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« Silence, moteur...Action ! » ft. Chase

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Message posté : Sam 19 Juil - 10:34 Message
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19 Juillet 2014 – 3e étage d’un immeuble standard du quartier des finances

- Sérieusement, tu trouves qu’on est assorti ? Je t’ai déjà dit que je voulais des mecs plus grands, c’est pas bien compliqué, râla Raphaël, en affichant une mine hautaine et en tenant un gobelet de thé brulant dans sa main droite.

Devant lui se tenait deux hommes et un troisième qui semblait à deux doigts de le gifler. Pourtant, il s’en moquait et aurait bien aimé voir ce petit humain essayé de passer sa frustration sur lui. Le premier type était trop trapu à son goût et le second ne dégageait absolument rien. Il était beau physiquement mais n’avait aucun charisme et il était presque certain qu’il s’emmerderait ferme à baiser avec ces deux-là. Il avait élaboré toute une mise en scène et s’il devait être kidnappé, il voulait que ce soit par un mec avec une tête de tordu sexy.
Il surfait peut-être un peu trop sur Internet. Où il avait passé trop de temps à regarder des films avec des démons malsains.
Égocentrique, lui?

- Grand, ça veut dire plus d’un mètre quatre-vingt-cinq et bien monté. Tu crois qu’on tourne de la merde ici ou quoi ? J’ai même pas besoin d’enlever son pantalon pour voir qu’il n’est pas à la hauteur, ni lui là, non mais sérieusement je dois tout faire moi-même ? C’est pas compliqué ton boulot, tu tournes dans les sororités et tu ramènes des mecs sexy. Si toi t’as envie de te faire torcher par ça, c’est ton problème mais moi, c’est niet.

Rien de pire qu’un démon excentrique et exigeant pour commencer sa journée. Caprice de star bonjour, il ne se prenait à peine pas au sérieux. Aucune des personnes présentes n’avait évidemment conscience que la brune assise sur le bureau était possédée cela dit, pas plus qu’ils ne savaient qu’elle était en réalité une tueuse affiliée au Cartel Rouge. Enfin, lorsque Cornelia avait le contrôle…Raphaël, c’était un cas à part. Un cas social. Une horreur ambulante. Un gamin aux pouvoirs démoniaques et aux exigences d’adulte.
En réalité, ils ne savaient rien d’elle ou de lui, hormis qu’elle était étudiante et tournait des films pornographiques pour le compte de la mafia.
Et encore, elle n’était pas vraiment étudiante. Mais cela, ils l’ignoraient tous, même Lorenzo.

Cornelia n’avait pas spécialement un corps adapté pour les films pornographiques traditionnels. Elle manquait de poitrine et était à la limite de la maigreur. Ses yeux rouges profonds avaient d’ailleurs tendance à inquiéter…Autant qu’à exciter. Lorsque Raphaël, la contrôlait, elle dégageait quelque chose d’hypnotique que la caméra parvenait presque miraculeusement à capter. Elle était une petite star sur le campus et le démon en elle adorait qu’on parle de lui, qu’on le regarde. Ils avaient un caractère diamétralement opposé et parfois, Cornelia le trouvait agaçant.
Parfois.
Il fallait qu’il aille loin pour qu’elle commence à réagir mais il possédait son corps depuis deux jours sans l’avoir laissé dormir, ce qui commençait à la rendre irascible.

- Tu te prends trop au sérieux, murmura Cornelia à Raphaël.

De l’intérieur de son propre corps, mais sans le moindre contrôle sur celui-ci, la chienne de l’ombre regardait les vêtements dont on l’avait affublée et qu’elle trouvait ridicule. Elle ressemblait à l’une de ces esclaves sexuelles à qui on mettait du cuir où l’on accrochait plein d’anneaux afin de pouvoir lui faire adopter des positions improbables. Elle allait encore avoir le corps couvert de plaies.
Elle s’en moquait, au fond.

- J’ai le droit de choisir les garçons, Lorenzo était d’accord, répondit-il avec une moue boudeuse.

Dans sa tête, c’était comme une grande salle où ils se tenaient tous deux. Cornelia était étendue sur une espèce de sofa en fixant le vide et Raphaël tournait en rond, agacé.

- Si ça t’amuse, soupira-t-elle.
- Toi, ça t’énerve. dit-il avec un grand sourire satisfait.
- Ferme-la.

Ça la laissait plus ou moins indifférente, même si elle ne pouvait nier qu’un petit quelque chose pointait à la lisière de son âme. Un vague sentiment, pour le moment indéfinissable. Rien ou presque ne la touchait et ce n’était pas dans cette pièce mal décorée qu’elle allait ressentir quelque chose. Du noir, du cuir, des instruments brillants, une cave dégueulasse, des chaînes et deux autres filles dans la même tenue qu’elle. Un jeu de rôle, peut-être un kidnapping ? Quelque chose de salissant et d’humiliant, Cornelia n’avait pas lu le scénario, elle s’en moquait pas mal. C’était souvent des idées issues du cerveau tordu de Raphaël et son manque d’intérêt le heurtait tellement qu’il se démenait pour toujours faire pire.
Les démons et leur sensibilité…

Raphaël tourna soudainement la tête vers le fond de la pièce de tournage, comme s’il avait repéré une future proie. Ses yeux rouges luisaient d’une faim insatiable alors qu’il dévorait littéralement du regard un inconnu à la peau sombre. Cornelia savait pourquoi. Cornelia sentait son pouvoir comme on sent l’odeur d’un McDonald quand on est affamé. Elle distinguait autour de lui une aura de puissance qui pourrait potentiellement être destructrice. Elle voyait clairement son âme par-dessus son enveloppe et elle brillait, elle irradiait, elle avait l’air délicieuse.
Un vrai piège à Raphaël. Il était attiré, comme un insecte par la lumière. Il avait soudainement très, très faim et très très envie de faire du garçon son quatre-heures.
Le démon tendit le doigt vers l’inconnu.

- Lui, il sera parfait. Je le veux lui.
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Message posté : Mar 22 Juil - 13:51 Message
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— Zyl’-n-cha s’tuck of’niet.

Avait décrété un Alex catégorique, les pieds sur la table, en feuilletant le dernier numéro de Valnosk t’a ock’vaticyh, célèbre revue scientifique consacrée à la mécanique des fluides pour les constructions robotiques, dans un pays lointain d’une dimension lointaine. Alex avait appris le Z’s’t, la langue des Z’s’tini, de la République de Z’s’tin, en approximativement cinq minutes — le temps qu’il avait fallu pour aspirer les connaissances linguistiques d’une bibliothécaire, les dupliquer plus précisément.

Dire qu’il avait failli passer son chemin. L’aspect un peu trop végétal du nouveau monde ne lui avait rien inspiré de bon. Il n’était pas d’humeur champêtre, ce matin-là, en explorant le Multivers, comme d’autres allaient faire un footing avant de partir au travail. Puis il avait vu une sorte de triton robotique dans un fleuve et il s’était empressé de trouver la bibliothèque universitaire la plus proche, d’apprendre la langue et de parcourir les publications dédiées. Dans l’espèce de salle de lecture de l’Académie Nationale de Cybernétique, il réfléchissait aux implications des découvertes z’s’tini pour son propre projet d’Essaim — tout en envoyant balader la bibliothécaire, qui lui demandait de ne pas poser les pieds sur la table.

Alors que la femme se détournait de lui sans avoir obtenu satisfaction et persuadée d’avoir obtenu satisfaction, Alex rétablit l’équilibre de sa chaise et referma la revue. Les océans avaient toujours été les pires ennemis de la robotique miniaturisée qu’il aimait tant, loin des imposants robots du Docteur Otaku : trop humides, trop de pression et les coques protectrices dont on se servait ailleurs entraient de toute évidence en contradiction avec la miniaturisation. Les robots aquatiques des Z’s’tini étaient une bonne première étape — jugea-t-il avant de se volatiliser, en faisant sursauter sa voisine gauche, tandis qu’il réapparaissait, à des mondes de là, dans son atelier, sous Fallaenn.

Depuis quelques semaines déjà, Alex méditait la transposition de son équipe d’araignées mécaniques, dans la Forteresse Onirique, à Star City elle-même. La Forteresse Onirique cependant était un milieu privilégié et protégé ; Star City, en revanche, une ville diverse, avec des terrains impossibles à tous cartographier, des températures parfois très variables, de l’eau et encore toutes sortes de champs magnétiques : il fallait être beaucoup plus prudent. L’Essaim prenait lentement forme, cependant, idée après idée, amélioration après amélioration.

Le jeune homme fourra son numéro de Valnosk t’a ock’vaticyh dans un sac à dos, de quoi prendre des notes, de quoi grignoter et, quelques minutes plus tard, il longeait la côte à basse altitude, pour rejoindre en volant un renfoncement discret d’une des plages urbaines les mieux situées de Star City, afin de rejoindre rapidement les rues fréquentées et le réseau de taxis qu’il avait appris à manipuler dès ses premiers pas hors du Bigsby Building. À peine avait-il mis le pied sur la Croisette qu’une voiture s’arrêtait devant lui, qui repartit bientôt pour le campus et ses bibliothèques.

Bien sûr, il eût été aisé d’accéder à la plupart des publications qui l’intéressaient depuis son ordinateur, à Fallaenn, mais Alex visitait le campus tout autant pour sonder l’esprit des chercheurs spécialisés, en quête d’idées pas encore tout à fait formées, de projets fous et jamais financés, d’articles encore en gestation, que pour accéder aux fonds des bibliothèques elles-mêmes. Enfermés dans les cadres un peu trop étroits parfois de leurs institutions, privés surtout des ressources souvent exotiques que les pouvoirs d’Alex mettaient à sa disposition, les universitaires n’étaient pas toujours aussi à même que l’excentrique mentaliste de mener à bien les projets les plus originaux.

Et puis, en marchant dans les rues du campus, une fois déposé aux premiers bâtiments par son chauffeur, Alex aimait à goûter sa propre différence. Lui qui avait longtemps souffert de se sentir singulièrement différent des passants embrassait désormais sans complexe son irréductible altérité. Son esprit naviguait d’une pensée à une autre, dans les cerveaux qui l’entouraient. Sans doute l’activité était plus agréable depuis qu’il avait pris son parti des derniers événements qui l’avaient éloigné de Lukaz. Il n’était pas tout à fait rasséréner. Tout de même. Une assurance retrouvée — nouvelle, peut-être — avait pris le pas sur ses inquiétudes et sa lassitude.

Une pensée parmi les autres surnagea à la surface de l’idéosphère commune. Visage familier. Décors familiaux. Les souvenirs du studio visité quelque temps auparavant lui revinrent dans sa propre mémoire, appelés par ceux, étrangers, d’un aspirant comédien que caressait encore le charme de sa première expérience, sous l’objectif des caméras. Un mélange d’appréhension et de curiosité se forma en Alex, alors qu’il observait sa propre réaction, replié sur ses seules sensations désormais. La première visite dans le studio qui animait la vie secrète du campus l’avait laissé avec un vague dégoût et une ample incompréhension. Beaucoup trop hétéro. Beaucoup trop loin de ses propres désirs. Beaucoup trop prêt, peut-être, de ceux de Lukaz.

Mais pouvait-il vraiment prétendre à la résolution de ses difficultés s’il conservait un pareil inconfort ? L’idée de renouveler l’expérience l’effleura. Pourquoi pas ? Y retourner, surmonter sa nausée et son angoisse, observer avec une froideur indifférente, à défaut de comprendre, et se sentir à nouveau supérieur aux petites vicissitudes des existences humaines. Alex resserra la bretelle de son sac à dos, en suivant l’inconnu des yeux. Quelques secondes d’hésitation plus tard, le jeune homme poussa un soupir et se détourna du chemin des bibliothèques pour rejoindre le taxi qui l’attendait déjà et qui devait le transporter jusqu’au centre ville.

Pendant le trajet jusqu’à l’immeuble du quartier des Finances, Alex convoqua les souvenirs les plus précis de sa première expérience. Il n’avait fait que voir, évidemment. Toucher, participer, il n’y tenait pas. Sa curiosité ethnographique n’allait pas jusqu’à la participation. D’autres que lui, déjà, eussent cherché à fuir des pensées aussi désagréables. Pas Alex. Alex ne s’était pas hissé au-dessus du commun des mortels en se reposant sur les lauriers d’un hasard génétique particulièrement généreux. Pour Alex, l’esprit, à commencer par le sien, était un matériau et le mentaliste était habitué à une ascèse rigoureuse, à une discipline mentale exigeante par laquelle il formait de nouveaux pouvoirs — et se débarrassait de ses propres faiblesses.

Ce fut cette discipline précisément qui lui permit de réfréner une moue de dégoût quand il découvrit la cave factice du troisième étage. Lui dont les journaux avaient décrit, lors de sa précédente existence, les passions masochistes, n’était pourtant pas étranger à de semblables décors, mais pour Alex, qui voyait dans les pouvoirs une distinction solide entre l’humain et l’inhumain, l’objet d’un désir avait une vertu de distinction tout aussi puissante. À ses yeux, il n’y avait aucune solution de continuité entre ses désirs homosexuels ou les pratiques auxquels ils ouvraient et ceux que l’on pouvait éprouver pour une femme — c’était d’ailleurs ce qui lui rendait le cas Le Guen d’autant plus incompréhensible.

Sur le plateau, personne ne s’interrogeait à propos de la présence d’Alex. Il n’était venu qu’une fois et il y avait fort à parier que tout le monde ne se souvenait pas de lui — cela dit, le mentaliste n’éveillait la suspicion que lorsqu’il consentait à laisser la suspicion se former. Ce jour-là, il paraissait faire étrangement partie du décor pour le réalisateur et son caméraman et c’était même à se demander s’ils le voyaient vraiment. Alex de son côté, après avoir détaillé d’un regard circonspect et pas vraiment concerné les deux acteurs mâles, avait reporté son attention sur la jeune femme qui les accompagnait peu volontiers et, bientôt, ses préoccupations sexologiques furent balayées par une curiosité entomologique qui lui était beaucoup plus coutumière.

Le mentaliste plissa légèrement les yeux alors qu’on le montrait du doigt. Il n’avait pas pris la peine de contenir ses pouvoirs — d’ailleurs, il ne le faisait jamais. Il avait bien songé, jadis, quand il se préoccupait encore de ce qu’Adrian pouvait percevoir de son retour, à développer une technique pour se dissimuler aux perceptions des autres mentalistes, des mystiques, des magiciens ou des créatures psychiques, nombreux, tout bien considéré, à Star City, mais l’effort lui avait finalement paru inutile et pour ainsi dire contre-nature : il n’avait aucune envie de redevenir blanc, il n’avait pas plus envie de paraître inoffensif — trop humain.

Soudain, les rictus d’énervement parurent se graver dans la cire — les mains se figèrent — l’un des hommes que Raphaël avait rabroué restait immobile, la bouche ouverte, une répartie pas encore prononcée bloquée au fond de la gorge et le réalisateur, dans un équilibre impossible sur un pied, en plein mouvement pour venir régler la situation, offrait un bien étrange spectacle.

Les mains dans les poches, Alex contourna le caméraman figé en plein éternuement et s’approcha du plateau à proprement parler, sans pour autant y monter. Seul Raphaël avait échappé à l’emprise de son figeage télékinésique.

— La pornographie, c’est décidément un milieu très inclusif. Je ne savais pas qu’on pouvait y trouver des…

Il n’était pas tout à fait capable de deviner de prime abord ce à quoi il avait affaire. En sondant plus avant dans l’esprit de l’inconnu — mais en prenant quels risques ? il préférait ne pas brûler les étapes — il eût sans doute recomposé une identité à partir des souvenirs, mais le Multivers était trop divers pour qu’une impression superficielle lui permît un catalogage précis en quelques secondes.

— … vous êtes quoi, exactement ? L’autre jour, dans la rue, j’ai croisé une sorte de harpie, alors allez-y, je crois que je suis immunisé à la surprise.

Par dans la rue, il voulait dire dans une autre dimension, mais ce n’était qu’un détail !
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Message posté : Jeu 24 Juil - 13:30 Message
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Et le temps se figea.
Les différents protagonistes de la scène s’arrêtèrent, comme si un dieu malin avait empêché l’aiguille de l’horloge d’avancer une minute de plus. Arrêté en plein mouvement, l’un des garçons ne pouvait cacher sa moue vexée tandis qu’un autre s’interrompait net dans le texto qu’il envoyait. A qui ? Raphaël s’en moquait, il n’avait d’yeux que pour le nouveau venu qui venait de faire une petite démonstration de ses pouvoirs. Minime, avait-il l’impression. Les yeux brillants, il se demandait à quoi ou à qui il avait à faire. Un mutant ? Un sorcier ? Un autre type d’entité ? Ses perceptions étaient floutées à travers ces yeux décidément trop humains. Il ressentait mais c’était trop vague pour poser un nom exact sur la créature en face de lui. Une seule certitude s’imposait au démon : Il avait envie de le goûter. Il avait envie de le tuer pour suçoter son âme, la savourer comme un bon plat et finalement se l’approprier. Mais surtout, il avait envie de jouer car une âme pareille ne devait pas être dévorée à la barbare. Il avait envie d’en profiter. Humeur joueuse.
Mauvaise humeur, pour sa proie. Très mauvaise.

- Une harpie ? Pas mal, pas mal….

Mais il avait mieux.

- Mais je suis certain que tu n’as jamais croisé quelqu’un comme moi.

Ou du moins aimait-il à se penser unique parmi les siens. Le plus cruel, le plus joueur, le plus retord, le plus à peu près tous les adjectifs qu’il pourrait trouver. Raphaël aimait être au top, le numéro un, même si dans de nombreux cas cela créait un paradoxe impossible.
Un mot qui allait bien à Raphaël: Paradoxe.

- Tu peux dire démon, je crois que c’est le terme adéquat dans ce plan. Un peu différent des représentations de la Bible note mais c’est ce qu’il y a de plus approchant.

Raphaël ne vouvoyait personne, Raphaël s’aimait trop pour montrer du respect à qui que ce soit. Il estimait d’ailleurs que jamais personne ne l’avait mérité, d’aussi loin qu’il pouvait s’en souvenir.
Et il avait bonne mémoire.
Un peu trop bonne par moment, surtout pour les rares autres immortels qu'il avait pu rencontrer.
Mais cela, c'était une autre histoire.
Il se leva en buvant une gorgée de sa boisson et se fondit dans l’ombre toute relative de cette partie du studio. Le gobelet tomba au sol, répandant un peu de son contenu sur le bas de pantalon du garçon sans une once de charisme.
Pour le prix du vêtement, de toute façon, ce n’était pas un drame. Quelle idée de porter ce genre de tissu bon marché probablement acheté en solde dans une grande surface?

Il réapparut derrière l’inconnu à la peau sombre et tendit la main vers sa nuque, désireux de toucher non seulement sa peau mais l’âme si brillante qu’il décelait parfaitement. Il déglutit avec avidité, mais ses doigts heurtèrent quelque chose. Il fit la moue.

- Sois gentil, geignit-il. Je ne te ferais pas de mal, promis. Je veux juste toucher.

Mensonge éhonté. Il imaginait déjà ce corps démembré gisant dans une mare de sang tandis qu’il aspirait son âme si puissante. Les yeux plus gros que le ventre, il n’imaginait pas une seule seconde le potentiel réel de ce garçon.
Cordelia, si.
La tueuse pouvait sentir le danger qu’il représentait ou du moins le potentiel danger. Raphaël était trop aveuglé par son désir, comme souvent. Trop longtemps il avait été une entité invincible et intouchable. La jeune femme était différente. Ce n’était pas un pouvoir, juste une manifestation de son sixième sens de tueuse. Entre monstres, on se reconnait. D'une certaine façon. Son impression la tenait au corps suffisamment pour ne pas se laisser glisser tranquillement dans les songes aveugles. Elle était intriguée.
Et le fait qu’elle le soit agaça Raphaël.

- C’est vrai qu’il sent bon.
- Et depuis quand ça t’intéresse ?
- Depuis qu’il me voit.

Du moins en avait-elle l’impression, comme s’il parvenait à toucher son aura par-delà celle de Raphaël. Et si le garçon était immunisé contre la surprise, ce n’était pas le cas du démon.
Son intérêt était encore plus aiguisé.

- Et si tu me disais qui tu es, mon mignon ? susurra le démon.
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Message posté : Ven 25 Juil - 15:40 Message
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Moralité de cette seconde tentative : les studios pornographiques étaient des endroits bizarres. Jusqu’à une ou deux semaines en arrière, Alex n’avait jamais imaginé ce qui s’y passait, pas même lorsqu’il avait regardé, sur Internet, les vidéos qui lui plaisaient à lui, celles où des cohortes des footballeurs américains se prenaient soudain d’une passion musclée pour le livreur de pizza, celles où le jeune homme qui vivait miraculeusement seul dans une maison sept fois trop vaste pour ses moyens se retrouvait contraint, par un inexplicable revers de médaille impécunieux, à payer les services d’un plombier velu et athlétique de sa propre personne. Il savait bien, comme tout le monde, que les vidéos étaient tournées quelque part, par de vraies gens, qui allaient le reste de leur existence au supermarché, au cinéma et aux toilettes, filmées avec des machines, et des gens pour manœuvrer des machines, mais comme il ne songeait pas aux grues de caméra et aux programmeurs quand il regardait Star Wars, il ne songeait pas aux acteurs quand il regardait Sweet Summer Camp 23.

Eh bien maintenant, il savait : les studios pornographiques, en tout cas ceux pour les hétéros, étaient peuplés de jeunes femmes à la poitrine ballonnante — sauf Cornelia — avec des étoiles sur les tétons, et de démons. D’une seconde à l’autre, Alex s’attendait à voir surgir de sous le bureau un korrigan priapique pour comploter le folklorique tableau de son nouvel environnement. En bon Neutron-Grey, Alex précisa tout de même :

— Je n’ai pas lu la Bible. J’ai hésité un jour : c’était ça ou un manuel de physique quantique, j’ai préféré la solution la moins théorique.

Dixit l’impossibilité physique ambulante.

Un démon, donc. Alex supposait que la chose qu’il avait réduite en poussière, à l’automne précédente, dans la partie du Royaume des Rêves dominée par le Majestueux Kalah avait été une sorte de démon, rudimentaire quoique impressionnante, et lors de son errance désincarnée, elle avait croisé bien des entités. Sans parler de ses péripéties aux côtés de Zachary, à l’Histoire sans fin. Tout bien pesé, pour un imaginaire aussi peu religieux que celui du scientifique, un démon était une espèce aussi exotique qu’un papillon de nuit géant, probablement beaucoup plus dangereuse, mais pas tellement plus auréolé de mystère ou de souffre.

Ce qui ne lui ôtait rien de son intérêt : Alex préférait de très loin les êtres bien vivants et mobiles que les épouvantails à bigots. Il suivit du regard Cornelia, autant que possible, mais c’était son esprit bien plutôt qui flottait à la surface de son — ses interlocuteurs, même, commença-t-il à soupçonner. Ou alors il avait affaire à un cas atypique de dissociation de personnalités — et les dissociations de personnalité, après avoir sondé des dizaines de tueurs en série dont un certain nombre clamaient cette maladie, Alex n’y croyait pas vraiment.

La présence de Raphaël dans son dos conduisit son esprit à y former une léger voile télékinésique.

— Personne ne me touche.

Sauf Lukas. Et Clank. Et ses araignées mécaniques. Le sens de la chaleur humaine, que voulez-vous.

— Ou alors je peux t’assurer que tu ne vas plus être capable de bouger pendant très longtemps.

Alex se retourna pour faire face à son nouvel ami le démon (ce petit a décidément un carnet d’adresses des plus douteux).

— Je dirais bien que je te briserais les os un par un, mais vu la tenue, je suppose que tu aimes ça. Cela dit, je pourrais t’emplir de tendresse. Ou te persuader que tu es un Bisounours. Tu as déjà vu les Bisounours ?

Un flash éphémère mais sans doute hautement traumatique du générique de la série animée passa dans l’esprit partagé de Cornelia et Raphaël. Une bien sombre menace.


— Appelle-moi Noctis.

Le nom n’était pas encore connu — pas très connu, en tout cas, certainement pas autant que celui de Chase Neutron-Grey, mais depuis quelques semaines, il prenait de l’ampleur au sein du Cartel, comme une sorte de rumeur. Noctis, le nouveau et mystérieux propriétaire du Seraphia, le night-club qui avait jadis servi à abriter les activités criminelles d’un mafieux de seconde zone. Noctis, l’associé de Solar. La face sombre de l’Éclipse. Noctis ceci, Noctis cela : des rumeurs comme ça, il en courait des dizaines dans les bars où les petites frappes partageaient des histoires inquiétantes et un peu farfelues sur les légendes urbaines de Star City.

— Alors, dis moi, tu envisages de tuer tous ceux que tu rencontres ou alors c’est une espèce de faveur personnelle ? Non, en fait, la vraie question, c’est : tu crois vraiment pouvoir tuer tous ceux que tu rencontres ? Tu devrais faire attention, mon mignon, c’est une ville dangereuse, Star City.

Il ne s’était toujours pas penché très sérieusement sur le cas de l’exorcisme, mais Adrian en avait parlé, Jace n’avait pas paru totalement paniqué en découvrant ce que Zachary et lui avaient récupéré à l’Histoire sans fin, alors Alex supposait qu’à Star City, il y avait des gens bien mieux informés que lui sur les démons.

— Je veux dire, c’est pas que la tenue en cuir avec des anneaux et les yeux rouges, ça ne soit pas super discret, mais j’ai connu des incognitos plus convaincants.
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Message posté : Sam 26 Juil - 9:25 Message
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Raphaël poussa un soupir.

- Tu me prends pour un putain de stéréotype ou quoi ?

….
Oui, bon.
Mais dans l’esprit du démon, il était un être totalement original et digne d’admiration. Il se trouvait très ingénieux, il ne manquait pas de créativité et avait l’esprit très tordu, ce qu’il considérait comme une grande qualité. Il n’aimait pas le banal et appréciait de choquer. Se retrouver en face d’un homme qui de un, n’était pas effrayé et de deux, se permettait de l’envoyer au diable –sans mauvais jeu de mot- le contrariait.
Et l’excitait un peu, aussi.
Après tout, un peu de challenge n’a jamais fait de mal à personne.
Et non il ne se rendait pas compte qu’il collait à une représentation standard que l’on peut se faire d’un démon, puisqu’il avait banni le mot « standard » et autres synonymes de son vocabulaire.

- Un bisou…Quoi ?

Une explication mentale vint à sa rescousse et une grimace déforma les traits de Cornelia.
Quelqu’un avait vraiment inventé cette chose un jour ?
Raphaël devait absolument l’engager, il était forcément face à la création d’un génie du mal. Aucune personne saine d’esprit, aucun cerveau normal, ne pouvait imaginer une telle abomination.
Les bisounours, vraiment…Rien que d’y penser, il frissonnait.

- Tu n’es vraiment pas très amusant, Noctis, soupira à nouveau le démon.

Il alla prendre place sur la chaise un peu surélevée dans laquelle il était assis un peu plus tôt. Il poussa du pied l’un des assistants qui tomba face au sol, probablement en se cassant le nez. Eh, il avait besoin de place pour ses jambes.
Le dos contre l’un des accoudoirs, ses jambes pendant de l’autre côté, il tourna ses yeux rouges vers l’étrange garçon si hautain. Hautain et limite condescendant. Le problème étant que Raphaël n’avait jamais prêté oreille à de quelconques rumeurs. Il préférait toujours vérifier les faits par lui-même.
Mais Cornelia en avait entendu parler, grâce à Thomas, qui surveillait tout ce qui se passait dans le Cartel. Elle aurait pu faire part de ces on-dits au démon mais elle ne le fit pas, se contentant, silencieuse, d’observer cette scène avec un semblant d’intérêt.
Ce qui relevait du miracle.

- Et qui te dit que je veux rester discret ? Comme tu le dis toi-même, nous sommes à Star City. Une ville de mutants, de sorciers, de créatures extra-terrestres et extra-planaires. Pourquoi devrais-je me cacher exactement ? Parce qu’une religion quelconque a décrété il y a deux milles ans qu’on devait nous abattre ?

Cette période avait été plus amusante qu’autre chose. Il se souvenait encore de ces hommes en robe qui essayaient de le chasser à coup d’eau bénite et de prières. Un peu d’humidité et de jolies paroles en latin, rien de plus…Le démon était plus vieux que cela.

- J’ai toujours fait ce que bon me semble et j’ai toujours aimé faire du mal aux humains. Enfin pas qu’aux humains, à plus ou moins tout le monde en fait. expliqua-t-il en posant son index sur sa lèvre inférieure en signe de réflexion. Tu vois…Le sang et la mort peuvent être une œuvre d’art. Même si je préfère les âmes et la tienne… Il gémit. La tienne mon petit Noctis, elle brille tellement, elle transpire la puissance et j’avoue, tu m’excites.

Le démon sourit et passa sa langue sur ses lèvres.

- On a tous nos petits travers mais je peux très bien me contenter de sexe sans essayer de te tuer.

Pour le moment, précisa-t-il dans son esprit car le démon n’avait encore jamais rencontré d’adversaire capable de lui résister. Donc non, au fond, il n’avait jamais rencontré de personnes bien intéressantes d’un point de vue star cityien. Après tout, il était capable d’influer sur les volontés et même les plus résistants finissaient toujours par céder à leurs bas instincts et donc lui appartenir, d’une certaine manière.
Le B.A.BA du démon.
Sauf que visiblement, cela fonctionnait de moins en moins dans cette époque de mutation.

- Je sais que ce corps ne répond pas exactement aux canons de beauté actuels, ça manque de poitrine c’est désolant. Mais bon, tu peux en faire ce que tu veux, je ne suis pas farouche. T'as l'air bien crispé, te détendre un peu ça te ferait du bien.

Noctis eut même droit au petit clin d’œil.
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Message posté : Dim 27 Juil - 10:15 Message
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On ne dira pas qu’Alex n’est pas diplomatique — comparé à Leyland, c’est un ambassadeur-né — et d’ailleurs, il s’abstint de suggérer à Raphaël que les menaces de mort, de destruction et de succion psychopompe étaient, justement, un « putain de stéréotype ». À tout moment, le mentaliste s’attendait à voir la tête de Cornelia tourner à cent-quatre-vingt degrés, du vomi jaillir de sa bouche ou des obscénités blasphématoires scander la discussion. Que n’avait-il pas apporté une caméra pour tourner un film à succès, un peu moins pornographique que prévu ? Encore une brillante carrière de cinématographe tuée dans l’œuf.

Cela dit, Alex n’avait aucune idée du bien-fondé ou non de la confiance en soi du démon. Il voulait bien croire que le tout venant des prédicateurs n’était pas de taille à lutter contre un démon dans la force de l’âge — ou de la sénescence — mais il n’avait aucune raison de douter, non plus, des aptitudes de ces mages nombreux qui peuplaient Star City. De toute évidence, le monde n’était pas envahi par les forces maléfiques et, de toute évidence encore, les forces maléfiques, en la personne de Raphaël, ne se retenaient pas volontairement : il devait bien y avoir quelque part quelqu’un pour faire contrepoids dans la balance.

La conversation dériva inexplicablement du catholicisme au coït vaginal.

— Euh…

Ce n’était certes pas la première fois qu’Alex se faisait dragué par un corps féminin — la célébrité et la fortune des Neutron-Grey attiraient quelques groupies et depuis que sa réincarnation avait ajouté à son charisme en retranchant à sa médiatisation, d’autres propositions affluaient. Le jeune homme n’avait cependant toujours pas admis la possibilité que ces êtres foncièrement distincts de lui et tout à fait désaxualisés — les femmes — pouvaient éprouver un intérêt de cette sorte avec lui. Et puis, Raphaël, c’était un nom masculin ou féminin, d’abord ?

— C’est gentil, mais perso, je préfère…

Il haussa les épaules avant de désigner d’un geste de la main l’un des types torse nu, derrière lui, vraisemblablement pressé de s’activer et dont le mâle enthousiasme était toujours figé dans son étau psychique.

— … ce genre de choses. Ceci étant dit, j’ai ce qu’il faut à la maison, merci bien.

Pendant une fraction de seconde, il ne put s’empêcher de se demander si Lukas, lui, aurait refusé une semblable proposition — puis il chassa cette pensée de son esprit. Évidemment que Lukas aurait refusé. Lukas ne faisait pas exprès. Il y avait toujours des circonstances atténuantes, n’est-ce pas ? Est-ce qu’un démon, ça comptait, dans les circonstances atténuantes qui poussaient son petit ami à le tromper tous les deux mois ?

Alex ravala ces incertitudes romantiques.

— Donc, du coup, votre manière de triompher d’une religion millénaire qui vous opprime, c’est de…

Le mentaliste promena ostensiblement le regard autour de lui, avant d’interroger avec une fausse ingénuité :

— … vous faire prendre sur le plateau en carton-pâte d’un studio porno de seconde zone ? C’est très démoniaque comme plan, effectivement. Vous voulez aussi des chewing gums à Walmart aussi ?

Si Alex avait toujours eu un sens aigu — et dangereux, pour ceux qui l’accompagnant — de la provocation dans les pires situations, cette fois-ci, l’attaque était surtout une forme d’autodéfense contre ses propres incertitudes sexuelles. Pendant ce temps, derrière lui, tout autour d’eux, le réalisateur, le caméraman et les deux acteurs malchanceux se réanimaient — si l’on pouvait dire : en réalité, après quelques mouvements, quelques secondes à fixer d’un air absent le mur le plus proche, ils se tournèrent tous d’un bloc pour sortir de la pièce, comme des automates, mus de toute évidence par une autre volonté que la leur.

— Bref…

L’une des rares vraies chaises de la salle, probablement destinée au réalisateur, vola à travers la pièce pour permettre à Alex de s’asseoir en face de son interlocuteur.

— Plus sérieusement, il y a quelque chose, voyez-vous, qui m’intrigue. Je ne sais pas à quel degré de psychose pour votre mégalomanie vous porte, mais vous devez bien vous rendre compte que votre existence présente, là maintenant, n’est pas exactement le summum de la domination maléfique. Et à en juger par votre manière de vous comporter avec moi, je dirais que vous avez soi un complexe de supériorité véritablement pathologique, soit une évaluation très fragmentaire de votre environnement. Mais, de toute évidence, vous avez survécu — nécessairement en vous faufilant entre les mailles du filet des innombrables ennemis potentiels que cette ville compte pour vous. Vous devez être là depuis un certain temps, du coup, je suppose que vous faites profil bas.

Oui, discuter avec un mentaliste, c’est pire qu’un rendez-vous chez le psychiatre. Alex se pencha en avant, les yeux braqués dans les yeux rouges de Raphaël. Il ne savait pas vraiment à quel point le démon l’intéressait. Depuis quelques semaines, le jeune homme mettait un point d’honneur à encourager toutes les particularités non-humaines qu’il croisait, et la pleine expression de leurs pouvoirs, mais un tempérament trop franchement psychopathique dépassait peut-être de beaucoup les limites de sa propre morale.

— Vous n’êtes pas frustré par cette existence ?

Il ne leur manquait plus qu'un divan et des tâches d'encre.
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Message posté : Lun 28 Juil - 13:52 Message
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Raphaël poussa un soupir quand Noctis lui avoua préférer les hommes. Il avait toujours majoritairement possédé des corps masculins au fil des siècles mais hélas, alors que Cornelia n’aurait dû être qu'un hôte temporaire, il était coincé en elle depuis près de quinze ans. Il avait dû s’y adapter, que pouvait-il faire d’autre ? Il s’en accommodait, au fond et ne comptait pas rester sur un refus. Raphaël était quand même relativement têtu et pensait que de se refuser un plaisir pour un prétexte aussi trivial qu’un genre frôlait la stupidité profonde. Ce qui décevait un peu ses premières impressions sur le garçon.

- Tu sais, je suis un démon mâle. Le fait que je sois dans le corps d’une femme c’est…Disons, un inconvénient temporaire.

Le mot était faible. Cela étant, vu l’existence dangereuse que menait Cornelia, elle se ferait peut-être tuer rapidement, ce qui le libèrerait de cette enveloppe. Ou peut-être pas…En réalité il n’était plus certain de rien et cela l’effrayait pas mal, lui, le maniaque du contrôle. Evidemment, il ne comptait pas l’avouer à qui que ce soit et encore moins à un type qu’il voulait mettre dans son lit.
La peur, c’est pas sexy.
Enfin…Pas dans ce cas-ci.
Parce qu’il avait souvent prit du plaisir à effrayer les autres. Beaucoup de plaisir.

- Et je peux avoir le même genre d’attribut, si ce n’est que ça…

Parce qu’après tout, il pouvait contrôler les ombres à sa guise.
Mais ça, c’était une autre histoire à ne pas mettre à la portée de toutes les oreilles.

- Tant d’agressivité… Qui a dit que je voulais triompher de quoi que ce soit ?

Avant de lancer un débat, mieux valait bien s’installer. Les gens du studio sortirent tous comme des pantins bien alignés, probablement commandé par Noctis, lequel s’empara d’une chaise afin de lui faire face. Visiblement, il avait droit au volet discussion avant toute autre chose. Soit, le démon acceptait de se prêter au jeu si Noctis acceptait, plus tard, de se prêter au sien.

- Je ne cherche pas à dominer le monde. J’avoue, j’aime qu’on m’admire mais ce genre de responsabilités ne m’irait pas au teint. J’ai simplement envie de vivre mon existence sans devoir aucune allégeance à qui que ce soit, hormis moi-même. J’ai envie de pouvoir tuer où et quand je le souhaite, de pouvoir baiser qui je veux et quand je veux, de pouvoir entrer dans n’importe quel magasin et perdre une demi-journée à faire du shopping sans rien payer. J’ai envie de tourmenter des inconnus juste pour le plaisir et de me donner mes propres ordres. Et si jamais l’idée me traverse l’esprit, j’ai envie de ne pas être forcé à ramener un certain quota d’âme ni de toujours me battre pour être le plus fort. C’est épuisant et ça gâche une existence. Je veux la liberté sans contraintes, en gros. Tu sais…Le rêve de beaucoup d’humains, même s’ils ont toujours trop peur pour le réaliser entièrement.

Raphaël se redressa et croisa ses jambes en se penchant un peu vers Noctis.

- Au passage, n’essaies pas de me coller des pathologies humaines en espérant me vexer, chéri. J’ai tout à fait conscience d’être un narcissique mégalomane et je pense qu’avoir survécu à plusieurs millénaires d’existence dans tout un tas de plans différents contribue à me faire penser que oui, je suis un être supérieur digne d’être admiré.

Il ne manquait plus qu’une pose en mode photographie pour couronner son petit discours narcissique.

- D’ailleurs en parlant de pathologie, tu as un terme pour les jolis garçons arrogants et condescendants qui pensent leur intelligence tellement supérieure qu’ils se permettent de jouer au psychiatre de salon avec la première créature hors du commun qu’ils rencontrent ? D’où est-ce que cela peut bien provenir…Un manque de confiance en soi ? Vu le pouvoir que je décèle en toi, cela me semblerait ridicule mais après tout, les humains ont des sentiments et les blesser est aussi facile que de voler une sucette à un bébé.

Il se redressa en croisant les bras et faisant mine de réfléchir.

- Alors, dis-moi, qu’est-ce qui te frustre dans ton existence à toi ? Manque de sexe ? D’amour ? De fortune ? De chance ? D’ambition ? Racontes moi…

Ses yeux rogues étincelaient d’un éclat amusé tandis qu’il fixait Noctis en attente de sa réponse.
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Message posté : Mar 29 Juil - 12:22 Message
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À peu de choses près, Alex avait presque l’impression de s’entendre parler quand Raphaël évoquait les buts — ou l’absence de buts — de son existence entièrement libre. Le mentaliste aimait bien prétendre que sa vie était organisée par des envies somme toute innocentes, qu’il n’était vraiment ni un méchant, ni un gentil, mais une sorte d’héroïque libertaire — ou même de libertaire indifférent aux vicissitudes des existences humaines. Au fond de lui il savait pourtant que l’ambition était, avec la curiosité et la soif de découvertes, l’un des principaux moteurs de son existence. Les insouciants ne tentaient pas, comme il le faisait, d’assembler une armée robotique, de développer tous les jours leurs pouvoirs et de fomenter une rébellion métahumaine au cœur de la ville des supers.

Un sourire se dessina sur ses lèvres quand Raphaël lui renvoya ses questions. Avec un haussement d’épaules, Noctis répondit platement :

— Je m’ennuie.

S’il aimait les grands projets, c’était qu’il aimait les grandes sensations — hélas, le monde était souvent ou trop simple, ou trop prévisible et les seules véritables complexités émergeaient dans sa vie personelle, là où il s’en fût volontiers passé.

— Vous aimez les tortues ?

Comme celle qui venait d’apparaître, là, comme ça, grosse tortue marine qui se promenait indolemment dans le studio pornographique — pure illusion, bien entendu, mais c’était tout de même mieux qu’un powerpoint.

— Vous savez, les tortues, les grosses tortues de mer, qui font à peu près toujours la même chose, siècle après siècle. Certaines tortues vivent très longtemps.

Noctis jeta un coup d’œil à son reptile fantasmatique, qui s’évanouit aussitôt. Puis il reporta son attention sur Raphaël.

— Avoir vécu plusieurs milliers d’années ici ou là ne constitue pas vraiment un brevet de mérite. Les cailloux vivent plusieurs milliers d’années. Ils ne me paraissent pas particulièrement dignes d’admiration.

De la part du type dont le corps était inextricablement lié à la Pierre de Lune, c’était un peu gonflé.

— Ceci étant dit, oui, je suppose que vous êtes un être supérieur comparé aux humains. Comme le quart des habitants de cette ville, d’ailleurs, si tout n’est qu’une question de pouvoirs. Et les humains doivent s’estimer supérieurs aux chimpanzés, en attendant l’avénement de la Planète des Singes. Pour un démon, vous vivez dans un univers bien… Compartimenté.

Depuis quelques semaines, lentement mais sensiblement, Alex avait commencé à renoncer à ses entreprises classificatrices. La discussion houleuse qu’il avait eue avec Adrian et Charlie l’avait bien forcé à réagir, malgré la mauvaise foi dont il avait pu faire preuve, et il s’était rendu compte qu’une approche strictement spéciste constituerait une dangereuse aporie où il ne pouvait qu’être aux prises avec ses propres contradictions. L’anti-humanisme ne pouvait guère constituer qu’un artifice rhétorique de temps à autre, pour convaincre les esprits les plus radicaux, mais il aurait besoin pour faire tenir son édifice politique de conceptions un peu plus fines.

— Bref, le premier motif psychologique qui vous intéresse, votre première hypothèse pour expliquer mon comportement, c’est le sexe. À vous entendre, il y a deux manières d’interagir avec les inconnus : copuler ou tuer. C’est très… primitif. Primordial, je suppose. À quel moment votre conception de l’existence vous distingue, je ne sais pas, disons d’un chat de gouttière ? Tuer, prendre les chattes en chaleur, jouer avec ses proies. Je veux dire…

La réplique avait commencé sur un ton sarcastique qui s’était en réalité rapidement évanoui : la curiosité xenozoologique avait pris le dessus. Alex était désormais prêt à accepter qu’il était un animal parmi d’autres, un hapax biologique peut-être, mais enfin, et Raphaël, pourquoi pas, pouvait être une sorte de prédateur doué de paroles aux besoins néanmoins tout à fait simplistes. Depuis qu’il avait commencé à s’intéresser de près à la diversité des non-humains qui peuplaient Star City, Alex comprenait petit à petit que les critères de supériorité, de raffinement ou d’évolution étaient parfois bien difficiles à manier.

— J’ai toujours supposé que le maniement du langage était le signe d’un certain degré d’abstraction, d’une inclinaison naturelle à se détacher des pulsions les plus primitives pour faire… autre chose. Et vous voilà, avec des milliers d’années derrière vous, une conversation à peu près élaborée et votre conception du mérite, c’est de vivre comme un chat de gouttière, la caméra en plus.

Est-ce que les préoccupations qui l’avaient poussé à revenir aux studios de Lorenzo étaient véritablement plus évoluées que les envies de Raphaël ? Sa principale inquiétude n’était-elle pas que Lukaz le quittât ? Une affaire de sexe, somme toute. Comme le scandale sexuel qui avait orchestré sa descente aux enfers médiatiques. Chez Alex, naturellement, toutes les insatisfactions naturelles et inévitables d’une existence de chair prenaient des proportions improbables et formaient d’inextricables complexes où les tours et les détours de la psychologie du mentaliste décourageaient bien des tentatives de résolution — mais in fine, ce qui avait poussé Alex à franchir une nouvelle fois ces portes, c’était l’inquiétude de ne pas avoir ce qu’il faut.
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Message posté : Mer 30 Juil - 15:58 Message
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Raphaël aussi, commençait à s’ennuyer.
La moue boudeuse sur le visage de Cornelia en disait long sur ce qu’il pensait de la discussion lancée par le mentaliste. Il avait une belle gueule et son âme luisait d’un éclat tentateur mais mieux valait qu’il évite d’ouvrir la bouche. Non pas que ses mots soient inintéressants mais le démon était tellement persuadé d’avoir la bonne vision du monde et de ce qu’il fallait y faire qu’en discuter relevait de l’absurde. Tout comme il n’avait aucune raison de se justifier.
Cela dit, la comparaison avec le chat de gouttière attira son attention et le fit sourire.

- Un chat de gouttière, vraiment ? J’aime bien tes métaphores. Où est le mal, mon mignon, à aimer le sexe, la mort et la tourmente ? Je suis certain que derrière tes prétentions tu as des hobbys toi aussi, que d’autres trouvent bien triviaux. Voyons, qu’est-ce que cela pourrait bien être…La peinture ? Mh non plutôt quelque chose de cérébral, tu as l’air d’aimer philosopher, peut-être la lecture ? L’écriture ? Les casse-têtes ?

L’énumération promettait d’être longue. L’air concentré, le démon citait tout ce qui lui passait par la tête avant de finalement hausser les épaules.

- Je pourrais te dire que lire est une perte de temps, qu’accumuler toutes les connaissances de l’univers n’apporte qu’une source d’angoisse constante, qu’un mystère n’est beau que tant qu’il n’est pas résolu, que toujours chercher à savoir et comprendre ne fait que briser l’intérêt du monde. Je pourrais passer mon temps à te juger mais au lieu de ça chéri, je t’offre une leçon gratuite. Tu as de la chance, d’habitude c’est cher.

Aussi cher qu’une âme ou qu’une pinte de sang, lorsqu’il est de bonne humeur. Après tout, son expérience valait cher -dans son esprit.

- Tu ne t’es pas dit qu’en plusieurs millénaires d’existence, j’avais justement eu le loisir d’expérimenter trop de choses et que de revenir à la base de tout, d’exister en suivant mes pulsions primaires, était un moyen de me purger de toutes les contraintes que l’on m’a toujours assignées ? Revenir aux origines…Tu devrais essayer, plutôt que de poser des mots compliqués sur des comportements somme toute assez simple. Tu devrais rappeler l’un des acteurs et lui enfoncer quelque chose dans le corps, pour voir ce que ça te fait. Essaies avec un poignard, Cornelia en a toujours dans son sac. Ou essaies avec ton sexe. Tu devrais arrêter de réfléchir, Noctis, tu verras tu seras plus heureux.

Le démon se leva et s’étira avant de se diriger vers le fond de la pièce où était placé un rideau. Derrière, il y avait ses habits de ville. Sur le chemin, Raphaël commença à se déshabiller.

- Tu n’as jamais eu envie de tuer quelqu’un ? Même pour des raisons triviales. Je ne sais pas, un type avec qui tu voulais coucher et qui t’a dit non, quelqu’un qui t’a vexé de manière plus ou moins profonde ? Tu ne t’es jamais dit, même une fraction de seconde : J’aimerais qu’il soit mort ? Sans oser passer à l’acte, bloqué par…Quoi, des impératifs moraux ? Pourtant tu es la et tu n’es pas plus heureux, sinon tu ne perdrais pas ton temps à essayer de psychanalyser tous les inconnus que tu croises et tu ne viendrais pas dans un studio porno miteux.

Raphaël jeta le haut en cuir dans un coin et enleva la jupe juste avant de passer, le corps nu, derrière le rideau. Noctis avait probablement eut le temps d’apercevoir les marques démoniaques qui apparaissaient sur le corps de Cornelia depuis qu’il la possédait. Il n’y avait là-dedans aucune régularité, un beau matin elle se réveillait avec une marque supplémentaire, un tatouage des ombres qui semblait ancrer plus profondément le démon dans son enveloppe ou éveiller quelque chose. Quoi ? Mystère.
Et frustration.
Décidemment, c’était le thème de la soirée.

- Alors ne critiques pas ma méthode, chéri. Essaies la avant et tu verras par toi-même ce que ça vaut, le sexe, la mort et la tourmente. Être exceptionnel ne signifie pas forcément avoir des passe-temps exceptionnels. Et s’envoyer en l’air devant une caméra ne signifie pas être profondément stupide.

Caché par le rideau –non pas qu’il en ait quelque chose à foutre – Raphaël passa les dessous de Cornelia ainsi qu’un débardeur noir assortit d’un pantalon slim. Il dut s’appuyer contre le mur pour enfiler l’un de ses talons vertigineux, réapparaissant ainsi.

- Tu devrais passer une soirée avec moi. On a plein de choses à échanger et à s’apprendre, j’en suis certain.

Ses yeux rouges brillaient d’anticipation. Il ne songeait pas seulement à des fluides, lorsqu’il parlait d’échange bien que l’idée lui ait traversé l’esprit. Le démon avait décidé de laisser tomber le film pour ce soir et de s’occuper de son nouveau hobby –en la personne d’Alex.
Dans tous les sens du terme.
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Message posté : Jeu 31 Juil - 14:47 Message
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Essayer de convaincre Alex que la résolution de problèmes intellectuels et la spéculation étaient des passe-temps sans intérêt revenait à tenter de persuader Raphaël que le sexe n’était pas une activité primordiale. Le Neutron-Grey avait appris la robotique en même temps qu’il avait appris à parler, il avait grandi dans un immeuble où la physique la plus théorique devenait parfois la réalité la plus concrète et il s’était élevé peu de temps après sa majorité au rang de Grand Maître International aux échecs — quand certains allaient tourner des films pornographiques, Alex essayait de construire des réacteurs de fusion à froid. (En fin de compte, ses hobbies à lui étaient peut-être les plus dangereux.)

Le jeune homme suivit d’un regard un peu indifférent le corps de Cornelia que Raphaël dévêtait. S’il y avait bien une part de son identité à propos de laquelle Alex n’avait jamais éprouvé le moindre doute, même dans son existence précédente, c’était celle de ses préférences sexuelles — sans doute la raison pour laquelle la bisexualité de Lukaz lui demeurait si hermétique. Alex avait beau savoir qu’en théorie, ni la pure homosexualité, ni la pure hétérosexualité, n’étaient des composantes de la psychologie humaine, les corps féminins l’avaient toujours laissé de marbre et les tatouages attirèrent son attention pour leur particularité propre, plutôt que pour leur éventuelle qualité esthétique.

Il ne savait trop qu’en penser. Ses expériences démoniaques avaient été brèves, dans l’ensemble, et très violentes — surtout à cause de lui. Il n’avait jamais laissé à ses maléfiques opposants beaucoup de temps pour se confier à lui et son expertise théorique dans le domaine était proche du néant. Comme souvent, et c’était inévitable à ses yeux, il percevait cette réalité à l’aune de ses pouvoirs de mentaliste : le monde était heureusement toujours plein d’esprit et rares étaient les créatures conscientes qui échappaient entièrement à sa perception. De là à savoir décrypter les symboles peut-être ésotériques qui couvraient la peau de Cornelia, il y avait un fossé.

Alex s’était finalement levé et, les mains dans les poches, il se tourna vers la cabine d’essayage improvisée dont émergeait Raphaël.

— Vous n’avez pas l’air de quelqu’un prêt à apprendre quoi que ce soit de qui que ce soit.

Ce qui n’était certainement pas un compliment.

— Donc, vous croyez que je n’ai jamais tué personne ? Vous me prêtez une innocence révolue depuis un moment déjà. Ceci étant dit, quand j’éprouve le besoin de me venger, mes vengeances sont moins…

Rudimentaires.

— Expéditives.

En témoignait le scénario complexe dans lequel il avait emprisonné Heather Cooper, dans un orphelinat soit-disant hanté, aux prises avec des forces soit-disant diaboliques. Ce n’était bien sûr pas tout à fait exact : Chase avait démoli à grands coups de trente-cinq tonnes l’entrepôt du Planificateur et arraché sans aucune délicatesse toute intelligence du corps de ce dernier, il avait ravagé la Neutron Tower d’Empire City après avoir brisé la nuque de son propre double et d’autres dimensions encore se souvenaient douloureusement et très concrètement de son passage.

— J’ai des impératifs moraux. Ne pas tuer n’en fait pas partie. D’un autre côté, les humains tuent les fourmis, alors je suppose que je peux bien tuer quelques humains.

En réalité, ses positions morales étaient beaucoup plus ambiguës que cela, mais il avait jugé utile de glisser au détour de cette charmante conversation un indice sur sa propre nature.

— Vous avez de toute évidence une perception très incomplète de ce que je suis. Et je ne parle pas de psychologie. Je parle de nature. Néanmoins, vous avez raison. Je ne suis pas heureux. Le bonheur…

En fait, il n’avait jamais vraiment voulu être heureux. Mener une vie libre, une vie intéressante, vivre des aventures, oui, mais le bonheur… Le bonheur était pour lui une aspiration de pavillon résidentiel.

— Je ne sais pas. Ça a l’air très, très ennuyeux.

Dit-il à la fille possédée par un démon qui trouvait son bonheur à tourner des films pornographiques.

— Mais je vois ce que vous voulez dire. Le temps passe, vous vieillissez, vous vous ennuyez, alors vous essayez de retrouver le souffle de vos premiers jours, lorsque vous étiez un tout jeune démon navigant en toute insouciance dans les mers de sang. J’ai toujours pensé que l’insouciance était un défaut de caractère. Mais pour l’hypothèse, supposons une chose. Supposons que vous ayez raison, que j’aie besoin de me détendre, que la meilleure manière de commencer, ce soit de tuer quelqu’un. Pourquoi je ne vous tuerais pas vous ? Et quand je dis vous, je ne dis pas…

Alex plissa légèrement les yeux.

— Cornelia. Mais bien vous. Est-ce que vos principes sans principe cessent de devenir des principes quand ils se retournent contre vous ? Ce n’est pas que j’essaye de vous prouver que le monde est toujours complexe, que vous le vouliez ou non, mais enfin…
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Message posté : Jeu 31 Juil - 21:28 Message
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Si Raphaël avait été sous sa forme primordiale, il aurait aisément pu sentir le véritable potentiel de Noctis. Il n’aurait même pas eu besoin de le toucher, juste de l’apercevoir, pour ressentir intimement ce qu’il était. Hélas, le corps de Cordelia était une prison cruelle à travers laquelle il n’avait plus accès qu’à des bribes de ce qu’il avait pu être jadis. Un grand démon, une créature terrifiante capable de changer de plans, de conclure des pactes, d’exaucer des souhaits en piégeant sans scrupules de pauvres êtres perdus. Entre autre.
Aujourd’hui, il n’était plus qu’une ombre.
Une ombre égocentrique et casse-pied qui vivait une existence certes rythmée par des pulsions primaires mais dans laquelle il se sentait…Bien ?

Désormais perché sur un talon, le démon prit soin d’enfiler l’autre tout en réfléchissant à la question posée par Noctis. Il n’était pas plus perturbé que cela par l’idée qu’un être tel que lui émette l’hypothèse de le tuer. Même si ses perceptions étaient faussées, Raphaël décelait un grand pouvoir en lui et la manière dont son âme brillait ne trompait pas. Il avait un potentiel destructeur énorme. Pourtant, sa réplique ne déclencha qu’un haussement d’épaules.

- Parce qu’il est impossible de me tuer, tout simplement. Tu ne ferais que blesser ce corps, peut-être même que tu le tuerais, mais tu ne m’atteindrais pas. Au mieux, tu me rendrais ma forme primordiale…Un sourire carnassier étira les lèvres de Cornelia. Et crois-moi, tu n’as pas envie que cela arrive.

La vérité était toutefois un peu plus nuancée, car le démon ignorait si la mort de Cornelia le libèrerait ou non de son enveloppe, raison pour laquelle il n’avait pas suicidé ce corps au moment où il s’était senti piégé à l’intérieur, dans l’incapacité de maintenir un contrôle prolongé. Atrocement faible, il n’était pas certain qu’un coup fatal à l’enveloppe de la Tarabotti ne le ferait pas disparaître. Théoriquement, c’était impossible mais se retrouver piéger dans le corps d’une femme a priori sans dons notoires devait l’être aussi.
Il préférait ne pas trop y penser et se concentrer sur l’instant présent.

- Et restes loin de ma tête, tu n’aimerais pas du tout ce que tu risques d’y trouver, prévint-il en dressant soigneusement des barrières après que Noctis lui ait annoncé le prénom de Cornelia alors qu’il ne le lui avait pas dit.
Du moins ne s’en souvenait-il pas.

Des barrières, d’ailleurs, parlons-en ! Elles consistaient à chanter à tue-tête une chanson bien particulière puisqu’il n’avait plus vraiment de boucliers mentaux. Pas sous cette forme. Il essayait d’en recréer de nouveaux depuis des années mais c’était compliqué d’arriver au niveau de protection qu’il avait pu avoir jadis. Son esprit dériva quelques instants sur le clip qui apparut très clairement dans sa tête. Il ignorait si Noctis était capable de pousser plus loin que les pensées prises sur le vif, il ne savait même pas si sa ruse fonctionnait mais il allait devoir procéder à coup d’expériences.
Puis penser à une blonde au ventre nu en train de se déhancher n’était jamais désagréable, de toute façon.

- Pour répondre à ta question, mes principes sont valables même s’ils se retournent contre moi. Je ne t’en voudrais pas d’essayer de me tuer, je trouverais même ça amusant. C’est chaotic power comme on dit…Mais je suis certain que tu ne vois pas ce dont je veux parler.

Un jeune le verrait sans le moindre problème. Quant à lui, il l’avait entendu dans une émission sur MTV de la bouche d’un métaleux célèbre avec des longs cheveux et des lunettes. Chacun interprète à sa façon…Il se dirigea vers la porte et fit un signe de son index à Noctis pour qu’il le suive. Étonnamment, il s’exécuta et ils descendirent une volée de marches.

- Je vois que tu t’arrêtes uniquement au côté mort, le sexe te rebute tant que ça ? T’as déjà essayé au moins ? J’espère que t’es pas vierge… Raphaël grimaça.

Le démon gloussa et poussa la porte pour déboucher dans le hall de l’immeuble. Dehors, le ciel était sombre mais les rues étaient tellement illuminées qu’ils auraient pu être en plein jour. Raphaël grimaça puis s’arrêta et réfléchit.

- Tu connais le club Eclipse ? Le gérant est un vieux pote, on peut se poser chez lui et tenter quelques petites expériences. Tu verrais la clientèle, ils ne sont vraiment pas farouches…
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Message posté : Ven 1 Aoû - 12:11 Message
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Rendre à un démon sa forme primordiale ? Même du fond de son athéisme, Alex imaginait un type tout rouge avec une queue fourchue, une barbe et un trident pour retourner les âmes damnées comme des merguez. Il voulait bien avoir des goûts éclectiques, mais il n’était pas sûr que, pour le coup, dans sa présente incarnation, Raphaël ne gagnât pas au change. Pas certain que l’indifférence du démon ne relevât pas de la pure vantardise ou, mieux, de l’inconscience, Alex nota tout de même dans un coin de son esprit que le meurtre serait le plan B, si jamais il ne parvenait pas, en cas de besoin, à offrir à Cornelia-Raphaël un aller sans retour pour une dimension dépeuplée et soporifique, où il ne lui resterait plus qu’à manger des pommes et à regarder le ciel pour le reste de sa vie — ce qui devait constituer, à n’en pas douter, le summum de la torture pour Raphaël. (Et pour n’importe qui, sauf les protagonistes de la Petite Maison dans la Prairie.)

Alex haussa les épaules quand Raphaël le mit en garde contre ce que contenait son esprit.

— Des films pornos, non ? Entre ça et PornTube…

De toute façon, Alex ne passait pas sa vie à lire dans l’esprit des gens. D’abord, la plupart du temps, ça ne représentait même pas un défi et, de toute façon, on n’y trouvait jamais rien de très intéressant. Il était un hacker et il ne consacrait pas son existence à dépouiller les mails de ses contemporains, même les plus puissants ou les plus mystérieux ; il était un télépathe d’exception et il se désintéressait, la plupart du temps, de ce que les gens pensaient.

(Surtout si c’était pour écouter Britney Spears.)

Ce fut donc assez éloigné des considérations musicales hermétiques de Raphaël, pour lui qui était peu mélomane, qu’Alex descendit les escaliers, avant que la conversation ne tournât sur ses activités sexuelles. Le jeune homme allait décliner l’aimable et poétique invitation de son interlocuteur quand le mot de trop le força à s’arrêter brusquement, entre les boites aux lettres et le panneau en liège de la copropriété.

L’Éclipse.

Raphaël, démon, vampire, Lukaz, Zachary, drogue, sang, sexe. Est-ce que Raphaël avait eu la moindre part dans ce qui était arrivé à Lukaz ? Est-ce que Lukaz avait couché avec Cornelia ? S’il y avait bien des pensées qu’Alex avait lues, c’était celles de Lukaz pour cette fameuse nuit et il ne croyait pas y reconnaître la femme qu’il avait en face de lui. Mais était-ce certain ? Les souvenirs de Lukaz étaient-ils fidèles ? Était-ce à de semblables souvenirs que Raphaël avait fait référence, en prétendant que son esprit renfermait des pensées que le mentaliste n’aimerait pas contempler ?

Alex avait la colère et la tristesse froides et calculatrices — elles n’en étaient pas mieux masquées pour autant, elles paraissaient simplement plus difficiles à cerner et peut-être plus dangereuses. Debout devant Cornelia, il avait l’air de reconsidérer sérieusement l’exécution immédiate du démon qui lui faisait face — ou l’intérêt qu’il pourrait avoir à lui extirper ses pensées, quitte à ne laisser derrière lui qu’un cerveau inutilisable. Pour Alex, la situation se ramenait à une sorte de problème d’échecs, comme la moitié de son existence d’ailleurs, et, parce que c’était la manière la plus sûre qu’il savait de raisonner, il tentait de comparer les avantages et les inconvénients d’une expédition à l’Éclipse.

C’était probablement une très mauvaise idée. D’abord, parce que les petites expériences de Raphaël ne l’intéressaient évidemment pas. La fidélité n’avait jamais été un principe moral réfléchi d’Alex, il avait même cru pouvoir s’en passer, mais elle s’était rapidement imposée à lui, à l’aune de la douleur que les aventures de Lukaz avaient réveillé en lui et de sa propre indifférence, depuis qu’il s’était lié avec le Français, pour les autres hommes qu’il aurait auparavant en un instant désiré. Mais surtout, enquêter seul sur l’incident de l’Éclipse, dans le dos de Lukaz, ne pouvait que creuser un peu plus le gouffre qui menaçait toujours de les séparer.

Alex ravala la tentation de visiter les lieux du crime et répondit sur un ton qui aurait fait passer Margaret Thatcher pour une chaleureuse trublionne :

— Hors de question. Aucune envie de fréquenter les endroits que vous fréquentez. Aucune envie de tenter les expériences non plus. Vous voyez, il y a une espèce de milieu entre votre vie et la virginité et ça s’appelle : être en couple.

À la manière dont il en parlait, ça avait l’air aussi satisfaisant que de mettre deux doigts dans une prise de courant.

— Le sexe ne me rebute pas. Je sais faire, je le fais, c’est très satisfaisant et je suis tout à fait satisfait.

Ce qui n’était apparemment pas le cas de son compagnon, mais ça, c’était une autre histoire. En tout cas, Alex avait perdu beaucoup de son assurance — naturellement, chez lui, le trouble ne s’exprimait pas par des signes évidents de faiblesse, mais par une froideur redoublée, soudainement dépourvue de l’humour sarcastique et du coq-à-l’âne qui caractérisaient d’ordinaire ses conversations.

— Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi vous prenez un soudain intérêt dans mon éducation sexuelle.

Et dans les intentions de Raphaël, il cherchait inconsciemment à donner du sens à celles du vampire qui avait drogué Lukaz.
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Message posté : Ven 1 Aoû - 12:37 Message
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Raphaël ignorait pourquoi la mention du club Eclipse avait changé soudainement l’humeur de son interlocuteur mais quelque chose lui disait que Tomas était responsable. Ce vampire avait tendance à trop jouer avec le feu…Comment avait-il pu se mettre à dos un type comme Noctis et vivre encore ?
A moins qu’il ne soit mort. Après tout, Raphaël ne lui avait pas parlé depuis deux bonnes semaines.
Plutôt que de se démonter, le démon choisit de s’amuser du trouble qu’il avait visiblement causé à Noctis. La froideur n’était qu’un moyen de cacher ses émotions trop vives et si Raphaël avait un passe-temps, c’était bien celui de titiller les parties sensibles (dans tous les sens du terme d’ailleurs).

- Oh oui, être en couple. Ça a l’air de te réussir, chéri, vraiment. Tu me sembles comblé là, releva le démon.

Sa nouvelle hypothèse était que peut-être, ce garçon pensait être en couple avec Tomas et avait découvert ses travers. Ce garçon n’avait jamais réussi à se maintenir dans une relation stable et ne l’avait de toute manière jamais voulu. Son pouvoir vampirique, lié au sexe, l’empêchait d’être fidèle à qui que ce soit sans risquer de le tuer d’épuisement au bout de quelques jours. Etais-ce la raison pour laquelle Noctis refusait d’aller au club ? Une peine de cœur vampirique ? Quel dommage, Raphaël adorait vraiment l’endroit et il lui était souvent arrivé de jouer avec les malchanceux drogués au sang de vampire.
Il n’avait pas conscience de la chance qu’il avait eu en n’allant pas au club Eclipse le soir de l’accident Zack/Lukaz. Surtout qu’il était censé s’y rendre mais il avait eu un imprévu. Enfin, Cornelia avait eu un imprévu et il avait plus ou moins été puni, sans parvenir à reprendre le contrôle de l’enveloppe. Il avait boudé pendant trois jours après ça.
Il ignorait que ça lui avait sauvé la vie.

- Je ne sais pas si t’es pas très dégourdi ou si tu le fais exprès mon petit Noctis mais ça devient lassant. Je dois te faire un dessin ? Généralement, quand quelqu’un te parle de sexe, c’est qu’il a envie de coucher avec toi. Nouvelle leçon gratuite, je suis de bonne humeur aujourd’hui.

Un petit clin d’œil plus tard, le démon se remit à marcher sans direction fixe, du moins en apparence car il se rendait quand même au club Eclipse. Il prenait simplement un chemin détourné.

- Comprends moi un peu. Tu ne veux pas que je goûte à ton âme, tu devrais au moins m’offrir une compensation. Assumes le fait d’être sexy et puissant chéri. Je possédais toujours des corps dans ton genre avant. Bon souvent un peu plus grand et basé, mais ça ne me déplairait pas d’utiliser ton corps malgré tout, encore une fois dans tous les sens du terme. Qu’est-ce que t’en dis ? Tu me fais une faveur ?

Il gloussa et bouscula une fille, parce qu’il avait la tête tourné vers Noctis. Enfin une femme plutôt, en tailleur, qui avait une tête d’avocate ou de juge, ce genre de conneries. Elle ouvrit la bouche pour commencer à s’énerver mais le regard rouge du démon lui fit ravaler sa première exclamation, l’enfonçant si loin dans sa gorge qu’elle aurait pu ressortir par en bas. Il posa ensuite sa main sur son épaule et l’écarta de son chemin avant de reprendre. Sans se soucier du fait qu’elle perdit l’équilibre et tomba par terre en se cognant la tête contre le mur.
Chacun sa merde.

- Toi qui a l’air d’aimer apprendre de nouvelles choses en plus, ça devrait te plaire. Mais bon si tu préfères qu’on commence léger, je peux rattraper l’autre idiote et on se la fait dans la ruelle.

Il se hâta de préciser :

- Et tu donnes le sens que tu veux au verbe faire. Ça te réchaufferas peut-être un peu, parce que t’es devenu carrément glacial quand j’ai parlé d’Eclipse.

Oui, il insistait exprès sur le mot, surtout que sa curiosité avait pris le dessus.

- Qu’est-ce que ce cher Tomas t’a fait, mh ? Il t’a brisé quoi ? Le cœur ? Ah ah les trois en même temps ça ne m’étonnerait même pas de lui note.

Une remarque qui fit bien rire le démon, alors qu’il tournait à l’angle d’une rue.

- Bon, tu proposerais pas une destination au lieu de te contenter de critiquer ?
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Message posté : Ven 1 Aoû - 15:52 Message
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La vie de couple d’Alex avait ses hauts et ses bas et, fidèle à son tempérament qui aimait les grandeurs, Alex avait des bas abyssaux et des hauts vertigineux. Comblé, il l’était souvent, la plupart du temps ; traumatisé aussi, de mois en moins, selon que Lukaz, avec une inconstance constante au point de le rendre, lui, fort suspicieux, parvenait à résister à ses pulsions sexuelles. L’opinion que le mentaliste se faisait des événements de l’Éclipse avait le mérite de la complexité — de sa part, ça ne surprendra personne — et tenait pour une large part à la compréhension toute personnelle qu’il avait des processus mentaux.

Un être tel qu’Alex, capable de façonner par la force de sa volonté la matière du monde, l’esprit des êtres et ses propres pouvoirs, un être disposé à s’entraîner des heures et des heures, jour après jour, pour développer un nouveau pouvoir, et dont les capacités de concentration n’avaient désormais plus rien à envier aux maîtres de yoga, un être tel que lui éprouvait de singulières difficultés à comprendre que l’on pouvait agir sans le vouloir contre ses propres sentiments — une position pour le moins paradoxal quand on pouvait à loisir manœuvrer ceux des autres.

Alors que l’avocate se relevait, victime d’une amnésie ponctuelle et fort efficace, incapable de se souvenir de ce qui venait de lui arriver et, en particulier, du visage d’Alex, celui-ci se laissait conduire sans vraiment s’en rendre compte jusqu’à l’Éclipse : l’habitude des taxis n’avait pas développé chez lui une connaissance topographique très précise de sa propre ville. Un bruyant soupir d’exaspération se fit entendre alors que Raphaël partageait avec lui de nouvelles hypothèses sur la nature de sa relation avec Tomas.

— C’est ça. Je te ferai lire mon journal intime, si tu veux, tu verras combien j’ai du mal à me remettre de cette rupture.

Ceci étant dit, il bifurqua dans la ruelle et s’arrêta de marcher, pour se retourner vers Raphaël.

— C’est un peu comme les conférences avec powerpoint, je crois que je vais avoir besoin d’un moyen pour te forcer à te concentrer. Ne bouge pas.

Sait-on jamais, des fois que Raphaël eût une peur panique des vers luisants. Car Noctis s’était mis à luire — on porte parfois mal son surnom — et l’aura qui l’enveloppait rendit rapidement son corps difficile à distinguer. Quand la lumière se dissipa, Noctis avait disparu avec elle. Tout près de là, de l’autre côté, même, du mur qui séparait l’immeuble voisin de la ruelle, Agatha McAgert était auréolée d’une lumière semblable et, quelques secondes plus tard, elle émergea par la porte de service, appuyée sur sa canne — à soixante-dix-huit ans, elle ne se déplaçait pas aussi vite qu’avant.

— C’est bon ? Tu arrives à penser à autre chose qu’à tout ce que je pourrais te faire avec mes organes reproducteurs ? Tu remarques d’ailleurs que la mienne ne se débat pas.

Agatha était de fait plus docile que Cornelia, mais au-delà de cette pique gratuite, Alex ne se fût pas risqué à émettre la moindre hypothèse sur ce qui avait pu préserver à Cornelia une conscience indépendante après ce qui paraissait avoir été une longue possession. Le contrôle que Raphaël exerçait sur elle et les actes dégradants auxquels il l’engageait auraient dû, selon les standards de Noctis, soit inciter Cornelia à une rébellion ouverte et radicale, soit provoquer l’anéantissement de sa conscience — la demi-mesure dans laquelle elle se trouvait lui paraissait bien mystérieuse.

— Donc, toi et moi, on va faire un petit voyage, mais pendant que j’ai la partie la moins clitoridienne de ton attention, j’en profite pour combler ta curiosité à défaut de combler ton appétit charnel.

Déclara Noctis-Agatha d’une voix chevrotante, avant d’être prise d’une quinte de toux. Ce n’était pas tous les jours que cette retraité des services postaux, adepte de mah-jong et de camomille, devisait avec des démons dans la ruelle où elle jetait ses poubelles.

— Un, Tomas ne m’a rien brisé du tout, mais la réciproque pourrait bien n’être pas toujours vrai. Si tu le connais, tu peux l’inviter à venir me voir et l’accompagner : je te promets de retapisser les murs avec ses entrailles, ça devrait soulager ta frustration.

C’était une demi-bravade. Non qu’il en fût incapable, évidemment — mais force était de constater qu’il ne l’avait pas fait et lorsque Noctis ne faisait rien, c’était en règle générale par défaut de volonté plutôt que d’aptitude. Il eût sans doute été tout à fait en mesure de retrouver le vampire et pourtant celui courait libre — sur l’affaire de l’Éclipse, Alex pratiquait tout de même à demi la politique de l’autruche.

— Deux, tu peux parler de sexe autant que tu veux, me faire tous les dessins du monde, ce n’est pas demain la veille que je coucherais avec toi. Si tu as des besoins urgents, je te conseille de te servir de tes dix doigts, parce que je n’ai rien à offrir. Sur ce…

Agatha se mit à briller — la lueur quitta son corps, voyagea d’un demi-mètre pour retrouver l’emplacement exact où Noctis avait disparu et, bientôt, le corps du jeune homme se recomposa, tandis que la grand-mère manquait de s’effondrer au sol, retenu seulement par une entreprise télékinésique qui permit à sa chute de n’être pas trop brutal. Il ne restait plus qu’à espérer que Raphaël ne fût pas gérontophile.
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Message posté : Ven 1 Aoû - 19:39 Message
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- Je sais penser à plein de choses à la fois, c’est l’avantage d’être remarquablement intelligent, répondit le démon, non sans modestie et avec un naturel désarmant.

Hélas, il fallut que le mentaliste casse son délire en sortant de son corps si sexy pour entrer dans celui d’une vieille peau desséchée.
Cela étant, la démonstration était plus que passionnante. Le voir changer de corps sans la moindre contrainte lui rappelait la capacité qu’il avait perdue en entrant malheureusement dans le corps de Cornelia, près de quinze ans auparavant. Raphaël brûlait de jalousie mais presque tout autant d’excitation. Cette démonstration ne l’avait en rien calmé, que du contraire. Il était encore plus désireux de goûter à son âme.

- Superbe. Sublime. Quel style.

Oui, il applaudissait.
Et non, il n’y avait pas une goutte d’ironie. Le démon appréciait la démonstration comme si on avait fait défiler des chiens de race devant lui et qu’ils avaient exécuté des tours amusants. D’un œil expert, il jaugeait ce corps âgé dans lequel Noctis s’était réfugié. La même âme ou plutôt, la même essence. Ce garçon n’avait rien d’humain, Raphaël le soupçonnait de ne même pas appartenir à ce plan. Qu’était-il ? Il ne se souvenait pas avoir rencontré une personne semblable un jour.
Vraiment intéressant.
Avec un corps moins stimulant que le précédent.
Mais toutefois, intéressant.

- C’est amusant, tu ne veux pas qu’on parle de sexe mais tu joues à qui a la plus grosse. Je te signale que Cornelia ne se débat pas plus que ta petite mamie et que l’âme d’une femme âgée purement humaine n’est pas bien difficile à faire taire. Elle a déjà un pied dans la tombe, qui sait si tu ne vas pas la tuer en ressortant.

Suspens, qui prend les paris ?
Non pas que ça l’intéresse véritablement.

- Tant de haine pour quelqu’un qui ne t’a rien fait…Ca m’intrigue.

Suffisamment pour ne pas relever sa dernière remarque, au sujet de sexe et de dix doigts. Le démon retenait ce qu’il voulait bien retenir.

- Je propose que tu lui expliques toi-même ta façon de penser. Puisque tu m’invites à l’inviter, on va s’inviter nous-même dans son sous-sol.

Cela faisait beaucoup d’invitations d’un seul coup. Sans plus attendre, le démon recommença à marcher en direction du club en question, sans se préoccuper du sort de la vieille dame et se demandant s’il arriverait à prendre Noctis par surprise pendant qu’il serait occupé à répandre les tripes de Tomas sur le mur. Raphaël n’avait pas encore décidé si l’âme de son nouveau compagnon du soir était plus importante que l’éternité d’un vieil ami. Mystère et suspens…En tous cas, il avait envie de provoquer la confrontation entre eux afin d’observer les réactions de Noctis ainsi que leurs échanges. Il était presque certain que quelque chose était arrivé et si ce n’était pas à sa personne directe, c’était à une autre, à qui il tenait. Peut-être une des filles retrouvées mortes ? Il n’en savait rien et il était encore suffisamment tôt dans la soirée pour que son ami ne soit pas ivre de sang.
Suffisamment pour user de ses pouvoirs vampiriques avec rapidité si le besoin s’en faisait sentir, toutefois. Après tout, un aussi vieux vampire n’était pas sans défense, bien qu’il se soit spécialisé dans la fuite.

- Tu me suis ou ta proposition de m’offrir un joli spectacle, c’était du vent ? Je te préviens, je ne te lâcherais pas tant que je n’aurais pas eu au moins une chose de toi.

Son petit sourire criait « sexe » mais un bout de son âme ou un peu de son sang lui aurait tout aussi bien suffit. Pour commencer, parce que le démon ne comptait pas laisser Noctis tranquille de sitôt.
Venait-il de trouver son nouveau jouet ? Oui.
Avait-il conscience qu’il allait probablement y laisser des plumes ? Bien sûr que non.
En attendant, plus qu’une rue au coin de laquelle tourner et ils y seraient.
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