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Sunny Day

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Message posté : Mer 6 Aoû 2014 - 18:42 Message
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Tout va bien se passer.

***

26 juillet 2014

— Dans six coups, t’es mat.

Alex réprima un sourire en levant un regard amusé vers le gamin qui venait de croiser les bras derrière la nuque et le fixait, un rictus narquois en travers des lèvres.

— Non.
— Si.

Depuis qu’il était contraint à l’anonymat par sa nouvelle apparence, une contrainte qui lui paraissait plutôt une bénédiction qu’une véritable difficulté, Alex avait dû abandonner quelques-unes de ses distractions privilégiées, modeste sacrifice au regard des avantages qu’il tirait de la situation. Parmi celles-ci, sa carrière de joueur international d’échecs en avait évidemment pris un coup. Médée, qu’il avait programmée en aspirant les logiciels des super-ordinateurs spécialisés dans le domaine, était son seul adversaire digne de ce nom — les autres Grands Maîtres Internationaux ne se bousculant pas vraiment dans les parcs de Star City où il se rendait, quand il souhaitait de temps à autre affronter un adversaire humain.

— Tu sais, ça, c’est dans les films. Les très grands joueurs d’échecs n’anticipent pas des dizaines de coups à l’avance, pas vraiment beaucoup plus que quatre ou cinq. Ce n’est pas ce qui les distingue des joueurs moyens ou même des bons joueurs. Ce qui les distingue des autres joueurs, c’est leur bibliothèque de parties, leur capacité à développer des stratégies innovantes et leur aptitude à considérer l’ensemble de l’échiquier.
— Ouais, c’est ça, écoute, j’suis champion régional, alors tu vas certainement pas m’apprendre à jouer aux échecs.
— Champion régional ?
— Ouais. Ton temps est en train de tourner.
— Très impressionnant.

Alex pressa le bouton de l’horloge après avoir bougé un cavalier dans un coin reculé de l’échiquier.

***

À quelques kilomètres de là, Jakob ne savait pas très bien pourquoi il s’était embarqué dans cette mission. Il n’avait pas vraiment pu refuser. En quelque sorte, ça, c’était fait un peu tout seul. Et pourtant, il avait une femme, il avait des enfants et, en dehors de ce genre de missions impromptues d’espionnage, il avait un véritable emploi qui le rendait fier. Jakob était Fienteur première classe, escadron du District Sud et il espérait bien, avec un de pratique, devenir capitaine d’un escadron du centre-ville et déménager sa pigeonne et ses pigeonneaux sur une gouttière cossue près des restaurants des beaux-quartiers.

Alors qu’il battait des ailes avec la précision militaire caractérisant tous les Fienteurs dignes de ce nom, Jakob fixait l’humain qui, en dessous de lui, courait le long de la berge. Ironiquement, ils étaient bien dans le centre-ville, vers le Front de Mer. C’était presque la promotion dont il avait rêvé. Mais qu’allait dire Martha quand il reviendrait le soir ? Comment allait-il bien pouvoir raconter sa journée ? Est-ce qu’elle le croirait quand il lui dirait ce qui s’était passé ? Et puis, d’ailleurs, qu’est-ce qui s’était passé ?

Il se souvenait à peu près qu’un humain un peu plus grand que la moyenne — mais enfin, les humains se ressemblaient tous, et puis lui, il les voyait surtout aux chevilles ou au-dessus du crâne, selon qu’il volait ou qu’il se promenait en rond, comme tous les pigeons — l’avait fixé droit dans les yeux, et puis après, tout était un peu embrouillé dans son esprit. Sans doute que Martha allait lui reprocher, encore une fois, d’être allé roucouler devant les pigeonnettes trop bien emplumées du Star Park.

Ah, la vie n’était décidément pas facile, pour un jeune pigeon ambitieux. Alors que Zachary contournait une bouche d’incendie, Jakob hésita à lui fienter dans les cheveux, pour la forme.

***

— Mat.

Les dernières secondes s’étaient passées en d’intenses sudations pour l’adversaire d’Alex et la chaleur agréable de l’été américain n’en était pas entièrement responsable. La partie s’était retournée quand, à l’issue de prises successives dont il n’avait compris que trop tard qu’elles étaient en réalité des sacrifices volontairement consentis par son adversaire, l’adolescent avait vu l’échiquier s’ouvrir sous les pieds des fous d’Alex, tandis que ses propres cavaliers se déplaçaient lourdement dans un grand espace vide.

— Mais…
— J’ai envie d’une glace.

Alex se releva en laissant son adversaire catastrophé tenter de reconstituer de mémoire les derniers coups, et puis les précédents, jusqu’à se noyer dans le brouillard des usages successifs très rapides auxquels Alex l’avait contraint, pour lui faire perdre le fil de sa propre stratégie. Pendant ce temps, celui qui venait de remporter une victoire à ses yeux sans surprise partait à la recherche de l’un des vendeurs de glaces du parc.

La partie d’échecs n’avait pas été vraiment un défi. Un moyen de passer le temps, tout en plus, en attendant le retour programmé de son espion. Un pigeon vint se poser à ses pieds. Les yeux d’Alex plongèrent dans ceux de l’animal. L’oiseau s’envola. Donc, Zachary s’entrainait. Première nouvelle. Le geek plus si geek que ça s’était arrêté non loin de là pour reprendre son souffle et boire de l’eau, autant que l’avait compris Jakob le pigeon. La glace attendrait. Alex se mit en chemin.

Revoir Zachary était la dernière grande étape de son processus de guérison, celui qu’il avait entamé au moment précis où Lukaz lui avait confessé l’affaire de l’Éclipse, celui qui l’avait amené jusqu’aux studios de Lorenzo, qu’il avait défendu devant Raphaël, dont il avait discuté avec Abban et qui parvenait à son terme. Lors de sa précédente incarnation, Alex eût été sans aucun doute tout à fait incapable de surmonter une pareille affaire. Les choses avaient changé. Il avait pris de la distance, d’une certaine façon, et si l’indifférence et l’assurance qu’il parvenait à convoquer l’effrayaient un peu, elles étaient d’une efficacité redoutable.

Zachary évidemment n’était pas responsable. Lukaz lui-même n’était pas responsable. D’ailleurs, Alex ne lui en avait jamais voulu — le problème était ailleurs. Ce qui l’avait retenu de revoir Zachary, c’était la crainte de ne pas parvenir à concilier ses réactions spontanées à l’analyse logique, rationnelle et en quelque sorte morale de la situation. La discipline psychique d’Alex donnait certes, la plupart du temps, un sens tout nouveau à l’expression « maîtrise de soi », mais il lui arrivait encore de céder à certains mouvements malgré sa volonté. Plutôt que de transformer Zachary en pancake ou de le convaincre sans retour possible qu’il était une poignée de porte, Alex avait jugé préférable de digérer les événements de l’Éclipse avant de confronter son ex-ancien-ex-ex-nouvel ami.

Les voitures, avec une politesse parfaitement improbable, s’arrêtèrent toutes pour le laisser passer sur le passage piéton, tandis que dans les rues, les passants parvenaient mystérieusement à ne pas entraver son chemin. En quelques secondes, Alex, qui marchait à grandes enjambées parmi la foule, parvint à rejoindre les chemins sur berge. Localiser précisément Zachary était un jeu d’enfant et, quelques secondes plus tard, Alex s’asseyait à son tour sur le banc où le jeune homme se remettait de sa course.

— Je cherchais une glace.

Les yeux du mentaliste s’étaient aussitôt fixés sur l’océan. Il était plutôt calme dans la ville elle-même qu’en contrebas de la falaise où était juché Fallaenn, mais l’amour qu’il avait toujours éprouvé par ces vastes étendues d’eau n’était pas altéré par leur domestication urbaine.

— Ensuite, je me suis souvenu que mon petit copain m’avait trompé avec toi. Entre autres, parce que vous avez des soirées animées. Et puis j’ai décidé que je n’avais plus faim.

Ce préambule prononcé d’un ton dégagé était peut-être le plus sûr indice qu’Alex se fût à peu près remis de l’affaire de l’Éclipse, puisqu’il parvenait à en plaisanter. Une plaisanterie qui sonnait certes comme une accusation directement dirigée vers un Zachary tout juste sorti d’un marathon (au moins — ou deux). Il y avait encore quelques progrès à faire.

— Bonjour.

Le regard d’Alex se détacha de l’eau pour observer Zachary.

— Tu es censé faire des étirements, maintenant. Avec que tes muscles refroidissent. Pour éviter les courbatures.
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Message posté : Jeu 7 Aoû 2014 - 8:52 Message
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Depuis le 1er Mai soit depuis cette soirée avec Jace où ils avaient invoqué bon nombre de personnages étranges afin de constituer une équipe, Zachary avait commencé à suivre un entraînement que son pauvre corps qualifiait volontiers de rigoureux. Les premières semaines avaient été difficiles, pour lui qui pratiquait intensément la « chaise de bureau » à un stade quasi olympique. Désormais, il devait courir pour renforcer son cœur, faire un peu de musculation pour avoir l’air un peu moins maigrichon, apprendre des techniques de combat au corps à corps, au moins la base et suivre plusieurs autres cours particuliers dispensés par Jace comme « notions de base en droit américain » et « comment gérer les journalistes pour les nuls ». Le geek n’en était évidemment pas au stade où il devait gérer les médias mais son ami avait l’air de croire que cela arriverait bientôt et cette idée avait fait son chemin dans l’esprit de Zack. Il était particulièrement impatient d’arriver au moment où on lui annoncerait son intégration à la Team Alpha et pour cela, il travaillait énormément. Tous les jours, il s’imposait un jogging et il était assez satisfait de constater qu’il tenait désormais une heure de course. Depuis qu’il avait commencé à se dépenser, il se sentait plus vivant, comme si le sport l’avait relié à la réalité tangible de son existence.

Au moins, il lui évitait de trop penser.
Se donner à fond dans une activité physique lui avait permis de vaincre petit à petit le traumatisme des abus qu’il avait subi. Evidemment, le geek n’était pas totalement sorti d’affaire, les cauchemars le hantaient toujours mais il n’avait plus des crises aussi violentes qu’au début. Peut-être était-ce en partie grâce à Chloé, mais pas uniquement. Il pouvait remercier son oncle, de le surmener à ce point et Jace, d’accaparer ses dernières heures de temps libre. Il avait à peine le temps de continuer à bosser aux archives de la Star High. Il avait tendance à s’endormir sur l’ordinateur et à se réveiller quelques heures plus tard. Heureusement que madame McFlutry, la bibliothécaire, était réglée comme une horloge.
Il n’avait plus joué depuis trois siècles au moins et cela commençait à lui démanger les doigts. Ce jour-là, il avait décidé de s’accorder un peu de temps libre, de faire une ou deux ranked afin de ne pas perdre son elo sur League of Legend pendant que Final Fantasy se mettrait à jour et qu’il puisse partir au moins en donjon avec sa guilde. Un raid aurait été le must mais il n’était pas certain de pouvoir le finir.
Quelle vie, même pas sept heures de libre pour un raid. C’était d’une tristesse…

Heureusement, il obtenait quelques compensations en retour et outre la réalité prochaine de son rêve, Zachary devait admettre qu’il attrapait un corps plutôt sympas à regarder. Il n’était plus aussi maigrichon, il avait changé ses habitudes alimentaires pour inclure un peu plus de protéine à son régime et commençait à se dessiner des muscles. Il avait plus de force dans les bras et dans les cuisses, et des abdos commençaient à se dessiner sur son ventre. Il était encore loin de la tablette de chocolat mais au moins ce n’était plus plat et mou comme avant. Ce matin, devant le miroir, il se demandait ce que Chloé penserait de ces changements. Ils n’étaient pas à proprement parlé de nouveau en couple mais le geek continuait d’y travailler.
Quand il avait le temps.
Pas assez, jamais assez, hélas.

C’est donc à ce moment de l’existence du geek que commence l’histoire du jour. Zachary, qui avait appris à respirer correctement, courrait depuis un bon moment maintenant au son des musiques du LCS. Ses jambes commençaient à fatiguer un peu et il était fatigué par une nuit de cauchemar. C’avait été l’un de ces soirs où son cerveau travaillait tout particulièrement, comme s’il n’était pas suffisamment fatigué. Il était bien décidé à s’épuiser cette fois mais il ne devait pas non plus forcer au point de se froisser un muscle, aussi s’arrêta-t-il sur un banc pour s’étirer, comme son ami le super-héros le lui avait appris. C’est le moment que choisit quelqu’un pour venir s’asseoir juste à côté. Dans un premier temps, le geek ne fit pas attention, jusqu’à reconnaître la voix d’Alex. Un grand sourire illumina son visage tandis qu’il décrochait sa gourde de sa ceinture pour boire un coup d’eau. Il était vraiment heureux de revoir ce garçon même s’il n’avait pas vraiment eu le temps de reprendre contact avec lui depuis leur aventure à l’Histoire Sans Fin. Le geek avait un agenda de ministre.

L’eau qu’il avait en bouche fut artistiquement –ou pas- recrachée en passant à quelques centimètres des cheveux d’Alex quand ce dernier porta son accusation. Le geek ouvrit la bouche pour se défendre…Puis la referma d’un coup, les yeux légèrement écarquillés.
Il allait jurer sur ses grands dieux qu’il n’aurait jamais fait une chose pareille mais en réalité…Il avait bien couché avec un homme, une fois. Enfin deux, si on comptait le vampire dont la morsure ne cicatrisait pas totalement sur le cou du garçon. Zack pâlit et les souvenirs lui revinrent en mémoire, provoquant un choc qui manqua de le faire chanceler.

Le Bloody Mary.
Flash.
L’irrésistible attirance pour Solar, la vague impression que ce n’était pas normal.
Flash.
Des mots qui sortent de sa bouche, digne d’un porno mal tourné, qu’il veut retenir sans y parvenir.
Flash.
Son membre à l’intérieur de lui, la douleur, des larmes.
Flash.
Son visage, celui du vampire, lui souriant la bouche pleine de sang. De son sang.

La main du geek se mit à trembler et il dut inspirer plusieurs fois. Le silence s’éternisait entre Alex et lui, et il essayait de se concentrer sur autre chose que les souvenirs dans son esprit. Autre chose, autre chose…

Il repensa à la fois où il avait connu Alex et à la puissance de ses pouvoirs psychiques. Il le revit arracher une tête de démon sans même toucher ce dernier. Zachary eut alors la quasi-certitude que sa dernière heure était arrivée et ce, même si son interlocuteur lui conseillait de faire des étirements. Soupçonneux et probablement un peu effrayé, Zachary le regarda presque interloqué. On ne pouvait pas accuser quelqu’un de tromperie et lui dire de s’étirer juste après.
Déconcertant.

Alors comme ça, Solar était le petit ami d’Alex…
En même temps, Zachary n’avait couché qu’avec un homme à sa connaissance et il imaginait mal le mentaliste avec un vampire aussi tordu que le propriétaire de l’Eclipse.

- T’es…T’es la pour me tuer ? demanda-t-il en essayant de garder un peu de contenance.

Après tout, la voix de Noctis était plutôt calme. Mais Zack n’était pas dupe, son père aussi parlait très sereinement avant de sombrer dans la rage. Les rares fois où Zachary avait vu William Blake en colère, ça avait commencé de cette façon. Ce n’était jamais dirigé contre lui mais le gamin avait été tellement terrifié qu’il s’en souvenait encore très bien.

- Je suis désolé, tu sais Alex je voulais pas faire ça, vraiment pas je…Je sais pas comment te prouver que je dis la vérité. Je comprends que t’ai envie de me tuer, à ta place je voudrais sûrement la même chose mais je voulais rien faire avec Solar, rien du tout. Ca…Ca me hante depuis ce jour-là.

Un aveu criant de vérité car même s’il avait jouit plusieurs fois, Zachary n’était pas gay. Son corps avait réagi de manière purement physique, le trahissant honteusement mais lui n’éprouvait aucune attirance pour les garçons. Il soupçonnait le Bloody Mary de contenir une drogue, sûrement une drogue mystique. Quant à savoir pourquoi le vampire les avait choisi ou s’il s’agissait d’un hasard…Le geek avait plus ou moins adopté la politique de l’autruche, quoi qu’en dise Chloé.
Et heureusement, pour une fois, elle n’en disait pas grand-chose. L’amour de sa vie avait bien compris qu’il y avait des sujets inabordables.

Les yeux baissés, Zack ajouta :

- J’aurais pas dû aller là-bas. C’était stupide, mais je voulais faire un truc un peu stupide à cause de…Bref c’est pas important à cause de quoi. J’ai jamais voulu ça, je suis désolé, encore plus désolé que ça ait été ton petit ami…

Il aurait voulu s’asseoir, cacher son visage, mais il n’osait pas bouger. Il ignorait que Solar était le petit ami d’Alex et il se sentait encore plus mal d’avoir agis de cette façon. Il se sentait comme un traître abominable et soudainement, la souillure de ce soir-là revint.
Il ressentit à nouveau le besoin de se récurer sous la douche pendant des heures.
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Message posté : Jeu 7 Aoû 2014 - 15:40 Message
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Alex ne s’était pas attendu à un flot d’excuses — même si, tout bien considéré, c’était la réaction la plus probable. Il ne s’était attendu à rien : il n’avait pas voulu envisager ces retrouvailles. Ce qu’il avait craint surtout, c’était de sa part une sorte de sursaut d’humaine médiocrité, un mouvement de jalousie brutale, en parfaite contradiction à la fois avec ce à quoi il aspirait et son analyse rationnelle de la situation. Le Neutron-Grey n’avait jamais apprécié être le jouet de ses émotions — Alex, qui élevait le contrôle de soi au rang d’impératif catégorique, encore moins.

— Le meurtre de ma part serait plutôt un geste de pitié qu’un geste de vengeance. La torture, c’est de la vengeance ; le meurtre, c’est un moment d’irréflexion. Du reste, je suppose que le fait même que tu puisses t’excuser est le preuve que je me suis involontairement vengé.

Merci, Alex, comme d’habitude, c’était presque limpide. Alex se savait tout à fait capable d’effacer les souvenirs de Zachary, et la douleur que ces souvenirs traumatiques suscitaient chez le jeune homme, et toutes les conséquences probablement désastreuses de cette nuit-là dans son existence. Il ne l’avait pas fait pour Lukaz, parce que Lukaz préférait la vengeance et qu’Alex était partisan de surmonter ses adversités plutôt que d’en détourner le regard, mais il n’avait pas les mêmes exigences avec Zachary qu’avec l’homme qui partageait son existence. En un sens, en ne venant pas le voir plutôt, il avait laissé son ami souffrir.

Se rendant compte avec un peu de retard que cette analyse logique sur fond de torture n’était sans doute pas la réponse que son interlocuteur attendait, Alex secoua lentement la tête.

— Je ne suis pas ici pour te tuer. Ou te torturer, hein. Et puis je ne suis pas en colère. Contre toi. Ou Solar. En tout cas.

Alex détourna le regard pour observer une nouvelle fois l’océan et, d’une voix lointaine et songeuse, il reprit :

— Triste, principalement. Humilié et triste. Ce sont des choses imperceptibles, en fait, que les différences qui parfois nous séparent les uns des autres. Au début, j’aimais bien penser que la métahumanité était une solution comparable à l’humanité, une sorte d’alternative, mais en réalité, plus le temps passe, plus je me rends compte que nous vivons les uns les autres dans une irrémédiable solitude. Ce que vous décrivez est pour moi inconcevable. Qu’il y ait une distance entre votre volonté et vos désirs. Que vous puissiez considérer que vous avez agi malgré vous, quand vous avez agi tout en désirant. Les choses pour moi dans l’existence se présentent de manière très différentes, et j’ai constamment l’impression que vous mentez.

Ce n’était pas une accusation.

— Je ne peux pas comprendre que vous ne soyez pas responsables dans de pareilles circonstances, même si je sais intellectuellement que c’est vrai. Tu sais, on croit toujours que ce qui nous distingue radicalement des autres, c’est la capacité, je ne sais pas, à soulever une voiture ou à passer dans une autre dimension, et en fait, au quotidien, ce sont ces petits traits psychologiques, ces évidences pour nous dont on ne comprend l’individualité que beaucoup trop tard, qui nous font sentir notre solitude inconsolable.

La mélancolie avait toujours fait partie du caractère de Chase et si le tempérament d’Alex était d’ordinaire un peu plus joyeux, le mentaliste n’avait de toute évidence rien perdu de son art consommé de la dépression collective. Le jeune homme inspira profondément et conclut :

— Je n’ai rien à te pardonner parce que tu n’as rien fait de mal. Que ma tristesse, ma honte et mes doutes aient été causés par vos actions ne vous en rendent pas responsables.

Chez Alex, les conceptions morales pouvaient s’exprimer comme des raisonnements rationnels, si bien qu’il était parfois difficile de savoir si elles naissaient de ses impressions les plus profondes ou s’il les exprimait en tant que vérités générales qui ne reflétaient pas nécessairement ses sentiments.

— Je suis désolé que tu aies eu à subir ces interactions que tu ne…

Désirais pas ? Le mot avait quand même du mal à sonner juste pour Alex.

— … souhaitait pas. Si j’ai compris. À peu près.

De semaine en semaine, Alex avait été incapable de déterminer si ce qui le peinait le plus étaient les événements de l’Éclipse eux-mêmes, la découverte que Lukaz avait, selon ses critères à lui, des désirs insatiables auxquels il ne satisfaisait pas ou la prise de conscience qu’il ne parlait plus le même langage et ne percevait plus le même monde que ses proches, comme il l’avait craint souvent, déjà, par le passé.

— Je croyais sincèrement qu’être beau serait une solution suffisante.

Parce que dans le monde d’Alex, « être bon », comme « devenir télékinésiste » ou « contrôler les animaux », était une décision rationnelle qui n’exigeait qu’un effort de la volonté. Certes considérable. Et puis une mort suivie de résurrection.

— Je me demande ce qui me manque. Ou ce que j’ai en trop.


Cette fois-ci, il se parlait véritablement à lui-même. Exprimer sa tristesse en des termes si explicites l’avait conduit à une introspection inédite et il laissait sans rendre compte apparaître l’un des grands problèmes de son existence : la conviction mal fondée que les relations humaines opéraient avec des variables quantifiables et que le désir de Lukaz pour un autre était une question de différence arithmétique, peut-être insoluble, mais en tout cas calculable.

Reprenant un peu ses esprits, Alex soupira.

— Peu importe. Tu veux que je te soigne ? Je peux te faire oublier, si tu veux. Ou apaiser le traumatisme.
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Message posté : Sam 9 Aoû 2014 - 11:20 Message
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Zachary se sentait atrocement mal face à cette situation, d’autant plus qu’il considérait Alex comme un ami. Combattre des démons et un livre ensorcelé ensemble, ça rapproche. Il se sentait étrangement lié à lui, sans savoir pourquoi, sans même s’en douter une seule seconde et il n’avait aucune envie de lui faire de la peine. Hélas, le mal était fait et si le geek avait récolté un traumatisme, son ami n’était pas en reste.
Triste, humilié, dans l’incapacité de comprendre…Zachary imaginait bien qu’un mentaliste aussi puissant ne se serait pas laissé avoir facilement mais le problème était là : Ni Zack ni Solar, visiblement, ne possédaient de bouclier mental ou n’avait de résistance particulière à la magie. Que du contraire, Zachary était en train de développer ses pouvoirs et y était donc particulièrement sensible.

- C’est un peu contradictoire ce que tu dis… lui fit malgré tout remarquer le geek.

Il ne comprenait pas tout en comprenant. Décidément, Zachary avait des amies plutôt complexes à cerner.

- T’es pas responsable, t’as pas à être désolé. C’est clair que… Le geek s’interrompit, cherchant les mots justes pour exprimer ce qu’il ressentait. C’est clair que j’aurais voulu que ça n’arrive jamais. C’est là, dans ma tête et j’arrive pas à passer outre. C’est…C’est compliqué.

Peut-être que coucher avec une fille lui aurait permis de débloquer son cerveau mais la seule qu’il désirait était inaccessible et il craignait d’être encore un peu trop traumatisé que pour pouvoir lui offrir quelque chose de correct. Le peu de confiance en lui qu’il avait gagné sur un plan sexuel avait volé en éclat cette nuit-là et il avait régressé à un stade antérieur à celui où il était encore puceau, quand il avait fait l’amour moins de cinq minutes pour la première fois, à l’anniversaire de Chloé. Et encore, il était un peu saoul, ç’avait aidé.
Il ne s’attendait pas à ce qu’un garçon comme Alex puisse ressentir quelque chose de semblable, puisse douter de lui comme le geek le faisait. Cela l’étonna, le cloua même sur place. Les yeux légèrement écarquillés, Zachary ne comprenait pas. Il avait beau ne pas être gay, quoi qu’on en dise, Alex était un beau mec. Du genre qui plait autant aux hommes qu’aux femmes. Bien habillé, taillé juste comme il le fallait, puissant par-dessus le marché…Mince, qu’est-ce que le geek devait dire, à côté ? Certes, il commençait un peu à se muscler et à valoir quelque chose en tant que super, mais bon…Il était loin de son niveau.

- Je suis pas persuadé que le problème vienne de toi tu sais… tenta-t-il un peu minablement.

Il n’avait jamais su gérer ses propres frayeurs et son propre manque de confiance, il était donc plutôt mal placé pour aider Alex sur ce point. Le mentaliste dû le comprendre, car il lui fit une proposition plutôt alléchante. Tout oublier, apaiser le traumatisme, retrouver le sommeil…Zachary hésita.

- Je…Ce serait lâche, d’oublier. J’aimerais que ça ne soit jamais arrivé, le problème c’est que…Bah c’est arrivé, justement. C’est trop tard. Ça m’empêche de dormir la nuit, ça m’empêche de sauter le pas à nouveau avec Chloé, ça m’empêche de plein de choses mais…Mais ça m’a apporté un truc. Ce qui ne tue pas nous rend plus fort, tu sais, ce genre de choses…

D’un autre côté, il n’aimait pas trop l’idée que quelqu’un farfouille dans sa tête et bidouille dans son cerveau. Il avait vu ce dont Alex était capable et il ne pouvait s’empêcher d’avoir une petite appréhension.

- Par contre… Il se mordilla la lèvre inférieure, sans savoir comment exposer sa requête. A toi, je peux bien te le dire. Je m’entraîne pour entrer dans la team alpha, j’ai l’impression que ça ne tardera plus à se faire. Et quand je dis que je m’entraîne, c’est avec Jace tu vois, il m’apprend plein de trucs, il me remet en forme, je cours tous les jours maintenant. Oui, il était quand même relativement fier. Parfois on part en mission aussi, on se débrouille bien, enfin disons que je commence à progresser mais j’ai peur d’un truc, je me dis…Et si un jour, pendant une mission importante ou dangereuse, le traumatisme ressurgissait ? Tu sais, avec un déclencheur. Je m’en fou de pas dormir la nuit ou de mal dormir si j’ai pas un truc avec l’odeur de Chloé à proximité, je m’en fou que ça fasse de moi un mec pitoyable mais je ne voudrais pas risquer la vie d’autres personnes. Du coup, sans me faire oublier, tu crois que tu pourrais…Faire en sorte de contenir les réactions traumatiques dans certaines situations ? Je sais pas si c’est clair…

Zachary voulait se donner le temps de surmonter seul ce qu’il avait subi mais il ne voulait pas compromettre l’aboutissement de son rêve pour autant. Alex pourrait l’aider à temporiser le temps qu’il y parvienne, en espérant toutefois que cela soit possible.
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Message posté : Sam 9 Aoû 2014 - 23:25 Message
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— T’amputer d’une jambe ne va pas te tuer, mais je doute que ça te rende vraiment plus fort.

Une affirmation de pure logique qui, de la part d’Alex, capable d’endurer des contraintes parfois considérables pour développer un nouveau pouvoir, elle relevait un peu de « fais c’que j’dis, pas c’que j’fais ». Le jeune homme haussa derrière les épaules et reconnut :

— Mais je crois que je suis mal placé pour faire remarquer ce genre de choses.

Une affirmation un peu elliptique qu’il jugea préférable de ne pas développer : Alex n’aimait pas trop divulguer ses secrets. Après avoir écouté Zachary exposer sa requête, il hocha la tête.

— Je peux faire ça. Il vaut mieux qu’on aille ailleurs, cela dit. Ne bouge pas trop.

Pour toute personne normalement constituée, « aller ailleurs » impliquait un éventail de choix qui s’étendait du café au coin de la rue jusqu’à son propre appartement ; pour Alex, la plupart du temps, l’expression incluait quelques milliers de dimensions plus ou moins atypiques. D’ailleurs, les contours de celle dans laquelle ils se trouvaient commençaient à gondoler — vous saurez désormais que c’est ce qui arrive lorsque l’on expose trop longtemps sa dimension à l’humidité. Un paysage presque familier commença à se reconstituer à la place de celui qu’ils avaient un temps considéré et qui, lui, disparaissait définitivement.

En face d’eux, c’était la même ligne d’immeubles, mais certains s’étaient effondrés et tous, en tout cas, n’étaient plus entretenus depuis un long moment. La végétation avait grimpée sur les façades, mais le spectacle le plus remarquable était sans aucun doute les bancs de sable, de bitume et de roche qui remplaçaient l’océan, au pied de la promenade, ainsi loin que le regard pouvait porter. Et tout autour d’eux, plutôt que la rumeur des moteurs dans la circulation, c’était un bruissement forestier qui montait de la ville. Jamais l’expression de jungle urbaine n’avait été plus appropriée.

— Apparemment, dans certains cas, quelqu’un à la merveilleuse idée de tirer une sorte de bombe à je ne sais trop quoi dans le soleil, le soleil surchauffe, une partie des océans s’évaporent, il y a des tempêtes cataclysmiques. Des gens viennent faire un truc au soleil, une sorte de bouclier de contention, si tu veux, j’ai déjà vu ça ailleurs…

En miniature, dans un artefact extraterrestre, en plein temple pré-colombien, avec l’équipe Argos. Une précédente existence — l’intérêt pour les dimensions avait remplacé depuis quelques mois, chez Alex, l’intérêt pour les espaces lointains. Les dimensions, elles, il pouvait les visiter, et elles ne présentaient pas moins de diversité.

— Bref, in fine, ceux qui ne sont pas morts ont été évacuées et la planète, qui a à peu près repris son cycle normal, est laissée en friche. Techniquement, ils pourraient reprendre le peuplement, je suppose, mais je crois que c’est préservé comme une sorte de site archéologique. L’esprit du gars qui m’a appris ça était un peu confus. Enfin bref, c’est plutôt isolé.

Ce qui était arrivé au gars en question, mystère — et d’ailleurs, l’expression choisie par Alex n’était pas très clair. Avait-il jugé de la confusion de son esprit au fil d’une conversation ou s’était-il contenté de puiser directement les informations à la source ? Dans tous les cas, il aimait bien ce monde : le spectacle d’une Star City somme toute très familière, mais envahie par la végétation, flattait son tempérament songeur et mélancolique.

— À mesure que le temps passe, je commence à oublier ce que ça fait, d’avoir des cauchemars. Je ne dors pas vraiment, tu sais. Je suis plutôt plongé dans une sorte de… Méditation ? Disons. Très profonde. C’est à peu près comme du sommeil, vu de l’extérieur, en beaucoup plus calme, et puis je ne rêve pas. Je me souviens de choses. Mes souvenirs, ceux des autres. Et de temps en temps, je vois ce qui se passe ailleurs, dans les autres dimensions. Je pense souvent à cet endroit, la nuit. Bref…

Sur le banc vermoulu qui leur servait désormais de siège, Alex tourna la tête vers Zachary.

— Regarde moi dans les yeux.

La perspective d’aider Zachary à entrer dans la Team Alpha lui laissait des sentiments bien partagés. D’un côté, son amitié pour le jeune homme restait en entière, même teintée d’un ressentiment qu’il ne parvenait pas à contrôler, et les amitiés d’Alex, aussi houleuses fussent-elles parfois, primaient toujours sur ses convictions personnelles. D’un autre côté, la Team Alpha, en tout cas telle qu’elle était gérée par Jace Roberts, était la vitrine même de la respectabilité métahumaine qu’Alex honnissait, une compromission peut-être plus grande encore que celles des métahumains qui travaillaient pour l’UNISON, parce qu’elle était plus publicitaire. Mais ne serait-ce pas une bonne idée d’avoir un ami dans la place ?

— Un bouclier mental, c’est une métaphore assez inappropriée, en fait. Ça recouvre toute une série de protections, plus ou moins importantes. Contre les agressions extérieures, mais aussi contre tes propres faiblesses psychiques. Évidemment, la plupart des boucliers sont tournés vers l’extérieur, ce sont des sortes de surcouches plus ou moins superficielles entre un esprit et le reste du monde. Les protections plus développées transforment en profondeur la personnalité de ceux qui les entretiennent et leur permettent d’être plus… lucides. Et contrôlés.

Mais moins humains, selon les critères courants, sans aucun doute. Alex avait cependant l’impression d’être un spécimen rare dans le domaine, parmi les mentalistes — en revanche, les histoires ne manquaient pas de mystiques et de religieux capables de prouesses d’ascèse et, selon l’analyse du jeune homme, il s’agissait à peu près du même processus. Alex était de toute façon persuadé que la protection psychique était une capacité latente de n’importe quel cerveau un peu évolué et même s’il ne croyait pas qu’un simple humain pût résister toujours aux assauts d’un mentaliste bien entraîné, il était convaincu qu’un peu d’entraînement permettait souvent de gagner un temps précieux.

Le mieux restait encore d’avoir un mentaliste comme lui sous la main pour brûler les étapes.

— Enfin bref, peu importe les détails : ce qui compte, c’est qu’un bouclier mental tourné vers l’intérieur, en gros, ça marche aussi. On va juste faire un bref voyage. Là-dedans.

Alex tapa de l’index entre les deux yeux de Zachary et la Star City alternative autour d’eux disparu brusquement pour laisser place à l’appartement du geek. Plus vrai que nature, à la différence d’Alex. Le mentaliste pulsait d’une énergie contenue et malgré tout débordant, comme si sa simple présence suffisait à distordre les limites de la réalité — et pour cause, dans la représentation visuelle des pensées de Zachary, comme dans n’importe quel contexte purement psychique, Noctis était sur son terrain de prédilection.

— C’est l’une de tes zones de confort. Il y a des milliers de métaphores pour représenter ton esprit, des milliers que ton esprit est prêt à utiliser pour se représenter à lui-même, mais l’espace, c’est un bon moyen. C’est plus compréhensible pour un non-initié. Si tu veux, un esprit, c’est un peu comme ça.

L’appartement recula, puis l’immeuble, la ville, toute la planète et bientôt, Zachary et Alex, invisibles eux-mêmes, contemplaient l’immensité de l’espace interstellaire.


— Chacune de tes pensées, de tes impressions ou de tes sensations est à une certaine distance les unes des autres. Disons que les émotions fortes sont des étoiles et que tes capacités rationnelles sont des planètes.

Un système solaire se projeta vers eux, avec une étoile, des planètes. À peu près le leur.

— Quand les planètes orbitent à la bonne distance des étoiles, tout va bien. Quand les planètes sont trop proches ou trop lointaines, tu deviens soit dépassionné, soit tu te brûles les ailes. Tout est une question de maintenir la bonne distance. Bouclier psychique, distance psychique, coffre-fort psychique, tout ce que tu veux, c’est à peu près la même chose.

L’appartement se recomposa brusquement.

— Je veux que tu repenses à la nuit en question. En fait, je pourrais chercher les informations tout seul, mais ce sera plus efficace, plus durable, si tu prends une part active au processus. Une fois qu’on aura trouver les souvenirs, je les rapatrierai dans mon esprit, je les enfermerai dans l’une de mes propres protections mentales et c’est l’ensemble que je remettrai à sa place dans le tien. Comme le soleil de cette Star City, dans son bouclier, pour que l’océan arrête de brûler.

Il n’avait pas choisi sa dimension — ni sa métaphore — au hasard. Que tout le processus impliquât de l’exposer à revivre en direct le traumatisme de ce qu’il considérait, selon ses dires, comme sa propre et plus cruelle humiliation n’avait pas l’air d’entrer en ligne de compte dans son plan plus ou moins compréhensible.

— Tu t’en souviendras toujours, mais tu ne le ressentiras plus aussi vivement. Tu seras capable de mieux rationaliser et ça laissera la place pour d’autres émotions. Tu n’as pas besoin de te concentrer très fort ou de repenser à toute la nuit, n’importe quel détail, même un peu avant, le moment dans lequel tu rentres dans l’Éclipse, ça suffirait pour que je récupère le reste. J’ai déjà une assez bonne idée de comment ça commence et comment ça s’arrête.

Ces souvenirs ne seraient pas tout à fait nouveaux pour lui — il allait juste changer l’angle de la caméra. Et si ce qu’il disait de ses nuits méditatives, pleines de réminiscence, était vrai, cela faisait déjà bien des semaines qu’Alex devait revivre régulièrement son épreuve. Mais ce qui ne nous tue pas…
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Message posté : Mar 12 Aoû 2014 - 13:18 Message
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Zachary se demandait par quel miracle il attirait tous les gens capables de voyager d’un endroit à l’autre en quelques secondes. Au moins Abban se contentait-il de le déplacer à Star City. Alex, lui, changeait de dimension. Quant à son oncle, il l’expulsait carrément tête la première à travers un portail. Rien qu’une fois, le geek aurait aimé rester dans la même dimension et à l’endroit où il l’avait décidé, plus d’une journée.
Mais au moins, voyager avec Alex n’était pas dangereux. Malgré ce qui était arrivé entre Solar et Zachary, le mentaliste ne semblait pas avoir décidé de lui en tenir rigueur, ce qui soulageait étrangement le futur héros. Non pas tant parce qu’il craignait de mourir –enfin un peu quand même- mais surtout parce qu’il n’avait pas envie de se fâcher avec Alex. Il le considérait comme un ami, bien qu’il ignorât encore le fait qu’il était en réalité Chase.

Le monde autour d’eux ondula pour se métamorphoser en une Star City qui fit se crisper Zachary. Pendant quelques secondes, il eut l’impression d’être de retour dans sa petite portion du monde des rêves et était déjà prêt à demander à Alex comment il pouvait connaître cet endroit. Heureusement, il tourna sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler et il put ainsi remarquer des différences notables entre son monde, la Terre Prime et celui où l’avait emmené Alex. Il contemplait un paysage d’apocalypse où la nature avait finalement repris ses droits. C’avait quelque chose d’apaisant et d’effrayant à la fois. Perdant son regard dans l’immensité du paysage, la voix de son ami le ramena à la réalité en lui expliquant comment cet endroit en était arrivé là où il était actuellement. Le scénario lui fit penser à Albator, surtout pour la partie « terre sacrée/archéologique » mais il ne releva pas tout haut. Le moment était mal choisit pour ce genre de références.

Il apprit que Alex ne dormait pas, ce qui le laissa songeur sur la nature exacte du mentaliste. Etait-il « bêtement » un simple mentaliste ou bien plus que cela ? Zachary commençait à avoir du mal à le considérer comme un être humain, mais cela ne le gênait pas. Alex restait Alex, peu importe sa nature. Zachary n’était plus certain de ce qu’il était lui-même, fusionné à un pouvoir dont il ne comprenait pas encore tous les tenants et aboutissants.
Il se sentait pourtant tout petit, à côté de ce garçon et de son savoir.

Il le regarda droit dans les yeux et se concentra sur sa voix, retenant le moindre de ses mots, analysant son explication. Soudainement, le monde changea encore et ils se retrouvèrent dans son appartement. Il était identique à celui qu’il avait laissé en partant. Avec sa veste sur la chaise, un paquet de chips abandonné près de son bureau où trônait son ordinateur deux tasses de café dans l’évier, avec Bob, le rat rose fushia, sur son canapé. Zachary regarda autour de lui en ressentant un vague malaise à l’idée qu’Alex puisse pénétrer si facilement en lui, puis il se ressaisit. IL avait lui-même demandé son aide, non ?
Comme en plein film, la réalité changea pour reculer. Il vit son immeuble de haut, puis la ville, puis enfin le monde, directement de l’espace. Un espace qui n’était qu’une illusion, car le geek respirait parfaitement bien. Il avait envie de toucher les étoiles qu’il voyait autour de lui, si loin et à la fois si proche sur ce fond noir mais il se força à se reconcentrer. Au même moment, l’appartement se recomposa et ce fut si brutal qu’il vacilla un peu.

Alex lui demanda alors de se concentrer sur la nuit du drame et Zachary hésita. Il n’avait pas envie de montrer au petit ami de Solar ce qui était véritablement arrivé et ce même si, comme il l’affirmait, il connaissait déjà l’histoire en complet. Il avait peut-être même d’avantage de souvenir que Zachary lui-même puisque le geek avait dû s’évanouir à certains moments ou quelque chose d’approchant.

- Si tu veux…Je vais essayer de faire au mieux, promit le geek.

Il prit une inspiration profonde et tremblante puis ferma les yeux en essayant de ramener à la surface ce qu’il s’efforçait d’oublier. Cela ne fut pas bien difficile mais hélas, ce ne fut pas l’entrée au club Eclipse qui lui revint en premier à l’esprit mais bien sa source de cauchemar. Deux yeux rouges brillant dans l’obscurité, quelques traits d’un visage à peine visible et des canines longues, pleines de sang. De son sang. Il revoyait ces yeux et ressentait la douleur associée à la morsure. Instinctivement, il porta la main à son cou où la cicatrice ne disparaitrait jamais et essaya de chasser l’image du vampire.
Impossible, il le hantait depuis trop longtemps.
Il ne voulait pas entraîner Alex dans son cauchemar mais heureusement, le mentaliste semblait très bien savoir ce qu’il faisait. Sans que Zachary ne parvienne à suivre ni même à comprendre le processus complet, il eut l’impression qu’on lui prenait quelque chose avant de le lui rendre, sous une forme moins invasive. Il visualisait une bulle dans son esprit, une bulle en acier trempé, une sphère parfaitement lisse sans la moindre serrure. Cette sphère, Zachary savait à quoi elle correspondait. Il savait qu’elle contenait le souvenir de cette nuit-là, des sensations et même sa hantise pour les yeux rouges du vampire. Il le savait, pourtant il ne les ressentait pas. Ils étaient semblables à une information, une information désagréable mais qui cesserait de le hanter.

Désormais, il pourrait dormir.
Il pourrait regarder Chloé dans les yeux.
Il pourrait avancer.

Un soulagement intense l’envahit tandis que le contact avec l’esprit du mentaliste se rompait en douceur.

- Merci… murmura Zachary, les larmes aux yeux.

Il n’avait plus envie de pleurer mais savoir qu’il n’aurait plus peur la nuit, qu’il ne serait plus tenté d’embrumer son esprit avec de l’alcool ou de fatiguer son corps à l’extrême comme il l’avait jadis fait pour contrôler ses pouvoirs, savoir qu’il allait être libre de se concentrer sur ses problèmes du présent et pas sur les ombres du passé…Tout cela lui ôtait un poids extrêmement lourd qu’il n’avait pas eu conscience de porter jusqu’ici.

- J’aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour toi, tu m’as sauvé la vie deux fois depuis qu’on se connaît.

Parce que oui, il considérait qu’Alex venait de lui sauver la vie. Ce n’était pas très éloigné de la réalité.

- Si jamais y’a quelque chose…Je doute de pouvoir accomplir un truc dont tu serais incapable mais…Mais n’hésites pas. Merci Alex…

Léger, il avait presque envie de sauter par la fenêtre pour voir s’il était capable de voler, avec ce poids en moins.
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Message posté : Mer 13 Aoû 2014 - 2:28 Message
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Le fragment de souvenir de Zachary fut aussitôt attrapé et happé, pour disparaître dans le réseau d’un esprit étranger. Le traumatisme du geek, du point de vue de Noctis, n’avait aucune conséquence : la première chose qu’apprenait tout bon mentaliste était peut-être de distinguer les pensées qui lui appartenaient des étrangères. Naturellement, cette petite leçon était parfois bien compliquée à appliquer, mais Alex n’en était pas à son coup d’essai. Les souvenirs de Zachary se dévidaient comme une pelote qui s’enroulait une nouvelle fois, de l’autre côté, dans la prison étanche que Noctis leur avait construite.

Celui-ci sentait inévitablement ses propres sentiments agités par les images et les impressions qui passaient dans son esprit, le récit répété de cette nuit-là. Voir Lukaz par les yeux de Zachary donnait un air tout à fait inédit à la scène — le désir surnaturel dans les yeux de son compagnon posés sur un autre, les ordres impérieux que son compagnon donnait à un autre, à des autres, et qu’il entendait de l’extérieur, plutôt que du fond de la gorge des souvenirs de Lukaz, du fond des souvenirs de Lukaz eux-mêmes.

C’était précisément ce qu’il avait cherché à voir. Sa proposition n’avait pas été entièrement altruiste — au désir sincère d’épargner à Zachary une souffrance devenue inutile dans la mesure où elle l’empêchait de progresser s’était mêlé la curiosité malsaine et masochiste d’en voir plus, d’en apprendre plus et de mesurer combien l’attitude de Lukaz pouvait être convaincante. L’abnégation opiniâtre qui le caractérisait avait son versant moins bien inspirée : une propension certaine à remuer le couteau dans ses propres plaies, encore et encore.

Les souvenirs de Zachary retrouvèrent leur place, réduits au rang de simple connaissance — ils avaient de douloureux ceux qu’avait de douloureuse la conscience d’un malheur révolu, d’un malheur lointain, une connaissance intellectuelle et qui, sans être entièrement objective, n’avait pas la violence des traumatismes. Les deux esprits se délièrent, laissant Zachary prendre la mesure de son calme et Alex goûter l’amertume de ses sentiments réveillés, tandis que le monde parallèle autour se recomposait.

Le mentaliste détourna le regard en écoutant d’une oreille lointaine les remerciements de Zachary et sa proposition de lui renvoyer l’ascenseur.

— Hmm hmm.

Silence. Alex ouvrit la bouche. Il aurait aimé, sans trop savoir pourquoi, par quelle nécessité, faire un commentaire sur le comportement de Lukaz. Il en parlait un peu avec Abban, mais l’Irlandais avait toujours une façon très personnelle de considérer le monde, qui le rendait souvent peu perméable aux angoisses des autres. Et il n’en parlait à personne d’autre. Il n’avait personne d’autre. L’amitié n’avait jamais été son point fort et la situation devenait de plus en plus catastrophique à mesure que les mois passaient.

Alex referma la bouche. C’était idiot. Il n’allait pas parler de ça avec Zachary. Zachary était bien la dernière personne avec qui il pouvait en parler. D’une voix un peu rauque, Alex murmura :

— J’ai besoin de voir des gens.

Aussitôt les contours du monde se défirent une nouvelle fois, tandis que se reformaient ceux de Star City. Les dimensions dépeuplées avaient le charme du mystère, mais Alex se sentait beaucoup mieux lorsqu’il était environné d’une nuée d’esprits : c’était un peu plus facile de se tenir occupé, et c’était un peu plus facile de se sentir supérieur aux passants — et Alex avait cruellement besoin de retrouver un peu de sa confiance.

Machinalement, alors que la croisette reprenait vie, que les vagues du port revenaient heurter les dingues, que la circulation reprenait tout autour d’eux, Alex sortit son téléphone portable de toute évidence fabriqué maison et effleura l’écran. L’habillage graphique plus que rudimentaire cachait un appareil puissant et surtout difficile à déchiffrer : Alex avait développé pour l’occasion son propre langage informatique et adapté au fil des jours les fonctionnalités à ses besoins. Sans compter les fragments de technologie empruntés à des dimensions un peu plus avancées que la leur. Difficile de revendre un machin pareil. En somme, alors qu’il vérifiait ses SMS, Alex avait à peu près l’air d’être en train de hacker la NASA. Il rangea son téléphone en contenant un soupir et tenta de toutes ses forces de ne pas se demander ce que Lukaz pouvait bien être en train de faire.

— La Team Alpha, hein ?

La question était sortie, brusque et elliptique, un peu de nulle part. Alex se releva. Zachary n’était pas censé laisser refroidir ses muscles. Autant marcher.

— C’est bien. C’est prestigieux. Tu vas travailler avec Roberts. S’il tient jusque là.

Un bref aperçu de l’esprit du blondinet — pour ce qu’il en avait compris, parce que là-dedans, c’était le chaos — lui avait murmuré que Thunder aurait du mal à se satisfaire encore très longtemps de sa situation. Ce qui ne l’empêchait pas d’être irréductiblement intègre, au grand désespoir d’Alex, qui était toujours à la recherche de bonnes recrues.

Les mains dans les poches, le jeune homme laissait son regard courir sur l’océan, qu’ils continuaient à longer.

— Alors, Chloé, comme ça. C’est bien de voir que vous arrivez à… connecter ? C’est rassurant. En un sens. Que des gens y arrivent. Plus le temps passe et plus j’ai l’impression que c’est…

Alex haussa les épaules. Il était revenu sur Terre pour Lukaz, sans aucun doute. Pas la seule, mais bien la principale de ses motivations. Depuis l’affaire de l’Éclipse, les jours de grâce étaient révolues et les anciennes questions surgissaient à nouveau. N’étaient-ils pas trop radicalement différents ? Et lui, Noctis, était-il encore capable d’attacher à lui un autre être humain ?

— Je ne suis pas très doué pour l’humanité. C’est une impression étrange de passer son temps avec les autres et de sentir si… inadapté. Inefficace. Dans les interactions sociales. Tout est constamment horriblement compliqué et je me suis très, très fatigué. J’ai l’impression que Solar se fatiguera encore plus vite que ça. Qu’il se fatiguera de moi.

Alex jeta un coup d’œil à Zachary.

– Désolé. Je sais pas pourquoi je te parle de ça.

Après tout, ils n’avaient jamais été amis à ce point, même lors sa précédente incarnation. D’un autre côté, les amis ne se bousculaient pas au portillon.
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Message posté : Mer 13 Aoû 2014 - 9:42 Message
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Besoin de voir des gens ?
Le geek n’eut pas l’occasion d’approfondir d’avantage la question. Autour de lui, la dimension se disloqua pour laisser place à Star City, la vraie. Ou du moins, sa vraie car depuis que son oncle prenait un malin plaisir à le jeter dans l’un ou l’autre portail, le geek apprenait à relativiser la notion de « vrai ». C’était sa vraie Star City à lui mais pour un autre habitant d’une autre dimension, elle pouvait très bien n’être qu’une pâle copie.
Zachary commençait à peine à effleurer le milliard de possibilité qui s’offrait à lui et il n’avait pas envie de s’y attarder aujourd’hui. Il était heureux, véritablement heureux. Libre, léger, il avait envie de se livrer à des activités lambdas, comme avant. Il avait envie de se poser dans son canapé devant un film d’horreur sans ressentir une angoisse terrible, il avait envie de commander une pizza et de jouer toute la nuit, il avait envie…Ah, oui, de vivre sa vie sans avoir l’air d’un zombie qui se donne un peu trop ans son entraînement pour éviter de réfléchir. L’année écoulée n’avait décidément pas été tendre avec Zachary.

- C’est super cool, j’avoue. Jace est vraiment un gars sympas, c’est grâce à lui tu sais, tout ça ? Il a pris sur son temps pour m’aider à progresser, il m’a appris plein de choses, expliqua Zachary sans relever le brusque changement de sujet. Tu le connais, toi aussi ?
Il n’avait pas oublié l’épisode de l’Histoire Sans Fin, les deux s’étaient croisés mais comment Alex pouvait-il dire « s’il tient jusque-là » ? Savait-il quels soucis traversaient son ami pour le moment, avec son cerveau qui semblait être trop actif pour son propre bien ? Tout un tas de questions lui brûlaient les lèvres mais Alex aborda le seul sujet qui pouvait l’en détourner.
Chloé.
Il ne se souvenait pas avoir évoqué Chloé à Alex, mais en même temps, Zachary avait tendance à en parler un peu à tout le monde. Puis le mentaliste venait de faire un voyage dans son cerveau, alors rien ne devait vraiment l’étonner.

- Ouais, j’avoue c’est…C’est un début, répondit-il en souriant, un peu gêné.

Il avait des projets d’une toute autre envergure concernant la sorcière élémentaire, des projets qui n’impliquaient pas forcément qu’il y ait toujours deux écrans entre leurs interactions. Pour cela aussi, Alex l’avait probablement aidé car le poids du traumatisme en moins, le geek pouvait désormais avancer avec Chloé sans avoir trop de maux à porter.

Zack se raidit en entendant parler de Solar mais c’était plus une habitude développée par des mois de cauchemar qu’un réel effet du traumatisme enfouit désormais profondément en lui. Il se détendit d’ailleurs rapidement et essaya de regarder les évènements de manière détachée. Après tout, il ne connaissait que peu de choses au sujet de Solar : C’était un voleur, il était visiblement autant attiré par les hommes que par les femmes mais plus important, il sortait avec Alex.

- Ca me dérange pas, tu sais. Grâce à toi j’arrive à le considérer comme euh….Comme juste ton copain, y’a plus rien de désagréable qui survient dans ma tête. Donc si tu veux qu’on en parle, y’a pas de problèmes.

Bon il n’avait pas une très bonne opinion du garçon, après tout Solar était un voleur et Zachary un justicier mais qui était-il pour juger les choix d’Alex en la matière ? Il n’était d’ailleurs pas certain qu’Alex lui-même soit vraiment du côté de la justice. Il le voyait plutôt comme un neutre, œuvrant surtout pour ses intérêts.

- Je connais pas trop vos interactions mais j’ai l’impression que t’es le genre de mec plutôt sensible en fait, t’as pas trop confiance en toi malgré tes pouvoirs ? Désolé hein, mais on dirait moi au début avec Chloé, genre « ouais elle est définitivement trop bien pour moi, ça marchera jamais, elle va ouvrir les yeux et se rendre compte de ce que je suis vraiment ». Bon c’est clair qu’elle est trop bien pour moi mais c’est pas la question, je veux dire, réfléchis…Visiblement malgré euh…Bon on va appeler ça « l’affaire » donc malgré « l’affaire » visiblement vous êtes encore ensemble non ? Fin t’as pas l’air du mec qui s’est fait plaquer vu que tu parles encore de lui au présent et que t’as peur pour le futur. C’est que y’a un truc fort entre vous. Tu sais, il était pas lui-même ce soir-là, enfin je connais pas son lui-même mais on a bu le même cocktail et tout est parti en vrille à ce moment-là.

Parvenir à en parler tout en restant calme tenait du miracle et Zachary savourait cette maîtrise de soi.

- J’pense pas qu’un truc cloche chez toi Alex, dans le sens où tu m’as pas l’air si inadapté que ça. Regardes, là on marche tranquillement, on discute, là-bas y’a une camionnette de glacier si tu veux on va en acheter une et on va la manger, parce que tantôt t’as dit que tu en voulais non ? On fait des trucs de gens normaux et tu te débrouilles bien. Moi je trouve que t’es pas mal en humanité, quoi que tu sois à la base, dit sincèrement Zachary en lui souriant.

Parce qu’il ne comprenait pas vraiment tout ce que disait Alex, il n’avait pas toutes les clés en main pour y parvenir. Il ne pouvait tirer des conclusions qu’à travers des mots entendus, émettre des hypothèses et essayer de le rassurer. Il ne le connaissait pas très bien, tout comme il ne connaissait pas très bien Solar mais le geek non plus n’avait jamais eu énormément d’amis. Du coup, quand il avait l’impression de s’en être fait un, il avait envie de le garder.
Puis Alex l’aurait-il aider de cette façon, deux fois, juste pour…Rien ?

- D’ailleurs euh…Par curiosité, mais t’es pas obligé de répondre. T’es quoi à la base ?

Parce qu’à force de parler de lui comme s’il n’appartenait pas à l’espèce humaine, Zachary s’interrogeait.
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Message posté : Mer 13 Aoû 2014 - 17:28 Message
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— Je l’ai croisé.

Hé, ce n’était même pas un mensonge ! Il avait croisé Jace avec Zachary, il l’avait croisé dans les couloirs du cabinet de Charlie Lane et, en passant, par curiosité, il avait un peu fouillé dans l’esprit du leader de la Team Alpha. D’accord, il avait fait un tout petit plus que fouiller : il avait fissuré ses blocages psychologiques, pour que Jace devînt finalement incapable de refouler sa bisexualité et il l’avait conduit, par petites touches, à expérimenter ses désirs — mais c’était une manière de lui rendre service. N’est-ce pas ? Alex était décidément un type débordant d’altruisme.

Les réflexions de Zachary faisaient écho aux siennes, mais Alex n’était pas certain qu’elles le rassuraient vraiment. Sans doute son existence avait encore beaucoup d’humain. Parfois, même, il se trouvait trop humain. Par exemple, cette façon qu’il avait de se sentir humilié par l’affaire de l’Éclipse. Cette façon qu’il avait eu de revenir sur la Terre Prime pour les beaux yeux de Lukaz. Alex ne pouvait s’empêcher de se demander si ses pouvoirs, si ses ambitions, n’étaient pas rabaissées par ses sentiments de jeune homme de vingt-deux ans, qui s’intéressait parfois bien plus, même à son corps défendant, à ses histoires de cœur qu’au Multivers et à tous ses mystères.

Et pourtant, il avait du mal à se retrouver dans les attitudes des autres. Il lui semblait de plus en plus souvent que c’était par une sorte de hasard étrange que ses actions correspondaient parfois à celles de ses anciens congénères alors que ses motivations étaient différentes. Il avait l’air de dormir mais il ne dormait pas. Il avait l’air de comprendre ce qu’un malgré soi voulait dire, mais au fond, il ne comprenait pas. Résultat : son existence était un champ de mines qui explosaient les unes après les autres.

Alex hocha la tête en considérant le marchand de glace.

— Je me demande si le problème, ce n’est pas justement que j’ai de plus en plus confiance en moi. Parce que…

Alex s’interrompit. Sa petite hypothèse bancale que Lukaz était frustré de ne pas le trouver aussi soumis et passif qu’à l’ordinaire et qu’il cherchait des partenaires plus adaptés à ses envies était soutenue par à peu près rien, ni le comportement de Lukaz, ni ce qu’il savait de ses désirs, ni particulièrement l’affaire de l’Éclipse, mais elle s’était insinuée pernicieusement dans son esprit. Dans le monde complexe de causes et de conséquences, d’intentions et de doubles jeux, de vérités à triple fonds dans lequel Alex, le hasard et la malchance n’avaient jamais qu’une place très limitée.

Le mauvais endroit et le mauvais moment, le cocktail drogué et des désirs bien présents que l’on n’aurait cependant jamais songé à assouvir, tout cela était beaucoup trop atypique pour lui. Il secoua la tête.

Son attention fut rapidement détournée par la dernière question de Zachary.

— Hmm…

Jamais la tentation de le dire n’avait été plus forte. Sa famille lui manquait, un peu, mais il était content d’en vivre séparé. Peut-être qu’il n’avait pas la curiosité d’aller regarder de près leur deuil pour n’être pas tenté de se révéler. Ses amis, c’était une toute autre histoire. Il n’avait jamais été véritablement un intime de Zachary, mais ils avaient échangé un peu et, de toute évidence, ils partageaient beaucoup. L’idée de ne pas avoir à cacher son ancienne identité était séduisante.

— Pêche de vigne.

D’un autre côté, évidemment, Zachary travaillait désormais pour la Légion. Ils étaient dans deux cas différents. Pas radicalement différents, pas aux yeux d’Alex. Celui-ci était persuadé que nombre de Légionnaires seraient sensibles à ses arguments pour peu qu’on leur ouvrît les yeux sur l’oppression dont les métahumains étaient victimes. Leur activité au-dessus de la loi était déjà un signe qu’ils se savaient exclus, par exception, du reste du monde.

— Et vanille.

Zachary n’aurait sans doute pas le même point de vue. Mais il avait besoin de parler à quelqu’un d’autre qu’à Abban, à quelqu’un d’un peu plus… d’un peu moins… difficile à atteindre. À quelqu’un qui n’aurait pas dix ans de plus que lui. Et à quelqu’un qui n’était pas un robot. Lukaz avait conservé son indépendance et ses amitiés, Alex, en mourant, avait coupé tous les ponts avec la vie sociale qui avait été la sienne et son sentiment d’étrangeté, depuis son retour, l’avait poussé à chercher la compagnie plutôt de ses machines, à voyager dans le Multivers, qu’à tenter de renouer des liens.

Le jeune homme tendit un billet au vendeur de glaces, alors que Zachary avait fini de choisir. Ils s’engagèrent à nouveau le long de l’océan.

— J’étais humain avant.

Alex sentit son cœur s’accélérer — un tout petit peu, un changement imperceptible pour d’autres, que son rigoureux entraînement méditatif lui permettait de sentir.

— Enfin, humain, c’est une question de point de vue. J’étais, disons, un psychiste. Ou un mentaliste. Très puissant.

Alex lapa un peu sa glace, pour se donner le temps de reconsidérer la bêtise sans doute monumentale qu’il s’apprêtait à commettre, jeta un coup d’œil à Zachary et se décida à mettre un peu plus les pieds dans le plat en précisant :

— Le plus puissant sans doute.

Ça réduisait singulièrement le champ des possibilités.

— Et puis je suis mort. Enfin, les gens ont cru que j’étais mort. Précisément, je me suis désincarné. Au début très involontairement, même si c’était une excellente chose. Ce qui s’est passé à ce moment-là est difficile à décrire. Je veux dire que je ne sais pas bien, pas encore, même si j’ai des théories. Bref, je me suis réincarné plus tard. Dans un corps, dans ce corps, de toute évidence très… différent.

C’est rien de le dire.

— Moins blanc. Moins blond. Moins…

On se concentre sur la pêche de vigne.

— … Neutron-Grey.
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Message posté : Ven 15 Aoû 2014 - 13:22 Message
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Ils allèrent s’acheter une glace chez le marchand ambulant. Zachary choisit straciatella et melon dans un petit pot et il eut même droit à une cuiller en plastique rose fluo. Quelle chance ! Alex et lui se remirent donc à marcher en discutant sur ce qu’était exactement Alex.

- Ah ? Quoi, t’as muté alors ?

Ou quelque chose du genre, après tout on pouvait naître humain et subir des modifications génétiques ou encore croiser un oncle à moitié fou pour avoir été coincé dans le Multivers et qui était décidé à vous apprendre sa magie. Alex avait peut-être une histoire semblable à la sienne, pour ce qu’il en savait…Zachary l’écouta avec intérêt lui expliquer ce qu’il fut jadis, d’abord sans comprendre. Il était en train d’avaler une cuiller de glace melon quand Alex lui balança cash la vérité en pleine figure.
Manquant de le faire s’étouffer.
Le geek dû s’arrêter en toussant à s’en écorcher la gorge, ce qui lui donna quelques secondes de répits.

Sérieusement, Chase Neutron-Gray ?
Bon…Son corps n’avait jamais été retrouvé et le geek avait toujours entretenu l’espoir que celui qu’il voyait un peu naïvement comme un ami ne soit pas mort. Apprendre sa disparition l’avait attristé, merde il avait même failli pleurer. Le voir là, devant lui…
Une minute, et s’il se moquait de lui ?
C’était possible après tout. Alex était un puissant mentaliste, il pouvait très bien avoir fouillé dans son esprit et se servir de l’affection qu’il portait à Chase.
Ou alors c’était Chase. Cela expliquerait pourquoi Zachary avait été si prompte à lui faire confiance alors qu’au fond, il ne le connaissait pas très bien. Mais en même temps, c’était tellement…Dingue, même pour Star City. La réincarnation ?

- Putain t’as failli me tuer, attend que j’aie avaler avant de balancer des bombes pareilles ! s’exclama-t-il, pour désamorcer la situation.

Sans mauvais jeu de mots.
Parce que oui, Zachary était sous le choc. Comment ne pas l’être en apprenant une telle information ? Il ne le croyait pas sur parole mais il ne voyait pas pour quelle raison Alex s’amuserait à mentir, à moins d’être un connard particulièrement sadique mais il ne lui avait jamais donné cette impression.

- Je comprends pas…Si t’es vraiment Chase, pourquoi…Pourquoi t’es là ? Je veux dire, pourquoi t’es pas avec ta famille qui doit te pleurer ? Pourquoi t’es pas avec les gens que tu côtoyais normalement ? Pourquoi t’as attendu tout ce temps pour…Putain je sais qu’on n’était pas les meilleurs amis du monde mais merde quand j’ai appris que t’étais mort j’ai cru que le monde avait cessé de tourner normalement alors imagines pour ta famille ! Si t’es vraiment Chase, pourquoi tu te caches ?

Bouleversé était le mot, trop choqué pour parvenir à vraiment lui en vouloir, trop hébété aussi, parce que son héros, l’un de ses modèles, de ses objectifs à atteindre, n’était en réalité pas mort. Merde, il suffisait de voir Zeck, la version améliorée de lui-même, pour comprendre à quel point Zachary avait vécu à travers Chase lorsqu’il était plus jeune. Il avait le même genre de pouvoirs psychiques que le Chase de l’époque, déjà rien que ça. Bon physiquement, rien avoir et il ne l’avait pas assez bien connu pour savoir si le caractère collait à l’original, néanmoins il était un peu comme Zack s’imaginait Chase, via les bandes-dessinées, via la télévision.
Et même encore maintenant, d’une certaine manière.
Il ne savait quoi penser, quoi ressentir. Il était perdu, perdu dans l’incertitude.

- J’espère que tu me fais pas une mauvaise blague, Alex…Chase…Merde je sais plus. J’espère vraiment que tu me montes pas un char. Parce que ce serait vraiment cruel de ta part.

Même s’il lui devait la vie par deux fois, il n’accepterait pas pour autant qu’on se moque de lui comme ça. Chase avait compté, aussi peu que cela pouvait importer au Neutron-Grey, ç’avait été le cas.

- Pourquoi…Comment…Merde, j’arrive même pas à trouver la première bonne question à te poser.

Maintenant, il était paumé. Bien paumé. Et sa glace était en train de fondre.
Il avait bien fait de ne pas opter pour le cornet, finalement. A croire qu’il l’avait senti venir !
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Message posté : Ven 15 Aoû 2014 - 17:59 Message
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Immédiatement, Alex se mit à regretter sa révélation. Son esprit de tacticien reprenait le dessus : c’était comme sacrifier une pièce importante sans rien derrière, il avait perdu un cavalier voilà tout, même pas un gambit, même pas un retournement de situation. Restait toujours la possibilité d’éradiquer tout souvenir de cette conversation dans l’esprit de Zachary, ni vu ni connu, pour laisser son ami reprendre la dégustation de sa glace au melon. Hélas, tout tacticien fût-il, Alex n’en était pas moins homme — enfin, esprit vagabond/Pierre de Lune/conscience transdimensionnelle, mais enfin, on peut être une anomalie du Multivers et avoir des sentiments, bon sang d’bon soir.

Alors que les questions de Zachary se bousculaient au rythme de son incrédulité, Alex fit un petit geste de la main vers la glace de son ami, qui se figea aussitôt. La différence n’était, certes, pas frappante, mais au moins Zachary ne mangerait pas de la bouillie une fois ses esprits recouvrés.

— Ça allait fondre.

Alex hésita à lancer une conversation sur le parfum des glaces, par exemple sur l’hérésie qui consistait à prendre un sorbet au melon avec de la crème à la straciatella, mais il avait quelques doutes sur la force persuasive d’une pareille diversion. Il sentait le regard de Zachary posé sur lui et, un peu de pêche de vigne plus tard, il fit remarquer :

— Je suis plus libre d’être avec les gens que je veux maintenant que je ne l’étais avant. Avant, je ne pouvais pas faire un pas dans la rue sans avoir quelqu’un pour commenter, le lendemain, dans le journal ou sur Internet, les chaussures que je portais ou ce que je pouvais bien faire de mon existence. J’aime les entrées théâtrales, je te l’accorde, mais je n’ai pas vraiment l’âme d’une vedette.

Et certainement pas d’une vedette en pleine spirale infernale — parce que c’était à ça qu’avaient ressemblé les derniers mois de sa précédente incarnation, entre les scandales sexuelles, les négociations laborieuses pour chaque mission d’Argos et la suspicion permanente de sa famille. Si son existence présente n’était pas parfaite, Alex n’aurait souhaité pour rien au monde revenir en arrière.

— Si tu veux une preuve, je ne sais pas trop. Je suppose que je ne peux pas te montrer des souvenirs, parce qu’ils pourraient toujours être fabriqués. À la limite…

Alex s’arrêta de marcher et quelques centaines de personnes avec lui. La glace de Zachary n’était plus désormais la seule qu’il préservât des mouvements indésirables. Dans un rayon d’un kilomètre, tout autour d’eux, les passants, les objets, les animaux étaient figés, dans une démonstration de pleine puissance phénoménale qui, pour une fois, exigeait de lui une véritable concentration. D’ailleurs, ses pupilles devaient s’être dilatées au-delà de ce qui était physiologiquement possible, parce que ses yeux étaient devenus entièrement noirs. Trois secondes plus tard, le monde reprit son animation — le regard d’Alex son aspect normal et celui-ci souligna :

— C’est pas facile de manger une glace en même temps, et puis, ça aurait fini par attirer l’attention.

Personne ne semblait s’être rendu compte de ces instants perdus, autour d’eux. Les témoins étaient loin de là, à un kilomètre de tous les côtés, aux limites de son rayon d’action, et il était peu probable qu’ils vinssent chercher si loin, sur la promenade, l’épicentre de cet étrange phénomène, comme il y en avait tant, tous les jours, à Star City. Alex, lui, se récompensait de sa démonstration avec un peu plus de glace, silencieux le temps pour le sang qui battait contre ses tempes de se calmer un peu.

Puis il reprit la parole.

— Ma famille me pleure peut-être, mais très honnêtement, elle aurait dû y penser avant. Ils m’ont traité comme un monstre pendant des années et je suis très bien sans eux. Je ne veux pas dire que c’était l’enfer tout le temps, mais on cherchait constamment à me brider, à redéfinir ce que j’étais et au bout d’un moment, j’ai ouvert les yeux et j’ai compris qu’il n’y avait aucune raison pour que je sois un animal en cage.

Il ressentait toujours de l’affection pour ses deux sœurs, pour Victoria surtout, et pour son frère, certes. Aucune pour Jack, cependant. Tout cela ne suffisait pas à lui donner envie de renouer les liens que sa mort avait achevé de trancher. Alex reconnut quand même :

— Cela dit, ma désincarnation n’était pas volontaire. J’ai mal jugé de certaines caractéristiques de mes pouvoirs. Je m’en porte pas plus mal, aujourd’hui, mais je suppose que j’aurais aussi bien pu y rester. Maintenant je suis plus… moi-même.

Paradoxal, pour quelqu’un qui avait entièrement changé d’apparence.

— Un peu différent, aussi, je suppose, de ce que tu as un peu connu. Pas le même corps, de toute évidence. Pas exactement le même… caractère. C’est pas le jour et la nuit non plus, de ce côté-là, juste… Disons que j’ai mûri.

Selon certains, il s’était plutôt lancé dans une gigantesque crise d’adolescence avec un peu de retard.

— Tu sais, pour un peu, on jurerait que tu es plutôt contrarié d’apprendre ma ré-existence. C’est pas très flatteur.

Mais ça avait peut-être quelque chose à voir avec le fait que cette nouvelle existence n’était, de toute évidence, pas entièrement placée sous le sceau de la légalité.
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Message posté : Ven 15 Aoû 2014 - 21:32 Message
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Plus libre…
Zachary pouvait le comprendre ou plutôt, le concevoir car lui-même n’avait jamais attiré ne fus-ce qu’un centième de l’attention portée à Chase Neutron-Grey. Comment réagirait-il si quelqu’un était tout le temps derrière lui à juger le moindre de ses mouvements et ce, depuis sa naissance ? Zachary ressentit une pointe de culpabilité à l’idée qu’il avait fait partie du public avide. Pas des scoops, il se moquait pas mal de sa vie sexuelle ou de la couleur de ses chaussures mais il avait longtemps observé la manière qu’il avait d’exister, d’être un héros, d’être un homme de plus ou moins son âge. Chase représentait ce qu’il avait voulu devenir, un idéal à atteindre. Il imaginait bien que cela lui faisait des vacances, désormais, de ne plus être considéré comme cela par personne. Mais quand même…Se faire passer pour mort ? Zachary trouvait cela étrange. Comment avait-il pu être poussé à ce genre d’extrémité ? Et surtout, de quelle manière avait-il réussi à recomposer un corps…Surtout aussi différent ? Etais-ce voulu, de choisir un physique totalement à l’opposé de ce qu’il avait été ? Probablement. Un nouveau départ, comme les chiens abandonnés à qui on donne un nouveau nom.

Il se rendit compte qu’il ne savait en réalité rien de Chase, contrairement à ce qu’il avait pu croire et à tous les articles qu’il avait pu écrire à son sujet sur We Love Legion (même s’il ne faisait pas partie de la Legion mais c’était un détail). Il avait idolâtré un héros qui n’était qu’une image fabriquée par les médias pour plaire au plus grand nombre, il était comme un héros fictif de roman auquel on s’identifie. Chase… Zachary ne le connaissait pas.
C’était perturbant et cela participait certainement au manque d’enthousiasme relevé par Alex. Par Chase. Merde. Il pouvait comprendre qu’il ne souhaitait pas revoir sa famille, Zachary n’en avait pas une facile non plus et il ne ressentirait aucun remord à faire croire à ses parents qu’il était mort. Cela, oui, il pouvait le concevoir. Et vu ce qu’il laissait entendre, il n’avait pas dû avoir une vie facile dès le départ. Vu les pouvoirs qu’il possédait, en même temps…Le geek avait conscience de ne pas réagir comme il l’aurait dû face aux immenses possibilités que renfermaient ses dons. Après tout, Alex pouvait lire dans ses pensées les plus intimes, il pouvait figer le monde –comme il l’avait si justement fait pour lui offrir une démonstration- il était…Presque comme un dieu, non ? Et encore, Zack était certain de ne pas effleurer la moitié des capacités d’Alex, pas même dans son imagination.

- Je suis pas contrarié…Je me sens juste…Très con.

Chase devait probablement s’attendre à d’autres adjectifs que celui-là, pourtant c’était le seul qui venait au geek, celui qu’il trouvait le plus approprié.

- J’imaginais pas que c’était ce que tu vivais. Je veux dire…On ne s’est pas beaucoup connu de ton vivant. De ton autre vivant. Enfin, tu vois ce que je veux dire. Ça m’a jamais effleuré l’esprit que tu puisses en réalité te sentir comme ça, tellement mal que le fait de mourir te libère. On entend souvent des histoires à propos de dépressifs qui se suicident parce que leur vie était trop pénible, je ne sais pas exactement…Comment ça s’est passé pour toi, t’as pas besoin de me l’expliquer si t’en ressens pas le besoin.

Après tout, s’il avait tenté de mettre fin à ses jours, s’était raté et avait été doté d’un nouveau corps de manière aléatoire, ce devait être un genre d’expérience traumatisante…Comme celle qu’avait vécu Zack et qu’Alex avait enfermé. Mais un mentaliste pouvait-il museler ses propres souvenirs ?

- Pendant longtemps t’étais un héros pour moi. Je t’ai admiré…Et je me rends compte que j’admirais juste une image qui n’existait pas vraiment. Je me rends compte qu’en moi, j’avais l’impression qu’on devenait ami quand t’étais Chase alors qu’en fait j’étais carrément à côté de la plaque. Je me rends compte…De plein de trucs et je crois que c’est pas prêt de s’arrêter.

Le dire donnait encore plus de consistance à la superficialité du geek, accentuant son malaise.

- Je me sens stupide. Sur le coup…Je m’en veux. Désolé d’avoir réagi comme ça, c’est juste que ça m’a choqué. Je sais pas, imagine qu’une personne que tu apprécies meure puis qu’elle revienne quelques mois plus tard, sous une apparence totalement différente, en t’annonçant qu’elle est cette personne…Fin, tu vois l’idée quoi.

D’un geste vague de la main, il essaya de donner un peu plus de consistance à ce qu’il imaginait mais il n’était pas certain que Alex…ou Chase, comprenne. Il avait parfois du mal à se mettre dans la peau d’une personne lambda, lui-même le disait.

- Quand j’ai appris ta mort ça m’a pas mal secoué. Pendant les semaines qui ont suivi, parfois, j’allumais ma boîte mail et je cherchais un mail de ta part quoi, par habitude. On n’a pas vraiment eu une relation…Enfin pas comme des amis proches mais ouais, ça m’a rendu triste, ça a laissé…Comme une espèce de vide.

Gêné, Zachary détourna le regard et se souvint qu’il tenait une glace, une glace figée dans le temps pour ne pas qu’elle fonde. Secouant la tête, il prit un peu de melon et laissa fondre la glace sur sa langue, le temps de se recentrer un peu.
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Message posté : Dim 17 Aoû 2014 - 14:10 Message
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La réaction de Zachary avait peut-être beaucoup de rapport avec la raison qui poussait Alex à ne pas rendre visite à sa famille. C’était une chose de surmonter la culpabilité de les tenir dans le silence quand il demeurait loin d’eux, c’en était d’une autre de contempler aux premières loges l’effet de sa mort sur ceux auxquels il tenait. Charlie, Lukaz, Abban avaient tous, à leur façon, accepté son retour, mais chaque acceptation s’était accompagné, pour Chase, de la prise de conscience de ce qu’il avait été, pour eux, à chaque fois un peu différemment et il ne doutait pas que Tesla, Maxime et Victoria pouvaient être assez touchants pour qu’il fût tenté de les pardonner — et la culpabilité qui le submergerait alors devant la direction qu’avait pris son existence, serait-il capable de la surmonter ?

Le jeune homme jeta un bref regard à Zachary et glissa :

— Je suis navré.

Mourir, ça n’avait pas été sa faute — maintenir le silence, au contraire… Mais Zachary avait raison : ils s’étaient pas connus, ils ne s’étaient même pas vus si souvent que cela et, tout passionné d’informatique que fût Chase, pour un mentaliste comme lui, les échanges virtuels demeuraient des abstractions bien irréelles, qui ne vibraient ni comme les esprits pour le télépathe, ni comme la matière pour le télékinésiste.

— La vérité, c’est sans doute que tu ferais un bien meilleur Chase Neutron-Grey que je n’en serais capable.

C’était un compliment un peu ambigu, quand on considérait la méfiance qu’il avait pour les Neutron-Grey et leur implication au sein de l’UNISON mais, sur le moment, Alex ne songeait pas à ses opinions politiques : il avait plutôt l’impression de souligner une réalité objective, que Zachary était plus à même que lui d’incarner l’idéal héroïque qu’il avait voulu lui prêter.

— Ils me manquent, d’une certaine façon. Ma famille, je veux dire. Mais il y en a entre nous beaucoup trop de différences pour qu’il soit… prudent ? De les retrouver. Enfin, bref…

Impossible de s’étendre plus sur la question sans entrer dans le détail de ses activités criminelles et séditieuses, du groupe qu’il songeait à former pour combattre plus systématiquement le CODE et l’UNISON, de sa politique d’élimination systématique des Chase Neutron-Grey alternatifs, partout dans le Multivers, pour éviter de se retrouver face à une version de lui-même tout aussi puissante mais bien mieux intentionnée. Même dans ses moments de sincérité, Alex était incapable de jouer un entier franc jeu.

— Si c’était une question voilée, non, je n’ai pas essayé de me suicider. Ma mort était une conséquence imprévue d’un geste très idiot.

Parce que Lukaz l’avait trompé. Comme quoi, il s’était amélioré.

— Les mondes sont beaucoup trop intéressants pour que j’aie envie de mourir. De toute façon, je ne suis pas sûr d’être vraiment capable de mourir. Mais je dois avouer qu’une existence désincarnée est parfois une tentation.

Zachary était à vrai dire la première personne à qui Alex avouât aussi nettement ce désir que d’aucuns auraient trouvé des plus funestes.

— Il s’est passé plusieurs semaines entre mes deux incarnations et pendant au moins… Je ne sais pas, le temps était difficile à mesurer, mais pendant longtemps, très longtemps, j’ai été moins… Personnel ? Moins cohérent. Comme si j’étais une conscience collective, ou une sorte de dimension transversale, comme le Royaume des Rêves.

Il n’avait jamais songé à lui comme à une dimension — ou une âme de dimension ? Est-ce que c’était seulement possible ? Est-ce qu’il avait été quelque chose d’autre, avant d’être Chase Neutron-Grey, est-ce qu’il avait connu une autre incarnation dont la mémoire s’était définitivement perdue ? L’hypothèse dépassait de très loin ses spéculations ordinaires et elle était encore un peu trop mystique pour lui.

— Bref, moins de sentiments, moins de peines. Par moment, cet état-là me parait enviable, mais techniquement, je ne suis pas sûr que ça constitue une pensée suicidaire. Pas si je compare à…

Abban.

— … quelqu’un que je connais.

Abban n’était sans doute pas seulement dépressif, mais Alex n’avait pas les études de psychologie qui lui eussent permis de diagnostiquer correctement son ami. En tout cas, c’était certain : l’Irlandais était parfois bien proche de l’extrémité évoquée par Zachary.

— Donc, pas dépressif, non. Mais comme un lion en cage, à l’époque. Ça ne veut pas dire que je faisais systématiquement bonne figure. Il y avait plein de choses intéressantes dans ma vie. Argos c’était intéressant. Échanger avec toi, les ateliers du Bigsby Building, les tournois d’échecs, tout ça, c’était intéressant. Et s’il n’y avait pas eu d’accident, j’aurais sans doute continuer à vivre à peu près comme je le faisais.

Jusqu’à l’autodestruction en réalité inévitable, tant avaient été nombreuses les existences avec lesquelles il avait essayé de jongler.

— Mourir, revenir, ce n’était pas un plan, ç’a été une opportunité.

Une opportunité sacrément compliquée, qui impliquait de se refaire une identité, de réunir de nouvelles ressources financières, bref, de reconstruire une existence et, à en juger par le matériel et les vêtements d’Alex, celui-ci ne devait pas dormir dans un foyer pour sans-abri. L’avantage des triples vies, c’était qu’on laissait toujours derrière soi des ressources cachées pour les lendemains trop difficiles à prévoir.

— Mais je suppose que tu es bien placé pour savoir que les existences peuvent changer radicalement, de manière imprévisible et que, malgré la douleur que les bouleversements représentent, ils constituent un nouveau terrain à découvrir. Je veux dire, quand on s’est rencontrés, l’année dernière, tu prévoyais de travailler dans l’ombre pour l’UNISON, maintenant, tu intègres la Team Alpha et tu chasses les démons. C’est une sacrée reconversion. Et pourtant, je ne suis pas sûr que tu comptes en faire la publicité à tous ceux qui t’entourent. Dissocier sa propre existence de son image médiatique, c’est quasi un réflexe.
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Message posté : Dim 17 Aoû 2014 - 14:43 Message
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Zachary avait un peu de mal à considérer la mort comme une opportunité, même s’il comprenait, sur un plan théorique, ce que Chase tentait de lui expliquer. Peut-être que le jour où ça lui arriverait, il comprendrait…Ou peut-être pas. Après tout, sa vie n’était en rien comparable à celle de Chase ou même à celle d’Alex. Certes, Zack était le fils d’un diplomate mais son père avait toujours pris soin de ne jamais l’exposer. En même temps, qui aurait eu envie d’exposer un gamin comme lui ? Un enfant renfermé, accro aux jeux-vidéos et aux super-héros ? Pour un homme tel que William Blake, Zack était plutôt une honte à cacher, même si paradoxalement il s’escrimait encore aujourd’hui à le faire ressembler à quelque chose d’acceptable. Quelque chose comme un ingénieur en robotique pour l’UNISON par exemple.
Parce qu’au fond…Ce rêve avait été un désir de remplacement, quand le gamin désanchanté avait compris qu’aucun pouvoir ne le toucherait jamais, qu’il n’était pas un mutant et n’allait pas se réveiller un beau matin avec des capacités surnaturelles. Pendant des années, ouvrir les yeux en étant normal avait constitué une profonde déception et sa seule solution avait été la robotique. Sauf qu’à présent…
A présent, le geek avait son oncle Augustus, un artefact magique enchâssé dans sa poitrine, la capacité d’invoquer des personnages du monde des rêves et bientôt, d’ouvrir des portails sur d’autres dimensions. A terme, il pourrait même contrôler l’espace et le temps.

Au fond, sa vie s’était améliorée mais Chase avait raison. Il était bien placé pour savoir qu’une vie pouvait être bouleversée du jour au lendemain, qu’il fallait parfois faire des choix, abandonner certaines choses pour en gagner d’autres. Au fond, lorsqu’il entrerait dans la team alpha, il tournerait le dos à sa famille comme Chase l’avait fait…Sauf que dans son cas, son père préfèrerait sûrement le voir mort.
Que de pensées réjouissantes, en somme.

- Je peux pas avoir le luxe, comme Jace, de faire ça à visage découvert. Tu sais bien pourquoi…Enfin, tu dois t’en douter, je suppose que t’as déjà entendu parler de mon père.

Et même outre ça, il y avait Chloé. Amos lui écraserait le cerveau avant de le découper en petit morceau s’il arrivait quelque chose à Chloé par sa faute. Evidemment, Zachary n’avait pas le niveau d’un héros professionnel ni même un carnet d’ennemi potable mais il avait bon espoir d’être suffisamment doué pour que cela arrive à un moment ou l’autre de sa vie. Il ne comptait pas rester ad vitam dans la Team Alpha. Il voulait suivre Jace dans son évolution, faire équipe avec lui…Mais c’était une autre histoire.

- Mais pour revenir à toi…J’suis content que tu te sois pas suicidé. Vraiment content.

C’était sincère. Les accidents arrivaient, après tout, surtout quand on s’appelle Chase Neutron-Grey et qu’on possède des pouvoirs aussi puissants que les siens.

- Et content que tu sois pas mort aussi, du coup !

Zachary sourit, un sourire se teintant un peu d’un rire. C’était vraiment une bonne journée. Il était débarrassé de ses traumatismes, il apprenait que son héros (ou ami, ou les deux) n’était pas mort et il mangeait une glace plutôt bonne qui ne fondait qu’une fois dans sa bouche. Que demander de plus ?

- Ca m’intrigue un peu quand même ton histoire d’existence désincarnée…Si t’en vient à te dire que par moment tu préfèrerais ça, c’est pourquoi ? Juste parce que tu ressens les sentiments de façon moins intense ? Parce que si c’est que pour ça, c’est pas vraiment un bon argument. Je veux dire…Les sentiments peuvent être horribles parfois, mais un peu de souffrance ça permet d’évoluer. T’as un bon exemple devant toi.

Comme il l’avait si bien fait un peu plus tôt, il suffisait de comparer Zachary à ce qu’il était quelques mois plus tôt. Il commençait à avoir un peu plus confiance en lui, il avait gagné en persévérance, il s’était fait des amis, avait eu le courage de ses opinions et commençait à s’attraper un semblant de caractère. Pas le choix, à force de s’en prendre plein la gueule.

- Tout à l’heure, tu disais que tu te sentais parfois loin de l’humanité mais en fait t’es en plein dedans. C’est humain de fuir ses souffrances. C’est pas une bonne idée, mais c’est dramatiquement humain. T’es sûrement un peu plus proche de nous que ce que tu penses.

Nouveau sourire, le geek prit une cuillérée de glace, l’une des dernières car son pot était presque vide, ce qui le poussa à se diriger vers une poubelle pour le jeter. Zachary l’écolo ! Lui qui hésitait toujours sur un surnom, devait-il ajouter ça à la liste ?
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Message posté : Lun 18 Aoû 2014 - 14:29 Message
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— Non mais de toute façon, agir à visage découvert, c’est juste…

Alex haussa les épaules. Il allait dire « idiot », mais il doutait sincèrement que Jace fût véritablement capable de faire quoi que ce fût d’idiot. Simplement, il ne partageait aucune des raisons de l’Alpha, parce que leurs principes étaient radicalement différents. Pour Alex, la duplicité était une seconde nature. Il n’avait jamais porté de masque, ni de costume de super-héros, mais sa personnalité avait toujours été une image de marque — un peu comme le costume-cravate de l’avocat au tribunal, Mentalis ou Noctis avaient été à la fois des reflets de lui-même et des masques pour les autres. Ses remarques ironiques, son calme et les gestes bien calculés qu’il avait dans les affrontements étaient autant de marques de fabrique.

— Bref, tu as raison de vouloir compartimenter.

Si Zachary faisait d’immenses progrès en société, il avait tout de même du mal à l’imaginer constamment exposé aux journalistes et l’anonymat était de loin la solution la plus indiquée pour l’apprenti Alpha.

La conversation roula sur la souffrance et les évolutions. Le raisonnement de Zachary n’était pas étranger, loin de là, au tempérament ascétique du Neutron-Grey. Alex en avait profité pour finir sa glace ; il acheva de croquer ce qui restait du cornet, puis hocha la tête.

— Je vois ce que tu veux dire. Je ne suis pas forcément d’accord sur le fait que les sentiments soient une marque d’humanité. Toi qui commences à explorer les mondes, tu dois commencer à te rendre compte que l’humanité n’a pas l’apanage des sentiments. Les humains ont tendance à s’accaparer le privilège de ce genre de choses. Quand ils voient un chien triste, ils se disent que le chien a l’air humain, pas que la tristesse est un sentiment partagé par les chiens et les humains. Mais c’est un autre débat.

Un tout autre débat qu’il avait eu avec Adrian et Charlie déjà, pour un résultat pour le moins catastrophique. Depuis cette conversation-là, qui l’avait forcé à mettre en forme ses idées, Alex avait affiné ses conceptions et, de plus en plus, il songeait à fédérer autour de lui des métahumains qui les partageraient, pour leur donner un retentissement plus important.

— Je veux bien reconnaître que la souffrance puisse être une condition pour l’amélioration, mais ça n’implique pas logiquement que toute amélioration passe par la souffrance ou que l’absence de souffrance ne constitue pas elle-même une amélioration. Mettons, je ne sais pas… Tu as deux programmes qui font exactement la même chose. Le premier est très long, il a beaucoup de boucles récursives, il demande de la puissance de calcul, du coup, il sollicite les processeurs, il fait chauffer la machine, il y a pas mal d’énergie que tu perds en chaleur. Le seconde fait la même chose, pas mieux, pas moins bien, mais il est mieux codé, il y a moins d’entrée d’énergie, moins de perte par la chaleur. Le deuxième est une amélioration par rapport au premier. Si l’on peut faire deux choses, une fois en souffrant, une fois sans souffrir, l’absence de souffrance est nécessairement préférable à la présence de souffrance.

Hélas, la vie n’était pas toujours aussi rationnelle que l’informatique et Alex était bien placé pour savoir que l’on ne prenait pas toujours les décisions les plus appropriées.

— L’existence désincarnée, ce n’est pas comme si je renonçais à des pouvoirs pour ne plus souffrir. C’est même, d’un certain point de vue, une augmentation considérable de mes pouvoirs. Une réduction de ma puissance d’agir, peut-être, mais un autre plan d’existence. Plus conscient, moins agissant. Et moins souffrant. Je ne sais pas trop si c’est une amélioration ou si ce sont juste deux existences fondamentalement différentes par nature qui s’offrent à moi. C’est juste que parfois, ici, je me sens trop…

Alex chercha le mot approprié et puis, quitte à se confier, il finit par avouer :

— Médiocre.

Ce n’était sans doute pas l’adjectif qui venait d’abord à l’esprit quand on croisait un télépathe-télékinésiste multidimensionnel adepte de la réincarnation. Alex jeta un regard rapide à Zachary avant de s’expliquer :

— Je veux dire, je pourrais exister comme une sorte de divinité, une divinité absente, d’accord, mais quand même, une sorte d’hyperconscience, et je choisis de revenir sur Terre, dans une vie contrainte par les limites de la matière et d’un corps, et tout ça par un garçon qui me…

Alex haussa les épaules.

— J’veux dire, je l’aime, c’est vraiment pas la question. Je ferai n’importe quoi pour lui. Et justement, parfois, j’ai l’impression de faire n’importe quoi pour lui. J’ai l’impression qu’au lieu de prendre la décision optimale, au lieu d’être tout ce que je pourrais être, j’ai des angoisses à la Gilmore Girls à propos de qui couche avec qui.

En somme, il était froissé dans son orgueil.

— Alors que je regarde même pas Gilmore Girls, en plus…
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