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Épiscopalement vôtre

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Message posté : Sam 14 Juin 2014 - 14:44 Message
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14 juin 2014

— Tournez-vous.

La situation ne manquait pas d’ironie.

— Ça ira.

Abel acheva son tour et adressa un sourire poli à sa cliente. Non, décidément, la situation ne manquait pas d’ironie. Comment pouvait-elle glisser dans son sac à main de chez Chanel le carton d’invitation pour la soirée de la Fondation et évaluer d’un œil expert le charme de l’accompagnateur avait loué pour la soirée ? Non qu’Abel, du reste, en fût chiffonné. C’était son métier et il avait connu, de toute façon, des tempéraments plus difficiles. Elle ne le traitait pas tout à fait comme un être humain mais, après tout, combien de clients des supermarchés sentaient pleinement la différence entre les employés qui passaient les articles devant les scanners et les caisses automatiques ? Abel ne trouvait pas son activité plus dégradante que celles de l’ouvrier dont on louait les muscles pour tenir un marteau-piqueur ou de la secrétaire-dactylographe.

Quelques minutes plus tard, à l’arrière de la limousine, alors qu’il rajustait son nœud papillon, Denyse lui donnait ses dernières instructions à peu près comme l’on entrait un programme dans une machine.

— Ne soyez pas trop populaire, ne me suivez pas tout le temps, ne parlez pas politique, ne vous gavez au buffet, ne…
— Vous savez, ce n’est pas la première fois que je fais ce genre de choses.
— Et ne m’interrompez pas.

Dès les premières secondes, Abel avait compris que Denyse ne serait pas de ces clientes plus chaleureuses qu’autoritaires, qui cherchaient tout autant quelqu’un avec qui bavarder dans des soirées longues aux conversations souvent fastidieuses qu’un homme plus jeune et plus charmant que celui de leurs amies. Denyse Foreman, elle, cherchait ce qu’elle avait élégamment appelé « un lubrifiant social », quelqu’un qui, près d’elle, laisserait croire à ceux qui ne la connaissaient pas assez bien qu’elle était capable de nouer une relation personnelle véritable, de nourrir des sentiments et d’avoir une vie propre, bref, quelqu’un pour la rendre plus humaine.

La solution la plus efficace eût été naturellement de rencontrer des gens, proposer des rendez-vous, dîner aux chandelles, s’embrasser, avoir des relations sexuelles aussi espacées que possible et néanmoins régulières, emménager ensemble et adopter un chat siamois, mais tout cela prenait beaucoup de temps et Denyse Foreman n’avait pas de temps : elle avait un cabinet d’avocats à gérer, des affaires à ne jamais plaider, puisqu’elle en négociait le règlement avant d’en arriver à ces regrettables démonstrations publiques d’esprit de lucre et d’inimitié, des comptes en banque à remplir (les siens, notamment), des investissements boursiers à faire fructifier, bref, Denyse Foreman était une adulte occupée qui n’avait pas de temps à consacrer aux lubies hormonales dont ses congénères les moins évolués étaient apparemment les victimes béatement consentantes.

Abel Ziegler ferait très bien l’affaire, pour ce soir-là. Elle l’avait trouvé un peu trop jeune, sur les photographies, mais elle n’avait elle-même que trente ans et Jody Hogmeister, trois mois plutôt, avait paradé avec un fiancé qui ne devait même pas être majeur dans tous les pays du monde : si telle était la nouvelle mode, il fallait investir. L’idée qu’on pût considérer d’un mauvais œil de la voir parader, à la soirée pour la lutte contre les épidémies en Afrique, à la Fondation Épiscopale du New Jersey, aux bras d’un prostitué ne l’avait pas effleuré : on lui avait assuré, à l’agence, qu’Abel était d’une exemplaire discrétion.

Et puis, elle ne comptait pas s’éterniser à ses côtés. Déjà, alors que, descendus de voitures, elle saluait des gens et que lui serrait poliment les mains qu’on lui présentait, elle cherchait du regard les personnes qui l’intéressaient vraiment. Pour Denyse Foreman, une soirée comme celle-ci n’avait pas pour but de laver la conscience de l’Église catholique à propos d’une épidémie qu’elle avait activement favorisée, ni même de profiter d’un buffet dont le faste frôlait le cynisme décomplexé quand il était installé sous une carte stylisée de l’Afrique, mais bien de rencontrer des politiques, des entrepreneurs, des juges ou des journalistes influents qui touchaient de près ou de loin à ses affaires du moment.

En quinze minutes montre en main, elle avait laissé Abel au milieu d’un salon, une coupe de champagne entre les mains, pour attirer à l’écart un sénateur, qui siégeait dans une commission importante. Le jeune homme observa de loin la conversation. Or, comme l’âge du sénateur était à l’avenant de son influence et que Denyse tentait de parler à voix basse, par discrétion, à un homme qui ne l’eût pas entendu à voix haute, Abel jugea que la conversation risquait fort de durer un certain temps et il décida de vaquer à ses propres occupations. Sa première préoccupation fut donc de s’extraire en trois sourires et quatre-cinq mots du salon des politiciens pour rejoindre celui, moins gériatrique, où discutaient des journalistes.

— Qui est-ce que tu accompagnes ?
— Bonsoir, Ross.
— Oui, oui, bonsoir. Alors, qui est-ce que tu accompagnes ?

Abel adressa un sourire angélique à la petite blonde.

— Je ne savais pas que tu faisais les colonnes people, maintenant.

La correspondante financière haussa les épaules.

— C’était par curiosité.
— On s’ennuie, hmm ?
— Comme d’habitude.

Abel quitta la jeune femme des yeux et promena le regard autour de lui. Lui, il s’amusait, au moins un peu : dans ces soirées, il se sentait toujours l’âme de l’ethnographe de ses contemporains.
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Message posté : Sam 14 Juin 2014 - 19:35 Message
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ϟ Âge : 28
ϟ Sexe : Masculin
ϟ Date de Naissance : 19/09/1989
ϟ Arrivée à Star City : 25/04/2014
ϟ Nombre de Messages : 7703
ϟ Nombre de Messages RP : 761
ϟ Célébrité : Francisco Lachowski
ϟ Crédits : Cookie
ϟ Doublons : /
ϟ Âge du Personnage : Antédiluvien
ϟ Statut : /
ϟ Métier : Fondateur et patron secret de la Rose des vents ; propriétaire de Fragonard - Parfums et cosmétiques ; propriétaire du Jardin du Dragon
ϟ Réputation : Niveau 6
ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
ϟ Pouvoirs : ♦️ Dragon (Ω)
♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
♦️ Failles dimensionnelles (I)

♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
ϟ Liens Rapides :     


    PrésentationRPLiens
    JournalDestinExploits
 « J'apprécie votre invitation. J'y viendrai, excellence, j'y viendrai. » Sur ces quelques mots, Louis raccrocha. Il s'était étonné de recevoir l'appel d'un évêque qu'il ne connaissait que trop peu, mais comprit néanmoins que ni la conversation ni l'invitation n'étaient de pure courtoisie. Il percevait dans cette sollicitation l'ombre de sa tante et entendit souffler dans l'air le vent d'une magouille indécente. Qu'espérait-elle ? Il se promit de lui en parler et d'obtenir d'elle des réponses précises, mais il devinait qu'il finirait par comprendre seul : sa tante ne cousait jamais rien qui ne fût de fils blancs. Il nota pour lui-même le lieu et l'heure de la réception qui le conduirait à la Fondation Épiscopale de Star City. Il n'y était jamais allé. Qu'y trouverait-il ? Cette question ne l'obséda point les deux jours qui suivirent cet appel téléphonique, et qui précédaient la soirée dont l'objet lui échappait. Il n'était que peu féru d'humanitaire et ne se piquait guère de générosité universelle. Ses voyages à travers le monde avaient achevé de le convaincre qu'il était trop vaste et divers pour que la générosité des uns fût davantage que le cadet des soucis d'autrui. Qu'importaient tout vin qu'on pût boire à Washington pour la paix sur la Terre ? Au réveil, tous goûtaient la gueule de bois et se faisaient fauteurs de guerre. L'illusion se trouvait confortée d'ailleurs par l'hypocrisie générale des acteurs de ce théâtre mondain qui servait de coulisses à d'autres scènes plus sérieuses. De part sa formation et son emploi, Louis connaissait ce jeux et ses règles d'assez près. En tant que musicien et chef d'orchestre, ce qui lui donnait la dignité que le cardinalat offrait au sein de l’Église, Louis avait pu voir jusqu'à présent que les divertissements n'étaient souvent que des prétextes, des paravents, des rideaux pour maquiller l'impénétrable réalité de ce monde. La messe était dite. Ces soirées mondaines étaient la comédie des puissants et des aspirants. Ordre était donné d'y faire profession de charité. Seule la qualité du poisson servi sur le buffet pouvait faire office de vertu morale à défendre. Tout le reste n'était que du vent.

Rôdé à l'exercice, Louis s'y rendit néanmoins de bonne grâce. Il aimait ces occasions mondaines comme l'ours est réputé raffoler du miel. Très à l'aise en société, Louis se plaisait en bonne compagnie, appréciait discuter, palabrer, bavarder. Incorrigible bavard, parler lui était agréable parce que naturel, mais discourir l'agaçait en ces occasions, si bien qu'il fuyait la compagnie des muets ou des simplets qui n'ont que de grandes oreilles à partager. Or en ces lieux où les civilités sont à l'honneur, il était nécessaire de trier le bon grain de l'ivraie, de savoir distinguer ceux qui savaient user de leur langue, de ceux qui la tenaient réduite honteusement au silence. Fort heureusement ces derniers fréquentaient peu ces événements. Ils cédaient trop souvent la place aux verbeux et autres jacasses qui, se croyant sourds de n'entendre point parler d'eux, ne causaient jamais que d'eux-mêmes. Ceux-là, Louis les vouaient aux gémonies. Il les fuyait comme la pire des pestes. Ce soir-là, il se méfierait d'eux : son humeur était bonne, il ne désirait pas qu'elle s’abîmât d'abord dans la compassion avant de sombrer dans la fureur. Trop souvent la pitié mène à la colère.

Louis descendit du taxi vêtu d'un costume marine à l'armure caviar. Il ajusta sa chemise blanche quelque peu froissée, paya le chauffeur mais à peine avait-il resserré son nœud papillon qu'une voix chaude aux accents du Massachusetts attirait son attention. Il vit venir à lui un évêque qui agitait ses grands bras de girafe boursouflée. Ce dernier, parvenu à sa hauteur, se présenta : Malcolm Barber, l'homme qu'il avait eu au téléphone quelques jours auparavant et qui lui avait fait la cordiale invitation et qui l'avait prié de venir quelque peu en avance. Une demi-heure durant, l'homme d’Église lui tint la jambe, l'introduisit dans la Fondation et lui présenta le programme de ce soir, ainsi qu'un aperçu de la liste des invités parmi les plus prestigieux qu'ils attendaient à cette soirée. À cette occasion, l'objet de cette dernière et donc de cette « fête » de charité lui furent rappelés. Louis trahit sa pensée, à cette occasion, d'un sourire. Il était de bon ton de parler de charité en Afrique, comme il fut de bon ton autrefois de parler des sauvages qu'on y allait convertir à la vraie foi. Les temps changent, mais en dira-t-on autant des mentalités ? Louis se garda bien d'engager avec l'évêque un débat sur ces questions, car il était déjà l'heure d'aller s'amuser.

Bon gré mal gré, il suivit l'homme et son crâne truffé de broussailles brunes jusqu'au buffet, qu'il admira – Louis n'attendait rien de cette soirée qu'un festival pour ses papilles. Comme le disait la cousine Béatrice, « on prie moins à la table du curé qu'on y mange bien ». Qu'Aristote s'incline devant la sagesse paysanne ! Hélas, les réjouissances durent s'écourter car l'évêque le traîna dans un autre salon où il fut présenté à d'autres clercs, ainsi qu'à des personnes publics en rapport avec les différentes sphères religieuses de Star City. Louis ne perdit néanmoins pas espoir : circulaient entre les salons et la grande salle un contingent de serveurs et serveuses qui portaient des plateaux couverts de vivres et de boissons diverses. S'il ne pouvait tout de suite aller au buffet, ce dernier peut-être viendrait à lui. Louis et le père Barber quittèrent le collège des hommes en soutane et leurs conciliabules pour gagner le salon où ce dernier souhaitait présenter aux musiciens divers journalistes de sa connaissance. Malheureusement, alors qu'il essayait de se frayer un chemin parmi les personnes déjà présentes, l'évêque bouscula une demoiselle aux blonds cheveux qui, fort heureusement, n'eut guère à pâtir d'aucun choc puisque le saint homme préféra tomber au sol plutôt que de s'accrocher à elle pour se retenir. Il se releva presque aussitôt et assura tout le monde que tout allait bien pour lui. Et quelqu'un s'était d'ailleurs approché pour, de toute évidence, s'en assurer.

 « Veuillez m'excuser, mademoiselle, ce carrelage est si propre que j'ai glissé. »
 « Allons, Barber, laisse cette demoiselle tranquille, elle n'a pas envie que tu la convertisses, laisse plutôt parler ton vicaire ! Il a plus d'arguments que toi pour une conversion rapide, hein ? »

Louis haussa grand les sourcils. L'importun était grand, large, et pourtant, il était journaliste. Sa barbiche d'étudiant et sa chevelure de carnassier donnaient à croire qu'il s'estimait très important. Intervenait-il vraiment pour voler au secours d'une collègue ?  « Je vous assure qu'il n'y a aucun risque, je ne suis pas clerc, mais musicien. Louis d'Ax, membre de l'orchestre philharmonique de Star City. »
 « Et son directeur. » ajouta son excellence Barber en toisant l'importun avant de tourner son regard vers la demoiselle. « Je suis l'évêque Malcolm barber, membre de cette Fondation. Ce n'était qu'une maladresse de ma part, veuillez m'en excuser, mademoiselle ? »

Ses yeux allèrent également se poser sur l'homme qui se tenait près d'elle, et ceux de Louis firent de même.
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Message posté : Sam 14 Juin 2014 - 22:37 Message
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S’en tenant à cette reproduction rigoureuse, un écrivain pouvait devenir un peintre plus ou moins fidèle, plus ou moins heureux, patient ou courageux des types humains, le conteur des drames de la vie intime, l’archéologue du mobilier social, le nomenclateur des professions, l’enregistreur du bien et du mal ; mais, pour mériter les éloges que doit ambitionner tout artiste, ne devais-je pas étudier les raisons ou la raison de ces effets sociaux, surprendre le sens caché dans cet immense assemblage de figures, de passions et d’événements.
Honoré de Balzac, Avant-Propos de La Comédie Humaine

***

— D’un autre côté, je ne suis pas sûr que les reporters financiers trouvent beaucoup à écrire ici.
— Tu plaisantes ? On signe plus de contrats sur un coin de table à cocktail que dans les salles de réunion.
— Et cette histoire de Marchands du Temple ?

Ross le regarda avec un air d’incompréhension et Abel haussa les épaules.

— Ça m’a semblé une référence appropriée. C’est dans la Bible. Je crois.
— Tu crois ?
— C’est dans la Nouvelle Alliance. Pas vraiment mon domaine. Mais si tu veux, je peux te réciter la liste des prophètes.
— Je crois que je survivrai sans.

Abel esquissa un sourire amusé avant de boire une gorgée de champagne. Son regard détaillait rapidement les différents invités : pour ce genre de réunions, il avait l’œil du romancier — ou du psychologue — ou du prédateur. Son talent naturel pour le déchiffrage social avait été soigneusement cultivé par Evey d’abord, par tous les autres formateurs de la base ensuite, et il était capable en un coup d’œil désormais de classer n’importe qui dans la bonne case sociale, dans la taxinomie sans cesse plus raffinée qu’il élaborait pour décrire l’espèce humaine. Parmi les journalistes, par exemple, il y avait déjà des dizaines et des dizaines de catégories, du plumitif désargenté que l’on apercevait guère en de semblables circonstances à l’éditorialiste finissant, qui méditait derrière un monocle, du fond de son esprit effiloché, les mémoires qui le feraient passer des colonnes périodiques aux immuables rayons des bibliothèques.

— Qu’est-ce que… comment tu appelles ton métier, déjà ?
— Accompagnateur ?
— Génial. On dirait que tu organises des sorties scolaires.
— Je peux être très éducatif.
— Je n’en doute pas. Qu’est-ce qu’un accompagnateur juif fait à la respectable soirée d’un officiel catholique ?
— J’accompagne, évidemment.
— Évidemment…

Ils n’eurent pas le temps de deviser plus avant sur l’ironie de la situation que Ross l’arrosait avec du champagne — de très bonne qualité, certes — parce qu’un évêque l’avait fait sursauter en patinant sur le carrelage. Abel avait connu des soirées de meilleure tenue. Alors qu’Abel échangeait un regard avec Louis qui ne laissait rien paraître de la surprise peut-être éprouvée à le retrouver ici, en des circonstances qui n’avaient rien à voir avec celles dans lesquelles ils s’étaient tous les deux connus, l’évêque considéra le jeune homme et, plus précisément, sa veste de costume entachée.

— Je suis navré, je crains d’avoir causé un accident, Monsieur… ?
— Ashton, Monseigneur.

L’évêque n’avait pas l’air de le remettre, aussi Abel précisa :

— J’accompagne Maître Foreman.
— Ah, Denyse est ici, bien, bien, excellent. Je devrais aller la saluer.
— Elle est avec le sénateur Harris dans dans le petit salon.
— Bien, bien, excellent. Jasper !

L’évêque fit signe à un maître d’hôtel qui s’approcha de lui et parvint à se montrer obséquieux en un seul mot.

— Monseigneur ?
— Pourriez-vous aider Monsieur…
— Aberny.
— Aberny à trouver une veste de remplacement ?

Jasper détailla Abel, comme s’il cherchait à déterminer s’il était ou non digne d’une pareille faveur. Le port du jeune homme, forgé par le mannequinat, lui conférait une élégance naturelle tout à fait propre à satisfaire le majordome, qui hocha justement la tête.

— Naturellement, Monseigneur.
— Bien, bien, excellent. Mademoiselle, messieurs, je vais…
— Faites, Monseigneur.

L’évêque s’éloigna en murmurant « excellent, excellent », pour partir à la recherche de Denyse Foreman.

— Si Monsieur veut bien me confier sa veste…

Abel se défit du vêtement pour le confier au majordome qui s’éloigna.

— Le strip-tease commence ?

L’allusion à ses autres activités était transparente. En théorie, Abel ne s’en souciait guère : Louis savait sans doute, depuis la base, ce qu’il faisait de son existence et, dans le cas contraire, l’infiltrateur ne voyait pas d’objection à le lui apprendre. En pratique, il venait apparemment de faire la connaissance d’un fameux musicien et il devait sauver les apparences. Il se composa donc soigneusement un air où se mêlait l’embarras craintif à l’idée de voir sa profession révélée et la fausse assurance de celui qui feignait ne rien avoir à se reprocher. Le tout fut ponctué d’une tentative d’esquive un peu trop évidente qui paracheva son œuvre de comédien, à en juger par le sourire amusé mal contenu de sa voisine.

— Alors, vous dirigez un orchestre, si jeune, c’est très impressionnant.
— J’ignorais que vous étiez catholique.
— Oh, il y a ici des gens ce soir qui sont fort peu catholiques.
— Monsieur avait l’air fort proche de Monseigneur.
— L’expérience prouve que l’un n’empêche pas l’autre.

Ces deux-là formaient décidément un duo de choc.
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 0:55 Message
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♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
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♦️ Mithridatisation (Ω)

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Ashton. Quel choix curieux. Maître Foreman ? Aberny ? Plaisant. Louis avait sans grande surprise reconnut Abel, ce coreligionnaire de l'organisation Shadow. Il était là sans doute à raison de son activité professionnelle. Il accompagnait une dame, mais où était-elle ? Pourquoi ne demeurait-il pas à ses côtés ? Avait-il quartier libre ? Avait-il des consignes particulières ? Avait-il reçu l'ordre de ne pas la gêner ? De n'être là que sur ordre exprès ? Et pourquoi donc Louis se questionnait-il à ce sujet ? Abel était bien assez grand pour savoir ce qu'il faisait. L'évêque leur faussa compagnie après s'être assuré qu'une nouvelle veste serait fournie à la malheureuse victime de sa maladresse. Louis demeurait silencieux. Il ne comprit guère l'allusion de la journaliste et à vrai dire, son attention se portait ailleurs : il guettait la proximité d'un serveur, et surtout d'un plateau porteur de victuailles. Il n'en trouva point, et dut se résigner, mais ce n'était que partie remise. Abel l’interpella, mais il n'eut pas l'opportunité de lui répondre immédiatement, car la demoiselle semblait très en verve et leur échange fut plus intense que le match final d'un tournoi de tennis. Louis se risqua à sourire. Il ne reconnaissait pas cette journaliste. Avait-il déjà lu un de ses articles ? Aperçu sa photographie ici ou là ? Il creusa sa mémoire. « Je suis catholique, en effet. Mais je vais si peu à la messe qu'il me semble que je dois davantage à mon travail qu'à la Grâce divine la place que j'occupe à l'opéra Beaudrie. » Louis jamais ne fut dévot. La religion n'avait jamais eu qu'une prise très faible sur sa conscience. Il aurait fait un très mauvais baronnet de Port-Royal, un très mauvais bénédictin, un très mauvais diacre de l'archevêché de Bordeaux. Comme de nombreux autres il avait fait son catéchisme et reçu les premiers sacrements, mais avec l'âge et l'autonomie vinrent aussi le détachement et l'éloignement. D'un geste bref de la main, Louis épousseta le revers de sa manche. La faim peu à peu s'imposait à lui.

 « Son excellence monseigneur Barber m'a contacté pour discuter d'un prochain concert qu'il veut organiser dans la cathédrale Saint-Georges. Dans les jours qui suivront la Toussaint. » Après tout, Malcolm Barber ne lui avait pas précisé de garder le silence sur les motifs plus pratiques de sa présence ici. Il n'avait signé aucun contrat ni fait la promesse de sa discrétion sur le sujet, alors pourquoi se priverait-il d'en discuter librement ? Abel le connaissait, et réciproquement Louis le connaissait aussi. Quant à la journaliste, il ignorait tout d'elle, mais sa profession – autant que son sexe, peut-être – laissait deviner la virulence de sa curiosité. Louis aimait bavarder. Sa conversation pouvait être à l'image d'une source intarissable, alors si sa curiosité à elle se faisait tonneau des Danaïdes, pourquoi se priverait-il de l'abreuver sans jamais y réussir ?  « Monseigneur pense à Vivaldi. Il s'imagine que l'époque s'y prête et qu'un tel concert pourrait s'inscrire dans la grande aventure charitable inaugurée par cette soirée. » Chantons ici pour l'amour de ceux qui souffrent là-bas ! C'était une pratique récurrente, sous le déguisement de l'engagement humanitaire, les fortunés du moment maquillaient leur besoin de divertissement. Sans cynisme, Louis considérait cette réalité comme une tranche des mœurs de ses contemporains, et lui-même n'y était pas imperméable : il avait dirigé plus d'un concert de cette sorte. Il avait même, plus jeune, participait, comme musicien, à ces galas de charité, ces concerts pour la paix et autres galéjades naïves. Il avait cru que ses doigts glissant sur les cordes d'une harpe feraient tomber le fusil de la main des bourreaux du monde entier. Cette espérance s'était tu avec le temps, non point muselée, mais plutôt oubliée.

 « Et si je puis me permettre une confidence, son choix m'a étonné. Les œuvres qu'il a souhaité produire ne sont pas des œuvres faites pour attirer le chaland. Elles sont méconnues et même peu souvent populaires. » En effet, quitte à donner un concert pour faire une belle recette, autant choisir des œuvres que le public connaît et qu'il plébiscite. Jeter son dévolu sur des œuvres musicalement intéressantes mais peu populaires était donc un pari risqué. Bien des salles de concert en firent la triste expérience par le passé, car la plume élogieuse des meilleures critiques ne paie ni les musiciens, ni les fonds investis dans une mise en scène travaillée jusqu'à la moelle. Heureusement que les très libérales subventions publiques se substituaient souvent à l'argent d'un public généralement peu audacieux. Que Dieu ne pâtisse point des sottises du prêtre, priait-on... mais hélas la charité aurait très certainement à souffrir des bêtises de l'évêque plus généreux que pragmatique. D'autant plus que Louis le croyait sincère, dans son choix : Malcolm Barber avait certainement du goût pour la musique italienne et pour le prêtre roux en particulier, mais n'aurait-il dû laisser s'incliner ses penchants devant les besoins d'une plus large cause ?

 « Pardonnez-moi, mademoiselle, mais je n'ai pas retenu votre nom ? » Louis n'aimait guère parler à des gens dont il ignorait jusqu'à l'identité, mais il ne pouvait blâmer personne de cet écart de politesse, après tout, si l'évêque n'avait point patiné, jamais il n'aurait croisé la route en ces lieux d'Abel et de sa compagne inconnue. Un bref regard de côté lui réchauffa le cœur et les papilles : deux serveurs passaient, porteurs de mignardises et d'autant de réjouissances à boire et à manger.
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 14:09 Message
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La musique classique, à Abel, ça ne disait trop rien. Évidemment, dans la rue et les squats, pendant une bonne partie de sa jeunesse, il n’avait pas vraiment pu goûter les arrangements de Charpentier ou les créations de Sibelius. Longtemps, sa culture musicale avait été faite des musiques populaires que l’on pouvait jouer au coin d’une rue et, lorsqu’il avait pu s’offrir lui-même un ordinateur et une connexion internet, ses goûts s’étaient portés vers des styles non pas exactement plus contemporains, mais enfin plus populaires. Vivaldi, il ne voyait qu’à peu près ce que ça pouvait être, et encore : lui qui n’avait pas de télévision et qui suivait ses séries sur Internet ne l’avait même pas entendu dans des publicités.

Par politesse plutôt que par conviction, il glissa donc :

— Je suppose qu’il compte sur vous pour les rendre populaires, justement. Il a l’air de vous tenir en haute estime.

Et peut-être que Louis en était capable. Abel n’en avait aucune idée. Pour lui, le chef d’orchestre n’était qu’un visage aperçu de temps à autre à la base, quelques mots échangés au détour d’un couloir, par civilité surtout, ou par une forme de vague curiosité, de sa part, qui ne cherchait pas à aller plus loin dans un environnement sans doute peu propice aux engagements personnels, et s’il savait confusément que l’homme avait un mérite publiquement reconnu dans son domaine, il n l’avait jamais entendu dirigé quoi que ce fût et eût probablement été incapable de juger de ses capacités propres, sans point de comparaison avec d’autres chefs d’orchestre.

La silhouette de Jasper se dessina de nouveau dans un coin du paysage et, alors que Louis engageait la conversation avec Ross, Abel murmura :

— Veuillez m’excuser.

Alors que le jeune homme s’éclipsait pour essayer la veste qu’on lui avait trouvé, la journaliste le suivit du regard, sans vraiment s’en rendre compte, et il se passa une demi-seconde songeuse avant qu’il ne parût entendre la question qu’on venait de lui adresser. Avec un infime rougissement, elle reporta son attention sur Louis et répondit :

— Ross. Isabella Ross. Je travaille pour le Star City Online. Dans la rubrique financière, à vrai dire : je crains de ne pas pouvoir beaucoup participer à la démocratisation de la musique classique.

Elle attrapa un canapé sur un plateau qui passait et, à en juger par les coups d’œil discrets mais fréquents qu’elle jetait à la porte du salon, il était aisé de deviner que la conversation d’Abel lui plaisait plus qu’elle ne voulait bien l’avouer. Le roux ne tarda d’ailleurs pas à reparaître avec une veste qui lui allait à ravir, comme à peu près tous les vêtements qu’il portait d’ailleurs, même les plus improbables créations qu’on lui voyait parfois revêtir dans certains défilés. Le jeune homme rejoignit le duo et commenta d’un air dégagé :

— J’ai croisé Hella Warner-Colton dans le couloir, elle a vraiment un goût pour les bijoux qui…
— Warner-Colton est là ?
— Oui. Elle accompagne sa broche en émeraude : tu ne peux pas la rater.
— C’est magnifique.
— Je n’irai pas jusque là.
— AB Electrics prépare une OPA sur Solon Engineerings.
— Ah.

Ponctua Abel avec indifférence, tout en déposant sa flûte vide sur un plateau qui circulait.

— C’est une très grosse affaire.
— Sans doute.
— Tu es désespérant. Je vais aller lui parler. Excusez-moi.

La limière était sur sa piste. Abel la regarda partir et précisa à l’intention de Louis :

— Hella Warner-Colton est la présidente-directrice générale de AB Electrics, qui va se lancer dans le transport d’informations par fibre optique en rachetant Solon, et ses brevets.

Il avait paru ignorer toutes ces informations quelques secondes plus tôt, mais de toute évidence, il n’avait mentionné la femme et sa broche que pour se défaire de Ross. Comme désormais les deux agents étaient seuls, le regard d’Abel se posa dans celui de Louis et l’infiltrateur reprit sur un ton très professionnel et à voix fort basse :

— Ce que j’ai surtout vu, c’est Gregor Ivanovitch Gogol.

Il essaya une seconde ou deux de déterminer si ce nom évoquait quelque chose à Louis, avant d’expliquer :

— Il dirige une entreprise de construction locale et on est sûr qu’il a des liens avec le Trident.

Et SHADOW considérait la mystérieuse organisation du Trident Noir comme une adversaire.

— J’aimerais bien savoir ce qu’il vient faire ici. À qui il parle. De quoi. Et puis…

Abel esquissa un sourire.

— J’aimerais bien jeter un œil à son téléphone, aussi.

Ben voyons. Facile. Voler le téléphone d’un agent de Trident peut-être entraîné, dans une réception nombreuse, certes, mais dont le calme lissé n’offrait pas de véritable distraction, c’était un jeu d’enfant. Abel ne savait pas trop ce que faisait Louis au service de SHADOW, mais puisqu’il l’avait sous la main, il comptait bien le mettre à profit.

— Tu vois comme je sais animer une soirée ? C’est ça ou parler vin pendant trois heures avec le premier philanthrope venu.

L’idée que Louis pût préférer la conversation œnologique aux activités de pick-pocket ne parut pas le préoccuper.
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 15:22 Message
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♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
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Peut-être que l'évêque comptait sur lui pour populariser des titres méconnus de Vivaldi, mais Louis connaissait trop bien le sujet pour savoir que le compositeur se suffirait à lui-même ou échouerait. Car c'était une des caractéristiques de la partition du prêtre roux : sa musique se goûtait plus qu'elle ne s'écoutait, se vivait plus qu'elle ne s'entendait. Ce pari très italien donnait à connaître des morceaux d'une platitude barbante ou au contraire d'une merveilleuse vitalité. Louis connaissait des pages d'un ennui mortel et d'autres d'un agrément joyeux. Il en allait de même des gens, après tout, les fées de la légende, penchées sur le berceau, n'étaient pas généreuses à l'égard de tous des mêmes qualités et des mêmes défauts. La journaliste se présenta. Son nom ne lui dit rien, mais il sut vite pourquoi : la rubrique financière n'intéressait pas toujours Louis et quand il la consultait, ce n'était pas pour admirer la plume de ses chroniqueurs. Son sourire se crispa quand elle évoqua la démocratisation de la musique classique. Il méprisait ce terme hypocrite. Mais était-il bien nécessaire de dresser les barricades et de jeter le pavé qui lancerait le signal de la révolution ? Louis préféra, à l'héroïsme, la gourmandise. Il saisit une bouchée aux couleurs insolentes, qui promettaient quelques surprises en bouche. Louis n'en eut point pour son argent, sous les cotillons, rien qui fût digne d'attirer son attention. Abel revint, rhabillé. Il fit une remarque qui, de toute évidence, arracha la demoiselle à son inactivité cérébrale puisqu'elle s'intéressa aussitôt à la personne évoquée par le tout jeune homme.

Elle parla d'une entreprise, d'une autre, et d'une manœuvre commerciale ou financière à laquelle Louis n'aurait rien compris si, après la fugue étourdie de la journaliste, Abel n'avait pour lui précisé certains éléments. Il hocha la tête et tendit l'oreille à ce qui suivit, mais comprit au volume de la voix qui déclinait que la conversation quittait les prés fleuris des lys du désintérêt. Évoquer le Trident suffit à persuader Louis qu'Abel n'était plus tout à fait l'accompagnateur d'une dame du monde et que lui-même n'était plus tout à fait le musicien venu à la demande de monseigneur Barber. « Je vois. » Mais Abel se fit plus précis et de toute évidence, il était décidé à ne pas se limiter au rôle de caniche que pourtant la soirée avait prévu pour lui. Agissait-il vraiment en réaction à une circonstance imprévue, ou était-il ici à l'occasion d'une mission pour l'organisation à laquelle tous deux appartenaient secrètement ? Cette dernière solution parut d'abord à Louis peu probable, car étant un agent de Shadow et lui-même présent sur les lieux, sa présence aurait été mise à profit, ou dissuadée préalablement. Mais s'il y réfléchissait plus en avant, il aurait très certainement songé au plan tordu d'un gradé de Mannheim soucieux de le mettre dans l'embarras, ou de tester ses prédispositions pour l'adaptation. Fort heureusement, quelques gorgées d'un cocktail fort tonique le dispensèrent d'aller si loin.

 « Et puis ? » Le charmant sourire d'Abel convenait très bien au souhait qu'il formula en d'autres mots de dérober le téléphone du dénommé Gogol. La manœuvre n'aurait pas manqué d'apporter son lot d'informations supplémentaires sur ce personnage lié au Trident Noir. Si, à travers lui, ils pouvaient réunir des informations sur cette organisation, Shadow en profiterait généreusement. Louis saisissait l'enjeu. Il aurait sincèrement apprécié la conversation d'un philanthrope autour du vin, et y reviendrait sans doute, mais l'occasion était trop belle. Bien que le jeune Abel n'eût pas formulé explicitement sa proposition, Louis comprit l'opportunité offerte et, d'un geste de la tête, donna son accord. Il ajouta à voix basse : « Très bien, allons voir notre ami Gregor. Je me charge de le divertir. » Ce qui laissait entre les mains d'Abel le soin de le délester de son téléphone, s'il acceptait cette manœuvre, et s'il voyait s'offrir à lui cette possibilité. Inutile de le mettre en danger et de jeter l'opprobre sur la malheureuse avocate qui l'avait amené à cette soirée de charité. Abandonnant le salon dévolu aux journalistes et autres écrivaillons de presse, Louis suivit Abel jusqu'à l'endroit où, précisément, il avait aperçu Gregor Ivanovitch Gogol. Le court trajet n'offrit guère au français la possibilité de dire ou d'ajouter ne fût-ce qu'un seul mot, car déjà les deux hommes croisaient le troisième, que Louis prit la liberté d'intercepter d'une main polie. Toutefois, en dépit du peu de temps dont il disposa, Louis eut la présence d'esprit de mordre avec délice le creux de sa joue et de porter à sa bouche un doigt discret.

 « Veuillez me pardonner, monsieur Gogol ? Gregor Gogol ? Je vous cherchais. » L'apostrophé s'arrêta et couvrit Louis d'un regard qui, sans surprise, marquait son étonnement. De toute évidence, il n'avait pas reconnu Louis et se demandait d'où ce dernier le connaissait. Enhardi par le défi qui se présentait à lui, et sans attendre, Louis enchaîna d'un ton le plus mondain possible. « Monseigneur Barber m'a dit que vous seriez là et je désespérais de vous croiser parmi la foule. Je suis Louis d'Ax, chef d'orchestre à l'Opéra Beaudrie... » Il laissa à son interlocuteur la liberté de lui serrer la main, ce qu'il fit. « Puis-je vous parler un peu ? J'aimerais beaucoup recueillir votre avis au sujet d'un projet de construction que je nourris depuis peu. » Et tendis que leurs mains se séparaient, Louis fut très attentif, non seulement à la réponse que ledit Gogol fournirait, mais également à ce que lui-même percevrait de leur échange dans la seconde.

    Lancer de dé n°1 :
    Réussite : Le rituel fonctionne.
    Échec : Un obstacle fait échouer le rituel.


Tant pis. Il s'en débrouillerait sans le secours de la magie, et devrait s'en remettre aux seuls charmes de sa conversation pour divertir son interlocuteur.
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 15:22 Message
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 17:00 Message
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Évidemment que Louis préférait délester un dangereux criminel ! Qui aurait pensé autrement ? Ravi d’avoir un associé pour cette petite entreprise imprévue, Abel guida Louis dans le salon où il avait aperçu en coup de vent le patron des bâtiments. Avant d’entrer, il se pencha à l’oreille de son acolyte et murmura :

— Cinquante ans, taille moyenne, petit tremblement à la paupière gauche et chauve.

Et, en entrant dans le salon, il abandonna aussitôt Louis pour aller se joindre avec un intérêt poli à un groupe qui discutait de la dernière saison sportive. La description était sans doute nécessaire pour retrouver Gogol : ce dernier n’était pas vraiment l’une des personnalités en vue de la soirée. Ni visage médiatique, ni très grand entrepreneur, il n’avait pas acquis une fortune spectaculaire. Celle-ci était tout de même considérable et, au fil de sa carrière, il avait mené à bien plusieurs contrats importants, avec une ponctualité irréprochable, qui lui avaient acquis la sympathie de deux ou trois organisations. Ce qui intéressait chez lui le Trident Noir, c’était ce que SHADOW ignorait encore. Peut-être la simple jouissance de bâtiments encore inachevés, qui pouvaient faire des planques discrètes ? Après tout, un constructeur n’était jamais inutile.

— Veuillez m’excuser, Monsieur le Juge ? Ashton Aberny, je suis un ami de Denyse Foreman.

L’un des juges du circuit d’appel fixa Abel avec un air un peu incertain, parce qu’il tentait de le replacer dans la galerie trop vaste de ses nombreuses connaissance. Par politesse, il hocha la tête en serrant la main du jeune homme.

— Oui, bien sûr, bien sûr, je me souviens.

Abel avait besoin d’un partenaire en déambulation. Malgré son succès, la soirée n’était pas tout à fait une rame de métro bondée et pour heurter quelqu’un, il lui fallait une bonne excuse à sa distraction.

— Pourrais-je vous dire quelques mots ? C’est à propos de l’affaire, vous savez…
— Wester vs. New Jersey… ?

Suggéra le juge après avoir réfléchi quelques secondes, devant l’air entendu d’Abel, à l’affaire qui pouvait le concerner à la fois lui-même et Denyse Foreman. Abel hocha la tête.

— Mais vous savez que je ne peux pas parler avec les parties avant d’avoir rendu mon jugement.
— Oh, mais ce n’est rien de déterminant, à vrai dire, vous allez rire, mais c’est véritablement un petit détail pratique presque risible qui…

En parlant, Abel s’était mis à marcher lentement et pour l’écouter, le juge était bien obligé de le suivre, de sorte qu’ils s’approchaient de concert à pas mesurés de l’endroit où Louis et Gogol discutaient. Abel paraissait de plus en plus absorbé par une conversation sans importance.

— … qui va vous paraître dérisoire, mais Denyse m’a avoué que la salle d’audience était particulièrement froide, pour la saison, et qu’elle la trouve très inconfortable…

Pure vérité. Enfin, elle ne le lui avait pas avoué à lui : elle l’avait dit au téléphone à une collègue, au fil d’une conversation, dans la voiture.

— … et je me demandais s’il n’était pas possible d’en changer ? Elle a beaucoup d’affaires en ce moment, je ne voudrais pas qu’elle attrape un mauvais courant d’air, vous comprenez : je m’inquiète pour sa santé.
— C’est très aimable de votre part. Écoutez, je ne vois pas de raison pour…

Le juge ne put finir sa phrase. Abel venait de bousculer Gogol. Le jeune homme jeta un coup d’œil au constructeur, avant de se répandre en excuses — non sans glisser, au passage, le téléphone de l’intéressé dans la manche de sa veste.

— Je suis absolument navré. Je n’avais pas… Vraiment, je suis désolé.
— Il n’y a pas de mal.
— Encore désolé. Vous disiez, votre honneur ?

Et avec l’excellente excuse de cette conversation qui reprenait, Abel s’éloigna en compagnie du juge, tandis que Gogol reportait son attention sur Louis. En quelques mots, Abel acheva de convaincre le juge de déplacer l’audience, d’autant plus facilement que le changement n’avait nulle conséquence puis, sans attendre, le jeune homme quitta le salon pour rejoindre les toilettes. Là, il posa le téléphone de Gogol à côté du sien, activa le Bluetooth et mit en marche le transfert de fichiers. La barre de progression s’afficha. Entre le carnet d’adresses, les messages et les mails, tout cela risquait de prendre un petit peu de temps. Abel jeta un coup d’œil à sa montre et décida de ne pas s’accorder plus de trois minutes, après quoi il allait devoir songer à se défaire de sa compromettante acquisition.

Replacer le téléphone dans les poches de Gogol était évidemment exclu, mais ce n’était pas les serveurs qui manquaient, et sur ces serveurs des poches, dans lesquelles glisser le fameux téléphone. Le monde était plein de boucs-émissaires et les bourgeois étaient naturellement portés à soupçonner les pauvres.
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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 17:51 Message
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Louis n'eut aucun mal à distraire l'attention du constructeur, ce dernier montrant de l'intérêt pour le projet que Louis lui exposa. Bien que ce dernier ne demandait que l'avis d'un « professionnel à la réputation irréprochable », peut-être le sieur Gogol pressentait l'acquisition d'un juteux contrat avec le chef d'orchestre, ou même avec l'Opéra Beaudrie. Sans aller jusque là, car Louis n'avait ni qualité ni désir de traiter en demandeur sur un marché où les offrants l'auraient très certainement dominé de toute la hauteur de leur subtils artifices, il sut trouver les mots pour initier une conversation qui nécessitait application et sérieux. Tout impliqué qu'il était à répondre aux questions du musicien, qui touchaient à tous les détails possibles d'une affaire pourtant montée de toutes pièces. Comment put-il se laisser prendre au piège si facilement ? Louis percevait dans la voix de son interlocuteur tout l'intérêt que suscitait en lui l'espoir d'être le constructeur chargé d'organiser l'érection d'une annexe de l'opéra. Vaste projet, qui n'était selon les mots de Louis que « de pure prospective pour le moment », mais qui dans la tête de Gregor un tel chemin qu'il s'enthousiasmait sans honte ni réserve. Son petit crâne chauve pétillait d'une liesse contenue toutefois, que la surprise vint chasser quand un jeune homme le bouscula fort malencontreusement. Louis feignit l'étonnement. Il demeura silencieux mais ne manqua rien des fausses excuses d'Abel, qui l'amusèrent. Cet homme était bien jeune, mais il savait donner le change. Abel et son compagnon s'éloignèrent, Louis reprit avec le constructeur la discussion qu'ils avaient interrompue.

 « Vos avis seront très utiles, je suis certain que Melissande Beaudrie saura les apprécier à leur juste valeur. »
 « Vous lui direz bien que je répondrai à toutes les questions qu'elle pourrait avoir. »
 « Je n'y manquerai absolument pas, et je lui donnerai votre carte, comme convenu. Elle saura que vous êtes son obligé, et si j'osais... »

Le sieur Gogol invita Louis à oser et ce dernier ne s'en priva guère. Il évoqua alors les divers travaux qu'il comptait faire réaliser chez lui, car ses appartements avaient grand besoin d'une santé neuve. Il décrit son désarroi de ne pas être à Star City depuis assez longtemps pour connaître avec certitude les artisans et les entrepreneurs fiables que nécessitaient des travaux importants. Louis parla aussi de l'efficacité du bouche à oreille qu'il hésitait à suivre et Gregor l'interrompit pour déclarer sans préavis qu'il était l'homme de la situation et qu'il pourrait lui conseiller d'excellentes adresses pour tous les travaux de menuiserie, de peinture, de mise aux normes, d'électricité, de plomberie, bref ! Il avait dans ses tiroirs des contacts avec de nombreux artisans et autres manuels de la ville, qu'il mettrait volontiers au service de Louis pour l'aider dans ses travaux domestiques. Ce dernier affecta la gratitude la plus sincère, et il n'eut aucun mal à en donner des preuves : Louis avait évoqué ces questions tant par souci de meubler la conversation que dans l'idée de se voir indiquer des contacts utiles pour les prochains travaux qu'il réaliserait chez lui.

 « Vous m'êtes vraiment d'un grand secours, monsieur Gogol, vous venez de m'épargner des mois de lecture des annuaires professionnels de la ville ! »
 « Mais c'est bien normal, et appelez-moi Gregor, nous ne sommes plus tout à fait des étrangers à présent... »
 « Alors appelez-moi Louis. Très belle réception, n'est-ce pas ? »
 « Oui, monseigneur Barber et ses collègues savent organiser une petite fête, c'est évident. »
 « Vous y trouver me surprend agréablement. J'ai cru comprendre que vous étiez un homme occupé, et pourtant accordez du temps à ces manifestations de charité. C'est admirable. »
 « Nous devons tous nous... préoccuper de la situation des malheureux du monde entier, bien sûr. »
 « Voilà qui est bien dit. Je vous cherchais, Gregor. »

Louis se tourna vers le nouveau venu, qui était une femme. Il s'inclina pour la saluer et le constructeur fit les présentations. Mais celles-ci n'étaient en vérité pas nécessaire, car Louis connaissait bien Jacky Shelley, propriétaire de plusieurs galeries d'art en ville et personnalité publique très engagée dans des œuvres caritatives plus ou moins locales. Elle était aussi une connaissance assidue de sa tante Melissande, mais cette dernière ne la considérait pas comme son amie en dépit de leurs engagements communs : les causes des rivalités féminines échapperont toujours aux esprits masculins même les plus pointus. Sa présence ici ne l'étonnait guère. Ils discutèrent donc et la demoiselle évoqua auprès de Gregor le contrat qu'ils avaient en cours, qui concernait l'accroissement de la toute première galerie qu'elle avait fondée à Star City. Louis, moins acteur que spectateur de la conversation, s'en tint aux monosyllabes de rigueur et désespérait non seulement de trouver un prétexte pour s'en éloigner, mais aussi de trouver Abel du regard afin d'obtenir des informations sur la précédente manœuvre : il ne doutait pas de son succès, mais comme il n'avait pas vu le téléphone quitté la poche du constructeur, il ne pouvait être sûr ni se fier à la seule habileté qu'il prêtait volontiers au jeune accompagnateur.

Ne le trouvant guère, Louis fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'engagea dans la conversation en essayant de la détourner quelque peu sur des sujets qui amèneraient le constructeur à évoquer les inavouables raisons de sa présence ici. Il lui suffisait d'une brèche ou s'engouffrer pour prendre la citadelle des précautions dont s'entourait le sieur Gogol, qui ne désirait certainement pas que fussent ébruités ni même questionnés ses liens avec le Trident Noir. C'était pourtant la seule chose qui, chez lui, intéressait Louis.
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Message posté : Lun 16 Juin 2014 - 14:48 Message
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Les trois minutes de rigueur passées, Abel avait finalement quitté les toilettes. Le téléchargement n’avait pas été complet, mais le risque était trop grand. Ce n’était pas de se faire prendre qui l’inquiétait : il pouvait tout aussi bien se défaire du téléphone absolument n’importe où sans attirer les soupçons. Le délicat était que Gogol ne soupçonnât pas les motifs véritables derrière la disparition de son téléphone, sans quoi il ne manquerait pas d’alerter ses contacts et les informations qu’Abel venaient de dérober en deviendraient probablement inutiles. En revanche, s’il croyait avoir été volé en même temps que cinq ou six autres convives par un serveur peu professionnel, non seulement ses inquiétudes seraient tempérées, mais la honte et la crainte des reproches, de la part d’employeurs aussi peu compréhensifs que le Trident Noir, l’empêcheraient sans aucun doute d’ébruiter sa déconvenue.

Trois minutes plus tard, Abel arpentait donc la réception avec un air d’autant plus dégagé qu’il était parfaitement concentré. Voler à des gens trop détendus leurs effets personnels était l’une des premières choses qu’il avait apprises, dans la rue, après son ultime fugue, pour survivre et ce talent, il avait plus d’une fois eu l’occasion de le mettre à profit, pour son propre compte d’abord, pour celui d’Evey ensuite et enfin pour SHADOW. Ce soir-là, Abel renoua donc avec les activités de sa jeunesse et, en circulant dans les salons, en échangeant quelques mots, ici, là, avec telle ou telle personne, dont certaines qu’il connaissait déjà, vaguement, pour les avoir croisées en de semblables réunions, il récupéra un bracelet, trois bagues et deux téléphones supplémentaires.

Seconde étape : trouver le serveur ou la serveuse qui ferait le mieux l’affaire. C’était tout bête, mais il fallait quelqu’un qui eût l’air un peu suspect. Le physique avait son importance : pour avoir l’art des sourires angéliques et des airs innocents, il savait combien une beauté avenante jouait dans les accusations comme dans les exonérations. Pendant quelques secondes supplémentaires, il observa les serveurs qui allaient et venaient, cherchant celui qui aurait l’air le plus stressé ou le plus absent, celle qui avait une petite imperfection physique, cicatrice dans le cou ou rougeur dans les yeux. Sa proie repérée, il la suivit de loin : l’essentiel était d’attraper à la volée un prénom, échangé entre deux collègues.

Gerald. Parfait. Abel réintégra finalement le salon où Louis continuait à converser, moins activement de toute évidence, avec le constructeur et, de loin, il lui fit un signe de la tête, pour l’inciter à la rejoindre. En attendant que le Français pût s’extirper de sa discussion, Abel attrapa sur un plateau un verre de cocktail sans alcool : il fallait avoir les mains sûres, dans ce genre de soirée. Lorsque Louis le rejoint, il était en train de le siroter ; il s’interrompit pour murmurer :

— J’ai les poches pleines.

Et cette information un peu mystérieuse fut suivie d’une réquisition qui ne l’était pas moins :

— J’ai besoin de quelqu’un pour faire le guet.

Il n’avait pas vraiment besoin de quelqu’un, mais si cette petite mission impromptue pouvait lui permettre de faire plus ample connaissance avec un confrère de SHADOW, il n’allait pas s’en priver : Abel était un animal sociable — même un peu trop sociable, selon les critères de la morale publique. Le jeune homme quitta son coin et, sans se presser, parce que tout était dans la contraction, entama le long chemin qui menait du salon aux vestiaires du personnel.

— Le temps se réchauffe un peu, j’irais volontiers faire un tour dans les jardins, après.

Comment, alors qu’il n’avait pas mis les pieds dehors depuis plus d’une heure, il pouvait être au courant de la température extérieure, mystère.

— Tu aimes les jardins ? Il parait que ceux de cette propriété sont très jolis. Enfin, j’ai vu des photographies, et je les trouve un peu… eh bien, justement, français, à mon goût — ceci étant dit sans vouloir être désobligeant, bien sûr. Mais je suis pour ma part beaucoup plus amateur des natures sauvages. Il y a quelque chose dans la domestication géométrique qui m’attriste. La géométrie est une vision un peu trop intellectuelle du monde. Ah, voilà : empêche les gens d’entrer.

Formidable. Abel venait de planter Louis devant une porte qu’il passa, sans lui donner de plus amples explications et avec la délicate mission non seulement de faire le guet mais, apparemment, de servir de videur — comme si le chef d’orchestre de l’opéra avait l’autorité nécessaire pour contraindre les serveurs à ne pas utiliser leurs vestiaires pendant quelques secondes. Heureusement, Abel n’avait pas besoin de beaucoup de temps : déjà, il passait rapidement les casiers du personnel en revue, à la recherche du prénom de Gerald accolé à un nom de famille, et le prénom était assez peu commun pour éviter les doublons. Une fois le bon casier trouvé, le jeune homme entreprit d’en forcer la serrure, pour y déposer son précieux butin.
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Message posté : Lun 16 Juin 2014 - 19:33 Message
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ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
ϟ Pouvoirs : ♦️ Dragon (Ω)
♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
♦️ Failles dimensionnelles (I)

♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
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 « Oui, oui, évidemment.  » La conversation s'enlisait et Louis désespérait de trouver une excuse ou tout prétexte pour s'y soustraire, car il n'appréciait plus d'être passif et spectateur. Il aurait tant préféré se faire acteur et mener le dialogue là où l'aurait conduit son intérêt. Tristement, il ne voyait aucune solution miracle à l'intérieur, il était donc réduit à guetter du secours à l'extérieur. Interceptant un signe de la tête d'Abel, il le lui rendit et s'esquiva poliment, laissant ses interlocuteurs de toutes façons trop impliqués l'un avec l'autre pour remarquer sa discrète évasion. Louis s'approcha d'Abel et comprit sans peine l'allusion du jeune homme qui vantait la plénitude de ses poches. Il avait donc multiplié les larcins, sans doute pour dissimuler sa fleur dans un parterre du beau jardin. C'était une tactique parmi les plus courantes et les plus efficaces, qui mêlait la hardiesse à la subtilité. Louis n'était ni voleur de grand chemin, ni larron en foire, ni brigand de haute volée, mais il avait vu faire certains de ses collaborateurs de mission par le passé, à travers le monde. Il en savait assez pour mesurer l'habileté du jeune homme qui avait été si bien formé : s'il parlait de ses poches pleines, c'est bien qu'il méritait l'excellente réputation d'infiltrateur qu'il se traînait comme l'empereur portait l'hermine. Louis le félicita d'un sourire de limace et crut avoir mal compris. Faire le guet ? Pourquoi ? Louis se demandait ce que le jeune homme avait en tête pour ainsi lui signifier qu'il devrait, dans les prochaines minutes, se parer d'un uniforme et grimper tout en haut du mirador. Faire le guet où, à quelle fin ? Louis s'interrogeait mais n'en dit rien. Il approuva et, suivant Abel, chantonna :  « C'est le chevalier du guet, compagnons de la Marjolaine...  » Et dans sa tête la mélodie s'éveilla pour ne le plus quitter. Rengaine infernale, mouche du coche inconsolable ! Mais Abel déjà lui parlait d'aller plus tard dans les jardins de l'épiscopat, au motif que le temps se réchauffait. À la question qu'il posa aussi Louis devina qu'il proposait que tous deux allassent dans ces jardins pour en profiter. L'idée n'était pas mauvaise, mais Abel ne devait-il pas faire acte de présence auprès de Denyse Foreman qu'il accompagnait officiellement à cette soirée ? Ne risquait-il pas d'être sermonné s'il demeurait trop longtemps loin de la cliente ayant payé pour ses prestations ?

Séduit, Louis l'était non seulement parce qu'il appréciait l'idée de visiter les lieux plus sereinement qu'à travers la foule des courtisans réunis ce soir, mais aussi parce qu'il appréciait les jardins et les promenades qu'on y pouvait faire. Leur proximité lui était d'ailleurs physiquement nécessaire, puisque trop longtemps éloigné, son sang finissait par lui rappeler quelques impératifs liés à son lignage. Qu'ils fussent à l'anglaise, à la française ou à la discrétion du jardinier, peu lui importait, les préférences de Louis n'étaient ni claires ni définies, mais tributaires au plus près du moment et de son humeur. Au cours de ses voyages, il en avait visité en très grand nombre, et y avait trouvé chaque fois son plaisir et son enchantement. En Asie notamment, où le dessin des jardins ignore tout ou presque des règles de l'art européen des jardins. Il irait donc aux jardins avec Abel, plus tard, si le jeune homme ne changeait pas d'avis. Il irait seul, sinon, et là, dans la quiétude ordonnée des jardins, Louis songerait encore à l'achat d'un terrain où y cultiver un jardin qui lui ressemblerait. Il en avait le désir depuis longtemps, mais s'était montré frileux à l'idée de se lancer si vite dans une telle aventure, alors qu'il ne savait rien des le situation immobilière locale. Abel n'aimait pas les jardins à la française, et préférait les « natures sauvage ». Un jardin n'est-il pas par nature une domestication de la nature, que la main du jardinier y soit française, anglaise, japonaise ? Laissons la question aux philosophes dans leur boudoir. Il était temps de faire le guet.

Devant la porte du vestiaire, Louis se trouva seul et dut réfléchir à quelle tactique adopter pour dissuader quiconque d'entrer, afin de laisser à son acolyte toute latitude pour agir. Mille et une façons de procéder s'offrirent à lui, certaines plus subtiles et d'autres plus grossières. Était-il bien utile de créer, de toutes pièces, un esclandre qui aurait attiré l'attention sur lui sans pour autant donner aux serveurs d'excellentes raisons de négliger d'aller visiter leur vestiaire ? Se hisser tout en haut de l'affiche de la soirée n'était pas une bonne idée. Mieux valait préférer la finesse d'une approche indirecte, et traiter l'inscription de chaque serveur cas par cas. Quand le premier arriva, Louis fit mine de s'appuyer contre un mur, comme s'il peinait à tenir debout. Le serveur, alerté presque aussitôt qu'il vit Louis dans son état, s'approcha en hâte et se détourna de son trajet initial. Il s'inquiéta, demanda s'il pouvait faire quelque chose et Louis, à mi-voix, comme si sa trachée était atteinte par un mal mystérieux, assura pourtant le serveur que tout allait bien mais qu'il irait beaucoup mieux s'il pouvait s'asseoir et mouiller sa gorge d'un verre d'eau chaude additionnée de vinaigre et de miel. Le serveur n'en dit rien, mais Louis sut qu'il était gêné. « Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais m'asseoir par terre un moment avant d'aller rejoindre monseigneur Barber. » La mine du serveur se décomposa et il quitta Louis en lui promettant de revenir avec de quoi le réconforter. Il profita à cette occasion de l'arrivée d'un autre serveur, une demoiselle, qu'il chargea avec autorité de veiller à ce que « monsieur » ne manquât de rien ni ne succombât à son malaise. Sous le masque, Louis riait de leur obséquiosité, et se demandait s'ils céderaient à tous ses caprices pour le seul plaisir d'obtenir de lui un bon commentaire auprès de monseigneur Barber. Ainsi débarrassé de cette première vague, Louis se demandait si Abel s'en sortait à l'intérieur du vestiaire.
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Message posté : Mar 17 Juin 2014 - 11:34 Message
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À l’intérieur des vestiaires, Abel s’en sortait. Il affrontait la tâche presque surhumaine de forcer le cadenas à trois dollars d’un casier et, héroïque comme il l’était, il y parvint sans trop de difficulté. Là, il disposa, tout en les cachant de manière rudimentaire, sous un vêtement, les différents objets qu’il avait dérobé lui-même, après les avoir soigneusement essuyés avec un tee-shirt. Les protestations du serveur piégé seraient probablement vaines et, quand même on le croirait, les soupçons se porteraient sur l’un de ses collègues, qui lui aurait joué un mauvais tour, plus que sur n’importe lequel des respectables invités de l’évêque. La porte du casier repoussée, le cadenas refermé, Abel entrouvrit tout doucement celle des vestiaires, jeta un coup d’œil à l’extérieur, pour apercevoir Louis assis par terre, secondé par une serveuse — c’était bien un Français…

La jeune femme était suffisamment absorbée par le bien-être du chef d’orchestre pour que l’Américain pût sortir sans être remarqué et, comme Louis était le centre d’une féminine attention dont il eût été criminel de le priver, Abel lui fit un petit signe de la main avec un sourire entendu et s’éclipsa dans l’un des salons. Après tout, peut-être Louis avait-il désormais le projet de profiter de consolations plus étendues et plus intimes ? Les mains croisées dans le dos, Abel arpenta les salons, jusqu’à ce qu’une voix féminine, mais assurément moins prévenante et moins chaleureuse, se fît entendre.

— Vous voilà.

Le jeune homme se tourna vers Foreman et lui adressa un sourire tranquille.

— La discussion avec le sénateur a été fructueuse, j’espère ?
— Assez. Figurez vous que je viens d’apprendre que mon procès a été déplacée dans une salle d’audience mieux chauffée.

Le sourire d’Abel s’élargit un peu.

— Une soirée profitable.

Denyse hocha la tête.

— Vous êtes plus efficace que vous n’en avez l’air.
— Vous n’avez pas idée de combien je sais employer mes soirées.
— Je vois ça. Accompagnez-moi, nous avons quelqu’un à voir.

Ce qui était une façon à peu près polie de dire je dois vous montrer à quelqu’un. Comme Abel l’avait supposé, ils se retrouvèrent bientôt devant une femme un peu plus âgée que Denyse, qui avait à son bras un homme d’une trentaine d’années, dont la relative jeunesse était sans doute la principale qualité, parce que son aspect, sans être absolument désagréable, se trouvait commun et éclipsé par l’élégance plus atypique d’Abel.

— Arcadia.
— Denyse.
— Je te présente mon ami.
— Ashton Aberny.
— Enchanté.

Arcadia examina Abel comme le cuisinier un beau gigot chez le boucher.

— Et vous êtes avocat aussi ?

Abel secoua la tête et, avec une humilité bien calculée pour satisfaire Denyse, il répondit :

— Oh non, je suis encore beaucoup trop jeune pour cela. Je fais des études de cinéma.

Et, comme en passant, comme si c’était un détail, il rajouta :

— Et du mannequinat, un peu.

Arcadia dut à son botox de ne pas transformer son amertume en grimace et, après quelques menus propos, Denyse entraîna Abel un peu plus loin, laissant sa rivale méditer l’étendue de sa déconvenue. L’avocate murmura :

— Vous savez que je commence à m’attacher à vous.
— Je suis sûr que l’on peut réfléchir à une carte de fidélité.
— Même votre sens du commerce me plait. Cela dit…

Le regard de Denyse s’était arrêtée sur une femme qu’Abel ne connaissait pas.

— Sherman.
— Qui est-ce ?

Sa question n’était pas de pure conversation : par professionnalisme, autant comme accompagnateur que comme agent de SHADOW, Abel tenait à avoir l’agenda social de Star City bien à l’esprit.

— La porte-parole des Femmes pour le Droit à la Vie.
— Contre l’avortement, vous voulez dire ?
— Nous sommes dans un palais épiscopal, que voulez-vous.
— Charmant.

Abel ne s’était permis ce dernier commentaire que parce qu’il avait senti la désapprobation dans le ton de Denyse. Celle-ci hocha la tête, avant de glisser :

— Je vais tenter d’approcher l’ennemie. Vous pouvez disposer.

En une seconde, Abel avait donc perdu tout son intérêt, au profit de nouvelles considérations politiques. Loin de se formaliser, habitué à n’être dans de pareilles circonstances qu’un accessoire, le jeune homme se détourna avec un sourire et, après un crochet près d’un plateau de petits fours, il rebroussa chemin. Peut-être que Louis n’avait pas trop exploité les faveurs de la serveuse et qu’en le cherchant bien, il le retrouverait pour leur promenade dans les jardins. Même s’ils ne venaient pas des mêmes mondes, la compagnie du chef d’orchestre ne lui paraissait pas désagréable. Ni son profil — ce qui, évidemment, ne gâchait rien.
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Message posté : Mar 17 Juin 2014 - 15:41 Message
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Les attentions dont Louis faisait l'objet ne lui déplurent guère, mais il n'en aurait pas fait son miel pour tout l'or du monde, car il se lassait trop facilement des mièvreries trop intéressées. Car il ne pouvait croire que ces serveurs, qui s'empressaient à lui être agréables, à le couvrir de mille attentions, avaient le cœur sincère. Ils n'étaient pas plus vêtus de probité candide que de lin blanc, songeait le français avec une certaine défiance entremêlée d'amusement. Néanmoins Louis dut tenir son rôle, feindre ce malaise, faire accroire à ces malheureux employés qu'il nécessitait tout leur dévouement. Il se prit même au jeu et s'il n'aurait obtenu aucune récompense pour sa prestation s'il avait été face à un grand jury, il dut se féliciter de voir que les serveurs se laissèrent si aisément berner. Mais la chose était facile, Louis ne faisait qu'abuser d'un schéma qui le plaçait très au-dessus d'eux, et cette subordination lui offrait tous les atouts pour en profiter. S'il veillait à ne point en jouir à l'excès d'ordinaire, il mit de côté ses réserves naturelles et adopta le comportement qui convenait à la nécessité : il fallait qu'Abel pût faire son affaire dans le vestiaire sans rien risquer.

Quand ce dernier quitta les lieux du crime supposé, il lui fit un signe de la main ainsi qu'un sourire et Louis sut qu'il n'était plus nécessaire de jouer la comédie du malade imaginaire. Mais quitter son rôle aussi abruptement qu'il y était entré lui parut dangereux, et comme il ne voulait pas éveiller les soupçons, il accepta la suggestion de la serveuse qui le soutenait et qui lui proposait de l'aider à marcher jusqu'à un petit salon à l'écart du tumulte et des mondanités.  « Volontiers, mais il vous faudra m'aider à marcher... » Et bien sûr Louis ne marcha guère, il claudiqua jusqu'à ce salon qui précédait une grande porte vitrée donnant sur les jardins, et que la foule des convives désertait – sans doute parce qu'il était trop loin du buffet. Là, la serveuse le fit s'asseoir sur un confortablement fauteuil où Louis eut la secrète tentation de s'y laisser aller. Mais l'heure n'était pas au repos, il ne devait pas se prélasser. Timidement, il demanda si la porte vers l'extérieur était ouverte : une promenade à l'air frais lui ferait tant de bien... Il lui fut assuré que les portes étaient ouvertes, et la serveuse vérifia elle-même. C'était bien le cas.

Il feignit de reprendre des forces et, quand un autre serveur se fit connaître en portant sur un petit plateau un grand verre où fumait une eau chaude, Louis manifesta sa grande joie d'un ton de cathédrale, comme s'il accueillait un ange ou un prophète, mais avec beaucoup de retenue et de pudeur, car il devait accorder sa voix, son ton et sa gestuelle aux caractères supposés du malaise qu'il « connaissait souvent lors de soirées de cette sorte. » On posa le verre sur un guéridon près du fauteuil et Louis ne fut plus bientôt qu'en compagnie du serveur, qui rechignait à le laisser seul autant qu'il craignait d'être sermonné plus tard par ses employeurs pour avoir trop longtemps négligé ou délaissé son service. Comme il redoutait les conséquences de l'un ou de l'autre choix, il s'en remit à Louis pour le lier à lui où l'en détacher, et ce dernier, consciencieusement théâtral autant que soucieux de ne pas trop accabler le malheureux employé, eut pour lui des mots de gentillesse et le rassura : il saurait désormais se débrouiller seul... et ne manquerait pas de souligner auprès de monseigneur Barber l'indéniable application du petit personnel à l’œuvre ce soir.

Louis demeura donc ici, à l'écart, content de lui et de la tournure des événements. Il goûta à l'eau chaude et fut ravi d'y percevoir l'arôme du miel et la morsure du vinaigre. Surprise de chaque instant, la première gorgée lui fit l'effet d'une bourrasque, et les suivantes d'un baiser. Qu'il goûtât donc à tous les cocktails, à tous les vins, à toutes les boissons de la réception, il n'y aurait ce soir de sensation plus délicieuse que celle-ci, car elle lui rappelait ces potions d'autrefois que lui servait sa famille du pays basque pour le guérir d'un vilain rhume ou d'un méchant coup de froid. Tout à sa réflexion autant qu'à la réminiscence, Louis aperçut le jeune Abel et croisa son regard. Il était toujours assis sur le fauteuil et lui fit un signe de la main. Quittant le confort boursouflé de son trône, Louis se releva et accueillit le jeune homme avec un sourire réjoui, comme s'il avait été ce personnage de jeu vidéo revigoré par quelque potion de santé trouvée dans un coffre placé au hasard d'un chemin de forêt.  « Cette porte mène au jardin, et c'est ouvert. Y allons-nous ? » Sans attendre une réponse explicite dont il devinait la teneur, Louis précéda son compagnon d'un pas léger et presque guilleret. L'alcool, dont il n'avait guère abusé jusque là, n'y était pour rien. Mais comme à chaque fois qu'il revenait à la végétation après un jeûne trop long – de plusieurs couples d'heures – l'inconsolable Louis se faisait joyeux comme le soleil d'août.  « Je suis curieux de voir quelle harmonie règne en ces lieux. » A travers les fenêtres, il apercevait un peu de ces jardins qu'Abel avait décrit « à la française », et Louis se fit la réflexion qu'au moins, ils ne risquaient pas de s'y perdre. Mais le proche avenir le détromperait peut-être.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 18:05 Message
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Et donc, pendant que certains travaillaient à faire accuser faussement d’innocents serveurs, d’autres se prélassaient dans des fauteuils isolés. Abel rejoignit Louis dans le salon et, avec un sourire, commenta :

— Je vois que le labeur de la soirée a été inégalement partagé.

Ils passèrent de concert la porte-fenêtre et s’engagèrent sans attendre sur l’une des allées qui longeaient régulièrement un rectangle d’eau où une fontaine sobre formait deux arcs de cercle bien dessinés. Les arbres en masses égales, les buissons qui cachaient les troncs, les parterres de fleurs, étageaient un regard que rien ne laissait vagabonder et Abel poussa un soupir un peu déçu. Comment son tempérament tempétueux se fût accordé avec l’ordre versaillais d’un pareil endroit ?

Tout naturellement, au lieu de rester près du corps de logis, Abel s’enfonça dans le parc, à la recherche d’une végétation moins domestiquée.

— J’ai pu copier quelques données. On ne devrait pas avoir de problèmes.

Deux informations minimales pour éclairer la participation de Louis à la mission impromptue de ce soir-là. De toute façon, Abel n’avait pas eu le temps d’examiner ses découvertes et de déterminer si elles avaient ou non un intérêt et, quand il l’eût fait, il n’en aurait rien communiqué à lui : c’était à ses supérieurs de gérer la distribution des informations à l’intérieur de la base de Star City et, pour sa part, le plus souvent, il se contentait d’être évasif. Du reste, en dehors d’Evey, il n’avait pas de liens très étroits avec les gens de la base — l’ambiance était rarement à la discussion et son propre entraînement avait été suffisamment intense pour ne pas lui faire sentir cet isolement.

À mesure qu’ils cheminaient sur l’allée, ils s’éloignaient des lumières de la fête : la musique s’étiolait dans le bruissement des arbres et, plus loin, la rumeur de la circulation, les arbres s’obscurcissaient et, après un long silence, Abel remarqua :

— On ne voit pas très bien la Lune.

Comme souvent lorsqu’il était à l’extérieur, le jeune homme leva les yeux vers le ciel et constata que le satellite était voilé par les nuages.

— Je vais faire un peu de lumière.

Abel avait arrêté de marcher. Ses cheveux roux furent agités d’abord par une brise étrangement circonscrite puis les arbres, autour d’eux, s’agitèrent un peu plus. Un sourire se dessina sur les lèvres du mutant. Il avait toujours eu du mal à concevoir que certains de semblables eussent des pouvoirs douloureux et inquiétants. Il en avait vu, pourtant, dans la rue, des mutants rejetés à cause de leur difformité, à cause du danger qu’ils représentaient, et qui en étaient venus au même à craindre ce qu’ils étaient. Mais lui trouvait un tel plaisir, une telle spontanéité dans la manifestation de ses dons, que ces souffrances-là échappaient à son empathie.

Bien des kilomètres plus haut, dans l’atmosphère, les vents qu’il déchaînait n’avaient aucune commune mesure avec leurs plus légères manifestations, en contrebas : peu à peu, les nuages qui faisaient rempart à la lune s’effilochaient et bientôt, une clarté pâle et nouvelle tomba sur les jardins, alors qu’Abel baissait les yeux, qu’il se recoiffait et que les arbres autour d’eux se calmaient.

— C’est beaucoup mieux.

Il n’était peut-être pas étonnant qu’Abel ne fît pas une différence très nette entre la nature et les jardins, si la nature pouvait être aussi maniable à ses yeux.

— Viens, par là, c’est sans doute beaucoup plus intéressant.

Le jeune homme fit ce qu’on ne devait pas faire souvent dans les jardins de l’évêque, ni dans tous les jardins du monde aux allées très bien tracées : il quitta le sentier de gravillons pour couper à travers la pelouse, se glisser habilement entre deux bosquets et s’enfoncer dans la végétation. La première chose qu’il avait apprise en vivant dans la rue, c’était que les rues justement, les avenues, les portes, les immeubles, les panneaux, tout cela n’était que purement indicatif et que les vrais passages étaient ceux que l’on se construisait soi-même. Même lorsque ses logements étaient devenus peu à peu plus conventionnels, grâce à Evey, il n’avait pas perdu cette habitude de l’exploration.

Évidemment, les jardins à la française n’étaient pas très profonds : faits pour être observés depuis les allées, leurs massifs se présentaient comme une succession de façades végétales. Mais même dans un pareil paysage, les arbres rassemblés formaient de petits bosquets qui convenaient mieux au goût d’Abel. Là, dans ces espaces exigus que personne n’était censé visiter, les racines se superposaient, les branches s’enchevêtraient, et des herbes sauvages, bien dissimulées, se frayaient une existence dans l’humus.

— C’est quand même beaucoup, beaucoup plus intéressant que les salons.

Abel se retourna vers Louis et, un peu tard, il songea qu’un chef d’orchestre qui vivait de l’opéra ne partageait peut-être pas ses opinions sur ce qui était ou n’était pas divertissant. Avec un sourire navré, il glissa :

— Désolé. Tu t’amusais peut-être. J’avoue que je n’ai jamais vraiment compris. Je veux dire, si c’est pour manger, autant aller dans un bon restaurant, si c’est pour discuter, autant ouvrir un groupe Facebook, alors…

Il haussa les épaules.

— Je peux faire semblant, évidemment, mais j’ai du mal à accrocher.
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Message posté : Mer 18 Juin 2014 - 21:05 Message
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♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
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    JournalDestinExploits
Louis se laissa aller à rire. Les fruits sont à tous, la terre n'est à personne, et, ajouterait-il à la phrase du genevois, ils reviennent à ceux qui daignent les cueillir. Il suivit Abel à l'extérieur, par cette porte ouverte qui donnait sur les jardins du bâtiment. Comme le jeune homme le lui avait décrit, ces jardins s'agençaient à la française : une certaine idée de l'ordre et de la rigueur mathématique y régnait sans partage sur les allées, les parterres, le bassin, les haies et même la forme des fleurs. Il y avait jusque dans le nombre des pétales l'expression du totalitarisme jardinier. Ce n'était pas déplaisant. Au froid soleil de l'aurore, ce tableau n'aurait pas donné à voir la même chose, mais Louis se sentait comme renaître à proximité de cette flore ordonnée et soumise aux vœux impérieux d'un plan d'une précision d'horloger. La régularité du dessin leur permettrait au moins de ne se point perdre dans ces jardins : les journaux auraient fait leurs choux gras d'une pareille anecdote. Louis, qui connaissait bien le goût de la presse pour les rumeurs, comme en témoignait les bruits qu'on portait trop facilement au pinacle et qui concernaient Dana Taylor et lui. Abel déclara avoir pu copier quelques données. Louis ne réagit pas tout de suite, tout à sa contemplation d'un buisson fleuri qu'il reconnut sans peine. Mais ce pauvre oranger du Mexique affichait sa dernière floraison, et Louis s'en émut quelque peu. « Sans doute assez pour en tirer profit. » Louis en était persuadé, même s'il n'avait pas dit avoir « tout » récupérer du téléphone volé, Abel avait accompli un très bon coup ce soir, et finalement cette soirée de charité se montrerait plus utile que prévu, a posteriori. Quant aux « problèmes » évoqués de façon très évasive, Louis ne se sentait guère concerné, il n'avait rien fait qui put le lier de près ou de loin à ce vol et à ce qu'il couvrait.

Ils marchaient en silence, mais celui-ci déjà trop long ne s'éternisa guère, quand Abel fit remarquer que la Lune avait la timidité de ne point paraître à leurs yeux de promeneurs curieux. Il dit aussi qu'il allait « faire un peu de lumière », et Louis s'imagina un instant qu'il allait allumer des lampions qu'il disposait tout autour d'eux pour préluder à un petit ballet improvisé. Mais ces extravagances ne passèrent pas le seuil de ses yeux. Louis savait qu'Abel avait quelque affinité avec le climat et, s'il ne connaissait pas dans le détail l'étendue des capacités du jeune homme, il se doutait que dévoiler la Lune lui serait aussi facile qu'il le serait à un jeune pâtre de dénuder son compagnon à l'ombre d'un rameau d'olivier. Et un peu plus tard, le voile se déchira pour ne laissait que la face de pierre à l'expression universellement connue. Comme le disait Abel, c'était beaucoup mieux, en effet, puisqu'ils bénéficiaient désormais de la complicité du satellite unique de la terre. Dire que cette bille minérale commandait à tant de choses sur la planète ! Louis aurait bien aimé en discuter avec le premier astronome venu, car bien des questions se formaient en lui chaque fois qu'il voyait la Lune. « Par là ? » Louis s'étonna qu'Abel désignât un chemin qui n'existait pas, mais cela ne l'empêcha guère de quitter le sentier. En dépit de toutes les raisons qui l'auraient poussé à ne pas suivre le jeune homme, Louis le fit tout de même, curieux comme un jeune chat de découvrir où Abel désirait le conduire. S'il suivait avec peu de réticence, c'était sans doute aussi parce que Louis se trouvait là dans son élément.

Car ces jardins à la française et leurs « petits secrets » témoignaient de la dualité merveilleuse de la végétation, qui se soumet volontiers au joug d'un jardinier patient, mais qui se laisse parfois aller au chaos rédempteur. Qu'ils abandonnent ces jardins au hasard et quelques mois seulement suffiront à défigurer l'harmonie des jardins épiscopaux ! Sous les branches, sur le sol, Louis rejoignit donc Abel, qui lui fit par de son état d'esprit et, à l'entendre, de sa gêne. Louis s'étonna. « Je suis bien d'accord. » Jamais un salon, fût-il richement meublé et décora des plus belles tapisseries normandes, n'égalerait en beauté la végétation, sauvage ou policée, d'un jardin. Sur ce point, le chef d'orchestre n'allait pas atermoyer. « Ces soirées ont parfois beaucoup de charme, quand on prend la peine d'en observer la faune. Il faut avoir du goût pour l'entomologie, je suppose, pour ne pas s'ennuyer parmi ces... gens. Quand on ne peut y échapper, ce recul est nécessaire, pour ne pas risquer l'empoisonnement. Mais... c'est ennuyeux, ici. Ces catholiques sont trop américains. Les évêques d'Europe ont laissé depuis longtemps le balai au placard, si tu vois ce que je veux dire. » Abel avait dit « avoir du mal à accrocher » et Louis voulut demander s'il lui était bien nécessaire d'y procéder. Après tout, il n'était là qu'en tant que trophée d'un client désireux de l'exhiber comme on passe à son coup les perles de sa mère ou à son doigt la chevalière de son aïeul. Il n'était qu'un bijou, mais ne le savait-il pas ? Et de le savoir, n'en tirait-il pas son parti ? Peut-être qu'en dépit de l'expérience qu'il avait de la chose, sa jeunesse lui conservait quelques difficultés à sentir les parfums de ce monde. « Nous sommes tous là pour faire semblant, non ? » Les mots de Shakespeare dans Le Marchand de Venise lui revinrent en mémoire. « Toi, dans un certain registre, et moi-même aussi, et l'évêque, et maître Foreman, et le constructeur, et tous les autres... Ces soirées sont un moyen en vue d'une fin, et la charité, ce soir... Je ne suis pas sûr qu'on en parle beaucoup. Je ne t'apprends rien, tu dois avoir l'habitude. » Louis ne savait pas vraiment depuis quand Abel pratiquait ce genre de prestations, mais cela importait peu. « Et de toi à moi, j'aurais préféré aller au restaurant, ou ailleurs, pour mieux manger, car la nourriture servie est de très mauvaise qualité. » Il avait dit cela avec le ton péremptoire d'un parlementaire d'ancien régime. Mais Louis était formel, son palais trop gourmand souffrait peu la mollesse de victuailles indignes.
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Épiscopalement vôtre

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