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Et là, un salon. Encore.

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Message posté : Jeu 24 Avr 2014 - 17:24 Message
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— T’as peur ?

Abban avait le talent des gens qui demandaient « t’es stressé ? » dans le seul but de communiquer leur stress.

— Y a pas à avoir peur, ça va bien s’passer.

De toute évidence, l’Irlandais essayait de se convaincre lui-même. Mais il fallait le comprendre : de son point de vue, faire visiter à Jake Nalebo Hall et, éventuellement, le présenter à Thabo Asmal, le présenter à Thabo Asmal surtout, à vrai dire, c’était un peu comme le présenter à son père, si son père avait été quelqu’un de respectable. Mais son père vivait dans une cellule d’une petite prison irlandaise à des milliers de kilomètres de là, en tout c’était ce qu’il croyait, et Thabo en tenait lieu dans son existence, sans qu’il voulût l’avouer clairement.

Bien sûr, le Sud-Africain n’avait jamais commenté la vie personnelle des jumeaux. Pour ça, il aurait déjà fallu la comprendre, mais les jumeaux n’en parlaient pas beaucoup entre eux, pour éviter les disputes. À peine l’homme savait qu’Abban avait quelqu’un et qu’Aishlinn… eh bien qu’Aishlinn était, disons, populaire. En dehors de cela, tout était un peu flou et il ne savait pas exactement comment s’y prendre, pour poser des questions dans le domaine à deux adolescents qui ne comptaient pas parmi les plus aisés à contrôler qu’il eût jamais connu. Du reste, il n’était pas sûr de vouloir véritablement avoir des détails.

Du coup, pour Abban, l’opération Visite à Nalebo Hall était comme un grand saut dans l’inconnu. Avec son courage habituel pour ce genre de choses, il n’avait absolument pas préparé le terrain. Tout ce qu’il avait fait, c’était de s’assurer qu’Aishlinn ne serait pas présente, pour éviter entre elle et Jake une confrontation qui pourrait virer au carnage, et en réalité, il espérait secrètement que Thabo serait occupé par il-ne-savait-trop-quel club de poker, comme il arrivait parfois. La visite du manoir était amplement suffisante.

— Moi, j’ai pas peur.

Bien sûr. Et c’était sans doute parce qu’Abban ne redoutait pas le moins du monde d’arriver qu’il avait fait adopter à Macha une allure de promenade, le long de la route qui s’éloignait de Star City pour gagner les environs, là où la campagne le disputait aux spacieuses propriétés. Le décor des Marais où était sis l’As de Pique, la demeure du Gang des Fables, était derrière eux depuis très longtemps et l’agitation de la ville des supers également. Plus ils progressaient, plus il devenait évident que ce n’était pas dans les parages que l’on irait sonner chez son voisin pour demander un paquet de sucre.

Malgré tous les efforts de l’Irlandais pour rouler lentement sans paraître franchement suspect, le mur d’enceinte de Nalebo Hall ne tarda pas à se dresser devant eux, coupé en son centre par une grande grille en fer forgée où le nom de la propriété se dessinait entre lettres de métal élégantes. Tout le mur était bordé à l’intérieur par des arbres, qui se regroupaient en perspective sur le sentier s’enfonçant à l’intérieur du parc, si bien que, depuis la route, la bâtisse elle-même était impossible à percevoir. L’ensemble dégageait une impression d’ancienneté vénérable et pourtant, les grilles s’ouvrirent d’elles-mêmes à l’approche de Macha, pour se refermer derrière à elle : à Nalebo Hall, la sécurité électronique était bien cachée, mais elle était omniprésente.

Les pneus de la voiture crissaient légèrement sur le menu gravier de l’allée. Un petit kilomètre plus loin, les arbres se séparaient et, sur un vaste plateau rehaussé de quelques marches, un manoir imposant se dressait sur plusieurs étages, la surface couverte de lierre. À l’est, au nord, à l’ouest, le parc rencontrait la forêt et l’on ne pouvait que supposer qu’au-delà, le mur d’enceinte continuait, qui fermait une propriété sans limite clairement visible. Noyé dans la verdure du parc, des jardins et de la sylve, le manoir dominait une fontaine qui servait en réalité d’entrée secrète à la base souterraine, mais ce fut plus traditionnellement devant un perron monumental que la voiture se rangea, pour laisser ses occupants sortir.

Abban avait trouvé, lors de ses premières visites, quelques jours même après son installation encore, Nalebo Hall un peu intimidant, puis à force d’y vivre, il avait appris à se sentir chez lui dans les très nombreuses pièces du manoir. On était loin ici de ce qu’il avait connu toute son existence, de la petite maison aux murs moisies de Dublin, sur Malachi Road, et de l’appartement miteux de la Lincoln Street, que les jumeaux avaient occupé à leur arrivée à Star City. Nalebo Hall était à la mesure du succès des Mac Aoidh, et d’Abban en particulier, au sein du Cartel.

Les yeux du jeune homme parcoururent un instant la façade, comme s’il la découvrait pour la première fois, et il murmura :

— Y a personne.

Il fallait le croire sur parole, mais il le sentait, et c’était pour lui un soulagement. Sa main chercha celle de Jake pour s’y refermer et il l’attira à l’intérieur d’un vestibule à la mesure de la bâtisse.

— On visite l’manoir, d’abord ? Ensuite, on verra c’qu’y a en d’ssous, s’tu veux. Puis y a l’parc, i’ fait beau, c’serait dommage d’pas en profiter.

Abban, passionné de voitures et de mode, offrait un étrange contraste, dans ce décor sans âge apparemment perdu au milieu de la nature, mais on ne pouvait douter, à en juger à son sourire, qu’il était finalement heureux de faire découvrir son monde à son compagnon.
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Message posté : Ven 25 Avr 2014 - 19:56 Message
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Abban avait beau affirmer qu’il n’avait pas peur, ce qui aurait très bien pu faire monter un peu le stress chez son compagnon, Jake n’était pas dupe. Lui avait hâte d’enfin découvrir Nalebo Hall, après des mois de relation, alors que l’Irlandais semblait se mettre lui-même la pression quant à la visite à venir. D’ailleurs, Macha roulait à une vitesse anormalement basse. Entre l’As de Pique et leur destination, elle aurait en temps normal été beaucoup plus rapide, mais elle se traînait presque. La principale question que se posait Jake, c’était « y aurait-il quelqu’un ? ». Aishlinn ne serait sans doute pas présente, il avait bien compris que la première rencontre ne se ferait que quand Abban serait lui-même prêt à faire les présentations. En revanche, Thabo serait peut-être là… La Voiture s’engagea dans l’allée de gravier, et bientôt, le manoir apparut.

Wow, commenta Jake, en découvrant l’imposant edifice.

Il s’était demandé souvent à quoi ressemblait la demeure, et même s’il s’en était fait une idée assez proche de la réalité, il avait sans doute sous-estimé sa taille. Un détail qu’il avait aussi omis, la présence abondante de lierre sur la façade. En fait, ça ressemblait pas mal au manoir de Bruce Wayne. Macha se gara devant le perron et les deux jeunes hommes en sortirent. C’était encore plus impressionnant quand on était juste devant la porte. Abban utilisa son pouvoir pour vérifier qu’il n’y avait personne et, en effet, il n’y avait personne. Rencontrer Thabo Asmal ne serait donc pas pour cette fois. Non que Jake ne l’eût pas déjà croisé, il avait même le souvenir de l’avoir aperçu à une table de poker, mais ce n’était pas arrivé depuis que le Sud-Africain était devenu « responsable » des jumeaux.

Ouais, on visite ! Y a l’air d’y avoir tellement de pièces ! Même si on en a pour des heures, j’m’en fous, j’ai toujours rêvé de mettre les pieds dans un lieu comme ça !

Sans lâcher la main de son petit ami, il prit l’initiative de s’avancer dans le salon. Quand on connaissait Abban, il était assez difficile d’imaginer qu’il puisse se sentir bien dans un environnement aussi… hors d’âge. Les hauts plafonds, les boiseries, le mobilier, tout ça était loin de la modernité et, malgré le cachet, ça ne correspondait pas à l’Irlandais. Et pourtant, c’était bien là qu’il vivait. Et en découvrant la taille de l’endroit et le nombre de pièces, il imaginait très bien le téléporteur se rendre d’un point à un autre en un claquement de doigts.

C’est fou, quand même, j’trouve… En fait, je t’aurais bien imaginé dans une villa moderne, avec un style épuré, un peu comme… Tony Stark, tu vois ? Pas Bruce Wayne…

Il y eut ensuite un passage par la cuisine, qui était la pièce la plus important, ou en tout cas pas très loin. Ce qui rappela un souvenir à Jake. Quelque chose qu’ils n’avaient plus évoqué depuis un moment.

Au fait, tu devais m’donner des cours de cuisine, on a toujours pas eu l’occasion… Là y a vraiment tout le matos, c’est une cuisine super-équipée, faudrait s’y mettre !

La seule cuisine suréquipée qu’il connaissait, c’était celle de Shrek. Et même si le Russe avait la patience pour donner quelques cours, il était un autre type de cuisinier qu’Abban. Il était un cuisinier qui avait une longue expérience, tant en pratique qu’en théorie, tant derrière les fourneaux que devant une assiette.

D’ailleurs, le restau, il ouvre quand ? Tu me feras visiter ? S’tu veux, j’peux m’occuper un peu d’la déco, en faisant de la peinture.

L’idée avait germé dans son esprit. Il ne savait pas exactement quel allait être le concept de l’établissement, mais peut-être qu’une fresque recouvrant tout un mur ne serait pas une mauvaise idée. La suggestion était faite. Le rez-de-chaussée comportait encore de nombreuses pièces, notamment plusieurs petits salons. Jake n’en voyait pas vraiment l’utilité, en fait. À moins d’inviter énormément de gens, qui pouvaient ainsi s’éparpiller un peu, les pièces ne devaient pas être visitées très souvent…

On va à l’étage ? Y a ta chambre, là-haut, hein ? À moins que t’aies plusieurs chambres.

Le conteur lui-même avait eu, à une époque, plusieurs chambres dans son appartement, même s’il les utilisait plus que très rarement. Et puis il avait décidé de faire quelques travaux, en en transformant notamment deux en atelier et en dressing géant. Ainsi, les pièces avaient une véritable utilité, et Abban était content de pouvoir aussi remplir des placards de fringues chez son petit ami. Là, il y avait sans doute, aussi, un dressing, et au vu de la capacité des lieux, il devait aussi être énorme. Et plein à craquer. Ne connaissant pas Aishlinn plus que ça, il la soupçonnait quand même d’être comme son frère, fondue de mode.
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Message posté : Sam 26 Avr 2014 - 10:28 Message
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— Nan.

Abban était très fier de l’effet que sa modeste demeure produisait sur son petit ami. C’était bien la première fois qu’il pouvait se vanter d’avoir un foyer luxueux, même si le luxe de Nalebo Hall était un luxe de vieilles pierres et de meubles vénérables, très éloigné en effet du clinquant des lofts industriels.

— J’aime bien les gadgets, ouais, j’aime bien les nouvelles bagnoles, et les dernières modes, mais pour vivre, ‘fin, pour habiter, c’est différent. J’ai b’soin qu’y ait des objets autour de moi. Et que… Qu’ils soient là d’puis longtemps. J’sais pas trop. J’pourrais pas forcément expliquer.

Quoi de mieux pour fixer un téléporteur survolté et l’aider à se calmer qu’une bâtisse qui existait depuis près de deux siècles, immense, bien assise dans la terre, avec ses arbres profondément enracinés ? À Nalebo Hall, Abban se sentait en sécurité et les nombreuses pièces dépeuplées du manoir, si elles éveillaient chez lui une vague mélancolie, avaient malgré tout quelque chose de réconfortant. Ils passèrent dans la cuisine, plus moderne que le reste du manoir, bien entendu.

— On finit la visite et on r’garde c’qu’on peut faire ? D’façon, on va pas commencer par des recettes de trois heures, alors un truc simple, ça pourrait aller vite. Viens, c’est par là.

Il n’avait toujours pas lâché la main de Jake — du reste, il lâchait rarement Jake — et s’était engagé dans un couloir qui menait à un escalier en bois.

— Le resto, il s’appellerait Malachi Road et i’ s’ra vers Star Park. On a les lieux et tout, là, ils finissent des travaux, parce qu’on a fait refaire pas mal de trucs, la plomberie, l’électricité, t’sais, pour éviter d’avoir à faire des p’tits travaux en permanence, autant qu’ce soit neuf d’un coup comme ça, et ça ouvre bientôt.

Mine de rien, l’Irlandais avait soigneusement esquivé la question de la fresque, parce qu’il imaginait sans peine qu’Aishlinn préférerait mettre le feu à leur restaurant commun que de laisser Jake toucher au moindre de leurs murs. Ils avaient atteint l’étage et Abban comptait sur la visite pour détourner son petit ami de ses projets picturaux. Il ouvrit bientôt une porte. Derrière, un grand lit à la tête en fer forgée trônait au milieu d’une chambre composée de deux fauteuils et d’une commode hors d’âge qui supportait une télévision, elle, de dernière génération. Au fond, une autre porte donnait sur la salle de bain et sur la gauche, une troisième ouvrait sur ce qui avait été jadis une seconde chambre et était désormais un vaste dressing.

— C’est notre chambre.

Notre, parce que les jumeaux dormaient ensemble. Un détail qu’Abban n’avait jamais évoqué, parce que les autres ne comprenaient pas, les autres s’imaginaient des choses, les autres ne savaient pas ce que c’était, que de vivre à deux. D’ailleurs, l’Irlandais ne laissa pas vraiment à Jake le loisir d’investir les lieux, qui n’étaient les siens que pour moitié, et il le tira par la main pour l’entraîner vers la suite du couloir. Il lui montra une succession de pièces, celles-ci plus abondamment visitées que la fameuse chambre : une bibliothèque, des chambres d’amis, de nouveaux salons, une salle des cartes. À chaque fois, Abban, qui avait été laconique pour sa propre chambre, donnait quelques détails sur la pièce découverte.

— Là, c’est une autre suite d’amis, et… Ah, bah voilà.

Deux chats, vautrés sur le lit, levèrent vers eux des têtes ensommeillées.

— À gauche, c’est Ashan, à droite, c’est Abline. Font les zouaves toute la nuit, et la journée, ils chassent le soleil de chambre en chambre.

Abban entraîna son petit ami dans la chambre, s’assit sur le bord du lit et, de sa main libre, gratta le ventre d’Ashan, qui se mit aussitôt à ronronner bruyamment.

— Eux aussi, ils sont contents d’avoir déménagé ici, j’te dis pas. Mais i’ sont casaniers quand même, i’ vont pas beaucoup dans le parc. Pas vrai, les gars ? V’z’êtes de gros peureux ?

Abline poussa un miaulement de protestation.

— Ouais, et peureuse, aussi.

Abban leva la main qui tenait celle de l’Américain.

— C’est Jake. C’est mon copain. Faites pas trop les malins, sinon, i’ va essayer d’vous mettre des bottes, parce qu’c’est un fana de contes.

L’Irlandais détourna son sourire attendri de ses deux chats et essaya de se recomposer un visage un peu plus sérieux.

— Ouais, bon, i’ comprennent rien, hein, d’façon. Viens voir le parc à la fenêtre.

Abban se releva pour s’approcher de l’une des fenêtres, calant son dos contre le torse de l’Américain et refermant les bras de Jake autour de sa taille. Comme ils avaient pris de la hauteur, il était plus facile de se rendre compte des dimensions du parc et de la forêt. Celle-ci n’était pas aussi profonde que de prime abord et c’était par sa densité plutôt que son étendue qu’elle parvenait à cacher entièrement, de l’intérieur les murs et de l’extérieur le manoir.

— Y a des parcours et tout, genre d’l’accrobranche, ‘fin, c’est pour les entraînements surtout, plus que pour le fun. Mais j’suis pas sûr qu’on ait l’temps d’jeter un coup d’œil.
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Message posté : Sam 26 Avr 2014 - 16:28 Message
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Abban donna quelques détails sur son futur restaurant, avant que la visite se poursuive. La première étape, à l’étage, fut la chambre, sur laquelle ils ne s’attardèrent pas, sûrement en raison d’Aishlinn qui, même si elle n’était pas présente, n’apprécierait peut-être pas qu’un « étranger » se soit introduit dans cet endroit privé. Ils finiraient sans doute, un jour, par se rencontrer, surtout que le couple était ensemble depuis plusieurs mois, mais Jake ne voyait pas pourquoi est-ce que ça se passerait mal. Il n’y avait pour lui aucune raison valable de lui en vouloir. Mais la jumelle n’était pas là, et leurs pas les menèrent vers les autres pièces, notamment une chambre d’amis que squattaient deux chats. Deux chats aux noms originaux, mais qui montraient bien à qui ils appartenaient. L’Américain tendit une main vers la femelle, qui la renifla, avant de chercher une caresse. Apparemment, l’odeur d’Abban était bien présente.

Fais gaffe, j’pourrais te prendre au mot et leur trouver des bottes… dit-il, en grattant le cou de l’animal.

Puis il suivit son petit ami à la fenêtre et le prit dans ses bras, dans son dos. Avant de poser le regard sur le parc, il lui déposa un baiser dans le cou, puis il s’intéressa à l’extérieur. La propriété était immense, et elle disposait apparemment de nombreux équipements. Un parcours d’accrobranche… Jake n’en avait jamais fait, mais c’était typiquement le genre d’activités qui ne lui faisaient pas peur. Avant d’avoir Clochette, il lui était arrivé, plusieurs fois, de se la jouer Yamakasi dans Star City, comptant sur sa chance pour qu’il ne lui arrive rien.

Ça me brancherait bien, moi, ça. J’sais qu’il faut du matériel, des trucs en cas d’chute, mais moi, j’en aurais pas besoin…

Où était le fun dans tout ça si le risque était compensé par une sécurité trop importante ? Il y avait longtemps qu’il ne s’était pas lancé de gros défi, et là, il lui semblait que faire un parcours d’accrobranche sans aucun baudrier, sans aucune corde de sécurité, et ce le plus vite possible, c’était jouable.

Si y a pas l’temps, c’est pas grave, j’peux revenir, non ?

Après tout, Linn n’était apparemment pas trop présente à Nalebo Hall, et si vraiment il ne valait mieux pas la croiser, il y aurait largement moyen de venir pendant une de ses absences. Repensant à la cuisine, Jake avait surtout une autre idée en tête pour la suite de la visite. Un petit tour qui compenserait tout ce que l’Irlandais avait découvert du Gang des Fables et de l’As de Pique.

On va voir en dessous ? demanda-t-il, alors que dans son esprit se dessinait la Batcave. J’veux pas m’imposer, y a sûrement des trucs un peu secrets, mais j’ai vraiment envie d’voir.

Ses lèvres s’aventurèrent de nouveau dans le cou d’Abban.

En tout cas, merci d’m’avoir enfin amené là. Jusque-là, j’étais toujours à m’imaginer comment c’était, j’avais l’image du Manoir Wayne. Maintenant, je saurai vraiment à quoi ressemble Nalebo Hall.

Son regard se posa de nouveau sur la forêt. La valeur du domaine devait être… inestimable, surtout s’il y avait en-dessous des installations modernes, à la pointe des dernières technologies. Une question qu’il n’avait jamais posée lui vint alors, et qui concernait l’homme qui avait, en partie, donné son nom à l’endroit.

Au fait, Thabo, comment ils vous a… pas engagés, mais… j’sais pas, pris sous son aile ? Vous aviez un sacré potentiel, j’imagine, enfin, c’est sûr, même, mais sans être… incompatible, c’est assez bizarre, quand même, comme association. Un vieux Sud-Africain avec un sacré CV et deux adolescents irlandais qui ont à peine débarqué…

Jake fit pivoter Abban pour qu’ils soient face-à-face.

N’empêche, quand on voit c’que t’es devenu, j’suis pas sûr que dans l’histoire du crime organisé, y ait eu des ascensions aussi rapides. T’es là d’puis pas longtemps, et t’es déjà dans les p’tits papiers de César. La classe. Comme quoi t’es vraiment le meilleur.

« Le meilleur », petit rappel à l’enquête qui avait permis de retrouver l’Étoile du Matin. Un travail rondement mené. Et qui était désormais entre les mains des hautes instances du Cartel Rouge.

On descend ? demanda-t-il alors, les mains sur les hanches de son homme.

Mine de rien, il parlait, mais il avait quand même hâte d’aller voir ce qui se cachait dans les sous-sols de la vieille bâtisse.
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Message posté : Lun 28 Avr 2014 - 19:18 Message
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— Bien sûr, qu’tu pourras rev’nir.

De toute façon, quitte à profiter de Nalebo Hall, autant se lancer dans le parcours d’entraînement, qui était une spécificité du domaine, plutôt que dans la leçon de cuisine, qu’ils pouvaient tout aussi bien tenir à l’As de Pique. Mais à la demande de Jake, ils commencèrent par se mettre en route pour les sous-sols, même si Abban ne s’était pas senti très pressé de se détacher des bras de son compagnon. D’ailleurs, en se retournant vers lui, il commença par passer les bras autour de son cou, se hisser sur la pointe des pieds et chercher un baiser durement mérité par cette éprouvante visite. Brave petit.

Ils se remirent en route.

— Y a pas forcément grand-chose de secret en bas, tu vas voir. Je veux dire, le plus grand secret, c’est Macha, et tu la connais déjà bien. En fait, on stocke pas grand-chose, et particulièrement pas depuis que je fais surtout des enquêtes. J’veux dire, j’vole bien des trucs, de temps en temps, mais globalement, ils sont vite revendus, et puis c’est des contrats : j’ai déjà les acheteurs avant de m’lancer dans l’opération.

Les talents exceptionnels d’Abban lorsqu’il s’agissait d’apparaître dans les endroits bien protégés et de disparaître avec ce qu’ils avaient si peu efficacement protégés le détachaient de toute évidence du lot commun des voleurs du Cartel et l’on ne se tournait vers lui et ses tarifs considérables que lorsque la situation l’exigeait vraiment. Depuis qu’il avait quitté Dublin, le jeune homme n’avait plus vraiment dérobé de son propre chef quoi que ce fût, dans l’espoir d’en trouver plus tard un acquéreur.

— C’la dit, mon ascension est pas si rapide que ça.

Abban attendit d’avoir descendu la première volée d’escaliers, qui les ramenait au rez-de-chaussée, avant de développer.

— Linn et moi, on est dans l’Cartel depuis presque dix ans, tu sais. Alors ouais, au début, on était dans l’sillage d’not’ père, mais quand même. On s’est élevé progressivement : les p’tits escroqueries, le pickpocketing, puis les cambriolages faciles, les trucs plus compliqués, l’transport de marchandises, les vols sur commande, et maintenant, ça, partenaire du Cartel.

L’Irlandais n’en était pas moins fier, cela dit, du chemin qu’il avait parcouru. Sa carrière avait été longue, déjà, mais elle demeurait précoce et sa jeunesse était une preuve de ses talents naturels dans le domaine où il avait toujours voulu exceller, peut-être parce que c’était le seul qu’il connût.

— Mais d’un côté, ouais, Star City, c’était rapide. On avait des contacts ici, genre les contacts de nos contacts à Dublin, donc on est pas parti d’zéro, tu vois. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est venus ici, on aurait pu atterrir tout autre part.

Ils étaient arrivés dans l’une des bibliothèques de Nalebo Hall. Abban adressa un sourire à Jake.

— Avoue qu’ça aurait été dommage.

Star City avait de toute façon était, et de loin, la proposition la plus alléchante qu’on leur avait faite à l’époque de leur fuite loin de Dublin. Les jumeaux n’avaient eu aucune envie de se retrouver dans une petite bourgade de province, où leur ascension eût certes été plus fulgurante encore, en comparaison de la faune locale, mais leurs loisirs assurément moins excitants. La quiétude de Nalebo Hall ne changeait rien à l’affaire : les Mac Aoidh avaient besoin d’animation.

— Mais ici, c’plus mouvementé qu’à Dublin, plus… Rapide ? Un truc comme ça. Du coup, si t’as les capacités et l’énergie, tu peux rapidement t’faire une place.

Abban tira la tranche d’un livre dans la bibliothèque et, dans un déclic, les étagères coulissèrent pour laisser apparaître un escalier. Le jeune homme reprit la main de son compagnon et l’entraîna à sa suite, tandis que la bibliothèque se refermait derrière eux. Ils débouchèrent finalement dans un couloir, loin de l’ambiance pierreuse et humide de la Batcave. Blancs, modernes et lumineux, les sous-sols de Nalebo Hall avaient quelque chose de légèrement futuristes, sans grand rapport avec l’architecture d’inspiration britannique du bâtiment originel.

Plusieurs portes donnaient sur le couloir et Abban entreprit de les ouvrir chacune. Certaines salles ne présentaient pas un intérêt profond, une fois qu’on en avait compris la fonction : antichambres de chambres fortes bien protégées, infirmerie, salles d’équipements. D’autres en revanche…

— C’est la salle d’entraînement.

Elle était gigantesque. Et très haute. Sans doute plusieurs mètres, depuis le plafond, avaient appartenu originellement au corps de logis principal et constituaient, sur les plans du manoir, un creux inexplicable dans la disposition des pièces. Il y avait des tatamis au sol, pour les combats, des cordages en hauteur, des murs d’escalade, des machines de musculation (qui n’avaient pas un grand effet sur Abban, certes), des tapis de course et des rameurs (dont l’Irlandais devait en revanche faire un usage intensif, parce qu’il n’avait jamais le souffle court), en somme, tout ce qui fallait pour avoir un corps à la hauteur de ses ambitions.

— En fait, j’sais pas, t’as dû entendre les rumeurs, Thabo, il collaborait avec une meuf, une humaine, une voleuse. C’est pour elle qu’ils ont construit ça, pour qu’elle reste au top. Elle s’est barrée et Thabo a cherché des gens pour reprendre le flambeau, un peu. T’sais, c’est un peu, j’sais pas, un artiste ? Ouais. Il a une certaine idée de c’que ça doit être, le vol. Pour lui, c’t’un défi. Enfin, il est pragmatique et tout, tu vois, il gère le pognon, ce genre de trucs, mais i’ recherche aussi une espèce de beauté. Ou d’performance. Puis j’crois qu’il s’sentait seul. T’imagines, vivre tout seul dans un endroit pareil ? C’est classe, OK, mais à la longue, bonjour la déprime.

Même si Thabo ne s’était jamais exprimé aussi clairement sur ses motivations les plus intimes, Abban avait bien compris que la perspective de remporter de nouveaux succès professionnels n’avait pas joué seule dans la recherche d’un partenariat susceptible de remplacer l’ancien. Et plus le temps passait, plus la tendresse que le criminel déjà âgé éprouvait à l’endroit des jumeaux leur était sensible.
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Message posté : Mar 29 Avr 2014 - 23:05 Message
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Après un baiser qui permettait de repartir avec une nouvelle énergie, le couple emprunta l’escalier pour rejoindre le rez-de-chaussée, alors qu’Abban expliquait que leur super-sous-sol moderne et secret n’avait pas grand intérêt, en définitive. Ce qui quelque part augmenta un peu plus la curiosité de Jake : si les pièces étaient vides, il pourrait voir le potentiel, et ce qui avait peut-être pu en être fait fut un temps. À l’étage principal, l’Irlandais parla un peu de son passé, avec sa sœur, et du parcours qu’ils avaient pris pour arriver jusqu’où ils en étaient, au sein du Cartel. Même s’ils en faisaient partie depuis longtemps, Star City avait tout de même été une opportunité saisie comme il se devait, et qui payait. Du moins, pour Abban, Aishlinn ayant « décroché »… Dans la bibliothèque, Jake rendit son sourire à son petit ami.

Ouais, ça aurait été dommage.

Pas de venue à Star City, pas de rencontre, et ils n’auraient pas été là, tous les deux, main dans la main, à visiter un manoir de criminels. Un livre, comme on aurait pu s’y attendre, permit de déclencher le mécanisme d’ouverture d’un passage. Si Jake avait dû chercher, il aurait fini par trouver, même s’il aurait fallu de la patience en raison du nombre de livres… D’ailleurs, il se demanda s’il n’y avait que celui-là qui était factice, ou s’il y en avait d’autres qui n’étaient là que pour décorer, et non pour être consultés. Et finalement se révélèrent les souterrains. Qui n’avaient rien à voir, ni avec l’image qu’on se faisait de la Batcave, adaptée à l’environnement rocheux et humide, ni avec l’architecture d’origine du bâtiment. C’était… moderne.

Wow, fut tout ce que put dire Jake, qui éprouva tout de même une légère déception sur le fait que c’était sans doute trop impersonnel.

Après des passages devant des pièces aux utilités communes, ils parvinrent dans la salle d’entraînement, qui pour le coup, valait le déplacement. Levant les yeux, l’Américain remarqua bien que le haut plafond était un peu trop haut… Et en y repensant, il avait en effet remarqué qu’il « manquait » des pièces au rez-de-chaussée. On y trouvait à peu près tout ce qui fallait pour rester en forme, que ce soit pour la musculation, pour l’endurance, pour l’agilité… Abban entreprit alors de faire l’historique, rappelant que Thabo Asmal avait été un temps associé à une femme. Le nom échappait à Jake, mais il avait entendu parler du tandem qui avait su démontrer à une époque son efficacité. Ainsi la femme était-elle ensuite partie, laissant tout au Sud-Africain. Et en effet, vivre seul dans un tel endroit devait avoir des effets sur le moral…

J’me suis déjà imaginé habiter dans un truc comme ça… Mais ça serait, j’sais pas, trop… voyant. Un château, c’est un rêve, et puis en fait, j’sais que je pourrais m’protéger, et tout, avec les compétences de Maléfique, mais ça serait un peu loin du centre…

S’approchant du mur le plus proche, il posa la main sur une prise d’escalade.

Elle utilisait vraiment tout ça ? Toi t’en as pas vraiment besoin… Faudrait que j’fasse un peu plus de sports, en fait… Je pensais m’y remettre, mais quand j’ai l’occasion de voler, ben… ça aide pas, quoi.

Et puis, mains sur les hanches, il balaya l’ensemble des installations.

Tu vois, en traversant le couloir, j’me suis dit qu’il manquait quelque chose… Le côté futuriste, c’est sympa, mais… ça manquait d’un truc… Et là, en fait, y a… une âme. On sent que c’est occupé, que c’est actif, qu’y a quelqu’un qui vient pour s’dépasser. Son regard s’arrêta sur Abban. Et qu’ça lui fait du bien.

Le sport était sûrement l’un des meilleurs moyens pour que la pile électrique qu’était Abban se décharge un peu. Il s’approcha de lui pour le prendre par la taille.

En tout cas, c’est super, tout ça. T’as vraiment d’la chance de l’avoir rencontré, Thabo. Y a des mecs, comme ça, ils marquent leur temps, et après, ils doivent passer l’flambeau. Et l’flambeau, il est pour toi…

Et hop, un baiser au flambeau. Sur les lèvres, dans le cou.

Et Macha, elle est où ? Doit y avoir un super-garage, pour elle, avec des trucs super-sophistiqués, non ? Et un moyen rapide et simple de la recharger, ou je sais pas quoi ?

En fait, il ne s’était jamais demandé comment fonctionnait la Voiture Fantôme. Vu qu’elle était silencieuse, sûrement à l’électricité, mais elle avait peut-être d’autres moyens de s’alimenter en énergie.

Voir ça, ça m’a donné envie d’faire du sport, en fait. La cuisine, ça s’ra pour plus tard. Vu qu’il fait beau, on peut aller au truc d’accrobranche ? J’en ai jamais fait, et ça m’tente bien d’aller sauter d’arbre en arbre.

C’était une manière assez simple de résumer la discipline, mais ça irait très bien. Il baissa les yeux sur sa tenue.

Par contre, j’suis pas équipé pour y aller, j’veux abîmer les super-fringues que t’as trouvées pour moi.

Abîmer, déchirer, salir, s’il devait y avoir un peu de défi, les vêtements craignaient en effet de se retrouver dans un état assez déplorable…
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Message posté : Mer 30 Avr 2014 - 12:44 Message
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Abban parcourut du regard le mur d’escalade, en se collant à Jake. Non, sans doute, désormais, il n’en avait plus besoin : il pouvait se téléporter, il pouvait téléporter d’autres avec lui, il pouvait téléporter des objets jusqu’à lui et les forteresses les mieux protégées, à moins de réagir promptement et radicalement aux incursions, ne présentaient plus de difficultés considérables à ses entreprises.

— En fait, j’utilise toujours tout ça. Parce que… Ouais, j’sais pas, d’abord, c’t’une habitude, tu vois. Nos pouvoirs, ils sont apparus vachement tard, en fait. Genre, y a trois quatre ans. Avant, on s’entraînait et tout, parce qu’il fallait bien, pour réussir. Tu verrais Aishlinn, niveau acrobatie, ça s’pose là, et pourtant, c’est pas dans ses pouvoirs. Et du coup… Même si maintenant, j’utilise ça tout l’temps, la téléportation, j’ai pas d’perdre la main. Puis tu vois, toute mon enfance, j’ai rêvé d’un endroit comme ça, d’un vrai endroit pour m’entraîner. En plus, on sait jamais, ça m’est d’jà arrivé d’me retrouver dans des endroits où j’pouvais pas utiliser mes pouvoirs…

Dans les grottes d’Irlande, qu’il avait visitées en compagnie d’Aishlnn et d’Adrian, ou bien dans le manoir de ce dernier, par exemple. À Star City, Abban avait pris conscience que tout ne lui était pas accessible et même si ces déconvenues restaient extrêmement rares, le professionnalisme de l’adolescent le poussait à envisager toutes les possibilités.

— Bon, après, j’avoue, la muscu, par exemple, c’est pas ma grande passion. C’est pas… J’sais pas, moi, j’aime bien sentir tout mon corps, quand j’fais du sport. Quand tu cours ou qu’tu fais d’l’escalade, t’as vraiment complètement conscience de soi. Si c’est pour juste avoir mal aux biceps, voilà quoi…

Ces sensations étaient compliquées à décrire et Abban n’était pas très doué en la matière. Il ne se rendait pas même compte qu’elles étaient étroitement liées à la conscience très particulière qu’il nourrissait, en tant que téléporteur, de sa présence de son corps au sein de l’espace.

— ‘Fin bref, viens, on va s’changer, puis on sort par l’garage, puis on va dans la forêt.

Abban se détacha de son petit ami et l’entraina vers une porte près de l’entrée de la salle d’entraînement, sur le côté, qui donnait dans un vestiaire ou attendaient des tenues plus appropriées aux entraînements que les derniers ensembles à la mode patiemment choisis par l’Irlandais. L’Irlandais désigna une étagère où s’alignaient des pantalons de toile assez épaisse, des tee-shirts et des chaussures adaptées aux prouesses arboricoles. Il ne tarda pas lui-même à se dévêtir presque entièrement — l’occasion d’adresser un sourire complice à Jake, il était toujours bon de sentir le regard lubrique de l’Américain couler sur lui — avant d’enfiler l’une de ces tenues.

Une fois changés, les deux jeunes gens quittèrent le vestiaire et parvinrent, en longeant le couloir, à une vaste salle au moins aussi grande que tout ce qu’ils avaient visité jusque là dans les sous-sols. Elle était composée du garage à proprement parler et d’une plateforme circulaire qui supportait un ordinateur de pointe, chargé d’assurer la surveillance de Nalebo Hall — et le piratage de quelques bases de données. Abban fit un vague geste de la main vers l’ensemble d’écrans et de claviers.

— Ça, c’est surtout l’jouet d’Thabo, moi, j’m’en occupe pas trop.

Quel intérêt d’apprendre le fonctionnement sans doute complexe d’un pareil terminal quand on pouvait se contenter de poser ses questions à Macha ? D’ailleurs, Macha avait quitté l’allée de gravier pour rejoindre le garage : une rampe descendait doucement jusqu’à l’espace réservé aux véhicules. La Voiture Femme était garée là, en compagnie de deux motos et d’une voiture plus traditionnelle. Il manquait encore la moto qu’Abban avait offerte à sa jumelle pour Noël et la voiture personnelle de Thabo.

— Macha capte l’électricité. À la base, elle produit par énergie solaire et elle stocke, mais elle peut absorber l’électricité autour d’elle, par… Enfin, je sais pas très bien comment ça fonctionne, Alex…

Enfin Chase. Son garagiste attitré. Abban n’en parlait quasi jamais, par prudence.

— … a essayé de m’expliquer, une fois, mais j’ai pas euh… Écouté. ‘Fin bref, si jamais il fait pas beau, je sais juste que je peux me contenter de la gare près d’une centrale, ou en ville, et que voilà. Du coup, tu vois, elle est assez silencieuse à la base, et en plus, elle a un système qui peut absorber les bruits qui dépendent pas de son moteur, genre le bruit des pneus sur la route. ‘Fin bref. C’la dit, c’pas ici qu’on l’entretient. J’ai un entrepôt en ville, qui m’sert de garage. C’est plus proche, et puis ici, c’est chez nous, j’invite pas des gens comme ça. À part Thabo et Linn, t’es l’seul à être venu voir.

D’un autre côté, Abban avait-il vraiment des amis ? Ce mystérieux Alex était le premier qu’il mentionnât et, en dehors de cela, à part les noms de quelques contacts professionnels avec lesquels il n’allait certainement pas boire des bières, la vie sociale de l’Irlandais paraissait quelque peu désertique.
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Message posté : Sam 3 Mai 2014 - 16:51 Message
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Alors qu’Abban parlait des équipements qu’il utilisait toujours, Jake se demanda s’il ne pouvait pas installer quelque chose de semblable, quelque part dans les Marais, pour son équipe et lui. Il y avait suffisamment de bâtiments inoccupés pour en acquérir un et le transformer… Se promettant de réfléchir à la question, il suivit son petit ami vers un endroit où ils pourraient se changer pour aller faire le tour du parcours dans les arbres. Évidemment, l’Américain ne se priva pas de profiter du spectacle qui s’offrait à lui, puis tous deux se retrouvèrent en tenue, habillés de façon plus adaptée au sport. Puis ils quittèrent le vestiaire pour rejoindre une autre partie du sous-sol, un garage qui possédait aussi une sorte de plate-forme informatique.

Ça me fait penser aux trucs de Maléfique, mais arrangés autrement. En même temps, elle a pas non plus trop de place pour faire ça… Faudrait ptêt qu’on fasse aussi des travaux chez elle, pour rendre l’appart’ plus… fonctionnel.

En pétant tous les murs, par exemple, pour déterminer un espace pour la chambre et la salle de bain, et consacrer le reste, plusieurs dizaines de mètres carrés, aux installations informatiques et technologiques. Ainsi c’était Thabo qui gérait cette partie-là. En même temps, quand on avait appris à connaître Macha, on savait qu’il était assez peu utile de s’y connaître vraiment dans le domaine, puisque la Voiture Fantôme fournissait les réponses. D’ailleurs, le véhicule était là, avec d’autres. Et donc, elle marchait bien à l’électricité, et apparemment, n’avait pas besoin d’être rechargée, puisqu’elle faisait ça elle-même.

Jake tiqua à l’évocation « d’Alex », mais ne rebondit pas. Il avait entendu parler du garagiste, sans jamais demander son nom, c’était sans doute lui. Lui, qui ne venait pas ici, et qui s’occupait de Macha ailleurs en ville. L’Américain prit la main de l’Irlandais, quand ce dernier eut terminé de parler.

J’suis un privilégié, en fait, c’est ça ? Je le savais déjà, de toute façon.

Il fit un geste pour désigner tout ce qu’il y avait autour d’eux.

Bon, c’est cool, tout ça, mais à force, on est enfermé, enterré, même… On sort ? Comme tu disais, il fait beau, ça serait dommage de pas en profiter.

À l’extérieur, en plus de faire beau, il faisait bon. Wildcard ne regretta pas de n’avoir pas mis d’autres couches sous sa tenue de sport. Il tourna sur lui-même pour admirer un peu cette partie-là. La façade arrière du manoir, le parc, la forêt, et cette sérénité qui se dégageait de l’ensemble, loin de l’agitation de la ville et sa rumeur continuelle.

C’est un peu ce qui me manque, en ville… Y a bien le Star Park, mais on reste quand même dans un truc urbain. Ptêt que j’devrais faire installer une sorte de jardin sur le toit de l’As de Pique… Ou une terrasse entourée de plantes, je sais pas… Après, y a le risque que ça attire l’attention, aussi… Ouais, c’est sûrement pas une bonne idée. En fait, faudrait que je trouve une sorte de résidence secondaire, comme ici, assez loin de tout… Mais pas trop quand même, pour pouvoir y aller vite… J’pourrais y aller en volant, mais les autres, ils volent pas.

Il se rendit compte que Nalebo Hall l’inspirait énormément et que, du coup, il exprimait à haute voix tout ce qui lui passait par la tête en termes de projets et d’envies. Il se recentra.

Ouais, c’est pas le tout, hein, mais on a dit qu’on allait faire de l’accrobranche.

Vu du dessous, certains passages entre les arbres semblaient, en plus d’être hauts, assez difficiles. Échelles, filets, passerelles, tyroliennes… Parfois assez solides, d’autres plutôt instables. Tout était prévu pour qu’on puisse, à l’aide d’un mousqueton, s’accrocher à un fil conducteur, pour la sécurité. Mais la sécurité, c’était uniquement si on avait peur de tomber. Jake aurait pu appeler Clochette, qui aurait agi comme telle pour lui, mais il préférait s’en remettre à sa proche chance si jamais un incident le déviait de la trajectoire la plus logique sur le parcours. Pour le rappeler au bon souvenir de la gravité.

Allez, j’me lance !

Les probabilités pour qu’il lui arrive quelque chose était… très faibles. Il avait hésité, un très court instant, à les rendre « nulles », mais c’était pousser un peu trop loin. En quelques minutes, il se retrouva devant deux cordes, l’une au-dessus de l’autre, avec une potentielle chute de dix mètres. Le jeu était simple, marcher sur l’autre en s’accrochant à l’autre. Trop facile. Il s’avança prudemment tel un funambule, tâchant de ne pas entrer en contact avec la corde supérieure.

En fait, elle est super chiante, cette corde ! Elle est où la difficulté, si on peut…

Un coup de vent venait de le déstabiliser après deux mètres, et il bascula. Mais par on ne savait trop quel processus, il se retrouva la tête en bas, un pied emmêlé dans la corde sur laquelle il avait jusqu’à présent marché.

Wow, je l’attendais pas, celle-là…

Mais du coup, il ne pouvait pas vraiment se sortir seul de cette fâcheuse posture sans risquer de tomber. Chance ou pas.
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Message posté : Lun 5 Mai 2014 - 22:28 Message
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— T’as raison. T’sais…

Abban haussa les épaules, alors qu’ils se dirigeaient vers la forêt, sans se presser, pour pouvoir continuer à bavarder.

— T’as plein d’pognon, enfin, j’suppose, j’veux dire, tu dois quand même ramasser du fric avec le Gang, et j’ai pas l’impression que t’en utilises des masses. C’la dit, j’étais un peu pareil, ‘fin on était pareil, Linn et moi. D’jà, l’argent, j’sais pas trop l’gérer, même si j’apprends, là, avec Thabo, et puis ensuite, quand t’as vécu sans rien, c’est difficile d’savoir comment dépenser. J’veux dire, la question, elle est pas financière, c’est juste : j’ai pas forcément des envies de riche. Les trucs que j’veux, j’peux les voler, c’est pas des gros trucs, j’peux les transporter, alors du coup, j’ai pas b’soin d’argent. Et une maison comme celle-là, j’y aurais jamais pensé tout seul, tu vois ?

La preuve : même avec leurs moyens confortables, les jumeaux avaient longtemps vécu dans un appartement miteux de la Lincoln Street, faute de savoir comment profiter de leur richesse sans éveiller les soupçons de leurs voisins immédiats. Du fond de leur enfance dublinoise, placée jadis sous le signe d’une austérité contrainte, ils n’avaient pas toujours les rêves de grandeur proportionnée à leur nouvelle fortune et il leur avait fallu toute une année, à Star City, pour songer à ouvrir un restaurant, leur premier véritable investissement financier.

— Du coup… J’dis pas qu’faut vivre dans des palaces et tout, parce que, j’sais pas, ça nous correspond pas des masses, ‘fin j’suppose, et j’pense pas qu’Maléfique ou Prof, ils aient envie. Shrek, j’sais pas. Mais juste, tu sais, penser à des projets, ouais. Et peut-être investir, au cas où, financièrement, faire des placements, c’genre de trucs. Thabo il expliquerait ça mieux qu’moi, mais parait qu’c’est important.

Et comme Abban n’avait ni l’envie ni les connaissances pour décrire plus avant les ambitieux projets d’épargne que le Sud-Africain assemblait pour eux, il accéléra le pas et les deux jeunes se retrouvèrent bientôt à mi-hauteur d’un arbre. L’Irlandais l’avait déjà escaladé avec une belle assurance. Il n’avait jamais eu l’occasion de faire la démonstration de ses purs talents de cambrioleur à Jake. Bien sûr, sa souplesse et son endurance se devinaient dans leur intimité, son sens de l’équilibre et son assurance gestuelle étaient trahis par la manière dont il se déplaçait, mais l’application criminelle de ces talents cultivés au prix d’un long et rigoureux entraînement demeurait invisible.

Il céda l’initiative à Jake et ne s’inquiéta pas de voir l’Américain dédaigner les mesures de sécurité, qu’aucun des jumeaux n’utilisait d’ailleurs. Abban était sûr de ses réflexes et de sa capacité à récupérer Jake à temps dans l’éventualité d’une mauvaise chute et, s’il ne l’avait pas souligné, c’était simplement pour offrir à Jake la sensation que de la précision de ses gestes dépendait sa survie : encore le meilleur moyen, selon lui, de progresser rapidement. L’Irlandais ne songeait pas cependant que son petit ami pouvait tester tout autant son pouvoir probabiliste que son sens de l’équilibre : les capacités mutantes de Jake demeuraient toujours obscures à ses yeux.

Lorsque Jake trébucha, son cœur fit un bond et l’Irlandais disparut pour reparaitre exactement à l’endroit où il s’était précédemment tenu, le temps de se rendre compte que son compagnon ne s’était pas écrasé au sol. Un sourire légèrement moqueur se dessina sur ses lèvres.

— T’es euh… T’as du potentiel.

Abban marqua une pause.

— Très inexploité. Disons.

L’Irlandais s’assit sur le bord de la petite plateforme en bois qui entourait l’arbre et marquait le début du parcours. Les jambes pendant dans le vide, les mains posées derrière lui, il observait Jake.

— J’pourrais t’laisser suspendu là, en fait. Ou prendre des photos. J’suis sûr qu’Prof adorerait avoir une photo d’toi comme ça.

Après s’être assez amusé, Abban se décida (enfin) à endosser son rôle professoral.

— Contracte les abdos. Et redresse toi. Comme si tu t’pliais sur toi-même. Là, t’attrape la corde avec les mains, près du nœud. Tu tiens bien serré, et tu retires lentement ton pied. Pense qu’c’est avec tes mains que tu vas d’voir te tenir, quand ton pied s’ra lâché, et qu’la répartition ton poids va changer, dans ton corps, mais surtout sur la corde, alors ça va tan…

Abban disparut et l’instant suivant, il se matérialisait avec Jake, embarqué au passage, sur la passerelle jumelle, de l’autre côté de la corde. La position un peu précaire de son petit ami lui avait paru un peu trop dangereuse au cours du mouvement et il avait préféré ne pas pousser l’expérience trop loin. Cette fois-ci sérieusement, il diagnostiqua :

— C’était pas mal, mais tu manques d’entraînement. Faut plus de tractions et d’abdos. L’prends pas mal, hein. Esthétiquement, j’te trouve très bien, mais regarde.

Abban souleva son tee-shirt, prit la main de Jake et la posa sur son ventre, avant de contracter ses abdominaux. Si les muscles ne se dessinaient pas beaucoup sous sa peau, ils étaient bien présents et solides en profondeur.

— C’est ça qu’assure ton équilibre. Ça et les muscles des jambes. Pareil, t’as pas besoin d’avoir de gigas mollets, juste qu’ils soient très, j’sais pas, denses. Faut courir, faire du vélo, c’genre de trucs. Et y a des moyens fun d’travailler l’équilibre, les trucs où tu repartis ton poids sans cesse, genre le skate, les rollers, le ski ou l’patin à glace. Ensuite, souvent, t’as b’soin d’te hisser, tu vois, et là, c’t’un peu la merde. En théorie, on aurait besoin de s’muscler les bras, les épaules, les poignets et les doigts, genre, comme à l’escalade, mais quand les doigts et les poignets deviennent trop musclés, ça perd en souplesse, et surtout en sensibilité, et pour piquer des trucs, c’est moyen. Du coup, c’mieux d’pas peser très lourd et d’être très, très souple, comme ça, dès qu’t’es un peu hissé, t’peux prendre appui avec les jambes, ou t’glisser, c’genre de trucs, et ça compense la force.

Abban avait souvent répété à Jake qu’il n’avait rien d’un amateur et que son implication au sein du Cartel était de longue date, mais c’était la première fois qu’il en donnait la preuve par des considérations théoriques précises sur l’art du cambriolage, plutôt que par une démonstration pratique de compétences. Soudain, l’Irlandais n’avait plus du tout l’air d’un adolescent ingérable qui vivait au gré de ses sautes d’humeur, mais d’un véritable professionnel qui maîtrisait les détails de son activité.
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Message posté : Mer 7 Mai 2014 - 22:17 Message
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En effet, le Gang était multimillionnaire, mais sa situation actuelle convenait à chacun de ses membres, au point qu’aucun n’avait vraiment de rêve de grandeur. Ou, en tout cas, ne les exprimait. C’était la première fois que Jake parlait à quelqu’un de projets en dehors de l’As de Pique et des Marais de manière plus générale. Ses seules possessions ne sortaient pas de ce cadre qu’il connaissait et qui, quelque part, le rassurait. Même s’il se disait souvent qu’il n’avait pas besoin d’être rassuré, qu’il était un homme de défi et d’adrénaline, et que la vie ne valait d’être vécue sans un peu de risque. Et en parlant de risque, Abban évoqua les placements financiers. Certains étaient pépères, d’autres, comme la bourse, impliquait les possibilités de multiplier ses gains, comme de tout perdre… Mais ils n’en étaient pas là.

Puis, quand Jake se retrouva la tête en bas, il essuya les moqueries de son petit ami. Il s’imagina la tête de Prof recevant une photo de lui dans cette situation délicate. Le petit homme afficherait sûrement une expression qui vaudrait le détour. Puis l’Irlandais se mit à expliquer quelle serait sans doute la meilleure solution pour que l’Américain se sorte tout seul de son pétrin. Mais ça devint vite trop compliqué, aussi décida-t-il de faire comme il l’entendait. Mais il n’eut pas l’occasion de mettre en œuvre son envie de se remettre à l’endroit, puisque le téléporteur l’embarqua pour lui faire de nouveau toucher, non pas terre, mais le bois d’une plateforme.

Ah ouais, c’est plus simple comme ça, commenta-t-il, en époussetant de la saleté imaginaire sur sa tenue de sport.

Et puis, le grand spécialiste Abban fit un diagnostic implacable : Jake ne s’entretenait pas assez. En fait, ça, il était au courant, d’où son envie de s’y remettre, mais c’était à la fois plus facile à dire qu’à faire, et pas si évident que ça d’obtenir rapidement des résultats. L’Américain laissa ensuite sa main être guidée sur la peau douce de l’Irlandais, alors que les abdominaux se contractaient. Alors que ses doigts profitaient, il écoutait religieusement les explications. À chaque aptitude nécessaire à l’art du cambriolage correspondait un ou plusieurs sports idéaux pour l’entretenir. Agilité, souplesse, équilibre… Il fut un temps où Jake suivait cette marche, mais il avait un peu perdu la main…

D’ailleurs, sa main se perdit un peu. D’abord, elle remonta sous le tissu pour caresser les pectoraux d’Abban, puis elle descendit pour se glisser sous la ceinture et descendre le long de la cuisse, non sans effleurer les adducteurs. Avant de revenir à l’air libre. Là, il se lança dans un baiser, une forme de remerciement muette au sauvetage et au petit cours. Et puis, avec un grand sourire, il se lança vers la suite du parcours. Une corde pour jouer à Tarzan. Sans hésiter, il prit son élan et sauta, avant de saisir la fameuse corde et d’arriver sans dégâts de l’autre côté.

C’est plus facile, ça ! fit-il, en la renvoyant.

Il tomba ensuite sur quelque chose de bien plus intéressant. Des barreaux, pour une traversée qui ne pouvait s’effectuer qu’à la force des bras. Il allait certainement souffrir et le regretter en arrivant sur la plateforme d’en face, mais c’était le jeu. La première moitié fut assez facile, la deuxième un peu moins. Ses biceps commençaient à protester quand il posa le pied sur le rebord.

Ouais, c’est sûr, faut vraiment que j’m’y remette…

Ce qu’il espérait, c’était que cette séance d’accrobranche n’allait pas lui abîmer les mains, il ne voulait pas être incapable de les utiliser pour ses tours de passe-passe pendant plusieurs jours. Quelques passages plus loin, il arriva au point le plus haut, à une trentaine de mètres du sol. Là, c’était la tyrolienne.

J’suis assez content que ça soit la fin, en fait. Il était pas trop difficile, mais sans la condition physique, ben… voilà, quoi.

Il soupira. Avant d’attraper la poignée de la poulie, puis de glisser un bras à la taille de son homme.

Accroche-toi à moi, mon cœur.

La descente s’effectuait sur une soixantaine de mètres et à l’arrivée se trouvait un filet un peu élastique, pour amortir la vitesse de la chute. Et avec un peu d’imagination, ça pouvait très bien faire hamac.

C’est parti !

Une poignée de secondes plus tard, ils atterrissaient dans le filet, et l’Américain décida d’y rester un peu. Ce n’était pas tout à faire horizontal, mais ça pouvait être confortable. Parce qu’en définitive, ça l’avait fatigué, toute cette aventure.

Ouais, j’ai vraiment plus l’habitude… Dès demain, je fais du sport tous les jours ! lança-t-il, en levant un doigt décidé vers le ciel.

Il avait du muscle, mais ce muscle s’était un peu ramolli. Et au niveau du ventre, il s’était même un peu enrobé. Sur ça, Shrek n’aidait pas vraiment.

En fait, Shrek, il fait des trucs trop riches… Soit j’lui demande de faire moins riche, soit faut qu’tu me prépares des trucs plus adaptés.

Après tout, Abban était aussi un cuisinier. Et un sportif. Alors que le Russe… n’était pas sportif.
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Message posté : Jeu 8 Mai 2014 - 13:19 Message
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Il y en a par ici qui sont médisants : Shrek est très sportif de la mâchoire. En tout cas, Abban avait suivi avec une aisance troublante le parcours, effectué jour après jour, parfois plusieurs fois. Il n’y avait pas de passage qu’il ne connût et pas d’exercice qui lui posât de véritables difficultés : le professionnalisme du Passeur n’était plus à prouver, même s’il était loin de paraître évident à ceux qui le rencontraient pour la première fois. Sous ses airs fragiles, Abban était bien plus solide qu’il n’en avait l’air et sa musculature, pour être discrète, n’en était pas moins profonde, solide et nerveuse.

Ce fut cependant avec toute la bienveillance d’une Jane en détresse qu’il se colla à son Tarzan, pour rassurer Jake à la tyrolienne sur sa virilité. Ils atterrirent dans le filet de sécurité et Abban croisa les mains derrière la nuque. La tyrolienne avait été installée dans un espace dégagé de la frondaison, pour éviter que les utilisateurs fussent griffés par les branchages, de sorte que le soleil tombait d’une trouée et baignait le filet d’une chaleur printanière. Même pour l’Irlandais, habitué au climat peu clément de sa terre natale, l’hiver avait semblé long à Star City, dans cette ville inconnue et hostile, et il n’était pas fâché de voir revenir les beaux jours.

Les yeux fermés, Abban esquissa un demi-sourire.

— Que de bonnes résolutions, M. Walker !

Il tourna la tête sur le côté.

— J’attends d’voir.

Après tout, ce n’était pas la première fois que Jake proclamait sa profonde motivation de se lancer dans une remise en forme complète. Abban roula sur le côté pour se caler dans les bras de son compagnon et, d’humeur taquine, il poursuivit :

— Faut dire, à ton âge, ça doit pas être facile, quand même. C’pas qu’t’es un vieux croulant, mais bon…

Il avait quelques années de différence et Abban n’était pas opposé à une piqûre de rappel, de temps en temps. Jake était encore dans la fleur de l’âge, certes, mais que ne ferait-on pas pour se moquer d’un homme épuisé ?

— Peut-être que tu devrais pas trop forcer, en fait, c’est mauvais pour ton cœur. Et au cas où, on va supprimer la viande de ton alimentation. Et t’inscrire au club de Scrabble.

En attendant, la main d’Abban s’était faufilé sous le tee-shirt prêté à Jake pour caresser le ventre de papy.

— Peut-être faudrait installer un monte-escalier, chez toi, aussi, non ?

Après un dernier sourire narquois, Abban se décida enfin à répondre aux préoccupations de Jake.

— Bon, sérieusement, comme tu veux pas non plus faire du bodybuilding, y a pas forcément besoin de contrôler drastiquement ton régime alimentaire, hein. On jettera un œil précis à c’que tu bouffes, mais ça devrait l’faire. Le problème, c’est surtout l’entraînement, et là, c’t’une question d’volonté. Parce que c’t’un peu difficile, mais surtout, c’est chiant, c’pour ça qu’j’te conseille des vrais sports, pour commencer. C’est plus sympa d’faire de l’escalade que des tractions à la chaine et des abdos, tu vois ? Même si bon, au bout d’un moment, faudra bien y passer. S’tu veux, on pourra d’mander à des entraîneurs du Circus Maximus, des pas trop timbrés, c’est des pros pour c’genre de choses, ils feront un programme mieux que j’pourrais, moi.

La perspective ne l’enchantait guère : s’il y avait bien un lieu du Cartel où il ne se rendait qu’en cas de nécessité, c’était au Circus Maximus. Mais il préférait encore confier l’entraînement de Jake à un professionnel que de risquer d’abîmer durablement son petit ami pour n’avoir pas fait les choses correctement. Ces discussions sur l’entraînement ramenèrent ses pensées vers des conversations qu’il avait souvent avec Thabo.

— Dis…

Il se détacha de Jake pour s’allonger à nouveau sur le dos et regarder le ciel à travers les feuilles.

— Thabo, souvent, i’ dit qu’j’pourrais apprendre à me battre. Qu’un jour se s’rait utile, et qu’avec mes pouvoirs, même si j’suis pas barraqué, j’ai du potentiel. Mais moi, j’ai pas trop envie. J’veux dire, j’peux m’enfuir, et puis j’ai les flingues, alors j’me dis, tu vois, c’est pas non plus super utile.

Bien sûr, il y avait des situations où il ne pouvait pas s’enfuir et d’autres où il ne pouvait pas emmener tout le monde avec lui lorsqu’il s’éclipsait. Thabo le lui avait dit souvent et Abban était bien obligé de reconnaître que plus sa carrière au sein du Cartel progressait, moins sa politique d’esquive systématique serait probante.

— Mais… Je sais pas. C’est p’têtre un peu hypocrite, d’me trimballer avec des supers-flingues et d’pas vouloir, je sais pas… Donner un coup. En plus, des mecs, j’en ai déjà assommé. Mais… J’veux pas qu’si j’m’entraine, mon réflexe, ça d’vienne de taper plutôt qu’d’esquiver, tu vois c’que j’veux dire ? J’veux pas qu’à force de compromis, j’finisse, j’sais pas…

L’Irlandais poussa un soupir avant de maugréer :

— … comme mon père.
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Message posté : Ven 9 Mai 2014 - 1:10 Message
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Abban, aux côtés de Jake dans le filet, se montra taquin en le titillant sur son âge. Ils n’avaient pas une si grosse différence que ça, et puis l’Américain n’avait que vingt-six ans, mais ça prêtait tout de même à une série de vannes que l’on adressait en général à des personnes plus âgées… La cible fit mine d’être offensée et de se vexer, mais ça ne devait pas être très convaincant, parce que son petit ami, tout contre lui, avait glissé une main sous son t-shirt. Il balançait des piques en assurant ses arrières, le petit malin. Mais il se fit finalement un peu plus sérieux, se muant presque en véritable coach sportif, dans la continuité de ce qu’il avait dit quelques minutes auparavant. L’idée de faire appel à un entraîneur du Circus Maximus avait quelque chose de séduisant, et en même temps, Jake n’avait pas non plus envie de dépendre d’un membre d’un autre groupe du Cartel.

Alors que Jake se contentait de hausser les épaules, encore assez peu sûr de son choix quant à la marche à suivre, l’Irlandais se remettait sur le dos et se lançait dans un questionnement sur les potentielles exploitations de ses capacités. Sur le coup, l’Américain fut plutôt d’accord avec Thabo : apprendre à se battre était le meilleur moyen de pouvoir se défendre en cas de besoin. Parce que cela n’obligeait en rien à le faire, mais ça permettait tout de même de savoir que, si la fuite s’avérait impossible, tout n’était pas perdu d’avance. Et alors qu’il cherchait un moyen clair d’exprimer son avis, il eut droit à un petit aperçu qu’il n’avait encore jamais vu : Abban évoqua son père. Aussitôt, Jake se mit sur le flanc, et lui posa une main sur le ventre.

J’connais pas ton père, je sais juste c’que tu m’as dit de lui, la prison, tout ça… Mais comme maintenant j’te connais bien, enfin, j’crois… T’es pas comme lui. Et même si tu te poses des questions sur la violence, t’es… j’sais pas, c’est bizarre de dire ça à un criminel, mais… t’as un bon fond, en fait. Tu veux pas faire de mal aux gens, sauf si c’est le recours ultime, et encore… ça peut te faire souffrir après… Moi j’essaie de pas trop penser à ça, et puis, j’laisse Shrek gérer quand ça doit devenir… enfin, tu vois, quoi.

Il avait repensé à la première fois qu’il avait tué un homme, et à son aveu auprès d’Abban, qui avait brièvement jeté un froid entre eux. Puis son esprit s’était focalisé sur la mission avec l’Étoile du Matin, et la réaction de l’Irlandais aux actes du Russe. Mais tout ça, ça n’avait rien à voir avec ce que le téléporteur pouvait envisager de faire.

Thabo, il a raison, à mon avis. T’es vif, tu te téléportes, t’as des flingues, t’as Macha… T’as en soi aucune raison de savoir te battre, mais imagine, un jour, t’es pris au piège dans un truc, tu peux pas t’échapper, et t’es désarmé… S’il faut se battre, t’auras pas le choix.

Jake se rapprocha un peu et se tourna un peu pour poser sa tête sur la poitrine d’Abban.

T’as tout pour être un super combattant. T’es souple, t’es agile, et même si t’as pas une super force, y en a pas besoin si tu sais exactement où frapper. J’ai appris des trucs, mais c’est pas si évident à mettre en pratique quand on est comme moi… pas trop sportif, ou pas assez, quoi… mais j’sais qu’on peut mettre des gens KO avec un seul doigt ou en appuyant à des endroits précis. Si tu peux apprendre ça, tu seras vraiment insaisissable, même si tu peux pas disparaître.

Deux, trois cours d’arts martiaux, quelques conversations avec Prof et Shrek sur le sujet, pas mal de vidéos visionnées sur internet, quelques séries télé et films, ça suffisait à être à peu près au courant de ce qui se faisait et ce qui fonctionnait, même si lui-même n’était pas taillé pour appliquer tout ce qu’il avait appris.

Si ça s’trouve, au Circus, y a des mecs qui savent faire ça. C’est pas d’la force brute, c’est vrai, mais c’est efficace. Ou alors, faudrait qu’on s’trouve un prof particulier qui pourrait nous donner des cours à tous les deux.

L’idée de suivre un entraînement en compagnie d’Abban était plaisante, même si en soi, il y aurait une différence de niveau, et ce sur à peu près tout.

Et une fois qu’tu sauras tout ça, j’suis sûr que jamais tu penseras que c’est la solution à tous les problèmes. T’as trop tes réflexes de téléporteur pour les oublier. La violence, c’est pas la solution. Même si, c’est vrai, parfois, c’est la plus facile…

Il tendit une main pour caresser la joue de l’Irlandais, sans le regarder, ses yeux étant perdus quelque part dans l’étendue du ciel.

T’es pas ton père. Et tu deviendras pas comme lui. Si jamais, eh ben, j’suis là pour t’empêcher de devenir comme lui.
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Message posté : Sam 10 Mai 2014 - 10:38 Message
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Abban avait refermé un bras autour des épaules de Jake et, en l’écoutant, il songeait à nouveau à la mission partagée avec Gula, quelques mois plus tôt, à la demande de Cesar. Elle lui avait laissé une impression étrange. Jamais Star City ne lui avait paru plus effrayante que ce jour-là, lorsqu’il avait découvert les Purple Hats et que des mondes pour lui jadis si différents, ceux de la magie et ceux du crime, ceux des invocations démoniaques et des malversations financières, s’étaient fondus l’un dans l’autre pour lui laisser soupçonner que sa vie entière était guettée, désormais, par des menaces incompréhensibles. Pourtant, et il le savait fort bien, c’était sans doute cette mission aux côtés du bras droit de Cesar qui avait accéléré son ascension au sein du Cartel.

Là, il s’était battu. Brièvement. Quelques secondes à se téléporter derrière chaque adversaire pour asséner un coup de crosse sur la nuque, largement suffisant à les plonger dans l’inconscience. Quelques secondes pendant lesquelles ses adversaires, habitués sans doute aux combats de rue, théoriquement bien plus formés que lui en la matière, avaient été laissés impuissants par ses réflexes surhumains et sa capacité à se transporter en un instant d’un point à l’autre. Depuis, il ne lui avait plus été aussi aisé qu’auparavant de balayer les suggestions de Thabo d’un revers de main, en prétendant qu’il n’était pas assez grand, ni assez fort, pour se lancer dans un pareil entraînement : il avait vu, et il savait bien, au fond de lui, que le Sud-Africain avait raison.

Jake avait raison aussi. Même si Abban avait du mal à croire qu’il existait des prises de kung-fu secrètes qui permettaient de tuer les gens comme dans Kill Bill, lui qui n’était pas un grand amateur de films d’arts martiaux, il savait que, pour la plupart des adversaires, quelques prises bien placées — les yeux, la trachée, le foie — suffisaient à l’emporter. Bien sûr, Star City regorgeait d’individus qui n’étaient pas, justement, la plupart des adversaires et sur le ring de Circus Maximus défilaient les combattants capables de recevoir de plein fouet des trente-cinq tonnes sans broncher. Il n’empêchait que ces combattants-là, il pouvait les transporter au milieu de l’océan, les abandonner en plein métro, les faire tomber de dix mètres de haut.

— Tu sais, c’est toujours la même chose. Quand tu voles des trucs, j’sais pas, genre, qu’on Linn et moi, on vole une caisse d’armes, qu’on la revend, on sait très bien qu’les mecs qui l’achètent, ils vont pas chasser l’canard sauvage, mais d’un côté, c’t’un compromis, et l’histoire, c’est d’tracer la ligne. P’têtre au final la différence elle est pas méga visible, entre c’lui qui prend une arme et qui tire sur un mec et c’lui qui lui a fourni l’arme. Des fois…

Abban hésita. Mais puisqu’il en était à évoquer les sujets dont il ne parlait presque jamais, autant poursuivre sur sa lancée.

— Des fois, j’vais à l’église, pas pendant la messe, t’sais, quand elle est vide. J’sais pas si t’as déjà… C’pas pareil qu’vos temples, une église. Quand c’est vide, c’est plus… Vieux, et silencieux, et… Intimidant. C’est pas comme si t’étais dans une grande salle de réunion, mais avec des croix, c’est vraiment un lieu spécial. Bref, on s’en fout. J’y vais, et je m’assois et ça r’monte, c’que j’fais, et j’me dis qu’à chaque compromis, j’suis un peu moins c’que j’aurais voulu être, mais en vrai, je sais pas c’que j’veux être. Ouais, gamin, j’voulais être un criminel méga célèbre et respecté, mais tu vois, je m’disais pas qu’ça impliquait d’être un rouage d’la machine et que dans le Cartel, quand tu voles une clé USB, quelque part, fatalement, au bout d’la ligne, tu finances un trafic de méta ou un réseau d’prosti.

Abban n’eût jamais fait part de ces doutes ailleurs qu’à Nalebo Hall, très loin du centre de Star City, bien protégé par le mur d’enceintes et les forêts, parce que sa confession, si elle avait été surprise, eût ruiné sa carrière au sein du Cartel — et très probablement son existence.

— Et j’crois pas… J’crois pas que quand j’serais en train d’mourir, et que j’Le r’garderai dans les yeux, Il me pardonne, parc’qu’au fond d’moi, j’sais qu’c’est mal et j’le fais quand même. J’le fais parce que c’est l’plus simple, parce que c’est c’que j’ai toujours fait, mais parce que j’suis doué. Parce que j’aime qu’les gens m’regardent et se disent : c’est le Passeur, et puis qu’ils soient impressionnés. T’sais les assistantes sociales, et les profs, et les psys scolaires, quand ils posaient les yeux sur nous, y avait toujours ce mélange d’dédain et d’pitié et… Ouais, c’est pas une excuse, mais n’empêche, si on m’demandait vraiment pourquoi j’fais c’que je fais, je crois que la vraie réponse, ce s’rait par orgueil. Parce que j’suis coincé, maintenant qu’j’y suis, ouais, mais surtout par orgueil.

Abban leva les mains et se mit à compter sur ses doigts :

— Orgueil, luxure, gourmandise, colère. Envie. P’têtre. Cinq sur sept, ça fait quand même beaucoup…
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Message posté : Sam 10 Mai 2014 - 16:38 Message
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Pour la première fois depuis un moment, Abban se mit à parler de religion. Il évoqua les temples, mais Jake n’avait jamais été porté sur ces questions-là, catholiques, protestants, pour lui, ça revenait au même, et il ne croyait de toute façon pas en Dieu. Les Américains avaient beau ponctuer tous leurs beaux discours de « God bless America », ça restait pour lui une simple devise, et tous ne devaient pas y croire à fond de toute façon. Les églises, ou même les cathédrales, il n’en avait jamais visitées, même s’il voyait à quoi elle ressemblait à l’intérieur. Il y avait une sorte de solennité un peu froide qui s’en dégageait. Et c’était sûrement cette sorte de gravité qui laissait les croyants seuls face à eux-mêmes et les encourageait à penser à leurs actes. Le repentir, pour Jake, ça ne marchait qu’avec les gens. On ne pouvait regretter ses actions que si elles touchaient quelqu’un de proche, quelqu’un qu’on aimait. Pas un être supérieur incapable de faire quoi que ce soit.

Tout ça, il le garda cependant pour lui. Il n’avait aucune intention de lancer un débat sur la croyance et la religion, et il comprenait malgré tout que certains aient besoin de s’y accrocher, soit par vraie nécessité, soit à cause de leur éducation. Quand l’Irlandais leva les mains pour faire le compte des péchés capitaux qui le concernaient, Jake fit pareil, observant ses propres doigts. Après quelques secondes, il constata :

Ouais, pareil. J’suis pas concerné par l’avarice… enfin, j’crois pas… Parfois ptêt, mais je fais pas vraiment attention à l’argent, en fait, donc nan… Et puis la paresse… Non plus. Ou juste un peu, parfois... Donc ouais, gourmandise, Shrek aide pas de ce côté-là, orgueil, j’suis quand même chef de Gang, colère, je sais pas… Envie ? Si j’ai envie de toi, j’imagine que ça compte pas… Je sais pas non plus, en fait… Et puis luxure…

L’Américain pivota sur lui-même et souleva le t-shirt d’Abban pour lui embrasser le ventre.

J’ai pas fait gaffe, y a pas de caméras de surveillance, dans votre parc ? Enfin, pas ici, en tout cas… si ?

Des caméras, il y en avait forcément, mais plus probablement à proximité des murs de la propriété, pas en plein milieu, dans la forêt. À moins qu’il n’y en ait autour du parcours d’accrobranche pour la sécurité. Délaissant un peu ses projets immédiats quand à ce qu’il voulait faire avec le corps de son petit ami, il revint sur ce qui s’était dit plus tôt.

Franchement, faut t’dire, là, tu dois rien à personne. Enfin, ptêt un peu Thabo, pour la maison, et le soutien, tout ça, mais tu lui dois rien, à Lui,fit Jake en pointant le ciel. Ta vie a pas toujours été facile, alors il peut bien te laisser un peu de mou pour faire des trucs. Tu gagnes ta vie en faisant c’que tu sais faire de mieux. Même si c’est pas légal.

Hop, un petit baiser à proximité du nombril, sur les abdos presque invisibles mais bien présents.

C’est quand on s’pose des questions qu’on finit par plus rien faire : est-ce que j’ai bien fait ? Est-ce que quelqu’un va souffrir à cause de moi ? Est-ce qu’il me pardonnera un jour ? Est-ce que j’aurais pas pu faire ça autrement ? Est-ce qu’il vaut pas mieux que j’arrête tout ? Les péchés, en fait, c’est des tentations dont on a besoin… On est au XXIème siècle, la société est c’qu’elle est, on vit tous dans le péché. Certains plus que d’autres, c’est vrai, mais et alors ? J’me poserai la question de savoir si j’ai bien réussi ma vie quand je la perdrai.

Il avait déjà manqué de la perdre une fois, à sa première arrestation. D’ailleurs, il n’en avait jamais parlé à Abban, c’était l’occasion.

T’sais, j’ai déjà été arrêté une fois… À cause du Corbeau… J’ai été en prison. J’ai cru qu’tout allait s’arrêter pour moi, mais en fait, j’ai eu la chance de pouvoir m’évader sans problèmes… Et là, j’ai compris que j’pouvais tout perdre, et du coup, j’ai arrêté de me poser des questions…

Nouveau baiser, un peu plus bas.

Là, j’me pose pas de questions. J’ai envie juste de profiter d’être avec toi, j’ai envie de te faire plaisir. J’pensais pas rencontrer l’amour, et puis hop, c’est arrivé, et j’regrette pas, et j’m’en fous de savoir si c’que je fais dans ma vie est moral ou pas. C’est c’que j’ai envie de faire.

Le baiser suivant arriva à la limite. Pour descendre un peu plus, il faudrait retirer un peu de vêtement…
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Message posté : Dim 11 Mai 2014 - 12:32 Message
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Non, il n’y avait pas de caméra de sécurité : personne n’avait besoin de s’assurer qu’un téléporteur et une jeune femme intangible n’allaient pas se blesser en sautant d’arbre en arbre, alors les seules caméras surveillaient les menaces extérieures, et en cela, elles étaient peut-être moins efficaces encore qu’Abban lui-même et Macha avec ses capteurs. Mais l’Irlandais n’eut pas la présence d’esprit de répondre : il ne savait pas trop ce qu’il était censé faire. Plus Jake parlait, plus l’adolescent mesurait le gouffre qui séparait leurs deux conceptions de l’existence ; plus Jake l’embrassait, plus l’adolescent avait de la peine à se raccrocher au fil de ses pensées.

C’était le printemps, il avait dix-neuf et son corps n’avait pas besoin de plus pour se sentir ému par les attentions de Jake et néanmoins, il ne parvenait pas à retenir une certaine amertume en constatant que son petit ami était si prompt à balayer ses inquiétudes spirituelles. Les gestes de Jake, alors précisément qu’il était en train de lui parler du salut de son âme, frôlaient le blasphème, et Abban savait au fond de lui que l’Américain était incapable, absolument incapable, d’en comprendre l’importance pour lui. Tout au plus le voyait-il comme un gamin éduqué dans une superstition populaire et un peu trop idiot pour s’élever à un athéisme de pure raison, tout au moins de lucidité, parfaite incarnation du stéréotype américain de l’Irlandais exilé.

— … arrête…

Soudain, plus de hamac, plus d’arbres, plus de frondaison et de douce chaleur du soleil : ils venaient d’apparaître dans l’allée principale du parc, Abban à un bon mètre de distance de Jake. Le message était on ne peut plus clair. D’un ton où le reproche larvé le disputait au découragement, Abban murmura :

— J’sais même pas pourquoi j’te parle de ces trucs, tellement tu veux pas comprendre et tu t’en fous.

L’Irlandais balança un coup de pied dans une pomme de pin qui atterrit un peu plus loin dans la pelouse et, à pas lents, il se remit en route vers Nalebo Hall. Il en voulait à Jake de traiter avec autant de désinvolture une foi qui était pour lui complexe, mais sincère et profonde, mais il s’en voulait tout autant en lui-même d’avoir songé à accueillir les arguments de Jake, au moins pour un instant, juste parce que son corps réclamait du sexe. Comme souvent dans ses pics de culpabilité, et ils étaient fréquents, « faire l’amour » n’existait plus pour Abban : plein d’une honte toute catholique, il ne voyait que « le sexe », espèce d’emboîtement mécanique avilissant qui l’éloignait de ses instincts supérieurs, lui particulièrement, qui s’était si souvent donné, par désespoir et par faiblesse.

— J’devrais faire c’que j’fais toujours : j’devrais fermer ma gueule, c’t’encore comme ça qu’on parle le mieux, toi et moi.

Comme à l’ordinaire, Abban excellait dans les accusations injustes : non seulement il se taisait lui-même rarement, mais leurs conversations étaient fréquentes et productives, beaucoup plus saines, à tout bien considérer, que celles qu’il pouvait avoir avec le reste de l’humanité. Mais si l’Irlandais mûrissait lentement à Star City, la mauvaise foi restait une spécialité Mac Aoidh et jamais plus que dans ces moments, la différence d’âge qui le séparait de Jake ne s’exprimait mieux, par l’impétuosité caractérielle de l’adolescent, prête à accuser le monde entier tout azimut.

— N’empêche, j’y crois pas…

Oui, il ne voulait pas en parler, mais il en parlait quand même. Vous n’avez tout de même pas cru qu’Abban pouvait rester silencieux ?

— J’te parle d’aller en enfer, j’te dis qu’j’ai peur et tout, j’me pose des questions, et toi tout c’qui t’intéresse, c’est d’me sauter… ?

Certes, c’était ce qui occupait la moitié de ses propres pensées au moins 90% du temps, mais la question n’était pas là !

— Sérieux, c’est ta réponse à tout ?

À sa décharge, Jake avait aussi développé un argumentaire réaliste et hédoniste en plusieurs longues phrases, mais Abban n’avait pas vocation à être le juge le plus impartial du monde. Pour l’heure, il avait besoin de reporter sa propre faute sur quelqu’un d’autre, quitte à exagérer celle de Jake et à transformer l’indélicatesse de l’Américain en crime de premier ordre.

— J’mets ma main à couper qu’si un jour on fait un test et qu’j’te touche pas pendant une semaine, tu m’plaques pour aller voir quelqu’un d’moins compliqué qu’moi. C’pas les groupies qui doivent manquer au Cartel, hein. Y a plein d’imbéciles qui s’posent pas d’questions au Circus Maximus, sérieux, tu devrais faire un tour, ils parleront moins et ce s’ra à peu près comme des poupées gonflables. D’façons…

Abban fronça les sourcils. Depuis quelques secondes, dans les veines de son avant-bras, une lueur émeraude avait commencé à courir : sous l’effet de l’émotion, la Pierre Orphique se réveillait.

— … d’façon…

Un peu perdu dans le flot de ses accusations, l’Irlandais ouvrit et referma la bouche, sans parvenir à rien articuler. Puis il lança :

— Heureux l’homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs, mais qui trouve son plaisir dans la Loi de l’Eternel, et médite cette Loi jour et nuit !

Évidemment, comme il venait de le dire en hébreu biblique, ça perdait un peu de sa force de conviction.
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Et là, un salon. Encore.

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