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Angústias

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Message posté : Mar 17 Juin 2014 - 23:21 Message
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Irrita-me a felicidade de todos estes homens que não sabem que são infelizes. A sua vida humana é cheia de tudo quanto constituiria uma série de angústias para uma sensibilidade verdadeira.
Bernardo Soares (Fernando Pessoa), Livro do Desassossego por Bernardo Soares, I

***

9 juin 2014

Jace ouvrit brusquement les yeux et un frisson glacé descendit le long de son échine. Les larmes s’accumulèrent au coin de ses paupières.

***

C’est une sale chose, le futur. Jace s’était rendu compte de ça. Rapidement. Au début, Jace avait vu cela d’un point de vue très rationnaliste. Son pouvoir, très rationnel. Il y avait des nuages de données, partout, dans le monde, dans la ville, son esprit était connecté à tout, à Internet, aux serveurs, aux téléphones, aux machines, et il traitait les données, jour et nuit, dans le fond. Parfois, de tout ce bruit émergeait un signal, une intuition, et c’était le futur, pas exactement le futur, certain, immuable, mais enfin, une conséquence assez probable pour qu’il se décidât à agir. C’était une belle petite histoire, une manière de voir les choses, un système pour Jace le mutant technopathe.

Mais en fait, ça ne marchait pas. Ou alors ça marchait trop bien. Il y avait des intuitions qui s’étaient réalisées, qu’il avait beau triturer et qu’il ne comprenait pas. Alors bien sûr, tout génial et même super-génial qu’il fût devenu, sa mémoire n’était pas parfaite, son intelligence même n’était pas infaillible, sa conscience ne recouvrait pas l’ensemble des opérations de son esprit, et il était possible, probable même, que de nombreux éléments lui échappaient en demeurant toujours plongés dans son inconscient. Il avait sans doute déduit des conséquences, observés des liens logiques qui lui demeuraient voilés. Sans doute.

N’empêche. Plus il y pensait, plus il lui semblait qu’il y avait quelque chose d’autres. Est-ce que c’était les séances avec Qaletaqa qui lui faisaient percevoir le monde d’une manière différente ? Depuis que son initiation au chamanisme avait commencé, Jace n’avait pas remarqué de différence notable dans ses aptitudes. Il en savait plus, mais enfin, c’était théorique. Il ne s’était pas senti réveillé de grands pouvoirs. C’était même une déception, un peu, mais une déception prévue. Et puis, ces derniers jours, il se demandait s’il ne prévoyait pas beaucoup de choses. Si son sixième sens n’était pas en quelque manière semblable aux rêves prémonitoires de Qaletaqa.

Ce qui était sûr, c’était qu’il avait gagné en précision. Au début, Jace n’avait eu que des certitudes quasi sans contenu. Il allait se passer quelque chose. Bientôt. Et voilà. La belle affaire ! Et puis, les intuitions s’étaient faites plus précises. Ce n’était jamais une vision, par exemple. Ou un rêve, comme ceux que décrivaient le chaman. C’était une connaissance théorique de l’avenir. Théorique et intuitive, abstraite et en même temps… Curieusement sensible. Et avoir des certitudes sur le futur, c’était…

Affreux. C’était comme vivre entre deux époques. Évidemment, quand ça concernait des inconnus, quand ce n’était qu’une mission, un événement, même une catastrophe, c’était encore assez facile à gérer. Il endossait son costume de super-héros et il faisait son travail. Mais quand il prévoyait les humeurs de sa mère, les échecs d’une amie ou… ça. Alors il avait simplement envie de s’enfuir, très loin, pour ne pas avoir à s’interroger pendant des heures sur la question, la seule, la grande : est-ce que ses actions n’allaient pas précisément provoquer ce qu’il avait prévu ?

***

11 juin 2014

Il faisait nuit, déjà. Enfin, il ne fait pas nuit, pas vraiment, parce que les jours s’étaient considérablement allongés depuis quelques semaines, mais les nuages avaient fini par tant s’amonceler, tout au long de cette journée de grisaille, qu’ils bloquaient trop bien les rayons du soleil finissant. De toute façon, personne n’allait dehors : il tombait des trombes d’eau et, à part quelques employés qui sortaient tard du travail et bataillaient avec leur parapluie, à part un agent de SHADOW, dans son coin de la ville, qui regardait le ciel en souriant, personne ne se risquait dans la tempête.

Personne, sauf une tête blonde qui marchait depuis presque une heure dans les rues, sans parapluie et, à vrai dire, sans manteau. Chez lui, pendant presque une journée entière, Jace avait tourné et retourné dans son esprit ses impressions, ses intuitions, les données et tout ce qui lui échappait. Ça ne servait à rien, il l’avait bien compris après les deux premières heures de réflexion, et même, il ne regrettait pas sa décision, mais il ne pouvait pas s’en empêcher : c’était comme si son cerveau avait cessé de répondre à sa propre volonté — qui était pourtant une émanation de son cerveau, et ce difficile problème philosophique venait s’ajouter aux autres, sans rien résoudre, bien au contraire, à son problème de surchauffe.

Il avait espéré que le froid et la pluie, comme des sensations concrètes et immédiates, calmeraient la crise. Pour l’instant, les progrès étaient minimes. Croyait-il. Pourtant, sans qu’il ne s’en rendît, son esprit avait tout de même pris une décision judicieuse : il avait guidé ses pas jusqu’à la porte d’un ami. Jace ne prit conscience qu’il se trouvait devant chez Zachary qu’une fois devant celle de son appartement, au sec. Enfin, au sec : ses vêtements trempés collaient à sa peau, ses cheveux dégoulinaient et ses chaussures faisaient splotch-splotch. On eût dit qu’il venait de plonger tout habillé dans une piscine.

Le jeune homme ne prit même pas la peine de presser la sonnette : un courant électrique spontané y déclencha tout seul l’alerte. Quand Zachary ouvrit, il put donc poser les yeux sur ce pitoyable quoique musculeux spectacle.

— Je savais pas… je savais pas où… je savais pas… j’ai…

Et voilà, il recommençait à pleurer, comme s’il n’était pas aussi humide !

— J-j-j-…ai froid.

Remarque un peu inutile : il grelotait sur le pas de la porte.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 9:47 Message
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- Attention Chloé, ils arrivent par derrière !

Lux se retourna et balança un full combo. Cage, zone, ult et bouclier pour absorber le plus de dégât possible sur les coéquipiers. Heureusement, la Miss Fortune suivit de son propre ultime et la Nami balança le sien en plus d’un soin. Elle vola un kill mais ils étaient sauvés et la tentative d’agression de l’équipe adverse avait été déjouée.

- C’est pas passé loin ! Go inhib.

Du red côté bleu, ils traversèrent la faille de l’invocateur pour se retrouver à l’inhibiteur de l’équipe adverse et la Miss Fortune le descendit en quelques secondes. Elle était bien feed, sa Chloé…
Enfin, sa. Il n’avait pas intérêt à penser ce déterminant possessif trop fort. Elle n’était pas encore redevenue « sa » Chloé à proprement parler mais ils avaient fait des progrès. Ils se parlaient presque tous les jours, soit en s’envoyant des SMS, soit en jouant. Zachary avait même réussi à la convaincre de se mettre à Final Fantasy Realm Reborn avec lui. Il lui avait laissé son compte steam pendant toute une soirée pour essayer le jeu et elle avait finalement craqué. Ils montaient un personnage ensemble, comme au bon vieux temps. Elle jouait le tank et lui le heal, comme au bon vieux temps…
Et non, rien ne clochait dans cette répartition.
Zachary n’avait jamais cessé d’être amoureux d’elle depuis cette sortie aux LCS et il essayait vraiment de recoller les morceaux entre eux. Le fait de défoncer sa porte avec une invocation tordue tout en étant mort saoul et après avoir subi un grave traumatisme n’avait pas été le meilleur début qui soit mais reprendre un semblant de relation avec elle lui faisait du bien.
Il avait toujours des cernes sous les yeux, ses nuits étaient parsemées de cauchemar où il voyait ces deux billes rouges et ce sourire ensanglanté le pourchasser à travers différents mondes. Pourtant, il apprenait à se remettre. Trois semaines s’étaient écoulées et s’il n’oubliait pas, il se jetait à corps perdu dans son entraînement physique avec Jace.

A qui il n’avait pas encore parlé de cette histoire. Mais Amber ne savait rien non plus, elle se doutait que quelque chose était arrivé mais elle respectait son choix de ne pas en parler. S’il parvenait à plus ou moins maîtriser ses cauchemars, il ne pouvait se départir de sa gêne.
Mais ce n’était pas le sujet.

- Back, tu greeds ! Oh putain mais évidemment qu’ils ont des doux foyers…

Le geek leva les yeux au ciel et bénit la régen mana du bleu. Il parvint à cage le Lee Sin et le Rengar mais Miss Fortune portait la marque et la cage n’était pas éternelle. Le Lee s’élança sur sa copine…
Et la sonette retentit.
Zachary fit un bond sur sa chaise.
La Nami lança sa bulle et intercepta le Lee.
Ils coururent jusqu’à leur base.

- Putain de merde, désolé les gars faut que j’aille ouvrir. J’afk trente secondes !

Parce que forcément, Amber n’était pas là ce soir et il était quasiment certain que c’était elle, qui avait oublié ses clés. Déposant son casque sur le clavier, il se leva et se dépêcha d’aller ouvrir la porte…
Il ne s’attendait pas à ça.

Jace ressemblait plus à un zombie qu’à un super-héros adulé de tous. Il était trempé, il grelottait et semblait totalement désorienté. Qu’est-ce qui lui était arrivé ?

- Oh putain…Jace ? Viens, entres!

Mais il semblait avoir du mal à connecter les neurones nécessaires pour exécuter cette action. Zachary lui prit alors le bras et le tira doucement jusqu’à refermer la porte derrière lui. Il l’installa sur une chaise et oublia totalement l’ordinateur –ce qui était un exploit. Il se précipita dans sa salle de bain pour aller chercher des essuies. Il enroula Jace dedans et en mit un autour de ses cheveux, qui gouttaient sur le sol. Il avait le regard dans le vague et il marmonnait des choses qui n’avaient pas beaucoup de sens. Visiblement, il ne pouvait pas s’empêcher de trembler.

- Je vais te faire un café.

Ou un thé, un truc avec de l’eau très chaude avec lequel il pourrait se réchauffer avant s’attraper une pneumonie. Le laissant quelques instants sur la chaise, il mit de l’eau dans sa bouilloire électrique et brancha la prise pour lancer la machine. Elle se mit en marche dans un ronronnement et Zachary revint près de son ami. Son appartement était toujours en bordel, mais c’était un bordel de geek couplé à celui d’une super-héroïne qui avait beaucoup, beaucoup de bouquins. Certains étaient ouverts sur la table du salon, d’autres sur celle de la cuisine. Un grand ménage allait s’imposer mais aucun des deux colocataires ne semblait vouloir donner le signal du départ.
Au moins jetaient-ils les paquets de chips et cartons de pizza dans la poubelle.

- Tu sais que t’es censé enlever tes fringues pour prendre une douche ?

Petite tentative d’humour totalement idiote mais Zachary ne savait pas comment aborder le sujet. Visiblement, un événement avait perturbé son ami au plus haut point et il se revoyait, trois semaines plus tôt. Un grand froid l’envahit et il espérait sincèrement que leurs histoires n’allaient pas devenir semblables sur ce point. Accroupit devant Jace, Zack avait posé ses mains sur ses avant-bras et essayait de le réchauffer. Le voir trembler aussi fort était flippant.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 19:12 Message
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Euh…

Kamoulox ?

Jace s’était laissé guider jusque dans l’appartement de Zachary et il était fort possible que son extraordinaire docilité eût beaucoup à voir avec le fait qu’il ne savait pas vraiment qu’il venait de se laisser guider dans l’appartement de Zachary. À la place, il égrenait des informations toutes aussi cruciales que quelques tweets de la voisine du dessus, une partie des adresses les plus compromettantes de l’historique navigateur de Zachary (heureusement incompréhensible, parce qu’il les épelait entièrement) et les caractéristiques chiffrées des personnages du raid. Il fallut que Zachary s’accroupît bien en face de lui, les yeux dans les yeux, pour que Jace comprît où il était et ce qu’il était venu y faire.

— J’ai mal.

Souffla-t-il d’une voix à peine audible, et quand on voyait la manière dont il s’entrainait, les dangers qu’il courait et les résultats de certaines de ses missions les plus mouvementées, on pouvait comprendre qu’il ne se plaignait pas à la légère — et encore, il avait toujours l’air si absent qu’on ne savait pas vraiment s’il se plaignait ou s’il notait quasi scientifiquement ce fait. Il ne parlait même pas de ses tourments intérieurs, d’ailleurs, mais des signaux électriques trop nombreux et trop confus qui menaçaient de faire griller son cerveau.

D’ailleurs, au-dessus d’eux, la lumière s’alluma et, une nouvelle fois, la sonnette de la porte d’entrée retentit.

— Désolé.

Le portable de Zachary se mit à vibrer sans raison, tandis que du casque de l’ordinateur, dont le volume venait d’être monté à fond, c’était bien autre chose que la conversation des joueurs qui montait.


Un grésillement général monta dans le petit appartement, alors que nombre des appareils électriques et une bonne partie des câbles dans les murs approchaient rapidement de la surcharge. Puis tout s’arrêta brutalement : le grésillement, la musique, le vibreur du portable et la bouilloire. Jace cligna plusieurs fois des yeux, avant de murmurer :

— J’aime pas l’café.

Un pan de la serviette autour de sa tête retomba et, machinalement, il essaya de l’arranger. Sa stratégie pluviale achevait de porter ses fruits : maintenant qu’il était au sec, il sentait bien qu’il était mouillé et, maintenant qu’il était à peu près au chaud, il sentait bien qu’il avait froid. Ses vêtements lui collaient à la peau, les mains de Zachary étaient chaudes sur ses avant-bras, le sang battait contre ses tempes et toutes ces sensations purement physiques l’aidaient à concentrer ses pouvoirs sur leurs aspects les plus matériels : la circulation du courant électrique dans les différents appareils, plutôt que les flux des données qu’il était capable d’en inférer.

Ce n’était pas suffisant pour calmer son mal de tête, mais c’était au moins un bon début pour tempérer l’emballement de ses pensées. L’adolescent inspira profondément et, doucement, pour ne pas paraître ingrat, mais sûrement, parce que ça le gênait un peu, il dégagea ses avant-bras. La promiscuité physique n’avait jamais été sa grande spécialité, même si les choses s’amélioraient lentement.

— J’suis désolé, j’débarque à l’improviste, t’étais en train de…

Les yeux bleus de Jace quittèrent ceux de Zachary pour se poser sur l’ordinateur et, d’un ton lointain, le jeune homme remarqua :

— Tu joues avec Chloé… ?

C’était moitié une question, pour la forme, moitié une affirmation.

— C’est bien.

Un temps.

— Je suis content pour toi.

Il avait plutôt l’air prêt à sombrer dans l’apathie, mais enfin… De toute façon, une quinte de toux coupa court à toute éventuelle manifestation de joie et, lorsqu’elle fut calmée, Jace poussa un long, très long soupir.

— Tu savais qu’il y a des ours croates qui pratiquent la fellation entre mâles ? Jesús Catalá a été relaxé. Il y a un type qui a écrit un article pour que le gouvernement australien finance des pornos gay ? Tu crois que si j’étais resté hétéro, ma vie aurait été plus facile ? C’est fou ce qu’il y a comme passé dans les machines, en fait, je me suis rendu compte de ça : le futur et tout, ça m’obnubile, mais tout à l’heure, je marchais dans la rue, et y a des gens qui transportent leur vie dans leur téléphone. Toi, là, je sais ce que tu lis sur Internet, j’ai ton numéro de carte bancaire, je sais ce que tu achètes, je peux lire tes SMS. Pourquoi j’en parle jamais à personne ? Tu crois que ça aurait été plus facile pour moi si j’avais su dès le début ? Tu crois que c’est pour ça que mes Action Men étaient toujours torse nu ? Tu devrais dire à ta voisine qu’elle mange trop chinois et que ça nuit à sa santé. J’en reviens pas qu’il y ait vraiment des gens qui regardent cette émission. C’est qui Harry Styles ? Y a vraiment des gens qui ont de drôles d’imagination. Je crois que je viens de hacker le compte Twitter du Vatican.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 19:40 Message
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Zachary aussi, était content pour lui. Jouer avec Chloé, c’était un sacré pas en avant. Mince ! Jouer avec Chloé ! Il tourna la tête vers l’écran et l’icône « Victory » qui flottait. Il poussa un soupir de soulagement. Ils étaient parvenus à terminer sans lui…Il allait avoir du mal à expliquer pour quelle raison il avait tout lâché comme ça mais il y avait des trucs plus importants, dans la vie.
Comme empêcher Jace de faire griller tous les appareils électroniques de son appartement.
Le phénomène était assez…Effrayant. Comme dans un film d’horreur. La lumière qui s’allume et s’éteint, le micro-onde qui grésille, la bouilloire électrique qui lui dit merde, ouais…Heureusement, il aime pas le café.

- Euh, Jace…

Heureusement, le héros se rendit compte lui-même de ce qu’il était en train de faire et tout cessa brusquement. Il dégagea même ses bras et c’était tant mieux, parce que Zack avait eu l’impression de se prendre des mini chocs électriques. Rien de dangereux, mais c’était désagréable.

- Je peux te faire un t…

Un thé, oui, mais impossible de finir sa phrase que son ami commença à déblatérer tout un monologue à propos d’ours, de criminels, d’informations qu’il ne comprenait même pas, de sa voisine, du Vatican et de…
Stop.
Zack avait beau ne pas y connaître grand-chose, il était certain d’un truc : Son pote pétait les plombs et complètement. Il avait dû arriver quelque chose avec Christopher, auquel cas il n’aurait pas remis son homosexualité en question. Le geek connaissait cet état, il y était passé quelques mois auparavant. Alors, il fit la seule chose qui était en son pouvoir.
Il lui colla une grande claque en pleine figure.
Ouais, Zachary venait de gifler Jace. Ou plutôt, de gifler quelqu'un tout court.

- STOP ! Allô, ici la terre, t’es à Star City, appartement de Zachary Blake. Arrêtes de dérailler, concentre-toi sur moi, d’acc ? Toi, moi, ici, rien de plus. T’inspire et tu te focalises.

Un peu comme les exercices mentaux qu’on avait donnés au geek pour contrôler son pouvoir.
Il se préparait déjà à lui mettre une autre gifle, quand même, au cas où. D’accord, les hommes mettent des coups de poing mais Zack n’avait pas vraiment envie de lui casser le nez –comme s’il en était capable. Et de toute façon, une gifle, c’est toujours bien. Ca remet les neurones dans la bonne position, ça rétablit les connexions, c’est comme quand on frappe la télécommande pour qu’elle se remette à fonctionner.

- Ecoutes mec je crois que la vraie question, c’est pas de savoir qui est Harry Styles et que la solution n’est certainement pas d’hacker le compte twitter du Vatican…

Vaguement inquiet à l’idée que son adresse IP provoque un accident diplomatique –si tant est que Jace s’en serve- Zachary était d’autant plus motivé à ramener son ami dans le droit chemin. Sans compter qu’il montrait des pouvoirs que le geek ne lui connaissait pas. Il avait l’air de dérailler totalement, comme si son cerveau était connecté à un super ordinateur, un genre de matrice mondiale qui lisait toutes les informations disponibles. Comme si Internet tout entier était entré dans sa tête et que le moteur de recherche pétait les plombs. Il avait toujours su que son ami était différent mais il pensait réellement que cela se limitait à la manipulation de l’électricité et, accessoirement, à être assez doué dans plein de domaines. Des questions lui brûlaient les lèvres mais il lui semblait plus urgent de le rassurer.

- Et je crois que homo, hétéro, bi, peu importe. La vie est dure pour tout le monde, ça change rien le moment où tu le sais, ça change rien à ta valeur en tant qu’individu. Jace, mec…Y’a eu un truc avec Christopher ?

Mettre les pieds dans le plat n’était peut-être pas la bonne solution, sans compter que le sol était mouillé et que l’eau fait un très bon conducteur. En plus, Zachary n’avait pas du tout de combinaisons adaptées pour ce genre d’urgence…Bah, peut-être qu’un bon coup de jus remettrait Jace en place ? C’est ça, l’amitié : Savoir se faire électrocuter pour son pote. Le sens du sacrifice quoi.

- Essaies de te calmer, de rester zen et de donner une explication cohérente, ok ? Tu commences par le début…Le début de l’histoire avec Chris, pas le début de ta vie ou de l’humanité, préféra-t-il préciser, parce que dans son état on ne pouvait être sûr de rien. cela dit si tu préfères on peut parler du début de l’humanité ou euh…D’Actions Men. Mais je te préviens, je suis pas très calé sur le sujet.

Il parlait évidemment des Action Men.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 22:24 Message
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— Hmmmmmmmm…

Jace ouvrit la bouche et fit jouer sa mâchoire, alors que sa joue était encore rouge. Le gémissement qu’il venait de pousser avait été à la fois de douleur et de satisfaction, mais dans la mesure où il venait de régler toutes les télévisions de l’immeuble sur un reportage consacré à la pêche en eaux profondes, c’était peut-être la moindre de ses bizarreries, pour le moment.

— Ça fait mal.

Observa-t-il avec une sagacité qui lui faisait honneur.

— J’aime bien.

Peut-être qu’il voulait dire que c’était très efficace, en tout cas beaucoup plus rapide que l’exposition prolongée à l’orage et, somme toute, beaucoup moins dangereux ? Heureusement, à dix-sept ans, Jace était dans la force de l’âge, comme le prouvait son tee-shirt trempé qui ne cachait plus grand-chose et sa capacité à dérégler l’électronique de tout un appartement : il se remettrait bien vite d’un petit rhume. Bref, le jeune homme se concentra sur les propos de Zachary et essaya de s’en servir pour classer les informations dans son esprit, chassant de ses pensées les tweets du Pape et les fanfictions où Harry Styles en lingerie féminine se montrait fort complaisant avec ses camarades de chant (true story).

— Je suis plus sûr de savoir ce que c’est qu’une histoire. Enfin, votre façon de comprendre les histoires. Je veux dire…

Pourquoi, votre ? Jace avait passé toute sa vie d’adolescent engagé à abattre les remparts inutiles. Son estomac se noua. Elle était là. L’irréductible différence mutante. Cette petite particularité qui pouvait entraîner des conséquences catastrophiques. Il le comprenait désormais, ce qui le distinguerait le plus radicalement des autres, ce n’était pas de savoir voler, d’être auréolé d’électricité ou de pouvoir compter sur une endurance surhumaine. C’était de n’être plus très sûr des histoires.

— Tu sais, les histoires ont un début, un milieu, une fin. Dans Aristote… Non, laisse tomber. J’ai l’impression que le temps comme ça ne fait pas beaucoup sens. J’ai l’impression que les réseaux, c’est beaucoup mieux. Tu connectes les données en réseau et tu peux extrapoler dans différentes directions pour…

Ce n’était peut-être pas l’explication claire et bien ordonnée que Zachary attendait. Jace s’interrompit et suivit les conseils de son nouveau maître Yoda : inspiration, expiration, focalisation.

— Chris et moi, on a rompu. Il n’y a pas vraiment d’histoire. Je l’aime beaucoup. Mais j’aime beaucoup Charlie. J’aime beaucoup Aishlinn. Je t’aime beaucoup toi. J’aime beaucoup Cal. J’aime beaucoup beaucoup de gens. Je suis vraiment plus sûr que les choses se présentent pour moi de la même manière que…

… pour vous.

— … pour la majorité des gens. Je ne suis pas sûr d’arriver à vivre comme la majorité des gens. Avoir une histoire avec quelqu’un. Trouver la bonne personne. Je veux dire, quand on y réfléchit bien, les gens sont tellement beaux et tellement intéressants, et il y a tellement de personnes séduisantes, et le monde est tellement grand, et il y a tellement de pages sur Wikipédia, et je me sens tellement, tellement plein de… de force et de passion et… et d’envie de tout.

Ce n’était peut-être pas quelque chose à dire à un ami geek introverti aux expériences sexuelles récentes malheureuses, mais le sens psychologique de Jace était temporairement hors service.

— Mais parfois, j’ai l’impression de me promener dans une roseraie et de contempler les roses et je sais que même si je cueillais les roses, les roses ne me contempleraient pas en retour.

Sur cette métaphore un peu opaque, Jace poussa un soupir et déballa sa tête, pour pouvoir s’appuyer contre le dossier du canapé.

— Hier, pour la première fois de ma vie, j’ai souhaité être vraiment, vraiment humain. En septembre dernier, j’avais un QI de 105. À la fin de l’automne, j’étais à 138. En février, 210. Après, on a arrêté de calculer. Enfin, j’ai arrêté d’aller aux rendez-vous. Je veux bien qu’on m’ausculte, mais les psychologues, c’était… Je veux dire, je comprends l’intérêt d’un psychologue, mais au bout d’un moment, j’avais l’impression d’expliquer les principes de la physique quantique à un distributeur automatique.

Jace s’interrompit une nouvelle fois et aussitôt les larmes lui montèrent aux yeux.

— C’est horrible de dire ça, hein ? Je suis horrible. Parfois… Parfois, j’ai plus la patience de parler avec les gens. Ou de parler moi. Ça se forme tellement, tellement, tellement lentement, les mots, les phrases, et parler dans une seule langue, c’est un effort, alors que… comment tu veux dire autrement que saudade ? Ou duende ? Moi je pensais qu’être intelligent, c’était construire des machines et résoudre des équations, mais j’ai appris les mathématiques trop tard et mon esprit est plein de mots, et de sentiments, et de désirs, et j’ai beau apprendre des formules algébriques et des figures en plusieurs dimensions, ça m’intéresse pas assez. J’ai envie du monde, et que ça parle et que ça tourne vite, je veux que les gens fassent des choses magnifiques, et j’ai peur de plus être assez humain.

Ce fut cependant très humainement que Jace se remit à tousser après ce long discours et, d’une voix rauque, il marmonna :

— Ah, super, maintenant, j’ai mal à la gorge…
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Message posté : Ven 20 Juin 2014 - 9:24 Message
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Le geek aurait dû être gêné par la réaction de Jace suite à sa gifle et en réalité…Ouais, il était carrément mal à l’aise mais il eut le bon sens de ne pas relever. Cela étant, il ignorait que son pote avait des tendances SM. Toujours bon à savoir.
Ou pas.
Par contre, ce qui était intéressant, c’était les explications de Jace au sujet de son pétage de plomb. Elles étaient un peu décousues et le geek devait se concentrer pour suivre et tout comprendre correctement. Plus ses explications avançaient et plus Zachary avait l’impression que son ami avait pris de la drogue. Il n’était pas au courant pour la mutation de son intelligence, aussi fut-il surpris d’apprendre que son QI avait autant évolué en l’espace de quelques mois. C’était impossible, anormal, c’était…Mutant, oui. Et comme toute mutation, il arrivait un moment, un point critique, où l’on risquait de perdre le contrôle de manière dramatique. Il n’avait pas envie que Jace soit sa propre victime. Il désirait sincèrement l’aider à se recentrer sur lui-même, à trouver une solution pour ne pas devenir complètement fou. Parce que s’il percevait réellement toutes les informations présentent dans le monde, il n’allait pas tarder à sombrer.

- Je vois…

Oui, il ne savait pas trop quoi dire, là, tout de suite. Le fait qu’il se plaigne, après sa longue tirade, d’avoir mal à la gorge lui permis au moins de s’activer pour aller chercher de quoi soulager ce problème. Puisqu’il n’aimait pas le café, il sortit une tasse, du lait, qu’il enfourna dans le micro-onde avec une grosse cuiller de miel. Le pot appartenait à Amber mais elle lui pardonnerait certainement l’emprunt. Il régla la minuterie sur deux minutes et revint près de Jace. Il ne savait pas trop par où commencer pour tenir un discours cohérent qui ne le ferait pas à nouveau buguer.

- Jace, tu es humain. Ce n’est pas parce que tu…as manifestement une mutation quelque part dans ton cerveau, que ce n’est pas le cas. Tu ressens des émotions, tu as dit que tu m’aimais bien, que tu aimais bien Cal ou Charlie. Tu ne pourrais pas nous aimer si tu n’étais pas humain, tu comprends ? Je crois que…Que ton cerveau débloque un peu mais c’est pas grave. La mutation a dû toucher ton lobe euh… Il fit un effort pour se rappeler lequel correspondait à quoi. Pariétal ou préfrontal ? C’est tout nouveau, il te faut juste un peu de temps pour t’habituer. C’est comme la première fois où tu as ressenti tes pouvoirs.

La majorité des génies trouvaient un exutoire dans les mathématiques, qu’ils appréciaient pour leur côté concret. Si Jace n’avait pas la bosse des maths, il était logique qu’il trouve un exutoire ailleurs et quand on a 17 ans…Zachary commençait à cerner un peu le problème et il espérait ne pas se tromper.

- Tu sais, t’es encore jeune. Enfin, je veux pas faire le vieux mais t’as jamais que dix-sept ans et normalement à cet âge-là, on a soif de sensation. On a envie de toucher des filles ou des hommes, on a envie de faire des expériences quoi, de boire de l’alcool pour voir jusqu’où on tient, d’être bourré pour rentrer chez soi. On a envie d’essayer de la drogue parce qu’on le voit dans les films et qu’on trouve ça cool. On a envie d’imiter le cinéma en quelque sorte ou de coller à un stéréotype. Si tu te sentais pas d’être fidèle, t’as fait ce qu’il fallait avec Chris. C’est dur, c’est douloureux, vous êtes sûrement triste tous les deux mais au moins tu ne le blesseras pas et tu le respectes. T’as été honnête avec lui et c’est cool de ta part. Tu vois ?

Le geek avait eu ces envies aussi. Enfin, pas de rompre avec la femme dont il était amoureux mais plutôt d’être l’un de ces types qu’il voyait dans les films. Les mecs trop classieux capable de lever n’importe quelle fille, de boire de l’alcool en costume, avec un regard assuré…Ouais, il avait rêvé d’être Zeck, sauf qu’il n’avait pas le caractère pour s’adonner à des orgies ou pour oser prendre de la drogue. Le seul joint qu’il avait jamais fumé, c’était avec Chloé et il s’en rappelait encore. Surtout parce qu’ils s’étaient envoyés en l’air après.
Il secoua la tête. Ce n’était pas le moment.

- Ça prouve d’autant plus que t’es humain. C’est pas à ton âge que tu dois choisir ton partenaire pour la vie ou choisir ta vie tout court. Rien ne t’empêche d’expérimenter des choses ! Faut juste que tu fasses attention à toi, que tu sois pas… La sonnerie du micro-onde retentit. Ah, c’est prêt ! Ça fera du bien à ta gorge.

Et ça le réchaufferait, par la même occasion. Zachary se leva de la chaise sur laquelle il avait pris place juste à côté de Jace et lui ramena la tasse fumante après y avoir ajouté une cuiller du miel qu’il avait précédemment sortit.

- Visiblement t’es bien plus intelligent que tout le monde. Les quelques génies sur terre qui pourraient te comprendre ont eu toute leur enfance, enfin leur vie quoi, pour s’y habituer. Toi ça te tombe dessus comme ça… C’est clair que des choses vont changer, à commencer par ta perception du monde mais n’oublies pas, même si t’as un plus haut QI, même si tu peux pirater le compte twitter du Vatican, tu restes un humain. Tu restes mon pote Jace et le héros Thunder. Si y’en a un qui est pas d’accord avec ça, je le… Il s’interrompit et sourit, un peu penaud. Enfin j’essaie de lui en mettre une.
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Message posté : Ven 20 Juin 2014 - 10:40 Message
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Ah, mais c’était tellement chouette, d’avoir mal à la gorge ! Jusqu’aux derniers jours, Jace ne s’était jamais rendu compte de son tempérament sensuel — de son amour pour les bourrasques de vent qui le décoiffaient quand il volait au-dessus de la ville, pour l’odeur des huiles de moteur dans les garages de la Tour de la Paix, pour la légère amertume des boissons citronnées que l’on achetait au printemps sur les quais, pour l’endolorissement crispé des muscles qui signait les entraînements les plus réussis. Toutes ces sensations lui paraissaient plus vives, désormais, mais surtout plus précieuses, parce qu’elles étaient les seuls dont il fût certain d’être l’unique possesseur, les seuls qui vinssent de son corps, les seules idées à lui entièrement propres, qu’il n’avait pas pêchées ici ou là, dans un téléphone ou un ordinateur.

Ces derniers temps, Jace regrettait de n’avoir pas prêté une oreille plus attentive aux quelques cours d’initiation à la philosophie qu’on avait pu tenter de lui dispenser à Star High. Des titres aussi obscurs jadis pour lui que la Phénoménologie de la conscience intime du temps ou que la Critique de la faculté de juger lui paraissaient désormais résonner avec ses préoccupations les plus immédiates. Pouvait-il encore savoir ce que vite et lent voulaient dire, quand ces mots étaient proférés par des esprits qui marchaient dix ou vingt fois plus lentement que le sien ? Et était-ce bien une conscience de vitesse ? Ou d’espace ? De qualité des données ou de leur organisation ? D’intuition ou de savoir ? De perception ou de raisonnement ?

Il avait l’impression d’avoir vécu plus en quelques mois qu’au cours de toute son existence et ces quelques mois douloureux et mouvementés, incompréhensibles souvent, ne lui laissaient pas d’espoir pour un avenir plus radieux et plus calme. Jace avait au moins ceci de commun avec nombre de jeunes gens de son âge qu’il se croyait arrivé au terme et à la maturation de son existence, si bien que les vérités simples et pourtant intuitives que lui rappelaient Zachary n’avaient rien, pour lui, d’évident.

Faire des expériences. Profiter de la vie. Tout cela, à dix-sept ans, Jace ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire. Il s’était senti héroïque dès le jour de sa naissance et son héroïsme avait été modelé sur celui du Commander de la Légion toute entière. Le leader de la Team Alpha avait toujours cultivé un sens des responsabilités quasi névrotiques. Il avait refoulé tous ses désirs sexuels, parce qu’il les avait sentis vastes et complexes, et donc peut-être dangereux. Il avait repoussé ses envies de voyage, parce qu’il fallait veiller sur la ville des Supers. Il n’avait jamais pris de véritables vacances, parce que les Alphas avaient besoin de lui.

Ses doigts finirent par se refermer sur la tasse chaude, il la leva lentement et but une gorgée.

— J’te montrerai.

Jace releva les yeux de sa tasse.

— C’est pas très compliqué, de donner un coup de poing, mais en fait, c’est pas toujours le plus efficace.

L’adolescent afficha un demi-sourire.

— J’aime bien atterrir tout en haut d’un grand immeuble, et me laisser tomber, et attendre le dernier moment pour m’envoler. Mais la nuit, quoi, et encore, parce que sinon, ça fait paniquer les passants. Y a beaucoup de choses que j’aime bien faire, mais ça reste, je suppose, euh… sage ? Et puis, ça va paraître ridicule, mais je pensais pas que, hm… Que le…

Le jeune homme se mit à observer avec une religieuse insistance la fenêtre, derrière laquelle la pluie commençait petit à petit à se calmer.

— … sexe…

Jace rougit aussitôt. Les orgies, ce n’était peut-être pas demain la veille.

— C’était aussi important. Dans la vie.

C’était à se demander s’il n’était pas aveugle : depuis ses quinze ans, peut-être même avant, l’athlétique, photogénique et un peu célèbre Thunder était souvent entouré d’une nuée de fans et certaines d’entre elles ne cachaient pas leurs ambitions. Même s’il l’ignorait, il y avait des Tumblr dédiés à ses apparitions publiques, des skyblogs où des demoiselles, dans le meilleur des cas, racontaient leurs rencontres fantasmatiques, romantiques et explicites avec le jeune super-héros ou, pour les plus étranges, les histoires passionnées qu’il vivait supposément avec Victoria NG, son propre père ou Drago Malefoy.

— Mais c’est pas que ça, t’as raison. J’ai envie…

Jace but une nouvelle gorgée.

— Peut-être que j’ai envie d’être jeune, oui. Apparemment, ça commence par attraper une pneumonie. Franchement, ça ressemble beaucoup à la sénescence.

Le jeune homme eut un sourire un peu triste et corrigea dans un murmure :

— … à la vieillesse.

Trait d’humour mis à part, Jace était quand même un peu perdu.

— Qu’est-ce que je suis censé faire, alors ? Je sais comment on s’entraine pour devenir un super-héros, mais le reste. Je vais quand même pas aller dans une… euh… tu vois.

Et puis s’il ne voyait pas, c’était pareil, parce qu’il n’allait certainement pas expliquer.

— Je pourrais m’inscrire à un club de saut à l’élastique. Ou… Partir deux mois voyager dans les États-Unis. Je sais pas trop comment on fait, pour être jeune et profiter de la vie.

Et c’était à Zachary qu’il demandait ça.

On est pas sortis de l’auberge.
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Message posté : Ven 20 Juin 2014 - 12:17 Message
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Comment être jeune et profiter de la vie…
Vaste question.
Zachary avait, à défaut d’une connaissance pratique, au moins quelques idées techniques sur le sujet. Il avait regardé des tas de films comme American Pie ou encore High School Musical. Quoi, on a tous été jeune non ? Du coup, il savait que profiter de la vie signifiait être avec ses amis, boire de l’alcool, faire des actions totalement folles et ne se priver de rien. Il fallait rire, il fallait passer outre les barrières sociales. Oui, être jeune pouvait signifier se taper toutes les jolies filles qui passent mais cela pouvait aussi consister en monter des plans sur la comète pour attirer le regard de l’une d’entre elle, écraser la voiture de son père dans la piscine du voisin parce qu’on a trop bu, faire des mauvaises blagues téléphoniques, mettre au point des garces diaboliques pour piéger les professeurs, fumer un joint ou…
Ou des choses de ce genre. Des trucs d’ado, comme on en voit à la télévision dans toutes les séries et les films produits tantôt côté Disney, tantôt côté industrie d’Hollywood. L’idylle du rêve américain telle qu’on la montre en Europe. Ou du moins un gros stéréotype plutôt proche.

Le geek jeta un regard vers son ordinateur. Vers cette machine qui résumait toute sa jeunesse. Pour lui, ça avait été enchaîner les jeux, les films, la lecture de comics…Ca avait consisté en la construction d’un monde imaginaire tellement idéalisé que ça en devenait probablement un peu ridicule. Le geek connaissait mal la réalité, même s’il avait vu pas mal de films dans le but de l’étudier un peu plus en profondeur et de se préparer à l’affronter. Il avait soif de la vie, soif d’indépendance et pour cette raison, il était revenu à Star City. Pour cette raison, il avait coupé le cordon avec ses parents.

Être jeune…Profiter de la vie…
Il n’avait pas non plus envie de transformer Jace en délinquant ou risquer de lui faire attraper une MST.

- Bin, je crois que…Que profiter de la vie, ça dépend un peu de la perception des gens. Moi tu vois je profite de la vie en jouant à des jeux-vidéos ou en menant des enquêtes sur des phénomènes bizarres. Mais d’autres sortent en boîte, ils vont danser, ils draguent des filles, ils boivent de l’alcool…

Zachary n’avait pas l’âge légal pour boire de l’alcool aux Etats-Unis et Jace encore moins. Ca n’avait jamais empêché des lycéens de se rendre saoul au point de faire un coma éthylique, hélas. S’ils ne pouvaient pas acheter des bouteilles eux-mêmes dans un supermarché, ils n’avaient qu’à trouver une soirée un peu plus privée. Zachary n’avait pas d’amis de ce genre, mais Jace peut-être…
Et puis non.

- Mais je pense que t’es un peu jeune pour boire de l’alcool. Enfin, en boire trop. Puis je crois que ton père ne serait pas content…

Et Zachary n’avait pas envie de se faire écrabouiller par le Commander pour avoir saoulé son fils. La simple idée le terrifiait presque autant que d’affronter son propre père.

- Ca peut-être une idée tient, le saut à l’élastique ! Ou un petit tour des Etats-Unis, ça peut-être sympas. En plus, on est en vacances et ça devrait te faire du bien de souffler un coup, tu crois pas ? J’pense que tes parents seraient partants, suffit de leurs expliquer un peu ce que tu ressens tu vois ?

Après tout, les super-héros ne prennent pas de vacances et c’était peut-être l’une des raisons pour lesquelles Jace avait pété les plombs à ce point. Ou peut-être que ça n’avait rien avoir. Après tout, Zachary n’était pas dans son cerveau et c’était peut-être mieux ainsi, pour le moment.

- Je sais pas vraiment, en fait. Pour être honnête…J’pense qu’on se pose pas la bonne question. T’as envie de faire quoi, là, tout de suite ? Si je te dis voilà, on fait ce que tu veux, n’importe quoi, même un truc dingue ! Tu choisis quoi ? Réfléchis pas, dis le premier truc qui te vient.

Ce n’était évidemment qu’une pure hypothèse. Enfin, tout allait dépendre de la réponse de Jace. S’il voulait simplement aller se promener dans les rues et rencontrer des gens, pas de problèmes. S’il voulait partir en voyage en France ou au Japon, cela risquait de l’être un peu plus. Zachary se demandait combien d’années de prison il prendrait pour le kidnapping de Jace Roberts…
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Message posté : Ven 20 Juin 2014 - 22:43 Message
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De fait, Jace était mineur. Et comme il avait par ailleurs un respect certain pour la loi, il n’avait jamais bu de l’alcool — en plus, l’état de certains de ses camarades ne lui inspirait pas l’envie de tenter l’expérience — et il n’avait jamais été dans une véritable boîte de nuit, même si, cette fois-ci, l’idée de danser avec des gens ne lui déplaisaient pas. Il avait dansé dans des fêtes et toujours trouvé l’activité plaisante, même s’il n’avait absolument pas le rythme dans la peau. Il lui avait fallu une ou deux soirées pour comprendre que ses talents de danseur n’étaient de toute façon pas ce que recherchaient les jeunes filles qui se collaient à lui dans ces circonstances et, quand l’une d’entre elle avait tenté de le motiver très explicitement et manuellement à rejoindre une chambre aux étages supérieurs, Jace avait jugé préférable de ne plus danser, en soirée.

Car Jace était sans aucun doute le seul garçon de l’équipe de basketball de Star High à avoir systématiquement refusé toutes les avances féminines qu’on lui avait faites et à s’être tiré chastement de pas moins de cinq promiscuités fort chaleureuses en moins de deux ans et le seul super-héros à parler sérieusement de géopolitique internationale quand une admiratrice à forte poitrine lui demandait son avis sur la faim dans le monde. Il était également la seule personne de tout son entourage à penser régulièrement, depuis ses quatorze ans, qu’il n’avait aucune chance avec telle ou telle fille qui lui avait plu, même quand celle-ci, après avoir compris que le blond était beaucoup trop mal dégourdi pour faire le premier pas, l’avait fait à sa place, ainsi que le deuxième et le troisième — et le seul à considérer que « y aura de l’alcool » était un argument contre une soirée.

Pour l’instant, le programme le laissait donc un peu perplexe. Zachary l’acheva en lui demandant de dire la première chose qui lui passait par la tête.

Jace ouvrit des yeux ronds.

— Je voudrais…



Euh…



Euh…


L’adolescent se mit à regarder tout autour de lui, comme si ses envies profondes et instinctives pouvaient lui être révélées par la lampe du salon, les livres ouverts ou la couleur des volets.

— De…

Manger ?
Non.



J’ai pas envie de boire de l’alcool.
Ça, c’est sûr.



J’vais pas te draguer, t’es mon ami.
En plus j’suis fatigué.



C’est trop bas, ton balcon, pour sauter à l’élastique.
D’ailleurs, j’ai pas d’élastique.



Non, j’ai envie de…


L’expérience n’était pas exactement concluante. La spontanéité définitivement enterrée, Jace s’était mis à réfléchir et le résultat était pour l’heure contre-productif.

— J’ai envie de faire de la moto. En fait, j’économise pour m’acheter une voiture, même si je dépense pas mal, pour acheter du matos électronique, du bois, de la peinture, pour fabriquer des automates, mais plus j’y pense, plus j’ai envie de faire de la moto. C’est moins pratique, une moto, c’est moins raisonnable, sans doute, mais ça a l’air trop, trop bien.



J’ai envie d’aller à la piscine. Je vais jamais à la piscine avec des gens, parce que si je perds le contrôle de mes pouvoirs, ça peut être dangereux. J’y vais à la Tour de la Paix, mais pour m’entrainer et tout seul, alors que moi, je voudrais jouer dans une piscine, tu vois.



J’ai envie d’aller dans un sex-shop. Je suis jamais rentré dans un, et ça m’a toujours paru crade, mais en fait, j’en ai vu qui avaient l’air classe, et je me demande ce qu’ils peuvent vendre.



J’ai envie de revoir Aishlinn, c’est une fille que j’ai vue deux fois, et elle est vachement étrange, très… caractérielle, et je crois un peu criminelle, mais elle est belle et quand je la regarde dans les yeux, j’ai l’impression que je suis submergé par son âme.



J’ai envie de te trainer dans un magasin de vêtements, parce que je trouve que tu pourrais avoir des fringues qui te mettent plus en valeur, mais je le propose jamais, parce que j’ai peur d’avoir l’air trop gay et que tu trouves ça ridicule.



J’ai envie d’aller en Louisiane pour parler aux gens, et voir comment ils vivent, mais je me demande si je suis pas trop blanc et trop privilégié pour ça.


Et il se rendait compte qu’il pouvait continuer longtemps : il avait envie de faire des avances à Abel, le mystérieux garçon rencontré au rayon météorologie de la bibliothèque universitaire, de chasser le fantôme avec Qaletaqa, de faire une semaine de camping sauvage, de traverser le portail dimensionnel du Bigsby Building, de plonger avec un sous-marin, d’apprendre à jouer du piano, d’aller dans un spa, de se faire un deuxième tatouage. Il y avait de grandes et de petites envies, certaines définitivement impossibles, d’autres à portée de main et pourtant jamais satisfaites.

Les yeux brillants (mais c’était peut-être la fièvre), il fixa Zachary.

— Et toi, t’aurais envie de quoi ?

À part Chloé, évidemment.
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Message posté : Sam 21 Juin 2014 - 9:19 Message
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Ah ouais, tout ça.
Zack était assez content d’apprendre que l’alcool n’intéressait pas Jace, en partie parce que lui-même le tolérait extrêmement mal. Il suffisait de voir dans quel état ça l’avait mis trois semaines avant…Il avait quand même défoncé la porte de sa petite amie à l’aide de son alter ego trop classieux. Il était également heureux d’apprendre que Jace ne désirait pas le draguer. Zachary avait vécu une expérience suffisamment traumatisante avec Solar pour ne pas avoir envie de la retenter et même s’il voulait bien admettre que son ami était plutôt beau mec…Il ne le considérait décidément pas de cette façon. Il était également plus que ravi qu’il n’envisage pas de sauter à l’élastique de son balcon. Il aurait du mal à expliquer à la police et au Commander pourquoi Thunder se retrouvait la tête explosée sur l’asphalte en bas de chez lui, avec un élastique accroché aux chevilles.
Au mieux, Zachary allait se faire massacrer.

Par contre, les autres envies de Jace étaient tout à fait réalisable et même étonnamment…Raisonnable. Le geek s’était attendu à bien pire et il éprouvait un certain soulagement à l’idée qu’il pourrait l’accompagner dans toutes ces activités, pour éviter que ça ne tourne mal. Non pas que Zachary soit le chaperon idéal, en général c’était plutôt Jace qui lui sauvait les fesses mais bon ; Zack avait quand même accès à un panel de personnages désireux de protéger leur Invocateur et, par extension, Jace.
Dans le doute, il invoquerait Lux en priorité puisqu’elle avait un petit faible inavoué pour le héros.

- Moi ? Euh…

Zachary réfléchit. Il n’y avait jamais vraiment songé et certaines de ses envies les plus pressantes étaient classes X.

- J’ai envie de maîtriser la magie des portails pour voyager dans toutes les dimensions.

Il avait vaguement évoqué à Jace l’apparition de son mystérieux oncle le magicien, le Maître des Portails comme il se faisait appeler et son désir de former Zachary pour reprendre le flambeau. Cela avait ouvert au geek des milliers de perspective et son voyage avec Alex dans cette dimension parallèle avait été une expérience qu’il n’oublierait jamais. Il avait très envie de recommencer.

- Sinon euh je…J’aimerais bien pouvoir parler à une fille sans commencer à bégayer. J’aimerais bien aller voir mon père et lui demander des explications, pouvoir être honnête avec lui. Euh…

Il se concentra pour évoquer des choses un peu plus cool que celles-là.

- J’aimerais bien aller dans une boîte de nuit et me sentir à l’aise. Pas spécialement boire mais juste me sentir à ma place, pouvoir danser avec des gens, vaincre ma timidité quoi.

Mais pas se taper de filles. Il était trop proche d’un succès sur l’opération Chloé pour tout gâcher maintenant. Sans compter qu’il ne voulait tout simplement pas d’une autre femme qu’elle.

- J’voudrais…Je voudrais apprendre à tuer des vampires ! Et…

Il avait dit ça en souriant mais au fond de lui, il était très sérieux. Malgré le discours qu’il avait tenu à Chloé, Zack était persuadé qu’il dormirait mieux la nuit en se sachant préparé à affronter sa Némésis si elle revenait vers lui.

- Mais je crois que ce que j’aimerais le plus, c’est faire un truc fou. Un truc qui me ressemble pas, juste pour me dire que je suis capable. Genre…Genre te laisser refaire ma garde-robe. Même si j’l’aime bien comme ça…Je suis conscient qu’elle fait un peu trop ado.

Le t-shirt final fantasy qu’il portait en était la preuve. Puis peut-être que Chloé aimerait.

- Oh, tu sais ce qu’on pourrait faire ? J’aimerais aller chez le coiffeur et…Et faire un truc totalement différent ! Genre je sais pas, une colo, une coupe bizarre. Ou…Ou un tatouage ! Ou…Ou un piercing !

Sauf qu’un souvenir qu’il préférait oublier était lié à l’image du piercing. Il frissonna.

- Ou juste le tatouage.

Il leva les yeux vers l’horloge murale attachée au-dessus de la porte. 20h37. Seulement ? Qu’est-ce qu’il y avait encore d’ouvert à cette heure-ci ? La piscine, c’était mort. La moto…Zack ne connaissait personne qui roulait sur ce genre d’engin, donc à moins de devenir pote avec un biker dans les trois heures à venir, ça risquait d’être compromis. La plupart des magasins de fringues étaient fermés, surtout un mercredi. Il restait donc le sex-shop, Aishlinn et la Louisiane. Puisque Zack n’avait aucune idée de qui était cette fille ou de comment la trouver, il restait les solutions 1 et 3.

- Ou euh…On peut commencer par faire un truc de ta liste. Vu l’heure, le sex-shop ça peut-être marrant. Tout le reste doit-être fermé, à moins qu’ils fassent une nocturne au centre commercial ? Je sais pas, je demande, parce que je suis pas trop au courant de leurs horaires. Limite on peut zieuter sur Internet…

Internet. MERDE !
Le geek se précipita vers son ordinateur. Chloé était toujours connecté mais son micro était mute. Zack lui fit un poke, en pensant qu’elle avait probablement coupé le son pour ne pas entendre la conversation –ou pas.

- Euh…Chloé je suis désolé je t’ai… Oublié ? Mauvaise idée. Y’a Jace qui vient de débarquer et il est pas au…Au top. J’t’expliquerais. Je suis désolé, désolé, déso…Hein ? Ah euh pardon oui. Oui…Promis, tout ce que tu veux. Okey. Okey. Merci. Bonne soirée oui.

Zachary soupira après avoir coupé teamspeak. Il ouvrit la page Internet et, peu désireux de s’appesantir sur le sujet, il reprit la conversation précédente.

- Tu sais…Je suis jamais rentré dans un non plus. Un sex-shop je veux dire.

Il rougit un peu. A presque vingt et un ans, c’était une triste révélation mais il n’en avait jamais vraiment eu besoin. Après tout, il avait une main droite pour les longues soirées solitaires et assez brièvement, il avait eu une Chloé.
Rien n’égalerait jamais plus la Chloé, d’ailleurs.
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Message posté : Sam 21 Juin 2014 - 11:13 Message
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Tuer des vampires ? Jace haussa un sourcil dubitatif. Bon, les vampires existaient. Soit. Il n’avait pas été au courant jusque là, mais depuis quelques années, le jeune homme partait du principe que rien n’était impossible et si on lui avait présenté Big Foot, il n’eût probablement pas été beaucoup plus surpris que cela — ce n’eût jamais été qu’une version agrandie et abêtie du Docteur Simien, après tout. Mais pourquoi est-ce que Zachary voulait tuer des vampires ? Pourquoi est-ce que le sourire de son ami semblait en cet instant précis si faux ? Et pourquoi les envies du jeune homme lui paraissaient-elles, dans l’ensemble, si sombres ?

Le blond le suivit du regard alors qu’il s’installait devant l’ordinateur et il sentait monter en lui une vague typiquement jacienne : prendre les choses en main et sortir Zachary : 1) de son appartement, 2) de son tee-shirt Final Fantasy et 3) de son marasme. À peu près sec, Jace posa sa tasse sur un coin libre de la table basse, abandonna son enveloppe de serviettes (ou d’essuies, si on préfère, mais enfin, soyons un peu sérieux) et franchit l’incommensurable et surhumaine distance de trois pas qui le séparait de l’ordinateur. Il posa une main sur l’épaule de son ami et déclara :

— Laisse tomber Internet.

Oui, je sais, c’est horrible.

— On va chercher un peu au hasard dans les rues.

Les centres commerciaux étaient sans doute ouvert pour au moins une ou deux bonnes heures — le centre-ville de l’immense Star City ne dormait pas de si bonnes heures. Les tatoueurs, eux, devaient être fermés, mais rien n’interdisait d’en regarder les vitrines et quant aux sex-shops… eh bien, cette idée-là intimidait encore un peu Jace, parce qu’il savait confusément ce qu’il voulait y trouver mais n’était pas sûr de l’assumer devant Zachary. Même si tout le principe de l’opération était, justement, d’assumer.

Après avoir emprunté un blouson à son ami pour pouvoir arpenter les rues sans aggraver sa santé défaillante que des quintes de toux, légères mais régulières, continuaient à signaler, qui lui donneraient, comme il l’avait signalé, une voix de rockeur (on peut toujours rêvé), les deux jeunes gens commencèrent à arpenter le quartier du Front de Mer. Dans ce voisinage artiste et branché, ils étaient sûrs de trouver ce qu’ils cherchaient et, tandis que certaines boutiques fermaient, Jace parcourait les vitrines du regard.

— Pour les fringues, faudrait p’têtre savoir c’que Chloé aime. Parce que bon, y a des styles vachement différents, et si tu te ramènes en slim quand elle veut du skater, ça risque de ruiner un peu le principe de la chose. Enfin, c’la dit, tu peux très bien vouloir t’habiller comme tu veux et elle s’adaptera, j’sais pas trop comment tu vois ça.

Lui, en tout cas, n’avait jamais adopté un style vestimentaire très remarquable. Sportif décontracté, quelque chose comme cela. Mais ces derniers temps, il y réfléchissait, parce que le regard qu’il posait sur les autres hommes avait un peu changé et qu’il songeait plus volontiers au désir dont il pouvait être lui-même l’objet. L’idée de tirer profit de son entraînement physique intense pour se mettre un peu plus en valeur le titillait assurément, mais il ne voulait pas paraître superficiel en accordant trop d’attention à son apparence. Il était donc beaucoup plus facile (et un peu plus lâche) de conseiller les autres sur la leur.

Jace finit par s’arrêter devant une boutique qui l’intéressait véritablement. Fermée, hélas, mais les dessins et les photographies des œuvres du tatoueur ou de la tatoueuse étaient exposés comme il se devait en vitrine, accompagnés de certificats sanitaires et d’une affiche décrivant les techniques, le matériel et les précautions employées. Jace montra l’affiche en question d’un geste du menton.

— Ça, c’est un bon signe. Quand j’ai fait le mien…

Le jeune homme fit glisser son blouson sur ses bras et releva un peu la manche de son tee-shirt pour montrer le tatouage tribal qui entourait son biceps.

— Ouais, c’est super classique et même commun, mais en fait, tu vois, je regrette pas. Et donc, quand j’ai fait le mien, c’était dans un truc un peu louche, forcément, parce que je suis pas majeur et qu’en théorie, c’est pas non plus super légal.

Comme quoi, il n’était pas toujours absolument angélique.

— J’ai eu du bol, il s’est rien passé, mais mieux vaut payer plus cher pour être dans un endroit où c’est sécurisé. Si c’est pour avoir un truc dégueulasse ou choper des maladies, voilà, quoi. Ensuite, tu vois, il faut choisir l’endroit avant de penser au motif. En se disant que selon les endroits, ça fait plus ou moins mal. Par exemple, sur la main, il parait que c’est vraiment super douloureux. Et puis c’est plus ou moins visible, aussi. Bon, après, ça, j’avoue, je compte pas me faire tatouer le visage, alors perso, je m’en fous un peu. En fait, j’aimerais bien un truc discret, à l’intérieur du poignet, ou… hm… À l’intérieur de la cuisse, ça peut être…

Sexy. Il haussa les épaules.

— T’avais d’jà réfléchi, toi ?
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Message posté : Sam 21 Juin 2014 - 12:13 Message
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D’accord, Zachary n’avait plus le droit d’utiliser Internet pour faire une recherche ? Y aller au hasard ? Ils frisaient carrément la folie mais il suivit Jace sans trop se faire prier, après lui avoir prêté l’un de ses blousons représentant un Zelda chibi avec cinq cœurs dont deux étaient vides. Une barre de vie, en somme. C’était le mieux qu’il possédait dans le genre neutre. Ensuite, les deux amis descendirent dans le quartier du Front de Mer. Sortir alors que Jace toussait n’était peut-être pas la meilleure des idées mais le laisser tourner en rond dans son appartement non plus. Il risquait de péter à nouveau les plombs et cela pourrait aisément dégénérer en drame. Zachary n’avait pas envie de le voir pirater les serveurs du Pentagone depuis son appartement.
Ni depuis n’importe où ailleurs.

- Je sais pas trop… répondit-il à sa question. Chloé, elle aime…

En fait, elle n’aurait jamais dû aimer quelqu’un comme Zachary, quand on voyait le style qu’elle arborait. Il songea avec une certaine amertume à ce Gabriel, qu’il avait retrouvé en train de lécher de la Téquila sur son ventre le soir où il avait explosé sa porte. Il ressemblait à un musicien rock, un mec avec des cheveux foncés, le genre ténébreux qui se la joue. D’ailleurs, il était musicien…Bref, il avait de la classe et il avait confiance en lui. Zachary songea alors à Zeck. Peut-être qu’il devait prendre pour modèle le style vestimentaire qu’il lui avait choisi, mais comment le montrer à Jace et lui expliquer la création de Zeck ? Il était un peu sa carte maîtresse, son coup de poker honteux dont il n’osait pas parler et qu’il n’invoquait que lorsqu’il était absolument seul. Déjà que Chloé l’avait vu…Heureusement, elle ne lui avait rien demandé.

- Je sais pas trop. Je comprends déjà pas comment une fille comme elle a pu sortir avec un type comme moi. Je veux dire…

Il écarta les mains dans une tentative pour se désigner de la tête aux pieds.

- Tu vois quoi. Je sais pas trop ce qui lui a plu chez moi. C’est peut-être pas qu’on était ami avant, je sais pas…Du coup j’en sais rien. Tu sais… Il hésita quelques secondes. Quand…Quand j’ai recommencé à lui parler, j’ai débarqué chez elle en étant saoul. Je faisais n’importe quoi et j’ai…Enfin pas exactement moi mais une invocation, j’ai défoncé sa porte et j’l’ai surprise avec un gars. Un gars genre…Musicien quoi. Du coup, peut-être qu’elle aime ça. Ou peut-être pas. C’est compliqué, les femmes.

Un soupir qui venait du fond du corps. Le geek aurait eu besoin d’un relooking, de pouvoir porter des costumes en débordant d’assurance, de pouvoir s’habiller avec des chemises sans avoir l’air d’un gamin qui a pioché dans la garde-robe de son père. L’une des étapes pouvait être le tatouage et lorsqu’ils s’arrêtèrent devant une boutique, Zachary observa les motifs avec attention. Il aimait beaucoup les dessins de droite, ils étaient très travaillés.

- Je savais pas que t’étais tatoué.

Une remarque Ô combien intelligente. Il regarda le biceps de Jace et se demanda s’il avait souffert. Cela dit, poser la question le ferait passer pour une mauviette. Probablement.

- C’est plutôt cool puis tu sais le principal c’est que le motif te plaise à toi. Le reste tu t’en fou. Note c’est rassurant leur certificat…

Il imagina Jace dans une arrière-boutique mal éclairée en train de se faire tatouer par un gros barbu métaleux avec un bandana sur la tête, des lunettes de soleil et des mains un peu grasse.
Qui a parlé de cliché ?
Bref, peu importait. Au final, son ami s’en était sorti et sans encombre, avec un motif certes simple mais plutôt sympas et qui collait bien à son style général. Zachary se demandait pour quel genre de tatouage il devait opter. Quelque chose de simple ? Histoire de passer le cap et ensuite, investir sur un motif plus complexe ? Il hésitait déjà sur le modèle exact, le trop plein de choix dans la vitrine n’aidant pas vraiment. Quant à l’endroit…Il n’aimait pas trop l’idée qu’une aiguille s’approche de son sexe puis les cuisses restaient des endroits sensibles. Et s’il bandait devant le tatoueur ? Un frisson d’effroi le parcourut et ses pensées dérivèrent sur un certain tatouage en forme de scorpion. Il secoua la tête et tâcha de se recentrer.

- Jamais vraiment…

Puis il songea à Zeck et au tatouage qu’il lui avait dessiné. Sur le pectoral droit, du côté de son cœur, il avait gravé l’emblème de l’équivalent de la Légion dans sa BD.

- Peut-être sur le pectoral. Ou l’omoplate. Mais j’me vois pas trop en faire ailleurs, surtout pas sur le visage. Note une fois j’ai vu une fille qui s’était fait tatouer son maquillage. Ça doit être super pratique mais le jour où elle veut changer, elle est mal…

En même temps, il y avait mieux comme idée. Puis ça lui allait bien maintenant qu’elle avait vingt ans mais dans dix ans ? Elle regretterait ses petites étoiles sur le côté des yeux.

- Tu penses à quoi comme genre de motif ? Moi j’hésite. Je pense opter pour un truc symbolique. Qui me ressemble quoi. Tu crois que c’est bizarre si je me fais tatouer l’emblème de la Légion ? C’est un peu le symbole de mes convictions… Il se mordilla la lèvre inférieure. Ouais, un peu trop sérieux comme idée t’as ptet raison…

Notons que Jace n’avait absolument rien dit.

- Tu crois que tes parents signeront l’attestation pour donner leur accord ? Parce qu’à mon avis, ici, t’en auras besoin.

Et je veux pas le faire tout seul, pensa-t-il le plus lâchement du monde. Par contre, il ne voulait pas que son pote lui tienne la main comme si c’était lui l’enfant. Il fallait qu’il affronte ce genre d’épreuves comme un homme, un vrai.
Bientôt, il aurait peut-être même un peu de barbe.

Toujours penché sur la boutique avec Jace, Zachary entendit des bruits de moteur, comme ceux d’une moto et bientôt, cinq motards s’arrêtèrent devant la boutique.
Le geek espérait qu’il y avait juste une fête privée de l’autre côté de la porte.
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Message posté : Sam 21 Juin 2014 - 19:55 Message
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Jace sentit son cœur se serrer quand il entendit Zachary déplorer son manque supposé d’attrait. Il avait du mal à comprendre très exactement les tenants et aboutissants de sa relation avec une jeune femme qu’il n’avait jamais rencontrée et dont il savait seulement, par une source aussi peu objective que possible, qu’elle était parfaite, mais enfin, avec un fond de logique, il supposait que si Zachary et Chloé avaient été ensemble et qu’ils étaient en train de se rabibocher, c’était vraisemblablement que la Française ne trouvait pas son geek sans intérêt. Jace comprit que ce n’était pas le regard que Chloé pouvait porter sur Zachary qu’il allait falloir travailler, mais celui que le jeune homme portait sur lui-même.

— Le symbole de la Légion, c’est sympa, je trouve pas que ce soit trop sérieux non plus. Je veux dire, c’est pas comme si tu te tatouais une formule chimique et une loi de résistance sur le torse. C’est plus comme, tu sais, les tatouages de l’armée, pour les régiments, ce genre de choses. En plus…

Jace haussa les épaules.

— Ça ne me parait pas totalement inapproprié.

Après tout, Zachary était en train de s’entraîner, et de s’entrainer dur, pour maîtriser ses pouvoirs et apprendre à se défendre. Dans peu de temps, Jace le voyait parfaitement intégrer la Team Alpha — dans laquelle il n’était plus sûr de pouvoir lui-même véritablement resté, après sa rupture avec Christopher. Et puis, il allait quitter Star High, voler de ses propres ailes, et savoir qu’un stratège expérimenté et pondéré comme Zachary pouvait intégrer l’équipe n’était pas une médiocre consolation. Le blond repoussa tout de même ces pensées un peu prématurées et trop professionnelles.

— De toute façon, c’est pas pressé. Tu peux regarder d’autres boutiques, voir les motifs, essayer de dessiner par toi-même. Et puis, le certificat… Mon anniversaire, c’est quand même en octobre, alors si on veut pas trop attendre, faut bien que j’en parle à mes parents. Mais mes parents… Disons que des fois, j’ai l’impression qu’ils voudraient un enfant un peu plus calme que moi. Je sais pas. J’avoue, j’ai pas trop envie d’y penser, là main…
— Sympa, ton blouson.

Jace se retourna et leva la tête cinq mètres plus haut (enfin, presque), vers le visage barbu d’un motard qui devait peser au moins aussi lourd que sa moto.

— Merci. Mais il est pas vraiment à moi. À lui, plutôt.

Jace inclina la tête vers Zachary et le volumineux motocycliste détailla son ami, avant de grogner :

— J’l’aurai deviné.

Voilà, voilà.

— C’est ton daddy ?
— Je vous demande pardon ?

Le motard observa ses quatre amis, puis Jace, puis Zachary, puis Jace encore une fois.

— Non. Rien. On va… On a une soirée. Là-bas.

Le motard désigna vaguement la direction du Machine. D’un ton un peu perplexe, Jace avança :

— Bonne soirée… ?
— Ouais.

Les cinq compères se retournèrent comme un seul homme et partirent dans la direction indiquée. Ce ne fut qu’alors que Jace observa :

— Ils portent des pantalons en cuir, c’est quand même spécial.

Le remarquable cerveau du génie se mit en marche.

Lentement.

Motards.
Pantalons en cuir.
Quartier du Front de Mer.
Daddy.
Compliments sur son blouson.

— Hmm…



Oh.



Ah.
Je vois. C’est, hm… Je vois.


Jace eut l’air songeur pendant une seconde ou deux, fixant la rue où les motards avaient disparu, puis il déclara brusquement :

— Viens, j’ai faim, on va chercher un truc à manger par là.

Soit dans la direction exactement opposée. D’un côté ou de l’autre, de toute façon, le quartier du Front de Mer resterait animé toute la soirée, surtout maintenant que la pluie s’était dissipée. Jace tourna donc les talons et tenta de chasser les souvenirs un peu trop vifs et enivrants d’un certain après-midi californien où les ébats entre Christopher et lui avaient pris une nette orientation hiérarchique. Il ne s’était jamais, et pour cause, penché sur les subtiles taxinomies d’une communauté à laquelle il n’avait pas voulu appartenir et dont il n’était toujours pas sûr de vouloir et de pouvoir être un membre. Il n’avait jamais mis les pieds au Machine et dans n’importe quel bar du même genre, en ville.

— Tu sais, à propos du musicien, et de Chloé, là. Moi, je vois les choses comme ça : peut-être qu’elle cherchait à se prouver que tu lui manquais pas. Je la connais pas et tout, mais si c’est son style de vie, au bout d’un moment, je suppose que ça devient du… connu ? Tu devrais pas chercher à te reprocher de ce qu’elle connait déjà, parce qu’elle a fini avec toi, et c’est bien la preuve qu’elle cherche autre chose. Ça veut pas dire que tu peux pas faire des efforts et tout, juste qu’il faut t’souvenir que t’es pas un choix par dépit. Ça a l’air d’être une fille qui manque pas d’opportunité et c’est toi qu’elle a choisi. Tu sais peut-être pas jouer du banjo ou faire des back flips en skateboard, mais t’es très intelligent, inventif, t’as un cœur en or, on s’ennuie jamais avec toi, t’es attendrissant et t’es pas difforme : c’est plus qu’il en faut pour plaire aux gens, tu sais.

En tout cas, il supposait que Zachary avait infiniment plus de conversation que le lécheur de tequila et les gens passaient quand même plus de temps de leur vie à discuter avec leurs proches qu’à se tripoter.

— Fin bon, après, voilà, j’suis pas le méga spécialiste du couple non plus, donc ça vaut c’que ça vaut. Juste, j’t’habille pas en rocker, en motard ou en chef de gang.
— Salut beau gosse.

Un type d’une quarantaine d’années passa à côté de Jace en lui faisant un clin d’œil et s’éloigna, non sans se retourner plusieurs fois, pour observer le blondinet.

— OK, par contre, le blouson Link chibi, sur moi, dans ce quartier, je crois que ça envoie le mauvais message…
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Message posté : Dim 22 Juin 2014 - 9:38 Message
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- J’ai rien compris… déclara Zachary en regardant les motards s’éloigner vers l’entrée du salon.

Et c’était la réalité. Alors que Jace semblait avoir eu une illumination au sujet de ces hommes, le geek les observait avec un regard peut-être un peu naïf, incapable d’associer les évènements entre eux. Perplexe, il se laissa entraîner à l’écart pour aller manger un morceau et finit par mettre cette question de côté pour mieux rougir aux compliments de son ami. Rougir pour de vrai. Zachary n’était pas habitué à entendre la liste de ses qualités et il ne se rendait pas compte qu’on pouvait le percevoir de cette manière. Il savait très bien que Jace ne mentait pas, parce que ce n’était pas son genre.

- Merci… murmura-t-il en se découvrant un intérêt soudain pour le trottoir.

Sympas, l’agencement des pavés. Bien pensé. Ah, le coin d’un était cassé.
Ah, une botte.
Zachary releva la tête le long de la jambe puis du torse du nouveau venu, qui salua Jace avant de s’en aller. Le geek considéra ensuite son blouson.

- Bin…J’ai jamais eu de problèmes moi…

Zachary ignorait si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Etait-il trop viril pour paraître gay même avec un blouson de ce type –ah ah on peut rêver- ou n’était-il justement pas assez sexy pour être calculé même avec un blouson de ce genre ? Finalement, il défit la tirette de son gilet final fantasy et le lui tendit.

- Tiens, prend celui-là. Il est propre hein je l’ai sorti de la garde-robe tout à l’heure.

Au moins, Jace ne se ferait plus draguer par des gars de quarante ans. C’était un peu glauque d’ailleurs, parce que d’accord son ami ne faisait pas gamin mais quand même…Zachary n’était jamais vraiment sorti de nuit dans son quartier. Les rares fois où c’était arrivé, il allait à l’épicerie en bas de la rue et il n’avait été agressé qu’une seule fois. Il ignorait qu’il était rempli de…De gens désireux de draguer des personnes plus jeunes. Des cougars ? C’était quoi le terme, pour un homme ? Des tigres ?

En plein dans cette considération philosophique, ils arrivèrent devant une pizzeria qui faisait coin et Zachary proposa de s’y arrêter. Il n’avait pas encore souper et il ressentait le besoin de se nourrir d’urgence. Et ça n’avait rien avoir avec l’odeur délicieuse qui emplissait une partie de la rue. Ils se placèrent dans la file d’attente majoritairement composée de jeunes entre seize et vingt-deux ans qui soit allaient faire la fête, soit en revenaient déjà. C’est alors qu’une fille tourna la tête et les regarda. Ou plutôt, tourna la tête et regarda Jace, avant de se pencher pour murmurer un truc à sa copine, qui elle-même murmura un truc à une troisième fille, pour que finalement trois paires d’yeux se fixent sur son ami.
Zachary, de son côté, avait l’impression d’être l’homme invisible.

- Je ne sais pas si elles t’ont reconnu ou si elles te trouvent juste à leur goût mais j’ai l’impression qu’elles te mangeraient bien à la place de la pizza.

Après cette réplique d’une rare justesse, le geek observa les trois filles qui murmuraient entre elles comme pour désigner celle qui viendrait parler au beau blond. Zack se demanda si Jace aurait autant attiré l’attention en conservant son blouson Link Chibi mais il ne le saurait probablement jamais.

- Tu veux qu’on change d’endroit ou…
- Salut.

L’une des trois filles s’était plantée devant eux. Elle était petite avec des cheveux noirs et une peau un peu bronzée. Elle était maquillée, du coup il était impossible de définir son âge au premier regard. Sa poitrine débordait un peu de son haut, ce qui fit rougir Zack mais il avait l’impression que c’était voulu. En même temps, qui porte des hauts aussi serrés ?

- Et salut, lui dit-elle.

Zachary bégaya un « salut » mais elle ne le regardait déjà plus.

- Avec mes copines, on voulait se poser dans le parc pas loin. Y’a une petite fête. Enfin, c’est pas vraiment une fête, juste on se pose avec des gens, on parle, on écoute de la musique, on s’amuse quoi. C’est les vacances après tout. Fin des examens, tout ça…

Ah, déjà ? Intéressant. Après un regard paniqué à Jace, le héros comprit que son pote geek serait incapable d’aligner trois mots aussi devrait-il prendre les choses en main. Du moins jusqu’à ce qu’il se soit habitué à la proximité de toute cette chair à nu.
Pas demain la veille.
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Message posté : Dim 22 Juin 2014 - 14:31 Message
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— Oui, mais, comment dire…

Jace troqua son blouson contre le gilet de Zachary.

— T’es pas blond et jeune. Moi, je ressemble à Link. Aishlinn trouve que je ressemble à Link, en fait. Une fois, on a été absorbé par un livre magique et on a vécu dans un conte où je portais une espèce de tenue verte, comme lui, d’ailleurs avant je connaissais pas, mais c’est vrai, y a une sorte d’air de famille.

Quand on y réfléchissait bien, sa relation avec Aishlinn s’engageait de manière mouvementée : la première fois qu’ils s’étaient vus, ils avaient combattu un gang de braqueurs et la seconde fois, ils avaient résolu une guerre civile dans un conte. Forcément, ça créait des liens.

— ‘Fin bref, là, je porte un blouson d’un type qui me ressemble dessiné d’une manière… Ouais, ne nous étendons pas sur la question.

Jace avait beaucoup plus l’habitude d’incarner une sorte d’idéal de virilité pour les jeunes gens qui l’entouraient, un idéal de super-héros auquel il s’était volontiers identifié, pour construire son image de marque. S’il l’avait un peu retravaillé, par la force des choses, en commençant à assumer sa sexualité, il avait tout de même une idée pour l’instant un peu restrictive du genre de désir qu’il était censé inspirer et du genre de personnes qui pouvaient le désir, tout autant que du rôle qu’il devait tenir dans ce petit jeu-là. L’intérêt que ces hommes venaient d’avoir pour lui réduisait en pièces son petit univers bien ordonné et le perturbait beaucoup plus qu’il ne voulait bien le dire.

Heureusement, rien n’était plus susceptible de le distraire de ses angoisses existentielles qu’une liste de plats.

— J’prendrais bien la 7. Ou la 8. Ou la 13. Ou… Hm ?

Jace suivit le regard de Zachary vers la demoiselle et, avec un air distrait, murmura :

— Ah, ouais, p’têtre.

Puis il reporta son attention sur la liste des pizzas. Tout adolescent mâle qu’il fût, même préoccupé par sa sexualité plus que par bien des aspects de son existence, le jeune homme n’en demeurait pas, souvent, extraordinairement peu concerné par les possibilités sexuelles qui s’offraient à lui et ses camarades les plus proches à Star High, notamment au sein de l’équipe de basket, avaient souvent observé avec une perplexité sincère l’indifférence polie avec laquelle Jace était capable de recevoir les compliments aux intentions pourtant peu implicites de certaines de ses admiratrices.

— Le chèvre avec du miel, ça doit être vachement bon.

Ses considérations gastronomiques furent interrompues par une jeune femme et, cette fois-ci, il était difficile de ne pas lui accorder toute son attention, même si Jace trouvait le moyen de la regarder droit dans les yeux — et de ne la regarder que dans les yeux.

— T’es étudiante en biologie, c’est ça ?
— Euh… Oui. On s’est déjà croisé ?
— C’était une intuition.

Les bases de données du département de biologie, avec leurs trombinoscopes, avaient dû lui passer dans la tête à un moment ou un autre, mais comme souvent, il eût été incapable d’expliquer vraiment son intuition.

— T’as de sacrées intuitions.
— Appelons ça un don. Bref, on se joindra à vous avec plaisir.

D’autant plus, à vrai dire, qu’il n’avait pas compris que toute l’opération était une technique de drague : Jace n’y voyait que l’occasion de rencontrer de nouvelles plaisirs, toujours un plaisir pour l’éternel curieux de la nature humaine qu’il était. Même le sourire ravi de son interlocutrice ne suffit pas à le tirer de sa très chaste et très imparfaite compréhension de la situation.

— Juste, on commande des pizzas.
— Si vous voulez, Shirley va tout commander et puis un des garçons là-bas ira les chercher. Vous pouvez toujours la rembourser après.
— On voudrait pas abuser.
— Mais non, venez !

L’apprentie biologiste attrapa d’autorité la main de Jace pour l’entrainer à sa suite, sans vraiment se soucier si Zachary leur emboitait ou non le pas. Jace se laissa gentiment guider jusqu’à un parc voisin où une dizaine d’autres jeunes avaient investi des tables de pique-nique en pierre, sous les arbres. Elles avaient été plus ou moins protégées, par les frondaisons, de la pluie, et s’étaient présentées comme la solution de repli devant la terre rendue trop meuble. Cinq garçons et quatre filles y discutaient déjà, principalement de combien les partiels avaient été difficiles, injustes, affreux, horribles, iniques, etc.

Un concert de salutations les accueillit. Un jeune homme poussa une bière vers Jace, qui la fit passer à Zachary.

— Tu bois pas ?
— Pas d’alcool, non.

Le garçon haussa un sourcil.

— J’veux bien un coca.

Une petite bouteille en verre glissa vers lui.

— Examens finis pour vous aussi ?
— J’suis pas à la fac.
— T’as bien de la chance. Tu travailles ?
— C’est, hm… Compliqué.

Théoriquement, il était encore au lycée. En pratique, il avait suivi ces derniers mois une formation improvisée et très exigeante conçue aussi vite que possible pour satisfaire sa nouvelle voracité intellectuelle et le prémunir contre la tristesse nuisible qu’un environnement trop peu stmulant eût inévitablement entraîné.

— Mais Zack est au HIT.
— Waouh.
— Sacrée école.
— Ça doit pas être facile.

Pendant que des questions fleurissaient à l’intention de Zachary, sur la nature exacte de son cursus et sur ses projets professionnels, dont tout le monde avait l’air de supposer qu’ils devaient impliquer la fabrication de fusées top secrètes, la demoiselle qui les avait invités se pencha à l’oreille de Jace et murmura :

— Moi, j’aime bien les histoires compliquées.
— Hmm ?
— À propos de ton travail. J’m’appelle Mildred, au fait. Comme c’est moche, tout le monde m’appelle Mill. Ce qui est… Pas beaucoup mieux.
— Je trouve ça joli, Mill. Moi, c’est Jace.
— Tu sais, je crois pas que qui que ce soit ici ignore comment tu t’appelles.

Voilà. C’était bien à cause de sa célébrité qu’elles l’avaient fixé, n’est-ce pas ? Et c’était probablement à cause de sa célébrité et pour faire de la place sur le banc que Mildred se serrait un peu plus à côté de lui.

— Alors, c’est quoi, ton travail ? À part sauver des vies.
— J’étudie. Avec des précepteurs.
— Je savais pas que ta famille était si riche.
— C’est pas vraiment ma famille qui paye. Enfin, si, d’une certaine façon.

Après tout, il considérait Sydney comme sa tante et Star High, c’était Sydney.

— C’est juste que j’ai des besoins… spécifiques.
— C’est-à-dire ?
— J’ai besoin que les cours aillent vite. Très vite.
— À cause de l’électricité dans ton cerveau ?

Jace haussa un sourcil impressionné.

— Qu’est-ce tu crois, j’suis douée en biologie, moi.
— Je vois ça.
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Angústias

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