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Étage 5 : linge de maison, vaisselle, droïdes et pyromanciens

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Message posté : Mer 6 Aoû - 12:53 Message
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6 août 2014

— T’as conscience que c’est une forme de sexisme ?
— Je posais juste une question.
— Et d’homophobie, je suppose.
— Jace Roberts !

L’adolescent leva le nez de ses lacets.

— Je suis encore ta mère.

L’adolescent leva un sourcil de son œil.

— Et ? Ça ne change rien à la logique : me demander un boucle si j’invite Prudence ici parce que je veux sortir avec elle, ça sous-entend — 1. que tu essayes de me caser avec une fille parce que tu crois que ça peut définitivement me guérir de Christopher et c’est homophobe et 2. qu’un homme et une femme ne peuvent pas avoir de relation amicale, parce qu’une femme est toujours déjà un objet de désir, et c’est sexiste.
— Je suis une femme, je ne peux pas être sexiste.
— On reparle du Parti Républicain ?
— Et puis je suis ta mère, je ne songe qu’à ton bien.

Jace se releva du canapé et haussa les épaules.

— Nul n’est méchant volontairement.

Mrs. Roberts poussa un lourd soupir, avant de marmonner :

— Laisse tomber.

Les vacances avaient considérablement alourdi l’atmosphère de l’appartement des Roberts, tout en haut de la Tour de la Paix. Jace passait un peu plus de temps chez lui. D’ordinaire, les études, la Team Alpha, le sport, les loisirs du jeune homme, ainsi que sa vie sociale parfois très intense, le tenaient éloigné presque en permanence du domicile familiale. L’école retranchée de ces activités, Jace passait certes le plus souvent en coup de vent, mais il était tout de même un peu plus présent et les occasions de discussion avec ses parents se multipliaient.

Les occasions de dispute aussi. Il était devenu désormais évident que Jace ne s’accommoderait plus de l’avis de ses parents, pas plus que des directives qu’ils établissaient pour une vie commune où il n’avait pas voix au chapitre. Il entrait dans la rébellion du jeune homme quelque chose de la crise d’adolescence, mais le Commander et son épouse avaient bien compris que les pouvoirs de leur enfant jouaient également un rôle considérable dans les avis labyrinthiques mais toujours argumentés qu’ils opposaient à ce qu’ils considéraient parfois, eux, comme des demandes de la première simplicité.

Jace était devenu un adulte — un adulte beaucoup trop précoce, encore incertain, encore adolescent par bien des aspects, mais un adulte tout de même, qui avait besoin de décider pour lui-même, d’avoir son propre espace, de faire ses propres expériences. Ni le Commander ni son épouse n’étaient particulièrement enthousiastes à la perspective de lâcher leur unique et trop téméraire rejeton en pleine nature, mais ils étaient bien forcés de reconnaître que la situation actuelle risquait de transformer leur foyer en cage aux lions pour Jace.

Sans un regard pour sa mère, un Jace un peu fulminant quitta l’appartement pour rejoindre l’ascenseur, qui descendait le long de la Tour de la Paix jusqu’au rez-de-chaussée où Prudence, peut-être, l’attendait déjà. Il avait invité la jeune femme à visiter les installations, pourquoi pas à rencontrer quelques Légionnaires, bref, à avancer un peu plus vers son idéal. Un jour, peut-être, il aurait l’occasion de l’emmener jusqu’au Phare.

Jace avait toujours eu à cœur d’introduire précocement les potentielles recrues à ce qui pouvait bien devenir leur nouvel environnement. Le processus participait de son plan général pour l’ouverture de la Légion sur le monde. Lorsqu’il lui avait paru que Zachary était de plus en plus à même d’apprendre à exercer les fonctions des Alphas, il avait transféré une partie de l’entraînement du jeune homme de Star High à la Tour de la Paix. Même si la Team restait attachée à Star High, Jace la percevait comme une composante essentielle à la Légion, et surtout à l’image de marque de la Légion, beaucoup plus qu’une simple plateforme de lancement pour apprentis Légionnaires.

Dans l’ascenseur tout de même, parce que la rancune n’était pas son grand défaut, Jace sortit son téléphone et composa un rapide SMS d’excuse pour sa mère, avant de ranger l’appareil, tandis que les portes de la cabine s’ouvrait. Le hall de la Tour de la Paix n’était pas moins animé l’été que pendant le reste de l’année ; comme toutes les parties publiques du quartier général de la Légion à Star City, il attirait en permanence une population bigarrée. Jace chercha du regard Prudence, en saluant avec un peu de distraction les Légionnaires qu’il croisait et les curieux qui le reconnaissaient. La popularité du jeune héros, toujours largement alimentée par son physique de jeune premier et la facilité avec laquelle il prêtait son image aux objectifs, continuait à croître.

— Salut.

Il avait trouvé son amie tout près de deux Légionnaires en civil qui discutaient et qui, masqués d’ordinaire, passaient fort bien, sous leurs vêtements quotidiens, pour deux parfaits touristes. D’ailleurs, pour conserver leur anonymat, ils ne saluèrent pas Jace, qui ne leur accorda pas le moindre regard non plus — cela faisait partie des petits moments étranges, dans les couloirs des étages inférieurs.

— J’espère que t’attends pas depuis trop longtemps, j’suis un peu r’tard, désolé. Ma mère me saoulait avec des trucs, enfin bref. Viens, on monte, j’vais t’faire visiter une partie du complexe.

Jace désigna l’ascenseur privé derrière eux, auquel n’accédaient que les Légionnaires accrédités.

— Ça va, alors ? Comment ça se passe, le travail ?

Et la crise existentielle, accessoirement — mais Jace n’allait pas commender par les questions trop directes.
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Message posté : Ven 8 Aoû - 12:02 Message
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Jake Enters His Avatar World by James Horner on Grooveshark

Ce matin-là, Prudence traînait au lit. Dans la pénombre de sa chambre, elle se contentait de fixer pensivement le plafond, les mains croisées derrière la tête, allongée en travers de sa couette. Lorsqu’elle était enfant, elle collait au plafond de sa chambre, dans le Kansas, des étoiles fluorescentes et des posters de super-héros – fictifs ou non -. Elle les appelait ses anges gardiens. Aujourd’hui, les étoiles et les Supers revêtaient une double signification bien plus riche de sens. Une partie de son ADN venait d’au-delà de la Terre. Et elle rêvait de porter fièrement le titre de Légionnaires et d’entrer parmi ces étoiles résidant au Phare ou à la Tour de la Paix. Sa main tâtonna à la recherche de son portable, où elle vérifia l’heure d’un œil distrait. Prudence se hâta dans sa préparation, descendit enfin l’escalier, dévora un petit-déjeuner préparé par sa tante avant qu’elle ne parte au travail… Et quitta le domicile. En franchissant cette porte, elle se faisait la promesse qu’aujourd’hui toutes les peurs et les regrets resteraient sur le seuil. Car aujourd’hui, Jace lui faisait visiter une partie de la Tour de la Paix.

Cet endroit n’avait pas été le premier à attirer son attention, lors de son arrivée à Star City. Mais il faisait indubitablement parti de ceux qu’elle préférait. Le vaste hall pouvait accueillir tant de personnes qu’il était facile de passer inaperçu et de se fondre dans la foule. Elle savait que les étages inférieurs pouvaient accueillir du public et que les Légionnaires s’y faisaient rares. Ou alors, elle peinait à les reconnaître lorsqu’ils ne portaient pas leurs costumes. Jace vivait dans des quartiers personnels réservés à la famille Roberts, dans les étages supérieurs, là où seuls les Légionnaires et le personnel accrédité avaient accès. Ce bâtiment représentait un symbole et un foyer. Et Prudence attendait dans le hall, jouant nerveusement avec la chaîne d’argent de son collier, ses yeux papillonnant dans toutes les directions comme s’ils essayaient d’enregistrer tous les détails d’un seul coup jusqu’à l’overdose. De temps à autre, elle coulait un regard vers les passants et se demandait si untel était un super-héros ou non. Pour passer le temps, elle tâchait de se concentrer sur les soins qu’elle devrait apporter à Roxie, le chien dépressif, le lendemain, ou à poser plus de pièges à souris pour nourrir Khaa, le python constrictor déposé en pension. Son petit job d’été – payé une misère – lui offrait la sérénité et la stabilité qu’elle recherchait pour l’instant. Se concentrer sur ce genre de problèmes quotidien l’absorba tant et si bien qu’elle manqua sursauter lorsque la voix de Jace résonna près d’elle.

- Salut ! répondit-elle avec un large sourire. Pas de soucis, t’en fais pas. Je suis partie en avance de chez moi, de toute façon.

Prudence relâcha la pression sur sa malheureuse chaîne – au bout de laquelle pendait un dragon stylisé – et joignit son pas à celui de son ami. Ils se dirigèrent vers un ascenseur privé, premier palier pour accéder aux parties supérieures de la Tour de la Paix, aux Légionnaires et à ses mystères. Elle aurait volontiers trépigné sur place comme l’ascenseur n’allait pas assez vite à son goût mais parvint à se retenir. Un peu de dignité, sacrebleu ! Une fois à l’intérieur de l’appareil, loin des yeux curieux et des caméras de surveillance trop évidentes, elle retrouva l’usage de sa langue.

- Ça va, ça va. J’ai fait un peu de pub, j’ai pourchassé des chiens égarés, placardés des affiches pour les animaux et j’ai envoyé pleins de candidatures spontanées... Résultat, un refuge pour animaux de Kingston a retenu mon nom ! Je m’y plais bien. Bon, ça ne paye pas beaucoup mais je m’y sens bien.

Elle haussa les épaules.

- Du coup, j’ai pas encore eu le temps de nous chercher un endroit où partir en week end-camping...

Pendant un court instant, elle n’entendit que le ronronnement de l’ascenseur prenant de la hauteur. Puis elle enchaîna en relevant les yeux sur son ami :

- Et toi, ça va ?
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Message posté : Sam 9 Aoû - 22:37 Message
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— Oui, bien sûr.

Du pur Jace. À toute personne qui s’inquiétait de son état de santé, ou bien de son humeur, de son moral, de sa vie en général et de ses problèmes en particulier, à toute personne qui lui demandait si ça allait, Jace répondait « oui, bien sûr », comme il aurait répondu « oui, bien sûr », si on lui avait demandé de passer le sel, rapidement, sans réfléchir, sans prendre le temps, de toute évidence, de considérer la question pour elle-même et d’envisager, au moins une seconde ou deux, de dire la vérité. Qui s’intéressait à ses problèmes ? N’étaient-ils pas futiles au regard de l’angoisse qu’éprouvait Prudence à propos de ses origines ? De tous ceux qui souffraient à Star City ? De la guerre dans le monde ? De la menace permanente d’une explosion thermonucléaire dans un silo à missiles mal gardé et mal entretenu de l’ancienne URSS ? Toutes les raisons étaient bonnes à Jace pour porter le poids du monde sur ses épaules et le poids du monde lui offrait le luxe de ne jamais avoir à penser à sa propre vie.

Oui, ça allait.
Bien sûr.
Voyons.

La seconde suivante les portes de l’ascenseur s’ouvraient sur un couloir et Jace sortit, en enchaînant sans attendre :

— C’est cool qu’t’aies pu trouver un p’tit job comme ça, et puis même si ça paye pas, au moins, ça te fait une ligne sur ton CV et ça s’ra un argument pour les prochaines fois.

Si Prudence voulait devenir astronaute, par exemple, ce ne serait pas les années d’études qui lui manqueraient et aux tarifs que pratiquaient les universités américaines, un emploi régulier ne serait pas du luxe.

— Donc, ici, c’est peut-être le niveau le plus ennuyeux, ‘fin, aux yeux de bien des gens, mais c’est un peu de plus utiles. C’est là qu’il y a les centres pour les recherches d’archives, les salles informatiques, les baies de serveur, la documentation, ce genre de choses. ‘Videmment, y a pas mal de trucs stockés au Phare, mais au cas où, les ressources sont réparties dans les différents QG sur Terre, pour qu’ils puissent fonctionner de manière indépendante. On sait jamais.

Ces précautions naissaient des deux dernières invasions d’ampleur : Terminus et les Grues. Il y avait tout à parier qu’en cas d’attaque spatiale, le Phare serait la première cible et rien n’eût été moins sage que d’y centraliser entièrement le réseau de la Légion. Et puis, chaque QG avait sa propre zone d’influence et ses propres nécessités.

— C’est vrai qu’il y a pas mal d’interventions qui sont, je dirais pas simples, mais enfin, si, simples à comprendre, même si compliquées à mettre en œuvre. Je sais pas, mettons, une catastrophe naturelle, bon, on a pas tellement besoin de plus d’infos que des trucs comme la FEMA en auraient sur place. Mais en revanche, quand c’est plutôt genre enquête, y a besoin de se renseigner un bon. Pareil pour les phénomènes étranges. Alors certains Légionnaires ont leurs propres ressources, mais les autres viennent ici pour effectuer leurs recherches.

Une sorte de CDI, en somme. Jace venait d’évoquer à demi-mot une réalité qui n’était pas évidente aux yeux des grands publics : entre le déménageur doté d’une super-force qui s’engageait pour ses citoyens et le Corbeau qui, le jour, sous les traits de Sydney Stevens, gérait un vaste empire pharmaceutique, la disparité était considérable à l’intérieur de la Légion, quant aux moyens que chacun disposait. Les lieux comme la Tour de la Paix permettaient aux Légionnaires les moins fortunés de rassembler l’équipement nécessaire à leur mission.

Jace poussa une porte pour révéler une salle informatique qui aurait sans doute ressemblé un peu à celle que l’on trouvait à Star High si les ordinateurs de dernière génération qui la peuplaient ne paraissaient pas avoir une ou deux générations d’avance. Pour l’heure, ils étaient tous éteints — la salle était fermée, simplement, la serrure électronique s’était mystérieusement ouverte à l’approche du jeune mutant.

Sous le regard de Jace, un ordinateur s’alluma.

— La Légion a des partenariats avec certaines forces de l’ordre et on peut parfois interroger leurs archives, mais ça, ça dépend quand même vachement des gouvernements, j’veux dire, du gouvernement élu et puis aussi des administrations. C’est parfois bien utile, mais le plus souvent, faut quand même compléter par un travail de terrain, et ça redouble les enquêtes de la police ou de l’UNISON. Ou alors faut demander gentiment aux enquêteurs, mais ça, demander gentiment, tous les Légionnaires savent pas faire.

C’était le moins que l’on pût dire. Si les relations publiques relevaient du don inné chez Jace, certains de ses co-Légionnaires avaient, eux, des relations beaucoup plus houleuses avec les autorités. D’ailleurs, tous les policiers ne voyaient pas d’un très bon l’œil les interventions de ces civils déguisés dans les affaires des forces de l’ordre.

— Y a aussi des trucs de localisation, de surveillance, des outils qui viennent du Phare, en fait, principalement. On dirait pas forcément comme ça, mais une bonne partie du boulot d’un Légionnaire, c’est se renseigner sur des trucs. Et une autre bonne partie, ça devrait être de se montrer diplomate et de mener des négociations, mais on va dire que ça, ça retombe quand même un peu toujours sur les mêmes.

Il en parlait avec un air un peu réprobateur — réprobateur, parce qu’il estimait que le comportement de certains Légionnaires frôlaient la pleine illégalité et, s’il n’était pas lui-même contre opérer parfois en zone grise, il y avait des limites aux concessions qu’il était prêt à faire pour le bien d’une enquête ; juste un peu réprobateur, parce que ça ne le dérangeait pas, d’avoir à mener des négociations qui répugnaient à d’autres.

— Après, y a des gens qui sont spécialisés, tu vois. Y a des gens vraiment dans les enquêtes, d’autres plus sur les grandes catastrophes. Ça dépend des caractères, et puis bien sûr des pouvoirs, même si on se rend compte que les pouvoirs, en fin de compte, c’est jamais qu’une petite partie de c’que les Légionnaires ont besoin pour faire le boulot.

Un point qu’il soulignait très fréquemment aux recrues de la Team Alpha, qui avaient parfois un peu trop tendance à se comparer le génome.
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Message posté : Mar 12 Aoû - 18:17 Message
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La réponse automatique de Jace, toujours la même depuis un an, ne trompait plus Prudence. Mais avant qu’elle ne puisse répliquer quelque chose d’intelligent, la Tour de la Paix dévoilait ses secrets devant ses yeux ébahis. Telle une courtisane de luxe, qui ôte ses vêtements un à un dans un suspense extatique, les étages supérieurs, normalement interdits à quelqu’un comme elle, se révélaient enfin. Et Prudence ne pouvait que boire les paroles de son ami. Ses yeux papillonnaient à nouveau partout, tâchant d’enregistrer le maximum de détails, jusqu’à saturer son cerveau d’informations. Elle prenait note mentalement de tout ce que Jace lui expliquait. Les lèvres scellées, elle ne pouvait qu’écouter un univers tant de fois rêvé et imaginé être dépeint sous ses yeux. Le tout avait ce goût si particulier d’un achèvement serein, du commencement d’une quête initiatique comme dans les romans de science-fiction qu’elle lisait à l’occasion. Ce goût de…

Enfin.

- C’pas ennuyeux du tout. C’est même tout le contraire !

Il y avait peu de choses, en ce bas monde, capables d’intimider Prudence Carter. Face au danger, alors qu’elle aurait dû paniquer, elle se révélait sous la peur et s’en affranchissait. Combattante née, par le cœur et l’entraînement sportif qu’elle suivait depuis de longues années, elle avait appris à craindre les victoires trop faciles, les adversaires trop sûrs de leur puissance – et les ascenseurs, sauf si quelqu’un l’accompagnait bien sûr -. L’échec ne constituait qu’une étape vers la réussite. Il fallait tomber pour mieux se relever. Un peu trop tête-brûlée, elle connaissait de réguliers revers de fortune et tâchait d’apprendre de ses erreurs, même quand celles-ci étaient très douloureuses. L’épisode de la sorcière gothique lui restait encore au travers de la gorge, par exemple. Au cœur de la Tour de la Paix, dans cette dimension parallèle où Jace s’appelait Thunder, où mutants et créatures surnaturelles au service du Bien faisaient régner l’ordre la justice, où tous étaient égaux, Prudence redevenait une petite fille prise en faute, se ratatinant sur elle-même en attendant les reproches. Ici, c’était elle l’intruse, l’étrangère indiscrète. Elle avait l’impression désagréable de pénétrer dans un sanctuaire destiné à des dieux, alors qu’elle n’était qu’un rat parmi tant d’autres. Et toutes ses angoisses resurgissaient soudain pour la tourmenter.

Et si un jour, son énergie lui échappait, jusqu’à la transformer en bombe vivante ?
Et si ses gènes aliens modifiaient peu à peu son apparence physique, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus ressembler à une humaine ?
Et si elle perdait le contrôle, un jour, en pleine mission pour la Légion, jusqu’à mettre en danger ses partenaires ou des civils ?
Et si, en vérité, elle n’était jamais prête ?...

Oh la ferme, foutue conscience !

Prudence s’approcha de l’ordinateur qui venait de s’allumer comme par miracle – ou plutôt grâce au cerveau de Jace -. Elle hocha la tête pour montrer qu’elle comprenait son point de vue. Un justicier avait des comptes à rendre à la société. Il ne pouvait pas intervenir quand il le souhaitait et laisser les autres nettoyer les dégâts après son passage. Chacun avait ses responsabilités. Et dans une ère de technologie avancée, où la plus petite information mettait moins d’une seconde à traverser le globe, chacun devait préserver son image de marque. Même si cela signifiait porter un costume absolument pas passe-partout, prêter son image aux médias et devenir l’esclave, en quelque sorte, de sa propre réputation. Ce n’était pas ce dont rêvait Prudence, dont l’idéal aurait été de combattre le crime à visage découvert, estimant que cela prouvait plus sûrement qu’on pouvait lui faire confiance. Mais là n’était pas la question, pour l’instant. Un sourire goguenard étira les lèvres de Lightning Girl.

- Ça se comprend ! Tu en parles comme si tu connaissais personnellement des Légionnaires qui adorent se centrer autour de leur nombril. J’imagine que certains d’entre eux doivent régulièrement comparer leurs pouvoirs en se demandant lequel est le plus fort… Sans vouloir les vexer, ajouta-t-elle précipitamment.

Elle se demanda soudain s’il avait fallu à Jace une autorisation spéciale pour pouvoir amener une tierce personne ici. Il avait dû se porter garant d’elle. Prudence n’avait pas intérêt à faire de bêtises, où son populaire ami se verrait probablement discrédité auprès des autres Légionnaires. La tempête ambulante qu’elle représentait ne le faisait parfois pas exprès… Mais elle s’attirait régulièrement des ennuis. A croire qu’ils la poursuivaient…

- Les pouvoirs, ça ne fait pas tout. Sinon, tous les Supers seraient dans le camp des gentils et on vivrait dans un monde de bisounours. On peut pas régler tous les problèmes par la force, ça, j’suis bien d’accord !... Vous devez avoir une sacrée base de données ! Vos archives remontent-elles plus loin que la Guerre de Sécession et au-delà ? Ça doit être super intéressant !

Prudence aimait l’Histoire, car elle était peuplée de batailles, de découvertes, de bons et de méchants et parce qu’elle enseignait à la Terre de dures leçons… Que les hommes semblaient vite oublier, au vu des récents événements à travers le monde.

- J’espère que j’empiète pas trop sur ton temps de travail ou… Quoique ce soit…

Elle jeta un sourire d’excuse – peu convaincant, car trop envahie par son enthousiasme – à Jace par-dessus son épaule.
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Message posté : Mer 13 Aoû - 13:00 Message
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Jace hocha la tête. Se comparer les pouvoirs, c’était une grande activité à Star High, et pas que dans les vestiaires — certains Légionnaires ne grandissaient jamais. Il ne pouvait pas vraiment le leur reprocher : pendant des années, entre l’enfance et l’adolescence, il s’était inquiété d’être à la hauteur. Un réflexe de garçon, peut-être. Une attitude un peu puérile. Évidemment, certains Légionnaires avaient besoin d’être rassurés — c’était à ça, aussi, que ça servait, la Légion — mais d’autres avaient une manière très désagréable d’étaler leurs aptitudes.

— C’est comme partout, en fait, certaines personnes sont, hm, disons, très, très contentes d’elles-mêmes. Et de l’autre côté, il y a les gens particulièrement discrets qui ne partiront jamais en mission tout seuls, qui ont absolument besoin d’une équipe, de quelqu’un pour leur donner des ordres, etc. En fait, ce qui arrive souvent, c’est que quand quelqu’un rejoint la Légion, il apprend autant sur la vie en société, sur la négociation, sur la collaboration, que sur ses propres pouvoirs. Je dis pas qu’il y a forcément des séminaires d’équipe ou ce genre de trucs, juste que ça se fait par la force des choses. Après, y a des têtes plus dures que d’autres.

Il ne citerait pas de nom — pas son genre — mais il n’en pensait pas moins.

La question historique de Prudence le laissa un moment songeur. Il s’intéressait plus à la géographie qu’à l’histoire : le réel et le futur lui plaisaient plus que les époques révolues. Dans l’histoire, il cherchait ce qui ressemblait le plus au présent, pour y trouver des modèles et des pistes de réflexion. Même l’évolution de son intelligence ne l’avait pas vraiment convaincu de se plonger dans des recherches archéologiques.

— Je ne sais pas. J’interroge surtout les bases de données des forces de l’ordre. Je sais juste qu’il y a des gens à la Légion qui font des recherches sur l’histoire des Supers, comme Amber.

Il ne connaissait pas très bien la jeune Britannique toujours perdue dans ses livres et Qaletaqa devait en savoir plus haut sur elle, déjà, et sur le sujet en général.

— Si ça t’intéresse, je suis sûr qu’il y a encore plein de boulots à faire. Comme toutes les organisations, la Légion a plein de fonctions qui tiennent à sa nature d’organisation plus qu’à ses missions spécifiques, et il y a des Légionnaires qui, en plus de leurs interventions, font des trucs comme, je sais pas, du travail d’archives par exemple, de la formation, les relations aux médias.

Ça, c’était surtout sa spécialité.

— ‘Fin bref, t’as raison, qu’une organisation ait sa propre histoire, et l’histoire de ses principes, ça parait important, mais je suis peut-être pas la personne la plus indiquée pour en discuter. Viens, on continue la visite.

Ils quittèrent la salle informatique.

— T’inquiètes pas pour mon temps, hein, il est tout à toi. De toute façon, faire visiter la Tour aux gens, c’est important aussi. Et faut bien que t’aies un avant-goût.

Jace ne partageait pas les inquiétudes que la jeune femme nourrissait à propos de sa propre évolution. Bien sûr, ses pouvoirs pouvaient devenir instables — comme ceux de n’importe quel Légionnaire, comme les siens à lui aussi, par exemple. Même le Commander n’avait pas l’assurance de toujours tout maîtriser. Et tout policier pouvait s’inquiéter de perdre son sang-froid. La Tour de la Paix de Star City, le Phare plus encore, là-haut, abritaient un monde suffisamment cosmopolite pour que les gènes extraterrestres de Prudence fussent, aux yeux de Jace, une particularité parmi d’autres.

— J’aurais pu t’inviter plus tôt, en fait, rien que chez moi, déjà, mais je te raconte pas les commentaires de mes parents, j’ai l’impression d’avoir quarante-cinq et qu’il faille me caser super vite. Et puis je suis jamais vraiment chez moi, j’préfère l’extérieur. Peut-être que j’vais aller vivre ailleurs, cela dit.

C’était l’une de ces petites phrases glissées en passant, en ouvrant la porte de la cage d’escaliers pour gravir un étage supplémentaire, dont Jace avait le secret et qu’il utilisait systématiquement pour diffuser des informations importantes sur sa vie privée, comme s’il cherchait à la fois à les divulguer pour ne pas être accusé de les cacher et à les noyer dans la masse, au même moment.

— On va aller voir des salles d’entraînement traditionnelles, avant de jeter un coup d’œil aux trucs plus spécifiques. Y a de l’équipement sportif, des trucs pour le combat, ce genre de choses. Parce que y a quelques Légionnaires, par exemple, qui ont pas de pouvoirs et qui sont juste super bien entrainés et bien équipés. Bon, généralement, c’est des personnes qui avaient les moyens de s’entrainer ailleurs, sinon, ils seraient pas arrivés à ce niveau, mais j’ai toujours considéré que peu importe le pouvoir, c’était bien d’être en plutôt bonne condition physique.

« Plutôt bonne » avait comme conséquence, chez Jace, des entraînements intensifs, dont Zachary et Qaletaqa avaient fait les frais. Un coup d’œil à la silhouette du blond, qui n’avait rien d’un bodybuilder mais dont la forme athlétique était plus qu’évidente, suffisait à confirmer que sa conception de l’entraînement physique minimal ne devait pas se limiter à quelques minutes sur le tapis de course.
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Message posté : Jeu 14 Aoû - 17:17 Message
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- Les Légionnaires ne cessent jamais d’apprendre, n’est-ce pas ?

Naïvement, avec candeur même, Prudence avait longtemps cru qu’un Légionnaire représentait le summum des défenseurs de la Terre, le héros maîtrisant ses pouvoirs et son intellect à son apogée. Si certains super-héros vivaient mal en société, comme elle s’en doutait, cela n’expliquait pas l’image de marque fabuleuse qu’ils traînaient derrière eux. Bévues, erreurs de jugement, actes héroïques controversés… Comment faisait-on pour étouffer ce genre d’affaires ? Y avait-il des agents de liaison, des secrétaires administratifs spécialisés dans la diffusion des informations et la gestion de tous ces super-héros bien intentionnés mais parfois maladroits avec les foules, ou même avec les forces de l’ordre ?

- Amber ? C’est une Légionnaire, non ?

Elle n’avait pas pu s’empêcher de brièvement interrompre Jace, en espérant ne pas le couper dans son élan. Elle ne connaissait pas personnellement cette Amber, qui semblait aimer les livres et les plantes. Elle l’avait aperçue une fois ou deux à la bibliothèque de Star High, sans l’approcher. Prudence aimait ce lieu mais ne préférait pas s’y attarder. Lorsqu’elle avait besoin de faire des recherches pour ses devoirs, ou pour assouvir sa propre curiosité intellectuelle, elle empruntait des et livres et partait étudier dans son jardin, ou dans un parc, ou près de la jetée parfois. Elle aimait le grand air. Celz lui permettait de réfléchir plus vite.

- Justement, en parlant d’avant-goût…

Prudence n’eut pas le loisir de finir sa phrase. Jace enchaînait et ils quittèrent rapidement la salle informatique. Le marmonnement malhabile de la jeune fille passa – apparemment – inaperçu. Suivant docilement son ami, en essayant de calmer sa frénésie d’apprendre et sa nervosité croissante, elle perçut avec un temps de retard une information cruciale à travers le déluge des mots. Elle tiqua, ouvrit de grands yeux interloqués et jeta un regard à Jace. Son athlétique et populaire ami ne semblait pas avoir remarqué son expression pour l’instant. Elle retint une grimace en continuant sa route. Elle détestait cette manie, celle qu’avait Jace de balancer des bribes d’informations sur ce qu’il avait peine à formuler à voix haute. Il voulait quitter l’appartement parental. Soit. Il devait assumer ses choix ! Prudence ne le jugeais pas, en aucune façon. Comment l’aurait-elle pu ?

- Je te suis !

Le sujet dériva rapidement en parlant d’entraînement. Et tous les dieux de Kobol savaient à quel point Prudence adorait cette partie-là. Cela signifiait combattre, se former, pousser dans les limites de son corps, jusqu’à l’accomplissement. Une manière pour elle de dépasser ses craintes et ses doutes. Une façon comme une autre de se détendre, de trouver la sérénité. L’adolescente pratiquait le sport comme une seconde nature. Il lui permettait de se vider l’esprit et de lui donner l’illusion de maîtriser la situation. Il n’y avait qu’en tombant lors d’un entraînement qu’elle pouvait connaître ses limites. Les leçons de Star High ne lui suffisaient pas, à bien des égards. Elle pratiquait la course à pied et un peu de tir à l’arc en dehors des cours. Et redoutait un jour de s’en lasser.

- Justement, Jace, je me demandais si… Puisque je suis là… On pourrait pas, j’sais pas ?... Si t’as un peu de temps à me consacrer, j’serais pas contre quelques leçons de ta part, en fait. En échange, je t’emmène voir des concerts, comme avant ! N’ai pas peur de me faire mal, ou de m’envoyer chier si je fais une connerie mais je voudrais juste… Passer à un niveau supérieur, tu comprends ? J’en ai besoin. Ou tu pourrais demander à un Légionnaire sympa, s’il a du temps à perdre… Je ne suis plus une enfant, qu’il faut protéger ou tenir à l’écart des trucs dangereux. Et c’est maintenant ou jamais qu’il faut que j’acquiers de l’expérience, pour pouvoir me défendre plus tard et… Prétendre à jouer un rôle dans le maintien de la justice. C’est maintenant, avant que mes gènes venus de l’espace ne commencent à réellement modifier mon apparence, mes pouvoirs, mon esprit ou que sais-je encore !

Elle prit une grande et profonde inspiration. Et soutint le regard bleu acier de Jace sans ciller. Elle avait conscience d’être grandiloquente, de ne sans doute pas mériter un si grand traitement faveur. Au fond, elle n’était pas prête. Et elle regrettait presque d’avoir osé formuler à voix haute la perspective d’être entraînée par un membre de la Légion des Etoiles. Elle ne maîtrisait pas assez sa bioénergie. Elle se montrait beaucoup trop téméraire et irréfléchie dans les moments d’action. Elle ne faisait pas partie de la Team Alpha - et ne s'en sentait pas digne - et n'était connue à Star City que depuis un an. Comment savoir, aussi, si ses pouvoirs n’allaient pas se retourner contre elle à un moment donné, alors que ses gènes extra-terrestres pouvaient la rendre dangereuse pour la Légion elle-même ?

- Il faut que je sache à quoi m’en tenir. Avant qu’il ne soit trop tard.
Avant que l’alien en moi ne se réveille.
- Je veux apprendre à devenir meilleure. Meilleure au combat, meilleure en diplomatie, meilleure pour sauver des vies, meilleure dans la maîtrise de mes pouvoirs. Une version améliorée de Prudence Carter. C’est la voie que j’ai choisi de suivre depuis toute petite. C’pas juste un rêve de gamine, ou une ambition pour devenir superstar, pas du tout ! Je veux mettre mes pouvoirs, mes connaissances et mon idéal au service de la Terre. C’est mon choix. Et je l’assumerais jusqu’au bout.
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Message posté : Ven 15 Aoû - 17:32 Message
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Ils venaient de pénétrer dans l’une des salles d’entraînement les plus traditionnelles, qui ressemblait somme toute à une salle de sport très bien équipée, avec des appareils de dernière génération, comme on aurait pu en trouver dans les clubs les plus chers de Star City. D’autres salles, de la même façon, entretenaient dans la Tour de la Paix un air de famille avec les salles de boxe de la ville. Pour bien des entraînements, c’était amplement suffisant : la musculation, les arts martiaux, ne nécessitaient pas d’équipements particulièrement atypiques.

Quand Prudence formula sa requête, Jace considéra néanmoins les équipements autour d’eux, en hochant de temps à autre la tête. Le regard bleu du jeune homme revint sur l’adolescente qui l’accompagnait.

— La génétique, c’est pas non plus de la désintégration atomique, tu sais.

Il voulait dire par-là que les cellules n’étaient pas si instables qu’après dix-sept ans, elles se missent à se comporter d’une manière entièrement différente, sauf à supposer que l’ADN extraterrestre fût fait d’une sorte qui n’avait rien de commun avec l’ADN humain — mais alors l’existence même d’une hybride eût probablement été une impossibilité scientifique. À Jace, tout cela paraissait un contenu certes implicite mais somme toute évident de sa remarque, si bien qu’il enchaîna sans plus d’explication :

— On peut tout à fait faire un entraînement, tu sais. Je veux dire, ce n’est pas la peine de… Euh, t’excuser ? Je ne serais pas leader de la Team Alpha si je n’aimais pas faire ce genre de choses.

Quant à savoir s’il resterait encore leader très longtemps, c’était un tout autre débat, un débat qu’il avait avec lui-même et dont il ne voulait laisser filtrer aucun signe.

— On va aller dans une salle plus appropriée, quand même.

Jace tourna les talons une nouvelle fois, pour laisser derrière les premières salles, et reprit le chemin du couloir, pour se diriger vers l’ascenseur. Cette fois-ci, une fois qu’il eût appuyé sur le bouton, la cabine se dirigea vers le sol — et en-dessous.

— Je sais pas exactement quel est ton niveau ni de ce que tu voudrais faire, alors va falloir que tu guides un peu. Je sais que t’es sportive, du coup, tu dois savoir quand ça passe ou que ça coince. Cela dit…

Jace avait tenu ce discours de si nombreuses fois à des aspirants Légionnaires si différents que celui-ci aurait très bien pu devenir un automatisme, mais la pédagogie du jeune homme n’était pas découragée par la répétition. Son rôle de leader, il l’avait embrassé avec une volonté à toute épreuve et beaucoup d’enthousiasme, et s’il envisageait de le céder à un autre, c’était moins par lassitude que parce qu’il sentait qu’il n’avait plus grand-chose à en apprendre et qu’une autre étape de son existence était en train de s’ouvrir.

— C’est surtout une affaire de technique. D’abord, les mutants, ‘fin les gens qui ont des pouvoirs, peu importe l’origine, ils ont tendance à voir les choses de manière très séparées. Comme s’il y avait, disons, d’un côté les arts martiaux et de l’autre côté les pouvoirs. D’un côté l’escalade et de l’autre côté les pouvoirs, et ainsi de suite. Bref, du coup, ils se focalisent sur leurs pouvoirs, mais parfois, le vrai défi, c’est d’arriver à intégrer l’un dans l’autre.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et, cette fois-ci, le couloir qui se présenta à eux tranchait radicalement avec l’aménagement plutôt classique des étages supérieurs qu’ils avaient visité. Des lumières blanches qui émanaient des murs et des teintes chromées baignaient les lieux dans une atmosphère un peu futuristes. Jace s’engagea dans le couloir, sans interrompre ses recommandations d’usage.

— Même les pouvoirs les plus discrets peuvent devenir très utiles quand ils sont bien gérés. Je dis pas qu’il faut pas chercher à augmenter sa puissance, mais c’est un peu comme la musculation : au bout d’un moment, la masse fait perdre de la souplesse et de la rapidité, et un combat, ça se gagne pas qu’à la force.

Tous les Légionnaires n’avaient pas le même point de vue mais, entraîné par le Corbeau, Jace avait toujours eu une approche très technicienne des arts martiaux. Le jeune homme se tourna vers un mur et une porte coulissa automatiquement pour libérer le passage sur ce qui était de toute évidence des vestiaires.

— À gauche, c’est pour les femmes. Normalement, il y a des tenues standard, tu devrais trouver ta taille sans trop de problème.

Vu les morphologies parfois un peu atypiques des Légionnaires, Jace ne se faisait pas trop de souci quant à l’ampleur du choix dans les placards.

— La porte de la salle d’entraînement, elle devrait être indiquée : on se rejoint là-bas.

Lui-même disparut du côté droit, dans le vestiaire des garçons. Après avoir rapidement trouvé un jogging et un tee-shirt à sa taille, Thunder émergea pieds nus dans la salle d’entraînement : une pièce dont le sol était recouvert d’un tatami et dont les murs présentaient une surface parfaitement unie — à l’origine, en tout cas : des traces de brûlure, des rayures et des impacts indiquaient qu’ils avaient été déjà mis à rude épreuve. Les murs dissimulaient des portes vers d’autres pièces adjacentes, où l’on pouvait trouver mannequins et pièces d’armes ou d’armure, mais pour l’heure, un entraînement dépouillé semblait un excellent endroit par où commencer.
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Message posté : Sam 16 Aoû - 18:35 Message
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- La génétique, c’est pas non plus de la désintégration atomique, tu sais.
- Ça, c’est toi qui le dis, marmonna Prudence dans le sillage de la réflexion de son ami.

Ils rebroussèrent chemin, empruntant à nouveau l’interminable couloir pour reprendre l’ascenseur. Au lieu de monter vers les étages supérieurs, sans doute encore plus sécurisés et privés – au seul usage des Légionnaires et du personnel accrédité -, l’appareil descendit vers les profondeurs de l’immeuble. Peut-être même jusqu’à s’enfoncer sous terre. Cette idée ne plaisait pas énormément à l’adolescente. Légèrement claustrophobe, elle préférait les grands espaces et le plein air. D’où sa fascination, depuis son plus jeune âge, pour la voie lactée et l’infinité de l’univers. Prudence se glissa néanmoins de bonne grâce dans le vestiaire féminin sitôt la porte indiquée par Jace. Les leçons purement théoriques de ce dernier, avant qu’il ne disparaisse à son tour dans un vestiaire, tournaient en boucle dans l’esprit de la jeune fille. Si Lightning Girl voulait rester efficace et s’améliorer, elle devait aussi penser à ses limites intellectuelles. Et aux limites de son corps, pas seulement lorsque cela l’arrangeait. Un souci constant, qui l’agaçait parfois. Elle aurait voulu être déjà prêt, déjà sûre de ce qu’elle allait devenir. Ne plus avoir peur.

On a plus peur quand est mort, aussi.

Avec une grimace désabusée, Prudence se hâta de se dévêtir pour enfiler ensuite une tenue plus appropriée. Fort heureusement, parmi les innombrables tenues de rechange des femmes Légionnaires, il y avait bien une convenance à sa taille. Certes un peu serrée aux épaules, elle vérifia que cela ne gênait pas ses mouvements en faisant rouler ses muscles avec précaution. Se faufilant pieds hors du vestiaire, elle suivit ensuite les indications et rejoignit Jace dans la fameuse salle d’entraînement. Prudence, sitôt le seuil franchis, n’eut bientôt d’yeux que pour elle. Vaste, haute de plafond, sécurisée et… porteuse de quelques cicatrices de guerre, comme un vétéran. Puis elle focalisa son attention sur Jace, près d’elle. Il avait l’air de baigner dans son élément. Comme d’habitude, en fait. Avisant ses pieds, Prudence retira chaussures et chaussettes à son tour.

- Ça, c’est ce que j’appelle une salle d’entraînement !

Prudence aurait pu passer le temps à compter les impacts et les marques sur les murs de la salle. Mais elle n’avait pas fait l’effort de formuler sa requête pour si peu. Peut-être, dans quelques années, aurait-elle la chance de pouvoir perdre son temps à les compter. Un autre jour.

- Euh… Je récapitule ! A Star High, je suis des cours d’auto-défense. Il y a longtemps, j’ai appris quelques notions de boxe. J’ai repris le tir à l’arc en dehors du lycée. Je fais de la course à pied et un peu d’athlétisme en salle, quand j’ai le temps. Et je suis électrokinésiste.

Un sourire de lionne étira ses lèvres. Elle s’écarta du seuil pour arpenter la salle, tel un fauve cherchant à apercevoir la sortie de sa cage. Sauf qu’elle ne marchait pas d’un pas nerveux ou effarouché.

- J’ai décidé de ne pas voir les choses séparément, justement ! J’ai beau ne pas être une vraie mutante, je ne vois pas l’intérêt de séparer deux disciplines, ou capacités, qui peuvent très bien devenir plus efficaces ensemble. Je sais que… j’ai tendance à un peu trop n’en faire qu’à ma tête et à foncer dans le tas. Mais j’apprends vite. Il faut juste que je m’entraine. Et c’est pas facile quand il se passe rien, hein ? J'dis pas que je cherche les emmerdes, j’suis pas une accro au danger.

Elle haussa les épaules. Elle avait atteint le centre de la pièce et levait les yeux vers le plafond, en essayant d’imaginer le ciel au-dessus d’elle.

- Mais j’aime rendre service. Quand il se passe rien, je m’ennuie un peu… Et je ne peux pas espérer devenir Légionnaire si je ne fais pas mes preuves. La théorie, je l’ai. En grande partie. Je crois. Mais la pratique, c’est autre chose !

L’adolescente fit volte-face. Elle prit aussitôt une position défensive, les jambes écartées, le pied droit en avant, les genoux fléchis, le buste de côté et les poings serrés. Son visage avait perdu son expression espiègle. Ses yeux retrouvèrent l’éclat tranquille de l’anthracite, du calme avant la tempête. La gravité de ses traits s’alliait avec le ton de sa voix, redevenu sérieux et un brin nerveux.

- Voyons voir combien de temps peut tenir Lightning Girl face à Thunder en personne.
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Message posté : Dim 17 Aoû - 17:32 Message
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— Hmmm…

Foncer dans le tas, hein ? Ça ne le surprenait pas vraiment : Jace ne s’était jamais représenté Prudence en stratège posée.

— Je dois avouer que mon style est plus… Mesuré ?

L’immense majorité des combats qui opposaient Thunder à ses adversaires, au fil des missions, ne dépassaient pas les quelques secondes. Thunder regardait, analysait, prenait la décision la mieux calculée et intervenait, de manière quasi chirurgicale, en tirant profit de l’effet que ses pouvoirs avaient sur la plupart des physiologies humaines ou animales. Et sur les machines. Il était rare de croiser quelqu’un capable de résister à une puissante décharge électrique et les criminels ne pensaient pas vraiment à commettre leurs méfaits en combinaison isolante.

Les vrais combats, ceux qui duraient longtemps, comme celui qui l’avait opposé à la Pie, lorsqu’il ne pouvait pas se permettre de toucher son adversaire, lorsque la situation était trop compliquée pour que ses pouvoirs fussent tous également utiles, dans une piscine, près de la mer, là où des civils risquaient de faire les frais d’une décharge égarée, étaient ceux pour lesquels il s’entretenait véritablement et, même dans ces circonstances, la technique primait.

Jace regarda Prudence se mettre en garde et secoua la tête.

— Je suis pas sûr que la confrontation, ça soit très productif. Tes pouvoirs électriques ne me feront pas grand-chose et réciproquement. Restera la technique pure et je crois que les cours d’autodéfense de Star High ne vont pas te mener très loin. Principalement parce que ce sont des cours d’autodéfense, d’ailleurs.

Se défendre, c’était très bien quand on était un civil — mais les super-héros devaient savoir attaquer.

— De manière générale, quand j’entraine les gens, de toute façon, je ne me bats pas contre eux. Ou sans pouvoir, mais là, ça demande déjà de leur part de solides bases en arts martiaux. Puis te mets pas en garde. Ça, c’est bon pour les cours, dans la vraie vie, t’as pas le temps de prendre ton équilibre.

Jace franchit la distance qui le séparait de Prudence et se posta à côté d’elle.

— Pour le combat, tu devrais chercher quelqu’un de plus approprié. Pour la technique de base, j’te conseille d’oublier l’autodéfense, ou de continuer à pratiquer comme ça, parce que ça fait jamais d’mal, mais de chercher un truc plus agressif. Krav Maga c’est bien, MMA aussi. C’t’une question d’feeling, j’pense que tu peux essayer pas mal de trucs avant de trouver c’qui te convient. Juste, c’qui faut retenir, c’est quand les clubs, ils font du sport. Sur le terrain, c’est pas du sport. Les règles ne comptent pas, la beauté de l’exécution non plus et le fair-play non plus. Si jeter du sable au visage de quelqu’un, c’est la meilleure solution, on s’en fiche pas mal que ce soit classe. Ça a l’air con comme pas, mais y a plein de jeunes super-héros qui ont l’impression que tous les combats doivent être comme dans les films. Sauf que dans les films, tout est toujours un peu trop ordonné.

Quand il y avait plusieurs adversaires, ils avaient par exemple la curieuse tendance d’attendre leur tour pour assaillir le héros ou l’héroïne.

— Après, foncer dans le tas, j’dis pas que c’est une mauvaise solution. La puissance brute, ça reste super efficace dans plein de circonstances et y a des super-héros qui de toute façon sont incapables d’apprendre des arts martiaux trop évolués. J’veux dire, si t’as une super-force et qu’tu pèses trois cents kilos, ce serait complètement idiot de te mettre à apprendre le judo, par exemple. En règle générale, plus un combat est bref, meilleur c’est, parce que c’est moins fatigant, c’est moins dangereux et que ça te laisse le temps de résoudre d’autres problèmes. Alors si foncer dans l’tas, ça abrège le combat, pourquoi pas. Mon style a pas forcément à être celui d’tout l’monde. Faut qu’tu t’trouves un ou une partenaire d’entraînement plus ou moins de ton niveau, plutôt plus que moins d’ailleurs, avec qui tu puisses tester. J’suis sûr qu’à Star High, ça doit s’choper facilement.

Dans une école pour les jeunes supers, ce n’était pas les aspirants super-héros qui manquaient.

— Mais dans, genre, 70% des cas, avec des pouvoirs comme les nôtres, y a pas de combat. Tu t’approches des gens, tu les touches, tu les électrocutes et on en parle plus pour un bon quart d’heure. C’qui compte du coup, c’est moins savoir s’battre que savoir s’approcher. Si tu veux, c’est l’inverse des téléporteurs, qui s’approchent comme ils veulent, mais qui doivent savoir quoi faire une fois qui sont là. Du coup, j’s’rais toi, j’me concentrerai sur l’déplacement. Et l’déplacement, c’est une question d’pouvoir, une question d’condition physique et une question d’environnement. Plus généralement, l’environnement, la capacité à savoir où tu es et quoi faire de l’endroit où tu es, c’est le plus important. Genre, toi et moi, quand on entre dans une salle comme ça, on doit remarquer un truc en premier, un truc essentiel, à cause de nos pouvoirs.

Jace marqua une pause et coula un regard interrogateur à Prudence, comme s’il attendait une réponse à cette petite énigme.

— Les murs sont en métal. Et le métal…

Brusquement, le corps de l’adolescent se changea en une sorte de petite tornade d’éclair, qui bondit vers le mur le plus proche. Grâce à ce matériau conducteur particulièrement approprié, l’instant suivant, à la vitesse de l’éclair littéralement, Jace se matérialisa à l’autre bout de la salle et lança :

— Ça conduit l’électricité.

Ce pouvoir très récent avait considérablement amélioré ses capacités sur le terrain — sans parler des entraves dont il pouvait ainsi se défaire aisément, il était capable, dans la plupart des environnements urbains, de se déplacer avec une efficacité surprenante.

— On va faire un jeu.

Tous ceux qui s’entrainaient avec Jace savaient que ses fameux jeux se finissaient souvent par de longues minutes à tenter de reprendre une respiration haletante. Jace posa la main contre le mur et des petites étincelles s’en échappèrent pour courir un peu partout — sur les murs, sur le plafond, par terre. Une dizaine de petites sphères électriques crépitèrent bientôt à tous les coins de la salle.

— J’suis qu’tu peux atteindre chacune d’elle en moins de trente secondes.

Ben voyons.
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Message posté : Lun 18 Aoû - 21:57 Message
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Tel un chat éblouis par le soleil, Prudence clignait des yeux. Attentive aux mouvements comme aux paroles de Jace, elle s’abstint de faire le moindre commentaire jusqu’à ce qu’il ait finis sa démonstration. Sur le fond, il avait entièrement raison. Les compétences martiales de la jeune fille demeuraient encore trop théorique, « trop propres » même et manquait d’un côté offensif opérant. Prudence ne connaissait que les règles de base et ses improvisations manquaient d’efficacité. Elle était une débutante qui voulait jouer dans la cour des grands sans connaître les lois inhérentes à ce genre de combats. Relâchant sa posture défensive, elle regarda Jace revenir vers elle et susciter son sens de l’observation. Comme il déclarait que les murs conduisaient l’électricité, elle opina en silence… Avant de le voir se métamorphoser soudain en une myriade d’éclairs qui rebondirent sur les murs, avant de se retrouver à nouveau sous forme humaine. Prudence fut soufflée par la démonstration.

Ce fut à partir de cet instant que la situation lui échappa totalement.

- Hein ? émit-elle difficilement, en avisant les petites sphères se détachant des murs.

Elle jeta un regard, mi affolé mi furieux, à Jace qui se tenait maintenant à l’autre bout de la salle. Quoi ? Elle devait atteindre les sphères en moins de trente secondes ? Mais il était tombé sur la tête !

Prudence paniqua une seconde avant de se ressaisir. Son regard alla des sphères, aux murs, jusqu’au plafond. Elle choisit alors la manière la plus simple de régler le problème. Avec un grognement, elle effectua une rotation à partir de son pied droit, en écartant les bras. Après trois brefs et rapides tours sur elle-même, elle ouvrit les doigts en relâchant la pression. L’énergie jaillit en un cercle qui vint frapper les sphères de plein fouet. Alors que la vague atteignait le mur, Prudence profita de l’élan, pris par sa rotation, et se propulsa d’un bond vers le plafond. Elle le toucha du plat de la main. Aussitôt, l’énergie libérée, qui se répandait alors sur la paroi métallique, fut attirée par la paume tiède de l’adolescente. Et fut aspirée par son corps en un crépitement d’étincelles. Lightning Girl retomba sans grâce – elle maîtrisait mal les atterrissages – sur le tatami. Allongée sur le dos, grimaçante, tandis que son électricité retrouvait un rythme de circulation normale, elle laissa échapper un vague et peu spirituel :

- Ouille…

Se redressant sur les coudes, elle prit une position assise. Elle observa le résultat, satisfaite, avant de reporter son attention sur Jace. Sans qu’elle se l’explique, elle sentait qu’elle n’avait pas fait le bon choix pour la manœuvre. Elle avait utilisé trop de puissance pour pas grand-chose. Loin de se sentir vaincue, ou de se repentir – pour l’instant -, elle lança avec une once de reproche :

- J’ai demandé un entraînement, pas une mise à mort.

Se relevant tout-à-fait, elle prit le temps de prendre une profonde inspiration pour détendre ses muscles trop crispés.

- OK, j’ai compris. Je tâcherais d’améliorer mes performances martiales. Pour la prochaine fois… Et là. Ce que j’ai fait. Qu’est-ce que tu en dis ?

Une part d’elle redoutait le jugement de Thunder. Fils du Commander, entraîné depuis son plus jeune âge, leader de la Team Alpha, son parcours aurait fait rougir un Légionnaire à la retraite. Prudence était l’élève aujourd’hui. Là où d’ordinaire, elle était l’amie, l’égale, le pendant turbulent évoluant dans l’ombre de Jace. Les rôles avaient changés. Et Prudence, même si elle détestait le reconnaître et laisser s’exprimer sa peur, doutait toujours face à plus grand professeur.
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Message posté : Mar 19 Aoû - 15:28 Message
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Thunder observa d’un regard évaluateur les actions de son pupille du jour et une constatation s’imposa sans attendre : pour la discrétion, on repasserait. Bien sûr, il n’avait pas stipulé que l’opération devait se dérouler avec une certaine économie des moyens qui assurerait que, une fois sur le terrain Lightning Girl n’ameuterait pas la moitié du quartier où elle interviendrait et peut-être que cette précision eût été nécessaire. La performance de sa comparse était certes efficace, mais elle n’avait pas l’air très au point.

Le jeune homme détacha la main de la paroi métallique, pour s’avancer vers le centre de la pièce où Prudence reprenait son souffle. Il lui tendit la main pour l’aider à se relever, un geste pas aussi salvateur qu’il n’y paraissait : il voulait surtout lui montrer que l’entraînement ne s’arrêtait pas aux premiers endolorissements, un point qui devait paraître évident, sans aucun doute, à une sportive comme prudence. Une fois celle-ci sur pied, Jace commenta :

— C’est un bon début.

C’était toujours un bon début, pour Jace.

— Je crois que la puissance brute ne sera sans doute pas trop un problème, mais la maîtrise du détail, peut-être un peu plus. Le vol, c’est une capacité vraiment précieuse, parce que ça sert un peu tout le temps et, surtout, c’est à peu près sans danger pour les autres.

Et les autres, il y en aurait souvent : des coéqupiers, des civils, des victimes. Même les criminels, il était préférable, autant que possible, d’éviter de trop les secouer.

— Tu comprends bien qu’avec des pouvoirs comme les nôtres, le moindre excès de puissance et les conséquences sont catastrophiques. Y aura plein, plein de situations dans lesquelles tu pourras quasi pas utiliser l’électricité et il faudra se reposer sur les aspects les plus inoffensifs. Pour les exploiter. Le vol, par exemple. Pour perfectionner ça, y a deux grands moyens, je crois, qui sont complémentaires. Un : les salles comme ici.

Il désigna la salle qui les entourait d’un geste de la main.

— Voler dans un endroit confiné, ça demande beaucoup de précision, c’est très difficile, il faut calculer au centimètre près. C’est important d’s’entrainer à voler dans des endroits pareils. Dans les couloirs aussi. Après, tout dépend de la manifestation des pouvoirs, mais je suppose que toi et moi, c’est un peu pareil, du vol-lévitation. In fine, c’est pas mal de savoir faire des trucs comme, hm…

Jace regarda autour de lui, fixa un mur et s’élança. Il courut vers le mur, bondit et se mit à courir le long du mur. Ce n’était pas facile à voir, à cause de la vitesse, mais de toute évidence, ses pieds ne prenaient qu’un appui minime sur le mur lui-même et une bonne partie de son équilibre devait provenir de son pouvoir de vol — le bond qu’il accomplit pour traverser d’un coup la salle et atterrir sur l’autre mur en fut la confirmation, parce que même si le mouvement, en lui-même, ressemblait à s’y méprendre à un saut, il était physiquement impossible que Jace n’eût pas volé dans l’intervalle.

Un saut périlleux plus tard, Jace atterrit précisément en face de Prudence et se redressa. Ses capacités de déplacement constituaient le summum de son entraînement de super-héros, la partie qui lui avait demandé le plus de temps et le plus d’apprentissage, même si elle n’impliquait aucune démonstration orageuse d’éclairs et de foudre.

— … comme ça. En fait, ça va te paraître sans doute très, très con comme conseil, mais y a deux bonnes sources d’inspiration pour ce genre de choses : Star Wars et Tigre et Dragon. Là-dedans, tu regardes comment les gens se déplacent, surtout, genre, Yoda, et tu essayes de reproduire. Ça dépend de pouvoir mobiliser son pouvoir pendant des périodes super courtes, genre pour un saut, ou pour le passage sur un mur, et de bien doser avec tes capacités physiques traditionnelles, mais pour le corps, ce sera toujours ton avantage numéro un, et le truc chouette, c’est que plus le mec en face de toi est solide et massif, mieux ça marchera, parce que tu l’emporteras en rapidité et en mobilité.

Accessoirement, on pouvait s’entraîner un peu n’importe où.

— Deuxième environnement : le grand air. Là, c’est surtout comme la course à pied. Voler sur de super longues distances, ça te permet d’abord de travailler ton endurance et même si ça améliore pas toujours les pouvoirs, parce que ça marche pas forcément comme des muscles, ça te permet d’être vraiment bien sûre de toutes les limites. Ensuite, ça transforme aussi pas mal d’utilisations en automatisme. Quand tu commences à courir, en général, tu dois apprendre à doser la longueur des foulées, la respiration, ça demande de la concentration, et puis après, ça vient tout seul, tu peux écouter d’la musique. Le vol, c’est pareil. Voler beaucoup et longtemps ça permet d’être en phase avec ses pouvoirs.

Mais il devait bien avouer qu’au bout d’un moment, ça devenait un peu fastidieux.

— Bref, faut bien voir que toi et moi, on deviendra pas des armoires à glace, alors faut viser sur les autres avantages. Encore une fois, j’dis pas qu’la puissance brute, c’est pas important, mais ça, tu peux jamais être tellement certaine de combien tu auras. Un pouvoir, ça marche pas toujours comme la musculation. En revanche, ça se contrôle de mieux en mieux, si on fait l’effort.
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Message posté : Jeu 4 Sep - 16:50 Message
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Prudence accepta la main de son ami pour se relever, même si au fond elle n’en avait pas besoin. Face à Jace, elle ne se sentait pas le besoin de paraître invincible. Elle pouvait baisser sa garde, être honnête sur ses forces et ses faiblesses. Cela n’empêchait malheureusement pas la honte de lui enflammer les joues. Prudence le savait fort bien : elle possédait une puissance brute, qu’elle ne maîtrisait qu’à moitié. Et qui pouvait faire énormément de dégâts si jamais ce contrôle basique sur ses pouvoirs lui échappait. Trop de stress, trop de colère pouvaient facilement la faire glisser sur la dangereuse pente de la perte de contrôle. Si elle faisait du mal à quelqu’un à cause de cela, même si c’était un criminel, elle ne se le pardonnerait pas. Elle serait incapable de se regarder dans un miroir sans revoir la terreur ou la douleur dans les yeux des victimes. Cependant, vivre dans la peur et le dégoût de soi ne faisait pas partie du programme. Jamais elle ne perdrait espoir ni ne pourrait se contenter de survivre dans l’ombre et le mensonge. C’était une promesse. Envers elle, envers l’univers.

- Désolée. Je n’ai pas réfléchis. Comme souvent, hem…

L’adolescente se fit beaucoup plus attentive au reste des paroles de Jace. Lorsqu’elle releva les yeux sur lui, elle ne voyait plus Jace Roberts, son ami toujours si sérieux et tempéré. Elle voyait Thunder, auréolé de l’aura de la Légion des Etoiles. Un héros, un idéal. Le jeune homme avait disparu, remplacé par cette figure glorieuse. Prudence se serait mordue les doigts pour abattre cette vision mais elle en fut incapable. En cet instant, elle savait qu’elle regardait Jace comme s’il n’existait pas. Car à travers lui, elle ne voyait que Thunder, le super-héros adulé, celui auquel Jace lui-même essayait d’échapper. Elle savait que c’était une erreur. Mais Jace, dans le rôle du professeur, ne faisait rien pour arranger les choses.

- En tant que grande fan de Star Wars, je dois malheureusement reconnaître que ce n’est pas très réaliste, ouais…

Elle ne savait pas quoi dire d’autre sans se ridiculiser. Au fond, tout ce que lui expliquait Jace, elle le savait déjà. L’entendre dire était autre chose. Cela rendait les théories tangibles, faillibles, réelles. Faire s’éterniser un combat ne servait à rien, sauf à servir l’ego des combattants. Quant au vol…

- Ah, le vol ! Au secours… Je déteste voler. Enfin non, je déteste pas. C’est juste que c’pas mon moyen de transport préféré.

Et c’était là un doux euphémisme. Elle croisa les bras sur sa poitrine, campée solidement au milieu du tatami.

- J’avoue avoir laissé de côté pendant longtemps cette capacité. Pourtant, c’est grâce à elle que j’ai cru pendant longtemps être une mutante ! Je devais avoir dix ans, je crois, quand j’ai commencé à léviter au-dessus de mon lit la nuit. Ça a rendu fou mon père. Il me barricadait dans ma chambre la nuit, en verrouillant portes et fenêtres, de peur que je ne m’envole dehors pendant mon sommeil !

Elle décroisa les bras, son sourire se fanant à ce souvenir. A cette époque, Prudence s’était souvent demandé si sa mère avait réellement aimé Robert Carter, pour être capable de le quitter aussitôt sans une lettre d’explication. Elle chassa ce souvenir obsédant avec détermination. Il n’avait rien à faire là pour l’heure. Elle se trouvait en compagnie de Jace dans la Tour de la Paix. Mais la Tour de la Paix, quoi !

- J’ai jamais bien compris comment fonctionnait ce pouvoir. Je sais juste que l’énergie que je produis me permet de léviter à plus de dix mètres du sol. C’pas grand-chose mais c’est déjà ça. Comment faites-vous, les Légionnaires, pour répondre à ce genre de questions ? Vous devez bien avoir des experts, des professeurs ou des mages ? J’sais pas moi, des gens qui s’y connaissent un peu ? Parce qu’expérimenter, c’est cool, ça permet de maîtriser ses pouvoirs et de s’améliorer. Mais ça n’aide pas toujours à comprendre comment ça marche.

Elle éprouvait le soudain besoin de quitter cette salle, qui devenait trop étroite pour sa curiosité insatiable et les questions multiples qui affleuraient sans cesse à ses lèvres. Au fur et à mesure qu’elle parlait, d’autres interrogations apparaissaient dans son esprit. Pressantes. La Légion des Etoiles avait-elle des agents de sécurité, des agents de publicité ? Des cellules, temporaires ou non, où enfermer des fauteurs de troubles ? D’autres salles d’entrainement, encore plus impressionnante ?

Prudence n’osait pas déjà poser de telles questions. Elle ne voulait pas noyer Jace sous son débit rapide de paroles plus qu’il n’était nécessaire – même s’il possédait sa super-intelligence pour réfléchir beaucoup plus vite que la normale, ce qui devait beaucoup aider -. Elle effleurait seulement la surface, d’un monde qu’elle avait toujours voulu faire sien. Ce rêve prenait corps sous ses yeux. Et il était encore plus merveilleux que lesdits rêves, puisque c’était réel.
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Message posté : Ven 5 Sep - 15:59 Message
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— Ah, ça…


Comment fonctionnaient les pouvoirs, il devait bien avouer que, souvent, ça relevait du mystère. Le simple caractère héréditaire des siens, alors que ceux du Commander avaient été, a priori, le produit d’un accident, avait quelque chose de curieux. Il savait que sa capacité à voler était étroitement lié à l’électricité, puisque tous ceux qu’il avait jadis essayé d’embarquer avec lui avaient été victimes de choc parfois violents, mais quant à savoir la manière dont l’électricité lui permettait de fendre le ciel, c’était une tout autre histoire.

— Les professeurs à Star High sont sans doute beaucoup mieux placés que moi pour répondre à ce genre de questions, tu sais. Il y a des scientifiques, à la Légion, oui. Apparemment, si j’ai bien compris, les pouvoirs fonctionnent de manière tellement atypiques que comprendre chaque personne individuellement, ça prendrait, genre, vraiment pas mal de temps. Mais il y a des gens qui font ça, c’est sûr. J’m’y intéresse pas trop, parce que…

Parce que, quand on étudiait ses pouvoirs à lui, c’était en général pour prévenir leurs effets secondaires dangereux — les crises d’épilepsie des premières années de son adolescence, les contractions musculaires dont la violence ne diminuaient guère au fil des années, les migraines. Il avait tort, sans doute, mais Jace avait toujours du mal à revisiter ces souvenirs douloureux et peu glorieux, qui faisaient toujours planer une sourde inquiétude sur son futur de super-héros. Même à la tête de la Team Alpha, il sentait que son activité ne tenait qu’aux fils parfois ténus des médications préparées par Sydney et ses spécialistes.

L’adolescent haussa évasivement les épaules et lâcha, d’une voix distante :

— Bref.

Encore une fois, Jace ne parlait pas de ses problèmes. Les problèmes d’un héros devaient toujours être négligeables — sans cela, il n’était pas héroïque.

— Viens, on va se changer, et on va visiter le reste.

Avec un sourire un peu triste, Jace se détourna pour disparaître dans les vestiaires et, quelques minutes plus tard, les deux adolescents se retrouvaient de l’autre côté pour regagner l’ascenseur. Cette fois-ci, Jace appuya sur le tout dernier bouton — direction le toit de la Tour de la Paix et la plateforme de décollage, au-dessus des derniers appartements. Dans l’ascenseur, le jeune homme se sentit obligé de faire la conversation, pour ne pas avoir à répondre à de nouvelles questions sur les origines des pouvoirs, même s’il se sentait un peu coupable d’éluder ainsi un sujet dont il comprenait sans peine qu’il tînt à cœur à Prudence.

— Comme tu l’as compris, les gens ont des pouvoirs et des spécificités super différentes, avec toutes sortes d’origines. Donc, y a des mages, y a des mutants, plein, y a des… on ne sait pas très bien. Puis y a des gens sans pouvoir, évidemment, qui sont juste super bien entrainés. Ça, c’est vraiment…

Dans le fond, ce n’était pas différent : les veilleurs de nuit, avec leurs équipements et leurs arts martiaux, exploitaient au mieux leurs capacités naturelles, comme le faisaient les mutants, mais Jace avait toujours eu un respect particulier pour ces humains qui, comme Sydney, s’étaient distingués des autres par l’effet d’une volonté hors du commun.

— J’sais pas, j’trouve ça vachement impressionnant. Faut pas hésiter à parler aux gens, en fait, pour en savoir plus. Alors, j’te préviens, tout le monde est pas super causant et y a des mecs vraiment spéciaux, ici. Les Légionnaires, ils ont tous une histoire un peu particulière et ça laisse des marques.

C’était pour cela que Jace considérait aussi la Légion comme une terre d’accueil pour ceux qui avaient souffert de ne pas trouver leur place dans une société qu’ils souhaitaient malgré tout protéger.

— Mais ils vont pas te manger pour autant. Enfin, normalement.

Sur quoi les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un nouveau couloir, très bref, et, devant une nouvelle porte, après avoir composé un code, Jace conduisit Prudence sur l’une des plateformes qui entouraient le sommet du building et permettaient les allers-retours des supers volants. Là haut, le vent soufflait fort, même si la vue sur la cité n’était pas tout à fait imprenable : les buildings imposants étaient nombreux dans le centre-ville de Star City et les yeux étaient rapidement arrêtés par l’une ou l’autre de leurs silhouettes familières.

Jace s’approcha du rebord de la plateforme sur laquelle il se trouvait et se pencha pour regarder le sol, bien des mètres en contrebas, sans éprouver le vertige. Lui avait l’habitude de se déplacer en volant. Il inspira profondément. La hauteur le calmait. Souvent, il partait voler pendant une heure ou deux, pour détacher son esprit de ses préoccupations quotidiennes, même si, ces dernières semaines, la tâche était de plus en plus difficiles.

L’adolescent se retourna vers son ami et précisa :

— C’est l’un de mes endroits préférés, je crois.

Il connaissait comme ça bien d’autres toits de la ville.

— En fait, c’est un endroit assez fréquenté. Le vol, c’est un pouvoir très répandu, parmi les métahumains, même si chacune de ses manifestations a des causes différentes. Évidemment, c’est très bien de savoir comment ça fonctionne, mais in fine, il y a des communautés qui se croient malgré les divergences. C’est vrai aussi pour les télépathes, par exemple, ou les élémentaires. Je sais pas si on doit tirer des conclusions spéciales de ça, du fait que les mêmes pouvoirs naissent de circonstances super différentes, mais juste, disons… Les origines, c’est bien, c’qui compte, c’est la suite.
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Message posté : Mar 9 Sep - 15:35 Message
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Une fois rhabillée et chaussée de nouveau, Prudence s’empressa d’emboîter le pas à son ami. Encore un peu penaude, elle talonnait silencieusement le jeune Légionnaire, soigneusement dans son ombre, à deux pas derrière lui. Envolée sa belle assurance ! Envolée sa fierté ! Quand Jace prenait ce ton, posé mais professoral, l’élève baissait les yeux et se contentait d’écouter, la bouche close et le cœur malmené. A chacun ses problèmes. Jace avait ce don pour cacher ses doutes et ses angoisses, donnant l’impression que rien ne pouvait l’atteindre. Pas étonnant qu’il attire ainsi à lui les caméras et le regard énamouré des filles. D’ordinaire, Prudence avait suffisamment aiguisé son remarquable sens de l’observation pour déceler les failles. Et de temps à autres, une brèche apparaissait finalement à travers l’image stéréotypée que l’adolescent affichait. Mais là, tout de suite, non. Tout lui passait sous le nez sans qu’elle ne trouve rien à y redire. Elle avait d’autres chats à fouetter, se préoccupant en cet instant plus de ses maigres performances, mises à nues sous le regard chirurgical du leader de la Team Alpha. Elle parvint toutefois à laisser échapper une exclamation admirative :

- Les super-héros sans pouvoirs sont les meilleurs, je suis bien d ‘accord !

Ils débouchèrent enfin à l’air libre. Le cœur de Prudence manqua un battement. Ils se trouvaient sur l’une des plateformes de décollage de la Tour de la Paix. Même s’il existait des buildings bien plus hauts que le repère de la Légion des Etoiles, l’altitude restait relativement importante aux yeux d’une Super ayant la capacité de voler mais qui en éprouvait une frayeur irraisonnée. Elle manqua quelques explications de la part de Jace, à son grand désarroi. Car son regard était irrésistiblement attiré vers le bord du toit. Le vent s’engouffrait avec violence et fracas sur la plateforme. Le lieu ressemblait alors à un promontoire de vol, perdu au beau milieu d’un gouffre, dont le vent accordait une respiration lente et laborieuse. On aurait dit le cœur d’une machine géante, exposé à l’air libre et terriblement haut.

- Jace, qu’est-ce qu’on fait là ? demanda-t-elle d’une petite voix.

En elle pulsait une terreur sourde. Même le contrôle de sa voix lui échappait. Elle blêmit. Serra les poings. Crispa les mâchoires. Se redressa. De quoi aurait-elle du avoir peur, au juste ? Un peu d’amour-propre, nom de Dieu !

- Je n’aime pas beaucoup l’altitude, en fait, dit-elle d’une voix quelque peu étranglée. Je sais voler mais je rate mes atterrissages presque à chaque fois. Ok, je manque d’entraînement. Seulement, je ne peux pas voler aussi haut que ça ! Ce serait du suicide. J’espère que l’idée de me demander de voler ici ne t’a pas traversé l’esprit…

Elle s’éclaircit la gorge nerveusement. Elle refusait de s’approcher trop près du bord. Son problème n’était pas directement lié à l’altitude. Ce n’était pas la peur de chuter et de se démembrer en contrebas qui la retenait. La plupart du temps, elle aimait la sensation de léviter, cette liberté totale de mouvements. Elle craignait, tout au contraire, que cette ivresse ne l’emporte, qu’elle soit aspirée par l’immensité du ciel et de l’espace, sans qu’elle puisse jamais retrouver le chemin de la terre ferme. Quelque chose l’appelait là-haut. Dans les étoiles, au-delà des nuages et de l’atmosphère, se reflétaient son rêve – et maintenant une partie de son ADN.

- Ma question n’était pas désintéressée, tu t’en doutes. On a beau être électrokinésistes tous les deux, je ne suis pas une mutante. Je ne suis même pas entièrement humaine. Qui peut prévoir comment vont évoluer mon corps et mon esprit dans l’avenir ?

Ces mots-là, elle les empruntait à divers romans de SF bon marché, à des comics héroïques qui avaient bercés son enfance. Ce discours mille fois plagié, repris par des centaines de bouches à travers l’imagination fertile d’auteurs désœuvrés, elle le faisait sien. L’exprimer ne faisait que rendre cette réalité encore plus ridicule et invraisemblable qu’elle ne l’était déjà. Décidemment, les questions existentielles n’étaient pas son point fort.

- Je sais déjà ce que je veux faire de mes pouvoirs. La suite, comme tu dis, je la connais. J’prends le problème à l’envers ! Il faudra bien qu’un jour je sache ce que je suis pour pouvoir devenir ce que je veux être.

Mais ça prendra du temps.


Prudence fit courageusement quelques pas en avant. Elle se retrouva à mi-hauteur de Jace. Son regard plongea vers le bas, si loin d’eux, tout au bout de cette longue chute promesse d’une éternelle agonie. Mais elle ne tomberait pas. Elle n’osa pas s’approcher plus. Que Jace prenne cela comme une faiblesse, elle s’en moquait. Elle ne se sentait pas prête. Rien de plus, rien de moins. Il y eut un bref silence.

- Tu t’entraines souvent ici ?

Il y eu mouvement, très léger, à la limite de son champ de vision. Prudence releva la tête. A demi éblouie par le soleil se reflétant sur les immenses tours de verre et de métal, elle aperçut un petit point noir s’approchant. Sans doute un hélicoptère de télévision. Ou un Super volant, songea-t-elle avec un pincement au cœur.
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Message posté : Mer 10 Sep - 18:31 Message
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— Ben, on visite.

Avait répondu Jace, sincèrement décontenancé. Ce qu’ils faisaient là, quelle drôle de question ! Le jeune homme aimait trop les hauteurs et ces profondeurs sur lesquelles elles s’ouvraient toujours, le vent, le ciel au-dessus de la ville, la sensation de s’élever et de s’affranchir de la gravité, pour se souvenir spontanément que les altitudes ne faisaient pas l’objet d’une passion universelle. Son regard se posa avec une perplexité certaine sur son amie et il comprit un peu tard que l’architecture la mettait mal à l’aise.

— Non mais c’était pas pour… Désolé, j’pensais pas que ça te…

Ferait peur, ce n’était pas une expression que Prudence aimerait l’entendre employer, il s’en doutait bien, alors à la place, il contourna sobrement :

— Que ça t’incommoderait.

Il y avait peut-être beaucoup plus de travail à accomplir avec son amie qu’il ne l’avait d’abord soupçonné. Jace s’en voulait un peu. D’ordinaire, il avait l’œil pour les capacités des gens. Sans doute, son habitude était plutôt de repousser les limites que de progresser patiemment et le leader de la Team Alpha était connu pour ses exigences parfois sévères et pour les défis audacieux qu’il incitait ses coéquipiers à affronter. Mais depuis quelque temps, il avait l’impression de ne pas cerner correctement les limites. Celles de Christopher, celles de Qaletaqa, celles de Prudence. Perdait-il la main ? Ou était-il déjà devenu trop vieux pour sa fonction ?

— C’est juste pour regarder, t’inquiètes, hein. Si j’te proposais un entraînement pour le vol, je choisirais quand même un environnement plus sécurisé.

La lancer au-dessus de la ville sans crier gare, au mépris de la sécurité des passants en-dessous tout autant que de celle de son amie, ce n’était pas vraiment son genre. Il allait proposer à son amie de battre en retraite — mais avec une formulation plus diplomatique — lorsque celle-ci reprit la conversation qu’ils avaient abandonnée. Les mains dans les poches, Jace suivit du regard les quelques pas de Prudence, incertain du discours qu’elle lui tenait.

Paradoxalement, savoir ce qu’on était ne constituait pas une préoccupation essentielle pour le jeune homme. Il avait certes traversé la crise existentielle que connaissaient bien des adolescents comme lui, le temps d’admettre sa bisexualité, mais même à l’époque, il n’y avait jamais eu vraiment d’incertitude. Il avait fermé les yeux sur une partie de son être. Ouvert les yeux. Voilà tout. L’indécision devait être une sensation tout à fait différente. Comment aurait-il imaginé l’épreuve d’être suspendue à un futur incertain et pourtant constitutif ?

Machinalement, il répondit à la dernière question de la jeune femme.

— Non. C’est pratique, surtout, un lieu de passage.

De toute façon, pour lui, voler, s’envoler, atterrir dans de grands espaces, rien de tout cela ne constituait de véritables difficultés et, en la matière, son entraînement se concentrait bien plutôt sur les environnements confinés, qui exigeaient, eux, des trésors de précision et de souplesse. Les grandes étendues où les mouvements étaient libres s’étaient depuis longtemps muées pour lui en refuges.

— Tu sais, on représente peut-être pas tout l’Univers, la Terre, je veux dire, mais on a quand même des millions d’espèces vivantes et même s’il y a quelques chenilles qui se transforment en papillons, globalement, c’est quand même pas trop le règne de l’imprévu.

Oh, il se doutait bien qu’il devait se passer, dans les profondeurs des cavernes ou des océans, des phénomènes bien étranges et la zoologie n’était pas sa grande passion, mais enfin, pour les besoins de l’argument, cette présentation un peu sommaire ferait bien l’affaire.

— Tu es quand même à moitié humaine et l’ADN, tu vois, ça ne se déclenche pas comme ça. Je veux dire, ton ADN, c’est ton ADN, il est constitutif, c’est lui qui commande la division et la reproduction de tes cellules, et toutes les cellules de ton corps se sont déjà divisées et reproduites plein de fois depuis ta naissance. Imaginer que dans cinq mois, dix ans, tu vas devenir un canard télépathe, c’est scientifiquement un peu douteux.

Et sans doute tout à fait possible — s’il y a bien une chose que l’on apprenait à la Légion, c’était que l’Univers défiait toutes les impossibilités. Mais entre le possible et le probable, il y avait tout un monde et quelques analysés par des médecins terriens ne permettraient sans doute pas à Prudence d’anticiper des manifestations véritablement atypiques, qui échapperaient aux règles fondamentales de la biologie terrienne.

— Mais évidemment, si tu veux faire des tests, des analyses, il y a des gens pour ça, ici. Crois-moi, pour les analyses, on est très forts…

La dernière phrase avait été prononcée avec une pointe d’amertume.

— Enfin bref, ce que je veux dire, c’est que si on trouve quelque chose de complètement atypique en toi et ben… l’explication risque de se faire attendre. Savoir ce que tu es, c’est juste, une espèce de fantasme de roman. Les gens sont rien du tout. Ce qu’on est, ça compte pas, c’est pas comme si on avait une espèce d’essence qui nous conditionnait. Ce qu’on est, c’est jamais que la conséquence future de nos actions, c’est pas la cause de notre vie.

Heureusement que son pasteur n’était pas là pour l’entendre.

— Si la biologie nous déterminait, tous les individus d’une même espèce se comporteraient exactement de la même façon et il y aurait jamais de sociétés nulle part. Après, c’est sûr, on peut descendre, on peut avoir plus de granularité. Est-ce que ça veut dire qu’on fait passer des IRM à tous les gamins pour savoir s’ils sont plutôt mathématiciens ou littéraires ? Si y avait que les gens qui sont faits pour être mathématiciens qui devenaient mathématiciens, les mathématiques seraient jamais que la même chose qu’elles ont toujours été. Penser que le présent, c’est la cause du futur, c’est parier sur l’éternel recommencement. L’immobilité, quoi. J’pense plutôt que le futur, c’est la cause du présent.

Il y avait des visites guidées qui ressemblaient étrangement à des exposés de métaphysique.
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