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Premières armes

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Message posté : Lun 14 Avr 2014 - 19:57 Message
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14 avril 2014

Pas facile la vie de super-héros. Allongé sur un toit de la ville, vêtu de son seul boxer, les mains croisées derrière la nuque, les yeux fermés, Jace avait tout l’air de lézarder au soleil, sans faire grand-chose de très constructif. Le printemps était arrivé, avec le printemps un soleil, parfois un peu discret, dont le jeune homme comptait bien prononcé : c’était le moment rêvé de préparer un léger bronzage, tant que les rayons n’étaient pas trop forts pour sa peau blonde. Et ça, c’était important, quand on avait dix-sept ans et que l’on aimait être au centre de l’attention.

Les apparences étaient cependant trompeuses : l’esprit de Jace, bien plus actif que son corps, s’était connecté subrepticement au wi-fi des voisins d’en-dessous et il surfait sur Internet, à la recherche d’une affaire prometteuse. Depuis quelques temps, le leader de la Team Alpha était convaincu que Qaletaqa, après bien des entraînements, physiques et stratégiques, après des réunions, était prêt à s’attaquer à des missions sur le terrain. L’Amérindien avait déjà été impliqué dans le travail de fond qui encadrait bien des interventions de l’équipe, dans les recherches documentaires, l’analyse des documents, toutes les étapes parfois un peu fastidieuses et souvent fort intéressantes, aux yeux de Thunder du moins, qui étaient nécessaires à la poursuite des enquêtes, mais il restait le terrain, le vrai, celui où les dangers réels étaient courus, celui pour lequel Jace avait souhaité attendre un peu.

Aux yeux de certains adultes, Qaletaqa était sans doute encore trop novice pour se lancer ainsi à l’aventure. Quelques mois d’entraînement, même organisés par Thunder, ne suffisaient pas à s’ériger en super-héros. Mais Jace avait toujours été d’avis que c’était en forgeant que l’on devenait forgeron et il ne comptait de toute façon pas lancer son ami dans une bataille titanesque. Il lui suffisait simplement de trouver le bon dosage et d’augmenter graduellement les dangers. C’était pour cela qu’il recherchait l’affaire parfaite, en épluchant les brèves des journaux locaux. Quelque chose qui n’avait peut-être pas attiré beaucoup l’attention des forces de l’ordre, mais où son instinct de super-héros, rompu aux phénomènes étranges, trouverait quelque intérêt.

Et sur le toit, alors qu’il se retournait pour faire bronzer son dos, un sourire se dessina sur ses lèvres. Il avait trouvé une bonne piste. Il ne manquait plus qu’à la remonter.

***

Le soir était arrivé, mais la nuit n’était pas encore tombée : elle tombait tard, désormais, et le soleil éclairait encore longtemps les heures qui succédaient aux journées de travail. Ainsi, dans les parcs, les habitants se retrouvaient, comme à la terrasse des cafés. Jace aimait ces jours de printemps, plus proches de ce qu’il avait vu récemment à Miami que les longues semaines d’hiver. Que l’hiver dernier eût été difficile à vivre pour lui n’était sans doute pas étranger au soulagement avec lequel il retrouvait les floraisons des arbres, les jupes des jeunes filles et les tee-shirts moulants des garçons.

Les mains dans les poches de son blouson, adossé à un mur, Jace suivait des yeux les passants et les passantes les plus dignes d’intérêt, en attendant l’arrivée de Qaletaqa. Il avait envoyé un message à son coéquipier, en soulignant qu’ils allaient s’engager dans une enquête, pour que le Hopi eût tout le loisir de se préparer psychologiquement. Puis il lui avait donné rendez-vous dans le quartier de Little Italy, tout aussi réputé pour sa restauration que pour ses crimes. Une légère brise faisait voler ses cheveux blonds. Une jeune fille qu’il avait regardé un instant se retourna, le fixa, Jace sourit, elle sourit, puis passa son chemin. Décidément, Jace aimait le printemps.

L’adolescent se détacha du mur quand il vit la silhouette de Qaletaqa se dessiner à son tour parmi les passants et, en quelques enjambées, il l’avait rejoint.

— Alors ? Prêt pour l’aventure ?

À les regarder, on aurait cru qu’ils allaient boire un verre, tout simplement : Jace n’avait pas endossé sa combinaison de super-héros, somme toute peu discrète quand il s’agissait de récolter des informations. Alors qu’il prenait la direction de la marche, le jeune homme entreprit de livrer les informations essentielles qu’il avait recueillies sur Internet, dans les rares articles à avoir accorder quelques lignes au cas.

— Samedi dernier, le propriétaire d’un restaurant grec a été retrouvé mort dans sa chambre froide, congelé. La police a conclu à un accident : la porte se serait fermée toute seule et le thermostat, mal réglé, aurait fait des siennes, serait descendu plus qu’il ne l’aurait dû et aurait causé la mort de la victime. Sa femme s’est aperçu du dérèglement le lendemain matin, à fixer le thermostat à la bonne température, mais n’a ouvert la chambre froide que plus tard, et découvert le corps de son mari. J’ai téléchargé les photographies de la scène, dans les fichiers de la police et la victime n’avait pas les pupilles dilatées.

Jace jeta un coup d’œil à Qaletaqa. Il avait glissé cette information comme si les déductions qui en découlaient relevaient de la pure évidence — mais il avait toujours un peu de mal à évaluer ce qui lui paraissait clair par l’effet de son intelligence exceptionnelle ou ce qui relevait de la connaissance commune. À tout hasard, il précisa ses propos :

— S’il est entré dans la chambre froide et qu’il n’a pas réglé tout de suite le thermostat, c’est que le thermostat s’est déréglé progressivement, une fois la porte fermée. Il aurait donc dû passer par une phase d’hypothermie avant d’arriver à une complète congélation et donc ses pupilles auraient dû se dilater. Là, on dirait qu’il a été congelé immédiatement, ce qui implique qu’il n’aurait pas pénétré dans la chambre froide dans le thermostat était de toute évidence déréglée, puisque le thermostat se situe à l’extérieur, comme on le voit dans cette photographie du journal.

Jace tira un article découpé dans un journal retrouvé à la bibliothèque municipale, où la chambre froide avait été photographiée : on y voyait clairement le boitier de contrôle du thermostat, à l’extérieur, à côté de la porte.

— Il s’est donc passé quelque chose de beaucoup plus rapide et de beaucoup plus étrange.

CQFD.

— Des hypothèses ?
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Message posté : Dim 11 Mai 2014 - 19:35 Message
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Cal n'en avait pas vraiment pris conscience, mais au-delà des exercices et des entraînements de Jace, il s'était de plus en plus formé à son rôle de super-héros. Comme il avait pu l'expérimenter la semaine précédente avec Amber, dans les serres, les plantes cultivées à l'école n'étaient pas toujours très coopératives et même si une plante verte ne valait pas un criminel endurci ou un super-vilain, il ne fallait pas les sous-estimer pour autant ! Bien entendu, malgré tout cela, Qaletaqa se sentait quand même plus à l'aise dans un rôle de soutien ou de préparation, parce que le combat, ça n'était pas encore réellement son domaine... Et même sans combat, en fait, il y avait de grandes chances qu'il ne brille pas par ses exploits. Il n'y avait qu'à regarder l'une des premières missions qu'il avait menée pour la Légion, avec Keiko. Il s'agissait simplement de contacter un jeune étudiant et il n'avait même pas été capable de faire face à une foule de fans ou au déclenchement d'un pouvoir. Il fallait donc espérer que ses premiers pas au sein de la Team soient un peu plus concluant.

C'est donc le soir venu que le jeune chaman rejoignit son ami. Profitant du soleil de ce début d'été, Cal s'était contenter de passer une chemise légèrement entrouverte aux manches retroussées, même si bien évidemment, ça n'avait encore rien à voir avec les températures qu'il avait pu connaître en Arizona. Mais c'était déjà mieux que rien ! Prenant plusieurs bus, le chaman traversa la ville pour se rendre à Little Italy, un quartier qu'il ne connaissait pas vraiment, n'y ayant en réalité jamais mis les pieds. Malgré tout, il réussit à ne pas se perdre et c'est donc sans être en retard qu'il finit par retrouver Jace. Ce dernier, comme à son habitude, entra directement dans le vif du sujet, ce qui pouvait laisser craindre la suite. Il n'y avait qu'à regarder sa conception des petits entraînements pour se demander ce qu'il pouvait bien entendre pas l'aventure... Inspirant profondément, Qaletaqa laissa apparaître un sourire sur ses lèvres avant de répondre le plus simplement du monde. « Il faut bien. »

Emboîtant le pas à Jace, Cal écouta attentivement ses explications. Il était ainsi question de restaurant grec et de chambre froide mortelle. Une affaire qui s'annonçait d'emblée très joyeuse. Bien évidemment, le jeune chaman évita de noter que son ami venait plus ou moins de lui avouer qu'il avait piraté les fichiers de la police pour chercher à comprendre ce que les pupilles dilatées avaient à voir dans tout cela. Par chance, Jace s'empressa de le lui expliquer mais pour le coup, ça ne rendait que l'affaire encore plus étrange. Aussi, lorsqu'il fut invité à émettre des hypothèses, l'Amérindien revint sur chacune des explications données. « Bon, donc on a un type qui a été congelé. On est sûr que c'est la cause de la mort ou il a été congelé ensuite ? » C'était une question pertinente et Jace devait très probablement avoir une copie du rapport d'autopsie récupérée dans les fichiers de la police, non ? « D'après ce que tu dis, ce type ne peut pas être mort dans la chambre froide. Enfin, si, il a pu y mourir, mais pas à cause d'elle. » Sans quoi, comme venait de le dire Thunder, il aurait les pupilles dilatées. « Cela dit, le thermostat était quand même déréglé. Enfin... Ça, on en sait rien, au final, vu que tu dis que sa femme l'a à nouveau réglé. Qu'est-ce qui prouve qu'il était vraiment déréglé ? » C'était un fait, il n'y avait que la parole de l'épouse pour le prouver. Mais ça pouvait très bien être une excuse pour justifier la mort de son mari comme accidentelle, non ? Et si elle l'avait simplement enfermé dans la chambre froide pour le laisser mourir lentement ? Est-ce que les pupilles seraient aussi dilatées dans ce cas-là ? Si oui, le dérèglement du thermostat n'était donc pas très important.

« Tu penses que ça pourrait être quelque chose de plus... bizarre ? Tu as dit que ça devait être quelque chose de beaucoup plus rapide. Ça voudrait dire que quelqu'un ou quelque chose l'a congelé presque instantanément, l'a mis dans la chambre froide et a déréglé le thermostat pour faire croire à un accident ? Mais pourquoi ? Y a eu un vol ? Ou alors, il avait déjà des ennuis, ce restaurateurs ? » Parce qu'il fallait avouer qu'un meurtre de ce genre, si c'était bien un meurtre, devait avoir un mobile, non ? « T'as des infos sur tout ça ? Parce que s'il y a pas vraiment de mobile, ça devient flippant. Ça voudrait dire que c'est soit un taré avec des pouvoirs qui agit sans raison, soit quelque chose qui n'a pas besoin de mobile. » Et quand on était accompagné par des esprits et qu'on voyait les fantômes, on était en droit de se demander quel dieu païen ou quelle créature démoniaque pouvait encore se promener sur Terre. Des vampires ? Des loups-garous ? Et quoi d'autre encore de plus dangereux ? Cal espérait donc simplement que Jace ait quelques infos plus solides, qui pourraient leur donner quelques détails plus précis sur l'identité potentielle du meurtrier, pour peu qu'il y en ait bien eu un.
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Message posté : Lun 12 Mai 2014 - 17:55 Message
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— C’est bien la cause de la mort.

Un peu plus et l’on aurait dit que pour Jace, toute cette histoire était une espèce de Cluedo géant. Avec un petit sourire énigmatique, le jeune homme surveillait les réflexions de son nouveau coéquipier, un peu comme s’il entendait les rouages du cerveau de Qaletaqa craquer sous l’effort. Lui-même n’avait pas de théorie bien arrêtée — ou plutôt, il y en avait une petite dizaine, aucune confirmée par les éléments encore fort lacunaires qu’ils avaient à sa disposition et, de mission en mission, il avait appris à considérer Star City beaucoup trop étrange pour ne pas réserver à plus tard ses conclusions. Il n’empêchait qu’un peu d’imagination était une qualité nécessaire à tout bon enquêteur.

Qaletaqa se rendit bientôt compte qu’en l’état, l’affaire recelait plus de mystères que de réponses et Jace ne tarda pas à s’exclamer, devant l’avalanche de questions de son ami :

— Excellentes questions, cher Watson ! C’est justement pour ça qu’on est ici et, oh… C’est l’heure de dîner.

Enfin, presque. C’était en tout cas l’heure de prendre l’apéritif et, une rue plus loin, Jace tournait pour pénétrer bientôt, sans hésiter, dans le restaurant dont la chambre froide avait été jusqu’à il y a peu une scène de crime. Ils étaient sans doute les seuls à le savoir et la perspective de manger une pizza aux artichauts préparées avec les ingrédients du défunt réfrigéré ne paraissait pas perturber Jace, qui s’assit à une table près du couloir menant aux toilettes.

— Pour dîner ?

Les deux adolescents relevèrent les yeux vers la veuve éplorée qui ne pleurait pas, par conscience commerciale, sans aucun doute.

— Juste boire un verre, c’est possible ?
— Bien sûr. Qu’est-ce que je vous sers ?

Après avoir passé commande et une fois Mrs. Demokos disparue dans ses cuisines, Jace se pencha vers Qaletaqa et murmura :

— On va essayer de trouver une réponse à toutes tes questions. Y a plusieurs gros groupes. 1. Est-ce que le thermostat était bien déréglé ? Ça, je peux vérifier facilement. 2. Est-ce que le restaurateur avait des problèmes avec quelqu’un ? Ça, il va falloir poser d’autres questions, aux bonnes personnes, pour le savoir. Évidemment…

Jace s’interrompit parce que la veuve éplorée qui ne pleurait pas était revenue pour déposer leurs commandes. Le jeune homme la remercia avec l’un de ses plus beaux et plus innocents sourires (très efficaces), attendit qu’elle s’éloignât de nouveau et reprit à voix basse le résumé de la situation :

— … la police est sans doute en train de faire tout ça. Mais d’abord, ils n’ont pas que cette affaire-là, ensuite, ils ne coopèrent pas toujours très volontiers avec nous, parce qu’ils nous trouvent trop jeunes, ensuite, si on mène notre propre enquête, on peut toujours croiser les sources, après.

Accessoirement, s’il voulait certes jeter Qaletaqa dans le grand bain, il avait préféré choisir une affaire à laquelle la SPCD avait par ailleurs affecté des enquêteurs expérimentés, pour ne pas prendre de risque, plutôt que de se lancer dans un mystère dont ils seraient les seuls responsables.

— Déjà, quand on entre dans un lieu, on regarde bien tout, mais pas avec trop d’insistance. La première chose à voir, ce sont les issues, à la fois si t’as besoin de te barrer et si quelqu’un cherche à s’enfuir. Tu comptes les portes et les fenêtres, les couloirs et les escaliers, ce genre de choses. Ça doit aller vite. Genre en deux secondes, et après, si tu fermes les yeux, tu dois te souvenir de comment tout est disposé. Ensuite, si y a des gens, tu cherches ceux qui ont l’air franchement suspect : qui te regardent avec trop d’insistance, qui ont l’air de porter une arme, qui sont nerveux, ce genre de trucs. Enfin, tu trouves un endroit près de celui où tu veux aller, pas trop exposé, mais pas trop loin non plus, comme ici, pour t’installer et observer encore, si y a besoin.

Certes, dans le cas présent, ils étaient entourés de cinq autres clients dont trois touristes et deux VRP, dans une pizzeria sans histoire (sauf le cadavre qu’on avait retrouvé dans la chambre froide, bien sûr). Ce n’était pas le bar à criminels des Marais, mais Jace en profitait tout de même pour donner les grandes lignes de l’investigation criminelle.

— Maintenant, t’as vu où elle est allée pour chercher les boissons, du coup la chambre froide est par là, et c’est là qu’il faut aller pour jeter un coup d’œil au thermostat. Faudrait aussi arriver à lui poser quelques questions. On peut la jouer discret, on peut dire carrément qu’on enquête.

Jace attrapa sa bouteille de coca, dédaigna le verre et but une gorgée au goulot, avant de se caler contre le dossier de la banquette en cuir sur laquelle il était installé.

— Alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?

L’enquête du jour ressemblait fort à un test grandeur nature pour Qaletaqa.
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Message posté : Lun 9 Juin 2014 - 19:25 Message
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Jace avait confirmé que l'homme était bien mort en se faisant congeler, ce qui fit frissonner Cal. Lui qui venait du désert et qui avait déjà rapidement froid comme ça, la simple idée de mourir gelé le rendait malade. Franchement, il y avait mieux, comme mort ! En tous les cas, vu les questions qui se posaient, ils n'étaient pas prêt de voir le bout de l'affaire et là, plutôt que d'aider le jeune chaman à éclaircir ses idées en lui donnant de nouvelles infos, Thunder pensa à manger ! Franchement !

Qaletaqa suivit donc son ami jusqu'à un restaurant, notant mentalement que ce dernier aurait pu choisir une meilleure place. La table à la sortie des toilettes, c'était vraiment pas le choix le plus cool pour passer un repas agréable. Et comme c'était l'heure de dîner, Jace commanda évidemment juste de quoi boire. Lui aussi, il était décidément très mystérieux... Il ne tarda toutefois pas à dissiper les interrogations de Cal, reprenant par le menu les questions qui se posaient. D'abord, il se proposait de vérifier le thermostat. Comment, difficile à dire, mais il avait l'air sûr de lui, alors autant le laisser faire. Quant à un potentiel mobile, ils allaient devoir jouer les curieux en interrogeant des gens, sans doute ceux du voisinage. Bon, ça, le chaman ne l'avait encore jamais fait, mais il ne doutait pas que Jace soit un habitué de ce genre de choses et qu'il pourrait donc le lui apprendre.

Interrompu par la veuve, Thunder laissa planer un instant de silence avant de reprendre la parole sur le ton de la conspiration. Et justement, ce fut le moment du cours sur la manière dont on menait une enquête. Cal écouta attentivement les propos de Jace, tentant de tout retenir au mieux, mais il tiqua quand même sur le besoin de s'enfuir. Genre, c'était si dangereux que ça, de mener des enquêtes ? Non, parce que si le premier réflexe était de repérer les moyens de fuite, c'était que ça devait quand même être un peu trop fréquent, comme situation... Enfin, au moins, Jace expliqua les raisons du choix de la table et ça, c'était quand même bien, parce que ça voulait dire qu'il avait un minimum de sens logique.

Par contre, un autre point était un peu plus problématique. « Hum... J'ai tout bien écouté mais... Tu sais, les gens ont souvent tendance à me regarder avec insistance. » Non pas parce qu'il était mignon, mais plutôt parce qu'on avait souvent tendance à dévisager les minorités, dans les quartiers où on pensait qu'elles n'avaient rien à faire. Or voilà, si Jace était aussi blond que les blés, on ne pouvait pas ignorer les origines de Cal et ça, souvent, ça ne plaisait pas trop. « Enfin, je devrais pouvoir me débrouiller. » Buvant une gorgée de son thé glacé en ayant l'impression d'être en train de passer un oral avec un de leurs profs, Cal réfléchit un instant. « Vu tous les trucs bizarres qu'il y a l'air d'y avoir dans cette histoire, à mon avis, on ferait mieux d'être discret. Au moins le temps d'en savoir plus. » Cela semblait effectivement être le mieux, surtout s'il y avait une affaire surnaturelle derrière tout ça ou que le criminel était un gros psychopathe.

Quant à la suite... Que faire ? Mentalement, le jeune chaman se repassa les différentes questions qu'il leur fallait résoudre. Celle qui lui sembla être prioritaire, c'était l'histoire du thermostat. En effet, selon leurs découvertes à ce sujet, ils pourraient poser des questions plus ou moins précises lors de leur enquête et cela leur donnerait donc une longueur d'avance. Mieux valait éviter d'avoir à revenir plus tard, au risque d'attirer un peu trop l'attention. En plus, se rendre en direction de la chambre froide pouvait leur donner une autre option, non évoquée par Jace. « Il faut qu'on trouve un moyen de détourner son attention pour qu'on puisse aller voir la chambre froide. Comme ça, tu pourras t'occuper de tous les problèmes technologiques. Surtout que... » Cal marqua une pause avant de regarder tout autour de lui. Visiblement, personne ne les écoutait, mais il prit quand même soin de parler aussi doucement que possible. « Si la mort n'est pas naturelle, il y a toujours la possibilité que son esprit soit toujours là. Si c'est le cas, je pourrais l'interroger. » En effet, c'était l'une des possibilités les plus simples pour régler cette enquête. Enfin, cela nécessitait que la victime ait vu son potentiel agresseur, parce que si ça n'était pas le cas, elle ne pourrait pas dire grand chose... Mais au moins, en l'interrogeant, ils pourraient confirmer les conclusions médico-légales de Jace. « Une idée pour l'occuper ailleurs ? Je peux toujours envoyer un de mes esprits. Ou alors, tu t'en occupes. » Après tout, il suffisait d'une petite décharge pour faire sauter le grille-pain et occuper un moment la veuve pas éplorée. « Puis si on se fait prendre, on cherchait les toilettes. » A deux, en même temps ? Vachement crédible...
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Message posté : Ven 13 Juin 2014 - 10:57 Message
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Si tout le monde regardait Qaletaqa, c’était peut-être parce que celui-ci jouait avec ses bretelles comme un strip-teaseur du Wisconsin et qu’il se promenait le reste du temps torse nu, pour exhiber ses admirables pectoraux. Je ne dis ça, je ne dis rien — Jace, pour sa part, se contenta de hocher la tête d’un air compréhensif lorsque le jeune homme évoqua à demi-mot la gravité des problèmes raciaux aux États-Unis, sans doute parce qu’il n’avait pas encore été réveillé d’un coma artificiel par une électrocution propre à stimuler ses hormones et que le printemps était encore jeune : il n’avait pas encore songé aux effets agréables de son entraînement intensif sur la silhouette de son ami.

Mais revenons à des considérations moins lubriques — et quand on voit les avatars de certains, Dieu sait que c’est difficile. Jace avait écouté le plan de Qaletaqa, ou tout du moins les analyses et même si ce dernier s’en remettait encore à ses décisions, il n’était pas mécontent. Thunder avait beau pousser ses coéquipiers à prendre des initiatives, il savait que pour certains, le rôle du leader était toujours d’arrêter la marche des opérations et c’était un rôle qu’il endossait avec professionnalisme et plaisir. Il se mit donc à réfléchir.

Contacter l’esprit du mort, il n’y avait pas pensé lui-même : quelque réceptif qu’il fût aux pouvoirs de Qaletaqa, il avait encore du mal à l’envisager spontanément et ses méthodes d’enquête, pour être diversifiées et atypiques, ne parvenaient pas toujours à embrasser toute la diversité d’un monde qui ne cessait de l’étonner. Il ne savait donc pas exactement combien de temps il faudrait à son camarade pour parler au mort, si toutefois le mort était encore présent — mais Jace supposait que l’agonie par réfrigération était une fin assez pénible pour justifier une petite hantise. Bref, il fallait une diversion suffisamment longue pour leur assurer quelques minutes de tranquillité.

— Bouge pas, je m’en occupe.

Le blond plissa des paupières en observant le comptoir. En fait, il ne regardait même pas les objets : ses yeux s’étaient perdus dans le vide et ce qu’il observait, c’était les fluctuations électriques, le courant qui circulait dans les appareils. Il y avait les téléphones, la caisse enregistreuse et, au-delà, les fours, le lave-vaisselle, une télévision, une radio, une perceuse électrique, les câbles dans les murs. Un frisson parcourut la peau de Jace. Plus le temps passait, plus il était sensible à cet enchevêtrement technique dans lequel il évoluait en permanence. La température du four augmenta un peu. Un petit peu plus. Et la patronne fut bientôt ramenée dans sa cuisine pour constater le dysfonctionnement.

Les yeux de Jace avaient pris un bleu un peu plus intense — un bleu électrique. Le jeune homme les posa sur Qaletaqa, esquissa un demi-sourire et murmura :

— C’est parti.

Les deux compères se levèrent pour se faufiler vers l’arrière-boutique. Le four ne menaçait pas d’explosion, mais il était parfaitement inutilisable et le sourire de Jace s’élargit quand il sentit que la patronne composait un numéro de téléphone — bientôt, la conversation répercutée dans son esprit lui confirma qu’elle appelait l’assistance technique et le temps qu’elle décrivît un problème du reste incompréhensible leur serait du plus grand profit. Ils arrivèrent devant la chambre froide et, pendant que Qaletaqa se préparait à invoquer l’esprit du mort, Jace se détacha de ce qui se tramait en cuisine pour observer le thermostat.

Le blond sortit une trousse de crochetage de sa poche, matériel essentiel de tout bon enquêteur, et avec un petit tournevis, entreprit de démonter soigneusement le thermostat pour en observer l’intérieur. Quelques mois auparavant, il n’y eût pas compris grand-chose ; désormais, des assemblages électroniques aussi élémentaires lui faisaient l’effet de jeux d’enfants. L’intérieur du thermostat était à l’avenant de l’extérieur : des câbles récents, bien isolés, correctement installés. Aucune trace de brûlure. Rien, en somme, qui indiquât le moindre dérèglement. Comme il l’avait supposé, cette histoire-là n’était qu’une couverture.

Le mystère continuait donc à s’épaissir. Le Légionnaire commença à remonter l’appareil, pour ne pas laisser trop de traces de son passage, tout en laissant son esprit divaguer vers la cuisine, où la patronne exécutait de moins en moins patiemment les différentes opérations conseillées par la hotline — c’est le cas de le dire — du fabricant de fours. Rien n’y faisait. Pour faire bonne mesure, Jace y alluma un nouveau voyant et la conversation repartit de plus belle ; il s’en désintéressa pour fixer la dernière et rejoignit Qaletaqa dans la chambre froide.

— Ça se présente comment ?

Bien, espérait-il : s’il s’agissait d’un meurtre en effet, comme le suggérait l’excellent état du thermostat, l’esprit avait toutes les chances, sinon d’avoir identifié son assaillant, du moins d’émettre quelques suppositions sur son identité. Jace ne croyait plus à la biographie d’un restaurateur sans histoire : les gens sans histoire n’étaient pas victimes d’assassinats aussi élaborés.
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Message posté : Dim 6 Juil 2014 - 17:39 Message
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Il ne fallut guère longtemps pour que Jace crée une diversion, sans que Cal ne sache exactement ce qu'il était en train de faire. Ce n'était pas non plus vital, puisque la seule chose qui importait, c'était que cela fonctionne et que la veuve du patron soit rappelée dans sa cuisine. A peine cela se fut-il produit que les deux jeunes hommes se levèrent afin de se rendre dans l'arrière-boutique. C'était bien la première fois que le chaman faisait quelque chose de ce genre et même s'il en comprenait l'utilité, il n'arrivait pas à se défaire de l'impression qu'il faisait quelque chose de mal, parce qu'ils n'avaient rien à faire dans cet endroit. Est-ce que c'était bien Légionnaire de braver les interdits et de pirater les serveurs de la police ? Difficile à dire, mais peut-être qu'aborder ces points en cours pourrait être utile.

La gorge sèche, Qaletaqa eut une pensée pour son pauvre thé glacé abandonné tout seul sur la table. Posant ses yeux sur Jace, il lâcha un soupir en se demandant bien où il avait pu se procurer un kit de crochetage, mais en n'imaginant surtout pas ce qu'il pouvait bien en faire pour rendre un tel achat rentable. Tout leader qu'il était, Jace semblait avoir des pratiques héroïques bien personnelles. Ce n'était toutefois pas l'endroit pour en parler et finalement, l'Amérindien se décida à porter son attention sur quelque chose de beaucoup plus utile et important, pour le moment. Pas très rassuré, le jeune homme avança toutefois à l'intérieur de la chambre froide aujourd'hui éteinte, pour cause de l'enquête. Son regard scruta les alentours, à la recherche d'une présence quelconque, mais il ne décela rien. Du moins, dans un premier temps.

En effet, un frisson se mit à parcourir son corps, ce qui n'avait rien de très normal, puisque la chambre ne fonctionnait plus. Plissant les yeux, comme si cela lui permettrait de mieux voir, Cal repéra alors la présence d'une étrange vapeur au sein de laquelle on pouvait apercevoir une silhouette humaine. « Je suis ici pour vous aider, monsieur. » Cela était vrai, même si l'aide qu'on pouvait aujourd'hui lui apporter était des plus limitées. « Vous pouvez me voir ? » « Oui, j'en suis capable. Acceptez-vous de répondre à quelques questions ? Cela pourrait m'aider autant que vous aider, vous. » Le fantôme sembla réfléchir un moment, avant de soudainement se jeter sur Cal. Le chaman eut un mouvement de recul par réflexe, mais l'esprit s'arrêta juste en face de son visage. « C'est cette vieille folle, n'est-ce pas ? Elle espère sans doute me chasser. » Cal fronça les sourcils, en se demandant de qui il voulait parler. « Qui ça ? » « Mon épouse ! Qui d'autre ?! Vous ne l'avez pas vue ? » Hochant la tête de manière affirmative, Cal n'ajouta rien. Vu qu'elle n'avait pas trop l'air de porter le deuil, on était en droit de penser que les choses n'étaient pas aussi parfaites qu'elles avaient pu en avoir l'air.

C'est alors à ce moment que Jace refit son apparition, moins surprenante que celle d'un fantôme, cherchant à savoir comment les choses se passaient. « On est en train d'en parler, justement. » Puis, reportant son attention sur le fantôme, Cal osa malgré tout poser sa question. « Vous... pensez qu'elle est responsable ? » L'esprit flotta un moment en silence, immobile, comme s'il cherchait sa réponse ailleurs. « Peut-être. C'est possible. Je ne sais pas. » Glissant un regard dépité vers Jace, Cal se contenta alors d'un murmure. « Plutôt mal... » Puis, il s'adressa de nouveau à l'esprit. « Et vous ne vous souvenez de rien ? Une image, une sensation, un son, n'importe quoi ? » A nouveau, le fantôme sembla chercher profondément dans ses pensées. « Tout était normal. La porte s'est refermée, mais ce n'était pas logique. Elle est trop lourde pour se fermer seule. Quelqu'un l'a fait. Ensuite, il a fait froid. Très froid. Trop froid. Ce n'était pas normal non plus. Il ne peut pas faire aussi froid aussi vite, c'est impossible. Tout est flou, ensuite... Je crois... Que je suis mort. » Et ça ne leur en apprenait pas beaucoup plus, malheureusement. « Vous n'avez vu personne ? Rien entendu ? » « Attendez. » Le fantôme sembla se concentrer. « J'ai entendu quelque chose. C'était... comme un murmure, dans le vent. Je ne sais pas trop... Kigatilik. C'est ça. » « Kigatilik ? » Le fantôme hocha la tête de manière affirmative et soudain, il disparut. Cal chercha tout autour de lui, mais il n'y avait plus la moindre trace de sa présence. « Je déteste quand ils font ça. A croire que la politesse se perd dans la mort. Sérieux, quoi. »

Se tournant vers Jace, Cal désigna la porte d'un signe de tête. « On devrait y aller, elle n'a pas l'air commode, la patronne. » Et alors qu'ils quittaient les lieux, le chaman fit un bref compte-rendu à son ami. « Il n'a pas pu me dire grand-chose... Visiblement, la porte s'est fermée, il a fait très froid et il est mort. Selon lui, ce n'est pas possible que ça se soit fermé seul. Il y avait donc quelqu'un. Peut-être l'épouse, parce que ça n'avait pas l'air d'aller au mieux entre eux. Mais bon... » Ça, Jace avait sans doute pu le déduire tout seul. « Il y a encore autre chose. Un mot. Kigatilik. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, il faudrait qu'on puisse faire des recherches, à ce sujet. Et toi, tu as trouvé quelque chose ? »

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Message posté : Lun 7 Juil 2014 - 12:18 Message
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Regarder un ami discuter tout seul avec une chambre froide était une expérience peu ordinaire et, après quelques secondes, comme Jace n’avait que la moitié d’une conversation déjà assez peu fructueuse, le jeune homme jugea préférable de se détourner pour monter la garde. Comme il ne se passait pas grand-chose non plus de ce côté-là, machinalement, il essaya de se concentrer pour voir s’il percevait lui aussi l’esprit, en supposant que la sensation devait être à peu près semblable à celles qu’il éprouvait avec l’électricité. Mais rien. Rien de rien. Aucune présence paranormale dans son esprit : les ampoules qui grésillaient, les téléphones, le wi-fi, les SMS, les données, le monde de la technologie, mais rien de surnaturel à proprement parler. Jace était un peu déçu.

Il se détacha du mur quand Qaletaqa émergea de la chambre froide et les deux adolescents reprirent le chemin de leur table, pour s’installer devant les consommations. Elles ne servaient plus à rien, mais partir tout de suite et trop vite aurait eu l’air suspect. Jace avala une gorgée de la sienne et haussa les épaules.

— Tout fonctionne correctement, comme on s’y attendait.

C’était certes une preuve solide à l’appui de ses déductions. Jace en avait encore besoin : il avait du mal à faire entièrement confiance aux fonctionnements nouveaux et trop efficaces de son esprit, même si, le temps aidant, il apprenait petit à petit à les apprivoiser.

— Le mot ne me dit rien.

Jace jeta un rapide regard autour de lui.

— En plus, personne n’a un téléphone correct, ici.

Personne n’avait un téléphone correct, cela voulait dire que personne n’avait un téléphone susceptible d’aller vite et bien sur Internet et que, donc, il ne pouvait pas faire de recherche : une explication que Jace avait condensé jusqu’à n’en fournir qu’un fragment à peine compréhensible, comme il lui arrivait de plus en plus souvent.

— Bon, on va aller au commissariat. C’est une partie du travail, pas la plus passionnante, mais faut s’y habituer. J’ai un bout des dossiers, mais toutes les notes des détectives ne sont pas numérisées : toi, tu vas regarder ça et moi, je fouillerai Internet à la recherche de notre Kigatilik.

Il avait murmuré tout cela très bas, entrecoupé de pauses pour n’être pas entendu, que sa boisson lui donnait une excellente raison de faire, et quand leurs verres furent finis, les deux jeunes hommes réglèrent leurs consommations et quittèrent le restaurant. Une fois en pleine rue, Jace fut plus libre de donner des explications.

— La Légion collabore bien avec la police, en général, mais c’est pas non plus systématique. Les méthodes ne sont pas les mêmes, les marges de manœuvre non plus, et beaucoup de policiers considèrent les Légionnaires comme des amateurs ou, plutôt, comme des troubles à l’ordre public. J’dis pas que c’est universellement hostile, juste qu’il faut pas arriver en terrain conquis dans un commissariat en pensant qu’on y a que des amis. C’la dit, c’est normal. Nous, on est un peu la soupape de régulation d’un système qui serait sinon inadapté à la diversité de la ville.

Une dernière phrase limpide — ou presque — qui ne cadrait pas exactement avec le discours public qu’il avait tenu contre Jonas Cooper, sur un plateau de télévision, et où il s’était attaché à lisser l’image de la Légion. Mais des personnalités comme le Corbeau ou, à vrai dire, nombre de Légionnaires au passé trouble et aux méthodes atypiques, avaient convaincu Jace de longue date que la Légion opérait dans une zone grise, bien plus régularisée et bien mieux contrôlée que celles des Vigilants, mais tout de même beaucoup plus souple que le terrain de la police. Et une ville comme Star City en avait besoin.

— Tu vas voir, les documents des détectives, s’ils veulent bien nous les donner, c’est quelque chose. Un truc avec lequel tu auras souvent à travailler, mais ils ont leur propre façon de noter, c’est presque un genre littéraire à part entière, si tu veux, et faut se familiariser. J’sais qu’c’est pas la première fois…

Depuis qu’à l’automne dernier, Jace avait officiellement pris en charge l’entraînement de Qaletaqa, il n’avait pas manqué de lui montrer la diversité des documents qui pouvaient croiser le chemin des Légionnaires pendant une enquête et ce ne serait sans doute pas la première fois que le Chaman parcourrait des fichiers de police.

— … mais cette fois-ci, t’auras vu le terrain, c’est différent, c’t’un exercice de faire les ponts entre les deux. C’est là.

Jace désigna d’un geste de la tête le commissariat du secteur, avec ses allées et venues perpétuels, de victimes, d’enquêteurs, de petits malfrats, de témoins, d’avocats, de coursiers, de journalistes.

— J’te laisse gérer le truc. Tu nous présentes, tu dis qu’on vient de la Légion, tu parles de l’affaire, tu demandes à voir les personnes. Si vraiment ça coince, je prendrai la relève.

Parler aux policiers, comme parler aux journalistes, aux témoins, aux suspects, aux citoyens, était une part importante de la formation.
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Message posté : Mar 22 Juil 2014 - 21:20 Message
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En quittant la chambre froide, les deux jeunes hommes retournèrent dans la salle du restaurant afin de reprendre place à leur table. Buvant une gorgée de sa boisson, Qaletaqa écouta alors le verdict de Jace. Tout fonctionnait bien dans la chambre froide, ce qui voulait donc dire que l'accident n'était pas envisageable. Même si le restaurateur s'était accidentellement enfermé dans la pièce, il n'en serait pas mort. Pas comme ça, en tous les cas. Il y avait donc bien une autre explication à chercher derrière tout ça et pour se faire, ils disposaient d'un mot. Malheureusement, pour le moment, ce mot ne voulait absolument rien dire.

Il fut alors question d'aller au commissariat, bien que Cal ne savait pas vraiment pourquoi. Ils devaient bien mener l'enquête d'eux-mêmes, non ? Alors pourquoi se rendre là-bas ? La réponse vient bien vite puisque Jace expliqua que c'était pour récupérer certaines éléments du dossier dont ils ne disposaient pas encore. C'était sérieux ? Est-ce qu'il y avait réellement une chance pour que les inspecteurs leur donnent leurs notes ? Non, il devait y avoir une autre explication, ce n'était pas possible autrement. Et pourtant...

Quelques instants plus tard, alors qu'ils se trouvaient dans la rue après avoir fini leurs consommations et quitté le restaurant, Jace donna davantage de détails. Qaletaqa écouta tout, très attentivement, et à mesure que son ami parlait, il se demanda bien ce qu'ils allaient faire. Non seulement il fallait aller auprès des officiers de police pour obtenir leurs notes, mais en plus, ces derniers n'étaient pas toujours prêts à collaborer, les considérant comme des amateurs. Et si c'était vrai pour un Légionnaire, que fallait-il penser d'un Légionnaire à peine sorti de l'adolescence ?

Le jeune chaman n'eut pas le temps d'y réfléchir que déjà, ils étaient arrivés sur place. « Quoi ?! Pourquoi moi ? » La question était sortie tout naturellement et surtout, elle avait été prononcée avec le cœur. Cal n'avait effectivement pas compris que c'était à lui de gérer toute l'affaire et même s'il saisissait ce que Jace cherchait à faire, il n'était pas tout à fait partant... « Je... Euh... Y a un problème, là... C'est que... » Baissant la voix, il poursuivit. « Si je porte un costume, c'est pas pour rien. Je veux pas que ça se sache, que je suis un Légionnaire. » Et en effet, s'il utilisait une identité cachée et qu'il camouflait son apparence derrière un masque, ça n'était pas pour se présenter comme un super-héros dès qu'il se retrouvait en civil. « Alors si je dois faire ça, il faudrait que j'aie mon costume, mais là, c'est pas le cas... » Un peu gêné, l'Amérindien avait le regard hésitant, craignant d'avoir l'air d'un froussard, auprès de Jace. « Tu n'as pas peur, toi, de te présenter comme ça ? » C'était vrai, quoi, il n'avait que dix-sept ans et il n'hésitait même pas à dire qui il était... « Si ça ne te gêne pas, je préférerais te laisser faire ça et m'occuper de la recherche. Désolé. »
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Message posté : Jeu 24 Juil 2014 - 13:25 Message
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Aux yeux de Jace, le CODE était loin de n’avoir que des arguments irrationnels. Si l’adolescent était tout à fait prêt à enterrer sans concession l’organisation conservatrice qui lui paraissait le véhicule d’idées sinistres et dangereuses et s’il eût refusé d’admettre devant qui que ce fût qu’une partie de l’argumentation de Cooper faisait sens, il éprouvait au fond de lui la même réticence à l’égard de la pente à l’anonymat des Légionnaires, certains beaucoup trop mystérieux à son goût, y compris pour le Commander.

Si Jace collaborait si activement et si régulièrement avec les forces de l’ordre, s’il avait effectué un stage à la SCPD, s’il mettait un point d’honneur à apprendre par cœur le bottin de la police et à rester après chaque arrestation pour converser avec les policiers, c’était que le rapprochement lui paraissait utile, pour les enquêtes, et important, pour le fonctionnement de la Légion. L’hostilité latente entre les deux organisations, même si elle n’était pas systématique, constituait l’un des dangers qui guettaient la Légion et la menaçait à termes, selon lui, d’une dissolution gouvernementale contre laquelle personne ne s’élèverait.

Lorsque Qaletaqa exprima ses réticences, Jace s’arrêta devant lui et le fixa dans les yeux avec une froideur qu’il ne contrôlait pas entièrement. Sa patience avait un peu souffert du développement de son intelligence. Un peu brusquement, il déclara :

— Je n’ai pas peur de me présenter comme ça, parce que j’assume mes responsabilités. Les costumes masqués ne sont pas des uniformes, ce sont des masques et les masques me rendent nerveux.

Naturellement, ce n’était pas une règle inflexible et il comprenait la nécessité où se trouvaient certaines personnalités publiques de dissocier leur existence professionnelle de leurs activités de super-héros, comme Sydney. Mais, à ses yeux, la permissivité de la Légion était une entorse parfois dangereuse aux principes démocratiques dont elle devait être la gardienne et si Jace était prêt à discuter de la lettre des lois, comme le prouvait son petit kit de cambriolage destiné à accélérer certaines enquêtes, la solidité de ses valeurs, elle, était bien éprouvée.

Cela dit, il n’était pas autoritaire. Le leader de la Team Alpha se contenta de hausser les épaules et de détourner le regard.

— Comme tu veux. On va faire autrement.

Hors de question pour lui d’assumer la responsabilité dont Qaletaqa chercha à se débarrasser : la mission de formation dans ce cas n’aurait eu aucun intérêt.

— On va aller là.

Le jeune homme pointa un cybercafé dont la devanture aurait pu être un peu plus moderne mais qui suffirait probablement à effectuer les quelques recherches sur Internet nécessaires à l’élucidation du mot mystérieux recueilli par Qaletaqa. Sans plus épiloguer sur le refus d’obtempérer de son nouveau coéquipier ni sur la déception réprobatrice qui l’avait gagné sur le moment, Jace traversa la rue, les mains dans les poches et les pensées un peu soucieuses.

Il se rendait bien compte que, quelques semaines auparavant, quelques mois peut-être, il eût réagi bien différemment. Il aurait accompagné Qaletaqa au commissariat, il aurait expliqué en long et en large sa manière de procéder. Jace avait toujours fait reposer sa direction de la Team Alpha sur le consensus entre les coéquipiers et la gestion participative ; plus le temps passait, plus il avait du mal à coopérer ainsi avec les autres. Parfois, l’existence de héros solitaire lui apparaissait préférable.

Ils pénétrèrent dans le cybercafé et Jace sortit de ses pensées pour tendre quelques billets au gérant, afin de réserver les deux demi-heures qui leur seraient nécessaires. Malgré l’austérité de la devanture, le café proposait un matériel tout à fait respectable et les deux Légionnaires purent bientôt s’asseoir côte à côte devant leurs ordinateurs. Les coudes sur le bureau, les mains croisées devant son menton, Jace observait son écran où s’affichaient déjà en cascade une dizaine de fenêtres, à l’intérieur desquelles des informations s’écoulaient en un flot beaucoup trop rapide pour un œil humain — cela faisait une éternité, lui semblait-il, qu’il n’avait pas utilisé un ordinateur normalement.

Soixante-treize secondes après leur installation, treize fenêtres se réorganisaient sur l’écran : sur certains, les lignes succinctes de diverses encyclopédies qui évoquaient Kigatilik, le démon inuit, sans entrer dans beaucoup de détail, de Wikipedia à Theresa Bane en passant par Grimal, sur d’autres, les inspirations vidéoludiques du démon dans la culture populaire. Au moins avaient-ils identifiés leur ennemi potentiel, à en croire le défunt — mais sur lui, ils n’avaient pas beaucoup de détail.

Jace jeta un coup d’œil sur l’écran de Qaletaqa — contraint, lui, d’utiliser plus traditionnellement la souris, le clavier et les moteurs de recherche poussifs pour effectuer ses recherches. Pendant une ou deux secondes, cet écran-ci se brouilla avant de prendre la même apparence que celui de Jace, qui commenta sobrement :

— J’ai trouvé ça.

Heureusement, autour d’eux, les autres clients étaient beaucoup trop concentrés sur leurs propres machines pour s’étonner de l’extraordinaire efficacité du nouveau venu.

— Tu penses que c’est à prendre au pied de la lettre ? J’ai jamais croisé ce genre de trucs, moi, je ne suis pas sûr de savoir exactement comment faire. T’as des connaissances en…

Démonologie inuit.

— … je sais pas. Ça ?
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Message posté : Lun 18 Aoû 2014 - 21:13 Message
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Une chose était certaine, Qaletaqa n'était pas Jace. Ce dernier avait sans doute le potentiel de leader pour ses camarades et ce faisant, il était capable de les motiver et de les pousser plus loin qu'ils ne le pensaient possibles, mais malgré tout, il lui manquait encore certaines notions pour faire de lui un véritable chef. Il en donnait là la pleine mesure, en laissant entendre qu'il n'y avait qu'une seule et unique façon d'être un Légionnaire. Pensait-il que si Cal avait rejoint la Team Alpha, c'était uniquement pour lutter contre les criminels et rétablir l'ordre dans la ville ? Si oui, il ne pouvait pas faire plus grande erreur...

A dire vrai, Cal lui-même ne savait pas vraiment ce qu'il faisait dans cette équipe. Ce qu'il savait, c'était qu'il n'avait jamais voulu devenir un super-héros. S'il était venu dans cette ville et s'il avait revêtu un costume, c'était uniquement pour rechercher son frère. Et comme cela risquait de le pousser dans les territoires de bandes criminelles, cacher son identité était très important, des fois qu'il y revienne dans une tenue plus civile, par la suite. S'il avait ensuite accepté de suivre le Corbeau et de rejoindre la Légion des Étoiles, c'était uniquement parce qu'on le lui avait proposé, mais aussi, parce qu'il savait qu'il n'arriverait jamais à retrouver son frère tout seul. Évidemment, comme il n'avait jamais parlé de ça à qui que ce soit, il ne risquait pas encore d'obtenir de l'aide dans cette mission. Mais ça viendrait. Probablement. Peut-être. Toujours est-il que c'était plus ou moins pour la même raison qu'il avait ensuite accepté de rejoindre Star High et la Team Alpha, d'une part parce qu'on lui proposait d'améliorer ses dons, d'autre part, parce qu'il n'aurait jamais pu dire non au Corbeau.

Cela étant dit, Cal n'avait donc aucunement l'envie de faire une carrière de super-héros et s'il ne savait pas encore combien de temps cela lui prendrait pour sauver son frère, il préférait dissimuler son identité. Et si ça rendait nerveux, tant mieux ! C'était bien le but des costumes, non ? Étant donné qu'il ne bénéficiait pas de pouvoirs aussi puissants que ceux de Jace, s'il pouvait déjà foutre les pétoches avec un masque, c'était ça de gagné ! Que Jace n'approuve pas ne changerait d'ailleurs rien à l'affaire. Lui, il ne savait pas ce que c'était d'être regardé comme un malade parce qu'on disait voir les fantômes... Toutefois, une chose semblait certaine, un chef devait chercher à comprendre toutes les motivations de ses équipiers et non pas tenter de leur apposer sa propre vision des choses sans vérifier qu'ils la partagent. S'ils avaient parlé de pouvoirs, d'entraînement, de camaraderie ou même de culture Hopi, Cal ne se souvenait pas que Jace l'ait une fois interrogé sur ses motivations, comme si celles-ci devaient couler de source... Mais c'était justement là le problème de l'affaire.

Quoi qu'il en soit, les deux amis – même si l'attitude soudain morose de Jace laissait planer un doute – traversèrent la route pour aller s'installer dans un cybercafé où ils débutèrent des recherches. Il ne fallut pas bien longtemps pour que le très efficace leader de la Team Alpha trouve quelque chose, et ce qu'il avait trouvé n'était pas particulièrement joyeux, visiblement. Réfléchissant à ce qu'il avait sous les yeux, Cal finit par les reposer sur son compagnon. « Je ne connais pas spécialement, non, mais ce n'est pas un problème. » Après tout, quelle que soit la culture, un esprit restait un esprit. La connaissance leur aurait simplement permis d'identifier plus précisément ce dont il s'agissait, aussi allaient-ils devoir faire avec ce qu'ils avaient. « Il y a plusieurs possibilités. Soit c'est à prendre au pied de la lettre et ça veut dire qu'il y a un genre de démon en liberté qui congèle les gens... » Et au vu de ce que la recherche disait, il s'en prenait aux chamans. Est-ce que le restaurateur était un chaman ? Bien sûr, peut-être n'en avait-il pas conscience, mais Cal n'était pas le seul humain à voir les esprits. C'était donc une possibilité envisageable, mais il restait à expliquer comment un démon inuit avait pu venir jusqu'à Star City... « Soit le responsable est un humain. Un mage ou un chaman qui dispose peut-être des mêmes pouvoirs que moi et qui a pu contrôler cet esprit ou un de ses serviteurs. » Et la même question revenait alors, pourquoi tuer le restaurateur ? Parce qu'il était un chaman ? Parce que tuer des chamans faisait partie d'un rituel spécifique ? Peut-être que ce rituel visait justement à libérer le véritable Kigatilik ? Tout était possible.

« Bon, bien sûr, ça, ce sont les théories magiques. Mais on peut aussi avoir affaire à un cryokinésiste qui connaît bien le Grand Nord et qui se fait passer pour un démon. » Peut-être un tueur à gages ? Ou simplement quelqu'un de maudit, comme Cheveyo... « Hum. Ce qu'il faudrait, c'est pouvoir déterminer s'il y a déjà eu des crimes de ce genre ailleurs. Tu sais, dans le nord. Si y a rien du tout, ça élimine nos premières pistes et ça veut dire que le restaurateur était personnellement visé. S'il y en a, c'est que le problème est bien plus important et que ça va sans doute continuer. » Parce que si c'était un tueur ou un chaman venu de ces régions, il était plus que probable qu'il ait déjà fait parler de lui là-bas, avant de partir. Il avait probablement même commis d'autres crimes en route et en dressant la liste des morts liées au froid, ils pourraient éventuellement mettre en évidence une route de voyage. Si elle existait, bien entendu. Sinon, il y avait une autre possibilité. « Il faudrait aussi vérifier s'il n'y a pas une exposition inuit dans un musée de la ville. Les objets renferment souvent des choses... » Machinalement, Cal toucha son collier qui renfermait l'esprit d'un loup. Si quelqu'un avait visité l'une de ces expositions et touché un objet, un esprit avait potentiellement pu s'emparer de son corps. Dès lors, on pouvait imaginer que les meurtres lui servaient à se nourrir. « J'imagine qu'on va devoir aller au commissariat pour la première partie, non ? Je... Tu connais pas quelqu'un qui pourrait garder le secret ? » Autrement dit, Cal laissait entendre que si Jace connaissait personnellement un inspecteur et que ce dernier acceptait de garder le secret, il voudrait bien lui parler, mais que s'il devait s'adresser à un officier de police lambda, c'était juste à oublier, formation ou pas. Après tout, quelques mois plus tôt, n'avaient-ils pas décrété qu'un Légionnaire pouvait tout aussi bien rester en retrait, sans aller sur le terrain ? Alors à quoi bon se former au terrain ? Non, ce n'était pas du tout une excuse vaseuse.
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Message posté : Mar 19 Aoû 2014 - 14:50 Message
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À mesure que Qaletaqa parlait, les fenêtres s’ouvraient et s’empilaient sur le bureau de Jace, bien plus rapidement qu’il n’était possible à un esprit normal de les lire — et, de toute évidence, l’interface graphique de l’ordinateur avait un peu de mal à suivre le rythme que Jace imposait au cœur de la machine. Selon les hypothèses de Qaletaqa, les coupures de journaux se joignaient aux annonces d’exposition, les catalogues de celles-ci à de nouvelles légendes, traditionnelles ou urbaines, tandis que Jace mettait à l’épreuve les différentes possibilités évoquées par son coéquipier.

Il secoua la tête en réponse aux questions qui conclurent l’exposé de Qaletaqa.

— Pas la peine.

Le ton n’était toujours pas d’un enthousiasme débordant. Jace jeta un regard au jeune homme et précisa :

— La police locale n’aura que des dossiers sur les affaires qui relèvent de sa juridiction. Chercher des meurtres qui se seraient déroulés dans le Grand Nord, ça serait infructueux. S’il y en avait récemment eu d’autres de semblables par ici, il en aurait déjà été question. À la limite, le FBI et l’UNISON ont peut-être des informations sur ce genre de choses, mais s’adresser à eux, c’est comme tenter de parler à un mur, ça sert vraiment à rien.

Si Jace avait d’excellents contacts à la SCPD, il n’en allait pas forcément de même pour les organisations de plus grande ampleur, qui n’avaient pas de temps à perdre avec les aspirants Légionnaires — et même, souvent, avec les Légionnaires tout court. Les méthodes de l’UNISON et celles de la Légion n’étaient pas aussi en harmonie que leurs objectifs pouvaient parfois l’être et les rivalités étaient courantes. Quant au FBI, il rechignait déjà à collaborer avec les forces de l’ordre locales, ce n’était pas pour prêter main forte à la Team Alpha de Star City.

— En revanche, il y a lui, là.

L’écran retrouva enfin son calme, alors que s’agrandissait une fenêtre contenant un article à propos d’un certain Jackson Fayerd III, professeur d’ethnographie à l’université de Star City. L’article, daté du mois précédent, expliquait en quelques phrases brèves que le professeur Fayerd revenait d’une expédition dans le Grand Nord, où il avait complété ses recherches sur le système matrimonial de telle et telle tribu, à propos desquelles il allait bientôt sortir un livre, qui s’ajouterait à une bibliographie déjà longue.

— Ça a l’air d’être l’éminent spécialiste le plus accessible du coin. Peut-être qu’il a rapporté quelque chose avec lui, peut-être qu’il a inspiré des étudiants un peu tordus ou, en tout cas, il devrait avoir des informations un peu plus circonstanciées que les deux ou trois trucs que l’on trouve sur Internet. Je propose d’aller lui poser quelques questions.

Peut-être pas, de but en blanc, « est-ce que vous avez libéré un démon récemment ? », mais la version beaucoup plus soft proposée par Qaletaqa, celle du psychopathe cryokinésiste qui se fait passer pour un démon, était une excellente manière d’approcher le problème. Jace relut une dernière fois — et à une vitesse impressionnante — l’article sur le professeur Fayerd, pour avoir au moins quelques informations à ses propos, et les deux jeunes gens quittèrent le cybercafé pour prendre le métro, héroïquement.

Tandis qu’ils attendaient la rame, Jace glissa :

— Désolé.

Les yeux fixés sur les rails, il précisa :

— Pour la police, tout ça. J’te mets pas la pression. ‘Fin, j’voulais pas t’mettre la pression. Juste, je sais pas, avec les regains d’activité du CODE, en ce moment, je suis un peu sur les nerfs. In fine, c’est toujours sur les communicants comme moi que ces questions là vont retomber, et c’est parfois difficile de louvoyer. Bref…

Jace força un sourire pour conclure :

— Chacun fait c’qu’il veut, j’suppose. Tout l’monde est pas obligé de sacrifier sa vie à la Légion.

Pas une manière très enthousiasmante de présenter les choses. Jace se rattrapa un peu tard :

— Consacrer sa vie, j’veux dire.

Cette sorte de lapsus fut interrompue par l’arrivée de la rame et Jace se releva du banc en plastique sur lequel il s’était assis pour s’engouffrer avec les autres voyageurs, dont la présence massive lui épargnait au moins la reprise de la conversation. Un changement et une vingtaine de minutes de trajet plus tard, ils débarquèrent à l’arrêt universitaire et regagnèrent la surface, au plus grand soulagement de Jace, qui préférait de très loin l’air libre à l’atmosphère confinée des souterrains.

L’adolescent inspira profondément — dans l’intervalle, il avait retrouvé apparemment sa bonne humeur. Apparemment, parce qu’il n’était jamais aisé de dire quand Jace se contentait ou non de faire bonne figure.

— Le truc, c’est que je connais pas très bien le campus. Ethnographie, ça doit être avec les sciences humaines, du coup…

Heureusement, la bouche de métro s’accompagnait d’un plan à étudier.

— J’te laisserai poser les questions, hein, tous ces trucs-là, c’est pas spécialement mon domaine.
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Message posté : Jeu 4 Sep 2014 - 21:44 Message
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Sans rien dire de la manière très particulière dont Jace menait ses recherches informatiques, Cal attendit son verdict et fut assez surpris de l'entendre dire que se rendre auprès de la police était inutile. Pourtant, quelques instants plus tôt, c'était bien ce qu'il avait voulu faire, non ? Pourquoi donc un tel revirement dans sa manière de penser ? Le chaman n'en savait rien mais dans un sens, ça le rassurait. Il ne savait pas trop si c'était autorisé de se mêler comme ça d'une enquête et il n'avait vraiment pas la moindre envie de se retrouver avec des problèmes sur le dos parce qu'ils jouaient aux Héros. S'il avait rejoint Star High, c'était parce qu'on lui avait au contraire assuré que ça allait l'aider, mais il restait à voir ce qu'il en serait vraiment... Les explications données par Thunder eurent toutefois tôt fait de convaincre Cal et il fut assez ravi que son ami n'ait pas l'idée saugrenue d'aller pirater la base de données du FBI. Avec lui, on pouvait s'attendre à tout...

Par chance, il semblait y avoir une alternative à leurs problèmes. En effet, un professeur d'ethnographie de l'université de Star City semblait être revenu assez récemment du Grand Nord et la coïncidence était beaucoup trop flagrante pour que ce ne soit justement qu'une coïncidence. Il était encore beaucoup trop tôt pour dire qu'il était mêlé à l'affaire mais comme le suggérait Jace, il pourrait au moins leur en apprendre davantage sur leur ennemi supposé. Kigatilik. Cette information entre les mains, ils sortirent du cybercafé et prirent la direction de la bouche de métro la plus proche. Là, Thunder prit le jeune chaman de court en présentant ses excuses, ce à quoi il ne s'était absolument pas attendu. Visiblement, il était un peu sur les nerfs et ça pouvait se comprendre. D'un autre côté, il pouvait donc d'autant plus comprendre l'utilité du port du masque, non ? Si lui-même en portait un, sa vie serait nettement plus simple et calme...

Souriant en retour, Cal posa sa main sur l'épaule de son ami. « T'inquiète, je t'en veux pas. Et si t'es vraiment si stressé, on va voir pour arranger ça, quand on aura fini. » Il y avait plein de manière de faire ça et il faudrait simplement en trouver une qui soit adaptée. Une petite excursion en forêt, ça pouvait faire l'affaire, même si Thunder avait déjà évoqué un certain malaise à l'idée d'être loin de la ville. Dommage, l'idée de passer une nuit dans la forêt avec lui aurait été tentante. Restait donc des séances de méditation, mais ça, il en avait à priori déjà l'habitude. Pourtant, ça ne servait pas des masses, visiblement... La discussion tourna toutefois court puisque la rame arriva enfin. Ils y montèrent et après un temps non négligeable, ils arrivèrent finalement à l'université. Il ne leur restait plus qu'à trouver le bâtiment qui les intéressait. Facile !

« La dernière fois que je suis venu ici, j'ai pas trop eu le temps de me repérer... » En effet, poursuivis par des fans, lui et Keiko avaient dû se cacher avant qu'elle ne change son apparence et qu'ils ne puissent reprendre leur mission. Pointant du doigt un bâtiment, Cal offrit un sourire à son ami. Il n'allait pas se défiler deux fois. « Je ferais de mon mieux. » Après tout, cette culture n'était pas plus la sienne qu'elle était celle de Jace même s'il était vrai qu'il avait des facilités de par sa propre religion. Le chamanisme, ça devait être terriblement obscur pour Thunder, malgré les explications que l'Amérindien avait pu lui donner.

Traversant les routes, les chemins et les allées du campus, ils atteignirent finalement le bâtiment qui abritait les sciences humaines. Un rapide coup d’œil au plan leur indiqua de se rendre au troisième étage et, là, ils n'eurent plus qu'à trouver le bureau de celui qu'ils cherchaient. Lançant un regard à Jace pour obtenir son approbation, Cal frappa à la porte et attendit qu'on l'invite à entrer. « Professeur Fayerd ? » « Lui-même. Je suis désolé, je ne reçois pas les élèves en rendez-vous. Veuillez vous adresser à mon assistante. » « Nous ne sommes pas vos élèves, professeur. » « Vraiment ? Mais alors pourquoi diable me dérangez-vous ? Mon temps est précieux ! » Lâchant un soupir presque imperceptible, Cal se demanda si finalement, une visite à la police n'aurait pas été mieux. « Nous avons besoin de votre aide. Vous êtes un spécialiste dans votre domaine et... Nous faisons actuellement des recherches sur le Grand Nord. » « Vous ? » Le ton aurait presque pu être insultant mais finalement, l'homme sembla changer de stratégie. « Oui, en effet, je suis le meilleur. » Ce n'était pas exactement ce que le jeune chaman avait pu dire, mais bon... « Nos recherches portent sur le chamanisme tel qu'il est pratiqué dans le Grand Nord. Si nous avons déjà l'essentiel des informations nécessaires, nous avons aussi entendu parler de quelque chose de très particulier. Il semblerait qu'il existe là-bas des créatures qui s'en prendraient aux chamans. Est-ce vrai ? » Le professeur les fixa un petit moment avant de prendre la parole. « Ce ne sont là que des fables. Il n'y a aucune preuve de l'existence de Kigatilik, quoi qu'en pensent certains. » « Kigatilik ? » « Qui vous a parlé de ça ? » « Euh... Vous. » « Vous divaguez, jeune homme. Je n'ai rien de plus à vous dire. Si vous tenez vraiment à ce que vos recherches soient crédibles, oubliez ça. Maintenant, sortez. »

Comme il semblait impossible de poursuivre la discussion, les deux Alphas durent quitter le bureau. Mais si la discussion semblait être un échec total, Cal avait malgré tout le sourire. « Mine de rien, il nous a appris plein de choses. Je pense qu'on peut oublier le cryokinésiste, maintenant... Je ne pense pas que ce soit vraiment le démon, le responsable, sinon, le professeur n'aurait plus été lui-même. Ça peut toujours être un membre de son équipe, mais j'en doute. Il y avait quelque chose de bizarre dans le bureau. Je l'ai ressenti dès qu'on est entré. Comme une force spirituelle, un truc assez puissant. C'est comme si un esprit s'était trouvé là, y a pas si longtemps. » Le truc, c'était que les esprits, ça ne disparaissait pas comme ça... « Il a aussi parlé de ce que certains pouvaient penser. A mon avis, ces gens ont un rapport avec notre affaire. Et si c'est lié à l'esprit que j'ai senti, ils ne doivent pas être loin. Peut-être son assistante. Ou un élève. Mais comme il ne les prend pas en rendez-vous... » La piste était maigre, certes, mais comme le professeur n'avait pas l'air de savoir, ça ne pouvait être que son assistante. « Prêt à user de tes charmes ? » Bien entendu, Cal disait ça pour rire, d'autant qu'il ne connaissait rien des goûts de Jace en la matière. Et puis, rien ne disait qu'ils pourraient avoir une discussion avec la jeune femme – était-elle seulement jeune ? - parce que si elle était liée à l'affaire, ils allaient devoir être prudents. « Reste quand même sur tes gardes. Y a un truc louche, ici, on le sent. » Le on désignant Cal autant que ses esprits.
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Message posté : Dim 7 Sep 2014 - 11:50 Message
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Ignorant que son musculeux ami rêvait de passer une nuit seul avec lui dans la forêt pour l’aider à se détendre — c’est comme ça qu’on assure la cohésion d’une équipe, demandez aux Spartiates —, Jace dut se contenter d’observer le métro en balayant son stress. La pression, il connaissait depuis qu’il était entré à Star High : l’adolescent prenait très au sérieux son rôle au sein de la Légion, à la tête de la Team Alpha, même dans la vie de ses amis. Sans parler de la vague angoisse qui le saisissait parfois quand il n’arrivait pas à enlever une tâche sur les plaques de cuisson — le perfectionnisme de Jace était probablement un peu trop développé.

Un bon quart d’heure plus tard, après avoir navigué dans le campus, ils débarquèrent devant le bureau du professeur Fayerd. Pour Jace, se promener dans les allées et les couloirs universitaires, depuis quelques semaines, dégageait une impression étrange. Il savait bien que sa place n’était plus à Star High, il fallait se rendre à l’évidence. Mais l’université règlerait-elle le problème ? Pendant un mois ou deux, peut-être, les cours seraient assez compliqués pour être intéressants. Le temps de rattraper le retard. Et après ? Le même ennui qui s’emparait désormais systématiquement de lui aux leçons, le même sentiment de n’être pas tout à fait à sa place.

Sans s’en rendre compte, le jeune homme laissa échapper un soupir. Entre les informations trop nombreuses qui se bousculaient dans un esprit trop occupé et ses inquiétudes d’adolescent qui avait grandi trop vite, Jace avait de plus en plus de difficultés à se concentrer exclusivement sur les missions. Il sentirait tout le danger et la violence de sa situation quelques mois plus tard, en affrontant un mystérieux saboteur dans une usine de drones, mais pour l’heure, ils évoluaient sans autre menace que l’irascibilité des universitaires.

La discussion fut expéditive et Jace n’avait même pas besoin de sentir la présence des esprits pour juger que le professeur Fayerd était franchement suspect. Les psychopathologies étaient sans doute une condition sine qua non à l’obtention d’un doctorat en bonne et due forme, mais l’ethnographe avait eu l’air pressé d’éviter une conversation selon ses propres dires purement théoriques. Thunder ne fut donc guère surpris quand Qaletaqa lui confia qu’il soupçonnait l’anguille sous la roche et la baleine sous le gravillon.

L’idée d’aller faire du charme à une assistance fit naître un sourire sur les lèvres de Thunder.

— J’pense que je peux gérer ça.

Depuis la fin de l’hiver, depuis que les choses s’étaient concrétisées avec Christopher, Jace se sentait un peu plus… ouvert. Ou sûr de lui. Il n’avait jamais vraiment exploité son charme propre, ni, surtout, la popularité qui l’accompagnait et qui eût seule suffi à lui assurer un certain succès et il fallait bien avouer que, dans l’ensemble, pour un jeune homme de son âge, Jace Roberts était loin, très loin même, d’avoir un tempérament sensuel. Il n’empêchait. Depuis ses premières expériences, le monde était devenu plus intéressant — et il sentait bien, au fond, que cette curiosité nouvelle, chez lui inédite, finirait par mettre en péril sa relation avec Christopher.

Le bureau de l’assistance ne fut pas très difficile à trouver : trois portes plus loin, les deux jeunes héros le découvrirent entre un secrétariat et une salle de réunion. Après avoir frappé à la porte, ils purent pénétrer dans ce qui tenait beaucoup plus de la petite bibliothèque que d’un bureau. Une jeune femme, qui devait avoir un peu plus que la vingtaine, était occupée à y indexer des ouvrages récemment reçus.

— Bonjour. On ne vous dérange pas trop ?
— Vous êtes Thunder.

Imparable. Jace hocha la tête.

— Waw. Je savais pas que vous étiez étudiant ici.
— Pas vraiment, à vrai dire…
— Vous êtes en mission !
— Voilà.
— C’est dangereux ?

La réponse qu’elle attendait était évidente. Jace calcula son air héroïque et stoïquement viril puis répondit sobrement :

— Potentiellement.

C’était un potentiellement qui sonnait comme « terriblement, mais je suis un vrai super-héros et je peux tout affronter, poupée ». Le regard de la demoiselle passa de Thunder à Qaletaqa, que l’absence de célébrité avait apparemment contraint à faire tapisserie.

— Et vous êtes ?
— Mon coéquipier.
— Megastar ?

Ça en deviendrait presque désobligeant.

— Non. Vous étiez dans l’expédition du Grand Nord, avec le professeur Fayerd ?

Le regard de la jeune femme se reporta sur Jace et son ton se fit aussitôt un peu moins enthousiaste.

— Ah. Euh… Oui. Le travail de terrain là-bas, ça rentre dans mon mémoire de master.
— Ah, vous faites un master ? Ça parle de quoi ?

Et les quinze minutes suivantes furent consacrées à une discussion de plus en plus passionnée sur les recherches en ethnographie, les débouchés professionnels, la vie étudiante. La mission paraissait perdue de vue depuis un moment, mais en réalité, la demoiselle se détendait de plus en plus. D’ailleurs, elle venait de se lancer dans une longue description d’un réseau souterrain du Grand Nord, naturel de toute évidence, mais qui portait les traces d’une occupation périodique ancienne, peut-être pour l’entreposage de matériel ou de victuailles, peut-être pour des pratiques cultuelles.

— Et là, Jakob a disparu, c’était, mais alors, super flippant…

Avec une fausse étourderie, Jace interrogea :

— Jakob, c’est le guide ?

Jakob, il le savait bien, c’était l’autre étudiant de master, celui qui aurait voulu devenir assistant mais qui n’avait pas pu, parce que ceci, parce que cela, et qu’Alya n’aimait pas trop, pour telle et telle raison. Il était apparu déjà dans la conversation à deux ou trois endroits, comme une mention de passage sans grand intérêt.

— Non non, c’est l’autre, là.
— Ah oui.
— Et donc, le boulet, il s’est perdu dans les grottes, on a dû le chercher et tout, Fayerd, je veux dire, le professeur, était trop, trop énervé, et quand on l’a retrouvé, évidemment, il était en hypothermie, il tremblait et tout, il délirait, c’était pas beau à voir.

Jace chercha le regard de Qaletaqa. Il n’était peut-être pas un spécialiste de la survie dans le Grand Nord, mais il ne lui semblait pas que les délires fussent un symptôme courant de l’hypothermie.

— J’suppose que vous avez dû rentrer pour le soigner.
— Bah ouais. On est allé à l’hôpital de la ville la plus proche. Heureusement, c’est allé mieux très vite.
— Ah ouais ?
— Oui, genre, dès qu’on a eu quitté les grottes, je pense que le grand air lui a fait du bien. Là-bas, c’est confiné, il y a de la moisissure et tout.
— Et vous avez trouvé des trucs intéressants, là-bas, finalement ?

Alya haussa les épaules.

— Pas tellement. Franchement, c’était juste, je sais pas… Un peu sinistre. Bon et sinon, c’est sur quoi, votre enquête ?
— Le trafic d’artefacts anciens.
— Sérieusement ?
— C’est un problème de plus en plus criant. Tout le monde est pas aussi scrupuleux que les gens du musée historique, en ville. Y a des gens qui paient très chers pour ce genre de choses.
— Eh ben c’est pas avec nous qu’ils vont faire fortune. Y a des gens qui vous ont dit qu’on avait trouvé des trucs ?
— Non non, on enquête juste de manière générale, pour l’instant. Vous savez ce que c’est.

Alya hocha la tête d’un air inspiré, même si elle ne savait pas ce que c’était.

— Enfin, on ne va pas vous déranger plus longtemps.
— Ah mais non.

Jace s’était déjà levé.

— J’peux avoir votre numéro ?

Un super-héros, ça ne se laissait pas filer comme ça.

— Au cas où je me rappelle de quelque chose.
— Bien sûr.

Jace griffonna son numéro sur un papier et les deux Légionnaires sortirent finalement du bureau. Pour quelqu’un qui ne collectionnait pas les conquêtes, Jace était plutôt doué pour faire du charme. Il croisa le regard de Qaletaqa et afficha un sourire un peu gêné.

— C’était pour la mission, hein.

Quel héros.
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Message posté : Ven 19 Sep 2014 - 17:48 Message
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Les deux jeunes héros de la Team Alpha se dirigèrent droit vers le bureau des assistants et Qaletaqa fut rassuré que Jace prenne les choses en main. Ce n'était pas qu'il était timide, mais il avait toujours un peu de mal à aborder les inconnus, ne serait-ce que parce qu'il appartenait à une minorité, ce qui, comme il l'avait dit à son ami un peu plus tôt, n'était pas toujours bien vu, et surtout, parce qu'il avait grandi toute sa vie durant dans une réserve. Bien entendu, depuis le temps, il s'était habitué à la vie en ville, mais les clichés ont souvent la vie dure et pour les Américains Blancs, un Amérindien était très souvent associé à l'alcool. Il n'était pas dit que cela était valable à l'université, mais face à des gens qui étudiaient des cultures proches de la sienne, il préférait éviter de devenir un nouveau sujet d'intérêt.

De toute façon, il se rendit bien compte que quoi qu'il ait pu décider, on ne lui aurait pas demandé son avis pour faire de Jace le centre d'intérêt le plus intéressant. C'était bien la preuve que le port du masque était une bonne chose, non ? Après tout, les gens ne voyaient jamais en lui Jace Roberts, mais il apparaissait directement comme Thunder, le super-héros. C'était évidemment un bon moyen de drague, mais dans le cas présent, on voyait bien que la jeune femme était essentiellement intéressée par cet aspect du héros. Savait-elle seulement qu'il était encore lycéen ? S'il avait été un jeune lambda, elle ne lui aurait sans doute même pas parlé... C'était facile à deviner, vu l'intérêt très limité qu'elle accordait à Cal.

La discussion s'éternisa rapidement et après un long moment, le chaman se demanda s'ils allaient pouvoir découvrir quelque chose ou pas... C'est qu'elle était vraiment bavarde ! Et Jace ne faisait rien pour l'arrêter, mais il était difficile de dire s'il s'intéressait réellement à la discussion ou s'il le feintait. Toujours est-il que les choses devinrent enfin intéressantes quand il fut question d'une disparition et d'un malaise dans les grottes. Pendant que Qaletaqa réfléchissait, Jace donnait son numéro à la fille et ils se retrouvèrent bien vite dans le couloir. Devant la gêne de son ami, Cal ne put s'empêcher de sourire.

« Vu de l'extérieur, ça avait l'air tellement facile... » Et ça avait effectivement été le cas. Bon, même si ça n'était pas son centre d'intérêt, le chaman devait avouer que son compagnon de mission était plutôt bien fait de sa personne et ça en plus du côté héroïque, ça devait être irrésistible pour les filles. Mais quand même ! « C'est quand même bizarre, d'un autre côté. T'as l'air d'être un champion de la drague et tout, mais je t'ai jamais vu avec une fille, depuis qu'on se connaît... »

Et s'il lui suffisait de vingt minutes avec une fille plus âgée que lui pour échanger son numéro, c'était qu'il y avait anguille sous roche. Voire, comme diraient certains, baleine sous gravillon. Évidemment, Cal n'allait pas le laisser s'en sortir comme ça parce qu'il voulait découvrir le fin mot de l'histoire. Jace collectionnait les qualités et les bons côtés, entre sa gentillesse, son dévouement, son héroïsme, son intelligence, son physique, son ouverture d'esprit et tout un tas d'autres choses, mais il n'avait jamais présenté la moindre petite amie à Qaletaqa. Cela ne pouvait que dire deux choses. Soit ils n'étaient pas assez amis pour qu'il le fasse, soit il n'avait pas de petite amie depuis près d'un an. Et ça, c'était quand même carrément louche...

« Enfin, ça me regarde pas vraiment, en vrai. L'enquête, donc ! On n'en sait pas beaucoup plus, si ce n'est qu'ils sont tombés sur quelque chose dans ces grottes. De ce qu'elle a dit, ils n'ont pas trouvé d'artefact, mais je suppose qu'ils ont du croiser la route d'un esprit. Ça me semble le plus logique, au vu de ce qu'on a déjà dit. Et... Il faut qu'on trouve ce Jakob. C'est peut-être lui, le responsable. »

Évidemment, rien n'indiquait qu'ils étaient sur la bonne piste mais de ce que le fantôme avait laissé entendre et de ce qu'ils avaient trouvé, le décès du restaurateur n'avait rien de naturel. Le nom donné, seule piste qu'ils avaient, menait directement à ce département de l'université et de ce fait, il devait nécessairement y avoir un lien entre cette affaire et ce que l'assistante avait indiqué. Le dénommé Jakob avait du tomber sur quelque chose dans cette grotte et c'est ce qui pouvait expliquer son état. Peut-être même qu'il l'avait ramené avec lui... Une sorte de possession. C'était tout à fait possible, Qaletaqa ne le savait que trop bien.

« On aurait peut-être du lui demander où on pouvait le trouver... Mais pas sûr qu'elle nous aurait répondu. On devrait passer par le secrétariat, non, peut-être qu'ils pourront nous dire où il se trouve. » Cal ne savait pas si cette information serait donnée aussi facilement mais il ne voyait pas d'autre solution. Maintenant, peut-être que Jace et ses pouvoirs pouvaient trouver une alternative... « A moins que tu fasses comme tout à l'heure. Tu sais, pour chercher dans les ordinateurs... » Oui, d'accord, le piratage, ce n'était pas bien, mais et alors ? Et puis, comme la curiosité était quand même la plus forte, Qaletaqa ajouta : « Tu comptes faire quoi elle te rappelle ? »
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Message posté : Lun 22 Sep 2014 - 21:29 Message
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La vie sentimentale de Jace n’était assurément pas à la hauteur de son succès auprès de la gente féminine — ni de la jalousie que certains de ses camarades pouvaient lui vouer. Nombre de ses fréquentations étaient persuadés que Jace pouvait ramener chez lui une fille différente tous les soirs et, outre que Jace en doutât sincèrement, parce qu’en dehors de ses activités héroïques, il trouvait son existence plutôt creuse et sa personnalité plutôt fade, il y avait aussi cette triste ombre à son portrait de jeune premier : Jace n’avait rien d’un coureur.

La surprise de Qaletaqa fut accueillie d’un haussement d’épaules embarrassé, qui tenait à la fois à sa situation avec Christopher et à la formidable aptitude que Jace avait à éviter la plupart des conversations un tant soit peu personnelles — plus personnelles, en tout cas, que ses goûts en matière de jeux vidéos ou les derniers résultats de ses équipes sportives favorites. Le jeune super-héros si peu expansif sur sa vie privée ne fut que trop heureux d’entendre son ami revenir au sujet du jour : la mission. L’héroïsme, c’était toujours plus simple et, en un sens, le parfait apprenti-héros qu’était Thunder était bel et bien le masque de l’adolescent complexé qu’était Jace Roberts.

Qaletaqa confirmait donc ce qu’il avait soupçonné sans trop savoir s’il élaborait à partir de rien ou s’il était effectivement sur une piste. Le comportement de Jakob aurait paru très suspect dans un tout autre contexte, alors Jace avait supposé qu’il s’agissait de la meilleure piste — Qaletaqa, plus versé que lui dans le domaine, abondait en son sens. Jace hocha donc la tête et il allait proposer de se diriger vers le secrétariat quand Qaletaqa le précéda d’une question plus directe.

— Ah, euh…

Jace se mit à observer avec une curiosité inédite les heures de permanence professorale affichées sur un tableau de liège.

— Ben, j’ai déjà quelqu’un.

Presque immédiatement et sans réfléchir, il rajouta :

— ‘Fin, plus ou moins, quoi.

Aussitôt, il rougit — il ne savait pas lui-même pourquoi il avait dit « plus ou moins », pourquoi il avait ressenti la nécessité de diminuer l’importance de sa relation avec Christopher, si ce n’était pour refléter l’insatisfaction croissante qu’il en ressentait.

Histoire d’être pour une fois parfaitement honnête, il compléta :

— J’sors avec Chris.

Le moins que l’on pût dire, c’était qu’il n’en faisait pas étalage — et à en juger par l’absence totale de sourire benêt qui accompagnait cette confession, la timidité ne devait pas être la seule raison de son silence. D’une voix soudainement un peu fatigué, il murmura :

— Viens, on va au secrétariat.

Il avait besoin d’être assez proche des ordinateurs pour récupérer les informations pertinentes. Et parce que le plan des bâtiments s’était finalement imprimé dans son esprit, il prit sans hésiter la direction des services administratifs. Alors qu’ils marchaient dans les couloirs, Jace ressentit le besoin de se confier. Qaletaqa n’était ni l’un de ses camarades de classe, ni d’abord, quand il y songeait, un co-Légionnaire. Sa relation avec le jardinier de Star High avait d’abord été entièrement dénuée d’aspects héroïques et, malgré les développements qui avaient suivi, l’adolescent continuait encore à songer à lui d’une manière un peu différente de celle dont il envisageait les autres membres de la Team Alpha.

C’était cela, sans doute, qui rendait sa sincérité plus aisée.

— Tu sais, les gens, en vrai, ils se draguent tout seul. Ils se font leur film dans leur tête, et puis voilà. T’as juste à jouer les super-héros, et ça va tout seul. Je sais pas, en fait, je trouve ça juste… Triste.

Jace haussa les épaules.

— D’une certaine façon, tant mieux pour moi. Je veux dire, s’ils se mettaient à s’intéresser vraiment à moi, en dehors des trucs de super-héros et tout ça, y aurait pas grand-chose à se mettre sous la dent.

S’il y avait des gens trop égocentriques, Jace tombait sans aucun doute dans l’excès inverse : à force de s’intéresser aux autres et à ce qui constituait, à ses yeux, leur infinie diversité, le jeune homme en était devenu incapable de parler de lui-même et de se mettre en valeur autrement qu’en incarnant Thunder. Il se considérait un peu comme une image publicitaire en papier glacé.

— C’est là.

La porte du secrétariat était devant eux.

— J’aimerais bien m’approcher au max d’un des ordis, sinon, c’est plus compliqué de trier. On pourrait entrer et tu leur demandes un truc, n’importe quoi. Genre, on se fait passer pour des étudiants ou on pose des questions générales. Je devrais pas avoir besoin de beaucoup de temps et puis ça sera toujours plus rapide que d’interviewer des dizaines de gens.

Jace n’avait pas trop de scrupules à utiliser une pareille méthode. Puisqu’ils n’allaient récupérer aucune information confidentielle qu’ils n’eussent obtenue au prix d’une enquête de voisinage au sein de l’université, le jeune homme y voyait une sorte d’expédient pratique. À ses yeux, les méthodes de la Légion ne pouvaient se superposer à celles des forces de l’ordre traditionnelles — et ce n’était certes pas la présence de veilleurs nocturnes au sein de l’organisation qui allait le convaincre du contraire.
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