AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Mission sauvetage #Abban

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message posté : Lun 18 Aoû - 16:30 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
« Un rendez-vous d’quoi ? »
« Un rendez-vous. »

Bras croisé, yeux plissés, Aishlinn regarda Thabo partir sans même donner plus de précision. C’était elle qui partait de cette manière, pas lui. Il s’était déjà éloigné de plusieurs pas, qu’elle cria à travers un couloir en balançant les bras.

« Mais j’ai b’soin d’toi, moi. »

Toutes les méthodes étaient bonnes pour essayer de le retenir et avoir des réponses à ses questions. Mais, il faut croire que dire, trop ouvertement, qu’elle avait besoin de quelqu’un n’était pas assez crédible : il ne se retourna même pas, se contentant de secouer la tête. Aishlinn en était certaine, Thabo était en train de sourire à sa vaine tentative.

« S’tu pars, j’fous l’feu au manoir ! »
« On a un très bon système anti-incendie. Bonne journée Linn. »
« J’me pends dans l’salon. »
« Je viens de nettoyer, évite de tout déranger. »
« J’m’achète des sabots ! »
« Les deux premières étaient plus crédibles. Bonne journée Linn. »

Il agita la main, toujours sans se retourner, avant de disparaitre au détour d’un couloir.

« Hmm. »

Nouveaux habits. Nouvelle eau de toilette. Chaussures cirées. Il y avait trop de choses nouvelles pour que ça n’interpelle pas Aishlinn. Elle n’était pas la seule à se rendre compte de quelque chose. Ça faisait quelques semaines qu’il disparaissait sans rien dire. Bien sûr, ça lui arrivait d’être évasif sur certaines choses mais là, rien, que dalle, il restait muet.

L’Irlandaise, bien décidée à savoir qui Thabo fréquentait – parce qu’il ne devait pas fricotter avec n’importe qui – envoya un message à Abban, juste pour lui dire que le sud-africain était sorti et qu’ils pouvaient mettre leur plan à exécution. La seconde d’après, elle parlait à sa montre, reliée à Macha.

« C’est bon, t’peux l’suivre. On t’rejoint quand on a fini ici. »
« Il ne risque pas de mal le prendre ? C’est que j’aime bien le sous-sol. »
« Il n’en s’ra rien. »

Si même la voiture se mettait à avoir des envies de conforts, ils n’allaient jamais s’en sortir. Secouant la tête, elle arriva devant la chambre de Thabo qu’elle traversa. C’était encore le meilleur endroit pour en apprendre plus, non ? Au premier tiroir qu’elle ouvrit, un mot se présenta au-dessus de tous les autres papiers. Le mot, écrit par la main du propriétaire des lieux disait que, il ne savait pas lequel des deux étaient en train de lire cette note mais, pour rappel, la porte de la chambre était fermée à clé et que, par conséquent, ils n’avaient pas à fouiller l’endroit.

« C’type est flippant des fois, t’sais. » Elle se tourna, en mettant la note en évidence, face à un jumeau téléporteur. « Il nous laisse des mots dans sa propre chambre, qui f’rait ça ? C’trop zarbe ! »

N’importe qui vivant avec des jumeaux Irlandais, l’un téléporteur, l’autre intangible, prendrait un minimum de précaution. Thabo devait assez bien les connaitre après tout. Aishlinn avait, tout de même, un peu de scrupules à fouiller dans les affaires de l’homme, elle avait assez d’estime et de confiance en lui pour ne pas avoir envie de faire ça mais… Mais l’heure était grave.

« Faut vraiment qu’on sâche qui il voit, obligé. C’t’un mec, après tout… généralité qui s’applique pas à toi, toi t’es pas pareil… Bref, c’t’un mec, il est forcément aveugle d’vant une meuf, t’vois et elle va lui r’tourner la tête. »

Et, évidemment, elle ne s’inquiétait que parce que Thabo avait une activité pas très légale et qu’elle s’inquiétait pour lui. Une inquiétude qui demandait forcément de savoir tout sur la mystérieuse inconnue, de son adresse jusqu’à son emploi du temps en passant par la manière dont elle dépensait son argent.

« Puis sérieux, t’as senti son après rasage ? J’te jure, qui support’rai une odeur pareille ? C’est louche. Mouais, trop louche. »

Dire qu’elle était uniquement inquiète pour Thabo, forcément, elle ne la ferait pas à Abban. Bien sûr qu’elle s’inquiétait aussi pour eux deux. Elle ne doutait pas qu’ils puissent se retourner si, un jour, Thabo décidait de disparaitre comme l’avait fait Naledi mais… Pas besoin d’être clairvoyant pour savoir qu’Aishlinn avait sérieusement fini par s’attacher au vieil homme et, elle n’avait pas envie qu’il décide d’abandonner les jumeaux. Surtout pour une femme, forcément intéressée, qui était inconnue au bataillon.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 18 Aoû - 18:37 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Hmmm…
— J’ai des billets pour un match de hockey.
— Sucre.
— Alors je me disais qu’éventuellement, peut-être, enfin, tu sais, que c’était possible que, si jamais…
— Sirop.
— Mais je dis ça comme ça, et puis c’est juste, c’est purement, euh…
— Pistache.

Abban se redressa pour regarder son œuvre tandis que le commis qui tentait subtilement de l’inviter à sortir depuis un bon quart d’heure le fixait d’un air désespéré. L’Irlandais, lui, était très fier de sa création — un dessert sans élaboration excessive, mais exécuté avec une remarquable maîtrise technique, tout à fait ce qui convenait au Malachi Road.

— Alors ?

L’Irlandais parut enfin se souvenir que le commis n’était pas juste une machine à lui passer les ingrédients. Son regard s’arrêta sur le jeune homme fraichement sorti d’un lycée hôtelier.

— Alors quoi ?
— Par rapport à ce que j’ai dit.
— Ah, euh… J’ai pas écouté.

Abban sortit de sa poche le téléphone qui venait de vibrer.

— Désolé.
— C’est pas… c’est pas grave.

Après avoir parcouru le message, l’Irlandais releva les yeux vers le commis, lui adressa un rapide sourire et se détourna. La seconde suivante, il avait disparu entre deux rangées de casserole, laissant derrière lui un prétendant décontenancé, pour se matérialiser à côté d’Aishlinn.

— Ça craint.

Confirma-t-il en ouvrant un tiroir à chaussettes beaucoup trop bien rangé pour être honnête.

— Manquerait plus qu’i’ choppe des MST, sérieux. ‘Fin, j’suppose qu’à son âge, i’ doivent surtout jouer au bridge.

Abban interrompit son examen des chaussettes.

— Putain, j’espère qu’i’ jouent au bridge. L’horreur.

Et voilà : maintenant, il essayait de ne pas imaginer Thabo en train de défaire lascivement sa cravate devant Jessica Fletcher. L’Irlandais convoqua désespérément dans son souvenir le spectacle splendide du dessert fraîchement réalisé, pour conjurer cette imagination funeste, avant de reprendre ses chaussettes.

— Franchement, t’pourrais penser qu’un mec de cent vingt ans aurait plus de plomb dans la cervelle. C’est quand même dingue qu’on soit obligés d’être les adultes dans cette baraque.

Deux adultes qui passaient leur temps à se disputer, à jouer aux jeux vidéos, à imposer des exigences exorbitantes et à courir auprès de Thabo pour qu’il les aidât à remplir les fausses déclarations d’impôt du Malachi Road, à résoudre leurs problèmes sociaux ou à ouvrir un pot de moutarde trop bien fermé. En dehors de cela, des adultes, définitivement. N’allaient-ils pas bientôt avoir vingt ans ?

— Il est zarb aussi, l’nouveau commis. Il parle, genre, tout l’temps.

Abban marmonna pour lui-même :

— À côté, Alex est taciturne, quoi.

Et pourtant, Dieu sait que l’ancien Neutron-Grey pouvait se montrer prolixe quand il décrivait un nouveau robot, commentait le dernier film de science-fiction et spéculait sur l’effondrement des tunnels de ver dans les espaces de Minkowski — autant de discours passionnés qu’Abban passait à chercher de nouvelles paires de chaussures sur Internet.

— Et puis en plus, où est-ce qu’il rencontre des femmes ? Il passe ses journées à…

Hm.

— … euh…

En fait, il ne savait pas très bien. Thabo vaquait à ses occupations, mais tous les habitants de Nalebo Hall avaient leur propre emploi du temps, des emplois du temps en général bien chargés, qui ne leur permettaient pas toujours d’être au fait des allées et venues des autres. Abban, évidemment, s’intéressait de près aux activités d’Aishlinn, mais il n’avait pas la même attention pour le quotidien du Sud-Africain. Soudain, il se sentit un peu capable de cette indifférence qui n’avait rien eu de concerté : lui aussi avait commencé à s’attacher à leur hôte.

— T’crois qu’il est inscrit sur Meetic ?

Il imaginait mal l’annonce. Sud-Africain bien sous tout rapport, ancien docker-mafieux, bonne situation, amateur de musique classique et de cinéma des années trente. N.B. : deux adolescents à charge.

— Ou Adopteunmec.

Bien entendu, lui-même ne fréquentait pas ce genre de sites : il n’avait qu’une idée très vague de ce qui pouvait bien s’y passer, mais présentement, il les imaginait comme des repaires de nymphomanes tentant de la mante religieuse, qui n’attendaient que la première occasion pour décapiter un Thabo trop peu soupçonneux. Abban effleura donc l’écran de sa montre pour interroger :

— T’en es où ?
— Il ne conduit pas très vite.
— Ouais, je sais. Dis, tu pourrais pas voir s’il a un profil Meetic ?
— Un profil quoi ?
— C’t’un truc sur Internet pour rencontrer des gens.
— Facebook.
— Nan, ça, c’pour les gens d’jà rencontrés. ‘Fin, j’crois.
— Je ne comprends pas.
— Nan mais cherche pas, juste cherche sur Internet.
— Je cherche ou je ne cherche pas ?
— Cherche.
— Vous êtes bien difficiles à suivre, aujourd’hui, tous.


Silence.

— Sauf Thabo, évidemment, parce qu’il ne roule vraiment pas vite…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 20 Aoû - 3:25 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Abban avait ce fabuleux don pour mettre des images d’horreur dans la tête des gens, même s’ils n’avaient pas pensé à ça avant. Évidemment que Thabo jouait au bridge, il n’avait plus l’âge pour faire autre chose. Les vieux, c’est bien connu, ça ne couche pas. Trop crade. Ça fout des charentaises, ça se mouche dans des mouchoirs en tissu et ça regarde une émission sur les paysages… Ou des documentaires amateurs sur les hermines.

« L’nouveau commis ? Genre Grégo ? Georgio ? Enfin, l’type avec le prénom qui s’finit en o ? Vas-y, j’vais… »

Le virer, s’il commence à faire du rentre dedans à Abban. Parce que, avec elle, il n’était pas particulièrement loquace, sauf pour poser des questions sur le patron.

« … Rien faire, sauf s’il fait mal son boulot. »

Parce qu’elle devenait une adulte, qu’elle s’était promis d’être moins excessive quand il s’agit d’Abban et de ses relations. Savoir qu’elle était, en majorité, responsable de la séparation de son jumeau et de Jake – aussi pourri soit ce type, selon elle – ça lui avait quand même mis un coup. Elle serait une sœur compréhensible et attentive aux envies d’un frère qu’elle ne voulait pas voir partir. Sauf si une Georgio-Grego commençait à lui sauter dessus en plein service. Savoir et voir étaient deux choses bien différentes. Adulte oui mais, pas trop, elle n’avait même pas 20 ans après tout !

« Et carr’ment pas qu’Thabo est sur un site d’rencontre, c’trop pas son genre, trop pas d’son âge. Il doit même pas savoir qu’ça existe. »

Ouais, il était tellement vieux qu’il devait être le genre à demander l’avis des parents avant de côtoyer une femme. Du coup… La femme qui voyait avait soit des parents particulièrement vieux ou alors elle était particulièrement jeune.

« La vache ! C’trop dégueu… »

Elle balança bien loin une boite de pilule bleue qui, contrairement aux apparences, n’avait strictement rien à voir avec ce qu’on pourrait penser, ce que pourtant elle arriva très bien à imaginer.

« ‘Tain mais, en fait, il l’a d’jà emmener ici et… » Elle posa un regard presque horrifié sur Abban. « Il joue pas qu’au bridge… » Du bout du pied, elle poussa la boite sous une commode. Pas vu, pas de preuves. « Il fait des mots fléchés. Oui, voilà, ou un scrabble. »

Mais en aucun cas il ne prenait de pilule pour booster ses capacités, non pas intellectuelles mais, physiques. Ouais, fouiller dans les affaires de Thabo pouvait être traumatisant, elle comprenait mieux pourquoi il avait glissé des mots à l’attention des jumeaux pour les dissuader de fouiller sa chambre.

« Macha, dis-moi qu’il s’est arrêté et que t’as une position à nous donner. »
« Il s’est arrêté et j’ai une position à vous donner. »
« Vraiment ? Cool. »
« Non. Mais tu m’as demandé de te le dire. »
« Ta voiture, Abban, des fois, j’ai vraiment des envies d’meurtres sur elle. »

Quand tout allait bien avec Macha, il se pouvait qu’Aishlinn parle de « leur » voiture même si, dans le fond, elle était indéniablement à Abban. Mais, par contre, il ne faisait pas de doute que l’appartenance était donnée à Abban quand la voiture se montrait, parfois, un peu exaspérante.

« Rectification, il vient de se garer… Après quatre manœuvres. »

La preuve qu’il ne faisait que jouer au bridge, s’il n’était pas capable de s’introduire dans un espace confiné entre deux voitures, pas la peine d’espérer le voir réussir à s’introduire ailleurs. Aishlinn referma le placard qu’elle venait d’ouvrir et commença à se diriger vers Abban pendant que la voiture donna une adresse.

« Little Italy, il va vers le Bar Secret. Je peux me permettre un commentaire sur le choix du lieu pour quelqu’un comme lui ? »

Mais Aishlinn, entrainé par Abban avait déjà disparu pour apparaitre dans le quartier donné par Macha. Le bar en vue mais, assez loin pour ne pas être remarqué, ils avaient à peine eu le temps de voir Thabo entrer à la suite d’une silhouette féminine qui n’avait pas été identifiable.

« J’t’laisse j’ter un œil. » Presque littéralement. « S’t’as son visage, on d’vrait pouvoir la r’trouver. »
« JE pourrais le faire. »
« Pardon… Macha pourra la r’trouver et on aura une adresse où fouiller. »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 20 Aoû - 14:23 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Fraîchement débarqué à Little Italy, le regard d’Abban fut inévitablement attiré par un magasin de baskets, avant qu’Aishlinn ne le ramenât à des problèmes plus pressants. L’affaire était après tout devenue une question de vie ou de mort, puisque Thabo risquait fort de faire une crise cardiaque, s’il abusait des pilules bleues. À son âge, ce n’était tout de même pas très raisonnable — et Abban était presque vexé en songeant que le doyen de Nalebo Hall avait peut-être une vie sexuelle plus remplie que la sienne, ces dernières semaines. Monde injuste.

— Vas-y, embarque.

Les deux jeunes gens rentrèrent dans la voiture qui les attendait non loin du Bar Secret et, une fois calé dans son siège, Abban laissa ses yeux se perdre dans le vide, tandis que son regard traversait la rue, les murs, les portes, le prétendu passage secret et commençait à circuler dans la clientèle du bar. Le lieu avait toujours un succès certain, mais il n’était pas très grand, et Abban n’eut aucun mal à retrouver le visage de Thabo parmi les clients. Et il se tourna vers celui de la femme.

Elle était belle, sans doute, même si Abban était beaucoup trop jeune et beaucoup trop gay pour pouvoir en juger — entre quarante-cinq et cinquante-ans, les cheveux d’un blond sombre, le regard d’un vert profond, intelligent, un air distingué. Ses lèvres bougeaient. Abban se concentra un peu plus. Le son bientôt accompagna l’image.

— … mais c’est toujours en-dessous.
— Même L’Adieu aux armes ?

La femme haussa les épaules.

— Même. Cette espèce de description journalistique de la réalité, c’est vraiment typique américain.

Abban se concentra encore d’avantage. Et soudain, ce fut la révélation. Le drame. L’Irlandais murmura :

— Elle est londonienne.

Ça s’attendait à l’accent — il ne l’avait pas remarqué tout de suite, parce que son audition lointaine n’était pas toujours aussi parfaite que sa vision, mais il ne se trompait pas. Après avoir scruté encore quelques secondes le visage de la femme, il se concentra à nouveau sur le volant, avant de cligner plusieurs fois des yeux.

— Elle est blonde et i’ sont en train d’parler d’littérature.
— Il va me falloir plus d’informations que ça.
— Ouais, bah c’est bon, j’y vais, j’faisais juste un repérage.

Sur quoi, Abban disparut. Enfin, clignota, plutôt. Précisément, il s’était téléporté dans le café, derrière Thabo, une fraction de seconde, pour prendre une photographie de la femme, avant de se téléporter à nouveau à l’intérieur de la voiture, en mettant à profit ses réflexes surhumains. L’interlocutrice du Sud-Africain ne s’était même pas aperçu de sa présence et les autres clients du bar avaient cru peut-être à une hallucination très ponctuelle.

La photographie, transférée de la Machmontre à Macha, s’afficha sur l’écran de cette dernière, où elle fut immédiatement mise en comparaison avec les permis de conduire — c’était encore la base de données la plus accessible et la plus complète des habitants de la région. Les visages de femmes défilaient, de plus en plus ressemblants, à mesure que la super-voiture affinait les critères de sa recherche. Abban fixa un instant le cliché avant de tourner les yeux vers Aishlinn.

— Tu trouves qu’elle est belle, toi ?

Aishlinn était après tout la seule du coin à s’intéresser aux femmes, même si Abban commençait à se montrer quelque peu dubitatif sur ce point, étant donné la propension de sa jumelle à s’entourer de jeunes, sémillants, héroïques ou criminels, mais indubitablement masculins électrokinésistes. Macha, elle, avait des goûts d’adolescente rebelle : elle n’aimait que les monster trucks.

— Carol Ashton-Weber.

Abban reporta son attention sur l’écran.

— C’est le nom de la personne.
— Merci, on avait compris. Elle fait quoi de sa vie ?
— Relieuse.
— Pardon ?
— Relieuse d’art.
— Ah.

Silence.

— Et, hm… C’t’à-dire ?

Sur l’écran, le site personnel d’Ashton-Weber s’afficha, avec des représentations de son artisanat, à différentes étapes de la fabrication.

— Ouais, donc, elle fait des couvertures de livres.

Macha afficha les produits finis.

— OK, de super belles couvertures de livres.

Il y avait des livres qui ressemblaient un peu à cela, mais en plus anciens, dans les bibliothèques de Nalebo Hall. Peut-être que Thabo avait une passion pour la bibliophilie ? Peut-être qu’il cherchait juste à faire restaurer certaines couvertures abîmées ? Et c’était pour ça qu’il invitait la relieuse à bavarder dans un bar, après s’être soigneusement préparé. Bien sûr. C’était tout à fait plausible.

— Elle est mariée ?

Savait-on jamais.

— Veuve.
— J’suis sûr qu’elle a tué son premier mari.
— Deuxième.
— Quoi ?
— Elle a divorcé de son premier mari et le deuxième est mort de la grippe.
— Genre. Personne meurt de la grippe, en vrai.
— Eh bien, à vrai dire, un pourcentage considérable de…
— Non mais nan, cherche pas, s’t’une veuve noire, c’est sûr.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 21 Aoû - 17:19 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
« J’vois pas c’qu’il lui trouve, on est vach’ment mieux. »

Mais ils n’étaient pas relieurs et, assurément, ils ne devaient pas jouer au bridge comme elle. Mais demander l’avis à Aishlinn était parfaitement inutile, sans même se poser tout un tas de questions sur son orientation ou sa non-orientation, Abban avait fait en sorte qu’elle ne puisse pas être objective avec un seul mot : londonienne. Par principe cette femme avait perdu le droit d’apparaitre dans la chaine alimentaire.

« Évid’mment qu’c’est une veuve noire. »

Désolée Macha, pas la peine de tester de sortir des chiffres, des pourcentages et tout un tas de choses. Deux avis – ceux des Mac Aoidh, en plus, qu’on sait des plus objectifs – ne pouvaient pas faire le poids, aussi intelligente soit la voiture.

« Bon, on d’vrait avoir un peu d’temps. Tout’façon, elle va pas l’tuer dans un bar, ça s’rait stupide… En même temps, elle est anglaise. » On ne peut jurer de rien avec ces choses-là. « Macha, c’quoi son adresse ? »
« Vous interprétez peut-être un peu vite les choses ? »
« T’nous diras merci quand on aura sauvé ta p’tite place, bien au chaud, dans l’manoir. Parc’que, faut pas croire qu’elle va nous garder une fois qu’elle aura tout récupéré. »

Deux Irlandais à charge ça risquait de casser ses plans avec une future victime mais, voyant que la voiture ne se décidait pas, Aishlinn commença à tripoter des boutons sur le tableau de bord.

« C’est bon, c’est bon, je te donne ça. »
« Ben voilà, quand tu veux. »
« Elle vit sur un yacht à la Marina. »
« Veuve noire. »

Une preuve de plus concernant son statut, elle avait acquis un yacht uniquement grâce à ce qu’elle avait gagné de ses deux premiers maris. Le fait qu’elle puisse être très demandée dans son domaine ne traversa même pas l’esprit de la jeune Irlandaise.

« Judy. En fait, le nom du bateau c’est Judy, pas veuve noire. »
« Ouais mais, non, j’donnais pas l’nom du yacht, juste j’confirmais les hypothèses. Ouais, bref. »

Presque rien à voir mais, après une recherche google sur les veuves noires, pour avoir des noms, la première phrase lue disait : « Autre Texane veuve noire, … ». Moralité, il serait peut-être judicieux de faire attention à cette chère Charlie Lane et ses airs bien sous tous rapports. Leyland sera le seul à ne pas se faire avoir.

« Ok, on va faire un tour là-bas avec Abban, toi tu restes ici et tu les surveilles. »
« Je vais encore devoir le suivre ? »
« Oui. »
« Mais… »
« … je sais, il est lent. » Aishlinn tapota sur le tableau de bord. « Faut pas lui en vouloir, c’est l’âge. »

Facile de prendre la défense de Thabo quand ce n’était pas elle qui avait à le suivre. Bref, une fois de plus, elle se laissa transporter par son jumeau sur les quais de la Marina où étaient disposés plusieurs yachts. S’avançant à la recherche de celui de voulu, plus pour se dégourdir les jambes qu’autre chose – sinon, elle aurait laissé Abban chercher avec son pouvoir – elle se tourna vers l’Irlandais.

« J’mettais jamais posé la question avant mais, ça t’plairait, toi, d’vivre dans un truc comme ça ? »

Comme elle n’avait jamais songé à vivre dans un manoir avant l’arrivée de Thabo. Peut-être qu’Abban avait envie d’un de ces trucs, censés être la preuve d’une réussite financière. Elle secoua la tête.

« Parc’que, d’mon côté, j’comprends pas trop l’intérêt. Puis ça doit tout l’temps bouger là-d’dans. Trop zarbe. »

Aishlinn n’avait jamais eu de problème particulier avec l’eau mais, depuis l’incident à l’aquarium, à leur arrivée à Star City, ce n’était pas la chose dont elle raffolait. Se tenir près de la mer ne la dérangeait pas mais, honnêtement, elle évitait d’y foutre les pieds. Vivre sur un bateau, c’était presque angoissant. Si son pouvoir était capricieux dans l’eau, c’était un peu comme l’enfermer dans une sorte de boite.

« L’endroit est interdit. »
« Hein ? »
« L’endroit est interdit. »
« Euh… » Elle leva une main. « Je, pas, euh, comprendre ? »

L’homme chargé de la surveillance soupira, à croire qu’il en avait marre des touristes qui passaient dans le coin. De ses mains, il s’aida.

« Ici. Non. Interdit. Vous partir. »
« Pas aquarium ? »
« Non, pas ici. Partir. »

Il les chassa à coups de grands gestes de la main et Aishlinn s’excusa dans un anglais très approximatif avant de faire demi-tour, serrant un peu plus la main d’Abban quand le nom « Judy » se dessina sur un des yachts. Ils disparurent de la vue de l’homme, ce qui devait subir à Abban pour les entrainer dans le Yacht de l’Anglaise, Aishlinn se retrouvant légèrement et étrangement tendue à cette idée.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 21 Aoû - 21:55 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Abban considéra les bateaux alignés d’un air songeur. C’était très beau, sans aucun doute, ça avait l’air vraiment luxueux, mais il haussa tout de même les épaules à la question de sa jumelle.

— Pas vraiment. Y en a certains qui sont immenses, OK, mais j’préfère quand même vivre dans l’grand manoir. J’aime bien l’côté vieilles pierres, en fait, et puis c’est plus, je sais pas, chaleureux ?

L’eau ne le dérangeait pas vraiment — il lui arrivait souvent, d’ailleurs, de profiter des capacités amphibies de Macha pour se reposer sous la surface de l’océan : c’était pour lui le meilleur endroit pour réfléchir, le meilleur endroit, aussi, pour pleurer, beaucoup, s’effondrer sous la tension nerveuse accumulée jour après jour, afin d’émerger plus fort — ou capable d’en donner l’illusion, à Aishlinn, à Thabo, à Alex, même s’il savait que ni Thabo, ni Alex, ni sans doute Aishlinn ne le croyaient vraiment.

— Les bateaux, c’trop neuf. L’neuf, c’est cool pour les fringues, et les jeux, et tout ça, mais dans l’endroit où on vit, l’fait qu’y ait une histoire, j’sais pas, ça change vachement quelque chose. Ouais, puis bon, le roulis, tout ça, c’est moyen.

Macha était un sous-marin avec des stabilisateurs, ce n’était pas du tout la même chose qu’un bateau. Abban n’avait pas une expérience nautique considérable, mais il ne s’imaginait pas passer toute son existence sur un pont qui tanguait. Il réfléchit tout de même un peu à la question, sans faire attention à l’homme qui tentait d’éloigner leur curiosité de touristes désargentés des précieuses embarcations de ses riches employeurs. De toute façon, quelques secondes plus tard à peine, alors qu’ils disparaissaient de son champ de vision, les jumeaux se matérialisaient sur le pont du bateau.

Et Abban manqua de s’empêtrer dans un cordage.

— Ah la vache.

Première téléportation sur une embarcation flottante. Ça faisait tout drôle à l’oreille interne. L’adolescent se fourra l’auriculaire dans l’oreille, puisque telle était étymologiquement sa fonction, et tenta de se dévisser le cerveau — trois bâillements ostensibles plus tard, ça allait un peu mieux.

— Ouais, définitivement, on va continuer à vivre sur la terre forme, c’est juste l’enfer, ce truc.

Sa dernière et plus longue expérience maritime remontait à vrai dire au ferry qu’il avait pris avec Jake pour rejoindre Liberty Island, pendant leur escapade new-yorkaise et ce souvenir assombrit le regard du jeune homme. D’un air soudain triste, il murmura :

— Bon, on va voir.

Évidemment, son humeur toujours inégale était coutumière de pareils revirements et il n’était peut-être pas très surprenant de le voir perdre soudain son enthousiasme pour l’enquête, tandis qu’il se baissait — même si, soyons réalistes, il n’en avait pas vraiment besoin — pour rentrer dans la cabine et descendre les quelques marches qui séparaient le poste de pilotage, le pont médian et les parties proprement habitables, et si ce n’est pas comme ça que tous ces trucs s’appellent, je vous rappelle que je ne suis qu’à moitié Breton.

Carol, à l’évidence, aimait la sobriété. Si le yacht en soi était une possession de luxe et si, indubitablement, tout l’ameublement témoignait d’une élégance probablement très coûteuse, il n’y avait en celle-ci aucune ostentation, aucun excès de raffinement. L’aménagement astucieux de l’espace témoignait d’un goût sûr, à l’image, du reste, des reliures de la propriétaire. L’ensemble était en réalité très différent de Nalebo Hall, avec ses objets hors d’âge, ses meubles parfois dépareillés et ses collections étranges — justement l’atmosphère hétéroclite qui rassurait Abban, dans ce désordre sans âge, au manoir.

— C’est vachement, euh…

Il n’arrivait pas à trouver le mot juste.

— Froid ? Déprimant, en fait, j’trouve.

Forcément, à côté de la chambre des jumeaux à Nalebo Hall, perpétuellement victime de deux tornades irlandaises, l’ordre de Judy paraissait un peu austère.

— Pourquoi tu crois qu’elle a appelé son bateau Judy ? C’est bizarre, quand même, comme nom, pour un bateau.

Même s’il n’avait pas trop de points de comparaison. Abban s’arrêta devant la couchette qui tenait beaucoup plus du lit King Size. Ainsi, c’était là que Thabo et Carol jouaient au bridge. Le jeune homme fixa le lit un instant et poussa un soupir, avant de se tourner vers une commode en bois précieux, encastrée dans la paroi, pour en tirer le tiroir.

— Sérieusement ?

Le tiroir ne s’ouvrait pas. Il essaya les autres.

— Non mais qui verrouille les tiroirs de sa commode, pour de vrai ?

Pour de vrai, parce que s’il voulait bien admettre que sa méfiance à l’endroit de la prétendue veuve noire était un peu exagérée, cette fois-ci, il trouvait la chose franchement suspecte. Abban caressa du bout des doigts le bois du tiroir, à la recherche d’une serrure. Sans succès.

— OK, vu la commode, y a forcément une alarme sur l’bateau, j’crois pas qu’on ait des masses de temps. Ça, ça doit être une ouverture magnétique. Macha ?
— Oui ?
— Elle est en train d’sortir ?
— Perspicace.
— Ouais, j’pense qu’elle sait qu’on est sur son bateau. Tu peux, j’sais pas, les retenir un peu ?

Un temps.

— Sans non plus pousser leur voiture dans un ravin, hein.
— Je m’en doutais un peu…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 22 Aoû - 20:30 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
« J’sais pas, p’t-être le prénom d’la gamine qu’elle a noyé, pour pas s’encombrer d’un mioche. »

Ce qui ne rendait pas le choix de cette appellation moins bizarre mais, probablement, plus macabre. Elle passa sur le soudain changement d’humeur d’Abban, changement assez habituel. Ce qu’elle trouvait dommage, c’est qu’ils n’arrivaient pas totalement à être en phase parce que, de son côté, elle avait été hyper-contente d’apprendre qu’ils n’auraient pas à ouvrir un second restaurant sur un yacht, ou de débarrasser toutes leurs affaires du manoir. Elle n’aimait pas l’eau – non, non, elle n’avait pas peur – mais, si c’était ce qu’il préférait, elle l’aurait quand même fait. Après tout, elle lui devait bien ça.

Qui verrouillait des commodes ?

« Des gens qu’nous connaissent pas. »

Et son enthousiasme, à cette phrase, s’envola aussi vite quand elle comprit qu’Abban ne trouva pas de serrure. Au final : peut-être des gens qui, en fait, les connaissaient. C’était vraiment très étrange. Quelles chances pour que Thabo rencontre une femme, une anglaise, qui vivait sur un yacht et qui se sentait obligé de protéger à ce point ses petites affaires ? Macha aurait probablement expliqué que, selon les statistiques, vu le milieu que Thabo fréquentait, il avait plus de chances de tomber sur une personne ayant des choses à cacher.

« ‘Tain, t’crois qu’c’est genre un agent du FBI, ou un truc dans l’genre. T’sais avec une fausse identité et tout l’bordel et qu’elle cache, dans ses tiroirs, son arme d’service et ses plaques… Et, aussi tout l’dossier qu’elle fait sur Thabo. C’t’une Anglaise, quand même. »

Il y avait les gens à qui on pouvait faire confiance, ceux en qui on ne pouvait pas et, pire que ça, il y avait les Anglais. Bref, la possibilité, que cette femme soit un membre du gouvernement, ou d’un autre d’ailleurs, ne lui semblait pas si farfelus que ça. Thabo n’était pas totalement à la retraite alors, quelqu’un avait peut-être finalement réussi à avoir de sérieux soupçons sur lui et envoyer une femme pour lui soutirer des aveux.

« Tant pis pour la beauté du geste. »

Plus vraiment le temps. Aishlinn se dirigea vers le tiroir, y posa la main et se concentra pour ne dématérialiser que cela, ainsi que le contenu. Elle relâcha le tout et l’intégralité du contenant et du contenu se retrouva sur le sol de la chambre.

« Ça craint. »

Une arme, deux faux passeports et quelques papiers dont elle ne comprenait strictement rien. Le truc le plus étrange c’est que, dans d’autres circonstances, Aishlinn aurait pensé à une relieuse qui arrondit ses fins de mois en faisant de la contrefaçon, quelque chose dans le genre. Mais là, il s’agissait de Thabo et il fallait être bien plus vigilant. Elle se baissa pour examiner les passeports.

« Alica Stendford… ça lui va pas terrible l’brun, sérieux. » Deuxième passeport. « Elizabeth Austin… Tellement british. » Indéniablement pas une qualité. « Anglaise dans les deux cas. T’sais, en fait, Judy, c’est p’t-être son vrai prénom. A son âge, elle doit avoir b’soin d’un truc pour s’en souv’nir. »

Surtout si elle était habituée à changer souvent d’identité.

« Une chose est certaine, elle conduit bien mieux que Thabo. »
« Il lui a laissé l’volant ? »
« Oui. »
« C’pas grave, t’les as ralenti, t’façon ? »
« Pas tout à fait. »
«Comment ça ? »
« J’ai intercepté un appel, vers la police, donnant ma position. Je leur ai coupé la route mais je n’ai pas pu m’éterniser. »

Donc ils allaient bientôt débarquer, Thabo devait savoir que les jumeaux étaient plus ou moins impliqué et, en plus, Aishlinn l’avait décidé ainsi, l’Anglaise avait dénoncé Macha pour avoir la voie libre.

« Ok. »

Elle prit l’arme, la balança à Abban. Attrapa les passeports et les fourra dans sa poche, plus deux ou trois papiers en plus. Récupération du tiroir, remise en place de ce dernier, puis dernier regard autour d’eux.

« Innocent, jusqu’à preuve du contraire. »

Ça sonnait vachement mieux quand c’était Lane qui le disait, pourtant elle avait essayé de prendre cet accent Texan complètement horrible à l’oreille. Et c’est vers Abban qu’elle se tourna, c’était lui qui avait la possibilité de les téléporter ailleurs alors…

« t’veux t’la jouer comment ? Confrontation avec tout l’monde ou on s’barre ? »

En attendant que Thabo leur tombe dessus pour leur demander à quoi ils jouaient tous les deux. Et dire que, pendant ce temps, une voiture super-intelligente s’amusait avec la police de la ville.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 24 Aoû - 13:34 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Thabo avait décidément de bien mauvaises fréquentations. Abban commençait à se faire du souci. Entre Aishlinn qui trainait avec des Légionnaires et leur hôte qui fricotait avec une relieuse suspecte, était-il bien le seul à avoir gardé le sens de la mesure ? Les faux passeports lui faisaient soupçonner un peu l’hypothèse de l’agent du FBI, à moins qu’il ne s’agît de faux faux passeports, destinés à faire croire à une carrière de criminelle. Ou alors elle était une vraie criminelle. Et c’était comme ça qu’elle avait rencontré Thabo. Ou alors…

Le téléphone du jeune homme sonna alors qu’Aishlinn l’interrogeait sur la suite des opérations.

— Ouais ? Ah, salut Thabo. Ouais, j’suis avec Linn. On est en train de…

Abban regarda autour de lui à la recherche d’une bonne excuse.

— Jouer au billard. Quoi Macha ? Nan, mais c’est sans une voiture qui ressemble à Macha.
— Personne ne me ressemble.
— Attends, j’t’entends plus, on passe sous un tunnel. Ouais, avec le billard.

Abban raccrocha.

— Dites…
— AAAAH !

En une fraction de seconde, l’arme d’Alicia-Judy-ElizabethCarol, AJEC donc, fut pointée sur un jeune homme blond qui venait de sortir de sous le lit.

— Je cherche un lapin. Enfin, pas tellement un lapin, mais plutôt, une sorte de, je suppose, vampire.
— Putain mais t’es qui, toi ?
— De l’espace.

Ambre plissa les yeux et murmura :

— Vous avez vraiment de très beaux cheveux.
— Euh…
— Tant pis.

Le Trickster tourna les talons et sortit par le placard. Abban baissa son arme.

— Ouais, vas-y, on s’arrache de c’bateau d’fou.

La seconde suivante, les jumeaux apparaissaient non loin de là, sur le toit d’un élégant restaurant de la marina. Ils avaient une vue imprenable sur les quais et ils purent sans beaucoup attendre voir la voiture de Thabo s’arrêter en une courbe précise et élégante, puis Thabo et Ajec en descendre. Abban plissa les yeux pour apercevoir, grâce à ses pouvoirs, l’expression de leurs visages et il marmonna :

— Z’ont quand même l’air d’bien s’entendre.

Dire que toute cette affaire venait de gâcher le compliment qu’un joli garçon — bizarre, certes — lui avait fait sur ses cheveux. Le monde n’avait pas de justice. Thabo et Ajec longèrent les quais, mais plutôt que de se diriger vers Judy, ils rejoignirent l’employé qui avait chassé les jumeaux, quelques minutes plus tôt. Abban ferma les yeux pour mieux entendre la conversation et, sans surprise, commenta :

— L’autre enflure est en train d’nous balancer.

Il racontait comment deux jeunes gens avec un fort accent irlandais et une troublante ressemblance étaient venus rôder autour des yachts. Abban rouvrit les yeux.

— Bon, ben, on décampe.

Une nouvelle fois, les jumeaux disparurent pour rejoindre Macha, dans un terrain vague, à des kilomètres de là.

— Les policiers me cherchent à l’autre bout de la ville, maintenant.

Annonça fièrement la voiture.

— Ouais ‘fin bon, en attendant, nous, on est dans la mouise.
— Et j’ai même cédé toutes les priorités !

Ce qu’elle pouvait être fanfaronne !

— Ouais, ouais, t’es la plus forte. Dis, tu sais des choses sur un type blond genre vingt ans qui chercherait un lapin vampire de l’espace en ville ?

Abban échangea un regard avec Aishlinn, rougit et consentit à s’occuper de problèmes plus concrets et plus pressants que la traque de son admirateur capillaire.

— Ouais, non, laisse tomber. Alica Stendford et Elizabeth Austin, ça t’dit quoi ?
— Alica Stendford, passagère d’un vol en provenance de Londres, quelques achats par carte de crédit, pas d’existence très concrète. Elizabeth Austin, inconnue au bataillon.
— L’premier doit être son passeport d’entrée, l’autre c’t’une porte de sortie, j’imagine. On a des documents à t’faire scanner, aussi.
— J’ai un appel de Thabo.

Abban poussa un soupir mais hocha la tête. La voix du Sud-Africain monta de la voiture.

— Bon, les enfants, quand vous aurez fini de mettre sens dessus dessous les propriétés de mes amies.
— Elle a une arme, ton amie !
— C’est sûr que ça va beaucoup me changer de la maison…
— Puis on est pas des enfants.
— Bien sûr que non. Vous êtes deux adultes matures et équilibrés.

Silence.

— Ouais !
— Qui jouez au billard.
— Non mais alors ça, en fait, c’qui s’est passé…
— Peu importe. Je suis sûr que vous avez beaucoup à lire.
— Hein ?
— Surtout Aishlinn.
— Quoi ?
— Il a raccroché.
— ‘Tain, j’déteste quand i’ fait ça. Il peut pas, genre, s’contenter des mots croisés ? C’est quoi son trip avec les énigmes en permanence ? Franchement, faut lui acheter une DS, il s’ennuie trop, le mec.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 26 Aoû - 6:15 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
L’espace d’un instant, très court, dont elle n’était pas très fière, Aishlinn se demanda en quoi acheter une voiture aiderait Thabo à passer le temps. Deux secondes plus tard, elle comprit qu’Abban voulait parler d’une console et non pas d’un Citroën.

« Ou p’t-être qu’tu d’vrais t’lancer, avec lui, à la recherche de lapin-truc-de-l’espace. »

Il y avait vraiment des gens bizarres à Star City, qui sortaient de nulle part, mais il fallait reconnaitre que certains savaient reconnaitre une chevelure qui en valait le coup.

« Ça peut pas être plus dang’reux qu’une anglaise aux multiples identités. » Aishlinn reprit les papiers récupérés dans le tiroir d’AJEC, pour les parcourir. Ennuyeux à mourir. « J’y comprends qu’dalle, ça à l’air d’être des papiers d’ventes pour ses reliures d’truc. »
« De livres. »
« C’est c’qu’j’ai dit. »
« Évidemment. »

Aishlinn tourna les feuilles dans tous les sens, regarda en transparence, avec un ennui non feint. Le sud-africain, des fois, elle ne le comprenait pas.

« T’crois qu’il m’en veut plus à moi qu’à toi ? Sinon, pourquoi il dirait qu’c’est moi qui ait d’la lecture, l’plus chiant à faire, plutôt qu’nous deux ? »

Parce qu’elle n’avait pas tellement envie que Thabo la déteste, elle l’aimait bien. Puis il n’avait pas dit ça parce qu’il était évident que c’était Aishlinn qui avait dématérialisé le tiroir, Abban aurait très bien pu le téléporter. Pourquoi plus elle que son frère ?

« Oh pu-tain ! » Un sourire apparut sur son visage. « Mon cœur ? Faut qu’on r’tourne à Nalebo, dans ma pièce. »

Celle qui ressemblait à un bordel sans nom, avec des symboles dessinés partout, des trucs étranges trainants un peu partout, un tas de livres et de feuilles volantes. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire qu’Abban ne pouvait pas faire ? Pourquoi est-ce que c’était elle qui aurait de la lecture et pas lui ?

Une fois qu’ils furent téléportés dans la salle du manoir, qu’elle occupait – pas comme si ça manquait de pièces – Aishlinn se dirigea vers un bureau enseveli sous un tas de feuille.

« J’crois qu’j’l’ai mis par là… Ou p’t-être pas ici. »

Des feuilles volèrent, des bouquins furent inspectés rapidement. Il faudrait vraiment qu’elle songe à un sort lui permettant de tout ranger, sans avoir à le faire elle-même. Demander un robot au couple Chase-Lukaz, était exclu. Qui a envie qu’un truc tri tout par couleur de la tranche des livres.

« Ah. » Elle s’étonna elle-même. « Attrapes. Chapitre III : les lapins vampires, légendes du passé. »

Trois minutes plus tard, elle trouvait le livre qu’elle cherchait, expliquant comment rendre lisible un texte qui aurait été caché par magie. Se libérant un espace au sol, elle s’installa en tailleur, le livre et les feuilles devant elle.

« T’peux m’passer l’pot, là, avec la poudre violette, s’teu plait. »

Une fois ce qu’elle voulait en main, sans qu’Abban n’est forcément à se bouger Aishlinn en disposa sur les feuilles. Quelques symboles dessinés plus tard, sur le dessus de sa main gauche, une espèce de fumée immatérielle fit son apparition.

« C’est vraiment trop cool. » Avant de se rappeler que ça avait sûrement été fait par AJEC. « ‘fin, c’pas trop mal quoi. Atta, r’gardes. »

Elle dessina un autre symbole, d’un sort qu’elle avait trouvé trop cool mais sans vraiment d’utilité ultime, et ce qui était apparu sur les feuilles se retrouva projecté sur le grand mur en pierre de la pièce. Aishlinn se relava pour faire face au mur.

« T’vois tous c’qui est en violet, c’est c’qu’on voit qu’avec un sort. Ça r’ssemble aux plans de la Eastern Seaboard Bank. »

Parce que, bien sûr, tout voleur qui se respecte, sait à quoi ressemble les plans de cette banque du centre-ville. Aishlinn retourna auprès des feuilles pour les assembler de manière à ce que le plan soit complet.

« La croix, là, au niveau des coffres perso des gens, t’crois qu’c’est pour dire qu’c’est là qu’s’trouve quelqu’chose ? »

La croix étant accompagnée d’une série de chiffres, il semblait assez logique que ça désigne un coffre en particulier. Cela dit, ça n’expliquait pas comment une anglaise, avec plusieurs identités et une arme, pouvait protéger des documents avec des sorts pour désigner le coffre de l’endroit le plus sécurisé de la ville. Ni ce qui pouvait se trouver à cet endroit.

« Rassure-moi, si Thabo avait voulu qu’on fasse un vol, même pour quelqu’un d’autre, il nous l’aurait d’mandé direct’ment ? Parc’que, clair’ment en disant qu’j’avais d’la lecture, il voulait qu’on ait c’plan. »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 26 Aoû - 18:48 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
— Non mais c’bon, c’juste comme ça, ça va, hein…

Marmonna Abban à voix très basse en regardant ses baskets alors qu’Aishlinn l’invitait à aller chasser les lapins-vampires avec le très étrange et très charmant chasseur de lapins-vampires. S’il ne pouvait même plus se renseigner professionnellement sur les jeunes gens qui apparaissaient et disparaissaient quand il menait l’enquête, où allait le monde ?

Dans la pièce d’Aishlinn, présentement. Les jumeaux y apparurent et Abban attrapa au vol le volumineux ouvrage sur les dangers de la cuniculiculture vampirique.

— P’têt qu’il parlait spécifiquement d’toi parce que t’es juste plus intelligente qu’moi.

D’abord, la magie, ça le mettait toujours mal à l’aise, malgré sa récente enquête en tandem avec Zachary pour tenter d’en apprendre plus sur la Pierre Orphique et ensuite, il le pensait sincèrement. Abban n’avait pas une très haute idée de ses capacités intellectuelles. Il rajouta d’ailleurs machinalement, en feuilletant le livre qu’Aishlinn lui avait confié :

— … même temps, c’pas bien difficile…

Ce n’était pas la première fois qu’il se dépréciait de la sorte, mais pour l’heure, son attention était concentrée sur les papiers qu’ils venaient de dérober. Il referma d’ailleurs l’ouvrage sur les lapins-vampires d’un geste rapide pour s’installer près d’Aishlinn — bien dommage pour lui, parce qu’à la page suivante, la reproduction d’un tableau médiéval retrouvé en Pologne représentait très distinctement Ambre en train de tenir un lapin difforme par les oreilles.

Le pot requis fit son apparition dans la main d’Abban et Aishlinn put bientôt faire sa démonstration.

— T’es quand même vachement douée.

OK, il n’avait aucune idée de la complexité des sorts qu’Aishlinn venait de lancer et tout cela était peut-être un jeu d’enfants, mais quand il s’agissait de sa jumelle, Abban avait le compliment facile. Il se releva à son tour pour s’approcher du mur et suivre des yeux les plans de la banque. Son regard cependant ne tarda pas à se perdre dans le vide, alors qu’il traversait tout l’espace qui séparait Nalebo Hall de l’Eastern Seaboard Bank, pénétrait dans le coffre-fort où étaient alignés les petits coffres personnels et déchiffrait les numéros inscrits.

— C’est ça. Les chiffres, l’numéro d’un coffre. Mais j’vois bien c’qu’y a d’dans, c’est trop sombre.

Abban détourna le regard de l’Eastern Seabord Bank pour considérer à nouveau les papiers.

— Ben, j’sais pas, après la première fois, quand il avait des trucs à nous confier, il nous les a juste filés. Alors j’vois pas pourquoi… P’têtre qui s’ennuie ? D’un autre côté, si on va là-bas et tout, et qu’en fait, c’t’un coup réservé, ça la fout mal.

Anglaise ou non, le Cartel avait ses règles de savoir-vivre et Abban n’empiétait pas sur les plates-bandes de ses potentielles consœurs. Il connaissait tous les grands noms du Cartel de Star City, pour siéger à leur table, mais AJEC pouvait bien être l’une des innombrables voleuses de la nébuleuse ou n’avoir connu jusque là que le Cartel britannique. Mieux valait procéder avec une courtoisie professionnelle de principe.

— Ou alors i’ cherche juste à nous mett’ en confiance, tu vois.

En leur montrant qu’il fréquentait une criminelle — dans le petit monde des Mac Aoidh, c’était parfaitement logique.

— Et du coup, elle s’occupe d’quel genre de livres, la meuf ?

Abban se téléporta à côté des papiers, parcourut les titres sur les listes de ventes et esquissa une grimace.

— C’tout en latin, super…

L’Irlandais se mit à déchiffrer à haute voix quelques-uns des titres, assez péniblement, avant de relever un regard désemparé vers Aishlinn.

— ‘Vec ça, on va pas aller loin.

Il poussa un soupir et poursuivit sur le même ton :

— Quod genus in somnis sopiti ubi cernimus alte
Exhaalare vaporem altaria ferreque fumum;
Nam procul haec dubio nobis simulacra geruntur
Nunc igitur quoniam quassatis undique vasis
Diffluere umorem et laticem discedere cernis,
Et nebula ac fumus quoniam discedit in auras,
Crede animam quoque diffundi multoque perire
Ocius et citius dissolui in corpora prima,
Cum semel ex hominis membris ablata recessit.

Spoiler:
 

Un silence suivit cette déclaration sans doute très pertinente. Heureusement, Abban avait fini par se rendre compte plus rapidement des sursauts de son omnilinguisme — en été, à la faveur des manches courtes, il était de toute façon difficile d’en manquer la source : son bras était auréolé d’une lumière émeraude. L’Irlandais roula des yeux d’un air exaspéré, puis les ferma afin de se concentrer intensément et articula, en anglais cette fois-ci :

— Le bouquin du milieu, je crois que ça parle de projection astrale. Tu sais, le truc avec l’image du corps, là. Alex m’en a déjà parlé.

Alex parlait toujours de choses étranges, de toute façon. Abban rouvrit les yeux et se remit à lire la liste des titres.

— On dirait que ça parle tous plus ou moins de magie ou de trucs dans l’genre. Alchimie, aussi. ‘Fin voilà. Elle a l’air vraiment spécialisée, la meuf. Tu crois que, genre, elle vole les bouquins, elle le relie pour euh… j’sais pas, dissimuler l’origine, et elle les r’vend à des sorciers ? Elle doit pas faire qu’ça, si elle a des contrats légaux, mais ça doit sûrement arrondir les fins d’mois. P’têtre sa prochaine cible est dans l’coffre à la banque.

Ça ne les avançait pas beaucoup plus sur l’usage qu’ils étaient censés faire d’une pareille information.
Revenir en haut Aller en bas



Mission sauvetage #Abban

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Mission de sauvetage d'un Kumo-jin
» Mission sauvetage [PV Oliana]
» Réveil après le retour de mission sauvetage de SG-11
» Mission: Sauvetage à Jurrasic Park
» Entre mission de sauvetage et opération d'infiltration

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-