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[Tâche Gamma] Fight Club

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Message posté : Mar 30 Sep 2014 - 9:23 Message
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***

30 septembre 2014

— Prends ton temps. Regarde bien le schéma.

Au quartier-général de la Team Alpha, à Star High, on était en train de désamorcer une bombe. Enfin, « on », c’était beaucoup dire. Anna était en train de désamorcer une bombe. Enfin, « une bombe », c’était beaucoup dire. Une fausse bombe, où tout était vrai, sauf les explosifs. Jace, lui, supervisait les opérations. Il avait conçu lui-même l’objet — c’était un peu l’équivalent du squelette en plastique des étudiants en médecine, mais pour les démineurs. Lorsque le mauvais fil était coupé, la bombe « explosait » — elle se mettait à clignoter et à siffler, et il fallait recommencer.

Le principe de l’entrainement était simple : des bombes de plus en plus compliquées. Les Alphas commençaient avec des schémas explicatifs très détaillés, fournis par le leader, puis les schémas devenaient plus allusifs au fur et à mesure des exercices, avant de disparaitre tout à fait. Star City avait beau être une ville de supers riches en pouvoirs tous plus étranges les uns que les autres, ses criminels et ses terroristes ne faisaient pas l’économie des moyens plus traditionnels et Thunder mettait un point d’honneur à ce que ses coéquipiers, après leur passage au sein de la Team, fussent capables de reconnaître les armes les plus standards, de désamorcer une bombe ou de réanimer une victime.

L’exercice de la bombe n’était pas toujours le plus apprécié, parce qu’il ressemblait beaucoup trop, au goût de certains Alphas, aux cours d’électricité en physique. Thunder, évidemment, n’était pas vraiment sensible à cet argument — et de toute façon, les entraînements du jeune homme avaient la réputation d’être rigoureux, très rigoureux, même. On ne rentrait pas à la Team Alpha sans le savoir, et c’était ce qui en faisait une bonne formation pour les supers.

— Oublie pas que tu as d’autres outils à ta disposition.

L’établi était bien fourni — pour l’instant. Plus tard, l’exercice se compliquerait, quand il n’y aurait plus qu’un couteau-suisse, et puis plus rien du tout, pour désamorcer une bombe compliquée sans l’aide d’aucun schéma. Mais chaque chose en son temps.

— Essaye de…

Thunder s’interrompit brusquement, ses sourcils se froncèrent et son regard se concentra sur un point tout à fait dénué d’intérêt, entre le schéma de la bombe sur le mur et un article de journal sur les derniers exploits de la Team que Megastar avait affiché là. Ses coéquipiers étaient habitués désormais à ces moments d’absence, quand l’esprit de leur leader était happé par le flux continuel d’informations qui traversait son esprit, quand il trouvait là, quelque part, un signe, un indice infime, une piste ténue qu’il remontait pour former l’une de ses intuitions surnaturelles.

Parfois, de pareilles recherches se muaient en longues méditations — une heure, deux heures, l’esprit de Thunder se perdait dans les méandres des télécommunications et des ordinateurs de la ville. Les Alphas avaient pris la secourable habitude de l’asseoir sur une chaise, pour éviter de le voir vaciller. D’autres fois, comme ce jour-là, la réflexion était beaucoup plus brève. Après quelques secondes, le compte à rebours de la bombe factice s’éteignit comme de lui-même et Thunder, revenu de sa sorte de transe, décréta :

— Il va se passer quelque chose sur les docks.

Ses intuitions étaient devenues plus précises — mais il y avait encore loin entre elles et de véritables prophéties. Après tout, Thunder ne prédisait pas le futur : il déduisait des événements probables, ou même, plus fondamentalement, la possibilité d’événements futurs, à partir d’éléments du présent, renfermés quelque part dans son esprit, mais inaccessibles même à lui. Plusieurs fois il avait tenté d’expliquer le processus à ses camarades et plusieurs fois il avait échoué — pour finir par abandonner, avec un sourire de tristesse, résigner à l’irréductible altérité qui séparerait toujours un métahumain d’un autre.

— Fini les exercices, on va sur le terrain. Tenue civile et sac à dos, on se retrouve dans cinq minutes à l’entrée du lycée.

« Tenue civile », ça voulait dire : combinaison sous la tenue civile, pour être discrets dans l’enquête, mais prêts et équipés pour une éventuelle intervention. Le temps de se changer chacun dans son vestiaire, les deux jeunes gens se retrouvèrent à l’entrée d’un lycée en apparence normal, comme deux lycéens en apparence normaux, qui allaient prendre normalement le bus, pour rejoindre le District Sud. Thunder s’installa avec sa coéquipière au fond du bus. Il avait hésité un moment à appeler en renfort d’autres membres de l’équipe, mais pour l’heure, une intuition vague ne justifiait pas de les déranger de leurs activités.

L’après-midi touchait à sa fin et déjà des vagues de lycéens se succédaient dans les transports en commun. On parlait fort et beaucoup des cours, des professeurs, des prochaines rencontres sportives qui opposeraient Star High à d’autres lycées, des dernières séries à la mode et de qui avait été vu en train d’embrasser qui à la dernière soirée chez Truc Muche Chouette. Dans son chemin vers le fond du bus, Jace avait bien dû serrer une dizaine de mains, échanger quelques paroles avec les trois quarts des passagers — immanquable popularité, alors même qu’il avait quitté le lycée lui-même depuis la rentrée, pour préparer sa vie d’adulte.

Une fois assis, Jace murmura :

— …il y a des rumeurs…

Deux jeunes filles, dans les sièges devant eux, bavardaient vivement à propos d’un nouveau couple. Jace esquissa un demi-sourire et précisa :

— Pas sur Christy et Rob. Sur les docks. Dans les…

Sur ses genoux, les doigts de Jace bougeaient légèrement, comme s’il avait manipulé sur une interface tactile des images et des fichiers — une manière pour lui de faire le tri dans les informations, pour mieux les visualiser.

— Forum. SMS. Il y a un entrepôt désaffecté. Où se rencontrent des jeunes. Je crois.

Il secoua la tête et soupira :

— On verra bien.

À trop chercher, il courait le risque de s’embrouiller et mieux valait garder l’esprit clair pour une mission. Le jeune homme jeta un coup d’œil à sa montre. Dix minutes de trajet. Étaient-ils seulement pressés ? Il l’ignorait. Son regard passa finalement sur le profil d’Anna et il interrogea :

— Alors, la rentrée, ça se passe comment ?

Parce que le leader de la Team Alpha veillait sur ses coéquipiers — avec, parfois, des instincts de Papa Poule.
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Message posté : Mar 30 Sep 2014 - 14:59 Message
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Le cheveux attachés dans la nuque en une queue de cheval, le front perlé de sueur, Anna était face à un engin détonnant. Son objectif était clair et simple : le désamorcer. Elle n'était pas dans le quartier général de la Team Alpha, non. Dans son esprit, c'était un entrepôt parfaitement lambda, et cet engin était une bombe tout ce qu'il y avait de plus dangereuse. Un engin qu'une quelconque organisation criminelle avait pu poser là, dans l'objectif d'ôter la vie d'innocents. Elle était Vadóc, l'héroïne, bien que, son imagination aidant, elle s'imaginait en anonyme officier de la brigade de déminage de la police de Star City. L'uniforme eût été aussi très intéressant, se disait-elle : un lourd tablier d'acier de plusieurs dizaines de kilos pour bloquer les éclats et un véritable scaphandre de protection.
Non, il n'y avait pas à dire, elle avait un certain don pour se projeter dans les situations et les scénarios sans même avoir besoin d'y assister - sûrement l'un des effets secondaires de ses capacités -, et elle était tout aussi compétente pour les exercices les plus techniques et minutieux : la couturière patenté avait la main sûre et le geste précis.
A n'en pas douter, elle aurait pu rafler la première place de l'amical classement de vitesse de déminage, si elle n'était pas limitée par un facteur des plus handicapants : ses gants. A cause de cela, ses doigts subtils gagnaient une circonférence non-négligeable, et ils perdaient d'autant en "contact" avec les composants. Jace - ou Thunder, puisque c'était ainsi qu'elle était censé l'appeler, et elle n'y manquait pas, pour rester dans le personnage - l'avait invité plus d'une fois à les retirer, pour voir ce que cela donnerait, et plus qu'à son tour, elle avait refusé. Retirer ses gants était trop dangereux, elle avait appris à vivre avec eux, et tout handicapants qu'ils fussent, ils étaient une partie d'elle-même ; une sorte de seconde peau de cuir.

A la mention d'autres outils, son œil pétilla. C'était une remarque creuse, qu'il avait faite, comme une confirmation de ses soupçons. Il savait pertinemment qu'elle était peu sûre d'elle, et cette simple phrase agissait comme une confirmation tacite de ses soupçons. Il était de notoriété public qu'Anna détestait les directives et les conseils, et il n'était pourtant rien de cette proposition. Il fallait comprendre, dans une sorte de langage parallèle tacite entre le leader et l'Alpha : " Oui, tu as bien vu, c'est trop petit pour la pince. "
Elle avait déjà prévu la situation, et elle attrapa une petite seringue destinée à appliquer un agent retardateur de réaction chimique, le temps qu'elle puisse sectionner la pièce avec un minuscule scalpel.

Evidemment, on était là encore dans une section de l'entraînement peu avancée : elle n'avait presque pas eu d'informations sur l'explosif, mais elle avait eu le droit à du matériel extrêmement avancé, d'un calibre que seul les escouades de l'UNISON avaient l'habitude de déployer, et qui était normalement à même de pouvoir, entre de bonnes mains, neutraliser à peu près n'importe quoi. Thunder avait même plaisanté, avant de lui montrer le plan de travail : "Aujourd'hui, on s'attaque aux bombes nucléaires..."

Le deuxième conseil, quand il vu qu'elle peinait apparemment à trouver le point où injecter l'agent retardateur, semblait, pour l'Acadienne, plus une boutade. En fait, elle ne comprit pas la raison réelle de son interruption, n'ayant pas les yeux sur lui. Il pensait que c'était en effet un début de plaisanterie amicale, pour détendre l'atmosphère avant qu'elle ne se frustre, et elle ne manqua pas de réagir, en se passant sur l'oreille, pour remettre une mèche en place. Sa voix était concentré, malgré un sourire en coin et un accent du bayou que nombre de personnes trouvaient bien peu sérieux :

" Oui, je pourrais en effet essayer de te toucher, mais je ne pense pas que tu te qualifies comme un outil, cher. "

Son trait d'esprit ne manqua pas de la faire ricaner légèrement, alors qu'elle relevait la tête pour rencontrer son regard. Elle fut déçue. Il était reparti dans ce qu'elle appelait, dans son jargon, une "crise".
Cela était effrayant pour la jeune fille, car cela la ramenait continuellement à un état dans lequel elle avait également vu son père sombrer. Cela l'effrayait, car elle savait qu'un jour, elle aussi, expérimenterait cela. C'était la malédiction des LeBlanc : la perte de prise sur la réalité, la perte de leur santé mentale ... C'était cela qui l'avait jusqu'alors gardé de toucher Jace. Plus encore que la peur de faire souffrir son "Commander" -Comme elle l'appelait parfois, tout aussi sarcastiquement que lorsqu'elle lâchait ses tentatives humoristiques.-, c'était la peur de souffrir, elle-même. Ce n'était pas faute d'avoir tenté de l'expliquer, mais rien n'y faisait. C'était un blocage insurmontable. Elle ne voulait pas entendre parler de cela, elle ne voulait pas y être mêlée, elle ne voulait même y penser. Le phénomène viendrait à elle en temps voulu, si tant est seulement qu'il vienne. Jace peinait à se faire comprendre, et Anna, qui était sûrement l'une des plus à-même de le faire, refusait catégoriquement de le faire. A quiconque d'autre, elle aurait proposé de partager son fardeau, car elle n'avait aucunement peur d'expérimenter des situations, si c'était pour aider une autre personne à surmonter ses problèmes. Cela lui faisait plaisir, si l'on pouvait se risquer à utiliser ce terme, car, toute terrible que pouvait être l'affliction d'un autre ou ses soucis, cela lui permettait, en aidant un autre, de s'échapper elle-même de sa propre condition. Cela lui permettait d'expérimenter des choses que beaucoup ne pourrait pas même imaginer.

Jace, pourtant ? Pas une seule fois l'idée n'était venue de lui proposer, car ce don qu'il avait la ramenait à elle-même, et Anna détestait être ramenée à ses propres tares.

C'était donc avec de la crainte dans les yeux, qu'elle accueillit sa réponse : la crainte de finir un jour comme lui. Une perspective qui ne l'enchantait guère. La blague avait déjà disparue, envolée, balayée au gré des vents comme un enfant aurait soufflé la tête d'une pousse de pissenlit : la plaisanterie était loin, perdue, et un silence de mort l'avait remplacé. L'expression de Vadóc était de marbre, et elle accueillit l'ordre avec un certain soulagement. Elle ne voulait plus parler, et surtout pas de ça.
Les quelques minutes passées dans le vestiaire furent des plus salvatrices, et lorsqu'elle ressortit, avec ce qu'elle pouvait qualifier de tenue "civile" - un manteau extrêmement long lui descendant jusqu'aux pieds, couvrant un jean, un polo des plus communs et un keffieh qu'elle avait noué comme une écharpe. C'était une tenue civile, véritablement, car elle ne se risquait jamais à risquer ses propres tenues en les enfilant par-dessus sa combinaison. La jeune femme estimait bien trop les efforts et le temps qu'elle consacrait à l'élaboration de ses pièces.

La notion d'infiltration était même poussée extrêmement loin, puisque l'éternelle Reine des Glaces était entrée dans le bus, devant Jace. Si ce dernier avait un mot pour chacun, même si il avait quitté l'école, elle était éternellement silencieuse, impériale, avec sa capuche sur le visage, son manteau couvrant ses épaules et son sac entre les mains. Elle se dirigea directement vers une paire de place libre, totalement fermée à la rumeur qui s'élevait à son passage : il était extrêmement rare que la fille LeBlanc prenne le bus, ou du moins, elle ne le faisait pas aux horaires "de pointe". Elle avait sa propre voiture, une grosse voiture, dont le bruit seul était devenu caractéristique de sa personne. Le fait qu'elle monte dans un bus avec un homme ne semblait pouvoir n'avoir qu'une seule raison, et on ne manqua, à plusieurs reprises, de souhaiter bonne chance au fils du Commander, ou à lui préciser qu'on serrait les doigts pour lui. Comme toujours, la moindre sortie d'Anna avec un homme alimentait les plus folles rumeurs.
Lasse, l'Alpha était parfaitement immobile sur son siège. Elle savait bien que les deux filles devant elle l'ignorait à dessein. Toute cette réputation était exténuante, et cette question, qui se voulait sûrement destinée à passer le temps du trajet, n'aurait pu tomber de manière moins opportune. Elle se focalisait sur la mission, plus qu'autre chose, car elle ne voulait penser à rien d'autre. Si elle cherchait à parler d'autre chose, ce n'était certainement pas de sa vie à l'école.

" Toujours la même chose. La classe est sympathique, les cours sont abordables ... Et toi ? "

Évasive, dans le ton comme dans la forme, c'était là sa principale caractéristique, dès que l'on parlait de sa vie.
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Message posté : Mer 1 Oct 2014 - 8:48 Message
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— J’ai connu des mensonges plus convaincants.

Glissa tranquillement Jace en observant les immeubles défiler de l’autre côté de la fenêtre, alors que le bus s’éloignait de Star High. Le leader de la Team Alpha, qui partageait à doses homéopathiques les détails de sa propre existence, ne manquait jamais de se pencher sur celle de ses coéquipiers et leurs réticences ne le décourageaient guère. Au contraire : plus on était réticent, plus on avait quelque chose d’important à dire, pas vrai ? La vie d’Anna à Star High n’était pas simple : c’était de notoriété publique.

Même dans le petit lycée qui accueillait de manière plus ou moins confidentielle les jeunes supers de Star City, certaines particularités inspiraient plus d’inquiétude que d’autres, mais de l’humble avis de Jace, c’était le comportement, beaucoup que les pouvoirs d’Anna, qui expliquait son peu de popularité. Il était loin de la condamner cependant ; parfois même, il trouvait quelque chose d’enviable dans le mystère de souffrance romantique que cultivait l’adolescente. Lui, avec toute sa popularité, ses sourires et ses mains serrées, il avait l’impression de manquer de profondeur.

— Les cours sont trop abordables. Il y a une espèce de fossé entre la complexité du monde et le simplisme des théories.

Jace adressa un sourire triste à son propre reflet, dans la vitre.

— T’entends ça, c’est l’amertume de la vieillesse. C’est ça la majorité.

Elle approchait à grands pas, sa majorité, et il avait l’impression de ne jamais avoir attendu quelque chose avec plus d’impatience. C’était devenu pour lui une sorte de date libératoire, celle où il sortirait enfin, pour de vrai, du système scolaire, celle où il quitterait enfin le trop confortable et trop héroïque logement parental, tout en haut de la Tour de la Paix. Celle où il pourrait commencer à construire sa vie.

— J’ai trouvé un travail, je crois. Chez Lane & Robb.

Il était déjà coursier depuis quelques mois dans le cabinet d’avocats fondé par la célèbre Charlie Lane.

— Assistant juridique.

Depuis l’hiver dernier, depuis les premiers signes de sa nouvelle intelligence, nombreux étaient ceux de son entourage qui avaient attendu de lui qu’il se lançât dans des études scientifiques. Les génies construisaient des robots et inventaient des vaccins ; à Star City, c’était dans l’ordre des choses. Jace, toujours pour doué pour faire ce qu’on attendait de lui, avait hésité longtemps — puis il avait pris la décision pour lui radicale, et même inédite, de suivre ses propres envies.

— Jace ?

L’une des jeunes filles devant eux s’était retournée sur son siège. Elle avait jeté un bref regard à Anna, comme si elle avait été une pièce de mobilier dépareillée, avant de porter son attention sur le jeune premier.

— Tu vas continuer à jouer dans l’équipe ?
— De basket ?

La jeune fille hocha la tête.

— Non. Je suis plus au lycée.
— C’est dommage…

Jace haussa les épaules. Il n’était pas mauvais, mais pas exceptionnellement doué non plus en la matière, et il ne doutait pas qu’on trouverait aisément à la remplacer.

— Tu vas où comme ça ?
— On va au port.
— En mission !
— Non, pour se promener.

Un mensonge plein d’aplomb. La jeune fille jeta un nouveau regard à Anna.

— OK.

Elle se retourna pour s’installer à nouveau dans son siège, tandis que Jace se penchait vers sa coéquipière pour murmurer :

— Je crois que c’était un interrogatoire très subtil.

Il ne paraissait pas froissé à l’idée qu’on pût lui prêter une liaison avec Anna — les hypothèses les plus farfelues couraient sur son compte. Il avait eu le malheur de chercher un jour sur Internet ce que l’on pouvait bien dire sur sa vie sentimentale et il était tombé sur des nouvelles très explicites écrites, à son avis, par des jeunes femmes pour le moins perturbées.

Le bus s’arrêta à un nouvel arrêt et les deux jeunes gens descendirent, suivis par quelques regards — Jace avait connu toute sa vie une semblable attention et elle ne le dérangeait pas outre mesure. La partie la plus active du port s’étendait devant eux désormais, avec quelques commerces, les administrations surtout, les bureaux syndicaux, et le fourmillement continu de l’activité des imports et des exports. Les entrepôts étaient plus loin — ils se mirent en marche.

— Alors, à ton avis, pourquoi est-ce que des jeunes se regrouperaient dans un entrepôt ? Qu’est-ce qu’ils y fabriquent ?

Du Thunder tout craché. Les questions avaient été posé sur le ton de la conversation dégagée, comme si, en vérité, ils ne faisaient que se promener, mais il était difficile de ne pas y voir une sorte d’épreuve. Jace avait un don certain pour cette forme d’attention constante et tranquille, qui mettait constamment les suppositions et l’esprit de raisonnement de ses équipiers à l’épreuve. Certains Alphas particulièrement paranoïaques étaient parfois persuadés que le leader les évaluait encore quand il leur demandait de lui passer le sel.
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Message posté : Mer 1 Oct 2014 - 17:05 Message
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Que dire ? Le voyage se déroula dans une ambiance lourde et tendue, que l'apparente conversation -unilatérale, pour tout dire.- ne détendait qu'en apparence. Oui, elle avait menti. Comme toujours, dès lors que l'on dépassait les frontières du centre de la Team Alpha. En dehors de leur murs, au milieu des autres lycéens, elle n'était qu'ombre et mystère, car elle détestait au plus profond d'elle-même ce que pouvait représenter la moindre parcelle d'information qu'elle délivrait sur sa vie : une simple série de refus polis avaient fait d'elle un mythe sentimental, et il était affolant, rien qu'en pensée, de commencer à prendre conscience des possibilités qu'offrait aux commères une simple phrase un peu trop ouverte.

C'était comme cela que sonnait ce que Jace appelait "interrogatoire subtil" pour elle. Une quête effrénée vers la violation du cercle intime, de la vie privée, et l'interprétation de ce que l'on peut tirer des maigrelettes informations -ou désinformations- que l'on recevait.
Une situation épineuse, donc, et la réponse que Jace apporta à l'audacieuse enquêtrice ne satisfit que très partiellement sa coéquipière, bien qu'elle resta de marbre. Cela était de son ressort, il était le chef, et elle-même savait mieux que quiconque que l'équipe et la mission passait avant les considérations personnelles, à ce niveau au moins. Du reste, il n'existait pas de "bonne réponse" à la question qui lui avait été posé. Répondre par l'affirmative aurait certes balayé les interrogations relatives à leur potentielle relation -et encore-, mais aurait ébruité que la Team Alpha était sur quelque chose, hors, elle n'était sur rien, pour l'instant, et l'eût-elle été, personne n'avait à le savoir.

Non, et puis en un sens, elle détestait également le simple fait que si elle avait voulu sortir avec Jace, elle n'aurait pas pu, pas plus qu'avec aucun autre être fait de chair et de muscles. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, pourtant, car son chef n'était certes pas le plus laid des hommes, mais au-delà de la simple considération physique, elle en venait parfois à se demander si ce désir qu'elle ressentait par moment n'était pas que la manifestation de sa frustration. Si elle ne le désirait pas simplement, comme elle craquait facilement pour bon nombre de jeunes hommes, pour la simple raison qu'il était un homme, et qu'elle avait perdu le droit de connaître le véritable amour. Ce rempart qu'elle mettait entre elle et le monde extérieur, et à plus forte raison entre elle et la gente masculine, n'était finalement qu'une conséquence de sa peur et de son doute...

Coupant court à toute cette introspection qui avait plongé la fille des bayous dans le marbre d'un visage que les seuls penseurs se complaisent à imiter, Thunder entreprit de descendre, laissant sa collègue le précéder, puisqu'il s'était assis face à la fenêtre, et à peine descendus, il sembla qu'Anna s'arrêta, baissant la tête sous sa capuche, pour ne plus esquisser un seul mouvement. La jeune fille se concentrait, respirant à la cadence de ceux qui cherchaient à éviter le trac d'un événement marquant. Il n'était cependant pas question de cela, dans le cas d'Anna, puisqu'elle reprit son attitude normale une poignée de secondes plus tard. Le changement était subtil, cependant, car quand elle porta ses mains à sa capuche pour l'abaisser, ses mèches blanches avaient retrouvé leur couleur d'origine. Ce drôle de rituel était sa manière à elle de se concentrer, et d'agripper de toute ses forces le peu de contrôle dont elle disposait sur ses capacités.
Pour l'extérieur, elle avait peut-être eu un malaise passager, ou simplement une petite crampe, mais elle avait surtout besoin de cela pour parfaire son "masque" : ces cheveux blancs, constamment, attiraient l'attention. Si ils n'alertaient pas, il était tout de même fascinait de voir nombre de personnes tourner la tête avec curiosité, envie ou malice, et Anna, à grands renforts de contrôle intérieur, se voulait apparaître comme normale.

"Civile", comme sa tenue.

Elle ne savait pas combien de temps elle pourrait tenir ainsi, cependant, car elle sentait son pouvoir chercher à resurgir, comme une démangeaison subtile et tenace ...

Vadóc en faisait fi, pour l'instant, et se concentrait pour revenir à une réflexion posée et construite, surtout au vu de la question que lui avait posé. Elle le connaissait, et elle savait qu'il avait déjà dû penser à un certain nombre de conclusions qu'elle ne pouvait elle-même imaginer - et ce qui avait également pour effet, par moment, d'éveiller en elle une jalousie, il était vrai, mal placée. -, et elle se demandait si ces sollicitations lui était vraiment nécessaire, ou si il cherchait simplement à les jauger par rapport à ce que lui-même désirait réellement. Ce n'était pas tellement une méfiance qu'Anna injectait dans cette vision, mais plus un certain scepticisme vis-à-vis de ce qu'elle se surprenait à percevoir comme de l'hypocrisie. Une sorte d'hypocrisie bienveillante, pour éviter aux autres de se sentir véritablement inutiles, quand leur chef était un génie qui avait tout prévu...

" Il est possible de faire de nombreuses choses, dans un entrepôt, " répondit-elle d'une manière tout aussi innocente, comme si c'était simplement, en effet, une ballade entre amis, " je vais laisser cela à ta considération, car je ne pense pas me tromper en supputant que tu as d'ores et déjà ta petite idée ... "

Elle fronça les sourcils, hésitant entre les propres théories qui lui passaient à l'esprit, avant de formuler néanmoins sa propre thèse, car la jeune femme savait pertinemment que c'est ce qu'il attendait : de l'esprit critique, et de la réflexion situationnelle. C'était pour cela qu'elle était dans la Team Alpha, parce qu'ils étaient des héros en devenir, et pas un simple bataillon militaire cantonné à suivre des ordres...

" A mon humble avis, pour provoquer une réaction comme la tienne et un branle-bas de combat subite sans être général ... C'est quelque chose de suffisamment dangereux pour nécessiter que nous y jetions un coup d’œil, mais quelque chose qui n'est pas suffisamment dangereux pour nécessiter une intervention en force, ou du moins, pas pour le moment. "

Portant une main à son menton, elle s'arrêta pour adopter une moue pensive.

" Cercle de jeu clandestin ou courses sauvages ... Non, ça ne fait pas sens. C'est du ressort de la police. Ça ne peut pas être lié à de la production ou de la vente de drogue, ils ne s'en vanterait pas sur des lignes publiques ... "

Et soudain, elle eût une sorte d'illumination, d'éclair de génie qui lui fit claquer le doigt pour le pointer sur son "supérieur", tout en ne quittant pas son regard vague.

" Des jeunes métas, agissant en métas, se réunissant dans un lieu connu de ces seuls métas. " théorisa-t-elle d'une voix sûre, " La question étant, que fait un jeune méta avec des pouvoirs, quand il se réunit avec ses amis dans un entrepôt... Certainement pas des jeux de société. On ne se serait pas déplacés ... Pas d'activités criminelles sérieuses, sinon, les autorités du Port se seraient déjà manifestées ... Cela ne me laisse que trois théories : centre de regroupement pour apprentis justiciers, lieu de rassemblement pour activistes métahumains pouvant potentiellement sombrer dans le terrorisme ou cercle de combat clandestin. "

Il fallait dès lors peser le pour et le contre de chaque théorie. Dans son cas, Anna espérait ardemment être confrontée à l'une des deux premières solutions, car elle était bien plus à l'aise sur le strict plan de la rhétorique et des belles-paroles que sur celui de la langue des poings. Son pouvoir, lui-même, ne lui permettait pas d'être une combattante exceptionnelle. Pour elle, elle ne devenait rien de plus qu'un simulacre de l'adversaire qu'elle aurait à affronter, et c'était bien pour cela qu'elle s'était plongée dans la voie des lettres et de la musique, plutôt que de devenir une brute épaisse. Elle ne se sentait clairement pas de devoir combattre, sinon avec son esprit...
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Message posté : Jeu 2 Oct 2014 - 11:21 Message
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Sa petite idée, oui. Une dizaine ou une vingtaine de petites idées. Les dangers d’une intelligence étendue et efficace, quand elle manquait d’éléments, c’était qu’elle envisageait les hypothèses même les plus improbables, tant qu’elles étaient possibles. C’était l’une des raisons pour lesquelles Jace avait finalement dédaigné la voie des sciences — il sentait que le monde des abstractions spéculatives eût été trop séduisant et trop dangereux, prompt à l’éloigner d’une réalité concrète à laquelle il tenait. Le droit, c’était différent. Chez Lane & Robb, il travaillerait avec des éléments, sur des cas, au gré des précédents de la jurisprudence, et toute cette matérialité, tous ces faits actuels, fonctionneraient comme autant de gardes-fous.

Ainsi ses questions, sans être vraiment innocentes, ne relevaient pas de la pure évaluation. Les réflexions d’Anna lui servaient à concentrer ses propres hypothèses, à éliminer les plus farfelues pour ne conserver que les plus solides. Thunder, au demeurant, n’avait jamais cru à sa propre supériorité. En tout cas, il ne croyait pas aux héros solitaires, à la force tranquille et souveraine de ceux qui œuvraient seuls, parce qu’ils étaient les plus forts ou les plus intelligents et, en cela, il différait du Corbeau, qui avait pourtant eu tant d’influence dans sa formation. Thunder était un Légionnaire d’équipe et l’une des raisons en était qu’il croyait sincèrement à la force des réflexions collectives.

— Ce sont sans doute les options les plus probables, tu as raison. Cela dit, je ne tablerai pas trop, si j’étais toi, sur la réactivité des autorités portuaires. Le port de Star City…

Jace promena un regard un peu résigné autour de lui, sur les docks, l’océan que l’on percevait au-delà, les grues de déchargement, les entrepôts.

— … disons que ce n’est pas la partie de la ville la plus sécurisée.

L’immense terrain couvert par des entrepôts plus ou moins bien surveillé était particulièrement propice aux activités criminelles. Même sans savoir que les docks abritaient précisément, dans l’un de ces entrepôts, le Circus Maximus, l’un des hauts lieux du Cartel Rouge, Thunder avait parfaitement conscience des multiples activités criminelles qui se déroulaient dans les environs, pour y être intervenu plus d’une fois. La proximité de New York, de l’autre côté de la baie, n’arrangeait rien à l’affaire en matière de trafics en tout genre.

— On va essayer de prendre un peu de hauteur pour voir qui va où. Il y aura peut-être quelqu’un qui sort de l’ordinaire.

Sans doute, même. Si des métahumains se réunissaient pour comploter dans l’un des entrepôts des environs, il n’aurait sans doute pas tous l’apparence de parfaits petits dockers et avec un peu de patience, les allées et venues finiraient par leur indiquer le bon endroit. Jace se mit donc à examiner les différents entrepôts qu’ils longeaient, jusqu’à en trouver un qui convînt : avec une échelle métallique extérieure. Il le désigna d’un signe de la tête à Anna et se dirigea vers l’échelle métallique.

Après un bond de deux mètres cinquante pas vraiment naturel, pour attraper le bas de l’échelle et la descendre jusqu’au sol, le jeune homme accomplit un deuxième saut qui l’emmena directement sur le toit de l’entrepôt. Au fil des années, Jace était devenu un expert dans ce genre de micro-utilisations de ses capacités volantes — ce qui lui permettait d’adopter un style de combat qui ressemblait d’ailleurs à s’y méprendre avec celui des films d’arts martiaux.

Jace s’approcha du rebord du toit, avisa une zone pas trop salissante et s’y étendit sur le ventre, pour être plus discret, avant de se mettre à observer les passants. L’activité n’avait rien de très palpitant, mais la première chose que l’on apprenait, peut-être, en rejoignant la Team Alpha, la première chose qu’il y avait apprise lui-même, c’était que la vie de super-héros n’était pas faite, loin de là, que de combats titanesques contre de puissants adversaires. Qu’il exhumât les archives de la police ou entreprît une filature, la première qualité de tout bon justicier était la patience.

Ils n’eurent pas trop à attendre, cependant. Quelques dizaines de secondes après leur installation, ils purent apercevoir une première silhouette qui se faufilait entre les entrepôts, en évitant les grandes allées principales qui séparaient les différents blocs pour emprunter plutôt les chemins de traverse. Un sac à dos décoré au blanc correcteur, des baskets à la mode — définitivement pas un docker. Trois minutes plus tard, une jeune fille de quinze ou seize ans empruntait à peu près le même chemin. Comme les lycéens de Star High, ceux-ci sortaient des cours et affluaient désormais vers leur lieu de rendez-vous principal.

Tous les deux s’engouffrèrent dans un entrepôt non loin de celui où Anna et Jace s’étaient perchés.

— Bien, je crois que c’est assez net.

Le regard de Jace quitta l’entrepôt pour se poser sur Anna.

— Peut-être que tu pourrais t’infiltrer. Moi, on me reconnaitrait rapidement…

Être une figure médiatique avait certains inconvénients.

— Je pourrais récupérer assez d’informations sur l’un des forums pour que tu prétendes en avoir entendu parler. Ils seront sans doute un peu méfiants, mais avec de la conviction, ça pourrait passer. Ce serait un bon moyen de savoir ce qui se trame là-bas.

Et, pour une fois, les particularités d’Anna constitueraient une excellente carte de visite, plutôt qu’un désavantage social.
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Message posté : Ven 3 Oct 2014 - 11:19 Message
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Voir les capacités de Jace en action ne manqua pas d'occasionner une certaine sensation de gène au bas ventre de sa jeune coéquipière, pour plusieurs titres. Bien évidemment, elle le jalousait, un peu, car elle-même n'aurait pu le faire qu'en lui subtilisant ses capacités -et ce qui faisait sa spécificité, de copier les capacités, se caractérisait dans les yeux d'Anna comme étant surtout le fait de ne pas avoir de pouvoir "à elle". -. Ensuite, il y avait le fait qu'elle aurait à grimper cette échelle, alors qu'il aurait pu la porter -et lui épargner des efforts.-, chose qui divisait son esprit, car si elle se déclarait féministe, elle ne crachait pas néanmoins sur un peu de galanterie, de temps à autres -tout le paradoxe de la jeunesse.-. Enfin, considération bien plus terre-à-terre, elle ne put s'empêcher de surveiller les alentours : une telle démonstration aurait très bien pu mettre la puce à l'oreille des autorités portuaires, qu'elle ne considérait pas comme si attentistes que ce que le fils du Commander cherchait à lui faire voir ; pire, ils pouvaient aussi être repérés par ceux précisément qu'ils traquaient, car rien ne disait qu'ils n'avaient pas de sentinelles ou de guetteurs. Il y avait un avantage à s'attendre au pire et à surestimer son adversaire, quand on avait la tendance d'Anna à vouloir tout savoir et à disposer ne serait-ce que d'un début de plan pour la majorité des cas de figures : on n'était jamais véritablement surpris.
Malheureusement, évidemment, cela n'était que la théorie, et en tant qu'aspirante-héroïne réfléchie mais dépourvue de la puissance cognitive pure de Thunder, respecter son adversaire comme une entité parfaitement apte et capable de lutter sur le même pied qu'elle, si ce n'était avec un avantage, lui servait surtout à se rassurer vis-à-vis de ses propres capacités, en un sens. Elle était digne, elle aussi, et ne pouvait s'imaginer que si elle surestimait son adversaire, celui-ci en ferait autant, un peu comme si elle inscrivait le personnage de Vadóc dans un curieux simulacre de Destruction Mutuelle Assurée - ou M.A.D., pour les amis de Shakespeare, la stratégie qui avait si longtemps perdurée pendant la Guerre Froide, en incitant chacun des blocs à se surarmer en prévision d'un combat contre l'éternel adversaire, sans jamais vouloir le souhaiter, puisqu'il était évident que le conflit détruirait tout ses belligérants. -

Elle dut donc finalement escalader l'entrepôt, et venir se poser aux côtés de son leader, pour observer la scène. Elle était peu enjouée à l'idée de se coucher sur le toit d'une telle structure, et il semblait qu'il avait spécifiquement choisi l'emplacement pour elle, puisqu'elle n'était pas trop sale. Ce n'était pas qu'elle avait une aversion pour la crasse ou la boue, c'était juste qu'elle préférait éviter les sensations inconfortables, tout en gardant le plus longtemps possible son image. Evidemment, cela était parfaitement absurde, quand on y pensait : elle était ici incognito. Et pourtant ...
Quand les individus commencèrent à se présenter, le premier réflexe d'Anna fut de dégainer son téléphone pour photographier les curieux passants, essayant d'avoir le meilleur angle sur eux de manière à pouvoir avoir une base documentaire, en vue de pouvoir enquêter sur eux.

Bien entendu, le constat fut vite que l'on devait s'y infiltrer, et bien évidemment, ce ne pouvait être le travail de Jace. Il était trop connu. Trop célèbre. Vadóc aussi était une identité publique, mais une identité publique que la jeune fille avait réussi à ne pas rendre trop médiatique. Cela tenait d'ailleurs peut-être au fait que ses capacités étaient un peu plus "discrètes".

" Oh, c'est une superbe idée ça, cher, " souffla-t-elle, en observant les photos, " et une fois là-dedans, je fais quoi, alors ? Je les invite à danser ? "

Elle porta son regard sur Jace. Il était on ne pouvait plus sérieux quand il avait parler de s'infiltrer. La jeune fille le savait, d'ailleurs, et pourtant, elle n'avait pas pu s'empêcher de le tester. C'était plus fort qu'elle. Elle n'appréciait pas spécialement d'être mise en première ligne.

" Certes, eh bien, j'y vais, alors... "

Elle mit les écouteurs de son téléphone sur ses oreilles, et le rangea dans sa poche. Dans ses oreilles commençaient à résonner les premières de School's Out, d'Alice Cooper. Une musique fort étonnante, pour une fille que l'on aurait pu croire uniquement échue à la musique classique.

Chaque famille avait ses secrets...

" On reste en contact. Préviens-moi si tu vois quoi que ce soit. J'aimerais éviter de perdre mon scalp entre les mains de quelque fripon. Pas aujourd'hui. "

Faisant un usage peu catholique de ses gants, elle glissa jusqu'en bas de l'échelle, d'une manière fort professionnelle, car là était l'une des autres choses que la Team vous apprenait : a vous servir de ce que vous aviez sous la main. Cela était à souligner, car jamais Anna n'aurait pensé, avant d'y entrer, à ne serait-ce qu'essayer cette cabriole.

Quelques dizaines de secondes plus tard, elle était devant la porte où les autres étaient entrés, et elle hésitait, un peu.

" Allons-y ... " murmura-t-elle en français, avant d'y entrer, pour se donner un peu de courage en distrayant son esprit vers de curieuses références britanniques.

Elle était dans l'entrepôt, et était quelque peu déboussolée par ce à quoi elle était confrontée. Gardant sa contenance - et ses mèches colorées -, elle susurra dans le micro de ses écouteurs...

" J., parles-moi. Ils disent quoi, sur cet endroit ? "
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Message posté : Lun 13 Oct 2014 - 15:44 Message
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— Tu peux essayer.

Anna savait-elle seulement danser ?

— Je doute que ce soit un bal musette, cela dit.

Ou alors, Star City était une ville beaucoup plus étrange qu’il ne l’avait d’abord cru.

— ‘Fin bref, contente toi de te fondre dans la foule.

Ce qui n’était peut-être pas la qualité première d’Anna, mais Thunder avait toujours été un grand partisan de la formation sur le terrain. Les salles d’entraînement, les exercices pratiques comme les cours théoriques, tout cela était indubitablement essentiel, mais in fine, le leader de la Team Alpha pensait que les meilleures aptitudes s’acquéraient dans la confrontation avec les situations réelles. Rien de mieux qu’une mission d’infiltration impromptue, donc.

Pendant qu’Anna partait à la conquête de son nouvel environnement, Thunder, lui, se concentrait sur ceux qui étaient déjà présents dans l’entrepôt et, surtout, sur ce qu’ils portaient inévitablement sur, comme de parfaits adolescents du monde moderne : leurs téléphones portables. Rassembler des informations éparpillées dans les toiles entretissées de la noosphère cybernétique de Star City était un exercice d’une singulière complexité ; croiser celles qui se concentraient dans quelques appareils convergents à portée de main était en revanche beaucoup plus simple.

Ainsi, quand Anna le recontacta, Thunder était amplement en mesure de répondre à ses questions.

— Club de combat, donc. Ils se réunissent là un peu tous les jours, pas toujours les mêmes personnes, même si y a beaucoup d’habitués. Y a une espèce de tournois permanents, j’ai trouvé un classement, avec des points, et des pseudos. On peut pas dire qu’on ait affaire à des grands professionnels de la sécurité informatique ou de la tactique militaire, ça, c’est sûr, mais ils sont quand même pas mal, c’pas une raison de les sous-estimer.

Il devait y avoir une petite vingtaine de personnes, dans l’entrepôt où Anna venait de pénétrer. On n’avait pas fait beaucoup de difficultés pour la laisser entrer, preuve que tous ne se connaissaient pas et qu’ils ne s’inquiétaient pas par ailleurs d’être la cible d’une éventuelle enquête. D’ailleurs, faisaient-ils seulement quelque chose d’illégal ? Ils avaient pris possession d’un entrepôt vacant qu’ils ne possédaient certainement pas : c’était au moins ça. Là dedans était installée une sorte d’arène, qui n’était pas sans rappeler celle, mais en plus grand, des combats de chiens. À l’un des murs, un grand tableau noir dressait l’état actuel du tournoi, avec la liste des participants, les victoires remportées sur les uns et sur les autres, les rencontres encore à venir.

Certains discutaient par petits groupes et, à en juger par les bracelets différents qu’ils arboraient, il devait y avoir des sortes de clans, ou des équipes. D’autres affiches couvraient les murs, qui ressemblaient parfois à s’y méprendre à ceux d’un foyer de lycée, comme à Star High : petites annonces pour des scooters d’occasion, réclames pour des soirées étudiantes à venir, concerts en prévision de quelques groupes de musique locaux. Mais les intérêts plus spécifiques des habitués de l’endroit s’exprimaient à travers différentes coupures de presse sur les derniers incidents ayant impliqués, à Star City, des supers — de l’arrestation héroïque au crime mystérieux.

Les forums et les messages que Jace parcourait mentalement reflétaient l’atmosphère qui s’était progressivement mise en place, au fil des semaines — des mois, peut-être ? —, dans l’entrepôt des docks. Il y avait un forum général pour le lieu — le SPC ou Super Fight Club, comme l’avaient baptisé, sans grande originalité, ses plus fidèles habitués — dont le mot de passe n’avait pas été très difficile à contourner. Certains petits clans de combattants particulièrement actifs avaient développé d’autres plateformes. À en juger par les messages, il y avait les combattants sérieux, les équipes bien organisées et douées d’une stratégie mûrement réfléchie, et ceux qui venaient là pour se défouler.

Jace ne put s’empêcher de songer aux adolescents qu’ils avaient croisé avec Megastar, bien des mois plus tôt, et à l’emprise néfaste qu’avait étendu sur eux l’étrange couple européen. Le SPC était un vivier pour de pareils individus. Il s’agissait peut-être moins de prévenir le désastre sui generis de ce fight club que d’en protéger les participants contre les influences extérieures. La situation était délicate.

En quelques mots, Thunder délivra les informations principales à Anna. Surtout, il l’aida à identifier les différents groupes — la couleur des bracelets indiquait les clans et certaines photographies qui trainaient sur les forums les plus imprudents permettaient de mettre des pseudonymes, à défaut des noms, sur trois ou quatre des têtes présentes. C’était déjà assez pour se faire passer, sinon pour une habituée, du moins pour quelqu’un d’un peu renseigné. Restait à exploiter cette situation délicate.

Peu désireux de demeurer éloigner d’un entrepôt où il aurait peut-être à intervenir, Thunder se redressa et effectua un bond gigantesque, qui le fit atterrir, avec une souplesse silencieuse, sur le toit du SPC. Hélas, aucune vitre ne permettait d’apercevoir ce qui se passait à l’intérieur — un moindre mal : à travers les multiples caméras des téléphones portables que l’on sortait en-dessous, pour envoyer un message ou un tweet, pour surfer sur Internet en attendant un ami ou un combat, pour prendre une photographie, le jeune super pouvait recomposer un tableau fait de fragments aux angles divers.
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Message posté : Lun 13 Oct 2014 - 18:32 Message
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Alors, les jaunes étaient les Wolverines, loin d'être les favoris. Encore une référence culturelle fabuleuse, pensa-t-elle, et elle se demandait si elle n'avait pas voir débarquer un Brad Pitt dans ce Super Fight Club ... Elle n'aimait pas l'Aube Rouge, en plus. Un film parfaitement réactionnaire et pompier, par le réalisateur de Conan le Barbare ... Excusez du peu.

Les rouges, eux, étaient les Einherjar, une référence autrement plus culturelle ... Les guerriers tombés au combat et recueillis par les Valkyries pour être emmenés à Asgard. Vadóc en vint pourtant à se demander si ils avaient la moindre connaissance de leur sujet, tant il semblait que la poignée de gaillard et la seule fille se livraient simplement à l'énumération de tout les clichés possibles et imaginables sur la culture nordique : les garçons étaient soit barbus, soit porteurs d'un début de barbe volontairement laissé libre, et arboraient des t-shirts à l'effigie de groupes de Viking Metal, réunis autour d'enceintes miniaturisées crachant fort benoîtement un morceau du genre. La fille, elle, n'échappait pas vraiment non plus aux clichés nordiques qui frappaient de plein fouet tout ses autres compagnons d'équipe. Cela aurait pu tenir de la gageure, pourtant, puisque tout, de son teint jusqu'à ses yeux bridés, témoignaient du fait qu'elle tenait bien plus de l'asiatique que de l'aryenne fantasmée des fjords de Norvège. Sans se risquer trop loin, Anna aurait parié sur une sino-américaine, ou sur des parents vietnamiens, mais elle s'interrogeait plutôt sur ses pouvoirs. En effet, du groupe, c'était aisément, de loin, la plus musclée, au point que, si elle n'avait pas vu son visage, Anna l'aurait confondu avec un travesti. Son apparence, en dehors de sa carrure, tenait en effet de la caricature de bas-étage : des cheveux teint d'un blond platine noués en tresses viking, des bracelets de métal, des piercings aux arcades et aux oreilles, une chaine entre l'une de ses narines et une son oreille droite, des tatouages runiques multiples, un maquillage aux teintes sombres parfaitement outrancier, un jean, et un blouson de la même matière qu'elle n'avait pas pris la peine de fermer, probablement trop contente d'exhiber son physique pour simplement penser à se couvrir d'autre chose que d'un haut de bikini... Son manteau, lui, était couvert de nombreux pin's, plus qu'elle ne pouvait en dénombrer d'un coup d'œil furtif. Si ce qu'elle savait était correct, chacune de ces breloque était le signe d'un adversaire vaincu en combat singulier.

" J., je ne suis vraiment pas sûre que je puisse me débrouiller contre ... quelque chose comme ça ... "

Sous son accent cajun prononcé, elle se voulait sérieuse, elle était se faisait force de ne pas poser les yeux de manière trop insistante sur cette monstruosité. Elle pourrait sûrement le prendre pour un défi, et il y avait une chose plus dangereuse encore que les confrontations motivées par la testostérone : les crêpages de chignons motivés par les œstrogènes.

" Je n'ai jamais vu un tel concentré de mauvais goût ! " souffla-t-elle, outrée, dans le micro, " Cette "Freyja" n'a-t-elle donc aucune once d'amour propre ou de respect pour la mythologie scandinave ? "

Portant son attention sur un autre groupe, elle put voir une bande à brassard bleu, où un concours avait l'air de prendre place entre un cracheur de feu et un ... cracheur, tout court. Ils s'amusaient à abattre au vol des cartes à jouer que leur lançait un troisième larron, hilare.
Ceux-là, étaient les Backstreet BoyZ, semblait-il, avec une nécessaire emphase sur le Z. Une bande d'amis réputés imbattables en équipe.

Ca et là, elles voyaient encore d'autres prétendants : Apollo, une caricature de surfer californien monté sur une paire de rollers, une étoile montante au potentiel insoupçonnable de prime abord, ou bien encore Eldoth, un curieux rouquin d'une douzaine d'années, qui tenait en main un bâton supposément magique, et était coiffé d'un masque d'aviateur que l'on aurait cru sorti de la Seconde Guerre Mondiale, avec un bonnet vert à oreilles de chat ... Véritablement, le réel Eldoth, où qu'il ait pu être, devait se passer une main sur le visage, ou se retourner dans sa tombe, si tant est qu'il était encore vivant.

Et elle continuait son avancée, peu à peu, toujours timide de provoquer qui que ce soit ... Finalement, elle s'arrêta, jetant encore un regard périphérique à trois cents soixante degrés, en cherchant à se décider, non sans y aller de son petit commentaire...

" Finalement, je pense que cela relève plus d'un travail pour Thunder ... Il faudrait peut-être que je ressorte et que... "

Elle fut interrompue par l'un des Viking d'opérette :

" Hey, la nouvelle ! " lui fit-il, un sourire immédiatement et curieusement amical, " Tu as l'air un peu paumée, ici ... Viens te poser avec nous, sois pas timide ! "

Elle sursauta, proprement, et en perdit sa concentration, si bien que, de la racine de ses mèches commença à revenir le blanc typique qui caractérisait son pouvoir. Instinctivement, ses mains se ruèrent sur sa capuche qu'elle releva, en baissant une tête qui virait au rouge tomate.

Loin des cris d'incompréhension ou de surprise qu'elle se serait attendu à entendre, sa réaction fut accueillie par des rires et des applaudissements

" Oh merde, merde merde merde, " jura-t-elle, à la limite de l'audible, dans son patois francophone maternel, " Je fais quoi ? Je fais quoi ? "

Très vite, elle reçut une claque à l'épaule qui faillit lui faire perdre l'équilibre ... Elle releva le visage pour voir l'impressionnante gladiatrice dont l'accoutrement l'avait, un peu plus tôt, souverainement exaspéré, lui sourire de toute ses dents :

" Il est énorme ton pouvoir ! " s'exclama Freyja avec une voix curieusement féminine - comme son visage de poupée chinoise, d'ailleurs, si il n'avait pas été couvert de breloques - pour sa carrure, " Tu peux changer de couleur de cheveux comme ça ? Ca marche aussi avec les autres ?!? "

Oui, définitivement, son comportement n'allait pas vraiment, du tout, avec l'image qu'elle s'était faite d'elle. Anna aurait peut-être même pu commencer à l'apprécier, si elle n'était pas réellement, sacrément apeurée et intimidée ... Quelque chose que ne manquerait sûrement pas de voir Jace, d'ailleurs.
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Message posté : Mar 14 Oct 2014 - 11:46 Message
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— T’inquiètes…

Murmura Thunder en inspectant la serrure de la trape de sécurité qui conduisait de l’entrepôt sur le toit de celui-ci — et inversement.

— … n’importe qui qui viendrait là pour la première fois serait mal à l’aise, j’suppose. C’est parfait pour le personnage.

Ce n’était pas comme si elle cherchait à se faire passer pour une combattante rompue aux affrontements clandestins et, à bien des égards, l’embarras d’Anna et son obsession pour les manifestations physiques de ses pouvoirs constituaient des atouts véritables. Jace ne fut ainsi guère surpris d’entendre que la jeune femme avait trouvé une interlocutrice favorable — il y avait toujours des gens pour prendre sous leur aile les oiseaux tombés du nid.

Pendant ce temps, dans un autre coin de l’entrepôt, une jeune femme au brassard bleu levait les yeux vers le toit. Le garçon affalé à côté d’elle, sur un canapé défoncé probablement récupéré dans un vide-grenier, lui jeta un regard interrogatif. La jeune fille murmura :

— Il y a quelqu’un là-haut.

Le garçon fronça les sourcils. Un soupir plus tôt, il se releva du canapé, s’approcha du cracheur qui crachait des crachats et souffla quelques mots à son oreille. Le concours s’arrêta, les Backstreet BoyZ se regardèrent les uns les autres. Une partie de Papier-Caillou-Ciseaux décida de qui irait inspecter le toit pour circonvenir la menace éventuelle et le garçon du canapé, avec un nouveau soupir, sortit de l’entrepôt.

Pendant ce temps, Thunder était parvenu à forcer délicatement la serrure de la trape — mais son sens des corps avoisinants fut bientôt alerté d’une présence dans son dos et il se retourna à temps pour voir apparaître le Backstreet Boy, qui flottait dans les airs avec un équilibre des plus vacillants. L’adolescent, qui devait avoir à peu près l’âge de l’Alpha, se posa sur le toit, assez satisfait d’une entrée qu’il jugeait pour le moins spectaculaire.

Son enthousiasme retomba en flèche quand il reconnut l’intrus.

— Oh merde…

Ça s’annonçait mal.

— Je suis Thunder. C’est quoi ton nom ?

Les mains croisées derrière le dos, comme un signe d’apaisement, l’Alpha s’approchait à pas lents de son interlocuteur. Celui-ci bomba un peu le torse et répondit d’une voix aussi assurée qu’il s’en sentait capable :

— Je suis Blade.

Et pour donner un peu de poids à ce surnom, il tendit la main et la tranche de celle-ci se transforma en lame brillante.

— C’est un sacré pouvoir.
— Te moque pas.
— J’me moque pas.
— A-approche pas plus !

Thunder s’arrêta, à deux mètres de son interlocuteur.

— Ici, c’est chez nous.
— Et c’est qui, nous ?

Blade haussa les épaules.

— Pas tes affaires.
— Je peux venir regarder ?
— Non.
— Pourquoi ?
— T’es pas comme nous.
— Moi, j’dirais plutôt qu’on se ressemble pas mal.
— Tu peux pas comprendre. Toi, t’es là bas…

Blade fit un geste de la main vers le centre-ville.

— Toi, personne te fait chier.
— C’est vrai.
— Tu veux nous arrêter !
— J’veux surtout parler.

Silence. Blade n’avait pas l’air certain de ce qu’il était censé faire.

— Ce s’rait quoi, l’danger ? J’sais pas combien vous êtes, là-dedans…

Mensonge 1.

— Mais si y a un problème, vous êtes probablement assez nombreux pour me maîtriser.

Mensonge 2.

— Je suis tout seul…

Mensonge 3.

— Franchement, vous pourriez faire un compromis.

L’hésitation de Blade était palpable. Après tout, c’était Thunder et là-dessous, dans l’entrepôt, il y en avait beaucoup, qui rêvaient d’être des Thunders. La Team Alpha. La Légion. Les héros, les vrais. Certains manquaient de talents. D’autres avaient été rejetés par leurs familles. La plupart cherchait surtout à se racheter une confiance en soi. La perspective de faire une démonstration de leurs talents devant le leader de la Team Alpha pesait beaucoup plus lourd que celle d’un crime qu’ils n’étaient pas tout à fait sûrs de commettre.

Blade poussa son traditionnel soupir et finit par hocher la tête. Un sourire se dessina sur les lèvres de Jace et il tendit la main pour que son guide le précédât. Tandis que celui-ci jugeait plus sage d’emprunter l’échelle de sécurité, Jace sauta du toit de l’entrepôt pour se réceptionner au sol. Alors que Blade descendait les échelons, Thunder en profita pour murmurer à Anna :

— J’arrive.

Blade frappa à la porte de l’entrepôt et, en attendant une réponse, jeta un œil à Jace et interrogea d’une voix faussement dégagée :

— C’est vrai que t’as un QI de 622 ?

Jace laissa échapper un petit rire.

— Ça s’calcule pas jusque là, le QI, tu sais.

L’art de la non-réponse.

— T’as vu ça où ?

Blade haussa les épaules.

— Un blog.

L’adolescent s’empressa de préciser, pour ne pas passer pour une groupie :

— ‘Fin, j’étais tombé sur ça par hasard, tu vois.

Pas dupe, Jace hocha la tête. La porte s’ouvrit et des yeux entièrement rouges se posèrent alternativement sur Blade et sur Thunder. Une main surgit de l’ombre, attrapa Blade par le tee-shirt et le traina à l’intérieur tandis que la porte se refermait. Jace put entendre des bribes d’une conversation au cours de laquelle, après un savon introducteur, Blade essayait d’expliquer tout l’intérêt qu’il y aurait à inviter Thunder, au moins une fois.

Une longue minute plus tard, la porte se rouvrit et Yeux Rouges, la fille qui avait été assise sur le canapé à côté de Blade, consentit enfin à faire son apparition.

— Je te regarderai.
— C’est Watch.

Précisa Blade à voix basse.

— Au premier geste suspect, on te démolit.
— Ça marche.

Watch tourna les talons pour rentrer dans l’entrepôt, tandis que Thunder et Blade lui emboitaient le pas. Ce dernier précisa à voix très basse :

— Elle est un peu caractérielle comme ça, mais en vrai, elle est sympa.
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Message posté : Mer 15 Oct 2014 - 11:39 Message
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" Alors lui, c'est Havoc, il fait des ondes de choc en claquant des mains. Celui avec le bandana, les dreadlocks et la capuche, on l'appelle Loki. Vous devriez bien vous entendre, il aime bien se couvrir la tête et passer inaperçu, aussi. "

L'intégration avait été beaucoup plus rapide qu'elle ne l'aurait cru possible : tout ces jeunes gens étaient différents. Chacun avait des capacités, et pourtant, ils avaient tous choisis de ne pas se conformer à ce que la société voulait d'eux, refusaient d'entrer dans les cases que des ancêtres bien trop préoccupés par l'ordre établi avaient construites pour eux. Il n'était pas difficile de comprendre leurs motivations, ou leur décalage par rapport à une société qui n'appréciait finalement que très moyennement les métahumains, dès lors qu'ils n'étaient pas dotés de pouvoirs forts aimables qu'ils mettaient à l'inconditionnel service de la Justice.
C'était peut-être parce qu'elle luttait pour que les gens comme eux - et comme elle - qu'elle s'identifiait assez facilement à eux. Elle aussi avait des capacités qu'on distinguerait unanimement comme dangereuses, très dangereuses. De ce qu'elle avait pu déceler, c'était plus par insécurité et par peur d'elle-même que cette brutasse de Freyja s'était accoutrée comme elle le faisait, tout en se donnant en spectacle. Ici, ils avaient tous quelque chose qu'ils voulaient cacher, quelque chose que la société ne leur laissait pas exprimer, et qu'elle rejetait : il suffisait de voir le "Cracheur" des Backstreet BoyZ, avec sa face couverte de boutons qu'il cachait sous une capuche, lui aussi, ou bien le garçon à tête d'éléphant, qui tenait une espèce de buvette croisé avec un stand de bookmaker improvisé. On ne semblait pas tenir plus que cela à voir ce rassemblement dépasser le simple cadre de la sauterie entre amis initiés : un terme qui regroupait peu ou prou tout les jeunes métahumains en perte de repères, dont la fille LeBlanc faisait définitivement partie.

" J'hallucine ... " s'interrompit l'énorme scandinave d'adoption, " Si c'est bien celui que je crois qu'c'est, il en a une sacrée paire pour venir se pointer ici ... Qui lui a filé l'adresse, d'ailleurs ? "
" Uh, " s'esclaffa Havoc, avant de reprendre un air extrêmement sérieux, " J'ai compris, il veut sûrement mourir ... "

Il regarda à la cantonade dans l'assemblée des Einherjar, qui le regardait d'un air blasé. Il se rebiffa, en haussant les épaules :

" Quoi, Matrix Revolutions, personne a saisi la référence ? "

Anna elle-même était sceptique. Elle avait retiré ses écouteurs, et elle avait même une cigarette au bec : la première depuis plusieurs années. Dans la frénésie de l'instant, elle en avait même retiré ses écouteurs, et n'avait pas entendu tout ce qui pouvait se dire à propos de Jace. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il se passait.
Freyja, elle, s'était déjà levé, et hurlait en direction du rassemblement de Backstreet BoyZ attroupé autour de Thunder.

" Hey, les ballerines ! "

Sa voix, si elle gardait son indéniable caractère de jeune fille, avait un on-ne-sait-trop-quoi autoritaire, pour lequel sa carrure devait sûrement jouer. On la sentait affirmée, et loin de la fille vulnérable qui s'était tant esbaudit sur les capacités capillaires fantasmées d'Anna.

" Si Thunder est là, c'est à moi qu'il doit venir parler. C'est moi qui doit l'allonger ! "

Anna avait sauté, sa clope toujours au bec :

" Je ne suis pas sûre que cela soit nécessaire ... " murmura-t-elle, timidement, " Je veux dire, il est sûrement sympathique, il n'y a pas de raisons de sombrer dans la violence ... "

Mais l'asiatique blonde ne semblait pas l'entendre de cette oreille, et elle répondait à ce qu'elle avait sûrement perçue comme une réponse négative du camp d'en face :

" Ouvre-là encore, et je t'arrache le bras pour m'en servir de cure-dent, et ta pote, j'utilise ses yeux pour mon prochain costume d'Halloween ! "

Le ton aurait pu être menaçant, si les menaces elles-mêmes avaient été un peu plus cpncrètes et moins enfantines ... Il semblait en effet que l'arrivée d'un vrai candidat dans l'arène ait remué bien des choses...
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Message posté : Jeu 16 Oct 2014 - 11:40 Message
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Autour de Thunder, les Backstreet BoyZ étaient loin d’accueillir l’initiative de Blade avec un enthousiasme unanime. Certains partageaient la méfiance de principe de Watch, d’autres éprouvaient une irritation vague pour ce jeune premier tout droit sorti d’une télévision, auquel ils prêtaient la vie rêvée des stars médiatiques, et ceux qui voyaient d’un bon œil l’irruption d’une tempérance avertie dans l’arène du SFC tentaient de voiler leur enthousiasme sous un air dégagé, tout au mieux diplomate. La partie n’était pas gagnée d’avance.

Les choses se compliquèrent quand une musculeuse asiatique lourdement métallisée se décida à prendre à partie le groupe des ballerines. L’humeur de Freyja eut au moins comme avantage de rappeler aux Backstreet BoyZ la rivalité de principe qui les opposait en théorie aux autres clans du SFC et de les rallier à la décision jusque là unilatérale de Blade. Ils se retournèrent d’un bloc pour considérer leur rituelle antagoniste et ils n’avaient pas l’air tout à fait aussi intimidés que le ton et la carrure de Freyja les y aurait invités. D’un côté, ils savaient qu’ils n’étaient pas là par hasard et que leurs propres talents, pour n’être pas aussi immédiatement spectaculaires, n’en étaient pas moindres pour autant ; de l’autre, ils avaient parfaitement conscience de la part de jeu d’actrice qui entrait dans les colères de celle qui demeurait, au fond, arène mise à part, une bonne amie.

Watch surtout fixait Freyja d’un air impassible et la perspective de se faire arracher les yeux ne paraissait l’intimider que médiocrement. D’ailleurs, Havoc s’approcha de Freyja et lui murmura quelque chose à l’oreille — un conseil de prudence à vrai dire — mais la jeune femme le repoussa un peu brusquement.

— Fais pas chier, toi. C’est pas une demi-portion qui va me faire peur.

Watch fit un pas en avant, mais Torche, le cracheur de flammes, lui posa une main sur l’épaule.

— Zen.

Puisque c’était de lui que l’on parlait, après avoir observé pendant quelques secondes les réactions des uns et des autres, jaugé deux ou trois pouvoirs, plus évidents et plus extérieurs, Thunder fit quelques pas dans l’espace vide que la querelle naissante et un peu surjouée avait tranché entre les Backstreet BoyZ et les Einherjar.

— Qu’est-ce que tu fous là ?
— Je visite.
— Qui a balancé l’adresse ?
— Un peu tout le monde.

Thunder sentit la mâchoire de Freyja se contracter. Aussitôt, des dizaines de bips se firent entendre un peu partout dans la salle et un bon nombre d’adolescents sortirent leurs téléphones pour constater qu’ils avaient reçu un nouveau message : « Vous recevez cet email parce que vous suivez le sujet… ».

— Vous devriez être plus prudents.
— On s’passe de tes conseils, Boucles d’Or.
— J’dis ça, j’dis rien. Je fais la conversation.
— Viens dans l’arène et après, on verra si t’as le droit de faire la conversation.

Des exclamations enjouées fusèrent de part et d’autre — qui recouvrirent largement les murmures beaucoup plus circonspects. Il y en avait bien qui doutaient du bien-fondé d’un pareil affrontement, mais ils étaient noyés dans la masse. Pas tout à fait découragé, Havoc se rapprocha de Freya et glissa une nouvelle fois :

— Si tu le bats, tu auras tabassé Thunder et ce sera vraiment très, très mauvais pour tout le monde. S’il te bat, bah tu te seras juste fait ramasser. C’est pas vraiment un super calcul.

Freyja tourna un regard noir vers Havoc, qui recula d’un pas en marmonnant :

— Ouais, enfin, tu vais comme tu veux.

Puis la jeune femme désigna l’arène d’un geste de la tête à Thunder. Le jeune super haussa un sourcil. D’une certaine façon, il se livrait à une petite expérience d’ethnographie appliquée. Tant qu’il n’aurait pas réussi à s’imposer à Freyja, toute discussion semblait compromise — même s’il sentait bien qu’il n’avait pas que des ennemis dans cette pièce et que les positions des différents membres du SFC étaient loin d’être fidèlement reflétées par les bravades radicales des combattants les plus éloquents.

Après un haussement d’épaules, il finit par retirer son blouson et bondir en un saut périlleux, quatre mètres plus loin, pour atteindre le centre de l’arène. Un silence de mort tomba brusquement sur les participants. Si tous savaient ou supposaient que Thunder maniait l’électricité, le reste des capacités du jeune homme demeurait un peu flou — en particulier ses prouesses martiales. Or, si Freyja était solide et forte, la rapidité et l’agilité étaient en revanche ses deux principales faiblesses. Elle ne s’en démonta pas pour autant et, après avoir suscité les encouragements finalement enthousiastes de ses coéquipiers et des Wolverines d’un regard autoritaire, elle se dirigea vers l’arène, pour y rejoindre Jace.

La mutante planta son regard dans celui de son adversaire.

— Ici, tous les coups sont permis.

Thunder en doutait beaucoup. Tout le monde avait l’air bien vivant parmi l’assistance et surtout pas trop amoché. Les combats devaient s’arrêter par abandon ou quand l’avantage de l’un des deux antagonistes devenait trop évident. Le jeune homme commençait à faire la part des choses entre le discours des Einherjar et les pratiques réelles.

Freyja frappa ses deux poings l’un contre l’autre, en gonflant tous ses muscles. Un sourire passa sur les lèvres de Thunder — et son corps fut aussitôt recouvert d’éclairs.

— … on est pas dans la merde…

***

— C’est bon, elle rouvre les yeux.

Le combat avait duré une minute et treize secondes. Désormais, Jace était assis en tailleur sur une caisse, une bouteille de coca à la main et Freyja affalée sur un canapé, inconsciente. La première minute avait été entièrement consacrée à des manœuvres d’évitements de plus en plus acrobatiques de la part du jeune héros — de la poudre aux yeux, pour le spectacle. Puis Freyja s’était énervée, en lui rapprochant de fuir le combat. Une décharge électrique plus tard et Thunder avait remporté l’affrontement par KO. Les piercings avaient un peu fumé.

Une voix un peu rauque s’éleva du canapé des Einherjar.

— Trop… Cool…
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Message posté : Jeu 16 Oct 2014 - 18:02 Message
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Cela faisait bien plusieurs années qu'Anna n'avait pas fumé de cigarette. Les premières fois remontaient à son entrée à Star High, quand elle avait réellement et profondément voulu se détacher de l'autorité parentale et de son héritage. Cela l'aidait à se calmer, également, et dans une moindre mesure, à s'intégrer. Le simple penchant "cool" que cette activité sous-entendait suffisait à faire de la jeune brune encapuchonné un phénomène plus mystérieux encore qu'il ne l'avait été. L'attention avait été sur elle, à cette période. On avait cherché à la connaître, à s'intéresser à elle. Quelque chose qu'elle avait pensé comme étant vrai, à l'époque ... Et puis elle s'était renfermée. Une décision un peu stupide, il était vrai. Elle s'était persuadé que le monde aurait peur d'elle et de ses capacités. Elle savait que l'on ne l'aimait pas pour ce qu'elle était, mais pour ce que le fantasme des autres faisait d'elle ...

Ici, pourtant, au milieu de tout ces autres mutants, elle avait senti que la situation était différente. Elle avait senti qu'on ne la regardait plus comme un animal curieux. Tous, ici, avaient des pouvoirs, des capacités. Elles pouvaient être plus ou moins utiles, plus ou moins dangereuses, plus ou moins contrôlées ou même plus ou moins ragoûtantes, mais tous ici venaient en tant qu'individus, et pas en tant que fonction. Pendant quelques minutes, au milieu des Einherjar, elle s'était senti quelqu'un, complètement. Quelqu'un que l'on aurait pu accepter. Quelqu'un que l'on aurait pas craint pour ses pouvoirs.

Evidemment, c'était probablement à cause du mensonge par omission, ses pouvoirs n'étant nullement de nature capillaire - ou bien plutôt, cette faculté étant un écho découlant de ses autres capacités -. On l'avait même trouvé "cool", à nouveau.

Et puis maintenant, tout le crédit de la victoire revenait à Jace. Encore. Elle s'était rendu compte, une fois de plus, que tout ceci n'avait été que poudre aux yeux. Elle n'était rien de plus elle aussi qu'une ombre de plus dans la foule. Une ombre anonyme que l'on oubliait dès lors que la vedette entrait en scène.
C'était parfaitement injuste.

C'était donc avec un œil jaloux qu'elle avait regardé le combat. Elle faisait partie, indéniablement, de ces personnes qui ne se mettraient pas d'elle-même en avant, mais qui, en observant les autres agir, ne pourrait s'empêcher de vouloir y aller, elles aussi.
L'Ombre aimerait elle aussi connaître le soleil, et alors que Freyja émergeait des limbes en marmonnant, Vadóc sauta de son accoudoir de canapé, respirant une bouffée profonde qu'elle recracha, à l'occasion d'un regard à la cantonade. Tout le monde la regardait, maintenant. Rapport à son air mi-morbide, mi-blasé. A ce moment, elle savait qu'on se demandait encore qui elle était, et de quel droit elle se permettait un tel excès de confidence, alors qu'elle n'était qu'une apparente coloriste capillaire.

" "Trop cool" ? " imita-t-elle, " Tu viens de passer pour une sacrée tête de linotte devant toute l'assemblée, et la seule chose qui te vient à l'esprit, chère, est "trop cool" ? "

Une curieuse déclaration, il était vrai, pour l'Alpha qui aurait clairement dû être du côté de son supérieur. Une déclaration qui était appuyée par un regard plein de sens, qui se voulait trouver les yeux de tous et de toutes, même les yeux les plus menaçants, et Anna devait pour cela prendre grandement sur elle. Elle était, qu'on le croit ou non, dans un rôle. Un rôle qui n'était pas la Anna douce et effacée que le lycée connaissait. Elle pouvait être, ici où personne ne la reconnaissait, la Anna fantasmée, formidable et éloquente.

" Thunder s'invite comme cela, il se pose, grille la plus imposante brutasse du secteur, se sert dans le réfrigérateur, et personne n'a rien à redire ? "

Nouveau regard, elle le dirige vers Jace, cette fois, et elle applaudit ironiquement, penchant la tête dans une espèce de soumission féodale qui ne l'est pas moins :

" Une fille, en plus ! " s'exclama-t-elle, " Bravo, Sire l'Eclair, je suis sûre que les féministes sont aux anges ! "

Elle virevolte à nouveau en direction de l'assistance, alimentant de sa jalousie cette diatribe : utiliser ses sentiments négatifs pour les retourner en avantage, voilà ce qu'il arrivait. Elle ne doutait pas qu'avec cet éclat de sa part, elle pourrait tout de suite identifier les plus fortes têtes, les audacieux, et surtout, les gens dangereux. Ceux qui n'hésiteraient pas à aller trop loin, à blesser. Ceux qui pourraient représenter un risque.

" Personne ? " clama-t-elle, " Vous allez réellement me laisser, seule ? "

Voilà ce qu'elle voulait, plus qu'une illustration de ses capacités physiques : une illustration de ses capacités stratégiques et tactiques. Une illustration de cet aspect utile de sa personne, que l'on oubliait trop souvent : non, elle n'était pas un poids mort.
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Message posté : Dim 19 Oct 2014 - 16:45 Message
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Thunder ne pouvait pas reprocher à Freyja, ni à aucun des combattants du SFC, son enthousiasme pour les affrontements. Il n’eût pas été lui-même un artiste martial si talentueux sans un goût certain pour les combats. Évidemment, la plupart du temps, sur le terrain, les choses se déroulaient bien différemment des minutes chorégraphiées de la salle d’entraînement. Il fallait être rapide et efficace au point de l’inélégance et, en la matière, les pouvoirs de Thunder étaient singulièrement adaptés. À certains égards, les talents martiaux du jeune homme étaient superflus : une décharge bien dosée venait à bout de la plupart des adversaires.

En quelques secondes de combat, Thunder avait essayé d’évaluer la mutation de Freyja. Une force exceptionnelle — c’était évident. Une résilience certaine, à n’en pas douter, et peut-être aussi beaucoup d’endurance. Elle ne devait pas avoir facilement mal et Jace s’imaginait sans trop de peine le fardeau que ce devait être. L’envie de sentir quelque chose, un coup plus fort que les autres, une douleur quelque part, comme pour se secouer hors de l’ennui, devait être parfois bien considérable.

La remarque de la combattante ne le surprit guère. Lui aussi parfois cherchait à surfer sur la limite précise de l’électricité — le volt de trop, celui qui ne serait plus l’irritation de l’adrénaline, et d’une puissance nouvelle, mais la première sensation de douleur. Sans succès. Ce que le surprit en revanche, ce fut la réaction d’Anna. Les yeux de l’Alpha se posèrent sur sa coéquipière — et alors que celle-ci développait sa diatribe, Thunder haussa un sourcil dubitatif.

Pour quelqu’un qui répugnait aux missions d’infiltration, Anna faisait une comédienne convaincante, et si convaincante, même, que Jace s’interrogeait sur la part de colère véritable qu’il y avait dans cette soudaine inspiration. De tous les Alphas, Anna était peut-être la moins prolixe et la moins sociable — trait de caractère que l’on pouvait sans doute difficilement lui reprocher, mais que Jace considérait toujours avec une certaine prudence : dans une équipe comme la leur, les ambitions trop solitaires pouvaient se muer en dangers collectifs.

Un silence suivit le numéro de la jeune femme, jusqu’à ce que l’un des questions qui trottaient dans toutes les têtes fût lancée à vive voix :

— Mais c’est qui, celle-là ?

Quelques murmures se propagèrent dans l’assemblée, selon les réponses que chacun avait — des suppositions toutes plus ou moins certaines, parce que personne n’avait vraiment envie de paraître ignorer les protagonistes clés de l’histoire. Toujours était-il que l’intervention d’Anna avait relancé le fonds du débat entre les Einherjar et les Backstreet BoyZ, en transformant ce qui n’avait été peut-être qu’antagonismes de bravades en discussion sérieuse.

En décrivant un cercle parfait avec ses rollers, Apollo vint s’interposer entre Jace et Anna. Au cas où.

— Vas-y, cool, t’énerves pas pour rien. C’est jamais qu’un jeu.

Des mots d’approbation se joignirent à son geste apaisant, à droite et à gauche, mais une voix familière reprit du fond de la salle :

— Un jeu ?

Un groupe d’une dizaine de combattants plus curieux que véritablement impliqués se sépara soudainement, dans un même mouvement, pour laisser passer Watch. Elle ne devait pas avoir plus d’une quinzaine d’années, elle n’était pas très grande, mais elle semblait diffuser autour d’elle, sinon du respect, du moins une crainte plus considérable et beaucoup moins joueuse que celle que cultivait Freyja.

— Pour toi peut-être, Apollo…

Murmura-t-elle en le regardant de haut en bas, parfaitement consciente que dans le silence de plomb que son intervention avait fait tomber sur l’entrepôt, elle n’avait pas besoin de lever la voix. Apollo recula prudemment d’un bon mètre en arrière.

— … tout le monde ne ressemble pas à ça…

La fin de sa phrase avait pris une inflexion méprisante, comme si la beauté un peu stéréotypée du mutant à rollers avait constitué un défaut de premier ordre.

— On se demande déjà ce que tu fais ici, toi.
— On va pas recommencer à débattre de ça.

Freyja s’était levée, avait vacillé un peu, mais s’était rétablie. Cette fois-ci son ton était plus calme mais plus décidé, et plus sérieux.

— Tout le monde peut venir ici.
— C’est pas ce que tu disais tout à l’heure.
— Tout à l’heure, ça fait partie du jeu.
— Encore le jeu… Il serait peut-être temps de grandir.

Watch inclina la tête vers Anna.

— La nouvelle n’a peut-être pas tort. Quelques gènes ne suffisent pas à créer une communauté. Lui…

Elle désigna Thunder de l’index.

— … il est dans l’autre camp.

Cette fois-ci, ce furent les propos de Watch qui récoltèrent deux ou trois exclamations approbatrices.

— Et qu’est-ce que tu proposes ?

Watch se retourna vers Thunder.

— Je propose que tu partes. Et ce qu’on décide ensuite, c’est clairement pas tes affaires.
— Et pourquoi on se rangerait plutôt à l’avis de la meuf aux cheveux blancs qu’à celui de Thunder ? Je veux dire, on la connait pas plus que ça…

Nouvelles approbations. Décidément, la salle allait à celui qui parlait en dernier. Watch haussa les épaules.

— Elle est comme nous. Ça se voit.

Et le regard insistant que Watch posait sur Apollo en disait long : lui, ça ne se voyait pas. La mâchoire du beau garçon se contracta sous l’énervement, mais avec calme il fit remarquer :

— Watch, parfois, t’es plus raciste que ceux dont tu t’plains…

Il avait à peine fini sa phrase qu’il poussa un cri de douleur en se tenant la tête, sous le regard insistant de la jeune fille. La seconde suivante, une petite onde de choc en provenance des Einherjar fit vaciller la Backstreet Girlz — un crachat partit à toute vitesse du fond de la salle, pour s’écraser contre la paume de Freyja, qui beugla :

— ÇA SUFFIT !

Un Backstreet BoyZ ravala promptement une bouffée de flammes et adopta un air innocence, tandis que la musculeuse combattante reprenait :

— On ne se bat que dans l’arène.

Jace, lui, avait sauté de sa caisse pour s’approcher d’Apollo. Agenouillé près de lui, il murmura très bas :

— Ça va.
— Hmm hmm.
— J’suis désolé.
— C’est Watch. Depuis quelques semaines, elle est de pire en pire.

Jace jeta brièvement un regard à la jeune fille qui fixait désormais le sol, en rongeant son frein.

— C’est quoi son pouvoir.
— Hématokinésie. Et puis elle devine les formes à travers les murs.

Ça, c’était un bon danger public digne d’un mauvais pressentiment.
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Message posté : Lun 20 Oct 2014 - 0:39 Message
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La tension était vite montée, c'était le moins que l'on pouvait dire en évoquant les conséquences de la harangue de Vadóc. Deux mèches blanches, et un concentré de machiavélisme bouillonnant intérieurement. La rage, la jalousie, le rejet, elle le ressentit aussi ... Elle aurait voulu être aussi intelligente que Thunder ou aussi forte que Freyja. Elle aurait voulu pouvoir faire ses propres entrées fracassantes, avoir sa propre identité et être seule avec son esprit, mais ce n'était pas le cas. En lieu et place de cela, Anna LeBlanc était une éponge, une sangsue, un alliage malléable à mémoire de forme. Un bout de pâte à modeler.
Au fond, elle se sentait comme le plat cuisiné des supers-héros. L'espèce de solution de secours que l'on ne gardait que pour les occasions les plus désespérés, quand rien d'autre n'était à portée de main. C'était d'ailleurs un peu le cas en ce moment : une infiltratrice roue de secours. Sa rancœur était réelle, ou du moins, était basée sur de réelles fondations. Que penser, pourtant ? Etait-elle réellement de leur côté, comme le prétendait Watch, ou était-elle une Alpha pleine et entière ? Etait-elle à la croisée des chemins ? Pour n'importe qui d'autre, la question aurait pu trouver une réponse aisée et rapide, et d'un point de vue extérieure et objectif, il n'y aurait pas à douter que Vadóc était avant tout une membre de la Team Alpha, mais le fait était qu'Anna, dans son esprit, n'était pas seule, et elle ne savait pas même quelle était sa véritable personnalité. Là où d'autres réagissaient selon un schéma établi de règles ou de valeurs, Anna réagissaient avec des stimulations primales autant qu'elles pouvaient sembler primitive. Pour lutter contre l'implantation d'une sévère sociopathie, une Anna jeune, candide mais déterminée, s'était promise de garder en vue un but ultime. Au fond d'elle, avant tout, elle était éprise d'une sincère affection pour tous, quels qu'ils pouvaient être, et il était parfaitement inenvisageable d'agir contre le désir de Justice et d'Egalité que cette affection avait implanté en elle. Là où ce qui trainait dans les recoins les plus sordides de son esprit aurait pu la faire sombrer dans le crime, cette affection agissait comme un coupe-circuit : malgré tout ce pouvait évoquer son isolement et sa froideur, elle était gentille, à sa manière. Ce n'était pas négociable.

Sa jalousie, sa rancœur, et sa colère ? A quelques rares exceptions, elles s'en servaient comme atouts...

" Eh bien, rappelles-moi de ne jamais être sur ton mauvais côté, chère. " avoua l'Acadienne à Watch.

" J'y manquerais pas. " répondit-elle, " Tu m'as l'air un peu plus raisonnée que la plupart des nouveaux qui se présentent ici. Ton pouvoir ne se limite pas aux cheveux, hein ? "

" Perspicace. "

" Non. "

L'adolescente aux yeux de rubis secoua la tête. Elle serrait toujours les dents, ne regardant même pas Anna. Elle était toute à Jace, et aux Einherjar, dans ce qui ressemblait à une séparation nette et précise. Une fissure idéologique plus que graphique.

" La façon dont tu es entrée, tes gestes, ta peur ... ton sang, surtout. Tu es comme nous, une mutante. Une vraie. T'es pas comme tout ces abrutis qui n'attendent que de se présenter comme la prochaine évolution de l'Humanité. "

Elle pointa Thunder du doigt,

" Mates cette star, " siffla-t-elle, " Il est imbu de sa personne, il est au milieu de fans, il crève les projecteurs. Il en a rien à foutre de nous. Ce que les pauvres cons comme toi, moi, Crapaud ou les autres Boyz ressentent, il s'en cogne bien. "

Watch releva la tête, et sa voix se fit plus forte, s'imposant à tous.

" Est-ce que tu sais ce que ça fait, Thunder, de se faire jeter par sa famille parce que tu es différent ? Mes parents m'ont balancé dehors du jour au lendemain, ils ont prétexté que je les avaient attaqué quand j'ai défendu ma mère parce que mon père était rentré bourré du bar ! Ils ont pris peur et se sont mis tout les deux sur moi. J'ai fini en détention pour mineurs parce que mon pouvoir a été classé dans la catégorie des armes de guerre ! J'ai défendu ma mère, et cette ... "

Les mots semblaient lui brûler la bouche, alors que des larmes lui montaient aux yeux. Des larmes de sang.

" Pute. " lâcha-t-elle, la gorge serrée " Elle m'a laissé aller en taule. Elle en avait rien à cirer, de sa fille. "

Elle montra le cracheur, plus loin dans la salle, sa face croutée cachée derrière une capuche.

" Crapaud, lui, on lui refuse l'entrée partout, à cause de sa tête et de son odeur, et pourtant, il passe plus de temps à se pomponner que Schwarzy, là-bas, et c'est pas pour se mettre de l'huile pour bébé, lui. "

Evidemment, la raillerie passa mal, et on sentit la massive guerrière raidir et se gonfler à vue d'œil. Elle n'en ferait rien, évidemment, mais cela avait le mérite d'être clair : elle n'appréciait pas.

" Je suis raciste, ouais, parce que c'est une affaire de races. C'est eux contre nous. C'est les vieux contre les jeunes. Vous, vous pouvez vous balader. Vous, les gens vous aiment bien, vous êtes beaux, vous avez des pouvoirs sympas, vous pouvez vivre tranquilles ... " précisa-t-elle, avant d'inclure toute sa suite dans un ample geste du bras, " Nous, on nous regarde, et on nous voit comme des terroristes. Nous, on a deux choix : soit on est condamnés à vivre comme des esclaves à chasser les "méchants", soit on assume, et on devient automatiquement méchants. Y'a qu'à voir comment Thunder débarque. Y'a qu'à voir comment il me regarde ... Y'a pas de demi-mesure. "

Anna revint subitement dans la conversation, en avocate des causes perdues, semblait-il. Elle s'interposa, préférant éviter que ce soit Jace qui intervienne. Elle le soupçonnait de vouloir monter un discours un peu trop lyrique et un peu trop basé sur un retournement d'esprit. Elle redoutait son intelligence, car elle achèverait probablement de lui mettre la meneuse de la Fronde sur le dos. Une tâche que son seul statut de fils du Commander complétait quasiment à quatre-vingt-dix pour cents.

" Retiens tes chevaux, ma bonne princesse, " s'interposa-t-elle, " Thunder n'est pour rien là-dedans. "

Elle prit une bouffée de cigarette en baissant sa capuche, jetant un regard à chacun des deux camps, elle s'attarda tout particulièrement sur Jace, en soufflant du nez.

" T'es dans quel camp, toi ? " questionna Watch avec une certaine note d'irritation dans la voix.

" Le tien, le sien ... " rétorqua-t-elle, levant la main portant la cigarette pour l'arrêter alors qu'elle s'apprêtait à repartir dans un monologue, " Ecoutes, franchement, je t'aime bien. C'est pour ça que je te dit. Certes, Thunder a tendance à se la jouer ténébreux torturé, et je suis sûr qu'il n'arrive pas à concevoir tout le mal-être que toi, moi ou Crapaud, on peut ressentir ... "

Elle se tourna vers son supérieur blond.

" Je pense pouvoir parler avec ta bénédiction là-dessus, cher. "

Elle revint vers Watch, sans trop se soucier de la réponse de l'intellectuel blondinet, ne souhaitant pas laisser à cette dernière l'occasion d'en placer une, car chaque mot qu'elle pourrait réussir à introduire servirait à lui créer une défense. Pour le moment, il n'y avait pas de défense, et Anna s'enfonçait dans la brèche avec la résolution et le flegme d'une division de Panzers traversant la Belgique. La parallèle était intéressant, car sa stratégie n'avait finalement rien à envier à une stratégie fasciste : placer l'adversaire devant le fait accompli, le prendre là où s'y attendait le moins et frapper vite et fort, sans déclaration de guerre, sans déclaration d'alliance, sans le moindre renseignement préalable. Il n'y avait que comme ça, pensait-elle, qu'en tant que mutante "non-acceptable", on pouvait gagner un débat.
Est-ce qu'il existait une alternative ? Peut-être, mais elle ne l'avait pas trouvé, et en l'absence de mieux, elle devait se battre avec ce qu'elle avait sous la main, aussi politiquement incorrecte que la démarche pouvait apparaître : après tout, l'époque entière était à la déstabilisation et au trouble des esprits.

" Je suis sûre qu'il n'y est pour rien. Il n'est que le produit d'une société qui veut se produire des modèles, tout le temps, " expliqua-t-elle, " et il faut avouer que c'est un champion de choix, mais ça ne veut pas dire que si tu n'es pas d'accord avec lui, tu doives nécessairement faire le mal. "

Elle reprit une bouffée de cigarette, plaçant un silence juste suffisant pour qu'elle ouvre la bouche, émette un début de phrase, mais qu'Anna l'interrompe avec sa prestance aristocratique, tranchant son adversaire dans l'œuf avec la précision d'une escrimeuse experte.

" Ecoutes, chère, je sais ce que tu ressens. Je sais que tu veux montrer que tes pouvoirs sont géniaux et qu'ils te permettent de neutraliser n'importe qui : Thunder, Freyja, moi même, sûrement parce que je l'ouvre trop. Le fait est que si tu fais ça, tu tombes exactement dans le jeu de l'establishment et de l'intelligentsia. Tu vas botter une personne, deux personnes, et pouf, la Légion débarque et t'expédie directement dans une cellule que les taxes d'une société en pleine psychose sécuritaire aura spécialement conçu pour toi, pour se prémunir contre tes pouvoirs, et te montrer comment tu peux être plus pathétique encore, sans tes pouvoirs, avec quatre murs pour seule compagnie. Pendant ce temps-là, dehors, ça va être plus de jeunes comme nous qui vont se prendre de plein fouet la discrimination, parce qu'une mutante de plus aura contribué à jeter l'opprobre sur nous tous. "

Nouvelle pause, nouvelle bouffée de nicotine, cette fois-ci, Watch trouve le temps d'en placer une :

" Et c'est quoi ton pouvoir, alors ? Je commence à croire que c'est surtout d'être super emmerdante et donneuse de leçon ! "

" Pour faire simple, si je touche quelqu'un, je le tue. "

Elle avait lâché cela nonchalamment, avec un flegme qui jeta un silence de mort sur l'assemblée. Certes, ce n'était pas la réalité, mais le message passait assez bien : sa condition était au moins aussi peu enviable que celle de Crapaud.

" Je suis une bombe à retardement, pour la société. " continua l'Acadienne, " Pourtant, je n'ai pas choisi de commettre des crimes ou de me cacher. Tout au contraire. Si je dois être parfaitement honnête, même, alors voilà, je suis venu avec Jace, c'est une ... connaissance. Maintenant, avant que vous ne me jetiez des pierres, j'aimerais préciser que je ne suis pas un mouton aveugle, et que j'ai tendance à avoir mes propres vues relativement divergentes de sa personne, notamment parce que je pense être radicalement plus proche des mutants que tu considères "véritable". Je ne suis pas faite pour le monde sensible. Il ne m'apprécie pas. Il a peur de moi. Il a peur de nous tous, mais, veux-tu savoir ? Il n'appartient qu'à nous de nous organiser, de changer les choses ... "

Elle se mit à arborer un sourire en coin, presque carnassier, laissant son accent se faire d'autant plus marqué qu'un certain machiavélisme prenait contrôle de sa personne, modifiant aussi son vocabulaire,

" Honnêtement, je trouve ça bien plus jouissif de l'ouvrir bien grand et de combattre pour qu'un jour, au lieu de se faire parquer dans des camps de concentration, Crapaud puisse sourire de toutes ses dents en menaçant un patron de bar de lui coller un procès au cul pour discrimination raciale, avec la certitude de le gagner, quelque soit les arguments du mec ... "

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Message posté : Lun 20 Oct 2014 - 16:52 Message
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Hématokinésie. Le regard de Thunder avait commencé à se promener sur les murs, les objets et l’architecture du bâtiment. Hématokinésie. Dans l’absolu, le pouvoir de Watch ne l’inquiétait pas. Sous sa forme électrique, Thunder n’avait pas de sang — pas de sang, rien à contrôler. Mais l’emporter sur Watch de cette manière impliquait d’offrir à celle-ci un aller direct pour la plus violente électrocution de sa vie et Jace n’était pas venu là pour tuer une jeune mutante, aussi belliqueuse fût-elle. Il était même presque embarrassé, au fond de lui-même, d’avoir envisagé, par souci d’exhaustivité stratégique, cette issue fatale.

Il cherchait donc une autre solution à un combat éventuel, tout en écoutant d’une oreille apparemment un peu distraite une histoire qu’il avait entendue, il fallait bien l’avouer, avec quelques variations, des dizaines de fois. Les tribulations de Watch ou du Crapaud l’émouvaient d’autant moins qu’il connaissait bon nombre de mutants qui, dans une situation semblable ou plus délicate encore, avaient emprunté des chemins tout différent. D’ailleurs, à jeter un coup d’œil au fameux Crapaud, Thunder crut deviner que celui-ci n’était pas ravi de se voir annexé ainsi, sans avoir son mot à dire, à la cause un peu trouble de Watch et de son interlocutrice.

La porte de l’entrepôt claqua au milieu du discours. Deux Wolverines venaient de s’en aller. La tournure qu’avaient pris les événements était loin de la distraction qu’ils venaient ordinairement chercher ici. Tous ne se reconnaissaient pas, d’ailleurs, dans le récit de Watch. Parmi les membres du club de combat, nombreux étaient ceux qu’aucune difformité ne signalait et, parmi les autres, certains aspiraient plutôt à l’intégration qu’à une révolution hypothétique qui leur semblait à la fois complexe et mal fondée.

Le retard de Thunder s’arrêta tout de même sur Watch alors que celle-ci le prenait à partie dans son récit — puis Anna lui emboîta le pas. En guise de bénédiction, Anna eut le droit à un haussement de sourcil perplexe. Plus les discours de sa coéquipière se développaient, plus Thunder en venait à douter du bien-fondé de son statut de coéquipière. Où était-ce lui qui devenait trop vieux pour diriger la Team Alpha ? L’idée de passer la main lui avait traversé l’esprit pendant l’été. Mais sur quel leader reposeraient alors les responsabilités qui lui incombaient pour l’heure ?

Le jeune homme se releva avec Apollo. Les rollers de celui-ci l’emmenèrent se ranger sagement derrière les Einherjar —  une alliance de circonstance dont le caractère fort exceptionnel signalait combien les anciennes rivalités du club avaient momentanément perdu de leur sens.

— Bien…

Une crispation générale accueillit la sortie du mutisme de Thunder.

— Pour deux personnes si radicalement, profondément différentes du reste du monde, vous partagez indubitablement avec ceux que vous accusez un goût certain pour la pétition de principe.

Certains de spectateurs envisageaient désormais sérieusement de trouver les issues de secours.

— Vous êtes promptes à supposer aux autres des pensées, des préjugés et des existences sans avoir d’autres éléments pour appuyer vos accusations que l’image qu’ils vous renvoient, à peu près comme la fantasmatique société sécuritaire qui vous persécute est censée se comporter envers vous. Et pourtant vous êtes là. Dix, quinze, vingt, une centaine de personnes, ici, ailleurs, partout dans la ville, savent exactement ce que sont vos pouvoirs et vous pouvez circuler librement. Même pas surveillées. Même pas contrôlées. Si vous commettez un crime, vous risquez d’atterrir en prison, mais Watch, je suis prêt à parier que quelque part aux États-Unis, des jeunes filles albinos aux yeux rouges qui ont défendu leur mère avec une arme à feu, comme de parfaites petites humaines, ont aussi atterri dans des centres de détention pour mineur. Est-ce que c’est injuste, certainement ? Est-ce que Crapaud ne peut pas rentrer dans les nightclubs à cause de son apparence ? Certainement. Est-ce que c’est le cas des humains qui sont à l’opposée des canons de beauté ? Certainement aussi. En bien des occasions, on a l’habitude de considérer que l’adversité nous vient à cause de notre métahumanité, mais c’est une explication simpliste qui nous rend aveugle à la complexité des injustices. Ton problème, Watch, c’est pas un problème de mutophobie, c’est un dysfonctionnement des services sociaux. Alors ouais, c’est vachement moins sexy. C’est moins romantique et passionné d’être broyé par la machine des coupes budgétaires administratives que par l’hostilité générale de toute l’espèce humaine, mais le monde n’est pas un comics book ou une poésie de Lord Byron.

Le style de Jace avait soudainement perdu ses ellipses, ses contractions, ses phrases courtes et actives de jeune adolescent bien dans son temps. L’heure de se fondre dans la masse était révolue.

— Tu me trouves condescendant et supérieur ? OK. Alors on fait une pause et on réfléchit cinq minutes. Tu. N’as. Aucune. Idée. De. Ce. Qui. Se. Passe. Dans. Ma. Tête.

Le regard de Jace fit un bref détour vers Anna.

— Et toi non plus, soit dit en passant…

Avant de se reporter sur Watch.

— Et je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans la tienne. Tu sais ce que je vois quand je regarde Crapaud ? La première seconde, peut-être son visage. La deuxième seconde, l’agencement de ses processus électrophysiologiques. Les données de son téléphone portable. Mon esprit superpose ensuite à son apparence le dessin le plus probable de sa charpente osseuse. La place relative de ses organes internes. En fait, je ne dis pas que tu ne sais pas ce que je vois. Je dis que tu ne peux même pas concevoir ce que je vois. Et que je ne peux même pas concevoir ce que tu vois. Voir à travers les murs, voir le sang, tout ça, ça te demeurera irréductiblement propre et irréductiblement étranger aux autres, mutants ou non. Quand les gens me parlent, maintenant, tout est si lent, comparé à la marche de mon esprit, que mes émotions naissent, se développent et finissent avant la fin d’une phrase. Le monde est devenu singulièrement fade, mort et lent à mes yeux. Je connais une femme qui est climatokinésiste et dont les humeurs sont conditionnées par les variations infimes de pression et de taux d’humidité dans une pièce. Une très belle femme. Absolument. Incapable. D’avoir une vie normale. Je n’arrive pas à imaginer ce qu’est son existence. Et je ne parle pas des télépathes. Des médiums. Des téléporteurs. Des coureurs. Chaque mutation est si spécifique et nous affecte si profondément que toute tentative de trouver quelqu’un de semblable est nécessairement et par avance vouée à l’échec. Si tu cherches ceux qui sont assez différents pour être méritants à tes yeux, sache que les souffrances les plus spectaculaires ne sont pas toujours les plus irréductibles. Chacun de nous sera toujours seul et inconsolable à la fin de la journée. Chacun de nous sera incompris.

Quelqu’un renifla bruyamment dans le fond de l’entrepôt.

— Vous êtes des bombes à retardement pour la société ? Sérieusement ? Vous pensez qu’il se passe quoi, si un jour de pluie, je perds le contrôle de mon électricité dans la rue ? Vous voulez qu’on spécule sur le nombre de survivants ? C’est sans importance. Aux États-Unis, n’importe qui à savoir appuyer sur la gâchette d’un fusil à pompe ou mélanger de la javel avec du désherbant est une bombe à retardement pour la société. Est-ce que les mutants sont en proie à une hostilité particulière ? Certainement. Est-ce que cette hostilité est un complot ? Je ne crois pas. On est toujours en partie responsable du pouvoir que les autres exercent sur nous. On ne vit pas dans un État totalitaire, on vit dans une démocratie très imparfaite, qui est une démocratie quand même. Et Anna a entièrement raison : dans une démocratie, c’est la parole de l’action publique qui l’emporte, pas la rumination silencieuse. Tu places le critère de l’authenticité dans une espèce de conscience aiguë des différences. Moi, je crois que le critère de l’authenticité est superflue. Peu m’importe de savoir qui ici est le plus immédiatement dangereux. Qui a l’esprit le plus bizarre. Le visage le moins humain. Qui a le plus souffert. Le mur de nos lamentations passées ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la valeur d’une expérience diverse dans une action collective, une action collective qui fonctionnait très bien, ici, jusqu’à ce que vous vous lanciez dans des calculs d’apothicaire pour discriminer ceux ne le sont pas de ceux qui le sont vraiment.

Jace haussa les épaules.

— Je ne suis pas ici pour t’arrêter. Je ne suis pas ici pour mettre en ordre la société. Les gens qui, comme toi, aiment les ordres parfaits où chacun est correctement quantifié, placé dans une case bien étiquetée, en accord avec sa prétendue nature véritable, me font, je dois dire, un peu froid dans le dos…
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[Tâche Gamma] Fight Club

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