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Les aventures de Volt et de Bloody Mary chez le pâtissier démoniaque

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Message posté : Ven 15 Aoû 2014 - 18:45 Message
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15 août 2014

Prudence osa jeter un micro coup d’œil, au niveau de la petite vitre qui ornait la porte du placard à balais. Rien à l’horizon. Pourtant, elle aurait juré que la créature se trouvait là quelques instants plus tôt. Il lui semblait entendre des tambours de guerre, comme dans les films, jusque dans sa tête. Avec une fraction de seconde de retard, elle comprit que ce n’était que les battements de son propre cœur. Elle tâchait de maîtriser son souffle. De conserver une parcelle de sang-froid. Elle était fatiguée, lasse et son corps réclamait du repos qu’elle ne pouvait pas lui donner. L’heure était venue de sauver sa peau. Et elle avait besoin de produire suffisamment d’électricité pour espérer sortir de cette boulangerie en un seul morceau. Elle se baissa à nouveau, accroupie dans le noir et observa un instant la jeune femme qui lui faisait face. Elle aussi avait été piégée dans la boutique, lors de l’attaque de la créature.

« Ne craignez rien. Je vais nous sortir de là ! Je suis Lightning Girl, vous pouvez me faire confiance.

Pour appuyer ses braves paroles, elle lui offrit un sourire de lionne.


Quelques instants plus tôt…

La fin d’après-midi se noircissait. Mais aucune électricité statique ne circulait dans les lourds nuages qui s’avançaient. Prudence se serait volontiers branchée sur une antenne pour capter un peu d’énergie, même si cela signifiait en voler à la ville. Quelques infimes parcelles, c’était presque rien et cela passerait sûrement inaperçu. La journée avait été rude, au refuge pour animaux dans Kingston. Prudence détestait nettoyer les cages. Elle avait ensuite décidé, pour s’aérer l’esprit, de faire une petite course à pied tandis qu’elle disposait de nouvelles affiches pour retrouver des animaux disparus. Pour clore cette journée de travail, il lui fallait un café noir très serré et une bonne pâtisserie. Se trouvant actuellement dans le quartier de Little Italy, elle jeta son dévolu sur une petite boulangerie ne payant pas de mine. Mais où l’odeur de la brioche toute chaude la faisait saliver. La boutique était tenue par un certain M. Croup et sa vendeuse, une jeune femme nommée Anka qui ne cessait jamais de sourire. Prudence s’acheta un pain au chocolat géant, avant de le porter sous ses narines pour en humer la délicieuse odeur.

- Génial ! Merci beaucoup ! C’est parfait pour se remettre d’aplomb et ça a l’air bon.
- Merci du compliment, jeune fille. Ça a l’air bon, en effet.

Un homme passablement fatigué venait d’entrer dans la pièce, en passant par une porte derrière le comptoir. Maigre, les tempes grisonnantes, légèrement courbé, il possédait néanmoins un sourire bon enfant. Il semblait encore jeune et avoir vieillis prématurément. Prudence lui rendit son sourire, avant de tiquer à ses paroles, ayant d'abord cru à de la modestie de sa part.

- Vous… Vous ne goûtez pas vos propres pâtisseries ?
- Non. Je laisse ce soin à Anka et mes clients.
- Mais c’est votre travail, votre passion !

M. Croup se contenta d’hausser les épaules. La clochette de la porte tinta à nouveau, signifiant l’arrivée d’un nouveau client. Prudence découpa un petit morceau de sa pâtisserie et le tendit aussi vers le gérant. Avec un sourire bien plus grand encore.

- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée…
- Travailler pour gagner sa vie, c’est bien. Mais il faut savoir savourer le fruit de son travail, non ?
- … Juste un petit bout, alors.

M. Croup parut capituler. Il avança une main timide vers le morceau chocolaté, hésita puis s’en saisit. Il le contempla un moment, les yeux humides, comme s’il avait peur qu’il ne s’évapore comme un mirage. Puis l’avala.

- Aurevoir, M. Croup !

Prudence tourna les talons, s’apprêtant à gagner la sortie. La réponse du pâtissier se fit attendre. Alors qu’elle atteignait la porte, un grognement tout sauf humain retentit dans son dos. Anka, la vendeuse toujours souriante, poussa un couinement étranglé. L’adolescente se figea. Une impression de danger imminent la cloua sur place. Anka passa soudain devant elle en hurlant, sortant en trombe de la boutique, bousculant au passage la cliente fraîchement débarquée. Lentement, l’apprentie héroïne fit volte-face, tous ses muscles raidis, le pain au chocolat serré dans ses mains. M. Croup n’était plus lui-même. A la place du brave homme se dressait un colosse, tout en muscles, à la peau recouverte d’une carapace noire où les veines apparaissaient incandescentes. Ses ongles s’allongeaient en griffes d’os. De sa large bouche, bardée de crocs aussi effilés que des lames de rasoir, s’échappait un grondement purement bestial. Il braqua des yeux noirs comme des puits sans fond sur ses proies.

- M. Croup ? demanda Prudence d’une toute petite voix.

Le colosse poussa un cri presque humain. Avant de lancer vers elle sa large main griffue. Prudence esquiva en faisant un pas en arrière et en rentrant son ventre. Elle laissa tomber son pain au chocolat dans sa précipitation. Le colosse s’avançait maintenant lentement vers elle. Tel un fauve sur le point de bondir sur le gibier. Et le gibier, c’était Prudence Carter. Avisant du coin de l’œil l’autre client, elle la saisit soudain par le bras pour la pousser derrière elle. Ce geste brusque provoqua la riposte de la créature. Celle-ci attrapa le sac à dos de l’adolescente, y plantant ses longues griffes. Le colosse souleva le sac, et sa propriétaire avec, sans le moindre effort apparent. Prudence se hâta de se défaire des lanières et de se laisser glisser au sol.

- Cours !

Elle poussa l’inconnue devant elle d’une bourrade. Elles franchirent la porte de l’arrière-boutique à toute vitesse. Lightning Girl eut alors la superbe idée de se réfugier dans le plus proche placard, au bout de la salle emplie de fours, d’objets tranchants et d’ingrédients à l’odeur exquise.

- Par ici !

Le colosse poussa un hurlement de rage. Ses sacs à viande s’échappaient.


Maintenant…

Si seulement je pouvais atteindre mon sac… Je pourrais appeler à l’aide. La police, la Légion, n’importe qui !

Mais le sac de Prudence Carter gisait dans la boutique, éventré, à plusieurs dizaines de mètres de là où sa propriétaire se cachait. Avec un peu de chance, son portable était toujours en état. Il y eut un bruit de vaisselle métallique qui s’effondre. La créature, passablement énervée, arpentait l’arrière-boutique à la recherche de ses proies. Avec – beaucoup – de chance, il ne possédait pas un odorat très développé. Ce qui laissait encore un peu de temps à Prudence pour trouver une solution, avant d’être repérée. Et sauver l’autre client, par la même occasion. Cliente dont elle ne parvenait pas à distinguer correctement le visage dans l'ombre...
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Message posté : Dim 17 Aoû 2014 - 11:23 Message
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Pour la première fois depuis quatorze jours, je m’étais réveillée calmement. Je savais que mes cauchemars habituels m’avaient hanté, puisque mon cœur battait trop vite et que j’étais couverte de sueur, mais je ne m’en souvenais pas. Cela dit, je n’en avais pas besoin pour savoir exactement de quoi j’avais rêvé. Les abus divers et variés que j’avais subi pendant une semaine m’avaient marqués le corps et l’esprit, m’apportant une toute nouvelle collection de cicatrices, et surtout un traumatisme profond. J’avais souvent l’impression qu’il était là, dans l’ombre, jouant de mes angoisses et savourant la peur qu’il m’avait insufflée de manière durable.

Ce qui expliquait que je n’étais pas sortie de chez moi depuis tout ce temps, vivant sur mes réserves, mangeant un repas sur deux quand j’y pensais. De toute façon, j’avais perdu mon boulot (après une semaine d’absence imprévue et injustifiée, c’était logique), je n’avais donc pas de raisons de sortir. J’avais prévenu mes contacts au sein du Cartel pour leur dire que j’avais eu des ennuis et que je ne serais pas disponible quelques temps, et j’avais essayé de survivre tant bien que mal. En priant tous les dieux que je connaissais de me laisser souffler encore un peu. Je ne me berçais pas d’illusions au point d’imaginer que je ne reverrais jamais le démon qui m’avait torturée.

Mais j’étais une irlandaise, et nous étions réputés pour avoir une certaine flamme, et il était plus que temps que je sorte de nouveau hors de l’appartement que je gardais éclairé en permanence pour bannir les ombres de chez moi au maximum. En tout cas, après quelques essais ratés, j’avais pris mes affaires, et j’étais ressortie, armée d’un t-shirt et d’un pantalon masquant les traces des sévices que j’avais supportés. Une crise d'angoisse plus tard, j'étais donc au pied de mon immeuble à observer les environs avec suspicion (moi, paranoïaque ? Jamais).

Je n’allais pas bien loin, simplement dans une boulangerie qui n’était pas bien loin de chez moi et qui me plaisait énormément. J’avais également embarqué mon CV que je déposais en passant dans quelques boutiques. Sortir me redonna un peu confiance, et puis, petit à petit, je retrouvais mon assurance et ma morgue habituelles. Même si intérieurement, je me demandais s’il serait possible de déménager de l’autre côté de la ville… Raphaël habitait dans Little Italy, et bien trop près de chez moi. Ça ne l’empêcherait sûrement pas de me retrouver, mais au moins, je sentirais peut être un peu moins sa présence autour de moi. Je poussais la porte distraitement, sans faire attention à ce que je faisais, toute entière à mes projets à la noix.

Je regardais autour de moi, méfiante à cause du nouvel environnement, écoutant d’une oreille la discussion du boulanger et d’une jeune femme (qui ne m’était pas inconnue, remarquais-je distraitement). Et puis je m’approchais de la vitrine pour commander auprès d’Anka. Je n’arrivais cependant pas jusque là. Un grognement retentit dans la boutique, suivi par un couinement effrayé. Et l’impensable se produisit. Je restais tétanisée. Une succession de flashs relatant quelques-unes des tortures que j’avais subies me traversa l’esprit, me laissant tremblante et à la recherche d’une respiration qui ne venait pas, tandis que j’observais un colosse inhumain qui n’avait rien à foutre là. Si je sortais de cette boulangerie en vie, je quittais ce quartier. J’aimais trop ma vie à Star City pour la fuir, mais je dégageais de Little Italy. Il ne m’arrivait que des emmerdes.

J’étais toujours perdue dans mon délire quand la jeune cliente qui était là avant moi m’attrapa par le bras pour me placer derrière elle, me sortant de ma torpeur et remettant ma cervelle en place. La créature ne parut pas apprécier, puisqu’elle planta ses griffes dans le sac à dos de la gam… Oh, pas possible. Je devais être en train de rêver. Ou alors la gamine qui venait de me sauver était ma petite Volt. Je regardais la porte d’entrée avec envie, me demandant si j’arriverais à la rejoindre avant que M. Croup n’aie fini de dévorer Volt (il m’aurait ôté une épine du pied), mais la jeune femme me donna la réponse quand elle me poussa vers l’arrière boutique en m’enjoignant de courir. Joie.

J’obtempérais, parce que je n’avais pas envie de me faire bouffer – je crois même que je préférais passer six jours de plus avec Raphaël. Ou pas. C’était en cours de vote. Mais au moins, j’étais toujours en vie, et j’étais une fervente adepte de la maxime « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. » L’avantage, c’était que d’être sur le point de mourir dévorée par un boulanger-colosse-cannibale me nettoyait assez efficacement l’esprit de mon traumatisme, au moins momentanément. La mauvaise nouvelle étant assez évidente, je ne vous ferais pas l’affront de la préciser. Avant que je n’aie le temps d’intervenir, nous avions déjà atterri dans un placard. Un placard. Du genre, un truc avec une seule porte qu’on ne pouvait plus franchir sans avertir le truc qui comptait faire de nous son quatre heures. Et un truc mal éclairé. Je me forçais à respirer calmement, ce n’était clairement pas le moment de faire une crise d’angoisse.

« T’es sérieuse, là ? Au moins dans la boutique, on pouvait encore accéder à la porte de sortie ! »

Mon ton exaspéré était malheureusement tempéré par le fait que je murmurais, préférant éviter d’indiquer notre position un peu trop vite à la bestiole. Levant les yeux au ciel, de nouveau portée par le calme intérieur qui me caractérisait quand je « travaillais », je prenais Volt par le bras et la plaçais à peu près au centre du placard.

« Ici, pas bouger, merci beaucoup. »

Je ne tiquais même pas en percevant les sons provenant de l’arrière-boutique. Apparemment, quelqu’un devenait grognon quand on lui prenait son goûter. Je tendais la main vers mon sac… Qui n’était plus là. Ma grande question du moment. Quand, pourquoi et comment avais-je perdu ce putain de sac à main ? Cette fois, c’était décidé. L’univers avait une dent contre moi.

« Oh, je déteste faire ça… ça laisse des marques affreuses sur la peau. »

Je portais mon poignet gauche à la bouche et mordais au sang, un poil trop violemment. Je traçais ensuite tant bien que mal un cercle de pouvoir autour de nous, entrelaçant les runes avec une rapidité et une efficacité tirée de l’expérience. Je fis un signe de la main pour demander à Volt de la fermer quelques temps, prête à subir toutes ces réactions après avoir lancé mon sort. Je me redressais et incantais dans un murmure précipité, essayant de ne pas trop penser que j’utilisais la magie de nouveau :

« Emhancoll le dissimulateur,
Nuin maître des plans,
Eadha le bâtisseur,
Tinne le puissant,
Dans ce cercle entremêlés,
Odeurs et vue dissimulez,
Que votre servante soit protégée.
Dans le futur comme le présent,
Montez la garde obstinément.
»

Bien entendu, je prononçais ces mots en gaélique. On m’avait dit une fois qu’il me serait sans doute possible d’utiliser l’anglais, mais je préférais ma langue d’origine. Entre autre, j'avais 99% de chances que la personne en face ne comprenne rien à ce que je disais. Je me tournais vers Volt et articulais de manière exagérée :

« Le placard. Tu n’as rien trouvé de mieux que de nous enfermer dans un fichu placard. »

Une pause pour retrouver mon calme, sentant poindre un début de claustrophobie.

« J’ai posé une illusion visuelle et olfactive qui devrait nous gagner un peu de temps. Alors maintenant, fais l’héroïne jusqu’au bout et trouve nous un plan. Je suis une putain de sorcière, je ne suis pas faite pour combattre… ça, là. »

Aussi exaspérant que ce soit, j’avais besoin de Volt pour sortir d’ici. Je fis un léger sourire à la jeune femme, cependant, sourire qu’elle trouverait probablement inquiétant vu mon expression. Je devais être totalement folle, mais il n’y avait que quand l’adrénaline courait dans mes veines et faisait chanter ma magie que je me sentais pleinement en vie. En tout cas, c’était la première fois depuis quinze jours que je me sentais vivante, et pas une morte en sursis. La première fois que j’arrivais à renouer avec ce pouvoir qui m’avait trahie sans en rester tremblante, terrorisée et malade à en vomir.

« Tu me trouves un plan, je te sers de soutien, tout le monde sort de là en un seul morceau… » Surtout moi. « Et repars bien gentiment dans son petit chez-soi. Au boulot, Volt. »

Si elle ne m’avait pas encore reconnue, la gamine saurait forcément qui j’étais à ce moment là. Mais je m’en foutais pas mal. Il y a quelques semaines, j’étais moins dure qu’à présent. J’avais appris ma leçon : la moindre hésitation pouvait être fatale.
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Message posté : Dim 17 Aoû 2014 - 16:31 Message
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Petit à petit, le visage de Prudence se vida de ses couleurs. Sur ses traits se peignit une expression de franc étonnement. La femme qu’elle venait de sauver faisait preuve de plus d’aplomb qu’elle ne l’aurait d’abord cru, de la part d’une demoiselle en détresse. L’adrénaline et la peur devait sans doute la rendre hystérique. Oui, c’était sûrement ça. Sa poigne, en revanche, laissait clairement indiquer qu’elle n’avait pas totalement perdu ses moyens. Dans la semi-obscurité du placard, l’adolescente lui jeta un regard aigu.

- Euh… Merci, de rien. Je viens de nous sauver la vie, en fait…

L’autre fit mine de ne pas l’entendre. Elle semblait chercher quelque chose des yeux et, ne le trouvant pas, elle recommença à s’énerver toute seule. Quelque chose titillait la mémoire de Prudence. Un souvenir désagréable, d’un duel sous la pluie battante, d’une dague ensanglantée et… D’une folle de l’hémoglobine ?
Non, pas elle, quand même…
Sa voix.

Le geste de l’inconnu coupa court aux interrogations de l’héroïne en herbe. Sa bouche se tordit en une affreuse grimace, tandis qu’elle observait la sorcière se mordre violemment le bras et tracer des symboles avec son sang sur le sol. Prudence n’était pas malade à la vue du sang. Trop de films d’horreur l’avaient sevrée à ce niveau. Ce qui n’empêchait pas la scène d’être surréaliste, presqu’autant que de voir Lena L’y soulever par la pensée un monstre affamé de plusieurs tonnes. Ou de voir Thunder se transformer en énergie pure. Elle ne quittait pas des yeux l’opération magique. Les récriminations de la sorcière sortirent enfin Prudence de sa transe. Ses yeux lancèrent des éclairs – métaphoriquement.

- C’pas la gratitude qui t’étouffes, Bloody Mary, cracha-t-elle vertement. C’était le placard, le frigo ou SON estomac. Estime-toi heureuse.

Elle rampa sur les genoux pour prendre un peu de distance vis-à-vis de la gothique cinglée. Au-dehors de leur étroit refuge, le colosse – qui autrefois avait été un brave pâtissier – grognait et arpentait la salle à la recherche de son dîner.

- Mon nom est Lightning Girl, la sorcière. Et ferme-là ! J’ai besoin de réfléchir.

Elle se détourna de la jeune femme pour évacuer sa colère. Ne plus la regarder permettait de remettre les rouages de son cerveau en marche, sans trop toucher aux cordes sensibles. Prudence ne comprenait pas encore très bien comment cela s’était passé. Tout avait dégénéré trop vite. Un instant, elle tendait un morceau de pain au chocolat à M. Croup. Et celui d’après, elle se retrouvait dans la ligne de mire d’un monstre sanguinaire. Les images défilèrent au ralenti dans son esprit. M. Croup n’avait pas voulu toucher à la pâtisserie. Il n’en mangeait pas. Il avait hésité, presque apeuré. Il était modeste. Il était maintenant terrifiant… Quel était le lien, bon sang ?
La pâtisserie.
Le chocolat.
Le sucre.

Oh merde.

- J’ai besoin de connaître ses capacités. D’évaluer ses forces et ses faiblesses. Avant de nous enfuir, on doit l’aider. On ne peut pas laisser M. Croup dans cet état.


Comme en cours. Comme à l’entraînement. Elle n’était pas en position de force, pour se permettre de se jeter en pâture à l’ennemi. Elle devait utiliser sa tête. Et éviter de penser que toute cette histoire était encore de sa faute. M. Croup conservait-il quelques parcelles de lucidité et d’humanité, après sa transformation ? Sa peau conduisait-elle l’électricité ? Résistait-il aux manipulations mentales ? A la chaleur, au froid ?
Au sel ?

- Garde tes sorts en réserve. On va en avoir besoin. Tu pourrais refaire… C’que tu m’as fait au parc ? La bulle autour de moi ? Attend mon signal.

Sur ce, sans attendre de réponse, Prudence entrouvrit le plus silencieusement possible la porte. Elle n’avait pas besoin de beaucoup d’espace. Seulement de quoi viser. Et un objet réflecteur. Elle repéra sans mal le large dos d’une casserole rutilante, pendue par la queue avec une série d’autres. Celle-ci serait parfaite. En espérant qu’elle parvienne à viser correctement. Il fallait attirer son attention ailleurs.

Une petite étincelle jaillit de l’index tendu de Prudence. Etincelle lumineuse qui se jeta, en effet flash d’appareil photographique, contre le dos réfléchissant de la casserole, la tinter furieusement avec ses consœurs, avant de filer à angle droit vers les omoplates du colosse caparaçonné. Ce dernier réagit au quart de tour. Avec un grondement de bête furieuse, il se retourna, guettant le moindre mouvement de ses yeux d’onyx. Il n’avait pas vu d’où venait l’attaque. Qui ressemblait plus à un banal chatouillis, vu le peu de douleur que cela semblait avoir provoqué. Prudence retint un soupir avant de réitérer sa tentative. Une nouvelle étincelle effectua la traversée déviée, touchant la poitrine du pâtissier tel un minuscule feu d’artifice. Nouveau grognement. Le colosse se dirigea vers la batterie de casseroles neuves. Prudence en profita pour ramper hors de sa cachette et de se cacher derrière le pétrin. Avisant les prises électriques à l’arrière, elle débrancha le pétrin et glissa ses doigts dans la plus proche prise. On disait souvent aux enfants de ne pas mettre les doigts là-dedans. Mais chez Prudence Carter, c’était un geste naturel. Sa constitution réagit aussitôt à l’apport d’énergie. L’électricité fourmillait dans son bras, appelée par celle qui circulait déjà dans son corps à l’état pur. Elle avait l’impression de se droguer, quelque part. Cette force lui était néanmoins nécessaire, si elle souhaitait battre le colosse sans s’épuiser à la tâche.

Le colosse revenait en arrière, sans doute déçu. Prudence ramena ses pieds contre elle, essayant de se faire aussi petite que possible. Les râles qui marquaient la respiration de M. Croup lui faisaient songer à une locomotive à vapeur. Elle retint son souffle, comme ils se rapprochaient de sa position. Les doigts toujours dans la prise, couchée sur le sol, elle attendit patiemment que le colosse soit à portée. Lorsqu’elle aperçut une cheville couverte d’écailles noires et parcourues de veines écarlates, avec de longues griffes d’ivoire, la seconde main de Prudence jaillit et vint enserrer ladite cheville. Ses doigts libérèrent l’énergie puisée dans le circuit de l’a boulangerie, dont son corps servait de relais. Le colosse hurla, le corps tétanisé, mais pas tout-à-fait. L’adolescente serra les dents et raffermit sa prise. Elle ne vit donc pas la large main griffue de son adversaire se rapprocher de sa tête.
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Message posté : Dim 17 Aoû 2014 - 19:36 Message
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Je jetais un regard pensif à Volt tandis qu’elle réalisait qui j’étais (enfin. La petite était longue à la détente. Remarquez, j’avais utilisé son sang pour mes sortilèges, et je conservais un lien léger avec elle, ce qui m’avait servi à l’identifier presque autant que ce surnom « Lightning Girl ». Volt, c’était tellement plus mignon). Puis avec un sourire plein de morgue et une voix ironique, je signalais tranquillement :

« Estimes-toi heureuse que je ne t’ai pas jetée en pâture à ce truc comme diversion, Volt. »

J’appuyais sur le surnom. Rien de tel que d’enquiquiner la jeune femme pour dissimuler le fait que je restais à deux doigts de la crise de nerfs, dans le placard exigu. Alors qu’elle me répétait son surnom une fois de plus, j’acquiesçais donc distraitement, inspirant et expirant avec lenteur.

« Bien sûr, Volt, c’est noté. »

Je me taisais cependant, en me demandant au passage où était passé le respect dû à ses aînés – certes une aînée qui avait essayé de la réduire au silence, mais tout de même… pas très chevaleresque comme attitude. Je faillis lui faire la remarque à voix haute, avant de préférer me taire. D’abord, la laisser nous sortir de là (j’avais peur du résultat), ensuite, je pourrais toujours lui expliquer, exemples à l’appui, pourquoi il était intéressant de s’adresser avec respect à ses interlocuteurs. Youpi.

Je retins un rire alors que la demoiselle s’éloignait de moi tant qu’elle pouvait. Elle croyait que j’allais la manger, ou quoi ? Oh. Mauvais exemple. Ça restait apparemment du domaine du possible. Mais la suite me laissa carrément sur les fesses, interrompant mon rire net. Je chuchotais furieusement

« Non, mais tu plaisantes ? On se tire de là, on va pas jouer les bonnes samaritaines en plus ? »

Peine perdue. Mademoiselle l’héroïne en herbe avait déjà commencé à mettre en œuvre son plan destiné à nous faire tuer tous les deux. Voilà pourquoi je détestais les héros. Pas une once de bon sens. Toujours à penser à son prochain avant de penser à ses petites fesses. Pendant qu’elle essayait de viser dieu sait quoi, je murmurais la même formule que j’avais utilisé face à elle il y a un mois, pour augmenter ma résistance, mon agilité et ma rapidité :

« Morrigan, bandia laoch an easaontais agus destinies chosnaíonn, do leanbh mar go mbeadh tú a chosaint do flesh féin agus a thugtar dó luas agus aclaíocht »

Facile d’utilisation, facile à lancer, toujours utile en cas de grabuge, et relier automatiquement à mon pendentif au lieu de mon énergie propre. Avant que je n’ai le temps de prévenir Volt que je pouvais tout à fait poser une Garde, mais que j’avais besoin de temps pour ça, sachant que je devais tracer un cercle, ce qu’elle n’avait peut être pas réalisé sur le coup, elle s'était déjà esquivée. Je la laissais jeter un ou deux éclairs et lui signalais en passant, sortant discrètement et avec un secret soulagement de notre cachette.

« La bulle, comme tu dis si poétiquement, je peux la lancer mais j’ai besoin… »

Je remarquais alors qu’elle serrait la cheville du monstre avec acharnement, mais sans réussir à paralyser celui-ci. Et que ça ne lui plaisait pas, à Truc.

« Merde, merde, merde. »

Je réagis plus par réflexe qu’autre chose. Je barbouillais ma main du sang qui gouttait toujours de mon poignet, et attrapais la cheville de Prudence en hurlant presque ma formule sans la moindre élégance :

« Garda »

Autrement dit, garde. Aucune élégance, je vous dis. Tout ça, c’était la faute de mon petit écureuil idiot. Je visualisais les runes, mais sans prononcer de formule correcte, je dépensais deux fois plus d’énergie. Au moins, le colosse fut incapable de poser sa patte sur Volt. J’avais toujours mon ticket de sortie. Et en plus, il était protégé. Oh, Morrigan je n’y croyais pas. Je venais de sauver la vie d’une gamine insupportable, empêcheuse de tourner en rond, et sans le moindre sens pratique. Qu’est ce qui ne tournait pas rond, chez moi ?

Profitant du fait que le monstre semblait enfin un brin paralysé, je commençais à tracer un cercle de sang autour de lui. J’avais quasiment terminé que je me pris un coup en pleine face, allant rencontrer le meuble le plus proche. Apparemment, la tétanie ne lui plaisait pas plus que ça. Qui plus est, du coup, M.Croup décida de s’intéresser à quelque chose d’autre, qui faisait beaucoup de bruit et gigotait pas mal. Oui, moi, tout à fait.

Je me relevais tant bien que mal et filais sans demander mon reste, entraînant cette chose à ma suite, bénissant le ciel d’avoir un peu augmenté ma vitesse d’une part, et que Volt ait réussi à étourdir suffisamment la créature pour la ralentir d’autre part, sautillant autour de la cuisine en évitant les obstacles tant bien que mal. La scène était digne d’un dessin animé. Je cherchais ma jeune acolyte du jour du regard et finit par la trouver toujours sur le sol.

« D’une distraction, j’ai besoin d’une putain de distraction ! Il faut que je dessine un cercle de pouvoir autour de ce truc, et il n’a pas l’air aussi obligeant que toi quand j’ai envie de l’enfermer. »

Evidemment, mes phrases arrivaient par petits bouts, occupée que j’étais à tenter d’échapper au cauchemar ambulant qu’était le boulanger.

« Il faut que je le ramène au centre du cercle et que tu l’immobilises comme tu veux. »

Je sautais par dessus un meuble en inox, qui vola joyeusement à travers la pièce quand mon poursuivant l’atteint (c’était de la triche si vous voulez mon avis. Déplacer les obstacles, c’était indubitablement de la triche). Je dépassais le cercle, et me retrouvais coincée dans un coin de l’arrière boutique. Je fis volte face et demandais d’un ton hésitant :

« Euh Volt, un coup de main ne serait pas de refus. »

Mon champ de vision étant empli par le cauchemar sur pattes, je ne voyais plus la gamine. Si elle s’était tirée de là, je retirais tout ce que j’avais dit sur son manque de sens pratique. Au moins, je mourrais avec une petite surprise de fin. Allez savoir pourquoi, je ne m’en sentais pas réconfortée. Je remarquais au passage, totalement détachée de la situation, que pas une seule fois je n’avais repensé aux démons, à l’obscurité, et à mes peurs. Peut-être que je devrais adopter Volt et M. Croup. Ils occupaient très efficacement mon esprit. En même temps, vu le bordel qui régnait dans mes pensées, ça ne m’étonnait qu’à moitié. Je reconsidérais la question quand Truc s’approcha un peu plus de moi avec méfiance, grondant d’un air menaçant.

« VOLT, maintenant, ça serait bien ! »

Je n’avais même pas ma dague pour me défendre bon sang. Et mon énergie magique était drainée joyeusement par la Garde que j’avais posé autour de Volt pour qu’elle puisse servir de distraction en toute sécurité. J’avais été bien inspirée, tiens.
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Message posté : Lun 18 Aoû 2014 - 21:58 Message
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Pas sur moi, crétine ! Sur LUI ! C’était lui qu’il fallait enfermer dans ta bulle !

Prudence sentit la Garde de la sorcière plus qu’elle ne l’entendit, ou ne la vit. Décrochant son regard de la cheville électrocutée, elle vit la main du colosse se stabiliser à quelques centimètres de son crâne. Un peu plus et elle perdait la tête. Littéralement. Les lampes et les frigos de l’arrière-boutique commençaient à faiblir. L’adolescente pompait autant qu’elle le pouvait depuis la prise, plutôt que d’utiliser sa propre énergie. Elle lâcha néanmoins prise comme le colosse prenait de la distance. Il s’extrayait de son étreinte sans effort, pour mieux se concentrer sur une cible mouvante et bruyante : Bloody Mary. La jeune femme se mit à courir partout dans la pièce en tentant de lui échapper. M. Croup faisait preuve d’une force surhumaine, envoyant valser meubles et ustensiles de cuisine par de larges mouvements de bras. Sa marche inexorable signifiait une morte imminente pour sa proie. Une mort atroce, si on prêtait attention aux griffes recourbées comme des serres, et aux longues dents aiguisées.

Prudence resta un instant sans réagir, tétanisée par la peur, approchant de l’état d’ivresse par le trop grand apport d’électricité dans son corps. Un peu sonnée, elle retira ses doigts gourds de la prise. Elle laissa l’électricité se ranger tranquillement dans ses molécules et faire corps avec sa propre énergie. Elle roula des épaules pour vérifier qu’elle n’avait rien de casser. En vérité, elle se sentait plus forte que jamais. C’était là une sensation dangereuse, qui pouvait la faire surestimer ses capacités. Mais qui pouvait également lui être utile. Elle finit de se redresser, suivant du regard la progression du colosse sur la sorcière. Au cri de désespoir de sa compatriote, elle rétorqua, l’esprit déjà ailleurs :

- Euh… Occupée !

Il fallait trouver le point faible de M. Croup. Dans l’espoir de le maîtriser et de lui rendre son apparence normale. Elle avait déjà testé l’électricité pure. La résistance de la créature aurait fait pâlir d’envie une centrale nucléaire. Prudence avait l’impression d’être une pile se jetant à l’assaut d’un orage galactique. Il lui fallait un moyen de diversion. Que lui restait-il à tester ? La lumière ? Le froid ? Le sel ?

Prudence courut jusqu’à une batterie de plats en inox et en emporta le plus possible dans ses bras. Elle commença à les disposer à la verticale, les faisant s’appuyer contre des appareils ou les murs, en faisant le tour du piège. Comprendre : là où se trouvait une moitié de cercle tracé avec le sang de la sorcière. Il lui répugnait de faire confiance à cette psychopathe mais, en l’occurrence, elle n’avait guère le choix. Une fois ses miroirs improvisés disposés tant bien que mal, Lightning Girl prit le dernier plat qu’il lui restait entre les mains et le lança tel un frisbee. Il rebondit contre le crâne du colosse, qui grogna de mécontentement. Il jeta un regard furieux à Prudence par-dessus son épaule, sans pour autant s’approcher. Heureusement – ou malheureusement, cela dépendait de quel point de vue on se plaçait -, Prudence connaissait des trésors de provocation et adorait les partager. Ayant capté l’attention de son adversaire, elle leva un index injurieux. Symbole connu universellement. Et s’empressa de jeter, de ce même index, une petite étincelle entre ses deux yeux. Le colosse rugit. Chargea. Prudence se propulsa d’un bond jusqu’au plafond. Et cria :

- Maintenant !

Les griffes du colosse fendirent l’air sous elle, sans pouvoir l’atteindre. L’adolescente chargea ses poings d’électricité et jeta un éclair sur le plus proche miroir. L’éclair se refléta dans ses voisins à la vitesse de la lumière. Un intense rayonnement emplit la pièce. Aussi éblouissant qu’un soleil miniature. Elle aurait pu le faire avec son propre corps. Mais elle aurait été alors à la portée du pauvre M. Croup transformé en monstre. Et elle ne faisait pas assez confiance à la Garde de la sorcière pour garantir sa protection. Le colosse se figea, un cri étranglé au fond de la gorge et se couvrit les yeux dans un mouvement de panique.

- Dépêche-toi !
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Message posté : Mar 19 Aoû 2014 - 22:16 Message
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" Euh… Occupée ! "

Je perdais une demie-seconde à me demander si Volt était sérieuse. Quelle petite garce. Je me pris un coup de griffe sur le bras au passage, ayant trop tardée à m’écarter de là. Bien obligée de réagir, je me concentrais sur l’énergie de la Garde que j’avais lancée sur le corps de la gamine qui me servait d’acolyte (bien fait pour elle, si vous voulez mon avis). Une fois ceci fait, j’articulaire à toute vitesse tout en esquivant un nouveau coup de pattes destiné à réorganiser mon corps d’une façon qui ne me plairait sûrement pas :

« Gort le lien,
Que ce qu’elle porte devienne mien »


J’avais simplement relié sa garde à ma petite personne au lieu de la sienne, et je serais capable de refaire la même chose en sens inverse. Etant donné que je ne créais rien de neuf, ça utilisait peu de mon énergie, ce qui était extrêmement appréciable. Je soupirais de soulagement quand le coup suivant fut stoppé net à quelques centimètres de mon ventre. Un peu plus et je finissais éventrée. Merci Volt. Je regardais ensuite mon bras orné de trois griffures quasi parallèles avec une grimace. La vache, j’espérais qu’il n’était pas empoisonné ce boulanger, j’étais mal, sinon. Heureusement que je ne comptais pas sur une certaine personne.

Je cherchais la suite de mon génialissime plan quand Volt fit – enfin – quelque chose qui fit tourner la tête à M. Croup. Apparemment, ça ne lui plaisait pas. Cela dit, avec l’expérience, j’aurais tendance à dire qu’il n’y avait pas grand chose qui lui plaisait. Certes, on lui avait surtout tapé dessus, et ça faisait rarement du bien aux gens, mais tout de même, on l’entendait beaucoup grogner la bestiole. S'il se retourna vers mon orage sur pattes favori, il ne fit pas mine de bouger de là. Je ne savais toujours pas ce que foutait Volt (j’avais le paysage un peu bouchée par une grosse créature mal lunée) mais elle réussit finalement à attirer notre ennemi commun au centre de mon cercle.

Après une seconde d’admiration pour Volt (elle n’était pas si idiote que ça finalement) et avant même qu’elle ne m’appelle à la rescousse (pincez moi je rêve), j’étais accroupie sur le sol, juste en face de mon cercle, où j’avais atterri après un dérapage d’une classe incroyable (on devrait tourner un film de nos aventures. Ça rendrait bien. Les aventures de Volt et Bloody Mary. Très vendeur.). je finis de tracer mon cercle et entamais d’une voix claire et assurée, chantant presque mon incantation en gaélique.

« Trois fois liés,
Trois associés,
Trois fois entremêlés,
Luis, gardien de la magie,
Fearn, bouclier psychique
Duir, protecteur des corps,
Veillez, protégez, gardez. »


Un claquement sec, un bref flamboiement, et le cercle se referma. Le dernier éclair de Volt lui ricocha à la figure. Oups (non, bande de langues de vipère, je n’avais vraiment pas fait exprès. Je n’étais pas garce à ce point là). Je haussais les épaules et articulais un « désolée » sans le prononcer, avec un air contrit très convaincant… avant d’exploser de rire. Les nerfs, sans doute. Habituellement, je maîtrisais la moindre de mes réactions, quand je n‘étais pas en confiance. Allez savoir pourquoi, la torture m’avait un peu abîmée, et je réagissais parfois de matière incontrôlée et un peu étrange. Mais jusque là, j'avais été la seule à le constater.

« C’est du grand n’importe quoi, ce bordel. Si j’étais toi, je m’inquièterais Volt, parce que tu attires vraiment les emmerdes. »

Je me comptais évidemment dans le lot.

« Bon, tu comptes faire quoi maintenant que ce… truc » Je montrais le dit truc du doigt « est emprisonné. »

Je la scrutais du regard, et continuais, d’un ton empli de sarcasme :

« C’est bien beau tout !a, mais il est toujours aussi furieux, et toujours aussi… monstrueux. Et ne compte pas sur moi pour rouvrir cette garde tant que je n’ai pas un homme normal dedans. »

Je m’adossais au mur le plus proche, croisais les bras, affichant une attitude nonchalante.

« Je resterais bien encore un peu pour constater l’étendue de ton génie. Très bonne idée, d’ailleurs, les miroirs. »

Je prononçais la dernière phrase d’un ton tout ce qu’il y a de plus sérieux, cette fois. Il y a trois semaines j’aurais déjà filé à l’anglaise. Oh. Quelle horreur cette expression. J’aurais déjà filé à l’irlandaise, donc, depuis longtemps. Aujourd’hui, j’avais juste besoin de distraction. Droguée à l’adrénaline pour supporter la honte, la terreur et la douleur qui hantaient et tourmentaient mon âme meurtrie.
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Message posté : Jeu 21 Aoû 2014 - 17:54 Message
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Prudence se posa en douceur, perdant lentement de l’altitude. Dès qu’elle eut touché terre, elle fit quelques pas en arrière. Un réflexe pour prendre de la distance avec le monstre. Pauvre M. Croup. La majeure partie de son arrière-boutique était dévastée. Sa note d’électricité serait salée, lorsqu’il la recevrait. Il avait traumatisé sa vendeuse, qui n’allait sans doute pas revenir de sitôt. Et comme si cela ne suffisait pas, il ressemblait maintenant à un colosse sanguinaire et bestial, le genre pleins de muscles mais sans cervelle. La sorcière semblait très amusée par la situation. Elle s’esclaffa sans vergogne, avant de railler l’adolescente avec toute sa morgue. Prudence lui aurait volontiers fait avaler sa langue, à cette vipère. Mais elle avait d’autres problèmes plus immédiats.

- Alors ne fais rien et tais-toi.

Prudence avait parlé sans réelle méchanceté. Avec une distance imposée, un semblant de professionnalisme, comme on essaye de rassurer un civil sur les lieux d’un crime. Sans plus se préoccuper de Bloody Mary, elle se mit à faire le tour de la fameuse Garde avec curiosité. Elle ignorait combien de temps M. Croup pouvait rester piégé là-dedans, comme elle ignorait également l’étendue des pouvoirs de sa sorcière mal-aimée. Comment savoir si le monstre allait rester sagement à l’intérieur ? Et comment le faire redevenir humain ? Là se trouvait la réelle question. Prudence avait bien une théorie mais les chances que cela fonctionne étaient minces. Voire inexistantes. Ne rien faire, cependant, était impensable et tout aussi dangereux. Elle ne pouvait pas laisser le pâtissier dans cet état. Quelle qu’ait été la nature de son horrible mutation, ou le mauvais sort qui l’assaillait, Lightning Girl devait l’aider. En particulier parce qu’elle avait la désagréable impression que cette histoire était de sa faute…

- Nos conversations ne vont pas me manquer, Bloody Mary, après ça… Ta bulle… Pardon, ta Garde. Est-ce qu’un objet peut passer à travers ?

Sans attendre de réponse, elle s’activa à dénicher du gros sel et une longue louche dans le bazar ambiant. Vidant presque la boîte de sel dans ladite louche, elle s’approcha de nouveau de la créature captive. M. Croup cessa de s’agiter tel un fauve en cage. Il observa son avancée avec calme, un rictus dévoilant ses longues dents acérées. Ses yeux noirs sans pupilles, qui ne cillaient presque pas, ne quittaient pas Prudence, la rendant mal à l’aise.

- Test numéro 1.

Elle étendit le bras au maximum, en veillant de ne pas être à portée des bras du monstre, et approcha la louche emplie de sel vers la gueule de celui-ci. En espérant que le métal traverse la Garde, que M. Croup ait la bonne idée de renifler ou, mieux, d’avaler le sodium, qu’il redevienne normal… Cela faisait beaucoup à espérer d’un seul coup.

- Et si au lieu de te tourner les pouces ou de raconter des conneries, tu m’aidais à trouver des idées si ça marche pas ? Rends-toi utile si tu tiens tant que ça à rester ici.
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Message posté : Dim 24 Aoû 2014 - 11:54 Message
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Juste une fois, pour changer un peu, je fis ce que la jeune femme me demandait et restait dans mon coin en silence, attendant de pouvoir assister au prochain coup de génie de Volt. Finalement, la demoiselle me posa une question, et je levais les yeux au ciel. Je devais me taire, ou pas ?

« Rien ne passe là dedans à part moi, Volt. Contrairement à la fois où je t’ai enfermée toi dans une Garde, j’ai eu le temps de préparer correctement le cercle et de réciter une incantation complète. A moins d’être un magicien hors pair … » Je jetais un coup d’œil dubitatif au monstre. « … ce dont je doute, il restera enfermé tant que j’en aurais envie. »

Finalement, quand on travaillait en équipe, on n’était pas trop mauvaises, Volt et moi. Eurk.

« Tu me manquerais presque, Volt. Tu es extrêmement divertissante. »

Je l’observais verser ce qui me semblait être du sel dans une louche qu’elle avait dégottée Dieu sait où, vu le bordel ambiant. J’en connaissais un qui allait s’amuser pour ranger. La dite personne, chose plutôt, observait la jeune fille alors qu’elle s’approchait petit à petit. Levant les yeux au ciel, puisque je savais pertinemment qu’en l’état actuel des choses, son sel ne passerait pas ma barrière, je m’approchais, déposais délicatement un peu de sang sur l’ustensile de cuisine, et murmurais :

« D'oscail cad a Dúnadh. »

D’accord, la formule, c’était du pur décorum, pour la gamine. Techniquement, mon sang suffisait à ouvrir la barrière là où je passais. Elle se refermerait derrière, sans problèmes. Mais je n’allais pas donner les clés de mes sorts à ma jeune rivale, ça aurait été incroyablement stupide.

« Tiens, là, tu pourras le faire passer, ton sel. Quand je dis que rien ne peut rentrer là dedans, je dis pas ça pour plaisanter ou me moquer de toi. »

Aide moi à trouver des idées, aide moi à trouver des idées, elle était mignonne, la gamine, c’était elle l’héroïne en herbe, pas moi. Je ne jouais pas vraiment du côté des bons samaritains. Néanmoins, je me fendis tout de même d’une remarque en passant.

« Si je peux me permettre, mon chou, je te signale que je sens de la magie à l’œuvre. Je pourrais presque la goûter. »

Je pouvais affirmer sans aucun problème que M. Croup n’était pas naturellement enclin à la mutation en créature à moitié folle et complètement sanguinaire. Cette histoire, ça sentait la malédiction à plein nez. Soit le boulanger avait fâché la mauvaise personne (qui était bien idiote, transformer quelqu’un qui vous emmerde en monstre capable de dévorer un être humain, c’était un choix un petit peu incohérent, si vous vouliez mon avis), soit il avait touché quelque chose qu’il ne fallait pas. Dommage pour lui. Je m’approchais de la créature, qui regardait le sel gentiment proposé par Volt d’un air méfiant, sans en avoir vraiment envie apparemment.

« Cela dit, avant que tu ne me demandes mon aide, c’est pas mon rayon. Magie noire, ça, c’est sûr, mais la même que celle que je pratique. »

Vraiment pas la même. Je n’étais pas certaine de ce qu’il en était, mais je savais au moins que les sorciers et sorcières du sang se faisaient rares… après tout, même les arts noirs prohibaient l’usage de l’hématomancie. Allez savoir pourquoi.

« Il doit quand même y avoir un moyen de renverser le sortilège, au moins temporairement, mais quelle que soit la raison pour laquelle il s’est déclenché d’un coup, il y aura toujours un risque qu’il… bascule de nouveau. »

Je sursautais à cet instant, car la créature avait décidé d’avaler le sel, et de croquer un bout de la louche avec. J’avoue, je ne m’y attendais pas trop. Je le regardais d’un air songeur, tandis qu’il mastiquait tout ça, sans effet particulier sur son petit problème de dents et de griffes.

« Au fait, tu sais ce qui l’a rendu comme ça ? »

Je voulais bien essayer de trouver une solution – tant d’altruisme, je m’impressionnais moi même – mais avec tous les éléments en main, c’était plus pratique.
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Message posté : Sam 6 Sep 2014 - 17:04 Message
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Crounch ! La louche ressortit de la Garde magique avec une taille drastiquement réduite. Soit la moitié de l’ustensile venait de disparaître dans la gueule bardée de crocs de M. Croup. Prudence écarquilla de grands yeux, muette de stupéfaction, son attention fixée sur la malheureuse louche estropiée. Elle leva les yeux sur le pâtissier envoûté. Le sel ne semblait pas le déranger outre mesure. Il mâcha consciencieusement le métal et le sodium comme s’il s’agissait d’un ourson en guimauve et avala, sans rechigner ni quitter du regard ses deux proies. Bon, le sel, clairement, ça ne fonctionnait pas. Du sucre, encore ? Pour inverser la transformation ? De l’eau, peut-être ? En espérant qu’il ne se dédouble pas et ne devienne pas encore plus monstrueux, à l’instar des Gremlins !

- Okay… On peut oublier le sel, je crois.

A travers le babillage incessant – et agaçant – de Bloody Mary, l’adolescente capta une information intéressante. M. Croup n’était donc pas sujet à une mutation génétique particulièrement embarrassante : il avait été ensorcelé ! La belle affaire ! Prudence n’y connaissait rien en magie. Bien sûr, elle connait vaguement les univers fantastiques, Harry Potter, le Seigneur des Anneaux et autres trucs magiques. La seule sorcière qu’elle fréquentait – par la force des choses – se trouvait à côté d’elle et ne l’enjoignait pas à faire confiance à une quelconque forme de sorcellerie. Il y avait bien le professeur de magie à Star High, M. Pennington. Mais Prudence n’avait jamais suivis – ou alors de très loin – un de ses cours. Bref, elle entrait en totale Terra Incognita.

- Quelqu’un aurait jeté un sort sur M. Croup ?! Mais qui aurait pu lui faire ça ? Et pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter un truc aussi horrible ?

Star City… Mais quelle ville de fous, franchement ! On y trouvait tout et n’importe quoi ! L’apprentie héroïne sentait que la situation lui échappait complètement. Elle se passa une main sur le visage, avant d’envoyer la demi-louche valser par-dessus son épaule. Puis vint la question. LA question, tant redoutée, à laquelle elle n’était même pas certaine d’avoir une réponse. Mais si elle avait raison, tout était de sa faute. Encore une belle connerie à ajouter à son CV. Rien que d’y penser, elle voyait le regard glacial de tante Emery la clouer sur le pilori de la honte et de la bêtise suprême.

- Euh… Eh bien, je pense que c’est à cause du sucre. Il a pris un petit bout de pain au chocolat et… Voilà. La minute d’avant, il était humain. Et la minute d’après, il ressemblait à… Ça.

Inutile de préciser que c’était elle qui avait proposé avec insistant au pâtissier de la manger, ce morceau maudis. Bloody Mary allait devenir invivable, si elle savait. Le colosse lui renvoya un regard vide, empli de férocité qui n’attendait que de se libérer. Un étrange rictus dénuda à nouveau ses dents aiguisées en fil de rasoir. On aurait presque cru qu’il souriait… Avec un sursaut d’horreur, Prudence préféra détourner le regard et se concentrer sur l’autre personne à peu près normale de la pièce. Certes, c’était une sorcière hystérique et un peu psychopathe sur les bords, mais avait-elle vraiment le choix ? Ce n’était pas le moment de cracher sur la seule aide possible.

- C’est peut-être le pain au chocolat qui est maudit !

Sans attendre une réponse de la part de la rousse, elle se précipita dans la boutique et récupéra son sac éventré. Elle vérifia rapidement que son portable était en état. Puis courut rejoindre la sorcière et la créature captive. Elle déposa dans la main de la première l’arme du crime : le fameux pain au chocolat. Il avait toute la semblance d’une pâtisserie ordinaire : la texture, le parfum, le goût sans doute. Il avait l’air délicieux. Une tentation irrésistible. Une fois, sur une chaîne câblée, Prudence avait assisté à la capture en directe de deux serpents aquatiques en Amazonie. Le documentaire expliquait que ces petits serpents portaient de vives et colorées écailles, pour mieux tromper par leur beauté. Cela se retrouvait souvent dans la faune sauvage. Plus l’animal est beau, plus il venimeux. Ce pain au chocolat était peut-être la clé ?

- Pourquoi serait-il en rayon, dans ce cas ? Pourquoi l’avoir vendu ? Pourquoi avoir accepté d’en manger un morceau ?... Ah, j’comprends rien !

Son exclamation frustrée trouva un écho chez la monstrueuse créature enfermée dans la Garde. Elle feula et commença à s’agiter, tournant sur elle-même tel un lion en cage. Prudence leva les yeux au plafond, à la recherche d’un quelconque secours. Ce n’était pas ce genre d’acte héroïque auquel elle avait pensé en arrivant à Star City. Mais elle y était confrontée. Et devait agir en conséquence. Même si, cette fois, cela ressemblait beaucoup à du n’importe quoi.

- C’est du délire… Le type qui est à l’origine de ce sort sur M. Croup est vraiment un crétin. Y’a pleins de failles dans son plan ! Si ça se trouve, il a même laissé une carte de visite !

… Ne me dites pas que j’ai raison, quand même !
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Message posté : Mer 10 Sep 2014 - 14:20 Message
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On peut oublier le sel ? Non, mais vraiment ? Elle était bien mignonne, cette petite, mais pour l'efficacité on repasserait.

« Bravo, Sherlock, j’aurais pas dit mieux. »

Je l’écoutais se mettre à s’étonner de ce que je lui avais dit d’une oreille seulement. Pourquoi ? Elle se demandait sincèrement pourquoi ? Parce qu’il y avait des gens mal-intentionnés dans ce bas monde, et qu’il y avait aussi des gens mal intentionnés ET incroyablement cons. Je persistais dans le fait de dire qu’il fallait être idiot et avoir une envie de mourir dans d’atroces souffrances pour créer ce genre de créature de cauchemar. Mon humble avis de praticienne de la magie.

- Euh… Eh bien, je pense que c’est à cause du sucre. Il a pris un petit bout de pain au chocolat et… Voilà. La minute d’avant, il était humain. Et la minute d’après, il ressemblait à… Ça.

En entendant ce discours hésitant, je repris le fil de la conversation – du monologue, plutôt – de la gamine. J’avais la nette impression qu’elle se sentait coupable. N’en étant pas certaine, je me retins de lui demander si, vraiment, c’était de sa faute si on en était là (j’aurais dû résister à l’envie de la donner en pâture à M. Croup, histoire de voir si un peu de viande fraîche lui faisait du bien). Vraiment, Volt était un excellent test pour mon sang-froid.

« Je dirais, mais ce n’est que pure supposition de ma part, que le type n’était pas au courant que son pain en chocolat risquait de le transformer en boule de fourrure mal lunée. »

Je regardais le pain au chocolat dans ma main, puis Volt. J’avais bien une idée pour déterminer si c’était le sucre ou la pâtisserie elle-même qui était ensorcelée, mais je n’étais pas sûre qu’elle serait bien reçue. Cela dit, c’était apparemment la faute de cette petite idiote si on en était là, alors… Je découpais un petit morceau de la pâtisserie et la fourrais dans la bouche de Volt pendant qu’elle s’excitait sur le pourquoi du comment, avant de la forcer à avaler. Puis je reculais de quelques petits pas prudents, et observais mon cobaye du jour … qui avait l’air normal.

« Bon, et bah, l’avantage, c’est que maintenant je suis sûre que c’était pas le pain au chocolat en lui-même. Plutôt le sucre. L’inconvénient, c’est qu’on a toujours le yéti sur les bras. En plus dentu. Et griffu. Voilà, quoi. »

Je sentais que j’allais me faire engueuler, vu le regard furieux de mon petit écureuil préféré. Mais l’idée de la carte de visite n’était pas si bête, en fait. La magie, ça laissait des traces, et peut-être que je serais en mesure de pister l’auteur du sort. S’il était dans le coin.

« Dis, si ça se trouve, je peux trouver qui a lancé le sort grâce à… ça. » Je désignais Boule de fourrure. « Le petit souci, c’est qu’il me faudrait quelques gouttes de son sang, pour ça, et je suis quasiment sûr qu’il ne sera pas d’accord pour me donner un échantillon. »

Regard interrogateur à la créature qui montrait joyeusement toutes ses dents.

« Mais, je dois avouer que le type qui a jeté ce sort avait quelques cases en moins : si je voulais punir quelqu’un, je n’irais pas inventer ça. »

Ça grogne. Apparemment, il n’aime pas qu’on parle de lui.

« Je veux dire, si tu avais un ennemi, ça te viendrait à l’idée de le transformer en yéti capable de bouffer du métal comme si c’était un bonbon ? »

Je l’interrogeais du regard, la gamine. Faisant mine d’ignorer qu’elle avait probablement quelques récriminations à mon égard.
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Message posté : Mer 10 Sep 2014 - 15:33 Message
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Prudence manqua s’étouffer avec le morceau de pâtisserie. Cramoisie de rage, elle avala néanmoins, au risque de paraître ingrate ou, pire, de devenir monstrueusement horrible. Ou horriblement monstrueuse… Comme vous voulez ! Cette abrutie de sorcière savait-elle à quoi elle les exposait toutes deux ? Le pain au chocolat n’était pas maudit. Au moins, on pouvait être sûr de ça. Mais cela avait été le cas, Blood Mary aurait dû songer aux risques quasi mortels de se retrouver face à une électrokinésiste démoniaque !

Alors qu’elle s’apprêtait à la noyer sous un flot d’insultes, la sorcière enchaîna comme si de rien n’était. Prudence fut coupée net dans son élan vengeur. Le raisonnement, beaucoup plus raisonnable que le précédent, de sa comparse du jour se révélait très intéressant. L’idée de la carte de visite invisible n’était pas si idiote, finalement. La suite, cependant, n’avait rien de rassurant. L’adolescente ouvrit de grands yeux stupéfaits. Son teint écarlate vira subitement à une pâleur presque maladive. Elle ne devait quand même pas… Non, c’était une blague, hein ? Bloody Mary plaisantait !... N’est-ce pas ?

- Tu te fous de moi ? s’étrangla-t-elle.

Elle jeta un bref regard horrifié à M. Croup, qui attendait sagement dans sa prison immatérielle. Il poussa un faible grognement, comme s’il attendait la suite avec impatience. Son rictus, parodie de sourire humainement impossible dans son cas, dénudait des rangées de ses crocs de requin. Il semblait s’amuser de la situation. Un frisson glacé parcourut l’échine de Prudence. Qui reporta aussitôt son attention sur la gothique.

- Tu veux que je mette ma main là-dedans et que je le pique avec une aiguille ? T’aurais pas une meilleure idée ? C’est suicidaire !

Elle secoua la tête, tentant de s’éclaircir les idées.

- Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il a une peau très dure. Et même l’électricité ressemble à des chatouillis tout juste désagréables pour lui ! Comment veux-tu que je récupère son sang ? Qu'est-ce qui va l’empêcher de me bouffer un bras pendant que je le fais, hein ?

Elle songea à son portable, au fond du sac. Si elle appelait sa tante à l’aide, elle serait automatiquement rapatriée dans le Kansas. Et si elle priait la police ou des ambulanciers de l’aider, ils la prendraient d’abord pour une folle, puis pour une suspecte. En supposant qu’Anka, la vendeuse traumatisée, n’ait pas déjà ameuté tous les commissariats du coin…

Il y avait aussi la possibilité d’appeler Jace… Oh non, pas question ! Elle perdrait aussitôt toute crédibilité auprès de son ami Légionnaire. Et elle deviendrait la risée du lycée si cela venait à se faire savoir. Prudence n’avait jamais fait très attention à sa réputation. On la disait bagarreuse, sympathique et intelligente, quoiqu’insupportablement franche au point de manquer de tact, à Star High. Que penseraient sa famille, ses amis, et la Légion des Etoiles, s’ils voyaient se liquéfier une petite étudiante incapable de sauver un seul homme ? C’était encore une impasse.

Elle soupira, résignée. Et dit en haussant les épaules :

- C’est clair qu’il manque des cases à ce type… Peut-être qu’il voulait causer le plus de dégâts possibles ? Et quoi de mieux qu’un monstre ultra-violent pour ça ? Ce serait une forme de vengeance ? Un jeu sadique ?

Une idée lui traversa alors l’esprit, aussi claire et vive qu’un éclair. Retrouvant son sang-froid, elle parvint à suffisamment se persuader mentalement que c’était une bonne idée. Il ne restait plus qu’à la mettre en place. Et tant pis si cela ne plaisait pas à Bloody Mary, elle n’avait pas qu’à trouver une solution elle-même !

- Je vais attirer l’attention du monstre pendant que tu passeras à travers à ta Garde pour… euh… Prendre un échantillon. Trouve un objet pointu. Je m’occupe du reste.

Prudence se mit face à la créature. Elle ferma les yeux. Autant pour augmenter sa concentration que pour ne soutenir ce regard noir, aussi insondable qu’un abime. Ce regard-là la mettait inexplicablement mal à l’aise. Il fallait bien avouer qu’être dévisagée comme si on n’était guère plus qu’une belle pièce de viande, cela avait de quoi perturber l’esprit… La température corporelle de Prudence commença à monter en flèche. Cet exercice se montrait relativement désagréable et lui demandait beaucoup de maîtrise. Il s’agissait de maintenir son énergie aux frontières de son épiderme. Bientôt, une myriade de minuscules étincelles crépitèrent à la surface de la peau de la jeune fille. L’électricité produite faisait se hérisser les poils des bras et les cheveux. Prudence s’illuminait telle une torche vivante, ou plutôt une ampoule à taille humaine. En espérant que la diversion fonctionne…
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Message posté : Mer 10 Sep 2014 - 22:26 Message
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« En fait, depuis le début je me fous de toi, Volt. Il serait temps que tu t’y fasses. »

De temps en temps, l’honnêteté avait quelque chose de libérateur. Surtout quand la cible était une adolescente insupportable et gaffeuse au possible.

« Mais en l’occurrence, non, je suis tout à fait sérieuse. Et je pensais à quelque chose d’un peu plus piquant qu’une aiguille, chérie. Avec une aiguille de rien du tout, tu ne perceras pas grand chose, en effet, mais il se trouve que j’ai… »

Avant qu’elle ne reprenne, j’étais déjà allée récupérer ma dague dans le fratras qu’était devenue la boutique. Je notais de chercher un autre endroit où acheter mon pain, en passant. M.Croup n’allait pas rouvrir de sitôt.

« Je pense surtout que le mec était tordu, et qu’il avait peut-être envie de s’amuser un peu. Ça ressemble tout à fait aux genres d’idioties que certains mages persuadés d’être le nouveau puissant mage noir de notre ère irait inventer. Un mage un peu limité, tu vois bien le genre. »

De l’art de décrédibiliser l’intelligence des mages en tous genres. J’étais une sorcière et une druidesse, moi, je ne frayais pas avec ces petites créatures là. A ce moment là, Volt décida unilatéralement que ce serait moi qui allait risquer ma menotte pour récupérer un échantillon sanguin, alors même qu’elle s’insurgeait contre la possibilité de s’y coller quelques secondes auparavant. Bonjour l’hypocrise, songeais-je, avant de signaler à voix haute :

« Bonjour l’hypocrisie, Volt. Il y a quinze secondes tu me traitais de folle parce que je te demandais de mettre ta main là dedans, et tout à coup ça te paraît tout à fait acceptable ? T’es pas si idiote que ça, gamine, finalement. »

Sur cette petite provocation, je laissais mon acolyte du jour jouer à la lampe torche, et pénétrais la garde de la main. Ce que je n’avais pas signalé à la jeune fille, c’était que j’étais encore protégée par mon sort, moi, et que je ne craignais pas grand chose, fondamentalement parlant. En tous cas, coup de bol, ou passion dévorante de notre yéti personnel pour les jolies lumières, il ne comprit pas ce que je fabriquais jusqu’à ce que j’ai piqué sa peau d’un bon coup de dague (oups) suffisant pour percer sa peau et faire se retourner Bestiole avec un rugissement.

A ce moment là, cependant, j’étais déjà en sécurité de l’autre côté de ma garde. Je récupérais ma dague, allais m’asseoir sagement dans un coin de la pièce à peu près épargnée (très très approximativement, cela dit), et déblayais une zone neutre.

« Tu peux me dégotter du sel et une bougie dans ce bordel, Volt ? »

Etonnamment, la gamine réussit à me trouver cela. Pratique, comme assistante. Peut être que je devrais la garder, finalement. Je positionnais la bougie, allumée à l’aide de mon propre briquet, au centre de l’espace que j’avais dégagé. Puis j’entourais la dite bougie d’un cercle complexe fait de runes associées les unes aux autres dans une forme circulaire, tracée avec mon sang, évidemment. J’imprégnais enfin un petit bout de coton pioché dans mon nécessaire à magie du liquide gouttant de ma dague, et commençais à psalmodier doucement en plaçant le coton au dessus de la flamme :

« Magie et sang,
Par Nuin reliés,
Un seul corps, une seule entité,
Par Gort, à mon âme reliée,
Que le pouvoir recherche
Celui qu’Om pourra trouver. »


      Lancer de dés #1 :
      RÉUSSITE : Le sort finit par aboutir, et je localisais le mage noir dans mon esprit.
      ÉCHEC : Malgré mes efforts, le coton acheva de se consumer sans que je ne localise le mage.

« Désolée, Volt, mais ça ne marche pas. »

Je grimaçais, mécontente du résultat. Extrêmement fâchée, même.

« Il a dû se protéger pour qu’on ne puisse pas retrouver sa trace, ce salaud. Si tu as une autre idée, je suis preneuse. Parce que là, on est de retour au point mort. »

Moi, je séchais quelque peu. Je n’étais pas friande de malédictions. Oh que non. C’était le genre de choses qui ne pouvaient que mal tourner, au final. Superstition idiote ou savoir millénaire sorti d’on ne sait où, je n’en avais aucune idée, mais en tous cas, je ne touchais habituellement pas à ces petites choses là. Néanmoins, la curiosité étant ce qu’elle était, je savais que j’avais chez moi quelques bouquins susceptibles de nous aider, soit à passer outre la protection du sorcier responsable, soit à lever la malédiction de M. Croup. Ce que je transmis obligeamment à Volt :

« En fait, j’aurais peut-être un livre ou deux qui pourraient m’aider à trouver une solution. A moins que tu n’aies eu une nouvelle et lumineuse idée entre temps ? Je peux passer chez moi récupérer le matériel, si ça t’intéresse, en tous cas. De toute façon, Monsieur le yéti n’ira pas bien loin. »

Pour rien au monde je n’aurais admis devant la gamine que je m’amusais comme un petite folle. Et pourtant, c’était bel et bien le cas.
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Message posté : Mer 10 Sep 2014 - 22:26 Message
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Message posté : Mer 24 Sep 2014 - 16:56 Message
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Prudence suivit des yeux toute l’opération magique, partagée entre une légitime méfiance et un émerveillement étonné. Elle se surprenait à voir de la beauté dans les gestes mesurés de la sorcière. Le résultat ne fut malheureusement pas à la hauteur de leurs espérances. L’hypnotisante pratique de la magie s’évanouit dès lors que le coton se consuma entièrement. Le charme fut rompu. Et Prudence reprit ses esprits. Elle s’ébroua comme au sortir d’un rêve. Son visage se ferma telles les voiles d’un navire dans la tempête. Elle tapa rageusement du pied. Tout allait de travers ! C’était un échec. Déçue et furieuse, l’adolescente commença à perdre espoir. Elle ne voyait absolument pas quoi faire d’autre.

- Quoi ? Tu veux me laisser seule avec lui ?!

Elle redressa le nez et dévisagea avec de grands yeux interloqués sa comparse du jour. Cette perspective ne l’enchantait pas du tout. Nullement rassurée quant à l’efficacité de cette Garde, posée par Bloody Mary, autour de M. Croup, elle ne s’imaginait pas faire le guet et patienter gentiment pendant que…

- Et comment espères-tu me convaincre que tu vas revenir, avec de bons sentiments et tes bouquins ? Je suis censée te croire sur parole ? rétorqua-t-elle en ricanant.

Ses yeux tombèrent sur la dague sacrificielle, dont la lame effilée reflétait parfaitement la lumière des lieux à tel point elle devait être aiguisée.

- D’accord. Vas-y, rapporte ce dont tu as besoin. Mais tu laisses cette dague ici. Comme gage de ta bonne foi.

C’était peut-être un peu fort de café. Mais au moins, Prudence avait maintenant une garantie que la sorcière revienne l’aider. Prudence ne l’aurait jamais admis de vive voix - surtout face à cette pseudo-délinquante de l’hémoglobine – mais elle doutait de pouvoir s’en sortir seule. Si Bloody Mary refusait de donner sa dague, cela signifiait qu’elle n’avait l’intention de revenir. Auquel cas, elle n’était pas digne de confiance. Et son plan tombait à l’eau.

- Je vais faire le guet pendant ce temps.

Il lui suffirait de retourner le petit panonceau « Open » en « Closed » et de surveiller la rue. En espérant très fort que la situation ne dégénère pas plus…
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Message posté : Jeu 25 Sep 2014 - 16:25 Message
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« Oh, Volt, tu as peur de te faire manger ou quoi ? »

Quoi que, à la réflexion, ce n’était peut-être pas un bon choix de mots. Enfin, tout en levant les yeux au ciel avec insistance, je lui tendis ma dague après l’avoir ramassée. Finalement, elle était récupérable, la gamine : elle ne faisait pas confiance à n’importe qui. Bravo, championne.
Je m’esquivais aussitôt. Une petite dizaine de minutes plus tard, je repassais la porte gentiment, passant la tête prudemment dans la boutique.

« Toujours en vie ? »

Une réponse positive – plus ou moins – et un grognement me parvinrent. Apparemment, le yéti allait bien lui aussi. Il faisait preuve d’une patience réconfortante. Je revins m’installer, grimoire en main, auprès de Volt. Et de nouveau, j’étais assise par terre. Sérieusement, c’était moi qui faisais tout dans cette affaire. Oh, non. Pardon. La pile électrique sur pattes avait réussi à transformer un boulanger en monstre. Belle réussite.
Je récupérais ma dague, la remis dans mon sac, et ouvris le fameux bouquin apparemment au hasard, juste à la bonne page. Comme beaucoup des livres que j’avais pu récupérer à force de recherches patientes et plutôt longues, il était en gaélique – une forme pour le moins désuète, d’ailleurs, dans le cas qui m’intéressait. Volt pourrait toujours essayer de lire par dessus mon épaule, ça risquait de la laisser perplexe.

Bon, alors, comment je pouvais faire pour rendre son apparence humaine à un monstre griffu et dentu. Il me fallait l’objet du délit – apparemment du sucre, le pouvoir d’une praticienne, mon sang, en somme, et un pentagramme sur lequel je devais placer la créature. Ça allait être facile, ça si. J’y croyais. Pas. Je relevais un regard ennuyé vers ma partenaire malgré elle.

« Tu vas encore avoir du travail, Volt. Réjouis-toi. »

Je déblayais un large espace derrière la garde, et commençais à dessiner avec mon sang – je commençais à fatiguer largement, à force. J’étais en train de me vider pour une gamine idiote et un type que je connaissais simplement parce que je lui achetais des gâteaux une fois par semaine depuis une année ou deux. Mon karma allait définitivement apprécier, un peu de bonté. Peut être que ma chance reviendrait ensuite, qui sait ?

Cinq bonnes minutes plus tard, un magnifique pentagramme rempli de symboles dignes d’un film hollywoodien trônait dans l’arrière boutique, et j’avais tout préparé pour transférer Bestiole de sa garde à une nouvelle. J’avais rajouté un cercle extérieur à mon diagramme, une garde en devenir. Puis j’en avais ajouté une troisième, de garde, qui entourait à la fois la cloche sous laquelle se trouvait enfermé notre petit problème à poil, et le schéma sensé le ramener à une apparence plus normale.

Je dressais cette dernière aussitôt, puis fis tomber celle qui retenait jusque là Bestiole. Qui n’avait pas l’air d’avoir envie de bouger.

« Voilà, maintenant, gamine, tu te débrouilles pour faire passer Monsieur de là… » je pointais le cercle de sang inerte au cœur duquel trônait Bestiole. « … à là. » Cette fois, je lui désignais le fameux pentagramme. « Ensuite, je le renferme sur le dessin, je prononce une formule, et tu pourras me remercier pour ma participation. »

Bon plan, qui devait pouvoir se dérouler sans accrocs, à priori. A priori.

« Le dernier rempart magique laissera passer ton pouvoir, t’as même pas besoin de rentrer dedans. »

N’étais-je pas plutôt talentueuse, à mes heures ?
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Les aventures de Volt et de Bloody Mary chez le pâtissier démoniaque

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