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La ténébreuse affaire de la pince à cheveux

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Message posté : Jeu 18 Sep 2014 - 19:48 Message
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— Et là, t’vois, l’mec, il lui met, genre, un high kick, mais en coup d’pied retourné.
— Ah ouais.
— Ouais. C’trop la classe.
— Je croyais que t’aimais pas te battre.

Abban haussa les épaules.

— C’pas pareil. C’t’un film.

Virgilio esquissa une moue un peu perplexe. Le Mancini n’arrivait pas toujours à cerner les paradoxes du Passeur. Comment un criminel qui s’était élevé ainsi dans la hiérarchie du Cartel pouvait continuer à prôner cette non-violence en demi-teinte qui avait contribué à sa réputation, ça lui échappait un peu. D’un autre côté, il savait très bien que si certaines familles faisaient appel à Abban, c’était précisément parce que le Mac Aoidh ne laissait pas derrière lui des trainées de cadavres et des trous dans les murs.

— J’ai faim. T’as pas faim, toi ?
— Je finis.

Le garagiste s’activait autour de la voiture de son frère Lorenzo. Une pince à cheveux disparut de sous le siège passager pour apparaitre entre les doigts d’Abban.

— Ton frère porte des pinces ? Vas-y, chelou.
— Non mais tu déconnes ou quoi, il est pas pédé, c’est…

Virgilio s’interrompit. Il se gratta l’arrière du crâne avec sa clé à molette avant de glisser d’un air un peu nerveux.

— Désolé.

Abban haussa les épaules.

— Hé, mec, j’ai grandi dans l’Milieu, sérieux, j’ai entendu pire.
— C’était pas contre toi.
— Ouais, bref. Ton frangin a une meuf, alors ?
— Pas qu’un peu !

Virgilio avait à cœur de défendre le mâle honneur des Mancini.

— Puis c’est un canon.

Abban se retint de demander « ton frère ? » — il ne fallait sans doute pas pousser la plaisanterie trop loin.

— J’savais pas.
— Bah, ils doivent être super occupés. Si tu vois ce que je veux dire.

Abban préférait ne pas s’imaginer. Virgilio se pencha au-dessus du moteur, la tête sous le capot, tandis que l’Irlandais faisait tourner la pince entre ses doigts d’un air songeur. Le capot claqua.

— C’est fini. Toujours faim ?
— Hmm hmm.

Abban lança la pince à Virgilio.

— Tiens, tu lui rendras ça, à l’autre tombeur.

***

18 septembre 2014

Quelques jours plus tard, Abban murmurait :

— Moche. Moche. Moche aussi. Moche. Vraiment trop moche.
— On n’était pas venus pour quelque chose de précis ?
— Ah, ouais, si, pardon.

L’Irlandais quitta des yeux les chaussures (moches) des passants pour jeter un œil au feu qui passait au vert.

— Vas-y, conduis, faut qu’j’me concentre.

La voiture repartit sans l’aide d’Abban, qui s’enfonça plus confortable dans son siège et ferma les yeux. Il avait bien manipulé la pince, désormais, il lui suffisait de se concentrer. L’Irlandais prenait son rôle de mentor très sérieux. Bon, d’accord, en dehors des armes à feu, il n’était pas tellement un mentor, mais c’était une excellente excuse pour sa curiosité et il avait définitivement envie de savoir avec quel genre de filles un Mancini pouvait fricoter. Il en venait d’ailleurs de plus en plus à considérer Lorenzo comme un ami et le tempérament (un peu) possessif du Mac Aoidh l’incitait à considérer que les petites amies de ses amis devaient obtenir son approbation. Nigauds comme pouvaient l’être les garçons, Lorenzo s’était peut-être fait embobiné par une coureuse de portefeuilles.

Il avait bien assisté pour que Virgilio rendît la pince à Lena et, à défaut d’avoir déjà rencontré la jeune fille — il se demandait bien d’ailleurs pourquoi Lorenzo la lui cachait, c’était franchement suspect et un peu vexant —, il lui suffisait de localiser la pince. Quelques secondes plus tard, l’Irlandais rouvrit les yeux et marmonna :

— ‘Tain, j’sais même pas c’qu’y a, moins, à c’t’endroit. Déjà, c’est suspect.

Façon de voir les choses — dans la mesure où la plupart des endroits qu’il ne connaissait pas étaient, justement, parfaitement légaux. Le jeune homme reprit néanmoins le volant et Macha ne tarda pas à trouver à le laisser sur le trottoir d’une rue commerçante. Quelques pas l’amenèrent à sa destination et, avec une moue dubitative, après avoir décrypté l’enseigne, Abban pénétra dans ce qui était peut-être la plus grande animalerie de Star City.

Les poissons tournaient dans leurs aquariums, les chiots s’ébattaient dans leur grand parc d’intérieur, les clients faisaient couiner les souris en se demandant si leurs chats préféreraient enfin ces jouets de luxe à la ficelle du sac poubelle — ou à la tapisserie.

— Je peux vous aider ?

Abban posa le regard sur la femme qui venait de l’aborder.

— J’ai des chats.
— C’est une chance.
— Bah ouais, ‘fin, surtout pour eux.
— Vous cherchez de la nourriture ?

Comme s’il allait nourrir ses chats avec des croquettes artificielles. L’Irlandais secoua la tête, en cherchant la pince des yeux.

— Des jouets, alors ?
— C’est ça.
La vendeuse se détourna pour le conduire vers le rayon approprié, en commençant son argumentaire de vente.

— Nous avons une vaste collection de…

Mais elle parlait dans le vide : Abban s’était déjà faufilé à côté de la pince — et de la fille en dessous — et observait désormais d’un air dégagé l’aquarium où bullaient trois poissons.
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Message posté : Dim 21 Sep 2014 - 11:23 Message
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Voilà 19h d’affilée que Lena n’avait pas bougé de sa position assise et pour une fois, ce n’était pas parce qu’elle avait trafiqué les caméras. Fixée devant le téléviseur, elle regardait la chaine animalière avec passion. C’avait d’abord commencé avec un reportage sur les grands félins de la savane, puis sur la manière dont les oiseaux dépendaient d’une forêt en bonne santé. Elle avait découvert les éléphants, les ours (bruns et polaires), avait été sensibilisée au problème de la stérilisation des chats, fait connaissance avec l’ornithorynque et finalement regardait un reportage sur les chiens.

- J’ai déjà vu ce genre d’animal ! s’exclama fièrement Lena.

Elle s’en souvenait encore très bien. Elle rentrait à son appartement après avoir passé une soirée avec son amie Joanna et sur le chemin, elle avait croisé un chien en train de fouiller dans une poubelle. Il était maigre et avait le regard triste, ce qui avait peiné Lena. Visiblement, il souffrait de plusieurs manques physiologiques majeurs comme en témoignait les côtes saillantes sous son poil. Elle était entrée dans le restaurant et avait acheté des plats qu’elle lui avait ensuite donné. Du coup, il l’avait suivie jusqu’à son appartement et elle n’avait pas eu le cœur à le laisser dehors. Ce n’est qu’après qu’elle avait remarqué une grosseur dans son cou, quelque chose d’électronique. Il était pucé et grâce à ses pouvoirs, elle avait pu lire les informations contenues dans le petit appareil. Elle s’était rendue à l’adresse indiquée et avait été accueillie par une petite fille visiblement comblée de retrouver son chien. Après avoir discuté avec sa mère, Lena avait appris que l’animal avait disparu trois semaines auparavant sans qu’ils ne sachent s’il avait été volé ou s’il s’était enfuit et avait été incapable de retrouver son chemin. Une belle histoire, la xanthienne avait été très heureuse de son initiative et d’avoir répandu le bonheur chez les humains.

- Même si Pluto était différent…
- Il existe plusieurs races de chien, lui répondit Happy. Et des tas d’autres genre d’animaux domestiques.
- J’ignore quel est mon animal domestique favori…J’ai beaucoup aimé le chien mais je n’en ai côtoyé aucun autre, déclara-t-elle, songeuse.
- Tu devrais aller à l’animalerie du centre ! conseilla le téléphone.

Et c’est ainsi qu’une heure et demi plus tard, Lena poussait la porte d’une animalerie. C’était un endroit bruyant, plein d’odeurs différentes. Certaines étaient agréables, d’autres non. Il y avait plusieurs tout petits chiens, que Lena identifia comme des bébés. Il y avait également des chats, des reptiles, des oiseaux et des poissons dans un bocal. Leurs couleurs vivent attirèrent l’attention de la xanthienne qui alla se poster devant la multitude d’aquarium, les yeux ronds et l’air réjouit. Elle avait vu des poissons à la télévision mais ils étaient très différents de ceux-là. L’un d’eux était plat et bleu avec des touches de jaune, un autre était oranges avec des rayures blanches et un dernier était rose, tout fin, presque éthéré. Lena l’appréciait particulièrement.

- Excusez-moi ! s’exclama-t-elle dans l’esprit du garçon juste derrière elle. Vous connaissez ce poisson ? Je veux dire, pas personnellement mais vous savez de quelle espèce il est issu ? Je le trouve très beau mais je ne vois pas son nom sur le bocal, enfin il y en a trois mais est-ce l’amphiprion occellaris, le pharancanthurus hepatus ou le hyphessobrycon erythrostigma ?

Lena avait cru qu’il travaillait ici parce qu’il l’avait approché de la même manière que la femme, tout à l’heure, qui s’était bien vite enfuie face au mode de communication un peu spécial de Lena. Ce qui était dommage, parce qu’elle avait tout un tas de questions à lui poser.

- J’essaie de déterminer quel est mon animal préféré. J’ai rencontré un chien il y a peu mais je pense que ce genre de décisions doit se prendre après avoir rencontré tous les animaux possibles. Vous n’êtes pas d’accord, monsieur…

Elle chercha le badge sur sa chemise et remarqua que non seulement il n’en portait pas mais qu’en plus, il n’avait pas la même chemise que la dame de tout à l’heure.

-Oh…Vous n’êtes pas un vendeur n’est-ce pas? Pardonnez-moi, je n’ai pas fait attention au code vestimentaire en vigueur dans ce genre d’endroit. Les vendeurs sont ceux avec les chemises vertes et blanches n’est-ce pas ? Ce que je peux être distraite…

Sans rire ?
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Message posté : Lun 22 Sep 2014 - 21:35 Message
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— Ah ouais, vas-y, déjà, c’est pas chelou, ça.

Commenta aimablement (comme toujours) Abban quand Lena se mit à papoter droit dans ses neurones. Par principe, les Mac Aoidh étaient opposés à la télépathie : c’était un truc bizarre, la télépathie, comme d’ailleurs, de son point de vue, l’immense majorité des pouvoirs surnaturels. Être capable de voir à des dizaines de kilomètres, de se téléporter ou, dans le cas de sa jumelle, de passer entre les murs, c’était évidemment, au contraire, parfaitement naturel.

Bref, premier mauvais point. Deuxième mauvais point, elle le prenait pour une encyclopédie naturaliste du poisson. Si encore elle l’avait interrogé sur la meilleure façon de cuisiner la truite ou le saumon sauvage, il y aurait matière à discussion, mais lui demander de distinguer un amphytrion oscillant d’un bidule chouette, c’était trop our ses faibles moyens. Troisième mauvais point : elle critiquait implicitement sa tenue.

Abban arqua un sourcil dubitatif. Premier bon point tout de même : elle était bizarre.

— Sérieux, meuf, t’as vu mes pompes, t’crois vraiment qu’j’passe mes journées à vendre des os en plastoc ? Faut sortir plus souvent. C’pas tout d’parler gréco-latin, mais y a des moments, faut apprendre à distinguer des tee-shirts classe d’une chemise de chez Walmart, hein.

Il avait répondu à haute voix, parce qu’il n’allait certainement pas s’amuser à penser pour quelqu’un d’autre. Il ne le faisait déjà pas avec Alex, qui avait la fâcheuse tendance à s’exprimer de la même manière — peut-être pour le faire tourner en bourrique, justement — alors avec une parfaite étrangère qui tentait d’épouser Lorenzo pour le tuer et hériter de sa fortune (et de son studio porno), il ne fallait pas y compter.

Soucieux de protéger son esprit d’une éventuelle intrusion, Abban tenta de constituer des pensées écrans — il se mit donc à penser très fort à ce à quoi il ne voulait surtout pas penser et son esprit fut bientôt rempli d’opinions toutes plus compromettantes les unes que les autres sur la meilleure manière de s’introduire dans le Musée des Supers, sur l’art et la manière de blanchir l’argent volé dans une banque et sur la fermeté du fessier selon lui admirable de Virgilio Mancini.

Le jeune homme ne tarda donc pas à se masser la tempe gauche de l’index.

— J’vous jure. Ouais, donc, c’était quoi, ta question ?

L’Irlandais se pencha obligeamment vers le carton, puis sortit son téléphone portable, lui beaucoup moins à la pointe de la mode que ses vêtements, et entreprit de rentrer les noms des poissons, avec une sûreté orthographique beaucoup plus remarquable que ne le permettait son niveau d’éducation — la Pierre Orphique faisait des miracles avec les mots grecs. Le SMS envoyé à Macha, il détourna le regard des poissons pour jauger Lena.

— Le meilleur animal, c’est le chat, tout l’monde sait ça. Puis, ptêtre, genre, les chevaux. Et les vaches, aussi. Puis les canards. Mais si tu veux rencontrer tous les animaux, tu vas d’voir te taper un putain de paquet d’insectes dégueux, j’te jure, ça va pas être la joie. ‘Tends, genre, non mais, t’as vu les mygales, là-bas ?

En toute certitude et sans même se retourner, Abban pointa du pouce par dessus son épaule le vivarium qui abritait les nouveaux animaux de compagnie. Pendant ce temps, la Machmontre à son poignet filmait l’aquarium, pour permettre à Macha de mettre une image sur les noms de poissons qu’il venait de lui envoyer. Abban, lui, s’interrogeait sur deux points importants : 1. quelle était exactement la pathologie mentale de son interlocutrice de toute évidence gravement atteinte et 2. si elle était vraiment aussi canon que le prétendait Virgilio. Hélas, ni l’un ni l’autre ne relevait vraiment de ses domaines d’expertise.

Avec une subtilité de bulldozer, Abban interrogea :

— T’es ici avec ton copain ?

Belle approche. À vrai dire, le jeune homme n’avait pas l’habitude d’engager ce genre de conversations. En général, en matière de drague, il se laissait approcher sagement. Il avait rarement beaucoup plus à faire que d’aller dans un bar gay, de répondre aux sourires et d’attendre qu’on lui offrît un verre. Les stéréotypes avaient la vie dure et, avec son physique, personne ne s’attendait à ce qu’il fît autre chose que de se laisser courtiser.

Hélas pour lui, il fallait bien tâter le terrain.

— Et genre, t’avais jamais vu d’chien avant ? Tu vivais enfermée ou quoi ? J’sais pas, en HP ?

À tout hasard, bien entendu. Son portable vibra, le jeune homme le tira dans sa poche, parcourut le message des yeux, jeta un coup d’œil à l’aquarium et déclara :

— Celui d’gauche, c’est l’hyphessobrycon erythrostigma, au milieu, l’amphiprion occellaris, à droite, le pharancanthurus hepatus.

Tous les mots grecs étaient sortis de sa bouche d’un ton assuré et avec un accent curieusement hellénique, qui tranchaient radicalement avec les intonations irlandaises et populaires de son anglais. Une différence à laquelle n’importe quel Terrien eût été sensible, mais qui ne serait peut-être pas si remarquable pour la présumée malade mentale-télépathe-canon-croqueuse de diamants.

Tout en finesse, Abban revint à la charge.

— Par contre, ça coûte vachement cher, t’sais, les poissons, l’aquarium, tout ça. T’as les sous pour ?

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Message posté : Mar 23 Sep 2014 - 16:08 Message
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- Oh, je suis navrée…J’oublie sans arrêt que mon mode de communication met les humains mal à l’aise, mais je n’ai pas de cordes vocales…

Une tirade que Lena avait l’impression d’avoir répété un millier de fois auparavant. Elle s’était planchée sur le problème mais parler avec les cordes vocales qu’elle avait copiées sur le docteur Grey ne lui convenait définitivement pas. Elle ne s’en sortait pas, c’était trop éloigné de son mode de communication habituel, sans compter qu’elle n’aimait vraiment pas les sons qui s’échappaient de sa bouche. Elle les entendait raisonner dans sa tête et la sensation la dérangeait.
Elle n’eut cependant pas le loisir de s’attarder d’avantage sur le sujet car le garçon sembla s’offusquer de sa remarque. Elle chercha du regard la pompe dont il parlait et elle se demanda en quoi cet appareil pouvait l’aider à définir son statut au sein du magasin. Encore une coutume humaine qu’elle n’avait pas bien assimilé, visiblement. Puisqu’elle ignorait ce qu’était Walmart, elle allait poser la question mais elle n’en eut pas le temps. Ce garçon était, comme elle, ce qu’on appelait un « moulin à parole » et c’était plutôt stimulant.

- Un chat, vous pensez ? demanda-t-elle avec une moue sceptique.

Elle avait déjà rencontré ce genre d’animal lorsqu’elle se promenait dans la rue. Il y avait des chats partout, souvent ils étaient errants. Lena avait déduit qu’il s’agissait d’animaux craintifs car il ne la laissait pas s’approcher, l’un d’eux l’avait même griffée et elle avait cessé de tenter de les toucher, ce qui l’avait profondément frustrée. Le chien, au contraire, s’était comporté avec gentillesse et affection.
Son regard suivit le doigt du garçon, qui lui désigna un bocal contenant une grosse araignée. Beaucoup de gens semblaient l’éviter avec soin mais Lena s’en approcha et observa la créature.

- Je ne comprends pas, euh…Dégueu ? Pourquoi ? Ils font parties du cycle de la vie et de l’Ether, les petites organismes sont souvent extrêmement fascinants à étudier. Ce doit être pratique d’avoir huit pattes ! s’exclama-t-elle en souriant.

Elle aurait bien aimé toucher l’araignée et définir de quel type de forme de vie il s’agissait. Elle se souvenait d’avoir vu un film sur un garçon qui tirait ses pouvoirs d’un insecte. Etais-ce courant de vendre ce genre d’animaux ? Un peu perplexe, Lena concentra l’un de ses cerveaux à l’étude de cette question et l’autre à répondre aux questions du garçon, bien qu’elle ne les comprenne pas.

- Mon copain ? Je n’ai pas d’amis dans cette boutique, je n’ai pas eu le plaisir d’apprendre à connaître les gens ici. Mais nous pouvons devenir amis si vous le désirez, vous avez l’air de connaître énormément de choses sur les animaux !

C’était un compliment, elle lui souriait largement, l’air totalement innocent, sans se rendre compte qu’elle donnait l’impression d’être en parfait décalage avec la réalité.

- En réalité, il n’y a pas d’animaux sur ma planète d’origine, puisque nos formes de vie sont assez particulières donc non, je n’avais jamais vu de chien avant d’arriver sur Terre et ce n’est que récemment qu’un ami m’a fait remarquer qu’il fallait que je développe mon individualité. Je cherche donc à me construire une personnalité et à définir mes goûts. L’autre jour j’ai rencontré un chien et je me suis rendue compte que j’ignorais quel était mon animal préféré, d’où le but de mon étude dans cet endroit. Me serais-je trompée dans le choix du lieu ? interrogea-t-elle le plus sérieusement du monde.

Après tout, l’humain en savait plus qu’elle sur les coutumes de sa planète. Il eut l’amabilité de lui désigner quel nom correspondait à quel type de poisson, ce qui ramena l’attention du second cerveau de Lena sur l’aquarium, laissant l’araignée dans un coin de son esprit. Elle approcha à nouveau la tête sur bocal et vit son reflet déformé, ce qui la fit se reculer, avant de réavancer à nouveau.

- Amusant, ces jeux optiques vous ne trouvez pas ? Je me demande quel prix ça coûte…Vous pensez qu’il s’agit d’une dépense diplomatique, l’achat d’un poisson ? Ils m’ont donné une carte pour mes frais terriens, visiblement la monnaie lorienne ne fonctionne pas chez vous. Je ne m’en sers pas beaucoup, ils m’ont dit que c’était pour la nourriture et toutes ces choses importantes mais je ne mange pas donc… Elle considéra la carte bleue qu’elle venait de sortir de sa poche intérieure avec intérêt. La question était véritable. Un poisson était-il un achat diplomatique ? Peut-être que si j’en ramenais à tous les agents, cela serait considéré comme acceptable ? Qu’en pensez-vous ? Vous êtes plus au fait des rituels sociaux humains que moi. Vous en avez tellement, je n’ai pas encore pu tous les assimiler…Peut-être un chien ce serait mieux ? Ou une mygale ?

Oh, qu’est-ce que c’est ?
s’exclama-t-elle en courant vers les vivariums contenant les serpents.
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Message posté : Ven 26 Sep 2014 - 11:08 Message
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Lorenzo draguait des schizophrènes, c’était pas glorieux. Abban regarda Lena comme si elle avait été une extraterrestre — ce petit est plein d’intuition — lorsqu’elle vanta les mérites des mygales. Peut-être qu’elle n’était pas une croqueuse de diamants, mais elle était peut-être dangereusement détraquée. Avec sa façon de parler étrange — l’hôpital qui se moque de la charité — elle était bien incapable d’assassiner Lorenzo dans son sommeil pour voler ses cordes vocales et, si Abban n’était pas toujours extraordinairement démonstratif, il préférait éviter que son ami se fît charcuter par une détraquée télépathe.

— Euh ouais, on est vachement amis, ça marche.

Au moins, gagner la confiance de sa cible s’avérait plus facile que prévu. La suivre dans ses délires, en revanche, dépassait ses compétences psychiatriques. Elle venait d’une autre planète — Abban s’attendait à tout moment à l’entendre dire qu’elle était poursuivie par les Chinois du FBI. Ou alors, est-ce qu’elle venait vraiment d’une autre planète ? D’accord, il y avait eu des invasions, difficile de passer à côté, mais ce n’était pas comme si les aliens gambadaient dans les rues. Une nouvelle, Abban jaugea Lena du regard.

Pour une extraterrestre, elle ressemblait tout de même beaucoup à une humaine — mais c’était aussi le cas de pas mal de créatures magiques. Tout cela était assez loin de son domaine de spécialité et pendant ce temps, son interlocutrice divaguait sur l’achat gros d’animaux marins pour « ils » — probablement les Chinois du FBI. Ou l’UNISON. Ça devait être l’UNISON, sans doute, qui gérait les extraterrestres. Ou alors elle parlait du personnel de son asile.

— Hein, quoi ?

Abban sortit de ses réflexions indécises pour rattraper Lena qui s’apprêtait sans doute à se la jouer Harry Potter avec les serpents.

— Vas-y, leur télépathique pas du fourchlang dans la tête, on sait jamais c’qui peut arriver.

Pendant ce temps, l’Irlandais sortait son téléphone pour envoyer à Alex une question succincte :

Citation :
Il y a vraiment des extraterrestres à Star City ?

L’ancien Neutron-Grey était sa référence en matière de bizarreries techno-spatiales.

— Range ta carte de crédit. S’tu veux voir plein d’animaux, c’pas ici qu’il faut aller, c’t’au zoo. Tu connais les zoos ? Y a des éléphants et tout. D’habitude, c’t’un peu triste, parce qu’ils sont, genre, enfermés, mais à Star City, ça va, c’est OK. Ça, c’est des serpents. Les serpents, c’est plutôt cool, mais c’est pas sympa.

Son téléphone vibra et Abban lut silencieusement le message :

Citation :
Dis bonjour à Lena de ma part.

Les amis d’Alex étaient tous bizarres. D’ailleurs, savoir qu’Alex connaissait Lena ne le rassurait pas forcément — celui-ci avait tout de même le don de trainer avec des gens vachement suspects. Abban rangea son téléphone.

— Ouais, bon, bref, viens, on va au zoo.

L’Irlandais faillit les téléporter aussi sec, mais il songea qu’une extraterrestre pouvait peut-être l’étrangler avec ses tentacules de l’espace et lui sucer l’énergie vitale avec des ventouses bien cachées. Mieux valait procéder avec prudence. Il proposa donc plus diplomatiquement :

— Viens, j’ai ma voiture dehors.

Il se rendit compte après coup qu’il avait l’air d’un pervers qui venait lever des filles dérangées dans les animaleries. Lena ne s’en rendrait sans doute pas compte, mais il songea qu’il serait peut-être opportun de lui donner des raisons de lui faire confiance. Il effleura sa Machmontre. Tandis que Macha quittait — sans payer — le parking où elle attendait en écoutant du Vivaldi, les deux apprentis zoologistes sortaient de l’animalerie et, sur le ton de la conversation, Abban glissa :

— Tu connais Alex ? Les autres planètes et tout, c’est vachement son truc. T’sais, c’t’un grand Black un peu flippant, bien sapé.

Abban précisa tout de même :

— ‘Fin, faut pas croire, c’moi qu’ai choisi les fringues, parce si j’le laissais à lui-même, bonjour les tee-shirts Battlestar Galactica.

Abban était toujours très fier de son opération de relooking.

— Ouais, bon, c’t’un ami à moi.

Tout du moins le supposait-il. Leur relation avait beaucoup évolué, mais Abban trouvait le caractère d’Alex toujours un peu difficile à suivre — lequel, de son côté, trouvait Abban toujours un peu difficile à suivre. Autant dire qu’ils n’étaient pas sortis de l’auberge.

— En plus, il est comme toi, il fait des trucs chelous avec sa pensée. Et ça, c’est ma voiture.

Qui venait de se ranger devant eux, toute seule. Pour les passants, Macha ressemblait peut-être à d’autres voitures de luxe, mais la perspicacité de Lena en matière de technologies lui suffisait peut-être à comprendre de prime abord que le véhicule n’avait pas grand-chose en commun avec les milliers d’autres qui sillonnaient en permanence Star City.

— Le zoo est pas super loin, s’tu veux. T’inquiètes, hein, c’est juste pour la promenade, j’ai pas d’idées derrière la tête. En plus, t’es pas mon genre.

Mais il était prêt à parier que son interlocutrice n’était pas très au courant des abeilles, des fleurs et des bébés dans les choux.

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Message posté : Sam 27 Sep 2014 - 13:22 Message
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Lena ne s’était jamais rendue dans un zoo mais elle connaissait le principe pour l’avoir vu dans un film assez amusant où un homme, gardien du zoo en question, discutait avec les animaux et vivait de sacrées aventures en leur compagnie. Lena avait d’ailleurs cru que les animaux étaient doués de parole et avait été très frustrée que le chien ne lui réponde pas dans un dialecte compréhensible pour elle. L’alien sentait une sorte de conscience à l’intérieur de l’animal mais l’Ether glissait dessus, comme si elle n’était pas suffisamment éveillée pour la saisir et s’entretenir avec. Ce n’était peut-être qu’une question de temps…

- Oh, vraiment, vous m’emmèneriez dans cet endroit ? C’est tellement aimable ! s’exclama-t-elle, visiblement ravie.

Lena n’avait pas appris la méfiance et c’était probablement dû au fait qu’elle n’avait jamais rencontré d’humain qui tente de lui faire du mal, pas même Alex, alors qu’elle avait senti en lui un gigantesque pouvoir. Elle se souvenait encore parfaitement de l’aspect de son cerveau et se fit la réflexion qu’elle ne l’avait plus vu depuis un moment déjà. Elle avait tenu à mener à bien son expérience sur ses goûts personnels afin de lui montrer quelle était sa personnalité lors de leur prochaine rencontre, mais l’expérience s’était révélée plus longue que prévue. Les humains se définissaient d’une multitude de façon, beaucoup plus que ce que Lena aurait pu imaginer.
Tant mieux, c’était stimulant.

- Alex ? Oh, oui bien entendu que je le connais ! Il est très aimable, nous avons beaucoup discuté et il m’a montré l’océan, il a même accepté de venir dans l’eau et de me montrer à quoi ressemble le fond marin. C’est une personne que j’apprécie beaucoup mais je ne l’ai pas vu ces derniers temps. C’est ma faute, vous voyez j’essaie de me construire une personnalité individuelle comme il me l’a conseillé et j’aimerais retourner vers lui en ayant des résultats probants. Bientôt, j’espère !

La xanthienne apprit avec plaisir qu’il s’agissait d’un ami du garçon dont elle ignorait toujours le nom. Quelle chance ! Etais-ce « le destin » comme disaient les humains ? Quoi qu’il en soit, elle n’hésita pas une seconde à le suivre jusqu’à sa voiture. Son manque de méfiance lui causerait des problèmes, un jour…

- Des trucs chelous ? Je ne comprends pas bien…Je suppose que ça signifie qu’il communique aussi par la pensée ? Il s’est très bien adapté à mon mode de communication, j’étais très heureuse de rencontrer un humain pour qui ça ne posait pas de problèmes. Un peu comme vous, mais c’est peut-être parce que vous le connaissez bien ? Rassurez-vous, je ne lis pas ce que vous pensez, sauf si vous l’envoyez vers moi, comme…Comme un e-mail ? Je n’arrive pas à trouver une bonne métaphore.

Ils sortirent ensemble de l’animalerie et ils se dirigèrent vers une voiture dont Lena apprécia l’apparence, même si elle manquait cruellement de connaissances dans le domaine. Elle effleura du bout de l’index la carrosserie et envoya une impulsion d’Ether, comme elle le faisait toujours, mais elle sursauta en se rendant compte que le véhicule était totalement différent de ceux qu’elle avait croisé jusqu’ici.

- Eh, faut pas vous gêner ! s’exclama la voiture.
- Pardonnez-moi ! J’ignorais que vous étiez déjà éveillée, je…

Mais ses excuses ne semblaient pas intéresser le véhicule, Lena lança donc un regard paniqué et désolé à son partenaire du jour.

- Je…Je suis navrée, d’habitude ça ne se passe pas comme ça. J’ignorais que votre véhicule était différent de ceux qu’on trouve sur Terre. Normalement je dois les toucher avec l’Ether pour qu’ils se mettent à parler…

Sa technomancie était en effet liée à sa nature même de xanthienne et à l’ether qui grandissait en elle mais l’explication réelle était complexe. Elle ne donnait pas littéralement la vie, loin de là. Elle créait temporairement de nouveaux composants en Ether pour « pirater » ou « animer » en fonction de ses besoins.
Les larmes aux yeux, Lena fit un pas en arrière en espérant que la voiture cesserait de la disputer.

- C’était tellement malpoli de ma part mais je ne savais pas… répéta-t-elle, l’air bouleversée.

Oui, il ne lui en fallait pas beaucoup…Et en même temps, Lena était tellement désireuse de bien faire qu’elle n’aurait pu réagir autrement.
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Message posté : Dim 28 Sep 2014 - 16:50 Message
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Abban fixa Lena les sourcils levés alors que celle-ci expliquait être en train de se constituer une personnalité individuelle. Il se retint de lui rétorquer qu’elle avait déjà l’air suffisamment bizarre comme ça et que, à son humble avis, elle n’avait pas besoin de se distinguer beaucoup plus du reste du monde — après tous, les amis des amis sont des amis. Puisqu’elle fréquentait à la fois Alex et Lorenzo, Abban se sentait un peu obligé de lui accorder le bénéfice du doute, mais s’il doutait tout autant des capacités du mentaliste à s’associer avec des personnes saines d’esprit que de celles de l’Italien à trouver une jeune fille convenable. Heureusement que lui, un modèle d’équilibre et de sens social, veillait sur tout ce petit monde.

— Un e-mail, hein ?

Répéta Abban d’un ton un peu méfiant.

— Bah putain, si un jour j’me mets à recevoir dans la tête les mêmes genres de spam que sur ma boite, ça voudra dire que Star City grouille de Nigérians qu’ont du pognon à m’filer.

Comme Abban était un catholique vertueux — enfin, de temps à autre — il ne fréquentait pas les sites pour adulte et personne ne lui proposait d’agrandir son pénis ou d’acheter du viagra à moindre coût. En revanche, un nombre incalculable de réfugiés politiques multimillionnaires et particulièrement charitables sollicitaient son aide. Fort heureusement, Macha gérait l’essentiel de ses activités virtuelles.

D’ailleurs, en parlant de Macha…

— Et puis mettez moi la main aux feux de brouillard, pendant que vous y êtes.

La voiture continuait à pester et Lena allait se mettre à pleurer. Magnifique.

— OK, zen, les filles, ça va aller. Tout l’monde respire.

Dire qu’il allait devoir jouer les diplomates.

— Macha, c’est Lena. Elle est un peu… spéciale.
— Sans bl…
— Lena, c’est Macha. Elle est exceptionnelle.

Toujours flatter l’ego de sa voiture.

— C’est une voiture hors du commun, c’est normal que t’en aies pas croisé des comme ça. Mais du coup, voilà, faut pas trop la tripoter non plus. C’comme les humains, tu les palpes pas à l’improviste, tu vois.

Abban priait intérieurement pour ne pas avoir à faire un cours d’éducation sexuelle à Lena. L’idée de l’accompagner au zoo et de la voir se lancer dans une série d’attouchements sur les visiteurs n’était pas très réjouissante.

— Et Macha, vas-y, tu peux être plus hospitalière, quoi ! T’vois bien qu’Lena est pas tout à fait, euh… Elle a b’soin d’un temps d’adaptation.
— Je comprends. L’autre jour, j’ai vu un reportage sur les retards mentaux.
— T’as trop d’temps libre. Non mais c’pas la question, d’façon. Puis c’t’une amie d’Alex.
— Ah, Alex…
— Quoi, « Ah, Alex… » ?

Macha glissa rêveusement :

— L’autre jour, il a changé mes jantes…

Abban fixa sa voiture avec des yeux ronds. Il l’avait déjà entendue fantasmer sur des camions, quand ils étaient sur des voies rapides — tss, les filles, toujours à la recherche des gens qui roulaient des mécaniques —, mais ça, c’était nouveau.

— Euh, ouais, nan, j’veux pas savoir. On peut aller au zoo, maintenant ?
— D’accord.

Abban se tourna vers Lena :

— T’vois, c’est cool.

L’Irlandais étendit une main et tapota maladroitement l’épaule de la jeune femme, en geste de consolation.

— Mais elle ne touche pas à mon tableau de bord !
— Ouais, ouais, t’inquiète. Vas-y, ouvre.

Les portières de la voiture se soulevèrent et les deux jeunes gens purent enfin embarquer, pour éviter d’avoir l’air plus longtemps suspects, sur le trottoir, à ménager la sensibilité d’une automobile. Une fois au volant, Abban démarra et s’engagea dans le trafic de la ville, pour rejoindre le zoo. Maintenant, il était bien obligé de faire la conversation pour détendre l’atmosphère.

— Bon, et du coup, t’viens d’une autre planète, c’est cool.

Qu’est-ce qu’il ne fallait pas dire…

— T’es là d’puis longtemps ? T’as rencontré beaucoup d’gens ? Tu t’es fait plein d’amis ?

« Tu draguerais pas un mafieux italien, par hasard ? » était la question sous-jacente de cette première salve.

Abban poursuivit d’ailleurs :

— C’est dommage qu’tu manges pas, parce qu’j’t’aurais conseillé une pizzeria à Little Italy, genre, vraiment super, ça aurait fait partie d’tes découvertes. La cuisine italienne, c’est que’que chose. Tu connais l’Italie ? C’t’un pays, genre, en Europe, tu vois, à l’Ouest, là, puis un peu au Sud, après. J’connais pas mal d’Italiens, à Star City, vraiment sympas.

Volubile comme la jeune femme pouvait se montrer, il espérait bien qu’avec une pareille amorce, elle lui raconterait en détail comment elle avait décidé d’enquêter sur les mœurs humaines à approchant de très près un spécimen particulier d’Italiens. Cela dit, plus les secondes s’écoulaient, plus Abban avait du mal à croire que Virgilio n’eût pas un peu enjolivé la vérité : il ne voyait pas tellement Lena en train de rouler des patins à Lorenzo sur la banquette arrière. Elle aurait probablement confondu ça avec une tentative de réanimation.
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Message posté : Sam 4 Oct 2014 - 16:04 Message
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Au bord des larmes, Lena fut rassurée par le garçon. Selon lui, ce n’était pas grave. Peut-être que la voiture avait mauvais caractère ? Lena n’en avait jamais rencontré une qui le soit à ce point mais après tout, l’humanité (et dans ce cas-ci, le monde automobile) réservait bien des surprises. Aucun individu ne ressemblait à un autre, alors pourquoi cette voiture aurait-elle du faire exception ? A nouveau, Lena s’excusa et finalement, le véhicule sembla accepter de lui pardonner à condition qu’elle ne la touche plus jamais. Lena s’installa donc sur le siège passager, les mains posées sur ses genoux, en prenant garde de ne toucher à rien d’autre qu’au siège et au tapis de sol.

- Oh, je suis là depuis un an et demi maintenant, expliqua Lena, tandis que les larmes refluaient dans ses yeux. Je suis d’abord restée une année en quarantaine à l’UNISON, le temps qu’ils déterminent mon niveau de dangerosité et j’ai été jugée apte à sortir. Je suis devenue amie avec l’équipe scientifique, c’est grâce au docteur Gray que j’ai pu prendre cette apparence humaine, elle a aimablement accepté que je copie sa biologie, bien que plusieurs de ses fonctions me soient inutiles. Par exemple je n’ai pas besoin de colon ni d’estomac, puisque je ne digère pas la nourriture, je la transforme immédiatement en pure énergie…

Lena semblait plus détendue, tout d’un coup. Comme à son habitude, elle parlait beaucoup et enchainait les sujets sans vraiment penser que son interlocuteur ne possédait pas, comme elle, deux cerveaux facilitant la communication.

- Donc je peux manger et je serais ravie de me rendre dans une pizzeria ! C’est amusant que vous parliez de l’Italie, vous savez que j’ai un ami…Je pense qu’il est mon ami maintenant, c’est lui qui m’a appris les différentes étapes de l’amitié vous savez ? Donc mon ami, il s’appelle Lorenzo et il est italien. Il m’a fait goûter de la cuisine italienne quand il m’a invité chez lui, on a mangé des spaghettis qu’il a préparé lui-même! C’était délicieux. Je suis vraiment ravie de posséder un palais, les goûts de la Terre sont tellement variés ! Dites, vous me ferez goûter la pizzeria ? demanda-t-elle, très excitée à la perspective.

Lena adorait manger. Grâce à Suzaku, elle savait que c’était possible et que cela n’endommageait en rien son corps de xanthienne. Elle pouvait engloutir d’énormes quantités de nourriture sans jamais grossir ou ressentir de la satiété, pas plus que de la faim. Lena se nourrissait de pure énergie, elle était comme un arbre, le processus ne demandait aucun effort conscient mais cela ne l’empêchait pas d’abuser des bonnes choses, attirant souvent des regards jaloux d’autres femmes, forcées de prendre garde à leur régime.
Bien qu’elle n’en ait absolument pas conscience. Elle ne connaissait même pas le concept de régime.

- Je ne suis jamais allée en Italie mais Lorenzo m’a un peu raconté ce qu’on trouvait là-bas, il a même dit qu’il pourrait me montrer un jour. Ce serait intéressant j’en suis certaine ! J’ai commencé à me documenter sur le sujet, vous saviez que ce pays avait une histoire très dense ? C’est passionnant. D’ailleurs, si vous connaissez des italiens, vous connaissez sûrement Lorenzo ? Il est vraiment très gentil, c’est lui qui a choisi mon apparence actuelle.

Depuis l’accident du parasite extra-terrestre, Lena avait été harcelée par les journalistes et cela n’avait pas plu à Lorenzo. Il avait été fâché après elle et lui avait dit qu’ils ne pouvaient se voir dans ces conditions, ce qui l’avait rendue très triste. Elle s’était alors résolue à changer d’apparence et il l’avait aidé à choisir, afin de correspondre aux canons de beauté humains. Non pas que Lena cherchait à attirer l’attention ou à provoquer une attirance de nature sexuelle mais tout le monde avait tendance à se montrer compréhensif face à une « jolie fille ». C’était un plus qui compensait sa grande maladresse.

- Avant j’en avais une autre mais j’ai eu un petit accident à la télévision…Vous n’en parlerez pas hein, promis ? Les journalistes m’ennuyaient tellement…Je n’ai pas eu le choix. Dites, c’est encore loin, le zoo ? Oh, et moi c’est Lena, Lena L’y normalement mais Lena c’est plus court, il paraît que les noms les plus courts sont les mieux. Vous avez un nom court ?

Que d’informations en une petite minute…
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Message posté : Lun 13 Oct 2014 - 16:13 Message
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— Ah ouais…

… Rude.

Cool…

… ça arrive.


Ponctua Abban, dans le flot de paroles de Lena, qui lui expliquait qu’elle mangeait des spaghettis avec d’imprudents Italiens grâce à son corps de l’espace emprunté à une non moins imprudente scientifique. L’Irlandais commençait à avoir de sérieux doutes sur le bon sens de l’équipe de quarantaine de l’UNISON, qui laissait s’enfuir dans les rues d’une ville dangereuse pleine de pervers psychopathes des aliens aussi naïves que bien roulées, prêtes à monter dans les voitures des inconnus. Ou alors c’était les pervers psychopathes qu’il fallait protéger contre une alien qui leur sucerait le sang avec des tentacules habilement dissimulés dans son corps métamorphique, allez savoir.

Abban jeta un regard un peu suspicieux à Lena, en quête de tentacules avides de succions sanguines.

— Abban. J’m’appelle Abban.

Bonjour, enchanté, tout ça.

— Vu la vitesse à laquelle tu causes, p’tain, tu dois pas avoir besoin d’respirer non plus, hein ?

Il disait cela sur le ton de la plaisanterie.

Tout le monde respirait.

Pas vrai ?

— Non, en fait, j’veux pas savoir.

Et si Lena prenait la forme d’une humaine pour se fondre dans la population de Star City — la bonne blague — ça voulait dire que sa forme originelle était beaucoup moins discrète. Est-ce qu’il était en train de convoyer un poulpe de l’espace — oui, j’aime bien les poulpes — dans son élégante voiture du course ?

— Ouais, donc, t’poses vachement d’question. Alors, euh…

Macha grilla un feu rouge sans frémir.

— L’zoo, on arrive dans deux minutes. On aurait pu y aller plus vite, mais j’voulais pas qu’tu vomisses sur mes chaussures.

À tous les coups, elle vomissait de l’acide sulfurique, ou quelque chose dans le genre.

— Lorenzo, c’t’un pote à moi, ouais. Mais y a pas mal d’gens qui s’appellent Lorenzo, en fait.

À entendre le récit de Lena qui respirait la sincérité — à défaut de l’oxygène —, Abban doutait désormais que la relation de la jeune femme avec le mafieux fût aussi acrobatiquement sensuelle que Virgilio avait tenté de le lui faire croire : c’était les gens du Sud, ça, toujours à tout exagérer. Il n’empêchait que Lorenzo n’invitait sans doute pas n’importe qui chez lui et s’il en venait à choisir des apparences à son amie, c’était qu’il devait avoir envie d’en profiter. Abban détailla une nouvelle fois Lena du regard. Donc ça, c’était les goûts de l’Italien ? Lui était mal placé pour en juger.

— L’Lorenzo que j’connais, il est, genre, grand…

OK, pas tant que ça, mais du point de vue d’un Mac Aoidh…

— Fin, plus ou moins, puis il a une p’tite gueule d’ange, tu vois…

Avec une seconde de retard, Abban songea que l’extraterrestre outre-galactique ne voyait sans doute pas ce que c’était qu’un ange.

— Fin, j’veux dire, il est genre… T’sais, un peu… Pas tellement… Il est… Blond. ‘Fin châtain. ‘Fin, plus ou moins.

Le portrait-robot, ça ne serait pas pour tout de suite. La voiture pénétra dans le parking attenant au zoo. En plein milieu de la semaine, il n’y avait pas une très grande affluence et ils trouvèrent sans difficulté à se garer. Les deux acolytes purent débarquer et ils se mirent en route vers la billetterie, aux portes du parc.

— Et donc, vous mangez des spaghettis et tout. Comme dans l’dessin animé, avec les chiens.

Elle regardait la télévision, non ? Elle avait peut-être vu la Belle et le Clochard. Évidemment, lui, il s’était endormi : ça manquait de voitures et d’explosions. En attendant, il avait complètement oublié son histoire prétexte de pizza.

— T’sais qu’genre, les garçons, z’invitent pas les filles à manger comme ça. Surtout les Italiens. Les Italiens, z’ont le sang chaud.

Il n’était pas très sûr de l’intelligibilité de ses paroles pour Lena et, de toute façon, un guichetier l’interrogeait d’une voix débordante d’enthousiasme :

— Bienvenue au Zoo ! Le Zoo de tous les animaux ! Deux entrées pour vous et votre demoiselle ?
— C’pas ma demoiselle.
— Ne perdez pas courage !
— Non mais de quoi j’me…

Abban soupira et hocha la tête.

— Deux entrées.
— Moins de 18 ans ?
— Sérieux ?

Certaines personnes ne savaient pas profiter des promotions inattendues.

— J’ai une gueule de mineur, là ?

Les yeux fixés sur le visage féminin d’Abban, le guichetier adopta avec circonspection un silence diplomatique. L’Irlandais soupira de nouveau, fourra un billet sur le plateau tournant, récupéra ses billets et sa monnaie, avant de s’éloigner pour aller regarder des chèvres impassibles dans la petite ferme, en ruminant son malheur. Alors qu’ils étaient prêts de l’enclos, il laissa Lena admirer le spectacle caprin pour tenter d’apercevoir son reflet dans un panneau métallique afin de déterminer si, oui ou non, il avait l’air si jeune que cela.

Distraitement, il interrogea :

— Et tu l’trouves comment, Lorenzo ? J’veux dire, genre, t’sais, physiquement.

Lorenzo avait l’air d’avoir moins de dix-huit ans, lui !

Non mais.
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Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 10:06 Message
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- Vomir ? demanda Lena, les sourcils légèrement froncés.

Elle avait assimilé le fait que le garçon s’appelait Abban, qu’il trouvait qu’elle posait beaucoup de questions et qu’il ne souhaitait pas savoir de quelle manière elle survivait dans leur atmosphère. Refuser d’acquérir une connaissance tenait de l’hérésie aux yeux de l’alien mais elle avait appris à ne pas insister. Beaucoup d’humains se retrouvaient mal à l’aise par sa faute et elle cherchait vraiment à faire des efforts pour mieux s’intégrer.

- Vomir impliquerait que je possède un estomac qui digère la nourriture et qu’un réflexe involontaire me pousse à répandre de la nourriture non digérée. Mais comme je n’ai pas d’estomac, vous pouvez être tranquille et rouler aussi vite que vous le voulez !

Elle l’en avait informé avec un grand sourire, persuadée qu’il apprécierait la bonne nouvelle.
Mais au lieu de cela, il enchaina sur le sujet « Lorenzo » ce qui ne dérangeait absolument pas l’alien. Lorenzo était son ami, elle l’appréciait beaucoup et il tentait de lui apprendre à mentir, afin qu’elle puisse s’intégrer de manière plus efficace dans la société humaine sans risquer de trahir les secrets qu’elle pourrait découvrir à son sujet –et qu’elle avait découvert puisque sa curiosité n’avait pas résisté à l’envie de mener une enquête sur sa famille, une fois de retour de leur voyage.
Mais c’était une autre histoire.

Ils arrivèrent au zoo. La portière s’ouvrit toute seule et Lena sortit du véhicule en prenant soin de ne surtout pas la toucher, histoire de ne pas provoquer un autre accident.

- Comme les chiens ? Oh vous voulez dire, comme dans ce dessin animé avec les animaux qui chantent? Mais c’était chez-lui, pas dans la cours d’un restaurant. Vous êtes certain que c’est la même chose, du coup ? demanda-t-elle naïvement, sans comprendre qu’il parlait d’amour et pas de localisation géographique. Puis il doit avoir le sang moins chaud qu’un chien. Sauf s’il est malade…Est-il malade ?

Pleine d’inquiétude, Lena sortit son téléphone et observa l’écran. S’il était porteur d’une maladie, il lui aurait sans aucun doute dit par SMS mais ce matin, il semblait aller bien.
Parce que oui, ils s’envoyaient des SMS.
Lena aimait beaucoup les modes de communications technologiques.

Ils s’avancèrent vers l’entrée et Abban sembla se vexer des mots du guichetier. Lena ne comprenait pas pour quelle raison, ainsi observa-t-elle la scène avec intérêt. En quoi étais-ce grave d’avoir l’air jeune ? Parce qu’effectivement, Abban semblait relativement jeune mais les apparences étaient souvent trompeuses. Elle en savait quelque chose…Cela dit, le problème cessa de la passionner quand elle découvrit les chèvres dans un enclos. Quelles créatures amusantes ! Avec leurs petites cornes et leurs petites barbiches ! Les yeux plein d’étoiles, Lena se pencha sur la barrière et tendit la main vers les animaux…Et fut royalement ignorée. Elle pencha la tête légèrement sur le côté, tout un tas de questions traversant son esprit.
Celle d’Abban n’en était pas une.

- Physiquement ? Je ne suis pas une spécialiste mais je pense qu’il entre dans les canons de beauté américains, non ? Il trouvera facilement une humaine de sexe adapté pour la reproduction, à moins que je n’ai mal compris votre système ? Il faut bien deux individus de beauté semblables pour créer un nouvel individu de beauté égale ?

Selon ses recherches, la reproduction humaine nécessitait un individu mâle et un individu femelle afin de créer un nouvel être humain. La femme était la seule à pouvoir recevoir le don de la vie mais elle avait besoin d'un composant masculin pour que l'embryon soit créé. C'était très différent de sur Xantah...Et le sexe n'était pas utilisé que dans un but reproducteur. Beaucoup d’humains pratiquaient l’activité sexuelle pour le plaisir. Des notions encore assez floues pour l’esprit de Lena qui était tombée, par hasard, il y a quelques semaines, sur un film porno en zappant sur les chaines du câble.

- J’espère d’ailleurs qu’il transmettra ses yeux à sa descendance, ils sont vraiment très esthétique. Je les aurais bien copié pour ma nouvelle apparence mais cela aurait été bizarre pour lui, je pense. Les humains sont rapidement perturbés, alors j’ai pris ceux de cette actrice, dans ce film avec les sorciers. Vous l’avez vu ?

Encore une question, posée tandis qu’elle se désintéressait des chèvres qui mangeaient tranquillement des brins d’herbe pour s’approcher d’un âne. A nouveau, elle tendit la main et l’animal, l’observant d’abord d’un air circonspect, fini par accepter de l’approcher. Il renifla sa main…Puis se détourna, comme déçu.

- Pourquoi sont-ils si peu amicaux ? désespéra-t-elle, sans comprendre que le distributeurs de biscuit juste à côté d’elle était la réponse à tous ses problèmes d’affection animalière.
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Message posté : Mar 28 Oct 2014 - 11:29 Message
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Ah ah ! Démasquée, la nymphomane de l’espace, sous ses airs de madone intergalactique ! Elle avait sorti son téléphone en s’inquiétant pour Lorenzo, donc elle avait le numéro de Lorenzo, donc elle échangeait assez avec lui pour se sentir en droit de s’informer de sa santé ! À un ou deux détails près, Virgilio avait (presque) raison sur la nature de la relation qui unissait Lena à son ami, Abban en était persuadé. D’un autre côté, il était persuadé que tous les hommes qui posaient les yeux sur Aishlinn voulaient sortir avec elle et que toutes les femmes entre trente-cinq et cinquante-cinq ans à qui Thabo disait bonjour étaient des prédatrices croqueuses de Sud-Africain contre lesquelles il devait protéger le vieux mafieux trop peu suspicieux.

Mais voilà que Lena se mettait à l’interroger sur la génétique.

— Nan, nos parents sont trop moches, et nous, on est vachement mignons, c’est pas systématique.

Il n’apporta cependant pas plus d’explications sur ce « nous ». En vrai, il se trouvait pas mal de défauts : trop petit, pas assez musclé, trop féminin, etc. Mais Aishlinn, elle, c’était indubitable, était l’incarnation même de la perfection féminine. Cela dit en toute objectivité. Il était prêt à tabasser tous ceux qui refuseraient de le reconnaître. Et ceux qui le reconnaitraient avec trop d’enthousiasme.

— Mais j’te parle pas d’reproduction, vas-y, on est pas si vieux qu’ça…

Oui, bon, en même temps, pour elle, il n’en était pas si sûr. Pour ce qu’il en savait, elle pouvait bien avoir cent-vingt ans.

— J’te parle, t’sais, de…

Abban fit un mine qui pouvait suggérer qu’il avait une envie soudaine de jus d’oranges pressées.

— Hein.

Très éclairant. Pendant ce temps, Lena essayait d’apprivoiser un âne pour obtenir de l’affection, tandis que l’âne essayait d’apprivoiser Lena, pour obtenir de la nourriture.

— Ouais, j’l’ai vu. Mais j’aime pas tellement Harry, i’ passe son temps à s’plaindre. L’mec, tu vois, il est dans une école de sorciers, et il apprend jamais que trois sorts. Y a des gens qui savent pas profiter d’leur chance. Moi, j’aurais été à sa place, j’s’rai d’venu un grand enchanteur !

Et il aurait sauvé Cedric Diggory pour l’épouser, mais c’était une autre histoire.

Mais il y avait plus urgent. Abban se posta à côté de Lena.

— ‘Tends, t’vois, les animaux, c’comme les mecs, t’as rien sans rien.

L’Irlandais claqua des doigts et un biscuit disparut du distributeur pour apparaître dans sa main. Il était sans doute censé payer, à un moment ou un autre, mais il était déjà entré légalement dans le zoo, il ne fallait pas non plus trop brusquer ses habitudes.

— Tiens, donne lui ça.

Le jeune homme refila le biscuit à Lena pour qu’elle le transmît à l’âne. Le succès fut immédiat.

— Puis franchement, t’serais heureuse, toi, d’vivre là, en pleine ville. OK, le zoo est plutôt moins pire que d’autres et tout, mais si j’étais un âne, j’crois qu’j’préférerais largement vivre dans un vrai pré. Mais faut qu’tu d’mandes à Lorenzo d’t’emmener dans une ferme, tu verras.

Mince, il était en train de se faire avoir par l’innocence naïve de l’alien. Il fallait dire qu’elle lui rappelait un peu un chaton perdu dans le vaste monde, mais il s’agissait de se reprendre. Il était là pour sonder ses dispositions. D’ailleurs, précisément, la naïveté de la jeune femme l’inquiétait un peu. Le criminel qu’il était commençait à se demander ce que Lorenzo partageait avec elle et ce que la si prolixe extraterrestre était capable de répéter au premier venu.

— Viens, on va voir les oiseaux.

Abban entraina Lena un peu plus loin, au-delà de la miniferme, pour rentrer dans le zoo à proprement parler, là où les enclos présentaient les espèces les plus exotiques. Quelques enfants accompagnaient leurs parents et observaient les animaux d’un air émerveillé. L’un d’entre eux demandait systématiquement, en pointant les différents oiseaux : « et ça, c’est un ptérodactyle ? » Hélas, non.

— Bon, bref, où on en était ? T’es pas une spécialiste, mais tu l’trouves esthétique.

C’était sans doute beaucoup plus poétique que le « tout à fait tripotable » qu’eût utilisé Abban.

— Et vous faites quoi, du coup, quand vous êtes ensemble ? J’te d’mande parce que… euh…

Abban chercha une bonne raison dans le regard vitreux d’un gris du Gabon. Peut-être qu’avec quelqu’un comme Lena, l’honnêteté était la meilleure stratégie.

— J’voudrais pas qui lui arrive des bricoles, tu vois. Il est gentil, Lorenzo, mais c’t’un garçon, et les garçons, tu leur mets une…

« Paire de nichons » — Abban se retint juste à temps et poursuivit avec un peu plus de tact :

— … jolie fille devant les yeux, et ils font des tas de conneries.

À l’entendre parler des garçons qui faisaient ceci et des garçons qui étaient cela, on n’avait presque l’impression qu’il n’en faisait pas partie.

— Du coup, j’me renseigne, pour que ça s’passe bien.

Quel altruiste, cet Abban !

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Message posté : Dim 9 Nov 2014 - 15:17 Message
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Lena ne comprenait pas trop les gestes réalisés par Abban et ne voyait pas de quoi il voulait parler d’autre. De toute façon, elle était bien trop obnubilée par le comportement de cet âne pour s’intéresser à autre chose, sauf s’il parlait d’Harry Potter. Parce que Lena adorait Harry Potter. Elle avait vu tous les films un nombre incalculable de fois et elle connaissait toutes les répliques ! Ce dernier point n’étant toutefois pas très révélateur pour quelqu’un possédant deux cerveaux et donc une excellente mémoire.

- Vous trouvez qu’il se plaint beaucoup ? Quelle vie triste il a eu, c’est normal qu’il soit malheureux. Je n’ai pas vraiment eu de parents mais j’ai perdu ma planète alors j’imagine ce qu’il doit ressentir, ce doit être vraiment horrible. Puis porter un tel poids sur ses épaules…C’est vraiment épuisant. Je vous trouve un peu dur avec lui. C’est un bon sorcier, moins que Hermione ou Dumbledore mais tout de même au-dessus de la moyenne.

Le sujet était, à ses yeux, plus que sérieux. Heureusement, il fut détourné lorsqu’Abban donna à Lena un biscuit, qu’il lui conseilla de donner à l’âne. Miraculeusement, l’animal vint lui manger dans la main, ce qui la fit sourire.

- Oh, tu penses que son habitat n’est pas adapté ? Je ne sais pas, il faudrait lui demander mais je n’arrive pas encore à communiquer avec les espèces animales. Ils ont un système de langage totalement inconnu pour moi et je n’ai pas terminé de le décrypter. Mais je suivrais votre conseil, peut-être qu’une étude comparative me permettra d’en savoir plus. S’il s’avère qu’un animal est plus heureux dans un pré, il faudra y emmener celui-ci, déclara-t-elle en pointant l’animal du doigt.

Tout un programme.
Abban la détourna de cette idée saugrenue en l’emmenant voir les oiseaux. Lena en avait déjà observé certains dans la rue. Il y avait beaucoup de pigeons à Star City (des vrais comme des faux mais elle ne faisait pas encore la distinction) et certaines autres espèces dont elle ne connaissait pas les noms mais ces oiseaux-ci étaient totalement différents. Colorés, ils émettaient des sons étranges que Lena n’avait jamais entendus. C ‘était un ravissement auditif et visuel. Elle tourna sur elle-même, le nez en l’air et manqua de bousculer plusieurs personnes.

- Quand nous sommes ensemble ? Et bien…

On se rend dans un pays étranger pour chasser des momies, piller une tombe et découvrir les pouvoirs de son anneau magique. Voilà ce qu’elle aurait répondu auparavant, mais Lorenzo lui avait appris à cacher certaines informations pour éviter de lui attirer des ennuis et ils avaient décidé que leur escapade à Saba resterait un secret entre eux. Elle ignorait si ce secret valait pour les amis, mais Lorenzo lui avait expliqué que quand elle n’était pas certaine de pouvoir le raconter, mieux valait qu’elle ne dise rien. Forte de son nouvel enseignement, elle éclipsa cette fameuse information pour expliquer d’autres types d’activité qu’ils pratiquaient :

- On mange des cookies ! Il m’apprend la cuisine, les règles sociales dans sa famille, il me fait découvrir certains endroits de Star City aussi. On discute beaucoup, je lui apprends des choses sur mon peuple et lui d’autres sur le sien, pour le moment nous évoquons énormément la technologie de Xantah. Nous menons une étude comparative pour trouver les points communs et divergents afin de les faire fusionner ! annonça-t-elle avec ce qui ressemblait beaucoup à de la fierté.

Ils mettaient au point énormément de projet, Lorenzo lui avait même offert un travail bien que rien ne soit encore officiel pour le moment. Tout ne restait qu’au stade oral (sans mauvais esprit…).

- Excusez-moi mais je ne comprends pas la corrélation entre la présence d’une jolie fille et les « conneries ». Où avez-vous vu une jolie fille et quel genre de « conneries » cela fait-il faire à Lorenzo ? Je n’en avais jamais entendu parler avant.

Et la question était sincère. Pourtant, Lena était déjà attirée par autre chose : Un magnifique perroquet à plumes rouges s’était posé sur la petite barrière juste à côté de la main de Lena et il l’observait la tête légèrement penché sur le côté. Du coup, Lena se pencha pour l’observer.

- Bonjour ! dit-elle au perroquet. Quel oiseau est-ce ? demanda-t-elle à Abban. Quelle belle couleur ! J’aime cet oiseau, annonça-t-elle, fière d’ajouter un nouveau goût à la liste.
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Message posté : Dim 9 Nov 2014 - 18:37 Message
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Libérer les animaux du zoo ? Abban avait posé sur l’âne un regard très sérieux quand Lena avait évoqué cette possibilité. Et pourquoi pas ? Jusqu’à présent, l’Irlandais n’avait jamais utilisé ses pouvoirs que dans deux grands types de circonstance : le travail et les innombrables aléas de sa vie personnelle. Mais il fallait croire que quelques mois passés aux côtés du chef du Gang des Fables avaient laissé leur trace et ce projet moins utile, quoique tout autant criminel, parlait beaucoup à l’Irlandais. Il suffisait de constater la totale liberté dont Ashan et Abline, les deux chats des jumeaux Mac Aoidh, jouissaient à Nalebo Hall pour comprendre que le duo infernal, en matière d’animaux, n’était pas un grand partisan de la contrainte.

Machinalement, alors qu’ils avançaient désormais sur les allées réservées à la volière, Abban notait les différents systèmes de sécurité du zoo. Ce n’était pas les caméras qui abondaient, ni d’ailleurs, à ce qu’il pouvait en juger, les alarmes. Il avait cambriolé des endroits bien plus difficiles d’accès que celui-ci, mais jusqu’à présent, le butin de ses vols ne ressemblait pas à une arche de Noé. Mais pour avoir volé une super-voiture directement chez le fabricant et une caisse d’armes à Veidt Entreprises peu après son arrivée à Star City, il devait bien être capable de faire passer en douce un âne, trois chèvres et une petite vingtaine d’oiseaux.


— Des cookies, cool…

Commenta distraitement l’Irlandais alors que Lena lui brossait le tableau étonnamment chaste de ses journées avec Lorenzo. Abban songea tout de même qu’il serait préférable d’éviter que la rumeur se répandît que le Mancini avait des occupations aussi… Innocentes. Mauvais pour la réputation. Lui, il trouvait ça touchant, mais les bas de plafonds des bas quartiers avaient tendance à être froissés quand leurs leaders manquaient de bas instincts.

Le passage sur l’étude comparative lui échappa un peu.

— ‘Tain, on croirait entendre Alex…

En général, quand Alex parlait d’une « étude » ou de « technologie » ou du « déphaseur neutronique d’une dimension parallèle », Abban répondait stratégiquement par des « hmm hmm », « ah » et « c’est intéressant » bien placés et plus ou moins inspirés, en faisant défiler sa liste de messages sur Twitter.

— Donc en gros, v’faites que parler.

Fut la conclusion terre-à-terre que l’Irlandais apporta à l’enthousiasme de son interlocutrice. Avec un peu de bon sens, Abban en déduisait que Lorenzo devait apprécier Lena — il doutait sérieusement qu’un type qui gérait un studio pornographique fût complètement incapable d’emballer, si sa principale préoccupation avait été la satisfaction de quelque tension physiologique.

— C’est…

Il haussa les épaules.

— Mignon.

Mais Lena ne savait sans doute pas pourquoi. Abban en venait à se demander si le principal danger qu’incarnait la jeune femme n’en tenait pas plus à son incompréhension des émotions humaines, qui la rendrait peut-être peu capable de répondre à celles de Lorenzo, qu’à de quelconques tentacules suceurs de cerveau venus d’outre-espace. Même s’il n’excluait pour l’instant pas la seconde hypothèse.

— C’t’un ara rouge. C’est marqué là.

Abban désigna le cartel explicatif.

— T’sais p’têt pas lire, r’marque.

Ce qui ne l’empêchait pas de parler un anglais très correct, cela dit.

— Ouais, bon, bref, des conneries. Comme… Dire des choses qu’il devrait pas dire. J’sais pas. Des secrets, t’vois. Les jolies filles, les mecs leur disent tout l’temps des secrets.

N’avait-elle pas dit que Lorenzo lui parlait des règles sociales de sa famille ? Et la famille Mancini n’était pas n’importe quelle famille. L’idée que la loquacité de Lorenzo, dont il n’avait pas encore bien cerné les limites, pût mettre en danger beaucoup plus que son ami, faisait son bout de chemin dans l’esprit du criminel.

— J’s’rai toi, j’éviterai d’dire aux gens qu’il t’parle de sa famille.

Apprendre que Lorenzo et Lena avaient chassé des momies l’aurait beaucoup moins dérangé à vrai dire : à Star City, c’était une activité moins compromettante. Peu à peu, Abban abandonnait ses préoccupations purement personnelles et commençait à réfléchir en professionnel. Il avait une idée assez précise — et sinistre — de la manière dont les associés, au Cartel, pourraient réagir, s’ils estimaient qu’il y avait une fuite du côté des Mancini — fût-ce une fuite seulement potentielle. Pour nombre d’entre eux, les soupçons suffisaient amplement et les preuves étaient superflues.

Les questions d’Abban devinrent beaucoup plus précises et systématiques.

— Il t’apprend la cuisine. C’est cool la cuisine. J’suis cuisinier, moi, t’sais. Vous cuisinez où ? Chez lui ? Tu trouves ça comment chez lui ? C’est chouette, hein.

Il s’agissait pour lui de déterminer le degré de familiarité de Lena avec l’univers Mancini — non tant ce qu’elle savait, à vrai dire, mais ce qu’elle pourrait avoir l’air de savoir. Le Milieu, comme un défilé de top-models, était d’abord un monde d’apparences.

— Vous sortez souvent en ville ? Il te fait découvrir quel genre d’endroits ?

Et ensuite, déterminer quelle était la probabilité que quelqu’un d’autre les eût vus ensemble. Avec un peu de chance, il était le premier — et le seul — à s’intéresser vraiment à la question.
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La ténébreuse affaire de la pince à cheveux

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