.

- Je suppose que vous savez l’heure et le lieu du départ de cette randonnée. Merveilleux. Octobre est un mois idéal pour une randonnée. Boue et jours qui raccourcissent seront nos alliés.

Aucun humour déplacé ne se cachait dans cette tirade. Sköll pesait ses mots. Il avait pensé chacun d’entre eux. Jamais il ne se serait abaissé à adopter le point de vue d’un homme voulant faire une randonnée hivernale dans les environs de Star City. Il songeait plutôt à la délicieuse sensation du traqueur guettant sa proie... Les obstacles naturels n’étaient pas des obstacles pour lui. Une bonne partie de chasse lui ferait le plus grand bien.

- Est-ce une mission officielle, ou devons-nous prendre notre propre voiture ? Dois-je appeler un taxi ?

Il s’autorisa un demi-sourire. Ce genre de remarques passait mieux avec un sourire, l’expérience le prouvait. Sa propre voiture, payée par les généreux salaires de sa – trop – mondaine jumelle, se révélait très peu passe-partout. Mais après tout, n’était-ce pas le but ? La discrétion s’affichait également par un contraste saisissant. Qui oserait croire que deux agents œuvrant pour une diabolique anarchie se cachaient dans une belle voiture coupée sport d’un rouge éclatant ?

Sköll posa sa main sur l’appareil à reconnaissance d’ADN et la porte coulissa. Direction : le parking sécurisé.

- Votre proposition m’enchante. Ce genre de shopping me convient tout-à-fait.

Il n’aimait pas faire équipe. Sauf avec sa sœur, évidemment. Lorsqu’il devenait évident qu’il ne pourrait pas tuer à loisir et se repaître de la chair des cibles désignées par SHADOW, il réfrénait ses ardeurs pour présenter un visage plus « humain » à ses confrères et consœurs. A chaque fois, cela lui coûtait. Il avait beau pouvoir se nourrir normalement – dans le sens « humainement normal » -, il avait une nette préférence pour les produits frais issus d’une chasse. Sköll se retint de hausser les épaules et chassa sa contrariété dans un coin de son esprit. Se retournant vers Evey, il précisa :

- Je suis parfaitement à l’aise dans le milieu forestier. J’espère pour vous que vous survivrez à votre équipée à mes côtés. Je ne ralentirais pas pour soulager vos chevilles, Officier Shapley.

C’était un défi qui couvait au fond de ses prunelles. Sköll ne ralentissait pour personne. Il aimait faire les choses à sa façon. SHADOW lui faisait suffisamment confiance pour le laisser partir en mission, seul ou avec Hati, ou même parfois un autre agent. Mais SHADOW ne pouvait pas se payer le privilège de régenter les instincts de prédateur du Scandinave millénaire.

- Permission de tuer, officier ?

C'était presque devenu un rituel, que de poser cette question avant chaque mission. La négative, il savait qu'il n'aurait pas droit à l'erreur et ne pourrait pas profiter pleinement de ses capacités. A l'affirmative, les règles s'abolissaient les unes après les autres. Et cela finissait souvent dans le sang... Pour les ennemis, pas pour SHADOW.

Sköll crut se souvenir qu'il s'agissait également de l'évocation d'un titre de film, à propos d'un ridicule agent secret britannique. Il chassa cette référence de son esprit. De fait, la culture et lui, ça faisait deux.
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Message posté : Ven 28 Nov - 0:14 Message
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Hey, peut-être qu’elle ferait une très bonne nounou si elle devait se reconvertir : emmener les enfants pour une balade qui leur convient, c’était déjà un bon début. Ok, l’agent avec elle n’était pas un enfant et, de toute évidence, ils n’allaient pas à la chasse aux champignons mais c’était déjà un bon début. N’empêche, ce qu’elle ne devait pas faire pour satisfaire les agents de la base. Le laisser conduire, sérieusement, c’était une épreuve pour elle. Evey était un peu – beaucoup – une maniaque du contrôle. Que ce ne soit pas elle qui dirige la voiture c’était… Elle resta souriante, prit sur elle. Ce n’était qu’un trajet, elle allait s’en remettre.

« Permission accordée, double zéro. »

C’est lui qui sortait des répliques venues de référence filmographique. Franchement, il pouvait faire du flan du corps de personne qu’elle s’en fichait pas mal. Le jour où elle serait sensible à la vie humaine, elle aimerait bien, justement, finir en flan.

« Et comme dans toutes permissions, il y a quand même quelques restrictions : pas de témoins, pas d’indices qui laissent penser à un meurtre. »

Le blabla habituel. Pas de témoins, ça semblait être l’évidence même. Après, il y avait deux méthodes, soit isoler la cible soit… Et bien disons que tous ceux qui avaient décidé de faire une randonnée dans le même groupe que Fitz n’étaient pas les personnes les plus chanceuses du monde. Après, dans la mesure où l’homme possédait quelque chose d’important, les autorités penseraient forcément à un meurtre. Hors de question de leur laisser la possibilité d’ouvrir une enquête. Ça devait ressembler à un accident ou même à une attaque d’animaux, peu importe, du moment que ça passait pour quelque chose de « naturelle ».

« Oh et, au passage, mes chevilles se portent bien, je crois que je devrais pouvoir réussir à ne pas être trop à la traine. Si j’avais besoin qu’on me tienne la main, j’aurais envoyé quelqu’un d’autre à ma place. »

Enfin, pour cela, il faudrait qu’elle estime ne pas être capable de faire quelque chose. Chacun son domaine d’expertise, elle en était bien consciente mais, dans l’immédiat elle doutait sérieusement de se retrouver à la traine. Peut-être qu’elle ne serait pas devant mais elle ne serait jamais loin derrière. Du moins c’est comme ça qu’elle voyait les choses, le temps apporterait la réponse.

Le trajet servit essentiellement aux précisions. L’endroit où le groupe de randonneurs devait se retrouver, le trajet qui était prévu dans la forêt et le temps approximatif de prévu. L’idée c’était de ne pas agir trop tard dans la balade, le retard des randonneurs avertirait forcément le reste de l’organisation. Elle parla aussi du nombre de personnes qui étaient présentes lors de cette excursion. A priori, pas grand-chose de ce côté, hormis le fait qu’il y avait un agent de sécurité dans le lot. Le genre de type qui voudrait jouer les héros à un moment où à un autre.

« En fait, la seule chose qu’il faut vraiment prendre en compte c’est que la personne qui mène cette sortie à un traceur GPS relié à l’agence pour qui il travaille. A partir du moment où le signal restera, trop longtemps, sans bouger, ils ont un protocole qui demande d’envoyer une équipe voir ce qui se passe. »

Il parait que ça fait mauvais genre de perdre des randonneurs, que ce n’était pas bon pour l’image de l’agence. Du coup, ils avaient mis en place quelques protocoles d’urgences. Beaucoup de zèle selon Evey mais, si Fitz avait choisi cette agence spécifique c’était probablement pour les sécurités qu’elle donnait.

« Vous savez quoi, double zéro ? Comme vous dites être à l’aise en forêt, je vous laisse prendre en main cette mission. Vous prenez les décisions. »

Elle avait déjà envie de s’éclater la tête contre la vitre, côté passager, pour avoir dit quelque chose comme cela. Il avait déjà eu des missions à charge mais, en réalité, elle ne l’avait jamais vu sur le terrain. L’idée c’était de pouvoir juger par elle-même comment il gérait les choses, comment il s’adaptait et voir les décisions qu’il pouvait prendre dans l’urgence d’une situation.

« Enfin, si ça vous convient. Je m’en voudrais de vous imposer trop de liberté. »
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Message posté : Sam 27 Déc - 0:12 Message
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- Je préfère avoir les mains libres, si cela ne vous ennuie pas. Il n’existe pas d’autorité sur cette terre qui puisse me faire douter de mes capacités. Dussé-je vous offenser, officier Shapley… Cet homme, Alek Fitz. Doit-il mourir ?

Aucune émotion ne transparaissait dans sa voix ni sur son visage. Il s’agissait d’une simple question pratique. En sa qualité de loup millénaire, Sköll accordait peu d’importance à la vie d’autrui. Surtout s’il s’agissait d’un humain. Un cœur à l’état de fossile ne saurait ressentir de la pitié.

L’agent mit le contact. Le moteur de sa rutilante voiture ronronna. Il était temps de partir en chasse. Tandis qu’il menait le cheval mécanique vers sa destination, à travers le trafic dense de Star City, il enregistra chaque détail de la mission en question. Déjà une ébauche de stratégie commençait à germer dans son esprit. Il appréciait particulièrement se salir les mains – dans tous les sens du terme – lorsqu’il s’agissait de chasser et, plus important, de tuer. Il aimait dévorer ses proies vivantes. Le sang encore chaud, tout juste versé. SHADOW exigeait, néanmoins, un peu plus de raffinement de sa part. Il s’en voudrait de traumatiser un agent au cœur aussi solide qu’Evey Shapley juste pour l’impressionner. Cette pensée lui arracha un rictus désabusé. Les humains n’étaient plus impressionnés par grand-chose, de nos jours. Ils ne croyaient plus en rien, même au pouvoir de la peur. C’en était consternant.

- Ce traceur ne sera pas un problème. Je peux l’approcher sans éveiller sa méfiance. Et vous pourriez jouer de votre charme sur lui. Je me charge de l’agent de sécurité.

L’agent Niklaus jeta un regard grave à sa comparse, comme pour s’assurer qu’elle était d’accord. Il était parfaitement sérieux, lorsqu’il parlait d’un numéro de charme. Il ne suffisait pas de battre des cils avec innocence pour paraître amical. Le plus souvent, un simple sourire, une phrase banale ou une poignée de main faisaient l’affaire. Les pubs à la TV et le monde du business lui avaient fait très vite comprendre cela au fil des siècles. Les mortels donnaient vraiment leur confiance à n’importe qui.

Comme il garait la voiture, sur un petit parking près du sentier principal d’où débutait la randonné, Sköll ajouta :

- J’entends vos ordres. Alors commençons.

Le groupe crapahutait dans la forêt depuis une demi-heure. Il ne faudrait que quelques minutes avant que Sköll ne le repère. Suivre des traces par ce temps serait d’une facilité déconcertante. Le moindre bruissement se répercutait en échos dans l’air froid. Le givre et la terre meuble soulignaient le moindre pas. Le Scandinave mit un sac de toile dans les mains de sa supérieure. Avec pour seule explication :

- Vous en aurez besoin tout à l’heure.

Ou plutôt, lui en aurait besoin. Il doutait que l’agent Shapley soit particulièrement ravie de rentrer avec la base avec un homme nu. Car si Alek Fitz devait mourir sans que cela ne passe pour un homicide, Sköll devrait agir en tant que loup géant d’un panthéon trop souvent oublié, et non comme l’agent immortel Niklaus Mikkelsen. Et perdre ses vêtements dans la bataille, en pleine forêt, lui était déjà arrivé assez régulièrement, quelques siècles auparavant, pour qu’il comprenne la leçon. Evey Shapley devrait récupérer ses affaires avant qu’il ne tue la cible. Sans quoi il rentrerait nu, ou à l’état sauvage. Il ignorait de quelles informations sa supérieure disposait à propos des Managarm. Tout comme il ne connaissait pas tous les détails de son propre dossier. Il n’avait pas le niveau d’accréditation nécessaire pour y regarder de plus près. Ce qui ne lui avait jamais posé problème… Jusqu’à maintenant.

- On trouve la cible. Vous l’éloignez, lui et son garde du corps. Je les tue. On récupère les plans. Et on rentre à temps pour un nouvel épisode des Simpson.

Le loup rouge aimait bien les Simpson. Mi sérieux, mi provocateur, comme un enfant auquel on vient d’offrir le plus merveilleux des jouets – à savoir une chasse mortelle -, Sköll esquissa un sourire presque trop enthousiaste pour être vrai. Son visage semblait mal supporter ce traitement. Le sourire était faux. Tel un simulacre de joie sur le visage d’un prédateur déguisé.

Il s’engagea sans attendre sur le sentier, prêt à entendre toutes les protestions et indications d’Evey Shapley.


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Message posté : Mar 20 Jan - 19:58 Message
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L’homme devait-il mourir ? Evey haussa les mains comme pour dire qu’elle n’en savait rien. Oh, bien sûr, elle savait parfaitement ce qu’elle aurait fait si elle avait été seule et si c’était elle qui avait décidé des opérations de A à Z mais, en fait, elle venait de lui dire de prendre les choses en mains. Il semblait même apprécier avoir une liberté dans ses actions alors qu’il prenne la décision parce que, de toute évidence, elle était curieuse de voir comment il pourrait prendre en charge cette mission.

Evey se contenta de lui donner les informations qu’elle avait, il en ferait ce qu’il veut par la suite. Cela dit ce n’était pas une habitude, chez elle, de laisser libre cours aux envies des agents. La plupart du temps elle avait même l’impression qu’il fallait toujours leur donner la main ou leur donner un plan expliqué en détail pour chaque action qu’ils devraient faire. Donner les clés en main à une autre personne c’était une façon de tester l’agent en question mais il y avait déjà une forme de confiance dans les compétences de ce dernier. Ce que, bien évidemment, elle se garda d’expliquer.

« Les Simpson, sérieusement ? » Elle laissa passer un soupir en secouant la tête, le sac qu’il lui avait passé dans la main. « Vraiment vous allez vraiment finir par être au même niveau que l’Américain moyen, bientôt vous serez devant les émissions de télé-réalité sans même vous en rendre compte. » Elle balança le sac en toile dans son propre sac et l’ajusta à nouveau sur ses épaules. « Vous devriez vraiment arrêter le café avant de mal tourner. »

Et c’est en balançant un sourire qu’elle s’engagea dans le sentier de randonnée que le groupe avait pris plusieurs dizaines de minutes plus tôt. Bon en vrai elle ne s’interrogea pas tellement sur les traces au sol, les randonneurs avaient un itinéraire tout tracé, défini par une feuille de route qui était la même pour tous ceux qui passaient par cette agence de rando. Du coup elle ne prit pas trop de risques, ni de liberté en empruntant le chemin désigné comme le « parcours rouge » - comme le sang, comme le loup, cette mission était faite pour Mikkelsen en fait !

Si Evey n’évoluait pas trop mal dans la forêt, franchement il y a un moment où il faut arrêter de se voiler la face : ça n’avait rien à voir avec l’aisance que semblait avoir l’agent qui était avec elle. A croire que ce type était né au cœur d’une forêt… Hm, remarque, ce n’était pas impossible. Evey n’avait aucune idée de son âge véritable, ni de quelle époque il venait. Elle le savait immortel mais guère plus à ce sujet. Peut-être qu’il faudrait qu’elle songe à fouiller un peu plus dans son dossier mais elle effaça très vite cette pensée parasite qui n’avait pas d’importance pour le moment.

En regardant sa montre, l’officier eut un sourire. Ils allaient arriver sur le groupe pendant leur pause prévue, si ce n’était pas magnifique ? Avant d’arriver sur leur position, Evey se stoppa et se tourna vers l’agent à ses côtés.

« J’y vais, je vous l’emmène là-bas. » A aucun moment elle ne douta du fait de pouvoir trainer un type à un endroit précis. « Disons, d’ici 10 minutes, ça dépend de comment il marche dans cet environnement. »

Elle quitta le sentier prévu de la randonnée pour contourner le camp que les hommes avaient établi pour quelques minutes de pause, l’idée étant d’arriver par un autre endroit que celui qu’ils avaient emprunté. Et avant d’arriver sur le groupe, Evey vira une de ses chaussures qu’elle enfonça dans son sac. Enlevant quelques mèches de cheveux bien rangées, à la base, dans une queue de cheval, c’est avec un air épuisé, un peu paumé et doucement douloureux qu’elle arriva devant le groupe.

« Dieu merci. Des gens. » Remercier Dieu, chez les américains c’était souvent un bon départ. Elle clopina jusqu’au groupe mais déjà le type qui dirigeait la randonnée se dirigea vers elle.
« Vous allez bien ? »
« Oui, je crois, euh, c’est seulement que j’ai per… »

Elle perdit l’équilibre mais heureusement le gars était là pour la rattraper, ce à quoi elle laissa passer un sourire à la fois gêné et remerciant. Bon, en réalité, elle en avait surtout profité pour récupérer discrètement ce qui servait d’émetteur.

« Merci. »
« Pas de problème, venez vous asseoir. »

Ce n’est qu’une fois assise qu’en petite femme désemparée elle regarda le dessous de sa chaussette et, seulement après elle regarda le reste du groupe. Si son regard avait été assez neutre, il changea du tout au tout en tombant sur le visage de l’homme qu’elle visait, un sourire pointa sur ses lèvres sans qu’elle ne semble vouloir et, dans un faux air gêné elle baissa le regard. Le chef du groupe lui demanda ce qui s’était passé.

« Oh c’est assez stupide je me baladais, et je suis tombée. » Elle avait l’air de se sentir un peu bête. « J’ai perdu ma chaussure, mon téléphone, mon gps et deux trois trucs sans importance un peu plus loin mais je n’arrivais pas les atteindre. »

Et sans que ça semble volontaire, elle posa son regard sur Alek comme si la femme en détresse qu’elle était pouvait avoir de l’aide imprévue mais hautement appréciable.

« Montrez-moi où c’est, je peux sûrement vous aider à retrouver tout ça. Vous n’allez pas rentrer avec une chaussure en moins. »
« Oh non, non, je ne veux pas vous déranger. Peut-être que je peux emprunter votre téléphone pour que je puisse appeler quelqu’un qui viendra me chercher ? » Et lui laisser perdre le rôle du sauveur.
« On ne va pas déranger quelqu’un pour si peu, je vais vous aider. »

Un des gardes du corps, déguisé en randonneur pour l’occasion, sembla vouloir protester mais Alek l’arrêta d’un mouvement de main.

« Vrai, ça ne vous dérange pas ? »
« On va tous venir avec vous. »
« Non, pas la peine, faites votre pause tranquille, on revient vite. »

C’est intérieurement qu’elle se mit à sourire avec l’envie de lui expliquer qu’il ne rentrerait pas aussi vite que ce qu’il espérait. En revanche les gardes du corps ne laissèrent pas le choix de leur présence et le groupe de quatre, Evey étant aidé par Alex le chevalier des temps modernes, arrivèrent après plus d’une dizaine de minutes à l’endroit qu’elle avait indiqué à l’agent Mikkelsen.

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Message posté : Mer 4 Fév - 17:07 Message
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La piste était encore fraîche. Le givre qui recouvrait partiellement le sol indiquait avec une rare précision la direction empruntée par le groupe de randonneurs. Le niveau de difficulté de cette mission dans les bois s’avérait ridiculement bas. Sköll en aurait presque ri. Un clone aurait pu s’en charger. Cependant, pour qu’on fasse appel à ses talents d’infiltration et de tueur professionnel, il devait y avoir des surprises à la clé. Visiblement, SHADOW ne voulait prendre aucun risque. Et les plans de cette arme innovante paraissaient alors très alléchants.

Evey Shapley suivait l’agent d’un bon pas. Ils se séparèrent sur quelques recommandations. Le loup rouge laissait volontiers la mission de « charmer » leur cible. Lui-même rejoignait leur point de rendez-vous. Dès qu’Alek Fitz et ses deux gardes du corps – qui se faisaient passer sans grand succès pour de paisibles amis randonneurs - seraient séparés du groupe, la mission deviendrait enfin intéressante…

Arrivé sur la butte, près du point de rendez-vous, le loup au faciès d’homme entreprit d’enlever son manteau et de le rouler méthodiquement au pied d’un arbre. Comme s’il s’agissait d’un bien précieux et qu’il avait tout le temps du monde. Coupé de la majeure partie de ses sens aiguisés sous cette forme, Sköll devait s’assurer, avant toute chose, qu’il était bien seul. Il n’aimait guère les surprises. Et SHADOW non plus. Dix minutes plus tard, des éclats de voix commencèrent à lui parvenir. Il s’ébroua. Le froid s’était méchamment insinué à travers ses vêtements. Ce corps humain n’était définitivement pas fait pour les températures extrêmes. L’heure n’était pas aux plaintes. Aussi Sköll appela-t-il à lui ses pouvoirs quasi-divins. Gorgé de la puissance solaire, accumulée depuis plusieurs jours sans activités, le corps du loup rouge se réchauffa rapidement. Une lueur jaune et animale emplit ses iris. Il s’agenouilla dans l’herbe humide et, d’un mouvement brusque, plongea ses mains dans la terre. La partie de chasse pouvait commencer.

- Eloignez-vous d’un ou deux mètres des cibles, indiqua-t-il à sa supérieure, par le petit communicateur accroché à son oreille.

Il fallait espérer – pour son propre bien-être – qu’elle aurait écouté la recommandation de l’agent Mikkelsen.

Une première onde se propagea dans le sol. Elle franchit la distance jusqu’aux hommes en une demi-seconde. Lorsqu’elle atteignit leurs chaussures, un frisson parcourut le corps d’Alek Fitz et de ses Men In Black. Le génie des armes sembla se ratatiner sur lui-même. Etait-ce le froid qui l’incommodait soudain ? D’où venait cette étrange impression d’être épié, d’être la proie ? Les gardes du corps, sur le qui-vive, avaient portés la main à leur arme, non sans avoir au préalable avalé leur salive de travers. Ce qui n’était vraiment pas professionnel de leur part.

- Vous avez senti ça ? balbutia Fitz, apeuré, avant de reprendre un peu d’aplomb. J’ignorais que cette forêt pouvait se montrer aussi inquiétante… Un vrai film d'horreur !

Un sourire frondeur vint détendre les traits crispés de son visage. Il avait une réputation à tenir. Pas question de se pisser dessus devant une jolie femme. La malheureuse inconnue méritait d’arriver à bon port. Polie, sympathique et très belle : une combinaison qui valait le détour. Star City, cette ville terne, grise et brouillonne, possédait quelques agréments, finalement.

La seconde onde étendit l’action de la première. Aura de la Terreur. Ce pouvoir inné méritait son nom. Sköll était la Peur et la Violence, la Répulsion et le Moqueur face à la Mort. Il lui fallait des capacités à sa mesure. Il utilisait son énergie pour instiller le dangereux poison de la peur et de l’angoisse chez les humains, comme un lent serpent glacé qui remonterait jusqu’à leur cœur. Le loup rouge banda ses muscles, paré au combat. Le quatuor s’était immobilisé exactement où il le voulait. Ses lèvres esquissèrent un sourire sans âge. Il était temps de passer à l’action…

- Waf ! Waf ! Waf !

Petit bug. Sköll se raidit. Il tourna lentement la tête pour apercevoir un chien court sur pattes – apparemment perdu - qui lui aboyait avec hargne à la figure. Fichue bestiole. Elle avait dû sentir l’odeur du loup. Sköll montra les crocs - littéralement. L’animal détala sans demander son reste. Il reporta toute son attention sur les cibles. La peur les paralysait. Il était temps d’agir, avant que l’effet ne se dissipe. L’effet de surprise était un peu manqué, malheureusement. Le chien venait de trahir la présence de l’intrus.

- Monsieur, vous ne devriez pas rester si longtemps éloigné du groupe, chuchota l’une des armoires à glaces à Fitz.
- Nous ne sommes pas seuls, renchérit l’autre.
- Oui, vous avez raison. Avançons. Excusez-moi, mademoiselle.

Evidemment, Fitz voulait parler de la jolie blonde. Pas du loup géant qui se transformait en silence un peu plus loin, caché derrière un arbre. Sköll réapparut sous sa forme originelle une longue minute après que la marche ait repris. Aussi silencieux qu’une ombre, il bondit d’entre les arbres, atterrissant derrière le quatuor. Sa gueule se referma sur la nuque du premier Men In Black, qu'il broya avec une sauvagerie étudiée. Sans un cri ni un grondement, les babines écarlates, il fondit sur le deuxième. Celui-ci leva son arme. Un coup de feu retentit.
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Vapeurs de café et paroles d'esclaves

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