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People vs. Eisenstein

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Message posté : Mer 30 Avr 2014 - 12:47 Message
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30 avril 2014


— Et dans l’affaire du ministère public contre Abel Eisenstein, je déclare la motion de suppression déposée par la défense, relativement à la preuve 34…

Un coup de feu retentit dans la salle d’audience, des cris s’élevèrent et la confusion fut aussitôt générale.

***

Deux semaines plus tôt

— Et il vous a fait quoi ?
— Qu’est-ce que tu t’en fous ?
— Je m’en fous pas.
— Si t’as des scrupules, je peux aller voir la concurrence.

Abban laissa échapper un rire bref.

— Bah vas-y. Vu c’que tu d’mandes, la concurrence, y en a pas. C’est moi ou personne.

L’Italien pianota du bout des doigts sur la table, pendant quelques secondes. Personnellement, il n’aimait guère traité avec le Passeur : trop sûr de lui et trop indépendant, l’Irlandais était en mesure d’imposer ses conditions et ses scrupules inattendus ou ses exigences farfelues compliquaient parfois des affaires qu’il avait jugé, pour sa part, extrêmement simples. D’ailleurs, il ne lui demandait pas de descendre Eisenstein, simplement de déposer des preuves dans plusieurs endroits que la police était certaine de trouver. Rien de très brutal, en somme.

Hélas, le Passeur avait tout à fait raison : le travail demeurait délicat et il devait être rapide. Les criminels capables de le mener à bien n’étaient pas légion et parmi les quelques candidats, aucun n’entretenait d’aussi bon rapport avec les Italiens, au sein du Cartel, que le Passeur. Ils avaient déjà fait appel plusieurs fois à lui et en avaient obtenu une pleine satisfaction.

— Il a buté Moretti.
— Ah, c’est lui ?

Abban reprit la photographie d’Eisenstein et observa le visage de l’Israélien. Décidément, cette saison, le trafic d’armes à Star City était sans piété. Rassuré sur le fait qu’il ne s’apprêtait pas à piéger un innocent, le Passeur finit par hocher la tête.

***

La police avait arrêté Eisenstein et les accusations de terrorisme qui pesaient sur l’Israélien suffiraient probablement à le tenir en prison pour le restant de ses jours. On avait trouvé chez lui des plans de l’hôtel de ville de Star City ainsi que de la centrale de la baie, sur ses vêtements des traces infimes mais rapidement identifiées de produits chimiques et d’explosifs. Un carnet d’adresses suspect avait complété la liste des pièces à conviction et le procès avait été promptement mis en œuvre.

Pour le juge Venton, cette matinée-là était chargée. Il avait décidé, comme il le faisait souvent, de rendre à la suite ses décisions sur les motions accumulées la semaine précédente pour les différents procès auxquels il présidait et ainsi, la scène rituelle et un peu absurde qui se produisait chaque semaine s’était à nouveau répétée : les avocats des différentes parties civiles s’étaient entassés d’un côté du tribunal, les deux ou trois assistants du procureur chargés des dossiers de l’autre, et sous l’œil vigilant des greffiers et des agents de la cour, le juge égrenait ses décisions.

Il y avait de petites affaires comme de grandes, des simples et des complexes, des crimes passionnels médiatiques aux malversations financières trop techniques pour intéresser la presse. Certains ténors du Barreau représentaient les clients les plus fortunés, quand les petits criminels des quartiers héritaient des commis d’office pas toujours très au fait du dossier qu’ils défendaient. Le public était rare dans ces audiences essentiellement consacrées à la résolution de problèmes purement juridiques et, sur le dernier banc consacré à l’assistance, Abban était pour l’essentiel entouré d’étudiants en droit, qui venaient parfaire leur compréhension du pouvoir discrétionnaire des magistrats.

Eh bien l’un des étudiants en droit ne devait pas être étudiant en droit, parce qu’il avait sorti un revolver et tiré vers le prétoire. Comme d’habitude, les réflexes d’Abban avaient été fulgurants : en une seconde, il avait sorti son pistolet laser et le rayon d’énergie avait atteint le torse du tireur, pour le plonger dans une inconscience profonde. Il s’agissait désormais de fausser compagnie à l’assistance parcourue par un mouvement de panique. Mais Abban ne comptait pas partir seul : dans la foule des avocats venus défendre leurs motions devant le juge, il avait repéré Charlie Lane et sans avoir de plus amples informations sur les intentions du tireur ni sur sa cible, l’Irlandais ne comptait certes pas exposer l’avocate à de nouveaux dangers.

Abban disparut donc pour refaire son apparition à côté de l’Américaine.

— Salut.

Il posa sa main sur celle de Charlie, pour la forcer à rompre contact avec son client, et le duo disparut aussitôt, tandis que les agents de la cour parvenaient enfin à se frayer un chemin jusqu’au corps du tireur. Le calme serait revenu plus vite, peut-être, grâce aux coups de marteau du juge, mais Venton était trop occupé à presser de sa main valide l’épaule sanglante que la balle du tireur avait traversé. Avait-il été la cible principale ? Ou le jeune assassin, trop inexpérimenté, tremblant d’inquiétude et d’impatience, avait-il manqué son objectif ? Après tout, entre les grands noms de Charlie et de ses collègues, le juge et certains accusés peu recommandables, la salle d’audience ne manquait pas, ce jour-là, de victimes potentielles.

Toujours était-il qu’en réapparaissant sur le toit du Palais de Justice, Abban se retourna vers l’avocate et fit remarquer :

— Sérieux, vous portez trop la poisse.
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Message posté : Lun 5 Mai 2014 - 16:16 Message
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Les deux femmes parlaient, doucement, attendant leur tour, pour continuer de mettre au point les dernières recommandations. L’affaire n’était pas bien compliquée, les accusés avaient été pris sur le fait. Une formalité plus qu’autre chose, rien à voir avec l’histoire Abel Eisentein. Enfin si, d’une certaine manière, ce n’était pas compliqué dans la mesure où les preuves contre lui ne manquaient pas. Charlie, d’une oreille, entre deux phrases, écoutait ce qu’il se décidait pour lui. Ce n’était son affaire mais, une personne qui avait pourtant certifié que c’était un coup monté, c’était forcément intéressant. Secouant la tête, elle se concentra à nouveau sur la femme qui était à droite d’elle, ouvrit la bouche pour répondre mais le seul son qui se fit entendre fut un coup de feu, suivit, très rapidement, des cris.

« Ab… » De la salle, elle était passé sur le toit. « Ban ! »

Passé un moment de confusion, pour que son cerveau intégré le fait qu’elle avait changé d’endroit beaucoup trop rapidement pour l’humaine qu’elle était, Charlie se demanda ce que l’irlandais faisait ici. Dans un réflexe, elle fouilla ses poches à la recherche de ses clés mais, non, ces dernières étaient restées dans un casier quelque part dans le tribunal, avec son sac. Elle n’avait, donc, pas appuyé malencontreusement sur le porte-clés qui permettait de joindre Abban.

« Qu’est-ce que tu… » Pas assez rapide, elle secoua la tête à la phrase du jeune homme. « Non ! »

Bien sûr que non, elle ne portait pas la poisse. Charlie ce n’était pas du tout le genre d’avocate à se faire enlever, à trouver un agent de l’UNISON chez elle, à être transporté dans une sorte de bulle temporelle, ou revoir les gens qui comptaient revenir à la vie. Encore moins le genre de personne à voir son assistante se faire enlever. D’accord, à bien y réfléchir…

« Mauvais concours de circonstances. »

Elle secoua la tête. Mais qu’est-ce qu’elle racontait ? On se foutait bien de savoir qui était poisseux ou non. Qu’est-ce qu’Abban faisait ici ? Parce qu’il était forcément là pendant les faits. Est-ce qu’il avait une part de responsabilité ? Un visage d’ange ne voulait pas dire qu’il l’était réellement. Est-ce qu’il y avait des blessés ? Est-ce qu’une seule personne était visée ou est-ce qu’un carnage était en train de se poursuivre en bas ? Et, pendant qu’on y est, comment on descend du toit d’un palais de justice ? Charlie regarda autour d’elle avant de reporter son regard sur le jeune Irlandais.

« Comment ça se fait que tu es ici ? »

Voler un dossier dans le bureau d’une avocate n’était peut-être plus suffisant. Après tout, c’était lui qui avait, avec une rapidité impressionnante, sorti une arme pour la pointer sur Chase – Alex – quand ce dernier lui avait suggéré de venir les retrouver. Abban semblait s’être assez bien adapté au monde dur et dangereux dans lequel il évoluait, c’était un peu près les mots qu’il avait utilisés à leur première rencontre. Elle n’était pas certaine qu’il utilise encore les mêmes adjectifs aujourd’hui.

Elle quitta un instant Abban des yeux. Au loin, déjà, on entendant les sirènes de voiture de police, les choses allaient souvent très vite quand ce genre de bâtiment était visé. Ça doit être à ce moment que Charlie se rappela que l’irlandais n’était qu’un gamin, à peine plus vieux que son coursier, à peine plus jeune que le mentaliste aux nouveaux traits. Elle inspira et reposa ses yeux sur le jeune homme.

« Abban, j’ai besoin de savoir si tu as quelque chose à voir avec ce qui vient de se passer ? »

Les forces de l’ordre seraient bientôt dans le bâtiment et, si Abban pouvait fuir en une fraction de seconde, elle ne comptait pas faire la même chose. Charlie devait comprendre ce qui s’était passé en bas et qui pouvait être visé. Ça avait forcément une importance. C’est là qu’elle resongea à la femme qu’elle avait lâché pour qu’Abban puisse la transporter ici.

« Comment je suis supposée expliquer ça à mon avocate ? »

Signe que la situation la dépassait un peu étant donné qu’elle était capable deux questions, à la suite, qui n’avaient aucun rapport l’une avec l’autre. A bien y réfléchir, la dernière interrogation n’était pas la plus importante, Charlie arriverait toujours à trouver une explication sans avoir à impliquer Abban. Pour une fois que Charlie ne se pointait pas ici en tant qu’avocate, il fallait que ça tourne mal. D’accord, peut-être qu’elle avait un peu la poisse.
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Message posté : Mar 6 Mai 2014 - 20:35 Message
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— Ben, les audiences sont publiques, nan ?

D’accord, l’air d’ange innocent marchait sans doute beaucoup mieux quand on ne le connaissait pas un tout petit peu, mais Charlie qui l’avait vu : 1) tenter de dérober un dossier dans son bureau en plein milieu de la nuit, 2) voler à sa rescousse et prendre d’assaut, avec Chase, la villa bien défendue de Graham et 3) menacer Chase-Alex d’un revolver bel et bien chargé — n’était peut-être pas la plus disposée à lui prêter le bon Dieu sans confession, particulièrement alors que l’Irlandais demeurait indifférent à l’agitation policière qui se tramait quelques mètres sous leurs pieds.

Difficile, donc, d’avaler qu’il fût venu assister à une audience particulièrement technique et peu spectaculaire — avant que quelqu’un ne se mît à tirer dans le tas, évidemment — par simple souci d’accroître sa culture lacunaire sur les rouages de l’institution judiciaire étasunienne. Les mains dans les poches, l’Irlandais n’en décochait pas moins à Charlie son plus candide sourire, avant de se retourner et de se pencher au-dessus du vide, pour observer les petites figures bleues qui descendaient des voitures aux gyrophares pour s’engouffrer inutilement dans le palais de justice.

Il se retourna vers l’avocate juste à temps pour lui permettre de l’accuser à mots à peine couverts d’avoir tenté d’assassiner quelqu’un.

— Non mais sérieux, c’comme ça qu’vous m’voyez ? Vive la confiance. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter des questions de c’genre-là ?

Cf. §1.

— Ouais, bon, bref, non, j’ai pas tiré dans la foule. Puis sérieux, si j’l’avais fait, ce s’rait en silencieux et j’aurais pas raté mon coup.

C’était avec des remarques comme celles-ci que certaines humaines à l’esprit naturellement suspicieux en venaient à douter injustement de la probité pourtant légendaire du jeune Mac Aoidh.

— Puis faut être con pour vouloir buter quelqu’un en pleine audience, sérieux.

Évidemment, le professionnalisme pour le moins pragmatique du jeune homme n’envisageait pas la possibilité d’un coup d’éclat, d’un geste désespéré ou d’une tentative plutôt réussie d’attirer l’attention médiatique. Trop habitué à fréquenter des criminels endurcis qui avaient pour eux le mérite de la lucidité et de la logique, il n’était pas très au fait du monde d’illuminés plus ou moins organisés que le sien croisait parfois.

— Une seconde.

Abban venait d’entendre un peu détour la remarque incidente de Charlie Lane. Il la détailla des pieds à la tête, haussa un sourcil légèrement réprobateur quand son regard arriva sur ses chaussure, retint probablement une remarque assassine et releva finalement les yeux pour les planter dans ceux de l’avocate.

— V’z’étiez avec une autre avocate ? V’z’avz b’soin d’une avocate ? Vous avez commis un crime ?

L’Irlandais essaya d’imaginer la nature du terrible forfait de Charlie pouvait s’être rendue coupable.

— Genre, v’z’avez rendu vraiment très, très, très en r’tard un bouquin à la bibliothèque.

Autant dire qu’il lui prêtait une existence passionnante, en dehors de ses occasionnels kidnappings.

— Ou, alors, v’z’avez détroussé un banquier pour distribuer de l’argent aux clodos.

Ça, c’était un peu la manière dont il la voyait — et il n’était pas la seule : Charlie Lane, la patronne des pauvres, des mal défendus, des mal aimés du système judiciaire, c’était tout elle. Une petite légende, une Madone urbaine à elle toute seule. Le visage d’Abban s’éclaira brusquement, parce qu’il tenait la solution, qui n’était que trop évidente.

— Détournement d’mineur ! Vous vous tapez le p’tit blond qui travaille pour vous, là, Roberts, d’la Légion. V’z’avez un truc avec ceux qui sont jeunes et blonds, hein ? C’ui là est mieux roulé qu’Chase, c’est sûr.

Abban eût sans doute été capable de dérouler pendant des heures sa théorie sur le scandale sexuel qui guettait Charlie Lane, la célèbre avocate prompte à peloter les jeunes coursiers qui s’approchaient trop près d’elle, mais il tourna brusquement les yeux vers l’unique porte qui conduisait au toit, pour les rares fois où une intervention technique y était nécessaire et, les yeux plissés, il jeta un coup d’œil par-delà, à l’intérieur de la cage d’escaliers.

— Les flics arrivent. On s’arrache.

Apparemment, on ne demandait pas trop son avis à Charlie : à la seconde, l’avocate disparaissait avec l’Irlandais pour se matérialiser sur les quais, la chevelure fouettée par l’air du large. Abban laissa à son involontaire camarade de voyages le loisir de se remettre de la nausée inévitable qui accompagnait, pour les néophytes, des téléportations si rapprochées dans des milieux si différents et il tira de sa poche un téléphone portable pas vraiment de première jeunesse. Il était temps de réveiller un peu son réseau pour rassembler des informations : si quelqu’un en voulait à la vie de Maître Lane, il n’allait certainement pas laisser les incompétents de la SCPD proposer une protection dérisoire à l’héroïne hébéphile des bas quartiers.
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Message posté : Dim 11 Mai 2014 - 15:22 Message
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Le fameux paragraphe 1 étant parfaitement expliqué, bien mieux que ce que j’aurais pu faire, il semble superflu de revenir dessus pour expliquer tout le scepticisme dont Charlie pouvait faire preuve à l’égard d’Abban. Elle l’aimait bien ce petit, sûrement parce qu’il était capable d’avoir des mines adorables auxquelles vous aviez envie d’accorder une grande confiance. Le monde était quand même bien fait, c’est aux meilleurs criminels – citronnelle, c’était pourtant bien – que vous aviez envie d’accorder votre confiance… A moins que ce soit un trait typique à l’avocate qui, décidemment, ne choisissait pas très bien son entourage.

Prise de court dans son interrogatoire improvisé pour savoir pourquoi l’irlandais était présent, c’est lui qui se lança dans une série de théories sur les raisons qui poussaient l’avocate, à son tour, à avoir besoin d’une autre avocate. Les crimes qui lui étaient associés n’étaient pas très importants… Hein… Détournement de mineur. Non mais…

Bonjour les Docks.

Charlie posa une main sur son front, ferma les yeux, et pria très fort pour sa nausée disparaisse. Elle n’était pas faite pour la téléportation, elle n’était pas faite pour un tas de choses en réalité. Qu’est-ce qui n’était pas clair quand elle avait dit avoir besoin de retourner en bas pour essayer de comprendre ce qui avait pu se passer ? L’autorité, ça ne devait pas être son fort non plus. Quelques secondes plus tard, elle leva une main.

« Il faut vraiment que tu arrêtes de faire, ou essaye de prévenir avant. » Ah mais, en fait, il avait prévenu à sa manière ! « Je tiens à garder mon petit déjeuné. » Inexistant mais, ce n’était qu’un détail.

Encore quelques poignées de secondes plus tard, elle laissa ses bras retombés contre elle. Ok. Plus de vertiges, juste une désagréable sensation qui finirait par s’estomper. Sérieux, elle était bien contente de ne pas avoir de pouvoir : la téléportation c’était désagréable, les pouvoirs mentaux c’était perturbant, la résurrection… Trop compliqué à gérer. Se concentrer sur les évènements, c’était bien mieux. Elle attrapa son téléphone, seul moyen, rapide et efficace, pour savoir ce qui s’était passé dans la salle mais, avant qu’elle ne fasse quoi que ce soit, elle se rappela devoir éclaircir un point.

« Et Roberts, c’est seulement le coursier ! » Elle secoua la tête. « Je ne vois même pas comment on peut penser à autre chose. »

Surtout si on se basait sur cette pseudo attirance pour Chase qui, en plus d’avoir été démenti, était impossible vu les préférences du mentaliste. Jace était juste le coursier… Juste le coursier, membre de la Team Alpha de la Légion des Étoiles, fils de commander de cette même légion, qui mettait un point d’honneur – apparemment – à surveiller les arrières de Charlie. Ok… Ce n’était peut-être pas juste un coursier. Alors, pourquoi Charlie avait besoin d’avoir une avocate ? Elle n’y fit pas référence et tapa un numéro sur son téléphone en s’éloignant de quelques mètres pour passer son appel.

Quelques minutes plus tard, quelques appels plus tard, elle enferma son téléphone dans une de ses poches en revenant vers Abban.

« Bon, c’est le juge Venton qui a été touché. Les secours l’ont récupéré et, pour le moment, personne n’a plus d’informations à ce sujet. » Sauf probablement une équipe de médecins qui allait devoir s’activer autour du juge. « La police a retrouvé une personne inconsciente avec une arme, apparemment le tireur. »

Phrase prononcée en regardant Abban parce qu’elle doutait sérieusement que le type en question, après avoir tiré, se mette à tourner de l’œil sans raison. En même temps, elle ne voyait pas réellement de raison pour que l’Irlandais fasse quelque chose contre le tireur. En fait, à bien y réfléchir elle n’y comprenait pas grand-chose.

« Le juge est une cible toute désignée mais, comme ça s’est produit pendant l’affaire Eisentein, on peut aussi partir du principe que ça à un rapport avec ça. »

Le fait qu’elle ait pu être la cible, carrément manqué, en revanche, à aucun moment ça ne lui traversa l’esprit. Ce qui n’étonnerait personne ! Restait une question, importante selon elle, qui n’avait toujours pas de réponse.

« Sérieusement, Abban, tu étais là pour quoi ? »

Il n’avait même pas 20 ans alors, s’il était présent, ce n’était sûrement pas pour tuer quelqu’un dans une assemblée comme celle-là. Puis il l’avait dit, ce n’était pas de cette manière qu’il s’y serait pris. Euh… En fait, ça voulait dire qu’il avait des méthodes pour faire ce genre de choses ? A se demander dans quel monde vivait les jumeaux.

« Parce que si toi, tu es là pour une affaire particulière, il y a de grandes chances pour que tu ne sois pas le seul à t’y intéresser. »
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Message posté : Lun 12 Mai 2014 - 11:25 Message
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Juste le coursier. Abban hocha la tête d’un air entendu.

— Comment on peut penser à autre chose ?

Un sourire se dessina sur les lèvres de l’Irlandais.

— Bah c’est simple, vous l’regardez marcher de derrière, et y a ses petites fesses super musclées qui roulent, et puis…

Charlie n’attendit pas la suite de la description enthousiaste des charmes de Jace — si le pauvre Abban savait que sa jumelle n’y était pas insensible, sans doute eût-il été moins prompt à vanter les mérites de l’Alpha. Alors que l’avocate s’éloignait pour téléphoner, Abban lança plus haut :

— Ouais, ‘fin bon, vous savez c’que j’veux dire, hein !

En vérité, il ne croyait pas tellement à sa propre théorie, non que Charlie ne fût pas, sans doute, charmante, même s’il n’était pas le mieux placé pour en juger, mais bien que l’avocate lui parût, à certains égards, un peu trop austère pour profiter de son autorité hiérarchique en déboutonnant d’un air prédateur la chemise de son jeune coursier. Mais ne nous égarons pas. Charlie, donc, qui n’était cougar qu’à demie, malgré les espoirs que plaçaient en elle un Amérindien amateur de cannabis, téléphonait et Abban, lui, fit ce que tout adolescent normalement constituait pouvait faire : il se mit à parler à sa super-voiture dérobée dans un laboratoire militaire grâce à une montre de très haute technologie améliorée par un mentaliste maléfique et roboticien, mort puis ressuscité.

— Macha, ça dit quoi, sur c’te histoire au Palais d’Justice ?

Quand Charlie revint, elle ne lui apprit rien de nouveau, et lui-même n’en savait pas beaucoup. Le tireur avait-il été assez maladroit pour manquer Eisenstein et atteindre le juge ? Ou bien avait-on craint que le juge se montrât trop clément sur un point technique dans l’affaire Eisenstein ? Ou bien s’agissait-il non tant d’éliminer quelqu’un que de faire sensation pour intimider d’éventuels témoins ? Pendant qu’il spéculait — rien de sale là-dedans, je vous rassure — Abban haussa évasivement les épaules, alors que Charlie évoquait le sort peu enviable de l’apprenti-tueur trop sensible.

— Y a des gens qui supportent pas la violence.

Évidemment, il n’allait pas pouvoir s’en tirer en permanence avec des dérobades, particulièrement alors que Charlie revenait à la charge.

— Vas-y, même pas tu réponds à mes questions sur l’cul d’Roberts, et moi, j’dois raconter ma vie ?

Trop injuste.

— J’étais là pour Eisenstein.

Eisenstein, vous voulez dire…


Non, un autre.

— V’s’aviez qu’c’était l’nom d’un cinéaste russe ? Trop fou, hein. J’ai essayé d’regarder les films, c’était méga chiant. Ouais, ‘fin bref. Eisenstein a buté pas mal de monde, il s’est fait des ennemis et tout, et faut croire qu’certains ont décidé d’aller à des solutions plus radicales.

Plus radicales que quoi, là était le mystère — d’ailleurs, Abban ne disait pas grand-chose de sa participation aux événements, ni de la raison de sa présence au tribunal.

— Ou alors c’est Eisenstein qu’a embauché des mecs pour buter des gens, mais descendre Venton, c’pas exactement l’coup du siècle.

Ceci étant dit, Abban commençait à se dire que si Eisenstein reprenait sa propre affaire en main, on allait commencer à se poser des questions sur le petit génie qui avait planqué des preuves contre lui un peu partout et sa réputation à double tranchant au sein du Cartel allait en conduire certains sur sa piste. Le Passeur avait déjà quelques ennemis et ce n’était pas l’envie qui l’étouffait d’être l’objet des poursuites assassines d’une troupe de tueurs aussi sanguinaires que maladroits. Il avait donc tout intérêt à tirer au clair cette affaire, s’il ne voulait pas passer le reste du mois à téléporter des visiteurs indésirables de l’As de Pique ou Nalebo Hall au pénitencier le plus proche.

— C’la dit, c’tait un peu, j’sais pas, maladroit. J’veux dire, tout le monde embauche pas des nettoyeurs professionnels, v’voyez, mais y a quand même des limites. Le côté amateur, là, ça pourrait très bien être le signe qu’ça concernait une affaire moins médiatique. Non ?

Ou alors c’était une diversion. Ou alors… Beaucoup trop d’hypothèses pour des faits trop fuyants.

— Genre, vous, tout le monde essaye tout l’temps d’vous buter.

Il y avait des vérités qui n’étaient pas faciles à entendre : heureusement, les Mac Aoidh excellaient dans l’art délicat du tact et de la diplomatie.

— Vous v’lez vraiment pas m’dire c’que v’z’étiez v’nue foutre là ? Parce que sérieux, c’pas moi qui risque d’vous juger, hein.

Sauf si elle avait tué quelqu’un. Dealé de la drogue. Détourné des fonds publics. Ou… Si, en fait, Abban risquait fort de la juger, mais il avait une confiance absolue dans la légendaire probité de Maître Lane, alors il l’interrogeait sans crainte de la voir tomber de son piédestal.
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Message posté : Lun 12 Mai 2014 - 12:41 Message
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Non ! Non, elle ne savait pas que Jace avait un arrière agréable à l’œil. Ce qu’elle n’irait pas vérifier étant donné l’âge du coursier en question, même pas ça lui traversait l’esprit. De toute façon, Jace manquait cruellement de fossette, en plus d’une dizaine d’années, au minimum. Non, elle ne savait pas qu’Eisenstein était un cinéaste Russe. Au mieux, elle supposait qu’il lui manquait un orteil ou deux avec le froid qui régnait dans ce pays mais ça n’allait pas plus loin. Est-ce qu’elle avait réellement une tête à regarder la télévision avec un bol de popcorn ? Et, non, elle ne répondait pas à ses questions mais, oui, elle s’octroyait le droit d’insister de son côté. Bon, d’accord, tout était relatif mais, entre une tentative de meurtre et le cul de Roberts, elle s’estimait en droit d’être prioritaire sur les questions.

Abban était… Si elle savait qu’Adrian avait passé quelque temps avec les jumeaux, elle serait déjà allée le voir pour s’assurer de sa santé mentale. Comme quoi, il y a des personnes qui ne font pas vraiment d’efforts pour voir certaines choses se mettre en place. Mais, là n’est pas le problème.

Charlie prit en considération ce que pouvait dire Abban, non sans se demander de quelles autres méthodes il pouvait parler et, surtout, surtout, quel rôle il pouvait tenir dans toute cette histoire. Elle voulait bien croire en sa parfaite innocence mais, malheureusement, on revenait toujours à ce fameux paragraphe 1, du post 3. Stoppée dans ses pensées, elle regarda Abban l’air de ne pas comprendre. Comment ça on essayait tout le temps de la tuer ?

« Mais non, pas du tout. »

Elle ne tenait pas de livre de comptes mais, en fait, ce n’était pas si terrible que ça. Puis bon, du moment qu’on ne faisait qu’essayer, il n’y avait pas lieu de s’alarmer. Et, quand bien même, on dépasserait ce stade pour y arriver, elle ne se sentirait toujours pas concernée puisqu’elle ne serait plus de ce monde. Tout allait bien, dans le meilleur des mondes. Et comme le meilleur des mondes était peuplé d’avocates ayant besoin d’avocate, elle haussa les épaules.

« Rien d’important. C’est en rapport avec l’affaire Graham, j’ai de nouvelles informations concernant son réseau, du coup, voilà. »

Elle balaya le sujet d’un revers de la main, comme si ça ne lui semblait pas important. Laisser entendre, un peu partout qu’elle avait de nouvelles informations sur cette affaire, c’est bien cela que lui avait demandé Leyland, non ? Abban, contre qui elle n’avait absolument rien, était le messager tout désigné. Elle ne savait pas où il trainait, avec qui il était en affaire mais l’Irlandais connaissait un peu le dossier Graham pour y avoir participé, même brièvement alors… Oui, elle était vraiment désolée mais, elle venait de lui mentir sans le moindre problème.

La machine à café, les couloirs du palais, les discussions avec des collègues, c’était ciblé mais ce n’était pas la première fois qu’elle laissait entendre avoir des informations supplémentaires sur cette histoire. Alors, ok, elle se servait d’Abban comme d’un messager mais, si jamais elle devait avoir des problèmes, plus tard, à cause de ça, elle essayerait de lui demander s’il en a parlé à quelqu’un. Histoire de savoir s’il était lié avec un réseau surveillé par un membre de l’unison en particulier et, parce que c’était Charlie, il y avait de grandes chances, si ça arrive, qu’elle conseille à Abban de se mettre à couvert quelque temps.

« Puis, vu ma position et celle du juge, si j’avais été la cible, ce n’est pas quelqu’un de maladroit qu’on a embauché mais de carrément aveugle. »

Moralité : on en revenait à Abban l’innocent.

« Donc tu étais là pour Eisenstein. » Elle hocha la tête. « Pour quelle raison ? » Et avant qu’il ne réponde, elle leva les deux mains en signe d’excuse. « Désolée… Pour répondre à tes questions sur Roberts : non, je ne vois pas de quoi tu parles parce qu’il se trouve que je le trouve bien trop jeune pour m’amuser à marcher derrière lui et de baisser le regard. » Elle prit le temps de réfléchir deux secondes, avant de hausser les épaules. « Mais, tu dois probablement avoir raison ou alors, Linn a les mêmes goûts que toi. »

Parce que si Charlie ne regardait pas, il était arrivé plusieurs fois qu’Aishlinn – en affaires avec l’avocate – vienne au cabinet. Et sur ces fois, il était arrivé que l’irlandaise débarque peu de temps après le départ de Jace… En fait, à bien y réfléchir, elle n’était jamais arrivée en même temps, ne l’avait jamais croisée dans le cabinet, elle arrivait à un autre moment, ou juste après… Juste le temps de, elle aussi, baisser le regard quand le timing le permettait. Sous ses airs assurés, Aishlinn devait avoir un côté timide et c’est pour ça qu’elle s’arrangeait pour débarquer après Jace et ne jamais le croiser. Bref, maintenant qu’elle avait répondu à la question d’Abban.

« Du coup, tu étais là pour quelle raison exactement ? Il faut bien qu’on commence quelque part ? »

Laisser entendre qu’il y allait avoir une enquête, qu’il allait pouvoir y participer. Bref, l’inclure dans ce genre de phrase, ça aiderait peut-être à le faire parler un peu. De toute évidence, ce n’était pas avec ses sourires qu’elle aurait quelque chose de lui, il fallait essayer autre chose.
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Message posté : Mar 13 Mai 2014 - 12:44 Message
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De nouvelles informations sur l’affaire Graham ? Abban avait haussé un sourcil, puis détourné le regard vers l’océan, songeur. Cette affaire Graham était une épine dans son pied. Il ne regrettait pas d’avoir aidé Charlie à s’en sortir, mais force lui avait été de constater que Graham avait des relations, beaucoup, et d’excellentes, au sein du Cartel, et que tout le monde n’avait pas vu d’un aussi bon œil que lui la chute du fameux juge. L’Irlandais était du reste particulièrement frustré que Graham lui-même eût obtenu un passe-droit avec les Fédéraux, en négociant ses informations.

Le dilemme était de taille. S’il laissait entendre que le dossier Graham n’était pas clos et que d’autres risquaient de faire les frais des imprudences du juge, Charlie risquait d’avoir des ennuis. S’il ne disait rien, combien de ses propres clients tomberaient ? Le plus sage était encore de coller l’avocate de près pour déterminer la nature de ses informations. Elle devait bien transporter des dossiers, une clé USB, une carte mémoire, la clé d’une consigne dans une gare, quelque chose dans ce genre-là. S’il parvenait à couper l’herbe sous les pieds de Charlie, tout le monde serait à peu près content.

Mais pourquoi diable lui avait-elle parlé de cette affaire ? Par maladresse ? C’était peu probable. Sous ses airs de sainte, Charlie était une avocate à succès et respectée : Abban savait fort bien que la naïveté ne faisait pas bon ménage avec une semblable carrière. Alors elle le testait, sans doute. Elle le prenait peut-être pour une petite frappe du Milieu qui s’empresserait de répéter ces informations inespérées à ses supérieurs, dans l’espoir de gravir quelque échelon ? D’ailleurs, pourquoi l’aurait-elle vu autrement ? Il s’était tout au plus présenté sous les traits d’un cambrioleur. Ce qui ne résolvait pas la délicate question des motivations qui…

— Pardon ?!

La tentaculaire affaire de justice et de corruption fut brusquement reléguée au second plan.

— Comment ça, Linn a les mêmes goûts que moi ?

Décidément, entre Suzaku et Thunder, sa jumelle avait un sérieux penchant pour l’électricité. Si l’on considérait par ailleurs que des rumeurs commençaient à courir sur Thunder et son colossal coéquipier, que Suzaku ne faisait pas mystère de la variété de ses propres goûts, un triptyque commençait à s’assembler dans l’esprit d’Abban.

— J’vais lui démonter sa face, au coursier, moi.

Hélas, Charlie ne lui laissa pas le loisir de ruminer sa terrible vengeance, qui pour l’instant consister à remplacer tous les vêtements de Jace pour des articles informes tout droit sortis de C&A et propres à susciter le dégoût d’Aishlinn, ou bien à sucrer en douce les plats du jeune héros, pour le forcer à prendre du poids et lui faire perdre ses belles petites fesses musclées. Abban ravala son ressentiment et se força à en revenir à l’affaire principale. Donc, Eisenstein. Il pouvait bien donner un peu, juste assez pour garder Charlie près de lui, le temps de découvrir ce qu’elle savait.

— J’vous l’ai dit, Eisenstein a buté du monde, et du monde dans son propre camp. C’pas forcément comme ça qu’les choses se passent, faut un peu de diplomatie, dans la vie. Du coup, ça a remonté pas mal de mecs, mais descendre Eisenstein, ça servirait juste à aggraver la situation. V’savez, dans c’te ville, on est toujours à deux doigts d’la guerre de territoires, alors bon. Certains s’sont dit qu’c’était mieux si vous vous occupiez de lui. ‘Fin, quand j’dis vous, j’veux dire, v’savez…

Abban fit un vague geste de la main.

— Les flics, la justice, tout ça, quoi. Bref. J’ai donné du grain à moudre, si vous voyez c’que j’veux dire, et du coup, j’voulais voir si ces preuves-là tenaient en audience. Parce que c’est quand même vachement plus soft comme manière d’régler les emmerdes que d’tirer dans l’tas, alors si jamais ça marche bien, ça pourrait servir pour l’avenir.

Oui, remplir les salles d’audience de véritables criminels bientôt condamnés avec de fausses preuves pour des raisons fallacieuses constituait aux yeux de l’Irlandais un beau progrès dans le fonctionnement du Milieu. Évidemment, son petit récit suggérait que son rôle dans cette histoire dépassait un peu celui de simple pion et que sa marge de manœuvre était beaucoup plus grande que celle du petit voyou des quartiers. Et ses explications n’allaient pas tarder à laisser entrevoir encore un peu plus le monde paradoxal et sournois dans lequel il évoluait.

— Après, c’possible qu’un lieutenant d’Eisenstein ait senti l’vent tourné et ait cherché à l’faire buter. V’comprenez, si Eisenstein part en taule, il va continuer à contrôler plus ou moins son orga, ça va juste vivre au ralenti, et ceux qui sont en-dessous d’lui, ils s’ront un peu bloqués. Si on l’bute maintenant, et qu’ç’a a l’air que ça vient d’quelqu’un d’autre, alors le lieutenant prend sa place. Y a une p’tite guerre des territoires avec les concurrents directs, mais ça permet au nouveau boss d’envoyer au casse-pipe les anciens trop fidèles à Eisenstein, ça fait l’ménage et après, ça repart à neuf. Possible aussi que quelqu’un qui en veuille pour de vrai à Eisenstein préfère le voir crevé qu’en taule. Possible qu’le juge soit vraiment la cible et qu’Eisenstein veuille ralentir son procès, l’temps d’décider c’qu’il va faire.

En somme, le monde était compliqué, mais il en ressortait tout de même une constante : s’il fallait trouver une réponse aux événements de la journée, c’était dans la sphère du mafieux russe qu’ils allaient devoir les chercher.
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Message posté : Lun 19 Mai 2014 - 0:38 Message
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En résumé : Abban pensait Charlie assez organisée et prévoyante pour avoir, éventuellement, une consigne dans une gare quelconque. Et Charlie, ne voulait absolument pas imaginer qu’Abban puisse déjà s’être élevé de manière importante au sein d’une organisation. Il était si jeune, si mignon, si… Armé et au courant d’un tas de choses sur la façon dont pouvait fonctionner une organisation. Triste naïveté. Enfin, pour être honnête, la trentenaire avait surtout beaucoup de mal à suivre le téléporteur qui, en plus d’être incapable de rester en place, semblait, d’un coup, trouver bien plus important de se pencher sur les goûts de sa jumelle. Mais… Y a pas deux secondes, n’était-il pas en train de vanter le physique du jeune Thunder ? A force de voir Aishlinn, Abban de manière plus ponctuelle, ou de discuter avec Jonas, Charlie avait abandonné l’idée de comprendre la manière dont fonctionnait une paire de jumeaux. Trop compliqué. L’Irlandais devrait peut-être faire attention, il me semble bien avoir croisé un petit nouveau capable de maitriser le temps, dont les éclairs de façon plus aléatoire… ça n’entre pas dans le « penchant pour l’électricité » de la jeune Aishlinn ?

Charlie secoua la tête, préférant passer sur les envies peu enviables d’Abban vis-à-vis du coursier, auquel elle tenait quand même un minimum. Excellent coursier ! L’avocate bloqua sur une partie du discours d’Abban. Euh… Est-ce qu’il était réellement en train de lui dire – à une avocate – qu’il avait fabriqué des preuves et qu’il s’était pointé au tribunal pour voir si ça fonctionnait ? Ok. Là, il lui fallait deux petites minutes. Abban, petite frappe d’une petite organisation, qui ne faisait cela que pour pouvoir survivre et payer le loyer d’un appartement miteux à Star City – fallait bien qu’elle voit les choses de cette manière pour lui trouver une excuse à jouer sur un plan illégal – avait suffisamment de carte en mains pour créer des preuves dans une affaire qui n’avait rien à voir avec une « petite » organisation. Elle aurait pu s’abstenir de poser des questions, ça aurait un peu moins chamboulé ses convictions ou, alors, il aurait pu faire l’effort de mentir.

« Abban, qu’est-ce que tu crois qu’il va se passer maintenant ? »

Et elle ne parlait pas de la vie au sein de l’organisation d’Eisenstein, dont elle se foutait pas mal pour le coup. Il l’avait dit : « vous », ça prenait en compte la police et la justice dont elle faisait partie. Alors venir lui dire, à elle, que les preuves n’étaient pas réelles, c’était un peu la rendre complice puisque, maintenant, elle le savait.

« Coupable ou non, on ne peut pas simplement inventer des preuves pour permettre l’accusation de quelqu’un. » Enfin si, on pouvait puisque c’est ce qui avait été fait. « C’est… euh… »

Bon là, pendant quelques secondes, elle détestait Abban. C’était injuste de falsifier des preuves et, en même temps, si c’était la seule façon de pouvoir faire accuser un criminel ? Non, elle secoua la tête, elle ne pouvait pas se permettre de commencer à raisonner de cette façon parce qu’elle ne pouvait pas trouver que ce qu’Abban avait fait était une bonne chose.

« Tu ne peux pas faire ça. » Elle aurait, réellement, préféré qu’il ne le fasse pas. « Les gens ne peuvent pas décider de faire de fausses preuves pour faire accuser quelqu’un. »

Elle soupira, passant une main sur son visage, comprenant qu’il existait réellement un fossé entre elle et lui. Ils n’étaient définitivement pas dans le même camp. Dans les faits, ça l’énervait d’autant plus qu’elle trouvait cette méthode bien plus « juste » que de, simplement, abattre une personne.

« Je veux dire, s’il n’y a aucune preuve contre lui, c’est peut-être parce que ce n’est pas lui qui a tué les gens dont tu parles. »

Après tout, rien n’était à écarter. Eisenstein avait peut-être revendiqué ces meurtres pour asseoir son pouvoir, sans que ce soit réellement lui. C’était bien pour cela qu’il existait une justice, un système, pour que personne ne décide de qui était coupable ou non, sans avoir de preuves ? En tout cas c’est ce en quoi elle croyait quand elle avait décidé de commencer ses études. Charlie voulait bien entendre qu’il n’y avait pas que des innocents mais, il y avait des lois, il y avait des protocoles à respecter. Secouant légèrement la tête, elle décida de revenir à la réponse de la première question qu’elle avait posée.

« Tu es conscient que je vais m’en mêler ? »


Rien ne l’obligeait à le dire mais, autant être honnête avec lui. Elle ne laisserait pas passer la possibilité de démonter des preuves qui n’étaient pas réelles. Aucune idée de si elle pouvait le faire ou non, ni même de la manière de s’y prendre mais, elle ne pouvait pas simplement fermer les yeux.
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Message posté : Lun 19 Mai 2014 - 11:13 Message
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Pendant plusieurs minutes, alors qu’elle était en train de lui faire des reproches, Abban fixa Charlie d’un air franchement perplexe. De toute évidence, la logique de l’avocate lui échappait complètement. Il faut reconnaître que pour un adolescent habitué à fuir la justice par tous les moyens possibles, à voir d’autres échapper aux magistrats et aux forces de l’ordre, avec ou sans la complicité de ces derniers, pour un Irlandais qui avait grandi dans un quartier si populaire que tout le monde était déjà un peu coupable par avance et où un petit crime pouvait valoir de grandes peines, tout cela était à la fois bien théorique et bien lointain.

Avec une désarçonnante inquiétude, Abban demanda timidement :

— V’z’êtes fâchée contre moi… ?

À l’entendre, il venait de casser le vase préféré de Charlie ou d’effacer malencontreusement sa VHS du dernier épisode des Feux de l’Amour. Aussitôt, il commença à se justifier nerveusement :

— On parle pas d’un mec que j’ai choppé comme ça par hasard dans la rue. Ça fait des années qu’la police enquête sur lui. Si elle enquêtait pas, j’pourrais planter toutes les preuves que je veux, ça servirait à rien. C’t’un vrai sale type, et v’z’aviez rien sur lui, alors au final, sérieux, j’ai fait qu’donner un petit coup d’pouce au destin. Un peu comme quand… euh… quand… Quand les flics, ils interrogent quelqu’un sans son avocat. C’est pas légal, mais ça s’fait. Ou quand… Quand les témoins mentent à la barre. J’veux dire, c’pas comme si l’système, i’ fonctionnait, si… ?

Ce n’était pas un réquisitoire contre la naïveté de l’avocate, c’était une vraie plaidoirie pour tenter de redorer son propre blason aux yeux de l’une de ses héroïnes favorites. Abban avait sincèrement pensé que Charlie, à défaut de le féliciter comme elle l’aurait dû, allait reconnaître le bien-fondé de son implication dans l’affaire d’Eisenstein, parce qu’il avait, après tout, héroïquement participé à la mise hors d’état de nuire d’un dangereux malfrat. Les reproches inattendus de l’avocate faisaient monter en lui l’angoisse de la répudiation.

— ‘Tendez, j’vais vous montrer.

Ça, en général, c’était mauvais signe. De fait, les deux interlocuteurs disparurent pour se matérialiser à plusieurs kilomètres de là, dans une salle de réunion déserte, mais dont les murs étaient couverts de documents et la table chargée, elle aussi, de cartons et de dossiers. Tous concernaient Eisenstein et ses proches lieutenants. Il fallait regarder par la fenêtre pour se rendre compte que Charlie et Abban venaient d’apparaître, comme si de rien n’était, au troisième étage du quartier général de la SCPD, dans la salle où se réunissait l’équipe ordinairement chargée d’enquêter sur Eisenstein — et que les événements de la journée avaient attirée, évidemment, au Palais de Justice.

Comme si de rien n’était, Abban reprit sa démonstration.

— C’est d’ça dont j’vous parle ! Au pire, j’ai fait qu’accélérer le processus, ‘fin, vous voyez, c’t’une forme améliorée de la justice, quoi, en quelque sorte.

Bien sûr, il passait sous silence le fait que sa soudaine implication dans toute cette histoire eût été commandée par des bandits aussi peu recommandables qu’Eisenstein lui-même et de toute évidence bien mieux organisés, mais il fallait préserver son petit argumentaire : c’était comme un discours d’avocat, on ne pouvait pas dire tout le temps toute la vérité. N’est-ce pas ?

— Et puis…. et puis…

Abban s’interrompit et fronça les sourcils. Il s’approcha de la table centrale et tira un dossier ouvert qui dépassait à moitié de la pile sous laquelle il se trouvait. Il y avait une photographie et quelques pages d’informations usuelles : le permis de conduire, des éléments du dossier scolaire, des relevés financiers. Et sur la photographie, il était impossible de ne pas reconnaître le jeune homme qui avait ouvert le feu en pleine salle d’audience.

— Il s’appelle Jimmy Meyer. C’est bizarre quand même que son dossier soit ouvert là, sous une pile d’autres dossiers. J’veux dire, s’ils l’ont consulté au moment où ils ont reçu l’appel depuis le tribunal, pourquoi est-ce qu’ils auraient rajouté trois tonnes de papiers au-dessus ? Il aurait dû être au-dessus de la pile ? Et s’ils l’ont ouvert depuis longtemps, comment ils ont pu prévoir qu’un…

Abban parcourut quelques lignes des documents.

— … étudiant en théâtre tenterait de buter quelqu’un ?

Abban referma le dossier pour le tendre à Charlie, parce qu’après tout, maintenant qu’elle venait d’entrer illégalement avec lui dans une salle d’enquête, elle pouvait bien consulter des preuves encore confidentielles, violer le secret de l’instruction et faire obstruction à la police. Un peu plus, un peu moins…

— Et s’ils savaient qu’y avait un danger, pourquoi à part les gardes du palais d’justice et moi, y avait personne pour assurer la sécurité d’l’audience ? S’ils avaient voulu qu’le mec réussisse, ils auraient pas fait autrement.

D’accord, il forçait un peu le trait, mais il en avait besoin pour son argument ultime :

— J’suis p’têtre pas l’seul à jouer avec les règles, hein…
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Message posté : Mer 21 Mai 2014 - 17:00 Message
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Charlie le détesta. Vraiment. Ce qui dura, approximativement… Une seconde et demie. Elle le détesta parce qu’elle était incapable de le détester, parce qu’elle était incapable de lui en vouloir, parce qu’elle était incapable d’être fâchée alors que, de toute évidence, il aurait fallu que ce soit le cas. Puis, tient, pendant qu’on y est, elle le détesta pour les expressions qu’il pouvait avoir et qui rendaient impossible de lui en vouloir plus de 2 secondes – limite de temps qu’elle n’avait pas réussi à atteindre, c’est pour dire ! Donc, non, elle n’était pas fâchée contre lui mais, resta à la limite de changer d’avis quand elle se retrouva, une fois de plus, transportée ailleurs.

Elle. N’était pas. Une lettre. Mal affranchie. Qu’on trimballe. D’un endroit. À un autre !

Le temps de s’en remettre – qui a dit qu’on s’y habituait ? D’écouter Abban et sa démonstration. Il trouvait bien vite le dossier qui l’intéressait, ce petit. Charlie tendit la main pour attraper le dossier, fermé, et… Le reposa sur la table avant de tirer une chaise en face d’elle et de la désigner d’un mouvement de tête.

« Abban, assieds-toi, deux minutes. S’il te plait. »

Et croyez bien que je suis désolée de faire en sorte qu’Abban, le téléporteur fou, qui ne tient pas en place, prenne place sur une chaise pour, juste, s’asseoir et ne plus bouger. Une fois fait, elle tira une autre chaise pour s’asseoir en face de lui, légèrement penchée en avant, ses coudes en appuis sur ses jambes. Elle releva les yeux. Bon… Comment dire.

« Il y a des règles. »

Non seulement elle se permettait de lui demander de s’asseoir et, en plus de ça, elle parlait directement de règles. Décidemment, pas très drôle la Charlie.

« S’il doit y avoir enquête, ça ne peut pas se passer de cette façon. Parce que, là, juste on va se retrouver avec des preuves qui ne seront jamais acceptées. » Avocate, faut pas oublier. « Et ce n’est bon pour personne. »

Les preuves seraient rejetées – si procès il devait y avoir – ça laisserait le temps aux responsables de se retourner, de trouver d’autres solutions et on allait en revenir à Abban créant des preuves pour que la justice se fasse. Dans la mesure du possible, elle préférait éviter, quand même.

« On en arrive à la seule règle qui soit importante : tout ce que tu apprends de manière non légale, Abban, je ne veux pas le savoir. »

En y réfléchissant bien ce n’était pas un peu le même discours qu’elle avait servi à Chase la première fois ? En lui disant que tout ce qu’il apprendrait par télépathie, elle ne voulait pas le savoir, à défaut de pouvoir l’empêcher d’utiliser ses pouvoirs. Elle se redressa et prit son téléphone pour appeler un de ses collègues qui était encore au palais de justice. Avoir le nom de la personne en charge de l’enquête sur les lieux ne fut pas très compliqué. L’avantage d’être connue, en plus d’être avocate, c’est qu’on commençait à avoir beaucoup de numéro dans son téléphone, des numéros de ligne directe. Elle composa celui de l’inspecteur sur le lieu qui avait fini par décrocher et, après un bref échange, il expliqua qu’il avait trouvé un portefeuille dans la veste du tireur inconscient. Un remerciement plus tard, Charlie raccrocha et mit son téléphone légèrement en évidence.

« Hormis la présence du dossier ici, je me retrouve avec les mêmes infos que toi et, ça ne demandait pas d’entrer sans autorisation dans un bureau de la SCPD. Alors, si tu veux bien, on va essayer de faire les choses dans l’ordre et de la bonne manière, ok ? »

Sur quoi elle se releva pour faire comprendre qu’elle avait fini et qu’il pouvait à nouveau bouger. Elle pianota sur son téléphone – si se servir d’un ordinateur était compliqué, elle avait vite appris à s’organiser avec un téléphone. Bon, en même temps, pour le coup, elle ne fit que passer un nouvel appel pour avoir une adresse, celle de Jimmy. Au moins si jamais il devait avoir ouverture d’un dossier – ce qui était plus que probable vu ce qui venait de se passer – on ne pourrait pas nier qu’elle avait cherché ces informations de manière normale.

« Il habite sur la 64yh avenue, je propose qu’on commence par-là, voir les gens qui peuvent le connaître, histoire de savoir comment ça se passait pour lui ces derniers temps et éventuellement remonter jusqu’à la personne avec qui il a pu être contact, ou comment il a pu être contacté. »

Un étudiant ne se réveillait rarement, un beau matin, en se disant : tiens, si j’allais tenter de tuer quelqu’un dans un tribunal. Puis, selon elle, ça restait un bon début pour essayer de savoir qui était réellement la cible parce que le Jimmy, sans vouloir l’offenser, il n’avait pas vraiment l’air d’être le tireur de l’année. Bref, pour une fois, Charlie donnait un accord muet pour être transportée ailleurs parce qu’elle se voyait assez mal traverser les locaux comme si tout était normal.
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Message posté : Jeu 22 Mai 2014 - 16:41 Message
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Abban n’avait pas l’air ravi. D’abord, il était assis — par conséquent, il frappait le sol du talon, très vite, et son regard, qui avait une seconde fixé celui de Charlie, se mit à détailler successivement le plafond, les autres chaises, les dossiers, l’immeuble d’en face par la fenêtre, le bureau d’à côté, à travers le mur et Thabo en train de faire des mots croisés, à Nalebo Hall, à quelques mètres de là. Mais je vous vois venir, bande de petits médisants : sachez que ce ne fut cependant pas d’une oreille distraite qu’il écouta les réprimandes maternelles, enfin, je veux dire, les réprimandes austères de Charlie. Il avait compris la leçon : il pouvait tout apprendre de manière illégale, tant qu’il présentait ça sous un autre jour, de manière crédible, à l’avocate. C’était exactement ce qu’elle venait de lui dire. (Comment ça, non ?)

La Texane n’avait pas prononcé sa dernière syllabe qu’ils étaient déjà en train de sonner chez la concierge d’un immeuble de la soixante-quatrième avenue. Une vieille dame ouvrit la porte et Abban s’exclama avec un sourire enjôleur :

— B’jour Madame…

Le regard de l’Irlandais s’égara un très bref instant sur une enveloppe de courrier posée sur la table du salon, à quatre mètres de là.

— … Corvyle.
— Euh… Bonjour.
— J’m’appelle Josh, ‘fin, Joshua, j’suis l’cousin de Jimmy. L’hôpital m’a envoyé récupéré quelques affaires chez lui.
— L’hôpital ?
— V’z’êtes pas au courant ?

Abban baissa la voix et murmura d’un air grave :

— Il a tiré sur un juge, et puis il s’est évanoui.
— Sur un juge ?

Il y avait comme de l’écho. Abban hocha la tête, puis fit tourna de l’index à côté de sa tempe.

— Depuis qu’il a rompu avec Christy, j’crois qu’il débloque un peu.
— Christy ?
— Mais ouais, sa copine, ‘fin son ex, v’s’avez, la jeune fille, là, mignonne, enfin, plutôt, enfin, ça va, quoi, taille moyenne, avec l’blouson, là…

Autant dire que ça pouvait correspondre à peu près n’importe qui.

— Euh.. Oui. Peut-être.
— Vous auriez pas les clés, des fois ?
— Si. Bien sûr, si, attends…

La vieille dame disparut dans son appartement et Abban se retourna vers Charlie, avec son indémodable sourire angélique.

— V’voyez qu’on entre pas par effraction.

Ils gravirent bientôt les escaliers qui menaient au premier étage avec une lenteur consternante. Heureusement, la concierge ne se rendit pas compte que, derrière elle, Abban avait disparu pendant quelques secondes, le temps d’aller souffler une réponse à Thabo, et qu’il était réapparu juste au moment où elle se retournait vers lui, pour lui désigner la porte de son prétendu cousin. Abban hocha la tête et ils furent bientôt introduits dans un petit studio assez mal rangé, que la concierge n’avait de toute évidence aucune envie d’explorer elle-même : elle leur laissa donc la clé en leur faisant promettre de la lui remettre, au rez-de-chaussée, quand ils en auraient fini.

Sur quoi, Abban disparut (évidemment) pour se matérialiser près de la fenêtre qu’il ouvrit, histoire d’aérer le lieu de leur investigation. Puis il se laissa tomber sur la chaise informatique et laissa négligemment sa main, donc sa montre, trainer du côté de l’ordinateur portable. Pendant que Macha piratait discrètement le disque dur, Abban adoptait un air dégagé.

— Et maintenant ? Parce que moi, j’ai pas super envie d’fouiller dans ses slips, v’voyez. En plus, sérieux…

De sa main libre, Abban désigna un sous-vêtement qui apparut sur le lit au même moment, après avoir disparu, sans aucun doute, d’une pile de linge sale.

— … qui porte encore des trucs pareils ? ‘Faut dire, vu les bouquins qu’il lit…

Et qui se téléportaient de la bibliothèque au bureau, le temps pour Abban de les feuilleter — après quoi les livres retrouvaient comme par magie leur place, si tant est que les objets (et les gens) eussent véritablement une place bien définie dans l’univers apparemment tout à fait chaotique de l’Irlandais. Lequel Irlandais bâilla largement, tandis que son sens de l’ouïe traversait la ville pour se fixer sur Macha. Dans le parc de Nalebo Hall, la voiture déclara dans le vide :

— Téléchargement terminé.

Et sur la soixante-quatrième avenue, le cambrioleur cessa de s’étirer pour se relever et se frotter les mains.

— Moi, j’dis, si on a pas l’droit d’cracker ses mots d’passe, faut fouiller ses exposés. Parce qu’il les a faits avec des camarades de classe, et que du coup, c’est des amis, ‘fin plus ou moins, et c’est eux qu’on cherche. Ou alors sinon, on va sur son Facebook. Ouais, en fait…

Les enquêtes du vingt-et-unième siècle. Abban sortit son téléphone portable et se mit à chercher, sur Twitter et Facebook, leur suspect du jour.
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Message posté : Mer 4 Juin 2014 - 19:19 Message
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En fait, oui, c’était exactement ce qu’elle lui avait dit : apprends ce que tu veux, comme tu veux mais, ne le présentes jamais de manière illégale. 1, ce n’était pas la peine d’essayer d’apprendre à quelqu’un de faire dans la légalité, juste avec quelques mots placés dans une salle où ils n’auraient jamais dû se trouver. 2, croire qu’on apprenait plus de choses de manière légale était une utopie, le tout était de faire en sorte que ça ne sache pas. Sainte Charlie ! En revanche, ce qu’elle ne lui avait pas demandé, c’était un avis sur la tendance dont les jeunes devaient faire preuve vis-à-vis de leurs sous-vêtements. Elle ouvrit la bouche puis… La referma en se disant qu’il ne servait à rien d’expliquer à Abban qu’elle n’était pas experte en slip – des slips, sérieusement ?!

Non, bien sûr que non, il n’était pas possible de cracker des mots de passe. Jamais Charlie ne s’était retrouvée à appeler Chase pour lui demander comment rentrer dans un ordinateur. Pas bien. Rappelons que Sainte Charlie ne donnait pas dans ce genre de pratique alors, tout naturellement, elle se détourna pour aller regarder sur une étagère pendant qu’Abban jouait les investigateurs du vingt-et-unième siècle. Pendant qu’elle parcourait quelques photos, elle attrapa son téléphone d’une main et une carte d’anniversaire de l’autre. Son appel, après quelques formules de politesse, dériva sur ce qui l’intéressait.

« Est-ce que tu peux regarder, s’il te plait, si dans la section de Jimmy Meyer il y a un Dany ? »

Il y avait quelques photos avec un type de son âge, devant un bâtiment scolaire ou autre endroits. La seule carte d’anniversaire présente sur l’étagère n’était pas une commune mais, une signée par un certain Dany. Ça ne coutait rien d’essayer.

« Je n’ai pas de Dany mais un Daniel Doyle. »
« Tu peux m’envoyer une photo et l’adresse, s’il te plait ? »

Quelques secondes plus tard, Charlie reçut le message et put comparer l’image d’un dossier à celle des photos présentes. Un sourire sur les lèvres, elle se retourna vers Abban pour lui donner le nom qu’elle avait. Un nom qu’il devait sûrement avoir trouvé sur les réseaux sociaux qu’il avait parcourus. Euh… Elle avait l’adresse, lui pas forcément, non ? Et la bonne nouvelle c’est qu’il n’habitait pas très loin d’ici. D’un autre côté, il ne se levait pas pour récupérer un livre dans une étagère alors, forcément, vu de cette manière, l’appartement de Daniel était forcément loin.

Clé déposée – il ne vaut mieux pas se demander comment – et une téléportation plus loin, Charlie était devant la porte d’un appartement, une main sur le mur. Qui a dit qu’on s’habituait déjà ? Elle frappa, un peu vaseuse, à la porte pour se retrouver nez-à-nez avec un jeune de l’âge de Jimmy.

« Daniel Doyle ? »
« Dany, je préfère Dany. » Son regard se posa vraiment sur Charlie. « On se connait ? »
« Non, je ne pense pas. »
« Je suis sûr de vous avoir déjà vu. » Là, ce n’était pas impossible. « Ha, je sais. Charlie Lane, c’est ça ? »
« C’est ça. » Le type pencha la tête pour voir Abban.
« Ah ouais, en fait, vous n’avez pas mis longtemps à remplacer Chase Neutron-Grey. »
« Quoi ? Non. »

Mince… C’était vraiment de la déception qu’on pouvait lire sur son visage ? Vraiment, vraiment… Vraiment, trop bizarre. Il espérait quoi ? Pouvoir prendre la place de NG ? Non parce que, apparemment, Charlie était spécialisée dans les jeunes autour de la vingtaine – là c’était bon – mais ils devaient aussi être homo et, sur ce point, elle n’était pas certaine que Daniel entre dans cette catégorie. Elle secoua la tête, et décida de reprendre les choses en main.

« On est là pour Jimmy. »
« Il a des problèmes ? »
« Disons que les choses ne s’annoncent pas très bien pour le moment. Il vous a semblé comment ces derniers temps ? »
« Un peu préoccupé. En fait, pour être honnête, on ne se voyait pas trop depuis trois mois. Il m’évitait en cours, ne répondait plus à mes appels et quand j’arrivais à le croiser, il prétextait quelques choses d’urgent. »
« Il s’est passé quelque chose ? Vous vous êtes disputé sur un sujet ? »
« Non, non. Enfin pas vraiment. En fait c’est depuis l’arrivée d’un type, Dylan. Ils ont commencé à passer beaucoup de temps ensemble et, petit à petit, Jimmy a commencé à prendre ses distances. Un jour j’en ai parlé à Jimmy mais il m’a envoyé baladé en me disant que je ne pouvais pas comprendre, blablabla et, depuis, plus de nouvelles. »
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Message posté : Dim 8 Juin 2014 - 15:54 Message
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— Non…

[…]

Sérieux.

[…]

Genre.


Ponctuèrent la découverte par Abban de la page Facebook du suspect. Depuis quelques semaines, elle n’était plus aussi active qu’à l’ordinaire, mais il avait tout de même accès à des conversations grotesques sur la meilleure manière de séduire les filles, sur la chaîne de burgers la plus savoureuse ou sur des groupes de musique tellement mainstream que l’Irlandais levait de temps à autre les yeux au ciel pour signifier l’ampleur de sa désolation. Il finit par marmonner, du haut de ses dix-neuf ans :

— Les jeunes de nos jours…

Il rentra le nouveau nom donné par sa partenaire dans le crime.

— Donc, Dany, il aime Metallica…

Abban releva les yeux et hocha gravement la tête.

— Ouais, Metallica. Sérieux. Bref, il sort avec Kimberley, qui est étudiante en droit, même si c’est trop la loose, parce que les profs, ces fdp, lol koi. Kikoo smiley, smiley, smiley. Bla bla bla, il veut devenir pompier, bah mec, va falloir faire des pompes, parce que là, tu peux faire danseuse de ballet, à la rigueur…

Sans pitié, l’hôpital se moquait de la charité.

— Manifestement, il a une passion pour les tee-shirts aux couleurs indéfinissables. Et mal coupés. Et juste, je sais pas : franchement moches.

Bref, tout cela ne paraissait pas violemment utile, mais lorsqu’ils débarquèrent devant la porte de Daniel, Abban connaissait nombre des petits détails intimes de la vie de leur nouvel interlocuteur et, quelque répugnance que lui inspirât le tee-shirt de celui-ci, l’Irlandais hocha la tête et murmura d’un air grave :

— C’est l’effet Dylan, ça…
— Quoi ?
— Quand j’ai su que… On peut entrer ? Merci.

Abban s’était invité sans ménagement dans l’appartement de Dany.

— Tiens, toi aussi, t’aimes Metallica ?

Interrogea-t-il en désignant un poster à l’effigie du groupe.

— Cool. Ouais, bref, Dylan est comme ça, il, je sais pas trop comment dire, il t’embrigade dans des trucs à la con, genre pas secte, mais si un peu, c’est ta meuf ? Canon.
— Si tu pouvais ne pas toucher au…
— Moi, j’étais complètement à l’ouest, heureusement j’ai rencontré Maître Lane, tu vois, elle m’a tiré d’affaire et tout, mais ça a pris du temps, la drogue, tout ça, affreux, mais j’ai trouvé Jésus et voilà.
— C’est important, la religion.
— Trop. ‘Fin bref, pendant c’temps, Dylan, il avait un peu disparu d’nos radars. Avant, il était à New York.

Dany prit un nouveau bibelot des mains d’Abban, qui s’était mis à tripoter tous les petits objets qui lui passaient sous les yeux.

— Oui, ben il est plus à New York, parce que Jimmy l’a rencontré à la BU.
— La ?

Dany regarda Abban comme un extraterrestre et précisa :

— La bibliothèque universitaire.
— Ah ouais, ça doit être l’idéal, c’est sûr, pour recruter des g…

…eeks sans vie sociale. Abban s’interrompit, leva les yeux et acheva avec un faux sourire :

— …ars travailleurs, et tout.
— J’suis pas sûr de voir en quoi exactement je peux vous aider. Je l’ai vu qu’une seule fois le type, mais comme vous savez déjà à quoi il ressemble.
— Ouais, ‘fin, j’l’ai vu dans ma période punk…

Dany dévisagea Abban en essayant de l’imaginer avec les cheveux dressés, des vêtements déchirés et un air défoncé.

— … alors à moins qu’il s’balade en iroquoise au milieu des bouquins…
— Ça ne serait pas très discret.
— Voilà.

Silence.

— Donc ?
— Donc quoi ?
— Ben, il a quel look, maintenant ?
— Bah j’sais pas, un peu la barbe, brun, grand, plutôt baraque. Rien de particulier.
— OK. Bon, ben on va se débrouiller.
— Mais qu’est-ce que vous comptez faire exactement ?

En voilà une bonne question. Abban commença évasivement :

— On va faire une motion dans une juridiction de… la cour des référés de… l’appel aux grandes instances pour… un arbitrage de la commission… qui enquête sur… Les sectes.
— Ça a l’air compliqué.

Le jeune homme haussa les épaules.

— C’t’elle l’avocate.

Dany hocha la tête, l’air tout de même un peu perplexe, mais déjà Abban lui tendit la main pour dire au revoir et, quelques secondes plus tard, ils descendaient les escaliers de l’immeuble tandis que le jeune homme réfléchissait à haute voix.

— N’empêche, le mec, il est zarb. Genre il croit qu’on pourrait sortir ensemble. V’z’avez au moins, j’sais pas…

Abban détailla le profil de Charlie et hasarda :

— Cinquante ans ? ‘Fin, tout l’monde sait qu’v’z’avez un truc pour les jeunes, mais bon, quand même.

Lorsqu’ils arrivèrent dans la rue, Abban proposa :

— On prend un taxi ?

Parce que Charlie n’avait pas l’air de supporter tant que cela les téléportations et qu’il était hors de question de lui montrer Macha. En temps ordinaire, il eût emprunté une voiture dans la rue, mais l’avocate pouvait être un peu pointilleuse.
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Message posté : Lun 23 Juin 2014 - 16:44 Message
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Abban avait une manière, disons, bien à lui de mener une sorte d’interrogatoire. D’un autre côté, c’était assez efficace alors autant le laisser faire. Dany semblait surtout vouloir répondre pour se débarrasser de cet Irlandais touche à tout – et je parle bien des objets de la pièce, évidemment ! Finalement, l’essentiel à retenir c’était la description assez évasive et commune de Dylan et que la rencontre s’était faite à la BU qui, apparemment, n’était pas le genre d’endroit qu’Abban devait fréquenter. La vie des jumeaux avait toujours été une énigme pour l’avocate. Si elle côtoyait plus souvent Aishlinn, que son jumeau, elle n’arrivait jamais à tirer la moindre information de l’adolescente qui restait toujours évasive sur un tas de choses.

Charlie remercia Dany qui, de son côté, commença à expliquer que sa copine n’en reviendrait pas que Charlie Lane se soit retrouvée dans son appartement. Un sourire poli sur les lèvres, la trentenaire préféra fuir les lieux plutôt que d’écouter ce que penserait éventuellement une petite amie qui suit des études de droit. Dans l’immeuble, elle haussa les épaules, ça commençait à devenir une habitude de l’associer à des fréquentations bien trop jeunes pour elle.

« Sérieusement ? » Cinquante ans ? Elle le regarda, avec un sourire amusé avant de secouer la tête. « Je n’ai même pas l’âge d’être ta mère alors, si tu pouvais éviter de me vieillir à ce point. »

Elle ne s’en formalisa pas réellement, s’interrogeant surtout sur les parents des jumeaux. Est-ce qu’ils étaient en ville ? Est-ce qu’ils étaient en vie ? Parce qu’il était assez compliqué d’imaginer les Mac Aoidh avec un environnement considérer comme « saint » autour d’eux ou avec un semblant d’autorité parental. Chose qu’elle ne risquait pas de critiquer vu son propre environnement familial. Elle resta toujours avec un ton léger, pas vraiment vexée par les propos d’Abban.

« En fait, tout le monde imagine que j’ai un truc avec les jeunes . » Elle haussa les épaules. « Mais, en réalité, je les aime bien quand ils sont dans la trentaine. »

Qu’ils avaient des fossettes, aussi. Manque de chance, les mages ne faisaient pas partie du programme de Charlie, si toutefois elle avait un programme. Sérieusement, c’était loin d’être sa principale préoccupation. Difficile de s’accorder du temps quand on se retrouvait avec beaucoup d’affaires, entouré de personnes avec des pouvoirs hallucinants, sans parler des menaces à son encontre à cause d’un frangin qui participe à des activités illégales, et la liste pouvait encore être longue.

« Un taxi ? Oui, c’est bien. »

Il devrait tenir en place, sur une banquette arrière mais, pas grave. Juste ce trajet-là, le temps de se remettre des précédentes téléportations et, ensuite, elle pourrait les envisager à nouveau. En bonne citadine, incapable de voler la voiture du coin, elle interpella bien vite un de ces véhicules jaunes pour lui demander de se rendre à la bibliothèque universitaire où Jimmy avait rencontré Dylan. Peut-être que, là-bas, quelqu’un serait en mesure de donner une description plus poussée ou qu’il y avait même des caméras montrant cette rencontre.

Dans le doute – avec Abban, on ne sait jamais – non, la banquette arrière n’était pas des plus confortables. Non, il n’y avait pas d’écran intégré au support de tête des sièges avant. Non, le chauffeur ne pouvait pas aller plus vite, ne disposant pas d’aptitudes spécifiques. Oui, la voiture ne disposait que de 5 vitesses – inconcevable ! Oui le chauffeur avait eu son permis de manière parfaitement légal après des heures de conduite avec un prof. Oui, le prof était agrémenté pour donner des cours de conduite…Charlie paya en arrivant et s’éclipsa assez vite de la voiture par la suite.

En fait, ça faisait une éternité qu’elle n’était pas entrée dans une bibliothèque universitaire. Ils avaient à peine passé le détour d’un couloir que Charlie entra en collision avec une petite jeune, même pas la vingtaine, dont les livres qui surchargeaient ses bras s’étalèrent au sol.

« Je suis désolée. » Accroupie, elle commença à ramasser ses livres. « Ça m’arrive tout le temps. »

A croire qu’elle avait besoin de se justifier pour laisser entendre que les deux autres n’y étaient pour rien. Charlie, dans un élan de compassion, s’accroupit à son tour pour l’aider à reformer la pile de livres.

« Vous venez souvent ici ? »
« Oui, pourquoi ? »

Pour la première fois, l’adolescente de 19 ans, releva les yeux sur Charlie et ne mit pas longtemps à faire le rapprochement entre ce visage et celui de l’avocate. En bonne légionnaire qu’elle était, elle se tenait au courant des gens qui pouvaient, éventuellement être des alliés.

« On cherche à retrouver quelqu’un. »
« Si vous avez son nom, vous devriez pouvoir regarder pour savoir quand il est venue. On a des badges quand on emprunte des livres qui laissent une trace informatique. »
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Message posté : Mar 24 Juin 2014 - 15:08 Message
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— J’ai mal aux fesses.

Abban changea de position.

— J’ai mal au dos.

Abban changea de position.

— Où est-ce qu’j’suis censé mettre mes coudes ?

Abban changea de position. En attendant, il n’avait toujours pas attaché sa ceinture de sécurité et le chauffeur, à l’avant du taxi, était à deux doigts de fondre en larmes, de donner sa démission et de partir élever des chèvres muettes dans les Andes.

— Pourquoi on va si lentement ? Y a un problème avec le moteur ?
— On. Respecte. Les limitations. De vitesse.

Silence.

— Ben pourquoi ?

Le chauffeur, dans le rétroviseur central, lança un regard noir à Charlie, comme s’il attendait d’elle qu’elle maîtrisât son fils. Ce fut dans ces conditions, ponctuées de :

— On arrive bientôt ?

Et de :

— Y a pas la clim ?

Que le duo de choc parvint à la bibliothèque universitaire. Abban s’arrêta un instant devant les affiches qui envahissaient un panneau à l’entrée : certaines vantaient les mérites de fêtes étudiantes, d’autres annonçaient la projection d’obscurs films français de la Nouvelle Vague et d’autres encore détaillaient le programme de la prochaine séance d’une association féministe/néo-marxiste/critico-théoriste/crypto-léniniste/anarcho-primitiviste ou de poterie. Abban lut tout haut :

— « Une analyse critique et post-coloniale des grands événements sportifs : le cas de la Coupe du Monde de football au Brésil. » ‘Tain, c’bien vous, ça, les Américains : pour une fois qu’vous vous intéressez à un vrai sport, c’pour faire chier. Nan mais j’vous jure…

Quelques secondes plus tard, la Texane agressait une étudiante britannique avec sa carrure de quarterback. Lorsque l’étudiante se confondit en excuse, Abban esquissa une moue légèrement contrariée : c’était bien sa veine, ça, ils tombaient d’entrée de jeu sur une Anglaise. Sans rien dire — ni, d’ailleurs, lever le petit doigt pour aider les deux femmes à ramasser les livres, il n’allait pas non plus prêter son assistance à l’envahisseur londonien, il ne manquerait plus que cela — Abban écouta tout de même les conseils de la Britannique et, tandis que celle-ci avait les yeux baissés sur ses livres, il en profita pour disparaître.

— Salut.

La bibliothécaire manqua de sursauter en détachant le regard de son écran d’ordinateur.

— Je ne vous avais pas vu.
— Ah ? Ouais, désolé.

Abban laissa son bras, donc son poignet, donc la Machmontre, posé par de l’unité centrale.

— J’crois qu’j’ai des livres en r’tard.
— Vous avez votre carte d’emprunt ?

Sa main libre derrière son dos, Abban y transporta la carte d’un étudiant qui observait les livres proposés à l’emprunt pour l’été, et il la tendit à la bibliothécaire, qui compara d’un air perplexe la photographie d’identité de mauvaise qualité au jeune homme qui lui faisait face.

— Ouais, c’tait quand j’avais encore la barbe.
— Hmm hmm.

La carte fut passée sous le scanner.

— Non, c’est bon. Il faudra juste rentre l’exemplaire de… The Life and Opinions of Tristram Shandy, gentleman la semaine prochaine.
— OK, cool.

Abban récupéra la carte, qui disparut dès que la bibliothécaire ne le regarda plus pour réintégrer sa place dans le portefeuille de son légitime propriétaire, et il revint vers Charlie et Amber, les yeux fixés sur sa montre — et néanmoins capable, avec une aisance déconcertante, de ne rentrer dans aucune des personnes qui croisaient son chemin. Une fois qu’il fut prêt des jeunes femmes, Abban pressa une image sur sa montre et son téléphone vibra. Il sortit cet outil plus traditionnel où était désormais afficher le profil d’emprunter d’un certain Dylan Monroe, barbu.

— C’est l’seul qui correspondait.

Abban fit défiler l’historique des emprunts.

— Il lit surtout des trucs de… euh…

Les titres ne lui étaient pas très perméables : le seul mot qu’il comprenait vraiment, dans la plupart d’entre eux, était « anarchisme », mais il laissa à Charlie le soin de donner plus de sens aux inflexions générales que leur lecteur mystère donnait à cette théorie générale. En attendant, Abban observait Amber.

— Vous l’connaissez ?

Il tourna le téléphone pour lui montrer la photographie et se souvint un peu tard que, contrairement à lui, Charlie ne pouvait probablement regarder que les objets qui étaient devant ses yeux. Il remit le téléphone en place en murmurant :

— Désolé.

Son attention fut un temps distraite pour trois étudiants et Abban comprit soudainement tout l’intérêt d’une bibliothèque universitaire : aux premiers jours de l’été, elle était pleine de jeunes gens dont les tee-shirts moulants dessinaient les muscles — je vous conseille d’ailleurs la section Droits, toujours très bien achalandée.

— Hmmm…

Abban parvint miraculeusement à reprendre ses esprits, à se souvenir que quelqu’un avait tiré des coups de feu en plein tribunal et que des pectoraux, aussi bien formés fussent-ils, étaient hélas, dans ce monde cruel et violent, moins importants que la sécurité publique. Il reporta son attention sur Amber.

— Ouais, donc, ça t’dit quelque chose ? Il a pas essayé d’te recruter pour un truc chelou, des fois ?

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