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« Il faut prendre garde à ce que l'on souhaite » ft. Ambre

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Message posté : Jeu 4 Sep 2014 - 11:39 Message
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6 septembre 2014, dans la fin d'après-midi. Café Mama Roma, dans Little Italy.



Depuis qu’elle était toute petite, Atia avait été emmenée par son père au café « Mama Roma ». Elle s’était souvent assise au bar, sur les « chaises pour les grands » et avait amusé tout le monde avec ses sculptures de dessous de verre. Les habitués de cet endroit avaient connu Auguste César, les plus vieux avaient même travaillé avec lui. Les autres étaient les enfants de ses partenaires, des criminels ou des femmes issues de famille mafieuse. Ici, tout le monde s’appelait par son prénom et se tutoyait. Ici, Atia se sentait comme dans sa propre maison.

- Toujours derrière ton bar, Antonio, reprocha-t-elle à l’homme qui approchait la septantaine.
- Eh, faut bien que les vieux travaillent, les jeunes ne foutent rien ! s’exclama-t-il en désignant son fils qui avait l’air très occupé à prendre la commande de deux femmes.

Atia sourit et Antonio posa un petit verre de Lemoncello, ce qu’elle prenait toujours depuis qu’elle avait l’âge de boire. Pas l’âge légal, juste l’âge qu’Auguste avait jugé correct, soit seize ans. Il glissa un sous-verre pour ne pas mouiller le bois vernis et ancien du bar. Le décor rappelait les années trente et Atia savait qu’il avait hérité l’endroit de son père, qui lui-même avait commencé sous la prohibition. Il avait d'ailleurs une cave très spacieuse et encore pas mal de vestiges rescapés de cette époque.

- Tu vas bien, Antonio ? demanda soudainement Atia, très sérieuse.
- Tu sais bien que oui. Je me sens même pas vieux.

La criminelle sourit et avala cul sec son verre.

- T’as l’air préoccupée, ma petite.

Antonio l’avait connue toute gamine et il l’avait toujours appelé de cette façon. Atia ne l’aurait pas accepté de n’importe qui, mais cet homme avait été un proche ami de son père et lui avait toujours témoigné du respect. En échange, cet endroit avait la protection des César et jamais personne n’avait osé ne fus-ce que taguer la façade en quinze ans, tout le monde se souvenait encore de ce qui était arrivé aux derniers.
On ne plaisantait pas, avec le Mama Roma.

- Je suis toujours préoccupée, c’est ça la vie, Nino, lui expliqua-t-elle tandis qu’il remplissait encore son verre.
- Et un César prend pas d’vacances, hein ? C’est ce qu’il disait tout le temps, Auguste. Il est quand même parti se dorer la pilule dans la cité des anges pendant deux ans.
- Tu parles, j’ai jamais vu un italien aussi pâle !

Antonio était aussi le seul à pouvoir faire des plaisanteries sur son père, parce qu’Atia savait très bien qu’il n’y avait aucun manque de respect sous-jacent.

- Des vacances…T’en a d’bonnes. Tu m’imagines en bikini sur une plage?
- Eh, y’en a qui serait content.
- Tu parles… marmonna-t-elle.

Atia savait qu’elle n’avait pas un laid corps, loin de la, mais sa cicatrice n’était pas des plus ragoutantes. Puis elle dégageait quelque chose qui gardait les mâles éloignés. Sûrement une trop grande force d’indépendance. Les hommes ont toujours tendance à chercher une femme soumise…Du moins c’est comme ça qu’elle le voyait.

- Tu veux la vérité, Nino ? Y’a comme une routine. La paranoïa, c’est devenu ma routine. Les affaires, c’est devenu ma routine. J’ai l’impression que ça manque…J’sais pas. D’une aventure ?

Le vieux barman rit et lui resservit un verre.

- Atia César qui a envie d’une aventure !
- Rigole pas. Pas une aventure comme ça, précisa-t-elle en roulant des yeux. Mais je sais pas…Un truc positif qui sort de l’ordinaire, tu vois ? Les problèmes, même ceux auxquels je m’attends pas consciemment, ils ne me surprennent pas. Je m’ennuie pas mais…Ouais, je crois qu’une bonne surprise, ce serait bien.

Elle but à nouveau son verre cul-sec.

- T’es pas au bon endroit pour ça tu sais. C’est calme ici, c’est bien pour mes vieux jours d’ailleurs. Y s’passe jamais rien, je suis même pas sûr de savoir encore tirer droit tellement ça fait longtemps.

Ils rirent ensemble et Antonio la resservit.
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Message posté : Jeu 4 Sep 2014 - 16:57 Message
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— Mon ami, tu as un sérieux problème dermatologique.
— Huuuuuk. Huuuk. Huk huk huk.

Ambre inclina la tête pour observer les tentacules qui s’agitaient dans tous les sens.

— Tu devrais voir un médecin.
— Dites, hm… Maître Ambre ?
— Oui ?

Le pélican parlant tourna la tête vers la jeune femme à côté de lui.

— Loin de moi l’idée de vous déranger et tout ça, mais c’est quand même, enfin, plus ou moins, un poulpe de l’espace.
— Huuuuk !
— Oui, voilà. C’est pas, genre, dangereux ?

Le pélican tourna à nouveau la tête vers le poulpe de l’espace.

— Ah ?

Un tentacule percuta une coursive du pont supérieur et des débris métalliques commencèrent à pleuvoir tout autour d’eux.

— Peut-être.
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— De la crème hydratante ?
— HUUUUK.
— Peut-être un autre jour.

Le pélican ressemblait soudainement beaucoup à un mulot et le mulot commençait à s’enfuir. Nyatak-Nyatak Von Slin’Ar’Flusch III, qu’Ambre avait choisi d’appeler, Nya-Nya, malgré les protestations de la princesse, jugea plus sage de fausser à son tour compagnie au poulpe de l’espace pour courir après le mulot, qui se faufilait dans les couloirs désormais déserts du destroyer novérien à la dérive. Ils pénétrèrent dans les quartiers du capitaine — ce qui aurait dû être les quartiers du capitaine et qui s’avéra, finalement, la salle de réception de l’Académie des Arts et des Sciences de Jester, bifurquèrent dans une jungle, évitèrent une volée de ptérodactyles, flottèrent un instant en apesanteur et débouchèrent finalement dans une cave.

Nya-Nya s’appuya contre le mur pour reprendre son souffle alors qu’Ambre, lui, reprenait sa forme. En tout cas, du point de vue de Nya-Nya, il reprenait sa forme normale, ce qu’elle jugeait, en tout cas, être sa forme normale, d’ailleurs l’unique raison, il fallait bien l’avouer, pour laquelle elle l’avait suivi : celle d’un jeune humain d’une vingtaine d’années, aux cheveux blonds et au regard changeant.

D’une voix essoufflée, Nya-Nya murmura :

— Ma grand-mère… m’avait prévenu… ne jamais… suivre le Trickster.

Ambre était occupé à faire craquer les os de ses doigts. Avec une pointe de reproche, Nya-Nya lança :

— On était censés aller à une exposition de sculpture.
— On a fait un petit détour.
— On a failli mourir !

Ambre haussa les épaules.

— L’un n’empêche pas l’autre.

Nya-Nya poussa un soupir.

— Venez, Votre Altesse, je vous ramène au palais.
— Je préfère encore y rentrer par mes propres moyens.
— Euh…

Ambre promena le regard sur les murs de la cave.

— Où sommes-nous ?
— Par ici.

Le Trickster tourna les talons et se dirigea d’un pas vif vers la porte qui menait au rez-de-chaussée du Mama Roma. Elle ne tarda pas à s’ouvrir sur la chambre de la princesse Von Slin’Ar’Flusch, dans le Palais Impérial d’Os’nia, à quelques années-lumières et trois dimensions de là. Ambre s’inclina :

— Après vous.
— Ah ! Enfin un peu de politesse.

Avec une grande politesse, Ambre claqua la porte derrière elle en lui tirant la langue et ce fut ainsi qu’Ambre le Trickster disparut de la vie de Son Altesse Impériale la Princesse Nyatak-Nyatak Von Slin’Ar’Flusch. Ambre de son côté — injustement surnommé le Pélican des Malheurs sur Os’nia — rouvrit la porte pour gravir l’escalier qui menait au rez-de-chaussée et émergea par la porte des toilettes sans être jamais rentré dans le Mama Roma.

Inexplicablement, son arrivée par l’intérieur parut susciter la suspicion — ce dont il ne se rendit évidemment pas compte. Les yeux pour un temps vert de la créature parcoururent les clients, tous habitués, qui le fixaient obstinément.

— Merveilleux !

Insensiblement, les regards s’étaient reportés sur Atia, parce qu’elle savait sans doute ce qu’il fallait faire, quand des blondinets débarquaient de vos toilettes sans avoir passé la porte d’entrée : les César savaient toujours quoi faire. Le blondinet en question profita de l’incertitude ambiante pour s’asseoir sur l’une des chaises pour les grands devant le bar, précisément celle à côté d’Atia, et il s’adressa au tavernier dans les termes qui lui parurent sur le moment les plus appropriés :

— Bonjour, jeune homme.

N’est-ce pas.

— Un verre de soude. Ou, euh… Ce truc étrange avec le machin en bas.

Il y avait décidément des étrangers qui ne faisaient aucun effort pour s’intégrer.

— Du jus d’orange !
— HUUUUK.

Protesta le sol.

— Je crois que j’ai laissé une fenêtre ouverte. Personne n’est dermatologue par hasard ? C’est pas grave.

Ni une, ni deux, Ambre descendit de son tabouret pour rejoindre la cave au pas de course — et la cave était étrangement coupée en deux : son apparence la plus normale prenait fin au milieu de la pièce ordinaire pour laisser place aux ponts du destroyer à la dérive, avec son poulpe de l’espace géant qui agitait ses tentacules. Pour un esprit comme celui d’Ambre, le spectacle ne posait guère de problèmes — une intelligence plus euclidienne aurait sans doute quelques difficultés à concevoir cet assemblage hétéroclite.

— HUUUUK !
— Merveilleux !
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Message posté : Dim 7 Sep 2014 - 11:10 Message
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Alors qu’elle vidait un nouveau verre d’alcool, un garçon sortit des toilettes.
Dans un autre bar, les gens n’auraient peut-être rien remarqué. Mais le Mama Roma était un repère de la mafia, tout le monde connaissait tout le monde et visiblement, personne ne connaissait ce type ni ne l’avait vu rentrer. Un silence pesant s’installa tandis que l’inconnu s’extasiait. Atia sentit tous les regards converger vers elle, une habitude vieille de vingt ans. On attendait toujours qu’elle agisse.
Antonio la regarda quand le garçon demanda un verre et elle acquiesça pour donner son accord. C’est alors qu’un bruit s’échappa du sol ou plutôt, de la cave. Perchée sur son tabouret, Atia vit sans problème l’étrangeté qui semblait déformer l’ancienne pièce. Elle cligna des yeux plusieurs fois puis regarda avec suspicion son verre d’alcool.

- Antonio, j’ai trop bu ? demanda-t-elle par acquit de conscience.
- Je crois pas, ma petite. Ou alors c’est contagieux.

Le vieil homme et la chef de gang observèrent la cave, d’où on voyait clairement un vaisseau spatial ainsi qu’un poulpe géant. Atia avait beau vivre et être née à Star City, on ne l’avait pas spécialement préparée à affronter des créatures dimensionnelles. Parce que ça ne pouvait être que ça, un portail dimensionnel s’était ouvert dans la cave du Mama Roma…
A moins qu’Antonio ne lui ai caché des choses, mais elle voyait mal comment on pouvait dissimuler ce genre d’objet…Et d’animal, dans une cave.

Les regards étaient encore fixés sur Atia et ceux qui avaient un visuel sur la cave observaient d’un air suspicieux leur verre d’alcool. Comme quoi, il est toujours plus facile d’accuser la boisson. La César déposa donc son verre sur le comptoir et se laissa glisser de son tabouret. Ses talons claquèrent sur le sol tandis qu’elle approchait de la porte supposée privé.

- Excuse-moi, gamin?

Tenta-t-elle pour attirer son attention. Il lui semblait plutôt jeune, comparé à la majorité de l’assistance mais elle n’avait jamais été très forte pour évaluer les âges, sans compter qu’entre la magie et les mutations, on était souvent induit en erreur.
M’enfin, inutile de se montrer impolie ou injurieuse, elle voulait surtout avoir une vue d’ensemble de la situation. Atia ne pratiquait pas la magie, n’avait aucune mutation plus grave qu’un sixième sens très développé et la situation à la cave échappait un peu à son domaine d’intervention. Mais bon, quand on s’appelle César, il faut savoir s’adapter.

- Ma question va sûrement paraître déplacée, dit-il avec une pointe d’ironie, mais tu peux m’expliquer ce que tu fous dans cette putain de cave ?

D’accord, on repassera pour la politesse.

- J’ai l’impression que ton…Truc est à deux doigts d’embarquer les réserves d’Antonio et tu vois, son alcool, c’est un peu son fond de commerce. Alors je sais pas comment t’as fait ça, mais je te conseille de le défaire très vite avant que quelqu’un s’énerve.

La diplomatie incarnée. Ou pas, mais personne n’aurait fait mieux à l’intérieur du Mama Roma, encore moins sous la menace de perdre une partie de la célèbre cave du tavernier italien.
Certaines choses sont plus importantes que d’autre.
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Message posté : Dim 7 Sep 2014 - 15:13 Message
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Gamin ?

Machinalement, Ambre promena un regard autour de lui, avant de comprendre que c’était à lui qu’on s’adressait. Ah, ces humains…

— Je gère la situation de Robert.

Ambre tendit le doigt vers le poulpe, alors que celui-ci confirmait :

— Huk.
— Bon, il ne s’appelle pas exactement Robert, mais plutôt…
— Huk.
— Oui, voilà. Huk.
— Autodestruction enclenchée.

Fit observer une voix calme et monocorde de l’autre côté de la cave.

— Ah.
— Autodestruction. Dans 60. Zapotec.

Ambre jeta un coup d’œil à son poignet, où il ne portait évidemment pas de montre.

— J’ai besoin de… de…
— Huk.
— Chut.
— 63 Zapotec.
— Mains !

L’extraterrestre plissa les yeux et détailla Atia de la tête aux pieds. Son regard s’arrêta finalement sur les mains de la femme et il s’exclama :

— Merveilleux !

Le monde était décidément bien fait.

— 59 Zapotec.

Brusquement, Ambre attrapa le poignet d’Atia et la tira vers lui, en faisant un pas en arrière. Leurs pieds touchèrent la coursive métallique du vaisseau et la cave de la Mama Roma disparut soudainement — en réalité, elle avait repris sa place normale, ou plutôt l’espace gigantesque qui la séparait du destroyer à la dérive avait perdu la courbure surnaturelle que les pouvoirs d’Ambre lui avaient fait subir. Antonio observait donc sa réserve intacte de vin tandis qu’Atia pouvait jouir du spectacle d’un vaisseau spatial de plus en plus délabré.

— 18 Zapotec.
— Ah, les Vergondiens, toujours amateurs de hasard !

Rien de tel qu’un compte à rebours aléatoire pour égayer une journée.

— Vous avez déjà manœuvré un destroyer vergondien de troisième classe ? Oui ? Non ? C’est pas grave, vous allez voir, c’est facile tant qu’on est deux. Enfin, quinze, mais en l’occurrence…

Ambre baissa la voix et murmura d’un ton confidentiel :

— … l’équipage du bar, là, ne m’inspirait pas confiance. Tous ces gens-là avaient l’air un peu alcoolisé. Et vous connaissez le proverbe : ne jamais piloter un vaisseau en pleine autodestruction quand on a bu.
— HUUUUK !
— Vous voyez.
— 123 Zapotec.

À vrai dire, Atia n’avait pas l’embarras du choix : le poulpe était prisonnier d’un enchevêtrement de coursives, dans ce qui avait été jadis un puits de générateur remontant le long de cinq ou six ponts du vaisseau. Désormais, l’animal, arrivé là Dieu seul savait comment, se débattait en agitant ses gigantesques tentacules, qui arrachaient parfois l’une ou l’autre des passerelles. Dans de pareilles conditions, le plus sage était sans doute de s’éloigner de l’animal.

— 3 Zapotec.

D’autant plus rapidement que le compte-à-rebours se faisait menaçant.

— 12 567 Zapotec.

Enfin, pas tout le temps.

En tout cas, Ambre était justement en train de composer un code sur une paroi — ou alors, il pianotait sur un mur métallique le rythme d’une chanson qui rappelait curieusement la mélodie de Jurassic Park. Quoi qu’il en fût, ça fonctionnait : la paroi coulissait pour laisser apparaître un couloir beaucoup mieux protégé des assauts vindicatifs du poulpe en colère, lequel du reste, en voyant Ambre s’engager en courant par cette nouvelle issue, protesta avec toute la vivacité de son caractère contre cet abandon plein d’insensibilité :

— Huuuuuk…
— On revient Robert, n’aie pas peur.

Les contorsions du gigantesque animal ne donnaient pas très envie de revenir, pourtant, et quelques minutes plus tôt, en atterrissant dans la cave du Mama Roma, Ambre avait été bien décidé à laisser derrière lui l’épisode du poulpe enchevêtré — mais les humeurs du Trickster était changeante, et maintenant qu’il empêchait un destroyer d’exploser pour sauver une cave primo-terrienne des dangers potentiels de ponts hyperspatiaux instables, il pouvait bien sauver un poulpe de sa prison métallique.

— 23 Zapotec.

Ambre s’arrêta brusquement pour préciser :

— Suivez moi.

Après le luxe d’un instant de réflexion, il rajouta :

— Gamine.

Les humains aimaient bien qu’on leur parle de leur âge : Ambre avait compris cela. Enfin. Supposait-il. Le plus urgent était encore de rejoindre le pont de commandement. Tout aléatoire que fût le compte-à-rebours, il avait toujours de plus en plus de chance d’atteindre zéro ; heureusement, la salle de contrôle n’était pas loin. En tout cas, pas selon les critères d’Ambre, qui tourna dans le mess pour atteindre une grande salle circulaire où trônait un immense globe en verre bleuâtre.

— Merveilleux.

C’eût été sans doute encore beaucoup plus merveilleux s’il y avait eu des boutons. Si le reste du destroyer ressemblait beaucoup à l’idée que les primo-Terriens pouvaient se faire d’un vaisseau spatial, la salle de contrôle, elle, avait plutôt l’apparence d’une boule à divination géante.

— J’vous laisse la gauche.
— 1 Zapotec.

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Message posté : Lun 8 Sep 2014 - 11:39 Message
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Atia avait l’impression que le monde avait cessé de tourner dans le bon sens. Elle hésitait entre cette hypothèse et celle d’une mauvaise blague qu’un type bourré aurait eu l’idée de lui faire. Si la seconde hypothèse était la bonne, le responsable allait entendre parler du pays et pas qu’un peu…Toutefois, avant qu’elle n’ait pas ajouté quoi que ce soit, le Mama Roma disparut, ainsi que tous les clients. Elle eut juste le temps de les voir tous se lever en dégainant leurs armes, mais c’était trop tard.
Allez-y pour expliquer à quelqu’un qu’Atia César venait de se faire enlever par un gamin dans une cave, une cave où il y avait un vaisseau spatial et un poulpe. Au mieux, on croirait à une hallucination collective. Au pire, ils se feraient tous interner. Même à Star City, il y a des limites à ce qu’on peut concevoir…Aucun d’eux n’allait appeler la police mais elle était certaine qu’Antonio téléphonait déjà à Machi, son bras droit. Quel bordel…

Atia, de son côté, tentait de conserver son sang-froid, même si ce n’était pas évident. Visiblement, ils n’étaient plus dans Little Italy,ils n’étaient même probablement plus sur la planète Terre puisque désormais, elle se trouvait à l’intérieur du vaisseau spatial. Un compte à rebours venait d’ailleurs de se lancer.

- Zapotec ? demanda-t-elle.

Avant de juger qu’il y avait peut-être des questions plus importantes à poser. Céder à l’hystérie était tentant mais indigne d’une César. Atia décida donc, tant bien que mal, de faire abstraction de toutes les bizarreries et autres impossibilités du genre pour essayer de s’en sortir et de revenir au Mama Roma, poser ses fesses sur le haut tabouret.
Ca m’apprendra à souhaiter quelque chose… songea-t-elle.

- J’ai pas pensé à passer mon permis vaisseau spatial, quoi, tu crois que j’aurais dû ?

Une remarque cinglante que l’on pouvait mettre sur le compte de l’émotion de manière générale. Atia en ressentait plein, en cet instant. De la colère, de l’incompréhension, de la frustration. Elle qui avait l’habitude de tout contrôler, la voilà perdue dans un univers sans queue ni tête avec un poulpe géant qui ravageait un vaisseau qu’elle était censé aider à piloter tandis que ce qui ressemblait fortement à un compte à rebours aléatoire (non mais quelle idée de dingue sans déconner !) pouvait arriver à zéro à tout moment. Et ensuite, quoi ? Une explosion ?

- Non mais tu sais à qui tu parles ? releva-t-elle, agacée, quand il la traita de gamine.

En même temps, elle non plus.
Ce n’était sûrement pas un « gamin » ordinaire.

- Euh…Le gauche ?

Atia observa, perplexe, le globe en se demandant ce qu’elle était censée faire avec ça. Dans le doute, elle avança sa main et effleura la surface, qui s’illumina à l’endroit où elle avait touché. IL y eut un genre de tremblement et elle retira sa main précipitamment.

- 43 Zapotec.

D’accord, rester calme et observer. Visiblement, ce truc ne fonctionnait pas comme un vaisseau dans Star Trek (oui même les criminels regardent des séries), il n’y avait pas de boutons, pas de voyants clignotants, encore moins de manettes. Peut-être que ça se conduisait juste avec la tête ? Atia approcha à nouveau la main du globe et inspira. Cette fois, il y eut une lumière mais elle avait touché à un endroit différent. Devant ses yeux défilaient des informations qu’elle était incapable de lire, encore moins après avoir compris que ces informations défilaient directement dans sans tête. Un peu paniquée, elle ne pensa qu’à une chose : Je veux sortir de ce putain de merdier tout de suite.

- 12 Zapotec

Ce qui ressemblait au vrombissement d’un moteur se fit entendre.

- Je suis censée faire quoi putain ? Y’a des trucs dans ma tête !
- 7513 Zapotec.
- C’est quoi un PUTAIN DE ZAPOTEC ?!

Ce compte à rebours lui faisait péter les plombs. Elle avait presque envie qu’il arrive à zéro et qu’on n’en parle plus.
Presque, parce qu’elle avait quand même un empire du crime à diriger, une fille à élever, bref quelques légères obligations à remplir avant de crever dans l’explosion d’un vaisseau vergontruc.
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Message posté : Mar 9 Sep 2014 - 22:09 Message
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The ship was cheered, the harbour cleared,
Merrily did we drop
Below the kirk, below the hill,
Below the lighthouse top.

Samuel Taylor Coleridge, The Rime of the Ancient Mariner

***

Savoir à qui il parlait ? Et puis quoi encore ?

— Madonna ?

Tenta Ambre avec un regard interrogatif, avant de préciser :

— C’est la seule célébrité que je connaisse.

Puis il claqua des doigts, avec le sourire des illuminations subites :

— Ah non, il y a celle qui s’habille avec des steaks, là !

Son sourire s’effaça.

— Mais vous ne lui ressemblez pas du tout.

Déception.

En attendant, il y avait un vaisseau à piloter ou, à défaut, à ne pas autodétruire. Sa copilote avait l’air de perdre patience, une réaction quasi contractuelle quand on fréquentait Ambre, qui ne s’en formalisa donc pas plus que de raison — de toute façon, de la raison, à première vue, il n’en avait pas beaucoup. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, à la dernière question d’Atia, le Trickster répondit sobrement :

— Une unité de mesure de temps.

Ce qui ouvrait certes un vaste nuancier entre le millénaire et la nanoseconde. Ambre se décida tout de même à poser une main sur le globe, qui changea aussitôt de couleur. Seconde main. Le compte à rebours avait disparu.

— Ça, c’est fait.

C’était décidément beaucoup plus facile avec une copilote. Naturellement, le Vergondien moyen eût été incapable d’un pareil exploit, mais Ambre n’avait rien du Vergondien moyen et puis, ils ne cherchaient pas vraiment à piloter le vaisseau vers un endroit précis : simplement à empêcher une explosion et à libérer un poulpe.

— Pensez à Robert et ça va bien se passer.

Il était très sérieux : il fallait visualiser le puits de générateur dans lequel le poulpe était prisonnier pour prendre le contrôle des parties du vaisseau concernées. Les doigts d’Ambre se mirent à caresser la surface du globe, un peu, aurait-on dit, comme s’il avait joué d’un étrange et silencieux instrument de musique. Un grand son métallique se fit entendre alors que le vaisseau se décomposait — le Trickster venait d’accéder aux commandes spécifiques aux phases de réparation, quand le vaisseau stationnait dans les chantiers navals orbitaux de Vergondia et qu’il se fractionnait pour faciliter les réparations. Pas vraiment le genre de choses qu’on était censé utiliser en plein vol.

Ce qui expliquait sans doute la brusque accélération du point où ils se trouvaient, pendant trois secondes, et l’arrêt brutal. Ambre avait été projeté contre le globe, Atia contre une cloison — puis Ambre contre une cloison et Atia contre le globe, avant que le pont ne se mit à dériver, privé de tout le reste, du moteur qui flottait déjà à des kilomètres de là, du poulpe qui avait retrouvé sa liberté et s’enfuyait en agitant ses tentacules sidéraux, de tout le reste du vaisseau, pulvérisé sans explosion, dans le calme et la beauté muette de l’espace.

Ambre se releva en se massant les reins et s’approcha de la baie d’observation, par laquelle on apercevait encore Robert, qui s’éloignait lentement, et les grosses fractions du vaisseau, tout autour d’eux. Autant dire qu’ils n’étaient pas prêts de repartir avec l’hyperpropulsion et, tout autour d’eux, il n’y avait que noir piqué de grains blancs. Toutes les étoiles étaient lointaines et il n’y avait ni planète, ni astéroïde en vue.

Ambre, qui se massait désormais la fesse gauche, murmura :

— Je me demande ce qu’ils étaient venus faire ici. Je me demande surtout où est l’équipage.

La princesse et lui n’avaient trouvé ni survivants, ni cadavres. Même pas un petit squelette. Le vaisseau ne paraissait pas si ancien que cela — pas si usé, en tout cas.

— Il y a une vieille légende de Lananie qui dit que lorsqu’un vaisseau voyage trop longtemps entre deux étoiles, son équipage finit par se dissiper dans le néant et que l’appareil continue à errer, comme une relique silencieuse, pour la nuit des temps.

Certaines légendes, il était bien placé pour le savoir, avaient de solides fonds de vérité.

Ce qui, dans leur cas, n’était pas très encourageant.

Ambre se détourna de la baie d’observation pour considérer Atia.

— Vous aviez l’air fâché, tout à l’heure.

Étrangement, il ne paraissait pas tout à fait sûr de ce qu’il avançait. Les émotions de toutes les espèces de la galaxie n’étaient pas toujours très faciles à décrypter, pour un être comme lui.

— J’ai trouvé que c’était plutôt amusant, comme expérience. Et puis on a libéré un noble animal. C’est rare, vous savez, de voir un poulpe de l’espace. Ce sont de belles créatures. Tristes, c’est vrai, parce que trop solitaires, mais belles tout de même. On dit même qu’en voir un porte chance.

Allez dire ça à l’équipage du destroyer détruit.

— Ça faisait bien longtemps que je n’en avais pas vu…

Et « bien longtemps », de sa part, ça n’y allait pas avec le dos de la cuiller.

— Enfin bref. Alors, à qui je parle, jeune humaine tempétueuse ?

Interrogea Ambre, alors que ses yeux verts venaient de s’argenter en quelques secondes, avant de migrer vers un violet du plus bel effet.

Bienvenue dans le cosmos.
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« Il faut prendre garde à ce que l'on souhaite » ft. Ambre

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