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Message posté : Mer 27 Aoû 2014 - 16:11 Message
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***
27 août 2014
— Et une chronique sur les nanotubes.
— Je doute que ça intéresse les gens.
— Tout le monde s’intéresse aux nanotubes.

Alex posa un regard perplexe sur l’araignée mécanique à côté de son transat, d’où émanait la voix de son intelligence artificielle.

— Médée, tu as conscience que je ne crée pas un journal pour les robots ?

Silence.

— Pourquoi pas ?
— Ben voyons. Et je fais un supplément de charme avec des photographies de port USB qu’on connecte ?
— Ne soyez pas vulgaire, Noctis.

Noctis réprima un sourire et se pencha à nouveau sur sa tablette numérique. Sur la terrasse de Fallaenn, le jeune homme ne savait de toute évidence pas profiter de son transat et du soleil qui baignait ce jour-là, dans l’été encore plus que clément, la terrasse sur la falaise. Plutôt que de s’allonger et de profiter de la douce torpeur des nouvelles chaleurs, Alex, assis en tailleur, tentait de mettre sur un pied un organe de presse — sans avoir aucune connaissance journalistique.

L’idée lui avait été soufflée par Charlie, lors de leur dispute, plusieurs semaines plus tôt, avec Adrian, et sur le coup, il devait bien l’avouer, Alex ne l’avait pas prise au sérieux. Lutter par l’opinion plutôt que par la révolte lui paraissait un peu absurde et en tout cas mal adapté à sa personnalité. Homme de l’ombre, des manipulations et des mystères, Alex avait trop souffert de l’attention médiatique pour sauter volontiers une nouvelle fois dans le grand bain des médias. Mais, précisément, il en avait trop souffert pour ne pas en mesurer la puissance et l’idée avait fait ainsi son chemin dans son esprit.

Après tout, il n’avait pas à choisir entre la campagne médiatique et la révolte — les deux étaient tout à fait compatibles. Et il n’avait pas à tout diriger lui-même : il lui suffisait de trouver des journalistes compétents et volontaires. S’ils n’étaient pas volontaires, d’ailleurs, il les rendrait volontaires : ce n’était pas un obstacle. Alors, depuis, il s’était remis à lire la presse et les éditions numériques, d’un œil nouveau, d’un œil critique, en tentant de deviner la fabrique derrière l’objet et de dénouer les ficelles du vêtement fini. Il se sentait prêt désormais à passer de la patiente observation aux premières expériences, à une petite exploration prospective du terrain.

À son humble avis, l’un des grands enjeux était l’image. Il avait comparé, pour Charlie et Adrian, la situation de bien des mutants à celle du racisme. Les particularités physiques, les manifestations trop évidentes de la différence, fondaient en premier lieu la discrimination dont ils étaient victimes. Il fallait des images, moins lisses que les clichés de Thunder, trop blond, trop parfait, trop humain, pour donner au monde un nouvel aperçu de la méta-humanité. Créer une représentativité, en quelque sorte.

Commencer par l’audiovisuel lui paraissait complexe et même dangereux. Le texte et l’image fixe étaient sans aucun doute des médias plus maniables et qui permettaient plus de prudence. En somme, il lui fallait un photographe — et à partir de cette étape, Alex s’en était remis aux très traditionnels moteurs de recherche, en quête de journalistes freelances pas trop en vue, susceptibles d’accepter une mission impromptue pour le seul intérêt d’une rémunération matérielle.

— Celui-là, il a l’air bien.

Oui, bon, en fait, il n’en savait trop rien. Le portfolio numérique était plutôt bien présenté, les photographies assez engageantes, le profil professionnel sans être une vedette, c’était en somme à peu près ce qu’il recherchait — et la liste des journaux pour lesquels ce Palmers avait travaillé comportait un certain nombre de titres que même un quasi néophyte comme Alex connaissait.

— On va prendre rendez-vous.

Alex tendit le bras au-dessus du sol. L’araignée mécanique à côté de lui parut se réveiller soudainement, grimpa le long du transat, puis escalada son corps, descendit sur son bras et se referma autour de son poignet, pour prendre bientôt l’apparence d’une montre métallique. La minute suivante, Alex quitta sa terrasse pour s’élever dans les airs et s’envoler en direction de la ville — c’était encore le moyen le plus simple de quitter l’inaccessible Fallaenn.

« Prendre rendez-vous », pour Alex, revenait le plus souvent à surgir à l’improviste dans l’existence des gens. Quelques minutes plus tard en effet, perché au sommet d’un building de Star City, Alex, les yeux fermés, sillonnait les esprits des passants. Leurs pensées, leurs souvenirs, leurs impressions, tout était trié à une vitesse phénoménale, à la recherche d’une image unique — celle du photographe du site. Lorsqu’il le trouvait, au hasard des milliers d’existence entrecroisées de Star City, il affinait encore ses recherches et, à force de prouesses télépathiques, il parvint à le localiser, lui, dans un hypermarché.

Alex reprit son envol : il était l’heure d’aller faire les courses.

À peine avait-il franchi les portes automatiques de la grande surface que le regard d’un vigile se posa sur lui. C’était à présent quasi systématique : Alex avait découvert qu’il suffisait d’être Noir pour attirer la suspicion des autorités. Des vêtements à la mode hors de prix ne changeaient rien à l’affaire — sans doute le supposait-on dealer. Ce regard croisa celui de l’agent de sécurité, qui oublia brusquement sa présence, et Alex franchit les portiques pour sillonner les rayons.

Il faisait rarement, pour ne pas dire jamais, ses courses lui-même. Il préférait de très loin convaincre des civils un peu oisifs en leur implantant sa liste de courses dans l’esprit — puis il envoyait des robots récupérer la marchandise et il nettoyait la mémoire de ses serviteurs d’un moment, ce qui lui épargnait l’essentiel de cette activité fastidieuse. Ainsi les hypermarchés constituaient pour lui un territoire pratiquement inexploré.

Ce fut donc en observant une boite de Croustibat qu’il glissa à son voisin, au rayon des surgelés :

— J’ai une mission pour vous.

Avant de se remémorer les rudiments des relations sociales.

— Navré, je veux dire : Alex Kirk, enchanté. Vous êtes Naël Palmers, si je ne m’abuse. Je vous ai reconnu grâce à votre site.

C’était presque la vérité.

— C’est un heureux hasard.

N’est-ce pas.

— J’avais justement prévu de vous contacter.

Et hop, il tombait sur lui, alors qu’il faisait les courses. Sans panier, sans caddie, sans chariot, sans sac. La vivante incarnation de la normalité.
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Message posté : Mer 27 Aoû 2014 - 21:42 Message
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Cet après-midi, j’étais passé chercher mon chèque au Daily Star après avoir remis les derniers clichés que j’avais pris au sujet des recherches sur les membres prosthétiques de haute technologie produits par Veidt Entreprise. Comme pour tout contrat, j’étais tenu au secret professionnel ainsi qu’à la non diffusion des images tant que l’article n’était pas paru au journal. Je signais la clause de confidentialité, simple formalité administrative, tout comme la poignée de main destinée au rédacteur en chef qui me les avait commandées, avant d’empocher le chèque. Je saluai l’équipe de rédacteurs, pris le temps de me rendre à la machine à café avec l’un de mes précédents collaborateurs. Il me lâcha quelques infos au sujet des reportages photos qu’ils avaient dans les tuyaux afin que je puisse me positionner avec la rédaction pour de futures missions. J’en profitai donc pour discuter et entretenir mon réseau, avant de quitter les lieux, assez satisfait de ces échanges.

Je jetai un œil à ma montre. Il était un peu tôt pour rentrer s’enfermer à la maison par le temps magnifique qu’il faisait. Je passais à la banque, déposer mon salaire, puis, armé de mon appareil photo qui ne me quittait pour ainsi dire jamais lorsque je sortais la journée, je décidai d’aller me balader dans mon quartier, remontant une partie de la Kane Street jusqu’au Parc du Front de Mer où je pris quelques clichés pittoresques inspiré par quelques sujets qui avaient su retenir mon attention, exposés à l’intéressante lumière estivale.

Au bout d’un moment, un des instincts primaires de l’homme se rappela à moi par le biais d’une manifestation plutôt bruyante et désagréable, venant troubler l’ordre public. Les protestations de mon estomac ramenèrent à mon esprit le souvenir de mon frigidaire qui était aussi rempli que le désert d’Arabie. J’allais devoir y remédier car je ne pouvais guère compter sur ce feignant de Sohan qui ne répondait jamais à ses appels sur son téléphone portable du reste. Cette perspective ne m’enchantait pas des masses. J’avais horreur des supermarchés. Je rangeai soigneusement mon appareil photo dans mon sac à dos qui lui était dédié, puis quittai le parc d’un pas nonchalant jusqu’à la superette la plus proche de chez moi.

J’entrai dans le magasin, saluai machinalement le vigile et les caissières à l’entrée / sortie, puis disparaissais dans les rayons après m’être emparé d’un panier. Par chance, il n’y avait pas grand monde dans les rayons, ce qui me permettrait de ne pas trop m’éterniser. Je fis un saut du côté des fruits et légumes frais. Je faisais en sorte d’avoir l’alimentation la plus saine possible. C’était au moins une chose que j’avais en commun avec Sohan qui était on ne pouvait plus regardant sur sa ligne. La mienne aussi d’ailleurs.
Je pris quelques tomates, carottes, de quoi me faire une salade, quelques condiments puis traversai le rayon des surgelés pour me rendre à celui où étaient entreposés les féculents. Je croisai un homme visiblement dubitatif devant l’étalage de ce qu’ils appelaient des « bâtonnets de poisson surgelés ». Le genre de truc que je n’achetai jamais.

Je m’arrêtai lorsque j’arrivais à sa hauteur, regardant droit devant moi, cherchant à savoir quelle attitude adopter. S’il s’agissait d’un agent de SHADOW, nous allions devoir sortir. Il coupa court aux suppositions les plus farfelues qui commençaient à germer dans mon esprit lorsqu’il se présenta. Je pu enfin tourner la tête afin de voir à qui j’avais affaire. Machinalement, je lui tendis la main mais il m’ôta mon nom de la bouche.

_ Enchanté monsieur Kirk.

Effectivement, j’avais déjà vécu des choses bizarres au court de mon existence, mais il était toujours étrange de rencontrer des clients potentiels dans les lieux les plus insolites qui soient.

_ Comme vous dites. Répondis-je avec le sourire.

Par simple mesure de précaution, je pris tout de même soin de détailler ce jeune homme qui avait l’air de faire ses courses les mains dans les poches, mais je m’abstins de tout commentaire à ce sujet, cela ne me regardait pas après tout. Je préférais rebondir sur l’objet de cet abordage des plus étranges.

_ Ah oui ? Et à quel sujet ? m’enquis-je quand même, bien que je me doutais qu’il devait être intéressé par mon travail de photographie. Je restais méfiant cependant car il m’était déjà arrivé d’être accosté par des gens qui m’avaient pris pour Sohan. A moins que cet individu ne nourrisse d'autres desseins à mon égard.
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Message posté : Jeu 28 Aoû 2014 - 17:40 Message
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— Appelez-moi Alex.

Alex n’était pas un grand amateur de formalité, et puis, à quoi ça servait d’avoir adopté — sur un coup de tête, certes — le nom de Kirk, si personne n’acceptait de vous appeler capitaine ? Peut-être qu’il aurait dû s’acheter un yacht ou intégrer l’armée, pour coller à un peu plus à son homonyme. L’idéal eût été un vaisseau spatial, mais ça ne courrait pas les concessionnaires maritimes. Le monde était parfois mal fait.

Le jeune homme serra la main de son futur contractant, sans se formaliser du regard un peu perplexe avec lequel Naël le détaillait. Tout le monde le trouvait bizarre, il s’était fait une raison : même avant que sa célébrité n’explosât, lors de sa précédente incarnation, les gens l’avaient trouvé singulier, et Alex en devenait presque perplexe quand, au contraire, on ne l’observait pas comme s’il était bon à enfermer. Avec un peu de retard, il songea tout de même qu’il allait devoir faire un achat pour se donner une sorte d’alibi. Certainement pas des bâtonnets de poisson surgelés.

— C’était… Vous allez par là ? On va par là.

Il était conciliant, ce petit. Alex tourna les talons et emprunta la direction dans laquelle Naël avait paru vouloir se diriger. À en juger par le regard curieux qu’il promenait tout autour d’eux, et particulièrement sur les panneaux promotionnels avec leur argumentaire de vente, Alex avait l’air de visiter un lieu touristique plutôt qu’un hypermarché.

— Je suis à la recherche d’un photographe. Comme vous l’aurez deviné. Il y a vraiment des gens qui mangent ça ?

Au rayon des féculents, Alex venait d’attraper un paquet de riz tout préparé-parfum de l’Asie-cuisson en cinq minutes-merveilles d’épices-redresse les dents et fait revenir l’âme sœur. Quand on considérait que, lorsqu’il déjeunait seul, ses repas à lui étaient préparés par des robots-araignées gérés par une super-intelligence artificielle dans le sous-sol secret de sa maison inaccessible, on pouvait le juger un peu gonflé de s’étonner de l’inventivité de l’industrie agro-alimentaire.

— Oui, enfin, bref.

Alex reposa le paquet sur les rayonnages et, les mains dans les poches, se décida à suivre un peu plus sagement Naël qui, lui, faisait vraiment ses courses.

— J’ai décidé de me lancer dans la presse. Vous voyez, j’ai des moyens personnels considérables et je crois qu’il est temps que je prenne mes responsabilités en participant au débat public de ce pays.

Le pire ? C’était jusque là la stricte vérité. Et ses moyens considérables expliquaient beaucoup de son peu de familiarité avec son environnement actuel.

— Vous voyez, je suis un…

Le plus sage était peut-être de recourir une définition aussi conventionnelle et répandue que possible.

— … mutant. Et depuis quelques mois, je suis de plus en plus troublé par la montée d’une, à défaut d’un meilleur terme, mutophobie certaine. Dans cette ville notamment, qui devrait être un havre de tolérance pour les gens comme moi. J’ai l’impression qu’en dehors des organisations officielles, de la Légion, de l’UNISON, les citoyens n’ont pas l’occasion d’entendre un discours favorable aux mutations qui soient, disons, alternatifs ? Vous êtes végétarien ?

Il avait posé sa question sans transition, comme il le faisait si souvent, après avoir observé un moment le contenu du panier de Naël. Peut-être aussi naissait-elle d’une préoccupation croissante de sa part — maintenant qu’il parvenait à communiquer avec les animaux, le fait de les retrouver dans son assiette le rendait un peu plus perplexe.

— Enfin bref, où en étais-je ? Ah, oui. Comme je n’ai pas vraiment envie de me lancer dans la politique, il m’a semblé que fonder une organe d’information, ou d’opinion, serait une solution tout indiquée.

Il ne l’avait pas trouvée tout seul, la solution, et ses propres projets étaient beaucoup plus chaotiques et révolutionnaires que cela, mais enfin…

— Le problème, c’est que je n’ai aucun contact dans le milieu.


Ce qui méritait sans doute une petite explication : quelqu’un d’assez riche pour fonder un journal et incapable de trouver un conseiller plus indiqué qu’un photojournaliste contractuel pêché dans un supermarché devait avoir l’air un peu suspect.

— Voyez-vous, l’essentiel de ma fortune est hérité et ce genre de milieux me demeure encore très… Fermé. Et l’on ne peut pas dire qu’il soit autrement accueillant. Enfin bref, avant de me jeter à l’eau, j’aimerais me faire une idée des possibilités de ce genre de médias. Du discours qu’on pourrait développer. J’ai lu de nombreux articles, ce n’est pas le problème, mais je suis à la recherche de démonstrations un peu plus… visuelles, voilà. Les mutations visuelles sont particulièrement sous-représentées dans la presse et la Légion comme l’UNISON ont encore une culture du conformisme blanc masculin qui…

Alex fit un vague geste de la main sans vraiment conclure son raisonnement.

— Donc, je suis à la recherche de ce que l’on pourrait appeler des clichés de prospection. Je ne sais pas vraiment si ma demande est atypique, mais j’ai imaginé que vous seriez peut-être intéressé par une mission de ce genre.
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Message posté : Ven 29 Aoû 2014 - 16:13 Message
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Ayant de prime abord cru avoir affaire à un membre mandaté par l’organisation SHADOW, j’étais légèrement sur la réserve, ce qui justifia mon regard d’abord perplexe. Je m’enquis d’un sourire cependant quand il m’autorisa à l’appeler par son prénom. Je ne répondis rien, mais j’en pris bonne note, pensant que mon expression était assez éloquente et qu’il se permettrait d’en faire de même avec moi.

J’avais quelque peu perdu le fil de ce que j’étais en train de faire et je me sentis bête lorsqu’il m’incita à poursuivre… mes courses. Oui, c’est ça que je faisais, à la base. Je me fis mentalement la réflexion qu’il était quelque peu gênant de se retrouver à discuter boulot tout en faisant ses courses.

« O…oui. Enfin… »

J’emboîtais le pas de ce mystérieux Alex, l’observant discrètement, sans mot dire. Si son abord m’avait surpris, je ne me formalisai pas de son comportement touristique dans un tel lieu. Niveau extravagances… j’avais un beau spécimen à la maison, il n’y avait plus grand-chose qui me surprenne. Il s’arrêta devant le rayon des féculents, j’en fis de même. J’ouvris la bouche pour le questionner mais il me devança. « Ca tombe bien on dirait, je suis justement… » je posai mes prunelles claires sur le paquet de riz qu’il avait saisi sur le rayon puis esquissai un sourire. « Il faut croire, oui. » Personnellement, je n’achetai pas mon riz en grande surface, préférant me fournir en épicerie asiatique. J’avais une sainte horreur de cette manie qu’avaient les industriels de parfumer et d’inhiber le goût de tous les produits sensés être « naturels ». Bien que mon interlocuteur soit parfaitement détendu et serein, cela me gênait de poursuivre mes courses. J’étais habitué à des entretiens professionnels plus…solennels d’habitude.

« Je… » je pris un paquet de pates natures que je lançais furtivement au fond de mon cabas, sans vraiment avoir fait attention à ce que j’avais pris. Je l’écoutais sagement m’exposer son idée, puis entrevoyant une pause dans son exposé, j’en profitai pour lui glisser : « J’en ai terminé. »
Je m’attendais à ce qu’il me dise être un précurseur étant donné que j’avais l’impression d’assister à la naissance de son projet, mais…non. C’était un mutant. Rien à voir donc. J’essayai de rester concentré sur son discours quand une question saugrenue vint se glisser au milieu de son monologue.
« Qu’est ce que ça peut f… ? »
Mon regard fit la navette entre son visage et mon panier. Je m’abstins de terminer ma phrase et me contentait d’un « Heu...s i on veut… »
Il reprit tout seul le fil de son explication et quand il l’acheva enfin je me permis de lui glisser :
« Si j’ai bien compris, vous voulez vous lancer dans une sorte de… journal d’information ? »
J’écoutai sagement sa réponse, essayant d’analyser l’état de son projet afin d’essayer de définir ce qu’il attendait réellement de moi et de pouvoir me positionner en conséquence. J’esquissai un sourire amusé devant la fin ou plutôt la non fin de sa phrase bien que je ne voie pas spécialement le rapport dans l’immédiat entre la mutation et la couleur de la peau… Quoi que… Depuis la nuit des temps les hommes avaient toujours méprisé ceux qui étaient différents… Son raisonnement n’était pas complètement décousu en fin de compte… J’étais moi-même originaire d’Egypte, et même si ma peau n’était pas aussi brune que la sienne, j’avais tout de même hérité d’un teint halé peu…conformiste, si je le rejoignais dans sa réflexion.

« Rompre avec les préjugés… » demandai-je, mais c’était plus de l’ordre d’une affirmation en fin de compte. J’avais moi-même vécu des situations dramatiques dans ma vie à cause de la mutation…
Une douleur aigüe et familière me fit froncer les sourcils. Foutus maux de tête ! Je me passai machinalement une main sur l’arcade gauche, exerçant une légère pression qui j’espérais, aiderait la douleur à se dissiper rapidement. Ces saletés de migraines avaient tendance à se manifester à intervalles trop réguliers en ce moment.

Je le laissai finir puis amorçai le pas en direction des caisses.
« Vous avez terminé ?... je veux dire… vos courses ? »
Etant donner qu’il avait toujours les mains dans les poches, je supposais qu’il n’était pas vraiment venu faire des achats dans ce supermarché. A moins que ce ne soit à cause de son engouement pour ce projet qui lui tenait tellement à cœur qu’il en avait oublié ce qu’il était venu faire ici. Du moins, ce n’était que des suppositions.

« Quel genre de clichés ? Vous voulez que je photographie… des mutants c’est bien ça ? »
Il m’avait débité tellement d’informations d’un coup qu’il allait me falloir faire le tri dans celles qui me concernaient directement. Parler boulot m'aidait à me dérider et à chasser cette gêne inexpliquée que j'éprouvais toujours lors de nouvelles rencontres.

« Vous avez des journalistes ? des rédacteurs ? ce sera quoi votre support, votre mode de diffusion ?, Vous avez une idée de la fréquence de publication également ? »
Beaucoup de questions qui pouvaient paraître bien terre à terre compte tenu du discours idyllique qu’il m’avait tenu au sujet de sa cause. Mon professionnalisme m’interdisant de faire état de mon jugement à ce sujet, je préférais me concentrer sur des détails plus… pragmatiques afin de correctement cerner sa demande.
« C’est simplement… pour savoir comment vous travaillez… ou souhaitez fonctionner. Le projet…c’est encore à l’état de projet… c’est ça ? »
Bien qu’il ai évoqué sa « fortune », je préférais rester méfiant quand à ce genre de projets alléchants et ambitieux qui souvent étaient tués dans l’oeuf.
« Je peux vous faire des clichés de ce que vous voulez. En visuel, il est possible de faire des photos plus artistiques, mises en scène, avec des lumières travaillées, en studio… à la manière d’un magazine de mode en quelques sortes, à moins que vous ne recherchiez plus des clichés pris dans le feu de l’action ? »
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Message posté : Ven 29 Aoû 2014 - 17:15 Message
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La timidité de son interlocuteur avait peut-être laissé Alex un peu perplexe. Assez naïvement, abreuvé de films et de séries télévisées, il s’était fait des journalistes une image un peu biaisées, moitié reporters sans frontière, moitié correspondants de la Maison Blanche ou des palais de justice, toujours prompts à jouer des coudes pour poser les questions qui dérangeaient. Au fond, il ne se représentait pas très bien ce que pouvait faire un photojournaliste, en quoi il se distinguait d’un photographe. Est-ce que Naël, d’ailleurs, était un photographe de presse ? Un photojournaliste ? Est-ce qu’il y avait une vraie différence ?

Sans doute. En se lançant dans ce projet, Alex mesurait bien l’ampleur de sa méconnaissance. L’aide de Médée et sa propre capacité à absorber les savoirs de ceux qu’il croisait étaient deux atouts considérables dans l’entreprise qui consistait à se bâtir un journal influent depuis zéro, mais le processus n’en était pas moins intimidant. Fort heureusement, la difficulté ne décourageait pas le jeune Neutron-Grey — bien au contraire, il n’y avait sans doute pas de meilleure manière de le motiver.

— Très honnêtement, d’opinion plutôt que d’information. Je veux dire par là, la description objective de la réalité m’intéresse moins que l’expression d’un point de vue pro-mutant. Véritablement, le pendant progressiste des journaux conservateurs. Mais je conçois bien que l’information est une part importante et que c’est de la qualité de l’information que dépend la crédibilité du journal, et donc son efficacité politique.

C’était Adrian le premier qui lui avait exposé, selon lui, la formule du succès rencontré par le Daily Herald. Pour un scientifique comme Alex, habitué au style sec et démonstratif des rapports techniques et des articles académiques, le délicat équilibre entre éditoriaux engagés et informations rigoureuses n’était pas toujours facile à cerner — l’une des nombreuses raisons pour lesquelles il n’avait aucune intention de prendre une part active à la rédaction du journal naissant.

— Je ne crois pas de toute façon qu’une prise de vue puisse être objective, il y a toujours une intention.

Sa remarque avait été formulée presque comme une question et il en chercha la réponse dans le regard de Naël. Celui-ci était le premier vrai journaliste ou, à tout le moins, le premier vrai professionnel lié à la presse qu’il rencontrait et, en plus de ses photographies, peut-être tout autant qu’elles à vrai dire, Alex cherchait à tester ses premières hypothèses sur son avis éclairé.

Alors qu’il se dirigeait vers les caisses, Alex fut rappelé à son alibi.

— Ah, oui ! J’étais venu parce que j’avais soif.

Il parcourut rapidement du regard les têtes de gondole, fit quelques grandes enjambées, attrapa une bouteille de jus de fruit dans l’une d’elle et revient près de Naël. C’était l’été, il faisait chaud, l’excuse devait bien être valable. La vérité, c’était qu’il avait de moins en moins soif depuis sa réincarnation. De moins en moins faim. Mais il pouvait encore faire semblant.

— Des mutants, oui. Si possible, des mutants dont la mutation soit manifeste. Physique.

Inconsciemment, Alex avait un peu baissé la voix, pour la rendre plus douce — le froncement de sourcil et le geste de Naël avaient trahi une migraine et il était bien placé pour savoir combien elles pouvaient être dévastatrices. Par une sorte de solidarité des adeptes de la céphalée, il avait donc décidé de mieux poser sa voix.

D’ailleurs, ils avaient une chance vraiment phénoménale : bon nombre de clients devant eux avaient brusquement décidé que la caisse était beaucoup trop lente et qu’il était préférable de s’entasser derrière les files d’attente des autres. Alex n’aimait pas patienter et il n’éprouvait aucun scrupule à dégager ainsi le terrain. Il déposa sa bouteille unique sur le tapis roulant, parce que c’était ce que tout le monde faisait.

— Pour l’instant, j’ai surtout l’infrastructure technique. J’ai développé un site multimédia, une maquette, tous les outils, ce genre de choses. Repéré des bureaux au centre-ville, aussi. Le recrutement lui-même, je vais le déléguer en grande partie à un cabinet spécialisé.
— Ça fera cinq dollars cinquante-neuf.

Alex tendit un gros billet à la caissière.

— Vous n’avez pas la monnaie ?

Le jeune homme secoua la caisse et poursuivit, tandis que la caissière soupirait en comptant les petites coupures.

— J’hésite à lancer une parution papier, mais je pense débuter par le multimédia en ligne. Parution au fil de l’eau, du coup, je crois que c’est comme cela qu’on dit. Mais ça implique du contenu quotidien, évidemment. J’ai distingué… Merci.

Alex récupéra sa monnaie et se décala pour laisser Naël ranger ses courses.

— … quatre niveaux d’articles. Des brèves quotidiennes, faciles à produire, je suppose, ou des sujets légers. Pour l’habillage. Des articles d’information standard. Des enquêtes de fonds, des grands reportages, quoi. Et les tribunes politiques.

Il avait tout de même réfléchi sérieusement à son projet, à défaut d’en maîtriser vraiment tous les aspects pratiques.

— Alors, disons, j’aimerais bien voir deux choses. Des photographies d’information, sur le vif, dans l’authenticité, et oui, quelque chose de plus… Artistiques, comme vous dites, pour d’autres rubriques. Quelque chose qui propose des canons de beauté alternatifs, par exemple ? Je ne suis pas forcément très familier de ce genre de choses, mes compétences sont beaucoup plus…

Il haussa les épaules.

— Beaucoup moins poétiques, disons. Mais est-ce que ça vous met déjà sur des pistes ?
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Message posté : Jeu 4 Sep 2014 - 1:20 Message
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J’avais posé quelques questions de rigueur afin de cerner un plus près la demande du jeune homme. Il s’agissait donc d’un journal d’opinion… Il allait me falloir prendre des notes, sinon je risquais fort d’omettre quelques détails capitaux. Il me vint une idée. Je sortis mon telephone portable de la poche arrière de mon jeans, cherchai rapidement dans les menus l’application désirée puis demandai à mon interlocuteur :

« Compte tenu du fait que je ne sois pas spécialement équipé pour prendre en notes ce que vous me dites, vous voyez un inconvénient à ce que je vous enregistre ? C’est uniquement… pour moi, pour m’y retrouver, dans le projet, si nous faisons affaire.»

Je comptais sur son approbation. Après tout, s’il me parlait aussi librement dans un endroit public comme celui-ci, c’était qu’il n’y avait rien qui ne soit tenu au secret non ?

« C’est pourquoi l’orientation du journal m’intéresse afin que je sache quelle direction je dois donner à mes clichés. »

Il y avait maintes manières de photographier un sujet et chaque détail avait son importance, le cadrage, la lumière…etc qui étaient du reste, bien plus que de simples réglages techniques de photographes. Ainsi, on ne photographiait pas de la même manière un mannequin posant pour une publicité quelconque, qu’un individu filé discrètement au coin d’une rue. C’était pourquoi je m’étais permis de demander des précisions au sujet du type de prise de vue qu’il envisageait.

Alex m’avais rejoint après être allé choisir sa boisson et subitement, les clients avaient décidé de tous changer de caisse. J’avais d’abord pensé que ce mouvement de masse était du à la fermeture de cette dernière, comme c’était souvent le cas, mais le jeune homme venait de poser sa bouteille sur le tapis. Je jetai des regards suspicieux aux gens autour de nous, puis décidai d’imiter mon interlocuteur et de déposer mes articles à sa suite. Il continua de m’exposer son projet, comme si nous étions seuls au monde, ne faisant pas du tout cas des gens qui nous entouraient. Alex régla son achat avec une grosse coupure, quant à moi, je décidai de régler mes trente quatre dollars avec ma visa. Le temps que je replisse mes sacs, j’appris la fréquence de parution ainsi que le mode de diffusion.

« Une publication web me parait être une bonne idée pour lancer ce type de journal. Si je peux me permettre. Il y a des outils qui permettent de mesurer l’audience, la provenance des lecteurs et qui permettent de récupérer tout un tas d’informations sur eux, ça vous permettra de recalibrer l’info et de mieux la cibler ensuite. Il ne faut pas non plus sous-estimer la puissance des réseaux sociaux qui peuvent être un bon moyen de faire parler du journal. »

Je récupérai mon sac de courses puis emboîtai le pas d’Alex à l’extérieur, jetant un dernier regard aux personnes qui s’évertuaient toutes à faire la queue alors que la caisse où nous étions passés était libre. « C’est vous qui faites ça ? » demandai-je après qu’il eu fini de m’exposer ses différents niveaux d’articles.

« Pour ce qui est des photos sur le vif, je vais sans doute devoir mener mon enquête afin de dénicher des interventions intéressantes de mutants en pleine action, je vais essayer de me renseigner auprès de la Légion des Etoiles, peut être qu’il serait intéressant de pouvoir les suivre dans une de leurs interventions. Pour le reste, peut être que de dresser le portrait d’un mutant en particulier pourrait être intéressant. Je pourrais le photographier à son avantage, et on pourrait imaginer faire une sorte d’interview pour qu’il livre son quotidien aux lecteurs… enfin, en fonction des besoins du journal. Oui, je pense que c’est dans mes cordes. »

Je réfléchi un instant aux autres points qu’il serait judicieux d’aborder.
« Est ce que vous pensez qu’il serait possible que je jette un œil à la maquette ? Cela me permettrait de me faire une idée plus précise de ce que vous attendez, concernant le côté « artistique » notamment. Vous avez une ligne éditoriale ?»

Je pensais avoir fait le tour de la partie technique, maintenant, il me restait à enquêter sur le type de sujet le plus approprié.

« Par exemple, de quoi vont traiter les premiers articles ? Vous avez déjà une idée de l’information que vous voulez diffuser ? »
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Message posté : Jeu 4 Sep 2014 - 15:59 Message
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— M’enregistrer ?

Alex jeta un regard dubitatif au téléphone de Naël. Ce n’était pas la timidité qui le retenait. Bon gré mal gré, il avait été habitué pendant quelques années à l’attention des médias. Il avait été loin, très loin même, de la rechercher, mais par la force des choses les enregistrements en tout genre avaient tenu la chronique de sa vie — et précipité sa mort. Ce qui le préoccupait surtout, c’était le danger potentiel d’un document avec sa voix. On pourrait très bien… Euh…

Tout compte fait, dans la mesure où il vivait sous une identité d’emprunt, fabriquée de toutes pièces, et qu’on ne risquait pas d’accorder sa voix présente avec l’ancienne, il n’y avait sans doute pas de grand danger.

— Pas de problème.

Évidemment, sa réponse eût été un peu moins suspecte s’il n’avait pas pris deux ou trois secondes pour la fournir, mais la question de Naël l’avait pris de cours. Alex déboucha machinalement sa bouteille de jus de fruit et en avala une gorgée. Il hocha sagement la tête quand le photographe le confirma dans sa première intuition. Il avait bien compris tous les avantages qu’exposaient Naël, à force de se renseigner de son côté, mais c’était tout de même autrement plus rassurant de se l’entendre confirmé de vive voix par quelqu’un du métier.

Un coup d’œil à la file déserte de la caisse et Alex mentit sans vergogne.

— Moi ? Non.

C’est ça. Tout le monde devait avoir décidé brusquement que la caissière était trop moche pour scanner leurs salades. La manipulation psychique étant théoriquement illégale, Alex n’allait tout de même avouer ses petits arrangements avec le quotidien de vive voix. L’idée d’employer l’un de ses robots-insectes pour effacer plus tard l’enregistrement du téléphone de Naël commençait tout de même à s’insinuer dans son esprit : on est jamais trop prudent.

— Vous sauriez faire ça, vous, une interview ? J’ai supposé que le texte et les photographies, c’était deux métiers très différents, mais je suppose qu’il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas faire les deux.

Sans quoi, parce que l’idée lui paraissait intéressante, il allait bien devoir trouver quelqu’un à adjoindre à Naël pour l’épauler dans cette tâche.

— Ça pourrait devenir une chronique régulière, je suppose.

Une manière de rapprocher le journal de ses lecteurs. Quelque chose comme ça. Alex se fiait de toute façon beaucoup plus aux intuitions de Naël qu’aux siennes, puisque ce qui l’intéressait, lui, dans les journaux, c’était les rubriques technologiques et les dernières publications sur la physique quantique — il soupçonnait que si les gens étaient toujours heureux de lire les tests du dernier iPhone, les détails du réacteur nucléaire modèle Machin-Bidule ne suscitaient en eux qu’un intérêt modéré.

— C’est tout à fait possible.

La maquette était hébergée sur un serveur géré par Médée, son intelligence artificielle, dans les sous-sols de Fallaenn, la villa perdue sur la falaise où il vivait avec Lukaz. Alex lâcha sa bouteille de jus de fruit qui se mit à voler docilement, entre Naël et lui. Il sortit son téléphone portable, qu’on ne devait pas trouver facilement dans les magasins spécialisés : c’était une plaque noire un peu plus grande que les téléphones les plus courants, dont il était impossible de déterminer l’avant ou l’arrière, le haut ou le bas. Comme un vaste écran, parfaitement lisse, sans soudure, sans encoche, sans aucune trace de fabrication.

Quand Alex l’effleura, l’appareil s’alluma et des flux de données se mirent à glisser sur sa surface, apparemment sans aucune interface graphique. Des mots, des chiffres, des colonnes d’information. À certains endroits, des fenêtres étaient ouvertes sur des sites internet un peu plus familiers, rompant l’austérité de l’interface qui ne reposait de toute évidence sur aucun des grands systèmes d’exploitation du moment — ni, à vrai dire, sur aucune technologie primo-terrienne.

Les doigts d’Alex glissaient sur la surface de l’appareil, à l’avant comme à l’arrière, pour autant qu’il fût possible de le savoir, et de toute évidence, ils tapaient pas sur un clavier, même virtuel, même invisible. Difficile à déterminer cependant : pour un observateur extérieur, en dehors des pages des sites Internet, ni les mots, ni les chiffres, ni les signes qui naviguaient sur l’appareil n’avaient réellement de sens. Quelques secondes plus tard, le jeune homme rangea son téléphone qui n’en était peut-être même pas un, reprit sa bouteille de jus d’orange et déclara :

— C’est dans votre boite mail.

Sans doute qu’il avait trouvé l’adresse de Naël sur son portefolio en ligne.



Sans doute.

— Je pense que les premiers articles devraient d’abord définir, disons, une communauté. Le sujet général et le type de lectorat. Au début, je pensais partir tout de suite dans quelque chose de très politique, et puis il me semble que ça rebuterait plus qu’autre chose. Alors ce que vous dites, des portraits, ça me parait très bien. Des articles sur l’actualité de la Légion, du CODE. Des pièces plus historiques, enfin, culturelles, sur, je ne sais pas, la métahumanité au fil de l’histoire ? Plutôt consensuel pour les premières semaines.

Il avait définitivement besoin de journaliste : à s’en fier aux apparences, il ne devait pas y avoir grand-chose de normal ou de consensuel chez lui.

— En fait, coller à l’actualité, ce serait sans doute superflu, non ? Je veux dire, il y a déjà plein de médias de pure information. Ce n’est pas comme si j’allais pouvoir concurrencer CNN. Alors produire du fond sur des sujets, je ne sais pas comment dire, moins événementiels ? Ça me semble un bon angle d’attaque. D’ailleurs, si vous avez des collaborateurs à me conseiller. J’ai quelques personnes en tête, pour la rédaction en chef, par exemple…

Ça, oui, il avait quelqu’un de très précis.

— Mais pour le reste, je suis encore ouvert à toutes les suggestions. Qu’est-ce que vous diriez, comme taille d’équipe, pour un lancement comme celui-là ?
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Message posté : Dim 7 Sep 2014 - 14:27 Message
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Je ne fus pas très surpris de la latence de réponse de mon interlocuteur lorsque je lui avais proposé de l’enregistrer. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer des gens bien plus réticent que lui, c’était pourquoi j’avais jugé bon de préciser que cet enregistrement m’était uniquement destiné, ce qui sous-entendait que je ne comptais pas m’en servir à des fins douteuses, ni le revendre à qui que ce soit. Mais je concevais que d’autres journalistes n’avaient peut être pas autant de scrupules que moi et qu’il puisse donc se montrer méfiant. J’appuyai sur le bouton lorsqu’il me donna son accord puis rangeais le téléphone dans la poche de mon pantalon. J’avais déjà usé de cette technique, le son n’était normalement pas trop mauvais malgré les bruits parasites susceptibles de nous entourer.

Le fait que tous les clients daignent soudain changer de caisse à notre passage m’avait paru trop suspect pour relever de la simple coïncidence et c’est naturellement que j’avais soupçonné mon interlocuteur d’être à l’origine de cet étrange phénomène, d’autant plus qu’il venait de m’avouer être mutant. Il nia cependant y être pour quelque chose ce qui ne suffit pas à endormir ma méfiance. Je haussai les épaules, comme si cela ne me chagrinait pas plus que cela puis me reconcentrais sur les questions d’Alex, bien qu’au fond de moi avait maintenant germé cette question qui me brûlait à présent les lèvres. C’était quoi son truc à lui ?

« C’est juste. Dans l’absolu, ce n’est pas mon job. Il m’arrive d’écrire des articles lorsque je fais des reportages photos car parfois, l’image ne se suffit pas à elle-même et cela fait effectivement partie du travail journalistique que de poser des questions, mener une enquête pour traquer l’information, mais conduire une interview, c’est un peu… différent. Un journaliste plus chevronné et spécialiste que moi en la matière serait sans doute plus efficace. Mon domaine c’est vraiment la photographie, j’observe, j’écoute et je fais en sorte de pouvoir me glisser au bon endroit au bon moment afin de prendre les clichés les plus intéressants et de glaner les informations nécessaires qui s’y rapportent. » une vraie petite fouine en somme ! Je n’étais pas de ces journalistes agressifs qui sautent sur leurs proies comme des rapaces. Plutôt discret, mon apparente timidité aidant, j’étais plutôt du genre à me fondre dans la masse afin de pouvoir me faufiler habilement à l’endroit où l’on m’attendait le moins. C’était grâce à cette particularité que j’avais obtenu mes derniers contrats et je devais remercier l’entraînement que j’avais suivi à Mahnneim qui m’était d’une grande utilité dans la pratique quotidienne de mon métier.

« Quand au travail avec un modèle, un mutant qui accepterait de poser par exemple, c’est un peu plus… comment dire… Je travaille d’avantage sur l’aspect technique on va dire. En général, pour les photos de type interviews, je travaille avec un ou plusieurs collaborateurs, dont l’interviewer qui se charge de poser les questions et qui jusque là m’a été imposé par les quotidiens pour lesquels j’ai travaillé. » Et je préférais travailler au moins en binôme sur ce genre de dossier, car mon encombrant colocataire passionné de projecteurs, avait la fâcheuse tendance à s’incruster avec moi en studio lorsque je travaillais seul et qu’il n’avait rien de mieux à faire. Il m’incombait donc de le tenir à l’écart de mon milieu professionnel par souci de…sérieux, car les choses avaient tendance à très vite déraper avec Sohan dans les parages.

Lorsque j’avais demandé à voir la maquette, je ne m’attendais pas à ce qu’Alex me la transfère immédiatement via son…qu’est ce que c’était donc que ce truc là ? Et puis… la bouteille de jus de fruit qui se maintenait dans les airs juste devant lui… une mutation télékinétique, intéressant. Voilà qui satisfaisait en partie ma curiosité. Un sourire en coin étira légèrement mes lèvres tandis que je tentais de jeter un œil à son mobile, qui ne ressemblait en rien à tous les supports connus. Je n’étais pas spécialement pointu en matière de technologie, mais j’avais quelques notions, comme tout le monde je pense, de ce qu’il se faisait dans l’air du temps. Son curieux appareil dépassait tout ce que j’avais pu voir jusqu’alors. J’essayai d'apercevoir ce qu’il se passait à l’écran, mais tout défilait beaucoup trop vite pour moi et, hormis les pages internet que mon œil avisé avait réussi à discerner, l’ensemble de ce qu’il faisait m’avait l’air parfaitement incompréhensible.

« Dans ma boite mail… » répétais-je un peu surpris lorsque mon téléphone vibra dans la poche de mon pantalon. Je m’en saisi afin de vérifier et je constatai effectivement avoir reçu son mail. Un frisson désagréable parcouru mon échine et un voile passa devant mes yeux. Je n’avais pas le souvenir de le lui avoir donné bien que mon mal de crâne s’était atténué. Je n’osais lui poser la question de peur d’avoir été victime d’une absence passagère comme cela m’arrivait parfois. Le jeune homme ne semblait rien avoir remarqué, je me consolais donc en me disant que je n’aurais qu’à consulter mon enregistrement en rentrant pour en avoir le cœur net. Je fus soudain pris d’un doute, n’étant plus très sûr de me rappeler comment Alex m’avait trouvé.
Afin de reprendre contenance et de chasser mon trouble lié à un manque manifeste de confiance en moi, je me risquai toutefois à demander :
« C’est quoi comme système d’exploitation que vous utilisez ? il est original votre mobile ! »

J’ouvris le mail, et aussitôt, le fait de me replonger dans le vif du sujet chassa de mon regard ce voile douteux. Je relevai les yeux sur mon interlocuteur puis demandai :
« Vous pensez éventuellement à un partenariat ou une collaboration avec le musée des supers ? » s’il voulait agrémenter son journal d’élément culturel, il allait falloir d’abord prospecter auprès des sources d’informations à notre disposition.

« Je pense qu’amener l’idée progressivement peut être une bonne chose, même si elle a pour vocation d’être politique et engagée au final. Enfin… tout dépend de votre stratégie de communication et de ce que vous attendez comme retour de la part des lecteurs de ces publications. C’est à vous de décider quel parti vous souhaitez prendre, si vous souhaitez diffuser de l’information subtilement engagée ou si vous souhaitez utiliser une méthode de communication plus… agressive dirons-nous. Et effectivement, cela serait peut être plus à voir avec le rédacteur en chef qui sera plus à même que moi de vous orienter et de répondre à vos questions. »

Quand à la question de la taille de l’équipe pour son projet, je devais avouer que je n’en avais aucune idée.

« Pour être honnête, je suis un électron libre, j’ai des collaborateurs au sein des journaux qui me sous-traitent le travail, et quelques collègues indépendants, tout comme moi, je pourrais vous faire passer leurs coordonnées si vous voulez. Quant à la taille, même si je travaille pour des journaux, je ne travaille généralement qu’avec une poignée de personnes. Votre projet me paraît ambitieux. Je ne sais pas quel est votre budget, mais si vous voulez vraiment faire tout ce que vous me dites, il va vous falloir un rédacteur en chef, certes, mais aussi des journalistes, photographes, des rédacteurs peut-être ? Des maquettistes, graphistes et/ou intégrateurs ? Quoi que vue la maquette que vous m’avez envoyée vous avez peut-être déjà des personnes sous la main ? Je présume que vous assurez-vous-même la direction du projet ? Sans compter tous les aspects juridiques, il va vous falloir également quelqu’un pour vous conseiller au niveau des contrats, du droit d’auteur et tout le bazar. »


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Message posté : Mar 9 Sep 2014 - 21:14 Message
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— Oui, hein ?

Ça, c’était ce qui s’appelait prendre Alex par les sentiments. Naël venait de complimenter son téléphone et s’il y avait bien un domaine qui faisait sa fierté, après son compagnon, c’était ses créations. Il ne se promenait bardé de gadgets, comme certains supers, parce que ses pouvoirs les rendaient pour la plupart parfaitement inutiles, mais sa passion pour l’ingénierie parfois la plus étrange ne diminuait jamais.

Un sourire quasi enfantin aux lèvres, il déclara :

— C’est moi qui l’ai fait !

Brave garçon. Vu la tête du machin, ça en disait long sur ses aptitudes technologiques et le téléphone était à l’image de son style en la matière : Alex était incapable de construire quoi que ce fût de vraiment normal. Il connaissait de toute façon mal les règles ordinaires de l’informatique, de la physique ou de l’électronique, et ses talents considérables d’autodidacte, alimentés par une jeunesse passée dans les ateliers riches en trésors tous plus exotiques les uns que les autres du fameux Bigsby Building, se conjuguaient en une créativité parfois un peu déconcertante.

— En fait, vous voyez, le tout est d’arriver à contrôler la réfraction de la lumière sous les couches profondes grâce à un matériau réverbérant ultra-fin qui…

Il s’interrompit en se souvenant brusquement qu’en règle générale, ces trucs-là n’intéressaient que lui.

— Euh, oui, bon, bref. C’est un prototype permanent, en somme.

Parce qu’il ne comptait pas le commercialiser. Étrangement, parmi toutes les professions dont Chase avait rêvées, et puis celles qu’il avait envisagé un peu sérieusement, inventeur professionnel n’avait jamais figuré en bonne place. Créer un outil unique, un programme, une machine, c’était passionnant — réfléchir au moyen d’optimiser sa production pour la fabriquer en série, en revanche, c’était parfaitement facétieux. Les créations d’Alex n’avaient rien d’économiques, ni en argent, ni en matières, ni en temps.

La conversation proprement journalistique reprit et Alex sentit, malgré lui, le stress monter un peu. Pour lui, c’était une aventure véritablement nouvelle et s’il était tout à fait prêt à se lancer dans des affrontements épiques avec des dieux homériques dans des dimensions parallèles après avoir assassiné son propre double, se lancer dans une pareille organisation lui paraissait autrement plus intimidant. Il avait pensé, plus ou moins précisément, à tout ce qu’évoquait Naël, mais l’entendre dans la bouche d’un autre rendait les choses un peu plus concrètes.

Il secoua la tête à la dernière question du photographe.

— Pas vraiment. D’abord, je n’ai pas de compétences précises dans le domaine. J’ai des envies, des idées vagues, de grandes perspectives, mais ce sont les gens comme vous qui leur donnent leur solidité et leur réalisme. Ma rédactrice en cheffe…

Puisque c’était une femme.

— … devrait assumer les fonctions de directrice de l’entreprise. Avec les assistants juridiques et comptables dont elle aura besoin, évidemment. Enfin, il faut que je la contacte et qu’elle accepte, avant tout, évidemment.

Et qu’il la sorte de prison, mais ça, c’était une autre histoire.

— La maquette est une création personnelle, pour me faire une idée.

Une création personnelle à la matière de Noctis : il s’était appuyé sur les vastes compétences de Médée, sa super-intelligence artificielle, et sur les connaissances qu’il avait absorbées dans l’esprit de quelques graphistes et développeurs web familiers du milieu.

— Je pense que le réseau viendra de la rédactrice en cheffe et puis, des autres collaborateurs, au fur et à mesure. Commencer sur un petit projet qui n’aurait de diffusion qu’à Star City, ça ne me dérange pas. Les choses auront le temps de croître.

Star City était la ville des supers et, en tant que telle, le cœur de son problème.

En parlant, ils avaient quitté la galerie du magasin et s’étaient engagés dans les rues du Front de Mer. Alex respirait avec plaisir les effluves océaniques avec lesquelles il avait grandi et qu’il s’imaginait mal quitter un jour.

— Ceci étant dit, quand bien même le projet prendrait plus de temps que prévu, je vous rémunérerai indépendamment de la parution, évidemment, et vous serez libre d’utiliser les produits de ces petits tests pour votre propre promotion.

Après tout, si quelques images de mutants venaient alimenter le portfolio virtuel de Naël, la cause d’Alex en serait tout autant servie.

— Je peux couvrir les frais éventuels qu’occasionnerait votre travail d’enquête, mais je préférerais que les sujets soient trouvés dans la ville. Star City, ce sera notre premier centre d’intérêt, avant d’envisager des élargissements successifs.

Et il y avait déjà fort à y faire.

— Je suppose qu’il est temps de discuter de vos honoraires.

Ou salaires, ou… Alex ne savait pas trop ce qui se disait.

— Et de la modalité de la rémunération. L’argent est une possibilité. Mais…

Alex se rendait compte qu’il n’avait pas vraiment réfléchi à ces détails de la conversation, quand il avait décidé de l’entamer.

— Je ne sais pas, j’ai des ressources technologiques considérables qui vous intéresseront peut-être plus que des espèces sonnantes et trébuchantes.

Il ne proposait pas le service de ses pouvoirs, en revanche : la prudence était de rigueur.

— À votre préférence.
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Message posté : Lun 15 Sep 2014 - 1:05 Message
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J’avais été interpelé par l’appareil qu’Alex utilisait car il ne ressembait à rien de ce que j’avais vu jusqu’à maintenant. Je ne m’attendais pas spécialement à ce qu’il m’avoue être le concepteur de pareil objet, et à dire vrai, il aurait bien pu me dire n’importe quoi, cela n'aurait pas fait une grande différence. Je n’étais pas un expert en technologie.

« Oh ! vous travaillez dans l’électronique ? » demandais-je, à la fois surpris et intéressé. Il était vrai qu’il ne m’avait parlé que de son projet journalistique depuis qu’il m’avait accosté, mais que je ne savais rien d'autre à son sujet : ni qui il était, ni de ce qu’il faisait dans la vie, en dehors de cet objectif professionnel, ni même s’il avait les moyens financiers de l’atteindre. Cela ne m'aurait pas surpris qu'il soit une sorte de scientifique, il avait l'air assez pointu et soucieux du détail et j'avais le sentiment qu'il était du genre à aimer aller au fond des choses.

J’imitai son sourire juvénile, puis restai coi lorsqu’il s’embarqua dans des explications qui me dépassaient complètement. Poli, je me gardais de l’interrompre, ce qu’il fit de lui-même devinant ma méconnaissance dans le domaine, sans doute. Je me contentai amplement de l’idée de prototype, les détails techniques n’auraient probablement eu aucun sens pour moi, et ce n’était pas vraiment le sujet de notre entretien pour l'instant.

Ce qui m’intrigua en revanche était le qualificatif qu’il avait employé pour désigner sa création. « Vous ne comptez pas commercialiser, une version améliorée ? » demandai-je par simple curiosité. J’imaginais que ce modèle-là était sans doute une version peut être moins aboutie que celle à laquelle il aurait pu aspirer, qu’il se gardait pour lui, d’où peut être son idée de «prototype permanent ».

Pour ce qui était du journal, j’essayais de répondre du mieux que je pouvais aux interrogations du jeune homme afin de savoir jusqu’où il avait poussé sa réflexion et surtout à quel phase du projet il en était. Il avait donc déjà recruté une rédactrice en cheffe, voilà qui était bon signe pour bien débuter. « De qui s’agit-il ? » demandai-je de but en blanc.

Je ne connaissais pas encore tout le monde dans le métier à Star City, mais je comptais bien me renseigner à son sujet si elle m’était inconnue. Les médias étaient un milieu assez fermé où tout le monde se connaissaient plus ou moins. Il ne me serait pas difficile d'obtenir des informations quand bien même je saurais où laisser traîner mes oreilles. Il était toujours bon de savoir avec qui l’on était susceptibles de travailler.

Je rejoignais sans contexte l’avis d’Alex sur la taille du projet. Il valait mieux en effet commencer à petite échelle et afin d’étendre les choses au fur et à mesure que de s’éparpiller dans toutes les directions. « Tout à fait. » acquiesçai-je.

Il me devança sur la question plus délicate et concrète de l’organisation du travail, du budget et finalement du nerf de la guerre à savoir, mes honoraires.

« Justement, je voulais y venir. Vous pensez débuter le chantier à partir de quand ? Vous prévoyez une rencontre entre les différents collaborateurs afin de faire une sorte de réunion de démarrage du projet ? Ou bien vous comptez directement passer commande aux différents intervenants ? Est-ce que vous avez une Deadline concernant la première parution ?»

Cela me permettrait d'établir un planning et de lui réserver confirmer mes disponibilités.
Quand au sujet d’enquête, compte tenu de ce que nous avions évoqué plus en amont de la conversation, il allait de soit qu’il y avait de quoi faire à Star City, et il me fallait moi aussi tâter le terrain afin d'être sûr que nous soyons bien sur la même longueur d'onde. « Bien entendu. »

Toutefois, je fus quelque peu surpris et déconcerté par sa proposition en terme de rémunération. Jusqu’à maintenant mes clients ne m’avaient jamais proposé autre chose que de l’argent pour ce genre de travail. Bien que je ne sois pas pleinement convaincu par cette alternative saugrenue, ne voyant pas ce que je pourrais faire de ces ressources technologiques, la curiosité me poussa à demander : « De quel genre ? »

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Message posté : Mar 16 Sep 2014 - 10:12 Message
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Avec un hochement de tête, Alex avait confirmé qu’il travaillait dans l’électronique, à peu près comme Picasso eût suggéré qu’il faisait de la peinture en bâtiment.

— Le commercialiser ? Non. C’est plus… Pour mon plaisir personnel.

En tout cas, son utilité personnel. L’Essaim de robots-insectes qui pouvait se répandre à tout moment dans la ville et dont certains vagabondaient déjà aux quatre coins de Star City n’était pas une pure création artistique, pour la beauté du geste, et revêtait un intérêt tout à fait concret, mais, en un sens, Alex était bien un artiste de la robotique. Toutes ses créations, comme ses illusions psychiques d’ailleurs, étaient loin d’avoir une utilité criante : repousser les limites du possible, trouver des solutions inattendues à des problèmes courants, exploiter de nouveaux matériaux, étaient des motivations bien suffisantes.

La question revint vers des affaires plus professionnelles et Alex parut hésiter un moment à révéler le nom de la rédactrice en cheffe. Son silence d’abord tenait à vrai dire plus de réflexe que du vrai scrupule : il n’avait aucune raison solide de taire un nom qui devait précisément être, en lui-même, un coup médiatique. D’une voix dégagée, il finit donc par répondre :

— Leila Chakir.

Le grand public avait sans doute fini par oublier l’affaire Chakir (qui ne s’appellera peut-être pas comme ça, si quelqu’un décide de changer le nom du scénario, mais vivons dangereusement), qui avait suscité un temps l’intérêt des médias. Chakir, la grande reporter des zones de conflit, mutante affirmée, emprisonnée dans un pays lointain sous des accusations fallacieuses et dont le gouvernement étasunien s’était détourné.

— Évidemment, il reste quelques détails à régler.

Par exemple, la faire sortir de prison. Et la convaincre. Facile. Au moins Chakir avait pour elle une réputation professionnelle sans faille. Et Alex était persuadé qu’ils partageaient les mêmes idées. Paradoxalement, les questions plus conventionnelles de Naël représentaient pour le Neutron-Grey des problèmes plus complexes que la libération d’une turbulente journaliste dans un pays lointain.

— J’aimerais bien commencer maintenant. Enfin, si vous, vous pouviez commencer maintenant. Je dois visiter encore quelques locaux, pour trouver l’endroit le plus approprié. J’ai hésité à considérer que tout le monde travaillerait à distance, mais ça ne me parait pas très pratique.

Un étage d’un immeuble du centre-ville, dans le quartier des affaires par exemple, lui semblait une solution beaucoup plus judicieuse désormais.

— Le journal publierait au fil de l’eau, mais il faudrait un stock d’articles au lancement, comme un premier numéro, alors dans la mesure où tout se met encore en place, disons, deux mois, le temps de produire les premiers articles, plus d’autres dans les tiroirs, à publier dans les semaines suivantes, pour alimenter le premier roulement. Si vous pensez que ça pourrait être plus rapide, ce serait une bonne nouvelle, mais comme je débute, je préfère ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

Il aurait cru que la sensation eût été désagréable. Se retrouver un peu démuni face un projet de grande ampleur. Lui et ses robots, lui et ses pouvoirs : il avait toujours été à la hauteur. Beaucoup plus qu’à la hauteur. Peut-être parce qu’il n’avait jamais choisi que des projets à sa mesure — parfois gigantesques, certes, mais à sa mesure. Ce jour-là, il explorait un domaine entièrement nouveau et l’incertitude avait quelque chose de beaucoup plus plaisant qu’il ne l’avait d’abord anticipé.

— Donc, une réunion des premiers collaborateurs d’ici une semaine, une semaine et demie, dans les locaux. Une équipe sera de toute façon beaucoup plus à même que moi de formuler les choix opportuns.

C’était tout le principe de l’intelligence collective.

— Et évidemment, si une collaboration plus régulière, je ne dis pas systématique, mais enfin, plus régulière vous intéresse, vous êtes le bienvenu.

Le portfolio numérique avait été assez convaincant et puis, de toute façon, aux États-Unis, engager du personnel était d’autant plus facile que l’on pouvait promptement s’en séparer.

— Cela dit, évidemment, il faut avoir conscience qu’une bonne partie de l’équipe pourrait être… atypique. Selon certains critères.

Qui disait journal pro-métahumains, disait journalistes méta-humains. Pour son journal, Alex avait décidé de ne pas l’ériger en principe systématique — mais il était assurément attentif aux sensibilités qui y travailleraient.

Ces questions réglées, il haussa les épaules à celles des honoraires en nature.

— N’importe quel genre. Je suis très polyvalent. Un drone photographique, par exemple, c’est possible. Ou une sorte de robot-furtif. Ou… Imaginez, un robot-araignée…

Avec Alex, il était toujours question, à un moment ou un autre, de robot-araignée.

— … qui pourrait escalader les façades des immeubles pour prendre des clichés avec des angles inédits. Ou… Des logiciels de traitement de l’image plus performants ? Du moissonnage d’images informatiques ? Enfin, je dis ça, c’est pour vous…

Et parce qu’il trouvait beaucoup plus amusant de fabriquer un robot ou concevoir un programme que de sortir des billets, certes.

— … mais du liquide, ça marche très bien pour moi, aussi.

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Message posté : Lun 22 Sep 2014 - 11:04 Message
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Son plaisir personnel… Alex n’avait pas franchement répondu à ma question. Je ne renchéris pas, mais je notais qu’il devait avoir des loisirs quelque peu couteux. Quoi qu’il en soit, s’il fabriquait ce genre de trucs sur son temps libre, il me targuait de savoir ce qu’il faisait vraiment sur le plan professionnel. Je me gardai de poser d’autres questions à ce sujet pour le moment, préférant me recentrer sur ma mission dans un premier temps. Je me contentais d’une esquisse de sourire avant de passer à un autre sujet.

Leila Chakir, me répétais-je mentalement. Ce nom me disait vaguement quelque chose. C’était une journaliste connue si mes souvenirs étaient exacts. Je tentais de me remémorer à quelle occasion j’aurais pu entendre parler d’elle et surtout à quel sujet, mais Alex coupa rapidement court à ma réflexion en mentionnant ses quelques détails à régler. « Quel genre ? » demandais-je presque innocemment, cela me mettrait peut être un peu sur la voie, à moins qu’il ne soit question d’autre chose. Il me semblait, dans mes lointains souvenirs que cette journaliste avait fait parler d’elle avant de sombrer dans l’oubli.

J’acquiesçais d’un signe de tête lorsqu’il me parla de débuter notre collaboration incessamment sous peu. Cela tombait plutôt bien puisque je venais de terminer mon contrat avec le Daily Star et que je n’avais pas encore fixé mon planning pour les semaines à venir.

« Vous avez raison, on n’est jamais trop prudents, deux mois, ça me semble pas mal, quitte à réajuster ensuite. Je peux commencer mon travail d’enquête dès que nous aurons établi les termes du contrat. » ce qui sous-entendais donc, que j’étais disponible. Le projet d’Alex était louable, même à l’état d’embryon, pour ce que j’en savais pour l’instant. Pour ce qui était du job en lui-même, je présumais donc qu’il s’agissait d’une affaire plutôt légale, du moins, je tenais à m’en assurer en évoquant cette idée même de contrat, afin de voir s’il avait quelques réticences à l’idée. J’avais pour habitude de fonctionner comme cela avec mes « clients » officiels et surtout légaux. Un contrat signé entre les deux parties évitait bien souvent quelques désagréments en cas de litige. Il m’était déjà arrivé de travailler sans, lorsque des journaux peu scrupuleux m’avaient proposé une somme indécente pour quelques clichés scandaleux dont une grosse partie était payée d’avance.

Pour ce qui était du travail à distance, je ne me sentais qu’à moitié concerné, étant donner que j’étais plutôt un homme de terrain. Mais il allait de soit qu’il serait effectivement plus pratique pour moi de communiquer avec l’équipe si tout le monde était centralisé au même endroit, bien que j’étais tout à fait capable de m’en accommoder. Je rejoignais son avis sur ce sujet, mais c’était à lui de voir comment il voulait fonctionner. Il avait l’air d’avoir une idée assez précise de la gestion du projet en tête.

Puis, je me saisi de mon téléphone afin de prendre en note les dates de réunion qu’il était susceptible de me proposer, mais il resta assez évasif sur le jour exact. « Vous voulez que l’on fixe une date tout de suite ? Ou vous me recontactez dans les prochains jours lorsque vous aurez vus vos autres collaborateurs pour que l’on se mette au point ? »
De toute évidence, un travail en équipe à l’aune du projet permettrait de nous coordonner au plus vite et de nous rendre rapidement efficaces.
« Tenez, et tant que j’y suis… » et que j’avais mon téléphone en main, « Pouvez vous me donner vos coordonnées ? » Simple question plus pratique, pour échanger sur le projet, cela allait de soit.

La perspective d’assister à la naissance d’un journal et d’y contribuer était plutôt alléchante. S’il venait à bien décoller et à effectivement faire des publications régulières, cela pourrait m’assurer un revenu plus ou moins fixe, ce qui n’était pas négligeable, car mon colocataire était un peu dépensier et avait des revenus encore plus aléatoires que les miens. « Bien entendu. Cela peut être envisageable en effet. » Sous réserve de voir comment se déroulerait notre collaboration. Mais dans l’absolu, je n’étais pas hermétique à l’idée.

« Atypique… » répétais-je à mi-voix, bien que je me doutais ce qu’il sous-entendait par là. « Des mutants vous voulez dire ? » Ce qui ne paraissait pas aberrant pour un journal pro-mutant. J’étais moi-même quelqu’un d’atypique, d’une certaine façon, même si mes pouvoirs étaient d’une toute autre nature. Compte tenu de mon appartenance aux mystiques de l’Ordre de Thulée, je ne tenais pas spécialement à le lui révéler cependant.

Je n’avais jamais envisagé la rémunération en nature, mais la proposition d’Alex dépassait tout ce que à quoi j’aurais pu m’attendre. Bien que je ne sois pas du genre à laisser mes émotions me trahir, je ne pu m’empêcher d’écarquiller les yeux en entendant parler de drone et de robots divers et variés capables d’escalader des façades et… Etais-je en train de rêver ?

« Vous faites vraiment… ce genre de trucs ? »

J’étais quelque peu abasourdi et pris de court. Ce mec était venu m’aborder avec son idée de journal, j’avais d’abord pensé qu’il officiait dans un domaine politique ou intellectuel quelconque, après que le fait qu’il soit une sorte de génie dans l’électronique me soit passé par l’idée.

« Mais… Vous bossez dans quoi si c’est pas trop indiscret ? » demandai-je, m’efforçant autant que faire se peut de ne pas laisser transparaître ma méfiance. Non pas que l’idée d’avoir un drone ne m’enchante pas. Au contraire, cela pourrait m’ouvrir quelques possibilités d’infiltration supplémentaires, et pas uniquement pour mon job de photographe.
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Message posté : Mar 23 Sep 2014 - 19:17 Message
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— Des soucis diplomatiques.

Fut la réponse laconique et tout à fait sincère qu’Alex apporta à la question sur Chakir. Que la journaliste politique fût en prison n’était pas un secret, même si l’affaire avait cessé de faire la une des médias et sa culpabilité n’avait pas dû convaincre grand monde dans le milieu journalistique des États-Unis. Il aurait pu tout aussi bien répondre qu’il devait la libérer de prison que ce n’eût pas été plus problématique. Aux yeux de bien des membres de la profession, Chakir était plutôt une otage politique qu’une prisonnière de droit commun.

La discussion retrouva bien vite des considérations pratiques qui laissèrent Alex un peu incertain, moins parce qu’il désirait se protéger derrière des écrans de fumée que parce qu’il n’avait pas pensé à tous ces détails, cette fois-ci un peu trop concrets.

— Ah oui, un contrat. Écoutez, ce qu’on va faire, c’est que je vous laisse mes coordonnées, que je contacte mon avocate et que je vous envoie le contrat avec une date de réunion. Je n’avais pas pensé aux aspects… juridiques.

Mais il avait justement une avocate sous la main, et quelle avocate ! Évidemment, ses relations avec Charlie Lane n’étaient pas au beau fixe dernièrement et sa propre identité administrative aussi bien que légale était on ne peut plus fragile, depuis sa résurrection, mais il ne croyait pas que ces deux obstacles fussent considérables. Après tout, les jumeaux Mac Aoidh qu’il commençait à bien connaître étaient entrés en toute illégalité sur le sol américain et cela ne les empêchait pas de gérer un restaurant. Au pire, si Charlie ne pouvait l’aider, il se tournerait vers eux.

— Je vous fais sonner.

Alex ressortit son drôle de téléphone de sa poche, effleura la surface et celui de Naël vibra bientôt. Pour une fois, il n’y avait là rien que de très traditionnel : c’était bien un numéro en bonne et due forme qui s’affichait sur l’écran de l’appareil. Alex précisa néanmoins :

— Je suis peut-être plus réactif aux mails qu’au téléphone, mais enfin, faites comme vous préférez. En tout cas, je m’occuperai de mon côté rapidement des formalités, et j’espère que d’ici une semaine, nous pourrons nous mettre eu travail.

Ce qui réglait les questions purement pratiques en ne laissant plus que la rémunération à discuter. Après qu’Alex eut confirmé d’un hochement de tête les particularités génétiques certaines des futurs collaborateurs de Naël, les deux hommes en revinrent au règlement. Les propositions qu’Alex avaient faites en la matière étonnèrent son interlocuteur — le Neutron-Grey oubliait toujours un peu trop vite que tout le monde ne vivait pas comme lui dans un monde de haute technologie peuplé d’inventions farfelues. Pourtant, Lukaz lui-même n’était pas sans se montrer parfois un peu perplexe devant les robots qui peuplaient les sous-sols de Fallaenn.

Alex avait un peu de mal à déterminer de prime abord si la surprise de Naël était positive ou soupçonneuse, et le ton de sa question suivante le fit ensuite pencher pour la seconde hypothèse.

— Je suis ingénieur-roboticien.

Une manière assez consensuel de décrire ses activités.

— Je conçois des intelligences artificielles et des robots spécifiques, principalement.

Encore une fois, pure vérité. Il lui arrivait bien de toucher à d’autres domaines — à la mécanique automobile, quand il fallait travailler sur Macha ou la Scorpio, à l’ingénierie textile, pour la combinaison de Lukaz, et surtout à l’astrophysique, mais il avait tout de même ses grandes spécialités.

— Quand je dis robots spécifiques, je veux dire des robots qui remplissent des tâches atypiques. Des créations uniques, si vous préférez. Pas comme, disons, les robots des chaînes de montage dans les usines ou, je ne sais pas, des machines standard qui accomplissent des tâches automatisées simples. Ça, c’est un peu trop…

Simpliste et ennuyeux, à ses yeux. Il haussa les épaules.

— Répétitif. Bref, autant vous dire que le journalisme, ce n’est vraiment pas mon domaine, c’est pour ça que je cherche à m’entourer d’expertises étrangères. J’ai des idées, c’est sûr, mais pour la mise en œuvre concrète, c’est déjà une autre histoire. Comme vous venez de vous en rendre compte.

Il parlait de l’épisode du contrat.

— Et puis, je suis plutôt un solitaire. Si je devais gérer une équipe, ce serait sans doute une catastrophe.

Il travaillait avec Lukaz, mais Lukaz, c’était différent.

— Pour en revenir aux robots, disons que j’aurais du mal à vous construire un grille-pain qui ne fasse que griller le pain, mais que je peux vous construire un grille-pain qui grille le pain en interceptant les télécommunications. Bref, je ne vous propose pas de vous construire un megazord, parce que ce serait vraiment très cher, mais un petit robot, c’est faisable. Encore une fois, l’argent ne pose pas de problème, si vous préférez un règlement plus conventionnel.

Alex jeta un coup d’œil à sa montre, qui ressemblait à une montre et était en réalité un robot-araignée réplicateur — parfaite illustration de ce qu’il évoquait à propos du grille-pain cryptographique.

— En tout cas, vous avez quelques jours pour y réfléchir le temps que je fasse rédiger le contrat et que je prenne d’autres contacts. Vous me direz la semaine prochaine ce qui vous convient le mieux. Je vais aller me mettre au travail de ce pas — et je suis sûr que notre collaboration sera très fructueuse.
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Message posté : Lun 29 Sep 2014 - 14:57 Message
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Sa réponse au sujet de mes soupçons sur la journaliste confirma les vagues souvenirs que j’en avais. Cette femme avait fait couler de l’encre à cause d’un incident diplomatique. Il n’y avait rien d’alarmant là dedans. Elle n’était pas la première reporter à s’enliser jusqu’au cou dans une situation qui la dépassait complètement et ne serait probablement pas la dernière. Cependant, ce qui m’intriguait d’avantage, c’était comment il comptait s’y prendre pour la sortir de là, alors que j’imagine que d’autres avaient forcément essayé avant lui. Sans grands résultat, qui plus est. La question me brûlait les lèvres, mais je m’abstins de la lui poser immédiatement. Je mis ma curiosité temporairement en sourdine, la réservant pour plus tard, alors que déjà le sujet avait repris son cours dans une direction qui me concernait plus directement.

Je fus quelque peu soulagé qu’il ne soit pas réticent à l’évocation d’un contrat. Non pas que travailler dans l’illégalité m’effrayait particulièrement, mais je préférais éviter de m’attirer trop d’ennuis susceptibles de nuire à mes autres activités peu avouables. « Parfait dans ce cas. On fait comme ça ! » Alex joua la carte de la franchise en m'avouant ne pas s'être du tout penché sur l'aspect juridique des choses et c'était tout à son honneur. Lorsque l'on se lançait dans un projet de cette envergure, il était normal de ne pas avoir pensé à tout, je ne lui en tenais donc pas rigueur. «Oui, de même que pour vos parutions ensuite, il serait peut être judicieux de vous renseigner sur le sujet des droits d'auteur notamment, afin d'éviter de vous attirer des ennuis. Certaines personnes affluentes et peu scrupuleuses n'hésiterons pas à vous mettre des bâtons dans les roues si vous dénoncez des choses qui leur déplaisent. Un juriste pourra vous préparer et vous aider pour ces choses là. En plus des contrats...»

Mon téléphone vibra entre mes mains et je pris soin d’enregistrer le numéro qui s’affichait au nom de Kirk Alex, ajoutant le mot « journal » entre parenthèse afin de me remémorer notre petite entrevue. Il faudrait également que je pense à associer son adresse mail à son compte, vue qu’il me précisa être plus réactif par mail que par téléphone. « Aucun problème. Je suis moi-même joignable par mail et par téléphone, comme vous préférez. D’ailleurs… je suppose que vous avez déjà toutes mes coordonnées. » déduisis-je, puisqu’il venait de me faire sonner. Je n’en fus pas surpris outre-mesure vue qu’il était fort probable qu'il se les soient procurées via mon portfolio sur lequel elles figuraient.

Devant les étonnantes compétences de mon interlocuteur, je n’avais pu retenir ma curiosité plus longtemps au sujet de son métier. Sa réponse éclaira effectivement les zones d’ombres qu’il avait fait naître et justifia également ses propos que j’avais trouvés saugrenus de prime abord.
« Oh ! Je vois. Cela explique les drônes et votre… » dis-je avec le sourire accompagné d’un signe de tête désignant la poche où se trouvait l’étrange téléphone d’Alex.

« On ne peut pas exceller partout ! » répondis-je avec le sourire puis j’ajoutais sur un ton plus léger : « Moi-même, je n’y connais rien du tout en électronique, en robot ou encore en intelligence artificielle. »

Ce gars m’avait l’air particulièrement franc. Du moins, c’était l’impression qu’il me donnait, vue qu’il ne se cachait pas du tout d’être incapable de gérer une équipe, et que dans toutes les explications qu’il m’avait fournies jusqu’à maintenant, il m’était apparu comme quelqu’un d'assez direct, concis et méticuleux. L’expérience et l’avenir me donnerait tort ou raison.

J’éclatai de rire à l’évocation du mégazord. Je pris biensûr cela au second degré, pensant qu'il s'agissait d'une plaisanterie, de toutes évidence.« Et j’avoue que je ne saurais pas trop quoi en faire, d’autant plus qu’il ne rentrerait probablement pas dans mon appartement. » Mais une partie de moi se demandais tout de même si d'aventure il était vraiment sérieux et que cela était vraiment dans ses cordes quand bien même ce ne serait pas aussi couteux.

Je le vis consulter sa montre et instinctivement, je jetai un œil à l’heure sur mon portable que j’avais toujours entre les mains. Je coupai le magnétophone avant de le ranger dans la poche arrière de mon pantalon, puis tendis la main à mon interlocuteur afin de le saluer.
« Très bien, j’attends de vos nouvelles alors. » répondis-je avec un sourire avenant. Je devais avouer qu’il m’avait intrigué avec son histoire de drone photographique, et j’étais quelque peu tenté de me laisser séduire par l’idée. J’avais hâte d’en découvrir d’avantage sur ce jeune homme, et sur notre future collaboration.


FIN
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