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Gute Nacht, du falsche Welt [Hans]

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Message posté : Sam 14 Juin 2014 - 0:38 Message
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De Principatibus

ϟ Âge : 29
ϟ Sexe : Masculin
ϟ Date de Naissance : 19/09/1989
ϟ Arrivée à Star City : 25/04/2014
ϟ Nombre de Messages : 8285
ϟ Nombre de Messages RP : 904
ϟ Crédits : Hedgekey
ϟ Célébrité : Francisco Lachowski
ϟ Âge du Personnage : Antédiluvien
ϟ Statut : /
ϟ Métier : Fondateur et patron secret de la Rose des vents ; propriétaire de Fragonard - Parfums et cosmétiques ; propriétaire du Jardin du Dragon
ϟ Réputation : Niveau 6
ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
ϟ Pouvoirs : ♦️ Dragon (Ω)
♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
♦️ Failles dimensionnelles (I)

♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
ϟ Liens Rapides :     


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Gute Nacht, du falsche Welt !


Ce n'était pas tout à fait la chance de sa vie. Il était déjà venu ici, par deux fois. Mais c'était toujours un événement. La Fenice, le phénix, opéra de Venise, comptait parmi les préférés de Louis qui, jeune étudiant en musicologie à la Sorbonne, avait souvent fantasmé les dorures de la salle célébrée comme l'une des meilleures du monde. Vitrine merveilleuse du rayonnement culturel de la Sérénissime, qui couvrit de ses fastes glorieux les réalités d'un déclin inexorable, la Fenice accueillerait ce soir un public enthousiaste à l'idée de voir se produire l'orchestre pour une représentation jusque là inédite. En effet, il se jouerait la Flûte Enchantée. L’œuvre n'était pas étrangère du répertoire historique de l'opéra de Venise, mais c'était la première fois qu'elle serait jouée là sous la direction de Louis d'Ax, et mise en scène par lui-même. Cette nouveauté prenait encore davantage de saveur, quand on se souvenait que dix ans auparavant, un incendie monstrueux obligeait à relever la bâtisse de ses cendres une nouvelle fois. La tragique justification du nom donné à l'édifice était encore présente dans les esprits du temps, et notamment dans les cœurs de la haute société vénitienne, si fière et jalouse de son patrimoine architectural. Louis le savait. C'est pourquoi il arriva à Venise près d'un mois à l'avance pour suivre un programme de répétitions et de préparations d'une intensité rare, qui lui valut la grogne des musiciens et la promesse d'un beau succès. Car le jeune homme, si désireux de faire ses preuves, se trouvait soumis à un défi des plus complexes. D'abord, c'était la première fois qu'il se voyait confier tout à la fois la direction de l'orchestre et le choix de la mise en scène. Il n'agirait pas seul en cette matière, mais les décisions lui revenaient toutes en dernière instance. Et tous les choix qu'il ferait entraîneraient sa responsabilité devant son public. Ensuite, et justement, ce public, il le devinait d'avance exigeant et sceptique, voire carrément hostile. Car ce public serait composé en grande majorité d'Italiens et Louis connaissait bien les Italiens pour leur aversion congénitale pour l'opéra en langue allemande. Sans doute exagérait-il ce propos quand il en parlait à sa mère, ou quand il l'écrivait à sa tante qu'il gratifiait d'une copieuse correspondance à chacun de ses déplacements en Europe et dans le monde. Mais dans les faits, il savait avoir au moins raison sur le fond : Vivaldi et Verdi ne sont ni Mozart ni Wagner, et l'oreille italienne a peu de tolérance pour tout ce qui n'est ni du goût du prêtre roux, ni du goût du cygne de Busseto.

Il le savait, et s'en doutait, il aurait d'abord à convaincre les musiciens qui le recevrait à l'opéra : les partitions du prodige autrichien n'étaient pas incompatibles avec les violons et les voix d'Italie. Il eut avec eux, dès les premiers jours, dès les premières heures de son arrivée de longs entretiens pour leur exposer sa vision de l'ouvrage et ce qu'il comptait en faire avec leur concours. Car il n'imaginait pas y parvenir sans eux : sa baguette n'accomplirait aucun miracle. Ces premiers contacts furent difficiles, mais il finit par imposer l'idée qu'ils avaient tous à gagner à s'accommoder de la situation. Et fort heureusement, ces tensions en dormance n'étaient plus si vives qu'elles étaient aux siècles précédents. Quant à ses choix de mise en scène, discutés avec deux professionnels de la chose qui l'accompagnèrent jusqu'au bout des répétitions, ils plurent aux chanteurs et aux musiciens qui y décelèrent l'intention du chef : joindre l'ancien et le nouveau. La salle de la Fenice offrait un cadre merveilleux, mariage éclatant de la lumière et du luxe. Louis avait décidé d'en faire un outil en vue du succès de la première, et l'on habilla les personnages des tenues de l'époque du faste vénitien, quand la République connut la gloire non point culturelle, mais commerciale. En d'autres termes, Louis fit souffler sur le livret de Shikaneder un vent de Moyen Âge, sans toucher à la substance du texte qui s'y prêtait déjà : puisqu'il était question d’Égypte, et puisque les doges vénitiens de l'époque lançaient leurs aventures maritimes jusques aux rives d'Alexandrie, tout parut se lier admirablement. De plus, les premières scènes décrivaient un homme égaré en voyage dans un pays inconnu : combien de marins vénitiens connurent ce sort parfois funeste, lors d'expéditions vers l'Orient méditerranéen ? Après deux semaines d'intense travail, tout allait de soi et Louis se félicita de constater la docilité finale de ces musiciens qui, d'après les rumeurs, comptaient parmi les plus indisciplinés du monde de la musique classique. Il ne fut que plus heureux d'en répandre le bruit contraire, dans les nombreuses lettres qu'il adressa à ses familiers ainsi qu'aux quelques amis qu'il avait laissés en France comme ailleurs. Les jours s'enfuirent et il put annoncer au maire de Venise qu'il prévoyait une belle représentation pour la première.

Quand celle-ci arriva, Louis n'éprouva nulle crainte particulière, nul désir particulier, il s'était mis en tête d'accomplir du bon travail et d'agir dans les règles de l'art. Le jour même, il se retira dans l'une des nombreuses églises de la cité sur la lagune et s'y reposa. Il n'y chercha pas tant le réconfort spirituel que la quiétude et le silence, chose qui lui était indispensable avant un concert important. Quand il revint à l'opéra, il trouva ses musiciens en forme et prêts à donner le meilleur d'eux-mêmes. Il serra quelques mains dans le grand hall d'entrée, avant de se retirer en coulisses, pour s'y préparer. Une fois revêtu du frac séculaire, il gagna la grande salle et, sous les applaudissements du public et de l'orchestre déjà installé, gagna l'estrade d'où il pourrait coordonner les réjouissances de la soirée. La lumière se fit plus discrète, les applaudissements se turent et sa baguette s'éleva. La simplicité et la profondeur des trois accords qui ouvrirent la cérémonie frappa Louis en plein cœur. De cours silences les séparaient, pour éviter l'entrechoc inévitable d'un tel agencement. Trois fois répétés, c'est dans la solennité qu'on voulut ouvrir cette soirée, sans laisser présager d'une œuvre qui, avec brio, mêlerait gravité et humour. Et l'humour ne manqua pas de se manifester dès l'ouverture, car à l'adagio empreint de sérieux succéda un allegro des plus envolés, au thème éthéré et vif, joyeux sans nonchalance, parfois majestueux dans ses sourires. Cela le rattachait à la tradition des ouvertures à la française de l'ère baroque, et sans doute Louis y mit beaucoup de lui-même tandis qu'il agitait sa baguette en des gestes d'une précision absolue qu'un profane hélas aurait pris pour de vaines agitations du poignet. L'écriture fuguée s'envola jusqu'au plafond de la salle magnifique qui en sublima les contours amusés – de là où il était, Louis ne pouvait tout à fait goûter à l'acoustique du lieu, mais il savait cette salle parmi les meilleures dans le genre, alors nul doute que le public apprécierait. Les dernières notes de l'ouverture éclaboussèrent l'orchestre d'une myriade de couleurs qui annonçaient déjà que le premier acte ne tarderait pas. On laissa au public quelques instants pour applaudir, et déjà la suite s'imposait pour une soirée riche en surprises musicales.

Un peu moins de trois heures plus tard, le public félicitait la représentation. Si le premier acte n'avait pas déclenché le tonnerre d'applaudissements que n'importe qui aurait attendu, ce ne fut pas le cas de l'acte second qui clôturait l’œuvre. Tourné vers la grande salle et ses cinq étages pleins à craquer, il souriait et saluait, sans omettre de rendre à ses musiciens la part des lauriers que les mains frénétiques de toutes les personnes présentes ne cessaient de lui envoyer. C'était donc un beau succès, le pari était réussi. Le temps dirait s'il avait conquis le cœur des Vénitiens – le temps, les critiques du lendemain et le nombre de représentations qui succéderaient à cette première. Mais pour le moment, il se contenta d'apprécier l'instant et de savourer ce premier retour spontané et peu trompeur. Comme à son habitude – qui faisait de lui un météore dans le monde musical – il battit le rappel et, une fois le silence revenu, il gratifia le public déjà gorgé de musique d'une autre performance, puisqu'il fit jouer quelques courts arias d'autres œuvres de Mozart. En dernier, un air très vif de l'Enlèvement au Sérail emporta l'approbation générale. Il dut d'ailleurs conduire les musiciens et les applaudissements du public, qui se joignirent aux autres instruments de l'orchestre. Et aux dernières notes succédèrent l'ovation, les rires et les applaudissements d'un public conquis. Il quitta enfin la salle sous les vivats et, après s'être quelque peu rafraîchi, après avoir bavardé un peu avec les musiciens venus lui serrer la main, il s'en alla affronter le public lui-même, car la grande salle de réception de l'opéra accueillait une petite fête en l'honneur des dix ans de l'incendie dont s'était relevé le « phénix », la bâtisse, que les Vénitiens adoraient. Là, il échangea quelques mots avec certains qui vinrent le féliciter, et parmi eux il retrouva le maire de Venise qui s'essaya à le congratuler en français. Comme il était accompagné, ce dernier entreprit de le présenter, notamment à un homme d'un certain âge aux cheveux d'une inquiétante couleur dorée.  « Monsieur d'Ax, vous connaissez certainement Hans Veidt, n'est-ce pas ? Je lui disais justement combien votre présence à Venise est un honneur pour notre ville ! » Louis observa l'homme qu'on lui présentait et hocha la tête. Ce nom ne lui était pas inconnu, en effet. Il tendit la main parfaire cette entremise mondaine.

 « J'espère que la représentation vous a plu autant qu'elle semble avoir plu au public vénitien, monsieur Veidt. Les musiciens ont en tout cas pu faire ce soir la preuve de leur talent. » Le maire de Venise sembla apprécier cette remarque qui le gonfla d'orgueil.

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Message posté : Dim 15 Juin 2014 - 23:31 Message
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Le verre de whisky vibra plus rigoureusement que les deux fois précédentes, manquant de renverser une partie de son contenu sur les banquettes de cuir. Au passage, une hôtesse veilla à ce qu’il soit à nouveau plein sans poser de questions et s’éclipsa en silence, arpentant les couloirs comme une danseuse. Une main se tendit, longue et ferme, et enserra le récipient transparent pour le porter à des lèvres strictes surmontées d’une moustache d’où les reflets dorés imposaient encore leur place parmi la broussaille blanchissante. Une nouvelle secousse. Le verre retourna à sa place originale et la main fit ployer le journal à l’origine tendu à bout de bras. Plié en quatre, ce dernier se retrouva bien vite sur l’accoudoir libre de la banquette et à nouveau une hôtesse s’en empara avant que son précédent propriétaire ait à lever le petit doigt. Jambes croisées, chemise entre-ouverte, Hans profitait des quelques minutes qui lui restaient avant l’atterrissage du vol à destination de Milan. La main gauche fermée et appuyée contre son menton, le vieil homme plissait les yeux sous ses lunettes, réfléchissant à la meilleure tactique à utiliser lors de la prochaine séance se déroulant dans à peine trois petites heures. Largement perturbé par le fonctionnement disparate de son fils au sein de l’entreprise familiale – pour ne pas dire son entreprise – il n’avait pas fermé l’œil de la nuit et savait pertinemment qu’il ne dormirait pas avant la nuit prochaine. Qu’à cela ne tienne. Ca ne serait pas la première fois que le sous-directeur ferait passer sa firme avant sa propre santé. Et il pouvait se vanter de gérer aussi bien l’une que l’autre. Mais récemment, les événements tragiques qui avaient perturbés la composition de la famille Veidt avaient cruellement rendus perméable Isaac Veidt – le fils et nouveau directeur de Hans – mettant à mal le bien être de l’entreprise qui allait sur sa 64ème année d’existence. Le vieil homme ne pouvait ainsi laisser couler la firme d’armement et se devait de redresser la machine pendant qu’il était encore temps. Cependant, sans une relève efficace à ses côtés, il devait rusé officieusement pour protéger son seul héritage.

Agrippant l’une des branches de ses lunettes sombres, il l’enleva de son nez en reposant un instant sa tête sur le dossier en cuir clair. D’un mouvement de tête sec, il indiqua à l’hôtesse de l’air qu’il ne tenait pas à recevoir à nouveau du whisky. Plongé dans la contemplation du hublot ouvert à quelques pas de lui, il accueillit avec un sourire voilé l’astre solaire qui faisait chaleureusement briller le fuselage de l’avion. Sa décision était prise. Et il gagnerait son combat. Il s’empara de son verre et le vida d’un trait avant de recevoir les salutations du commandant de bord comme tous les passagers de première et deuxième classe. On amorçait la descente. Ayant pris le premier vol de la journée, Veidt s’arrêta en courant d’air pour déguster un café – dégueulasse – et un espèce de pain tellement pas salé qu’il en avait pas de goût. Sans remarque, si ce n’est son air résolument fermé à toutes discutions, l’homme s’empara de sa valise de cabine et déambula dans le hall jusqu’à tomber sur la horde d’hommes costumés venus l’accueillir. Lui-même, n’était vêtu que de lin clair et d’un chapeau souligné d’une ligne bleu sombre et pourtant, c’était bien lui qui avait la posture la plus imposante de tous les pingouins regroupés là. Il n’adressa qu’un signe de tête en guise de remerciement à chef de groupe et ni une ni deux, se retrouva dans une voiture italienne en direction du centre de la ville. Hasardant un coup par-delà la vitre sombre, il promena son regard sur cette ville étrange et leva les yeux au ciel lorsque le véhicule passa au bout de la place du Duomo.

L’arrogance italienne était palpable mais il ne pouvait nier que le dôme était tout simplement grandiose. La troisième plus grand église du monde. Un chef d’œuvre gothique qui avait survécu à la guerre depuis le XIVe siècle. La voiture prit un virage serré à gauche et s’arrêta aux pieds d’un hôtel resplendissant. Le vieil homme s’extirpa du véhicule et pénétra dans le bâtiment en se découvrant le chef en passant sous le porche décoré. L’armée d’hommes en noir resta à l’extérieur et c’est une fraiche secrétaire qui accueillit le sous-directeur et le conduisit jusqu’à la salle de conférence du troisième étage. Les plafonds blancs étaient tellement hauts qu’il était difficile de leurs donner une hauteur et le marbre du sol tellement luisant et sonnant que le volume du bâtiment semblait gigantesque. On pria Veidt d’attendre quelques secondes devant une porte en chêne avant de voir à nouveau apparaitre la secrétaire qui s’écarta d’un sourire poli pour laisser rentrer l’homme dans la pièce. Il n’y ressortirait que quatre heures plus tard, le visage impassible. La secrétaire ne connut le résultat de la séance qu’en entrant dans la dite salle et en découvrant le massacre sur les visages des représentants italiens ; Veidt Entreprises avait imposé son marché et ils n’avaient eu qu’à se plier aux exigences du vieil homme.


Le train pencha en prenant un virage sur la droite. Les deux mains gigantesques de l’homme à tout faire de Veidt résistèrent largement en changement de direction, bien posées sur la petite table de plastique qui séparait les deux hommes. Frontière que Gustavo s’était toujours imposée à lui-même et que Veidt approuvait en silence. D’ordinaire, le serviable homme avait pour lourde tâche de veiller au bien d’un Adriel turbulent de jeunesse mais depuis la disparition soudaine de ce dernier, le fidèle ami d’Hans était revenu aux côtés de son patron avec l’accord respectueux de ce dernier. Les deux hommes n’avaient échangés pratiquement que quelques mots depuis le départ du train pour Venise. Gustavo respectait les silences de son employeur toujours bien plus causant que ses paroles brèves et directes. Regardant défiler le paysage avec une lassitude sans fin pour son pays natal, Veidt détourna un instant les yeux sur le colosse qui lui faisait face. Son regard toujours aussi bleu arracha une grimace souriante au chilien qui savait très bien à quoi pensait le vieil homme. Profitant d’un nouveau détournement de regard de son patron, Gustavo s’extirpa de sa banquette du wagon restaurant pour aller se soulager dans le cabinet à quelques portes coulissantes de là. En revenant, Veidt découpait cruellement un morceau de viande rouge accompagné par une généreuse ration de pâtes. Un verre de vin rouge couronnait le tout. D’un signe du menton, Veidt encouragea son compagnon de travail à se remplir également goulûment l’estomac. Son compère aurait quartiers libres ce soir pendant que son patron savourerait – du moins il l’espérait – un moment de joie profonde. Pratiquement rien ne fut dit jusqu’à l’hôtel et ce n’est que sur un salut discret qu’Hans quitta son homme de l’ombre pour arpenter les rues sombres de la ville flottante. Parcourant les cheminements le long des canaux romantiques, il repensa nostalgiquement à celle qui avait partagé sa vie pendant si peu de temps et au désastre qu’était devenu leur fils. La lignée avait été brisée et il ne pouvait laisser cet impair ce reproduire plus loin. Pourtant la perte de deux de ses petits-fils mettait à mal l’espoir fou du vieillard de transmettre son entreprise à un Veidt capable de la porter encore plus loin. Après plusieurs ponts et bons nombres de gondoles ainsi que de marchants de roses, Hans arriva au seuil de l’opéra. Bien vite, et sans se faire remarquer ni arrêter par quelque directeur de l’endroit bien-pensant, il se faufila dans l’une des loges rouge sang et étendit ses longues jambes au-devant de lui. Déboutonnant à nouveau le haut de sa chemise de lin, il ressortit de la poche de son pantalon une paire de jumelle. La meilleure partie de la journée allait enfin commencer.

De la salle, il devait être l’un des rares à ne pas lire les mots brillants au-dessus de la scène. On disait que l’italien était la langue de l’amour. Le Veidt répondait que c’était pourtant bien l’opéra allemand qui savait le mieux transmettre les émotions. Les yeux fermés, le vieil homme se laissait imprégner par les notes si particulières du génie allemand, laissant les mots de sa langue maternelle pénétrer sa chaire comme une caresse bien venue. Il connaissait cet opéra par cœur et pourtant, la virtuosité du chef d’orchestre était tout simplement prodigieuse. Ayant lu le livret de la représentation, il s’était étonné de lire le nom du jeune homme pour la première fois et d’être à ce point traversé par son interprétation. Tout comme la salle, le vieil homme salua chaleureusement la performance à grand renfort d’applaudissements mais ne décroisa pas un instant ses jambes pour se mettre debout. Sa préférence n’était pas pour ce compositeur et c’était par habitude qu’il restait assis en fin de spectacle. Il se redressa enfin alors que la salle se vidait par un flot incessant. De bavardages en bavardages, Hans se lia à la foule rassemblée là sans jamais montrer le moindre signe d’intérêt pour les discussions échangées. Comme attiré par un aimant, le maire de la ville s’avança, grand sourire en direction du sous-directeur qui ne répondit pas à sa poignée de main, le sienne bien enfermé dans a poche. Un verre dans l’autre, il esquissa un faible sourire, comme pour indiquer qu’il avait bien compris que c’était à lui qu’on s’adressait. Par-dessus son verre, il arqua un sourcil. Marmonnant une espèce de mélange de français et d’anglais surmonté d’une touche d’accent italien, l’Allemand ne capta pas un strict mot de son interlocuteur qui devait vraisemblablement lui passer la pommade. Le regard du tacticien dévia en voyant du coin de l’œil arriver le jeune virtuose de la baguette. Le maire comprit bien vite que s’il voulait entrer dans les grâces de l’homme d’affaire, il avait meilleur temps de faire profil bas et de se replier à peine l’introduction faite. Hans ne manqua pas de l’y obliger en lui tournant agréablement le dos et en serrant chaleureusement la main du jeune homme alors qu’il avait refusé ce geste au maire. Il répondit à son nouveau voisin dans un français correcte quoi que profondément coloré par les notes brutales allemandes.

« Assez surprenante pour m’arracher une salve d’applaudissements, effectivement. Mais entre nous, que connaissent les italiens à l’opéra allemand ? » Son ton était des plus pausé et sa façon de s’arrêter à presque chaque couple de mots imposait l’écoute. Le maire s’éloigna, ronflant le plaisir après avoir entendu les compliments du chef d’orchestre et du sous-directeur. « N’y voyez pas là une insulte mais le génie de Mozart m’exaspère. La légèreté de sa Zauberflöte est arrogante même si je ne peux qu’apprécier à chaque fois le talent de l’air Der Hölle Rachte kocht in meinem Herzen. Probablement à cause de son manque de pouvoir, qui le força à jouer sa première représentation à Vienne et non sur une terre nordique. » Le sourire d’Hans ponctua la fin de sa phrase. Si on pouvait douter de son appartenance à une langue germaine, la prononciation parfaite des quelques titres originaux n’était pas anodine. Comme si le chef d’orchestre l’avait poussé à poursuivre, l’allemand enchaîna en baissant le nez, comme pour avouer sournoisement à son voisin. « Mais nous sommes à Venise. Et tout comme elle, c’est au père du Fliegende Holländer que j’offre le plus mémorables de mes souvenirs. » Se redressant, il avala lentement une gorgée de son verre en fixant sans ciller le jeune homme. Il aimait déjà ce jeune-là. Un garçon promu à un avenir probablement plus grand que lui et Hans ne pouvait que saluer son courage et sa détermination. Que n’aurait-il pas donné lui-même pour se retrouver bien des années en arrière et savourer pleinement son ascension au sein de l’entreprise de son père ?
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Message posté : Lun 16 Juin 2014 - 1:06 Message
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♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
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♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
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♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

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Ce que son nom avait laissé entendre, sa voix le confirma. Louis avait affaire à un allemand. Un allemand à Venise, qui parlait à un français : voilà que n'aurait guère dépareillé les meilleures ouvertures des plus beaux films du tiers médian du vingtième siècle. Il avait donc trouvé la représentation « surprenante » mais digne d'être applaudie. Sans mot dire, Louis inclina la tête comme l'aurait fait un Turenne après avoir reçu des éloges du cardinal Mazarin. Nul besoin de remercier quelqu'un du compliment gratuit, et d'autre part la remarque de monsieur Veidt au sujet des Italiens et de l'opéra allemand l'avait amusé. Deux interlocuteurs au siècle romantique n'aurait pas parlé en des termes si différents à l'issue d'une même représentation. Le maire s'en alla, laissant les deux hommes seuls. Hans poursuivit et Louis, d'un sourire, assura son interlocuteur qu'il ne s'offensait point des propos qui auraient pu piquer au vif le premier nigaud venu. Louis goûtait son plaisir où celui-ci s'offrait à lui, et toutes les amantes n'ont pas la science des caresses comme Pythagore l'avait des mathématiques. Il avait diverti son public, viendrait bientôt le temps des critiques sérieuses, mais comme le dit l’Ecclésiaste, il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel. Et à cet instant, le commentaire de Hans l'amusa, car ce n'était pas la première fois qu'il entendait de tels propos pour qualifier l'oeuvre de Mozart et particulièrement la Flûte Enchantée. « Dieu besogneux » d'après Honegger, « purement musicien » d'après Schweitzer, « attaché à une époque de mondanité brillante » et au « malheur de la réussite », d'après Jouve. Stendhal, plus inspiré, le qualifiait même, dans sa Vie de Rossini de « barbare romantique » désireux « d'envahir la terre classique des beaux-arts ». Mais ce même Beyle avait aussi dit de lui qu'il était le « La Fontaine de la musique », ce qui donnait à voir une appréciation très nuancée d'un compositeur et musicien hors du commun. L'expression de Hans, génie qui exaspère, convenait assez bien au salzbourgeois capable de produire des pages d'une grave profondeur comme d'autres d'une bouffonnerie gourmande. Et s'il se laissait aller parfois à la triviale banalité qui afflige plus qu'elle n'ennuie, c'était toujours sans vulgarité. « La légèreté de l’œuvre est assumée dans la partition comme dans le texte du livret puisque le public n'aurait, à l'époque, pas applaudi une œuvre trop sérieuse. Si l’œuvre avait été commandée par l'empereur Joseph II ou son frère et successeur, elle eût été d'un tout autre genre. Fort heureusement une telle commande n'eut pas lieu. » Et de toute façon elle aurait été fort improbable, vu le peu de succès que connut Mozart avant cela dans ses productions pour l'opéra italien aristocratique.

Hans poursuivit et parla de Venise autant que d'un autre compositeur qui se rendit célèbre par ses opéras en langue allemande. Et quel autre ! Wagner lui-même, despote au pays de la musique germanique, incontournable figure du romantisme allemand. De toute évidence, Hans nourrissait pour la musique du maître Wagner, que d'aucuns nommèrent Lolus avec des yeux mesquins, une affection particulière. Cela n'étonnait pas Louis, rares étaient les allemands indifférents ou hostiles au style et à l’œuvre du natif de Leipzig, car ce dernier avait, dans sa musique, insufflé toute la saveur et tout le sel de l'âme germanique.  « Nous irons si vous le désirez au palais Vendramin pour lui rendre humblement notre hommage. Mais de vous à moi, j'aurais été bien moins à l'aise, si j'avais eu à diriger Die Meistersinger von Nürnberg ou Götterdämmerung plutôt que Die Zauberflöte ou même Die Entführung aus dem Serail. Le public italien, et particulièrement vénitien, aurait été bien plus difficile à convaincre, à divertir, et donc à séduire. » Car la musique de Wagner portait en elle les marques d'une intensité nerveuse, d'une violence dans la passion et la volonté. Elle est un « ouvrage sérieux », comme l'avait écrit Baudelaire en son temps : elle exige de l'application et de la gravité, une attention soutenue. Et ses opéras, liés entre eux plus que chez tout autre compositeur, exprimait avec la voix la plus suave comme la plus stridente tout ce qu'il y a de plus caché dans le cœur de l'homme. Mais alors cette condition entraîne son lot de conséquences, dont il faut tirer les leçons. Et Louis avait bien compris que la musique du maître allemand risquaient fortement un accueil défavorable dans tous les pays où, par tradition, le théâtre, l'opéra et la tragédie en général réussissaient surtout par les facilités qu'ils offraient à la distraction. Et en Italie, on va à l'opérer pour fêter. Il suffit de se souvenir de l'âge d'or napolitain pour s'en convaincre. Wagner prétendait sermonner son public : cela exigeait des qualités d'attention et de sérieux qu'on ne trouvait pas partout.

 « Vous parlez du Hollandais volant, cela me rappelle sa représentation à Paris il y a quelques années. Je n'étais pas encore chef d'orchestre, mais simple harpiste, à cette époque. J'en garde un merveilleux souvenir, en dépit de l'ingratitude des critiques à l'égard de Franz Sigmaringen, qui nous conduisait. Les exigences wagnériennes ont été sanctionnées par elles à cette occasion, mais c'est sa baguette qu'on brisa en définitive. » Et ce chef-là ne reviendrait que bien plus tard sur les devants de la scène, s'il négociait finement avec le temps qui passe inlassablement. Hélas, le talent a de multiples visages, mais se trouve toujours être la cible des médiocres quand ceux-ci se liguent entre eux. Pour toutes ces raisons Louis aurait volontiers prétexté une mauvaise santé plutôt que de s'essayer à un pari si risqué que celui de proposer Wagner à un public italien. « Mais dites-moi, qu'est-ce qui vous amène à Venise ? » Le ton était celui de la plus anodines des conversations. « Êtes-vous là aussi à la demande du maire de cette ville, qui voit dans votre présence un « honneur » pour ce qui reste de la Sérénissime ? » Habile façon de moquer les boursouflures mondaines de l'homme qui les avait présentés tous deux. Naturellement l'âge et ce qu'il savait de monsieur Veidt était de nature à impressionner le jeune Louis qui n'était somme toute qu'un pourvoyeur de divertissement quand son interlocuteur, lui, pesait en ce bas monde. Mais loin d'être intimidé, le jeune français se savait intrigué : puisqu'il serait amené dans le futur à se frotter à cette faune en de multiples occasions, autant se familiariser dès maintenant aux prédateurs, pour mieux les distinguer des proies.
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Message posté : Jeu 19 Juin 2014 - 19:52 Message
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Portant à nouveau son verre à ses lèvres, Hans détourna le regard sur un mouvement de foule pendant un bref instant avant de revenir le poser sur le chef d’orchestre. Un mince sourire flotta tranquillement sur son visage. En douce mélodie, il avait l’agréable impression d’entendre les répliques moqueuses – bien que profondément admiratrices – de sa femme à son encontre. Oui, elle se serait bien moquée de lui. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, cet espèce de borné qu’elle surnommait affectueusement de raciste en musique, n’avait jamais eu un commentaire aimable à l’encontre d’un opéra non wagnérien et encore moins lorsque ce dernier était présenté hors frontières allemandes. Si les critiques du Veidt étaient toujours sévères et parfois peu agréables à entendre, son épouse avait probablement été la seule à déceler en elles pure jalousie et non véritable dégoût pour la musique en soi. Par honneur – et parce que c’était probablement tout ce qui lui restait de ses origines – Hans continuait de ne jurer que par l’opéra allemand au service de l’Allemagne. Cependant, en s’adressant à un pareil connaisseur, ses critiques n’étaient qu’avis personnel et aucunement un véritable jugement d’historien de la musique. Et c’est pour cette raison qu’il n’argumenta pas en contre sens à ce que le jeune homme avançait. Même s’il avait toujours admiré de loin l’art complexe de la musique, il savait pertinemment que ça n’était nullement son métier et avancer des théories non fondées ne lui servirait d’aucune manière. Comme lors des séances qu’il dirigeait, il préféra imposer un silence.

Comme en récompense, l’Allemand reçu une invitation bien surprenante qui lui fit suspendre son geste alors qu’il portait à nouveau son verre à ses lèvres. D’un trait fin, elles s’étirèrent, comme suspicieuses. Inclinant un instant la tête sur le côté, Hans enchaîna sans mentir. « Il y a bien longtemps que mes désirs n’influent plus sur mes actions, Monsieur d’Ax, mais que dirait la communauté allemande si elle entendait que je refusais pareille offre ? » En réalité, il n’en avait cure, de ce que quiconque pouvait bien penser de ses actes ou de ses pensées. Il s’était construit sur une base solide et celui qui détrônerait Veidt en règle générale n’était pas encore né. Des critiques, il en avait essuyées toute sa vie, même lorsque ses décisions permettaient d’offrir du travail à des centaines de personnes sans jamais en licencier. Dans un certain sens, Hans appréciait ces critiques malsaines, non par ce qu’elles souhaitaient véhiculer mais par leur incroyable coup de pub. Même si mauvaises langues, il y avait toujours quelqu’un pour parler de Veidt Entreprises et ça, ça n’avait pas de prix. Le jour où la société ne serait plus que silence, le vieux ne serait plus que cendres dans son cercueil depuis bien des ans. Il nota au passage les mots utilisés par le musicien pour décrire son métier. Convaincre, divertir et séduire. Si le divertissement n’était pas mêlé aux affaires du vieil homme, séduction et conviction étaient les moteurs les plus puissants de toute réussite. Mais il céda volontiers à la remarque de son voisin. Hans n’aimait pas particulièrement l’Italie, ou plutôt les italiens. Les villes, elles avaient quelque chose d’antique et de romantique qui compensait avec la désagréable manière du peuple de gesticuler comme des moulins en brassant du vent et de parler pour ne rien dire. Cette habituelle impression que donnaient les hommes à être tout le temps en vacances perturbait passablement l’Allemand qui était habitué à un cadre beaucoup plus sérieux et pour qui manger une ration de pâtes à quatre heures de l’après-midi relevait d’un manque de goût certain, suffisaient à comprendre pourquoi les italiens en règle générale n’aimaient guère – de par leur ignorance – l’opéra allemand. Mozart était venu dans leur sens, pour son propre bien et Hans ne pouvait le blâmer pour ça. N’avait-il pas lui-même fuit l’Allemagne avec sa famille pour permettre aux Veidt de survivre à la guerre ? Ils avaient fait le même choix. Servir un empereur qui n’était pas le leur. Servir l’Amérique pour mieux servir l’Allemagne. C’était sournois, mais le nordique en connaissait les raisons.

Nullement dérangé par le discours du français, Hans le laissa parler, en écoutant d’une oreille tout à fait attentive. C’était surprenant, ce que les gens aimaient à vous raconter alors qu’aucune question n’avait été posée. Son regard bleu fiché sur sa cible, l’Allemand haussa un sourcil aux reflets dorés. Le jeune homme était donc harpiste ? Pas banal. Baissant un instant le regard sur les mains de son voisin, il se prit à se demander combien ce dernier payait en assurance pour les protéger. A nouveau trahi par un sourire, Hans laissa échapper un rire de gorge. « Le publique est toujours homme exigeant. Et très friand de critiques. Une œuvre exécutée à la perfection fait frémir, semble irréelle, alors que si on lui trouve la moindre petite fissure, on finit par admettre que ce qui tient la baguette est humain. » Une nouvelle lampée avant de reprendre. « Et beaucoup s’imaginent que beauté rime avec perfection. D’ailleurs, si vous posez naïvement cette question à cette assemblée, ils vous répondront tous exactement la même chose : que la représentation était parfaite. Je répondrais en conséquence que si vous avez exécuté là votre plus brillante performance, un saut dans les canaux vous soulagerait de ce mal. » Il faisait référence au fait que si ce soir, d’Ax avait été au sommet de sa gloire, il avait meilleur temps de se pendre que d’attendre tristement la mort sans jamais espérer pouvoir aller plus haut qu'aujourd’hui.

Un nouveau sourire, bien plus carnassier. D’un léger signe de tête, Hans désigna son verre avant de reprendre moqueusement. « Tout comme vous, le travail. Loin de moi l’envie de faire le touriste dans cette ville. Les roses et les gondoles sont depuis longtemps synonymes de supercherie en ce qui me concerne. Il tourna la tête pour apercevoir le maire en question et ce dernier se retourna d’ailleurs comme en sentant le regard bleu posé sur lui. Il agita amicalement la main à l’adresse d’un Veidt qui n’accusa aucune réception de son geste avant de se retourner vers d’Ax. En réalité, Spinazza me doit bien plus qu’une place dans sa salle en loge VIP mais je refuse catégoriquement de prendre pied dans cette ville, alors nous y voyons là un quelconque arrangement à l’amiable. Et le vin y est délicieux. ». Que de cajoleries voilant à peine le non intérêt que portait Veidt au maire et au vin. Vin d’ailleurs, qu’il déposa à moitié fini sur le plateau du serveur aux cheveux de jais qui passait par là. Les deux mains à nouveau libres de mouvements, il pointa du doigt une porte dans le dos du jeune homme. « Si vous le voulez bien m’accompagner, nous serons plus à l’aise pour discuter dans mon honorable loge. » Il insista sur le « mon » totalement dérisoire. Chaque fois qu’il venait, on lui réservait la meilleure place et on interdisait à qui conque d’occuper la loge en sa compagnie même si trois personnes pouvaient aisément s’y tenir assises. Hans ne perdait pas espoir d’y voir un jour une présence souhaitée mais il n’était pas du genre à partager pour faire plaisir à autrui. Enfonçant ses deux mains dans ses poches de lin, il tourna le visage vers son voisin, crispant sa mâchoire par nerveuse habitude. « A moins, bien entendu que la compagnie des italiens vous soit plus agréable. » Il ponctua en baissant légèrement le menton avant de se diriger sans attendre de réponse jusqu’à la porte donnant sur un large couloir qui desservait les différents balcons et loges. Femmes de ménages en tenues réglementaires noires et blanches, s’affairaient à débarrasser les petits cocons de privacité de leurs innombrables roses. Il fut un temps où elles étaient au moins utilisées comme cadeau aux artistes en fin de représentation lorsque les spectateurs les lançaient sur scène mais désormais, l’habitude s’était perdue. Dépassant un groupe de femmes qui s’écarta sans mot dire, Hans ralentit le rythme en arrivant devant la porte sombre et en tira la poignée dorée. Par son geste, il manqua de faire passer par-dessus bord la malheureuse qui venait de sursauter en récupérant une rose sur la balustrade. Se retournant, elle s’excusa plusieurs fois en italien recevant un geste balayant de la main de Veidt. Elle fourra dans ses bras un gigantesque bouquet avant de ressortir pour laisser place au visiteur qui s’avança jusqu’au bord. Il entendit que le jeune homme l’avait rejoint. D’un doigt fin, il indiqua le contre bas. « Depuis ici, votre monde semble appartenir aux profondeurs abyssales et le son qui en émane s’en retrouve amplifié. Il montrait du doigt la fosse de l’orchestre qu’on distinguait uniquement depuis les plus hautes rangées des balcons. Regarder l’orchestre est en réalité bien plus attrayant que l’opéra en lui-même. Le chanteur n’est qu’acteur d’un personnage bien défini alors que vous autres, en bas, êtes vous-même et l’effort qui se mélange au plaisir lorsque vous jouez est incroyablement discret sur votre visage. A croire que c’est vous qui donnez vie à ce qui se passe sur scène. » Se redressant, et s’éloignant du bord, Hans prit place dans l’un des très agréables fauteuils sombres disposés là. Les jambes croisées, les paumes en coupe par-dessus ses accoudoirs, il garda le silence pendant plusieurs secondes avant de demander finalement, le menton légèrement rentré. « Spinazza m’indiquait avant que vous n’arriviez jusqu’à nous, que vous participerez dans quelques mois, au 800ème anniversaire de la ville de Dresde, lors des diverses représentations musicales qu’il y aura en plein air. Aurais-je mal interprété son crachat de mots ? » A nouveau, un sourcil s’était redressé.
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Message posté : Jeu 19 Juin 2014 - 23:51 Message
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De Principatibus

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ϟ Métier : Fondateur et patron secret de la Rose des vents ; propriétaire de Fragonard - Parfums et cosmétiques ; propriétaire du Jardin du Dragon
ϟ Réputation : Niveau 6
ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
ϟ Pouvoirs : ♦️ Dragon (Ω)
♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
♦️ Failles dimensionnelles (I)

♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
ϟ Liens Rapides :     


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Louis peinait à croire son interlocuteur, persuadé qu'il était que si ce n'est le désir qui motive les actions de l'homme, ce sont ses intérêts. Or ceux-ci n'étaient à ces yeux que l'écume de désirs rationalisés. Il lui était donc difficile de prendre au mot Hans qui disait ne plus suivre ses désirs depuis longtemps. Il ne les suivait sans doute pas aveuglément, mais était-il homme à ne suivre que ses besoins et à vivre dans l'ascèse permanente ? Si c'était le cas à son âge, Louis se voyait partagé entre l'admiration et l'étonnement, ne sachant s'il devait y voir une grande maîtrise de soi ou une inclination particulière pour l'ingratitude. Mais c'était oublier que son interlocuteur était allemand, et comme le disait un auteur français particulièrement peu suspect de germanophilie, « l'allemand chante juste mais pense faux. » Ce n'était pourtant pas toujours le cas de Hans, comme en témoignèrent ses propos sur le public que Louis savait capricieux.  « N'en parlez à personne, mais j'ai toujours rêvé d'un bain dans la lagune vénitienne. » Malheureusement, il n'avait pas pris le soin d'enfiler sous le frac son maillot de bain. Mutatis mutandis, il n'était pas persuadé que ces eaux qui caressaient les quais de Venise étaient propre à la baignade ou à la nage. Et contrairement à certains membres du public qui diraient à qui voudraient les entendre qu'ils avaient assisté à un concert parfait, Louis avait noté plusieurs imperfections et autres coquilles durant la représentation, qu'il ne manquerait pas de rappeler plus tard aux musiciens avant les prochaines dates prévues à la Fenice. Louis ne croyait pas à la perfection, ni même à sa valeur artistique. La partition est une œuvre figée, mais son interprétation offrait mille et une possibilités, ce qui faisait de la musique une matière si noble et si vivante. Karajan n'aurait certainement pas dirigé l'orchestre comme d'Ax le fit ce soir, et le public aurait applaudi pour des raisons différentes les prestations de l'un et de l'autre. Et la semaine prochaine, la même œuvre présentée une deuxième fois se lesterait d'erreurs nouvelles tandis que celles de la première se verraient corrigées. Ainsi s'imposait les règles d'un jeu vieux de plusieurs siècles. Hans évoqua les raisons de sa présence à Venise, ainsi qu'un dédain manifeste pour les splendeurs d'Italie. Il y avait plus à Venise que de beaux rosiers et d'insolentes gondoles, mais Louis n'était pas d'humeur à faire la promotion des secrets de la ville des Doges. Ce n'était d'ailleurs pas son métier, pourquoi aurait-il perdu son temps en vaine propagande culturelle ? Mais les plus belles choses de ce monde avaient souvent les dehors de la supercherie et Louis se refusait à croire que le vieil allemand eût l'âme trop sèche pour y être insensible. Lui, jeune français, tombait de bon cœur sous le coup de l'indignation d'un Vauvenargues étonné que la légèreté du Français le poussât à se rendre à Venise pour y voir des gondoles.

Louis goûtait fort cette légèreté qui disputait l'empire de son cœur à la discipline et au sérieux qu'exigeait sa profession et qu'il s'imposait comme les moines bénédictins s'imposaient la retraite spirituelle.  « Eh bien, puisque les italiens ont moins d'esprit que leur langue nationale, je vous suis. » Ils seraient en effet plus à leur aise pour bavarder dans la loge de monsieur Veidt. Ce dernier, Louis l'avait compris, ne venait à Venise qu'à fin de mener ses affaires, et de parader. Louis suivit Hans et s'il ne dit mot sur le trajet, il n'en apprit pas moins sur lui, car à son comportement il découvrit quelque chose qui fut très important pour éclairer le personnage de ce vieil ami de l'opéra en langue allemande. Son attitude à l'égard de la femme de ménage trahissait un tempérament qu'on aurait pu croire d'un autre temps, et peut-être Hans appartenait-il par son âge à une autre époque. Peut-être même ce geste trahissait-il l'arrogance de sa position sociale. Était-il né dans ces eaux où tous reconnaissaient en lui un requin intraitable ? Louis se tut, il n'intervint pas, trop curieux qu'il était de comprendre cette posture de mépris à l'égard de la malheureuse. Il n'y avait pas seulement de l'arrogance dans le geste de Hans, il y avait aussi du mépris et Louis le percevait comme inscrit dans le sang du vieil homme. Une fois dans la loge, Louis choisit de laisser l'événement à l'oubli. Il se sentait finalement peu concerné par le sort que réservait monsieur Veidt au petit personnel, mais sa curiosité n'en était pas moins grande. Les yeux plongés sur la scène en contre-bas, ainsi que sur l'orchestre et le reste de la salle, Louis crut redécouvrir ce qu'il connaissait pourtant déjà, mais de l'intérieur. C'était un point de vue qu'il n'avait pas souvent l'occasion d'adopter, puisqu'il n'allait somme toute que rarement à l'opéra, sinon pour en diriger les différentes représentations. Il se jura d'y remédier et d'honorer certains de ses confrères d'une présence amicale et complice lors de prochains concerts. Louis entendit les remarques de son interlocuteur et y souscrivit avec toutefois quelques nuances.  « Il est vrai que les acteurs doivent se désincarner eux-mêmes pour mieux s'approprier le rôle qu'ils doivent jouer, n'en déplaise à ces américains qui croient qu'il faut avoir déjà tué quelqu'un pour jouer au mieux un meurtrier. Et vous avez raison, les musiciens n'ont droit à aucune erreur quand les acteurs, sur scène, peuvent travestir leurs fausses notes par le secours d'une pirouette scénographique. »

Et Hans disait vrai, sans son chef, l'orchestre n'était qu'un bateau privé de capitaine à la dérive en pleine tempête. Donner vie à la représentation, accomplir l'impossible harmonie de tous les musiciens, des acteurs et du décor, le chef était fils de Japet, à la manière d'Atlas, car pesait sur lui le poids terrible d'une responsabilité grandiose. Louis s'étonnait du discours d'ignare des faux penseurs de la musique qui questionnaient à tout rompre le rôle et l'utilité du chef d'orchestre. Il s'étonnait plus encore d'entendre la profession taxée de paresse fainéante. Qu'ils agitent donc les bras et les mains dans le respect de règles d'une précision absolue pendant plusieurs heures, ces crétins ! Ils comprendraient alors toute la bêtise de leur affirmation. Hans ne le pouvait peut-être percevoir, mais le corps de Louis était fatigué d'une représentation très active, et il ne devait de bien paraître qu'au très court réajustement qu'il opéra juste avant de rejoindre la réception.  « L'orchestre sans son chef serait un chaos sans nom. Mon professeur à la Sorbonne disait de la musique qu'elle est le Verbe de Dieu, et que nous autres chefs n'en sommes que les bouches. Sans bouche, la parole n'est que bruit, l'ennemi même de sa nature. » Car le silence protège la parole quand le bruit la détruit. Mais la question concernant Dresde tira Louis du gouffre d'une réflexion philosophique qu'il aurait volontiers mené mais qui risquait fort d'ennuyer l'esprit sec de l'allemand.  « Le maire vous a dit la vérité. Je participerai à ces festivités. Concerts en plein air, dans la cathédrale de la Sainte-Trinité, au Zwinger, et même au palais Brühl. » Pour quelques morceaux choisis de Lohengrin, entre autres.
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Message posté : Mer 2 Juil 2014 - 19:30 Message
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La réplique ironique de d’Ax avait arraché un sourire amusé au vieil homme. Sourire bien vite disparut pour être remplacé par ce visage toujours aussi impassible en dehors du muscle crispé de la mâchoire. Hans ne s’en rendait même plus compte, à quel point il était complètement imperméable à bien des petits plaisirs de la vie. Rire à gorge déployée par exemple ne lui était arrivé qu’une seule fois en presque trente années et l’occasion avait été si exceptionnelle qu’une deuxième tentative ne saurait être couronnée de succès.

La critique ouverte de d’Ax sur les américains ne manqua pas au vieil homme qui fut heureux de constater qu’encore aujourd’hui en Europe, on ne partageait pas les mêmes concepts artistiques avec le nouveau Continent. Il se garda bien de dire au jeune homme qu’il n’avait d’allemand que le nom. Les occasions étaient rares ; dans le monde dans lequel évoluait le vieil homme, on le considérait comme un requin intraitable, un américain dans toute sa splendeur, digne des traders. S’il n’était pas l’homme à détrôner du marché mondial de l’armement, il était l’homme à qui il fallait serrer la main d’entrée de jeu pour pouvoir entrer dans ses bonnes grâces. Très pénible, en fin de compte. Cependant, contrairement à certains de ses confrères, Hans avait fait le choix de prendre la suite de son père dans l’entreprise familiale et tout ce qu’il entreprenait en son nom, il le faisait en pleine connaissance de cause. Il ne parlait jamais de regret lorsqu’on le questionnait sur son train de vie, uniquement de choix qu’il fallait assumer. Après presque quarante années consécutives à faire grandir l’entreprise, il devait être bien l’un des seuls en son sein à toujours s’y sentir bien et trouver un inépuisable moyen de se renouveler sans jamais sombrer dans une routine monotone.

Cependant, en face du jeune français et sur le sol de cette bonne vieille Europe, il avait l’impression de percevoir ce qu’il aurait pu devenir si son paternel n’avait pas quitté précipitamment l’Allemagne en 41. En acceptant le fait que l’Allemagne perde également la guerre dans ce futur-là. Sans quitter des yeux le chef d’orchestre, le vieil homme se perdit dans de lointains souvenirs. C’était dans ces moments-là, qu’une infime partie de lui-même lui hurlait de tout lâcher, de laisser complètement l’entreprise à son fils et de se retirer en Allemagne pour finir ses jours comme il l’avait toujours souhaité. Dans ces moments-là que la mort de sa femme était véritablement quelque chose de douloureux et de pénible à accepter. Et c’était à cause de ces derniers qu’il n’en était que plus convaincu qu’il devait poursuivre sa voie au sein de l’entreprise et ne jamais rien lâcher. « "Ces américains"… et que faîtes-vous des immigrés qui se prétendent l’être, sont-ils eux aussi doués pour la comédie ? » Acceptant pleinement le confort de cette discussion courtoise avec son voisin, il ne put retenir sa curiosité et son envie d’en apprendre d’avantage sur le personnage assis en face de lui. Personnage qu’il appréciait déjà pour de nombreuses raisons d’ailleurs.

Repliant un bras, il appuya sa joue dans sa paume ouverte. C’était étrange, le bien que ça procurait de profiter de quelques instants de pleine tranquillité, loin du monde stéréotypé de la société moderne. Si le XXème siècle avait été dépassé, les deux hommes parlaient pourtant de principes remontant à bien plus en arrière et hormis leurs vêtements, rien ne les rattachaient à ce siècle en pleine évolution. Encore quelques minutes à savourer une quiétude bien souvent écorchée par le devoir quotidien. Le jeune d’Ax ne semblait pas encore souffrir de l’emprise de la société au même point que le vieil homme, du moins Hans ne le percevait pas. Le bonheur de la jeunesse. Il se rappela la sommaire description qu’on lui avait faite du chef d’orchestre ; jeune marié. Ce qui résumait en soit pas mal de choses. Il ne portait plus son alliance, l’ayant rangée avec celle de son épouse et les diapositives qu’il lui restait d’elle. Pourtant il se souvenait encore du goût suave qu’avait l’époque de son mariage et du bonheur palpable qu’ils partageaient alors tous deux. Réprimant un sourire, il se rappela une interview qu’il avait eue quelques années en arrière où on lui avait demandé s’il ne comptait pas se remarier. Il avait répondu qu’il y avait déjà une femme dans sa vie qui portait son nom. Et qu’elle avait des succursales jusqu’en Chine. Le vieil homme n’avait jamais exposé sa vie privée aux journaux combien même son entreprise était familiale. Mais son côté étrangement normal en la matière de couple avait fini par lasser terriblement les journalistes qui cherchaient absolument un moyen de trouver une faille en cet homme et comme il ne pouvait la trouver sur le domaine publique, ils espéraient apprendre que sa vie privée était un échec cuisant. Pourtant, même s’il ne pouvait nier que depuis quelques années, travailler avec son propre fils était devenu d’un pénible insupportable on ne pouvait lui imputer de passer ses nuits dehors à roucouler aux bras de demoiselles découvertes ou de déambuler complètement ivre sur la chaussée. Non, le vieil homme était complètement clean de ce côté-là. Pour le reste de ses activités nocturnes, il était le seul à les connaître et bien heureusement, la presse ni sa famille n’avait encore mis le nez dessus alors qu’il trempait dans des eaux sombres depuis passé quarante longues années.

Il reporta toute son attention sur d’Ax. « Il est donc convenable de dire que les musiciens sont tributaires même de ce cher culte de la perfection. Et pourtant, tout comme les danseurs, ils n’hésitent pas à sacrifier leur propre corps au service de l’art qu’ils exercent alors que les acteurs se résument à d’éternels pantins récitant un texte dont ils comprennent à peine le sens. » C’était ainsi fait. Hans Veidt était programmé pour la critique. L’entendre dire du bien d’une pièce s’il ne le pensait pas était tout bonnement impossible. Son honnêteté blessait souvent mais c’était elle qui offrait également la meilleure évolution pour ceux qui prenaient le temps d’écouter ses piques. « Je peux bien vous le dire, à vous, mais en réalité je ne regarde que très rarement ce qui se passe sur scène lorsque je viens à l’opéra. Je trouve le son bien plus éloquent que le visuel qui découle d’une volonté fantaisiste du metteur en scène. Il m’est arrivé bien plus d’une fois de fermer les yeux et d’imposer à mon esprit ma représentation graphique du spectacle. Cela me permet de profiter pleinement de la composition sonore en évitant d’être pollué visuellement. » Il retira sa paume de son visage, en écoutant attentivement la suite des explications de son voisin sur ce que pouvait bien représenter la musique pour lui. Même si Hans comprenait la liaison qu’on faisait entre la musique et la religion, tout comme l’architecture monumentale et le culte du tout puissant, il n’y trouvait pas un lien si fort que semblait le décrire le jeune homme. Certes, l’homme avait un éternel besoin de rapporter sa vie au Seigneur comme pour en donner une justification plus profonde et apporter des vérités qu’il ne pouvait trouver ailleurs, mais obligatoirement rapporter le beau et le grandiose à la gloire de Dieu n’avait pas de sens pour le chrétien d’adoption juive. Car pour lui, ça n’était pas Dieu ou peu importait son nom qui permettait à l’homme de s’élever mais l’esprit de compétition. Le vieil homme arqua un sourcil, légèrement surpris. Surpris d’avoir compris le Maire d’une part et de l’autre, que ce crétin d’italien ait dit la vérité. Ce qui était certain, c’est que le Maire ne connaissait pas le lieu d’origine de Hans et qu’il lui ait balancé avec autant de fierté que le jeune prodige du soir allait séjourner en Allemagne pour fêter la ville que ça en devenait louche. Pourtant, l’allemand ne pouvait croire que le vieil italien soit assez perspicace pour faire un lien quelconque entre l’américain vendeur d’arme et l’allemand passionné de tragédies. Il fallait avouer que Veidt ne parlait pratiquement jamais en français, sachant parfaitement que cette langue trahissait au moindre mot son appartenance Européenne. Peut-être avait-il fait une erreur en dévoilant ainsi une partie de lui-même au jeune français mais son instinct semblait lui crier que le jeune homme ne ferait rien à son encontre. Du moins, pas en déballant publiquement ses origines. « Voilà qui est navrant. Je m’étais fait à l’idée de ne jamais retourner sur les terres de mes ancêtres mais vous venez de me donner une très bonne raison d’agir contre mes principes désuets. » Il avait véritablement promis à son épouse qu’il n’y retournerait que pour des raisons familiales mais après trente années loin de la personne qui le complétait de bien des manières, il ne pouvait encore se raccrocher à sa mémoire sans être un minimum critique. S’il avait trouvé normal de ne pas y retourner jusqu’à aujourd’hui, c’était probablement plus pour protéger son entreprise que pour se tenir à des prières remontant à des décennies passées. « Aimez-vous l’histoire, Monsieur d’Ax ? » Sans lui laisser le temps de répondre, el vieil homme se pencha légèrement en avant afin de sortir de sa poche intérieure de veste ce qui s’apparentait à un petit carnet d’esquisses. L’ouvrant, il en extirpa une série de photographies noir blanc qu’il regarda un instant avant de les tendre à son voisin. « La qualité est incroyablement conservée. Les originaux sont d’anciens négatifs à peine plus grands qu’un pouce mais avec l’argent, il semblerait que tout soit possible. C’est ce qui restait de la ville, lorsque j’y suis retourné après la guerre. Vous serez agréablement surpris de voir à quel point le peuple allemand est capable de se relever de ses cendres. » Jeu de mot, en référence à la salle dans laquelle ils se tenaient tous deux. Hans décroisa les jambes, pour changer la jambe qui reposait sur son genou. Puis d’enchaîner. « A quelle ville va votre préférence dans ce monde en constante évolution ? Je me suis laisser entendre dire que vous autres français aviez la fâcheuse habitude de toujours critiquer les endroits que vous visitiez à partir du moment où ils n’appartiennent pas à votre mère patrie. Aurais-je été mal renseigné ? »
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Message posté : Mer 2 Juil 2014 - 21:32 Message
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ϟ Âge : 29
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ϟ Date de Naissance : 19/09/1989
ϟ Arrivée à Star City : 25/04/2014
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ϟ Nombre de Messages RP : 904
ϟ Crédits : Hedgekey
ϟ Célébrité : Francisco Lachowski
ϟ Âge du Personnage : Antédiluvien
ϟ Statut : /
ϟ Métier : Fondateur et patron secret de la Rose des vents ; propriétaire de Fragonard - Parfums et cosmétiques ; propriétaire du Jardin du Dragon
ϟ Réputation : Niveau 6
ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
ϟ Pouvoirs : ♦️ Dragon (Ω)
♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
♦️ Failles dimensionnelles (I)

♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
ϟ Liens Rapides :     


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Louis ne comprit pas très bien la question de Hans dans un premier temps, puisqu'il avait une idée très précise des politiques américaines concernant les migrations et donc l'immigration. Mais il se dit qu'il parlait sans doute des communautés aux origines affichées qui coloraient le tableau sociologique de la population des États-Unis, si bien qu'il put mieux réfléchir à la réponse qu'il formulerait.  « Il faut avoir des qualités de bon comédien pour vivre aux États-Unis, vous ne croyez pas ? Stendhal écrivait déjà qu'en Amérique, toutes les passions convergent vers le culte du dollar. Je ne crois pas que les choses ont tant changé depuis le siècle du désenchantement européen... » Et cette convergence particulière avait paru à Louis, qui alla parfois aux États-Unis, comme une composante traversant toutes les structures sociales et même identitaires de la population du pays de Benjamin Franklin. Une main dans les cheveux de Louis vint tenter de les recoiffer, mais il n'y parvint guère. Il ne voyait guère quoi ajouter à ce sujet, sa connaissance des Américains étaient limitée par son âge et les quelques séjours qu'il y fit. Son compagnon de loge en savait certainement davantage sur eux et sur leur tempérament. La conversation s'allongea et se poursuivit et les confidences de l'allemand éveillèrent la curiosité de Louis. Venir à l'opéra et fermer les yeux ? L'idée pouvait paraître surprenante, mais dans les explications que fournissaient le vieil homme, Louis percevait des justifications d'une terrible pertinence. Hélas, l'histoire de l'Opéra et de la mise en scène s'accordaient avec ce qu'il décrivait. Aux origines, la création d'un opéra ne dissociait guère ni la rédaction du livret, ni la composition de la partition, ni l'organisation de la machinerie qui servirait au décor de l'intrigue. Ce fut, notamment au XVIIème siècle, l'occasion pour des machinistes dont les noms s'étaient aujourd'hui perdus dans les mémoires, d'accomplir de véritables prouesses techniques dont les trouvailles rayonnaient jusqu'à irriguer d'autres domaines de l'art, voire de la vie quotidienne, car ces scènes concentraient de grands moyens et servaient donc, en quelque sorte, de laboratoire technique. Avec le temps, toutefois, les œuvres s'accumulaient et se livraient aux programmateurs prêtes, presque clefs en mains, obligeant donc à concentrer la réflexion sur la seule mise en scène, crispation outrée qui malheureusement donnait trop souvent lieu à des absurdités qu'on étiquetait à loisir du label de la « modernité », de l' « audace ». Louis se souvint d'un concert qu'il avait vu à Berlin au début des années 2000, avec pour parti pris de mise en scène la nudité intégrale du décor... et des chanteurs. La sottise qui se déguise peut emprunter la robe du courage, elle n'en demeure pas moins sottise. La critique officielle, évidemment dithyrambique, avait applaudi et interprété le rejet du public comme la preuve que le metteur en scène était un « véritable artiste, au service de son Art. »

 « Je comprends et à au risque de vous surprendre, j'approuve votre position. Certains metteurs en scène oublient trop souvent que l'Art pour l'Art convient aux alcôves et au quant-à-soi, mais est-il vraiment adapté à la scène, au divertissement ? Je ne le crois pas, et je me refuserai toujours de m'abriter derrière les rideaux d'une métaphysique de l'art que je ne comprends pas. À mes yeux, la musique, l'opéra, l'art en général, se doit de servir le public, de l'élever par les sujets traités, c'est il me semble ce qu'on appelle catharsis. Mais l'habillage, les mélodies, les rythmes, le décor... tout cela doit rester accessible, plaisant, charmant, et j'ose le dire, tout élitisme est une faute. Il faut s'en préserver tout comme il faut se tenir loin du vulgaire. Mais on ne peut prétendre à un Art qui éduque s'il se pare de ces oripeaux qui le rendent illisible. Alors oui, fermer les yeux à l'opéra, de nos jours, c'est souvent ce qui sauve la qualité d'une œuvre, et je le conseille à tous ceux qui vont voir un concert qu'un metteur en scène trop gonflé de lui-même défigurera au scalpel de ses ridicules audaces. L'opéra est un art profane, il doit le rester, seules les voies du seigneur doivent demeurer impénétrables. » Louis parlait sans s'énerver mais à l'entendre, il était simple de deviner que le sujet le touchait au vif et au clair. Mais il avait dit les derniers mots en ricanant un peu : après tout, plusieurs siècles avaient été nécessaires à la mise au pas du religieux dans l'art en Europe, il y avait de quoi s'étonner de constater que ceux-là mêmes qui se répandaient en sacrilège autrefois faisaient de l'Art, concept creux, un totem, un fétiche, le nouvel objet d'un culte aveugle et sourd. Louis, comme souvent, se refusait à tous les dogmatismes.

Le dialogue s'ouvrit sur un nouveau sujet, et Louis apprit de sa propre bouche que l'Allemagne était la terre des ancêtres de Hans, ce qui ne l'étonna point, eu égard aux paroles qu'ils avaient déjà échangées un peu plus tôt. Le jeune français ne comprit pas toutefois ce que l'autre désignait quand il évoquait les « principes désuets », ni même pourquoi il s'était dans un premier temps fait à l'idée de ne jamais revenir au pays de Goethe, qui n'était d'ailleurs pas encore l'Allemagne - mais plutôt le Saint-Empire, ce qui n'avait à cette époque plus guère de sens. Hans lui demanda s'il aimait l'histoire, mais ne lui laissa guère le temps de répondre aussitôt. Louis d'ailleurs s'interrogea, en écho. Il aimait l'histoire, oui, il avait d'ailleurs du mal à comprendre qu'on pût ne pas s'y intéresser, fût-ce a minima. Pour ce qui le concernait, il avait beaucoup appris de son art, la musique, en lisant des livres d'histoire s'y rapportant. Sans Mazarin, point d'opéra en France. Sans Joseph II, Mozart ne sera pas considéré comme le maître de l'opéra classique. Tout se traversait, en quelque sorte, ce qui rendait la discipline si intéressante et si terrible à la fois, comme une maîtresse aux cent bouches et aux cent bras. Louis saisit respectueuse les photographies, de toute évidence âgées, qui lui tendait son voisin. Il avait raison de souligner l'étonnante conservation de la qualité des images. Voir ces images de la ville de Dresde rappela au cœur de Louis que l'histoire n'était nullement l'affaire des bons et des méchants, mais bien le récit des vaincus et des vainqueurs.  « Je ne vous le fais pas dire, la Florence de l'Elbe s'est relevée avec toute sa majesté d'antan. Caen, en France, ne peut en dire de même. » Louis observa bien toutes les photographies et en admira le grain. Il rendit finalement le tout à son voisin et répondit à sa dernière question, non sans sourire à la remarque amusante de Hans qui épinglait l'orgueil boursouflé des Français. « Ce qu'il faut savoir du Français, c'est qu'il lui semble naître au Paradis, si bien qu'il ne peut qu'en concevoir une haute opinion. Touchez-y, et vous l'aurez sur le dos. Souillez le jardin, il viendra vous chercher des noises. C'est ainsi, il faut le savoir et s'en amuser, mais il n'y a que les Français pour s'amuser de tout, car c'est ce que nous faisons de mieux, rire, ce qui explique d'ailleurs ces brûlures d'estomac qui frappent le pays chaque fois qu'on tente d'attaquer les manifestations de son bel esprit. » Louis aurait à ce sujet mille et une choses à dire mais la question de l'allemand était précise. « Je vais être beau joueur, et vous parler des villes étrangères qui ont su me conquérir le cœur. Venise, où nous sommes, mais moins dans ce que j'en ai vu que dans ce que j'en ai lu. L'écrin me paraît... victime de son succès, de nos jours. Prague, dans un tout autre style, où j'ai fait de bien belles promenades. Dubovnik, plus discrète, plus sobre, mais qui sait dévoiler ses trésors. Istanbul, comment l'oublier ? C'est mon goût très français pour l'Orient, il faut me pardonner. Je me souviens aussi d'un festival dans les rues de Munich, c'est une bien belle ville, qui mérite mention dans cette liste. » Et il ne le disait pas uniquement parce qu'il la visita l'année passée aux bras d'une dame fort charmante de la maison de Wittelsbach. « Je ne saurais choisir, cependant, car je n'ai pas le caractère d'un citadin... »
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Message posté : Lun 1 Sep 2014 - 11:10 Message
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Il fallait avouer que ce jeune homme ne manquait pas de jouer dans la finesse. Autant avec ses mots autant que précédemment lorsqu’il exécutait des mouvements précis et fluides au-devant de l’orchestre. Hans réprima à peine un sourire en écoutant les réponses – probablement sincères – qu’il recevait de la part de son interlocuteur et se félicita de l’avoir un instant écarté de la foule pour profiter d’une discussion. Il s’étonnait qu’on ne soit pas encore venu tous deux les déloger d’ici mais se raisonna en calculant qu’il ne devait y être que depuis une dizaine de minutes et que la sécurité mettait toujours un quart d’heure avant de se rendre compte de quelque chose. Ils ne leur restaient que l’équivalent en discussion avant qu’on ne les retrouve. Rien de bien méchant à cela d’ailleurs, il leur sera juste bien poliment demandé de retourner dans le hall pour qu’ils ne se retrouvent pas enfermés à l’intérieur de la salle une nuit durant. Inclinant la tête en avant pour confirmer les dires de son voisin, il ne tenta pas de répondre quelque chose. Après tout, tout était vrai. Il savait tout aussi bien jouer son rôle que n’importe lequel des citoyens américains. C’était la seule alternative pour se fondre dans la masse. Et le français l’avait vite compris. Par la suite, lorsque le sujet s’en retourna à la plastique de l’opéra, à la mise en scène, le jeune homme argumenta en surprenant le vieil homme qui s’était presque – bêtement – attendu à trouver en face de lui quelqu’un qui se serait senti vexé par sa précédente réflexion en justifiant que venir à l’opéra si ce n’était pour voir la mise en scène n’avait aucun sens. Mais à nouveau, même si le français avait pratiquement trois fois moins d’âge que l’allemand, il semblait avoir plus d’un pied d’avance en ce qui concernait la musique. Chose normale somme toute. A chacun son métier. Si Hans était largement surpassé avec ses maigres connaissances de passionné en ce qui concernait le domaine musical, ils devaient se trouver en position inverse en ce qui concernait l’armement. Quoi que de nos jours, il ne fallait jamais se fier de rien en ce qui concernait un jeune prodige. Laissant ses pensées vagabonder et détaillant discrètement le jeune du regard, il en arriva à la conclusion qu’il ne devait pas y avoir que la musique dans sa vie. Un petit quelque chose, la manière d’être ou sa rapidité d’esprit. Il ne pouvait croire que d’Ax utilisait le tout uniquement pour manipuler sa baguette. Mais il pouvait entièrement se tromper. Ça serait bien la première fois mais ça n’était pas improbable.

Hans ne fit aucune remarque sur le Seigneur dont parlais D’Ax. Le jeune français ne le savait probablement pas, mais le vieil homme était juif. Du moins, autant qu’il était américain. Pourtant, il jouait son rôle et ne rentrait jamais dans un discours religieux ne souhaitant pas démontrer qu’il n’était en aucun cas digne de faire partie de la communauté juive de Star City. C’était assez égoïste de leur part d’ailleurs, quand on savait combien la famille Veidt fournissait à cette communauté – en or comme en richesse artistique – dans le seul but que d’éventuels fouineurs ne viennent pas les déloger. Il ne fit également aucune remarque lorsque son jeune interlocuteur exposa les faits concernant Caen. En ce qui concernait la France, Hans se contentait en général de dire que c’était « un mal nécessaire à ce pays ». S’il lui était possible d’échanger des propos tout à fait amicaux avec son voisin du vieux Continent désormais, il en aurait été tout autre lors de sa naissance. Ça ne se lisait plus sur son front et il avait largement dépassé ce stade mais autrefois, il avait tout bonnement hait au plus haut point tout peuple qui avait contribué à la chute de l’Allemagne. Pourtant, la guerre était bien loin désormais et elle avait permis à l’organisation que servait Hans de s’infiltrer pratiquement sur la planète entière.

Il récupéra les photographies et dut se retenir de baisser les yeux pour se replonger dans ses lointains souvenirs. Il n’était pas homme de regrets ni même d’un tempérament nostalgique mais son esprit n’avait de cesse de lui rappeler que cette période – aussi rude qu’elle ait été pour les hommes – avait été la meilleure de son existence. Avec une certaine tendresse, il rangea soigneusement le petit objet dans sa poche et reporta son attention sur D’Ax avant de dévier le regard sur le décor et de rester songeur. Il reporta bien vite son regard sur son voisin lorsqu’il reçut avec plaisir la pique ironique de ce dernier. Il ne put qu’incliner la tête en masquant un sourire.

« Ma foi, vous conviendrez qu’il n’est pas habituel de faire face à un français possédant autant de sens critique. Je peux bien me moquer mais vu votre honnêteté je me dois de répondre avec autant de sincérité. Je me plais à critiquer vos compatriotes mais les miens ne sont guère mieux. Nous posséderions une certaine inaptitude à abandonner même lorsque la situation est on ne peut plus désespérée. » Il esquissa un léger sourire. Il en était la preuve vivante. Il y avait bien d’autres défauts – ou qualités – caractéristiques du peuple allemand et les français ne s’étaient pas abstenus de les parodier à la sortie de la guerre. C’était des plus légitimes. Ces deux grandes puissances en étaient venues aux mains et elles en récoltaient encore les fruits aujourd’hui. Si les principes du Veidt étaient d’un autre temps, il avait évolué contrairement à certains excentriques de son pays natal. Il n’était pas rare de voir dans les faits divers que des « néo-nazis » avaient fait des ravages ou qu’un allemand s’était fait massacré par le simple fait d’être allemand. Le vieil homme avait ces querelles en horreur mais il n’y pouvait que peu de chose. La société en règle générale allait complètement de travers. Les rancœurs des grands-parents devenaient celles des petits-fils et la guerre ne cessait de se perpétuer. A croire que le sang était plus fort que tout le reste. Il écouta attentivement la suite du récit, tantôt en inclinant la tête sur le côté en se remémorant ses propres visites, tantôt en se disant qu’il devrait un jour songer à y mettre les pieds. En réalité, le vieil homme n’avait parcouru que très peu de villes et la plupart se situaient en Europe. A plusieurs reprises, il s’était rendue en Chine pour affaires mais n’avait jamais trouvé quelque chose d’agréable à y faire. Il aimait l’authentique des vieilles villes d’Europe. Surtout celles d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Ces trois pays étaient assez proches, finalement, dans leur passé architectural. La France regorgeait de beaucoup de bijoux cachés mais en dehors de Paris – qu’il trouvait trop arrogante – il n’avait guère eu la chance de la parcourir. Un sourire amusé au coin des lèvres, le vieil homme modifia sa position sur le cuir confortable des chaises de la loge avant de répondre à son voisin qui venait de laisser un sujet en suspens. Mais alors que le premier mot franchissait ses lèvres, on tambourina nerveusement – ou plutôt avec beaucoup d’entrain- contre le panneau de bois qui les séparaient du couloir. Hans arqua un sourcil étonné par cette interruption mal venue mais reconnut bien vite le timbre chaud qui s’adressait à lui depuis l’autre côté.

_Veidt… vous feriez mieux de revenir dans la grande salle.

Secouant la tête de droite à gauche, un sourire amusé aux lèvres, le vieil homme ne bougea pas d’un cil. Reportant son attention sur son voisin il lui expliqua la situation. Gustavo, qu’il présenta comme son chauffeur – même s’il était largement plus que cela- semblait visiblement désireux d’écourter la soirée de son patron. Ce que Hans n’entendait bien évidemment pas de cette oreille. Le chilien, ayant entendu les propos de son patron de l’autre côté de la porte pénétra dans la pièce sans que la permission lui soit donnée. D’une cinquantaine d’années, il n’avait rien d’un homme poli et particulièrement charmant même si son patron le décrivait comme tel. Un béret enfoncé sur le crane, on ne voyait de lui que des yeux sombres ainsi qu’une moustache et un bouc grisonnant. Une très vieille cicatrice lui étirait la joue droite.

_Ouais et bien si ça ne vous gêne pas, j’aimerai bien avoir encore du travail demain. (il marqua une pause avant de reprendre en saluant du chef l’homme qui faisait face à son patron) Il y a la polizia qui vient de rameuter tout le monde dans le hall principal. Pour une histoire de pièce volée dans l’enceinte.

Hans tourna son visage vers son plus proche ami et l’interrogea du regard. Le chilien se contenta d’hausser les épaules. Il n’en savait absolument pas plus. En poussant un long soupire, le vieil homme dut se résoudre à la raison et proposa donc à d’Ax de bel et bien s’en retourner dans la foule. Gustavo se posta à l’extérieur et laissa quelques instants de plus à son patron qui en profita pour remercier le français pour cette agréable discussion et proposa qu’ils se retrouvent lors du festival allemand si le destin le leurs permettait. Serrant la main de son voisin, il sortit de la petite pièce. Il n’allait pas partir en courant comme un voleur et planter là le chef d’orchestre mais ne sachant pas ce qui les attendait dans la grande salle, il préféra le saluer et lui témoigner sa gratitude avant que la chose ne soit plus possible. Gustavo laissa passer les deux hommes et ferma la marche. Finalement, le chilien avait bien fait d’arriver en avance avec la voiture pour récupérer son boss.

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Message posté : Mar 2 Sep 2014 - 1:29 Message
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L'observation que fit Hans sur le peuple allemand ne manqua pas d'arracher à Louis un sourire compatissant, ou complice. Il connaissait quelques allemands, pour la plupart de son âge, mais aucun n'avait la stature de son compagnon de loge. Toutefois, depuis le temps, il avait appris à reconnaître certains traits propres à la germanosphère – puisqu'il était indigne désormais de parler de la race germaine. Ainsi par exemple, il avait découvert avec plaisir que les Allemands tiennent table pour faire bonne chère quand les Français le font aussi pour réunir des personnes qui se conviennent. Par ailleurs, si les Français ont le tort de mettre dans leurs livres ce qui ne sied qu'à la conversation, les Allemands ont eux le travers contraire, et comblent leurs conversations de ce qui ne peut convenir qu'aux livres. Il l'avait notamment découvert lors d'un voyage en Souabe, terre des empereurs. Même quand il n'a plus d'idées en tête, le Français trouve à parler, tandis que l'Allemand a toujours sous le coude plus d'idées qu'il n'en sait exprimer. Les voyages de Louis l'en avaient persuadé : l'Allemand sait remplir le temps, le Français a le talent de le faire oublier. Ces comparaisons, nées de l'expérience et que Louis partageait avec certains auteurs férus de ces promenades à travers l'Europe qui firent la fortune de leur correspondance, Louis ne comptait pas en faire un étalage pompeux et vain. Ces réminiscences s'interrompirent toutefois quand Louis eut achevé sa tirade et quand à la porte, le reste du monde parut se manifester dans un tonnerre de coups frappés contre le bois. Il n'alla pas jusqu'à sursauter, mais ce tapage surprit Louis qui ne s'attendait pas à pareille intrusion dans leur tranquille conversation. Hans toutefois prit soin de lui expliquer la situation. Louis se garda d'intervenir entre le vieil homme et son chauffeur, conscient qu'il était préférable de demeurer en marge de la discussion, pour le moment au moins. Attentif, néanmoins, Louis s'inquiéta quand il entendit évoquer la présence des forces de l'ordre italiennes,  « Allons-y. » Ce fut tout ce que Louis répondit à la proposition des plus sages de monsieur Veidt : retourner à la lumière serait toujours plus préférable à l'ombre de cette loge qui ne les protégerait pas indéfiniment des regards scrupuleux et scrutateurs. « Mais je vous en prie, le plaisir est pour moi. Si vous pouvez venir à ce festival, je veillerai à ce que nous puissions nous revoir. » La politesse n'était pas seule à motiver ces propos, Louis avait trouvé ce soir une personnes des plus dignes de tenir avec lui une conversation intelligente, et l'enrichissement, s'il était mutuel, n'en demeurait pas moins agréable.

Quand Louis, Hans et le chilien furent enfin de retour parmi la foule qui se dirigeait vers le hall principal, le français s'inquiéta de voir tant de policiers déployés autour d'eux. De toute évidence, Gustavo ne plaisantait guère, l'affaire était sérieuse et les autorités ne prenaient aucun risque. Mais à quel propos ? Louis tendit l'oreille aux conversations qui, alentour, allaient bon train. D'abord infructueuse, cette méthode finit par porter ses fruits quand, rendu dans le grand hall qui ouvrait la Fenice, la foule s'était densifiait du fait de la réduction de l'espace. Plusieurs tableaux et autres objets de décoration manquaient dans certains salons et couloirs du bâtiment, ce qui suscitait bien des angoisses et autres anxiétés d'usage. Il n'était pas rare de voir d'ailleurs autour d'eux des personnes qui, à la hâte, vérifiaient leurs effets personnels ou réclamaient de pouvoir se rendre au vestiaire. « Hors de question », répétaient dans leur langue les policiers qui parquaient là tout le monde comme des chiens de berger l'auraient fait de vulgaires moutons. Cette situation, au mieux déplaisante, s'enrichit d'une nouveauté quand le maire de Venise, ahuri d'inquiétude, se précipita aux côtés de Louis pour l'abreuver de fraîches nouvelles – du moins le jeune homme l'espérait. Il dut malheureusement très rapidement se fier à l'évidence : le dépositaire des clefs de la ville n'avait aucun contrôle sur la situation, trop heureux de s'en remettre aux mains fermes des policiers déployés dans le bâtiment. Les questions de Louis fusèrent et les réponses du maire se précipitèrent hors de sa bouche qui tremblait piteusement. Plusieurs agents de sécurité avaient signalé divers vols dans l'opéra et, aussitôt avertis, la polizia avait fait « boucler le secteur » et « investir la Fenice ». Sans cesse le maire répétait que « personne ne devait sortir tant que le voleur n'aurait pas été attrapé » mais Louis se dit à part lui qu'il n'obtiendrait aucune information sûre de la part de cet homme qui, de toute évidence, fantasmait quelque peu la situation. De dépit, Louis se tourna vers Hans et son chauffeur, eux aussi dans le grand hall. « Probablement quelqu'un que la représentation a ennuyé et qui le fait savoir de bien vilaine façon. » Ces mots rieurs ne firent pas même sourire le maire de Venise qui, autour de lui, voyait s'écrouler tout un petit monde, comme les cartes d'un château sur une table branlante par temps de grand vent.

Sans s'émouvoir, Louis risqua une question à la cantonade, craignant qu'elle ne s'éteignît dans le néant de l'indifférence générale. Elle ne manquait pourtant pas d'intérêt à ses yeux :  « Et que devons-nous faire, pour le moment ? » Le premier citoyen de la cité lagunaire ne parut pas vouloir lui répondre dans un premier temps, il feignit même de n'avoir rien entendu. Il ne put se dérober car les yeux de Louis ne le quittaient pas, aussi finit-il par répondre qu'attendre était inévitable. Mais pour combien de temps ? Il n'aurait su le dire, ce qui provoqua en Louis des salves d'impatience qui ne demandaient qu'à rejaillir sur son mécontentement – pour mieux l'épanouir.  « Peut-être devriez-vous intervenir ? Nous méritons bien quelques informations, et tous ces gens attendent après vous... » Pourquoi Louis s'efforçait-il de tenir le discours de la raison auprès de cet homme qui n'était qu'une larve ? Il perdait son temps, certainement. De toute évidence, ce n'était pas du côté du maire que viendraient les nouveautés, à présent. Louis redoutait d'ailleurs les premières interventions d'un officier de police qui leur annoncerait peut-être qu'ils étaient coincés ici pour la nuit. Rien de tel pour finir une soirée en beauté ! C'était une première, d'ailleurs, pour lui. Conduire un opéra était une chose, assister à une réception mondaine en était une autre... mais se trouver coincer dans pareil lieu pour cause semblable ? L'expérience aurait pu exciter sa curiosité, mais à présent qu'il s'y trouvait... L'imprévu le gênait.
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Message posté : Mer 24 Sep 2014 - 22:28 Message
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Si la soirée avait particulièrement bien commencé et qu’il avait passé un très agréable moment en compagnie du chef d’orchestre, Hans ne pouvait retenir une moue de crispation en s’imaginant tous les désagréments qui allaient suivre. Se penchant légèrement en arrière, il tenta de soutirer plus d’information à son homme de main qui se contenta de répéter exactement la même chose que tout à l’heure avec son fort accent espagnol. L’allemand grimaça de plus belle. Parcourant la foule du regard, il tenta d’en percevoir quelque chose, un indice, ou peut importe quoi qui aurait pu le mettre sur une piste quand à ce qu’il était envisageable de faire. Balloté dans la foule comme les nombreux badauds, il se retrouva dans un coin de la pièce – heureusement toujours en compagnie du français qui tentait lui aussi d’en apprendre plus. Enfonçant les mains dans les poches de son pantalon souple, il leva le nez sur le plafond de la salle, tentant de réfléchir à un moyen de se sortir de ce bain de foule qu’il n’appréciait d’aucune manière. Le maire – comme pressentit par le vieil homme – n’apporta aucun renfort à la situation qui semblait s’envenimer et devenir de plus en plus délicate. S’en retournant à nouveau vers son bras droit, Hans le questionna sur l’emplacement de leur véhicule et le latino répondit avec discrétion avant de devancer son patron en lui garantissant qu’ils auraient un moyen de faire également sortir discrètement le chef d’orchestre. Le chilien – à force de travailler pour le vieux – savait que ce dernier ne prenait jamais la peine de discuter avec quelqu’un qu’il ne pouvait sentir ou qui ne lui apportait rien. S’il avait pris de son temps pour le partager avec le jeune homme, c’était qu’il y voyait un intérêt – artistique ou autre – et le laisser sur le carreau ne serait probablement pas la meilleure idée.

Du coin de l’œil, Hans observa un instant le maire qui semblait se transformer en quelque chose de plus en plus détestable. En temps normal, probablement que le vieil homme aurait dit ce qu’il pensait et aurait fait jouer de sa puissance pour prendre la poudre d’escampette en plantant là tout le monde. Mais son amitié naissante pour le jeune français ne lui permettait pas de jouer au vieux solitaire. Faisant face à Gustavo, il lui demanda précipitamment ce qui avait été volé : d’après la police, tableaux et autres breloques de la décoration. Hans observa le hall. Tout ce qui était exposé là valait une fortune mais ça n’était pas le genre d’art qui pouvait intéresser les passionnés et les collectionneurs. Il était donc question d’un vol pour un autre prétexte. Ou alors le voleur n’était pas particulièrement bien renseigné. Se fiant aux connaissances de son homme de main, le vieil allemand en déduisit qu’il devait y avoir là une autre raison à ce vol. Une diversion, pour éloigner tout le monde d’une chose imprenable ou alors…

« Monsieur le Maire. Vous me parliez tout à l’heure, en début de séance, du fait que vous aviez offert au petit peuple le droit de prendre place dans les loges des balcons. »

_Heu Heu oui, oui, bien sûre. Vous pensez que ce sont eux ?

« Absolument pas. Un italien saurait que les œuvres exposées ici sont invendables et je doute qu’un nécessiteux décide d’en accrocher une au-dessus de sa cheminée. » La réponse du tac au tac d’Hans fit hoqueté le Maire qui se retrouva bien bête de ne pas y avoir songé. Ravalant un sanglot, il tenta de trouver du réconfort auprès du jeune français mais c’était sans compter sur la voracité du Veidt qui voulait régler cela au plus vite.

« Lequel de vos agents de la sécurité a prévenu la police ? » Le Maire désigna un jeune blanc-bec qui se tenait bien droit aux côtés des sécuritas armés jusqu’aux dents. D’un signe de tête, Hans enjoignait Gustavo a aller titiller ce personnage bien trop arrogant pour être pris au sérieux et s’en reporta sur le Maire. Il allait à nouveau l’attaquer pour le forcer à réagir lorsqu’un agent de la police italienne se présenta à leurs côtés en présentant calmement son badge. Contrairement aux autres membres de son escadron qui faisaient beaucoup de zèle pour pas grand-chose, le capitaine – d’une cinquantaine d’années – semblait rôdé à ce genre de pratique et son air serein traduisait une routine sans fin. Il s’exprima si rapidement en italien – au Maire en premier lieu, puis à Hans et à Louis – que le vieil allemand n’y compris pas un seul mot et se contenta d’abaisser son menton tout en crispant sa mâchoire. Remarquant son geste, le capitaine l’apostropha plus rudement sans obtenir la moindre réponse de l’intéressé. Le Maire se confondit en excuses en pleurnichant que Veidt ne pratiquait pas l’italien ce à quoi le Capitaine répondit d’un regard sévère. Se raclant la gorge, il répéta sa question en anglais espérant ainsi mieux se faire comprendre.

_Vous a-t-on dérobé quelque chose, Monsieur Veidt.

Hans répondit par la négative en remerciant ironiquement le policier de s’en inquiéter. Devançant les questions agaçantes du policier, il continua avec froideur qu’il avait passé la deuxième partie de la soirée en compagnie du chef d’orchestre loin de la foule. Au policier d’en interpréter ce qu’il voulait. L’italien marmonna dans sa barbe avant de parler à nouveau au Maire en italien puis de revenir à l’anglais pour expliquer aux deux hommes qu’ils devaient le suivre jusqu’à la salle de vidéo surveillance située dans l’abri atomique du bâtiment. L’allemand resta de marbre, ne sachant où l’italien voulait en venir. Laissant là le Maire qui bafouilla en excuses auprès de son publique en émoi, il prit la suite de l’agent en compagnie de Louis – ainsi que de Gustavo qu’il expliqua être avec eux – tout en gardant le silence. Pour être lui-même à la tête d’une tour sous haute surveillance, il savait ou du moins pensait savoir, pour quelle raison on les prenait à part. Probablement que la police interrogeait les plus fortunés en premier lieu, pour reconnaitre le voleur, puis les classes plus basses si les dirigeants n’avaient rien donné. Du moins, c’était en règle générale la procédure. Et cette fois-ci ne fit pas exception.

Après être entrés dans la salle blindée de métal et de béton, l’allemand se posta bien sagement derrière les multiples écrans de la sécurité et tendit l’oreille aux explicatifs sommaires du gendarme qui expliquait que le voleur était passé à l’acte juste en fin de représentation, au moment où le rideau avait refermé la scène et que le publique acclamait la réussite à grand renfort de bruit. Ainsi, il avait pu passer au travers de la sécurité qui s’était déjà déplacée auprès des portes de sorties et ce n’était que par hasard que le jeune agent pompeux s’était retrouvé seul à l’intérieur juste après le cambrioleur. Le gendarme demanda assez froidement aux trois hommes d’observer attentivement la vidéo qui gardait trace du voleur qu’on voyait déboucher du couloir sous les traits de Papageno. Hans croisa les bras. Sous ce déguisement, il lui était tout bonnement impossible de distinguer quoi que ce soit et de plus, en dehors des deux hommes dans la pièce, il ne connaissait pas le moindre habitant de cette ville. Laissant son regard dévié, il s’attarda sur la vidéo juste en dessus à gauche, qui montrait le hall d’où le Maire semblait essayer de maintenir la foule de plus en plus agacée par ce trouble. Alors qu’il allait baisser les yeux sur la caméra qu’il se devait de regarder, il reconnut dans la foule une personne qui n’avait rien à y faire. Un slave – dont il ne se souvenait plus du nom – qui était connu du Veidt pour son trafic d’armes illicite. Il ne voyait pas trop ce que cet homme, probablement pas le moins du monde intéressé par la culture italienne venait faire ici. Il était loin de se douter que l’homme en question était ici en mission pour l’organisation de l’Ombre et que le vol des tableaux était bel et bien une diversion pour quelque chose de plus grand. Quittant des yeux le slave, il reporta son attention sur le perroquet qui escaladait désormais les escaliers monumentaux pour découper le cadre d’une toile et se la mettre dans la manche. Décroisant les bras pour enfoncer ses mains dans ses poches, il répliqua sans cacher sa lassitude.

« J’ignore tout bonnement qui est cet individu. » Le policier n’avait pas l’air de le croire et dardait désormais son attention sur Gustavo et Louis comme s’il eut été évident que le chef d’orchestre ou le chilien ait quelque chose à voir avec l’oiseau qui courait au travers du petit écran en perdant soudainement sa perruque, laissant apercevoir quelques secondes la tête du musical voleur.
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Message posté : Jeu 25 Sep 2014 - 23:13 Message
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De Principatibus

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ϟ Métier : Fondateur et patron secret de la Rose des vents ; propriétaire de Fragonard - Parfums et cosmétiques ; propriétaire du Jardin du Dragon
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ϟ Signes particuliers : Cheveux indisciplinés, bruns. Yeux chocolats, étirés. Peau hâlée. Lèvres pleines, grande oreilles. Grande taille. (193 cm). Grands pieds. (Pointure 45)
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♦️ Clairvoyance mystique (Ω : reconnaissance et identification des êtres et objets magiques)
♦️ Cœur de Feu (II : immunité et soin par le feu)
♦️ Magie des dragons (Strun Bah Qo, )
♦️ Cérébropyre (VI : super-intelligence, super-mémoire, bouclier de protection mentale, réseau de projection mentale)

♦️ Voyage dimensionnel (III)
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♦️ Divination élémentaire (Ω : hydromancie, pyromancie)
♦️ Maître du feu (Ω : pyrokinésie, œil d'Héphaïstos IV, météores d'Héphaïstos IV)
♦️ Maître de l'eau(Ω : aquakinésie, griffes de Borée IV, frisson de Borée IV)
♦️ Maître de l'air(Ω : aérokinésie, fouet d’Éole IV, spirale d’Éole IV)
♦️ Maître de la terre(Ω : géokinésie, fléau d'Hadès II, rupture d'Hadès IV)

♦️ Maître des Potions (Ω : dont élixir de Jouvence, hystérie collective, potion de soins, potion d'anthropomorphisme, venin de Cronos, sérum de vérité, potion de résistance, antidote universel)
♦️ Maître de l'Hermétisme (Ω)
♦️ Mithridatisation (Ω)

♦️ Morguse (IV : robe, capuchon, gants, bottes)
♦️ Oeil de Pravladon (I : négation de la magie)

♦️ Gobelins (Torgnole, Châtaigne, Coquillard, Golodon, Sakashima, Napoléon, Tatie Musaraigne, Tali'Koris, Ishaï, Carcasse)
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Même s'il tâchait de n'en rien montrer, Louis s'amusait beaucoup de la situation plutôt insolite qu'il vivait à la fois en acteur et en spectateur. Il n'y avait qu'en Italie qu'on savait jouer ce genre de drame – un castrat dans un coin aurait commencé à chanter qu'il n'aurait trouvé cela qu'impératif et même normal ! Louis éprouvait pour les habitants de la péninsule, lombards, toscans, napolitains et siciliens une sorte de sympathie mêlée de condescendance, dont il ne se défaisait point facilement. Même le maire de Venise, personnage exécrable, bulot dépareillé et sans coquille, méritait un peu de cette considération qu'il ne s'expliquait pas. Cela lui venait-il de ses voyages musicaux à travers la botte de l'Europe, de ses escapades littéraires sur les rives du Pô comme aux pieds des Apennins ? Louis n'aurait su le dire, mais l'Ausonie avait toujours su toucher en lui des cordes sensibles. Cela ne l'empêchait toutefois guère de moquer les mœurs italiennes, qu'il trouvait là dans leur plus fantasque expression. La petite scène autour de monsieur Veidt, du capitaine de la police et du maire de Venise manqua de lui arracher un éclat de rire. Louis parlait l'italien mais en dépit de sa connaissance de la langue de Dante, il avait eu lui-même du mal à comprendre le débit insensé des propos du policier. Qu'il blâmât Hans de ne pas parler la langue des castrats lui parut fort culotté, car Louis jugea que lui-même la parlait comme la benne charriait les ordures. Louis voulut manifester son humeur à ce moment-là mais jugea opportun de garder le silence et, docilement, se laissa conduire, l’œil ouvert à toutes les nouveautés environnantes. Pourquoi diable allaient-ils dans l'abri atomique du bâtiment ? Il l'ignorait et sans doute le moment n'était pas venu de questionner le capitaine de la police. Il s'étonna d'ailleurs aussi d'être invité comme l'était Hans Veidt – après tout, Louis n'était à la Fenice que le chef d'orchestre invité et en vedette, mais il ne pesait pas bien lourd, en matière de finances. La famille Beaudrie, la sienne, à Star City, comptait parmi les riches notables de la localité, mais leur rayonnement financier n'avait rien de comparable à celui de l'allemand, par exemple. Il suivit donc, et passa comme eux les portes de la pièce toute sertie de métal et de béton. Indifférent aux explications du capitaine, Louis se tint près de Gustavo et posa sur les écrans qui peuplaient la pièce un œil las et atone, qui contrastait avec l'intérêt réel qu'il portait à ce revirement de situation. Il cachait son jeu, certains auraient pu dire. Attentif comme un élève lors de son premier jour d'école, Louis suivit les explications du gendarme et quand il vit Papageno sur les écrans présenté comme le voleur du jour, il ne put retenir un sourire désabusé. Dès les premiers jours de répétition, il avait eu des doutes quant à la personnalité du chanteur qui incarnerait ce beau rôle de l'Oiseleur, mais de là à imaginer qu'il put trahir son art et ses camarades... Après quelques instants, Hans déclara tout ignorer du voleur qui, sur les écrans, lacérait presque un tableau de grande valeur et cette affirmation ne parut pas plaire au capitaine de la police.

Ce dernier tourna les yeux vers Louis qui fronça les sourcils, faussement étonné. Quoi ? S'attendait-il à plus d'informations de sa part ? Louis connaissait certainement Papageno. Voulait-il donc que le chef d'orchestre lui fît quelque dissertation sur le personnage du livret de Schikaneder et sur sa place dans l'intégralité de la Flûte Enchantée ? C'était sans doute lui prêter un intérêt pour la musique quelque peu illusoire, et Louis le regrettait. Il aurait mille fois préféré parler de musique, plutôt que de se prêter à cet interrogatoire informel et probablement illégal. Heureusement, Louis n'était point sourcilleux sur les procédures. Il l'était moins que sur l'exactitude des interprétations lors de concerts, en tout cas. Il répondit donc avec la voix des mauvais jours, sans pour autant céder aux sirènes de l'insolence – la tentation, cependant, était grande. « C'est Papageno, bien sûr. Enfin, le chanteur qui incarnait ce rôle durant la représentation. Sauf à dire qu'il s'agit d'un aficionado venu déguisé pour la circonstance... » Louis s'amusa de la réaction d'irritation qui crispa la lèvre supérieure du gendarme. Il poursuivit, indifférent à l'agacement qu'il suscitait chez le policier. La réciprocité du geste le confortait. « Le directeur de la Fenice pourrait vous donner toutes ces informations. Cet homme est pensionnaire ici, comme chanteur. Baryton, si vous voulez tout savoir. Il s'appelle Francesco Busoni, et de mémoire je n'ai jamais eu à me plaindre de lui durant les répétitions. Ponctuel, rigoureux dans son travail, toujours cordial. Peu bavard. Le genre de musicien qui ne fait pas de vagues, et qui sait ce qui est attendu de lui. Mais encore une fois, je n'ai eu à travailler avec lui qu'à l'occasion de ces répétitions. Le directeur et ses collègues vous en diront davantage.  » Qu'aurait-il pu ajouter qui fût vraiment utile ? Louis se tut, et garda les yeux rivés sur le visage du policier jusqu'à ce que ce dernier détournât son regard. Ainsi plus tranquille, Louis reporta son attention sur les écrans en face d'eux et par moment, cherchait sur le visage de l'Allemand des réponses aux questions qu'il ne formulait pas. Hans avait certainement, du fait de son expérience et de sa position, bien plus que lui l'habitude de ces situations particulières. Quoique Louis espérât au fond de lui que chaque sortie de monsieur Veidt à l'opéra ne se soldait par par de tels événements ! Insensible aux regards scrutateurs que continuait de lui lancer le capitaine de la police italienne, Louis patienta, immobile, les pensées errantes, et le cœur gagné par l'ennui. Le buffet, en secret, l'appelait déjà et il lui tardait de pouvoir l'honorer de ses assiduités. Et malheureusement pour le gendarme, ses impératifs policiers pesaient bien peu face à l'appétit de Louis qui grandissait avec le temps dépensé loin des victuailles qui l'attendaient. Il espérait d'ailleurs que l'imprévu qui ternissait l'éclat de la soirée n'annulait pas tout simplement la réception qui devait avoir lieu suite à la réception... Ce n'était pas tant de la naïveté que de la gourmandise.
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Message posté : Sam 25 Oct 2014 - 21:57 Message
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C’était de plus en plus grotesque. Attendre dans cet abri à regarder sur les écrans de contrôle, les interroger pour leur sortir les verres du nez sans considération aucune et s’attendre à ce que les deux hommes en sachent tout un wagon sur l’auteur de ce vol. C’était probablement uniquement son âge et son éducation qui retenait Veidt de ne pas passer à tabacs tous les flics de la pièce d’ailleurs. S’il en avait donné l’ordre, probablement que Gustavo aurait réglé ce contretemps avec élégance mais le vieil homme savait que la manœuvre n’amènerait rien de bon et qu’il devait simplement faire preuve de patience. Les mains enfoncées dans ses poches, il contractait sa mâchoire à intervalles réguliers tout en faisant abstraction du contexte pour ne pas ouvertement se mettre toute la ville à dos. Il ferma les paupières un instant avant de regarder du coin de l’œil le jeune chef d’orchestre qui avait l’air de beaucoup mieux gérer la situation que lui. Ce qui l’énervait le plus et le mettait dans une rogne pareille ? le simple fait de ne pouvoir profiter pleinement une soirée sans qu’elle se termine avec une surprise. Calculateur et stratège, il n’avait jamais adoré les surprises, en publique comme en privé. La surprise ne faisait pas partie de ses plans, élément imprévu qui le mettait en position passagère de faiblesse et l’obligeait à revoir tout son programme pour à nouveau avoir un coup d’avance sur la plupart des gens. Ici, probablement que l’incident n’aurait pratiquement aucune répercussion sur sa soirée – il avait une marge assez généreuse qui lui permettait de ne pas louper le dernier train le ramenant à l’aéroport – mais savoir que son nom serait demain associé à un vol au sein de l’opéra ne saurait passer inaperçu pour son employeur même si le Veidt n’y était strictement pour rien dans cette affaire et qu’il n’aurait pu l’éviter. Il abaissa le menton en soupirant légèrement. Il allait devoir fuir la presse et soudoyer le Maire pour qu’il ne soit pas fait mention de son apparition ici. Et pour les flics ? Il devrait ruser mais il y avait toujours un moyen – financier – de se mettre dans la poche tout le beau monde rassemblé là. Il ne se faisait aucun soucis d’ailleurs en ce qui concernait le jeune français qu’on questionnait à son tour.

L’allemand tourna légèrement sa tête en arrière, comme pour questionner du regard son homme de main qui se tenait étrangement tranquille aux côtés de Louis qui semblait pas le moins du monde enchanté de devoir donner plus d’informations à la Police. Même si Veidt était puissant, il ne pouvait faire sauter cet interrogatoire sans en prendre pour la nuit pour perturbation à l’enquête. Dans un souci de gain de temps, il laissait passer les choses et restait de marbre. Il posa à nouveau son regard sur d’Ax qui expliquait ce qu’il en savait sur le personnage qui était désormais en arrêt image en face d’eaux. A y regarder plus près, Hans crut percevoir non de la peur sur le visage de son cadet mais un ennui certain, que peu de citoyens abordaient d’ordinaire lorsqu’il était question de justice et des forces de l’ordre. Pas désireux d’attirer l’attention du gendarme qui n’était visiblement pas du tout satisfait des réponses du français, il garda le silence lorsque ce dernier indiqua avec rudesse qu’il avait déjà questionné le Directeur et que ce dernier n’avait rien indiqué de plus. Veidt attaqua dans la brèche béante.

« Inspecteur. Pour le peu que je connais de votre métier, je sais qu’il est tout à fait hors d’usage de nous retenir ici plus longuement. » Il marqua un temps de pose en abaissant le menton et en fixant les yeux du gendarme qui ne retenait même plus le rictus de contrariété qui lui tailladait le visage. « Monsieur D’Ax et moi-même vous avons transmis ce que nous connaissions et je puis vous assurer que l’un comme l’autre nous tairons vos procédures plus que douteuses mais permettez-nous de nous retirer. Vous connaissez l’identité de votre voleur que le Directeur de la Fenice et Monsieur d’Ax vous ont confirmée. Vous ne pouvez nous retenir ici contre notre gré. » L’allemand sentit Gustavo répondre à ses propos en croisant les bras sur sa large poitrine. Aucun doute que le chilien en viendrait aux mains si le policier décidait d’user la violence contre son vieux patron. Le flic était visiblement des plus contrarié et comme tous ceux dans la pièce, probablement plus à la recherche d’action que de justice. Perdu dans une bataille intérieure, il ne vit pas sur les écrans de contrôle le Slave précédemment cité quitter la pièce principale et outre passer la sécurité. La diversion avait parfaitement fonctionnée. Sans le savoir et assez indirectement, D’Ax et Veidt avait permis à l’organisation de l’Ombre d’effectuer une mission sans être suspecté par la police locale. L’allemand et le français, en retenant l’inspecteur, avaient grandement aidé. Mais ça, les deux concernés ne l’apprendraient que bien plus tard. L’inspecteur lâcha un soupire et secoua la tête avant de faire un geste de la main en direction du garde qui empêchait la sortie aux trois invités. Ne retenant pas plus longtemps D’Ax, Veidt et Gustavo, il se retourna vers son second et l’abboya en italien à grand renfort de gestes violents et précis. L’allemand pris la tête de la procession suivit des deux autres et d’un policier soucieux qu’ils ne se perdent pas dans les couloirs. Il ne les relâcha qu’au niveau supérieur. D’après l’ambiance et les sons qui parvenaient à l’intérieur du hall principal, on avait finalement permis aux festivités de reprendre. Le Maire avait finalement réussi à faire en partie son travail en rassurant la population rassemblée là et en permettant au buffet de se mettre en place. A l’opposé du couloir, Hans vit le Directeur de la Fenice entouré de deux policiers. Probablement un nouvel interrogatoire, au poste cette fois-ci. Enfonçant à nouveau les mains dans ses poches, Hans s’adressa rapidement à Gustavo en anglais pour lui indiquer que même si la situation était encore des plus délicates, il ne pouvait quitter la scène maintenant et qu’il retrouverait donc le chilien plus tardivement à l’extérieur. Le concerné ronchonna avant d’accepter et de saluer poliment D’Ax avec le seul mot français qu’il connaissait : « Au revoir ». Et salua du chef son patron avant de disparaître.

Veidt reporta son attention et son regard sur le français qu’on avait enfin laissé en paix. « Drôle de manière de saluer votre performance sur scène, vous en conviendrez. » Il ne faisait qu’emmètre tout haut ce qu’il pensait tout bas. « Il m’aurait fait grand plaisir de vous inviter à continuer notre conversation hors ses murs mais je crois savoir que nous avons tous deux un publique à satisfaire auprès du buffet qui ne saurait se contenter d’une brève apparition. » Si Veidt se devait de se montrer pour satisfaire les membres VIP pratiquement venus ici uniquement pour le voir, il savait que des admirateurs seraient des plus heureux de féliciter personnellement le chef d’orchestre qui avait fait un travail magistral ce soir. Il regrettait véritablement de ne pas pouvoir profiter encore un peu de la présence du musicien mais il savait qu’il ne pouvait aller contre la société qui lui permettait une situation confortable. Il tendit la main à son voisin, ainsi qu’un sourire aimable. « Très heureux de vous avoir rencontré Monsieur D’Ax. Au plaisir de vous retrouver à Dresde dans quelques temps si votre emploi du temps nous le permet. » Il serra amicalement la main de son voisin avant de poser une main rassurante sur son épaule en lui indiquant de l’autre, de prendre les devants pour retourner dans la grande salle. « Vous ne devriez pas faire attendre votre publique plus longtemps. » A nouveau, il esquissa un sourire aimable. Il ne mit pas long avant de rappeler son voisin qui s’était remis en marche. « Ah, Monsieur D’Ax. Si je ne puis vous recevoir à Dresde, je vous serais agréablement reconnaissant de me prévenir de votre prochain passage en Allemagne. » Joignant le geste à la parole, il extirpa de l’intérieure de sa veste un porte carte et en tendit une au français. Y était indiqué dessus ses coordonnées à la Tour Veidt et le numéro directe permettait au chef d’orchestre de passer directement par la secrétaire personnelle de l’allemand sans devoir être redirigé d’entrée à la réception. « Et que le reste de votre soirée soit plaisante. » Il inclina légèrement le buste en avant pour saluer cette connaissance qu’il pouvait sans scrupule qualifié d’enrichissante et se sépara du français. Le reste, est affaire de chacun.

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Gute Nacht, du falsche Welt [Hans]

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