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Chroniques de la défaite de Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, et des glorieux & héroïques événements qui s'ensuivirent

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Message posté : Jeu 14 Aoû - 19:08 Message
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14 août 2014

— Je suis Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl !
— Ah.

Le garde de Zoglar perdit bien vite de sa forme : au lieu de l’imposante armure d’écailles d’exons, cirée à la graisse antharacienne, comme il était d’usage dans la Garde Impériale, une marinière légère se dessinait peu à peu, tandis qu’un jeune homme blond prenait forme. Ambre épousseta ses épaules d’un revers de main et déclara :

— Je suis Ambre. Juste Ambre.

Avant de lever une main.

— Cela dit, on m’appelle aussi le Trickster. Comme à Halloween. Vous connaissez Halloween ?
— Qu’est-ce qu…
— Ne vous inquiétez pas, moi non plus, il y a quelques semaines, je ne connaissais pas. Mais je regarde la télévision — vous avez la télévision ? — non, hein — vous ratez des trucs, je ne vous dis pas — Oprah par exemple — j’adore Oprah — je regarde la télévision, donc, je disais, oui voilà, je regarde la télévision…
— Repose cette fiole.
— .. et il y avait un reportage l’autre jour sur la tradition d’Halloween.
— GARDES !

Ambre s’interrompit, la fiole qu’il avait attrapé dans l’une des vitrines dont la succession encadrait de part et d’autre l’allée menant au trône impérial, dans la salle de réception. Le Trickster jeta un coup d’œil aux deux quatre gardes massifs, de part et d’autre du trône en question, sur lequel Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, avait posé son auguste et démoniaque séant.

— Ah, hmoui, je devrais sans doute vous dire : ce ne sont plus vos gardes.
— Ah oui ? Et qu’est-ce donc, selon toi, misérable petit avorton ?

Interrogea Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, avec une ironie cruelle.

— Des cochons.
— Des cochons ?
— Des cochons.

Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, considéra ses gardes avec une once de perplexité.

— Des cochons avec un sortilège d’illusion, pour être précis. Pas le mien, le sortilège, évidemment, j’ai toujours été nul pour les sortilèges, mais j’ai une amie qui est géomancienne dans le village d’à côté, enfin pas à côté à côté, mais vous voyez l’idée, bref, elle est géomancienne, et vous lui donnez un peu d’argile d’Alass-Tan Prime, et là… Vous savez où c’est, Alass-Tan Prime ?

Ambre désigna le plafond.

— Par là. Mais plus à gauche.

Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, n’ayant aucune aide à attendre de ses gardes-cochons, leva son auguste et démoniaque séant de son trône de corne et referma sa main à trois doigts sur son épée de cérémonie.

— Enfin, techniquement, plus à gauche et dans une autre dimension, mais enfin voilà. Donc, j’en étais où ?
— Repose cette fiole, Trickster.
— Laquelle ?

Ambre en sortit une autre de sa poche.

— Parce que j’en ai plusieurs. Enfin, on peut mélanger, pour gagner de la place.

Le Trickster déboucha les deux fioles, versa la seconde dans la première, referma la première et se mit à l’agiter vigoureusement.

— Vous savez, vous devriez mettre des étiquettes sur vos objets de collection. Conserver des Larmes de la Prophétesse, comme ça, c’est pas très, très prudent. Imaginez que quelqu’un passe par là, quelqu’un qui se baladerait, mais après, je dis ça au hasard, quelqu’un qui se baladerait avec…

L’épée de cérémonie s’abattit vers le crâne d’Ambre qui fit un pas de côté pour se retrouver à l’autre bout de la pièce.

— … une fiole d’Esprit de Senteaume et là, hop !

Ambre lança sa fiole sur le démon. La fiole se brisa et un épais nuage de fumée enveloppa Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl.

— C’est le coma assuré pour l’éternité.

Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, s’effondra sur le sol avec un lourd fracas.

— Bon, venez les cochons, on s’en va.

Tout cela lui avait donné faim. Après avoir ramené les cochons à leur légitime propriétaire, une paysanne qui cultivait ses terres non loin de la forteresse ci-devant impériale de Zoglar, ci-devant Seigneur de Maral-Dûl, Ambre sortit de la porcherie pour ouvrir le rideau d’une cabine d’essayage d’un H&M de Star City et déclarer, sous le regard médusé d’une vendeuse :

— Génial, je la prends.

Il tourna dans le couloir qui menait des cabines d’essayage au magasin, arriva dans une ruelle non loin de là et se transforma en corbeau pour prendre son envol et se laissa porter, pendant quelques minutes, par les courants d’air chaud. Le Trickster vint enfin se poser sur une fenêtre, non de loin de là, et tenta de se faire introduire dans une cuisine qui paraissait prometteuse.


Sans succès. Un peu déçu, Ambre reprit son envol et erra pendant de nouvelles et trop longues minutes, avant de localiser le spectacle splendide que seul l’été permettait : une fenêtre ouverte. Ni une, ni deux, l’oiseau s’engouffra dans l’appartement et un jeune homme blond, en marinière, atterrit au milieu de la chambre. Espérant vraiment qu’il y aurait des graines au menu, Ambre quitta la chambre pour la cuisine et se mit à fouiller dans les placards.

Quelques minutes plus tard, le corbeau s’était installé sur le bureau d’Amber, avec un bol plein de grains de riz, qu’il picorait, en tournant de temps à autre les pages d’un livre avec sa patte gauche.
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Message posté : Ven 15 Aoû - 17:23 Message
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Les règles de vie, chez Zach, n’étaient pas trop compliquées : ne pas toucher à son ordinateur, uniquement au PC portable si elle en avait besoin. Très drôle. Elle ne savait déjà pas se servir d’un téléphone, ce n’était donc pas elle qui allait briser cette règle. En fait, la vie en collocation avait été plus facile que ce qu’elle avait imaginé. Le seul gros problème c’était de mettre de catastrophe ambulante, poursuivi par la poisse, sous le même toit. Il n’y avait qu’avec Zach que l’anglaise avait pu se retrouver enfermée dans un jeu vidéo. Quand on vous dit qu’un ordinateur c’est le mal !

Le propriétaire des lieux – du moins, le fils du propriétaire – était parti et, Amber avait décidé de s’enfermer dans sa chambre pour éviter une énième catastrophe. Elle en était certaine : les pieds des tables se déplaçaient pour atterrir sur ses pieds, les objets se plaçaient de manière à ce qu’elle les fasse tomber, et la vaisselle se positionnait en équilibre pour s’écraser sur sa tête quand elle voulait attraper une tasse. Un objet inanimé, c’est le mal !

Assise devant son bureau, le nez penché sur un bouquin, Amber était en train de faire des recherches pour le prof d’histoire de la Star High, comme il lui avait demandé. Une concentration qui fut mise à rude épreuve par Bob, son rat, qui essayait de ronger le bord des feuilles. Chose qui aurait été facile, pour lui, de faire si, à la place de ses dents, ne s’était pas retrouvé une sorte de plastique. Pour la défense d’Amber, après avoir vu quelqu’un perdre une dent dans un combat, elle avait essayé de créer une formule pour réparer ladite dent. Bob, en bon cobaye tout désigné, avait testé la formule et c’était retrouver avec un bout de plastique. Les expériences magiques, c’est le mal !

Après avoir repoussé Bob une énième fois, elle arriva enfin à écrire quelques lignes tranquilles sur une feuille. Mais, très vite, un bruit de placard dans la cuisine se fit entendre. Bizarre, elle n’avait pas entendu la porte d’entrée. Vu qu’il n’y avait pas d’autres raisons pour que ce soit quelqu’un d’autre que Zach, la jeune anglaise ne se formalisa pas plus que cela et préféra termina sa phrase avant de se lever pour aller le saluer. Quelques minutes plus tard, un rat sur l’épaule, elle sortit de sa chambre pour arriver dans la pièce principale.

« Zach ? »

Pas de Zach. Elle n’avait pas rêvé le bruit du placard quand même ? – Les champis hallucinogènes, qu’elle ne prenait pas, c’est le mal ! Parcourant la pièce du regard, elle en arriva très vite à un corbeau, devant un bol, en train de tourner les pages d’un livre.

« Zach ! »

Deux hypothèses. 1, Un corbeau était entré, s’était servi à manger et s’était installé en lisant un livre. Hypothèse, bien évidemment, rayée des possibilités. Juste impossible. 2, Zach était rentré et, par une envie étrange, avait voulu se faire un bol de graine. Il s’était ensuite installé sur l’ordinateur avait, encore, reçut un programme malveillant et s’était retrouvé changé en corbeau. Et là, il lisait un bouquin pour savoir comment se sortir de cette situation. Hypothèse gardée et validée, tellement ça lui semblait logique dans son petit univers tout étrange.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

Un peu inquiète, quand même, Amber s’était dirigée vers le bureau pour se mettre accroupi devant, histoire d’être à la hauteur du présumé-Zach. Bob, lui, en profita pour descendre de son perchoir et de tourner autour du volatile qui ne lui inspirait pas confiance.

« Je suis bête, je suppose que tu ne peux pas parler. »

Et elle n’essaya même pas son pouvoir d’empathie puisque, de toute façon, Zach n’était pas réellement un animal.

« Oh mais tu peux peut-être écrire, si tu peux tourner des pages, hein ? Attends, ne bouge pas. »

Elle se relava pour aller chercher une boite de stylo planquée en hauteur. Qui avait foutu ça en hauteur ? Ah, oui, c’était elle après en avoir eu marre de la ramasser 3 fois par jour parce qu’elle foutait toujours un coup dedans. Sur la pointe des pieds, du bout des doigts elle essaya d’atteindre la boite qui, fatalement, lui tomba dessus. Normal. Bienvenue dans la vie d’Amber. Se massant le front, elle prit un stylo et une feuille et retourna vers le corbeau qu’elle posa sur le livre devant lui.

« Tient, tu peux tenir le stylo ? Je devrais pouvoir t’aider mais il faut que je sache ce qu’il s’est passé. »

Et quand on voyait les expériences foirées sur Bob, on pouvait être en droit de douter de sa capacité à aider Zach – qui n’était pas Zach ! Oh, elle saurait probablement lui rendre une forme humaine mais, pas sûre que tous les organes et membres se retrouvent au bon endroit.

« Ou alors, je te pose des questions et tu hoches une fois la tête pour oui, et deux fois pour non, si tu préfères ? »
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Message posté : Ven 15 Aoû - 21:50 Message
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L’informatique humaine, c’était décidément bien compliqué. Pour l’humain lambda, le Trickster était probablement une sorte de génie polytechnique, mais les connaissances du voyageur étaient pour le moins chaotiques, faites des impressions technologiques reçues dans des dizaines de milliers de mondes différents, pendant plusieurs millénaires, à divers degrés de perfectionnement. Ambre était plus à l’aise avec les concepts fondamentaux de l’astrophysique ou de l’alchimie qu’avec les applications pratiques, toujours variables, toujours instables, des grandes théories scientifiques. Par exemple, l’informatique humaine, il trouvait ça bien compliqué. Décidément.

Ça ne l’empêchait pas de lire un livre sur le développement web en picorant ses graines. Habitué qu’il était aux algorithmes évolutifs des intelligences artificielles des plus perfectionnés, qui transformaient le travail de l’informaticien en une sorte d’élevage de créatures virtuelles capables ensuite de s’adapter elles-mêmes aux tâches qu’on leur proposait, le caractère quelque peu laborieux de la programmation systématique lui paraissait d’un grand exotisme. De temps à autre, devant un schéma qu’il jugeait à la fois particulièrement abscons et particulièrement simpliste, il penchait la tête de côté — avant de picorer encore quelques graines. Parce qu’il avait faim.

Son attention fut cependant détournée du livre par l’intrusion d’une jeune humaine fort bien faite de sa personne et de son rat, qui n’était pas mal non plus. Ambre suivit d’un regard parfaitement noir les gesticulations de l’humaine, non sans laisser trainer sur le ventre de celle-ci quand elle tenta d’attraper un pot à crayons en hauteur — ce n’est pas parce qu’on est un corbeau qu’on n’a pas le droit d’admirer le spectacle. Quelques secondes plus tard, après avoir picoré dans son bol une nouvelle fois, Ambre fixait Amber qui fixait un corbeau.

Sa curiosité était éveillée et pas seulement — je vous venir — par la silhouette agréable de son hôtesse involontaire, mais également par la facilité avec laquelle elle avait admis l’hypothèse d’un corbeau métamorphe dans son salon. Mutante ? Magicienne ? Citoyenne de Star City blasé ? Qui était Zach ? Ambre se désintéressa des stylos pour observer la pièce qui l’entourait et à laquelle, mû par la faim, il n’avait prêté d’abord qu’une attention limitée. Une autre personne devait vivre ici — les humains avaient toujours eu l’instinct de société. Zach, c’était un nom de mâle, ça, il était prêt à le parier — Andrew lui avait rafraichi la mémoire sur ce point, sur l’habitude que les humains avaient, curieuses créatures, de distinguer aussi souvent que possible leurs mâles de leurs femelles.

Donc, donc, donc. Zach se transformait souvent en corbeau ? Non. Sans quoi l’autre n’aurait pas été surprise. Pour aider sa réflexe, Ambre attrapa un stylo dans une serre et se mit à mâchonner le bouchon — enfin, à le pincer avec son bec. Même après des siècles et des siècles, il demeurait enchanté par sa propension à toujours se trouver au bon endroit au bon moment — même si le bon endroit et le bon moment consistaient souvent, pour lui, en une sorte de catastrophe de première ampleur. Au moins, c’était intéressant.

Le stylo dûment mâchonné, Ambre le reposa, battit des ailes, s’éleva au-dessus du sol et se transforma avec une parfaite fluidité en un jeune homme blond — l’apparence qu’il adoptait le plus volontiers à Star City.

— Merveilleux !

Avec un couinement circonspect, Bob était parti de se cacher, jugeant plus sage de s’éloigner de ces phénomènes étranges — la dernière fois qu’il avait fricoté avec de la magie, il s’était retrouvé avec des dents en plastique, comme dans une mauvaise blague Carambar. Un rat averti en vaut deux. Ambre se pencha pour attraper son bol et se mit à manger les grains de riz cru.

— Vous voyez comme la vie est belle ? Je viens là pour grignoter un morceau, et hop : un mystère. Toujours des mystères. Le monde est fabuleux, non ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

Ambre attrapa un comics book, le tourna dans tous les sens, le feuilleta une seconde ou deux et le reposa après avoir décrété :

— Merveilleux.

Comme d’habitude.

— Je ne m’appelle pas Zach au fait. Il y a vraiment des humains qui s’appellent Zach ? Ça ne doit pas être facile tous les jours. Des graines ?

Ambre tendit son bol à Amber — plus exactement, il le lui fourra dans les mains, avant de reprendre le tour de la pièce.

— C’est un bel ordinateur.

Le Trickster se pencha au-dessus de la machine.

— En fait, maintenant que j’y pense, sur Mornilla, j’ai déjà vu quelque chose comme ça, dans un musée, mais je crois que c’était plus un… désodorisant pour toilettes. Les toilettes de l’ancienne Mornilla, grande, grande affaire de société. Vous savez que certains prétendent que c’est ce qui a causé les émeutes de 11 457 ? Une affaire terrible. Tiens, qu’est-ce que c’est ?

Du blanc correcteur. Ambre déboucha le flacon, s’en mit un peu sur le bout de l’index et lécha son index, avant de lever les yeux au plafond d’un air songeur.

— On dirait de la tarte aux pommes. Vous aimez la tarte aux pommes ? Vous vivez ici ? Vous savez transformer les gens en corbeau ?
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Message posté : Ven 15 Aoû - 23:01 Message
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« Vous n’êtes pas Zach. »

L’année prochaine, elle postulera comme détective privé tellement ses déductions étaient remarquables. Evidemment que non, ce n’était pas Zach. Pas du tout les mêmes. Ça expliquait pourquoi il avait mâchonné le stylo plutôt que d’écrire avec – oui, un corbeau ça préfère écrire plutôt que de bouffer un stylo, tout le monde sait ça !

« Une BD sur des héros. »

Elle répondait par automatisme après chaque question, prise entre deux sentiments : la curiosité et la peur. Peur qui, en réalité, ne venait pas d’elle mais de Bob. Avoir une empathie animale ça pouvait être cool mais, des fois, c’était un peu compliqué de faire la part des choses.

« Non, merc… » Et hop un bol dans les mains. « Euh, oui. Merci. »

Mais non, elle ne voulait pas de grain de riz ou de quoi que ce soit. Elle secoua la tête, reposa le bol pendant que l’inconnu qui, définitivement, n’était pas Zach, s’approcha de l’ordinateur. Là, la peur fut bien réelle et ça ne venait pas de Bob.

« Il faut s’en éloigner. Euh… S’il vous plait ? »

C’est qu’elle tenait à son amitié avec Zach, plus qu’à leur collocation. S’il arrivait quelque chose à l’ordinateur, ce n’était pas en corbeau que Zach se transformerait mais en une sorte d’énorme boule de feu. Une énorme boule de feu, oui, mais avec des lunettes ! Heureusement, le correcteur sembla attirer l’attention de l’inconnu.

« Non, attendez… Trop tard. »

Tout le monde savait que le correcteur ne se mangeait pas. Une fois, elle avait vu un type en avaler tout un flacon pour éviter une interrogation surprise et, vraiment, ce n’était pas beau avoir.

« Vous allez trop vite. Stop. » Elle le va une main, inspira et repassa ce qui venait de se dire dans sa petite tête d’Anglaise. « Oui, je vis ici. Non, je ne transforme pas les gens en corbeau. Oui, il y a vraiment des humains qui s’appellent Zach mais, dans le cas présent, en réalité c’est Zachary. Zach c’est seulement un diminutif, plus rapide. Et, oui, j’aime les tartes aux pommes mais, ça, ça ne se mange pas, c’est fait pour corriger l’encre quand on a fait une erreur. Attendez. »

Elle prit un autre stylo, en bon état, et laissa quelques mots sur la feuille avant de passer du correcteur dessus, expliquer qu’il fallait attendre que ça sèche pour, ensuite, écrire à nouveau dessus.

« Presque plus personne ne se sert de ça, tout le monde tape leurs trucs sur un ordinateur. Le correcteur n’a plus trop d’utilité mais… Enfin, disons que j’aime bien. »

Et qu’elle était du genre à caler son écran d’ordinateur dans le scanner pour faire une copie d’écran. C’était préférable de rester avec une feuille et du papier dans son cas. Voilà, apparemment, elle avait répondu à tout donc, très logiquement, c’était son tour.

« Vous êtes qui ? » Pas Zach, on avait compris. « C’est quoi ou où Mornilla ? Les émeutes de 11 457 ? C’est une date, où est-ce qu’on en est déjà à 11 457 ? Vous venez d’où ? »

D’abord la curiosité, ses questions, son envie de connaitre un tas de choses et, après, elle se mettrait à paniquer parce ce qui se trouvait dans le salon. Et, pour un bien tout à fait scientifique, Amber s’empressa de détailler l’inconnu qui était devant elle. Inconnu qui avait tout d’un humain, vraiment tout. Prude petite Amber se mise à rougir automatiquement en se rendant compte qu’elle était en train de détailler un corps. Celui d’un homme. Elle ? Vite, relever les yeux, faire comme si de rien n’était et qu’elle faisait ça tous les jours… Euh non, pas tous les jours. Oui, bref.

« Je peux prendre des notes, dites ? S’il vous plait ? »

Inconnu ou pas, il parlait de choses qu’elle ne connaissait pas, forcément que ça l’intéressait.

« Il y a vraiment des désodorisants qui ressemblent à un ordinateur ? C’est très encombrant, non ? Et comment des toilettes peuvent être à l’origine d’émeutes ? Vous êtes certains que vos toilettes c’est comme nos toilettes ? »

Bizarre comme question mais, il y avait peut-être quelques erreurs de langages.
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Message posté : Dim 17 Aoû - 15:44 Message
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— Merveilleux !

Le blanc correcteur, une belle invention, même si à son avis, c’était bien meilleur à manger qu’intéressant à utiliser. D’ailleurs, il n’était même pas certain que la consommation excessive de blanc correcteur eût un effet néfaste sur sa physiologique — tandis que le curry, ça, c’était du poison. Chacun savait ça.

— Donc vous aimez l’ancien. Étonnant.

Supposait-il. Les humains avaient beaucoup changé depuis sa dernière visite et l’une des principales transformations résidaient dans la quête d’un progrès continuel. La dernière fois qu’il avait échangé avec une société humaine sur la Terre Prime, le progrès était généralement synonyme d’hérésie, en tout cas toujours suspect de conséquences néfastes. Désormais, la plupart des humains regardaient vers le futur avec une curiosité intéressée et développaient de nouvelles technologies — Amber, donc, sortait du lot.

— Je m’appelle Ambre.

Voyons.

— Juste Ambre.

Juste Ambre, c’était un mensonge, sans aucun doute, pour un type qui avait des centaines de titres et de prénoms, éparpillé dans tout le Multivers, de galaxie en dimension parallèle, certains glorieux parmi les glorieux, d’autres un peu moins reluisants. Mais était-ce bien sa faute, à lui, si le monde entier avait l’onomastique imaginative ?

— Vous aimez les questions, hein ?

C’était l’hôpital qui se moquait de la charité.

— Excellent. Mornilla, c’est…

Ambre pointa un cumulonimbus.

— Par là. Évidemment, il y a la courbure.

Ambre mimait une courbure gravitationnelle. Enfin, lui, il savait qu’il mimait une courbure gravitationnelle, à cause des trous noirs et des objets célestes particulièrement massifs qui tordaient l’espace, entre la Terre Prime et Mornilla, mais vu de l’extérieur, on aurait surtout dit qu’il essayait de mimer une voiture qui en doublait une autre sur la voie rapide.

— Tenez.

Ambre, qui venait de plier la feuille en quatre, la tendit à Amber, puis il attrapa la main de la jeune fille.

— C’est par ici.

Le Trickster passa la porte qui menait à la chambre d’Amber et déboucha sur le pont d’un vaisseau spatial, qui orbitait paisiblement autour d’une planète inconnue. La commandante de bord les fixa avec des yeux ronds.

— On ne fait que passer. C’est une étape. À cause du trou noir au milieu, vous comprenez.
— Qu’est-ce que…
— J’adore vos chaussures.

Ambre sauta à pieds joints dans la fosse des télécommunications pour atterrir sur une prairie moelleuse, dont l’herbe au violet poétique ondulait sous le vent du nord. Le Trickster leva le nez vers le ciel où flottaient suspendues, dans le crépuscule, trois lunes de taille très différentes. Il humecta un doigt de sa main libre, pour déterminer le sens du vent, et tira la main d’Amber, pour l’inciter à courir derrière lui. Les deux acolytes pénétrèrent dans les sous-bois, qui se mirent à défiler à toute vitesse, jusqu’à se confondre en une masse indifférenciée et sombre. Quelques secondes de cavalcade plus tard, Ambre ouvrit une porte et ils débouchèrent dans une salle de musée.

Déserte.

— Mornilla.

Fastoche. Ambre lâcha la main d’Amber et recula de quelques pages pour admirer un tableau qui représentait une sorte de forteresse suspendue entre deux massifs montagneux, une construction qui aurait paru médiévale si l’équilibre qui la faisait tenir n’avait pas exigé des trésors d’ingéniosité architecturale. À moins que ce ne fût une sorte de licence poétique de la part du peintre.

— New Sun, précisément, capitale de la République Itharienne, sur Mornilla. Le musée du Sénat de New Sun, si vous voulez tout savoir, salle 43. C’est marqué là.

Ambre désigna le numéro de la salle, inscrit sur le mur.

— Personne ne vient jamais visiter ça, que des peintres mineurs, et la partie consacrée à l’histoire n’est pas très importante, mais c’est là qu’on trouve les désodorisants anciens.

Ce qui expliquait peut-être pourquoi, entre autres, la foule ne se pressait pas dans les salles du musée.

— Cela dit, si on croise quelqu’un, sachez que les Mornilliens sont plutôt… hm… Disons que vous êtes indubitablement une splendide humaine, mais que selon leurs critères, vous ressembleriez plutôt à une sorte de… Euh… Ver. Avec des pattes. Les Mornilliens sont des gens très désobligeants.

Leur peu d’appétence pour l’espèce humaine venait sans doute du fait qu’ils eussent eux-mêmes un air de parenté avec des hermines, mais en beaucoup plus grand et beaucoup plus civilisé. Et puis les Mornilliens en bonne santé perdaient moins souvent leurs poils.

— Moi, je ne suis pas Mornillien, cela dit.

Et pendant qu’ils se mettaient à visiter un musée extraterrestre sur une planète à des années lumières de l’appartement d’Amber, Ambre interrogea tranquillement :

— Comment ça se fait que vous supposiez spontanément que votre ami a été transformé en corbeau ? Je croyais que les humains n’étaient pas très habitués à ce genre de choses. L’expo sur les toilettes, c’est par là.
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Message posté : Lun 18 Aoû - 8:37 Message
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Ah mais Juste Ambre, ça voulait dire quoi ? Qu’il n’avait qu’un prénom pour le désigner ou que son nom était Juste ? D’autres se sont pris la tête de manière beaucoup plus poussée avec ce mot. Un peu par réflexe, un peu par politesse et beaucoup pour l’échange, l’Anglaise afficha un sourire pour se présenter à son tour.

« Amber. » ça pouvait porter à confusion. « Enfin, moi, c’est Amber, j’ai bien compris que vous c’était Ambre. »

Avec deux prénoms aussi proches, on était en droit de se demander si elle avait bien compris ce qu’il lui avait dit. Pas lieu non plus de trouver surprenant qu’il trouve étonnant le fait qu’elle puisse aimer tout ce qui était ancien. Pour elle, les réponses se trouvaient dans le passé et, pour en avoir parlé avec plusieurs personnes de son âge – hors étudiants qui partageaient la même filière qu’elle – Amber avait bien compris que ce n’était pas très commun.

Pas trop le temps de lui expliquer qu’elle ne comprenait pas trop qu’elle ne comprenait pas trop son mime, ce qui la fit sourire. Chaque fois qu’elle s’était essayée à mimer quelque chose, les gens avaient cette fâcheuse tendance à la regarder avec des yeux ronds. Ce n’était pas un talent inné chez elle, bien au contraire. Ne jamais prendre Amber dans son équipe lors d’un jeu de mime, c’était la défaite assurée et… Disons qu’il y a des joueurs qui aiment bien jouer pour gagner, sinon ce n’est pas drôle.

« Mais non, ce n’est pas par ici. Ici, c’est ma… »

La porte de sa chambre passée, ils se retrouvèrent dans un vaisseau.

« Pas ma chambre, de toute évidence… »

Le temps qu’elle capte réellement où elle pouvait être et, encore, elle n’était pas certaine de le savoir, qu’ils avaient déjà disparu. Tout ça, sans même avoir le temps de jeter un regard aux chaussures de la femme qui avait eu l’air aussi paumée que l’Anglaise. Amber se laissa emmener avec une réelle curiosité plus qu’une crainte de l’endroit où elle se trouvait. Seul bémol, le trajet passa beaucoup trop rapidement sur une forêt et une herbe à la couleur violette, qu’elle n’avait pas eu le temps de comprendre. Pour une fille étant capable de parler des heures avec un arbre, il était un peu frustrant de passer aussi vite dans un endroit comme celui-là.

Une frustration qui passa vite quand elle se retrouva devant un tableau. Bouche et yeux grands ouverts.

« Il y a vraiment un endroit qui peut tenir de cette manière entre deux montagnes ? »

Amber pencha la tête pour regarder le tableau, comme si ça allait lui permettre de voir les choses différemment. Peut-être un sort ? Ou une construction dans un matériel super léger ? Hallucinant. Secouant la tête, il fallut qu’Ambre parle de Mornilliens pour qu’elle capte qu’elle n’était pas sur sa planète d’origine. C’était le bon moment pour commencer à paniquer de se retrouver quelque part dans la galaxie, avec un parfait inconnu, sans même savoir comment revenir chez elle. Oui, le bon moment pour le faire mais, au lieu de ça, elle se mise à sourire de plus belle, carrément ravie de la situation, avec une curiosité non feinte et l’envie de continuer la visite.

« Oh, euh… Vous connaissez bien la Terre ? Parce qu’il s’y passe des choses parfois étonnantes, surtout à Star City, vous voyez ? Bref, Zach il est… Il a… Disons qu’il a la prodigieuse faculté à attirer toutes sortes d’ennuis. » Et c’est elle qui disait ça ! « Alors, en voyant un corbeau avec un livre, c’est l’explication la plus logique qui m’est venue à l’esprit. » Dans le doute, elle préféra préciser. « Les oiseaux, chez nous, ça ne lit pas. »

Parce que, après tout, peut-être que pour lui il était normal de voir un corbeau prendre un bouquin. Et si c’était le cas, il pouvait être surprenant qu’elle s’inquiète de voir lire un volatile, préférant imaginer que c’était son ami qui avait été transformé.

« Définitivement, vous ne ressemblez pas à une Hermine. »

Est-ce que les hermines mangeaient les vers ? Parce que, quitte à ressembler à quelque chose de différent, autant ne pas être associée à un repas. Ce serait drôlement fâcheux tout de même.

« Les Mornilliens sont seulement fâcheux ? Ils ne font pas comme les Vogons, tout de même ? Euh… D’un autre côté, les Vogons n’existent peut-être pas réellement. »

C’était juste un peuple décrit dans un livre mais, disons qu’elle n’avait pas envie d’écouter un de leur poème horribles jusqu’à en mourir, cela serait bien dommage. La comparaison lui était venue parce qu’ils se trouvaient dans un sénat, si elle avait tout compris et que les Vogons étaient particulièrement à cheval sur l’administration. Horriblement protocolaire ces choses-là.

« Oh, et c’était quoi l’endroit avec trois lunes ? Est-ce qu’il y a aussi trois soleils ? Peut-être que le jeu un, deux, trois, soleil vient d’une personne originaire de cette planète. Parce que, de vous à moi, je n’ai jamais trouvé ce jeu logique. »

C’était forcément l’invention d’un extraterrestre en mal du pays. A quel moment un Terriens avait décidé d’associer l’idée du soleil dans ce jeu alors que les gens se dirigeaient vers une autre personne pendant qu’elle décomptait ?

Amber posait des questions mais, entre deux, elle se retrouvait toujours à la traine, bloquant sur un élément du décor, émerveillée par tout ce qu’elle pouvait voir. Les questions logiques visant à se demander comment ils avaient atterri ici et ainsi de suite lui viendraient surement mais, pas pour le moment.

« Et vous venez d’où, vous ? » Amber se stoppa, mis les mains derrière le dos pour, dans le doute, l’empêcher de lui attraper la main. « Mais, si, toutefois vous comptez me montrer, je préfère autant finir de visiter ici avant. »

Mieux valait se montrer prudente : la dernière fois qu’elle avait demandé où se trouver un endroit, elle s’était retrouvée bien loin de chez elle. Et dire qu’Amber avait trouvé que venir aux États-Unis était un long et fastidieux voyage.
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Message posté : Lun 18 Aoû - 18:05 Message
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— Les oiseaux ne lisent pas ?

Curieuse planète.

— Ça veut dire que vous ne connaissez pas le Dit de Jensong le Paysan, par Li-Arl-Sathouk ? Le poète ailé. Je suppose que techniquement, cela dit, il tenait plus du ptérodactyle que du corbeau.

Ambre secoua la tête d’un air navré avant de soupirer :

— Terrible, ce qui lui est arrivé. Être écrasé comme ça par sa bibliothèque. Cela dit, sa veuve est charmante, elle fait très bien le thé, vous avez vu le détail de cette miniature ?

S’exclama Ambre, ravi de la précision picturale du peintre mornillien qui, sur une œuvre représentant la chasse à la sangouste dans les marais de Vergola, avait su représenter les moindres articulations des nombreuses pattes d’une piksienne sauvage.

— Hmm ?

Ambre se redressa à la remarque de son interlocutrice quant au manque de couleur locale de son apparence. Il haussa les épaules.

— Je n’aime pas ressembler à un Mornillien, je perds toujours mes poils ici.

Une sensation très désagréable.

— À cause de la climatisation.

Précisa-t-il en pointant le plafond du doigt. Ça ne l’empêchait tout de même pas de perdre ses poils de chat sur le canapé de Charlie Lane — quand il ne faisait pas ses griffes sur la commode — mais c’était très différent. C’était une marque d’affection. En attendant, les deux jeunes et (un peu) moins jeunes gens poursuivaient la visite de salle en salle, le temps de quitter la partie du musée consacrée à l’art pour rejoindre celle qui traitait d’histoire.

— Je ne connais pas les Vogons. Mais les univers sont vastes.

En six millénaires, Ambre n’avait aucunement la prétention d’avoir visité les moindres cas d’un Multivers par définition infini. C’était d’ailleurs sans parler des plans élémentaires qu’il ne pouvait pas parcourir, de ce qui avait existé avant sa naissance et de ce qui existerait après sa mort très lointaine. Même du point de vue de son exceptionnelle longévité et d’une vie immense consacrée au voyage, il ne se considérait jamais que comme une particule absolument négligeable.

— Z235-HE.

C’était le nom de la planète aux trois lunes.

— Pas très poétique, j’en conviens, mais c’est inhabité et relativement peu exploré. Un endroit charmant, pourtant. Juste un peu…

Ambre fit un vague geste de la main avant d’enchaîner sans plus d’explication :

— Mais un seul soleil. Navré.

À un embranchement de couloirs, Ambre hésita entre la droite et la gauche. Les chiffres mornilliens, ça allait, l’écriture, c’était autre chose et ses souvenirs en la matière étaient un peu lointains. Après avoir fixé les mots peints sur chacun des couloirs, il se décida un peu hasard pour celui de gauche.

— Je viens d’ailleurs, mais il n’y a rien à voir, et puis c’était il y a longtemps. En plus, je préfère voyager.

Son enthousiasme avait un peu faibli sur la première partie de la phrase et, de toute évidence, le sujet était sensible — sans doute la raison pour laquelle il poursuivit sans atteindre.

— J’aime bien la Terre, enfin, de temps en temps, même si c’est toujours un peu… un peu… Violent ? Les humains sont des créatures très inventives. Cela faisait quelque temps que je n’étais pas revenu, cela dit.

Ambre se mit à compter sur ses doigts. Après avoir discuté avec Dee, il avait prêté une attention un peu plus grande au calendrier terrien, mais — croyez-le ou non — il avait été régulièrement distrait dans ses révisions mathématico-historico-astronomiques.

— Quatre siècles. Ou six ? Quelque chose comme ça.

Plutôt bien conservé.

— Tadaaaam !

Ambre désigna victorieusement, dans un geste théâtral du bras, une nouvelle salle. En travaux. Le Trickster perdit son sourire et afficha un air déçu.

— C’est pas des toilettes, ça, c’est une échelle.

De toute évidence. Même si les barreaux avaient un espacement différent, c’était une échelle, et puis des pots de peinture, et des bâches. L’aile historique était en pleine réfection. D’ailleurs, le musée était désert essentiellement parce qu’il était fermé.

— Une échelle mornillienne, d’accord, mais une échelle quand même.

Des bruits se firent entendre dans la salle au-delà de celle qu’ils considéraient avec un brin de déception et aussitôt, à côté d’Amber, Ambre se transforma en hermine géante vêtue d’une sorte de costume napoléonien. De l’autre côté de la salle, deux hermines tout aussi géantes, engoncées dans des sortes de toges, avec des pinceaux à la main, apparurent. Quand elles aperçurent Ambre, une conversation animée s’engagea.


Enfin, une conversation… Elle était essentiellement constituée de skkrrtt, frrt, skrtt et frrt. Au début, Ambre avait eu un peu de mal avec la grammaire notoirement complexe du mornillien, mais ses vieux réflexes reprirent le dessus et si son vocabulaire était un peu daté, il parvint à se faire comprendre malgré tout, en expliquant qu’Amber était son rat géant de compagnie et qu’il venait de l’ouest. Il fut rapidement pris pour l’un de ces aristocrates excentriques qui aimaient s’entourer d’animaux particulièrement laids et qui n’avaient pourtant pas les usages mondains de la capitale.

Les deux ouvriers lui enjoignirent de regagner la sortie avec son rat. Ambre tourna le dos et, quelques mètres plus loin, alors qu’ils étaient hors de vue, reprenant son apparence normale, il murmura :

— Dire qu’on va rater les désodorisants…
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Message posté : Mar 19 Aoû - 9:30 Message
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« Non. »

Les oiseaux ne lisent pas. Pas sur la Terre Prime en tout cas.

« Non. »

Par conséquent, elle n’avait pas lu ce livre mais, ça ne l’empêcha pas de montrer une certaine curiosité derrière ce non. Un peu trop humaine, elle imaginait un livre fait d’empreintes de pas d’oiseau, accordées d’une certaine manière pour créer tout un alphabet. Un ptérodactyle, ça faisait quand même de sacrées grandes empreintes.

Elle ravala un « désolé » de circonstances face à la mort de ce poète en vue de la manière dont Ambre était capable de changer de sujet. S’il en savait beaucoup, cette fin tragique – mais qui n’étonnait pas Amber – ne semblait pas l’avoir beaucoup affecté. Autant ne pas s’enfoncer dans un discours dont elle n’avait jamais réellement compris l’intérêt.

« Oh, pas grave pour le côté poétique. En réalité, il existe tellement de monde, qu’une classification avec des lettres et des chiffres, serait probablement plus pratique pour s’y retrouver. Enfin, les planètes devraient garder leur nom d’origine aussi. Un nom, c’est très important, des fois ça en dit beaucoup. »

Mais en terme de classification ce n’était pas ce qu’on faisait de plus pratique. De son côté, Ambre était plutôt vague sur son origine. Très vague. Même un pas un mime ou une direction approximative ne tenant pas en compte les trous noirs dans l’espace.

Bouche ouverte, elle se figea en le regardant avancer. 4 ou 6 siècles. Il était sérieux là ? Non, il avait probablement confondu avec le mot années, c’était plus probable. En même temps elle parlait d’un être qui l’avait fait passer la porte de sa chambre pour la faire atterrir dans un musée. Se secouant elle sortit de ses pensées pour aller le rejoindre dans la pièce qu’il venait d’ouvrir, un sourire sur le visage tellement l’enthousiasme d’Ambre avait été communicatif. Courant sur les derniers mètres pour le rattraper, son arrêt se fit dans une légère glissade sur le sol, pour tomber sur l’intérieur de la pièce.

« Une sacrée échelle, même. »

D’accord, ce n’était pas ce qu’elle avait imaginé trouver mais, n’empêche qu’elle était capable de s’émerveiller de tout et de rien. Sauf peut-être de la transformation d’Ambre qui se déroula en trois étapes dans l’esprit d’Amber. 1, se reculer, par réflexe, quand il commença à changer de forme. 2, entendre son esprit dire de courir dans le sens inverse et rester bloquée là, à le regarder faire avec, encore et toujours, cette curiosité qui ne la quittait jamais. 3, se planquer courageusement derrière lui à la venue des nouveaux arrivants.

Se planquer ne dura pas éternellement. Si Amber préféra rester silencieuse parce qu’elle ne savait pas tellement ce qu’il se passait – c’était peut-être mieux ainsi – elle voulait quand même voir les deux nouveaux arrivants. C’est trop mignon des hermines – par contre j’veux une médaille pour avoir réussi à regarder la vidéo jusqu’au bout !

« Vous parlez le… euh… mormillien – c’est comme ça qu’on dit ? Et vous pouvez vous transformer en ce que vous voulez ? Sans même avoir à réciter une formule ou quelque chose comme ça ? »

Elle l’avait bien vu passer de corbeau à un jeune homme tout à fait charmant mais, sur le coup, elle avait plus pensé à la fin d’un sort qui arrivait au bon moment. Il faut croire que ne pas voir les désodorisants ne la traumatisait pas trop même si, il y avait une pointe de déception quand même.

« Oh attendez ! »

Pour le coup, c’est elle qui lui attrapa la main, captant que leur marche ressemblait, finalement, plus à une fuite qu’autre chose.

« Si on ne peut pas voir les désodorisants, je suppose que ça veut dire que nous partons et… Vous allez me ramener chez moi ? »

Pour le coup, il n’y avait plus aucun sourire sur le visage de l’anglaise qui était bien loin de chez elle, voire bien loin de sa planète natale. L’idée d’être sur des planètes inconnues ne devait pas la traumatiser plus que cela.

« Si c’est le cas, est-ce que l’on peut repasser par Z235-HE mais, pas seulement en coup de vent ? Je sais que vous avez dit qu’elle n’est pas habité mais… Je ne saurais pas trop comment vous expliquer mais, il y a quelque chose de bizarre dans la forêt qu’on a traversé, je n’ai, seulement, pas eu le temps de comprendre quoi. »

Elle aurait pu lui dire la vérité, qu’elle était capable de parler avec les plantes et les arbres mais, étrangement, elle n’avait pas envie de passer pour une folle auprès de lui. C’était toujours l’effet que ça faisait aux gens quand on la voyait utiliser son pouvoir. Parce que bon, s’il la prenait pour une folle, il risquait de la laisser seule au beau milieu d’une planète inconnue et là, ça compliquerait grandement les choses pour rentrer.

« S’il vous plait. »

Toujours être polie, que lui disait sa mère. Et elle ajouta un grand sourire à tout ça parce que, parce que… Euh, ben elle ne savait pas trop mais les sourires ça fonctionnaient bien aussi. Bref n’ayant pas le contrôle de leurs mouvements, Amber se laissa à nouveau guider à travers les couloirs jusqu’à pousser une porte pour arriver au cœur d’une forêt.

« Waouh. »

Une gamine de 5 ans devant la Barbie de ses rêves. L’herbe violette était vraiment surprenante, les feuilles bleues des arbres un peu perturbantes mais, franchement, magnifiques. Juste, tout était beaucoup plus grand que sur Terre, du moins, que les forêts qu’elle avait pu voir. Même en se dévissant la tête pour regarder en l’air, elle ne voyait pas le haut des arbres.

« Ça veut dire quoi « inhabité » ? »

Elle se pencha un peu, jusqu’à enlever ses chaussures ouvertes qu’elle garda dans sa main. Question d’habitude, elle avait du mal à concevoir qu’on puisse marcher dans une forêt en chaussures.

« Qu’il n’y a pas d’espèce dominante ? Ou quelque chose comme ça ? Parce qu’il doit bien y avoir des animaux qui vivent ici, non ? »

Quand elle releva les yeux vers Ambre, la couleur de ses derniers était passée à un vert bien plus clair que d’habitude. Un changement de couleur qui s’opérait quand l’un de ses pouvoirs s’activait : dans le cas présent c’était sa faculté à communiquer avec la nature.

« Parce que les arbres se plaignent, mais je ne comprends pas trop à propos de quoi. Sur terre, c’est généralement à cause des hommes ou à cause de bêtes sauvages qui saccagent un endroit. Mais là, si c’est inhabité, je ne comprends pas trop. Enfin, a priori, ça se passe quelque part, plus loin, dans cette direction. »

Direction que, bien évidemment, elle pointa du doigt.
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Message posté : Mar 19 Aoû - 16:57 Message
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— Je peux me transformer en beaucoup de choses.


Réponse elliptique de la part d’Ambre, moins par désir d’entretenir le mystère que par volonté de ne pas s’étendre sur les multiples restrictions de son pouvoir, déjà particulièrement étendu. Il y avait toujours beaucoup mieux à faire que d’énumérer les possibilités ou les impossibilités de ses aptitudes, d’autant plus qu’il avait fini par comprendre, en fréquentant Star City, que leur caractère pour lui parfaitement intuitif n’était pas universellement partagé par les humains. On lui demandait toujours s’il était un mutant, s’il utilisait des sorts, ou des objets, ce qu’il était, d’où il venait, autant de questions qu’il préférait s’épargner.

C’était beaucoup plus amusant d’embarquer quelqu’un dans ses aventures — ce fut la raison pour laquelle, trois couloirs plus loin, Amber et Ambre foulaient pieds nus l’herbe de Z235-HE. Le sourire du Trickster s’agrandit devant l’enthousiasme de sa compagne de voyages : il n’y avait rien de plus réjouissant que l’émerveillement reconnaissant de ceux et celles qu’il embarquait avec lui. Étrangement, cela n’arrivait pas si souvent — peut-être parce qu’il ne prenait pas toujours la peine de demander leur avis aux passagers qu’il embarquait. Allez savoir, les gens sont parfois si tatillons.

Quand Amber l’interrogea sur le sens du mot « inhabité », Ambre fut définitivement aux anges.

— Vous avez l’art de poser les bonnes questions, vous, hein ?

C’était parfaitement sincère.

— Inhabité, ça veut dire… Pas d’espèce rationnelle. Rien au dessus du, disons, chien ? Enfin, il n’y a pas de chien, évidemment, mais c’est pour vous donner un point de comparaison, en termes d’abstraction. Aucun animal capable d’utiliser des outils compliqués, par exemple. Ou d’organiser une société au-delà de ses impératifs biologiques les plus ancrés.

Ambre agita ses orteils dans l’herbe violette et rajouta à demi-mot, pour lui-même :

— Aux dernières nouvelles, en tout cas.

Et pour les vieilles personnes comme lui, qui voyageaient d’un bout à l’autre de l’univers, les dernières nouvelles étaient souvent très anciennes — pas assez anciennes pour assister dans l’intervalle à un bond de l’évolution, mais assez anciennes pour qu’une colonisation se fût mis en place. Z235-HE était un point de passage pratique dans ses propres trajectoires, pour éviter certaines étoiles trop massives, mais en dehors de cela, il ne surveillait pas la planète. Qui sait si quelqu’un n’avait pas décidé de transformer les chiffres en nom et le monde inhabité en civilisation ?

— Hmm…

Les yeux changeants d’Ambre suivirent les yeux changeants d’Amber, pour tenter de déchiffrer l’obscurité de la forêt. Que son acolyte parlât aux arbres n’avait pas l’air de le surprendre — il en avait vu d’autres et la promptitude avec laquelle Amber avait supposé qu’il n’était pas un vrai corbeau indiquait bien que la jeune femme n’était pas une humaine comme les autres.

— De ma propre expérience, les arbres sont toujours… Mystérieux. Mais je ne communique pas aussi bien avec eux que vous, je crois. Sauf peut-être avec les Jaklobites d’Amena, mais eux sont télépathes.

Ça aide.

— Et puis j’ai construit leur planète.

Cette remarque faite en passant, Ambre frappa dans ses mains et les frotta vigoureusement l’une contre l’autre, avec une expression enthousiaste.

— On va aller voir ! Ça va être très intéressant, j’en suis sûr.

Ambre se mit en route d’un bon pas. D’un si bon pas que cinq mètres plus tard, il était transformé en renard et qu’il commençait à fureter dans tous les terriers, à la recherche de ce que Amber avait bien pu sentir. Bondissant d’une racine à l’autre, se faufilant entre les troncs noueux et immenses de la forêt de Z235-HE, le renard paraissait tout de même ponctuellement distrait par le vol de quelques insectes autour d’eux, qu’il suivait d’un museau attentif, la queue remuante, avant de se rappeler apparemment sa mission et de reprendre sa route.

De temps à autre, l’éclair roux se retournait vers Amber, pour s’assurer que la jeune femme le suivait : sa tête émergeait des hautes herbes et il la fixait attentivement, tandis que ses yeux, en changeant de couleur, paraissaient refléter celles de la végétation tout autour d’eux. En fait, comme il ne savait pas vraiment où ils allaient, il s’arrêtait d’abord pour recevoir les indications d’Amber, avant de se remettre en route. Bon an mal an, ils parvinrent à destination.

Enfin, une vingtaine de mètres avant la destination en question, Renart revint en courant vers Amber, pour reprendre forme humaine juste devant elle et expliquer :

— Vous aviez raison. Les arbres se plaignent des hommes, c’est un phénomène répandu.

Le Trickster désigna d’un geste le rideau de végétation derrière lui.

— Il y a des colons. Enfin, des colons…

Le blond esquissa une moue songeuse, en réfléchissant à voix haute.

— Ils n’ont pas l’air très bien équipé, pour des colons, en fait. Peut-être qu’ici, c’est devenu une colonie pénitentiaire. C’est courant, ça, envoyer ses repris de justice chez les autres.
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Message posté : Mer 20 Aoû - 3:28 Message
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Sur le coup, il était difficile pour Amber de savoir si c’était une bonne chose, ou non, qu’elle pose des questions. Par habitude, elle se disait que non, ce n’était pas bien dans le sens où beaucoup lui reprochaient d’être trop curieuse et de poser des questions qui, parfois, ne semblaient pas avoir de sens. Mais, comment on apprenait si on n’interrogeait pas les gens ? Ambre, de son côté, ne semblait pas s’en offenser, ce qui laissait à penser qu’elle pouvait continuer. Bonne nouvelle parce que, des questions, il en soulevait un tas.

« Des arbres télépathes ? Réellement ? »

Dans un réflexe et un parfait enthousiasme à cette idée, elle leva le nez au ciel comme si ça allait lui dire où se trouvait Amena. Mais, tout ce qu’elle vit fut les arbres interminables qui bouchaient la vue. Pas grave, elle était déjà partie à rêvasser d’un monde où les arbres pouvaient communiquer. Et, n’importe qui connaissant Amber serait capable de vous dire que la voir plongée dans ses pensées c’était assurément le moment où elle se prendrait les pieds dans quelque chose. Pourtant, sans même regarder où elle mettait les pieds, elle était capable d’éviter une racine un peu trop sortie ou une branche trop près de son visage. Un des avantages à communiquer avec la nature : elle avait tendance à la prévenir d’éviter tel ou tel endroit, pour qu’elle évite tout danger.

Il y avait quelque chose d’enviable à voir Ambre pouvoir se transformer en un animal. Pour elle, communiquant avec les animaux – enfin, ça s’arrêtait à de l’empathie – et étant proche de la nature, elle trouvait formidable de pouvoir fouler cette terre sous une forme animale. Chose qui ne lui était, malheureusement, pas autorisée. Un jour, peut-être.

Dirigeant, de loin, la marche, elle s’interrogea aussi sur la manière dont une personne pouvait s’y prendre pour construire une planète. Ambre avait quelque chose d’assez énigmatique, en réalité. Il parlait parfaitement de plein de choses mais, quand c’était sur lui, les réponses étaient bien plus brèves. Peu importe. Elle était sur une planète différente de la sienne, franchement, elle voulait bien accepter ce côté énigmatique en échange.

« J’ai lu quelque chose comme ça une fois. Enfin, lu… C’était un très vieux texte en réalité qui est vu comme pure spéculation et, honnêtement, je ne sais pas s’il y a une part de vérité. »

Il faudrait avoir l’écrit original pour le savoir, probablement mais, elle n’avait pas réellement accès à tout à un tas de choses. Dans l’immédiat, elle se berçait d’histoires, vraies ou non, de contes et de légendes, comme sa grand-mère aimait lui en raconter alors qu’elle était en week-end dans la campagne anglaise.

« L’écrit parlait d’une planète qui était devenue invivable pour ses habitants qui avaient fui dans l’espace en attendant. Des générations plus tard, ils ont voulu savoir si la planète était de nouveau viable mais, préférant ne pas prendre de risque, ils ont d’abord envoyé leur repris de justice. »

En réalité ce n’était pas tout à fait ce que venait de dire Ambre mais, le fait de parler de l’endroit comme un lieu pénitencier lui avait fait penser à cette histoire.

« Bien sûr, ça ne doit pas être le cas ici puisque aux dernières nouvelles, la planète était inhabitée. »

Pas de critique, juste un amusement face à cette notion du temps. Il avait bien dit que l’une de ses venues sur Terre remontait à 4 ou 6 siècles. Du coup, sa dernière visite sur cette planète remontait peut-être à autant de temps. Elle inspira, retrouva un sourire ravi et, sautilla légèrement.

« On va voir ? »

Tout était parfaitement normal chez cette anglaise ! La fille, on lui parle de, potentiellement, colonie pénitentiaire et elle trouvait le moyen de trouver tout cela très intéressant, de vouloir voir de plus près sans aucune compétence en matière de combat, et tout ça à des années-lumière de chez elle. Normal. Tellement normal qu’elle ne se demanda pas s’il y avait certaines recommandations à prendre en compte, qu’elle n’attendit pas vraiment la réponse d’Ambre et qu’elle se lança plus en avant jusqu’à se cacher derrière un mur végétal qui, au moins, avait l’avantage d’offrir une vue discrète sur un regroupement d’Hommes.

« Oh, je suppose que dire que le problème venait des hommes était un terme pour me donner un point de comparaison, comme pour les chiens ? »

Parce que, s’ils avaient une apparence plutôt humanoïde, leurs trois bras n’étaient très courants sur Terre, pas plus que ce lien presque translucide qu’ils avaient avec une sorte d’animal. Vraiment très bizarre. Mais sacrément intéressant en réalité. Est-ce que l’un contrôlait l’autre ? Ou est-ce que les deux étaient liés de manière harmonieuse ? Son sourire se perdit sur une scène un peu plus loin.

« Je crois que c’est pour cela que les arbres essayaient de me dire que quelque chose n’allait pas. »

C’était le problème avec une nature bavarde, elle ne disait jamais clairement les choses et n’avait pas de notion de ce qui pouvait dangereux ou non pour l’humaine qu’elle était. Tomber sur un endroit saccagé était une chose, envoyer Amber droit sur une bête sauvage qui foutait le bordel, c’était souvent plus problématique. Dans le cas présent, il y avait un groupe, un peu en retrait qui arrachait de pans de la végétation, probablement pour s’installer, ce qui ne convenait pas à cette forêt incapable de se défendre.

Amber, en voyant ça, s’imaginait une végétation repoussant juste après les assauts de ces personnes. Le problème c’est quand cette imagination devint une réalité. Il y avait des pouvoirs présents chez elle dont elle n’avait pas conscience.

« Je n’ai jamais vu une forêt faire ça. C’est bizarre, si elle est capable de repousser de cette manière, elle saurait se défendre d’elle-même et n’aurait pas eu lieu de m’avertir de quoi que ce soit. »

Sauf qu’elle n’était pas la seule à s’en étonner puisque plusieurs des hommes se reculèrent, se frottèrent ce qui leur servait de tête, avec l’un de leurs trois bras, ne comprenant pas ce qui venait de se passer.
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Message posté : Mer 20 Aoû - 15:05 Message
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Ambre ne chercha nullement à contenir l’enthousiasme de sa nouvelle amie — tout au contraire, il lui emboîta le pas le sourire aux lèvres. La vie ne valait la peine d’être vécue que si l’on allait de découverte en découverte et toute découverte impliquait sa part de danger. Ambre mettait ainsi ceux qui l’accompagnaient à la même enseigne que la sienne et il ne trouvait pas cela particulièrement injuste : la seule chose dont il était lui-même réellement protégé, c’était du passage du temps, mais sa longévité ne le rendait aucunement invulnérable et il ne courait pas de moindres dangers que ceux des autres. À ceci près, naturellement, qu’il était beaucoup, beaucoup plus doué pour s’enfuir.

Il avait rejoint Amber derrière ses fourrés, pour murmurer d’un air ravi :

— Jamais vu ça.

C’était le plaisir du Multivers : il y avait toujours quelque chose, sinon de nouveau, du moins d’inédit, même pour un très vieux voyageur. Des espèces jamais vues, Ambre en croisait en permanence : ce n’était pas les mondes inexplorés qui manquaient et certaines espèces particulièrement primitives, en tout cas selon les critères, et surtout très localisées, ne vivaient que sur une seule planète. Il y en avait, comme les humains de la Terre Prime l’avaient fait pendant très longtemps, qui tournaient pendant des milliers et des milliers d’années autour de leur soleil sans croire sérieusement une seule seconde que la vie pouvait exister ailleurs dans l’univers. Tout le monde était un petit peu égocentrique, dans le fond.

L’attention d’Ambre fut attirée par la repousse rapide de la forêt que les colons tentaient de faucher. Le Trickster haussa un sourcil mais répondit :

— Certaines forêts sont plus vivaces que d’autres. Et plus conscientes. Ce n’est pas la première fois que je vois ça.

En revanche, ce n’était pas du tout logique. Les colons avaient de toute évidence dégagés une petite clairière à leur arrivée, comme en témoignait la ligne circulaire assez régulière qui séparait les premiers fourrés du campement de fortune. Ils étaient donc parfaitement capables d’aménager leur espace et la forêt, jusqu’à là, ne s’était pas rebellée. Pourquoi maintenant, et pourquoi précisément alors que les deux voyageurs les observaient ? Ambre jeta un coup d’œil à sa voisine. La sympathie de celle-ci pour les plantes avait de quoi nourrir bien des hypothèses.

— Le mieux, c’est encore d’aller voir.

Ambre prit la main d’Amber et sortit des fourrés, avec une promptitude apparemment insouciante, pour se présenter face aux colons, décidément pas au bout de leurs peines.

— Bonjour ! Alors…

Ambre commença répéter sa salutation en différentes langues galactiques, en commençant par les plus répandues, dans l’espoir de trouver une racine commune. Il en était à sa troisième tentative, sous le regard sidéré des colons qui ne savaient plus à quel saint se vouer, quand un rayon d’énergie les enveloppa, Amber et lui, pour les transporter directement quelques milliers de kilomètres plus haut, dans l’orbite de la planète.

— Vlaaa-naaaa-aaa-aa-aa… aaa ?

Le Trickster regarda tout autour de lui — et il n’eut pas à regarder longtemps pour apercevoir deux hommes en arme, qui entourait une femme d’une trentaine d’années.

— Des humains. Comme c’est décevant.

La femme marmonna quelque chose et tourna un bracelet métallique à son poignet. Il y eut un petit grésillement, puis elle prit la parole dans un anglais dont la perfection tenait exclusivement au traducteur qu’elle venait d’enclencher.

— Vous avez pénétré illégalement dans notre colonie.
— Je vois. Des humains procéduriers…
— Veuilez vous identifier.
— C’est que nous étions en pleine discussion.
— Vous êtes de l’Église de l’Universelle Fraternité, c’est ça ?

Ambre avait bien vite arrêté de regarder la femme. Après avoir examiné les armes, il promenait son regard tout autour du quai de téléport sur lequel il était arrivé, une petite salle dépouillée aux murs métalliques. Son observation avait pour but principal de déterminer le degré technologique de leurs nouveaux hôtes et, pourquoi pas, l’origine du vaisseau qui, supposait-il, devait orbiter autour de la planète sur laquelle ils se trouvaient quelques secondes auparavant.

— Vous savez que la loi de lutte contre le terrorisme nous autorise à…
— Oui, oui, passionnant. Nous ne sommes pas de l’Église de l’Universelle Fraternité. Nous sommes des voyageurs.
— Des voyageurs ?
— Ethnographes, même. Amateurs. Enfin, mon amie est botaniste. Voilà. Très talentueuse. Si vous avez des géraniums, c’est le moment où jamais.
— Je vous conseille de commencer à me dire la vérité.
— Hmm…

Ambre inclina la tête sur le côté, en continuant à fixer la femme d’un air songeur.

— Vous avez de la technologie zin’glast, l’amorceur de vos blasters, c’est du zin’glast, je reconnais le style, et pourtant, vous n’êtes pas zin’glast. Donc vous avez des contacts avec d’autres civilisations, vous ne pouvez pas vous étonner qu’il y ait des voyageurs. À moins que… à moins que…

La femme secoua la tête avant de se tourner vers l’un des deux gardes.

— Sergent, jetez-les en cellule.
— Merveilleux !
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Message posté : Ven 22 Aoû - 14:54 Message
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De loin, Amber trouvait que l’Anglais était une très bonne langue mais, elle trouvait tout de même très étrange que cette femme, en plein milieu de l’espace, puisse parler cette langue. Cela aurait été un curieux hasard et, elle n’était pas assez égocentrique pour penser que l’univers entier parlait et comprenait cette langue. Elle tourna la question encore et encore, sans faire le rapprochement avec le bracelet. Elle tourna un peu trop la question parce qu’avant qu’elle ne puisse demander des explications, on demandait déjà à les envoyer en cellule.

« J’adore vos chaussures. »
« Quoi ? »
« Euh… j’adore vos chaussures ? »

Quoi ? C’était bien ce qu’Ambre avait dit au premier endroit qu’ils avaient traversé. C’était peut-être une forme de code, une phrase qui devait vouloir dire autre chose que « j’adore vos chaussures », qui permettait de faire un bond ailleurs, à travers un trou noir pour atterrir sur une nouvelle planète.

« En cellule. »

Apparemment, il n’y avait pas de code caché derrière cette phrase mais, elle faisait avec les moyens du bord, personne ne lui avait filé un fascicule pour lui expliquer comment survivre dans l’univers. Les deux hommes poussèrent les deux voyageurs dans une direction, sûrement celles de ces fameuses cellules, pendant qu’Amber leva les yeux vers Ambre. Elle devait avoir un sérieux problème parce que, plutôt que d’apparaitre comme inquiète, elle se trouva interrogative.

« Je parle en quelle langue ? J’ai l’impression de parler en anglais mais pourquoi est-ce qu’ils me comprennent et que je peux les comprendre aussi ? »

Vraiment très étrange. Et, même sans parler, le garde derrière se fit bien comprendre en la poussant, un peu, dans le dos à l’aide de son arme. Traduction : avances et tais-toi. Tout le trajet fut ponctué d’inquiétudes qu’elle n’eut jamais le temps de finir.

« Ils vont vraiment nous mettre dans une… Oh, c’est quoi ça ? On dirait une sorte d’artichaut géant et, en plus métallique, bien sûr ? »



« Vous savez comment ils traitent leurs pri… C’est marrant, le sol est chaud. »



« Le temps, ici, il passe comme sur la Terre ? On ne devrait pas entendre un bruit de moteur ? »

Les deux gardes semblèrent soulagés de pousser les deux intrus dans une cellule… Sans porte. Levant les yeux, Ambre ne comprit pas pourquoi il y avait des bancs au plafond. Il fallut qu’on lui explique de s’allonger pour comprendre que la cellule perdait de son attraction, comme tournant sur elle-même, pour que le plafond devienne le sol et le plafond, trop haut, une ouverture sur la sortie.

« J’adore. Enfin, pas le fait d’être enfermée mais, le système c’est plutôt ingénieux. »

Son manque d’inquiétude venait probablement de son guide dans cette drôle d’aventure. Elle ne le sentait pas paniqué et puis il avait pris tellement de formes différentes, il avait l’air de savoir tellement de choses, qu’elle ne doutait pas vraiment qu’il puisse trouver une solution pour les sortir d’ici.

« Je ne suis même pas certaine qu’on puisse dire qu’on est enfermé, il n’y a même pas de barreaux. »

Reposant son regard sur Ambre et éviter de se bloquer le cou en regardant en l’air.

« C’est quoi le problème avec le fait qu’elle est une technologie Zin’glast et s’étonner de voir des voyageurs ? » Elle était trop novice et avait du mal à suivre le cheminement des raisonnements du voyageur. « Vous sous-entendiez qu’elle devait être euh, une… Zin’Glastienne ? Je ne sais pas comment on dit. Et qu’elle aurait pris une apparence humaine ? Ce serait bizarre parce que les gardes, ils étaient bien humains, non ? Et… »

Apparemment elle n’avait même pas le droit de finir ses questions que, en haut, un garde refit son apparition en lui coupant la parole.

« Tenez, quand vous serez décidé à dire la vérité, vous n’aurez qu’à appuyer sur le bouton au milieu du boitier. Avec un peu de chance, la Capitaine vous autorisera une audience. »

L’homme balança un boitier – vers le bas pour lui – qu’Amber rattrapa au vol. Enfin, dans son esprit, elle aurait dû le rattraper au vol mais, munie de dix pouces et deux mains gauches, elle se foira, se prit le boitier sur le coin de la figure dans une plainte, avant de réussir à l’avoir. Une main pour tenir le boitier, l’autre pour se masser le front. Tout pour plaire, un boitier noir avec, en son centre, un énorme bouton rouge criait de ne pas appuyer dessus, tout en étant horriblement tentant.

C’était étrange d’avoir ce boitier, généralement, pour un aspect psychologique, ce n’était pas les prisonniers qui décidaient de quand ils étaient prêts à parler. Ou la culture était vraiment très différente ici.
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Message posté : Ven 22 Aoû - 17:26 Message
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— Ils utilisent un traducteur très rudimentaire.

Qu’il aurait bien aimé avoir, d’ailleurs, mais le dernier qu’il avait utilisé avait grillé entre ses mains — Ambre et les objets, magiques ou technologiques, c’était tout une histoire.

— La plupart des traducteurs avancés créent un champ télépathique qui permettent aux cerveaux de produire des langues non-apprises. Les traducteurs portatifs zin’glasts modulent les sons d’une langue pour les transformer en une autre. Depuis l’attaque de votre planète par les Grues, un certain nombre de traducteurs dans ce coin de la galaxie ont enregistré vos langues. Les Chevaliers Stellaires de votre secteur n’y sont sans doute pas pour rien, aussi, je suppose.

C’était après un Chevalier Stellaire qui lui avait appris l’anglais — ou, en tout cas, avait rafraichi ses souvenirs un peu désuets.

— C’est un stabilisateur pour les descentes orbitales. Ça tourne très, très vite et son mouvement compense les vibrations d’entrée dans l’atmosphère. C’est une technologie très rudimentaire.

De toute évidence, cette civilisation en était aux premières étapes de son exploration spatiale.

— Le temps passe… À vrai dire, c’est un peu étrange, comme question. Mais disons que comme on va à vitesse subliminique pour l’instant et qu’on est près d’aucun objet vraiment massif, le temps passe de manière… conventionnelle ? Si vous voulez.

Le moment n’était peut-être pas le mieux choisi pour rentrer dans les détails de la relativité.

— Les moteurs sont entourés de compartiments tampons. Quand le vaisseau atteint l’espace, les portes des compartiments sont ouvertes, l’air se vide et les compartiments sont… vides. Par conséquent, les ondes sonores ne circulent pas. Ça réduit un peu les explosions, aussi. Un peu.

Ah, ça, il en savait long sur les vaisseaux spatiaux — on avait toujours besoin de pouvoir s’introduire dans un vaisseau spatial. Et saboter ses moteurs. Accessoirement.

— Zin’glast.

Corrigea Ambre, désormais allongé sur son banc. Il se tourna sur le côté et se redressa sur un coude, les yeux posés sur Amber. Décidément, cette humaine lui plaisait : elle ne s’effrayait pas facilement et elle savait goûté tout le charme d’une expédition en territoire inconnu. Deux qualités que le Trickster goûtait particulièrement chez ses camarades d’aventures et qu’il eût trouvées peut-être plus fréquemment, s’il avait pris l’habitude de leur demander leur avis, avant de les embarquer à sa suite.

— Les Zin’glast sont une civilisation hyperspatiale. Les civilisations hyperspatiales sont celles qui ont assez développés le voyageur dans l’espace pour arriver à construire, comment dire ? Pas forcément des empires, mais des relations avec des planètes très éloignées les unes des autres. Certaines civilisations spatiales, particulièrement dans des systèmes solaires dépeuplés, et il y en a énormément, peuvent très bien ne jamais croiser d’autres individus, pendant des siècles ou des millénaires, malgré leurs vaisseaux. Ça aurait expliqué la surprise de nous voir. Mais là, s’ils ont vu des Zin’glast, ils sont au courant que l’Univers est peuplé. Alors…

Ambre finit par s’asseoir sur son banc.

— Je ne sais pas, ils ont peut-être aussi trouvé des morceaux de technologie zin’glast, des sortes d’épave. Et puis ils ont adapté. Ces machins-là, ça dérive. Mais oui, ce sont des humains. Les Zin’glast sont de toute façon beaucoup plus… pacifiques. Ou manipulateurs, ça dépend du point de vue, mais disons qu’ils préfèrent les rapports de force sans rapport de violence. Les blasters zin’glasts sont utilisés seulement en cas d’impérieuses nécessités et la plupart des gens ne savent même pas à quoi ça ressemble.

Ce qui le plaçait dans une catégorie exceptionnelle un peu suspecte. Sans s’en soucier, Ambre se replongea dans ses pensées et, après un moment, il murmura :

— Je pense qu’ils surveillent la planète. Les entrées, les sorties. Ils nous ont trouvés sans trouver notre vaisseau, ça les rend suspicieux. Du coup, ils doivent penser qu’on est des passagers clandestins. Qu’il y a un traitre à bord. Est-ce que c’est logique ? J’ai pas l’impression que ce soit logique.

Ambre se leva tout en continuant à réfléchir à voix haute :

— D’un autre côté, je ne suis pas la personne la plus logique de l’univers. Accrochez-vous.

Le Trickster prit le boitier des mains d’Amber et pressa le gros bouton rouge. La gravité s’inversa, ce qui ne fit ni chaud ni froid au globe gélatineux, luminescent et en pleine lévitation qu’il était devenu entretemps. Quand la gravité se fut stabilisé, il retrouva une forme plus humaine, sous le regard ahuri des deux gardes.

— Donc ! Comme vous le constatez, vraiment pas membres de l’Église de l’Universelle Paternité.
— Fraternité.
— C’est ça. Je suis le Trickster ! Mais vous me connaissez peut-être sous le nom de…

Ambre bomba le torse et déclama :

— La Tempête des Sept Galaxies !
— Non.
— Non ?
— Non.
— Ah.

Fâcheux.

— L’Empereur Silencieux ?
— Non plus.
— Le Marcheur de Krak Nor Fruk ?
— Si vous continuez, je vous assomme.

Ambre esquissa une moue un peu contrariée. À quoi ça servait d’être un voyageur galactique si personne ne vous connaissait ?

— Peu importe. Conduisez moi à votre chef.

Le Trickster se retourna vers Ambre et confia :

— J’ai toujours rêvé de dire ça.
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Message posté : Ven 22 Aoû - 18:43 Message
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En parallèle de la base de données qu’elle était en train de créer – enfin, elle choppait les informations, Zach s’occupait du côté informatique – il fallait vraiment qu’elle consigne les informations qu’elle recevait. La connaissance, selon elle, était un pouvoir à part entière qu’il ne fallait pas négliger. Il serait dommage de ne pas garder de traces de ce voyage, même si ce n’était qu’à titre personnel. Bon, elle n’était pas certaine de tout retenir, vu le nombre d’informations inconnues mais, il y avait des choses pour lesquelles elle avait une bonne mémoire.

« Le Trickster… »

Répétition, juste pour elle-même. Amber était la descendante d’une lignée qui se transmettait les pouvoir d’un ancien Druide, dont les vestiges avaient été découverts par son arrière-grand-mère. L’Anglaise avait donc été bercée avec de très nombreuses légendes, plus ou moins anciennes. Ajoutons à ça des études en archéologie, un boulot auprès d’un prof d’histoire et il était facile de comprendre pourquoi elle tenait à retenir ce nom. C’était le premier qu’il avait donné à la personne qui lui faisait face. Sûrement le plus connu. Il avait déjà été sur Terre, il y a très longtemps mais, déjà, il ne devait pas passer inaperçu. En sachant où fouiller, en reprenant ce qu’elle pouvait avoir, peut-être qu’elle trouverait quelque chose sur lui.

« Hmm. Juste Ambre, hein ? »

Beaucoup d’appellations pourtant, la remarque était sortie avec un sourire alors que le garde décida de les mener jusqu’au chef, comme demandé par Ambre. Pour sa part, tout ce qu’elle avait rêvé de dire un jour c’était, en entrant dans un Taxi : « suivez cette voiture ». Mais, ça c’était avant de finir propulsée dans l’univers.

« Vous êtes décidez à me dire qui vous êtes ? »

Amber, pas qu’elle n’était pas intéressée par la femme, leva le nez au plafond. Vraiment très haut. Tout lui semblait démesurément grand mais, c’était sûrement dû au fait qu’elle… Bordel, elle se trouvait quelque part dans l’univers. Une pensée qui ramena un sourire sur ces lèvres.

« Ça vous amuse ? »
« Pardon ? » Elle reporta son regard sur la femme. « Oh, euh, non. Enfin, c’est seulement que je trouve tout ça tellement incroyable. »
« D’être prisonnière ? »
« Prisonnière dans l’espace. »

Une nuance assez importante parce que, sinon, non, évidemment que non, il n’y avait rien d’amusant à se faire emprisonner. Du moins, elle le supposait parce que, en réalité, cela n’était jamais arrivé.

« Comment vous êtes arrivés ic… »
« Pardon mais, vous êtes qui ? Non parce que, on ne peut pas être sûr du fait que c’est vous qui chapeauter un tout ce vaisseau. »

La femme sembla un peu vexée de voir son autorité remise en cause aussi vulgairement par des passagers clandestins.

« Je suis Augustine Freilahis, Chef des troupes de la planète Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medigralita. Plus communément appelée A3M. »
« Waouh, vous arrivez vraiment à retenir un nom comme ça ? Vous pourriez l’écrire parce que, je ne pense pas pouvoir m’en souvenir. »
« Il suffit. »

Au moins, Amber ne se reprocherait d’avoir essayé de poser la question.

« A3M, c’est bien aussi. »
« Qui êtes-vous ? »
« Amber Matthews, étudiante de la planète Terre. Forcément, ça en jette beaucoup moins. »
« Quelles coordonnées ? »
« Hein ? »
« Les coordonnées de la terre ? »
« Oh, je n’en sais rien. »
« C’est où ? »
« Quelque part par-là. » Elle montra une direction. « Ou par ici. Hmm. » Elle se mit à réfléchir. « En fait, je suis un peu perdue, je crois que c’est à cause de cette histoire de trou noir. »

Et voilà qu’elle imita une voiture en collision avec une autre, supposée représenter un bond dans l’espace, comme Ambre l’avait montré.

« Comment vous êtes arrivés ici ? »
« Je croyais que c’était vous ? On était sur la planète, en bas, et il y a eu ce faisceau lumineux et, piouff, vous étiez devant nous. »
« Je voulais dire sur cette planète. »
« Oh… ça. »

Elle posa son regard sur Ambre, se demandant ce qu’elle pouvait dire ou non. Il tenait peut-être à garder cette histoire de bond dans l’espace pour lui. Ou peut-être que c’était elle qui ne voulait pas que ça se sache, au moins, ça permettrait d’avoir un effet de surprise pour partir en cas de réels problèmes. Elle revint sur Augustine.

« C’est à cause des désodorisants. »

Plus ou moins mais Amber n’était pas une personne qui savait mentir. Si elle le faisait, ça se voyait autant qu’un énorme panneau lumineux et clignotant au-dessus de sa tête. Autant ne pas s’y risquer.

« Des désodorisants ? »
« Il me semble que c’est ce que j’ai dit, oui. Votre traducteur ne fonctionne pas très bien ? »

Ou peut-être qu’elle était sourde. Ce qui était certain c’est que la femme préféra se désintéresser d’Amber qu’elle trouvait beaucoup trop sous-évaluée, pas assez intelligente, pour mener une conversation convenablement. Donc, elle passa sur Ambre.

« Qu’est-ce que vous faisiez sur Z235-HE ? »
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Message posté : Dim 24 Aoû - 13:06 Message
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Juste Ambre.

— Entre autres.

L’arrivée de la capitaine plongea Ambre dans un océan de réflexions — ou de souvenirs, plutôt. Toute la difficulté, quand on avait emmagasiné quelques millénaires de connaissances désordonnées, était de parvenir à situer les mondes, les époques et les gens. Pendant ce temps, Amber expliquait succinctement les raisons de leur venue et les modalités de leur voyage, des explications qui, c’était étrange, ne parurent pas convaincre absolument la capitaine Freilahis. Le regard de celle-ci se reporta sur le Trickster, qui leva les yeux du sol-plafond-ça dépend des moments et esquissa un sourire.

— Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita.
— Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita.

Confirma la capitaine.

— Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita, Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita, Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita, Atelisiahium Moridramistir Mofulsefasia Medrigralita…

Répéta Ambre en agitant les doigts dans les airs pour faire circuler ses souvenirs — une méthode toujours très efficace. Jusqu’à pointer son index sur la capitaine.

— AH !

Les deux gardes qui encadraient la femme sursautèrent.

— Guenon !
— Gardes !
— Oui, oui, oui.

Ambre frappa dans ses mains et les frotta l’une contre l’autre avec enthousiasme.

— A3M, il n’y a même pas mille ans, une planète pleine de singes. Pas comme dans La Planète des Singes

Ambre se retourna vers Amber.

— J’ai vu la Planète des Singes, au cinéma. Troublant, un film troublant. Avec Andrew. Les pop corn, une invention fabuleuse. Où en étais-je ? Ah, oui, vous, la guenon.

Le Trickster commença à faire les cent pas dans la cellule.

— Mile ans, A3M, plein de singes. Toujours intelligents les singes, mais vous, ah… Certainement pas prêts à rassembler à ça…

Ambre désigna d’un geste de la main la silhouette de la capitaine.

— Et à construire des vaisseaux. Non non. Et vous êtes cheffe des troupes d’une planète avec des vaisseaux spatiaux, mais vous venez surveiller une planète quasi déserte où cinq types défrichent une forêt ?

Pendant ce temps, la cellule s’agrandissait. En quelque sorte.

— Je parie que vous avez manqué plein de cours d’histoire au lycée. Hein ? Pas vrai ? Parce que vous voyez, je suis pas biologiste, enfin si, enfin un peu, j’ai créé les chiens quand même, enfin pas les chiens, mais les trucs, là, avec les ailes, qui mangent… mais c’est une longue histoire, et donc, je sais qu’on ne passe pas de la case primate à la case humain spatial en mille ans. Ou dix milles. Vous êtes des anomalies biotemporelles.

Ambre s’arrêta brusquement en face d’un des gardes, chercha son regard et murmura d’un ton suspicieux :

— Quelqu’un vous a donné un coup de pouce, hmmm… ? Quelqu’un fait de petites expériences. Quelqu’un aime jouer à Civilization avec des planètes désertes.
— Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ?

Excellente question, dans la mesure où un vent presque tropical soufflait désormais dans la cellule, qui n’était plus que cellule à moitié : l’autre moitié était occupée par une forêt à l’herbe violette et les arbres géants.

— Retour à l’envoyeur.

Ambre attrapa brusquement la main d’Amber, la tira vers lui et sauta — la polarité de la cellule s’inversa brusquement, alors que l’espace se repliait autour des dispositifs de régulations et les deux voyageurs tombèrent en direction d’un tronc, où ils atterrirent comme sur du plancher, avant de tomber — soumis à la gravité de Z235-HE — par terre, dans l’herbe violette. Les gardes et la capitaine avaient eu la mauvaise idée de s’accrocher, l’espace se replia et ils se retrouvèrent prisonniers dans leur propre cellule, qui avait repris son aspect normal.

De sa main libre, Ambre se massa le crâne en se redressant pour s’asseoir. Ses yeux où des couleurs ocres tourbillonnaient à présent en permanence se posèrent sur un grand humanoïde à trois bas reliés par un tube translucide à une sorte d’animal.

— Ah, notre ingénieur local en biotechnologies, je suppose.

La voix de l’humanoïde résonna dans leurs deux esprits.

* Vous perturbez notre expérience. *
— J’avais deviné.
Ambre se releva et chassa les brindilles et les feuilles de son pantalon.

— Ceci dit, la forêt n’est pas volontaire pour votre expérience et je suppose que les singes-humains évolués de l’espace d’A3M n’ont pas non plus signer un formulaire de consentement.
* Le consentement n’est pas nécessaire, Trickster. Nous avons des raisons impérieuses. Notre monde est en train de mourir. *
— Votre dernière expérience sur A3M a duré un bon millénaire, vous avez l’air d’avoir pas mal de temps devant vous.
* Notre soleil s’éteindre dans neuf-cent-milles années. Le temps est compté. Nous devons trouvé un moyen de nous adapter. *
— Ah.

Ambre se tourna vers Amber et afficha une petite grimace.

— Des gens prévoyants.

Toujours une plaie.
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Chroniques de la défaite de Zoglar, Seigneur de Maral-Dûl, et des glorieux & héroïques événements qui s'ensuivirent

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