AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Party Time

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Lun 30 Juin 2014 - 22:57 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

30 juin 2014

C’était une terrible et amère constatation, une réalisation tardive sur la (presque) fin de son existence, mais ce soir-là, devant son miroir, Jace le comprenait enfin : il aurait bien eu besoin d’une sœur. Une sœur, grande ou petite, mais une sœur d’à peu près son âge, qui aurait pu lui dire quel tee-shirt allait avec quel pantalon, s’il fallait mettre un tee-shirt, d’ailleurs, plutôt qu’une chemise, si le gel dans les cheveux, c’était vraiment obligatoire, bref, quelqu’un pour s’occuper de son look, dont il ne s’était jamais vraiment occupé. Bien sûr, être blond, athlétique et héroïque rendait généralement les prouesses vestimentaro-capillaires relativement superflues, mais ce n’était pas une raison de se reposer sur ses lauriers. Prudence et lui allaient dans un bar, ou un club, ou une boîte, ou il ne savait trop quoi, à vrai dire, il n’avait pas précisément compris, et il n’avait aucune envie de faire honte à son amie.

Le principe n’était pas de la séduire. Prudence était une excellente camarade et Jace ne songeait pas à elle différemment qu’il le faisait pour Qaletaqa, par exemple : cela ne voulait pas dire qu’il ne pouvait pas faire un effort pour être présentable, ou un peu plus élégant que d’habitude, ce soir-là. Ce n’était pas la première fois qu’il sortait, bien sûr. Bien sûr, il était déjà allé dans un bar. Même, ces derniers jours, il avait essayé un ou deux clubs, nerveusement, timidement, en tentant de faire fonds des conseils de Zachary, qui lui avait intimé de profiter de la vie, mais il avait décidé, après essai, qu’embrasser de parfait(e)s inconnu(e)s dans les toilettes d’un nightclub après avoir menti sur son âge pour entrer, ce n’était pas aussi profitable, pour sa vie, qu’on le lui avait dit.

Normalement, ce soir, tout se passerait bien. D’abord, Prudence ne l’entraînerait sans doute pas dans un nightclub. D’un côté, c’était presque dommage : Jace s’était découvert une passion pour la musique électronique. Une passion peut-être un peu atypique, parce qu’elle dépendait beaucoup de son aptitude à percevoir tout ce que la musique électronique avait, précisément, d’électronique, en bon technopathe qu’il était, mais une passion sincère tout de même. Pas de nightclub, cela dit, s’il avait bien compris. Ensuite, il était à peu près certain de pouvoir se retenir de fourrer sa langue dans toutes les bouches, aussi séduisantes fussent-elles, qui lui passaient devant les yeux, même si les dernières semaines, depuis sa rupture avec Christopher avait été buccalement animées.

Non, ce soir, ce qui l’intéressait, au-delà d’une soirée agréable avec l’une de ses amies — ce qu’il avait l’impression de ne plus avoir fait depuis une éternité — c’était la musique. À mesure que sa cyberpathie s’était développée, Jace avait pris conscience de tout ce que les gens fourraient dans leurs téléphones et, notamment, de leurs musiques. Et de la musique, les gens en écoutaient beaucoup (première révélation) et de la très différente (seconde révélation). L’horizon musical de Jace avait toujours été limité à quelques chansons à la mode qu’il n’écoutait que distraitement, d’ailleurs, dans les salles de sport ou les transports en commun. Quand il travaillait, il n’écoutait pas de musique ; quand il avait du temps libre, il faisait autre chose. C’était un peu dommage, il commençait à en prendre conscience et, puisqu’il était jeune, il avait décidé de se rattraper, par curiosité.

Avec un soupir, Jace finit par opter pour une chemise, pas trop serrée — la fois avec Aishlinn lui avait servi de leçon — et par un jean sans doute un peu classique, mais enfin, les valeurs sûres, que voulez-vous ! Après avoir essayé trois fois et sans succès de faire tenir adroitement ses cheveux avec du gel, l’adolescent se résigna à les rincer et à sortir plus au naturel — ce n’était pas encore ce soir-là qu’il aurait pris du look clubbing.

— Ne rentre pas trop tard !
— Non non !
— Tu as pris des préservatifs ?
— Maman !
— Je demande, c’est tout.

Jace roula des yeux et, avec un soupir, sauta par la fenêtre — tout va bien, calmez vous — pour atterrir dans la rue, quelques mètres plus bas, tout en souplesse. Fort heureusement, les passants étaient habitués à voir des supers sortir de la Tour de la Paix des manières les plus extravagantes et, de toute façon, le jeune homme ne tarda pas à se fondre dans la foule dont les rues du centre-ville ne désemplissait jamais. En un quart d’heure de marche rapide, il eut tôt fait de rejoindre le Jackon’s, un café-bar avec une scène où il ne se souvenait pas avoir jamais mis les pieds, mais dans l’excellente situation, au cour du quartier jeune et populaire du Front de Mer, lui assurait une clientèle constante et toujours intéressé : c’était là que se produisaient régulièrement des groupes locaux, dont certains s’étaient déjà forgés une petite réputation, quand d’autres voyaient dans ces premières représentations devant de petits publics l’occasion de se faire un nom.

Autour du Jackson’s, la moyenne d’âge ne devait pas beaucoup dépasser les vingt-trois ou vingt-quatre ans. Des étudiants principalement discutaient, debout, un verre à la main, le temps de fumer une cigarette et de rejoindre l’intérieur, sans se presser du reste : la température était agréable, depuis le début de l’été, à Star City. Machinalement, Jace détailla quelques visages, croisa quelques regards, adressa quelques sourires, avant de reporter son attention sur la rue, tendant de temps à autre le cou, quand il croyait apercevoir, dans le flot des passants, la silhouette familière de son amie.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 1 Juil 2014 - 0:07 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Les transports en commun, c’est le bien. Ça pollue moins, ça évite les embouteillages et finalement, ça coûte moins cher que de faire le plein. En revanche, la promiscuité, les odeurs rances et la longueur des trajets devenaient rapidement pénibles. Surtout le soir. En particulier du point de vu de Prudence Carter. L’adolescente se connaissait par cœur. Elle aimait bien côtoyer les gens, en général. A passer le ticket dans le bon sens, à trouver une place assise pour la grand-mère, à redonner son sac à quelqu’un l’ayant oublié sur un banc. De là à dire qu’elle jouait au bon samaritain, il ne fallait rien exagérer. C’était des gestes naturels chez Prudence, qu’elle effectuait d’instinct, sans se poser de questions inutiles. Est-ce bien, est-ce mal ? Même s’il lui arrivait de céder à la colère et de protester vertement contre un retard de bus, ou de jurer sur la tête des dieux de Kobol lorsqu’elle perdait son ticket dans une flaque de vomi, elle savait se maîtriser et relativiser sur la situation. Rien ne servait de perdre impatience. Cela n’allait pas faire avancer le métro plus vite.

Mais tout était allé trop vite. Prudence n’avait pas appelé son père. Elle n’avait pas osé. Qu’aurait-il pensé d’elle ? Leur relation avait toujours été fusionnelle, ils se comprenaient rien qu’en se regardant. Elle doutait pourtant qu’il la crut. Toute cette histoire paraissait impossible, passé le premier choc de la révélation. Et si Lena L’y avait menti ? Non, même ce mince espoir hypocrite lui était ôté. Des bribes de souvenirs, les rares qu’elle conservait encore de sa mère, ne pouvaient pas la tromper. Toutes les pièces du puzzle collaient ensemble. Tout s’assemblait parfaitement, aussi fou que cela paraisse. Mais comment aurait-elle pu expliquer à son père qu’il avait épousé une extra-terrestre en fuite et qu’elle lui avait donné une fille à moitié… A moitié quoi, d’ailleurs ? Prudence avait cru pouvoir y faire face pendant un temps. Enfouir ça au fond d’elle-même et vivre avec. Avancer. Mais lorsqu’elle regardait derrière elle, tout ce chemin parcouru jusqu’à Star High et à commencer à maîtriser ses pouvoirs… Tout semblait faux. Prudence cédait peu à peu à la peur. Elle craignait même de devenir paranoïaque. Elle voyait de la suspicion dans le regard de la voisine, de la haine dans l’aboiement du chien, du mépris dans le sourire du facteur. Et si quelqu’un d’autre découvrait la vérité ? Comment pouvait-elle vivre avec ça ?

Alors faire le bien autour d’elle avait pris soudain un nouveau sens. Elle avait besoin de faire comme si rien n’avait changé. De reprendre ses habitudes et les perpétuer. Elle voulait se sentir humaine, juste encore un peu. Jusqu’à ce qu’elle craque et que sa vraie nature se révèle à la face du monde, comme une verrue malaimée sur le nez de l’espèce humaine. Prudence avait peur de ce qui se cachait en elle. Et elle avait besoin de prendre l’air. Elle descendit l'escalier à toute vitesse, sac à dos en mains, portant jean, T-shirt arborant le groupe Scorpions et sandales en cuir.

- Tu rentres vers quelle heure ?

Haussement d’épaules.

- Bon. Tu m’appelles, quand tu rentres ?
- Bien sûr. Ne m’attend pas !

Les yeux d’aigles de tante Emery la suivirent, brûlant sa nuque par leur intensité, comme si la policière cherchait à percer son esprit, jusqu’à ce qu’elle quitte la maison et se perde dans les transports en commun. Il y avait un concert dans le bar Jackson’s, un groupe local qui reprenait des chansons d’Albion ou même de Within Temptation, histoire de taper dans le haut registre du rock et du métal. Cela méritait le coup d’œil. Mieux encore : c’était une bonne occasion de sortir Jace de son quotidien de super-héros. Un rendez-vous presque hebdomadaire, voire mensuel quand il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent en ville, depuis qu’ils s’étaient rencontrés à Star High. Deux électrokinésistes ? Deux fois plus de fun ! Au moins, avec lui, elle ne se sentait pas l’envie de se cacher dans un trou pour attendre un quelconque jugement de la part de la race humaine. Dès qu’elle le repéra, attendant sur le trottoir devant le café-bar, elle agita brièvement la main pour lui indiquer sa position et s’élança dans la foule.

- Jace !

Prudence bouscula quelques étudiants sur son passage, jouant des coudes pour atteindre son ami. Etre l’amie de Thunder possédait quelques avantages. Notamment celui de paraître cool à côté de lui. Car si le leader de la Team Alpha n’excellait pas dans les choix vestimentaires qui s’offraient à lui – on avait l’impression qu’il piochait au hasard... on-ne-savait-quoi, du reste -, cela vous faisait aussi très remarquer dans certains milieux. Ou pas : dans le cas inverse, vous deveniez invisible. Prudence n’y avait jamais prêté attention. Elle ne l’enviait pas, et n’enviait d’ailleurs personne. Et de toute façon, en ce moment, la dernière chose qu’elle souhaitait, c’était d’attirer l’attention.

- Je hais le métro à cette heure-ci l’été, se plaignit-elle en guise d’introduction, tout en roulant des yeux exaspérés. Contente de te revoir enfin ! Je vais finir par croire qu’il faut prendre rendez-vous pour te voir.

Un demi-sourire mutin étira ses lèvres, l’un de ceux qu’elle réservait à ses vrais amis. C’est-à-dire ceux avec lesquels elle se permettait d’être 100% franche en public comme en privé, en toutes occasions. Jusqu'à devenir agaçante au possible.

- D’solée de ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt non plus… J’ai eu un mois assez chargé.

Oh, comme tu mens mal, Prudence Carter… C’est honteux !

Elle se serait volontiers giflée pour faire taire sa conscience. Mais en public, cela risquait de jaser. Et surtout, Jace ne comprendrait pas son geste. Au mieux, il penserait qu’elle était folle. Enfin, plus que d’habitude, cela va sans dire. Au pire… Il la prendrait vraiment pour une folle. Elle préféra opter pour un haussement d’épaules nonchalant.

- Bon, alors écoute bien ! Ce soir, le groupe s’appelle Hell’s Gates. Je sais, c’est hyper classique comme nom. Ils se sont pas foulés pour le trouver. Ça manque d’originalité, je l’admets ! C’est du hard rock un peu façon années 90. Et le bon point : le chanteur est une femme qui, paraît-il, a une voix superbe ! C’est tout ce que j’ai pu trouver comme truc intéressant à écouter pour l’instant. L’été arrive, alors on devrait avoir plus de choix bientôt. Et toi, sinon, ça va ?

Lorsque Prudence parlait musique, elle s’emballait souvent. Son enthousiasme était réputé contagieux mais parfois dangereux. Car elle avait le don de s’attirer des ennuis, quoiqu’elle fasse. Elle espéra n’avoir pas noyé son ami dès leur première sortie depuis un mois. Et lui offrit un sourire réjouis pour mieux faire passer les informations.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 2 Juil 2014 - 12:40 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Au hasard, au hasard, comme on y va ! Ce n’est pas parce que Jace ne mettait pas de rose, ou de cols en V plongeants, ou de tee-shirts rayés, qu’il n’avait pas un style bien à lui — et à des milliers d’autres en même temps. Bon, d’accord, la plupart du temps, il piochait au hasard parmi sa collection de tee-shirts et de jeans, ce qui avait le mérite de ne pas lui faire prendre trop de risques, puisque tous allaient à peu près ensemble. C’était beaucoup moins fatigant que de s’interroger indéfiniment sur les formes et les couleurs. Notez que ce soir Jace avait mis une chemise. Comme quoi.

Il adressa un sourire à son amie, juste avant que son regard ne se fît scrutateur. Il avait désormais de plus en plus de mal à s’en empêcher. Depuis que son intelligence surhumaine avait atteint le stade où n’importe quelle surface du monde devenait une sorte de livre crypté à déchiffrer, ses yeux prenaient bien malgré lui une intensité perçante qui n’était pas faite pour mettre à l’aise ses interlocuteurs. Prudence avait eu un mois chargé, et cette remarque pour un autre anodine s’associait dans l’esprit du jeune homme à des considérations générales : l’emploi du temps de la jeune femme, qu’il connaissait à peu près par cœur, les activités extrascolaires dont elle avait pu lui parler, ses fréquentes, et il dut se faire violence pour ne pas télécharger le contenu de son téléphone.

Personne n’était débordé au point de rompre le contact. Personne n’était débordé, à son âge, avec ses activités, au point de ne pas avoir une heure ou deux à consacrer à ses amis. Mais comment lui en aurait-il fait le reproche alors que lui-même avait été fantomatique pour nombre de ses proches de Star High, ces dernières semaines ? Alors Jace se contenta de dessiner un sourire qui relevait presque de la politesse et hocha la tête, pour prêter une oreille attentive aux explications musicales. Jusqu’à ce que vînt la question fatidique.

— Moi ? Oh…

Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui dire ? Il avait tant de choses qu’il avait caché à ses amis qu’il ne savait plus trop par où commencer. Jace n’avait jamais été un grand bavard quand il s’agissait de partager sa vie personnelle et ses sentiments. Sa conversation et sa sociabilité s’arrêtaient aux portes de ce qui se tramait dans son cerveau et, plus le temps passait, moins la situation s’arrangeait. Il n’allait tout de même pas dire quelque chose comme : Je suis sorti avec Christopher, j’ai failli mourir, ah oui au fait je suis bi, j’ai plaqué Christopher, j’ai couché avec une presque inconnue et sinon, je suis pas trop où j’en suis dans la vie et j’angoisse sur l’avenir.

— Ça va, c’est cool. On rentre, du coup ?

Et avec un sourire fuyant, il pénétra avant elle dans l’établissement, pour se diriger droit vers le bar et commander un coca en échange de quelques dollars. Certains regards curieux le suivirent, c’était inévitable, et Jace baignait depuis si longtemps dans l’attention médiatique, d’abord en tant que fils du Commander, ensuite pour ses propres exploits, qu’il n’y prêtait plus vraiment attention : gérer sa célébrité était devenu pour lui une seconde nature. Il chercha une table haute du regard et ne tarda pas à se percher sur un tabouret, les yeux posés sur la scène encore vide, sauf les instruments, qui attendaient l’arrivée des membres du groupe.

— En fait…

Jace jouait machinalement avec son dessous de verre, ce qui était tout de même un peu crétin, pour un génie, dans la mesure où les dessous de verre servaient à aller sous les verres.

— J’ai rompu avec mon copain.

Ce qui contenait en réalité plusieurs informations : 1. qu’il avait rompu avec son copain (certes), 2. qu’il avait eu un copain (première nouvelle), 3. qu’il l’avait caché, 4. qu’il aimait les garçons (seconde nouvelle), 5. que ça aussi il l’avait caché et 6. qu’il y avait peut-être bien des choses dont il ne parlait pas. Jace jeta un rapide coup d’œil à Prudence, pour lui adresser un demi-sourire d’excuses, avant de reporter son attention sur la scène.

— Mais en fait, ça va. Pour de vrai. Enfin, par rapport à ça, ça va. C’est, j’sais pas, mieux comme ça. Je suppose. Sans doute. Ouais, certainement.

Ça, c’était ce qui s’appelait avoir l’air sûr de soi… Jace avala une gorgée de coca à la bouteille, sous le regard lointain et néanmoins déjà énamouré d’un groupe de jeunes filles trois tables plus loin, venues pour faire les groupies du batteur des Hell’s Gates et désormais lancées sur une proie beaucoup plus intéressante, blonde et héroïque.

— Et toi ? Qu’est-ce que t’as donc tant fait, ce mois-ci ?

C’était à se demander s’il n’avait pas lâché un petit morceau de son existence pour inciter Prudence à se confier à lui, en échange.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 2 Juil 2014 - 15:28 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jace n’eut pas l’air complètement perdu, englouti sous son enthousiasme un peu forcé. Au contraire, il la gratifia d’un regard scrutateur qui n’était pas pour la mettre à l’aise. Elle lui rendit néanmoins son regard sans ciller, pensant qu’il s’agissait d’un test. Ce ne serait certainement pas elle qui baisserait les yeux. Prudence ne baissait jamais les yeux devant son interlocuteur, sauf quand elle se sentait coupable de quelque chose. Que ce soit par défi, fierté, politesse ou instinct de survie. Alors cela n’allait pas commencer avec Jace. Il avait beau être son ami, le grand Thunder et le fils du Commander, elle ne s’écraserait pas devant lui. Et elle savait qu’il acceptait cette attitude de sa part. Cela prouvait qu’ils étaient sur un pied d’égalité. Pourtant, ce regard-là, presque chirurgical, qui lui rappela brièvement le Terminator épiant la fausse Sarah Connor avant de l’abattre froidement, ne la rassurait pas. Et sa réponse évasive, encore moins.

Prudence haussa un sourcil circonspect, peu convaincue par la répartie de son ami et lui emboîta le pas. Le Jackson’s jouissait d’une bonne situation sur la Kane Street, aussi tâchait-il de rester à la mode. Beaucoup de gens s’entassaient devant le comptoir pour commander avant que le concert ne commence. Les musiciens étaient pour l’instant hors de vue. Seuls les instruments rutilaient en solitaires sur l’estrade. Il ne fallut pas plus d’une demi-seconde avant que l’adolescente ne repère la guitare de la chanteuse. Un modèle très récent, en forme de goutte d’eau et peinte de flammes. Une vraie merveille. Prudence en avait les yeux qui pétillaient. Avant qu’elle n’ait pu faire part de son émerveillement à Jace, celui-ci demanda un coca et s’éloigna vers une des tables hautes perchées un peu plus loin. Prudence hésita face au patron. Si elle avait été majeure, elle aurait jeté son dévolu sur une boisson alcoolisée assez forte pour la détendre tout en échauffant son esprit. Quelque chose qui l’empêcherait de trop réfléchir. C’était ça, dont elle avait réellement besoin. Quelque chose pour shooter son cerveau et réduire sa conscience au silence. Mais elle n’avait encore que dix-sept ans. Et tante Emery, par quelque miracle inconnu d’elle, le saurait de toute façon. Quoiqu’elle fasse, sa tante était toujours au courant. A croire qu’elle pouvait lire dans les pensées aussi bien qu’elle déplaçait des objets avec son esprit. Plus concrètement, la culpabilité devait facilement se lire sur son visage, comme la Une dans le journal. La jeune fille emporta son coca en maugréant. Sitôt postée en haut de sa chaise, elle remarqua l’air déboussolé de Jace. Il paraissait nerveux. Et quand il cherchait ses mots comme ça, ce n’était pas bon signe.

Prudence avala de travers sa gorgée de soda. Elle toussa un moment, les yeux exorbités, la gorge en feu. Pardon ? Est-ce qu’elle avait bien entendu ? Elle dévisagea son ami de long en large et en travers. Et commença à réaliser ce qu’il venait de dire. Il renchérit en lui retournant la question, ce qui ne fut pas pour lui plaire. Grimaçant comme si elle venait d’avaler un cafard et non du coca, elle se détourna et feignit pendant quelques secondes de s’intéresser au groupe de fans hystériques qui attendaient devant la scène. Finalement, elle se retourna et se jeta à l’eau. Elle pointa un index accusateur sur lui et asséna :

- N’essaye pas de changer de sujet ! (Soupir.) « Ça va » ? Qui essayes-tu de convaincre ? Moi ? Ça n’en a pas l’air. J’dirais plutôt que le seul ici que tu doives convaincre du bienfondé de ta décision… C’est toi.

Cette révélation signifiait plusieurs choses. Beaucoup d’implications l’accompagnaient. Que Jace s’intéresse aux garçons, pourquoi pas. Ce n’était pas à elle de le juger. Cela ne la choquait pas plus que cela. Il aurait tout aussi bien lui avouer qu’il se déguisait en lapin rose les soirs de pleine lune. S’il se sentait heureux en présence d’un autre garçon, personne n’avait le droit de lui contester ce bonheur. En revanche, Prudence se demandait soudain avec beaucoup d’indiscrétion de qui il s’agissait. Jace avait des amis, plus que la jeune fille ne pouvait les compter et elle ne les connaissait pas tous. Certains étaient à Star High, d’autre non. Il fallait que ce soit quelqu’un dont Jace se sente très proche. Il y en avait bien quelques-uns qu’il appréciait énormément, notamment dans la Team Alpha. Elle pensa tout de suite à Christopher Peck. Elle ne lui parlait pas beaucoup, il avait l’air d’un gentil gars, brave mais très timide. Elle se souvenait parfaitement de ses yeux d’un bleu saisissant. La lumière se fit dans son esprit. Se pourrait-il que… ?

- Mégastar ? Tu sortais avec Mégastar…

Ce n’était pas vraiment une question. Elle était presque certaine d’avoir raison. Si elle ne pouvait pas connaître tout l’entourage de Jace, cette réponse-là paraissait néanmoins la plus logique. Prudence préféra avaler à nouveau une gorgée de coca, espérant étouffer les prochaines questions qui pourraient lui traverser l’esprit. Si Jace n’avait pas envie d’en parler, soit, cela ne regardait que lui.

- Pourquoi n’as-tu rien dit, avant ? Ok, je ne suis ni de la Légion, ni de la Team et on ne se connait que depuis un an. Mais tu sais que tu peux me faire confiance. Je ne te jugerais pas. Jamais. En fait, tu avais le droit de garder ça pour toi. C’est ta vie, c’est toi qui la gères. Mais ça te ne donne pas le droit de te morfondre tout seul dans ton coin ! Souffrir en silence, c’est pas une solution ! En plus, Chris avait l’air sympa, vous vous entendiez bien… Qu’est-ce qui s’est passé ?

Prudence ne l’aurait jamais avoué mais elle se sentait blessée. Un soupçon de reproche avait percé dans sa voix sans qu’elle puisse se retenir. Qu’il lui ait caché pendant elle-ne-savait-combien-de-temps cette information lui faisait prendre conscience qu’il y avait peut-être des secrets bien plus noirs, qu’une malheureuse histoire d’amour, sous le vernis héroïque de Thunder. Et elle n’en voulait plus, des secrets. Elle ne voulait pas perde l’amitié de Jace. Qu’il lui cache des choses sur sa vie privée n’avait rien d’étonnant. Tout le monde le faisait ! Prudence en était parfaitement consciente. Et cela la renvoyait durement à ses propres problèmes. Elle aussi, elle avait ses propres secrets.

Foutue nature humaine de merde ! Est-ce qu’on est condamné à se mentir et devenir des étrangers au fil du temps ?!

- Oublie ça, t’es pas obligé de répondre…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 3 Juil 2014 - 10:55 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Zutalors. Dire qu’il avait trouvé sa diversion toute en finesse ! Jace observait consciencieusement les bulles de son coca pétiller. Il n’était pas fier de n’avoir rien dit. D’abord parce que Prudence était une amie. Ensuite, parce que son silence impliquait une vague honte de sa propre orientation, alors même qu’il mettait un point d’honneur à cultiver, au sein de la Team Alpha, l’ambiance la plus tolérante qui fût. Il se sentait bien lâche de son silence de plusieurs mois et le fossé entre ses convictions et sa pratique, qu’il entreprenait désormais péniblement de combler, à force d’aveux successifs, n’était pas agréable à regarder.

Le blond hocha la tête quand le surnom de Megastar franchit les lèvres de Prudence — et ses yeux se relevèrent enfin quand il sentit poindre le reproche dans la voix de son amie.

— Tu crois que c’est parce que j’te fais pas confiance que j’t’en ai pas parlé ? Sérieux, Prudence…

Il aurait bien aimé lui retourner le reproche, c’eût été plus facile, mais la réaction de la jeune fille était parfaitement compréhensible. Jace secoua la tête.

— J’avais peur, c’tout. J’ai été lâche. Et plus j’étais lâché, plus c’était difficile d’avouer que j’étais lâche. J’en ai, genre, parlé à mes parents, parce qu’ils nous ont surpris en train de nous embrasser. Et à ma tante, parce qu’ils lui en ont parlé. Mais c’est tout. T’sais, j’sais pas, c’tait idiot. Disons que c’est pas comme si ce genre de trucs cadrait avec mon personnage. Quelque chose comme ça. ‘Fin bref…

La vérité, c’était que maintenant, il avait envie d’en parler, pour rattraper le temps perdu, pour avoir des amis, des vrais, des à qui il pouvait dire ce qui lui passait par la tête et le cœur, plutôt que de vivre loin des autres, derrière le mur blindé de son image médiatique trop bien travaillée. En mûrissant, Jace comprenait qu’un super-héros n’était pas un personnage sans aspérité ni humanité et que c’était dans sa complexité peut-être, et ses contradictions, qu’il pouvait être le meilleur modèle pour les autres.

— Mais enfin, je te mens pas. Je me morfonds pas. Je suis… Ouais, triste, ‘videmment. C’était sympa et tout, avec Chris. Enfin, compliqué, surtout, mais sympa aussi. Juste, nos caractères étaient pas…

Jace leva une main pour faire un vague signe sans vrai signification.

— C’est con à dire, mais j’crois qu’c’était une question d’feeling. Chris est sérieux. C’est bien, hein, sérieux. Mais j’ai pas tellement envie de ça, en fait. Maintenant qu’ma vie est… J’sais pas, lancée ? Ouais, lancée. J’ai envie de faire des expériences.

Le jeune homme avait rougi et il espérait à moitié que Prudence ne lirait pas sous sa formulation très générale une partie de la vérité : il n’avait pas envie de s’en tenir à un seul garçon dès ses dix-sept ans. Ni à une seule fille. Certes, les explorations sexuelles ne constituaient pas sa seule motivation : c’était la vie toute entière qu’il avait envie de découvrir. Oh, il était persuadé que Christopher n’aurait pas soulevé d’objections, qu’il aurait même accepté bien des choses, s’il le lui avait demandé, mais Jace n’avait pas envie d’imposer une longue agonie de soumission à cet ami proche, qui sans doute pourrait trouver un compagnon au caractère bien plus proche du sien.

— La vérité, c’est qu’j’suis pas sûr de bien m’connaître moi-même. C’est plus facile d’être Thunder que Jace Roberts. Thunder, je sais où j’vais. Dans ma vie à moi, j’ai eu tendance à prendre le chemin le plus facile et le plus sûr, et je crois pas que ce soit vraiment super indiqué.

L’adolescent avait versé toute sa témérité, tout son amour de la diversité, de la découverte et du danger, dans une existence héroïque qui ne pouvait en satisfaire qu’une partie et l’insatisfaction croissante qu’il avait ressentie dans ses expériences plus personnelles était finalement devenue trop évidente pour qu’il pût encore en détourner les yeux. À dix-sept ans, Jace n’avait aucune envie de continuer à mener la vie presque adulte et rangée qui avait été la sienne et si, comme il l’avait expliqué à Zachary, il ne comptait pas mener une existence de jeune débridé, son désir de profiter de sa jeunesse s’était peu à peu précisé.

— Bref, comme tu le vois, c’est pas super clair dans ma tête, mais en tout cas, j’suis désolé de pas t’en avoir parlé. Qu’est-ce tu veux, des fois, les garçons, c’est idiot et ils ont des complexes de virilité mal placés. Un truc comme ça. En vrai, j’te fais confiance et t’es une super amie. J’suis content de t’voir et j’suis content de t’parler. Mais c’est sûr, des fois, j’ai l’impression d’être un ami un peu indigne.

Et que Prudence parût vouloir éviter de lui parler de ses problèmes à elle le confirmait un peu plus dans ce sentiment.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 3 Juil 2014 - 17:14 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Prudence se mordit la lèvre inférieure avec hargne. Il aurait mieux qu’elle se taise. Elle venait encore une fois de manquer une bonne occasion de se taire. Son père le lui répétait assez souvent. Tout au long du discours de Jace, elle refusa de lever les yeux sur lui et de croiser son regard. Son attitude trahissait sa honte et sa culpabilité. Elle non plus, elle n’avait pas été entièrement franche. Alors comment aurait-elle pu faire des reproches à Jace ?

Lorsque ses paroles firent soudain écho à sa propre situation, elle releva la tête pour croiser son regard bleu. Jace prenait sa vie en mains avec le courage qu’elle lui connaissait. Et il avait entièrement raison d’agir ainsi. Il s’était trop longtemps effacé derrière l’image de Thunder et ses exploits, ses devoirs et toutes les responsabilités qui lui incombaient. Jace Roberts ne pouvait pas être que Thunder où il s’autodétruirait avec une rare impuissance. Nier qu’elle était ravie de ce revirement aurait été une belle infamie ! Elle l’avait à plusieurs reprises poussé à cesser de réfléchir et à se laisser aller. Elle se voyait parfois comme le pendant casse-cou, turbulent et fonceur de Jace. Elle cumulait tous les défauts qui glissaient sur l’armure impeccablement médiatique de Thunder. Mais Jace avait besoin de vivre. A bien des égards, il restait un enfant. Il n’était même pas encore majeur. Thunder était important pour le monde. Mais Jace Roberts l’était tout autant pour sa famille et ses amis. Il n’avait pas à se sacrifier pour la planète, pas de cette manière. Un super-héros heureux est toujours plus efficace qu’un super-héros qui sauve le monde en mode automatique !

- Tu n’es pas un ami indigne. Loin de là ! Je comprends que tu n’ais rien dit, même si je trouve ça idiot. Tu aurais dû être le premier à afficher qui tu es vraiment à la face du monde. Et pas au dernier moment. J’espère que Chris et toi vous resterez quand même amis. Il est trop tard pour les regrets maintenant. Plus le temps de paniquer et de regarder en arrière ! Il est normal à ton âge de chercher à t’amuser, à explorer, à essayer de nouveaux trucs… Merci les conseils parentaux de ma tante… T’es jeune ! T’as toute la vie devant toi ! Tu es Jace Roberts avant d’être Thunder. Toi aussi, t’as une vie à mener. Tu es une personne avant d’être un héros. Car sans un Jace heureux, épanouis et tout le tralala, il n’y aurait pas de Thunder. C’est fou comme t’as mis du temps avant de réaliser… Mais vaut tard que jamais !

Et Prudence lui offrit son plus beau sourire. Qui se crispa cependant après quelques secondes et une gorgée de coca. Si Jace reprenait sa vie en mains pour en faire ce qu’il voulait, pour comprendre qui il était réellement, elle, en revanche, elle pataugeait dans la mélasse. Elle avait toujours cru qu’elle traçait sa vie comme elle l’entendait. Elle ne croyait ni au destin, ni à la fatalité et ne voyait dans les dieux – quels qu’ils soient – que le produit mi rassurant mi effrayant de l’imagination des hommes. Maintenant, sa vie se résumait à quoi, au final ? Elle ne savait plus qui elle était, ni même ce qu’elle était.

- Un livre de philo, dans la bibliothèque de ma tante, dit que la vraie sagesse commence par la connaissance de soi-même. Ben t’es en bonne voie. C’est drôle ! Tu commences enfin à toucher du doigt ce que tu veux vraiment faire de ta vie. Quand moi, je ne sais plus qui je suis…

Elle ferma brièvement les yeux, serrant les paupières jusqu’à obscurcir complètement sa vision. C’était trop dur. Mentir, se cacher, éluder, avoir peur tout le temps… Est-ce que sa mère avait vécu ça ? Sans doute. Peut-être était pour ça qu’elle n’avait jamais semblé totalement heureuse et qu’elle avait eu si peur juste avant l’accident avec la foudre. Sa mère avait dû vivre dans la peur et le mensonge toute sa vie. Prudence ne voulait pas de cette vie pour elle. Sa mère ne pouvait pas en avoir voulu pour sa fille non plus. L’égoïsme avait guidé sa fuite. Mais Prudence voulait croire qu’elle l’avait fait pour sa fille et pas pour se protéger elle-même. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Prudence Carter venait de prendre une décision.

- Je suis à moitié extra-terrestre.

Sa voix ne fut d’abord qu’un murmure hésitant et presque inintelligible. Allez, du nerf ! Un peu plus de courage ! Jace se montrerait tolérant. Peut-être même trouverait-il ça cool. Avec un peu de chance, elle n’allait pas trop l’effrayer. Bon sang, c’était Jace quand même ! Il n’allait pas la pulvériser sur place !

- Je suis à moitié extra-terrestre. Je le sais depuis un mois. C’est pour ça que…
- Mesdames et messieurs, bonsoir ! s’exclama un gars en chemise à fleurs, un micro à la main. Bienvenue au Jackson’s ! Veuillez accueillir ce soir le groupe Hell’s Gates, qui va enchanter cette soirée et vous plongez dans le rock ! Les Hell’s Gates !

Le dernier hurlement du présentateur siffla dans les haut-parleurs, faisant grimacer l’assemblée. La cohue d’étudiants se précipitait dans le café-bar sitôt l’annonce passée. Les derniers mots de Prudence venaient d’être noyés. Tous les regards se portèrent sur l’estrade, où les musiciens entraient en scène sous les applaudissements.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 4 Juil 2014 - 12:47 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jace esquissa un sourire un peu faible. Il n’était pas tout à fait convaincu d’avoir pris la bonne décision, certains soirs, quand il se laissait tomber sur son lit, à écouter la rumeur de la ville, à passer de donnée en donnée, au sommet de la Tour de la Paix, dans l’appartement que le Commander partageait avec sa famille. Ces soirs-là, quand il considérait que ses décisions avaient ouvert des possibilités presque infinies et qu’il lui restait par conséquent tout à construire, Jace regrettait la vie rangée de compromis qu’il était finalement parvenu à construire, avec Chris et la Team Alpha, pas exactement l’héroïsme sans histoire, pas exactement la grande aventure, juste un milieu bancal mais globalement satisfaisant, un peu anesthésiant aussi.

Parler à Prudence lui faisait du bien, comme parler à Zachary lui avait fait du bien : depuis que les relations entre lui et Christopher s’étaient fatalement refroidies, Jace s’était rendu qu’il avait fini par mettre tous ses œufs dans le même panier et que, de tous ses bons camarades, il n’y en avait aucun avec qui il parlât vraiment. Et Jace avait besoin de cela. C’était comme cela aussi qu’il dirigeait la Team Alpha. Il savait prendre les décisions difficiles, en fin de compte, mais il avait besoin de les discuter, de les éprouver aux avis contradictoires de ceux qui l’entouraient. Pour Jace, plus encore depuis que les données de tout Star City traversait continuellement son esprit, les bonnes décisions naissaient des concertations sereines.

Son sourire s’effaça quand celui de Prudence se fit moins aisée et la révélation de la jeune femme fut accueillie avec un haussement de sourcil perplexe.

Mais arrêtons-nous un instant. Dans la seconde qui avait séparé la confession de Prudence et le haussement de sourcil de Jace, ce dernier :
1. avait été surpris et la surprise avait déclenché l’extraordinaire machine qu’était devenu son cerveau,
2. avait rassemblé tous les souvenirs qui lui demeuraient de Prudence, pour tâcher d’y observer des anomalies,
3. s’était interrogé sur les conséquences qu’une pareille diversité biologique aurait sur l’évolution des pouvoirs de la jeune femme,
4. avait considéré les implications psychologiques d’une pareille découverte pour Prudence elle-même
5. et avait spéculé sur les circonstances qui avaient conduit à cette révélation.

La surprise ayant été enterrée au premier millième de seconde, la réaction de Jace avait été, comme de plus en plus souvent, flegmatique et scrutatrice. Mais l’attention du jeune homme fut bientôt happée par le concert qui débutait, moins pour la musique que pour la soudaine charge des différents appareils : les amplificateurs, la guitare électrique, les microphones, les éclairages. Un frisson de plaisir parcourut l’échine de Jace. Il avait au moins sa réponse : la musique purement électronique n’était pas la seule à pouvoir lui procurer des sensations inédites. Sans doute n’eût-il pas goûté la même expérience devant un concert classique ou un récital de guitare acoustique.

Pendant un moment, il resta là, silencieux, les yeux perdus vers un point indéfini de la scène, qu’il ne regardait pas vraiment. Il n’était même pas certain d’écouter la musique plutôt que les vrombissements pour lui bien plus harmoniques du courant électrique. Finalement, il redressa la tête, avala d’une traite une longue gorgée de coca et se retourna vers Prudence, pour pouvoir se pencher à son oreille.

— Viens, on va prendre un peu l’air.

Des concerts, il y en aurait d’autres ; des conversations aussi importantes que celle-ci, probablement pas. Jace attrapa son verre de coca, descendit de son tabouret et rejoignit sans difficulté la sortie : la plupart de la clientèle était désormais massée vers la scène. Même à l’extérieur, on entendait encore la musique monter de l’intérieur du bar, mais dans ces rues animées, elle n’était pas la seule à rythmer le début de la soirée. Une fois dehors, un peu à l’écart pour que la conversation ne fût pas trop aisément surprise, Jace se retourna vers Prudence.

— Alors, ce qui te perturbe, c’est de l’être ou de ne l’avoir appris que maintenant ? Parce que si c’est une question de nature…

Jace haussa les épaules.

— Tu sais, la Légion est pleine de gens très divers, par exemple, les pouvoirs ont des sources multiples. Alors, je sais que tout le monde n’est pas très compréhensif, mais les gens qui n’aiment pas les…

Mieux valait ne pas parler d’alien à haute voix, tout de même.

— … étrangers sont aussi ceux qui n’aiment pas les mutants. L’un dans l’autre, pour toi, ça revient au même. Puis de toute façon, tu ne présentes pas ton passeport aux gens quand tu les rencontres, y a aucune raison que tu leur présentes ton code génétique. C’qui veut pas dire que ce soit complètement négligeable, évidemment.

Il y aurait toutes sortes de précautions à prendre. Comment pouvait-on par exemple espérer procurer les meilleurs soins à Prudence en cas de maladie si l’on ignorait la plus grande partie de sa physiologie ? Même Jace, qui était humain, mutant, certes, mais humain, échappait souvent aux protocoles médicaux les plus courants et ses particularités physiques avaient bien failli lui coûter la vie.

— Comment tu l’as appris ?
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 4 Juil 2014 - 16:20 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Lorsque Prudence osa jeta un œil sur son ami, pour guetter sa réaction, Jace avait repris son expression lointaine. Celle dont il l’avait gratifié avant d’entrer dans le café-bar, quoiqu’en moins inquiétante. Elle préféra se replonger dans sa contemplation du concert. La musique emplissait ses oreilles et la faisait littéralement vibrer. La saturation des guitares, alliée aux basses et aux percussions, résonnaient avec l’énergie électrique qui pulsait sans arrêt en elle. Tandis qu’elle suivait amoureusement des yeux les lignes courbes de la guitare de la chanteuse, la bioélectricité de son corps entrait en résonnance avec celle de la musique, vibrant sur le même rythme. Cela se produisait de plus en plus souvent depuis quelques années. Si quelqu’un l’avait touché à cet instant, ou même ne serait-ce qu’effleurer, il aurait senti un léger choc électrique, comme lors des orages, le parcourir en retour. Lorsque Jace annonça leur départ, Prudence se résigna à le suivre docilement jusqu’à la sortie.

- L’annonce ne mentait pas. Elle chante divinement bien, cette fille ! s’exclama-t-elle pour elle-même.

Elle se promit de se renseigner sur leur prochain concert. Même si le batteur ne semblait pas à la hauteur de sa réputation, car il jouait vraiment comme un pied. Jace lui servis alors un étrange discours. Etrange, parce qu’il lui parlait soudain de la Légion des Etoiles. Prudence en rêvait depuis qu’elle avait appris à lire et à allumer la télé toute seule. Elle vivait – en partie – pour rejoindre les rangs de ces légendes. La gloire ne l’intéressait pas. Elle voulait prouver qu’elle savait faire quelque chose de bien. Elle voulait entrer dans l’Histoire par la grande porte et faire ce qu’elle avait toujours voulu accomplir au grand jour : se battre pour ses idéaux, pour maintenir un monde désordonné en équilibre, participer à l’éternelle bataille contre l’égoïsme, la peur et le mensonge. Certes, c’était là un bien grand rêve. Naïf, orgueilleux et ambitieux mais grandiose rêve. Et Thunder en entendait parler Lightning Girl depuis un an.

Jace avait raison sur le fond. Dès sa première question, il l’avait percée à jour. Elle se sentait vraiment mal à l’idée d’avoir d’abord voulu lui mentir à ce sujet. Elle ne valait pas mieux que lui, sur ce coup-là. De quoi aurait-elle dû avoir peur ? Elle vérifia d'un rapide regard qu'il n'y avait pas d'oreilles indiscrète à portée de voix.

- Dis les choses comme elles sont, s’il-te-plait. Ne prend pas de gants avec moi. Je suis une alien. Je suis un croisement interplanétaire, une hybridation interstellaire, bref, appelle ça comme tu veux !

Elle jeta sa canette vide de coca dans la plus proche poubelle puis se passa une main lasse sur le visage. Elle avait besoin de mettre dans l’ordre dans ses pensées. Elle devait formuler clairement son problème. Elle soupira. Et réussit à parler plus calmement.

- J’ai fait la connaissance d’une extra-terrestre vraiment sympa. Ça s’est fait un peu par hasard. Elle a reconnu en moi des gènes non-humain. Je sais qu’elle disait la vérité ! Je l’ai senti. Maintenant, je comprends tout. Est-ce que je t’ai déjà parlé de ma mère ? Ben si c’est pas le cas, j’t’ le dis… Ma mère nous a abandonné, mon père et moi, quand j’avais sept ans. Elle a disparu comme ça, sans dire au revoir et personne ne l’a plus jamais revue. Je garde très peu de souvenirs d’elle. Mais maintenant, je comprends son geste…

Prudence baissa les yeux, comme si elle se sentait coupable de la fuite égoïste de sa génitrice. Elle aurait dû la haïr. Pour lui avoir menti, pour ne l’avoir assez aimé pour l’aider et rester avec sa famille. Elle n’y parvenait toujours pas.

- Elle a eu peur. Je pense qu’elle a vécu une grande partie de sa vie dans la peur. C’est elle, l’extra-terrestre de la famille. Je le sais. Apprendre que je ne suis pas totalement humaine – même si je pensais être mutante -, c’est déjà dur en soi. Je ne sais pas à quoi je vais ressembler quand je vieillirais, ni comment mes pouvoirs vont évoluer ni comment ce croisement va s’effectuer avec mon ADN humain. Je m’y ferais sûrement. J’ai pas le choix ! Mais que ma mère m’ait menti si longtemps, qu’elle ait menti à papa, qu’elle soit partie plutôt que de s’occuper de moi ! C’est pas une mère que j’ai eu, c’est un fantôme ! Même son acte de naissance est faux !

Prudence shoota dans une poubelle, incapable de contenir son accès de colère. Le plus difficile serait de savoir à qui faire confiance, dorénavant. A qui dire la vérité sur sa réelle nature. Elle releva les yeux sur Jace. Contrite et impuissance, elle lui retourna un sourire cynique.

- Le bon point ? Je ne suis pas une Grue.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 5 Juil 2014 - 14:12 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Adossé contre la façade du café, les mains dans les poches après avoir posé son verre sur le rebord d’une fenêtre, Jace observait parfois Prudence, le plus souvent tel ou tel passant. Des distractions lui étaient devenus nécessaires pour penser calmement à un seul problème et ne pas se laisser emporter par des spéculations trop abstruses ; les foules étaient une excellente réserve de grains à moudre pour son cerveau, il y avait toujours quelque chose à voir et à déduire sur les gens qui allaient et venaient, et ce bruit de fond dans ses neurones lui permettaient paradoxalement d’avoir l’esprit plus libre, et surtout moins analytique et plus sensible à l’empathie, quand il discutait avec un proche.

Cela n’empêchait pas que la situation de Prudence fût difficile à concevoir. Elle demandait un effort de projection qui n’avait rien d’intellectuel et devant lequel, par conséquent, Jace se trouvait impuissant. Quand il essayait d’imaginer son père ou sa mère lui avouer qu’ils avaient toujours menti, ou tout du moins toujours caché quelque chose, l’adolescent ne parvenait pas à anticiper sa réaction. Sans doute la réaction de son amie n’était pas totalement incompréhensible ; elle était probablement à la fois saine et normale, mais le sain et le normal, Jace n’était plus sûr d’en être très familier.

— Il y a des humains mutés qui ont des tentacules, ce genre de choses. Je veux dire que c’est possible d’être plus différent de gens avec lesquels on partage la même origine biologique, plus ou moins, que de gens d’une espèce différente.

Et les espèces différentes, ce n’était pas ce qui manquait à Star City. Jace connaissait, mais de loin, le Docteur Simien, sans compter les réfugiés extraterrestres contrôlés par l’UNISON, les créatures magiques qu’il avait pu croiser à l’occasion, et il supposait que la ville, le monde, était encore plein d’entités plus ou moins anthropomorphes, ou même complètement distinctes de l’être humain, capables d’interagir avec lui et de vivre en bonne harmonie. Avec un zeste d’utopie peut-être, l’adolescent avait conservé sa profonde foi en la diversité et en la possibilité de construire des sociétés multiculturelles et, pourquoi pas, multi-espèces.

— Encore une fois, ça ne changera rien à ton intégration, à ta capacité à nouer des liens, tu vois. En revanche, c’est vrai, ça laisse de grandes zones d’ombre sur ta biologie. C’la dit, c’est pas non plus spécifique à l’hybridation, c’est le cas aussi pour pas mal de mutants.

Le regard de Jace s’était brièvement arrêté dans celui de Prudence. C’était pour lui une manière très indirecte d’évoquer le coma dans lequel on l’avait plongé, après son arrêt cardiaque, plusieurs semaines plus tôt, quand pendant quelques heures les rumeurs sur sa possible mort avait circulé, un incident qu’il n’évoquait jamais mais qui avait achevé de prouver, en même temps que la difficulté de Sydney à trouver le traitement exactement adapté aux effets secondaires dangereux de ses pouvoirs, combien son organisme échappait au contrôle de la médecine traditionnelle.

— Ça n’empêche que c’est possible de faire des tests et des analyses, pour au moins prédire un peu, et en savoir plus. Y a ce qu’il fait au lycée, et à la Tour de la Paix. À l’UNISON aussi, je suppose, mais l’UNISON, ils sont plus… moins…

Jace comprenait bien la nécessité d’une instance paragouvernementale stricte qui pût réguler le phénomène extraterrestre et protéger la population, mais il n’avait aucune envie de voir son amie enfermée dans un laboratoire parce que des scientifiques trop méticuleux éprouveraient le besoin de l’étudier en détail.

— … Stricts. Disons. On a le matos et les scientifiques pour, on peut faire ça chez nous.

Ou chez Sydney, plus précisément.

— C’est pas pressé, tu verras quand tu te sentiras prête. Mais faut pas t’attendre à tout découvrir comme ça sur toi-même. J’suppose que c’t’un peu comme la mutation, une espèce de processus aléatoire et inconnu. Ou comme la vie, en fait, en général.

Parce que personne ne savait exactement à quoi il ressemblerait en vieillissant et s’il vieillirait bien.

— Pour ta mère…

Jace laissa échapper un soupir, parce qu’une fois encore, il prenait conscience de combien son enfance et sa famille privilégiées le rendaient peu capable de cerner les problèmes pourtant si fréquents chez les jeunes gens de l’entourage, où les difficultés et les abandons faisaient souvent partie du quotidien.

— J’connais pas votre vie d’famille et tout. Et sans vouloir donner d’leçons, j’crois qu’y a quand même deux trucs à prendre en considération. Le premier, c’est que c’est pas parce que y a quelque chose de particulier dans la vie que tout se ramène à ça. Quand j’suis malade, la première chose que mes parents se disent, c’est qu’c’est à cause de ma mutation. La première chose qu’ils ont pensé, quand j’ai plaqué Chris, c’est qu’c’était parce que j’étais pas vraiment attiré par les garçons. Les gens pensent jamais que c’est juste la vie, que ça arrive à tout l’monde et que tes particularités les plus criantes, elles sont pas forcément la cause de tous tes problèmes. Peut-être que les problèmes de ta mère, c’était des problèmes de tout le monde, parfois. Ça les rend pas moins tristes ou moins douloureux, c’est sûr, mais être d’une autre espèce, ça la résume pas et ça te résume pas non plus, tu vois ? Ensuite, ben… Disons qu’ta mère, elle ait été comptable pour la mafia italienne à New York et qu’elle soit v’nue vivre dans le fin fond de l’Indiana grâce au programme d’protection des témoins, qu’elle ait rencontré quelqu’un et fait un gosse, ben elle aurait menti, c’est sûr, mais ça rend pas tout c’qui s’passe après le mensonge moins véritable et moins important, tu crois pas ?
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 9 Juil 2014 - 17:52 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Les paroles de Jace résonnaient en elle avec les accents purs et sincères de la vérité. Tout cela, elle le savait. Au fond d’elle, elle n’ignorait pas que quelque différence que ce fut, on aurait toujours du mal à l’accepter. L’être humain était ainsi fait. Elle n’avait pas besoin de se l’entendre dire. Elle l’avait si bien appris, qu’un mépris envers l’intolérance et l’étroitesse d’esprit des gens s’était fortement ancré en elle. Prudence était prête à accepter n’importe quoi, pour peu que cela ne bouleverse pas trop sa morale et ses principes. A moitié alien ? Pas de problème, elle aviserait en temps voulu, dès l’apparition des nouveautés génétiques avec le temps. Elle n’avait pas pour habitude de s’apitoyer sur son sort. Elle choisissait quelle voie sa vie devait suivre. A chacune de ses décisions, elle en acceptait les conséquences et les possibles erreurs qui en découlaient. Elle ne regardait jamais en arrière, ou plutôt s’y efforçait-elle. Les regrets freinaient la plupart des gens dans l’accomplissement de leur vie. Et de leurs rêves. Prudence avait vite compris, que pour réussir à atteindre son idéal et se faire accepter par le reste du monde, sur le long terme, elle devait d’abord faire corps avec elle-même. Qu’elle soit mutante ou extra-terrestre, quelle importance, au final ? C’était à elle de décider de ce qu’elle voulait faire de ses pouvoirs. Sa nature n’était peut-être pas celle escomptée. Mais cela ne modifiait pas son mode de pensée, ni son code moral durement acquis. Sa force résidait dans sa capacité à ne pas se laisser abattre. Lorsqu’elle chutait, elle ne restait jamais à terre bien longtemps. Et la raison, logique et imparable, parlait par la bouche de Jace. Elle ne pouvait qu’être d’accord avec lui. Alors pourquoi se sentait-elle si mal ?

- Je rêve ou tu es train de défendre ma mère ?

Elle aurait aimé pouvoir lui dire combien ses paroles de réconfort – un peu maladroites – lui faisaient du bien. Combien il était bon d’entendre ce qu’elle pensait tout bas, car les mots prononcés à voix haute devenaient soudain tangibles et sûrs. Combien elle sautait de joie à l’idée de découvrir qui elle était vraiment, et si quelqu’un de la Légion pouvait l’aider à en savoir plus. Contre toute attente, sa langue venait de lui échapper. Son cerveau fatigué n’avait retenu que la dernière partie du discours de son ami. Et bloquait sur un détail, un infime détail, minime, qui pourtant brisait en éclats le petit univers que Prudence Carter s’était bâtie en dix ans.

- Ne lui cherches pas d’excuses ! Elle aurait pu au moins me dire ce qu’elle était avant de tout plaquer ! Comment a-t-elle fait pour cacher sa nature pendant si longtemps ? Comment personne n’a pu découvrir qui elle était et comment elle est arrivée ici ? Que faisait-elle sur Terre ? Monter une expérience pour voir les résultats d’une hybridation, avant de la laisser tomber ?

Son accès de colère retomba aussi vite qu’une vague se fracassant sur des falaises. Néanmoins, quelques éclairs brillaient encore parmi l’orage contenu dans ses prunelles. Elle jeta un regard noir à Jace avant de brièvement se retourner et d’inspirer à fond. Il fallait qu’elle garde le contrôle. Elle devait se calmer. Ce n’était vraiment pas le moment d’enclencher le processus de production de masse d’électricité dans le coin.

- D’solée. J’aurais pas dû crier. C’est ridicule. Tout ça est RI-DI-CU-LE !

Lorsqu’elle fit volte-face, sa voix ne tremblait plus. Elle enfonça ses mains dans ses poches pour en masquer la crispation. Imperturbable tel un vieux sage, Jace la poignardait de ses yeux bleus comme s’il cherchait à regarder au-delà d’elle. A peine cette pensée lui traversa-t-elle l’esprit qu’elle la rejeta avec un léger malaise. Et lui, alors ? N’avait-il pas eu récemment des problèmes avec sa propre mutation ? Ses pouvoirs semblaient se développer très vite, au vue des quelques démonstrations dont il lui avait fait part avant la fin des cours. Lorsque la rumeur de la mort de Thunder avait circulé sur Internet, Prudence n’y avait pas cru. Elle n’aurait jamais mordu à l’hameçon, à moins de voir son corps de ses propres yeux. Tel saint Thomas, elle devait voir pour y croire. Et croyant immédiatement à un immonde canular, son téléphone portable avait manqué finir en feux d’artifice. Mais maintenant qu’elle faisait face à Jace, elle se demandait soudain si cet épisode était réellement entièrement faux.

Décidemment, c’est pas un bon jour pour aucun de nous deux, mon gars…

Prudence hocha les épaules en un geste désinvolte. C’était sa manière de dire que le débat sur sa mère était clos, sauf si elle trouvait une nouvelle preuve de la félonie maternelle à son encontre.

- Tu as raison, à propos de l’UNISON, tout ça… Il faut que j’y réfléchisse. A tête reposée. Je viens de passer un mois à faire du ménage et tout ce qui pouvait me tomber sous la main comme petits boulots, pour essayer de penser à autre chose. Mauvaise tactique. Fuir la réalité ne m’aidera pas. Il faudrait que je recontacte Lena L’y – c’est le nom de l’extra-terrestre de l’UNISON dont je te parlais… Oh, misère ! J’espère qu’il ne lui est rien arrivé depuis. Les codes sociaux entre êtres humains et elle, ça fait deux !

Rien que de penser à son étrange associée assoiffée d’apprendre – et très ingénue -, elle fut partagée entre l’hilarité et la peur qu’il ne soit arrivé quelque chose. Quoiqu’avec ses pouvoirs, et malgré son ignorance de tous les us et coutumes des Terriens, elle ne pouvait pas rester en danger pendant longtemps. L’Ether, comme elle l’appelait, devait régulièrement venir à son secours. Elle n’avait pas de soucis à se faire à propos de Lena L’y. Elle saurait se tirer de toutes les situations avec de tels dons, Prudence n’en doutait pas.

- Écoutes, Jace. Je veux bien aller avec toi, rencontrer des Légionnaires qui pourraient m’aider mais… Pas aujourd’hui. J’pense pas que… Je sois prête. Je vais avoir besoin de temps pour digérer tout ça, tu comprends ?

Rencontrer des Légionnaires des Etoiles. Rencontrer des gens qui ne craignaient pas de se cacher ni de se battre pour un idéal. Où chacun devait mériter sa place. Un idéal qui correspondait à celui de l'adolescente. Et qui lui faisait défaut.

Une porte de bar s’ouvrit à la volée. Ce n’était pas celle du Jackson’s. Un joyeux quatuor émergea d’une fournaise colorée et bruyante, qui se répandait dans la rue tandis que le battant se refermait en chuintant. Prudence les suivit du regard. Elle qui n’avait jamais envié qui que ce soit, et surtout pas les non-mutants, elle connaissait les revers d’une trop grande confiance en soi. Et la vie insipide, codée par la société, normale même, lui semblait un doux rêve, facile à toucher du doigt mais définitivement inaccessible. Elle eut honte d’une telle pensée. La voie facile, comme l’avait dit Jace quelques instants plus tôt, n’était pas souvent la meilleure solution. Reposante, quotidienne mais dépourvue d’exaltation intellectuelle. Et même d’exaltation, tout court.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 10 Juil 2014 - 22:44 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Est-ce qu’il avait vraiment essayé de défendre la mère de Prudence ? Est-ce qu’il avait seulement essayé de réconforter son amie, en lui peignant un tableau peut-être un peu trop optimiste des intentions de celle qui lui avait supposément donné le jour ? Pendant une fraction de seconde, Jace sentit le doute s’instiller dans son propre esprit. Pendant une fraction de seconde, il se demanda s’il n’avait pas évoqué toutes ces possibilités pour la seule beauté du geste, parce que c’était une façon d’envisager la situation sous toutes les coutures, même les plus cachées ou les plus improbables, comme une sorte de petit problème purement intellectuel. Le doute disparut. C’était à Prudence qu’il pensait. Il n’était pas en train de se transformer en monstre. Certainement pas.

La réaction un peu vive de son amie ne le heurta pas — il s’était habitué depuis longtemps au tempérament volcanique de la jeune femme, qui tranchait avec sa propre attitude modérée et, en somme, bien avant l’apparition de sa super-intelligence, en quelque manière calculatrice. Prudence ressentait les choses pleinement et les exprimer à l’aune de ses sentiments ; Jace n’était pas toujours moins sensible, mais il était souvent beaucoup plus contenu. Précisément l’une des raisons pour lesquelles Zachary tentait de le convaincre de se laisser un peu.

Du reste, toutes les questions de Prudence étaient légitimes et elles éveillaient la curiosité de Jace. Présentée ainsi, il comprenait fort bien que la situation pût perturber son amie : c’était un problème sans réponse et les problèmes sans réponse, découvrait-il de plus en plus, jour après jour, étaient peut-être la chose la plus frustrante de l’univers. Même si, pour la jeune fille, la frustration ne devait pas être purement intellectuelle. Jace hocha la tête quand Prudence demanda un peu de temps avant de se soumettre aux tests des Légionnaires.

— ‘Videmment. J’disais ça, c’pas une obligation ou rien. C’est sans doute la chose la plus prudente à faire, puis la plus utile, pour toi, pour tout l’monde, mais c’pas une obligation. Tu peux très bien vivre sans en savoir plus, même si…

Même s’il ne parviendrait probablement plus jamais à comprendre ce genre de choix. Il haussa les épaules.

— Laisse les choses se tasser un peu, si ça peut t’aider, et viens nous voir quand tu seras prête. Les portes de la Tour de la Paix te sont ouvertes, de toute façon.

Pas parce qu’elle était son amie, simplement parce que c’était à ça, aussi, que servait la Légion. Même l’UNISON était moins à même d’offrir un havre de paix, ou ce qui pouvait s’en rapprocher le plus, aux individus les plus étranges.

Jace jugea plus prudent de ne pas épiloguer sur les interrogations de Prudence. Les questions qu’elle avait formulées, sans être rhétoriques, étaient bien plus probablement des angoisses exprimées à voix haute que de véritables interrogations, pour l’heure. Il glissa néanmoins :

— Puis l’UNISON est pas toujours très partageuse, mais quand même, on a de bons contacts, et si y a des gens capables d’avoir des données sur qui est entré comment sur la planète, c’est bien eux. Pas toutes les données, pas toutes les réponses, mais au moins des traces, si un jour tu veux qu’on commence une enquête.

On, parce que Jace n’avait pas pour habitude de lâcher ses amis dans la nature quand il avait besoin de son aide, encore moins quand les amis en question étaient un peu trop secoués pour maîtriser entièrement leurs pouvoirs. D’ailleurs, dans l’état où se trouvait la jeune femme, le leader de la Team Alpha jugea plus sage de ne pas rentrer séance tenante dans un bar où les instruments électriques continuaient à rythmer la soirée. Électrocuter une guitariste par mégarde aurait été un sinistre épisode dans la sortie à deux.

— Et pour ton amie, Lena, t’inquiète. À Star City, y a pas besoin d’être un alien ou même un mutant pour être complètement timbré. T’as pris l’métro, tu t’en es rendue compte. Au mieux, elle passera pour une originale, au pire, elle passera pour une alien et la plupart des gens s’en fouteront, parce qu’ils sont plus à ça près. J’suppose qu’ça fait partie du charme douteux des villes comme la nôtre.

L’indifférence des citadins les uns pour les autres n’avait pas que des désavantages. Évidemment, Lena pouvait toujours s’attirer des ennuis — sans blague — mais n’importe qui était susceptible de tomber sur les mauvaises personnes et Jace jugeait vain de s’inquiéter de la sorte.

— Puis si t’as vraiment besoin de te changer les idées, oublie les p’tits boulots, on pourrait sortir d’ici. Pas là maintenant, mais un week-end, tu sais. Les cours sont bientôt finis, le camping ou les machins comme ça, ça coûte pas super cher, on pourrait facilement prendre le large.

Un mois plutôt, il n’eût jamais proposé quelque chose de semblable, bien trop écrasé par la responsabilité démesurée de veiller en permanence sur la ville, mais Jace écoutait les conseils de ses amis — et Zachary lui avait conseillé de lâcher du lest.

— ‘Fin, j’dis camping, on peut aussi, j’sais pas… Faire du couchsurfing et visiter une autre ville. Un truc dans l’genre.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 11 Juil 2014 - 19:35 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Pas très partageuse, l’UNISON. Ça, c’est le cas de le dire !

Prudence préféra garder sa réflexion pour elle. Si elle respectait les forces de l’ordre et admirait leur travail, de quelque organisation que ce soit – judiciaire ou gouvernementale -, cela ne l’empêchait pas de leur trouver des défauts. Et parfois, des failles monumentales. Lena L’y avait une puce GPS dans son portable, par exemple. Quelle horreur ! Mais nécessaire. Tout compte fait, elle regrettait de ne pas l’avoir questionné tout de suite après leur rencontre. Cela aurait été si facile de lui demander tout ce qu’elle voulait. Lena L’y semblait savoir tant de choses grâce à ses deux cerveaux. Leur brève expérience restait gravée dans sa mémoire. Elle laissa néanmoins Jace continuer, ne souhaitant pas l’interrompre.

Elle haussa les épaules comme Jace avançait l’idée que sa nouvelle amie l’extra-terrestre ne risquait rien. Même dans le métro le plus pourri de la planète. Il n’avait pas tort. Lui n’avait pas été le témoin direct de la spectaculaire puissance de ce petit brin de rouquine. Sa proposition, en revanche, lui fit écarquiller démesurément les yeux. Et elle prit conscience de c’était exactement ce dont elle avait besoin. Aller voir la Légion, d’accord mais pas tout de suite. Il lui fallait s’échapper de la ville. Et ne plus penser qu’à elle, loin des pressions familiales, des professeurs ou des amis trop encombrants. Evidemment, aux yeux de Prudence, Jace n’était pas de ceux-là. Il faisait partie des rares personnes à qui elle pouvait tout dire, même le plus dur. Elle fut surprise de l’entendre proposer une telle chose. Elle ne l’en aurait pas cru capable mais puisqu’il avait décidé de vivre pleinement à partir de maintenant, cela n’avait plus rien de surprenant.

- Partir ? Quitter Star City ? Excellent ! s’exclama-t-elle derechef. C’est exactement ce dont j’ai besoin en ce moment. Ce dont nous avons besoin, en fait. Prendre l’air et faire le point. Je pense qu’on a besoin de se sentir vraiment humains, pour une fois et pas juste comme des héros ou des aliens. De toute façon, c’est pas en ressassant les problèmes qu’on les résout.

Elle allait enchaîner lorsqu’elle repéra du coin de l’œil un gamin qui tenait son portable d’une drôle de façon, de l’autre côté de la rue. De fait, l’appareil se dressait à la verticale, son objectif photographique miniature braqué sur Thunder. Esquissant un sourire de lionne, elle fit mine de lisser une mèche volage pour mieux pointer son index vers le garçon. Une minuscule décharge fusa jusqu’au téléphone portable, juste assez forte pour planter le système et brouiller les communications. Le gamin pesta, jura et finit par s’éloigner. Prudence n’eut pas du tour l’air contrite. Ce genre de farce était devenu sa spécialité.

- Pas pu m’en empêcher. Désolée, mentit-elle effrontément. Ça va te permettre de t’éloigner un peu de tes fans. La Team Alpha devrait survivre un jour ou deux sans toi pour les chaperonner. Et moi… (Soupir théâtral.) Moi, je vais pouvoir réfléchir à des questions, sensées et claires, à poser lorsque j’irais à la Tour de la Paix. Je ne dois pas être la seule dans ce cas. Et je ne serais sans doute pas la dernière personne, à devoir réapprendre à savoir qui elle est, et ce qu’elle est. Mais j’y arriverais. Je survis à tout. Ou je ne m’appelle plus Prudence Carter.

Les mains dans ses poches, tout son poids reporté sur sa jambe droite, l’adolescente réfléchit quelques secondes. De vagues images tirées de publicités passant en boucle à la TV.

- Je n’ai rien contre le camping. Je dois juste vérifier mon budget pour les vacances. On pourrait aller jusqu’à Vancouver, voir les plateaux de tournage… Ou alors, à Hawaï ! J’adore les gambas. T'as des idées ? Si possible, un endroit où il fait chaud.

L’enthousiasme légendaire de Prudence reprenait le dessus. La perspective de ce petit week end de détente l’emplissait d’excitation et d’impatience. Elle aurait voulu être déjà loin.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 12 Juil 2014 - 11:29 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Pas toute seule ? Jace s’abstint de tout commentaire, même s’il n’était pas persuadé, au fond de lui, que les hybrides extraterrestres-humains courussent les rues. Les extraterrestres eux-mêmes demeuraient quelques cas isolés, dans le monde, pour autant qu’il fût au courant, et la cellule de quarantaine de l’UNISON n’avait pas l’air de rassembler à l’astroport des Men in Black. Peu importait. Ce n’était pas le moment d’inspirer à Prudence le moindre sentiment d’isolement, d’autant moins, du reste, qu’il ne croyait pas que la génétique ou la nature physiologique des individus dussent exercer une influence capitale sur leur aptitude à nouer des relations les uns avec les autres. Prudence était peut-être un cas unique. Et alors ?

L’enthousiasme de la jeune femme à la perspective de quitter Star City, tout comme ses plaisanteries sur la difficulté qu’il éprouvait manifestement, et qu’il avait toujours éprouvé, à se séparer de la ville qu’il protégeait, des fans qui l’y admiraient et d’un quotidien mouvementé et dangereux, certes, mais somme toute familier, fut accueilli avec un sourire un peu triste, parce qu’il remémorait à Jace les remarques semblables que Christopher avait pu lui faire, quand ils avaient passé un week-end en Floride, chez la tante de Thunder.

Parfois, il avait l’impression de faire enfin exactement ce que son ancien compagnon attendait de lui et l’ironie de la situation touchait à l’injustice. Les sentiments du justicier étaient toujours confus sur la question et son aptitude phénoménale à se sentir coupable pour tout et n’importe quoi ne l’aidait certes pas à y voir clair. Il força un peu plus son sourire, en tentant de chasser, mais sans succès, ces problèmes nécessairement insolubles de son esprit.

— À partir du moment où on descend un peu dans le sud, j’pense, à cette période, il va faire chaud, nécessairement. Si on part sur le camping, c’est surtout le trajet qui va coûter cher. Hawaï, je sais pas, c’est quand même vachement loin, non ?

Jace avait souvent rêvé de voyages, mais il ne s’était jamais penché sur les considérations pratiques inhérentes à toute épopée de jeunesse. On ne traversait pas les États-Unis n’importe comment et les océans encore moins : les économies de l’adolescent grossissaient certes lentement, mais il n’avait aucune envie de les épuiser toutes dans un seul voyage. Le jeune héros plissa légèrement les paupières et, après une demi-seconde, déclara :

— 800 dollars environ, 1600 du coup pour l’aller-retour.

Il avait pêché l’information sur Internet, quelque part. Il ne savait pas précisément par lequel des milliers de terminaux environnants, téléphones, tablettes ou ordinateurs, son esprit était passé ; plus son pouvoir s’affinait, plus Jace avait l’impression que le réseau était devenu pour lui une réalité quasi indépendante des machines qui permettaient d’y accéder, une sorte de vrombissement continu du monde qui l’entourait, dont il était devenu un récepteur-décodeur privilégié.

— Ça fait un peu cher, quand même.

C’était le problème de vivre dans le nord de la côte est : les destinations ensoleillées rêvées avaient tendance à se trouver à de nombreuses heures d’avion. Ces destinations défilaient d’ailleurs dans l’esprit de Jace, avec les prix annoncées par les compagnies aériennes nationales, tandis que dans un autre coin de son esprit s’ouvrait le tableau de ses comptes en banque, les calculs de ses projets commerçants, pour l’année suivante, quand il serait majeur. Il ne lui fallut pas longtemps pour juger que la méthode ne serait pas très probante.

— ‘Fait, j’crois qu’vaut mieux qu’on pose, qu’on voit combien on veut mettre et qu’ensuite, on regarde où on peut aller. Si là on tire des plans sur la comète, on va être déçu forcément. Et puis on peut toujours commencer à économiser pour l’année suivante, pour partir plus loin. Là, comme on s’y prend au dernier moment, c’est aussi pour ça qu’c’est cher.

Les chiffres disparurent et le jeune homme reporta son attention sur Prudence.

— Vancouver, t’as conscience qu’il fait pas super chaud, cela dit, hein ?

Et c’était presque aussi cher qu’Hawaï, évidemment. En fait, Prudence avait des envies de luxe, pour ses sorties camping. Jace avait plutôt pensé à s’enfoncer dans l’Amérique profonde, pour changer radicalement de décor, mais il n’était pas principe opposé à aucune découverte géographique.

— Bon, et sinon, p’têtre que tu pourrais, je sais pas, te changer les idées autrement que par le ménage. La musique, c’est pas mal, mais… De la poterie ?

Il plaisantait, évidemment : il avait du mal à imaginer Prudence patiemment assise devant un tour à façonner une cruche.

— Tu comptes travailler pendant les vacances ou pas ? J’t’imagine très bien en animatrice de colonie.

C’est ça.

— Entourée d’enfants et tout. Qui piaillent. C’est exactement ce qu’il te faut, tu crois pas ? En plus, penses-y, ça te permettrait aussi d’voyager à moindre frais. Franchement, à ta place, j’y réfléchirais sérieusement.

Et dans trois mois, l’électrocution d’une bande d’enfants désobligeants ferait la une des journaux d’Amérique.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 12 Juil 2014 - 17:26 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Prudence s’esclaffa sans vergogne. L’espace d’un instant, un tableau de l’improbable scène décrite par Jace lui traversa l’esprit. C’en était à mourir de rire. L’adolescente s’imaginait soudain au milieu d’enfant braillards et turbulents. Un peu comme des Prudence Carter en miniatures. Car d’après les récits édifiants de son père, elle avait été à peu près comme ça enfant. Une tempête sur de courtes pattes. A côté de ce tableau, l’idée de rester sagement assise derrière un tour de poterie lui paraissait l’égale du paradis.

- T’es pas sérieux ! J’tiendrais jamais toutes les vacances ! Il faudrait que je puisse garder mon sang-froid assez longtemps pour ne pas les transformer en ampoules… C’est-à-dire, plus de cinq minutes, finit-elle par maugréer.

Au secours ! Pour les enfants comme pour l’hypothétique animatrice.

- Cela dit, le ménage, ça m’agace très vite. Il faut que je me trouve une occupation. Et je dois économiser pour me racheter un PC portable. Je ne veux pas être coursière, comme toi, je ne vole pas assez bien et, dans tous les cas, je suis un danger public sur la route. Même à vélo. Il parait…

Elle roula des yeux exaspérés, comme si sa réputation était infiniment exagérée. Prudence portait parfois – souvent, même - très mal son prénom. Même armée d’un simple VTT, elle conduisait à l’instinct. Elle respectait le code de la route mais selon sa propre logique. Et n’hésitait pas à invectiver les chauffards ou s’arrêter n’importe où pour laisser passer le chat du coin. Elle adorait les animaux. Peut-être plus que les humains.

- Oh, je sais ! Il me faudrait un boulot en rapport avec les animaux ! Au moins, je suis sûre d’avoir assez de patience avec eux. Je préfère leur compagnie… Quoique… Ça reste quand même une bonne idée d’être animatrice dans une colonie de vacances. Ça mérite réflexion… Fais pas cette tête, j’vais pas les manger, les gosses ! Je sais me tenir en public, tout de même.

Elle ponctua sa dernière exclamation d’un demi-sourire tordu, un de ceux qu’elle réservait aux coups foireux et aux situations embarrassantes. Une lueur espiègle dansait au fond de ses prunelles. L’orage était passé et le gris-bleu de ses yeux avait repris une teinte limpide d’eaux calmes après le passage d’une bourrasque.

- Je plaisantais, pour Hawaï et Vancouver. Mais je te promets que j’irais là-bas un jour ! J’en rêve ! Quand mes études seront finies et que j’aurais un salaire convenable. Pour l’instant, c’est toi qui as la meilleure solution. Mettons en commun, on se fixe un petit budget et on avise !

Son poing jaillit et vint légèrement bousculer l’épaule de Jace.

- J’ai encore soif, pas toi ? Et j'ai faim, aussi !

Prudence jeta un vague coup d’œil circulaire dans cette portion de la Kane Street. Elle espérait bien dénicher un marchand de journaux. Lire l'envers de cartes postales donnaient parfois des idées. Toutes ces émotions lui avaient aussi donné faim. Du coin de l’œil, elle ne pouvait s'empêcher de guetter les réactions de son ami. le précédent sourire de Jace, un peu crispé, ne lui avait pas échappé.

Vivement qu'on quitte Star City, même pour deux jours !
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 13 Juil 2014 - 14:16 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Des animaux ? Un peu songeur, Jace suggéra :

— Y a bien les refuges et tout, mais c’est surtout des bénévoles. Et j’suppose que les soigneurs au zoo, ils ont des qualifications spéciales.

À vrai dire, Jace n’était pas un grand amateur de bêtes à plume ou à poils, à écailles ou à peaux squameuses. Aucune inimitié non plus, du reste : il n’avait simplement jamais eu d’animal de compagnie et n’était pas fasciné par les autres. Les humains et leurs existences l’intéressaient beaucoup plus que les habitudes des autres animaux et le seul qui l’obsédât véritablement, c’était ce fameux Oiseau-Tonnerre dont Qaletaqa lui avait vanté les aptitudes et qui demeurait, pour l’heure, justement, un oiseau rare — si rare que Jace désespérait de jamais le trouver.

— Mais dans les espèces de pension où les gens mettent leurs animaux en vacances, là, ça se fait, non ? J’veux dire, ça va être l’été, ils vont sans doute avoir plus de boulot là-bas, peut-être qu’ils recrutent des gens. Ou alors, pour promener les chiens des particuliers, s’en occuper chez eux quand ils partent. En quelques minutes, tu peux te faire un site internet plutôt pas mal, un truc qui inspire confiance, et avec un peu de pub, ça peut suffire à te faire une clientèle.

Si Jace examinait si sérieusement le projet estival de son amie, c’était parce qu’il était de plus en plus préoccupé, à mesure que sa majorité approchait, par ce qu’il allait bien pouvoir faire de sa propre existence. Son projet de commerce de jouets en bois était toujours vivace, bien entendu, et il ne s’était toujours pas lassé de ses travaux de menuiserie de précision, dans le petit atelier qu’il avait investi, à la Tour de la Paix, mais il avait conscience que les opportunités qui s’offraient à lui étaient infiniment plus vastes.

Ses parents avaient arrêté de lui suggérer les professions les plus adéquates à ses talents, cela dit. Même s’il savait parfaitement que sa mère aurait préféré le voir embrasser des études que sa super-intelligence rendrait nécessairement brèves et d’autant moins coûteuses, en ingénierie, en aérospatial, en médecine pourquoi pas, ou encore en droit, elle n’en disait plus rien et son père, lui, avait pris le parti de lui inculquer les rudiments de la gestion d’entreprise, au cas où son fils persévérât dans ses projets commerciaux.

Jace hocha la tête en se massant l’épaule, puis désigna d’un geste de tête un petit établissement non loin d’eux, un peu plus haut dans la rue.

— Y a un kebab, là.

Sur la Kane Street, le soir, on était toujours certain de pouvoir trouver de quoi combler sa faim et ceux qui installaient là leurs ventes à emporter s’assuraient de leurs futurs bénéfices ; d’ailleurs, il suffisait de jeter un œil au fameux kebab pour comprendre qu’il n’avait pas grand-chose à voir avec les échoppes moins fortunées que l’on trouvait dans d’autres quartiers : pimpant et bien entretenu, avec ses menus visibles de loin et sa foule de clients, il prospérait là depuis quelques années déjà.

Alors qu’ils se joignaient à la file d’attente et que Jace scannait du regard le menu, l’adolescent interrogea :

— Tu comptes faire des études, du coup ? T’es décidée pour un endroit ?

Ou des endroits, plutôt : la sélection pouvait être drastique dans certaines universités américaines et mieux valait ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Jace se demandait si Prudence aurait des difficultés à financer des études qui devenaient vite onéreuses. Ses parents à lui avaient mis de l’argent de côté depuis sa naissance, l’argent qu’il espérait bien pouvoir reconvertir en fonds de commerce dès les dix-huit ans atteints, mais tout le monde n’avait pas cette chance.

— Mes parents me tannent pour ça. ‘Fin non, pas vraiment. Plus vraiment, en fait. Je crois qu’ils sont…

Jace haussa les épaules. Désormais, s’il fixait le menu, c’était surtout pour ne pas regarder Prudence dans les yeux.

— … déçus, p’t’être ? Un truc comme ça. Ils voulaient un fils normal, sans doute, ou à peu près, à la place ils ont génie qui veut pas faire d’études à moitié gay…

Deux filles dans la file d’attente se retournèrent pour regarder Jace après cette déclaration un peu brusque. L’adolescent rougit et baissa la voix, quand leur regard se détourna, même s’il était vain d’espérer ne pas être entendu.

— Ils savent plus vraiment s’ils doivent me traiter comme un ado ou un adulte.

Une expérience que tous les parents faisaient avec un enfant de cet âge, sans doute, mais qui était exacerbée par les capacités intellectuelles de Jace.

— Et ils m’posent plus vraiment de questions sur ma vie.

Rien de surprenant dans la mesure où, sa vie, Jace n’en parlait presque jamais justement, avec ses parents ou avec les autres d’ailleurs. Ce n’était pas faute d’en avoir envie, comme ne témoignaient ces quelques paroles, mais en se rendant compte qu’il en avait dit plus qu’à l’ordinaire, Jace jeta un coup d’œil à Prudence et s’empressa de glisser :

— Ouais, ‘fin bref, désolé, on s’en fout. Tu vas prendre quoi ?
Revenir en haut Aller en bas



Party Time

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» Grèce : It's party time ... all the time [Flashaback Milan Sehtni - Elicia]
» It's Party Time!! {Diana ~ Felicia}
» It's party time
» (Jahan) Party time
» Im Yoon Ah ⊹ it's party time [fini]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-